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	<title><![CDATA[TopFive]]></title>
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	<itunes:subtitle><![CDATA[Podcast of TopFive]]></itunes:subtitle>
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      <title>TopFive</title>
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        <item>
            <title><![CDATA[TopCast S2E5 : Hate Me I’m Famous]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/s2ep5-hatemp3/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[La haine prend le pouvoir sur TopFive ! Aujourd’hui avec Lisore, on va vous parler de nos haines mal placées, de toutes ces choses que la majeure partie de l’humanité aime sans réserve mais que nous on ne supporte pas.<br />
<br />
La mauvaise foi sera bien évidemment de la partie, mais on va essayer de se demander d’où ça peut venir, comment ça peut se vivre, et est ce qu’il y’a une frontière a ne pas franchir dans la haine ?<br />
<br />
Bref, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la haine sans savoir que vous vouliez en parle, c’est dans ce nouvel épisode du TopCast !<br />
<br />
BONUS :<br />
[La vidéo ou Desproges s’explique sur son sketch](https://www.youtube.com/watch?v=HhE_EwGNZTE)<br />
<br />
[Le clip de Cara Delevigne « I Feel Everything » tiré de la BO de « Valérian » (qui est en fait la chanson qu’on entend dans le poste de radio au début du film, quelle tristesse d’en faire un si piètre usage !)](https://www.youtube.com/watch?v=qmV5MW_XAtg)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[La haine prend le pouvoir sur TopFive ! Aujourd’hui avec Lisore, on va vous parler de nos haines mal placées, de toutes ces choses que la majeure partie de l’humanité aime sans réserve mais que nous on ne supporte pas.<br />
<br />
La mauvaise foi sera bien évidemment de la partie, mais on va essayer de se demander d’où ça peut venir, comment ça peut se vivre, et est ce qu’il y’a une frontière a ne pas franchir dans la haine ?<br />
<br />
Bref, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la haine sans savoir que vous vouliez en parle, c’est dans ce nouvel épisode du TopCast !<br />
<br />
BONUS :<br />
[La vidéo ou Desproges s’explique sur son sketch](https://www.youtube.com/watch?v=HhE_EwGNZTE)<br />
<br />
[Le clip de Cara Delevigne « I Feel Everything » tiré de la BO de « Valérian » (qui est en fait la chanson qu’on entend dans le poste de radio au début du film, quelle tristesse d’en faire un si piètre usage !)](https://www.youtube.com/watch?v=qmV5MW_XAtg)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[La haine prend le pouvoir sur TopFive ! Aujourd’hui avec Lisore, on va vous parler de nos haines mal placées, de toutes ces choses que la majeure partie de l’humanité aime sans réserve mais que nous on ne supporte pas.

La mauvaise foi sera bien évidemment de la partie, mais on va essayer de se demander d’où ça peut venir, comment ça peut se vivre, et est ce qu’il y’a une frontière a ne pas franchir dans la haine ?

Bref, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la haine sans savoir que vous vouliez en parle, c’est dans ce nouvel épisode du TopCast !

BONUS :
[La vidéo ou Desproges s’explique sur son sketch](https://www.youtube.com/watch?v=HhE_EwGNZTE)

[Le clip de Cara Delevigne « I Feel Everything » tiré de la BO de « Valérian » (qui est en fait la chanson qu’on entend dans le poste de radio au début du film, quelle tristesse d’en faire un si piètre usage !)](https://www.youtube.com/watch?v=qmV5MW_XAtg)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 28 May 2018 22:00:00 +0200</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep13 : Quasimodo Del Paris]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep13quasimododelparis/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Alerte rouge ! pour sa 5eme participation aux podcast de Top Five, Lisore prend les commandes de l’émission et est bien décidé à faire la loi.<br />
<br />
Dans cet épisode on vous parle de Quasimodo Del Paris, de et avec Patrick Timsit, une comédie parodique qui réinvente a sa sauce le classique de Victor Hugo  dans le plus pur style « brochette fromage » !<br />
<br />
Nous tenterons donc de définir s’il y’a de bons serial killer, si on dit « des bocals » ou « des bocaux » et bien entendu, si Mélanie Thierry est une meilleure Mélanie que Mélanie Laurent (spoiler : oui, elle l’est)<br />
<br />
Références :<br />
<br />
Suivez Lisore sur les réseaux sociaux : [@vraielisore](https://twitter.com/VraieLisore)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Alerte rouge ! pour sa 5eme participation aux podcast de Top Five, Lisore prend les commandes de l’émission et est bien décidé à faire la loi.<br />
<br />
Dans cet épisode on vous parle de Quasimodo Del Paris, de et avec Patrick Timsit, une comédie parodique qui réinvente a sa sauce le classique de Victor Hugo  dans le plus pur style « brochette fromage » !<br />
<br />
Nous tenterons donc de définir s’il y’a de bons serial killer, si on dit « des bocals » ou « des bocaux » et bien entendu, si Mélanie Thierry est une meilleure Mélanie que Mélanie Laurent (spoiler : oui, elle l’est)<br />
<br />
Références :<br />
<br />
Suivez Lisore sur les réseaux sociaux : [@vraielisore](https://twitter.com/VraieLisore)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Alerte rouge ! pour sa 5eme participation aux podcast de Top Five, Lisore prend les commandes de l’émission et est bien décidé à faire la loi.

Dans cet épisode on vous parle de Quasimodo Del Paris, de et avec Patrick Timsit, une comédie parodique qui réinvente a sa sauce le classique de Victor Hugo  dans le plus pur style « brochette fromage » !

Nous tenterons donc de définir s’il y’a de bons serial killer, si on dit « des bocals » ou « des bocaux » et bien entendu, si Mélanie Thierry est une meilleure Mélanie que Mélanie Laurent (spoiler : oui, elle l’est)

Références :

Suivez Lisore sur les réseaux sociaux : [@vraielisore](https://twitter.com/VraieLisore)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 05 May 2018 22:00:00 +0200</pubDate>
                
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[TopCast S2E4 : Avengers Infinity War]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/s2ep4-avengers/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Pour la sortie de l’événement ciné de la saison,  « Avengers – Infinity War », le topcast sort le grand jeu avec un épisode qui vous détaille le film dans ses grandes largeurs.<br />
<br />
2h30 d’émission pour définir si Thanos est le vrai héros de l’histoire, si Stark est meilleur que Strange, et si le Wakanda arrivera a s’en sortir avec sa déclaration d’assurance… vous l’aurez compris on va sortir du lourd !<br />
<br />
ATTENTION ! le niveau de spoil sera maximal, écoutez donc ce podcast a vos risques et périls.<br />
<br />
Une fois encore je remercie mes petits camarades de [BasGrosPoing](http://www.basgrospoing.fr/) qui ont une fois de plus prit de leur temps pour venir dire des bêtises avec moi.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Pour la sortie de l’événement ciné de la saison,  « Avengers – Infinity War », le topcast sort le grand jeu avec un épisode qui vous détaille le film dans ses grandes largeurs.<br />
<br />
2h30 d’émission pour définir si Thanos est le vrai héros de l’histoire, si Stark est meilleur que Strange, et si le Wakanda arrivera a s’en sortir avec sa déclaration d’assurance… vous l’aurez compris on va sortir du lourd !<br />
<br />
ATTENTION ! le niveau de spoil sera maximal, écoutez donc ce podcast a vos risques et périls.<br />
<br />
Une fois encore je remercie mes petits camarades de [BasGrosPoing](http://www.basgrospoing.fr/) qui ont une fois de plus prit de leur temps pour venir dire des bêtises avec moi.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Pour la sortie de l’événement ciné de la saison,  « Avengers – Infinity War », le topcast sort le grand jeu avec un épisode qui vous détaille le film dans ses grandes largeurs.

2h30 d’émission pour définir si Thanos est le vrai héros de l’histoire, si Stark est meilleur que Strange, et si le Wakanda arrivera a s’en sortir avec sa déclaration d’assurance… vous l’aurez compris on va sortir du lourd !

ATTENTION ! le niveau de spoil sera maximal, écoutez donc ce podcast a vos risques et périls.

Une fois encore je remercie mes petits camarades de [BasGrosPoing](http://www.basgrospoing.fr/) qui ont une fois de plus prit de leur temps pour venir dire des bêtises avec moi.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 30 Apr 2018 22:00:00 +0200</pubDate>
                
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[TopCast S2EP3 : Dragon Ball Super (feat BGP)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/s2ep3-dbs/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Avec la fin de Dragon Ball Super, on s’est dit avec la fine équipe de [BasGrosPoing](https://basgrospoing.fr) qu’il serait bon de vous proposer un épisode bilan. C’est donc avec les Kaioshins du jeu de combat Albafica, FixN et Legacy que nous allons décortiquer cette nouvelle saga, balayer les différents arcs et parler de ce qui va et ne va pas, le tout dans la bonne humeur et les blagues douteuses !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Avec la fin de Dragon Ball Super, on s’est dit avec la fine équipe de [BasGrosPoing](https://basgrospoing.fr) qu’il serait bon de vous proposer un épisode bilan. C’est donc avec les Kaioshins du jeu de combat Albafica, FixN et Legacy que nous allons décortiquer cette nouvelle saga, balayer les différents arcs et parler de ce qui va et ne va pas, le tout dans la bonne humeur et les blagues douteuses !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Avec la fin de Dragon Ball Super, on s’est dit avec la fine équipe de [BasGrosPoing](https://basgrospoing.fr) qu’il serait bon de vous proposer un épisode bilan. C’est donc avec les Kaioshins du jeu de combat Albafica, FixN et Legacy que nous allons décortiquer cette nouvelle saga, balayer les différents arcs et parler de ce qui va et ne va pas, le tout dans la bonne humeur et les blagues douteuses !]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 23 Apr 2018 22:00:00 +0200</pubDate>
                
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[1200 heures à tuer – Ep1 – Time out et Are You Experienced]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/1200hat-ep1/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Nouveau sur Top Five : 1200 heures à tuer !<br />
<br />
Ce coup-ci on va parler musique : en se basant sur la liste des 1001 albums qu’il faut avoir écouté dans sa vie, nous allons faire un voyage des années 50 à nos jours a travers des albums mythiques qui ont impacté le paysage musical.<br />
<br />
Dites nous ce que vous en pensez et bien sûr partagez ce podcast.<br />
<br />
La liste des 1001 albums qu’il faut avoir entendu dans sa vie est tiré du livre « [1001 Albums You Must Hear Before You Die](https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_1001_albums_qu%27il_faut_avoir_%C3%A9cout%C3%A9s_dans_sa_vie) » dirigé par Robert Dimery,]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Nouveau sur Top Five : 1200 heures à tuer !<br />
<br />
Ce coup-ci on va parler musique : en se basant sur la liste des 1001 albums qu’il faut avoir écouté dans sa vie, nous allons faire un voyage des années 50 à nos jours a travers des albums mythiques qui ont impacté le paysage musical.<br />
<br />
Dites nous ce que vous en pensez et bien sûr partagez ce podcast.<br />
<br />
La liste des 1001 albums qu’il faut avoir entendu dans sa vie est tiré du livre « [1001 Albums You Must Hear Before You Die](https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_1001_albums_qu%27il_faut_avoir_%C3%A9cout%C3%A9s_dans_sa_vie) » dirigé par Robert Dimery,]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Nouveau sur Top Five : 1200 heures à tuer !

Ce coup-ci on va parler musique : en se basant sur la liste des 1001 albums qu’il faut avoir écouté dans sa vie, nous allons faire un voyage des années 50 à nos jours a travers des albums mythiques qui ont impacté le paysage musical.

Dites nous ce que vous en pensez et bien sûr partagez ce podcast.

La liste des 1001 albums qu’il faut avoir entendu dans sa vie est tiré du livre « [1001 Albums You Must Hear Before You Die](https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_1001_albums_qu%27il_faut_avoir_%C3%A9cout%C3%A9s_dans_sa_vie) » dirigé par Robert Dimery,]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 08 Apr 2017 22:00:00 +0200</pubDate>
                
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        <item>
            <title><![CDATA[TopCast S2Ep2 : Bright]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/s2ep2-bright/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Après quelques semaines de retard à cause de souci de production, nous vous proposons un nouvel épisode du TopCast consacré à Bright de David Ayer, sorti en exclusivité sur Netflix.<br />
<br />
Je serai accompagné dans cette lourde tache par Lisore qui m’aidera a répondre notamment a des questions essentielles sur la moustache de Will Smith, l’importance d’être méconnaissable quand on joue dans un mauvais film, et sur la prononciation du nom de Naoomi Rapace.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Après quelques semaines de retard à cause de souci de production, nous vous proposons un nouvel épisode du TopCast consacré à Bright de David Ayer, sorti en exclusivité sur Netflix.<br />
<br />
Je serai accompagné dans cette lourde tache par Lisore qui m’aidera a répondre notamment a des questions essentielles sur la moustache de Will Smith, l’importance d’être méconnaissable quand on joue dans un mauvais film, et sur la prononciation du nom de Naoomi Rapace.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Après quelques semaines de retard à cause de souci de production, nous vous proposons un nouvel épisode du TopCast consacré à Bright de David Ayer, sorti en exclusivité sur Netflix.

Je serai accompagné dans cette lourde tache par Lisore qui m’aidera a répondre notamment a des questions essentielles sur la moustache de Will Smith, l’importance d’être méconnaissable quand on joue dans un mauvais film, et sur la prononciation du nom de Naoomi Rapace.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 05 Feb 2018 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2018-02-05T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[TopCast S2Ep1 : Star Wars les derniers Jedi]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/s2ep1-star-wars-8/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Hello tout le monde ! Le TopCast vous propose un épisode de fin d’année très spécial puisque non seulment j’ai 2 invités, mais qu’en plus on va parler de LA grosse sortie de cette fin 2017 : Star Wars the last Jedi.<br />
<br />
C’est donc avec mes complices de la team BasGrosPoing, Shake et FixN, qu’on va décortiquer ce nouvel episode en remontant la tier list des personnages, du plus pourri au plus cool !<br />
<br />
On en profite pour vous souhaitez de bonnes fêtes de fin d’année et on vous invite aussi à nous suivre sur [@basgrospoing sur twitter](https://twitter.com/basgrospoing).]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Hello tout le monde ! Le TopCast vous propose un épisode de fin d’année très spécial puisque non seulment j’ai 2 invités, mais qu’en plus on va parler de LA grosse sortie de cette fin 2017 : Star Wars the last Jedi.<br />
<br />
C’est donc avec mes complices de la team BasGrosPoing, Shake et FixN, qu’on va décortiquer ce nouvel episode en remontant la tier list des personnages, du plus pourri au plus cool !<br />
<br />
On en profite pour vous souhaitez de bonnes fêtes de fin d’année et on vous invite aussi à nous suivre sur [@basgrospoing sur twitter](https://twitter.com/basgrospoing).]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Hello tout le monde ! Le TopCast vous propose un épisode de fin d’année très spécial puisque non seulment j’ai 2 invités, mais qu’en plus on va parler de LA grosse sortie de cette fin 2017 : Star Wars the last Jedi.

C’est donc avec mes complices de la team BasGrosPoing, Shake et FixN, qu’on va décortiquer ce nouvel episode en remontant la tier list des personnages, du plus pourri au plus cool !

On en profite pour vous souhaitez de bonnes fêtes de fin d’année et on vous invite aussi à nous suivre sur [@basgrospoing sur twitter](https://twitter.com/basgrospoing).]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 26 Dec 2017 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-12-26T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[Trailer Boy : Blade Runner 2049]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep01-blade-runner-2049/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[C’est la rentrée pour Top five avec un nouveau podcast ciné : Trailer Boy !<br />
<br />
Dans cette émission, nous vous proposerons à chaque épisode de découvrir un film que le Trailer Boy ou la Trailer Girl de la semaine auront pour mission de vous donner envie de voir.<br />
<br />
Et pour ce premier épisode inaugurale, c’est mon cher camarade FixN du podcast Bas Gros Poing qui vient nous parler de Blade Runner 2049.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[C’est la rentrée pour Top five avec un nouveau podcast ciné : Trailer Boy !<br />
<br />
Dans cette émission, nous vous proposerons à chaque épisode de découvrir un film que le Trailer Boy ou la Trailer Girl de la semaine auront pour mission de vous donner envie de voir.<br />
<br />
Et pour ce premier épisode inaugurale, c’est mon cher camarade FixN du podcast Bas Gros Poing qui vient nous parler de Blade Runner 2049.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[C’est la rentrée pour Top five avec un nouveau podcast ciné : Trailer Boy !

Dans cette émission, nous vous proposerons à chaque épisode de découvrir un film que le Trailer Boy ou la Trailer Girl de la semaine auront pour mission de vous donner envie de voir.

Et pour ce premier épisode inaugurale, c’est mon cher camarade FixN du podcast Bas Gros Poing qui vient nous parler de Blade Runner 2049.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 09 Oct 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-10-09T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep 12 : Une vie moins ordinaire]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep12viemoinsordinaire/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Dernier épisode de la saison 1 de la séance de l’invité (bah oui c’est l’été, on se repose !) avec une fois de plus Lisore qui nous faire le plaisir d’être avec nous pour une séance surprise.<br />
<br />
Au programme : le B.A.BA de la prise d’otage, comment rendre les gens amoureux, et bien entendu tout sur le karaoké !<br />
<br />
Bonne séance à tous, et rendez vous à la rentrée !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Dernier épisode de la saison 1 de la séance de l’invité (bah oui c’est l’été, on se repose !) avec une fois de plus Lisore qui nous faire le plaisir d’être avec nous pour une séance surprise.<br />
<br />
Au programme : le B.A.BA de la prise d’otage, comment rendre les gens amoureux, et bien entendu tout sur le karaoké !<br />
<br />
Bonne séance à tous, et rendez vous à la rentrée !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Dernier épisode de la saison 1 de la séance de l’invité (bah oui c’est l’été, on se repose !) avec une fois de plus Lisore qui nous faire le plaisir d’être avec nous pour une séance surprise.

Au programme : le B.A.BA de la prise d’otage, comment rendre les gens amoureux, et bien entendu tout sur le karaoké !

Bonne séance à tous, et rendez vous à la rentrée !]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 02 Jul 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-07-02T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep11 : Les Adversaires]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep11adversaires/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui vient du coeur avec un film plutôt méconnu mais que j’adore : les Adversaires (Play It To The Bone) avec Antonio Banderas, Woody Harelson et Lolita Davidovich.<br />
<br />
Mais une séance de l’invité se doit d’avoir un invité, et pour ce film j’ai le plaisir de recevoir à nouveau Lisore. Avec elle on parlera ménage à trois, constructeur de pont et bien entendu crochet du gauche]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui vient du coeur avec un film plutôt méconnu mais que j’adore : les Adversaires (Play It To The Bone) avec Antonio Banderas, Woody Harelson et Lolita Davidovich.<br />
<br />
Mais une séance de l’invité se doit d’avoir un invité, et pour ce film j’ai le plaisir de recevoir à nouveau Lisore. Avec elle on parlera ménage à trois, constructeur de pont et bien entendu crochet du gauche]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui vient du coeur avec un film plutôt méconnu mais que j’adore : les Adversaires (Play It To The Bone) avec Antonio Banderas, Woody Harelson et Lolita Davidovich.

Mais une séance de l’invité se doit d’avoir un invité, et pour ce film j’ai le plaisir de recevoir à nouveau Lisore. Avec elle on parlera ménage à trois, constructeur de pont et bien entendu crochet du gauche]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 05 Jun 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-06-05T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep10 : Assassin’s Creed]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep10assassincreed/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Après quelques semaines d’absence, la séance de l’invité revient en force ! Nous vous proposons donc, avec mon camarade Manu, de parler de Assassin’s Creed. Nous évoquerons entre autre l’accent de Marion Cotillard, la chemise immaculée de Jeremy Irons et bien entendu la raison pour laquelle on ne mélange pas les époques impunément]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Après quelques semaines d’absence, la séance de l’invité revient en force ! Nous vous proposons donc, avec mon camarade Manu, de parler de Assassin’s Creed. Nous évoquerons entre autre l’accent de Marion Cotillard, la chemise immaculée de Jeremy Irons et bien entendu la raison pour laquelle on ne mélange pas les époques impunément]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Après quelques semaines d’absence, la séance de l’invité revient en force ! Nous vous proposons donc, avec mon camarade Manu, de parler de Assassin’s Creed. Nous évoquerons entre autre l’accent de Marion Cotillard, la chemise immaculée de Jeremy Irons et bien entendu la raison pour laquelle on ne mélange pas les époques impunément]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 22 May 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-05-22T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Un voyageur en Orient (part 1)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/yanvoyagepart1/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Il y’a quelques semaines nous avions reçu Yann pour la séance de l’invité, et je vous avais dit que nous vous proposerions une petite surprise… et bien la voici !<br />
<br />
En effet, nous vous proposons de découvrir dans cette interview l’étonnant voyage de Yann a travers le sud est asiatique. Vous découvrirez comment ce qui devait être un voyage d’étude est devenu une aventure humaine où il a put renouer avec son passer, et envisager son avenir…<br />
<br />
Vu la densité de cette interview, nous allons vous la proposer en deux parties. La première nous conduira de Tokyo jusqu’à Shanghai et offrira a notre globe trotter bien plus qu’il ne l’espérait… Dans un second épisode, nous bouclerons le voyage avec notamment une escale en Mongolie chez les cavaliers des plaines, un passage par la Sibérie et un lac gelé, et bien entendu un crochet par le Transsibérien…<br />
<br />
N’hésitez pas à nous faire vos retours et à partager ce podcast sur vos réseaux sociaux. C’est important pour nous que vous nous aidiez à promouvoir Top Five.<br />
<br />
Merci d’avance :)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Il y’a quelques semaines nous avions reçu Yann pour la séance de l’invité, et je vous avais dit que nous vous proposerions une petite surprise… et bien la voici !<br />
<br />
En effet, nous vous proposons de découvrir dans cette interview l’étonnant voyage de Yann a travers le sud est asiatique. Vous découvrirez comment ce qui devait être un voyage d’étude est devenu une aventure humaine où il a put renouer avec son passer, et envisager son avenir…<br />
<br />
Vu la densité de cette interview, nous allons vous la proposer en deux parties. La première nous conduira de Tokyo jusqu’à Shanghai et offrira a notre globe trotter bien plus qu’il ne l’espérait… Dans un second épisode, nous bouclerons le voyage avec notamment une escale en Mongolie chez les cavaliers des plaines, un passage par la Sibérie et un lac gelé, et bien entendu un crochet par le Transsibérien…<br />
<br />
N’hésitez pas à nous faire vos retours et à partager ce podcast sur vos réseaux sociaux. C’est important pour nous que vous nous aidiez à promouvoir Top Five.<br />
<br />
Merci d’avance :)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Il y’a quelques semaines nous avions reçu Yann pour la séance de l’invité, et je vous avais dit que nous vous proposerions une petite surprise… et bien la voici !

En effet, nous vous proposons de découvrir dans cette interview l’étonnant voyage de Yann a travers le sud est asiatique. Vous découvrirez comment ce qui devait être un voyage d’étude est devenu une aventure humaine où il a put renouer avec son passer, et envisager son avenir…

Vu la densité de cette interview, nous allons vous la proposer en deux parties. La première nous conduira de Tokyo jusqu’à Shanghai et offrira a notre globe trotter bien plus qu’il ne l’espérait… Dans un second épisode, nous bouclerons le voyage avec notamment une escale en Mongolie chez les cavaliers des plaines, un passage par la Sibérie et un lac gelé, et bien entendu un crochet par le Transsibérien…

N’hésitez pas à nous faire vos retours et à partager ce podcast sur vos réseaux sociaux. C’est important pour nous que vous nous aidiez à promouvoir Top Five.

Merci d’avance :)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 18 Apr 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-04-18T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep09 : Gods of Egypt]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep09godsofegypt/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Après moult problème technique sans doute causé par les hautes instances qui veulent nous faire taire, voici enfin ce 9 épisode de la séance de l’invité.<br />
<br />
Et c’est une invitée exceptionnelle qui se joint à moi pour parler du film de la semaine, car elle à la fois la première femme invitée dans l’émission et aussi la première invitée digitale.<br />
<br />
Nous parlerons de Gods of Egypt d’Alex Proyas, et évoquerons entre autre la problématique de l’après vie, le plagiat des chevaliers du zodiaque et bien entendu la dichotomie entre le héros et sa copine.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Après moult problème technique sans doute causé par les hautes instances qui veulent nous faire taire, voici enfin ce 9 épisode de la séance de l’invité.<br />
<br />
Et c’est une invitée exceptionnelle qui se joint à moi pour parler du film de la semaine, car elle à la fois la première femme invitée dans l’émission et aussi la première invitée digitale.<br />
<br />
Nous parlerons de Gods of Egypt d’Alex Proyas, et évoquerons entre autre la problématique de l’après vie, le plagiat des chevaliers du zodiaque et bien entendu la dichotomie entre le héros et sa copine.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Après moult problème technique sans doute causé par les hautes instances qui veulent nous faire taire, voici enfin ce 9 épisode de la séance de l’invité.

Et c’est une invitée exceptionnelle qui se joint à moi pour parler du film de la semaine, car elle à la fois la première femme invitée dans l’émission et aussi la première invitée digitale.

Nous parlerons de Gods of Egypt d’Alex Proyas, et évoquerons entre autre la problématique de l’après vie, le plagiat des chevaliers du zodiaque et bien entendu la dichotomie entre le héros et sa copine.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 15 Apr 2017 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-04-15T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep08 : Edge of Tomorrow]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep08edge/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Cette semaine mon invité c’est Théo avec qui on s’est regardé « Edge of Tomorrow » avec Tom Cruise et Emily Blunt (qui n’est pas la sœur de Zoé Deschannel).<br />
<br />
On parlera donc de boucle temporelle, de monstre a tentacule de la comparaison entre le manga et le film, mais aussi de whitewashing]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Cette semaine mon invité c’est Théo avec qui on s’est regardé « Edge of Tomorrow » avec Tom Cruise et Emily Blunt (qui n’est pas la sœur de Zoé Deschannel).<br />
<br />
On parlera donc de boucle temporelle, de monstre a tentacule de la comparaison entre le manga et le film, mais aussi de whitewashing]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Cette semaine mon invité c’est Théo avec qui on s’est regardé « Edge of Tomorrow » avec Tom Cruise et Emily Blunt (qui n’est pas la sœur de Zoé Deschannel).

On parlera donc de boucle temporelle, de monstre a tentacule de la comparaison entre le manga et le film, mais aussi de whitewashing]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/0/3/6/_/uploads/10571119/image_track/8245151/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1677263744630.jpg" />
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                <pubDate>Sat, 08 Apr 2017 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-04-08T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep07 : Bitch Slap]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep07bitchslap/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Cette semaine on retrouve la doublette magique Anto et Violetto pour une séance de l’invité en mode comeback.<br />
<br />
Ensemble on à regardé Bitch Slap, et on se demandera si le féminisme est soluble dans l’érotisme à la Russ Meyer, si les rousses sont les plus coquinettes et surtout : peut on utiliser les fonds vert aussi mal que ça en l’an 2000 ?<br />
<br />
Toutes les réponses et bien d’autres encore dans cette épisode qui sent bon la déconne.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Cette semaine on retrouve la doublette magique Anto et Violetto pour une séance de l’invité en mode comeback.<br />
<br />
Ensemble on à regardé Bitch Slap, et on se demandera si le féminisme est soluble dans l’érotisme à la Russ Meyer, si les rousses sont les plus coquinettes et surtout : peut on utiliser les fonds vert aussi mal que ça en l’an 2000 ?<br />
<br />
Toutes les réponses et bien d’autres encore dans cette épisode qui sent bon la déconne.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Cette semaine on retrouve la doublette magique Anto et Violetto pour une séance de l’invité en mode comeback.

Ensemble on à regardé Bitch Slap, et on se demandera si le féminisme est soluble dans l’érotisme à la Russ Meyer, si les rousses sont les plus coquinettes et surtout : peut on utiliser les fonds vert aussi mal que ça en l’an 2000 ?

Toutes les réponses et bien d’autres encore dans cette épisode qui sent bon la déconne.]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/0/2/8/_/uploads/10571119/image_track/8245067/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1677263732820.jpg" />
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                <pubDate>Sun, 02 Apr 2017 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-04-02T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep06 : Dredd]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep06dredd/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Pour la séance de l’invité de cette semaine, je reçois Francis avec qui nous avons regardé Dredd, un film de Peter Travis avec Karl Urban et Olivia Thirlby sorti en 2012.<br />
<br />
On fera bien entendu la comparaison avec la version de 95, on tranchera sur qui est le meilleur et évidement on racontera plein de chose rigolote parce qu’on est pas des bêtes !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Pour la séance de l’invité de cette semaine, je reçois Francis avec qui nous avons regardé Dredd, un film de Peter Travis avec Karl Urban et Olivia Thirlby sorti en 2012.<br />
<br />
On fera bien entendu la comparaison avec la version de 95, on tranchera sur qui est le meilleur et évidement on racontera plein de chose rigolote parce qu’on est pas des bêtes !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Pour la séance de l’invité de cette semaine, je reçois Francis avec qui nous avons regardé Dredd, un film de Peter Travis avec Karl Urban et Olivia Thirlby sorti en 2012.

On fera bien entendu la comparaison avec la version de 95, on tranchera sur qui est le meilleur et évidement on racontera plein de chose rigolote parce qu’on est pas des bêtes !]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/1/9/7/_/uploads/10571119/image_track/8245023/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1677263547791.jpg" />
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                <pubDate>Sat, 25 Mar 2017 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-03-25T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep05 : John Wick]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep05johnwick/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.<br />
<br />
On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».<br />
<br />
A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.<br />
<br />
On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».<br />
<br />
A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.

On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».

A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/1/0/8/_/uploads/10571119/image_track/8123453/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676313442801.jpg" />
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                <pubDate>Sun, 19 Mar 2017 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-03-19T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep04 : Dhoom 3]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep04dhoom301/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Une séance de l’invité qui va vous faire voir du pays. En effet on part à Bollywood, mais on n’est pas là pour voir des danseuses en sari faire des chorégraphies en chantant des chansons d’amour… on est là pour un film d’action !<br />
<br />
Et pour voir ce film, je reçois mon pote Yann qui revient d’un périple autour du monde de 8 mois dont il nous parlera plus en détail dans un autre podcast.<br />
<br />
Oubliez les clichés : le poulet Tandoori va être assaisonné sauce Hollywood ! (la direction se désolidarise du rédacteur pour ce propos franchement cliché)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Une séance de l’invité qui va vous faire voir du pays. En effet on part à Bollywood, mais on n’est pas là pour voir des danseuses en sari faire des chorégraphies en chantant des chansons d’amour… on est là pour un film d’action !<br />
<br />
Et pour voir ce film, je reçois mon pote Yann qui revient d’un périple autour du monde de 8 mois dont il nous parlera plus en détail dans un autre podcast.<br />
<br />
Oubliez les clichés : le poulet Tandoori va être assaisonné sauce Hollywood ! (la direction se désolidarise du rédacteur pour ce propos franchement cliché)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Une séance de l’invité qui va vous faire voir du pays. En effet on part à Bollywood, mais on n’est pas là pour voir des danseuses en sari faire des chorégraphies en chantant des chansons d’amour… on est là pour un film d’action !

Et pour voir ce film, je reçois mon pote Yann qui revient d’un périple autour du monde de 8 mois dont il nous parlera plus en détail dans un autre podcast.

Oubliez les clichés : le poulet Tandoori va être assaisonné sauce Hollywood ! (la direction se désolidarise du rédacteur pour ce propos franchement cliché)]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/1/5/1/_/uploads/10571119/image_track/8244308/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1677263457151.jpg" />
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                <pubDate>Sat, 11 Mar 2017 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-03-11T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep03 : It Follows]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep03itfollows/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.<br />
<br />
On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».<br />
<br />
A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.<br />
<br />
On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».<br />
<br />
A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Cette semaine une séance de l’invité qui voit double ! En effet je reçois pour cet épisode mes camarades Antho et Violetto (AKA Baboulinet) avec qui nous avons regardé « It Follows » de David Robert Mitchell sorti en 2015 avec Maika Monore.

On parlera donc de malédiction, de gamins mateurs et on se posera la question « c’est quoi la friendzone en vrai ? ».

A noté que la configuration à deux invités m’a obligé à changer l’installation technique habituelle de l’émission ce qui à causé pas mal de déchet sur le son (ça reste écoutable je vous rassure) et je vous prie donc de nous en excuser.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 05 Mar 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-03-05T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep02 : Total Recall (mémoire programmée)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep02totalrecall/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Deuxième épisode de la séance de l’invité, avec cette semaine mon très cher Vice avec qui on s’est mis dans une ambiance ethylo érotique pour regarder « Total Recall : mémoire programmée », un film de Len Wiseman sorti en 2012 avec Colin Farrell, Kate Beckinsale et Jessica Biel.<br />
<br />
On fera donc la comparaison avec le film de Swarzy, on verra si on est plus #TeamJessica ou #TeamKate, et bien entendu on digressera à mort sur tout ce qui gravite autour du film.<br />
<br />
J’en profite pour remercier l’équipe de **2 heures de perdues**, car je réalise en me réécoutant que vous m’avez contaminé avec vos expressions ! (tant pis : j’assume et j’en suis fier). D’ailleurs si vous ne connaissez pas ce podcast : [allez y, c’est de la bonne](http://www.2hdp.fr/) !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Deuxième épisode de la séance de l’invité, avec cette semaine mon très cher Vice avec qui on s’est mis dans une ambiance ethylo érotique pour regarder « Total Recall : mémoire programmée », un film de Len Wiseman sorti en 2012 avec Colin Farrell, Kate Beckinsale et Jessica Biel.<br />
<br />
On fera donc la comparaison avec le film de Swarzy, on verra si on est plus #TeamJessica ou #TeamKate, et bien entendu on digressera à mort sur tout ce qui gravite autour du film.<br />
<br />
J’en profite pour remercier l’équipe de **2 heures de perdues**, car je réalise en me réécoutant que vous m’avez contaminé avec vos expressions ! (tant pis : j’assume et j’en suis fier). D’ailleurs si vous ne connaissez pas ce podcast : [allez y, c’est de la bonne](http://www.2hdp.fr/) !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Deuxième épisode de la séance de l’invité, avec cette semaine mon très cher Vice avec qui on s’est mis dans une ambiance ethylo érotique pour regarder « Total Recall : mémoire programmée », un film de Len Wiseman sorti en 2012 avec Colin Farrell, Kate Beckinsale et Jessica Biel.

On fera donc la comparaison avec le film de Swarzy, on verra si on est plus #TeamJessica ou #TeamKate, et bien entendu on digressera à mort sur tout ce qui gravite autour du film.

J’en profite pour remercier l’équipe de **2 heures de perdues**, car je réalise en me réécoutant que vous m’avez contaminé avec vos expressions ! (tant pis : j’assume et j’en suis fier). D’ailleurs si vous ne connaissez pas ce podcast : [allez y, c’est de la bonne](http://www.2hdp.fr/) !]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 25 Feb 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-02-25T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[La séance de l’invité Ep01 : Suicide Squad]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep01-suicide-squad/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Du nouveau sur TopFive : la séance de l’invité !<br />
<br />
Le principe de l’émission : un invité, un film, on se le regarde, et juste après l’invité nous parle de ce qu’il vient de voir.<br />
<br />
C’est un prototype, on espère que ça vous plaira et qu’il y’en aura d’autre :)<br />
<br />
Premier invité, mon camarade de toujours, Weus, avec qui on a maté des films, bu des bières… et enregistré ce podcast sur Suicide Squad, film qui a parachevé en apothéose notre week end !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Du nouveau sur TopFive : la séance de l’invité !<br />
<br />
Le principe de l’émission : un invité, un film, on se le regarde, et juste après l’invité nous parle de ce qu’il vient de voir.<br />
<br />
C’est un prototype, on espère que ça vous plaira et qu’il y’en aura d’autre :)<br />
<br />
Premier invité, mon camarade de toujours, Weus, avec qui on a maté des films, bu des bières… et enregistré ce podcast sur Suicide Squad, film qui a parachevé en apothéose notre week end !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Du nouveau sur TopFive : la séance de l’invité !

Le principe de l’émission : un invité, un film, on se le regarde, et juste après l’invité nous parle de ce qu’il vient de voir.

C’est un prototype, on espère que ça vous plaira et qu’il y’en aura d’autre :)

Premier invité, mon camarade de toujours, Weus, avec qui on a maté des films, bu des bières… et enregistré ce podcast sur Suicide Squad, film qui a parachevé en apothéose notre week end !]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/7/7/6/_/uploads/10571119/image_track/8122936/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676308408677.jpg" />
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                <pubDate>Mon, 20 Feb 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-02-20T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast Ep 05 : Spécial « Thee Michelle Gun Elephant »]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep05/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Un épisode très très spécial puisque Meri prend les manettes. Pour ma part je vous parlerai d’un groupe que j’adore.<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Le courrier des auditeurs<br />
*     Le SuperBowl<br />
*     Le Top 5 Thee Michelle Gun Elephant<br />
*     News et Actu Top Five]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Un épisode très très spécial puisque Meri prend les manettes. Pour ma part je vous parlerai d’un groupe que j’adore.<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Le courrier des auditeurs<br />
*     Le SuperBowl<br />
*     Le Top 5 Thee Michelle Gun Elephant<br />
*     News et Actu Top Five]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Un épisode très très spécial puisque Meri prend les manettes. Pour ma part je vous parlerai d’un groupe que j’adore.

Sommaire :

*     Le courrier des auditeurs
*     Le SuperBowl
*     Le Top 5 Thee Michelle Gun Elephant
*     News et Actu Top Five]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/1/8/4/_/uploads/10571119/image_track/8122881/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676307805481.jpg" />
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                <pubDate>Sun, 12 Feb 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-02-12T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast EP 04 : Spécial « The Animen »]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep04/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Bonjour à tous ! cette semaine le TopCast vous propose un son de bien meilleure qualité depuis que Meri s’est achetée un micro ! Pour fêter ça, elle nous parle du dernier Disney, de Rodger Federer, mais surtout d’un groupe qu’elle souhaite nous faire découvrir : The Animen !<br />
<br />
Retrouvez leur site web en cliquant ici<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
    Le courrier des auditeurs<br />
    Les recommandations de la semaine<br />
    Le Top 5 de « The Animen »<br />
    L’instant Franco Suisse]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Bonjour à tous ! cette semaine le TopCast vous propose un son de bien meilleure qualité depuis que Meri s’est achetée un micro ! Pour fêter ça, elle nous parle du dernier Disney, de Rodger Federer, mais surtout d’un groupe qu’elle souhaite nous faire découvrir : The Animen !<br />
<br />
Retrouvez leur site web en cliquant ici<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
    Le courrier des auditeurs<br />
    Les recommandations de la semaine<br />
    Le Top 5 de « The Animen »<br />
    L’instant Franco Suisse]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Bonjour à tous ! cette semaine le TopCast vous propose un son de bien meilleure qualité depuis que Meri s’est achetée un micro ! Pour fêter ça, elle nous parle du dernier Disney, de Rodger Federer, mais surtout d’un groupe qu’elle souhaite nous faire découvrir : The Animen !

Retrouvez leur site web en cliquant ici

Sommaire :

    Le courrier des auditeurs
    Les recommandations de la semaine
    Le Top 5 de « The Animen »
    L’instant Franco Suisse]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/8/9/6/_/uploads/10571119/image_track/8121754/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676307646698.jpg" />
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                <pubDate>Mon, 30 Jan 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-01-30T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast Ep 03 : On parle de 2017]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep03/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Bonjour chers auditeurs et bonne année !<br />
<br />
Pour ce 3eme épisodes, nous vous proposons un programme très garni avec moult digressions ! Préparez vous à passer 1h30 avec nous :)<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Le courrier des auditeurs<br />
*     L’Horoscope 2017 de la semaine de Meri<br />
*     Le Top 5 de nos attentes pour 2017<br />
<br />
Au passage veuillez nous excuser pour la qualité « aléatoire » des interventions de Meri, mais Skype n’a pas été super sympa avec nous lors de l’enregistrement et du coup le son à des fois des coups de mou qui donne l’impression qu’elle nous parle depuis un vieux téléphone… désolé !<br />
<br />
Et comme promis, voici le lien vers le trailer d’American Gods !<br />
<br />
Flashou]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Bonjour chers auditeurs et bonne année !<br />
<br />
Pour ce 3eme épisodes, nous vous proposons un programme très garni avec moult digressions ! Préparez vous à passer 1h30 avec nous :)<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Le courrier des auditeurs<br />
*     L’Horoscope 2017 de la semaine de Meri<br />
*     Le Top 5 de nos attentes pour 2017<br />
<br />
Au passage veuillez nous excuser pour la qualité « aléatoire » des interventions de Meri, mais Skype n’a pas été super sympa avec nous lors de l’enregistrement et du coup le son à des fois des coups de mou qui donne l’impression qu’elle nous parle depuis un vieux téléphone… désolé !<br />
<br />
Et comme promis, voici le lien vers le trailer d’American Gods !<br />
<br />
Flashou]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Bonjour chers auditeurs et bonne année !

Pour ce 3eme épisodes, nous vous proposons un programme très garni avec moult digressions ! Préparez vous à passer 1h30 avec nous :)

Sommaire :

*     Le courrier des auditeurs
*     L’Horoscope 2017 de la semaine de Meri
*     Le Top 5 de nos attentes pour 2017

Au passage veuillez nous excuser pour la qualité « aléatoire » des interventions de Meri, mais Skype n’a pas été super sympa avec nous lors de l’enregistrement et du coup le son à des fois des coups de mou qui donne l’impression qu’elle nous parle depuis un vieux téléphone… désolé !

Et comme promis, voici le lien vers le trailer d’American Gods !

Flashou]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/1/8/4/_/uploads/10571119/image_track/8121703/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676295800481.jpg" />
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                <pubDate>Sun, 15 Jan 2017 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2017-01-15T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast Ep 02 : Meri à Paris]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep02/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Bonjour à tous !<br />
<br />
Pour ce nouvel épisode, on fini l’année tranquille et on parle du premier épisode, mais aussi des podcasts qu’on aime, des expressions typiquement suisse, et on lit une lettre d’un auditeur un peu particulier !<br />
<br />
ps : désolé pour la réalisation un peu hasardeuse et à mes bruits de raclement de gorge, j’suis malade comme un chien :p]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Bonjour à tous !<br />
<br />
Pour ce nouvel épisode, on fini l’année tranquille et on parle du premier épisode, mais aussi des podcasts qu’on aime, des expressions typiquement suisse, et on lit une lettre d’un auditeur un peu particulier !<br />
<br />
ps : désolé pour la réalisation un peu hasardeuse et à mes bruits de raclement de gorge, j’suis malade comme un chien :p]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Bonjour à tous !

Pour ce nouvel épisode, on fini l’année tranquille et on parle du premier épisode, mais aussi des podcasts qu’on aime, des expressions typiquement suisse, et on lit une lettre d’un auditeur un peu particulier !

ps : désolé pour la réalisation un peu hasardeuse et à mes bruits de raclement de gorge, j’suis malade comme un chien :p]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/7/1/5/_/uploads/10571119/image_track/8121657/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676295322517.jpg" />
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                <pubDate>Fri, 30 Dec 2016 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-12-30T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast Ep 01 : La Suisse Riviera]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/ep01/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Salut à tous !<br />
<br />
Voila la nouvelle mouture du TopCast, plus belle, plus fun et surtout… plus suisse ! En effet je m’associe à ma chère camarade Meri pour vous proposer une émission où Paris et Lausanne ne font plus qu’un dans un joyeux bordel… N’hésitez pas à commenter et bien sûr à partager !<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Bienvenu dans la Suisse Riviera<br />
*     Ghostbuster 2016<br />
*     Le top 5 des trucs qui énervent Meri dans le train<br />
*     L’instant Franco Suisse<br />
<br />
Flashou]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Salut à tous !<br />
<br />
Voila la nouvelle mouture du TopCast, plus belle, plus fun et surtout… plus suisse ! En effet je m’associe à ma chère camarade Meri pour vous proposer une émission où Paris et Lausanne ne font plus qu’un dans un joyeux bordel… N’hésitez pas à commenter et bien sûr à partager !<br />
<br />
Sommaire :<br />
<br />
*     Bienvenu dans la Suisse Riviera<br />
*     Ghostbuster 2016<br />
*     Le top 5 des trucs qui énervent Meri dans le train<br />
*     L’instant Franco Suisse<br />
<br />
Flashou]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Salut à tous !

Voila la nouvelle mouture du TopCast, plus belle, plus fun et surtout… plus suisse ! En effet je m’associe à ma chère camarade Meri pour vous proposer une émission où Paris et Lausanne ne font plus qu’un dans un joyeux bordel… N’hésitez pas à commenter et bien sûr à partager !

Sommaire :

*     Bienvenu dans la Suisse Riviera
*     Ghostbuster 2016
*     Le top 5 des trucs qui énervent Meri dans le train
*     L’instant Franco Suisse

Flashou]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/5/4/3/_/uploads/10571119/image_track/8121619/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676294959345.jpg" />
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sat, 17 Dec 2016 00:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-12-17T00:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Le TopCast Ep 00 : FTL (Faster Than Light)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/topcast-ep11/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Épisode pilote sur FTL avec Flashou et Minou]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Épisode pilote sur FTL avec Flashou et Minou]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Épisode pilote sur FTL avec Flashou et Minou]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/8/7/9/_/uploads/10571119/image_track/8121285/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676291625978.jpg" />
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sun, 24 Jul 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-07-24T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode final : Goodbye Supernova #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep52/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Goodbye Supernova<br />
<br />
Emma observait avec attention ses affaires étalés avec minutie sur son lit. Il fallait qu’elle trouve la meilleure façon de faire tout rentrer dans la petite valise que Papa lui avait donné, ce qui allait être bien plus compliqué que la fillette ne l’avait prévu.<br />
<br />
Et puis il fallait prendre garde à ne pas ranger Miss Pinky, poupée pop star avec son micro incorporé, a coté de sa grande rivale, la sculptural Valkyria Titania, guerrière asgardienne armée de l’épée dimensionnel qu’elle avait obtenu en terrassant Dark Sorcer, bien que ce dernier appartienne à une autre gamme de jouet. Avec autant d’expertise qu’une futur mariée préparant son plan de table, Emma prit soin de regrouper les jouets selon leurs affinités, afin que le voyage se passe sans encombre et leur paraisse moins long.<br />
<br />
Papa passa la tête dans l’encadrement de la porte et s’écria :<br />
<br />
« Hey Princesse ! ça avance ce rangement ?<br />
– Mouuuiiii… » minauda la petite fille « Mais je crois qu’il va me falloir une autre valise pour les forces du Mal. C’est trop risqué qu’ils voyagent avec les Gentils !<br />
– Tu ne penses pas qu’ils pourraient signer une trêve ? juste le temps du voyage ?<br />
– Tu es naïf Papa : Apocalypto ne laissera jamais passer une occasion de détruire les Sigmas pendant que j’ai le dos tourné.<br />
– Mais si MOI je lui demande ?<br />
– Tu es fou ! il utilisera son rayon de domination sur toi et te fera faire tout ce qu’il veut ! »<br />
<br />
Papa fît une grimace bizarre mais plutôt rigolote.<br />
<br />
« Donc il n’y a que toi qui peut gérer cette situation ? demanda Papa.<br />
– Je suis la chef du bataillon : c’est un rôle ingrat mais c’est le mien !<br />
– Et tu t’en sors à merveille Princesse, mais tu sais qu’on est limité en bagage, alors fait de ton mieux avec Apocalypto »<br />
<br />
Emma joua avec une mèche de ses longs cheveux châtains et la mâchouilla tout en réfléchissant<br />
<br />
« … je pourrais peut être mettre une partie des méchants dans le bus infernal pour qu’ils prennent moins de place… »<br />
<br />
Papa leva le pouce en signe d’approbation puis s’en alla vers la cuisine ou maman préparait sa spécialité : de la glace au brocoli !<br />
<br />
Depuis une semaine, toute la maison était en effervescence. C’était le grand départ qui se préparait, avec son lot de carton, de fouillis et de chaos. Lorsque Papa était rentré plus tôt ce soir là. Il avait obtenue une super promotion de la part de madame Smith, sa patronne, et elle lui avait donnée son après midi pour annoncé la nouvelle à toute la famille, Emma avait été folle de joie. Ils allaient avoir une nouvelle maison dans une nouvelle ville, avec de nouveaux voisins, elle allait avoir une nouvelle chambre dans laquelle toute son armée de la justice galactique allait pouvoir livrer d’incroyables combat contre les forces du Mal.<br />
<br />
Et puis elle pensa à la cabane.<br />
<br />
Dehors, dans le jardin, installé dans les hauteurs du grand chêne dont les branches dépassaient le toit de la maison, se trouvait la cabane d’Emma. Elle y montait par une échelle en bois blanc, portant le plus souvent dans son sac à dos « Sigma Force » ses jouets préférés, et pouvait y passer des heures a organiser des plans de surveillance de la Terre ou bien simplement a faire une dînette avec le Captain Stellar, Avalanche et Pinky. Comme toujours, Valkyria faisait des gâteaux viking dans le petit four en plastique rose installé dans le coin, aidé par Emma cela va sans dire, car les jouets n’avaient pas le droit de toucher au four sans sa permission.<br />
<br />
La petite fille organisait aussi chaque mercredi un atelier lecture, ou elle sélectionnait pour la troupe les meilleurs bande dessinées de sa bibliothèque. Quelque fois même, elle invitait en guest star un des héros de ces histoires au grand bonheur de l’armée de la justice galactique. Qui avait put oublier le jour ou Pinky avait été surprise en train d’embrasser Batman ?<br />
<br />
Du coup, le déménagement voulait dire adieu la cabane.<br />
<br />
Emma avait bien entendu essayer de négocier : pourquoi ne pas l’emmener Papa ? avait elle demandée, le visage grognon. Et bien sur Papa de répondre que ce n’était pas possible, qu’on enlève pas un arbre du sol pour l’amener ailleurs. Mais Emma avait anticipé sa réponse et elle lui présenta sur sa tablette une vidéo montrant comment des organisations écologiques déplaçaient des forêt entière pour les mettre à l’abri des inondations. Il répondit que même si c’était possible cela coûterait bien trop cher, et que ça ne serait pas forcement possible de replanter l’arbre dans leur nouvelle maison. En plus, le chêne était très vieux, et ses racines devaient courir sous la maison ce qui rendrait très compliqué son extraction.<br />
<br />
Emma tenta de convaincre Papa en appelant devant lui la hotline des enfers dont elle avait obtenu le numéro grâce a ses actions héroïque en tant que princesse. Elle mima l’appel avec ses doigts, expliquant que son interlocuteur était un certain Somnilanuralostes. Emma fit mine de raccrocher avec un air renfrogné : la hotline des enfers avait confirmé que malheureusement il était effectivement impossible de déplacer un arbre aussi grand sans risque de l’abîmer.<br />
<br />
Vaincue, Emma dût faire le deuil de sa cabane.<br />
<br />
Au fil des jours, elle réalisa que plein de chose allait lui manquer. Kini, le petit chien tout blanc des voisins qui sautait tout le temps la haie du jardin pour venir jouer avec elle, le magasin de bonbon sur Elm Street, le bruit des avions qui passaient au loin en laissant une traîné blanche qui finissait par quadriller le ciel lorsqu’à la nuit tombé il se mettait à rougir. Elle ne pourrait plus aller jouer autour de l’étang de Mercator avec ses amis, ni faire la course à vélo dans le terrain vague à coté de l’usine aux airs de gros fer à repasser de Médical Mécanica.<br />
<br />
Emma demanda à Maman si c’était une si bonne idée que ça de partir, et cette dernière lui expliqua que c’était nécessaire, que Papa faisait ça pour la famille. Ce genre de notion ne trouvait pas trop place dans la tête de la petite fille. Car c’était bien beau la famille, mais qui allait expliquer à Jimmy Vancliff qu’il ne pourra pas tenter de reprendre le titre de « super bolide ultra » puisque Emma ne pourrait pas participer à la prochaine édition de la course à vélo la plus technique du quartier ? et comment faire comprendre à Kini que ce n’était pas parce qu’il avait mâchouillé Valkyria qu’elle partait… c’était beaucoup de boulot, et Emma se demandait si tout ça était bien raisonnable.<br />
<br />
Parce que finalement tout ça c’était pour quoi ? un nouveau foyer ? la belle affaire : c’était surtout une promesse sans rien de concret derrière. Papa le savait, et Maman le savait, et Wendy sa grande sœur aussi le savait. Ils étaient tous à parler de l’avenir, mais que faisaient ils du présent ?<br />
<br />
Emma s’installa sous le chêne, confortablement installé sur une grande nappe a carreau rouge et déposa a coté d’elle la figurine du fabuleux Captain Stellar, commandant en chef de l’armée de la justice galactique.<br />
<br />
« Captain : on doit avoir une discutions sérieuse. Papa et Maman ne réalisent pas que le déménagement est une mauvaise idée. Je sûr que Papa n’a même pas pensé qu’il n’y aura pas forcément de « Big Billy Burger » là où on déménage ! »<br />
<br />
Comme à son habitude, Captain Stellar resta silencieux. Mais Emma compris le message.<br />
<br />
« Oui… vous avez raison Captain. C’est pas tout les « supers crousti cheese »…  mais quand même ! Faudrait au moins qu’on puisse y aller une dernière fois que je puisse compléter ma collection de verre collector « super Sigma » ! »<br />
<br />
La petite fille attrapa la vaillante figurine et lui donna une voix.<br />
<br />
« Emma : tu dois assurer ton rôle de justicière galactique. Papa et Maman on besoin de toi<br />
– Je sais Captain, ils seraient perdu sans moi… et je ne parle même pas de Wendy !<br />
– Oui, tu dois faire ce qui est juste… »<br />
<br />
Emma n’était pas convaincu, mais le Captain était de bon conseil et en tant que super héros il savait de quoi il parlait quand il était question de faire le bon choix.<br />
<br />
La petite fille retourna dans sa chambre et continua a ranger ses affaires. Elle plaça soigneusement sa collection de cartes à jouer « Vazygro » dans l’étui métallique qu’elle avait eu pour son anniversaire dans un des angles de la valise et s’assura que le tout était bien calé. Elle ajouta ensuite le coffret DVD de la série « captain Stellar » saison 4,  puis son costume de chevalier. Problème : impossible de faire rentrer l’épée dans la valise.<br />
<br />
« Papaaaaa ! mon épée d’Ascalon elle rentre paaaaas ! je peux la mettre dans ta valise ? »<br />
<br />
Papa arriva et observa la redoutable épée au tranchant légendaire.<br />
<br />
« Ca risque d’abimer les affaires de maman ça Princesse…<br />
– Mais non ! y’a le fourreau regarde ! » dit Emma en tendant le dit fourreau à son père<br />
– Bon… dans ce cas on devrait pouvoir s’arranger<br />
<br />
– Mais tu fais attention hein ? si tu la perds c’est de ta faute ? »<br />
<br />
Papa soupira, sans doute écrasé par l’ampleur de la tache. Emma le comprenait : ce n’était pas facile d’avoir ce genre de responsabilité héroïque, mais il devait lui aussi faire sa part.<br />
<br />
Une fois la valise pleine à craqué de jouet, Emma regarda ce qui restait. Elle aimait vraiment beaucoup la plupart de ses jouets, mais avait bien comprit qu’il allait falloir s’en séparer. Elle eut soudain une idée qui lui parut merveilleuse.<br />
<br />
Elle se précipita voir Maman, et lui demanda la voix plein d’entrain :<br />
<br />
« Maman dis ! est ce que je peux donner les jouets que je peux pas amener ? »<br />
<br />
Maman accepta, et fut très fière qu’Emma acceptent de partager ainsi ses jouets. Sillonnant le quartier, elle donna son robot RAAC7 et voiture télécommandé Shelby GT à Tony le voisin d’en face, sa machine de transfert cyclotronique Axis et son train des enfers à Amanda, la fille de la nourrice, et ses figurines exclusives Raigo prince de la foudre et Vic Vanguard à Sofia, une de ses amies du quartier qui collectionnait cette gamme de jouet.<br />
<br />
Au début, Emma voulut donner sa peluche Basilisk a la petite fille de madame Fletcher qui venait de naître, mais elle ne pouvait que difficilement se séparer de ce qui était son doudou depuis toujours. Et puis bon, Basilisk était indissociable de sa ligue de justice galactique, il devait donc rester.<br />
<br />
Ah que c’était dur d’abandonner ainsi ces amis pensa Emma.<br />
<br />
La petite fille retourna voir Maman et lui expliqua son cas de conscience. Après tout, elle devait faire en sorte que ses amis restent ensemble ? c’était son rôle de chef ?<br />
<br />
Maman lui expliqua que ce n’était pas si simple, et que parfois les amis avait besoin de s’en aller, mais que ce n’était pas pour autant qu’on ne les aimait plus. Emma répondit qu’elle savait déjà qu’elle allait regretter de ne plus jouer avec eux. Maman répondit à son tour que pour autant, elle pourrait se rappeler des bons moments, tout en sachant que ses jouets continueraient à s’amuser avec d’autres enfants, que c’était le plus beau cadeau qu’elle pouvait leur faire.<br />
<br />
Emma voulut arrêter le Temps pour réfléchir à cette remarque, mais elle avait jurée au Docteur et à tous les seigneurs du Temps qu’elle n’utiliserait plus jamais ce pouvoir… manipuler le temps causait plus de problème qu’autre chose…<br />
<br />
Papa arriva entre temps et annonça à Maman et à Emma que Juli, la baby-sitter, allait enfin se marier avec Rony, son petit copain depuis plus d’un an, et qu’elle attendait peut être un heureux événement . Emma était très heureuse car Juli était une super copine qui adorait jouer avec elle à « Monstre et Princesse ». Rony aussi était très gentil : il avait expliqué à Emma les règles du football américain et offert une casquette des Sharks de Miami a son retour de vacances. Elle songea alors au fait qu’ils allaient devenir des nouveaux papa et maman, et que peut être une nouvelle petite Emma allait habiter dans le coin.<br />
<br />
« Dis maman ? pourquoi on donnerait pas la maison à Juli ? »<br />
<br />
Maman et Papa se mirent à rire de bon cœur et acquiescent<br />
<br />
« Pourquoi pas ! » dit Papa « je leur demanderai si ça les intéresses »<br />
<br />
Pfff… il fallait toujours tout leur souffler à ces deux là !<br />
<br />
Emma retourna dehors pour finir sa distribution de jouet. Elle donna son bracelet de fée à Sophie, sa copine de chez la nourrice. Elle réserva son avion bombardier robotique à Théo qui vivait près de la voie de chemin de fer, et termina son tour du quartier en donnant à Lucas, le plus gentil de tous les garçons, sa figurine articulé MAX PUISSANT ! avec bras automatique et 32 phrases enregistrés (mais seulement s’il remettait des piles).<br />
<br />
Lucas était triste de voir partir Emma. En souvenir, il voulut lui offrir sa réplique ultra détaillé du Casul 454 de la nouvelle série X-Or Génération Alpha. C’était un bien beau pistolet laser avec double réflecteur énergétique et survoltage ionisé, mais Emma expliqua qu’elle ne pouvait pas le prendre dans ses bagages. Elle se mit d’accord avec Lucas pour lui écrire dès que possible sa nouvelle adresse afin qu’il lui fasse parvenir par la poste.<br />
<br />
En rentrant à la maison, elle croisa justement le facteur qui lui remit une pile de courrier. C’était des trucs inutile pour Papa et Maman : un tract de campagne pour la réélection du président Bradshaw, un autre pour annoncer les soldes monstres du magasin pour homme « Super Macho Man », un courrier des impots… Emma à hésita à tout jeter à la poubelle, puis elle se ravisa : c’était à ses parents d’apprendre à gérer leur courrier après tout !<br />
<br />
Maman regardait la télé. Il y était question d’émeutes, et d’un homme courageux qui avait sauver des tas de gens. C’était un grand monsieur, au visage tranquille, et qui expliquait qu’il n’avait fait que son devoir, et que c’était aussi simple que ça à ses yeux.<br />
<br />
« CA ! c’est un héros ! » expliqua Emma à Maman « Un vrai héros ça fait ce qui est juste, et c’est tout ! les autres c’est des frimeurs !<br />
<br />
– Ah bon ? » dit Maman visiblement intéresser par la question de la morale super héroïque<br />
<br />
– Bah oui : parce que les gentils, comme ils sont gentils ils ont pleins de copains, et il faut les défendre, c’est ça être un héros : pas seulement faire des pubs pour les céréales comme Batman !<br />
– Et bien ma chérie tu m’apprends quelque chose de très important ! » dit Maman.<br />
– Contente que ça te serve ! » dit Emma « je suis ravi qu’on ait put avoir cette conversation toutes les deux ! »<br />
<br />
Emma ne savait pas pourquoi, mais Maman riait.<br />
<br />
Ah ! l’insouciance des adultes !<br />
<br />
Le reste de la journée, Emma resta devant la télé à regarder les rediffusion de la série « Les mutants – les chemins du coeur » une série super ou des mutants brésilien vivait de passionnante romance sous fond de combat super héroïque. Dans cet épisode, le cœur de Jorge avait été transplanté à Elsa, la fille de Jenny, et elle se mettait soudainement à avoir ses pouvoirs. C’était vraiment une bonne série !<br />
<br />
Cependant, après quelques épisodes qui ne respectaient pas la chronologie de diffusion, Emma décida de regarder autre chose et tomba sur les épreuves du 100m des jeux paralympiques. Elle fut tout d’abord impressionnée par l’apparence des participants, certains n’ayant qu’une jambe valide, d’autres ayant des bras déformés ou absent… mais dès que le coup d’envoi de la course fut donner, la petite fille se passionnant uniquement pour l’épreuve. Elle repéra dans les coureurs une jeune femme en tenue bleu dont les prothèses avaient l’air de patte d’insecte mécanique noir colbat. Sans trop savoir pourquoi, elle se mit à l’encourager :<br />
<br />
« Aller ! va s’y ! tu y es presque ! »<br />
<br />
La favorite d’Emma fini par remporter la course d’une tête. Folle de joie, la petite fille se mit à sauter dans le salon, puis se précipita vers Papa pour lui raconter :<br />
<br />
« PApaaaaa ! la dame en bleu elle à gagnée ! c’est la plus rapide !<br />
– C’est super dis donc ça chérie !<br />
<br />
– Oui c’est trop bien ! Dis Papa : moi aussi quand je serai grande je pourrais avoir des jambes robot qui courent vite ? »<br />
<br />
Papa tira une tête pas possible et fit non de la tête :<br />
<br />
« Non Emma… il ne faut pas rigoler avec ça… la dame est handicapée et…<br />
– Pfff … n’importe quoi ! elle est pas handicapée : elle court super vite ! c’est juste qu’elle à des jambes robot c’est tout ! »<br />
<br />
Papa lui sourit<br />
<br />
« C’est toi qui à raison Princesse »<br />
<br />
Qu’est ce qu’il ferait sans Emma dans cette maison ?<br />
<br />
Au fur et a mesure que la journée s’écoulait, la maison se vidait, et les cartons s’accumulaient dans l’entrée. Et puis d’un seul coup, Emma réalisa que tout était emballé.<br />
<br />
Papa appella tout le monde :<br />
<br />
« Les filles… cette fois on est pret ! demain c’est le grand départ !<br />
<br />
Emma leva la main comme on lui avait apprit à l’école. Papa l’autorisa à parler, et elle entreprit de s’exprimer le plus clairement possible :<br />
<br />
« Dites, je crois que ça va pas être possible pour moi. J’étais d’accord mais en fait maintenant j’ai plus envie, donc on reste.<br />
– Emma… » dit Papa la voix fatiguée « Princesse c’est trop tard, on part demain !<br />
– Mais moi je veux pas ! Je veux rester ici !<br />
– Ma chérie, tu ne veux pas voir la nouvelle maison ? ta nouvelle chambre ?<br />
– Non ! je veux pas de nouvelle maison ! c’est ici ma maison ! et puis ma nouvelle chambre elle sera pas aussi bien que celle là, parce que celle là elle à une cachette secrète ! et par la fenetre je peux voir ma cabane ! la bas y’a même pas de cabane ! »<br />
<br />
Emma pleurait de tristesse…<br />
<br />
« Et puis mes copains ils sont pas la bas ! et moi je serais toute seule !<br />
– Mais non ma chérie : nous on sera là, avec Maman et Wendy, et puis t’auras plein de nouveau copain…<br />
– Mais je veux pas… pourquoi il faut que ça change hein ?<br />
– Emma… des fois dans la vie les choses doivent changer.<br />
– Bah c’est nul ! nul nul nul ! Moi je changerai jamais ! JAMAIS ! »<br />
<br />
La petite fille retourna a toute allure dans sa chambre. Elle voulut s’affaler sur son lit et se cacher sous les draps, mais ceux ci avaient été rangé avec le reste des affaires. Il ne restait plus qu’un sommier. Les murs vide de la pièce impressionnèrent Emma. Elle n’avait pas le souvenir que sa chambre soit aussi banale. Où étaient les dessins ? les guirlandes ? et les posters de Starlina, la Princesse magicienne ?<br />
<br />
Papa arriva derrière Emma et la prit dans ses bras.<br />
<br />
« Aller Princesse : tu sais que ce soir on dort chez Grand mère et grand père.<br />
– Dis Papa. Si tout change ça veut dire que toi aussi tu va changer ?<br />
– Et bien… oui forcément : tout change, et tout le monde change. Toi aussi tu vas grandir. Tu va devenir une belle jeune fille. Avoir un amoureux.<br />
– Mais c’est toi mon amoureux !?<br />
– Pour l’instant. Mais un jour tu trouveras un autre amoureux, que tu aimeras comme Papa. Evidemment je préferai que ça soit le plus tard possible, mais c’est comme ça.<br />
– Tu sera triste ce jour là ?<br />
– Un peu. Parce que je serai comme toi maintenant. Je voudrais que les choses ne changent pas, que tu restes toujours ma petite princesse. Mais en même temps ça serait triste que rien ne change. Ce qui est nouveau c’est ce qui est bien dans la vie. Et puis tu sais… si les choses changent, ça rend les moments présent encore meilleurs. On apprécie plus tout ça. Tu ne dois jamais l’oublier Emma : les bons moments sont uniques, et tout change, alors il faut aimer ce qu’on à sans jamais avoir de regret. Tu comprends ?<br />
– Un peu… En tout cas je comprends que tu seras triste si j’ai un autre amoureux, alors je te promets que j’aurais pas de copain avant au moins d’avoir… oh au moins 13 ans ! »<br />
<br />
13 ans… c’était tellement loin ! comment serait le monde dans un futur aussi éloigné ? Emma savait qu’elle ne prenait aucun risque en faisant une telle promesse. Papa était rassuré : ça se voyait parce qu’il souriait.<br />
<br />
Papa et Emma redescendirent dans le salon. Tout le monde prit son sac de voyage et monta dans la voiture. Cette fois c’était le moment. Adieu la maison, adieu la cabane. Adieu le quartier, le lac mercator et l’usine medical mécanica au loin. Adieu les courses à vélo, les crousti-cheeses et les copains.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, dans la voiture, Papa mit la radio et laissa la fréquence 102.3 car il y passait la chanson favorite de Emma : « La groupie du pianiste ». C’était une vieille chanson, mais la petite fille adorait le son du piano, et la voix douce de Michel Berger, son interprète. La petite fille et sa soeur reprirent le refrain en coeur :<br />
<br />
« Elle l’aiiime ! elle l’adooooore !<br />
C’est fou comme elle l’aiiiime ! c’est beau comme elle l’aime ! »<br />
<br />
Après cette chanson, Wendy demanda à Papa s’il pouvait mettre l’album « Chanson pour Avalon » qu’elle venait d’acheter pour le voyage. Emma aussi aimait beaucoup la chanteuse Jasmine, mais aurait préférer réecouter la groupie du pianiste. Mais bon, comme pour tout, la petite fille savait faire des concessions envers les goûts discutable de ses proches.<br />
<br />
Tandis qu’ils roulaient, un énorme grondement resonna dans le ciel. Emma regarda par le toit panoramique et apperçu l’immense masse de métal propulsé par des réacteurs surpuissant monter dans le ciel en laissant un sillage de fumée. Dire que dans quelques heures elle serait à bord d’un engin pareil…<br />
<br />
Pour s’occuper durant le reste du trajet, Emma joua au Stormbreaker :<br />
<br />
« bip bip ! vite : activation du convecteur de puissance ! Wendy : il faut que tu fixes la matrice de convection sinon ça va explosééééé ah nooooooooon ! »<br />
<br />
Wendy soupira et mit son casque audio tout en tapant des messages à ses copines sur son mobile.<br />
<br />
Quelle rabat joie dès fois !<br />
<br />
***<br />
<br />
Cette fois c’était le grand moment. Après avoir laisser la voiture, après avoir enregistré les bagages et passer la sécurités, toute la famille était à bord, prête au décollage. Emma regarda par la fenetre, appercevant le tarmac et les tout petit bonhommes en tenue fluo qui agitaient les bras. Elle les imita tout en expliquant à Wendy que c’était pour sécuriser les accès et éviter les collision. La toute jeune adolescente, toujours le casque sur la tête, fit mine d’acquiescer pour que sa petite soeur la laisse tranquille.<br />
<br />
Un grand bruit se fit entendre. Un grondement comme celui d’un puissant dragon.<br />
<br />
« C’est le turbo statoréacteur ! » dit Emma à Papa qui se trouvait sur le siège de devant ! on va décoller ! »<br />
<br />
Les ceintures automatiques se verrouillèrent, et dans un vacarme apocalyptique, l’engin s’élança dans les airs. Emma sentit la violence de l’accélération appuyer sur ses épaules et son visage, et s’amusa à se laisser caler dans le gros fauteuil ou elle était assise. Elle vit l’aéroport devenir tout petit, puis les alentours. Elle put apercevoir l’usine en forme de fer à repasser médical mécanica devenir toute petite, puis le quartier, puis la ville.<br />
<br />
Elle vit ensuite la Terre, ronde comme une belle bille aux éclats bleus tandis que la fusée atteignait sa vitesse de croisière. Les ceintures se détachèrent automatiquement, laissant les passagers profiter de la sensation de non gravité.<br />
<br />
« Mesdames et messieurs nous venons de quitter la terre. Notre vol vers Proxima Centauri sera d’une durée estimé de 2 slogs. Durant votre voyage, notre personnelle se tiens à votre disposition. Merci d’avoir choisi notre compagnie : excellent voyage à tous »<br />
<br />
Emma regardait la terre par la fenêtre qui devenait de plus en plus petite à mesure que les hyper propulseur de la fusée leur donnaient de la vitesse. Ils allaient bientôt rentrer dans le flux hyper spatiale, et ils allaient voir le monde se figer puis disparaître, comme si le temps s’était accélérer en un instant. Emma vit alors le soleil grandir, grandir, pour finalement s’effondrer après un dernier éclat, et s’éteindre dans le néant.<br />
<br />
C’était fini, ce moment de sa vie était terminée. Il allait maintenant falloir réapprendre à vivre ailleurs, différemment. Mais Emma ne parait pas de zéro. Elle avait emporter une part de cette ancienne vie, et des tas de souvenirs chouette qui ne la quitteraient jamais. Elle était prête pour de nouvelles aventures loin de la Terre et du Soleil.<br />
<br />
Elle regarda par le hublot, avec un peu de mélancolie, et déposa un baiser sur la vitre là ou était la Terre. Et puis ensuite, tout doucement, comme pour elle même, elle dit :<br />
<br />
« Goodbye Supernova… »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Goodbye Supernova<br />
<br />
Emma observait avec attention ses affaires étalés avec minutie sur son lit. Il fallait qu’elle trouve la meilleure façon de faire tout rentrer dans la petite valise que Papa lui avait donné, ce qui allait être bien plus compliqué que la fillette ne l’avait prévu.<br />
<br />
Et puis il fallait prendre garde à ne pas ranger Miss Pinky, poupée pop star avec son micro incorporé, a coté de sa grande rivale, la sculptural Valkyria Titania, guerrière asgardienne armée de l’épée dimensionnel qu’elle avait obtenu en terrassant Dark Sorcer, bien que ce dernier appartienne à une autre gamme de jouet. Avec autant d’expertise qu’une futur mariée préparant son plan de table, Emma prit soin de regrouper les jouets selon leurs affinités, afin que le voyage se passe sans encombre et leur paraisse moins long.<br />
<br />
Papa passa la tête dans l’encadrement de la porte et s’écria :<br />
<br />
« Hey Princesse ! ça avance ce rangement ?<br />
– Mouuuiiii… » minauda la petite fille « Mais je crois qu’il va me falloir une autre valise pour les forces du Mal. C’est trop risqué qu’ils voyagent avec les Gentils !<br />
– Tu ne penses pas qu’ils pourraient signer une trêve ? juste le temps du voyage ?<br />
– Tu es naïf Papa : Apocalypto ne laissera jamais passer une occasion de détruire les Sigmas pendant que j’ai le dos tourné.<br />
– Mais si MOI je lui demande ?<br />
– Tu es fou ! il utilisera son rayon de domination sur toi et te fera faire tout ce qu’il veut ! »<br />
<br />
Papa fît une grimace bizarre mais plutôt rigolote.<br />
<br />
« Donc il n’y a que toi qui peut gérer cette situation ? demanda Papa.<br />
– Je suis la chef du bataillon : c’est un rôle ingrat mais c’est le mien !<br />
– Et tu t’en sors à merveille Princesse, mais tu sais qu’on est limité en bagage, alors fait de ton mieux avec Apocalypto »<br />
<br />
Emma joua avec une mèche de ses longs cheveux châtains et la mâchouilla tout en réfléchissant<br />
<br />
« … je pourrais peut être mettre une partie des méchants dans le bus infernal pour qu’ils prennent moins de place… »<br />
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Papa leva le pouce en signe d’approbation puis s’en alla vers la cuisine ou maman préparait sa spécialité : de la glace au brocoli !<br />
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Depuis une semaine, toute la maison était en effervescence. C’était le grand départ qui se préparait, avec son lot de carton, de fouillis et de chaos. Lorsque Papa était rentré plus tôt ce soir là. Il avait obtenue une super promotion de la part de madame Smith, sa patronne, et elle lui avait donnée son après midi pour annoncé la nouvelle à toute la famille, Emma avait été folle de joie. Ils allaient avoir une nouvelle maison dans une nouvelle ville, avec de nouveaux voisins, elle allait avoir une nouvelle chambre dans laquelle toute son armée de la justice galactique allait pouvoir livrer d’incroyables combat contre les forces du Mal.<br />
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Et puis elle pensa à la cabane.<br />
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Dehors, dans le jardin, installé dans les hauteurs du grand chêne dont les branches dépassaient le toit de la maison, se trouvait la cabane d’Emma. Elle y montait par une échelle en bois blanc, portant le plus souvent dans son sac à dos « Sigma Force » ses jouets préférés, et pouvait y passer des heures a organiser des plans de surveillance de la Terre ou bien simplement a faire une dînette avec le Captain Stellar, Avalanche et Pinky. Comme toujours, Valkyria faisait des gâteaux viking dans le petit four en plastique rose installé dans le coin, aidé par Emma cela va sans dire, car les jouets n’avaient pas le droit de toucher au four sans sa permission.<br />
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La petite fille organisait aussi chaque mercredi un atelier lecture, ou elle sélectionnait pour la troupe les meilleurs bande dessinées de sa bibliothèque. Quelque fois même, elle invitait en guest star un des héros de ces histoires au grand bonheur de l’armée de la justice galactique. Qui avait put oublier le jour ou Pinky avait été surprise en train d’embrasser Batman ?<br />
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Du coup, le déménagement voulait dire adieu la cabane.<br />
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Emma avait bien entendu essayer de négocier : pourquoi ne pas l’emmener Papa ? avait elle demandée, le visage grognon. Et bien sur Papa de répondre que ce n’était pas possible, qu’on enlève pas un arbre du sol pour l’amener ailleurs. Mais Emma avait anticipé sa réponse et elle lui présenta sur sa tablette une vidéo montrant comment des organisations écologiques déplaçaient des forêt entière pour les mettre à l’abri des inondations. Il répondit que même si c’était possible cela coûterait bien trop cher, et que ça ne serait pas forcement possible de replanter l’arbre dans leur nouvelle maison. En plus, le chêne était très vieux, et ses racines devaient courir sous la maison ce qui rendrait très compliqué son extraction.<br />
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Emma tenta de convaincre Papa en appelant devant lui la hotline des enfers dont elle avait obtenu le numéro grâce a ses actions héroïque en tant que princesse. Elle mima l’appel avec ses doigts, expliquant que son interlocuteur était un certain Somnilanuralostes. Emma fit mine de raccrocher avec un air renfrogné : la hotline des enfers avait confirmé que malheureusement il était effectivement impossible de déplacer un arbre aussi grand sans risque de l’abîmer.<br />
<br />
Vaincue, Emma dût faire le deuil de sa cabane.<br />
<br />
Au fil des jours, elle réalisa que plein de chose allait lui manquer. Kini, le petit chien tout blanc des voisins qui sautait tout le temps la haie du jardin pour venir jouer avec elle, le magasin de bonbon sur Elm Street, le bruit des avions qui passaient au loin en laissant une traîné blanche qui finissait par quadriller le ciel lorsqu’à la nuit tombé il se mettait à rougir. Elle ne pourrait plus aller jouer autour de l’étang de Mercator avec ses amis, ni faire la course à vélo dans le terrain vague à coté de l’usine aux airs de gros fer à repasser de Médical Mécanica.<br />
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Emma demanda à Maman si c’était une si bonne idée que ça de partir, et cette dernière lui expliqua que c’était nécessaire, que Papa faisait ça pour la famille. Ce genre de notion ne trouvait pas trop place dans la tête de la petite fille. Car c’était bien beau la famille, mais qui allait expliquer à Jimmy Vancliff qu’il ne pourra pas tenter de reprendre le titre de « super bolide ultra » puisque Emma ne pourrait pas participer à la prochaine édition de la course à vélo la plus technique du quartier ? et comment faire comprendre à Kini que ce n’était pas parce qu’il avait mâchouillé Valkyria qu’elle partait… c’était beaucoup de boulot, et Emma se demandait si tout ça était bien raisonnable.<br />
<br />
Parce que finalement tout ça c’était pour quoi ? un nouveau foyer ? la belle affaire : c’était surtout une promesse sans rien de concret derrière. Papa le savait, et Maman le savait, et Wendy sa grande sœur aussi le savait. Ils étaient tous à parler de l’avenir, mais que faisaient ils du présent ?<br />
<br />
Emma s’installa sous le chêne, confortablement installé sur une grande nappe a carreau rouge et déposa a coté d’elle la figurine du fabuleux Captain Stellar, commandant en chef de l’armée de la justice galactique.<br />
<br />
« Captain : on doit avoir une discutions sérieuse. Papa et Maman ne réalisent pas que le déménagement est une mauvaise idée. Je sûr que Papa n’a même pas pensé qu’il n’y aura pas forcément de « Big Billy Burger » là où on déménage ! »<br />
<br />
Comme à son habitude, Captain Stellar resta silencieux. Mais Emma compris le message.<br />
<br />
« Oui… vous avez raison Captain. C’est pas tout les « supers crousti cheese »…  mais quand même ! Faudrait au moins qu’on puisse y aller une dernière fois que je puisse compléter ma collection de verre collector « super Sigma » ! »<br />
<br />
La petite fille attrapa la vaillante figurine et lui donna une voix.<br />
<br />
« Emma : tu dois assurer ton rôle de justicière galactique. Papa et Maman on besoin de toi<br />
– Je sais Captain, ils seraient perdu sans moi… et je ne parle même pas de Wendy !<br />
– Oui, tu dois faire ce qui est juste… »<br />
<br />
Emma n’était pas convaincu, mais le Captain était de bon conseil et en tant que super héros il savait de quoi il parlait quand il était question de faire le bon choix.<br />
<br />
La petite fille retourna dans sa chambre et continua a ranger ses affaires. Elle plaça soigneusement sa collection de cartes à jouer « Vazygro » dans l’étui métallique qu’elle avait eu pour son anniversaire dans un des angles de la valise et s’assura que le tout était bien calé. Elle ajouta ensuite le coffret DVD de la série « captain Stellar » saison 4,  puis son costume de chevalier. Problème : impossible de faire rentrer l’épée dans la valise.<br />
<br />
« Papaaaaa ! mon épée d’Ascalon elle rentre paaaaas ! je peux la mettre dans ta valise ? »<br />
<br />
Papa arriva et observa la redoutable épée au tranchant légendaire.<br />
<br />
« Ca risque d’abimer les affaires de maman ça Princesse…<br />
– Mais non ! y’a le fourreau regarde ! » dit Emma en tendant le dit fourreau à son père<br />
– Bon… dans ce cas on devrait pouvoir s’arranger<br />
<br />
– Mais tu fais attention hein ? si tu la perds c’est de ta faute ? »<br />
<br />
Papa soupira, sans doute écrasé par l’ampleur de la tache. Emma le comprenait : ce n’était pas facile d’avoir ce genre de responsabilité héroïque, mais il devait lui aussi faire sa part.<br />
<br />
Une fois la valise pleine à craqué de jouet, Emma regarda ce qui restait. Elle aimait vraiment beaucoup la plupart de ses jouets, mais avait bien comprit qu’il allait falloir s’en séparer. Elle eut soudain une idée qui lui parut merveilleuse.<br />
<br />
Elle se précipita voir Maman, et lui demanda la voix plein d’entrain :<br />
<br />
« Maman dis ! est ce que je peux donner les jouets que je peux pas amener ? »<br />
<br />
Maman accepta, et fut très fière qu’Emma acceptent de partager ainsi ses jouets. Sillonnant le quartier, elle donna son robot RAAC7 et voiture télécommandé Shelby GT à Tony le voisin d’en face, sa machine de transfert cyclotronique Axis et son train des enfers à Amanda, la fille de la nourrice, et ses figurines exclusives Raigo prince de la foudre et Vic Vanguard à Sofia, une de ses amies du quartier qui collectionnait cette gamme de jouet.<br />
<br />
Au début, Emma voulut donner sa peluche Basilisk a la petite fille de madame Fletcher qui venait de naître, mais elle ne pouvait que difficilement se séparer de ce qui était son doudou depuis toujours. Et puis bon, Basilisk était indissociable de sa ligue de justice galactique, il devait donc rester.<br />
<br />
Ah que c’était dur d’abandonner ainsi ces amis pensa Emma.<br />
<br />
La petite fille retourna voir Maman et lui expliqua son cas de conscience. Après tout, elle devait faire en sorte que ses amis restent ensemble ? c’était son rôle de chef ?<br />
<br />
Maman lui expliqua que ce n’était pas si simple, et que parfois les amis avait besoin de s’en aller, mais que ce n’était pas pour autant qu’on ne les aimait plus. Emma répondit qu’elle savait déjà qu’elle allait regretter de ne plus jouer avec eux. Maman répondit à son tour que pour autant, elle pourrait se rappeler des bons moments, tout en sachant que ses jouets continueraient à s’amuser avec d’autres enfants, que c’était le plus beau cadeau qu’elle pouvait leur faire.<br />
<br />
Emma voulut arrêter le Temps pour réfléchir à cette remarque, mais elle avait jurée au Docteur et à tous les seigneurs du Temps qu’elle n’utiliserait plus jamais ce pouvoir… manipuler le temps causait plus de problème qu’autre chose…<br />
<br />
Papa arriva entre temps et annonça à Maman et à Emma que Juli, la baby-sitter, allait enfin se marier avec Rony, son petit copain depuis plus d’un an, et qu’elle attendait peut être un heureux événement . Emma était très heureuse car Juli était une super copine qui adorait jouer avec elle à « Monstre et Princesse ». Rony aussi était très gentil : il avait expliqué à Emma les règles du football américain et offert une casquette des Sharks de Miami a son retour de vacances. Elle songea alors au fait qu’ils allaient devenir des nouveaux papa et maman, et que peut être une nouvelle petite Emma allait habiter dans le coin.<br />
<br />
« Dis maman ? pourquoi on donnerait pas la maison à Juli ? »<br />
<br />
Maman et Papa se mirent à rire de bon cœur et acquiescent<br />
<br />
« Pourquoi pas ! » dit Papa « je leur demanderai si ça les intéresses »<br />
<br />
Pfff… il fallait toujours tout leur souffler à ces deux là !<br />
<br />
Emma retourna dehors pour finir sa distribution de jouet. Elle donna son bracelet de fée à Sophie, sa copine de chez la nourrice. Elle réserva son avion bombardier robotique à Théo qui vivait près de la voie de chemin de fer, et termina son tour du quartier en donnant à Lucas, le plus gentil de tous les garçons, sa figurine articulé MAX PUISSANT ! avec bras automatique et 32 phrases enregistrés (mais seulement s’il remettait des piles).<br />
<br />
Lucas était triste de voir partir Emma. En souvenir, il voulut lui offrir sa réplique ultra détaillé du Casul 454 de la nouvelle série X-Or Génération Alpha. C’était un bien beau pistolet laser avec double réflecteur énergétique et survoltage ionisé, mais Emma expliqua qu’elle ne pouvait pas le prendre dans ses bagages. Elle se mit d’accord avec Lucas pour lui écrire dès que possible sa nouvelle adresse afin qu’il lui fasse parvenir par la poste.<br />
<br />
En rentrant à la maison, elle croisa justement le facteur qui lui remit une pile de courrier. C’était des trucs inutile pour Papa et Maman : un tract de campagne pour la réélection du président Bradshaw, un autre pour annoncer les soldes monstres du magasin pour homme « Super Macho Man », un courrier des impots… Emma à hésita à tout jeter à la poubelle, puis elle se ravisa : c’était à ses parents d’apprendre à gérer leur courrier après tout !<br />
<br />
Maman regardait la télé. Il y était question d’émeutes, et d’un homme courageux qui avait sauver des tas de gens. C’était un grand monsieur, au visage tranquille, et qui expliquait qu’il n’avait fait que son devoir, et que c’était aussi simple que ça à ses yeux.<br />
<br />
« CA ! c’est un héros ! » expliqua Emma à Maman « Un vrai héros ça fait ce qui est juste, et c’est tout ! les autres c’est des frimeurs !<br />
<br />
– Ah bon ? » dit Maman visiblement intéresser par la question de la morale super héroïque<br />
<br />
– Bah oui : parce que les gentils, comme ils sont gentils ils ont pleins de copains, et il faut les défendre, c’est ça être un héros : pas seulement faire des pubs pour les céréales comme Batman !<br />
– Et bien ma chérie tu m’apprends quelque chose de très important ! » dit Maman.<br />
– Contente que ça te serve ! » dit Emma « je suis ravi qu’on ait put avoir cette conversation toutes les deux ! »<br />
<br />
Emma ne savait pas pourquoi, mais Maman riait.<br />
<br />
Ah ! l’insouciance des adultes !<br />
<br />
Le reste de la journée, Emma resta devant la télé à regarder les rediffusion de la série « Les mutants – les chemins du coeur » une série super ou des mutants brésilien vivait de passionnante romance sous fond de combat super héroïque. Dans cet épisode, le cœur de Jorge avait été transplanté à Elsa, la fille de Jenny, et elle se mettait soudainement à avoir ses pouvoirs. C’était vraiment une bonne série !<br />
<br />
Cependant, après quelques épisodes qui ne respectaient pas la chronologie de diffusion, Emma décida de regarder autre chose et tomba sur les épreuves du 100m des jeux paralympiques. Elle fut tout d’abord impressionnée par l’apparence des participants, certains n’ayant qu’une jambe valide, d’autres ayant des bras déformés ou absent… mais dès que le coup d’envoi de la course fut donner, la petite fille se passionnant uniquement pour l’épreuve. Elle repéra dans les coureurs une jeune femme en tenue bleu dont les prothèses avaient l’air de patte d’insecte mécanique noir colbat. Sans trop savoir pourquoi, elle se mit à l’encourager :<br />
<br />
« Aller ! va s’y ! tu y es presque ! »<br />
<br />
La favorite d’Emma fini par remporter la course d’une tête. Folle de joie, la petite fille se mit à sauter dans le salon, puis se précipita vers Papa pour lui raconter :<br />
<br />
« PApaaaaa ! la dame en bleu elle à gagnée ! c’est la plus rapide !<br />
– C’est super dis donc ça chérie !<br />
<br />
– Oui c’est trop bien ! Dis Papa : moi aussi quand je serai grande je pourrais avoir des jambes robot qui courent vite ? »<br />
<br />
Papa tira une tête pas possible et fit non de la tête :<br />
<br />
« Non Emma… il ne faut pas rigoler avec ça… la dame est handicapée et…<br />
– Pfff … n’importe quoi ! elle est pas handicapée : elle court super vite ! c’est juste qu’elle à des jambes robot c’est tout ! »<br />
<br />
Papa lui sourit<br />
<br />
« C’est toi qui à raison Princesse »<br />
<br />
Qu’est ce qu’il ferait sans Emma dans cette maison ?<br />
<br />
Au fur et a mesure que la journée s’écoulait, la maison se vidait, et les cartons s’accumulaient dans l’entrée. Et puis d’un seul coup, Emma réalisa que tout était emballé.<br />
<br />
Papa appella tout le monde :<br />
<br />
« Les filles… cette fois on est pret ! demain c’est le grand départ !<br />
<br />
Emma leva la main comme on lui avait apprit à l’école. Papa l’autorisa à parler, et elle entreprit de s’exprimer le plus clairement possible :<br />
<br />
« Dites, je crois que ça va pas être possible pour moi. J’étais d’accord mais en fait maintenant j’ai plus envie, donc on reste.<br />
– Emma… » dit Papa la voix fatiguée « Princesse c’est trop tard, on part demain !<br />
– Mais moi je veux pas ! Je veux rester ici !<br />
– Ma chérie, tu ne veux pas voir la nouvelle maison ? ta nouvelle chambre ?<br />
– Non ! je veux pas de nouvelle maison ! c’est ici ma maison ! et puis ma nouvelle chambre elle sera pas aussi bien que celle là, parce que celle là elle à une cachette secrète ! et par la fenetre je peux voir ma cabane ! la bas y’a même pas de cabane ! »<br />
<br />
Emma pleurait de tristesse…<br />
<br />
« Et puis mes copains ils sont pas la bas ! et moi je serais toute seule !<br />
– Mais non ma chérie : nous on sera là, avec Maman et Wendy, et puis t’auras plein de nouveau copain…<br />
– Mais je veux pas… pourquoi il faut que ça change hein ?<br />
– Emma… des fois dans la vie les choses doivent changer.<br />
– Bah c’est nul ! nul nul nul ! Moi je changerai jamais ! JAMAIS ! »<br />
<br />
La petite fille retourna a toute allure dans sa chambre. Elle voulut s’affaler sur son lit et se cacher sous les draps, mais ceux ci avaient été rangé avec le reste des affaires. Il ne restait plus qu’un sommier. Les murs vide de la pièce impressionnèrent Emma. Elle n’avait pas le souvenir que sa chambre soit aussi banale. Où étaient les dessins ? les guirlandes ? et les posters de Starlina, la Princesse magicienne ?<br />
<br />
Papa arriva derrière Emma et la prit dans ses bras.<br />
<br />
« Aller Princesse : tu sais que ce soir on dort chez Grand mère et grand père.<br />
– Dis Papa. Si tout change ça veut dire que toi aussi tu va changer ?<br />
– Et bien… oui forcément : tout change, et tout le monde change. Toi aussi tu vas grandir. Tu va devenir une belle jeune fille. Avoir un amoureux.<br />
– Mais c’est toi mon amoureux !?<br />
– Pour l’instant. Mais un jour tu trouveras un autre amoureux, que tu aimeras comme Papa. Evidemment je préferai que ça soit le plus tard possible, mais c’est comme ça.<br />
– Tu sera triste ce jour là ?<br />
– Un peu. Parce que je serai comme toi maintenant. Je voudrais que les choses ne changent pas, que tu restes toujours ma petite princesse. Mais en même temps ça serait triste que rien ne change. Ce qui est nouveau c’est ce qui est bien dans la vie. Et puis tu sais… si les choses changent, ça rend les moments présent encore meilleurs. On apprécie plus tout ça. Tu ne dois jamais l’oublier Emma : les bons moments sont uniques, et tout change, alors il faut aimer ce qu’on à sans jamais avoir de regret. Tu comprends ?<br />
– Un peu… En tout cas je comprends que tu seras triste si j’ai un autre amoureux, alors je te promets que j’aurais pas de copain avant au moins d’avoir… oh au moins 13 ans ! »<br />
<br />
13 ans… c’était tellement loin ! comment serait le monde dans un futur aussi éloigné ? Emma savait qu’elle ne prenait aucun risque en faisant une telle promesse. Papa était rassuré : ça se voyait parce qu’il souriait.<br />
<br />
Papa et Emma redescendirent dans le salon. Tout le monde prit son sac de voyage et monta dans la voiture. Cette fois c’était le moment. Adieu la maison, adieu la cabane. Adieu le quartier, le lac mercator et l’usine medical mécanica au loin. Adieu les courses à vélo, les crousti-cheeses et les copains.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, dans la voiture, Papa mit la radio et laissa la fréquence 102.3 car il y passait la chanson favorite de Emma : « La groupie du pianiste ». C’était une vieille chanson, mais la petite fille adorait le son du piano, et la voix douce de Michel Berger, son interprète. La petite fille et sa soeur reprirent le refrain en coeur :<br />
<br />
« Elle l’aiiime ! elle l’adooooore !<br />
C’est fou comme elle l’aiiiime ! c’est beau comme elle l’aime ! »<br />
<br />
Après cette chanson, Wendy demanda à Papa s’il pouvait mettre l’album « Chanson pour Avalon » qu’elle venait d’acheter pour le voyage. Emma aussi aimait beaucoup la chanteuse Jasmine, mais aurait préférer réecouter la groupie du pianiste. Mais bon, comme pour tout, la petite fille savait faire des concessions envers les goûts discutable de ses proches.<br />
<br />
Tandis qu’ils roulaient, un énorme grondement resonna dans le ciel. Emma regarda par le toit panoramique et apperçu l’immense masse de métal propulsé par des réacteurs surpuissant monter dans le ciel en laissant un sillage de fumée. Dire que dans quelques heures elle serait à bord d’un engin pareil…<br />
<br />
Pour s’occuper durant le reste du trajet, Emma joua au Stormbreaker :<br />
<br />
« bip bip ! vite : activation du convecteur de puissance ! Wendy : il faut que tu fixes la matrice de convection sinon ça va explosééééé ah nooooooooon ! »<br />
<br />
Wendy soupira et mit son casque audio tout en tapant des messages à ses copines sur son mobile.<br />
<br />
Quelle rabat joie dès fois !<br />
<br />
***<br />
<br />
Cette fois c’était le grand moment. Après avoir laisser la voiture, après avoir enregistré les bagages et passer la sécurités, toute la famille était à bord, prête au décollage. Emma regarda par la fenetre, appercevant le tarmac et les tout petit bonhommes en tenue fluo qui agitaient les bras. Elle les imita tout en expliquant à Wendy que c’était pour sécuriser les accès et éviter les collision. La toute jeune adolescente, toujours le casque sur la tête, fit mine d’acquiescer pour que sa petite soeur la laisse tranquille.<br />
<br />
Un grand bruit se fit entendre. Un grondement comme celui d’un puissant dragon.<br />
<br />
« C’est le turbo statoréacteur ! » dit Emma à Papa qui se trouvait sur le siège de devant ! on va décoller ! »<br />
<br />
Les ceintures automatiques se verrouillèrent, et dans un vacarme apocalyptique, l’engin s’élança dans les airs. Emma sentit la violence de l’accélération appuyer sur ses épaules et son visage, et s’amusa à se laisser caler dans le gros fauteuil ou elle était assise. Elle vit l’aéroport devenir tout petit, puis les alentours. Elle put apercevoir l’usine en forme de fer à repasser médical mécanica devenir toute petite, puis le quartier, puis la ville.<br />
<br />
Elle vit ensuite la Terre, ronde comme une belle bille aux éclats bleus tandis que la fusée atteignait sa vitesse de croisière. Les ceintures se détachèrent automatiquement, laissant les passagers profiter de la sensation de non gravité.<br />
<br />
« Mesdames et messieurs nous venons de quitter la terre. Notre vol vers Proxima Centauri sera d’une durée estimé de 2 slogs. Durant votre voyage, notre personnelle se tiens à votre disposition. Merci d’avoir choisi notre compagnie : excellent voyage à tous »<br />
<br />
Emma regardait la terre par la fenêtre qui devenait de plus en plus petite à mesure que les hyper propulseur de la fusée leur donnaient de la vitesse. Ils allaient bientôt rentrer dans le flux hyper spatiale, et ils allaient voir le monde se figer puis disparaître, comme si le temps s’était accélérer en un instant. Emma vit alors le soleil grandir, grandir, pour finalement s’effondrer après un dernier éclat, et s’éteindre dans le néant.<br />
<br />
C’était fini, ce moment de sa vie était terminée. Il allait maintenant falloir réapprendre à vivre ailleurs, différemment. Mais Emma ne parait pas de zéro. Elle avait emporter une part de cette ancienne vie, et des tas de souvenirs chouette qui ne la quitteraient jamais. Elle était prête pour de nouvelles aventures loin de la Terre et du Soleil.<br />
<br />
Elle regarda par le hublot, avec un peu de mélancolie, et déposa un baiser sur la vitre là ou était la Terre. Et puis ensuite, tout doucement, comme pour elle même, elle dit :<br />
<br />
« Goodbye Supernova… »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Goodbye Supernova

Emma observait avec attention ses affaires étalés avec minutie sur son lit. Il fallait qu’elle trouve la meilleure façon de faire tout rentrer dans la petite valise que Papa lui avait donné, ce qui allait être bien plus compliqué que la fillette ne l’avait prévu.

Et puis il fallait prendre garde à ne pas ranger Miss Pinky, poupée pop star avec son micro incorporé, a coté de sa grande rivale, la sculptural Valkyria Titania, guerrière asgardienne armée de l’épée dimensionnel qu’elle avait obtenu en terrassant Dark Sorcer, bien que ce dernier appartienne à une autre gamme de jouet. Avec autant d’expertise qu’une futur mariée préparant son plan de table, Emma prit soin de regrouper les jouets selon leurs affinités, afin que le voyage se passe sans encombre et leur paraisse moins long.

Papa passa la tête dans l’encadrement de la porte et s’écria :

« Hey Princesse ! ça avance ce rangement ?
– Mouuuiiii… » minauda la petite fille « Mais je crois qu’il va me falloir une autre valise pour les forces du Mal. C’est trop risqué qu’ils voyagent avec les Gentils !
– Tu ne penses pas qu’ils pourraient signer une trêve ? juste le temps du voyage ?
– Tu es naïf Papa : Apocalypto ne laissera jamais passer une occasion de détruire les Sigmas pendant que j’ai le dos tourné.
– Mais si MOI je lui demande ?
– Tu es fou ! il utilisera son rayon de domination sur toi et te fera faire tout ce qu’il veut ! »

Papa fît une grimace bizarre mais plutôt rigolote.

« Donc il n’y a que toi qui peut gérer cette situation ? demanda Papa.
– Je suis la chef du bataillon : c’est un rôle ingrat mais c’est le mien !
– Et tu t’en sors à merveille Princesse, mais tu sais qu’on est limité en bagage, alors fait de ton mieux avec Apocalypto »

Emma joua avec une mèche de ses longs cheveux châtains et la mâchouilla tout en réfléchissant

« … je pourrais peut être mettre une partie des méchants dans le bus infernal pour qu’ils prennent moins de place… »

Papa leva le pouce en signe d’approbation puis s’en alla vers la cuisine ou maman préparait sa spécialité : de la glace au brocoli !

Depuis une semaine, toute la maison était en effervescence. C’était le grand départ qui se préparait, avec son lot de carton, de fouillis et de chaos. Lorsque Papa était rentré plus tôt ce soir là. Il avait obtenue une super promotion de la part de madame Smith, sa patronne, et elle lui avait donnée son après midi pour annoncé la nouvelle à toute la famille, Emma avait été folle de joie. Ils allaient avoir une nouvelle maison dans une nouvelle ville, avec de nouveaux voisins, elle allait avoir une nouvelle chambre dans laquelle toute son armée de la justice galactique allait pouvoir livrer d’incroyables combat contre les forces du Mal.

Et puis elle pensa à la cabane.

Dehors, dans le jardin, installé dans les hauteurs du grand chêne dont les branches dépassaient le toit de la maison, se trouvait la cabane d’Emma. Elle y montait par une échelle en bois blanc, portant le plus souvent dans son sac à dos « Sigma Force » ses jouets préférés, et pouvait y passer des heures a organiser des plans de surveillance de la Terre ou bien simplement a faire une dînette avec le Captain Stellar, Avalanche et Pinky. Comme toujours, Valkyria faisait des gâteaux viking dans le petit four en plastique rose installé dans le coin, aidé par Emma cela va sans dire, car les jouets n’avaient pas le droit de toucher au four sans sa permission.

La petite fille organisait aussi chaque mercredi un atelier lecture, ou elle sélectionnait pour la troupe les meilleurs bande dessinées de sa bibliothèque. Quelque fois même, elle invitait en guest star un des héros de ces histoires au grand bonheur de l’armée de la justice galactique. Qui avait put oublier le jour ou Pinky avait été surprise en train d’embrasse]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/2/9/9/_/uploads/10571119/image_track/8121105/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1676289735992.jpg" />
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sun, 17 Jul 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-07-17T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
            <itunes:duration>19:50</itunes:duration>
        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 51 : l’honneur des Chateauciel #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep51/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**L’honneur des Chateauciel**<br />
<br />
Le modeste comté de Chateauciel, situé non loin de Chantilly, était le fief d’une des familles les plus renommé de France et ce depuis l’époque de Charlemagne. En effet, le comte de Chateauciel et ses enfants étaient tous destiné à devenir les protecteurs du Roi. Vivant pour le devoir, rompu au combat et prêt à tout les sacrifices, ils étaient des parangons de droiture et d’honneur.<br />
<br />
En ce jour d’été orageux, le comte Henri de Chateauciel donnait la leçon à sa fille Elise dans la salle d’arme du manoir familiale. Cette grande pièce au sol de marbre blanc était un immense espace vide dont seuls les murs étaient pourvut. Ils étaient en effet couvert d’armes de toute sorte, généralement de qualités exceptionnelles, que la famille se passait de génération en génération. Chaque membre se faisait un devoir d’entretenir ce patrimoine et de trouver de nouvelles pièces pour l’agrémenter.<br />
<br />
Henri avait choisit d’utiliser une lourde hallebarde dont le manche était fait d’un solide morceau de frêne afin d’entraîner Elise à affronter un adversaire avec plus d’allonge. Tournant autour d’elle à bonne distance tandis qu’elle le suivait du regard, il égrainait ses conseils de sa voix puissante :<br />
<br />
« …les armes d’Hast sont tes pires ennemis : leur allonge est supérieure à celle de l’épée et leur estoc est imparable sans bouclier. Ta seule chance c’est ta vitesse et ta petite taille : c’est une arme lente a cause de son amplitude, et si ton adversaire manque son coup tu peux le terrasser avant qu’il ne réarme son attaque. Mais dis toi bien que tu n’auras pas deux fois l’opportunité de tromper un expert… »<br />
<br />
Elise ne répondit que d’un hochement de tête. Lors des entrainement, il n’était pas question d’émettre un avis ou de prononcer un mot. Durant ses moments, ce n’était plus son père à qui elle faisait face, mais à un maître d’arme a qui elle devait respect et obéissance.<br />
<br />
Henri porta un premier coup d’estoc droit dans la ligne d’Elise que cette dernière évita rapidement en se décalant d’un pas sur le côté. mais l’habile combattant avait prévu ce mouvement : il fit tourner la hallebarde de façon à ce que le côté tranchant se trouve à l’horizontale tandis  qu’il ramenait l’arme vers lui. Elise réalisa trop tard la feinte et reçut le coup tranchant le long de son biceps qui heureusement était protégé par une cotte de maille.<br />
<br />
La jeune femme pesta : a chaque début d’entrainement elle refusait d’enfiler cet accessoire qui pour elle était plus une gêne qu’autre chose, et à chaque fois elle finissait par recevoir une attaque qui l’aurait gravement blessée sans cette protection.<br />
<br />
Henri put lire dans ses yeux la détermination et la hargne : exactement ce qu’il voulait. Il était convaincu que tout comme une épée, un bon combattant se forgeait avec des coups dans le feu d’un affrontement réel. Il fallait aussi que le combattant ait soif de victoire, et c’est pour cela qu’il avait constamment défié Elise depuis son plus jeune age afin qu’elle cherche à le dépasser.<br />
<br />
Le comte de Chateauciel était fier de sa fille, car c’était sans doute une des meilleures lames du royaume, mais il craignait toujours qu’elle ne soit pas assez préparée. Aurait il agit différemment si le Seigneur lui avait donnée un fils ? il éluda la question, estimant que ses filles valaient bien dix soldats chacune.<br />
<br />
Lors des passes d’armes suivantes, Elise fut plus attentive aux mouvements de la hallebarde et commença à comprendre comment se décomposaient les mouvements d’attaque : préparation, impulsion, pivot, rétractation puis remise en garde. Le rythme était beaucoup moins fluide et vif qu’a l’épée, mais la portée de l’arme et sa puissance ne lui offrait pas d’opportunité de contrer. Henri était trop habile pour laisser paraître de faille dans sa défense.<br />
<br />
« Tu ne gagneras pas en te précipitant sans réfléchir Elise » reprit Henri « Les armes d’Hast ont un point faible, et ce n’est que lorsque tu l’auras compris que tu pourras espérer dominer ton adversaire »<br />
<br />
Henri ne donnait jamais directement à ses filles la réponse à un problème. Il préférait les laisser s’en sortir par elle même, afin que si jamais elles se trouvent face à une situation inconnue, elles aient le réflexe de réfléchir. De toute façon, Elise était bien trop fière pour accepter une réponse toute faite…<br />
<br />
Elle observa Henri attentivement, jaugeant chacun de ses mouvements. Comment il répartissait ses appuies au sol, la manière dont il tenait l’arme, où se portait son regard, mais aussi comment ses épaules s’alignaient avec ses hanches avant de frapper et à quel moment prenait il son souffle. Chaque détail se gravait dans son esprit, formant un tableau si précis qu’elle aurait put le revoir en fermant les yeux.<br />
<br />
Henri savait quelle genre de réflexion avait sa fille, et était persuadé qu’elle allait rapidement trouver la solution. Cependant, pour la titiller, il porta une attaque soudaine afin de la déconcentrer, mais surtout pour lui rappeler que sur le champ de bataille, il n’existe aucun moment de répit.<br />
<br />
Prise au dépourvut, Elise recula d’un pas tandis que Henri portait un estoc de bas en haut. Sur sa lancer, il avança de deux pas et agita la hampe de son arme pour continuer d’agresser son opposante qui recula encore en se couvrant de son épée. Henri accéléra alors son avancée ce qui décida Elise à prendre l’initiative. Elle s’avança en couvrant son côté gauche ou se trouvait la hallebarde, et se prépara à frappé d’estoc. Mais alors qu’elle piqua en avant, ce ne fut que le vide que sa lame rencontra : Henri avait anticipé l’assaut. Il avait tourné sur lui même de la droite vers la gauche pour porter un coup latérale avec la hampe tout en se dégageant de la ligne d’attaque de la jeune femme.<br />
<br />
Elise reçu le coup en plein dans le dos et s’écroula sur le torse dans un lourd claquement provoqué par sa cotte de maille. La douleur était fulgurante, d’autant plus que sa protection n’était d’aucun secours contre une attaque de ce genre. Pire encore, elle n’avait fait que la renforcer, l’impact s’étant concentré sur les maillons, tout juste amorti par l’épaisse tunique de coton qu’elle portait en dessous.<br />
<br />
Henri lui attendait que Elise se relève, son arme dressé à côté de lui.<br />
<br />
« Et bien Elise ? était ce là tout ce que tu avais trouver à faire pour m’atteindre ? »<br />
<br />
La jeune femme compris aussitôt au ton employé que l’exercice était fini et que la parole lui était de nouveau permise.<br />
<br />
« Votre arme est lente : je pensais pouvoir frapper avant que vous ne repreniez votre posture… » dit la jeune femme toujours au sol.<br />
– Redresse toi lorsque tu me parles ! » hurla Henri avec autorité.<br />
<br />
Elise roula sur le côté et mit un genou à terre péniblement. C’est alors qu’elle vit sous son nez la hampe de la hallebarde. En redressant le regard, elle put lire de la bienveillance dans les yeux de son père. Malgré sa rigueur, Henri était un homme bon et qui aimait ses filles.<br />
<br />
La jeune femme saisie la hampe et s’en aida pour se relever.<br />
<br />
« Merci Père… » dit elle timidement.<br />
– Elise tu es brave : mais attaquer ma ligne comme tu l’as fait c’est de la folie. Tu n’avais pas idée de ce que tu allais faire. Tu comptes trop sur ta chance.<br />
– L’étoile des Chateauciel est une bonne protectrice Père. Plus d’une fois elle m’a sauvée la vie.<br />
– Il est bon d’avoir le ciel pour gardien Elise, mais pour autant ne force pas trop sa bienveillance. Tant que tu ne comprendras pas la force des armes d’hast, ce genre de bravade pourra te coûter la vie ! »<br />
<br />
Ce n’était plus l’intransigeant maître d’arme qui parlait, mais le père aimant et inquiet pour ses enfants.<br />
<br />
« Je sais Père. Je vous promets de ne plus autant agir impulsivement…<br />
– Oh… je sais bien que je te demande beaucoup : tu es comme ta mère ! Mais… épargne à un vieux soldat plus de frayeur qu’il ne pourrait en supporter d’accord ? »<br />
<br />
Elise avait du mal à exprimer son affection pour son père, surtout dans ses moments intimes. Elle ne savait concilier son rôle de jeune fille avec celui de chevalier et distinguer le père du mentor.<br />
<br />
Mais tandis que tout deux s’échangeait des regards pleins d’affection, entra avec fracas dans la salle d’arme Gaston, le serviteur dévoué des Chateauciel, ainsi qu’une escouade de soldat.<br />
<br />
« Monsieur le comte ! » hurlait Gaston « Je vous conjure de me croire ! ses messieurs sont entrés de force dans le domaine ! Ils n’ont pas voulut m’écouter !<br />
– Du calme mon ami… » dit Henri afin d’apaiser son serviteur qui tremblait comme une feuille « Et vous messieurs ? que signifie tout cela : de quel droit forcez vous ma porte et effrayez vous mes gens ? »<br />
<br />
Au milieu des soldats émergea un chevalier portant les armoiries du Cardinal de Richelieu. Il se présenta respectueusement devant Henri, retira son chapeau, et lui tendit un billet cacheté du sceau du cardinal afin de prouver sa légitimité.<br />
<br />
« Monsieur le comte, je me nomme Flavien de Sartac, et au nom du Cardinal de Richelieu je vous somme de nous suivre sans opposé de résistance…<br />
– Monsieur de Sartac… auriez vous l’obligeance de me dire pour quelle raison je serai amené à vous opposer une quelconque résistance ? »<br />
<br />
De Sartac hésita. Scrutant du regard, il tenait à s’assurer que les soldats qui lui faisaient escorte étaient vigilant, car la réputation d’Henri l’intimidait grandement.<br />
<br />
« Son… son éminence à demandé votre arrestation…<br />
– Oh ? et pour quel motif ? » demanda Henri sans se départir de son calme.<br />
– Quelqu’un à mit le feu à l’atelier de maître Dobreson hier au soir…<br />
– Dobreson ? l’armurier des mousquetaires ?<br />
– Lui même messire…<br />
– Diantre voila qui est terrible : c’est un brave homme dont le travail est exemplaire. J’ai moi même souvent recours à ses services. Mais quel est le rapport avec moi ?<br />
– L’incendiaire à été aperçu par des hommes de la milice tandis qu’il faisait son affaire… ils se sont même battu et ils les à tous tués. Maitre Dobreson à prit par au combat et est formel quand à la description de l’incendiaire… et surtout… il utilisait une épée unique en son genre : une Ascalon »<br />
<br />
Les lames d’Ascalon étaient des épées qui furent forgés des siècles de cela par un maitre armurier qu’on disait béni par saint Georges. Elles étaient non seulement de fort belle facture, parfaitement équilibré et coupante comme des rasoirs, mais aussi robustes au point qu’on les disaient invulnérables. Avec le temps, il ne resta plus qu’une poignée de ses armes encore en circulation…<br />
<br />
« Hum… je vois. » repris Henri « Et je suppose que je correspond à la description de votre incendiaire ? et que bien entendu vous tenez du Cardinal lui même que je possède une Ascalon ?<br />
– Oui messire… » répondit timidement De Sartac « C’est pourquoi nous sommes tenu de vous mettre aux arrêts et de…<br />
– MENSONGES ! » Hurla Elise de colère.<br />
<br />
La jeune femme se précipita sur les soldats en tirant l’épée.<br />
<br />
« Comment osez vous insultez mon Père sous notre toit !? Je vous jure sur la saint croix : je passerai par le fil de mon épée quiconque le traitera encore de criminel ! » dit elle en menaçant les gardes.<br />
<br />
Mais avant qu’ils ne réagissent Henri gifla Elise si soudainement qu’elle en lâcha son épée.<br />
<br />
« Elise Angélique Charlotte ! Ces hommes sont des envoyés du Cardinal : tes menaces sont une injure à son éminence !<br />
– Mais Père… » soupira la jeune femme déboussolée<br />
– Suffit ! Si tu ne sais pas te tenir, tu n’es pas digne de porter notre nom ! »<br />
<br />
Elise avait connu bien des combats, et endurée milles blessures. Mais ce que venait de dire son père était la pire douleur qu’elle n’avait jamais ressenti.<br />
<br />
Flavien de Sartac ordonna a ses hommes de se saisir de Henri et de chercher son épée comme preuve. Il demanda aussi qu’Elise soit mise aux arrêts pour s’être opposé a des envoyés du Cardinal. Henri accepta sans rechigner, mais lorsque Flavien passa à sa porté il le saisit par le bras et lui dit d’un ton menaçant :<br />
<br />
« Monsieur… je ne suis pas homme à tolérer l’inconduite de mes enfants… et je crois que quelques jours de cachot ne feront pas de mal à cette petite furie… mais soyez assuré que si quelque mal lui soit fait impunément, les murailles de Paris ne seront pas assez épaisse pour vous protéger de ma colère : suis je clair ? »<br />
<br />
Terrifié, de Sartac jura qu’Elise ne serait qu’enfermée une journée ou deux dans une cellule isolé ou elle n’aurait pas à craindre les autres détenus, ce à quoi Henri répondit qu’il ne valait effectivement mieux pas pour leur sécurité que d’autres détenus soient avec Elise…<br />
<br />
***<br />
<br />
La prison du châtelet disposait certes de cachots humides et sordides pour les criminels de bas étages, mais elle comptait aussi des cellules beaucoup plus « coquette » disposant de fenêtre avec vu sur la Seine qu’on réservait aux détenus « de marque ».  Le plus souvent, il s’agissait de nobles ayant commis un crime ou bien qui attendaient leur procès. C’est dans une de ces cellules que fut conduite Elise manu militari.<br />
<br />
Henri lui avait ordonné de se laisser arrêter et de ne pas opposé de résistance, ce qu’elle accepta à contre cœur. Cependant elle n’avait put tenir sa langue et tout le trajet durant jusqu’à la prison, elle avait traiter les soldats de tous les noms, leur promettant mille tourment s’il arrivait quoi que ce soit à son père bien-aimé.<br />
<br />
Allongée sur le lit de paille situé sous la fenêtre barrée de deux lourds barreaux en fer forgé, elle se rongeait les sangs en songeant au sort réservé à Henri, et elle pestait contre son impuissance.<br />
<br />
Elise essaya de garder l’esprit clair : elle savait que pour l’instant elle devait attendre, et décida de profiter de la situation pour se reposer jusqu’à ce qu’on la libère. Elle ferma les yeux, mais les questions qui la tiraillait la tenait éloignée du sommeil. Elle se tourna dans tous les sens, essayant de trouver une position confortable, mais dut se résoudre à rester éveillé.<br />
<br />
L’affaire était complexe, car si c’était l’armurier des mousquetaires qui avait été visé, cela voulait dire que le capitaine de Trévise demanderait des comptes. De plus, il y’avait fort à parier que le Roi lui même s’implique, ne pouvant tolérer une atteinte a ses soldats d’élite.<br />
<br />
Un cliquetis venant de la porte de la cellule interrompit Elise dans ses pensés. Elle se redressa et s’approcha à pas de loup de la porte tout en tendant l’oreille. Les cliquetis continuaient, se faisant de plus en plus insistant. Elise entendit alors le bruit du pêne de la porte qui se débloquait tandis qu’on poussait la porte. La jeune femme se prépara : si quelqu’un forçait ainsi sa cellule pour l’assassiner, elle vendrait chèrement sa peau !<br />
<br />
Entra alors dans la cellule une femme splendide a la chevelure blonde qui semblait tout droit sortie d’un conte de fée. Elle portait une robe à crinoline jaune soleil bordé de rubans et de dentelles. Avec prestance, elle s’approcha d’Elise qui était éberluée.<br />
<br />
« Ah Elise, mon ange te voila !<br />
– Marion ? Par Saint George que fais tu ici ??<br />
– Et bien de toute évidence je te délivre ma chère sœur…<br />
– Comment as tu pu entrée avec… ce machin ! » dit Elise en désignant la toilette de Marion.<br />
– Hum… tu réfléchis si mal mon petit ange : c’est par la grâce de ce « machin » que j’ai pu rentrer ! » répondit Marion malicieuse.<br />
– Je vois… et je peux savoir pourquoi la « Reine de Glace » s’est donnée la peine de venir me sortir d’ici au lieu de s’occuper de Père ?<br />
– Oh de grâce… veut tu cesser avec ce surnom ridicule mon ange ? Je suis là a la demande du Cardinal figures toi… »<br />
<br />
Si Marion Léontine Prudence de Chateauciel portait le surnom de « Reine de Glace » c’était tout autant pour sa beauté froide que pour son attitude : agent du Cardinal en tant qu’espionne émérite, elle savait masquer ses émotions et lire dans celles des autres pour mieux les manipuler sans remords. Si Elise était une combattante féroce, Marion était une stratège préférant résoudre les conflits avec son intelligence et son charme plutôt qu’avec ses poings. Comme tous les Chateauciel, elle était dévouée à la cause du royaume et le servait au mieux sans sourciller.<br />
<br />
« Le Cardinal à fait arrêter Père mais il te demande de me faire évader ? quelle diablerie est ce cela ? » s’indigna Elise.<br />
– Peut être pourrions nous parler de tout cela dans un endroit plus propice non ? »<br />
<br />
Marion fit signe à Elise de lui emboîter le pas. Cette dernière obtempéra, furieuse mais bien obligée d’admettre qu’il ne fallait pas traîner.  Les deux sœurs descendirent le grand escalier qui menait au premier étage et longèrent une coursive pour contourner l’entrée principale.<br />
<br />
Malheureusement, elles y firent une mauvaise rencontre en la personne de Flavien de Sartac qu’elles croisèrent au détour d’un couloir.<br />
<br />
Ce dernier était retourné au châtelet après y avoir déposé Elise afin de rédiger le procès verbal de l’arrestation. Dès qu’il aperçu Elise, il porta la main à son épée, mais alors qu’il était sur le point de dégainer, Marion l’en empêcha en agrippant son bras. Le visage marqué par la peur et le supplia d’une voix délicate :<br />
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« Ah monsieur… cette jeune femme est sortie de nulle part et m’a menacée ! aidez moi je vous en prie ! »<br />
<br />
Flavien voulut réagir, mais il sentit tout son corps s’engourdir. Sa respiration devenait paresseuse, et un bâillement lui traverser la mâchoire. Ses paupières tombèrent sur ses yeux comme un marteau sur une enclume et il tomba à la renverse.<br />
<br />
Elise s’approcha à pas mesurés de sa sœur et la regarda avec dédain :<br />
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« Qu’est ce que tu lui as fait sorcière !?<br />
– Oh trois fois rien… » dit Marion en montrant à Elise le dessous d’une de ses bagues d’où sortait un petit crochet perlé de sang.<br />
<br />
Elise observa alors la main de Flavien et y aperçu la trace laissé par la bague.<br />
<br />
« C’est un venin que je fais venir d’Afrique par un ami marchand : il suffit d’une piqûre pour endormir un homme pendant deux heures… ou un peu moins si c’est un beau gaillard » dit Marion avec malice.<br />
<br />
Elise avait toujours eu du mal avec la façon de faire de sa sœur. Ce genre de ruse était un peu trop vicieuse à son gout, et elle préférait une bonne bagarre plutôt que de minauder. Elle dut cependant admettre l’efficacité du procédé et se contenta de soupirer tout en continuant sa route.<br />
<br />
Tandis que les sœurs Chateauciel reprenait le chemin de la sortie, Marion se permit quelques remarques :<br />
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« Dis moi mon Ange, tu sais qu’il existe des toilettes plus seyantes pour une jeune fille que ta tunique ?<br />
– J’étais à l’entrainement avec Père lorsqu’ils m’ont arrêter je te ferais dire !<br />
– Oh… ces rustres ne t’on même pas permis de passer une robe ?<br />
– Je n’en voyais pas l’usage…<br />
– Hum… c’est vrai que ces choses ne sont pas pour toi…<br />
– Que veux tu dire ? » s’énerva Elise<br />
– Et bien… que certaines jeunes femmes n’ont pas un corps qui s’adapte à une belle robe… toi tu es plus… comme un garçon ? mais tu sais que je t’aime comme tu es mon Ange ?<br />
– Suffit ! Je suis tout autant une femme que toi ma sœur !<br />
– Mais ne t’énerve pas voyons mon Ange… » dit Marion taquine tandis qu’Elise fulminait « Tu es mignonne à ta façon… »<br />
<br />
Les deux sœurs arrivèrent alors dans la grande cours du Châtelet. Problème, celle ci grouillait de milicien et de soldat qui se relayaient pour la patrouille ou bien qui prenaient simplement l’air afin de ne pas respirer la puanteur émanant des lieux. La porte d’entrée de la forteresse était gardée par 4 soldats en arme et armure qui contrôlait tout ceux qui passaient.<br />
<br />
« Peste ! » dit Elise « Il va falloir qu’on se sépare : toi sors par devant, je vais tenter de contourner le mur Est et…<br />
– Oh mais ne t’en fais pas j’ai tout prévu » coupa Marion.<br />
<br />
La Reine de Glace plaça ses doigts entre ses lèvres et siffla si fort que tous les miliciens et tous les gardes se tournèrent vers elle.<br />
<br />
« Mais que fais tu bougresse ! » demanda Elise « Voila la bien la peine de te donner tout ce mal à me faire sortir si c’est pour nous faire arrêter ainsi ! »<br />
<br />
En guise de réponse Marion se contenta d’esquisser un sourire narquois.<br />
<br />
Tandis que les gardes approchaient vers dans leur direction, une calèche légère tiré par deux chevaux noirs comme la nuit força l’entrée et traversa la cour à toute vitesse. Depuis l’arrière de la cabine, quelqu’un jeta des fioles qui explosèrent en touchant le sol, créant un épais nuage de fumée blanchâtre à l’odeur acide et qui se répandit en quelques instant,  plongeant toute la cour, pourtant immense, dans un brouillard à couper au couteau.<br />
<br />
Depuis les hauteurs de la forteresse du Chatelet, des gardes sonnèrent l’alarme et ordonnèrent qu’on ferme les grilles. Des hommes armés de mousquet prirent position depuis les fenêtres, mais sans aucune visibilité, il ne pouvait ajuster leur tir. Il aurait put se fier au bruit des chevaux, mais ils risquait de toucher un camarade, aussi tous préférèrent attendre que la fumé se dissipe.<br />
<br />
La calèche s’arrêta juste devant Elise et Marion. Elle était dirigé par un homme portant une lourde tunique de cuir brun, le visage masqué par un foulard rouge et un épais chapeau de feutre noir. Il ouvrit la portière en se penchant, révélant dans la cabine une jeune fille portant tunique et pantalon, la bouche couverte d’un chiffon blanc noirci par la saleté et coiffé d’un petit tricorne en train de jeter une fiole verdâtre par le fenêtre arrière.<br />
<br />
« Par l’Enfer ! » dit Elise « Marion : tu peux me dire ce que fait Isaline ici ?<br />
– Allons mon Ange, tu ne crois pas que j’allais la laisser toute seule à la maison alors que mère est en voyage ? »<br />
<br />
Grimaçant de rage, Elise ne chercha pas à débattre avec son ainée et monta dans la calèche immédiatement suivie de cette dernière. Une fois installé Marion tapa deux fois contre le bord de la calèche qui aussitôt se mit en mouvement.<br />
<br />
« Laissez moi deviner toutes les deux ? » demanda Elise « c’est Gaston qui tiens les rênes n’est ce pas ?<br />
– Tu sais bien que je ne sais pas conduire une calèche ! » dit Marion comme si c’était l’évidence « et il fallait bien qu’Isaline s’occupe de notre diversion ?<br />
– Une diversion ? tu appelles ça une diversion ? je peux savoir ce que tu as lancé pour créer un tel bazar Poudrière ? »<br />
<br />
Isaline Clothilde Marie de Chateauciel, la plus jeune des 3 soeurs, avait hérité du sobriquet de Poudrière lorsqu’elle se prit de passion pour les armes à feu, et par extension à l’horlogerie, la balistique et les sciences. Elle avait reçu l’enseignement de Jean Béquin, apothicaire et chimiste de renom qui servait déjà le royaume du temps d’Henri IV, et était devenue experte dans l’art de préparation potion, d’élixir, mais aussi de bombe et de pièges en tout genre…<br />
<br />
« Elise ? » dit la jeune fille d’une voix légère comme une mésange « pourrais tu lancer ceci sur la grille je te prie ? »<br />
<br />
Et Isaline de tendre à sa sœur un cylindre de verre fermé en son sommet par un embout de cire rouge, remplie d’un épais liquide jaune et scintillant.<br />
<br />
« Secoues le bien avant ! » dit la jeune fille.<br />
– Si tu sais comment faire bien sûr… » ajouta Marion perfide et moqueuse, ce qui lui valut une grimace en guise de réponse.<br />
<br />
La calèche tournait dans la cour pour ne pas rester immobile et ainsi éviter d’être une cible facile. Lorsqu’elle s’approcha de la grande entrée de la forteresse, Elise entrouvrit la porte et passa la tête a l’extérieur tout en se cramponnant du mieux qu’elle pouvait. La calèche serait bientôt à distance de lancé : elle devait se tenir prête à agir car elle n’aurait qu’une seule chance.<br />
<br />
Suivant les consignes d’Isaline, Elise secoua le cylindre qui se mit à chauffer comme une fournaise, libérant dans le cylindre de la fumée et des crépitements. Elle l’attrapa du bout des doigts, comme si c’était un couteau de lancé, et le projeta avec précision contre la grille.<br />
<br />
Lorsque le cylindre percuta la muraille d’acier, une violente explosion se produisit. Le choc fut si violent que la grille fut arraché de ses gonds, laissant le passage aux sœurs Chateauciel dont la calèche s’engouffra dans l’espace ainsi crée. Les gardes impuissant ne purent que constater l’audacieuse évasion tandis qu’elles disparaissaient au loin.<br />
<br />
Isaline et Elise se sautèrent dans les bas de joie tandis que Marion, aussi flegmatique qu’a son habitude, tira un éventail de sous sa robe et commença à l’agiter pour se faire de l’air.<br />
<br />
« Ah mes chères petites sœurs… » dit elle avec lassitude « vos sautillements de puces sont épuisants !<br />
– Désolé Marion ! » dit Isaline en tirant la langue « mais je suis trop contente d’avoir tiré Elise de prison !<br />
– Laisse moi te dire que Père va t’arracher les yeux lorsqu’il apprendra que tu as mêlé Isaline à tout ça ! » dit Elise en se tournant vers l’intéressée « Et toi : que fais tu avec le chapeau de grand père !?<br />
– C’était pour qu’on ne me reconnaisse pas ! » dit la jeune fille convaincu de sa bonne foi<br />
– Et bien sûr toi Marion tu t’es dis que c’était une excellente idée ? » reprit Elise pour son aînée.<br />
– Mon ange, mon ange… nous ne faisons qu’obéir au Cardinal, je te l’ai dit…<br />
– Justement, tu m’as aussi dit que tu m’expliquerai pourquoi son éminence t’envoi à ma rescousse après avoir fait arrêter Père ! Et ne me dis pas que c’est uniquement un effet de sa bonté ! »<br />
<br />
Marion prit immédiatement un air très sérieux. Elise n’aimait pas lorsque sa soeur minaudait, mais elle appréciait encore moins lorsqu’elle était ainsi, car cela voulait dire que la situation était grave.<br />
<br />
« L’affaire de l’incendie de l’atelier de Dobreson à causer beaucoup de remous au palais. Le capitaine de Trévise considère cela comme une attaque aux mousquetaires, et bien entendu les indices désignant Père, il y voit la une perfidie du Cardinal<br />
– Trévise est un homme avisé : même s’il est le capitaine des mousquetaires il connait Père et sait qu’il n’aurait jamais fait ça !<br />
– Mon Ange… Père est un Chateauciel, et les Chateauciel sont aux ordres du Cardinal. Notre nom est un gage de fidélité, et quel que soit la demande du Cardinal nous savons toutes les deux que Père obéira sans discuter…<br />
– Il est innocent !<br />
– Certes, mais son Éminence se doit de montrer aux mousquetaires qu’il ne protège pas un coupable. Il comptait te demander d’enquêter sur cette affaire mais il semble que malencontreusement tu ais fini toi aussi derrière des barreaux… » conclu Marion moqueuse<br />
– Et il n’a rien trouvé de mieux que de t’envoyer à ma rescousse…<br />
– Oh mais soit assurée que je serai venue quand même te porter secours si les circonstances eurent été différentes mon Ange… »<br />
<br />
Sentant la tension entre ses deux aînés, la jeune Isaline tenta quelques mots d’apaisement :<br />
<br />
« En tout cas le plan de Marion à parfaitement fonctionné : te voila libre Elise ! nous allons pouvoir aider Père !<br />
– Libre ? Dis donc Poudrière : tu réalises qu’avec ton petit numéro nous allons avoir la milice et la garde du palais royal à nos trousses ? d’ici ce soir nos portraits seront affichés jusqu’à Montmartre ! » cria Elise.<br />
<br />
Isaline n’eut pas le courage de soutenir le regard de sa sœur et se confondit en excuse. Cette dernière compris alors qu’elle était allé trop loin. Elle prit sa benjamine dans ses bras et la serra contre elle.<br />
<br />
« Pardonnes moi Poudrière… toute cette histoire m’en fait oublier la gratitude. Et toi aussi Marion, je te remercie…<br />
– Oh Seigneur vous avez exaucé mes prières ! » dit Marion toujours moqueuse « Mon petit Ange à maintenant un cœur ! »<br />
<br />
Les trois sœurs se mirent alors à rire bruyamment tandis que la calèche quittait le faubourg Saint Marcel.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis que le soir tombait, la calèche parvenait enfin à destination. Il s’agissait d’une somptueuse propriété dont la façade Est était en travaux comme en témoignait les échafaudages installé tout du long.<br />
<br />
« Où sommes nous diable ? » demanda Elise qui ne reconnaissait pas l’endroit<br />
– Cette petite bicoque appartient à un ami… » répondit Marion laconique<br />
– Un ami ? Tiens donc ? Et quel ami viens tu importuner alors que tu es fuite ma chère soeur ?<br />
– Roh ! mon Ange : est ce là des manières ? Je viens ici justement parce mon ami n’est pas là et qu’ainsi je ne lui causerai aucun tort ! »<br />
<br />
Elise roula des yeux au ciel tandis qu’Isaline émit un petit rire cristallin, tout amusée qu’elle était des chamaillerie de ses aînées.<br />
<br />
Marion prit les devant et entra dans la propriété comme en terrain conquis. Elle se dirigea vers les ouvriers présent sur le chantier tandis qu’ils finissaient remballer leur outil avant la nuit. Voyant arriver une si belle dame, ils regardèrent inquiet, ne sachant comment réagir.<br />
<br />
« Messieurs ? » dit elle pour attirer leur attention « Je suis confuse de vous importuner, mais je suis envoyé par son éminence le Cardinal de Richelieu. Il souhaiterait voir l’archevêque de toute urgence ! »<br />
<br />
Le maître d’ouvrage, un fringuant quadragénaire à la belle barbe grisâtre se présenta à Marion et la salua avec tous les égard :<br />
<br />
« Madame, Je suis monsieur Rivoix, maitre d’ouvrage pour le compte de l’archevêque. Il est en voyage toute la semaine le temps que nous finissions les travaux.<br />
– Oh ? Mais nous sommes à des lieues de la ville… dois je comprendre alors que vous résidez ici avec vos homme ?<br />
– Pour sûr madame. Nous avons un coin aménagé à notre usage dans les cuisines.<br />
– Fort bien mon brave : dans ce cas je vous prierai de prendre nos bagages dans la calèche et de nous faire préparer à souper voulez vous ? »<br />
<br />
Le maître d’ouvrage n’eut pas le temps de réagir que déjà Marion tournait les talons. Il trottina à sa suite, confus et désemparé :<br />
<br />
« Pardonnez moi madame, mais qui êtes vous au juste ?<br />
<br />
– Goujat ! comment osez vous !? » dit Marion la voix pleine de scandale « Soyez assurez que le Cardinal aura vent de la façon dont l’archevêque reçoit ses hôtes de prestiges !<br />
– Non ! Ah madame comme je suis confus, là n’était pas ma requête ! Je… je souhaitais seulement m’adresser à vous comme il se doit ! » dit Rivoix en tentant de se rattraper comme il le pouvait.<br />
<br />
Marion se fit enjôleuse et passa sa main le long du bras de son interlocuteur.<br />
<br />
« Oh… pardonnez moi mon brave : ce voyage fût éreintant et cela à troublé mes humeurs. Quel est votre nom mon brave ?<br />
– Je me nomme Gustave madame, Gustave Rivoix, maître d’oeuvre au service de madame.<br />
– Ah Gustave, vous avez les manières et la délicatesse d’un vrai gentilhomme… »<br />
<br />
Elle tendit la main à Gustave qui s’empressa de la saisir pour lui faire le baise main.<br />
<br />
« Je suis Marion de Chateauciel, et voici mes sœurs adorées : Elise et Isaline »<br />
<br />
Gustave fût troublé de voir les deux jeunes femmes portant pantalon et tunique d’homme, mais Marion endormit aussitôt ses soupçons de quelques paroles bien placés et d’un regard envoûteur.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les hommes de Gustave aidé de Gaston avaient préparé une grande marmite de ragoût pour le souper, et en donnèrent une grande partie aux trois sœurs. Marion toucha à peine son plat, révulsé par le manque de finesse de ce repas, tandis que Elise elle, s’en régala comme un ogre.<br />
<br />
La panse pleine, elle se vautra dans le fauteuil du grand salon où les soeurs s’étaient installé et regretta de ne pas avoir de tabac et de pipe pour finir ce festin comme il se doit.<br />
<br />
« Je n’ose imaginer ce que tu t’autorise à faire lorsque nous ne sommes pas là… » dit Marion à Elise « peut être déambules tu nues comme un ver ?<br />
– Qui sait ? » répondit Elise sarcastique « je vais peut être même le faire ce soir !<br />
– Quelle piètre image de la femme tu donneras à nos charmants voisin » dit Marion en faisant références aux ouvriers qui dormaient dans les cuisines « Je te parie qu certains songeront au célibat en voyant ton petit corps…<br />
– Pourquoi ? parce qu’au contraire de son altesse la reine de glace je ne trimbale pas mes grosses miches dans des corsets qui m’empêchent de respirer ?<br />
– Oh mon ange, de quoi parle tu : de ces petites choses qui te servent de poitrine ? Même Isaline est mieux pourvut que toi »<br />
<br />
la Poudrière relava fièrement le buste en souriant tandis qu’Elise se dressa d’un bond dans son fauteuil tout en commença a défaire le nœud de sa tunique.<br />
<br />
« Peste ! je vais te les faire manger ces petites choses ! arrête de me dire que je ne suis point femme ! »<br />
<br />
Elise s’arrêta lorsqu’elle comprit que sa sœur se jouait d’elle une fois de plus. Marion riait aux éclats tout en s’éventant avec un superbe éventail aux dentelles colorées que son père lui avait ramené de Séville.<br />
<br />
« Elise mon ange, tu es comme un taureau sauvage : il suffit de t’agiter un chiffon rouge sous le nez et toi tu fonces sans réfléchir. Je suis surprise que Père ne t’ais pas corrigé sur ce point…<br />
– C’est vrai que tu es un peu impulsive ma sœur ! » compléta Isaline.<br />
<br />
– Surveille tes propos Poudrière ! respecte tes aînées je te prie ! » répondit Elise<br />
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De nouveau, Marion et Isaline se mirent à rire aux dépends d’Elise.<br />
<br />
« Pfff… vous êtes vraiment des chipies toutes les deux ! Rien que des chipies ! »<br />
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Sentant la vexation de sa sœur, la Reine de Glace appela Gaston et lui demanda de rapporter la « surprise » qu’elle avait préparée à Elise.<br />
<br />
« Qu’est ce que tu mijotes encore ? » demanda Elise « je suis las de tes moqueries !<br />
<br />
– Allons mon Ange… Tu es ma petite sœur bien aimée et tu sais que ce ne sont que des taquineries ? »<br />
<br />
Difficile de dire si Marion était sincère ou si c’était encore un de ses jeux de dupes qu’elle affectionnait tant.<br />
<br />
Lorsque Gaston revint de la calèche, il tenait dans les mains un fourreau enroulé dans un drap mais dont le bout dépassait, et que Elise reconnut immédiatement.<br />
<br />
« Par Saint Michel : c’est Malice ! »<br />
<br />
Cette lame était la favorite d’Elise. Forgé dans un acier dont le cœur avait été feuilleté par pliage, c’était une rapière dansante et incisive dont la vitesse n’avait d’égale que le tranchant, ce qui lui permettait de porter des bottes surprenante et déstabilisante, lui valant son surnom de « Malice ».<br />
<br />
Elise, trop contente de retrouver son arme fétiche, fit quelques mouvements de démonstration. Isaline, admirative du talent d’épéiste de sa grande sœur, applaudit comme s’il était au théâtre, tandis que Marion, indifférente, dut retenir un bâillement.<br />
<br />
Les tensions ayant disparût, les sœurs purent parlèrent plus en détail de la situation. Ce fût Marion qui entama les débats :<br />
<br />
« Pour l’instant la situation est en suspend : le Cardinal va faire traîner les choses par la force de la bureaucratie ce qui devrait nous donner quelques heures pour agir. Ce que nous savons pour l’instant est que l’incendiaire visait les mousquetaires et qu’il se faisait passer pour Père, la question est donc pourquoi ? quel était son intérêt ?<br />
– Son but est il de nuire aux mousquetaire en cherchant un bouc émissaire, ou bien de nuire à Père en utilisant son lien avec le Cardinal ? » Dit Elise qui réfléchissait à haute voix « Quel intérêt peut-il y avoir à brûler l’atelier d’un armurier ?<br />
<br />
– Pour détruire ses recettes ? » dit Isaline innocemment.<br />
<br />
Marion et Elise se tournèrent vers elle dans un même mouvement, attendant d’elle qu’elle s’explique plus clairement…<br />
<br />
« Un maître de forge fabrique son acier et utilise des mélanges que lui seul connait pour préparer une lame, il doit donc avoir des recettes de grande valeur où il note tout cela ?<br />
– Oh innocente petite chose… » dit Marion « Ne crois tu pas qu’un maître connais toutes ces choses de tête afin justement de ne craindre ni le vol ni le feu ? Et puis qui voudrait un tel secret au point de se mettre à dos les mousquetaires ? »<br />
<br />
Isaline, l’index sur le menton et les yeux dans le vague réfléchît à la remarque de sa sœur et finit par acquiescer avec dépit.<br />
<br />
« arf… oui c’est vrai que ça n’aurait aucun sens…<br />
– Et qui nous dit que ce ne sont pas effectivement des registres qui sont visés ? » dit Elise<br />
– A quoi penses tu mon ange ?<br />
<br />
– Nous nous somme fourvoyé à croire que les mousquetaires étaient la cible parce que Dobreson est leur obligé… mais c’est avant tout un maître d’arme réputé. C’est chez lui que Père à obtenu sa lame D’Ascalon !<br />
– Tu crois que notre incendiaires est lié aux lames ? » demanda Isaline curieuse « Mais pourquoi ?<br />
– Je ne sais pas mais… imaginons que notre incendiaire ait la même démarche que nous : pour une raison ou une autre, il cherche les porteurs d’une lame d’Ascalon : où pourrait il trouver la trace de ses lames si ce n’est chez celui qui les à vendu ?<br />
<br />
– Oh je vois… il s’est emparé des registres de Dobreson et à mit le feu pour détourner l’attention… » compléta Marion.<br />
– Il a fait cela parce qu’il cherche les lames ou leur porteur… j’en suis persuadée !<br />
– Une chose m’inquiète… » dit Marion « Cet homme à été vu portant une lame d’Ascalon. Il est donc lui même sur la liste… peut être cherche il à ne pas être identifié<br />
– Ce qui voudrait dire ? » demanda Isaline inquiète<br />
– Que nous avons a faire à un homme déterminé à ne pas être prit, ce qui le rend d’autant plus dangereux.<br />
– Que faisons nous alors ? »<br />
– Peste ! » dit Elise « Si nous avions cette liste nous pourrions plus facilement retrouver notre homme !<br />
– Qui te dis que nous ne l’avons pas ? » dit Marion avec un sourire malicieux…<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, la calèche des sœurs Chateauciel prit le chemin de la chapelle saint Denis, au nord de Paris. C’était là que Marion pensait qu’il serait possible de retrouver la piste de l’incendiaire, car elle savait de source sûre que c’était là où le maître Dobreson était allé se réfugier sur ordre de monsieur de Trévise le temps que l’affaire soit réglée. Non seulement une église était un lieu discret, mais tout homme d’arme qui s’y présenterait serait immédiatement repéré.<br />
<br />
La calèche arriva devant l’église tandis que les cloches sonnèrent la mi journée. L’orage était passé, et il ne restait plus maintenant qu’un beau ciel d’été chaud et parsemé de nuage d’un blanc cotonneux. Le fidèle Gaston descendit de sa place de chauffeur et ouvrit la portière a ses maîtresses qui purent enfin faire quelques pas pour se dégourdir les jambes.<br />
<br />
« Je ne comprends vraiment pas comment j’ai put être assez sotte pour te suivre dans ce projet… » dit Elise à Marion « On risque de se faire prendre et en plus de commettre un blasphème ! »<br />
<br />
Et si Elise, pourtant prompte à jurer comme un homme, craignait pour le salut de son âme, c’était que le plan de Marion pour infiltrer l’église était de se déguiser en Carmélite…<br />
<br />
Les 3 sœurs avaient revêtues les traditionnel scapulaires noirs de l’ordre, la tête couverte d’une capuche. Et si Marion et Isaline n’avait aucun mal à évoluer dans cette tenue, Elise elle était particulièrement mal à l’aise.<br />
<br />
« Et bien mon Ange ? » demanda Marion « porter la robe n’est il pas une joie pour une fervente croyante comme toi ?<br />
– Pas lorsque cela m’oblige à jouer les oies blanches ! Et par Saint Michel pourquoi ne puis-je pas porter mon épée !?<br />
– Sa ne serait pas correct dans une église… » répondit Marion en réajustant le col de sa capuche.<br />
– Alors pourquoi porte tu ces couteaux attachées à tes jarretières ? Et toi Poudrière, tu crois que je n’ai pas remarquée les petits mousquets que tu caches au même endroit ?<br />
– Certes mon Ange, mais c’est uniquement par précaution… et puis comment cacherait tu une telle ferraille sur toi ? Ne t’en fais pas… en manœuvrant bien nous réussiront notre mission sans même qu’on s’aperçoive de notre présence ! »<br />
<br />
Marion avança d’un pas confiant vers la grande porte aux arches sculptés qui marquaient l’entrée de l’église, puis se mit à avancé par petit pas une fois le seuil franchit. Elle s’approcha du bénitier, y trempa les mains puis se signa en murmurant « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit… »<br />
<br />
Elise et Isaline l’imitèrent, et toutes trois se rendirent devant l’autel ou le prêtre en charge du diocèse préparait un office en relisant les écrits de Saint Marc. Entendant entrer les 3 fausses carmélites, il quitta sa lecture et vint les saluer :<br />
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« Bienvenue dans notre église mes soeurs. Que la paix du Christ soit avec vous.<br />
– Merci mon père, la graçe du Seigneur soit avec vous.<br />
– Que me vaut le plaisir de votre venue ?<br />
– Nous sommes les soeurs du carmel du Montmartre, et avons été chargé par son Éminence le cardinal de prier pour le salut de ses chevaliers blessés au combat. Voila pourquoi nous sommes venue implorer Saint Denis en sa demeure…<br />
– Je vois » dit le prêtre avec compassion « Nul doute que nos braves ont besoin du soutient de la prière en ces temps troubles. Faites à votre guise mes sœurs »<br />
<br />
Remerciant le prêtre, les 3 sœurs s’installèrent à genoux devant la croix et firent semblant de prier. Le prêtre lui, retourna paisiblement à sa lecture.<br />
<br />
C’est là qu’Isaline passa à l’action : elle tira de ses manches deux fioles de sa composition dont elle versa discrètement le contenu translucide sur la statuette de la vierge Marie qui trônait sur l’autel et laissa le produit obtenu réagir. En quelques instant le mélange des deux fioles format une coulée rougeâtre et épaisse semblable à du sang qui semblait s’écouler des yeux de la statuette…<br />
<br />
« Sainte Marie Mère de Dieu ! » hurla Marion « Regardez ! la Sainte Vierge pleure pour nos braves chevaliers ! C’EST UN MIRACLE ! »<br />
<br />
Le prêtre n’en croyaient pas ses yeux. A genoux devant la Sainte Vierge, il se mit à prier et à rendre grâce à Dieu. Mais une fois le choc passé, il réalisa qu’il devait agir selon la régle papale en vigueur, à savoir en prévenant l’évèque du diocèse de Saint Denis afin que celui-ci juge du miracle. Sans plus de reflexion, le prêtre quitta l’église à toute jambe en hurlant « c’est un miracle ! c’est un miracle ! ».<br />
<br />
Elise se releva alors et retira sa capuche en maugréant a l’intention de Marion :<br />
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« Maintenant c’est sûr : nous allons brûler en Enfer !<br />
– Mais non mon Ange ! » dit Marion avec assurance « Nous serons pardonnées par son Éminence… »<br />
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***<br />
<br />
Elise en tête, les sœurs Chateauciel arpentaient les différentes cellule de l’église. La plupart était de simple alcôves aménagé avec un lit et un prie dieu et auquel ont aurait ajouté une porte. Les plus « luxueuses » comportaient quelques peintures de saints accrochés au mur, ou bien de petit autel ou brûlaient timidement des cierges.<br />
<br />
A force de recherche, Elise trouva enfin la cellule ou était réfugié maître Dobreson. Ce dernier fût surprit de voir ainsi 3 religieuses entrer sans ménagement :<br />
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« Mes sœurs ? que ce passe t’il… »<br />
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Il croisa alors le regard d’Elise. Immédiatement il la reconnu :<br />
<br />
« Vous avez les yeux de votre père mademoiselle Elise… et un culot sans borne pour venir me chercher en ces lieux ! »<br />
<br />
Bodreson se précipita sur son lit de paille d’ou il tira une épée dissimulé sous le couchage. Cependant, le temps qu’il la pointe vers les sœurs, Isaline avait tiré ses mousquets de sous son jupon et les pointait dans sa direction.<br />
<br />
« De grâce monsieur » demanda t’elle avec calme et douceur « Restons bon ami voulez vous ? »<br />
<br />
Le maître d’arme ne commis pas l’erreur de sous estimer ses adversaires. Plus d’un fier à bras était tombé sous les coups des filles Chateauciel, et en homme avisé, il ne voulait clairement pas s’y risqué. Il posa son arme au sol, et Elise s’en saisit.<br />
<br />
« Serait ce la lame D’ascalon de monsieur notre Père ? » demanda Elise<br />
– on m’en à demandé l’expertise ce tantôt… »<br />
<br />
La jeune fille observa l’arme en connaisseuse « le fil est superbement tracé, et cette garde : j’ai toujours pensée que c’était une Pappenheim, tout aussi belle que fort bien conçue…<br />
– Les armuriers d’antan avaient un savoir légendaire malheureusement perdu de nos jours… »<br />
<br />
Marion s’invita dans la conversation :<br />
<br />
« Ah qu’il est beau de voir des gens de métier parler ensemble ! Monsieur Dobreson je vous prie d’accepter par avance nos excuses à  mes sœurs et moi, mais l’affaire qui nous convoque ne saurait souffrir nul retard.<br />
– Je suppose que vous parlez de l’incendie de mon atelier par monsieur votre Père ? »<br />
<br />
Elise, toujours prompte à défendre le nom de son père, s’apprêtait à bondir mais fût retenue par la main de Marion qui lui saisie la main tout en l’implorant du regard de rester calme.<br />
<br />
« Vous comprendrez à la réaction de ma petite sœur que nous ne partageons pas votre sentiment quand à l’identité de l’auteur de ce crime » reprit Marion, toujours parfaitement posée « Il s’avère que nos soupçon se portent contre un de vos clients qui aurait acheter une lame d’Ascalon…<br />
– Ma chère enfant, cela pose alors un grand problème : seule trois de ses lames ont été retrouvées à ce jour et toute vendue par mes soins. Celle ci à votre Père, une à son Éminence et une au Duc de Luynes… »<br />
<br />
Le Duc était un des grands amis du Roi, mais un farouche opposant à la Reine qu’il avait tenté de faire assassiner des mois plus tôt. Ce plan fût mis en échec par Elise, et il en gardait certainement rancune aux Chateauciel, qui non content d’avoir fait capoter son projet, avaient trouvé les preuves permettant au Cardinal de la manipuler à loisir.<br />
<br />
Mais Elise réfuta cette piste : le Duc aurait joué trop gros pour bien peu de résultat, et la lame d’Ascalon était une piste potentiellement trop évidente qui pouvait tout aussi bien pointer vers lui. Qui était donc le véritable homme dans l’ombre ?<br />
<br />
Isaline interrompit la conversation, plaça son doigt devant le bouche et mimant le geste d’écouter. Il y’avait du bruit dans la nef. Des voix d’hommes…<br />
<br />
Elise et Marion se regardèrent et comprirent en un instant ce qui se passait : si elle avait obtenue l’information, d’autres savaient ou se trouvait Dobreson et cherchaient à s’en prendre à lui. Ces hommes étaient à coup sûr des mercenaires engagés pour sa capture… ou pire. C’était en soit une menace, mais peut être aussi l’opportunité d’en apprendre plus.<br />
<br />
Elise, l’épée de son père à la main, se dirigea vers la nef, invitant ses soeurs à rester avec Dobreson pour le protéger si nécessaire. Marion comprit que sa soeur était prête à combattre jusqu’au bout. Elle la rattrapa et lui tendit un bague qu’elle gardait dans une pochette dissimulé son ses habits de nonne.<br />
<br />
« Tu sais quelle valeur elle à pour moi pas vrai ? alors garde la avec toi : qu’elle te protège ! »<br />
<br />
Peu habituée à de telles effusion de la part de son ainées, Elise se garda de tout commentaire. Elle attrapa la bague, l’observa un instant puis sourit à Marion.<br />
<br />
« Ne t’en fais pas Reine de Glace… tout ira bien ! »<br />
<br />
Elise s’engagea alors dans le couloir menant à la nef et s’arreta près de la porte d’entrée.Du coin de l’oeil, elle observa les mercenaires : ils étaient cinq, vêtu de belle façon, tous l’épée au côté. Aucun d’eux n’avait retirer son chapeau ni ne semblait se soucier d’agir ainsi dans une église. L’un d’eux, plus curieux que les autres, était en train de fixer la statuette « sanguinolente » de la Vierge Marie pour laquelle les 4 autres n’avaient que de l’indifférence. Elise ouvrit alors la porte de la nef et y entra d’un pas décidé. Elle retira sa capuche, laissant tomber sa lourde natte formant dans son dos comme une queue de scorpion et tira l’épée de son fourreau, prête à combattre.<br />
<br />
Lorsqu’ils virent cette carmélite, cheveux à découvert et épée à la main en train d’avancer vers eux, la lumière du jour traversa les vitraux en délivrant sur son visage une lumière quasi divine, les mercenaires se demandèrent s’ils n’étaient pas victime d’une hallucination.<br />
<br />
De son côté, Elise priait afin que Dieu lui pardonne de tirer l’épée dans sa maison. Mais très vite, sa prière devint un appel au combat contre ses adversaires. A voix haute et forte, elle cita Ezechiel, prophète de l’ancien Testament :<br />
<br />
« Béni soit-il l’homme de bonne volonté qui au nom de la charité se fait le berger des faibles qu’il guide dans la vallée d’ombre de la mort et des larmes ; car il est le gardien de ses frères et la providence des enfants égarés. Mais j’abattrai le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant les brebis de Dieu ! Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’éternel quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout Puissant ! »<br />
<br />
Elise se jeta alors dans la bataille avec fureur.<br />
<br />
Se précipitant sur l’adversaire le plus proche, elle porta un coup d’estoc à hauteur d’épaule qui fit mouche et désarma le mercenaire. Immédiatement, elle pivota sur gauche pour parer une attaque, repoussa son assaillant et frappa de nouveau sa première cible à la poitrine pour l’achever.<br />
<br />
Deux autres mercenaires étaient maintenant sur elle, portant à 3 le nombre d’adversaire simultanés qu’elle devait gérer. Cependant, si ses opposants étaient de solides gaillards sachant manier l’épée, Elise avait pour elle une science du combat qui les dépassait.<br />
<br />
En effet, elle ne cessait de bouger sa ligne de frappe de façon a ce que les mercenaires se gênent mutuellement, lui offrant ainsi le temps de réagir. Cependant, le quatrième mercenaire allait compliqué la donne, et la jeune bretteuse devait éliminer au plus vite un adversaire pour garder le contrôle.<br />
<br />
Conscient de son petit jeu, les mercenaires se décidèrent à travailler de concert, et créèrent de l’espace entre eux. Elise ne pouvait plus se dégager aussi facilement, mais surtout elle se retrouvait petit à petit encerclé par ses adversaires.<br />
<br />
Isaline avait reçu pour mission de se tenir près de la porte de la nef afin d’en assure la garde, et c’est de ce point qu’elle observait le combat. Elle n’avait jamais vu sa sœur en plein affrontement, et son cœur battait à tout rompre à chaque coup échangé. Cependant, si quelque fois la peur prenait le dessus, elle ressentait avant tout de la fierté face à la férocité d’Elise qui, même devant autant d’adversaire, ne reculait pas d’un pouce.<br />
<br />
La jeune fille aperçut alors le cinquième mercenaire gisant au sol. Ce dernier avait un mousquet qu’il dissimulait en le cachant sous lui, guettant l’instant ou Elise lui tournerait le dos pour l’abattre traîtreusement. Isaline n’hésita pas un seul instant et d’une main sûre, elle utilisa son arme pour l’abattre d’une balle dans la tête.<br />
<br />
La détonation créa un instant de confusion qu’Elise mit à profit pour reprendre l’avantage : elle entailla un des mercenaires à la jambe afin qu’il tombe, et se recula vers la grande porte de l’église. Non seulement elle réduisait les adversaires potentiel, mais bénéficiait ainsi du soleil qui brillait dans son dos, limitant la visibilité pour ses adversaires restant.<br />
<br />
Les mercenaires étaient confus : d’un côté ils devaient maintenir leur ascendant sur Elise, mais de l’autre il devait s’occuper de toute urgence de cette jeune fille armée de mousquet qui représentait une vraie menace. L’un d’eux prit l’initiative d’aller vers Isaline tandis que ses deux comparses continueraient le combat avec Elise.<br />
<br />
La jeune fille pointa sa deuxième arme vers le mercenaire qui la chargeait, mais le coup fît long feu. Sans aucune pitié, il porta un large coup de taille du haut vers le bas afin de pourfendre Isaline. cette dernière, terrorisée, tomba au sol et roula sur le côté de justesse afin d’éviter l’assaut. Le mercenaire n’en resta pas là : il se laissa tomber sur la jeune fille qui se mit à hurler de frayeur, bien décider à lui faire subir les derniers outrages pour se payer de sa peine. Mais tandis qu’il la maintenait au sol en appuyant ses mains gantés sur ses épaules, il reçu successivement 4 lames tranchantes dans les bras et la poitrine.<br />
<br />
A l’autre bout du couloir menant au cellule, Marion le regard dévoré par la colère, avançait vers le mercenaire tout en se tenant prête à lancer une nouvelle salve de couteau<br />
<br />
« Maudit chien ! » dit elle folle de rage tout en lançant un couteau dans le bras gauche de sa cible « Comment oses tu t’en prendre à petite sœur ! Je te le ferai payer tu m’entends ! JE TE LE FERAIS PAYER CHER ! »<br />
<br />
Le mercenaire était criblés de couteau sur tout le haut du corps. Il chancela en arrière et recula en gémissant, et termina par s’adosser contre le mur. Il voulut se redresser, mais Isaline le prit de vitesse : elle ramassa un de ses mousquets, le saisie par le canon et frappa de toute ses forces dans le visage du mercenaire. Une gerbe de sang jaillit de sa bouche dans un bruit d’os brisés, et il s’écroula sur le côté.<br />
<br />
Marion se précipita sur Isaline qu’elle enlaça comme un mère protégeant son enfant.<br />
<br />
« Oh ma petite chérie j’ai eu si peur… mais ça va maintenant je suis là ! » dit elle avec soulagement<br />
– Je… je crois que je l’ai tué… je crois que…<br />
– Ne t’en fais pas… il respire encore : tout va bien maintenant.<br />
– Je suis vraiment désolée Marion.. c’est mon mousquet… je te jure c’est mon mousquet… » répéta Isaline en se blottissant contre sa sœur.<br />
<br />
Dans la nef, les mercenaires n’arrivaient plus à suivre le rythme. Car bien que moins forte physiquement, Elise avait pour elle des années d’entrainement intensif auprès d’une des meilleurs lame du royaume. Son endurance surpassait celle de la plupart des combattants ordinaires lui permettant de dominer si jamais le combat s’éternisait.<br />
<br />
Repoussés à plusieurs reprises, les mercenaires reprenait leur souffle et essayait d’aviser d’un plan. Il valait peut être mieux filer que de succomber devant cette furie ?<br />
<br />
Elise ne l’en leur laissa pas l’opportunité : voyant leurs défenses faiblir, elle provoqua la touche et porta nombre d’attaque sur les bras de ses adversaires. Elle ne faisait que les écorchés, mais ces plaies saignaient abondamment et petit à petit affaiblissaient la prise des combattants. De son côté, elle s’amusait presque à parer leur assaut en utilisant la garde Pappenheim.<br />
<br />
Épuisés, les mercenaires ne purent résister encore longtemps : Elise acheva chacun d’un d’une coup bien appuyer dans la poitrine.<br />
<br />
A bout de souffle, la combattante tomba genoux à terre et lâcha son épe. Elle se signa, et joignit les mains en prière.<br />
<br />
Marion et Isaline virent la rejoindre, et les trois sœurs tombèrent dans les bras l’unes de l’autres, trop heureuses pour dire quoi que ce soit.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans les couloirs du Palais Royal ou officiait le Cardinal, régnait une énorme tension. On avait en effet annoncé l’arrivée des soeurs Chateauciel qui affirmaient qu’elles avaient des preuves pour disculper leur père, mais aussi de quoi faire condamner le vrai coupable.<br />
<br />
Le cardinal de Richelieu, ainsi monsieur de Trévise, capitaine des mousquetaires, attendaient dans le grand bureau de son Éminence l’arrivée des trois jeunes femmes, s’interrogeant sur ces soit disant preuve. Trévise était cependant presque ravit d’entendre qu’il y’avait une possibilité qu’Henri de Chateauciel soit innocent. Il avait du respect pour le chevalier et frère d’arme qu’il était.<br />
<br />
Le secrétaire du Cardinal annonça Elise, Marion et Isaline qui entrèrent chacune à leur tour pour ensuite aller saluer le Cardinal en embrassant son anneau.<br />
<br />
Les soeurs Chateauciel étaient accompagné par Maitre Dobreson que le capitaine de Trévise salua en ami.<br />
<br />
« Mais que faites vous ici Jean ? n’étiez vous pas au secret à Saint Denis ? » demanda Trévise<br />
– Certes capitaine, mais des mercenaires ont retrouvé ma trace, et je ne dois qu’a l’intervention de ces demoiselles d’avoir encore la vie sauve… »<br />
<br />
Trévise jeta un regard à Elise. Il retrouvait en elle toutes les qualités… et tous les défauts de son père : bravache, arrogante, mais généreuse, vaillante et loyale envers la couronne. Il ne savait plus que penser.<br />
<br />
« Et bien mesdemoiselles de Chateauciel » dit le Cardinal « il me semble que vous prétendez avoir des preuves de l’innocence de monsieur votre Père ?<br />
– C’est exact votre Éminence » expliqua Marion « Nous avons découvert qu’une perfidie bien plus vil que nous le pensions était la cause de tout cela…<br />
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– Et bien parlez mon enfant : de quoi il en retourne ?<br />
– Voyez vous Éminence, l’incendie de l’atelier de Maitre Dobreson n’était pas un coup porté contre les mousquetaire, pas plus qu’il n’était dirigé contre son Altesse. Du moins… nous le pensions. »<br />
<br />
Ménageant ses effets, Marion laissa planer un petit silence avant de reprendre.<br />
<br />
« Nous tenons de la bouche même du maître ici présent, que l’incendiaire était un combattant habile capable de venir seul à bout de 3 miliciens bien entraîné et qu’il utilisait une lame d’Ascalon à la rareté légendaire… Maître : interrompez moi si je divague voulez vous ?<br />
– Mademoiselle je n’ai à revenir sur aucun de vos propos : vous avez parfaitement résumé les faits !<br />
– Merci Maître… Voyez vous votre Éminence, il n’y a au royaume de France que 3 personnes possédant une telle arme : monsieur notre Père, vous même et le Duc de Luynes… »<br />
<br />
Trévise sourcilla :<br />
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« Oseriez vous accusez le Duc de ce crime ? Quels auraient été ses motivations ?<br />
– La vengeance capitaine… le Duc voue une haine farouche à notre famille, et quel meilleur moyen de salir le nom des Chateauciel qu’une telle machination visant à faire croire qu’il s’en ait prit aux mousquetaires du Roi ?<br />
– Mais pouvez vous le prouver ? » demanda le Cardinal<br />
– Absoluement pas ! » conclue Marion avec une étrange décontraction.<br />
<br />
Ce fût Elise qui reprit les explications :<br />
<br />
« Il nous paraissait étrange que le Duc use de tel stratagème. Nous savons que c’est un homme avisé, intelligent, et qui n’irait pas faire lui même une tache qu’un subalterne sacrifiable serait plus à même d’accomplir. Qui plus est, le Duc est un homme loyal envers son Altesse, et qui a à cœur de veiller à son prestige. Il ne s’en serait donc jamais pris aux mousquetaires… »<br />
<br />
Le Cardinal commença à fulminer :<br />
<br />
« Ainsi donc si ce n’est point le Duc, le seul autre possesseur d’une lame d’Ascalon ce serait moi dans ce cas : oseriez vous m’accuser !?<br />
– Oh non : absolument pas votre Éminence ! » dit Isaline de sa voix joyeuse de merle « Parce qu’en réalité l’autre possesseur de cette lame… »<br />
<br />
Toutes ensembles, les sœurs se tournèrent vers Dobreson et le pointèrent du doigt tandis que Elise conclut en disant :<br />
<br />
« C’est le maître Dobreson !<br />
– Quoi ? » s’offusqua ce dernier « comment osez vous !<br />
– J’ai mis un moment à comprendre votre petit jeu maître, mais lorsque tout fût plus clair, j’ai préféré vous laisser croire que nous portions nos soupçons sur le Duc de Luynes… que ce vieux fou me le pardonnes : pour une fois il n’y était pour rien…<br />
– Éminence ! » implora Dobreson « Cette jeune fille dirait n’importe quoi pour sauver son père !<br />
– Dites moi Cardinal… » continua Elise « N’êtes vous pas surpris qu’un homme capable de terrasser 3 miliciens ne puisse pas venir à bout d’un modeste armurier ? Pourquoi diable est il encore en vie là où des hommes plus jeunes et parfaitement rompu à l’art du combat ont trouvé la mort ? Si le but était de nuire au mousquetaire, sa tête valait mieux que son atelier non ? »<br />
<br />
L’esprit vif du Cardinal commençait à reconstituer le puzzle. Il fit signe à Elise de continuer son récit.<br />
<br />
« Vous saviez que le Cardinal garderait l’épée comme un objet de décoration, c’est pour ça que vous lui en avez vendu une copie. Vous vouliez garder l’originale pour vous et pensiez avoir le beurre et l’argent du beurre si vous me permettez cette expression » dit Elise en souriant<br />
– Mais dans ce cas pourquoi aurais je mis le feu à mon atelier ? » demanda Dobreson « et pourquoi ces hommes à Saint Denis aurait essayé de me tuer ? »<br />
<br />
Elise esquissa un rictus :<br />
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« Ça voyez vous c’est ce qui m’a été le plus délicat à percer. Effectivement, votre crime ne risquait pas d’être dévoilé… Sauf que vous vous êtes cru plus habile… monsieur mon Père fait entretenir ses armes par vos soins, et il est parfaitement satisfait de votre ouvrage. Lorsqu’il vous à confier son Ascalon la tentation était trop grande : vous vouliez vous en emparer et ainsi refaire votre coup. Vous saviez qu’en l’accusant d’avoir incendié votre atelier, on vous confirait l’arme pour en authentifier le porteur. Vous auriez ainsi tout loisir d’en faire l’échange avec une copie. Mon Père arrêté il n’aurait jamais revue son bien, et je dois avouer que moi et mes soeurs…<br />
– Que mes sœurs et moi ! » corrigea Marion<br />
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– Que mes sœurs et moi… » reprit Elise agacée « …n’aurions pas put discerner le vrai du faux. Du moins jusqu’à ce que je l’ai en main ! »<br />
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Imitant Marion, Elise laissa un instant de silence pour préparer son effet :<br />
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« Depuis que j’ai 6 ans j’ai tenue toutes les épées de mon Père et je l’ai vu les manipuler un nombre incalculable de fois. Si cette arme avait été la sienne, la garde n’aurait jamais été placé comme sur celle que vous m’avez présentée : il y’a une once de trop au point d’équilibre ! Cette épée était la copie que vous vouliez rendre, tandis que vous vouliez vendre l’originale !<br />
– Mensonges !<br />
– C’est pourtant ce pourquoi ces mercenaires étaient venue à Saint Denis : ils n’étaient pas là pour vous tuer, ils étaient la pour faire affaire avec vous !<br />
<br />
– Excellence : ces jeunes filles n’ont aucune preuves ! elles ne font que diffamer !<br />
– Oh que si nous avons des preuves… voyez vous contrairement à ce que vous croyez certains de ses hommes ont survécu !<br />
– Pardon ?<br />
– Ma chère sœur Marion ici présente fait venir d’Afrique un venin tout à fait particulier qui peut assommer un homme ou l’affaiblir… ça dépend de son gabarit et du nombre de blessure qu’on lui inflige… »<br />
<br />
Dobreson repensa au moment juste avant qu’Elise n’aille affronter les mercenaires… c’était cela la bague que Marion lui avait donnée ?<br />
<br />
Elise présenta la bague. En poussant la fausse pierre situé sur le dessus, on découvrait un petit compartiment pouvant contenir plusieurs gouttes de liquide.<br />
<br />
« Je n’avais qu’a enduire ma lame de poison pour que chaque coup je porte affaiblisse mes adversaires jusqu’à ce qu’ils tombent dans un état léthargique… Nous vous avons fait croire à leur mort pour pouvoir les faire interroger par des gens de confiance. C’est mon bon ami le chevalier de Frey qui est allé à Saint Denis après notre départ pour… faire le ménage diront nous. Il à aussi retrouvé la véritable épée de monsieur mon Père. Vous êtes fait monsieur Dobreson, toute votre supercherie est maintenant]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**L’honneur des Chateauciel**<br />
<br />
Le modeste comté de Chateauciel, situé non loin de Chantilly, était le fief d’une des familles les plus renommé de France et ce depuis l’époque de Charlemagne. En effet, le comte de Chateauciel et ses enfants étaient tous destiné à devenir les protecteurs du Roi. Vivant pour le devoir, rompu au combat et prêt à tout les sacrifices, ils étaient des parangons de droiture et d’honneur.<br />
<br />
En ce jour d’été orageux, le comte Henri de Chateauciel donnait la leçon à sa fille Elise dans la salle d’arme du manoir familiale. Cette grande pièce au sol de marbre blanc était un immense espace vide dont seuls les murs étaient pourvut. Ils étaient en effet couvert d’armes de toute sorte, généralement de qualités exceptionnelles, que la famille se passait de génération en génération. Chaque membre se faisait un devoir d’entretenir ce patrimoine et de trouver de nouvelles pièces pour l’agrémenter.<br />
<br />
Henri avait choisit d’utiliser une lourde hallebarde dont le manche était fait d’un solide morceau de frêne afin d’entraîner Elise à affronter un adversaire avec plus d’allonge. Tournant autour d’elle à bonne distance tandis qu’elle le suivait du regard, il égrainait ses conseils de sa voix puissante :<br />
<br />
« …les armes d’Hast sont tes pires ennemis : leur allonge est supérieure à celle de l’épée et leur estoc est imparable sans bouclier. Ta seule chance c’est ta vitesse et ta petite taille : c’est une arme lente a cause de son amplitude, et si ton adversaire manque son coup tu peux le terrasser avant qu’il ne réarme son attaque. Mais dis toi bien que tu n’auras pas deux fois l’opportunité de tromper un expert… »<br />
<br />
Elise ne répondit que d’un hochement de tête. Lors des entrainement, il n’était pas question d’émettre un avis ou de prononcer un mot. Durant ses moments, ce n’était plus son père à qui elle faisait face, mais à un maître d’arme a qui elle devait respect et obéissance.<br />
<br />
Henri porta un premier coup d’estoc droit dans la ligne d’Elise que cette dernière évita rapidement en se décalant d’un pas sur le côté. mais l’habile combattant avait prévu ce mouvement : il fit tourner la hallebarde de façon à ce que le côté tranchant se trouve à l’horizontale tandis  qu’il ramenait l’arme vers lui. Elise réalisa trop tard la feinte et reçut le coup tranchant le long de son biceps qui heureusement était protégé par une cotte de maille.<br />
<br />
La jeune femme pesta : a chaque début d’entrainement elle refusait d’enfiler cet accessoire qui pour elle était plus une gêne qu’autre chose, et à chaque fois elle finissait par recevoir une attaque qui l’aurait gravement blessée sans cette protection.<br />
<br />
Henri put lire dans ses yeux la détermination et la hargne : exactement ce qu’il voulait. Il était convaincu que tout comme une épée, un bon combattant se forgeait avec des coups dans le feu d’un affrontement réel. Il fallait aussi que le combattant ait soif de victoire, et c’est pour cela qu’il avait constamment défié Elise depuis son plus jeune age afin qu’elle cherche à le dépasser.<br />
<br />
Le comte de Chateauciel était fier de sa fille, car c’était sans doute une des meilleures lames du royaume, mais il craignait toujours qu’elle ne soit pas assez préparée. Aurait il agit différemment si le Seigneur lui avait donnée un fils ? il éluda la question, estimant que ses filles valaient bien dix soldats chacune.<br />
<br />
Lors des passes d’armes suivantes, Elise fut plus attentive aux mouvements de la hallebarde et commença à comprendre comment se décomposaient les mouvements d’attaque : préparation, impulsion, pivot, rétractation puis remise en garde. Le rythme était beaucoup moins fluide et vif qu’a l’épée, mais la portée de l’arme et sa puissance ne lui offrait pas d’opportunité de contrer. Henri était trop habile pour laisser paraître de faille dans sa défense.<br />
<br />
« Tu ne gagneras pas en te précipitant sans réfléchir Elise » reprit Henri « Les armes d’Hast ont un point faible, et ce n’est que lorsque tu l’auras compris que tu pourras espérer dominer ton adversaire »<br />
<br />
Henri ne donnait jamais directement à ses filles la réponse à un problème. Il préférait les laisser s’en sortir par elle même, afin que si jamais elles se trouvent face à une situation inconnue, elles aient le réflexe de réfléchir. De toute façon, Elise était bien trop fière pour accepter une réponse toute faite…<br />
<br />
Elle observa Henri attentivement, jaugeant chacun de ses mouvements. Comment il répartissait ses appuies au sol, la manière dont il tenait l’arme, où se portait son regard, mais aussi comment ses épaules s’alignaient avec ses hanches avant de frapper et à quel moment prenait il son souffle. Chaque détail se gravait dans son esprit, formant un tableau si précis qu’elle aurait put le revoir en fermant les yeux.<br />
<br />
Henri savait quelle genre de réflexion avait sa fille, et était persuadé qu’elle allait rapidement trouver la solution. Cependant, pour la titiller, il porta une attaque soudaine afin de la déconcentrer, mais surtout pour lui rappeler que sur le champ de bataille, il n’existe aucun moment de répit.<br />
<br />
Prise au dépourvut, Elise recula d’un pas tandis que Henri portait un estoc de bas en haut. Sur sa lancer, il avança de deux pas et agita la hampe de son arme pour continuer d’agresser son opposante qui recula encore en se couvrant de son épée. Henri accéléra alors son avancée ce qui décida Elise à prendre l’initiative. Elle s’avança en couvrant son côté gauche ou se trouvait la hallebarde, et se prépara à frappé d’estoc. Mais alors qu’elle piqua en avant, ce ne fut que le vide que sa lame rencontra : Henri avait anticipé l’assaut. Il avait tourné sur lui même de la droite vers la gauche pour porter un coup latérale avec la hampe tout en se dégageant de la ligne d’attaque de la jeune femme.<br />
<br />
Elise reçu le coup en plein dans le dos et s’écroula sur le torse dans un lourd claquement provoqué par sa cotte de maille. La douleur était fulgurante, d’autant plus que sa protection n’était d’aucun secours contre une attaque de ce genre. Pire encore, elle n’avait fait que la renforcer, l’impact s’étant concentré sur les maillons, tout juste amorti par l’épaisse tunique de coton qu’elle portait en dessous.<br />
<br />
Henri lui attendait que Elise se relève, son arme dressé à côté de lui.<br />
<br />
« Et bien Elise ? était ce là tout ce que tu avais trouver à faire pour m’atteindre ? »<br />
<br />
La jeune femme compris aussitôt au ton employé que l’exercice était fini et que la parole lui était de nouveau permise.<br />
<br />
« Votre arme est lente : je pensais pouvoir frapper avant que vous ne repreniez votre posture… » dit la jeune femme toujours au sol.<br />
– Redresse toi lorsque tu me parles ! » hurla Henri avec autorité.<br />
<br />
Elise roula sur le côté et mit un genou à terre péniblement. C’est alors qu’elle vit sous son nez la hampe de la hallebarde. En redressant le regard, elle put lire de la bienveillance dans les yeux de son père. Malgré sa rigueur, Henri était un homme bon et qui aimait ses filles.<br />
<br />
La jeune femme saisie la hampe et s’en aida pour se relever.<br />
<br />
« Merci Père… » dit elle timidement.<br />
– Elise tu es brave : mais attaquer ma ligne comme tu l’as fait c’est de la folie. Tu n’avais pas idée de ce que tu allais faire. Tu comptes trop sur ta chance.<br />
– L’étoile des Chateauciel est une bonne protectrice Père. Plus d’une fois elle m’a sauvée la vie.<br />
– Il est bon d’avoir le ciel pour gardien Elise, mais pour autant ne force pas trop sa bienveillance. Tant que tu ne comprendras pas la force des armes d’hast, ce genre de bravade pourra te coûter la vie ! »<br />
<br />
Ce n’était plus l’intransigeant maître d’arme qui parlait, mais le père aimant et inquiet pour ses enfants.<br />
<br />
« Je sais Père. Je vous promets de ne plus autant agir impulsivement…<br />
– Oh… je sais bien que je te demande beaucoup : tu es comme ta mère ! Mais… épargne à un vieux soldat plus de frayeur qu’il ne pourrait en supporter d’accord ? »<br />
<br />
Elise avait du mal à exprimer son affection pour son père, surtout dans ses moments intimes. Elle ne savait concilier son rôle de jeune fille avec celui de chevalier et distinguer le père du mentor.<br />
<br />
Mais tandis que tout deux s’échangeait des regards pleins d’affection, entra avec fracas dans la salle d’arme Gaston, le serviteur dévoué des Chateauciel, ainsi qu’une escouade de soldat.<br />
<br />
« Monsieur le comte ! » hurlait Gaston « Je vous conjure de me croire ! ses messieurs sont entrés de force dans le domaine ! Ils n’ont pas voulut m’écouter !<br />
– Du calme mon ami… » dit Henri afin d’apaiser son serviteur qui tremblait comme une feuille « Et vous messieurs ? que signifie tout cela : de quel droit forcez vous ma porte et effrayez vous mes gens ? »<br />
<br />
Au milieu des soldats émergea un chevalier portant les armoiries du Cardinal de Richelieu. Il se présenta respectueusement devant Henri, retira son chapeau, et lui tendit un billet cacheté du sceau du cardinal afin de prouver sa légitimité.<br />
<br />
« Monsieur le comte, je me nomme Flavien de Sartac, et au nom du Cardinal de Richelieu je vous somme de nous suivre sans opposé de résistance…<br />
– Monsieur de Sartac… auriez vous l’obligeance de me dire pour quelle raison je serai amené à vous opposer une quelconque résistance ? »<br />
<br />
De Sartac hésita. Scrutant du regard, il tenait à s’assurer que les soldats qui lui faisaient escorte étaient vigilant, car la réputation d’Henri l’intimidait grandement.<br />
<br />
« Son… son éminence à demandé votre arrestation…<br />
– Oh ? et pour quel motif ? » demanda Henri sans se départir de son calme.<br />
– Quelqu’un à mit le feu à l’atelier de maître Dobreson hier au soir…<br />
– Dobreson ? l’armurier des mousquetaires ?<br />
– Lui même messire…<br />
– Diantre voila qui est terrible : c’est un brave homme dont le travail est exemplaire. J’ai moi même souvent recours à ses services. Mais quel est le rapport avec moi ?<br />
– L’incendiaire à été aperçu par des hommes de la milice tandis qu’il faisait son affaire… ils se sont même battu et ils les à tous tués. Maitre Dobreson à prit par au combat et est formel quand à la description de l’incendiaire… et surtout… il utilisait une épée unique en son genre : une Ascalon »<br />
<br />
Les lames d’Ascalon étaient des épées qui furent forgés des siècles de cela par un maitre armurier qu’on disait béni par saint Georges. Elles étaient non seulement de fort belle facture, parfaitement équilibré et coupante comme des rasoirs, mais aussi robustes au point qu’on les disaient invulnérables. Avec le temps, il ne resta plus qu’une poignée de ses armes encore en circulation…<br />
<br />
« Hum… je vois. » repris Henri « Et je suppose que je correspond à la description de votre incendiaire ? et que bien entendu vous tenez du Cardinal lui même que je possède une Ascalon ?<br />
– Oui messire… » répondit timidement De Sartac « C’est pourquoi nous sommes tenu de vous mettre aux arrêts et de…<br />
– MENSONGES ! » Hurla Elise de colère.<br />
<br />
La jeune femme se précipita sur les soldats en tirant l’épée.<br />
<br />
« Comment osez vous insultez mon Père sous notre toit !? Je vous jure sur la saint croix : je passerai par le fil de mon épée quiconque le traitera encore de criminel ! » dit elle en menaçant les gardes.<br />
<br />
Mais avant qu’ils ne réagissent Henri gifla Elise si soudainement qu’elle en lâcha son épée.<br />
<br />
« Elise Angélique Charlotte ! Ces hommes sont des envoyés du Cardinal : tes menaces sont une injure à son éminence !<br />
– Mais Père… » soupira la jeune femme déboussolée<br />
– Suffit ! Si tu ne sais pas te tenir, tu n’es pas digne de porter notre nom ! »<br />
<br />
Elise avait connu bien des combats, et endurée milles blessures. Mais ce que venait de dire son père était la pire douleur qu’elle n’avait jamais ressenti.<br />
<br />
Flavien de Sartac ordonna a ses hommes de se saisir de Henri et de chercher son épée comme preuve. Il demanda aussi qu’Elise soit mise aux arrêts pour s’être opposé a des envoyés du Cardinal. Henri accepta sans rechigner, mais lorsque Flavien passa à sa porté il le saisit par le bras et lui dit d’un ton menaçant :<br />
<br />
« Monsieur… je ne suis pas homme à tolérer l’inconduite de mes enfants… et je crois que quelques jours de cachot ne feront pas de mal à cette petite furie… mais soyez assuré que si quelque mal lui soit fait impunément, les murailles de Paris ne seront pas assez épaisse pour vous protéger de ma colère : suis je clair ? »<br />
<br />
Terrifié, de Sartac jura qu’Elise ne serait qu’enfermée une journée ou deux dans une cellule isolé ou elle n’aurait pas à craindre les autres détenus, ce à quoi Henri répondit qu’il ne valait effectivement mieux pas pour leur sécurité que d’autres détenus soient avec Elise…<br />
<br />
***<br />
<br />
La prison du châtelet disposait certes de cachots humides et sordides pour les criminels de bas étages, mais elle comptait aussi des cellules beaucoup plus « coquette » disposant de fenêtre avec vu sur la Seine qu’on réservait aux détenus « de marque ».  Le plus souvent, il s’agissait de nobles ayant commis un crime ou bien qui attendaient leur procès. C’est dans une de ces cellules que fut conduite Elise manu militari.<br />
<br />
Henri lui avait ordonné de se laisser arrêter et de ne pas opposé de résistance, ce qu’elle accepta à contre cœur. Cependant elle n’avait put tenir sa langue et tout le trajet durant jusqu’à la prison, elle avait traiter les soldats de tous les noms, leur promettant mille tourment s’il arrivait quoi que ce soit à son père bien-aimé.<br />
<br />
Allongée sur le lit de paille situé sous la fenêtre barrée de deux lourds barreaux en fer forgé, elle se rongeait les sangs en songeant au sort réservé à Henri, et elle pestait contre son impuissance.<br />
<br />
Elise essaya de garder l’esprit clair : elle savait que pour l’instant elle devait attendre, et décida de profiter de la situation pour se reposer jusqu’à ce qu’on la libère. Elle ferma les yeux, mais les questions qui la tiraillait la tenait éloignée du sommeil. Elle se tourna dans tous les sens, essayant de trouver une position confortable, mais dut se résoudre à rester éveillé.<br />
<br />
L’affaire était complexe, car si c’était l’armurier des mousquetaires qui avait été visé, cela voulait dire que le capitaine de Trévise demanderait des comptes. De plus, il y’avait fort à parier que le Roi lui même s’implique, ne pouvant tolérer une atteinte a ses soldats d’élite.<br />
<br />
Un cliquetis venant de la porte de la cellule interrompit Elise dans ses pensés. Elle se redressa et s’approcha à pas de loup de la porte tout en tendant l’oreille. Les cliquetis continuaient, se faisant de plus en plus insistant. Elise entendit alors le bruit du pêne de la porte qui se débloquait tandis qu’on poussait la porte. La jeune femme se prépara : si quelqu’un forçait ainsi sa cellule pour l’assassiner, elle vendrait chèrement sa peau !<br />
<br />
Entra alors dans la cellule une femme splendide a la chevelure blonde qui semblait tout droit sortie d’un conte de fée. Elle portait une robe à crinoline jaune soleil bordé de rubans et de dentelles. Avec prestance, elle s’approcha d’Elise qui était éberluée.<br />
<br />
« Ah Elise, mon ange te voila !<br />
– Marion ? Par Saint George que fais tu ici ??<br />
– Et bien de toute évidence je te délivre ma chère sœur…<br />
– Comment as tu pu entrée avec… ce machin ! » dit Elise en désignant la toilette de Marion.<br />
– Hum… tu réfléchis si mal mon petit ange : c’est par la grâce de ce « machin » que j’ai pu rentrer ! » répondit Marion malicieuse.<br />
– Je vois… et je peux savoir pourquoi la « Reine de Glace » s’est donnée la peine de venir me sortir d’ici au lieu de s’occuper de Père ?<br />
– Oh de grâce… veut tu cesser avec ce surnom ridicule mon ange ? Je suis là a la demande du Cardinal figures toi… »<br />
<br />
Si Marion Léontine Prudence de Chateauciel portait le surnom de « Reine de Glace » c’était tout autant pour sa beauté froide que pour son attitude : agent du Cardinal en tant qu’espionne émérite, elle savait masquer ses émotions et lire dans celles des autres pour mieux les manipuler sans remords. Si Elise était une combattante féroce, Marion était une stratège préférant résoudre les conflits avec son intelligence et son charme plutôt qu’avec ses poings. Comme tous les Chateauciel, elle était dévouée à la cause du royaume et le servait au mieux sans sourciller.<br />
<br />
« Le Cardinal à fait arrêter Père mais il te demande de me faire évader ? quelle diablerie est ce cela ? » s’indigna Elise.<br />
– Peut être pourrions nous parler de tout cela dans un endroit plus propice non ? »<br />
<br />
Marion fit signe à Elise de lui emboîter le pas. Cette dernière obtempéra, furieuse mais bien obligée d’admettre qu’il ne fallait pas traîner.  Les deux sœurs descendirent le grand escalier qui menait au premier étage et longèrent une coursive pour contourner l’entrée principale.<br />
<br />
Malheureusement, elles y firent une mauvaise rencontre en la personne de Flavien de Sartac qu’elles croisèrent au détour d’un couloir.<br />
<br />
Ce dernier était retourné au châtelet après y avoir déposé Elise afin de rédiger le procès verbal de l’arrestation. Dès qu’il aperçu Elise, il porta la main à son épée, mais alors qu’il était sur le point de dégainer, Marion l’en empêcha en agrippant son bras. Le visage marqué par la peur et le supplia d’une voix délicate :<br />
<br />
« Ah monsieur… cette jeune femme est sortie de nulle part et m’a menacée ! aidez moi je vous en prie ! »<br />
<br />
Flavien voulut réagir, mais il sentit tout son corps s’engourdir. Sa respiration devenait paresseuse, et un bâillement lui traverser la mâchoire. Ses paupières tombèrent sur ses yeux comme un marteau sur une enclume et il tomba à la renverse.<br />
<br />
Elise s’approcha à pas mesurés de sa sœur et la regarda avec dédain :<br />
<br />
« Qu’est ce que tu lui as fait sorcière !?<br />
– Oh trois fois rien… » dit Marion en montrant à Elise le dessous d’une de ses bagues d’où sortait un petit crochet perlé de sang.<br />
<br />
Elise observa alors la main de Flavien et y aperçu la trace laissé par la bague.<br />
<br />
« C’est un venin que je fais venir d’Afrique par un ami marchand : il suffit d’une piqûre pour endormir un homme pendant deux heures… ou un peu moins si c’est un beau gaillard » dit Marion avec malice.<br />
<br />
Elise avait toujours eu du mal avec la façon de faire de sa sœur. Ce genre de ruse était un peu trop vicieuse à son gout, et elle préférait une bonne bagarre plutôt que de minauder. Elle dut cependant admettre l’efficacité du procédé et se contenta de soupirer tout en continuant sa route.<br />
<br />
Tandis que les sœurs Chateauciel reprenait le chemin de la sortie, Marion se permit quelques remarques :<br />
<br />
« Dis moi mon Ange, tu sais qu’il existe des toilettes plus seyantes pour une jeune fille que ta tunique ?<br />
– J’étais à l’entrainement avec Père lorsqu’ils m’ont arrêter je te ferais dire !<br />
– Oh… ces rustres ne t’on même pas permis de passer une robe ?<br />
– Je n’en voyais pas l’usage…<br />
– Hum… c’est vrai que ces choses ne sont pas pour toi…<br />
– Que veux tu dire ? » s’énerva Elise<br />
– Et bien… que certaines jeunes femmes n’ont pas un corps qui s’adapte à une belle robe… toi tu es plus… comme un garçon ? mais tu sais que je t’aime comme tu es mon Ange ?<br />
– Suffit ! Je suis tout autant une femme que toi ma sœur !<br />
– Mais ne t’énerve pas voyons mon Ange… » dit Marion taquine tandis qu’Elise fulminait « Tu es mignonne à ta façon… »<br />
<br />
Les deux sœurs arrivèrent alors dans la grande cours du Châtelet. Problème, celle ci grouillait de milicien et de soldat qui se relayaient pour la patrouille ou bien qui prenaient simplement l’air afin de ne pas respirer la puanteur émanant des lieux. La porte d’entrée de la forteresse était gardée par 4 soldats en arme et armure qui contrôlait tout ceux qui passaient.<br />
<br />
« Peste ! » dit Elise « Il va falloir qu’on se sépare : toi sors par devant, je vais tenter de contourner le mur Est et…<br />
– Oh mais ne t’en fais pas j’ai tout prévu » coupa Marion.<br />
<br />
La Reine de Glace plaça ses doigts entre ses lèvres et siffla si fort que tous les miliciens et tous les gardes se tournèrent vers elle.<br />
<br />
« Mais que fais tu bougresse ! » demanda Elise « Voila la bien la peine de te donner tout ce mal à me faire sortir si c’est pour nous faire arrêter ainsi ! »<br />
<br />
En guise de réponse Marion se contenta d’esquisser un sourire narquois.<br />
<br />
Tandis que les gardes approchaient vers dans leur direction, une calèche légère tiré par deux chevaux noirs comme la nuit força l’entrée et traversa la cour à toute vitesse. Depuis l’arrière de la cabine, quelqu’un jeta des fioles qui explosèrent en touchant le sol, créant un épais nuage de fumée blanchâtre à l’odeur acide et qui se répandit en quelques instant,  plongeant toute la cour, pourtant immense, dans un brouillard à couper au couteau.<br />
<br />
Depuis les hauteurs de la forteresse du Chatelet, des gardes sonnèrent l’alarme et ordonnèrent qu’on ferme les grilles. Des hommes armés de mousquet prirent position depuis les fenêtres, mais sans aucune visibilité, il ne pouvait ajuster leur tir. Il aurait put se fier au bruit des chevaux, mais ils risquait de toucher un camarade, aussi tous préférèrent attendre que la fumé se dissipe.<br />
<br />
La calèche s’arrêta juste devant Elise et Marion. Elle était dirigé par un homme portant une lourde tunique de cuir brun, le visage masqué par un foulard rouge et un épais chapeau de feutre noir. Il ouvrit la portière en se penchant, révélant dans la cabine une jeune fille portant tunique et pantalon, la bouche couverte d’un chiffon blanc noirci par la saleté et coiffé d’un petit tricorne en train de jeter une fiole verdâtre par le fenêtre arrière.<br />
<br />
« Par l’Enfer ! » dit Elise « Marion : tu peux me dire ce que fait Isaline ici ?<br />
– Allons mon Ange, tu ne crois pas que j’allais la laisser toute seule à la maison alors que mère est en voyage ? »<br />
<br />
Grimaçant de rage, Elise ne chercha pas à débattre avec son ainée et monta dans la calèche immédiatement suivie de cette dernière. Une fois installé Marion tapa deux fois contre le bord de la calèche qui aussitôt se mit en mouvement.<br />
<br />
« Laissez moi deviner toutes les deux ? » demanda Elise « c’est Gaston qui tiens les rênes n’est ce pas ?<br />
– Tu sais bien que je ne sais pas conduire une calèche ! » dit Marion comme si c’était l’évidence « et il fallait bien qu’Isaline s’occupe de notre diversion ?<br />
– Une diversion ? tu appelles ça une diversion ? je peux savoir ce que tu as lancé pour créer un tel bazar Poudrière ? »<br />
<br />
Isaline Clothilde Marie de Chateauciel, la plus jeune des 3 soeurs, avait hérité du sobriquet de Poudrière lorsqu’elle se prit de passion pour les armes à feu, et par extension à l’horlogerie, la balistique et les sciences. Elle avait reçu l’enseignement de Jean Béquin, apothicaire et chimiste de renom qui servait déjà le royaume du temps d’Henri IV, et était devenue experte dans l’art de préparation potion, d’élixir, mais aussi de bombe et de pièges en tout genre…<br />
<br />
« Elise ? » dit la jeune fille d’une voix légère comme une mésange « pourrais tu lancer ceci sur la grille je te prie ? »<br />
<br />
Et Isaline de tendre à sa sœur un cylindre de verre fermé en son sommet par un embout de cire rouge, remplie d’un épais liquide jaune et scintillant.<br />
<br />
« Secoues le bien avant ! » dit la jeune fille.<br />
– Si tu sais comment faire bien sûr… » ajouta Marion perfide et moqueuse, ce qui lui valut une grimace en guise de réponse.<br />
<br />
La calèche tournait dans la cour pour ne pas rester immobile et ainsi éviter d’être une cible facile. Lorsqu’elle s’approcha de la grande entrée de la forteresse, Elise entrouvrit la porte et passa la tête a l’extérieur tout en se cramponnant du mieux qu’elle pouvait. La calèche serait bientôt à distance de lancé : elle devait se tenir prête à agir car elle n’aurait qu’une seule chance.<br />
<br />
Suivant les consignes d’Isaline, Elise secoua le cylindre qui se mit à chauffer comme une fournaise, libérant dans le cylindre de la fumée et des crépitements. Elle l’attrapa du bout des doigts, comme si c’était un couteau de lancé, et le projeta avec précision contre la grille.<br />
<br />
Lorsque le cylindre percuta la muraille d’acier, une violente explosion se produisit. Le choc fut si violent que la grille fut arraché de ses gonds, laissant le passage aux sœurs Chateauciel dont la calèche s’engouffra dans l’espace ainsi crée. Les gardes impuissant ne purent que constater l’audacieuse évasion tandis qu’elles disparaissaient au loin.<br />
<br />
Isaline et Elise se sautèrent dans les bas de joie tandis que Marion, aussi flegmatique qu’a son habitude, tira un éventail de sous sa robe et commença à l’agiter pour se faire de l’air.<br />
<br />
« Ah mes chères petites sœurs… » dit elle avec lassitude « vos sautillements de puces sont épuisants !<br />
– Désolé Marion ! » dit Isaline en tirant la langue « mais je suis trop contente d’avoir tiré Elise de prison !<br />
– Laisse moi te dire que Père va t’arracher les yeux lorsqu’il apprendra que tu as mêlé Isaline à tout ça ! » dit Elise en se tournant vers l’intéressée « Et toi : que fais tu avec le chapeau de grand père !?<br />
– C’était pour qu’on ne me reconnaisse pas ! » dit la jeune fille convaincu de sa bonne foi<br />
– Et bien sûr toi Marion tu t’es dis que c’était une excellente idée ? » reprit Elise pour son aînée.<br />
– Mon ange, mon ange… nous ne faisons qu’obéir au Cardinal, je te l’ai dit…<br />
– Justement, tu m’as aussi dit que tu m’expliquerai pourquoi son éminence t’envoi à ma rescousse après avoir fait arrêter Père ! Et ne me dis pas que c’est uniquement un effet de sa bonté ! »<br />
<br />
Marion prit immédiatement un air très sérieux. Elise n’aimait pas lorsque sa soeur minaudait, mais elle appréciait encore moins lorsqu’elle était ainsi, car cela voulait dire que la situation était grave.<br />
<br />
« L’affaire de l’incendie de l’atelier de Dobreson à causer beaucoup de remous au palais. Le capitaine de Trévise considère cela comme une attaque aux mousquetaires, et bien entendu les indices désignant Père, il y voit la une perfidie du Cardinal<br />
– Trévise est un homme avisé : même s’il est le capitaine des mousquetaires il connait Père et sait qu’il n’aurait jamais fait ça !<br />
– Mon Ange… Père est un Chateauciel, et les Chateauciel sont aux ordres du Cardinal. Notre nom est un gage de fidélité, et quel que soit la demande du Cardinal nous savons toutes les deux que Père obéira sans discuter…<br />
– Il est innocent !<br />
– Certes, mais son Éminence se doit de montrer aux mousquetaires qu’il ne protège pas un coupable. Il comptait te demander d’enquêter sur cette affaire mais il semble que malencontreusement tu ais fini toi aussi derrière des barreaux… » conclu Marion moqueuse<br />
– Et il n’a rien trouvé de mieux que de t’envoyer à ma rescousse…<br />
– Oh mais soit assurée que je serai venue quand même te porter secours si les circonstances eurent été différentes mon Ange… »<br />
<br />
Sentant la tension entre ses deux aînés, la jeune Isaline tenta quelques mots d’apaisement :<br />
<br />
« En tout cas le plan de Marion à parfaitement fonctionné : te voila libre Elise ! nous allons pouvoir aider Père !<br />
– Libre ? Dis donc Poudrière : tu réalises qu’avec ton petit numéro nous allons avoir la milice et la garde du palais royal à nos trousses ? d’ici ce soir nos portraits seront affichés jusqu’à Montmartre ! » cria Elise.<br />
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Isaline n’eut pas le courage de soutenir le regard de sa sœur et se confondit en excuse. Cette dernière compris alors qu’elle était allé trop loin. Elle prit sa benjamine dans ses bras et la serra contre elle.<br />
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« Pardonnes moi Poudrière… toute cette histoire m’en fait oublier la gratitude. Et toi aussi Marion, je te remercie…<br />
– Oh Seigneur vous avez exaucé mes prières ! » dit Marion toujours moqueuse « Mon petit Ange à maintenant un cœur ! »<br />
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Les trois sœurs se mirent alors à rire bruyamment tandis que la calèche quittait le faubourg Saint Marcel.<br />
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***<br />
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Tandis que le soir tombait, la calèche parvenait enfin à destination. Il s’agissait d’une somptueuse propriété dont la façade Est était en travaux comme en témoignait les échafaudages installé tout du long.<br />
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« Où sommes nous diable ? » demanda Elise qui ne reconnaissait pas l’endroit<br />
– Cette petite bicoque appartient à un ami… » répondit Marion laconique<br />
– Un ami ? Tiens donc ? Et quel ami viens tu importuner alors que tu es fuite ma chère soeur ?<br />
– Roh ! mon Ange : est ce là des manières ? Je viens ici justement parce mon ami n’est pas là et qu’ainsi je ne lui causerai aucun tort ! »<br />
<br />
Elise roula des yeux au ciel tandis qu’Isaline émit un petit rire cristallin, tout amusée qu’elle était des chamaillerie de ses aînées.<br />
<br />
Marion prit les devant et entra dans la propriété comme en terrain conquis. Elle se dirigea vers les ouvriers présent sur le chantier tandis qu’ils finissaient remballer leur outil avant la nuit. Voyant arriver une si belle dame, ils regardèrent inquiet, ne sachant comment réagir.<br />
<br />
« Messieurs ? » dit elle pour attirer leur attention « Je suis confuse de vous importuner, mais je suis envoyé par son éminence le Cardinal de Richelieu. Il souhaiterait voir l’archevêque de toute urgence ! »<br />
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Le maître d’ouvrage, un fringuant quadragénaire à la belle barbe grisâtre se présenta à Marion et la salua avec tous les égard :<br />
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« Madame, Je suis monsieur Rivoix, maitre d’ouvrage pour le compte de l’archevêque. Il est en voyage toute la semaine le temps que nous finissions les travaux.<br />
– Oh ? Mais nous sommes à des lieues de la ville… dois je comprendre alors que vous résidez ici avec vos homme ?<br />
– Pour sûr madame. Nous avons un coin aménagé à notre usage dans les cuisines.<br />
– Fort bien mon brave : dans ce cas je vous prierai de prendre nos bagages dans la calèche et de nous faire préparer à souper voulez vous ? »<br />
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Le maître d’ouvrage n’eut pas le temps de réagir que déjà Marion tournait les talons. Il trottina à sa suite, confus et désemparé :<br />
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« Pardonnez moi madame, mais qui êtes vous au juste ?<br />
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– Goujat ! comment osez vous !? » dit Marion la voix pleine de scandale « Soyez assurez que le Cardinal aura vent de la façon dont l’archevêque reçoit ses hôtes de prestiges !<br />
– Non ! Ah madame comme je suis confus, là n’était pas ma requête ! Je… je souhaitais seulement m’adresser à vous comme il se doit ! » dit Rivoix en tentant de se rattraper comme il le pouvait.<br />
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Marion se fit enjôleuse et passa sa main le long du bras de son interlocuteur.<br />
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« Oh… pardonnez moi mon brave : ce voyage fût éreintant et cela à troublé mes humeurs. Quel est votre nom mon brave ?<br />
– Je me nomme Gustave madame, Gustave Rivoix, maître d’oeuvre au service de madame.<br />
– Ah Gustave, vous avez les manières et la délicatesse d’un vrai gentilhomme… »<br />
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Elle tendit la main à Gustave qui s’empressa de la saisir pour lui faire le baise main.<br />
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« Je suis Marion de Chateauciel, et voici mes sœurs adorées : Elise et Isaline »<br />
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Gustave fût troublé de voir les deux jeunes femmes portant pantalon et tunique d’homme, mais Marion endormit aussitôt ses soupçons de quelques paroles bien placés et d’un regard envoûteur.<br />
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***<br />
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Les hommes de Gustave aidé de Gaston avaient préparé une grande marmite de ragoût pour le souper, et en donnèrent une grande partie aux trois sœurs. Marion toucha à peine son plat, révulsé par le manque de finesse de ce repas, tandis que Elise elle, s’en régala comme un ogre.<br />
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La panse pleine, elle se vautra dans le fauteuil du grand salon où les soeurs s’étaient installé et regretta de ne pas avoir de tabac et de pipe pour finir ce festin comme il se doit.<br />
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« Je n’ose imaginer ce que tu t’autorise à faire lorsque nous ne sommes pas là… » dit Marion à Elise « peut être déambules tu nues comme un ver ?<br />
– Qui sait ? » répondit Elise sarcastique « je vais peut être même le faire ce soir !<br />
– Quelle piètre image de la femme tu donneras à nos charmants voisin » dit Marion en faisant références aux ouvriers qui dormaient dans les cuisines « Je te parie qu certains songeront au célibat en voyant ton petit corps…<br />
– Pourquoi ? parce qu’au contraire de son altesse la reine de glace je ne trimbale pas mes grosses miches dans des corsets qui m’empêchent de respirer ?<br />
– Oh mon ange, de quoi parle tu : de ces petites choses qui te servent de poitrine ? Même Isaline est mieux pourvut que toi »<br />
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la Poudrière relava fièrement le buste en souriant tandis qu’Elise se dressa d’un bond dans son fauteuil tout en commença a défaire le nœud de sa tunique.<br />
<br />
« Peste ! je vais te les faire manger ces petites choses ! arrête de me dire que je ne suis point femme ! »<br />
<br />
Elise s’arrêta lorsqu’elle comprit que sa sœur se jouait d’elle une fois de plus. Marion riait aux éclats tout en s’éventant avec un superbe éventail aux dentelles colorées que son père lui avait ramené de Séville.<br />
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« Elise mon ange, tu es comme un taureau sauvage : il suffit de t’agiter un chiffon rouge sous le nez et toi tu fonces sans réfléchir. Je suis surprise que Père ne t’ais pas corrigé sur ce point…<br />
– C’est vrai que tu es un peu impulsive ma sœur ! » compléta Isaline.<br />
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– Surveille tes propos Poudrière ! respecte tes aînées je te prie ! » répondit Elise<br />
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De nouveau, Marion et Isaline se mirent à rire aux dépends d’Elise.<br />
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« Pfff… vous êtes vraiment des chipies toutes les deux ! Rien que des chipies ! »<br />
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Sentant la vexation de sa sœur, la Reine de Glace appela Gaston et lui demanda de rapporter la « surprise » qu’elle avait préparée à Elise.<br />
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« Qu’est ce que tu mijotes encore ? » demanda Elise « je suis las de tes moqueries !<br />
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– Allons mon Ange… Tu es ma petite sœur bien aimée et tu sais que ce ne sont que des taquineries ? »<br />
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Difficile de dire si Marion était sincère ou si c’était encore un de ses jeux de dupes qu’elle affectionnait tant.<br />
<br />
Lorsque Gaston revint de la calèche, il tenait dans les mains un fourreau enroulé dans un drap mais dont le bout dépassait, et que Elise reconnut immédiatement.<br />
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« Par Saint Michel : c’est Malice ! »<br />
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Cette lame était la favorite d’Elise. Forgé dans un acier dont le cœur avait été feuilleté par pliage, c’était une rapière dansante et incisive dont la vitesse n’avait d’égale que le tranchant, ce qui lui permettait de porter des bottes surprenante et déstabilisante, lui valant son surnom de « Malice ».<br />
<br />
Elise, trop contente de retrouver son arme fétiche, fit quelques mouvements de démonstration. Isaline, admirative du talent d’épéiste de sa grande sœur, applaudit comme s’il était au théâtre, tandis que Marion, indifférente, dut retenir un bâillement.<br />
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Les tensions ayant disparût, les sœurs purent parlèrent plus en détail de la situation. Ce fût Marion qui entama les débats :<br />
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« Pour l’instant la situation est en suspend : le Cardinal va faire traîner les choses par la force de la bureaucratie ce qui devrait nous donner quelques heures pour agir. Ce que nous savons pour l’instant est que l’incendiaire visait les mousquetaires et qu’il se faisait passer pour Père, la question est donc pourquoi ? quel était son intérêt ?<br />
– Son but est il de nuire aux mousquetaire en cherchant un bouc émissaire, ou bien de nuire à Père en utilisant son lien avec le Cardinal ? » Dit Elise qui réfléchissait à haute voix « Quel intérêt peut-il y avoir à brûler l’atelier d’un armurier ?<br />
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– Pour détruire ses recettes ? » dit Isaline innocemment.<br />
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Marion et Elise se tournèrent vers elle dans un même mouvement, attendant d’elle qu’elle s’explique plus clairement…<br />
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« Un maître de forge fabrique son acier et utilise des mélanges que lui seul connait pour préparer une lame, il doit donc avoir des recettes de grande valeur où il note tout cela ?<br />
– Oh innocente petite chose… » dit Marion « Ne crois tu pas qu’un maître connais toutes ces choses de tête afin justement de ne craindre ni le vol ni le feu ? Et puis qui voudrait un tel secret au point de se mettre à dos les mousquetaires ? »<br />
<br />
Isaline, l’index sur le menton et les yeux dans le vague réfléchît à la remarque de sa sœur et finit par acquiescer avec dépit.<br />
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« arf… oui c’est vrai que ça n’aurait aucun sens…<br />
– Et qui nous dit que ce ne sont pas effectivement des registres qui sont visés ? » dit Elise<br />
– A quoi penses tu mon ange ?<br />
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– Nous nous somme fourvoyé à croire que les mousquetaires étaient la cible parce que Dobreson est leur obligé… mais c’est avant tout un maître d’arme réputé. C’est chez lui que Père à obtenu sa lame D’Ascalon !<br />
– Tu crois que notre incendiaires est lié aux lames ? » demanda Isaline curieuse « Mais pourquoi ?<br />
– Je ne sais pas mais… imaginons que notre incendiaire ait la même démarche que nous : pour une raison ou une autre, il cherche les porteurs d’une lame d’Ascalon : où pourrait il trouver la trace de ses lames si ce n’est chez celui qui les à vendu ?<br />
<br />
– Oh je vois… il s’est emparé des registres de Dobreson et à mit le feu pour détourner l’attention… » compléta Marion.<br />
– Il a fait cela parce qu’il cherche les lames ou leur porteur… j’en suis persuadée !<br />
– Une chose m’inquiète… » dit Marion « Cet homme à été vu portant une lame d’Ascalon. Il est donc lui même sur la liste… peut être cherche il à ne pas être identifié<br />
– Ce qui voudrait dire ? » demanda Isaline inquiète<br />
– Que nous avons a faire à un homme déterminé à ne pas être prit, ce qui le rend d’autant plus dangereux.<br />
– Que faisons nous alors ? »<br />
– Peste ! » dit Elise « Si nous avions cette liste nous pourrions plus facilement retrouver notre homme !<br />
– Qui te dis que nous ne l’avons pas ? » dit Marion avec un sourire malicieux…<br />
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***<br />
<br />
Le lendemain, la calèche des sœurs Chateauciel prit le chemin de la chapelle saint Denis, au nord de Paris. C’était là que Marion pensait qu’il serait possible de retrouver la piste de l’incendiaire, car elle savait de source sûre que c’était là où le maître Dobreson était allé se réfugier sur ordre de monsieur de Trévise le temps que l’affaire soit réglée. Non seulement une église était un lieu discret, mais tout homme d’arme qui s’y présenterait serait immédiatement repéré.<br />
<br />
La calèche arriva devant l’église tandis que les cloches sonnèrent la mi journée. L’orage était passé, et il ne restait plus maintenant qu’un beau ciel d’été chaud et parsemé de nuage d’un blanc cotonneux. Le fidèle Gaston descendit de sa place de chauffeur et ouvrit la portière a ses maîtresses qui purent enfin faire quelques pas pour se dégourdir les jambes.<br />
<br />
« Je ne comprends vraiment pas comment j’ai put être assez sotte pour te suivre dans ce projet… » dit Elise à Marion « On risque de se faire prendre et en plus de commettre un blasphème ! »<br />
<br />
Et si Elise, pourtant prompte à jurer comme un homme, craignait pour le salut de son âme, c’était que le plan de Marion pour infiltrer l’église était de se déguiser en Carmélite…<br />
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Les 3 sœurs avaient revêtues les traditionnel scapulaires noirs de l’ordre, la tête couverte d’une capuche. Et si Marion et Isaline n’avait aucun mal à évoluer dans cette tenue, Elise elle était particulièrement mal à l’aise.<br />
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« Et bien mon Ange ? » demanda Marion « porter la robe n’est il pas une joie pour une fervente croyante comme toi ?<br />
– Pas lorsque cela m’oblige à jouer les oies blanches ! Et par Saint Michel pourquoi ne puis-je pas porter mon épée !?<br />
– Sa ne serait pas correct dans une église… » répondit Marion en réajustant le col de sa capuche.<br />
– Alors pourquoi porte tu ces couteaux attachées à tes jarretières ? Et toi Poudrière, tu crois que je n’ai pas remarquée les petits mousquets que tu caches au même endroit ?<br />
– Certes mon Ange, mais c’est uniquement par précaution… et puis comment cacherait tu une telle ferraille sur toi ? Ne t’en fais pas… en manœuvrant bien nous réussiront notre mission sans même qu’on s’aperçoive de notre présence ! »<br />
<br />
Marion avança d’un pas confiant vers la grande porte aux arches sculptés qui marquaient l’entrée de l’église, puis se mit à avancé par petit pas une fois le seuil franchit. Elle s’approcha du bénitier, y trempa les mains puis se signa en murmurant « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit… »<br />
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Elise et Isaline l’imitèrent, et toutes trois se rendirent devant l’autel ou le prêtre en charge du diocèse préparait un office en relisant les écrits de Saint Marc. Entendant entrer les 3 fausses carmélites, il quitta sa lecture et vint les saluer :<br />
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« Bienvenue dans notre église mes soeurs. Que la paix du Christ soit avec vous.<br />
– Merci mon père, la graçe du Seigneur soit avec vous.<br />
– Que me vaut le plaisir de votre venue ?<br />
– Nous sommes les soeurs du carmel du Montmartre, et avons été chargé par son Éminence le cardinal de prier pour le salut de ses chevaliers blessés au combat. Voila pourquoi nous sommes venue implorer Saint Denis en sa demeure…<br />
– Je vois » dit le prêtre avec compassion « Nul doute que nos braves ont besoin du soutient de la prière en ces temps troubles. Faites à votre guise mes sœurs »<br />
<br />
Remerciant le prêtre, les 3 sœurs s’installèrent à genoux devant la croix et firent semblant de prier. Le prêtre lui, retourna paisiblement à sa lecture.<br />
<br />
C’est là qu’Isaline passa à l’action : elle tira de ses manches deux fioles de sa composition dont elle versa discrètement le contenu translucide sur la statuette de la vierge Marie qui trônait sur l’autel et laissa le produit obtenu réagir. En quelques instant le mélange des deux fioles format une coulée rougeâtre et épaisse semblable à du sang qui semblait s’écouler des yeux de la statuette…<br />
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« Sainte Marie Mère de Dieu ! » hurla Marion « Regardez ! la Sainte Vierge pleure pour nos braves chevaliers ! C’EST UN MIRACLE ! »<br />
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Le prêtre n’en croyaient pas ses yeux. A genoux devant la Sainte Vierge, il se mit à prier et à rendre grâce à Dieu. Mais une fois le choc passé, il réalisa qu’il devait agir selon la régle papale en vigueur, à savoir en prévenant l’évèque du diocèse de Saint Denis afin que celui-ci juge du miracle. Sans plus de reflexion, le prêtre quitta l’église à toute jambe en hurlant « c’est un miracle ! c’est un miracle ! ».<br />
<br />
Elise se releva alors et retira sa capuche en maugréant a l’intention de Marion :<br />
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« Maintenant c’est sûr : nous allons brûler en Enfer !<br />
– Mais non mon Ange ! » dit Marion avec assurance « Nous serons pardonnées par son Éminence… »<br />
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Elise en tête, les sœurs Chateauciel arpentaient les différentes cellule de l’église. La plupart était de simple alcôves aménagé avec un lit et un prie dieu et auquel ont aurait ajouté une porte. Les plus « luxueuses » comportaient quelques peintures de saints accrochés au mur, ou bien de petit autel ou brûlaient timidement des cierges.<br />
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A force de recherche, Elise trouva enfin la cellule ou était réfugié maître Dobreson. Ce dernier fût surprit de voir ainsi 3 religieuses entrer sans ménagement :<br />
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« Mes sœurs ? que ce passe t’il… »<br />
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Il croisa alors le regard d’Elise. Immédiatement il la reconnu :<br />
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« Vous avez les yeux de votre père mademoiselle Elise… et un culot sans borne pour venir me chercher en ces lieux ! »<br />
<br />
Bodreson se précipita sur son lit de paille d’ou il tira une épée dissimulé sous le couchage. Cependant, le temps qu’il la pointe vers les sœurs, Isaline avait tiré ses mousquets de sous son jupon et les pointait dans sa direction.<br />
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« De grâce monsieur » demanda t’elle avec calme et douceur « Restons bon ami voulez vous ? »<br />
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Le maître d’arme ne commis pas l’erreur de sous estimer ses adversaires. Plus d’un fier à bras était tombé sous les coups des filles Chateauciel, et en homme avisé, il ne voulait clairement pas s’y risqué. Il posa son arme au sol, et Elise s’en saisit.<br />
<br />
« Serait ce la lame D’ascalon de monsieur notre Père ? » demanda Elise<br />
– on m’en à demandé l’expertise ce tantôt… »<br />
<br />
La jeune fille observa l’arme en connaisseuse « le fil est superbement tracé, et cette garde : j’ai toujours pensée que c’était une Pappenheim, tout aussi belle que fort bien conçue…<br />
– Les armuriers d’antan avaient un savoir légendaire malheureusement perdu de nos jours… »<br />
<br />
Marion s’invita dans la conversation :<br />
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« Ah qu’il est beau de voir des gens de métier parler ensemble ! Monsieur Dobreson je vous prie d’accepter par avance nos excuses à  mes sœurs et moi, mais l’affaire qui nous convoque ne saurait souffrir nul retard.<br />
– Je suppose que vous parlez de l’incendie de mon atelier par monsieur votre Père ? »<br />
<br />
Elise, toujours prompte à défendre le nom de son père, s’apprêtait à bondir mais fût retenue par la main de Marion qui lui saisie la main tout en l’implorant du regard de rester calme.<br />
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« Vous comprendrez à la réaction de ma petite sœur que nous ne partageons pas votre sentiment quand à l’identité de l’auteur de ce crime » reprit Marion, toujours parfaitement posée « Il s’avère que nos soupçon se portent contre un de vos clients qui aurait acheter une lame d’Ascalon…<br />
– Ma chère enfant, cela pose alors un grand problème : seule trois de ses lames ont été retrouvées à ce jour et toute vendue par mes soins. Celle ci à votre Père, une à son Éminence et une au Duc de Luynes… »<br />
<br />
Le Duc était un des grands amis du Roi, mais un farouche opposant à la Reine qu’il avait tenté de faire assassiner des mois plus tôt. Ce plan fût mis en échec par Elise, et il en gardait certainement rancune aux Chateauciel, qui non content d’avoir fait capoter son projet, avaient trouvé les preuves permettant au Cardinal de la manipuler à loisir.<br />
<br />
Mais Elise réfuta cette piste : le Duc aurait joué trop gros pour bien peu de résultat, et la lame d’Ascalon était une piste potentiellement trop évidente qui pouvait tout aussi bien pointer vers lui. Qui était donc le véritable homme dans l’ombre ?<br />
<br />
Isaline interrompit la conversation, plaça son doigt devant le bouche et mimant le geste d’écouter. Il y’avait du bruit dans la nef. Des voix d’hommes…<br />
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Elise et Marion se regardèrent et comprirent en un instant ce qui se passait : si elle avait obtenue l’information, d’autres savaient ou se trouvait Dobreson et cherchaient à s’en prendre à lui. Ces hommes étaient à coup sûr des mercenaires engagés pour sa capture… ou pire. C’était en soit une menace, mais peut être aussi l’opportunité d’en apprendre plus.<br />
<br />
Elise, l’épée de son père à la main, se dirigea vers la nef, invitant ses soeurs à rester avec Dobreson pour le protéger si nécessaire. Marion comprit que sa soeur était prête à combattre jusqu’au bout. Elle la rattrapa et lui tendit un bague qu’elle gardait dans une pochette dissimulé son ses habits de nonne.<br />
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« Tu sais quelle valeur elle à pour moi pas vrai ? alors garde la avec toi : qu’elle te protège ! »<br />
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Peu habituée à de telles effusion de la part de son ainées, Elise se garda de tout commentaire. Elle attrapa la bague, l’observa un instant puis sourit à Marion.<br />
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« Ne t’en fais pas Reine de Glace… tout ira bien ! »<br />
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Elise s’engagea alors dans le couloir menant à la nef et s’arreta près de la porte d’entrée.Du coin de l’oeil, elle observa les mercenaires : ils étaient cinq, vêtu de belle façon, tous l’épée au côté. Aucun d’eux n’avait retirer son chapeau ni ne semblait se soucier d’agir ainsi dans une église. L’un d’eux, plus curieux que les autres, était en train de fixer la statuette « sanguinolente » de la Vierge Marie pour laquelle les 4 autres n’avaient que de l’indifférence. Elise ouvrit alors la porte de la nef et y entra d’un pas décidé. Elle retira sa capuche, laissant tomber sa lourde natte formant dans son dos comme une queue de scorpion et tira l’épée de son fourreau, prête à combattre.<br />
<br />
Lorsqu’ils virent cette carmélite, cheveux à découvert et épée à la main en train d’avancer vers eux, la lumière du jour traversa les vitraux en délivrant sur son visage une lumière quasi divine, les mercenaires se demandèrent s’ils n’étaient pas victime d’une hallucination.<br />
<br />
De son côté, Elise priait afin que Dieu lui pardonne de tirer l’épée dans sa maison. Mais très vite, sa prière devint un appel au combat contre ses adversaires. A voix haute et forte, elle cita Ezechiel, prophète de l’ancien Testament :<br />
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« Béni soit-il l’homme de bonne volonté qui au nom de la charité se fait le berger des faibles qu’il guide dans la vallée d’ombre de la mort et des larmes ; car il est le gardien de ses frères et la providence des enfants égarés. Mais j’abattrai le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant les brebis de Dieu ! Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’éternel quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout Puissant ! »<br />
<br />
Elise se jeta alors dans la bataille avec fureur.<br />
<br />
Se précipitant sur l’adversaire le plus proche, elle porta un coup d’estoc à hauteur d’épaule qui fit mouche et désarma le mercenaire. Immédiatement, elle pivota sur gauche pour parer une attaque, repoussa son assaillant et frappa de nouveau sa première cible à la poitrine pour l’achever.<br />
<br />
Deux autres mercenaires étaient maintenant sur elle, portant à 3 le nombre d’adversaire simultanés qu’elle devait gérer. Cependant, si ses opposants étaient de solides gaillards sachant manier l’épée, Elise avait pour elle une science du combat qui les dépassait.<br />
<br />
En effet, elle ne cessait de bouger sa ligne de frappe de façon a ce que les mercenaires se gênent mutuellement, lui offrant ainsi le temps de réagir. Cependant, le quatrième mercenaire allait compliqué la donne, et la jeune bretteuse devait éliminer au plus vite un adversaire pour garder le contrôle.<br />
<br />
Conscient de son petit jeu, les mercenaires se décidèrent à travailler de concert, et créèrent de l’espace entre eux. Elise ne pouvait plus se dégager aussi facilement, mais surtout elle se retrouvait petit à petit encerclé par ses adversaires.<br />
<br />
Isaline avait reçu pour mission de se tenir près de la porte de la nef afin d’en assure la garde, et c’est de ce point qu’elle observait le combat. Elle n’avait jamais vu sa sœur en plein affrontement, et son cœur battait à tout rompre à chaque coup échangé. Cependant, si quelque fois la peur prenait le dessus, elle ressentait avant tout de la fierté face à la férocité d’Elise qui, même devant autant d’adversaire, ne reculait pas d’un pouce.<br />
<br />
La jeune fille aperçut alors le cinquième mercenaire gisant au sol. Ce dernier avait un mousquet qu’il dissimulait en le cachant sous lui, guettant l’instant ou Elise lui tournerait le dos pour l’abattre traîtreusement. Isaline n’hésita pas un seul instant et d’une main sûre, elle utilisa son arme pour l’abattre d’une balle dans la tête.<br />
<br />
La détonation créa un instant de confusion qu’Elise mit à profit pour reprendre l’avantage : elle entailla un des mercenaires à la jambe afin qu’il tombe, et se recula vers la grande porte de l’église. Non seulement elle réduisait les adversaires potentiel, mais bénéficiait ainsi du soleil qui brillait dans son dos, limitant la visibilité pour ses adversaires restant.<br />
<br />
Les mercenaires étaient confus : d’un côté ils devaient maintenir leur ascendant sur Elise, mais de l’autre il devait s’occuper de toute urgence de cette jeune fille armée de mousquet qui représentait une vraie menace. L’un d’eux prit l’initiative d’aller vers Isaline tandis que ses deux comparses continueraient le combat avec Elise.<br />
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La jeune fille pointa sa deuxième arme vers le mercenaire qui la chargeait, mais le coup fît long feu. Sans aucune pitié, il porta un large coup de taille du haut vers le bas afin de pourfendre Isaline. cette dernière, terrorisée, tomba au sol et roula sur le côté de justesse afin d’éviter l’assaut. Le mercenaire n’en resta pas là : il se laissa tomber sur la jeune fille qui se mit à hurler de frayeur, bien décider à lui faire subir les derniers outrages pour se payer de sa peine. Mais tandis qu’il la maintenait au sol en appuyant ses mains gantés sur ses épaules, il reçu successivement 4 lames tranchantes dans les bras et la poitrine.<br />
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A l’autre bout du couloir menant au cellule, Marion le regard dévoré par la colère, avançait vers le mercenaire tout en se tenant prête à lancer une nouvelle salve de couteau<br />
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« Maudit chien ! » dit elle folle de rage tout en lançant un couteau dans le bras gauche de sa cible « Comment oses tu t’en prendre à petite sœur ! Je te le ferai payer tu m’entends ! JE TE LE FERAIS PAYER CHER ! »<br />
<br />
Le mercenaire était criblés de couteau sur tout le haut du corps. Il chancela en arrière et recula en gémissant, et termina par s’adosser contre le mur. Il voulut se redresser, mais Isaline le prit de vitesse : elle ramassa un de ses mousquets, le saisie par le canon et frappa de toute ses forces dans le visage du mercenaire. Une gerbe de sang jaillit de sa bouche dans un bruit d’os brisés, et il s’écroula sur le côté.<br />
<br />
Marion se précipita sur Isaline qu’elle enlaça comme un mère protégeant son enfant.<br />
<br />
« Oh ma petite chérie j’ai eu si peur… mais ça va maintenant je suis là ! » dit elle avec soulagement<br />
– Je… je crois que je l’ai tué… je crois que…<br />
– Ne t’en fais pas… il respire encore : tout va bien maintenant.<br />
– Je suis vraiment désolée Marion.. c’est mon mousquet… je te jure c’est mon mousquet… » répéta Isaline en se blottissant contre sa sœur.<br />
<br />
Dans la nef, les mercenaires n’arrivaient plus à suivre le rythme. Car bien que moins forte physiquement, Elise avait pour elle des années d’entrainement intensif auprès d’une des meilleurs lame du royaume. Son endurance surpassait celle de la plupart des combattants ordinaires lui permettant de dominer si jamais le combat s’éternisait.<br />
<br />
Repoussés à plusieurs reprises, les mercenaires reprenait leur souffle et essayait d’aviser d’un plan. Il valait peut être mieux filer que de succomber devant cette furie ?<br />
<br />
Elise ne l’en leur laissa pas l’opportunité : voyant leurs défenses faiblir, elle provoqua la touche et porta nombre d’attaque sur les bras de ses adversaires. Elle ne faisait que les écorchés, mais ces plaies saignaient abondamment et petit à petit affaiblissaient la prise des combattants. De son côté, elle s’amusait presque à parer leur assaut en utilisant la garde Pappenheim.<br />
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Épuisés, les mercenaires ne purent résister encore longtemps : Elise acheva chacun d’un d’une coup bien appuyer dans la poitrine.<br />
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A bout de souffle, la combattante tomba genoux à terre et lâcha son épe. Elle se signa, et joignit les mains en prière.<br />
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Marion et Isaline virent la rejoindre, et les trois sœurs tombèrent dans les bras l’unes de l’autres, trop heureuses pour dire quoi que ce soit.<br />
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Dans les couloirs du Palais Royal ou officiait le Cardinal, régnait une énorme tension. On avait en effet annoncé l’arrivée des soeurs Chateauciel qui affirmaient qu’elles avaient des preuves pour disculper leur père, mais aussi de quoi faire condamner le vrai coupable.<br />
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Le cardinal de Richelieu, ainsi monsieur de Trévise, capitaine des mousquetaires, attendaient dans le grand bureau de son Éminence l’arrivée des trois jeunes femmes, s’interrogeant sur ces soit disant preuve. Trévise était cependant presque ravit d’entendre qu’il y’avait une possibilité qu’Henri de Chateauciel soit innocent. Il avait du respect pour le chevalier et frère d’arme qu’il était.<br />
<br />
Le secrétaire du Cardinal annonça Elise, Marion et Isaline qui entrèrent chacune à leur tour pour ensuite aller saluer le Cardinal en embrassant son anneau.<br />
<br />
Les soeurs Chateauciel étaient accompagné par Maitre Dobreson que le capitaine de Trévise salua en ami.<br />
<br />
« Mais que faites vous ici Jean ? n’étiez vous pas au secret à Saint Denis ? » demanda Trévise<br />
– Certes capitaine, mais des mercenaires ont retrouvé ma trace, et je ne dois qu’a l’intervention de ces demoiselles d’avoir encore la vie sauve… »<br />
<br />
Trévise jeta un regard à Elise. Il retrouvait en elle toutes les qualités… et tous les défauts de son père : bravache, arrogante, mais généreuse, vaillante et loyale envers la couronne. Il ne savait plus que penser.<br />
<br />
« Et bien mesdemoiselles de Chateauciel » dit le Cardinal « il me semble que vous prétendez avoir des preuves de l’innocence de monsieur votre Père ?<br />
– C’est exact votre Éminence » expliqua Marion « Nous avons découvert qu’une perfidie bien plus vil que nous le pensions était la cause de tout cela…<br />
<br />
– Et bien parlez mon enfant : de quoi il en retourne ?<br />
– Voyez vous Éminence, l’incendie de l’atelier de Maitre Dobreson n’était pas un coup porté contre les mousquetaire, pas plus qu’il n’était dirigé contre son Altesse. Du moins… nous le pensions. »<br />
<br />
Ménageant ses effets, Marion laissa planer un petit silence avant de reprendre.<br />
<br />
« Nous tenons de la bouche même du maître ici présent, que l’incendiaire était un combattant habile capable de venir seul à bout de 3 miliciens bien entraîné et qu’il utilisait une lame d’Ascalon à la rareté légendaire… Maître : interrompez moi si je divague voulez vous ?<br />
– Mademoiselle je n’ai à revenir sur aucun de vos propos : vous avez parfaitement résumé les faits !<br />
– Merci Maître… Voyez vous votre Éminence, il n’y a au royaume de France que 3 personnes possédant une telle arme : monsieur notre Père, vous même et le Duc de Luynes… »<br />
<br />
Trévise sourcilla :<br />
<br />
« Oseriez vous accusez le Duc de ce crime ? Quels auraient été ses motivations ?<br />
– La vengeance capitaine… le Duc voue une haine farouche à notre famille, et quel meilleur moyen de salir le nom des Chateauciel qu’une telle machination visant à faire croire qu’il s’en ait prit aux mousquetaires du Roi ?<br />
– Mais pouvez vous le prouver ? » demanda le Cardinal<br />
– Absoluement pas ! » conclue Marion avec une étrange décontraction.<br />
<br />
Ce fût Elise qui reprit les explications :<br />
<br />
« Il nous paraissait étrange que le Duc use de tel stratagème. Nous savons que c’est un homme avisé, intelligent, et qui n’irait pas faire lui même une tache qu’un subalterne sacrifiable serait plus à même d’accomplir. Qui plus est, le Duc est un homme loyal envers son Altesse, et qui a à cœur de veiller à son prestige. Il ne s’en serait donc jamais pris aux mousquetaires… »<br />
<br />
Le Cardinal commença à fulminer :<br />
<br />
« Ainsi donc si ce n’est point le Duc, le seul autre possesseur d’une lame d’Ascalon ce serait moi dans ce cas : oseriez vous m’accuser !?<br />
– Oh non : absolument pas votre Éminence ! » dit Isaline de sa voix joyeuse de merle « Parce qu’en réalité l’autre possesseur de cette lame… »<br />
<br />
Toutes ensembles, les sœurs se tournèrent vers Dobreson et le pointèrent du doigt tandis que Elise conclut en disant :<br />
<br />
« C’est le maître Dobreson !<br />
– Quoi ? » s’offusqua ce dernier « comment osez vous !<br />
– J’ai mis un moment à comprendre votre petit jeu maître, mais lorsque tout fût plus clair, j’ai préféré vous laisser croire que nous portions nos soupçons sur le Duc de Luynes… que ce vieux fou me le pardonnes : pour une fois il n’y était pour rien…<br />
– Éminence ! » implora Dobreson « Cette jeune fille dirait n’importe quoi pour sauver son père !<br />
– Dites moi Cardinal… » continua Elise « N’êtes vous pas surpris qu’un homme capable de terrasser 3 miliciens ne puisse pas venir à bout d’un modeste armurier ? Pourquoi diable est il encore en vie là où des hommes plus jeunes et parfaitement rompu à l’art du combat ont trouvé la mort ? Si le but était de nuire au mousquetaire, sa tête valait mieux que son atelier non ? »<br />
<br />
L’esprit vif du Cardinal commençait à reconstituer le puzzle. Il fit signe à Elise de continuer son récit.<br />
<br />
« Vous saviez que le Cardinal garderait l’épée comme un objet de décoration, c’est pour ça que vous lui en avez vendu une copie. Vous vouliez garder l’originale pour vous et pensiez avoir le beurre et l’argent du beurre si vous me permettez cette expression » dit Elise en souriant<br />
– Mais dans ce cas pourquoi aurais je mis le feu à mon atelier ? » demanda Dobreson « et pourquoi ces hommes à Saint Denis aurait essayé de me tuer ? »<br />
<br />
Elise esquissa un rictus :<br />
<br />
« Ça voyez vous c’est ce qui m’a été le plus délicat à percer. Effectivement, votre crime ne risquait pas d’être dévoilé… Sauf que vous vous êtes cru plus habile… monsieur mon Père fait entretenir ses armes par vos soins, et il est parfaitement satisfait de votre ouvrage. Lorsqu’il vous à confier son Ascalon la tentation était trop grande : vous vouliez vous en emparer et ainsi refaire votre coup. Vous saviez qu’en l’accusant d’avoir incendié votre atelier, on vous confirait l’arme pour en authentifier le porteur. Vous auriez ainsi tout loisir d’en faire l’échange avec une copie. Mon Père arrêté il n’aurait jamais revue son bien, et je dois avouer que moi et mes soeurs…<br />
– Que mes sœurs et moi ! » corrigea Marion<br />
<br />
– Que mes sœurs et moi… » reprit Elise agacée « …n’aurions pas put discerner le vrai du faux. Du moins jusqu’à ce que je l’ai en main ! »<br />
<br />
Imitant Marion, Elise laissa un instant de silence pour préparer son effet :<br />
<br />
« Depuis que j’ai 6 ans j’ai tenue toutes les épées de mon Père et je l’ai vu les manipuler un nombre incalculable de fois. Si cette arme avait été la sienne, la garde n’aurait jamais été placé comme sur celle que vous m’avez présentée : il y’a une once de trop au point d’équilibre ! Cette épée était la copie que vous vouliez rendre, tandis que vous vouliez vendre l’originale !<br />
– Mensonges !<br />
– C’est pourtant ce pourquoi ces mercenaires étaient venue à Saint Denis : ils n’étaient pas là pour vous tuer, ils étaient la pour faire affaire avec vous !<br />
<br />
– Excellence : ces jeunes filles n’ont aucune preuves ! elles ne font que diffamer !<br />
– Oh que si nous avons des preuves… voyez vous contrairement à ce que vous croyez certains de ses hommes ont survécu !<br />
– Pardon ?<br />
– Ma chère sœur Marion ici présente fait venir d’Afrique un venin tout à fait particulier qui peut assommer un homme ou l’affaiblir… ça dépend de son gabarit et du nombre de blessure qu’on lui inflige… »<br />
<br />
Dobreson repensa au moment juste avant qu’Elise n’aille affronter les mercenaires… c’était cela la bague que Marion lui avait donnée ?<br />
<br />
Elise présenta la bague. En poussant la fausse pierre situé sur le dessus, on découvrait un petit compartiment pouvant contenir plusieurs gouttes de liquide.<br />
<br />
« Je n’avais qu’a enduire ma lame de poison pour que chaque coup je porte affaiblisse mes adversaires jusqu’à ce qu’ils tombent dans un état léthargique… Nous vous avons fait croire à leur mort pour pouvoir les faire interroger par des gens de confiance. C’est mon bon ami le chevalier de Frey qui est allé à Saint Denis après notre départ pour… faire le ménage diront nous. Il à aussi retrouvé la véritable épée de monsieur mon Père. Vous êtes fait monsieur Dobreson, toute votre supercherie est maintenant]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**L’honneur des Chateauciel**

Le modeste comté de Chateauciel, situé non loin de Chantilly, était le fief d’une des familles les plus renommé de France et ce depuis l’époque de Charlemagne. En effet, le comte de Chateauciel et ses enfants étaient tous destiné à devenir les protecteurs du Roi. Vivant pour le devoir, rompu au combat et prêt à tout les sacrifices, ils étaient des parangons de droiture et d’honneur.

En ce jour d’été orageux, le comte Henri de Chateauciel donnait la leçon à sa fille Elise dans la salle d’arme du manoir familiale. Cette grande pièce au sol de marbre blanc était un immense espace vide dont seuls les murs étaient pourvut. Ils étaient en effet couvert d’armes de toute sorte, généralement de qualités exceptionnelles, que la famille se passait de génération en génération. Chaque membre se faisait un devoir d’entretenir ce patrimoine et de trouver de nouvelles pièces pour l’agrémenter.

Henri avait choisit d’utiliser une lourde hallebarde dont le manche était fait d’un solide morceau de frêne afin d’entraîner Elise à affronter un adversaire avec plus d’allonge. Tournant autour d’elle à bonne distance tandis qu’elle le suivait du regard, il égrainait ses conseils de sa voix puissante :

« …les armes d’Hast sont tes pires ennemis : leur allonge est supérieure à celle de l’épée et leur estoc est imparable sans bouclier. Ta seule chance c’est ta vitesse et ta petite taille : c’est une arme lente a cause de son amplitude, et si ton adversaire manque son coup tu peux le terrasser avant qu’il ne réarme son attaque. Mais dis toi bien que tu n’auras pas deux fois l’opportunité de tromper un expert… »

Elise ne répondit que d’un hochement de tête. Lors des entrainement, il n’était pas question d’émettre un avis ou de prononcer un mot. Durant ses moments, ce n’était plus son père à qui elle faisait face, mais à un maître d’arme a qui elle devait respect et obéissance.

Henri porta un premier coup d’estoc droit dans la ligne d’Elise que cette dernière évita rapidement en se décalant d’un pas sur le côté. mais l’habile combattant avait prévu ce mouvement : il fit tourner la hallebarde de façon à ce que le côté tranchant se trouve à l’horizontale tandis  qu’il ramenait l’arme vers lui. Elise réalisa trop tard la feinte et reçut le coup tranchant le long de son biceps qui heureusement était protégé par une cotte de maille.

La jeune femme pesta : a chaque début d’entrainement elle refusait d’enfiler cet accessoire qui pour elle était plus une gêne qu’autre chose, et à chaque fois elle finissait par recevoir une attaque qui l’aurait gravement blessée sans cette protection.

Henri put lire dans ses yeux la détermination et la hargne : exactement ce qu’il voulait. Il était convaincu que tout comme une épée, un bon combattant se forgeait avec des coups dans le feu d’un affrontement réel. Il fallait aussi que le combattant ait soif de victoire, et c’est pour cela qu’il avait constamment défié Elise depuis son plus jeune age afin qu’elle cherche à le dépasser.

Le comte de Chateauciel était fier de sa fille, car c’était sans doute une des meilleures lames du royaume, mais il craignait toujours qu’elle ne soit pas assez préparée. Aurait il agit différemment si le Seigneur lui avait donnée un fils ? il éluda la question, estimant que ses filles valaient bien dix soldats chacune.

Lors des passes d’armes suivantes, Elise fut plus attentive aux mouvements de la hallebarde et commença à comprendre comment se décomposaient les mouvements d’attaque : préparation, impulsion, pivot, rétractation puis remise en garde. Le rythme était beaucoup moins fluide et vif qu’a l’épée, mais la portée de l’arme et sa puissance ne lui offrait pas d’opportunité de contrer. Henri était trop habile pour laisser paraître de fai]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 17 Jul 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-07-17T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 50 : plus dure que tu ne le crois #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep50/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Plus dure que tu ne le crois**<br />
<br />
Le couloir de l’hôpital ressemblait à un plan de caméra à la Tarantino recopiant De Palma. Un cadre débullé le long d’un espace parfaitement rectiligne, avec un traveling qui avance lentement tout en tournant doucement sur lui même à 180 degrés.<br />
C’était en tout cas comme ça que je vois les choses tandis que je traverse les urgences sur une civière tirée par 2 ambulancier. Ils hurlent des informations aux… en fait je ne sais pas trop si ce sont des médecins ou des infirmiers. En fait je ne sais pas trop ce que je fais là.<br />
<br />
Sa cogne dur dans ma tête. J’ai comme l’impression que je devrais avoir mal partout, que je devrais être en train de pisser le sang, mais pourtant je ne sens rien, et visiblement ma coagulation n’est pas un problème. En fait le problème c’est que je ne sens vraiment rien…<br />
<br />
J’ai du m’endormir… ou tomber dans le coma c’est à vous de voir. Je commence à retrouver des sensations, mais pas les bonnes : j’ai la nausée, comme si je respirais à plein poumon de l’ammoniac. Mes yeux brulent et ma machoire pèse une tonne. Impossible d’articuler un mot.<br />
<br />
D’un seul coup il fait jour, et je sens que je suis couverte de bandage comme si j’étais une momie. D’un seul coup je n’entend plus rien, mais je me rend compte qu’en fait la nuit est tombée.<br />
<br />
Il s’est passé quoi entre temps ?<br />
<br />
Et il s’est passé quoi avant tout ça ?<br />
<br />
Je me rappelle être monté en voiture. Je me rappelle que c’était Daniela qui conduisait. Où est ce qu’on devait aller déjà ? C’était futile sans doute. On roule depuis quelques minutes, et on prend l’autoroute. On ne se dit rien de particulier, on écoute la radio. Y’a cette chanson qui passe « Harder than you think » de Public Enemy. Daniela adore ce gros son de cuivre avec cette basse hip hop. Moi j’écoute à peine.<br />
<br />
Ça doit être à ce moment là que l’autre voiture à littéralement jaillit de la voie de gauche et nous à percutées de face. Mes sens sont saturés d’information et déclarent forfait. Quand je reprends conscience, Daniela est collé tout contre moi. Et ça n’est pas normal.<br />
<br />
Elle ne bouge pas, et m’écrase de tout son poids. Sa tête est plaqué contre mon épaule mais je ne sens pas sa respiration dans mon cou comme lorsqu’on se blottie l’une contre l’autre. A la place, je sens un filet de sang séché qui part de sa tempe et qui descend le long de mon bras. Je m’apprête a me tourne un peu pour essayer de la redresser, mais une douleur inimaginable me traverse de bas en haut. Je hurle comme jamais j’ai hurlé dans ma vie. C’est si violent que je peine à reprendre mon souffle.<br />
<br />
Daniela est toujours inerte. Pire encore, sa tête à basculée en avant et elle pend par la ceinture de sécurité qui est tendue au maximum. Et puis d’un seul coup je remarque ce qui aurait du me choquer immédiatement… y’a la tête d’un type encastré dans le pare brise.<br />
<br />
Il a des centaines d’entailles sur le visage, et son bras gauche dépasse du trou causé par l’impact. Il y’a des traces de sang partout, et une odeur métallique atroce. Ma tête bourdonne, j’ai mal au cœur. Il ne faut pas que je vomisse, sinon je risque de me crisper ce qui réveillerait cette horrible douleur. Je risque de m’étouffer de la plus conne des façons, alors je me concentre, histoire de rester immobile et de pouvoir faire le vide.<br />
<br />
Sa marche tellement bien que je me réveille dans l’ambulance. Je sens tout juste les secousses du véhicule qui se dandine à toute vitesse, mais ça c’est sans doute parce qu’on vient de me shooter à la morphine.<br />
<br />
Les ambulancier m’ont intubé, alors je ne peux pas dire un mot. Tout ce que je peux faire, c’est leur répondre en clignant des yeux. Une fois pour oui, deux fois pour non. Je me sens impuissante, morte de trouille, paniquée. Tout se mélange très très vite, je me sens partir. J’agrippe le poignet d’un des ambulancier et je le supplie du regard de m’aider. Il prend ma main et la serre tout en me disant de ne plus avoir peur. Mais moi j’ai peur, peur que si je me relâche je ne me réveille plus jamais, peur de revoir la tête de ce type, peur de ressentir le poids de Daniela sur moi sans pouvoir la toucher.<br />
<br />
L’ambulancier à dut en voir un paquet des comme moi. Ca se sens à la manière qu’il a de tenir ma main, à la caler avec les siennes, et au regard qu’il me porte. Il ne sourit pas, parce que ça ne serait pas adéquat, mais il ne semble pas effrayé du tout. Il parle d’une voix claire, et me dit que je suis stabilisée, que tout va bien, et que dans quelques minutes on sera à l’hôpital. Il me dit qu’il a trouvé mon sac à côté de moi avec mes papiers dedans, et qu’on va prévenir ma famille.<br />
<br />
Est ce que ce sont ses mots ou bien la morphine qui à fini par agir, toujours est il que j’abdique et me laisser aller dans l’inconscience.<br />
<br />
Me revoilà au présent, dans la chambre d’hôpital où je prends conscience que je viens d’avoir un accident de la route et que ma petite amie est morte sur moi. J’ai une épaule démise, des lacérations profondes sur les deux bras, 4 doigts cassés, et mes deux jambes ont été pulvérisé à hauteur des genoux et il a fallut m’amputer.<br />
<br />
Bizarrement, j’avais déjà fait le deuil de mes guibolles. Sans doute parce que j’avais vu dans l’habitacle la purée de tomate qu’elles étaient devenues. Donc pas de scène choc ou je tire soudainement le drap pour réaliser que je n’ai plus de jambe, pas de crise de larme…<br />
<br />
En fait après ce moment là, je me suis retrouvé incapable de pleurer. Et quand je dis ça, je veux dire physiquement capable. D’après le médecin, ça pouvait être lié aux lacérations causé par les éclats de verres, ou bien être psychosomatique. Bon, d’accord : t’avais plus vite fait de me dire que tu n’en savais rien docteur machintruc !<br />
<br />
Lorsque la police vient me voir, il me confirment que le type d’en face à fait une embardé depuis l’autre voie et que sa voiture à été précipité sur la notre comme une torpille. Se serait un accident lié au régulateur de vitesse, ou une connerie du genre.<br />
<br />
La faute à pas de chance.<br />
<br />
Le conducteur est passé a travers le pare brise et est mort au bout de quelques heures après s’être vidé de son sang. Je leur dis que je le sais, parce que durant le peu de temps on j’ai été consciente, je l’ai vu agonir, je l’ai entendu gémir et essayer de s’extraire du pare brise. Je ne leur épargne aucun détail en esperant que ça m’en débarrasse.<br />
<br />
Bien entendu je me trompe grandement à ce sujet.<br />
<br />
Au moment ou les flics partent, j’ose une question qui me hante depuis que je suis arrivée : comment est morte Daniela ?<br />
<br />
On me répond froidement « sur le coup ». C’est presque un soulagement, parce que je n’aurais pas supporté d’imaginer ma Danny agoniser durant de longue minutes à côté de moi alors que j’étais inconsciente. Me dire que je ne pouvais pas tenir sa main, ou l’embrasser une dernière fois alors qu’elle souffrait tandis que j’étais inerte me rendait dingue.<br />
<br />
Je me rattrape à ce que je peux pour apaiser ma propre souffrance.<br />
<br />
A cause de mon état, je ne peux pas me rendre aux funérailles de Daniela. Ce jour là j’ai envie de me jeter par la fenêtre, mais je ne peux même pas envisager de descendre du lit. Je voudrais pleurer de rage, mais ça aussi ça m’est impossible. De l’intérieur je me sens détruite, vide et dépossédée de tout. A 23 ans l’infirmité est un supplice : je dépends des infirmières pour me déplacer, ce qui veut dire pour aller au toilette, me laver…<br />
<br />
La douche me fait horreur parce que je vois ce qui reste de mes jambes : deux bouts d’os recouvert de tissus raccommodé et de peau rougies par les sutures. Du coup, je me lave dans mon lit, avec un gant de toilette et un petit baquet d’eau. Le reste du temps, je me cache à moi même sous les draps. Lorsqu’on vient changer mes pansements, je m’allonge et je regarde le plafond parce que je suis saisie d’horreur vis à vis de mon propre corps.<br />
<br />
Si au début les infirmières sont coulantes avec ça, elles finissent par me forcer la main. Il faut que je m’habitue, et que je réalise ce que je suis devenu. Bah désolé les filles mais ce n’est pas vraiment quelque chose dont j’ai follement envie de m’accommoder.<br />
<br />
Mais elles sont coriaces. Elles me forcent à corriger ma posture, à faire des exercices pour maintenir mes muscles et à pratiquer des points de compression pour favoriser la vascularisation de mes bouts de jambes. J’apprends qu’il faut que je surveille les moignons, et surveiller qu’il ne se forme pas d’escarres ou de cloques.<br />
<br />
Ma vie devient une procédure médicale. Mon appartement n’étant plus adapté à mon handicap, je dois déménager. De toute façon je n’aurais pas put continuer à y vivre à cause du souvenir de Daniela. Je suis touchée par le soutient que je reçois de la part de ses parents. Ils n’étaient pas vraiment ravi de la voir s’installer avec une autre femme, mais je penses qu’ils ont compris qu’on s’aimait, et que même si ça les privait de petits enfants comme ils en rêvaient, au moins leur fille était heureuse.<br />
<br />
C’est Raphael, « Raph » comme je l’appelle, le frère de Daniela qui m’a trouvé un nouvel appartement. Ce n’était pas gagné d’avance, car les immeubles adaptés aux handicapés ça n’est pas si courant. Je réalise que ce monde est maintenant remplit d’obstacle pour moi. Une simple volé de marche est une barrière infranchissable, et une porte pas assez large un piège mortel.<br />
<br />
J’apprends à vivre comme ça, avec mon fauteuil roulant que je dois apprendre à entretenir. Changer la gomme des roues, retirer les saletés avant de rentrer dans l’appart, huiler le roulement, resserrer tous les boulons…<br />
<br />
Petit à petit, je deviens une « bonne » handicapé. Je connais tous les trucs et astuces pour palier aux soucis du quotidien, et j’ai réorganisé ma vie en conséquence. Pour éviter les contraintes et le regard des autres, je travail désormais à domicile. Mon ordinateur est ma fenêtre sur le monde, et il me permet d’oublier un peu ce que je suis devenue. Grace aux courses en ligne, je peux éviter les magasins mal adaptés où de toute façon j’ai toujours l’impression de gêner les autres.<br />
<br />
Et puis ça m’évite de croiser le regard des enfants terrifiés qui se demandent sans doute ce qui m’est arrivé…<br />
<br />
Régulièrement, je dois aller voir le kiné pour faire de la rééducation pour ma main. Ça c’est plus facile, et en théorie je devrais retrouver toute la mobilité de mes doigts d’ici un an ou deux. Je me contente de ce petit bonheur là, de pouvoir tenir un crayon et écrire mon nom.<br />
<br />
C’est ma seule ligne de mire.<br />
<br />
En plus de la rééducation de ma main, je dois aussi suivre des séances pour faire travailler le bas de mon corps, et éviter des problèmes circulatoires. C’est le moment que je déteste le plus de ma semaine. On me descend de mon fauteuil, et je dois faire des étirements, soutenir une position, bien renforcer mes hanches. Le but est d’éviter que les fléchisseurs se raccourcissent ce qui limiterait la possibilité d’utiliser des prothèses.<br />
<br />
Dans la salle de kinésithérapie, je vois d’autres personnes handicapées, et leur vu me révulse, comme autant de reflets cassés de moi même. Autant que possible, je détourne le regard comme je le détourne de moi même…<br />
<br />
Ce jour là, mon kiné m’annonce qu’il va quitter la région après son mariage et que ses patients vont être réparti entre les autres kiné. Il me présente alors sa future remplaçante, Camille.<br />
<br />
C’est une jolie brunette, avec un visage si fin qu’on dirait découpé dans de la dentelle. Par contre son regard est d’une dureté effrayante. Elle porte un pantalon et une veste de survêtement assortie en coton bleu et un top blanc cintré qui lui comprime la poitrine et qui par dessous laisse entrevoir son nombril.<br />
<br />
« Je peux savoir ce que tu regardes ? » me dit elle sèchement<br />
<br />
Je balbutie quelques mots mais ne sait pas quoi répondre. Elle soupire tandis que mon kiné, lui, ne cache pas son hilarité. Il me fait comprendre que Camille est du genre « coincée » et que la rigolade ça n’est pas son truc. Elle lui répond que ça n’est pas ce pourquoi on la paye, et que s’il n’est pas content il peut se garder ses patients.<br />
<br />
Charmant…<br />
<br />
Les séances avec Camille changent radicalement de ce à quoi j’avais l’habitude : elle est sans pitié et me parle comme un sergent instructeur. Trouvant que mon programme était trop « molasson » elle m’inflige maintenant un véritable parcours du combattant qui me laisse à chaque fois avec des courbatures dans tous les sens.<br />
<br />
Là ou son prédécesseur prenait en compte mes limites, elle n’en à absolument rien à faire. Même si je suis à bout, même si j’ai mal à en mourir, elle profite du fait que je sois sans défense pour me forcer à suivre son programme de dingue. Et bien sûr, je n’ai aucun moyen pour m’enfuir loin de cette folle, et je suis obligé de faire ses 4 volontés si je veux pouvoir retourner dans mon fauteuil.<br />
<br />
Camille est une véritable furie : si quelqu’un ose l’interrompre pendant qu’elle donne une consigne, elle lève la voix. Si on ne la comprend pas du premier coup, elle soupire et se repète en serrant les dents. C’est une véritable terreur qui ne semble avoir qu’une obsession : rendre ma vie encore plus impossible.<br />
<br />
Ce jour là, elle insiste pour que je travaille avec une machine de musculation. Normalement, c’est censé être pour les bras, mais ma tortionnaire à apporter des sangles qu’elle attache autour de mes cuisses puis qu’elle raccroche aux poignée de l’appareil. Les sangles sont trop courte, alors je me retrouve sur le dos, avec ce qui reste de mes jambes pendu en l’air…<br />
<br />
« Alors tu attends quoi ? » me demande t’elle « pousse ! »<br />
<br />
Je dois donc contracter le dos, le bassin et ramener mes cuisses à plat tout en tirant les 15 kilos qu’elle à accroché à la poulie. C’est difficile, mais je parvient avec effort à faire une série de 10. Je suis presque fiere d’y être arrivée, mais Camille etouffe dans l’oeuf cette maigre satisfaction : elle rajoute 5 kilos de poids et me demande de recommencer, mais cette fois en maintenant la position à plat 2 secondes entre chaque mouvement, et de faire ces derniers plus lentement.<br />
<br />
Les 2 premieres répétitions se passent plutôt bien. Camille ne cesse de me corriger : sur ma posture, sur mes respirations… mais bon, je parvient quand même à faire l’exercice comme elle le souhaite. Et puis d’un seul coup une douleur me traverse de bas en haut. Je la connais cette douleur, c’est celle que j’ai ressenti dans la voiture lorsque j’ai repris conscience. Aussitôt je cesse de contracter mes muscles et les sangles catapultent mon bassin en avant tandis que je pousse un gémissement.<br />
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Camille soupire : « qu’est ce qui t’arrives bon sang !? » me dit elle excédée.<br />
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Je lui explique que j’ai mal, que c’est inquiétant parce que c’est la même sensation qu’après l’accident. Elle me laisse quelques instants puis veut reprendre. Je lui dit que pour moi la séance est fini, que j’ai besoin de me reposer. Pour une fois elle n’insiste pas, mais son regard est si méprisant et haineux que j’en ai froid dans le dos.<br />
<br />
Maintenant j’appréhende ces séances, et je fini par me faire porter pâle. Une fois, deux fois… Je me dis que je devrais demander à changer de kiné, ou peut être carrément arrêter ces conneries. Je me sens comme ses fumeurs qui ne veulent pas arrêter même s’ils savent que ça va les tuer, et qui se trouvent une excuse en disant « faut bien mourir de quelque chose ».<br />
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Je réalise à ce moment là que même si je n’ai pas spécialement envie de mourir, je n’ai pas vraiment envie de vivre.<br />
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J’appelle l’hôpital pour leur signaler que je ne viendrais plus aux séances. Histoire d’avoir bonne conscience, je leur dit que je préfère consulter un kiné privé à domicile plutôt que d’aller dans un endroit avec du monde. Ils gobent mon histoire parce que c’est une réalité pour beaucoup d’handicapé : avoir de l’argent permet de s’offrir quelques luxes, dont notamment celui de ne pas se confronter aux autres.<br />
<br />
Tandis que je tiens le combiné et que je parle à la dame du secrétariat, je me vois dans le reflet de ma fenêtre à demi ouverte. Je réalise que mes bras sont devenu massif à force de pousser mon fauteuil, et que mes épaules se sont arrondies. Mes mains aussi sont devenue plus musclés. Je ne suis plus la fille dont j’aimais voir la silhouette dans le miroir, avec son petit corps fin et délicat. L’accident me prend encore autre chose…<br />
<br />
Deux ou trois jours après, on frappe à ma porte. Contrairement à ce que je crois, ce n’est pas le livreur qui vient m’apporter mes courses : c’est Camille, elle est bien remontée.<br />
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Sans que je l’invite elle rentre chez moi et se met à hurler comme à son habitude :<br />
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« C’est quoi cette histoire bordel !? Tu as décidée d’abandonner les séances ? mais qu’est ce qui tourne pas rond chez toi ? »<br />
<br />
Je lui dis que j’en ai marre, que j’ai trop mal, que ma vie est déjà assez merdique sans avoir en plus à supporter une connasse comme elle. Je lui dit que j’en ai par dessus la tête de ses airs de petit caporal du dimanche et que si elle continue a se croire tout permis je lui botterai le cul dusse-je le faire avec ma tête depuis mon fauteuil.<br />
<br />
Et là, sans que ça n’est aucun sens, je la vois sourire. Un sourire vrai, sincère, qui transforme son visage. Ce n’est plus la Camille sergent chef, ni la folle furieuse qui me torture à longueur de séance. Je ne connais pas cette femme devant moi.<br />
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Elle vient vers moi, et s’accroupie pour être à ma hauteur. Ses yeux presque dans les miens, elle me parle avec calme.<br />
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« Et ben tu vois… c’était pas compliqué ? »<br />
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Lorsqu’elle ne hurle pas, sa voix est plutôt agréable. Elle à un léger timbre grave qui rend sa voix plus chaude, et elle prononce les voyelles en les faisant traîner ce qui lui donne du charme.<br />
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« Ecoutes… » me dit elle sur l’air de la confidence « Je sais que t’en chie à mort. C’est pour ça que je suis dure avec toi. Parce que la vie ne fait pas de cadeau, et on à pas le luxe de se laisser aller. Il faut que cette rage elle te serve, il faut que tu puisses en faire une alliée. Avec moi t’as deux choix ma belle : soit tu te laisses conforter dans l’idée que tu es une handicapée, une pauvre fille qui à besoin d’aide parce qu’elle n’est capable de rien toute seule, soit tu montres à tous ses connards méprisant que même sans tes jambes tu es dix fois meilleures qu’eux… »<br />
<br />
Je suis choquée d’entre ça de sa part, mais ça me fait un bien fou. Je lui réponds que j’arrive plus à me battre, que c’est trop dur, que je suis pas assez forte pour ça. Et là elle me réponds :<br />
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« Tu es plus dure que tu ne le crois »<br />
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Harder than you think…<br />
<br />
Je repense à Daniela. Elle aimait le fait que je sois une battante… qu’est ce qu’elle dirait si elle voyait ce que je suis devenue ?<br />
<br />
Camille à déjà la réponse : ce que tu es, tu le choisi. Point barre.<br />
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J’aimerai pouvoir pleurer, mais une fois encore je n’aurais pas ce soulagement. Pourtant de voir Camille sourire en voyant ma réaction, c’est peut être déjà un soulagement en soit.<br />
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Je lui promet de revenir aux séances, et sa seule réponse est de me promettre encore plus de brimade et d’exercices difficiles. Mais bizarrement, je prends soudainement ça comme quelque chose de positif.<br />
<br />
***<br />
<br />
Voila 2 ans que mes séances avec Camille se poursuivent. Grace à elle, j’ai repris le contrôle de mon corps, mais aussi de mon moral. J’ai transformé ma colère en motivation, et je me sens bien dans ma tête. Je ne suis plus une handicapée, mais une fille avec un handicap. C’est une nuance toute bête, mais elle à complètement bouleversée ma vie.<br />
<br />
Mes progrès m’on permis de bénéficier de prothèses afin que je n’ai plus à utiliser de chaise roulante. Lorsque Camille me les installes pour la première fois, j’ai l’impression d’être un android dans un film de science fiction. On dirait les pattes d’un insecte géant, faites de tubes de titanes ultra léger mais ultra résistant.<br />
<br />
Pour commencer, Camille me demande juste de m’habituer à les avoir, à faire quelques mouvement en restant assise sur une chaise haute et d’apprendre à les ajuster moi même. On fait ça pendant 2 séances, et enfin je peux passer à la station debout.<br />
<br />
J’ai l’impression d’être Bambi… enfin cyber Bambi, avec mes pattes au coloris « black cobalt ». J’imagine Camille en Panpan, et cette idée me provoque un fou rire incontrolable. Comprenant que je me paye sa tête, elle cesse de me tenir :<br />
<br />
« Alors Bambi ? on fais moins la maline maintenant ? »<br />
<br />
Sauf que je reste stable, et que j’arrives à faire des petits pas. Pour ne pas avoir à sourire, Camille fait une petite grimace, alors que moi, folle de joie, je sautille sur place d’un pied sur l’autre. Evidemment je perds l’équilibre, et je me prends un gadin monumental. Mais je m’en fiche : je hurle de rire tellement je suis heureuse. Ca faisait tellement longtemps que je n’avais pas vu le monde à cette hauteur. Tellement longtemps que je n’avais pas senti mon corps se mouvoir dans l’espace ainsi.<br />
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Camille s’approche de moi et me tend la main pour m’aider à me relever. Mais Camille ne serait pas Camille si elle n’ajoutais pas une petite vacherie :<br />
<br />
« Bon, maintenant que t’as finie de faire ton intéressante, on va peut être pouvoir bosser un peu ? »<br />
<br />
Qu’est ce que je l’aime cette connasse…<br />
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***<br />
<br />
Mes nouvelles jambes changent totalement ma vie. Je marche non seulement normalement, mais maintenant je peux même courir. le dimanche matin, nous faisons un petit footing avec Camille. Je ne peux pas dire qu’elle soit devenue mon amie, mais je reste convaincu qu’il y’a entre nous plus qu’un simple rapport médecin patient. Et même si c’est une râleuse et une emmerdeuse, c’est MA râleuse et MON emmerdeuse.<br />
<br />
J’ai moins besoin de séance de kiné maintenant, du coup on se voit moins souvent. C’est aussi pour ça qu’on se fait notre footing du week end. Histoire de rester en contact.<br />
<br />
Etant donnée mes progrès, Camille me propose d’intégrer un groupe d’handisport. J’hésites, car la compétition est un domaine qui m’est étranger. Je suis déjà fière d’avoir put me dépasser, alors à quoi bon me confronter aux autres ? La encore Camille le bouledogue revient à la charge :<br />
<br />
« Arrête de faire ta chochotte enfin ! Tu vas bouger ton gros cul de feignasse et aller sur la piste : l’athlétisme ça sera parfait pour une cervelle de poule comme toi, y’a pas besoin de réfléchir ! »<br />
<br />
Le problème à force de connaitre Camille, c’est que ses trucs de Jedi ne marchent plus sur moi. Me provoquer pour me faire aller où elle veut, ça c’était bon pour l’ancienne moi. Du coup, je l’oblige à jouer franc jeu, ce qui ne lui plait absolument pas mais qui me ravit !<br />
<br />
« … bon d’accord ! la vérité c’est que je crois que tu as ce qui faut pour ça. Plus que toutes les autres personnes que j’ai put accompagner dans la thérapie, toi tu as un truc qui te pousses en avant. Je sais pas si c’est de penser à ta copine, ou bien d’en avoir plein le cul de m’avoir sur le dos, je m’en fous, tout ce que je sais c’est que t’as du cœur, et que quand t’es lancée on t’arrête plus. J’aime bien le fait que tu sois une battante… »<br />
<br />
En entendant Camille reprendre les mots de Daniela, je me sens prise de court. Mon cœur se serre, et mes lèvres tremblent. Soudain, Camille vient tout près de moi, le regard inquiet, et pose sa main contre mon visage :<br />
<br />
« Hey ? qu’est ce qui ne va pas championne ? » me demande t’elle avec une douceur qui semblait inexistante chez elle.<br />
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Je réalise alors qu’une belle grosse larme est en train de rouler le long de ma joue.<br />
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***<br />
<br />
Je m’engage à corps perdu dans l’handisport. C’est un milieu formidable remplit de gens incroyable. Je découvre que mon histoire n’est pas si unique, et que certains sont encore plus à plaindre que moi. Sauf qu’en fait dans ce monde, personne ne se plaint, si ce n’est du regard des autres qui nous voient comme des petites poupées cassées.<br />
<br />
Il y’a dans ce monde plus de courage, plus d’histoire héroïque et plus victoire fabuleuse que dans n’importe qu’elle histoire de super héros.<br />
<br />
Vous en connaissez beaucoup vous des gens capables de jouer au football en étant aveugle ? ou bien des gens qui peuvent traverser un bassin de natation en quelques secondes alors qu’ils n’ont pas de bras ? Ces gens là sont légion dans ce monde. Ils sont partout autour de nous, relevant chaque jour des défis qui restent invisibles pour la plupart.<br />
<br />
Moi même je deviens l’une d’entre eux. Sans jambes, je cours plus vite que la plupart des gens sans handicap. Oui, ici on ne dit pas « normaux », ou bien alors ironiquement.<br />
<br />
Mes performances me poussent vers les classements régionaux, puis nationaux. Sur le 100m, je suis imbattable. Lorsque le coup de feu du départ rententit, c’est comme une libération : je lache tout ce que j’ai, à en faire exploser mon coeur. Les quelques secondes de l’épreuve sont des instants intenses que je vis comme des renaissances. L’effort est devenue une thérapie dont je ne peux plus me passer.<br />
<br />
Camille elle, suit mes progrès de loin. Elle ne peut pas toujours venir lors des championnats, mais elle m’envoi toujours un message le jour J, le plus souvent une vacherie pour que je me motive. C’est devenu un jeu entre nous.<br />
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Mais aujourd’hui c’est différent, je veux qu’elle soit là. Pas simplement pour moi, mais aussi pour la remercier de ses efforts et du temps passé à m’aider a remarcher. Je veux qu’elle me voit, et qu’elle soit fière de ce qu’elle à accomplit. J’ai insisté en gémissant car je sais qu’elle déteste que je le fasse. J’ai insisté parce qu’aujourd’hui, c’est le jour des chronos qualificatifs pour les jeux Olympiques. Au téléphone, Camille ne trouve rien de mieux à me dire que « ça t’ira comme un gant de participer à des jeux créer à l’origine par des tas de pédés et de bouffeuses de minou, mais ça sera sans moi ».<br />
<br />
Ce coup ci c’est moi qui vais la voir.<br />
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Elle m’accueille un verre de wisky à la main. Je lui dis que je trouve ça très théâtrale, et elle m’envoi sur les roses comme à son habitude. Lorsque j’entre dans son appartement, je comprends qu’il y’a quelque chose d’étrange. L’endroit semble figé dans le temps, comme coulé dans la résine.<br />
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Camille n’est ni en colère, ni bougonne, ni grincheuse. Aujourd’hui elle est triste à en pleurer. Elle n’a même plus la force de m’insulter pour m’envoyer paître. Je comprend qu’en fait elle ne va pas bien du tout.<br />
<br />
Nous ne sommes pas ce genre d’amies qui se disent tout, mais je me dis cependant que je lui doit au moins d’essayer d’être là pour elle. Alors comme elle le fait si bien, je me montre odieuse. Je la provoque, je me moque d’elle, mais ça ne prends pas. Il faut croire qu’être une connasse dans son genre demande un sacrée entrainement.<br />
<br />
Je regarde autour de moi et essaye de trouver quelque chose qui pourrait me donner un ascendant. Je remarque qu’il y’a plein de photo de Camille adolescente, dont une ou elle tient la main à une jeune femme avec qui elle partage un air de famille. La jeune femme est trop jeune pour être sa mère… peut être une grande sœur ?<br />
<br />
Je lui pose la question mais elle ne fait que répondre « c’est pas tes affaires… » J’insiste. Je lui dis que si c’est sa frangine elle est bien plus jolie qu’elle, à t’elle point que je me la ferai sans hésiter.<br />
<br />
La réaction de Camille est à cent lieue de ce que j’imaginais. Elle pose son verre sur le guéridon en verre teinté du salon et me regarde en souriant avec des sanglots dans les yeux :<br />
<br />
« Tu rigoles ? » dit elle la voix tremblante « t’as vu comment t’es gaulée ? ma sœur aurait put se trouver bien mieux que toi championne ! Oh oui… bien mieux qu’une putain d’handicapée »<br />
<br />
Camille craque et fini par me raconter toute l’histoire en se confondant en excuse. Sa soeur Patricia est morte quand elle avait 16 ans. Elle avait eut un grave accident qui l’avait laissé tétraplégique et avait fini par perdre complètement le gout de vivre à force d’être choyée par son entourage. Se sentant devenue un fardeau, et se croyant incapable de retrouver le bonheur un jour, elle se suicida en se tranchant les veines.<br />
<br />
Cela fera 20 ans aujourd’hui.<br />
<br />
Désolée d’avoir été si rude avec elle, je la prit dans mes bras en m’excusant. Je senti sa respiration dans mon cou, et son cœur battre à tout rompre contre ma poitrine. Elle se blottit tout contre moi et murmura tout bas :<br />
<br />
« N’en profite pas hein ? sale gouine… »<br />
<br />
Je lui répondis que je n’avais aucune attirance pour les connasses avant d’embrasser sa joue et de la serrer encore plus fort dans mes bras.<br />
<br />
Lorsqu’elle se senti apaisée, Camille m’enlaça brièvement à son tour puis me remercia d’avoir été là pour elle. Pour détendre l’atmosphère, je lui demande si à cause de ça elle va encore me traiter de chochotte. Sa réponse fût très simple :<br />
<br />
« Non, maintenant c’est moi la chochotte. En fait ça à toujours été moi. Je fais la fière parce que sinon tu t’en serais rendu compte. Toi par contre… tu es plus dure que tu ne le crois »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Plus dure que tu ne le crois**<br />
<br />
Le couloir de l’hôpital ressemblait à un plan de caméra à la Tarantino recopiant De Palma. Un cadre débullé le long d’un espace parfaitement rectiligne, avec un traveling qui avance lentement tout en tournant doucement sur lui même à 180 degrés.<br />
C’était en tout cas comme ça que je vois les choses tandis que je traverse les urgences sur une civière tirée par 2 ambulancier. Ils hurlent des informations aux… en fait je ne sais pas trop si ce sont des médecins ou des infirmiers. En fait je ne sais pas trop ce que je fais là.<br />
<br />
Sa cogne dur dans ma tête. J’ai comme l’impression que je devrais avoir mal partout, que je devrais être en train de pisser le sang, mais pourtant je ne sens rien, et visiblement ma coagulation n’est pas un problème. En fait le problème c’est que je ne sens vraiment rien…<br />
<br />
J’ai du m’endormir… ou tomber dans le coma c’est à vous de voir. Je commence à retrouver des sensations, mais pas les bonnes : j’ai la nausée, comme si je respirais à plein poumon de l’ammoniac. Mes yeux brulent et ma machoire pèse une tonne. Impossible d’articuler un mot.<br />
<br />
D’un seul coup il fait jour, et je sens que je suis couverte de bandage comme si j’étais une momie. D’un seul coup je n’entend plus rien, mais je me rend compte qu’en fait la nuit est tombée.<br />
<br />
Il s’est passé quoi entre temps ?<br />
<br />
Et il s’est passé quoi avant tout ça ?<br />
<br />
Je me rappelle être monté en voiture. Je me rappelle que c’était Daniela qui conduisait. Où est ce qu’on devait aller déjà ? C’était futile sans doute. On roule depuis quelques minutes, et on prend l’autoroute. On ne se dit rien de particulier, on écoute la radio. Y’a cette chanson qui passe « Harder than you think » de Public Enemy. Daniela adore ce gros son de cuivre avec cette basse hip hop. Moi j’écoute à peine.<br />
<br />
Ça doit être à ce moment là que l’autre voiture à littéralement jaillit de la voie de gauche et nous à percutées de face. Mes sens sont saturés d’information et déclarent forfait. Quand je reprends conscience, Daniela est collé tout contre moi. Et ça n’est pas normal.<br />
<br />
Elle ne bouge pas, et m’écrase de tout son poids. Sa tête est plaqué contre mon épaule mais je ne sens pas sa respiration dans mon cou comme lorsqu’on se blottie l’une contre l’autre. A la place, je sens un filet de sang séché qui part de sa tempe et qui descend le long de mon bras. Je m’apprête a me tourne un peu pour essayer de la redresser, mais une douleur inimaginable me traverse de bas en haut. Je hurle comme jamais j’ai hurlé dans ma vie. C’est si violent que je peine à reprendre mon souffle.<br />
<br />
Daniela est toujours inerte. Pire encore, sa tête à basculée en avant et elle pend par la ceinture de sécurité qui est tendue au maximum. Et puis d’un seul coup je remarque ce qui aurait du me choquer immédiatement… y’a la tête d’un type encastré dans le pare brise.<br />
<br />
Il a des centaines d’entailles sur le visage, et son bras gauche dépasse du trou causé par l’impact. Il y’a des traces de sang partout, et une odeur métallique atroce. Ma tête bourdonne, j’ai mal au cœur. Il ne faut pas que je vomisse, sinon je risque de me crisper ce qui réveillerait cette horrible douleur. Je risque de m’étouffer de la plus conne des façons, alors je me concentre, histoire de rester immobile et de pouvoir faire le vide.<br />
<br />
Sa marche tellement bien que je me réveille dans l’ambulance. Je sens tout juste les secousses du véhicule qui se dandine à toute vitesse, mais ça c’est sans doute parce qu’on vient de me shooter à la morphine.<br />
<br />
Les ambulancier m’ont intubé, alors je ne peux pas dire un mot. Tout ce que je peux faire, c’est leur répondre en clignant des yeux. Une fois pour oui, deux fois pour non. Je me sens impuissante, morte de trouille, paniquée. Tout se mélange très très vite, je me sens partir. J’agrippe le poignet d’un des ambulancier et je le supplie du regard de m’aider. Il prend ma main et la serre tout en me disant de ne plus avoir peur. Mais moi j’ai peur, peur que si je me relâche je ne me réveille plus jamais, peur de revoir la tête de ce type, peur de ressentir le poids de Daniela sur moi sans pouvoir la toucher.<br />
<br />
L’ambulancier à dut en voir un paquet des comme moi. Ca se sens à la manière qu’il a de tenir ma main, à la caler avec les siennes, et au regard qu’il me porte. Il ne sourit pas, parce que ça ne serait pas adéquat, mais il ne semble pas effrayé du tout. Il parle d’une voix claire, et me dit que je suis stabilisée, que tout va bien, et que dans quelques minutes on sera à l’hôpital. Il me dit qu’il a trouvé mon sac à côté de moi avec mes papiers dedans, et qu’on va prévenir ma famille.<br />
<br />
Est ce que ce sont ses mots ou bien la morphine qui à fini par agir, toujours est il que j’abdique et me laisser aller dans l’inconscience.<br />
<br />
Me revoilà au présent, dans la chambre d’hôpital où je prends conscience que je viens d’avoir un accident de la route et que ma petite amie est morte sur moi. J’ai une épaule démise, des lacérations profondes sur les deux bras, 4 doigts cassés, et mes deux jambes ont été pulvérisé à hauteur des genoux et il a fallut m’amputer.<br />
<br />
Bizarrement, j’avais déjà fait le deuil de mes guibolles. Sans doute parce que j’avais vu dans l’habitacle la purée de tomate qu’elles étaient devenues. Donc pas de scène choc ou je tire soudainement le drap pour réaliser que je n’ai plus de jambe, pas de crise de larme…<br />
<br />
En fait après ce moment là, je me suis retrouvé incapable de pleurer. Et quand je dis ça, je veux dire physiquement capable. D’après le médecin, ça pouvait être lié aux lacérations causé par les éclats de verres, ou bien être psychosomatique. Bon, d’accord : t’avais plus vite fait de me dire que tu n’en savais rien docteur machintruc !<br />
<br />
Lorsque la police vient me voir, il me confirment que le type d’en face à fait une embardé depuis l’autre voie et que sa voiture à été précipité sur la notre comme une torpille. Se serait un accident lié au régulateur de vitesse, ou une connerie du genre.<br />
<br />
La faute à pas de chance.<br />
<br />
Le conducteur est passé a travers le pare brise et est mort au bout de quelques heures après s’être vidé de son sang. Je leur dis que je le sais, parce que durant le peu de temps on j’ai été consciente, je l’ai vu agonir, je l’ai entendu gémir et essayer de s’extraire du pare brise. Je ne leur épargne aucun détail en esperant que ça m’en débarrasse.<br />
<br />
Bien entendu je me trompe grandement à ce sujet.<br />
<br />
Au moment ou les flics partent, j’ose une question qui me hante depuis que je suis arrivée : comment est morte Daniela ?<br />
<br />
On me répond froidement « sur le coup ». C’est presque un soulagement, parce que je n’aurais pas supporté d’imaginer ma Danny agoniser durant de longue minutes à côté de moi alors que j’étais inconsciente. Me dire que je ne pouvais pas tenir sa main, ou l’embrasser une dernière fois alors qu’elle souffrait tandis que j’étais inerte me rendait dingue.<br />
<br />
Je me rattrape à ce que je peux pour apaiser ma propre souffrance.<br />
<br />
A cause de mon état, je ne peux pas me rendre aux funérailles de Daniela. Ce jour là j’ai envie de me jeter par la fenêtre, mais je ne peux même pas envisager de descendre du lit. Je voudrais pleurer de rage, mais ça aussi ça m’est impossible. De l’intérieur je me sens détruite, vide et dépossédée de tout. A 23 ans l’infirmité est un supplice : je dépends des infirmières pour me déplacer, ce qui veut dire pour aller au toilette, me laver…<br />
<br />
La douche me fait horreur parce que je vois ce qui reste de mes jambes : deux bouts d’os recouvert de tissus raccommodé et de peau rougies par les sutures. Du coup, je me lave dans mon lit, avec un gant de toilette et un petit baquet d’eau. Le reste du temps, je me cache à moi même sous les draps. Lorsqu’on vient changer mes pansements, je m’allonge et je regarde le plafond parce que je suis saisie d’horreur vis à vis de mon propre corps.<br />
<br />
Si au début les infirmières sont coulantes avec ça, elles finissent par me forcer la main. Il faut que je m’habitue, et que je réalise ce que je suis devenu. Bah désolé les filles mais ce n’est pas vraiment quelque chose dont j’ai follement envie de m’accommoder.<br />
<br />
Mais elles sont coriaces. Elles me forcent à corriger ma posture, à faire des exercices pour maintenir mes muscles et à pratiquer des points de compression pour favoriser la vascularisation de mes bouts de jambes. J’apprends qu’il faut que je surveille les moignons, et surveiller qu’il ne se forme pas d’escarres ou de cloques.<br />
<br />
Ma vie devient une procédure médicale. Mon appartement n’étant plus adapté à mon handicap, je dois déménager. De toute façon je n’aurais pas put continuer à y vivre à cause du souvenir de Daniela. Je suis touchée par le soutient que je reçois de la part de ses parents. Ils n’étaient pas vraiment ravi de la voir s’installer avec une autre femme, mais je penses qu’ils ont compris qu’on s’aimait, et que même si ça les privait de petits enfants comme ils en rêvaient, au moins leur fille était heureuse.<br />
<br />
C’est Raphael, « Raph » comme je l’appelle, le frère de Daniela qui m’a trouvé un nouvel appartement. Ce n’était pas gagné d’avance, car les immeubles adaptés aux handicapés ça n’est pas si courant. Je réalise que ce monde est maintenant remplit d’obstacle pour moi. Une simple volé de marche est une barrière infranchissable, et une porte pas assez large un piège mortel.<br />
<br />
J’apprends à vivre comme ça, avec mon fauteuil roulant que je dois apprendre à entretenir. Changer la gomme des roues, retirer les saletés avant de rentrer dans l’appart, huiler le roulement, resserrer tous les boulons…<br />
<br />
Petit à petit, je deviens une « bonne » handicapé. Je connais tous les trucs et astuces pour palier aux soucis du quotidien, et j’ai réorganisé ma vie en conséquence. Pour éviter les contraintes et le regard des autres, je travail désormais à domicile. Mon ordinateur est ma fenêtre sur le monde, et il me permet d’oublier un peu ce que je suis devenue. Grace aux courses en ligne, je peux éviter les magasins mal adaptés où de toute façon j’ai toujours l’impression de gêner les autres.<br />
<br />
Et puis ça m’évite de croiser le regard des enfants terrifiés qui se demandent sans doute ce qui m’est arrivé…<br />
<br />
Régulièrement, je dois aller voir le kiné pour faire de la rééducation pour ma main. Ça c’est plus facile, et en théorie je devrais retrouver toute la mobilité de mes doigts d’ici un an ou deux. Je me contente de ce petit bonheur là, de pouvoir tenir un crayon et écrire mon nom.<br />
<br />
C’est ma seule ligne de mire.<br />
<br />
En plus de la rééducation de ma main, je dois aussi suivre des séances pour faire travailler le bas de mon corps, et éviter des problèmes circulatoires. C’est le moment que je déteste le plus de ma semaine. On me descend de mon fauteuil, et je dois faire des étirements, soutenir une position, bien renforcer mes hanches. Le but est d’éviter que les fléchisseurs se raccourcissent ce qui limiterait la possibilité d’utiliser des prothèses.<br />
<br />
Dans la salle de kinésithérapie, je vois d’autres personnes handicapées, et leur vu me révulse, comme autant de reflets cassés de moi même. Autant que possible, je détourne le regard comme je le détourne de moi même…<br />
<br />
Ce jour là, mon kiné m’annonce qu’il va quitter la région après son mariage et que ses patients vont être réparti entre les autres kiné. Il me présente alors sa future remplaçante, Camille.<br />
<br />
C’est une jolie brunette, avec un visage si fin qu’on dirait découpé dans de la dentelle. Par contre son regard est d’une dureté effrayante. Elle porte un pantalon et une veste de survêtement assortie en coton bleu et un top blanc cintré qui lui comprime la poitrine et qui par dessous laisse entrevoir son nombril.<br />
<br />
« Je peux savoir ce que tu regardes ? » me dit elle sèchement<br />
<br />
Je balbutie quelques mots mais ne sait pas quoi répondre. Elle soupire tandis que mon kiné, lui, ne cache pas son hilarité. Il me fait comprendre que Camille est du genre « coincée » et que la rigolade ça n’est pas son truc. Elle lui répond que ça n’est pas ce pourquoi on la paye, et que s’il n’est pas content il peut se garder ses patients.<br />
<br />
Charmant…<br />
<br />
Les séances avec Camille changent radicalement de ce à quoi j’avais l’habitude : elle est sans pitié et me parle comme un sergent instructeur. Trouvant que mon programme était trop « molasson » elle m’inflige maintenant un véritable parcours du combattant qui me laisse à chaque fois avec des courbatures dans tous les sens.<br />
<br />
Là ou son prédécesseur prenait en compte mes limites, elle n’en à absolument rien à faire. Même si je suis à bout, même si j’ai mal à en mourir, elle profite du fait que je sois sans défense pour me forcer à suivre son programme de dingue. Et bien sûr, je n’ai aucun moyen pour m’enfuir loin de cette folle, et je suis obligé de faire ses 4 volontés si je veux pouvoir retourner dans mon fauteuil.<br />
<br />
Camille est une véritable furie : si quelqu’un ose l’interrompre pendant qu’elle donne une consigne, elle lève la voix. Si on ne la comprend pas du premier coup, elle soupire et se repète en serrant les dents. C’est une véritable terreur qui ne semble avoir qu’une obsession : rendre ma vie encore plus impossible.<br />
<br />
Ce jour là, elle insiste pour que je travaille avec une machine de musculation. Normalement, c’est censé être pour les bras, mais ma tortionnaire à apporter des sangles qu’elle attache autour de mes cuisses puis qu’elle raccroche aux poignée de l’appareil. Les sangles sont trop courte, alors je me retrouve sur le dos, avec ce qui reste de mes jambes pendu en l’air…<br />
<br />
« Alors tu attends quoi ? » me demande t’elle « pousse ! »<br />
<br />
Je dois donc contracter le dos, le bassin et ramener mes cuisses à plat tout en tirant les 15 kilos qu’elle à accroché à la poulie. C’est difficile, mais je parvient avec effort à faire une série de 10. Je suis presque fiere d’y être arrivée, mais Camille etouffe dans l’oeuf cette maigre satisfaction : elle rajoute 5 kilos de poids et me demande de recommencer, mais cette fois en maintenant la position à plat 2 secondes entre chaque mouvement, et de faire ces derniers plus lentement.<br />
<br />
Les 2 premieres répétitions se passent plutôt bien. Camille ne cesse de me corriger : sur ma posture, sur mes respirations… mais bon, je parvient quand même à faire l’exercice comme elle le souhaite. Et puis d’un seul coup une douleur me traverse de bas en haut. Je la connais cette douleur, c’est celle que j’ai ressenti dans la voiture lorsque j’ai repris conscience. Aussitôt je cesse de contracter mes muscles et les sangles catapultent mon bassin en avant tandis que je pousse un gémissement.<br />
<br />
Camille soupire : « qu’est ce qui t’arrives bon sang !? » me dit elle excédée.<br />
<br />
Je lui explique que j’ai mal, que c’est inquiétant parce que c’est la même sensation qu’après l’accident. Elle me laisse quelques instants puis veut reprendre. Je lui dit que pour moi la séance est fini, que j’ai besoin de me reposer. Pour une fois elle n’insiste pas, mais son regard est si méprisant et haineux que j’en ai froid dans le dos.<br />
<br />
Maintenant j’appréhende ces séances, et je fini par me faire porter pâle. Une fois, deux fois… Je me dis que je devrais demander à changer de kiné, ou peut être carrément arrêter ces conneries. Je me sens comme ses fumeurs qui ne veulent pas arrêter même s’ils savent que ça va les tuer, et qui se trouvent une excuse en disant « faut bien mourir de quelque chose ».<br />
<br />
Je réalise à ce moment là que même si je n’ai pas spécialement envie de mourir, je n’ai pas vraiment envie de vivre.<br />
<br />
J’appelle l’hôpital pour leur signaler que je ne viendrais plus aux séances. Histoire d’avoir bonne conscience, je leur dit que je préfère consulter un kiné privé à domicile plutôt que d’aller dans un endroit avec du monde. Ils gobent mon histoire parce que c’est une réalité pour beaucoup d’handicapé : avoir de l’argent permet de s’offrir quelques luxes, dont notamment celui de ne pas se confronter aux autres.<br />
<br />
Tandis que je tiens le combiné et que je parle à la dame du secrétariat, je me vois dans le reflet de ma fenêtre à demi ouverte. Je réalise que mes bras sont devenu massif à force de pousser mon fauteuil, et que mes épaules se sont arrondies. Mes mains aussi sont devenue plus musclés. Je ne suis plus la fille dont j’aimais voir la silhouette dans le miroir, avec son petit corps fin et délicat. L’accident me prend encore autre chose…<br />
<br />
Deux ou trois jours après, on frappe à ma porte. Contrairement à ce que je crois, ce n’est pas le livreur qui vient m’apporter mes courses : c’est Camille, elle est bien remontée.<br />
<br />
Sans que je l’invite elle rentre chez moi et se met à hurler comme à son habitude :<br />
<br />
« C’est quoi cette histoire bordel !? Tu as décidée d’abandonner les séances ? mais qu’est ce qui tourne pas rond chez toi ? »<br />
<br />
Je lui dis que j’en ai marre, que j’ai trop mal, que ma vie est déjà assez merdique sans avoir en plus à supporter une connasse comme elle. Je lui dit que j’en ai par dessus la tête de ses airs de petit caporal du dimanche et que si elle continue a se croire tout permis je lui botterai le cul dusse-je le faire avec ma tête depuis mon fauteuil.<br />
<br />
Et là, sans que ça n’est aucun sens, je la vois sourire. Un sourire vrai, sincère, qui transforme son visage. Ce n’est plus la Camille sergent chef, ni la folle furieuse qui me torture à longueur de séance. Je ne connais pas cette femme devant moi.<br />
<br />
Elle vient vers moi, et s’accroupie pour être à ma hauteur. Ses yeux presque dans les miens, elle me parle avec calme.<br />
<br />
« Et ben tu vois… c’était pas compliqué ? »<br />
<br />
Lorsqu’elle ne hurle pas, sa voix est plutôt agréable. Elle à un léger timbre grave qui rend sa voix plus chaude, et elle prononce les voyelles en les faisant traîner ce qui lui donne du charme.<br />
<br />
« Ecoutes… » me dit elle sur l’air de la confidence « Je sais que t’en chie à mort. C’est pour ça que je suis dure avec toi. Parce que la vie ne fait pas de cadeau, et on à pas le luxe de se laisser aller. Il faut que cette rage elle te serve, il faut que tu puisses en faire une alliée. Avec moi t’as deux choix ma belle : soit tu te laisses conforter dans l’idée que tu es une handicapée, une pauvre fille qui à besoin d’aide parce qu’elle n’est capable de rien toute seule, soit tu montres à tous ses connards méprisant que même sans tes jambes tu es dix fois meilleures qu’eux… »<br />
<br />
Je suis choquée d’entre ça de sa part, mais ça me fait un bien fou. Je lui réponds que j’arrive plus à me battre, que c’est trop dur, que je suis pas assez forte pour ça. Et là elle me réponds :<br />
<br />
« Tu es plus dure que tu ne le crois »<br />
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Harder than you think…<br />
<br />
Je repense à Daniela. Elle aimait le fait que je sois une battante… qu’est ce qu’elle dirait si elle voyait ce que je suis devenue ?<br />
<br />
Camille à déjà la réponse : ce que tu es, tu le choisi. Point barre.<br />
<br />
J’aimerai pouvoir pleurer, mais une fois encore je n’aurais pas ce soulagement. Pourtant de voir Camille sourire en voyant ma réaction, c’est peut être déjà un soulagement en soit.<br />
<br />
Je lui promet de revenir aux séances, et sa seule réponse est de me promettre encore plus de brimade et d’exercices difficiles. Mais bizarrement, je prends soudainement ça comme quelque chose de positif.<br />
<br />
***<br />
<br />
Voila 2 ans que mes séances avec Camille se poursuivent. Grace à elle, j’ai repris le contrôle de mon corps, mais aussi de mon moral. J’ai transformé ma colère en motivation, et je me sens bien dans ma tête. Je ne suis plus une handicapée, mais une fille avec un handicap. C’est une nuance toute bête, mais elle à complètement bouleversée ma vie.<br />
<br />
Mes progrès m’on permis de bénéficier de prothèses afin que je n’ai plus à utiliser de chaise roulante. Lorsque Camille me les installes pour la première fois, j’ai l’impression d’être un android dans un film de science fiction. On dirait les pattes d’un insecte géant, faites de tubes de titanes ultra léger mais ultra résistant.<br />
<br />
Pour commencer, Camille me demande juste de m’habituer à les avoir, à faire quelques mouvement en restant assise sur une chaise haute et d’apprendre à les ajuster moi même. On fait ça pendant 2 séances, et enfin je peux passer à la station debout.<br />
<br />
J’ai l’impression d’être Bambi… enfin cyber Bambi, avec mes pattes au coloris « black cobalt ». J’imagine Camille en Panpan, et cette idée me provoque un fou rire incontrolable. Comprenant que je me paye sa tête, elle cesse de me tenir :<br />
<br />
« Alors Bambi ? on fais moins la maline maintenant ? »<br />
<br />
Sauf que je reste stable, et que j’arrives à faire des petits pas. Pour ne pas avoir à sourire, Camille fait une petite grimace, alors que moi, folle de joie, je sautille sur place d’un pied sur l’autre. Evidemment je perds l’équilibre, et je me prends un gadin monumental. Mais je m’en fiche : je hurle de rire tellement je suis heureuse. Ca faisait tellement longtemps que je n’avais pas vu le monde à cette hauteur. Tellement longtemps que je n’avais pas senti mon corps se mouvoir dans l’espace ainsi.<br />
<br />
Camille s’approche de moi et me tend la main pour m’aider à me relever. Mais Camille ne serait pas Camille si elle n’ajoutais pas une petite vacherie :<br />
<br />
« Bon, maintenant que t’as finie de faire ton intéressante, on va peut être pouvoir bosser un peu ? »<br />
<br />
Qu’est ce que je l’aime cette connasse…<br />
<br />
***<br />
<br />
Mes nouvelles jambes changent totalement ma vie. Je marche non seulement normalement, mais maintenant je peux même courir. le dimanche matin, nous faisons un petit footing avec Camille. Je ne peux pas dire qu’elle soit devenue mon amie, mais je reste convaincu qu’il y’a entre nous plus qu’un simple rapport médecin patient. Et même si c’est une râleuse et une emmerdeuse, c’est MA râleuse et MON emmerdeuse.<br />
<br />
J’ai moins besoin de séance de kiné maintenant, du coup on se voit moins souvent. C’est aussi pour ça qu’on se fait notre footing du week end. Histoire de rester en contact.<br />
<br />
Etant donnée mes progrès, Camille me propose d’intégrer un groupe d’handisport. J’hésites, car la compétition est un domaine qui m’est étranger. Je suis déjà fière d’avoir put me dépasser, alors à quoi bon me confronter aux autres ? La encore Camille le bouledogue revient à la charge :<br />
<br />
« Arrête de faire ta chochotte enfin ! Tu vas bouger ton gros cul de feignasse et aller sur la piste : l’athlétisme ça sera parfait pour une cervelle de poule comme toi, y’a pas besoin de réfléchir ! »<br />
<br />
Le problème à force de connaitre Camille, c’est que ses trucs de Jedi ne marchent plus sur moi. Me provoquer pour me faire aller où elle veut, ça c’était bon pour l’ancienne moi. Du coup, je l’oblige à jouer franc jeu, ce qui ne lui plait absolument pas mais qui me ravit !<br />
<br />
« … bon d’accord ! la vérité c’est que je crois que tu as ce qui faut pour ça. Plus que toutes les autres personnes que j’ai put accompagner dans la thérapie, toi tu as un truc qui te pousses en avant. Je sais pas si c’est de penser à ta copine, ou bien d’en avoir plein le cul de m’avoir sur le dos, je m’en fous, tout ce que je sais c’est que t’as du cœur, et que quand t’es lancée on t’arrête plus. J’aime bien le fait que tu sois une battante… »<br />
<br />
En entendant Camille reprendre les mots de Daniela, je me sens prise de court. Mon cœur se serre, et mes lèvres tremblent. Soudain, Camille vient tout près de moi, le regard inquiet, et pose sa main contre mon visage :<br />
<br />
« Hey ? qu’est ce qui ne va pas championne ? » me demande t’elle avec une douceur qui semblait inexistante chez elle.<br />
<br />
Je réalise alors qu’une belle grosse larme est en train de rouler le long de ma joue.<br />
<br />
***<br />
<br />
Je m’engage à corps perdu dans l’handisport. C’est un milieu formidable remplit de gens incroyable. Je découvre que mon histoire n’est pas si unique, et que certains sont encore plus à plaindre que moi. Sauf qu’en fait dans ce monde, personne ne se plaint, si ce n’est du regard des autres qui nous voient comme des petites poupées cassées.<br />
<br />
Il y’a dans ce monde plus de courage, plus d’histoire héroïque et plus victoire fabuleuse que dans n’importe qu’elle histoire de super héros.<br />
<br />
Vous en connaissez beaucoup vous des gens capables de jouer au football en étant aveugle ? ou bien des gens qui peuvent traverser un bassin de natation en quelques secondes alors qu’ils n’ont pas de bras ? Ces gens là sont légion dans ce monde. Ils sont partout autour de nous, relevant chaque jour des défis qui restent invisibles pour la plupart.<br />
<br />
Moi même je deviens l’une d’entre eux. Sans jambes, je cours plus vite que la plupart des gens sans handicap. Oui, ici on ne dit pas « normaux », ou bien alors ironiquement.<br />
<br />
Mes performances me poussent vers les classements régionaux, puis nationaux. Sur le 100m, je suis imbattable. Lorsque le coup de feu du départ rententit, c’est comme une libération : je lache tout ce que j’ai, à en faire exploser mon coeur. Les quelques secondes de l’épreuve sont des instants intenses que je vis comme des renaissances. L’effort est devenue une thérapie dont je ne peux plus me passer.<br />
<br />
Camille elle, suit mes progrès de loin. Elle ne peut pas toujours venir lors des championnats, mais elle m’envoi toujours un message le jour J, le plus souvent une vacherie pour que je me motive. C’est devenu un jeu entre nous.<br />
<br />
Mais aujourd’hui c’est différent, je veux qu’elle soit là. Pas simplement pour moi, mais aussi pour la remercier de ses efforts et du temps passé à m’aider a remarcher. Je veux qu’elle me voit, et qu’elle soit fière de ce qu’elle à accomplit. J’ai insisté en gémissant car je sais qu’elle déteste que je le fasse. J’ai insisté parce qu’aujourd’hui, c’est le jour des chronos qualificatifs pour les jeux Olympiques. Au téléphone, Camille ne trouve rien de mieux à me dire que « ça t’ira comme un gant de participer à des jeux créer à l’origine par des tas de pédés et de bouffeuses de minou, mais ça sera sans moi ».<br />
<br />
Ce coup ci c’est moi qui vais la voir.<br />
<br />
Elle m’accueille un verre de wisky à la main. Je lui dis que je trouve ça très théâtrale, et elle m’envoi sur les roses comme à son habitude. Lorsque j’entre dans son appartement, je comprends qu’il y’a quelque chose d’étrange. L’endroit semble figé dans le temps, comme coulé dans la résine.<br />
<br />
Camille n’est ni en colère, ni bougonne, ni grincheuse. Aujourd’hui elle est triste à en pleurer. Elle n’a même plus la force de m’insulter pour m’envoyer paître. Je comprend qu’en fait elle ne va pas bien du tout.<br />
<br />
Nous ne sommes pas ce genre d’amies qui se disent tout, mais je me dis cependant que je lui doit au moins d’essayer d’être là pour elle. Alors comme elle le fait si bien, je me montre odieuse. Je la provoque, je me moque d’elle, mais ça ne prends pas. Il faut croire qu’être une connasse dans son genre demande un sacrée entrainement.<br />
<br />
Je regarde autour de moi et essaye de trouver quelque chose qui pourrait me donner un ascendant. Je remarque qu’il y’a plein de photo de Camille adolescente, dont une ou elle tient la main à une jeune femme avec qui elle partage un air de famille. La jeune femme est trop jeune pour être sa mère… peut être une grande sœur ?<br />
<br />
Je lui pose la question mais elle ne fait que répondre « c’est pas tes affaires… » J’insiste. Je lui dis que si c’est sa frangine elle est bien plus jolie qu’elle, à t’elle point que je me la ferai sans hésiter.<br />
<br />
La réaction de Camille est à cent lieue de ce que j’imaginais. Elle pose son verre sur le guéridon en verre teinté du salon et me regarde en souriant avec des sanglots dans les yeux :<br />
<br />
« Tu rigoles ? » dit elle la voix tremblante « t’as vu comment t’es gaulée ? ma sœur aurait put se trouver bien mieux que toi championne ! Oh oui… bien mieux qu’une putain d’handicapée »<br />
<br />
Camille craque et fini par me raconter toute l’histoire en se confondant en excuse. Sa soeur Patricia est morte quand elle avait 16 ans. Elle avait eut un grave accident qui l’avait laissé tétraplégique et avait fini par perdre complètement le gout de vivre à force d’être choyée par son entourage. Se sentant devenue un fardeau, et se croyant incapable de retrouver le bonheur un jour, elle se suicida en se tranchant les veines.<br />
<br />
Cela fera 20 ans aujourd’hui.<br />
<br />
Désolée d’avoir été si rude avec elle, je la prit dans mes bras en m’excusant. Je senti sa respiration dans mon cou, et son cœur battre à tout rompre contre ma poitrine. Elle se blottit tout contre moi et murmura tout bas :<br />
<br />
« N’en profite pas hein ? sale gouine… »<br />
<br />
Je lui répondis que je n’avais aucune attirance pour les connasses avant d’embrasser sa joue et de la serrer encore plus fort dans mes bras.<br />
<br />
Lorsqu’elle se senti apaisée, Camille m’enlaça brièvement à son tour puis me remercia d’avoir été là pour elle. Pour détendre l’atmosphère, je lui demande si à cause de ça elle va encore me traiter de chochotte. Sa réponse fût très simple :<br />
<br />
« Non, maintenant c’est moi la chochotte. En fait ça à toujours été moi. Je fais la fière parce que sinon tu t’en serais rendu compte. Toi par contre… tu es plus dure que tu ne le crois »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Plus dure que tu ne le crois**

Le couloir de l’hôpital ressemblait à un plan de caméra à la Tarantino recopiant De Palma. Un cadre débullé le long d’un espace parfaitement rectiligne, avec un traveling qui avance lentement tout en tournant doucement sur lui même à 180 degrés.
C’était en tout cas comme ça que je vois les choses tandis que je traverse les urgences sur une civière tirée par 2 ambulancier. Ils hurlent des informations aux… en fait je ne sais pas trop si ce sont des médecins ou des infirmiers. En fait je ne sais pas trop ce que je fais là.

Sa cogne dur dans ma tête. J’ai comme l’impression que je devrais avoir mal partout, que je devrais être en train de pisser le sang, mais pourtant je ne sens rien, et visiblement ma coagulation n’est pas un problème. En fait le problème c’est que je ne sens vraiment rien…

J’ai du m’endormir… ou tomber dans le coma c’est à vous de voir. Je commence à retrouver des sensations, mais pas les bonnes : j’ai la nausée, comme si je respirais à plein poumon de l’ammoniac. Mes yeux brulent et ma machoire pèse une tonne. Impossible d’articuler un mot.

D’un seul coup il fait jour, et je sens que je suis couverte de bandage comme si j’étais une momie. D’un seul coup je n’entend plus rien, mais je me rend compte qu’en fait la nuit est tombée.

Il s’est passé quoi entre temps ?

Et il s’est passé quoi avant tout ça ?

Je me rappelle être monté en voiture. Je me rappelle que c’était Daniela qui conduisait. Où est ce qu’on devait aller déjà ? C’était futile sans doute. On roule depuis quelques minutes, et on prend l’autoroute. On ne se dit rien de particulier, on écoute la radio. Y’a cette chanson qui passe « Harder than you think » de Public Enemy. Daniela adore ce gros son de cuivre avec cette basse hip hop. Moi j’écoute à peine.

Ça doit être à ce moment là que l’autre voiture à littéralement jaillit de la voie de gauche et nous à percutées de face. Mes sens sont saturés d’information et déclarent forfait. Quand je reprends conscience, Daniela est collé tout contre moi. Et ça n’est pas normal.

Elle ne bouge pas, et m’écrase de tout son poids. Sa tête est plaqué contre mon épaule mais je ne sens pas sa respiration dans mon cou comme lorsqu’on se blottie l’une contre l’autre. A la place, je sens un filet de sang séché qui part de sa tempe et qui descend le long de mon bras. Je m’apprête a me tourne un peu pour essayer de la redresser, mais une douleur inimaginable me traverse de bas en haut. Je hurle comme jamais j’ai hurlé dans ma vie. C’est si violent que je peine à reprendre mon souffle.

Daniela est toujours inerte. Pire encore, sa tête à basculée en avant et elle pend par la ceinture de sécurité qui est tendue au maximum. Et puis d’un seul coup je remarque ce qui aurait du me choquer immédiatement… y’a la tête d’un type encastré dans le pare brise.

Il a des centaines d’entailles sur le visage, et son bras gauche dépasse du trou causé par l’impact. Il y’a des traces de sang partout, et une odeur métallique atroce. Ma tête bourdonne, j’ai mal au cœur. Il ne faut pas que je vomisse, sinon je risque de me crisper ce qui réveillerait cette horrible douleur. Je risque de m’étouffer de la plus conne des façons, alors je me concentre, histoire de rester immobile et de pouvoir faire le vide.

Sa marche tellement bien que je me réveille dans l’ambulance. Je sens tout juste les secousses du véhicule qui se dandine à toute vitesse, mais ça c’est sans doute parce qu’on vient de me shooter à la morphine.

Les ambulancier m’ont intubé, alors je ne peux pas dire un mot. Tout ce que je peux faire, c’est leur répondre en clignant des yeux. Une fois pour oui, deux fois pour non. Je me sens impuissante, morte de trouille, paniquée. Tout se mélange très très vite, je me sens partir. J]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 16 Jul 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-07-16T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 49 : la sentinelle silencieuse #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep49/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**La sentinelle silencieuse**<br />
<br />
Je me prépare devant la glace, avec le bruit des voitures pour compagnie. Il fait trop chaud pour fermer les fenêtres, alors je m’accommode du vacarme. Malgré ce temps d’enfer je boutonne ma chemise jusqu’en haut : ça ne me dérange pas outre mesure, là d’où je viens une chaleur comme ça c’est la norme.<br />
<br />
Je passe un peu d’eau sur mon visage. La sensation de fraîcheur disparaît en un instant, mais ma peau apprécie. Quelques gouttes ont formé des traces foncées sur mon col, mais d’ici à ce que je quitte la salle de bain elles auront déjà disparu.<br />
<br />
Ce jour-là personne ne l’attendait, moi le premier. Pourtant ce soir c’est la grande finale, le moment ou toute une nation va s’unir vers la victoire. La France est en finale de l’Euro 2016 : un rêve qui semblait inaccessible il y’a quelques temps…<br />
<br />
Ça c’est sur le papier dans les journaux. Dans la réalité il y’a bien plus à craindre de ce match que de bénéfice à en retirer. Oh bien sûr, il y’a la fête, et l’ambiance, et les gens qui crient. Mais moi ce soir j’aurais peur, et je resterai vigilant.<br />
<br />
Je sors de la salle de bain et me dirige vers le salon. Ma femme Ansaara s’y occupe de notre fille, la petite Laura qui a tout juste 3 ans. Avec un brumisateur, elle lui arrose le visage et l’installe sur le canapé pour qu’elle essaye de faire la sieste. Il est midi et la chaleur atteint son point culminant. Je m’approche d’elle pour l’embrasser avant de partir. Son visage reflète ma propre inquiétude. Ce soir aussi elle aura peur.<br />
<br />
Elle me demande si ça va aller, si je ne préfère pas me faire porter pale. Je lui dis que ce n’est rien, qu’il faut que je le fasse, qu’il y’a une belle prime à la clé. Nous n’avons pas beaucoup d’argent, et ce supplément serait le bienvenu. Ansaara le sait, mais elle se demande si ça en vaut bien la peine.<br />
<br />
Ce que je ne lui dis pas, c’est que pour moi il y’a une autre raison de partir au travail. Mais cette raison je dois la garder pour moi.<br />
<br />
Je sors de l’appartement en lui faisant un signe de la main, et je murmure du bout des lèvres « a demain chérie : je t’aime ».<br />
<br />
C’est drôle à dire quand même : je t’aime ?<br />
<br />
Est-ce que ce n’est pas une évidence ? pourquoi faut-il le dire ? mais surtout qu’est ce qui fait que ça fasse autant de bien à entendre ? Quand c’est Ansaara qui me le dit, je me sens aux anges, heureux, apaisés. Pourquoi ce sont ses mots qui nous font ressentir un amour qui pourtant devrait couler de source ?<br />
<br />
De la d’où je viens, on a tendance à dire que les mots ont un pouvoir, qu’ils sont magiques. Ils sont remplis d’une force surnaturelle qui peut vite nous dépasser si on n’y prend pas garde. Les mots sont comme le souffle des divinités tribales qui peuplent le monde des ombres. Il faut donc prendre garde lorsqu’on les invoque.<br />
<br />
Dans la cage d’escalier, il fait frais, presque froid. Je descends les marches deux par deux, histoire de ne pas traîner. Je croise notre voisine du 2eme étage, madame Zerbib qui sort ses poubelles. Elle me demande un instant, et se précipite dans sa cuisine pour m’apporter une montagne de gâteau du ramadan. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, car ses makrout aux dattes et au miel, ses harcha au yaourt et à la fleur d’oranger ou bien ses basboussa aux pistaches sont un véritable délice. Mais je dois refuser : le temps me manque, et je dois presser le pas.<br />
<br />
Elle insiste malgré tout et m’en fait un petit paquet « pour la route ». Je n’ai pas le cœur de dire non. Madame Zerbib est une gentille voisine. Depuis que son mari est en prison, elle s’occupe seule de ses enfants tout en travaillant de nuit en faisant des ménages. Les temps sont durs, et parfois je la croise dans l’escalier en train de sangloter. Elle supporte de moins en moins le regard des gens. Elle sait ce qu’on dit dans son dos, et ce qu’on dit sur ses enfants. Toujours les mêmes clichés sur les « arabes profiteurs et malhonnêtes » alors qu’elle se saigne aux 4 veines pour que ses enfants soient de bonnes personnes.<br />
<br />
Avec Ansaara on essaye de lui rendre la vie plus facile en lui gardant les enfants de temps en temps, mais c’est tout ce qu’on peut faire. Peut-être qu’avec ma prime de ce soir, je pourrais au moins lui proposer d’inviter les enfants au McDo ? Ça ne serait pas grand-chose, mais au moins je n’aurais pas le sentiment de n’avoir rien fait du tout.<br />
<br />
Je sais ce que c’est de subir des quolibets. Pensez donc, un grand black qui travaille dans la sécurité, si ça ce n’est pas un cliché ? Alors du coup je me doute de ce qui passe par la tête du petit Walid, ou de son frère Sofiane quand ils entendent ces gens à la télé les accuser de tous les malheurs du monde.<br />
<br />
Je sors de l’immeuble, et la chaleur me rattrape. Il y’a des odeurs de poubelle qui me montent aux narines. Et pour cause : celles de l’immeuble sont renversées depuis hier, maculant le sol de déchet qui attirent les insectes qui eux même attirent les oiseaux.<br />
<br />
Ma rue me fait peur : j’aimerai être détendu, relâché, mais je ne peux pas. A cause de ma formation je vois tous les détails qui clochent. Ce type qui marche en regardant ses pieds, ou celui qui a un gros sac qu’il serre un peu trop contre lui. J’évite les regards tout en essayant de les saisir. Je dois avoir un coup d’avance, je dois pouvoir identifier la menace avant qu’elle ne survienne. Tout ce passe dans les yeux. On peut y lire la colère, la tension, la crainte, l’anxiété…<br />
<br />
Une voiture passe à ma hauteur en klaxonnant tandis que ses occupants agitent des drapeaux tricolores. Je sursaute le temps d’un instant. Toutes les fibres de mon corps sont tendues, prêtes à réagir. Des passants acclament les occupants de la voiture, reprenant leurs slogans teintés de bleu blanc rouge. J’entends une voix d’enfant qui hurle « qui ne saute pas n’est pas français ! »<br />
<br />
Ah petit… si c’était si simple !<br />
<br />
Malheureusement y’a plein de raison de pas être Français selon certain. Je vis ici depuis que j’ai 12 ans, mais ça ne leur suffit pas parce que je suis née au Lesotho. J’ai appris le Français mais ça ne leur suffit pas parce que j’ai un accent. Pourtant je l’aime mon accent. Il me rappelle ma grand-mère, et il chante dans mes mots les rendant plus joyeux quoi qu’ils disent. Ces gens qui me reprochent ma couleur vont se faire bronzer l’été jusqu’en à attraper des coups de soleil. Je me demande quel est le dégrée de pigmentation acceptable à leurs yeux ?<br />
<br />
Ces gens voudraient que je quitte le pays parce que je suis pauvre et que je touche des aides sociales. Ils me reprochent de m’appeler Moussa, mais rient quand je leur dis que j’ai appelé ma fille Laura. Je ne compte les plus contradictions de peur d’en avoir plein la tête…<br />
<br />
Je monte dans le tramway bondé et me place sous la grille du climatiseur. Ce froid-là ressemble à celui des rayons surgelés des supermarchés : il vous mord la peau et s’infiltre dans vos poumons, et vous le sentez petit à petit taper sur vos sinus.<br />
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Je me décale pour laisser la place à une jeune maman qui tiens sa petite fille par la main. La gamine doit avoir 6 ans. Elle est toute mignonne, avec une bouille très ronde, et des yeux bridés qui lui donne un air de poupée. Sa maman me remercie d’un signe de tête et se fait toute petite, comme si elle avait l’impression de gêner.<br />
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Au 3eme arrêt un jeune garçon monte. Il est habillé en survêtement chic, avec des baskets à 200 euros. Une bière à la main, il bouscule tout le monde pour rentrer sans même attendre que les gens descendent. Il s’énerve contre une dame un peu ronde qui ne lui cède pas le passage. Il ne réalise pas qu’elle est complètement coincée contre la barre centrale et qu’elle ne peut se décaler ni à gauche ni à droite à cause de tout le monde qu’il y’a. Le ton monte, et il l’insulte. La dame essaye de rester calme, et lui dit que ce ne sont pas des manières. Ça énerve le jeune homme, et il part dans les décibels. Il accuse la dame d’être raciste avec lui sous prétexte qu’il est noir. Sans même la laisser répondre, il enchaîne en disant que de toute façon il déteste les blancs, et que lui aussi est raciste…<br />
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Il finit sa bière en même temps que sa diatribe et sort deux arrêts plus loin. Je me sens terriblement gêné. J’aimerai dire à tous ces gens autour de moi que ce qu’a dit ce garçon est idiot, que c’est juste de la colère et qu’il n’y croit pas vraiment. Sauf que c’est faux, et j’ai fini par réaliser qu’il y’a des gens qui sont consciemment raciste et qui ont une haine « sincère » des autres.<br />
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Alors oui, tout le monde n’est pas comme ça, n’empêche que ça me fait peur de me dire qu’on peut nous pousser si facilement dans cette haine. Qu’il est si simple de nous rendre odieux envers les autres, de nous retirer notre foi en la bonté, et de nous rendre moins humain.<br />
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Il y’a des forces dans l’ombre qui agissent en ce sens, qui veulent faire germer la haine dans le cœur de certains pour mieux les manipuler. C’est comme ça qu’on fabrique des casseurs, des hooligans, des extrémistes anti-avortement, des prolos anti-patron, des bouffeurs de curé et des fous de Dieu.<br />
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Je jette un regard sur la jeune maman et constate qu’un type s’est collé à elle. Il a l’air d’un vendeur de voiture avec sa chemise bleu lavande et son costume à col Mao. Il doit avoir une cinquantaine d’année, les cheveux grisonnant, des grosses pognes et un teint halé qui sent le spray autobronzant. L’air de rien, il passe sa main sur les fesses de la jeune maman qui pour toute réaction serre sa fille encore plus fort contre elle. Histoire d’être encore plus abjecte, il lui lance un regard satisfait, l’air de dire « ça te plait chérie ? ». La jeune maman baisse les yeux, tout autant par honte que pour ne pas encourager le vicelard. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit. Il se délecte de cette honte, et la saisie par la hanche pour mieux la coller contre lui.<br />
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Nous sommes dans un tramway bondé, mais personne ne semble réagir. Cette femme se fait agresser, mais tant qu’elle ne hurle pas, tant qu’elle ne trouble pas le petit voyage tranquille des uns et des autres, alors cette situation est acceptée. Je balaye le wagon des yeux et repère au moins 6 autres personnes qui ont compris ce qui se passait mais qui restent parfaitement impassible.<br />
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Dans ma formation, on m’a appris que plus il y’avait de témoin d’une scène de ce genre, moins il y’avait de chance que les individus réagissent si cela risquait de briser la norme sociale. On appelle ça « l’effet du témoin ». En 1964, une jeune femme du nom de Kitty Genovese, a été violée et assassinée dans le Queens à New York sans que personne ne réagisse malgré ses appels à l’aide qui ont été entendu dans les 3 blocs alentours. Ce cas a été le point de départ d’une étude qui a démontré qu’un phénomène de dilution de la responsabilité affectait la capacité d’un individu à prendre une initiative. On se demande toujours « est ce que je dois réagir ? » ou « pourquoi ça serait à moi de le faire ? ».<br />
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C’est ça la dilution : chacun se posant la question, tout le monde est neutralisé par une apathie collective, et personne n’ose franchir le pas. Il ne s’agit pas d’une question de courage, mais de préparation mentale à être confronté à ces situations.<br />
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Je me tourne vers le vicelard et je le fixe ostensiblement. Mon regard le dérange, car il est inquisiteur, et il se sent moins à l’aise. Pourtant il continue tranquillement à se frotter contre la jeune maman, presque par défi. Je me plante alors bien devant lui, de façon à ce qu’il n’ait aucun moyen d’échapper à mon regard. Je le dépasse d’une bonne vingtaine de centimètre, ce qui l’oblige à lever la tête.<br />
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Il remarque l’écusson brodé sur ma chemise : un lion tenant une épée, comme sur des armoiries de chevalier. Il comprend qui je suis et se met soudain à paniquer. Il retire sa main aussi vite que s’il l’avait posé sur une plaque chauffante. Il a peur de ce que je vais faire, de ce que je vais dire. Il se met à frotter l’alliance qu’il porte à la main gauche avec son pouce, comme si son inconscient le rappelait à l’ordre.<br />
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Je n’invoque pas de mots en vain, et me contente de laisser parler mon corps. Mon visage, mon regard, mon langage corporel, ils reflètent tous mon message, plus sûrement qu’une phrase mûrement réfléchit. Je le vois qui jette un coup d’œil par la fenêtre du tram. Il guette surement le prochain arrêt qui ne devrait pas tarder. Il comprend la chance que je lui laisse, mais il hésite un court instant. Sa fierté masculine reprend le dessus, mais est aussitôt écrasé par la peur que je lui inflige.<br />
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L’instinct ressent bien plus que l’esprit, et il me suffit de laisser échapper une pulsion de violence pour que son corps la ressente. Mon envie de le frapper, de lui faire mal, de l’humilier comme il à humilier cette jeune femme, je veux qu’il la ressente jusque dans ses tripes. Pour ça je n’ai qu’à laisser cette envie m’envahir et exulter par tous les pores de ma peau.<br />
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Le tram s’arrête et il se précipite sur la porte, comme un animal fuyant un prédateur. La jeune maman est soulagée et m’adresse un merci du regard. La petite fille elle n’a pas compris ce qui s’est passé, et à la limite tant mieux. Elle aura bien le temps de souffrir de ce genre de chose…<br />
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Personne dans le train n’a remarqué mon intervention, mais ça je m’en moque. Je descends deux arrêts plus loin, et tandis que le tram repart, je croise les regards des gens qui me voient disparaître dans leur horizon dans l’indifférence la plus total.<br />
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Il faut marcher un petit moment pour atteindre le stade, mais avec ce soleil c’est un vrai plaisir. Un vent frais adouci le fond de l’air et apaise mes sens. J’entends des bruits au loin, des pétards qui claquent, des klaxonnent, et ce son de la foule si typique qu’on perçoit lors des grands rassemblements.<br />
<br />
Tandis que je m’approche, je regarde le stade sous toutes les coutures. Cette immense arche de pierre et d’acier, dont les lignes pures semblent former la proue d’un navire n’a pas sa place ici. C’est un objet bien trop étrange pour ce monde froid et rationnel. Plus je m’en approche, et plus je me sens écrasé par son gigantisme comme à chaque fois que j’y viens.<br />
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Il y’a déjà une foule énorme rassemblé près des portes. Pourtant les places sont numérotées, et personne ne devrait craindre de se retrouver mal installé… sauf que personne n’a envie d’être le dernier. Je devrais d’ailleurs plutôt dire : tout le monde a envie d’être le premier.<br />
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Je contourne la foule par la droite, et me dirige vers l’un des accès de service du stade. Muni de mon badge, je me présente à l’agent qui contrôle cet entrée et entre dans « les coulisses ».<br />
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De l’intérieur, le stade est bien moins impressionnant. Ce n’est qu’une succession de long couloir éclairé par des néons blancs et froids. Le sol est fait d’un revêtement plastique bleuâtre un peu brillant qui craque et qui couine sous mes pas tandis que je progresse vers le PC sécurité.<br />
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Comme à mon habitude je suis le premier de l’équipe à être arrivé. Sa me laisse le temps de boire un café, d’aller voir les gens des autres services histoire de dire bonjour, et qui sait de lire un peu le journal si quelqu’un a pensé à le déposer sur le bureau du patron.<br />
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Je parcours la pièce du regard et retombe sur les coupures de journaux datant de l’an passé qui s’accumulent contre le mur. On y parle d’attentat, de violence, de mort… et aussi de héros.<br />
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Il parait que j’ai sauvé des vies ce jour-là, que j’ai eu une réaction exceptionnelle. Sauf que je suis convaincu que ce courage que les gens ont vu, c’est comme la haine du jeune homme du tram, c’est quelque chose avec laquelle on m’a programmé, sans vraiment que je m’en rende compte.<br />
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Est-ce qu’un jour j’ai voulu être celui qu’on acclame ? celui qui est « la fierté de la nation » ? un « symbole d’intégration ? ». Non je ne suis pas cet homme. Moi je suis l’homme qui a la place de tous ces louanges voudrait pouvoir louer un appartement sans sentir la méfiance de la dame de l’agence. Je suis l’homme qui aimerait qu’on lui demande son avis sur autre chose que la supposé violence de l’islam alors que ce n’est même pas ma religion. Je suis l’homme qui attend tout simplement qu’on le laisse être lui-même, sans étiquette.<br />
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Je ne peux cependant pas en vouloir aux gens, parce que je suis comme eux. Je suis admiratif de ses personnes qu’on nous montre en exemple dans les médias, et je suis tout aussi touché par ses gens « ordinaires » qui se comportent en héros. Sauf que là je sais que ce n’est pas vrai.<br />
<br />
Ce jour-là, il y’a eu des morts, des blessés, dans des conditions épouvantables. Moi-même, j’ai frôler la mort. Mais ce que je ne peux pas dire à Ansaara, c’est que ce jour-là je me suis senti plus vivant que jamais, justement parce que j’ai frôlé de tout prêt la mort, parce que j’ai vu ces pauvres gens le visage déchiqueté par l’engin explosif du kamikaze, parce que j’ai entendu la plainte des blessées et la panique des autres. Ce soir-là j’ai vu une foule en panique, prête à sombrer dans la folie.<br />
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Mais ce soir-là… je n’étais pas parmi eux. Je n’étais pas dans cette foule, j’étais au-dessus, j’étais à part. Je ne souffrais pas de la dilution de responsabilité, parce que c’était à moi de donner les consignes d’évacuations. J’étais préparé, et j’ai fait appliquer la procédure. Ma lucidité est en réalité celle de je ne sais quel spécialiste de l’agence de sécurité qui à créer nos règles de fonctionnement. Si j’ai pu diriger les gens vers un endroit sûr, c’est parce que les concepteurs du stade l’on créer avec des accès de secours adaptés, avec un éclairage adapté…<br />
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Alors oui, il y’a bien ce petit garçon qui a trébuché devant moi et que j’ai redressé en vitesse pour ne pas que la foule le piétine. Il y’a cette femme qui était figée de peur à qui j’ai ordonné en hurlant et en la pointant du doigt d’aller vers le point de rassemblement…<br />
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Je n’ai fait qu’appliquer la méthode : lorsqu’une foule perd le contrôle à cause de la dilution de responsabilité, il suffit de pointer une personne du doigt et de lui hurler des ordres. La pression du groupe la rend automatiquement docile, et elle fera ce que vous lui demanderez sans réfléchir.<br />
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Ce soir-là, j’ai poussé les bons boutons parce que quelqu’un m’avait appris à le faire, et que d’autres personnes avaient parfaitement préparer ce cas de figure. Alors parler de héros… ça me fait doucement rigoler.<br />
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Il est 15h quand le reste du staff arrive. La plupart de mes collègues sont fou de joie : être si prêt d’un tel événement est une chance inouïe. Et même s’ils ne pourront pas se détendre, s’installer à une place et profiter de la fête, ils pourront au moins jeter un œil sur le terrain de temps en temps, et ressentir l’ambiance du stade.<br />
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Lorsque le chef nous appelle pour le briefing, on sent tous qu’il est très tendu. Il nous informe que le ministère de l’intérieur a installé un périmètre de sécurité renforcé aux alentours, et que des patrouilles armées de la police seront là en renfort dans les gradins. Une autre équipe, chargé de la protection du président et du premier ministre, seront infiltrés en civil à des points stratégiques. Un mot code a été convenu pour les identifier si besoin : « poteau carré ».<br />
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Je ne comprends pas la référence.<br />
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A la fin du briefing, le chef vient me voir. Il me demande si je tiens vraiment à être affecté dehors. Je lui réponds que je préfère être à mon poste habituel, que c’est là où j’ai mes repères. Ce que je ne lui dis pas c’est que je ne veux pas être près des officiels comme ça m’avait été proposé. Je ne veux pas qu’on me demande de venir faire une photo avec le président, ni qu’il me parle comme si nous étions de vieux amis.<br />
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Je ne veux pas qu’on me fasse une faveur pour que je vois le match juste parce que j’ai été sous les feux des projecteurs pendants quelques jours. Et je ne veux surtout pas que Laura voit son papa à la télé en train de s’amuser au lieu de faire son travail.<br />
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Le patron me félicite pour ma probité. Je ne suis pas sûr de la définition de ce mot, mais ça sonne comme quelque chose de positif dans sa bouche.<br />
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Je file au vestiaire finir de me préparer. Je m’équipe de mon talkie-walkie et de ma lampe torche. Cette dernière est un outil formidable : massive, elle peut faire une matraque de fortune si nécessaire. Son éclairage est surpuissant et peut aveugler un assaillant si on l’oriente bien. Je connais mille et une façon de faire de ce simple outil un objet défensif ou offensif. Je la soupèse afin de l’avoir bien en main, et fait quelques mouvements comme à l’entrainement. Un estoc, une parade… tout s’enchaîne à la perfection. Mon corps est comme une machine qui aurait emmagasiné une panoplie de mouvement que j’active d’un simple ordre mental. Mais le mieux c’est que je sais qu’au moment crucial, je n’aurais même pas à penser. Mes muscles seront capables de bouger sans attendre, et de faire le bon geste.<br />
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La discipline qui a forgé mes réflexes est issue de la même logique que celle qui à configurer les sorties du stade. C’est une mécanique bien huilé, pensées par des experts pour un maximum d’efficacité. Et si je sais que ces réflexes seront là, si je suis certains qu’au moment voulut la machine se mettra en marche, c’est parce que je l’ai déjà vécu…<br />
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Je sors enfin prendre mon service. Jusqu’à 2h du matin environ, je devrais surveiller le périmètre autour de l’entrée D. Je commence à patrouiller et à observer les gens postés dans l’interminable file d’attente qui part des portes. J’ai moins d’une seconde pour jauger chaque personne : ivre ? hostile ? joyeux ? dangereux ? dans mon esprit ce ne sont que des adjectifs qualificatifs qui défilent.<br />
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Cet effort de concentration est épuisant, mais il peut me faire gagner de précieuse seconde le moment venu. La tension monte petit à petit et mon corps « chauffe » au fur et à mesure que l’heure d’ouverture approche.<br />
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Toutes les dix minutes environ, je donne ma position à mon chef, et écoute les échanges de mes collègues. Les pronostics vont bon train, tout le monde se demande si Cristiano Ronaldo va réussir à battre Lloris…<br />
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Une part de moi est déçu de ne pas voir le match, car j’adore le football. Tout petit déjà, je voulais être un joueur professionnel et remporter la coupe d’Afrique. Durant mon adolescence, j’appartenais à un club local ou j’étais plutôt bon. Mais plutôt bon ce n’est pas suffisant, et mon manque de rigueur à l’entrainement a fini par se retourner contre moi. Je n’avais pas l’endurance nécessaire pour espérer rentrer dans le monde des pros. Je me suis donc résigner à jouer dans un petit club le week end, avec pour excuse de « faire du sport pour m’entretenir ».<br />
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Cependant je n’étais pas amer. Le foot c’est avant tout une passion, et ce qui compte c’est de jouer, et d’y prendre plaisir. Le reste, ce sont des rêves de gamin.<br />
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Soudain je repense à mon état d’esprit le soir de l’attentat. A combien j’étais énervé d’avoir été affecté à la surveillance extérieure. Et puis… et puis c’est arrivé : à 200 mètre de moi, ce type qui arrive avec sa ceinture d’explosif dissimulée. Tout de suite il me parait suspect : sa démarche, son langage corporel, tout m’indique qu’il n’est pas net. Je lui fais comprendre que je l’ai vu, que je sais qu’il représente une menace. Il réalise qu’il ne pourra pas faire ce qu’il souhaite, il ne pourra pas franchir la porte D pour se faire sauter au milieu du public.<br />
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Moi à ce moment-là j’ignore ce qu’il mijote réellement. Je me dis que c’est un hooligan, ou un fraudeur qui veut rentrer en douce. Mais non, je me trompe royalement. On est en novembre, et il porte un gros blouson. Il fait nuit, je ne me rends donc pas compte de ce qu’il fait. Et puis soudain c’est la boule de feu, et ce bruit assourdissant qui envahie tout l’espace. Ce son si lourd qu’il en fait vibrer tout mon corps… à moins que ça ne soit l’onde de choc.<br />
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Sur le coup je suis soufflé par terre. C’est là que mon corps passe en mode automatique : ma main active le talkie-walkie et je donne aussitôt l’alerte. Mes mots sont précis, parfaitement organisée, comme si on avait installé dans ma tête une check list afin de faciliter la coordination de l’équipe de sécurité. Dans un sens, c’est un peu ce qui s’est passé, car cette check list nous devons la lire 4 à 5 fois par semaine. La procédure est inscrite aussi bien dans mon esprit que dans mon corps : le flot d’adrénaline qui m’envahi active ma mémoire musculaire et sensoriel : je contrôle si je n’ai rien avec quelques palpations rapides, vérifie si mes vêtements ne sont pas déchirés à un endroit, signe que j’aurais reçu un éclat de shrapnel, Je m’assure ensuite que mon audition et ma vision sont normales et efficace. Pas de problème non plus.<br />
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Dans le talkie, c’est la panique. J’entends la foule qui commence à sortir. Je file aussitôt vers la porte car il faut que j’éloigne tout le monde de la zone d’explosion, et que je m’assure qu’aucun autre kamikaze n’est dans les parages.<br />
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La suite… ça n’est rien de plus que ce qu’ont raconté les journaux.<br />
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Voilà un peu plus de 2 heures que je patrouille, quand soudain on nous annonce que les portes vont s’ouvrir. On regagne tous nos postes près des portes, et on donne un coup de main à l’équipe chargé de la fouille des sacs afin que les gens rentrent plus vite.<br />
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Nous devons porter des gants en latex pour faire des palpations rapides si jamais des personnes font sonner le portique de détection. On se croirait dans un aéroport.<br />
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Le rythme est frénétique, heureusement les gens sont de bonne humeur et ne se plaignent pas de la sécurité. Au contraire, on sent bien que ça les rassure.<br />
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Il faut être clair sur un point, à part pour quelques infimes détails, notre présence n’offre aucune réelle sécurité supplémentaire aux spectateurs. Si un fou armé se dirige sur moi, j’ai très peu de moyen pour le neutraliser. Notre rôle est celui de veilleur, de sentinelle. Nous sommes là pour offrir la paix de l’esprit au public, car ce dernier sait que nous restons vigilants pour lui. Nous portons sur nous la pression et la crainte, en échange de quoi les spectateurs peuvent vivre intensément ce grand moment.<br />
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Lorsque le gros de la foule est rentrée, je quitte l’entrée et me balade aux abords du stade histoire de faire du repérage. Et puis je repasse là ou ce type s’est fait sauter. L’endroit a été repeint depuis le temps, mais je serai capable les yeux fermé de dire précisément ou cela était. Je me demande ce qui a pu conduire ce pauvre bougre à s’infliger une mort pareille. Je me demande ce qu’il a dut ressentir, ce qu’il a dut se dire. Je me demande s’il a laissé un mot quelque part pour sa famille, ou bien s’il les appeler avant pour leur dire adieu.<br />
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Je me demande quelles horreurs on peut infliger à quelqu’un pour le pousser aussi loin. Je me demande au nom de quoi quelqu’un à put lui faire croire qu’il devait mourir. Parce que non, cet homme ne méritait pas ça, pas plus que ses victimes. Personne ne devrait avoir à se dire que sa mort serait une bonne chose pour quelque cause que ce soit.<br />
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La nuit, une question me hante : et si jamais il avait compris tout cela ? et si jamais, à l’instant où il pressait le bouton du détonateur, il réalisait son erreur ? Est-ce que sa dernière pensée avait été un douloureux regret ?<br />
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Je n’oublierai jamais ce 13 novembre où tant de vie ont été perdues, où tant de souffrance a été provoqué. Tout cela nous devons le porter en nous, et nous sentir en partie responsable. Parce que ce monde est à l’image de ce que nous en faisons, et pas simplement lors de grande manifestation, mais chaque jour, à la moindre échelle. Lorsque nous acceptons de fermer les yeux devant la souffrance, lorsque nous ne prenons pas le temps d’être bon les uns envers les autres, lorsque nous préférons rejeter la faute sur autrui par facilité, lorsque nos silences complaisant permettent à des mots de haine d’entrer dans la tête de nos enfants, alors dans ces cas-là nous aussi sommes responsables.<br />
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Le soir commence à tomber, et dans le stade le brouhaha est assourdissant. Je sens mon téléphone qui vibre dans ma poche : c’est Ansaara qui m’envoie un message vidéo. Elle tient Laura dans ses bras, et elles me souhaitent bon courage, et me disent qu’elles m’aiment.<br />
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Je n’aurai jamais une immense fortune, je ne serai jamais un grand joueur célèbre et adulé, je ne ferais pas parti du cercle d’ami des grands de ce monde, mais tout ça ça n’a pas d’importance. Ce qui compte vraiment c’est que j’ai des gens qui comptent sur moi, et dont l’amour me pousse à me tenir devant le danger. Parce que si je suis là, et si je prends mon métier autant à cœur, c’est parce que je considère que c’est ma façon de changer ce monde. Je veux être de ceux qui protègent les autres, sentir leurs regards plein de confiance envers moi. Je me mets devant le danger parce que je veux que ma femme et ma fille vivent dans un monde où les innocents n’ont pas à trembler et à avoir peur.<br />
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Je fais le choix de prendre cette peur à leur place, et à rester là, dans l’ombre de la nuit. Je fais le choix de rester vigilant, pour que d’autres vivent sans crainte. Ma présence doit leur être imperceptible pour ne pas qu’il se sentent menacé, mais moi je dois être une menace pour ceux qui voudraient s’en prendre aux autres. Au fond de moi, c’est ce que je suis vraiment : une sentinelle silencieuse.<br />
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Je réponds à Ansaara d’un sms rapide : pas le temps de traîner, il faut continuer à patrouiller, et toujours rester vigilant…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**La sentinelle silencieuse**<br />
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Je me prépare devant la glace, avec le bruit des voitures pour compagnie. Il fait trop chaud pour fermer les fenêtres, alors je m’accommode du vacarme. Malgré ce temps d’enfer je boutonne ma chemise jusqu’en haut : ça ne me dérange pas outre mesure, là d’où je viens une chaleur comme ça c’est la norme.<br />
<br />
Je passe un peu d’eau sur mon visage. La sensation de fraîcheur disparaît en un instant, mais ma peau apprécie. Quelques gouttes ont formé des traces foncées sur mon col, mais d’ici à ce que je quitte la salle de bain elles auront déjà disparu.<br />
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Ce jour-là personne ne l’attendait, moi le premier. Pourtant ce soir c’est la grande finale, le moment ou toute une nation va s’unir vers la victoire. La France est en finale de l’Euro 2016 : un rêve qui semblait inaccessible il y’a quelques temps…<br />
<br />
Ça c’est sur le papier dans les journaux. Dans la réalité il y’a bien plus à craindre de ce match que de bénéfice à en retirer. Oh bien sûr, il y’a la fête, et l’ambiance, et les gens qui crient. Mais moi ce soir j’aurais peur, et je resterai vigilant.<br />
<br />
Je sors de la salle de bain et me dirige vers le salon. Ma femme Ansaara s’y occupe de notre fille, la petite Laura qui a tout juste 3 ans. Avec un brumisateur, elle lui arrose le visage et l’installe sur le canapé pour qu’elle essaye de faire la sieste. Il est midi et la chaleur atteint son point culminant. Je m’approche d’elle pour l’embrasser avant de partir. Son visage reflète ma propre inquiétude. Ce soir aussi elle aura peur.<br />
<br />
Elle me demande si ça va aller, si je ne préfère pas me faire porter pale. Je lui dis que ce n’est rien, qu’il faut que je le fasse, qu’il y’a une belle prime à la clé. Nous n’avons pas beaucoup d’argent, et ce supplément serait le bienvenu. Ansaara le sait, mais elle se demande si ça en vaut bien la peine.<br />
<br />
Ce que je ne lui dis pas, c’est que pour moi il y’a une autre raison de partir au travail. Mais cette raison je dois la garder pour moi.<br />
<br />
Je sors de l’appartement en lui faisant un signe de la main, et je murmure du bout des lèvres « a demain chérie : je t’aime ».<br />
<br />
C’est drôle à dire quand même : je t’aime ?<br />
<br />
Est-ce que ce n’est pas une évidence ? pourquoi faut-il le dire ? mais surtout qu’est ce qui fait que ça fasse autant de bien à entendre ? Quand c’est Ansaara qui me le dit, je me sens aux anges, heureux, apaisés. Pourquoi ce sont ses mots qui nous font ressentir un amour qui pourtant devrait couler de source ?<br />
<br />
De la d’où je viens, on a tendance à dire que les mots ont un pouvoir, qu’ils sont magiques. Ils sont remplis d’une force surnaturelle qui peut vite nous dépasser si on n’y prend pas garde. Les mots sont comme le souffle des divinités tribales qui peuplent le monde des ombres. Il faut donc prendre garde lorsqu’on les invoque.<br />
<br />
Dans la cage d’escalier, il fait frais, presque froid. Je descends les marches deux par deux, histoire de ne pas traîner. Je croise notre voisine du 2eme étage, madame Zerbib qui sort ses poubelles. Elle me demande un instant, et se précipite dans sa cuisine pour m’apporter une montagne de gâteau du ramadan. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, car ses makrout aux dattes et au miel, ses harcha au yaourt et à la fleur d’oranger ou bien ses basboussa aux pistaches sont un véritable délice. Mais je dois refuser : le temps me manque, et je dois presser le pas.<br />
<br />
Elle insiste malgré tout et m’en fait un petit paquet « pour la route ». Je n’ai pas le cœur de dire non. Madame Zerbib est une gentille voisine. Depuis que son mari est en prison, elle s’occupe seule de ses enfants tout en travaillant de nuit en faisant des ménages. Les temps sont durs, et parfois je la croise dans l’escalier en train de sangloter. Elle supporte de moins en moins le regard des gens. Elle sait ce qu’on dit dans son dos, et ce qu’on dit sur ses enfants. Toujours les mêmes clichés sur les « arabes profiteurs et malhonnêtes » alors qu’elle se saigne aux 4 veines pour que ses enfants soient de bonnes personnes.<br />
<br />
Avec Ansaara on essaye de lui rendre la vie plus facile en lui gardant les enfants de temps en temps, mais c’est tout ce qu’on peut faire. Peut-être qu’avec ma prime de ce soir, je pourrais au moins lui proposer d’inviter les enfants au McDo ? Ça ne serait pas grand-chose, mais au moins je n’aurais pas le sentiment de n’avoir rien fait du tout.<br />
<br />
Je sais ce que c’est de subir des quolibets. Pensez donc, un grand black qui travaille dans la sécurité, si ça ce n’est pas un cliché ? Alors du coup je me doute de ce qui passe par la tête du petit Walid, ou de son frère Sofiane quand ils entendent ces gens à la télé les accuser de tous les malheurs du monde.<br />
<br />
Je sors de l’immeuble, et la chaleur me rattrape. Il y’a des odeurs de poubelle qui me montent aux narines. Et pour cause : celles de l’immeuble sont renversées depuis hier, maculant le sol de déchet qui attirent les insectes qui eux même attirent les oiseaux.<br />
<br />
Ma rue me fait peur : j’aimerai être détendu, relâché, mais je ne peux pas. A cause de ma formation je vois tous les détails qui clochent. Ce type qui marche en regardant ses pieds, ou celui qui a un gros sac qu’il serre un peu trop contre lui. J’évite les regards tout en essayant de les saisir. Je dois avoir un coup d’avance, je dois pouvoir identifier la menace avant qu’elle ne survienne. Tout ce passe dans les yeux. On peut y lire la colère, la tension, la crainte, l’anxiété…<br />
<br />
Une voiture passe à ma hauteur en klaxonnant tandis que ses occupants agitent des drapeaux tricolores. Je sursaute le temps d’un instant. Toutes les fibres de mon corps sont tendues, prêtes à réagir. Des passants acclament les occupants de la voiture, reprenant leurs slogans teintés de bleu blanc rouge. J’entends une voix d’enfant qui hurle « qui ne saute pas n’est pas français ! »<br />
<br />
Ah petit… si c’était si simple !<br />
<br />
Malheureusement y’a plein de raison de pas être Français selon certain. Je vis ici depuis que j’ai 12 ans, mais ça ne leur suffit pas parce que je suis née au Lesotho. J’ai appris le Français mais ça ne leur suffit pas parce que j’ai un accent. Pourtant je l’aime mon accent. Il me rappelle ma grand-mère, et il chante dans mes mots les rendant plus joyeux quoi qu’ils disent. Ces gens qui me reprochent ma couleur vont se faire bronzer l’été jusqu’en à attraper des coups de soleil. Je me demande quel est le dégrée de pigmentation acceptable à leurs yeux ?<br />
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Ces gens voudraient que je quitte le pays parce que je suis pauvre et que je touche des aides sociales. Ils me reprochent de m’appeler Moussa, mais rient quand je leur dis que j’ai appelé ma fille Laura. Je ne compte les plus contradictions de peur d’en avoir plein la tête…<br />
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Je monte dans le tramway bondé et me place sous la grille du climatiseur. Ce froid-là ressemble à celui des rayons surgelés des supermarchés : il vous mord la peau et s’infiltre dans vos poumons, et vous le sentez petit à petit taper sur vos sinus.<br />
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Je me décale pour laisser la place à une jeune maman qui tiens sa petite fille par la main. La gamine doit avoir 6 ans. Elle est toute mignonne, avec une bouille très ronde, et des yeux bridés qui lui donne un air de poupée. Sa maman me remercie d’un signe de tête et se fait toute petite, comme si elle avait l’impression de gêner.<br />
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Au 3eme arrêt un jeune garçon monte. Il est habillé en survêtement chic, avec des baskets à 200 euros. Une bière à la main, il bouscule tout le monde pour rentrer sans même attendre que les gens descendent. Il s’énerve contre une dame un peu ronde qui ne lui cède pas le passage. Il ne réalise pas qu’elle est complètement coincée contre la barre centrale et qu’elle ne peut se décaler ni à gauche ni à droite à cause de tout le monde qu’il y’a. Le ton monte, et il l’insulte. La dame essaye de rester calme, et lui dit que ce ne sont pas des manières. Ça énerve le jeune homme, et il part dans les décibels. Il accuse la dame d’être raciste avec lui sous prétexte qu’il est noir. Sans même la laisser répondre, il enchaîne en disant que de toute façon il déteste les blancs, et que lui aussi est raciste…<br />
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Il finit sa bière en même temps que sa diatribe et sort deux arrêts plus loin. Je me sens terriblement gêné. J’aimerai dire à tous ces gens autour de moi que ce qu’a dit ce garçon est idiot, que c’est juste de la colère et qu’il n’y croit pas vraiment. Sauf que c’est faux, et j’ai fini par réaliser qu’il y’a des gens qui sont consciemment raciste et qui ont une haine « sincère » des autres.<br />
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Alors oui, tout le monde n’est pas comme ça, n’empêche que ça me fait peur de me dire qu’on peut nous pousser si facilement dans cette haine. Qu’il est si simple de nous rendre odieux envers les autres, de nous retirer notre foi en la bonté, et de nous rendre moins humain.<br />
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Il y’a des forces dans l’ombre qui agissent en ce sens, qui veulent faire germer la haine dans le cœur de certains pour mieux les manipuler. C’est comme ça qu’on fabrique des casseurs, des hooligans, des extrémistes anti-avortement, des prolos anti-patron, des bouffeurs de curé et des fous de Dieu.<br />
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Je jette un regard sur la jeune maman et constate qu’un type s’est collé à elle. Il a l’air d’un vendeur de voiture avec sa chemise bleu lavande et son costume à col Mao. Il doit avoir une cinquantaine d’année, les cheveux grisonnant, des grosses pognes et un teint halé qui sent le spray autobronzant. L’air de rien, il passe sa main sur les fesses de la jeune maman qui pour toute réaction serre sa fille encore plus fort contre elle. Histoire d’être encore plus abjecte, il lui lance un regard satisfait, l’air de dire « ça te plait chérie ? ». La jeune maman baisse les yeux, tout autant par honte que pour ne pas encourager le vicelard. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit. Il se délecte de cette honte, et la saisie par la hanche pour mieux la coller contre lui.<br />
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Nous sommes dans un tramway bondé, mais personne ne semble réagir. Cette femme se fait agresser, mais tant qu’elle ne hurle pas, tant qu’elle ne trouble pas le petit voyage tranquille des uns et des autres, alors cette situation est acceptée. Je balaye le wagon des yeux et repère au moins 6 autres personnes qui ont compris ce qui se passait mais qui restent parfaitement impassible.<br />
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Dans ma formation, on m’a appris que plus il y’avait de témoin d’une scène de ce genre, moins il y’avait de chance que les individus réagissent si cela risquait de briser la norme sociale. On appelle ça « l’effet du témoin ». En 1964, une jeune femme du nom de Kitty Genovese, a été violée et assassinée dans le Queens à New York sans que personne ne réagisse malgré ses appels à l’aide qui ont été entendu dans les 3 blocs alentours. Ce cas a été le point de départ d’une étude qui a démontré qu’un phénomène de dilution de la responsabilité affectait la capacité d’un individu à prendre une initiative. On se demande toujours « est ce que je dois réagir ? » ou « pourquoi ça serait à moi de le faire ? ».<br />
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C’est ça la dilution : chacun se posant la question, tout le monde est neutralisé par une apathie collective, et personne n’ose franchir le pas. Il ne s’agit pas d’une question de courage, mais de préparation mentale à être confronté à ces situations.<br />
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Je me tourne vers le vicelard et je le fixe ostensiblement. Mon regard le dérange, car il est inquisiteur, et il se sent moins à l’aise. Pourtant il continue tranquillement à se frotter contre la jeune maman, presque par défi. Je me plante alors bien devant lui, de façon à ce qu’il n’ait aucun moyen d’échapper à mon regard. Je le dépasse d’une bonne vingtaine de centimètre, ce qui l’oblige à lever la tête.<br />
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Il remarque l’écusson brodé sur ma chemise : un lion tenant une épée, comme sur des armoiries de chevalier. Il comprend qui je suis et se met soudain à paniquer. Il retire sa main aussi vite que s’il l’avait posé sur une plaque chauffante. Il a peur de ce que je vais faire, de ce que je vais dire. Il se met à frotter l’alliance qu’il porte à la main gauche avec son pouce, comme si son inconscient le rappelait à l’ordre.<br />
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Je n’invoque pas de mots en vain, et me contente de laisser parler mon corps. Mon visage, mon regard, mon langage corporel, ils reflètent tous mon message, plus sûrement qu’une phrase mûrement réfléchit. Je le vois qui jette un coup d’œil par la fenêtre du tram. Il guette surement le prochain arrêt qui ne devrait pas tarder. Il comprend la chance que je lui laisse, mais il hésite un court instant. Sa fierté masculine reprend le dessus, mais est aussitôt écrasé par la peur que je lui inflige.<br />
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L’instinct ressent bien plus que l’esprit, et il me suffit de laisser échapper une pulsion de violence pour que son corps la ressente. Mon envie de le frapper, de lui faire mal, de l’humilier comme il à humilier cette jeune femme, je veux qu’il la ressente jusque dans ses tripes. Pour ça je n’ai qu’à laisser cette envie m’envahir et exulter par tous les pores de ma peau.<br />
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Le tram s’arrête et il se précipite sur la porte, comme un animal fuyant un prédateur. La jeune maman est soulagée et m’adresse un merci du regard. La petite fille elle n’a pas compris ce qui s’est passé, et à la limite tant mieux. Elle aura bien le temps de souffrir de ce genre de chose…<br />
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Personne dans le train n’a remarqué mon intervention, mais ça je m’en moque. Je descends deux arrêts plus loin, et tandis que le tram repart, je croise les regards des gens qui me voient disparaître dans leur horizon dans l’indifférence la plus total.<br />
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Il faut marcher un petit moment pour atteindre le stade, mais avec ce soleil c’est un vrai plaisir. Un vent frais adouci le fond de l’air et apaise mes sens. J’entends des bruits au loin, des pétards qui claquent, des klaxonnent, et ce son de la foule si typique qu’on perçoit lors des grands rassemblements.<br />
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Tandis que je m’approche, je regarde le stade sous toutes les coutures. Cette immense arche de pierre et d’acier, dont les lignes pures semblent former la proue d’un navire n’a pas sa place ici. C’est un objet bien trop étrange pour ce monde froid et rationnel. Plus je m’en approche, et plus je me sens écrasé par son gigantisme comme à chaque fois que j’y viens.<br />
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Il y’a déjà une foule énorme rassemblé près des portes. Pourtant les places sont numérotées, et personne ne devrait craindre de se retrouver mal installé… sauf que personne n’a envie d’être le dernier. Je devrais d’ailleurs plutôt dire : tout le monde a envie d’être le premier.<br />
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Je contourne la foule par la droite, et me dirige vers l’un des accès de service du stade. Muni de mon badge, je me présente à l’agent qui contrôle cet entrée et entre dans « les coulisses ».<br />
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De l’intérieur, le stade est bien moins impressionnant. Ce n’est qu’une succession de long couloir éclairé par des néons blancs et froids. Le sol est fait d’un revêtement plastique bleuâtre un peu brillant qui craque et qui couine sous mes pas tandis que je progresse vers le PC sécurité.<br />
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Comme à mon habitude je suis le premier de l’équipe à être arrivé. Sa me laisse le temps de boire un café, d’aller voir les gens des autres services histoire de dire bonjour, et qui sait de lire un peu le journal si quelqu’un a pensé à le déposer sur le bureau du patron.<br />
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Je parcours la pièce du regard et retombe sur les coupures de journaux datant de l’an passé qui s’accumulent contre le mur. On y parle d’attentat, de violence, de mort… et aussi de héros.<br />
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Il parait que j’ai sauvé des vies ce jour-là, que j’ai eu une réaction exceptionnelle. Sauf que je suis convaincu que ce courage que les gens ont vu, c’est comme la haine du jeune homme du tram, c’est quelque chose avec laquelle on m’a programmé, sans vraiment que je m’en rende compte.<br />
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Est-ce qu’un jour j’ai voulu être celui qu’on acclame ? celui qui est « la fierté de la nation » ? un « symbole d’intégration ? ». Non je ne suis pas cet homme. Moi je suis l’homme qui a la place de tous ces louanges voudrait pouvoir louer un appartement sans sentir la méfiance de la dame de l’agence. Je suis l’homme qui aimerait qu’on lui demande son avis sur autre chose que la supposé violence de l’islam alors que ce n’est même pas ma religion. Je suis l’homme qui attend tout simplement qu’on le laisse être lui-même, sans étiquette.<br />
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Je ne peux cependant pas en vouloir aux gens, parce que je suis comme eux. Je suis admiratif de ses personnes qu’on nous montre en exemple dans les médias, et je suis tout aussi touché par ses gens « ordinaires » qui se comportent en héros. Sauf que là je sais que ce n’est pas vrai.<br />
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Ce jour-là, il y’a eu des morts, des blessés, dans des conditions épouvantables. Moi-même, j’ai frôler la mort. Mais ce que je ne peux pas dire à Ansaara, c’est que ce jour-là je me suis senti plus vivant que jamais, justement parce que j’ai frôlé de tout prêt la mort, parce que j’ai vu ces pauvres gens le visage déchiqueté par l’engin explosif du kamikaze, parce que j’ai entendu la plainte des blessées et la panique des autres. Ce soir-là j’ai vu une foule en panique, prête à sombrer dans la folie.<br />
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Mais ce soir-là… je n’étais pas parmi eux. Je n’étais pas dans cette foule, j’étais au-dessus, j’étais à part. Je ne souffrais pas de la dilution de responsabilité, parce que c’était à moi de donner les consignes d’évacuations. J’étais préparé, et j’ai fait appliquer la procédure. Ma lucidité est en réalité celle de je ne sais quel spécialiste de l’agence de sécurité qui à créer nos règles de fonctionnement. Si j’ai pu diriger les gens vers un endroit sûr, c’est parce que les concepteurs du stade l’on créer avec des accès de secours adaptés, avec un éclairage adapté…<br />
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Alors oui, il y’a bien ce petit garçon qui a trébuché devant moi et que j’ai redressé en vitesse pour ne pas que la foule le piétine. Il y’a cette femme qui était figée de peur à qui j’ai ordonné en hurlant et en la pointant du doigt d’aller vers le point de rassemblement…<br />
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Je n’ai fait qu’appliquer la méthode : lorsqu’une foule perd le contrôle à cause de la dilution de responsabilité, il suffit de pointer une personne du doigt et de lui hurler des ordres. La pression du groupe la rend automatiquement docile, et elle fera ce que vous lui demanderez sans réfléchir.<br />
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Ce soir-là, j’ai poussé les bons boutons parce que quelqu’un m’avait appris à le faire, et que d’autres personnes avaient parfaitement préparer ce cas de figure. Alors parler de héros… ça me fait doucement rigoler.<br />
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Il est 15h quand le reste du staff arrive. La plupart de mes collègues sont fou de joie : être si prêt d’un tel événement est une chance inouïe. Et même s’ils ne pourront pas se détendre, s’installer à une place et profiter de la fête, ils pourront au moins jeter un œil sur le terrain de temps en temps, et ressentir l’ambiance du stade.<br />
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Lorsque le chef nous appelle pour le briefing, on sent tous qu’il est très tendu. Il nous informe que le ministère de l’intérieur a installé un périmètre de sécurité renforcé aux alentours, et que des patrouilles armées de la police seront là en renfort dans les gradins. Une autre équipe, chargé de la protection du président et du premier ministre, seront infiltrés en civil à des points stratégiques. Un mot code a été convenu pour les identifier si besoin : « poteau carré ».<br />
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Je ne comprends pas la référence.<br />
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A la fin du briefing, le chef vient me voir. Il me demande si je tiens vraiment à être affecté dehors. Je lui réponds que je préfère être à mon poste habituel, que c’est là où j’ai mes repères. Ce que je ne lui dis pas c’est que je ne veux pas être près des officiels comme ça m’avait été proposé. Je ne veux pas qu’on me demande de venir faire une photo avec le président, ni qu’il me parle comme si nous étions de vieux amis.<br />
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Je ne veux pas qu’on me fasse une faveur pour que je vois le match juste parce que j’ai été sous les feux des projecteurs pendants quelques jours. Et je ne veux surtout pas que Laura voit son papa à la télé en train de s’amuser au lieu de faire son travail.<br />
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Le patron me félicite pour ma probité. Je ne suis pas sûr de la définition de ce mot, mais ça sonne comme quelque chose de positif dans sa bouche.<br />
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Je file au vestiaire finir de me préparer. Je m’équipe de mon talkie-walkie et de ma lampe torche. Cette dernière est un outil formidable : massive, elle peut faire une matraque de fortune si nécessaire. Son éclairage est surpuissant et peut aveugler un assaillant si on l’oriente bien. Je connais mille et une façon de faire de ce simple outil un objet défensif ou offensif. Je la soupèse afin de l’avoir bien en main, et fait quelques mouvements comme à l’entrainement. Un estoc, une parade… tout s’enchaîne à la perfection. Mon corps est comme une machine qui aurait emmagasiné une panoplie de mouvement que j’active d’un simple ordre mental. Mais le mieux c’est que je sais qu’au moment crucial, je n’aurais même pas à penser. Mes muscles seront capables de bouger sans attendre, et de faire le bon geste.<br />
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La discipline qui a forgé mes réflexes est issue de la même logique que celle qui à configurer les sorties du stade. C’est une mécanique bien huilé, pensées par des experts pour un maximum d’efficacité. Et si je sais que ces réflexes seront là, si je suis certains qu’au moment voulut la machine se mettra en marche, c’est parce que je l’ai déjà vécu…<br />
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Je sors enfin prendre mon service. Jusqu’à 2h du matin environ, je devrais surveiller le périmètre autour de l’entrée D. Je commence à patrouiller et à observer les gens postés dans l’interminable file d’attente qui part des portes. J’ai moins d’une seconde pour jauger chaque personne : ivre ? hostile ? joyeux ? dangereux ? dans mon esprit ce ne sont que des adjectifs qualificatifs qui défilent.<br />
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Cet effort de concentration est épuisant, mais il peut me faire gagner de précieuse seconde le moment venu. La tension monte petit à petit et mon corps « chauffe » au fur et à mesure que l’heure d’ouverture approche.<br />
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Toutes les dix minutes environ, je donne ma position à mon chef, et écoute les échanges de mes collègues. Les pronostics vont bon train, tout le monde se demande si Cristiano Ronaldo va réussir à battre Lloris…<br />
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Une part de moi est déçu de ne pas voir le match, car j’adore le football. Tout petit déjà, je voulais être un joueur professionnel et remporter la coupe d’Afrique. Durant mon adolescence, j’appartenais à un club local ou j’étais plutôt bon. Mais plutôt bon ce n’est pas suffisant, et mon manque de rigueur à l’entrainement a fini par se retourner contre moi. Je n’avais pas l’endurance nécessaire pour espérer rentrer dans le monde des pros. Je me suis donc résigner à jouer dans un petit club le week end, avec pour excuse de « faire du sport pour m’entretenir ».<br />
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Cependant je n’étais pas amer. Le foot c’est avant tout une passion, et ce qui compte c’est de jouer, et d’y prendre plaisir. Le reste, ce sont des rêves de gamin.<br />
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Soudain je repense à mon état d’esprit le soir de l’attentat. A combien j’étais énervé d’avoir été affecté à la surveillance extérieure. Et puis… et puis c’est arrivé : à 200 mètre de moi, ce type qui arrive avec sa ceinture d’explosif dissimulée. Tout de suite il me parait suspect : sa démarche, son langage corporel, tout m’indique qu’il n’est pas net. Je lui fais comprendre que je l’ai vu, que je sais qu’il représente une menace. Il réalise qu’il ne pourra pas faire ce qu’il souhaite, il ne pourra pas franchir la porte D pour se faire sauter au milieu du public.<br />
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Moi à ce moment-là j’ignore ce qu’il mijote réellement. Je me dis que c’est un hooligan, ou un fraudeur qui veut rentrer en douce. Mais non, je me trompe royalement. On est en novembre, et il porte un gros blouson. Il fait nuit, je ne me rends donc pas compte de ce qu’il fait. Et puis soudain c’est la boule de feu, et ce bruit assourdissant qui envahie tout l’espace. Ce son si lourd qu’il en fait vibrer tout mon corps… à moins que ça ne soit l’onde de choc.<br />
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Sur le coup je suis soufflé par terre. C’est là que mon corps passe en mode automatique : ma main active le talkie-walkie et je donne aussitôt l’alerte. Mes mots sont précis, parfaitement organisée, comme si on avait installé dans ma tête une check list afin de faciliter la coordination de l’équipe de sécurité. Dans un sens, c’est un peu ce qui s’est passé, car cette check list nous devons la lire 4 à 5 fois par semaine. La procédure est inscrite aussi bien dans mon esprit que dans mon corps : le flot d’adrénaline qui m’envahi active ma mémoire musculaire et sensoriel : je contrôle si je n’ai rien avec quelques palpations rapides, vérifie si mes vêtements ne sont pas déchirés à un endroit, signe que j’aurais reçu un éclat de shrapnel, Je m’assure ensuite que mon audition et ma vision sont normales et efficace. Pas de problème non plus.<br />
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Dans le talkie, c’est la panique. J’entends la foule qui commence à sortir. Je file aussitôt vers la porte car il faut que j’éloigne tout le monde de la zone d’explosion, et que je m’assure qu’aucun autre kamikaze n’est dans les parages.<br />
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La suite… ça n’est rien de plus que ce qu’ont raconté les journaux.<br />
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Voilà un peu plus de 2 heures que je patrouille, quand soudain on nous annonce que les portes vont s’ouvrir. On regagne tous nos postes près des portes, et on donne un coup de main à l’équipe chargé de la fouille des sacs afin que les gens rentrent plus vite.<br />
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Nous devons porter des gants en latex pour faire des palpations rapides si jamais des personnes font sonner le portique de détection. On se croirait dans un aéroport.<br />
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Le rythme est frénétique, heureusement les gens sont de bonne humeur et ne se plaignent pas de la sécurité. Au contraire, on sent bien que ça les rassure.<br />
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Il faut être clair sur un point, à part pour quelques infimes détails, notre présence n’offre aucune réelle sécurité supplémentaire aux spectateurs. Si un fou armé se dirige sur moi, j’ai très peu de moyen pour le neutraliser. Notre rôle est celui de veilleur, de sentinelle. Nous sommes là pour offrir la paix de l’esprit au public, car ce dernier sait que nous restons vigilants pour lui. Nous portons sur nous la pression et la crainte, en échange de quoi les spectateurs peuvent vivre intensément ce grand moment.<br />
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Lorsque le gros de la foule est rentrée, je quitte l’entrée et me balade aux abords du stade histoire de faire du repérage. Et puis je repasse là ou ce type s’est fait sauter. L’endroit a été repeint depuis le temps, mais je serai capable les yeux fermé de dire précisément ou cela était. Je me demande ce qui a pu conduire ce pauvre bougre à s’infliger une mort pareille. Je me demande ce qu’il a dut ressentir, ce qu’il a dut se dire. Je me demande s’il a laissé un mot quelque part pour sa famille, ou bien s’il les appeler avant pour leur dire adieu.<br />
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Je me demande quelles horreurs on peut infliger à quelqu’un pour le pousser aussi loin. Je me demande au nom de quoi quelqu’un à put lui faire croire qu’il devait mourir. Parce que non, cet homme ne méritait pas ça, pas plus que ses victimes. Personne ne devrait avoir à se dire que sa mort serait une bonne chose pour quelque cause que ce soit.<br />
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La nuit, une question me hante : et si jamais il avait compris tout cela ? et si jamais, à l’instant où il pressait le bouton du détonateur, il réalisait son erreur ? Est-ce que sa dernière pensée avait été un douloureux regret ?<br />
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Je n’oublierai jamais ce 13 novembre où tant de vie ont été perdues, où tant de souffrance a été provoqué. Tout cela nous devons le porter en nous, et nous sentir en partie responsable. Parce que ce monde est à l’image de ce que nous en faisons, et pas simplement lors de grande manifestation, mais chaque jour, à la moindre échelle. Lorsque nous acceptons de fermer les yeux devant la souffrance, lorsque nous ne prenons pas le temps d’être bon les uns envers les autres, lorsque nous préférons rejeter la faute sur autrui par facilité, lorsque nos silences complaisant permettent à des mots de haine d’entrer dans la tête de nos enfants, alors dans ces cas-là nous aussi sommes responsables.<br />
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Le soir commence à tomber, et dans le stade le brouhaha est assourdissant. Je sens mon téléphone qui vibre dans ma poche : c’est Ansaara qui m’envoie un message vidéo. Elle tient Laura dans ses bras, et elles me souhaitent bon courage, et me disent qu’elles m’aiment.<br />
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Je n’aurai jamais une immense fortune, je ne serai jamais un grand joueur célèbre et adulé, je ne ferais pas parti du cercle d’ami des grands de ce monde, mais tout ça ça n’a pas d’importance. Ce qui compte vraiment c’est que j’ai des gens qui comptent sur moi, et dont l’amour me pousse à me tenir devant le danger. Parce que si je suis là, et si je prends mon métier autant à cœur, c’est parce que je considère que c’est ma façon de changer ce monde. Je veux être de ceux qui protègent les autres, sentir leurs regards plein de confiance envers moi. Je me mets devant le danger parce que je veux que ma femme et ma fille vivent dans un monde où les innocents n’ont pas à trembler et à avoir peur.<br />
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Je fais le choix de prendre cette peur à leur place, et à rester là, dans l’ombre de la nuit. Je fais le choix de rester vigilant, pour que d’autres vivent sans crainte. Ma présence doit leur être imperceptible pour ne pas qu’il se sentent menacé, mais moi je dois être une menace pour ceux qui voudraient s’en prendre aux autres. Au fond de moi, c’est ce que je suis vraiment : une sentinelle silencieuse.<br />
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Je réponds à Ansaara d’un sms rapide : pas le temps de traîner, il faut continuer à patrouiller, et toujours rester vigilant…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**La sentinelle silencieuse**

Je me prépare devant la glace, avec le bruit des voitures pour compagnie. Il fait trop chaud pour fermer les fenêtres, alors je m’accommode du vacarme. Malgré ce temps d’enfer je boutonne ma chemise jusqu’en haut : ça ne me dérange pas outre mesure, là d’où je viens une chaleur comme ça c’est la norme.

Je passe un peu d’eau sur mon visage. La sensation de fraîcheur disparaît en un instant, mais ma peau apprécie. Quelques gouttes ont formé des traces foncées sur mon col, mais d’ici à ce que je quitte la salle de bain elles auront déjà disparu.

Ce jour-là personne ne l’attendait, moi le premier. Pourtant ce soir c’est la grande finale, le moment ou toute une nation va s’unir vers la victoire. La France est en finale de l’Euro 2016 : un rêve qui semblait inaccessible il y’a quelques temps…

Ça c’est sur le papier dans les journaux. Dans la réalité il y’a bien plus à craindre de ce match que de bénéfice à en retirer. Oh bien sûr, il y’a la fête, et l’ambiance, et les gens qui crient. Mais moi ce soir j’aurais peur, et je resterai vigilant.

Je sors de la salle de bain et me dirige vers le salon. Ma femme Ansaara s’y occupe de notre fille, la petite Laura qui a tout juste 3 ans. Avec un brumisateur, elle lui arrose le visage et l’installe sur le canapé pour qu’elle essaye de faire la sieste. Il est midi et la chaleur atteint son point culminant. Je m’approche d’elle pour l’embrasser avant de partir. Son visage reflète ma propre inquiétude. Ce soir aussi elle aura peur.

Elle me demande si ça va aller, si je ne préfère pas me faire porter pale. Je lui dis que ce n’est rien, qu’il faut que je le fasse, qu’il y’a une belle prime à la clé. Nous n’avons pas beaucoup d’argent, et ce supplément serait le bienvenu. Ansaara le sait, mais elle se demande si ça en vaut bien la peine.

Ce que je ne lui dis pas, c’est que pour moi il y’a une autre raison de partir au travail. Mais cette raison je dois la garder pour moi.

Je sors de l’appartement en lui faisant un signe de la main, et je murmure du bout des lèvres « a demain chérie : je t’aime ».

C’est drôle à dire quand même : je t’aime ?

Est-ce que ce n’est pas une évidence ? pourquoi faut-il le dire ? mais surtout qu’est ce qui fait que ça fasse autant de bien à entendre ? Quand c’est Ansaara qui me le dit, je me sens aux anges, heureux, apaisés. Pourquoi ce sont ses mots qui nous font ressentir un amour qui pourtant devrait couler de source ?

De la d’où je viens, on a tendance à dire que les mots ont un pouvoir, qu’ils sont magiques. Ils sont remplis d’une force surnaturelle qui peut vite nous dépasser si on n’y prend pas garde. Les mots sont comme le souffle des divinités tribales qui peuplent le monde des ombres. Il faut donc prendre garde lorsqu’on les invoque.

Dans la cage d’escalier, il fait frais, presque froid. Je descends les marches deux par deux, histoire de ne pas traîner. Je croise notre voisine du 2eme étage, madame Zerbib qui sort ses poubelles. Elle me demande un instant, et se précipite dans sa cuisine pour m’apporter une montagne de gâteau du ramadan. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, car ses makrout aux dattes et au miel, ses harcha au yaourt et à la fleur d’oranger ou bien ses basboussa aux pistaches sont un véritable délice. Mais je dois refuser : le temps me manque, et je dois presser le pas.

Elle insiste malgré tout et m’en fait un petit paquet « pour la route ». Je n’ai pas le cœur de dire non. Madame Zerbib est une gentille voisine. Depuis que son mari est en prison, elle s’occupe seule de ses enfants tout en travaillant de nuit en faisant des ménages. Les temps sont durs, et parfois je la croise dans l’escalier en train de sangloter. Elle supporte de moins en moins le regard des gens. Elle sait ce qu’on dit dans son dos, et ce q]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Thu, 14 Jul 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 48 : L’armée de Joshua #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep48/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**L’armée de Joshua**<br />
<br />
A la fin de cette histoire, un enfant va mourir. Un petit enfant, mignon, innocent et tout juste âgé de 3 ans. Il n’y aura pas de retournement de situation. Pas de miracle. Pas de vaillant docteur qui lui sauvera la mise en tentant le tout pour le tout. Non, à la fin de cette histoire, un enfant va mourir, et personne ne peut rien y faire.<br />
<br />
Si vous continuez, si vous vous aventurez plus loin, vous devez accepter de suite que cette histoire finisse ainsi. Vous devez accepter cet état de fait immédiatement et prendre ce risque en votre âme et conscience. Au contraire de ses parents, vous pouvez vous épargner bien des peines. Il vous suffit d’arrêter de lire, de refermer ces pages et de passer à autre chose. Cependant, vous devez aussi savoir qu’eux ne peuvent pas le faire. Ils ne peuvent pas refuser cette épreuve, pas plus que lui.<br />
<br />
A la fin de cette histoire, un enfant va mourir, mais si vous accepter de continuer, si vous aller vers lui au lieu de fuir la mort qui l’entoure, alors peut être que durant les minutes que vont durer votre lecture, cet enfant vivra. Accordez-lui ce temps-là : il le mérite bien.<br />
<br />
Cet enfant s’appelle Joshua. Ses parents l’ont appelé ainsi à cause de l’album « The Joshua Tree » du groupe U2. Et ils l’aiment ses parents ! ils l’ont aimé dès l’instant où il est né. Un p’tit bonhomme avec les yeux de son père et le sourire de sa mère, et dont se dégage ce parfum de bébé qui donne envie de le prendre dans ses bras et de le blottir contre son cœur. Il avait l’air si petit quand le médecin l’a tendu à son père pour la première que ce dernier avait hésité à le prendre. Mais juste un regard et c’était fini : un lien d’amour immédiat se créer avec ce petit être qui est une part de soi. On ressent ce vertige métaphysique d’avoir donné la vie alors que soit même on ne sait pas très bien ce que c’est. Le sourire de maman est là, malgré les larmes et la fatigue. Tout le monde s’enlace, et dehors déjà les oncles, les tantes, les cousins, les grands-pères et les grands-mères sont à la fête.<br />
<br />
Comme toute arrivée dans le monde, celle de Joshua a été une occasion pour tous ses proches d’être heureux. Par la suite, c’est la joie simple de tous les jours qui prédomine : les biberons, les couches, la maison sans dessus dessous qu’il faut réorganiser, la chambre qu’il faut préparer même si on sait que des mois durant le p’tit bonhomme dormira avec Papa et Maman. Mais le truc avec un enfant, c’est que tout va droit vers l’avant : c’est du concentré de futur qui se déverse comme un torrent dans nos vies.<br />
<br />
Alors pour Papa et Maman, ses moments-là ils sont simples, mais magiques.<br />
<br />
Joshua découvre le monde : il adore le son cristallin de la petite clochette installé à la fenêtre de la cuisine et mâchouiller son doudou. Ce dernier n’a pas de nom, parce que Joshua est encore trop petit pour parler, et que Papa et Maman préfèrent que ça soit lui qui le baptise. « Ça arrivera bien un jour » ce dit Papa pour qui rien ne saurait entacher un tel bonheur.<br />
<br />
Comme tous les bébés Joshua est parfois malade. La première fièvre est une angoisse terrible. Papa se sent impuissant, et Maman se demande si elle n’a pas commis d’erreur en s’occupant de lui. Mais heureusement le pédiatre est prévenant et chaleureux. Il rassure tout le monde de quelques paroles bien senties et donne des conseils emplit de bon sens. C’est un homme qui transpire la sagesse et l’expérience, et il adore Joshua. Lorsqu’il l’installe sur la table d’osculation, il prend mille précautions, peut-être plus que Maman ne le ferait, et il ne cesse de sourire à Joshua. Il sait que plus tard, quand viendra le temps des piques et des vaccins, le petit bonhomme aura peur de lui. Alors il essaye le plus tôt possible de se lier à lui, pour qu’il sache qu’il est son ami et qu’il ne lui fera jamais de mal pour rien.<br />
<br />
Le pédiatre pèse Joshua, le mesure, prend des notes, et le regarde sous toutes les coutures. Dans ces moment-là Maman a toujours les mains contre sa bouche, comme si elle ne pouvait plus respirer jusqu’à ce que le pédiatre dise que tout va bien.<br />
<br />
Sauf que ce jour-là tout ne va pas bien.<br />
<br />
Joshua ne se tient pas debout, il ne parle presque pas, et il peine à suivre les objets en mouvement du regard. Le pédiatre dit qu’il vaut mieux faire des tests, que ce n’est pas forcément grave, mais qu’il faut être prudent. Mais Maman comprend : derrière ces mots il dissimule ce qu’il a vu. Il ne veut rien en dire car il à l’espoir de s’être tromper. En tout cas il l’espère de toute son âme.<br />
<br />
Moins d’une semaine plus tard le couperet tombe. Joshua va mourir d’ici 2 ou 3 ans.<br />
<br />
Papa est déboussolé, comme si on l’avait frappé à l’estomac avec une barre de fer. La douleur est atroce, comme si on lui arrachait le cœur. Il roule des yeux, et des milliers de sonnette d’alarme se déclenchent dans sa tête. Maman est en pleurs blottie contre lui, mais lui ne réalise toujours pas. Le pédiatre essaye de reformuler la nouvelle, mais comment le dire ? comment expliquer ce qui est inexplicable ? comment dire à quelqu’un que son enfant, son bébé, va mourir avant d’avoir vécu et qu’il n’existe rien que l’on puisse faire ?<br />
<br />
Papa est en colère, mais il tient bon devant Maman, devant Joshua. Ce dernier a toujours son regard plein d’innocence qui s’émerveille devant ce monde qu’il commence tout juste à connaitre. Il bouge un peu les bras, comme s’il voulait venir dans les bras de Papa pour le consoler en lui faisant un câlin. La colère de Papa devient une rage qui lui tord les entrailles et lui donne envie de hurler. Il sent Maman qui le sert et Joshua entre eux deux. Il voit le regard du pédiatre qui se fait fuyant. Il ne lui en veut pas : ce n’est pas de sa faute.<br />
<br />
Mais qui est responsable ?<br />
<br />
Maman se calme et serre Joshua très fort contre elle, comme si ainsi elle pouvait le protéger. Le problème c’est que ce qui le ronge est à l’intérieur. Et tandis que le pédiatre lui explique ce qu’il en est, elle se demande si c’est sa faute encore une fois.<br />
<br />
Tout le monde est impuissant. Tout le monde est déboussolé. Papa à son tour se reprend. Il s’interroge : comment c’est possible ? il va bien pourtant ! il ne pleure pas, n’a pas de trace sur le corps, ne semble pas souffrir, respire comme il faut… Peut-être est-il juste un peu plus lent que les autres enfants ? la belle affaire ! Se dit Papa : ça n’est pas bien grave s’il est à la traîne là-dessus. Hein ce n’est pas grave ?<br />
<br />
Le pédiatre n’a jamais voulu répondre. Il n’a pas voulu faire encore plus de mal à Papa. Ça peut sembler cruel, mais dans le cas de Joshua l’espoir serait un poison, du genre de ceux qui vous consument à petit feu.<br />
<br />
Je vous le redis encore : il n’y a jamais eu d’espoir de sauver Joshua, et il n’y en aura jamais.<br />
<br />
Papa et Maman sont dévasté : le monde s’écroule. Le futur disparaît. Le calendrier sur le mur du bureau devient un sablier qui s’écoule en emportant la vie de leur enfant. Ils font le calcul : dans le meilleur des cas Joshua mourra avant d’avoir eu ses 4 ans. Ils parlent beaucoup et ont très peur. Ils se sentent seuls dans cette épreuve, mais surtout ils pensent à leur petit bonhomme, à tout ce qu’il ne connaîtra jamais. Cette pensée fait encore plus mal que tout le reste. Eux seront privé de Joshua, mais lui sera privé de sa vie. Il n’aura pas le temps de se faire des amis, pas le temps grandir, d’apprendre, de connaitre le monde, de tomber amoureux… Maman pleurs encore, et Papa résiste au prix de grands efforts pour ne pas l’accabler encore plus. Mais finalement elle vient vers lui et l’enlace tendrement. Alors il comprend qu’elle ne veut pas qu’il porte son fardeau seul, et qu’elle sera là pour lui comme il est là pour elle.<br />
<br />
Brisé, il fond en larmes et ne répète qu’une chose : « pardonne-moi ! »<br />
<br />
Les jours qui suivent, il faut annoncer la mauvaise nouvelle à la famille et aux amis. Chacun d’eux vit plus ou moins ce que Papa et Maman ont vécu. Ceux qui ont des enfants vont les voir et les serrent dans leurs bras en leurs disant à quel point ils les aiment. Les enfants ne comprennent pas, trouvent ça bizarre… mais les adultes sont bizarres de toute façon.<br />
<br />
Certains sont terrifiés, et d’une certaine façon disparaissent. Ils savent qu’ils ne supporteront pas de vivre cet épreuve, et culpabilisent d’autant plus de ne pas être là pour Papa et Maman. Et puis il y’a les autres, ceux qui vont se battre jusqu’au bout, qui ne lâcheront rien. A partir de maintenant, c’est une véritable armée qui se soulève pour Joshua et ses parents. Une escouade de collègue qui va tout faire pour que Papa et Maman restent avec leur petit bonhomme jusqu’au bout. Une légion d’oncles, de tantes, de cousins, de cousines, de neveux et de nièces qui viendront en permanence soutenir la famille. Il y’a ceux qui feront les repas, ceux qui donneront un coup de main pour finir la chambre, ceux qui feront du babysitting pour que Papa et Maman ait parfois le temps de souffler, même s’ils n’ont pas le cœur à ça.<br />
<br />
L’armée de Joshua est forte de plus de 200 soldats, tous dévoué à sa cause. Et cette armée ne cesse de grandir, parce que l’histoire de Joshua à toucher tout le monde dans sa petite ville de province. Papa et Maman retrouvent du courage. Ils ne sont plus seul, et ils ont la volonté de se battre jusqu’au bout. Mais parfois, au milieu de la nuit, ils se demandent si tout cela est bien réel, si ce n’est pas juste un effroyable cauchemar qui va s’arrêter avec les premières lueurs du jour.<br />
<br />
L’aube est devenue leur ennemi : chaque jour qu’il annonce est un pas de plus vers la fin pour leur enfant. Le Temps s’est accélérer, et il est implacable. Leurs espoirs meurent par à coup au fur et à mesure que Joshua décline.<br />
<br />
Papa n’en est pas sûr, mais il croit que Joshua comprend ce qu’il lui arrive. Pourtant il ne montre aucun signe de tristesse ou de peur. Il a le courage d’un lion, si tant est que ça veuille dire quelque chose. Parfois quand lui ou Maman sont à bout de force, il leur lance un regard, un sourire, il fait un petit geste vers eux, comme pour leur dire « je suis encore là, et on peut encore être ensemble ».<br />
<br />
L’armée de Joshua cherche par tous les moyens à rendre la vie du garçon la plus magique possible. Pour cela ils deviennent tous chevalier, dresseur de dragon, mage des astres… ils composent chaque jour pour lui des moments merveilleux comme pour remplir le plus vite possible son cœur de bonheur.<br />
<br />
Pour Joshua, le monde est un endroit formidable : tout le monde y sourit, et à chaque instant il ressent tout l’amour qu’on lui porte. A aucun moment il ne ressent de peine ou de chagrin. Il y’a juste cette sensation d’être engourdi qui le gène un peu, mais ce n’est pas grave parce que quand il fait un effort, quand il attrape un objet et qu’il arrive à le tenir, il voit le regard de Maman s’illuminer. Il voit la fierté de Papa. Il entend les bravos de l’armée de Joshua qui l’acclame. Il se sait parfaitement aimé par les siens.<br />
<br />
Certains jour, Joshua doit aller à l’hôpital. Là-bas tout le monde le connait, et l’armée de Joshua y est en terre conquise. Le pédiatre est toujours là pour l’accueillir et s’occuper de lui. Il le regarde avec une lampe qu’il braque dans ses yeux, il touche ses pieds et ses mains et lui tapote les genoux avec un petit marteau. Mais ça Joshua s’en moque : il peut taper aussi fort qu’il veut il n’a pas mal.<br />
<br />
La maladie gagnant de l’ampleur, le petit garçon ne sent même plus la morsure des piqûres. Elles sont censées le prolonger et l’aider à se sentir bien, mais tout le monde sait qu’elles ne sont que de minuscule goutte de temps qu’on rajoute dans l’immense sablier qui se vide à toute allure.<br />
<br />
Un soir, Maman sort de la maison et va à l’église. Elle n’est pas croyante, mais elle a besoin de croire. Alors quoi de mieux qu’une église ?<br />
<br />
A ce stade, elle n’attend pas de miracle. Que ça soit pour elle, pour Papa, ou même pour Joshua, ça serait trop cruel à espérer. Par contre elle aimerait quand même un peu d’espoir. Elle aimerait se dire que Dieu, ou qui que ce soit là-haut, va prendre soin de son enfant, et que lorsque son heure viendra elle pourra le rejoindre pour vivre enfin ces moments dont le destin va les priver.<br />
<br />
Si Dieu écoute, elle aimerait lui dire sa façon de penser, et elle espère que Joshua aura droit à un traitement de faveur. Maman pense à des anges, à des nuages et à des jardins immaculés de lumière. Elle pleurs parce qu’elle n’arrive pas à y croire vraiment. Le prêtre arrive alors dans la nef. Il fait parti de l’armée de Joshua, et entend sa détresse. Car plutôt que de l’assommer de sermon, il préfère juste l’écouter. Elle sort ce qu’elle a sur le cœur, et raconte ses angoisses.<br />
<br />
Tous au fond de nous, nous avons peur de la mort, du néant infini et pourtant inévitable. Mais on ne réalise pas à quelle point cette idée est encore plus horrible lorsqu’on l’applique à ceux qu’on aime. Le prêtre le sait, et lui-même se demande pourquoi Dieu à imposer cette épreuve. Il dit à Maman qu’il n’a pas de réponse, que ce n’est peut-être pas Dieu qui est à blâmer. Le Diable ? la pollution des hommes ? finalement est ce que ça compte de savoir ce qui tue un enfant ?<br />
<br />
Maman explique qu’elle a peur du noir et de la nuit, comme si c’était l’ouverture de ce néant qui allait avaler son fils. Cependant elle ne reste pas auprès de lui dans ces moments pour ne pas lui transmettre son angoisse. Elle le surveille à travers la caméra à vision nocturne que l’armée de Joshua a acheté et installer dans sa chambre.<br />
<br />
Dans ces moments-là elle voudrait le réveiller pour ne pas gâcher le peu de temps qui leur reste.<br />
<br />
Le prêtre est désemparé comme tout le monde, mais il essaye d’apporter un peu de paix dans le cœur de Maman. Il lui parle de sa foi, et de l’idée qu’il se fait de la vie après la mort. Bien sûr il n’y a pas de petit angelot joufflu aux petites ailes blanches qui flottent dans les nuages pour accueillir les défunts. Mais il ressent quelque chose en lui, comme un écho venu de très loin. Il ressent partout la force de la Vie, et surtout celle de l’Amour. Certains diront que c’est niais, que ce ne sont que des sensations instinctives générer par le cerveau pour compenser une situation qu’il ne comprend pas, mais lui y croit dur comme fer. Nous ne sommes pas qu’une simple matière agglomérer comme des statues de glaise. Il y’a en nous un souffle, une énergie qui va et se transmet. Le souffle divin ? la Force ? on peut lui donner bien des noms, ce n’est pas ce qui importe. Pour le prêtre, ce qui compte c’est que Maman comprenne que tout ce qu’elle fait pour Joshua est immuable, et que l’amour qu’il ressent pour elle restera à jamais dans son cœur. Si son corps disparaît, rien ne fera disparaître le souffle que sa vie, aussi brève soit elle, aura initiée. Ce qu’était Joshua continuera d’exister dans les pensées de chacun, dans le cœur de ses proches et ce pour toujours.<br />
<br />
Même si ces mots là aussi semblent un peu factice, ils font du bien à Maman, et elle les accepte de bon cœur. Le doute restera, la peur aussi, mais maintenant un espoir aussi germera dans son esprit, et elle le chérira comme le plus précieux des trésors.<br />
<br />
Joshua à maintenant 2 ans, 10 mois et 2 semaines. Les comptes doivent être précis quand la limite est si courte. La focale est devenue très courte, et l’armée de Joshua retient son souffle. Le temps a usé les courages, et nombreux sont ceux qui craquent à l’approche de l’échéance fatidique. Ne pas savoir exactement lorsque cela arrivera est à la fois un don et une malédiction. On peut espérer chaque matin qu’on passera un jour de plus avec le petit bonhomme, mais on sait que plus le temps passe et plus la faucheuse risque de frapper.<br />
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Si avant on pouvait se bercer d’illusion, maintenant la réalité se rappelle à nous. Joshua a des spasmes, et il faut le traiter à la morphine. Papa se sent de plus en désemparer : il pense à l’après, au moment où le soleil de sa vie disparaîtra. Il se demande ce que son fils pense de lui, de ce Papa qui ne peut pas l’empêcher de souffrir, qui ne peut pas l’empêcher de mourir.<br />
<br />
Oui c’est vrai, on avait tendance à l’oublier, mais à la fin de cette histoire, Joshua va mourir.<br />
<br />
Papa reste un long moment seul avec Joshua, et il lui demande ce qu’il voudrait qu’il fasse. Mais Joshua ne dit rien. Depuis quelques jours, ses yeux ne voient presque plus rien, alors son regard reste perdu dans le vide. Papa parle longtemps, et raconte à Joshua comment il a rencontré Maman, comment ils se sont aimer. Il lui parle de son meilleur pote, de leur viré sur la côte d’Azur lorsqu’ils avaient vingt ans. Papa essaye de donner à Joshua un peu de sa vie pour enrichir la sienne. Mais ce petit moment de répit ne dure pas : les spasmes reviennent et il faut filer à l’hôpital car la morphine ne fait presque plus effet.<br />
<br />
Le pédiatre est là, fidèle au poste. Il a annulé tous ses rendez-vous pour venir au chevet de Joshua. Toute l’armée est là aussi, prête à agir pour son général à la moindre demande de Papa et Maman. Le pédiatre et son équipe soulagent Joshua du mieux qu’ils peuvent, mais le diagnostic est sans appel : c’est pour bientôt.<br />
<br />
Le traitement ne fera plus effet bien longtemps, et Joshua sera incapable de respirer. Le pédiatre se montre incroyablement dur lorsqu’il explique qu’il ne faut surtout pas le placer sous assistance respiratoire. Papa est sous le choc : cet ami fidèle parmi les fidèles est en train de lui dire qu’il va falloir laisser son enfant s’étouffer et agoniser sans rien faire ?<br />
<br />
Ce n’est pas tout à fait ça, car en réalité Joshua sera inconscient et ne souffrira pas. Mais oui, dans les faits il va falloir le laisser mourir, car s’acharner ne lui ferait gagner que quelques minutes. Le plan est donc de permettre à Papa et Maman un dernier au revoir, puis de le sédater pour qu’il s’endorme paisiblement une dernière fois avant de partir pour toujours.<br />
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Même si c’est dur, pour Papa et Maman c’est aussi le moment de la délivrance. Fini d’être narguer par la maladie : Joshua va enfin être libre, et ne plus avoir à supporter tout ça. Ils laissent d’abord les amis, la famille, l’armée de Joshua venir lui rendre une dernière visite.<br />
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Les bisous pleuvent comme les larmes. Le petit garçon est somnolent à cause des médicaments, mais parfois ses yeux s’entrouvrent et un début de sourire semble glisser sur son visage rond de poupon. Dans sa chambre d’hôpital, des montagnes de peluche, de jouet et de carte colorée s’accumulent à une vitesse prodigieuse. Maman a déjà décidé qu’elle fera don de tout cela au service pédiatrique de l’hôpital, sauf les cartes qu’elle gardera en souvenir de tout l’amour que les gens ont eu pour son fils.<br />
<br />
Un étrange individu passe dans les couloirs et vient se présenter : c’est Spiderman. Le Tisseur vient 2 fois par semaine pour remonter le moral aux enfants cancéreux, et il se demandait s’il pouvait faire quelque chose. L’histoire de Joshua le bouleverse, et on l’entend sangloter sous sa cagoule rouge. Papa lui demande s’il peut s’occuper des enfants de la famille et des amis qui sont présent avec leurs parents et qui sont très perturbé par tout ça. Spiderman en bon héro qu’il est accepte et retourne dans le hall. De là, il appelle l’armée de Joshua. Sa présence rassure les plus petits. Le super héros à un mot pour chacun, et adouci ce moment de tristesse. Il joue avec les enfants et leur dit qu’ils sont des héros d’avoir été là pour Joshua.<br />
<br />
Maintenant que tout le monde est passé, c’est enfin au tour de Papa et Maman. Ils demandent s’il ne manque personne, espérant ainsi grappiller encore quelques secondes. Mais non, tout le monde est passé, alors il faut y aller. Papa et Maman se prennent par la main et entrent dans la chambre d’un pas décidé : ils doivent être fort encore une dernière fois pour leur petit bonhomme.<br />
<br />
Une des infirmières présente dans la pièce à les yeux rouges. Elle a vu défiler tout le monde et a été émue comme jamais, elle qui pourtant à vue son lot d’horreur dans ce service. Le pédiatre la soutien et lui propose de partir si elle souhaite. Mais elle refuse : elle aussi doit faire sa part, comme tous les membres de l’armée de Joshua.<br />
<br />
Papa et Maman se penchent sur lui et lui prennent la main. Sa main qui restera à jamais toute petite, lui qui restera à tout jamais un p’tit bout de choux, un être que jamais le monde n’aura pu souiller et qui restera à jamais innocent. Ils essayent de s’accrocher à ces idées-là, à ne pas penser à cet instant fugace ou il passera de la vie au trépas. Pour l’instant il faut des adieux, il faut lui donner encore le plus d’amour possible dans les secondes qui restent.<br />
<br />
Papa fait un signe de la tête au pédiatre qui aussitôt injecte un anesthésiant dans la perfusion. Ils ont attendu avec crainte ce moment, et ils y sont. Le bout de la course, la fin du voyage. Cet instant joué mille fois dans leur tête se passe comme prévu. Joshua se relâche et expire doucement. Il ne reprend pas son souffle. Les machines confirment qu’il s’enfonce petit à petit dans l’inconscience.<br />
<br />
Moins de 45 secondes plus tard son cœur à cesser de battre.<br />
<br />
45 secondes, c’est le temps moyen d’une chute libre. Joshua lui a fait le trajet dans l’autre sens. Maman prie pour lui tandis que ses larmes inondent son visage. Papa lui ressent un relâchement violent, comme si pendant tout ce temps un poids avait peser sur lui et qu’il venait de s’envoler. Il ne veut pas ressentir ça, il ne veut pas que la mort de son fils soit un soulagement. Pourtant ça l’est, mais il ne le comprendra que plus tard.<br />
<br />
Lorsqu’au bout d’un quart d’heure, on leur demande de sortir pour s’occuper de la dépouille, Papa et Maman se serrent l’un contre l’autre et déjà sentent le vide laissé par Joshua.<br />
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Voilà, c’est la fin de l’histoire, et malheureusement Joshua est mort. Mais heureusement Joshua a vécu, et sans doute plus intensément qu’aucun d’entre nous. La courte vie de ce petit bonhomme a été pleine d’aventure, de rencontre et d’amusement. Et au-delà de sa propre aventure, Joshua a été un catalyseur. Ce qu’il n’a pas pu avoir dans la vie, il en a fait don à ses proches. Il leur à rappeler ce que c’est que de compter les uns sur les autres, il leur a montrer que face à l’adversité, il fallait se battre encore et toujours, qu’il fallait accepter son destin, et vivre, vivre à tout va parce que l’existence n’est qu’une vague qui s’abat sur le rivage.<br />
<br />
Après son départ, Papa et Maman peuvent maintenant penser à eux. Ils ne seront pas seul pour continuer la route. Le don de Joshua à ses proches, et à tous ceux qui ont eu la chance de le croiser, c’est le pouvoir incroyable qu’on certains être de nous toucher si fort qu’ils en changent le cours de nos vies à jamais.<br />
<br />
Vous qui avez lu cette histoire et qui avez accompagné Joshua jusqu’au bout, vous avez reçu de sa part un peu de son courage, un peu de joie et de l’amour qu’il partageait avec les siens. Si avez pleurer pour lui, il vous aura donné du cœur. S’il vous à inspirer d’aller voir vos proches pour leur dire combien vous tenez à eux, alors sa vie aura eu de l’importance. Le destin pas ordinaire de ce petit bonhomme continuera à résonner à travers ceux qui l’ont connu, et à travers chacun de nous qui portons maintenant son histoire en nous, car nous sommes tous à présent l’armée de Joshua.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**L’armée de Joshua**<br />
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A la fin de cette histoire, un enfant va mourir. Un petit enfant, mignon, innocent et tout juste âgé de 3 ans. Il n’y aura pas de retournement de situation. Pas de miracle. Pas de vaillant docteur qui lui sauvera la mise en tentant le tout pour le tout. Non, à la fin de cette histoire, un enfant va mourir, et personne ne peut rien y faire.<br />
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Si vous continuez, si vous vous aventurez plus loin, vous devez accepter de suite que cette histoire finisse ainsi. Vous devez accepter cet état de fait immédiatement et prendre ce risque en votre âme et conscience. Au contraire de ses parents, vous pouvez vous épargner bien des peines. Il vous suffit d’arrêter de lire, de refermer ces pages et de passer à autre chose. Cependant, vous devez aussi savoir qu’eux ne peuvent pas le faire. Ils ne peuvent pas refuser cette épreuve, pas plus que lui.<br />
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A la fin de cette histoire, un enfant va mourir, mais si vous accepter de continuer, si vous aller vers lui au lieu de fuir la mort qui l’entoure, alors peut être que durant les minutes que vont durer votre lecture, cet enfant vivra. Accordez-lui ce temps-là : il le mérite bien.<br />
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Cet enfant s’appelle Joshua. Ses parents l’ont appelé ainsi à cause de l’album « The Joshua Tree » du groupe U2. Et ils l’aiment ses parents ! ils l’ont aimé dès l’instant où il est né. Un p’tit bonhomme avec les yeux de son père et le sourire de sa mère, et dont se dégage ce parfum de bébé qui donne envie de le prendre dans ses bras et de le blottir contre son cœur. Il avait l’air si petit quand le médecin l’a tendu à son père pour la première que ce dernier avait hésité à le prendre. Mais juste un regard et c’était fini : un lien d’amour immédiat se créer avec ce petit être qui est une part de soi. On ressent ce vertige métaphysique d’avoir donné la vie alors que soit même on ne sait pas très bien ce que c’est. Le sourire de maman est là, malgré les larmes et la fatigue. Tout le monde s’enlace, et dehors déjà les oncles, les tantes, les cousins, les grands-pères et les grands-mères sont à la fête.<br />
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Comme toute arrivée dans le monde, celle de Joshua a été une occasion pour tous ses proches d’être heureux. Par la suite, c’est la joie simple de tous les jours qui prédomine : les biberons, les couches, la maison sans dessus dessous qu’il faut réorganiser, la chambre qu’il faut préparer même si on sait que des mois durant le p’tit bonhomme dormira avec Papa et Maman. Mais le truc avec un enfant, c’est que tout va droit vers l’avant : c’est du concentré de futur qui se déverse comme un torrent dans nos vies.<br />
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Alors pour Papa et Maman, ses moments-là ils sont simples, mais magiques.<br />
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Joshua découvre le monde : il adore le son cristallin de la petite clochette installé à la fenêtre de la cuisine et mâchouiller son doudou. Ce dernier n’a pas de nom, parce que Joshua est encore trop petit pour parler, et que Papa et Maman préfèrent que ça soit lui qui le baptise. « Ça arrivera bien un jour » ce dit Papa pour qui rien ne saurait entacher un tel bonheur.<br />
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Comme tous les bébés Joshua est parfois malade. La première fièvre est une angoisse terrible. Papa se sent impuissant, et Maman se demande si elle n’a pas commis d’erreur en s’occupant de lui. Mais heureusement le pédiatre est prévenant et chaleureux. Il rassure tout le monde de quelques paroles bien senties et donne des conseils emplit de bon sens. C’est un homme qui transpire la sagesse et l’expérience, et il adore Joshua. Lorsqu’il l’installe sur la table d’osculation, il prend mille précautions, peut-être plus que Maman ne le ferait, et il ne cesse de sourire à Joshua. Il sait que plus tard, quand viendra le temps des piques et des vaccins, le petit bonhomme aura peur de lui. Alors il essaye le plus tôt possible de se lier à lui, pour qu’il sache qu’il est son ami et qu’il ne lui fera jamais de mal pour rien.<br />
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Le pédiatre pèse Joshua, le mesure, prend des notes, et le regarde sous toutes les coutures. Dans ces moment-là Maman a toujours les mains contre sa bouche, comme si elle ne pouvait plus respirer jusqu’à ce que le pédiatre dise que tout va bien.<br />
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Sauf que ce jour-là tout ne va pas bien.<br />
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Joshua ne se tient pas debout, il ne parle presque pas, et il peine à suivre les objets en mouvement du regard. Le pédiatre dit qu’il vaut mieux faire des tests, que ce n’est pas forcément grave, mais qu’il faut être prudent. Mais Maman comprend : derrière ces mots il dissimule ce qu’il a vu. Il ne veut rien en dire car il à l’espoir de s’être tromper. En tout cas il l’espère de toute son âme.<br />
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Moins d’une semaine plus tard le couperet tombe. Joshua va mourir d’ici 2 ou 3 ans.<br />
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Papa est déboussolé, comme si on l’avait frappé à l’estomac avec une barre de fer. La douleur est atroce, comme si on lui arrachait le cœur. Il roule des yeux, et des milliers de sonnette d’alarme se déclenchent dans sa tête. Maman est en pleurs blottie contre lui, mais lui ne réalise toujours pas. Le pédiatre essaye de reformuler la nouvelle, mais comment le dire ? comment expliquer ce qui est inexplicable ? comment dire à quelqu’un que son enfant, son bébé, va mourir avant d’avoir vécu et qu’il n’existe rien que l’on puisse faire ?<br />
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Papa est en colère, mais il tient bon devant Maman, devant Joshua. Ce dernier a toujours son regard plein d’innocence qui s’émerveille devant ce monde qu’il commence tout juste à connaitre. Il bouge un peu les bras, comme s’il voulait venir dans les bras de Papa pour le consoler en lui faisant un câlin. La colère de Papa devient une rage qui lui tord les entrailles et lui donne envie de hurler. Il sent Maman qui le sert et Joshua entre eux deux. Il voit le regard du pédiatre qui se fait fuyant. Il ne lui en veut pas : ce n’est pas de sa faute.<br />
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Mais qui est responsable ?<br />
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Maman se calme et serre Joshua très fort contre elle, comme si ainsi elle pouvait le protéger. Le problème c’est que ce qui le ronge est à l’intérieur. Et tandis que le pédiatre lui explique ce qu’il en est, elle se demande si c’est sa faute encore une fois.<br />
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Tout le monde est impuissant. Tout le monde est déboussolé. Papa à son tour se reprend. Il s’interroge : comment c’est possible ? il va bien pourtant ! il ne pleure pas, n’a pas de trace sur le corps, ne semble pas souffrir, respire comme il faut… Peut-être est-il juste un peu plus lent que les autres enfants ? la belle affaire ! Se dit Papa : ça n’est pas bien grave s’il est à la traîne là-dessus. Hein ce n’est pas grave ?<br />
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Le pédiatre n’a jamais voulu répondre. Il n’a pas voulu faire encore plus de mal à Papa. Ça peut sembler cruel, mais dans le cas de Joshua l’espoir serait un poison, du genre de ceux qui vous consument à petit feu.<br />
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Je vous le redis encore : il n’y a jamais eu d’espoir de sauver Joshua, et il n’y en aura jamais.<br />
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Papa et Maman sont dévasté : le monde s’écroule. Le futur disparaît. Le calendrier sur le mur du bureau devient un sablier qui s’écoule en emportant la vie de leur enfant. Ils font le calcul : dans le meilleur des cas Joshua mourra avant d’avoir eu ses 4 ans. Ils parlent beaucoup et ont très peur. Ils se sentent seuls dans cette épreuve, mais surtout ils pensent à leur petit bonhomme, à tout ce qu’il ne connaîtra jamais. Cette pensée fait encore plus mal que tout le reste. Eux seront privé de Joshua, mais lui sera privé de sa vie. Il n’aura pas le temps de se faire des amis, pas le temps grandir, d’apprendre, de connaitre le monde, de tomber amoureux… Maman pleurs encore, et Papa résiste au prix de grands efforts pour ne pas l’accabler encore plus. Mais finalement elle vient vers lui et l’enlace tendrement. Alors il comprend qu’elle ne veut pas qu’il porte son fardeau seul, et qu’elle sera là pour lui comme il est là pour elle.<br />
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Brisé, il fond en larmes et ne répète qu’une chose : « pardonne-moi ! »<br />
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Les jours qui suivent, il faut annoncer la mauvaise nouvelle à la famille et aux amis. Chacun d’eux vit plus ou moins ce que Papa et Maman ont vécu. Ceux qui ont des enfants vont les voir et les serrent dans leurs bras en leurs disant à quel point ils les aiment. Les enfants ne comprennent pas, trouvent ça bizarre… mais les adultes sont bizarres de toute façon.<br />
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Certains sont terrifiés, et d’une certaine façon disparaissent. Ils savent qu’ils ne supporteront pas de vivre cet épreuve, et culpabilisent d’autant plus de ne pas être là pour Papa et Maman. Et puis il y’a les autres, ceux qui vont se battre jusqu’au bout, qui ne lâcheront rien. A partir de maintenant, c’est une véritable armée qui se soulève pour Joshua et ses parents. Une escouade de collègue qui va tout faire pour que Papa et Maman restent avec leur petit bonhomme jusqu’au bout. Une légion d’oncles, de tantes, de cousins, de cousines, de neveux et de nièces qui viendront en permanence soutenir la famille. Il y’a ceux qui feront les repas, ceux qui donneront un coup de main pour finir la chambre, ceux qui feront du babysitting pour que Papa et Maman ait parfois le temps de souffler, même s’ils n’ont pas le cœur à ça.<br />
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L’armée de Joshua est forte de plus de 200 soldats, tous dévoué à sa cause. Et cette armée ne cesse de grandir, parce que l’histoire de Joshua à toucher tout le monde dans sa petite ville de province. Papa et Maman retrouvent du courage. Ils ne sont plus seul, et ils ont la volonté de se battre jusqu’au bout. Mais parfois, au milieu de la nuit, ils se demandent si tout cela est bien réel, si ce n’est pas juste un effroyable cauchemar qui va s’arrêter avec les premières lueurs du jour.<br />
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L’aube est devenue leur ennemi : chaque jour qu’il annonce est un pas de plus vers la fin pour leur enfant. Le Temps s’est accélérer, et il est implacable. Leurs espoirs meurent par à coup au fur et à mesure que Joshua décline.<br />
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Papa n’en est pas sûr, mais il croit que Joshua comprend ce qu’il lui arrive. Pourtant il ne montre aucun signe de tristesse ou de peur. Il a le courage d’un lion, si tant est que ça veuille dire quelque chose. Parfois quand lui ou Maman sont à bout de force, il leur lance un regard, un sourire, il fait un petit geste vers eux, comme pour leur dire « je suis encore là, et on peut encore être ensemble ».<br />
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L’armée de Joshua cherche par tous les moyens à rendre la vie du garçon la plus magique possible. Pour cela ils deviennent tous chevalier, dresseur de dragon, mage des astres… ils composent chaque jour pour lui des moments merveilleux comme pour remplir le plus vite possible son cœur de bonheur.<br />
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Pour Joshua, le monde est un endroit formidable : tout le monde y sourit, et à chaque instant il ressent tout l’amour qu’on lui porte. A aucun moment il ne ressent de peine ou de chagrin. Il y’a juste cette sensation d’être engourdi qui le gène un peu, mais ce n’est pas grave parce que quand il fait un effort, quand il attrape un objet et qu’il arrive à le tenir, il voit le regard de Maman s’illuminer. Il voit la fierté de Papa. Il entend les bravos de l’armée de Joshua qui l’acclame. Il se sait parfaitement aimé par les siens.<br />
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Certains jour, Joshua doit aller à l’hôpital. Là-bas tout le monde le connait, et l’armée de Joshua y est en terre conquise. Le pédiatre est toujours là pour l’accueillir et s’occuper de lui. Il le regarde avec une lampe qu’il braque dans ses yeux, il touche ses pieds et ses mains et lui tapote les genoux avec un petit marteau. Mais ça Joshua s’en moque : il peut taper aussi fort qu’il veut il n’a pas mal.<br />
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La maladie gagnant de l’ampleur, le petit garçon ne sent même plus la morsure des piqûres. Elles sont censées le prolonger et l’aider à se sentir bien, mais tout le monde sait qu’elles ne sont que de minuscule goutte de temps qu’on rajoute dans l’immense sablier qui se vide à toute allure.<br />
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Un soir, Maman sort de la maison et va à l’église. Elle n’est pas croyante, mais elle a besoin de croire. Alors quoi de mieux qu’une église ?<br />
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A ce stade, elle n’attend pas de miracle. Que ça soit pour elle, pour Papa, ou même pour Joshua, ça serait trop cruel à espérer. Par contre elle aimerait quand même un peu d’espoir. Elle aimerait se dire que Dieu, ou qui que ce soit là-haut, va prendre soin de son enfant, et que lorsque son heure viendra elle pourra le rejoindre pour vivre enfin ces moments dont le destin va les priver.<br />
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Si Dieu écoute, elle aimerait lui dire sa façon de penser, et elle espère que Joshua aura droit à un traitement de faveur. Maman pense à des anges, à des nuages et à des jardins immaculés de lumière. Elle pleurs parce qu’elle n’arrive pas à y croire vraiment. Le prêtre arrive alors dans la nef. Il fait parti de l’armée de Joshua, et entend sa détresse. Car plutôt que de l’assommer de sermon, il préfère juste l’écouter. Elle sort ce qu’elle a sur le cœur, et raconte ses angoisses.<br />
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Tous au fond de nous, nous avons peur de la mort, du néant infini et pourtant inévitable. Mais on ne réalise pas à quelle point cette idée est encore plus horrible lorsqu’on l’applique à ceux qu’on aime. Le prêtre le sait, et lui-même se demande pourquoi Dieu à imposer cette épreuve. Il dit à Maman qu’il n’a pas de réponse, que ce n’est peut-être pas Dieu qui est à blâmer. Le Diable ? la pollution des hommes ? finalement est ce que ça compte de savoir ce qui tue un enfant ?<br />
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Maman explique qu’elle a peur du noir et de la nuit, comme si c’était l’ouverture de ce néant qui allait avaler son fils. Cependant elle ne reste pas auprès de lui dans ces moments pour ne pas lui transmettre son angoisse. Elle le surveille à travers la caméra à vision nocturne que l’armée de Joshua a acheté et installer dans sa chambre.<br />
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Dans ces moments-là elle voudrait le réveiller pour ne pas gâcher le peu de temps qui leur reste.<br />
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Le prêtre est désemparé comme tout le monde, mais il essaye d’apporter un peu de paix dans le cœur de Maman. Il lui parle de sa foi, et de l’idée qu’il se fait de la vie après la mort. Bien sûr il n’y a pas de petit angelot joufflu aux petites ailes blanches qui flottent dans les nuages pour accueillir les défunts. Mais il ressent quelque chose en lui, comme un écho venu de très loin. Il ressent partout la force de la Vie, et surtout celle de l’Amour. Certains diront que c’est niais, que ce ne sont que des sensations instinctives générer par le cerveau pour compenser une situation qu’il ne comprend pas, mais lui y croit dur comme fer. Nous ne sommes pas qu’une simple matière agglomérer comme des statues de glaise. Il y’a en nous un souffle, une énergie qui va et se transmet. Le souffle divin ? la Force ? on peut lui donner bien des noms, ce n’est pas ce qui importe. Pour le prêtre, ce qui compte c’est que Maman comprenne que tout ce qu’elle fait pour Joshua est immuable, et que l’amour qu’il ressent pour elle restera à jamais dans son cœur. Si son corps disparaît, rien ne fera disparaître le souffle que sa vie, aussi brève soit elle, aura initiée. Ce qu’était Joshua continuera d’exister dans les pensées de chacun, dans le cœur de ses proches et ce pour toujours.<br />
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Même si ces mots là aussi semblent un peu factice, ils font du bien à Maman, et elle les accepte de bon cœur. Le doute restera, la peur aussi, mais maintenant un espoir aussi germera dans son esprit, et elle le chérira comme le plus précieux des trésors.<br />
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Joshua à maintenant 2 ans, 10 mois et 2 semaines. Les comptes doivent être précis quand la limite est si courte. La focale est devenue très courte, et l’armée de Joshua retient son souffle. Le temps a usé les courages, et nombreux sont ceux qui craquent à l’approche de l’échéance fatidique. Ne pas savoir exactement lorsque cela arrivera est à la fois un don et une malédiction. On peut espérer chaque matin qu’on passera un jour de plus avec le petit bonhomme, mais on sait que plus le temps passe et plus la faucheuse risque de frapper.<br />
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Si avant on pouvait se bercer d’illusion, maintenant la réalité se rappelle à nous. Joshua a des spasmes, et il faut le traiter à la morphine. Papa se sent de plus en désemparer : il pense à l’après, au moment où le soleil de sa vie disparaîtra. Il se demande ce que son fils pense de lui, de ce Papa qui ne peut pas l’empêcher de souffrir, qui ne peut pas l’empêcher de mourir.<br />
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Oui c’est vrai, on avait tendance à l’oublier, mais à la fin de cette histoire, Joshua va mourir.<br />
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Papa reste un long moment seul avec Joshua, et il lui demande ce qu’il voudrait qu’il fasse. Mais Joshua ne dit rien. Depuis quelques jours, ses yeux ne voient presque plus rien, alors son regard reste perdu dans le vide. Papa parle longtemps, et raconte à Joshua comment il a rencontré Maman, comment ils se sont aimer. Il lui parle de son meilleur pote, de leur viré sur la côte d’Azur lorsqu’ils avaient vingt ans. Papa essaye de donner à Joshua un peu de sa vie pour enrichir la sienne. Mais ce petit moment de répit ne dure pas : les spasmes reviennent et il faut filer à l’hôpital car la morphine ne fait presque plus effet.<br />
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Le pédiatre est là, fidèle au poste. Il a annulé tous ses rendez-vous pour venir au chevet de Joshua. Toute l’armée est là aussi, prête à agir pour son général à la moindre demande de Papa et Maman. Le pédiatre et son équipe soulagent Joshua du mieux qu’ils peuvent, mais le diagnostic est sans appel : c’est pour bientôt.<br />
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Le traitement ne fera plus effet bien longtemps, et Joshua sera incapable de respirer. Le pédiatre se montre incroyablement dur lorsqu’il explique qu’il ne faut surtout pas le placer sous assistance respiratoire. Papa est sous le choc : cet ami fidèle parmi les fidèles est en train de lui dire qu’il va falloir laisser son enfant s’étouffer et agoniser sans rien faire ?<br />
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Ce n’est pas tout à fait ça, car en réalité Joshua sera inconscient et ne souffrira pas. Mais oui, dans les faits il va falloir le laisser mourir, car s’acharner ne lui ferait gagner que quelques minutes. Le plan est donc de permettre à Papa et Maman un dernier au revoir, puis de le sédater pour qu’il s’endorme paisiblement une dernière fois avant de partir pour toujours.<br />
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Même si c’est dur, pour Papa et Maman c’est aussi le moment de la délivrance. Fini d’être narguer par la maladie : Joshua va enfin être libre, et ne plus avoir à supporter tout ça. Ils laissent d’abord les amis, la famille, l’armée de Joshua venir lui rendre une dernière visite.<br />
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Les bisous pleuvent comme les larmes. Le petit garçon est somnolent à cause des médicaments, mais parfois ses yeux s’entrouvrent et un début de sourire semble glisser sur son visage rond de poupon. Dans sa chambre d’hôpital, des montagnes de peluche, de jouet et de carte colorée s’accumulent à une vitesse prodigieuse. Maman a déjà décidé qu’elle fera don de tout cela au service pédiatrique de l’hôpital, sauf les cartes qu’elle gardera en souvenir de tout l’amour que les gens ont eu pour son fils.<br />
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Un étrange individu passe dans les couloirs et vient se présenter : c’est Spiderman. Le Tisseur vient 2 fois par semaine pour remonter le moral aux enfants cancéreux, et il se demandait s’il pouvait faire quelque chose. L’histoire de Joshua le bouleverse, et on l’entend sangloter sous sa cagoule rouge. Papa lui demande s’il peut s’occuper des enfants de la famille et des amis qui sont présent avec leurs parents et qui sont très perturbé par tout ça. Spiderman en bon héro qu’il est accepte et retourne dans le hall. De là, il appelle l’armée de Joshua. Sa présence rassure les plus petits. Le super héros à un mot pour chacun, et adouci ce moment de tristesse. Il joue avec les enfants et leur dit qu’ils sont des héros d’avoir été là pour Joshua.<br />
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Maintenant que tout le monde est passé, c’est enfin au tour de Papa et Maman. Ils demandent s’il ne manque personne, espérant ainsi grappiller encore quelques secondes. Mais non, tout le monde est passé, alors il faut y aller. Papa et Maman se prennent par la main et entrent dans la chambre d’un pas décidé : ils doivent être fort encore une dernière fois pour leur petit bonhomme.<br />
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Une des infirmières présente dans la pièce à les yeux rouges. Elle a vu défiler tout le monde et a été émue comme jamais, elle qui pourtant à vue son lot d’horreur dans ce service. Le pédiatre la soutien et lui propose de partir si elle souhaite. Mais elle refuse : elle aussi doit faire sa part, comme tous les membres de l’armée de Joshua.<br />
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Papa et Maman se penchent sur lui et lui prennent la main. Sa main qui restera à jamais toute petite, lui qui restera à tout jamais un p’tit bout de choux, un être que jamais le monde n’aura pu souiller et qui restera à jamais innocent. Ils essayent de s’accrocher à ces idées-là, à ne pas penser à cet instant fugace ou il passera de la vie au trépas. Pour l’instant il faut des adieux, il faut lui donner encore le plus d’amour possible dans les secondes qui restent.<br />
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Papa fait un signe de la tête au pédiatre qui aussitôt injecte un anesthésiant dans la perfusion. Ils ont attendu avec crainte ce moment, et ils y sont. Le bout de la course, la fin du voyage. Cet instant joué mille fois dans leur tête se passe comme prévu. Joshua se relâche et expire doucement. Il ne reprend pas son souffle. Les machines confirment qu’il s’enfonce petit à petit dans l’inconscience.<br />
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Moins de 45 secondes plus tard son cœur à cesser de battre.<br />
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45 secondes, c’est le temps moyen d’une chute libre. Joshua lui a fait le trajet dans l’autre sens. Maman prie pour lui tandis que ses larmes inondent son visage. Papa lui ressent un relâchement violent, comme si pendant tout ce temps un poids avait peser sur lui et qu’il venait de s’envoler. Il ne veut pas ressentir ça, il ne veut pas que la mort de son fils soit un soulagement. Pourtant ça l’est, mais il ne le comprendra que plus tard.<br />
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Lorsqu’au bout d’un quart d’heure, on leur demande de sortir pour s’occuper de la dépouille, Papa et Maman se serrent l’un contre l’autre et déjà sentent le vide laissé par Joshua.<br />
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Voilà, c’est la fin de l’histoire, et malheureusement Joshua est mort. Mais heureusement Joshua a vécu, et sans doute plus intensément qu’aucun d’entre nous. La courte vie de ce petit bonhomme a été pleine d’aventure, de rencontre et d’amusement. Et au-delà de sa propre aventure, Joshua a été un catalyseur. Ce qu’il n’a pas pu avoir dans la vie, il en a fait don à ses proches. Il leur à rappeler ce que c’est que de compter les uns sur les autres, il leur a montrer que face à l’adversité, il fallait se battre encore et toujours, qu’il fallait accepter son destin, et vivre, vivre à tout va parce que l’existence n’est qu’une vague qui s’abat sur le rivage.<br />
<br />
Après son départ, Papa et Maman peuvent maintenant penser à eux. Ils ne seront pas seul pour continuer la route. Le don de Joshua à ses proches, et à tous ceux qui ont eu la chance de le croiser, c’est le pouvoir incroyable qu’on certains être de nous toucher si fort qu’ils en changent le cours de nos vies à jamais.<br />
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Vous qui avez lu cette histoire et qui avez accompagné Joshua jusqu’au bout, vous avez reçu de sa part un peu de son courage, un peu de joie et de l’amour qu’il partageait avec les siens. Si avez pleurer pour lui, il vous aura donné du cœur. S’il vous à inspirer d’aller voir vos proches pour leur dire combien vous tenez à eux, alors sa vie aura eu de l’importance. Le destin pas ordinaire de ce petit bonhomme continuera à résonner à travers ceux qui l’ont connu, et à travers chacun de nous qui portons maintenant son histoire en nous, car nous sommes tous à présent l’armée de Joshua.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**L’armée de Joshua**

A la fin de cette histoire, un enfant va mourir. Un petit enfant, mignon, innocent et tout juste âgé de 3 ans. Il n’y aura pas de retournement de situation. Pas de miracle. Pas de vaillant docteur qui lui sauvera la mise en tentant le tout pour le tout. Non, à la fin de cette histoire, un enfant va mourir, et personne ne peut rien y faire.

Si vous continuez, si vous vous aventurez plus loin, vous devez accepter de suite que cette histoire finisse ainsi. Vous devez accepter cet état de fait immédiatement et prendre ce risque en votre âme et conscience. Au contraire de ses parents, vous pouvez vous épargner bien des peines. Il vous suffit d’arrêter de lire, de refermer ces pages et de passer à autre chose. Cependant, vous devez aussi savoir qu’eux ne peuvent pas le faire. Ils ne peuvent pas refuser cette épreuve, pas plus que lui.

A la fin de cette histoire, un enfant va mourir, mais si vous accepter de continuer, si vous aller vers lui au lieu de fuir la mort qui l’entoure, alors peut être que durant les minutes que vont durer votre lecture, cet enfant vivra. Accordez-lui ce temps-là : il le mérite bien.

Cet enfant s’appelle Joshua. Ses parents l’ont appelé ainsi à cause de l’album « The Joshua Tree » du groupe U2. Et ils l’aiment ses parents ! ils l’ont aimé dès l’instant où il est né. Un p’tit bonhomme avec les yeux de son père et le sourire de sa mère, et dont se dégage ce parfum de bébé qui donne envie de le prendre dans ses bras et de le blottir contre son cœur. Il avait l’air si petit quand le médecin l’a tendu à son père pour la première que ce dernier avait hésité à le prendre. Mais juste un regard et c’était fini : un lien d’amour immédiat se créer avec ce petit être qui est une part de soi. On ressent ce vertige métaphysique d’avoir donné la vie alors que soit même on ne sait pas très bien ce que c’est. Le sourire de maman est là, malgré les larmes et la fatigue. Tout le monde s’enlace, et dehors déjà les oncles, les tantes, les cousins, les grands-pères et les grands-mères sont à la fête.

Comme toute arrivée dans le monde, celle de Joshua a été une occasion pour tous ses proches d’être heureux. Par la suite, c’est la joie simple de tous les jours qui prédomine : les biberons, les couches, la maison sans dessus dessous qu’il faut réorganiser, la chambre qu’il faut préparer même si on sait que des mois durant le p’tit bonhomme dormira avec Papa et Maman. Mais le truc avec un enfant, c’est que tout va droit vers l’avant : c’est du concentré de futur qui se déverse comme un torrent dans nos vies.

Alors pour Papa et Maman, ses moments-là ils sont simples, mais magiques.

Joshua découvre le monde : il adore le son cristallin de la petite clochette installé à la fenêtre de la cuisine et mâchouiller son doudou. Ce dernier n’a pas de nom, parce que Joshua est encore trop petit pour parler, et que Papa et Maman préfèrent que ça soit lui qui le baptise. « Ça arrivera bien un jour » ce dit Papa pour qui rien ne saurait entacher un tel bonheur.

Comme tous les bébés Joshua est parfois malade. La première fièvre est une angoisse terrible. Papa se sent impuissant, et Maman se demande si elle n’a pas commis d’erreur en s’occupant de lui. Mais heureusement le pédiatre est prévenant et chaleureux. Il rassure tout le monde de quelques paroles bien senties et donne des conseils emplit de bon sens. C’est un homme qui transpire la sagesse et l’expérience, et il adore Joshua. Lorsqu’il l’installe sur la table d’osculation, il prend mille précautions, peut-être plus que Maman ne le ferait, et il ne cesse de sourire à Joshua. Il sait que plus tard, quand viendra le temps des piques et des vaccins, le petit bonhomme aura peur de lui. Alors il essaye le plus tôt possible de se lier à lui, pour qu’il sache qu’il est son ami et qu’il ne lui f]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 05 Jul 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-07-05T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 47 : les bitos du donjon]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep47/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Les bitos du donjon**<br />
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Pour attendre la fin de l’orage, les aventuriers avaient trouvé refuge dans une taverne tout aussi typique que son nom « Au bon accueil de Lywen ». Comprenez bien que chaque ville, chaque village, comporte au moins un établissement portant ce nom, sans pour autant que ça soit la franchise d’une quelconque guilde. Simple tradition du milieu dirons nous…<br />
<br />
La salle puait l’humidité et le chien mouillé, notamment à cause de tous les homme bêtes (mi homme mi ours ou bien mi homme mi sanglier) qui avaient envahi la salle lorsque les premières gouttes se mirent à tomber. Mais le tavergiste (nommé ainsi car personne ne savait s’il fallait l’appeler « tavernier » ou « aubergiste ») n’en avait que faire, puisqu’une salle aussi bondée, c’était la promesse d’une belle recette. Les serveuses ne chômaient pas, apportant des énormes bock de bière et des jambons braisés à toute allure à des clients assoiffés et affamés.<br />
<br />
Despair lui, touillait le contenue de son verre avec une cuillère en le buvant à petite allure tout en jetant des regards perdu à droite à gauche…<br />
<br />
« Hey ! Qu’est ce que tu mattes ? » demanda une voix féminine venant de sa ceinture<br />
– Mais rien voyons !<br />
– C’est la petite serveuse c’est ça ? » insista la voix qui semblait fâchée<br />
– Mais pas du tout loulou, pourquoi je…<br />
– LES MECS ! vous êtes tous pareils ! dès qu’un jupon passe…<br />
– Mais je t’assure que je regardais pas la serv….<br />
– Tais toi ! » hurla la voix folle de jalousie « tu fais ça sous mon nez en plus ! ça te plait de me faire du mal comme ça ? » dit la voix avec un début de sanglot.<br />
<br />
Les autres convives autour de la table se regardaient, mal à l’aise, en essayant de comprendre ce qui se passait.<br />
<br />
« Euh… tu as un soucis avec ta ceinture ? » demanda la magicienne avec dédain<br />
– Euh nan nan, t’inquiète, elle est tout le temps comme ça.<br />
– Ta ceinture est tout le temps jalouse ?<br />
– Nan c’est pas ma ceinture : c’est un fouet » répondit Despair<br />
– Ton fouet est tout le temps jaloux ?<br />
– Alors comme ça je ne suis qu’un fouet c’est ça ? » enchaîna la voix<br />
– Rah ! Hope ! tu vois bien que là je passe pour un débile !<br />
– Et moi pour quoi alors ? » continua Hope « Tu me traites comme un objet !<br />
– Mais T’ES un objet ! »<br />
<br />
Lorsque Despair termina sa phrase, il ferma les yeux de dépit conscient de ce qu’il venait de déclencher : une bonne grosse crise de larme.<br />
<br />
« T’es un salaud ! » dit Hope la voix pleine de sanglot « moi je me met en quatre pour toi, je fais des efforts, je me fais belle… mais toi tu me vois juste comme… comme… comme…<br />
– Hope arrête : t’es rayé<br />
– J’AI PAS FINI ! » dit elle d’une voix forte avant d’enchaîner avec sa petite voix sanglotante « tu me  vois juste comme une femme superbe que tu veux mettre dans ton lit….<br />
– Mais loulou c’est pas ma faute si t’es une succube enfermé dans une arme maudite !<br />
– C’EST DE LA MIENNE PEUT ÊTRE !?<br />
– Bah techniquement un peu » compléta l’archer elfe assit face à la magicienne et qui s’était avéré jusque là extrêmement taciturne. « D’ailleurs on dit pas UN succube normalement ? »<br />
<br />
Si Hope avait eu des yeux, ils auraient lancé des éclairs.<br />
<br />
« Euh l’écoute pas loulou, il sait pas de quoi il parle ! » dit Despair en faisant signe à l’elfe de se taire « Tu sais quoi après la mission pour me faire pardonner je t’achèterai un bijou !<br />
– C’est vrai !? » dit Hope d’une voix douce « Oh mon chouchou t’es trop gentil !<br />
– Mais non c’est normal : tu es ma petite princesse, tu mérites que je te gatte.<br />
– Hihihi oui c’est un peu vrai… alors j’aimerai bien une belle topaze monté sur une chaîne d’argent… ou un rubis ? qu’est ce qui m’irait le mieux ?<br />
– Mais tout te vas à ravir bébé : c’est les bijoux qui ne sont pas à ton niveau ! »<br />
<br />
Despair, plutôt content d’avoir rattrapé le coup avec Hope, savoura sa gorgée suivante de café aromatisé à la bière, recette de sa fabrication qui était l’une des seules choses capable de lui permettre de tenir la route dans la vie stressante d’aventurier.<br />
<br />
Impatiente, la magicienne pressa ses deux compères :<br />
<br />
« Bon dites donc les gars : on attend quoi là ? elle va pas se faire toute seule cette quête !<br />
– Du calme » répondit l’elfe « on va pas sortir sous la pluie quand même ?<br />
– Je m’en fiche de la pluie : je suis une Mymosyne, et l’eau est mon élément naturel.<br />
– Bah moi je suis un elfe des bois<br />
– Oh ? et vous n’aimez pas avoir les cheveux mouillés ? » demanda la magicienne<br />
– Doucement les gars… » murmura Despair « On à plutôt intérêt à rester solidaire pas vrai ? »<br />
<br />
L’Elfe dévisagea la Mymosyne puis acquiesça.<br />
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« Ouais… t’as pas tort » ajouta t-il « … bon mais du coup c’est quoi exactement cette quête ? »<br />
<br />
Il est vrai que Shaun l’Elfe et Melyda la mymosyne n’avait pas fait un voyage de 30 lieues de distance pour simplement tailler le bout de gras avec Despair et son drôle de fouet. Là c’était du sérieux car il était question d’argent, d’artefact ainsi que de pouvoir massacrer moult créatures dangereuses.<br />
<br />
C’était du moins ce que promettait l’annonce qui avait motivé la réunion de ce drôle de groupe.<br />
<br />
Chacun d’entre eux avait reçut une rune magique de message l’informant qu’il devait se rendre au plus vite à Whisper Hill pour une mission de la plus haute importance, et qu’il ferait équipe avec 2 autres aventuriers, chacun étant choisit pour ses compétences particulières.<br />
<br />
« Vous savez qui est le client ? » demanda Melyda tout en tortillant ses longs cheveux entre ses doigts « Je n’ai pas réussie à le retracer magiquement et…<br />
– Blablabla… nan mais écoutez là celle là ! » dit Shaun qui se mit ensuite à imiter la voix de la jeune femme « ouh la la ! je suis une mymosyne ! j’ai la peau bleu et je fais de la magie depuis que j’ai 3 ans ! »<br />
<br />
Il était vrai aussi que les elfes d’eau, appelée plus couramment des mymosynes, étaient de puissantes magiciennes. Nous laisserons cependant à l’appréciation de Shaun l’idée comme quoi elles seraient pimbêche.<br />
<br />
Mais tandis que le groupe se disputait, un étranger dont le visage était dissimulé sous une lourde capuche s’installa à leur table. Le trio se tût immédiatement, fixant l’étranger avec un mélange d’interrogation et de réprobation.<br />
<br />
« C’est lui ? » demanda Melyda à voix basse et sans quitter l’étranger des yeux<br />
– Moi je crois plutôt que c’est un clodo… » dit Shaun<br />
– J’avoue, je mise aussi sur le clodo » ajouta Despair<br />
– En tout cas il fouette ! » ajouta Hope dans un mélange de complainte et de jeu de mot<br />
<br />
L’étranger resta silencieux.<br />
<br />
« Euh… dis moi mon brave » dit Shaun « Si t’es pas notre commanditaire ça serait bien que tu foutes le camp de là parce que tu pète l’ambiance qui était déjà assez mal au point !<br />
– Ne les écoutez pas ! » dit Melyda « ce sont des rustres ! ils ne comprennent rien à la subtilité !<br />
– Et ma main dans ta gueule : c’est assez subtil pour toi ? » répondit Shaun agacé<br />
– Oh nan vous allez pas remettre ça ! » dit Despair en ravalant une gorgé de son bock qui commençait dangereusement à s’approcher du fond. « Si c’est le client on à l’air de quoi ?<br />
– Mais c’est pas le client je te dis ! c’est un clodo ! » insista Shaun<br />
– Et SI c’est le client ?<br />
– Et ben si c’est le client il aurait ouvert la bouche et serait pas en train de piquer du jambon sur la table comme s’il était invité !<br />
– Alors là ça dépend » dit Melyda »si c’est le client et qu’il est fatigué, c’est normal qu’il ait envie d’un petit frichti non ? il à dut faire pas mal de route ?<br />
– J’avoue elle à pas tort » compléta Despair<br />
– Ah ouais mais en fait vous êtes vraiment ultra débile ? C’est un clodo qui nous taxe du jambon ! il dit rien parce qu’il est sans doute bourré à l’hydromel de dragon ou alors parce qu’il parle pas la langue !<br />
– Dans ce cas que ferait il dans le coin ? » questionna Despair « si le mec c’est un touriste pas parler la langue c’est chaud quand même ?<br />
– Mais j’en sais rien moi. De toute façon j’ai pas dit que c’était un touriste ! j’ai dit que c’était un clodo !<br />
– Mais à la fin, c’est quoi cette obsession avec les clodos ? » demanda Melyda « on dirait que t’es bloqué sur cette idée et tu ne veux pas en démordre ?<br />
– Peut être parce que tout simplement ça fait 5min qu’y a un clodo assit à notre table qui se tortore notre bectance sous notre nez et qu’on ne dit rien alors qu’il faudrait lui foutre un bon coup de pompe dans le cul !<br />
– Euh… c’est pas cool mec » dit Despair avant de se tourner vers le supposé commanditaire « nan c’est vrai, même si c’est un vrai clodo il mérite pas qu’on le dérouille… et puis franchement le jambon il est pas fameux…<br />
– C’est vrai qu’il manque d’un petit quelque chose » commenta Melyda « un bon quart d’heure de cuisson : facile !<br />
– Bon puisque vous voulez rien faire, démerdez vous avec lui, moi je vais me chercher une choppe » conclut Shaun.<br />
<br />
L’elfe se leva et se dirigea vers le comptoir en bousculant sans ménagement ceux qui lui barraient la route.<br />
<br />
Melyda se tourna vers l’étranger et se fit mielleuse.<br />
<br />
« Je suis Vraaaaaiment désolé messire… notre compagnon est un vrai bougon. Mais soyez assuré qu’il remplira bien sa tache…<br />
– Ouais carrement… » ajouta Despair sans trop savoir quoi dire ensuite.<br />
<br />
L’étranger abaissa enfin sa capuche et révéla un visage… porcin !<br />
<br />
En effet, si le reste de son corps semblait humain, son visage était celui d’un cochon dont les babines baveuses bruissaient sous l’action de sa langue qui s’agitait comme s’il voulait parler. Pragmatiquement, l’homme cochon tira de sa lourde veste de cuir brun un morceau de papier froissé qu’il tendit à Despair qui se mit aussitôt à le lire à voix haute :<br />
<br />
« Je suis… Bral… Braul… désolé mais c’est super mal écrit !<br />
– Une vraie écriture de cochon ! » commenta Hope bien décidé à être au taquet sur la moindre blague<br />
– Nan mais l’écoutez pas… » murmura Despair.<br />
<br />
Il fallut un peu de temps à ce dernier pour décrypté le message, mais il y parvint et put expliquer à ses compagnons la situation, et notamment à Shaun qui fût étonné de voir un cochon a la table, et plus encore de constater que ce dernier avait avaler sans trembler plusieurs tranchettes de jambon.<br />
<br />
Le commanditaire, Branston Riccomèto, membre d’une prestigieuse guilde marchande, avait été maudit par une sorcière des environs ce qui lui avait donné cette apparence grotesque. Branston avait consulté les mages les plus réputés et les spécialistes en malédiction les plus compétent (c’est à dire ceux encore en vie après avoir manipuler des forces obscures) et tous étaient formel : le sort ne pouvait être lever que par la mise à mort de la sorcière. C’est pour cela qu’il avait recruter l’équipe en payant le prix fort.<br />
<br />
Melyda était un peu déçu : ce genre de magie de transformation n’était pas trop son genre. Elle espérait cependant que la sorcière possède quelques grimoires qui pourraient faire son bonheur. Shaun lui salivait déjà à l’idée de tout le matériel de sorcellerie qu’il pourrait revendre à bon prix au marché noir (ce genre de bibelot étant strictement interdit et pourtant fortement recherché). Despair lui priait les dieux pour que Hope ne se vexe pas si jamais ils croisaient une autre arme maudite.<br />
<br />
***<br />
<br />
Branston avait donnée à l’équipe l’endroit supposé ou la sorcière avait établit sa tanière. Il s’agissait d’une cabane perdue dans les marais de l’Ouest, entouré d’arbres morts ou pendait des ossements aussi bien animaux qu’humain. Melyda expliqua doctement a ses compagnons que c’était une façon pour les sorcières de baliser leur territoire, mais aussi plus pragmatiquement d’avoir des points repère pour s’y retrouver les jours ou le brouillard rendait la progression difficile.<br />
<br />
« Attends comment ça elle se repèrent aux ossements ? » demanda Shaun peu convaincu « C’est débile ! si elles ne voient pas à 3 mètres ça change rien !<br />
<br />
– Mais si imbécile ! déjà parce que les ossements sont en hauteur, donc au dessus de la nappe de brouillard, et en plus ce surtout le bruit qui les aides<br />
– Le bruit des os ? ça fait juste clac clac !<br />
– Pfff… pour un habitant des bois t’as pas l’air calé niveau techniques de chasse et pistage ! Elles percent les os et quand le vent souffle ça fait un sifflement, elles n’ont qu’a faire des trous differents et comme ça sa change le son ! »<br />
<br />
Shaun soupira : lui qui avait vécu en ville toute sa vie était totalement ignorant des trucs et astuces de la chasse et des campeurs. Tout ce qu’il avait besoin de savoir, c’était comment aligner une cible pour lui faire des gros trous dedans avec son arquebuse.<br />
<br />
La troupe arriva à moins d’une lieue de la cabane, et celle ci était déjà visible a travers le rideau d’arbres. Despair fit signe a ses compagnons de faire silence et s’avança en éclaireur. Il parvint sans bruit jusqu’a la porte dans le battant avait connu des jours meilleurs, et jeta un coup d’oeil rapide par la serrure.<br />
<br />
Il aperçut alors un oeil vitreux teinté de rouge qui l’observait.<br />
<br />
Il sursauta de frayeur, fit un bond en arrière et tira son fouet, prêt à combattre. Melyda et Shaun arrivèrent au pas de course, prêt eux aussi à combattre.<br />
<br />
La porte commença doucement à s’ouvrir, mais lorsqu’elle le fût totalement, les héros réalisèrent que la menace était… moins menaçante que prévu !<br />
<br />
« Beurk ! » dit Hope tandis que Despair la rattachait à sa ceinture. « c’est degueux ! y’a un œil planté dans la serrure !<br />
– Sans doute un truc de sorcière ? » demanda Shaun à l’intention de Melyda<br />
– Euh… nan pas vraiment. Ça c’est juste un truc de grosse psychopathe. Mais je suis d’accord c’est quand même dégeux.<br />
– Bon bah du coup on rentre ? Vous avez de quoi éclairer ? »<br />
<br />
Les deux elfes regardèrent l’humain avec dépit<br />
<br />
« Ah ouais d’accord… sympa les nyctalopes !<br />
– J’avoue que j’ai pas le réflexe lumière » dit Shaun<br />
– Moi idem » enchaîna Melyda »En plus pour de l’infiltration discrète c’est pas vraiment recommandé non ?<br />
– Hope ? tu peux pas faire de la lumière ?<br />
– Chouchou : je suis un fouet okey ? alors j’ai des tas de pouvoir super stylé, mais lampe torche c’est pas dans la liste !<br />
– Mais t’es bien un fouet de flamme ?<br />
– Oui ?<br />
– Et tu pourrais pas…. ?<br />
– …. ?<br />
– ….<br />
– … Oh ! » dit Hope en réalisant qu’effectivement quelques flammes feraient bien l’affaire.<br />
<br />
Hope s’anima comme un serpent et, toujours en étant rattaché à la ceinture de Despair, s’enflamma à son extrémité. La petite troupe s’engagea alors dans la cabane, inquiet d’y trouver encore plus d’horreur. L’endroit était absolument abominable : les murs dont le bois était pourri était couvert de symboles occultes et de traces de sang. De ci de là, des ossements étaient suspendu, et des morceaux de chairs en décomposition étaient déposés dans un coin dans la pièce, comme un écoeurant et monstrueux garde manger.<br />
<br />
« Je veux pas faire ma chochotte… » dit Hope le coeur au bord des lèvres « mais je crois que je me sens mal tellement sa fouette !<br />
– Hope, tu peux pas être malade ! » dit Shaun vindicatif<br />
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– Ah oui ? et pourquoi ça ? hein ? j’ai pas le droit d’être sensible ?<br />
– T’as pas de nez ! »<br />
<br />
Effectivement, emprisonnée dans le fouet, Hope était a l’abri de la plupart des stimulus sensoriels. Elle réalisa alors que c’était très certainement un effet psychosomatique qui l’avait ainsi indisposée.<br />
<br />
« Dites les amis ? » demanda Melyda « on est vraiment obligé de faire 10min de digression à chaque étape ? »<br />
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***<br />
<br />
Les joueurs se regardèrent.<br />
<br />
« Bon ça va, on rigole !<br />
– Ouais mais à chaque fois ! c’est lourd !<br />
– Relax, c’est juste du roleplay…<br />
– Non c’est pas du roleplay ! c’est juste être des gros lourds ! vos persos c’est toujours la même chose : un ramassi de grande de gueule qui pète la tronche à tout ceux qui leur parlent une octave trop haut mais qui respectent même pas leur propre Dieux ! »<br />
<br />
Le maitre du jeu (alias le MJ) senti qu’il devait intervenir.<br />
<br />
« Okey okey ! je vous propose un truc : on fait un jet de dé pour savoir qui remporte cette discution et c’est le gagnant qui donne le ton pour la suite okey ? »<br />
<br />
Oui collectif des joueurs.<br />
<br />
« Je commence ! Ah merde 8 ! mais il est maudit ce dé ou quoi ?<br />
– C’est ton dé je te signal… regarde le miens il me sort un joli petit 12<br />
– Ouais, et comme t’as des stats de merde en bluff c’est du pareil au même !<br />
– Comment ça bluff ? MJ : c’est un jet de diplomatie qu’on fait ?<br />
– Mais non c’est bluff ! »<br />
<br />
Le MJ resta muet. Il n’avait donnée aucune consigne spéciale pour ce tirage de dé, et soit il reconnaissait les fait et passait pour un incompétent, soit il prenait parti pour l’un ou l’autre en esperant qu’aucun ne se rendent compte de la supercherie.<br />
<br />
« Euh… j’avais dit bluff bien sûr !<br />
<br />
– Mais je croyais que le bluff c’était un stratagème mensonger pour induire en erreur, or là il s’agit de convaincre du bien fondé d’une idée, donc de la diplomatie ?<br />
– Ah… euh…oui oui oui ! bien sûr ! effectivement si tu le joues comme ça c’est de la diplomatie évidement ! »<br />
<br />
Le MJ lu dans le regard de ses joueurs que ces derniers l’avaient démasqué. Heureusement, il bénéficia de cette maxime bien connu des rolistes qui veut que le MJ ait quoi qu’il arrive toujours raison, même lorsqu’il se contredit.<br />
<br />
Au final, les gagnants furent ceux qui voulaient voir avancer l’intrigue…<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis que le groupe parlait, un des cercles magique se mit à briller, et les morceaux de chairs entasser dans le coin prirent la forme d’un golem de chair.<br />
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« EN POSITION ! » hurla Despair en esperant que cela inspire ses camarades<br />
<br />
***<br />
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« Attends mais pourquoi ça nous inspirerai ? » demanda le joueur de Melyda<br />
– Euh…<br />
– il faut un atout spécial pour pouvoir faire ça en plus ? pas vrai MJ ? »<br />
<br />
Ce dernier était en train de se servir un verre de soda tout en mordant dans une part de pizza, et n’avait absolument pas prêter attention à la conversation. Cependant, il devait donner le change :<br />
<br />
« Ca dépend : il peut faire un habillage avec une autre compétence si jamais il paye des points d’énergie ! »<br />
<br />
Cette règle très permissive avait sauver la vie et la crédibilité du MJ plus d’une fois. En plus, cela lui permettait de ne pas avoir à se rappeler les 3/4 des atouts du jeu.<br />
<br />
« Par contre tu dois faire au dessus de 30 ! » menaça-t-il<br />
<br />
Les joueurs se regardèrent méfiant. Un score de 30 commençait à être compliqué à faire, mais plus encore, ils se demandaient quel complexe procédé avait amené le MJ a annoncer un tel seuil à atteindre. Bien entendu, il ignorait que ce dernier avait défini le score totalement au hasard en se basant sur la moyenne des jets précédent et en gonflant un peu le tout pour donner à l’action un côté « balaise ».<br />
<br />
« 20 NAT ! » hurla le joueur de Despair en levant les bras victorieux « on est bon les gars ! »<br />
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***<br />
<br />
Le trio se mit si efficacement en position qu’on aurait put croire que cela faisait des années qu’ils combattaient ensemble. Cette synergie était tel que c’était presque comme si chacun pouvait d’un regard expliquer ce qu’il allait faire aux autres et ainsi agir en conséquence…<br />
<br />
***<br />
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« Bon bah moi je tire ! » dit le joueur de Shaun<br />
– Attend : je vais faire un sort ! » dit le joueur de Mélyda<br />
– Hey mais attendez on à pas oublié l’initiative ? » demanda le joueur de Despair.<br />
<br />
Tous regardèrent le MJ qui avait profité que le joueur soient occupé pour lire un mail sur son smartphone.<br />
<br />
« Euh… non mais c’est bon » dit il en gardant les yeux sur son mobile « grace au 20 nat de Despair, vous avez l’initiative automatique !<br />
– c’est logique ça ? » demanda le joueur de Mélyda<br />
– Moi je m’en fou de l’initiative de toute façon je tire… » enchaîna platoniquement le joueur de Shaun.<br />
– Hey mais au fait toi pour ton sort : tu dois pas canaliser un tour avant ? questionna le joueur de Despair<br />
– Non : j’ai débloqué une compétence de sort rapide<br />
– Han c’est chanmé ça ! MJ ? je pourrais prendre ça sur ma prochaine monté de niveau ? »<br />
<br />
Mais le MJ qui était retourné à la lecture de son mail manqua l’information et se contenta de faire signe au joueur d’enchaîner sans attendre…<br />
<br />
***<br />
<br />
« MEUUUUUURS !! » hurla Shaun en tirant une salve de son arquebuse dans un torrent d’éclair violet. Parfaitement ajusté, le tir que l’elfe avait réalisé à l’instinct et quasiment sans effort, explosa le bras gauche de la créature qui disparut en toutes petites particules.<br />
<br />
Ce fût au tour de la magicienne d’agir : canalisant des forces mystique entre ces mains, elle projeta une onde de glace vers la créature afin d’entraver ses mouvements. Le Golem de chair tenta de faire un pas en avant, mais il ne réussi qu’a s’arracher le pied (celui ci étant coincé dans une épaisse gangue de glace magique brillante comme du diamant).<br />
<br />
C’était à Despair d’agir : il prit 3 pas d’elan, bondit en l’air et porta un uppercut lourd et appuyer sur le golem. Maintenant au contact, il le mitrailla d’une série de petit coup de poing rapide et enchaîna avec un coup de pied fouetté qui avait pour but de le mettre au sol (ce qui était facilité par le fait que la créature avait perdue un pied).<br />
<br />
Despair enroula Hope autour de son poing pour s’en faire un gant de frappe improvisé et mis toute sa force dans une dernière attaque dévastatrice…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Hey mais attend ! t’as combien d’action par tour toi ? » demanda le joueur de Mélyda<br />
– Bah j’ai mon action normale, une action combinée, avec mon atout de vitesse j’ai droit à une frappe avec un malus de -4 que je compense avec mon atout « combattant rapide », j’ai une action supplémentaire en fin de tour et puis un overmove en payant 2 points d’énergie » répondit le joueur de Despair<br />
– Les Overmove c’est dans Shift banane !<br />
– Sérieux ? MJ ? »<br />
<br />
Les joueurs constatèrent que le MJ, vautré dans son fauteuil, était en train de somnoler. Il faut dire que cela faisait 4 heures que la partie avait commencée, et que malgré tout le soda qu’il avait ingurgité, la fatigue était en train de gagner du terrain.<br />
<br />
Le joueur de Shaun tapota l’épaule du MJ qui se réveilla dans un sursaut.<br />
<br />
« MJ : les overmove on est d’accord que c’est Shift ? pas Voix du Fléau ? »<br />
<br />
Le maitre du jeu qui venait tout juste d’émerger se mit à cogiter à toute vitesse. La question n’était pas dure en soit, mais son état de fatigue rendait son jugement beaucoup plus hasardeux.<br />
<br />
« Je vous l’autorise sur la partie » décida t-il, certain d’avoir fait le bon choix<br />
– Ah ouais mais dans ce cas moi aussi je voulais faire un truc ! » dit le joueur de Melyda<br />
– Pareil ! » ajouta le joueur de Shaun<br />
<br />
– Bon bah c’est pas grave, faite votre overmove maintenant… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Au moment ou Despair allait frapper, Shaun arriva dans son dos en brandissant une épée qu’il planta dans la créature avec un cri de guerre barbare :<br />
<br />
« Yaaaaah ! MEURS SALOPERIE DE CREATURE DE MERDE !  »<br />
<br />
***<br />
<br />
« C’est quoi cette épée ? t’étais pas un archer normalement ? » demanda le joueur de Despair<br />
– C’est un stuff que j’ai choppé y’a 2 ou 3 parties : épée de rédempteur du Fléau qui ajoute +4 à mon attaque et qui inflige 2D6 de dégat explosif sur 5 !<br />
– Whaaa ! c’est violent ! mais t’as looter ça où ?<br />
– Euh je sais plus, je crois que j’ai buter un mec qui l’avait… bon de toute façon faut que je fasse mes dégats ! »<br />
<br />
Le joueur de Shaun attrapa une poigné de dé puis les lança. Il compta le score, puis relança tous les dé ayant fait 5 ou 6 et recommença l’opération. Après une dizaine de lancé, il termina enfin son calcul de dégats.<br />
<br />
« Bon bah si je rajoute ma posture de combat à l’épée, mon bonus d’arme de prédilection et mon talisman de « violence soutenue »… ça fait 148 points de dégâts ! »<br />
<br />
Le MJ regarda le bout de papier ou il avait griffonné à l’improviste les statistiques de sa créature. Celle-cit n’avait que 70 points de vie…<br />
<br />
« C’est pas mal ! » dit il « tu as bien blessé l’adversaire : mais attention car la créature se relève !<br />
– P’tain je le savais ! » dit le joueur de Melyda « ça c’est un boss avec au moins 1500 PV !<br />
– En plus c’est une créature mort vivante, elle doit avoir de la régénération ! » ajouta le joueur de Despair.<br />
<br />
Le MJ n’y avait pas songé, mais l’idée de régénération était exactement ce qu’il lui fallait. Tout en reprennant la narration, il lança sur son PC une musique épique annonciatrice d’un retournement de situation…<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis que Shaun retirait son épée du corps de la créature, celle ci se mit à rugir avec férocité. Le moignon qui lui servait de bras et celui qui marquait l’absence de son pied se mirent à frémir et à suppurer, laissant s’écouler un liquide blanc charriant pustules et vers…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Ah nan c’est dégueulasse ! je fini ma pizza là ! »<br />
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***<br />
<br />
… laissant s’écouler une substance noire qui prit la forme des membres manquant. Le tout prit moins d’une minute…<br />
<br />
***<br />
<br />
« J’attaque ! » hurla le joueur de Shaun<br />
– Nan mais attend ! » dit le MJ « c’est un passage narratif<br />
– Ouais mais on s’en fou : je vais pas rester planté devant la bestiole et la laisser se régénérer. Donc je la dérouille pendant qu’elle est encore par terre !<br />
– Ah ouais clair ! moi aussi » dit le joueur de Despair<br />
– Je canalise » dit pragmatiquement le joueur de Mélyda.<br />
– Nan mais vous pouvez pas » insista le MJ « c’est un passage narratif<br />
– Sérieux c’est pas logique : en plein combat on va pas s’arrêter comme ça » insista le joueur de Shaun<br />
– Clair ! » ajouta le joueur de Despair<br />
– Moi je canalise quoi qu’il arrive » précisa le joueur de Mélyda.<br />
<br />
– MAIS JE VOUS DIS QUE C’EST UN PASSAGE NARRATIF ! c’est comme une cinématique de jeu vidéo ! »<br />
<br />
Le MJ allait perdre son calme. Cependant, il décida de se montrer plus malin :<br />
<br />
« On va faire un truc : vous me faites tous un jet d’initiative, ceux qui font plus 50 peuvent agir ! »<br />
<br />
Certains d’avoir berné son monde, il regarda ses joueurs grimacé tout en lançant leurs dés<br />
<br />
« Yes ! 20 nat ! » hurla le joueur de Despair<br />
– Oh purée : pareil ! » dit le joueur de Mélyda<br />
– Triplette magique ! moi aussi j’ai fait 20 nat ! » conclut le joueur de Shaun.<br />
<br />
***<br />
<br />
Mais enfin de compte, ce qui semblait être une régénération n’était qu’une crise violente et soudaine de dégénération : le sortilège maléfique qui maintenait la créature assemblée s’emballa et la déforma sans aucune logique jusqu’a ce qu’elle explose, courant nos héros de sang et de viscères pourries.<br />
<br />
Stoiquement, Despair retira de son visage ce qui semblait être un morceau de pancréas puis se tourna vers ses amis victorieux :<br />
<br />
« On l’a eut les gars ! »<br />
<br />
La vaillante équipe entreprit alors de continuer à fouiller l’endroit, mais ils ne trouvèrent rien de significatif. Ils étaient au bon endroit, mais aucune trace de la sorcière si ce n’est tout le bric a brac magique accumulé…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Bon on fait quoi ? » demanda le joueur de Despair<br />
– Faut continuer à fouiller c’est forcement ici » dit le joueur de Mélyda<br />
– Et si on foutait le feu ? » proposa le joueur de Shaun<br />
– Pourquoi ça ?<br />
– Si jamais y’a un indice important ça sera le seul truc qui resistera au feu !<br />
<br />
– Oh pas con !<br />
<br />
– Mais si c’est con ! » dit le MJ « vous allez quand même pas faire ça en vous disant que je vais épargner les indices quand même ?<br />
– Ca serait logique non ?<br />
<br />
– Ca serait surtout débile ! a ce tarif là j’ai qu’a vous donner l’indice direct ! ta solution elle à pas de cohérence dans l’univers du jeu.<br />
– Ouais mais on s’en fou c’est pour aller plus vite. »<br />
<br />
Perdant patience, le MJ demanda à tout le monde un jet de perception<br />
<br />
***<br />
<br />
« Hey regardez ce que je viens de trouver ! » dit Mélyda dont le regard perçant avait trouvé quelque chose.<br />
<br />
Dans le coin opposé de la pièce, il y avait une petite cachette sous le sol entre deux latte du plancher. La magicienne y découvrit ce qu’elle pensait être un grimoire, mais qui n’était en fait qu’un journal relatant les experiences de magie auquel se livrait la sorcière.<br />
<br />
« Ah bah ça alors ! » dit Mélyda « cette fichue sorcière se livrait à une magie peu commune pour se transformer en créature nécrophage : elle transformait des gens en créature pour s’accaparer leur énergie humaine et animer un monstre de chair. Dans les dernières pages elle raconte qu’elle va transferer son ame dedans et devenir ainsi une créature surpuissante et immortelle… »<br />
<br />
Les 3 héros se tournèrent vers ce qui restait du Golem de chair.<br />
<br />
« Ouais bah c’était vraiment une connasse ! » dit Shaun avec philosophie.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Trop fort ! en fait on à défoncé la sorcière sans le savoir ! » dit le joueur de Despair<br />
– Un peu facile, mais à la limite ça m’arrange : il est tard<br />
<br />
– Ah ouais bien vu, MJ on à de l’XP ?<br />
<br />
– Une seconde les gars : épilogue peut être ?<br />
<br />
– Ouais mais fissa alors hein ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
Les héros retournèrent en ville ou ils furent félicité par leur commanditaire. Despair reçut une lettre de recommandation, Shaun un coffret plein d’or, et Mélyda un artefact antique renforçant les sorts de glace. La petite troupe s’en alla vers l’horizon, certains qu’une prochaine aventure ne manquerait pas d’arriver sur leur chemin…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Fin ! » dit le MJ<br />
<br />
– Cool » dit le joueur de Shaun « avec ça je vais pouvoir m’acheter du matos<br />
<br />
– Comme si t’en avais besoin » ironisa le joueur de Despair<br />
– Bon les gars on se fait la suite quand ? » demanda le joueur de Mélyda « MJ t’es dispo samedi ? »<br />
<br />
Ce dernier réflechit un instant. Certes il était libre, mais il n’aurait pas le temps de rédiger un scénario et devrait improvisé.<br />
<br />
« Nickel : en plus ça tombe bien j’ai un scénario qui fait le prolongement de celui de ce soir !<br />
– Ah ! je savais bien que c’était trop simple : tu nous à encore mijoter une intrigue à tiroir ! » dit le joueur de Shaun<br />
– Hey ! si je ne préparais pas un minimum mes parties, je ne serai pas un aussi bon MJ pas vrai ? »<br />
<br />
Les 3 amis acquiescent en souriant.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Les bitos du donjon**<br />
<br />
Pour attendre la fin de l’orage, les aventuriers avaient trouvé refuge dans une taverne tout aussi typique que son nom « Au bon accueil de Lywen ». Comprenez bien que chaque ville, chaque village, comporte au moins un établissement portant ce nom, sans pour autant que ça soit la franchise d’une quelconque guilde. Simple tradition du milieu dirons nous…<br />
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La salle puait l’humidité et le chien mouillé, notamment à cause de tous les homme bêtes (mi homme mi ours ou bien mi homme mi sanglier) qui avaient envahi la salle lorsque les premières gouttes se mirent à tomber. Mais le tavergiste (nommé ainsi car personne ne savait s’il fallait l’appeler « tavernier » ou « aubergiste ») n’en avait que faire, puisqu’une salle aussi bondée, c’était la promesse d’une belle recette. Les serveuses ne chômaient pas, apportant des énormes bock de bière et des jambons braisés à toute allure à des clients assoiffés et affamés.<br />
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Despair lui, touillait le contenue de son verre avec une cuillère en le buvant à petite allure tout en jetant des regards perdu à droite à gauche…<br />
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« Hey ! Qu’est ce que tu mattes ? » demanda une voix féminine venant de sa ceinture<br />
– Mais rien voyons !<br />
– C’est la petite serveuse c’est ça ? » insista la voix qui semblait fâchée<br />
– Mais pas du tout loulou, pourquoi je…<br />
– LES MECS ! vous êtes tous pareils ! dès qu’un jupon passe…<br />
– Mais je t’assure que je regardais pas la serv….<br />
– Tais toi ! » hurla la voix folle de jalousie « tu fais ça sous mon nez en plus ! ça te plait de me faire du mal comme ça ? » dit la voix avec un début de sanglot.<br />
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Les autres convives autour de la table se regardaient, mal à l’aise, en essayant de comprendre ce qui se passait.<br />
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« Euh… tu as un soucis avec ta ceinture ? » demanda la magicienne avec dédain<br />
– Euh nan nan, t’inquiète, elle est tout le temps comme ça.<br />
– Ta ceinture est tout le temps jalouse ?<br />
– Nan c’est pas ma ceinture : c’est un fouet » répondit Despair<br />
– Ton fouet est tout le temps jaloux ?<br />
– Alors comme ça je ne suis qu’un fouet c’est ça ? » enchaîna la voix<br />
– Rah ! Hope ! tu vois bien que là je passe pour un débile !<br />
– Et moi pour quoi alors ? » continua Hope « Tu me traites comme un objet !<br />
– Mais T’ES un objet ! »<br />
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Lorsque Despair termina sa phrase, il ferma les yeux de dépit conscient de ce qu’il venait de déclencher : une bonne grosse crise de larme.<br />
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« T’es un salaud ! » dit Hope la voix pleine de sanglot « moi je me met en quatre pour toi, je fais des efforts, je me fais belle… mais toi tu me vois juste comme… comme… comme…<br />
– Hope arrête : t’es rayé<br />
– J’AI PAS FINI ! » dit elle d’une voix forte avant d’enchaîner avec sa petite voix sanglotante « tu me  vois juste comme une femme superbe que tu veux mettre dans ton lit….<br />
– Mais loulou c’est pas ma faute si t’es une succube enfermé dans une arme maudite !<br />
– C’EST DE LA MIENNE PEUT ÊTRE !?<br />
– Bah techniquement un peu » compléta l’archer elfe assit face à la magicienne et qui s’était avéré jusque là extrêmement taciturne. « D’ailleurs on dit pas UN succube normalement ? »<br />
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Si Hope avait eu des yeux, ils auraient lancé des éclairs.<br />
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« Euh l’écoute pas loulou, il sait pas de quoi il parle ! » dit Despair en faisant signe à l’elfe de se taire « Tu sais quoi après la mission pour me faire pardonner je t’achèterai un bijou !<br />
– C’est vrai !? » dit Hope d’une voix douce « Oh mon chouchou t’es trop gentil !<br />
– Mais non c’est normal : tu es ma petite princesse, tu mérites que je te gatte.<br />
– Hihihi oui c’est un peu vrai… alors j’aimerai bien une belle topaze monté sur une chaîne d’argent… ou un rubis ? qu’est ce qui m’irait le mieux ?<br />
– Mais tout te vas à ravir bébé : c’est les bijoux qui ne sont pas à ton niveau ! »<br />
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Despair, plutôt content d’avoir rattrapé le coup avec Hope, savoura sa gorgée suivante de café aromatisé à la bière, recette de sa fabrication qui était l’une des seules choses capable de lui permettre de tenir la route dans la vie stressante d’aventurier.<br />
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Impatiente, la magicienne pressa ses deux compères :<br />
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« Bon dites donc les gars : on attend quoi là ? elle va pas se faire toute seule cette quête !<br />
– Du calme » répondit l’elfe « on va pas sortir sous la pluie quand même ?<br />
– Je m’en fiche de la pluie : je suis une Mymosyne, et l’eau est mon élément naturel.<br />
– Bah moi je suis un elfe des bois<br />
– Oh ? et vous n’aimez pas avoir les cheveux mouillés ? » demanda la magicienne<br />
– Doucement les gars… » murmura Despair « On à plutôt intérêt à rester solidaire pas vrai ? »<br />
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L’Elfe dévisagea la Mymosyne puis acquiesça.<br />
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« Ouais… t’as pas tort » ajouta t-il « … bon mais du coup c’est quoi exactement cette quête ? »<br />
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Il est vrai que Shaun l’Elfe et Melyda la mymosyne n’avait pas fait un voyage de 30 lieues de distance pour simplement tailler le bout de gras avec Despair et son drôle de fouet. Là c’était du sérieux car il était question d’argent, d’artefact ainsi que de pouvoir massacrer moult créatures dangereuses.<br />
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C’était du moins ce que promettait l’annonce qui avait motivé la réunion de ce drôle de groupe.<br />
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Chacun d’entre eux avait reçut une rune magique de message l’informant qu’il devait se rendre au plus vite à Whisper Hill pour une mission de la plus haute importance, et qu’il ferait équipe avec 2 autres aventuriers, chacun étant choisit pour ses compétences particulières.<br />
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« Vous savez qui est le client ? » demanda Melyda tout en tortillant ses longs cheveux entre ses doigts « Je n’ai pas réussie à le retracer magiquement et…<br />
– Blablabla… nan mais écoutez là celle là ! » dit Shaun qui se mit ensuite à imiter la voix de la jeune femme « ouh la la ! je suis une mymosyne ! j’ai la peau bleu et je fais de la magie depuis que j’ai 3 ans ! »<br />
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Il était vrai aussi que les elfes d’eau, appelée plus couramment des mymosynes, étaient de puissantes magiciennes. Nous laisserons cependant à l’appréciation de Shaun l’idée comme quoi elles seraient pimbêche.<br />
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Mais tandis que le groupe se disputait, un étranger dont le visage était dissimulé sous une lourde capuche s’installa à leur table. Le trio se tût immédiatement, fixant l’étranger avec un mélange d’interrogation et de réprobation.<br />
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« C’est lui ? » demanda Melyda à voix basse et sans quitter l’étranger des yeux<br />
– Moi je crois plutôt que c’est un clodo… » dit Shaun<br />
– J’avoue, je mise aussi sur le clodo » ajouta Despair<br />
– En tout cas il fouette ! » ajouta Hope dans un mélange de complainte et de jeu de mot<br />
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L’étranger resta silencieux.<br />
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« Euh… dis moi mon brave » dit Shaun « Si t’es pas notre commanditaire ça serait bien que tu foutes le camp de là parce que tu pète l’ambiance qui était déjà assez mal au point !<br />
– Ne les écoutez pas ! » dit Melyda « ce sont des rustres ! ils ne comprennent rien à la subtilité !<br />
– Et ma main dans ta gueule : c’est assez subtil pour toi ? » répondit Shaun agacé<br />
– Oh nan vous allez pas remettre ça ! » dit Despair en ravalant une gorgé de son bock qui commençait dangereusement à s’approcher du fond. « Si c’est le client on à l’air de quoi ?<br />
– Mais c’est pas le client je te dis ! c’est un clodo ! » insista Shaun<br />
– Et SI c’est le client ?<br />
– Et ben si c’est le client il aurait ouvert la bouche et serait pas en train de piquer du jambon sur la table comme s’il était invité !<br />
– Alors là ça dépend » dit Melyda »si c’est le client et qu’il est fatigué, c’est normal qu’il ait envie d’un petit frichti non ? il à dut faire pas mal de route ?<br />
– J’avoue elle à pas tort » compléta Despair<br />
– Ah ouais mais en fait vous êtes vraiment ultra débile ? C’est un clodo qui nous taxe du jambon ! il dit rien parce qu’il est sans doute bourré à l’hydromel de dragon ou alors parce qu’il parle pas la langue !<br />
– Dans ce cas que ferait il dans le coin ? » questionna Despair « si le mec c’est un touriste pas parler la langue c’est chaud quand même ?<br />
– Mais j’en sais rien moi. De toute façon j’ai pas dit que c’était un touriste ! j’ai dit que c’était un clodo !<br />
– Mais à la fin, c’est quoi cette obsession avec les clodos ? » demanda Melyda « on dirait que t’es bloqué sur cette idée et tu ne veux pas en démordre ?<br />
– Peut être parce que tout simplement ça fait 5min qu’y a un clodo assit à notre table qui se tortore notre bectance sous notre nez et qu’on ne dit rien alors qu’il faudrait lui foutre un bon coup de pompe dans le cul !<br />
– Euh… c’est pas cool mec » dit Despair avant de se tourner vers le supposé commanditaire « nan c’est vrai, même si c’est un vrai clodo il mérite pas qu’on le dérouille… et puis franchement le jambon il est pas fameux…<br />
– C’est vrai qu’il manque d’un petit quelque chose » commenta Melyda « un bon quart d’heure de cuisson : facile !<br />
– Bon puisque vous voulez rien faire, démerdez vous avec lui, moi je vais me chercher une choppe » conclut Shaun.<br />
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L’elfe se leva et se dirigea vers le comptoir en bousculant sans ménagement ceux qui lui barraient la route.<br />
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Melyda se tourna vers l’étranger et se fit mielleuse.<br />
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« Je suis Vraaaaaiment désolé messire… notre compagnon est un vrai bougon. Mais soyez assuré qu’il remplira bien sa tache…<br />
– Ouais carrement… » ajouta Despair sans trop savoir quoi dire ensuite.<br />
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L’étranger abaissa enfin sa capuche et révéla un visage… porcin !<br />
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En effet, si le reste de son corps semblait humain, son visage était celui d’un cochon dont les babines baveuses bruissaient sous l’action de sa langue qui s’agitait comme s’il voulait parler. Pragmatiquement, l’homme cochon tira de sa lourde veste de cuir brun un morceau de papier froissé qu’il tendit à Despair qui se mit aussitôt à le lire à voix haute :<br />
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« Je suis… Bral… Braul… désolé mais c’est super mal écrit !<br />
– Une vraie écriture de cochon ! » commenta Hope bien décidé à être au taquet sur la moindre blague<br />
– Nan mais l’écoutez pas… » murmura Despair.<br />
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Il fallut un peu de temps à ce dernier pour décrypté le message, mais il y parvint et put expliquer à ses compagnons la situation, et notamment à Shaun qui fût étonné de voir un cochon a la table, et plus encore de constater que ce dernier avait avaler sans trembler plusieurs tranchettes de jambon.<br />
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Le commanditaire, Branston Riccomèto, membre d’une prestigieuse guilde marchande, avait été maudit par une sorcière des environs ce qui lui avait donné cette apparence grotesque. Branston avait consulté les mages les plus réputés et les spécialistes en malédiction les plus compétent (c’est à dire ceux encore en vie après avoir manipuler des forces obscures) et tous étaient formel : le sort ne pouvait être lever que par la mise à mort de la sorcière. C’est pour cela qu’il avait recruter l’équipe en payant le prix fort.<br />
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Melyda était un peu déçu : ce genre de magie de transformation n’était pas trop son genre. Elle espérait cependant que la sorcière possède quelques grimoires qui pourraient faire son bonheur. Shaun lui salivait déjà à l’idée de tout le matériel de sorcellerie qu’il pourrait revendre à bon prix au marché noir (ce genre de bibelot étant strictement interdit et pourtant fortement recherché). Despair lui priait les dieux pour que Hope ne se vexe pas si jamais ils croisaient une autre arme maudite.<br />
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Branston avait donnée à l’équipe l’endroit supposé ou la sorcière avait établit sa tanière. Il s’agissait d’une cabane perdue dans les marais de l’Ouest, entouré d’arbres morts ou pendait des ossements aussi bien animaux qu’humain. Melyda expliqua doctement a ses compagnons que c’était une façon pour les sorcières de baliser leur territoire, mais aussi plus pragmatiquement d’avoir des points repère pour s’y retrouver les jours ou le brouillard rendait la progression difficile.<br />
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« Attends comment ça elle se repèrent aux ossements ? » demanda Shaun peu convaincu « C’est débile ! si elles ne voient pas à 3 mètres ça change rien !<br />
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– Mais si imbécile ! déjà parce que les ossements sont en hauteur, donc au dessus de la nappe de brouillard, et en plus ce surtout le bruit qui les aides<br />
– Le bruit des os ? ça fait juste clac clac !<br />
– Pfff… pour un habitant des bois t’as pas l’air calé niveau techniques de chasse et pistage ! Elles percent les os et quand le vent souffle ça fait un sifflement, elles n’ont qu’a faire des trous differents et comme ça sa change le son ! »<br />
<br />
Shaun soupira : lui qui avait vécu en ville toute sa vie était totalement ignorant des trucs et astuces de la chasse et des campeurs. Tout ce qu’il avait besoin de savoir, c’était comment aligner une cible pour lui faire des gros trous dedans avec son arquebuse.<br />
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La troupe arriva à moins d’une lieue de la cabane, et celle ci était déjà visible a travers le rideau d’arbres. Despair fit signe a ses compagnons de faire silence et s’avança en éclaireur. Il parvint sans bruit jusqu’a la porte dans le battant avait connu des jours meilleurs, et jeta un coup d’oeil rapide par la serrure.<br />
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Il aperçut alors un oeil vitreux teinté de rouge qui l’observait.<br />
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Il sursauta de frayeur, fit un bond en arrière et tira son fouet, prêt à combattre. Melyda et Shaun arrivèrent au pas de course, prêt eux aussi à combattre.<br />
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La porte commença doucement à s’ouvrir, mais lorsqu’elle le fût totalement, les héros réalisèrent que la menace était… moins menaçante que prévu !<br />
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« Beurk ! » dit Hope tandis que Despair la rattachait à sa ceinture. « c’est degueux ! y’a un œil planté dans la serrure !<br />
– Sans doute un truc de sorcière ? » demanda Shaun à l’intention de Melyda<br />
– Euh… nan pas vraiment. Ça c’est juste un truc de grosse psychopathe. Mais je suis d’accord c’est quand même dégeux.<br />
– Bon bah du coup on rentre ? Vous avez de quoi éclairer ? »<br />
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Les deux elfes regardèrent l’humain avec dépit<br />
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« Ah ouais d’accord… sympa les nyctalopes !<br />
– J’avoue que j’ai pas le réflexe lumière » dit Shaun<br />
– Moi idem » enchaîna Melyda »En plus pour de l’infiltration discrète c’est pas vraiment recommandé non ?<br />
– Hope ? tu peux pas faire de la lumière ?<br />
– Chouchou : je suis un fouet okey ? alors j’ai des tas de pouvoir super stylé, mais lampe torche c’est pas dans la liste !<br />
– Mais t’es bien un fouet de flamme ?<br />
– Oui ?<br />
– Et tu pourrais pas…. ?<br />
– …. ?<br />
– ….<br />
– … Oh ! » dit Hope en réalisant qu’effectivement quelques flammes feraient bien l’affaire.<br />
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Hope s’anima comme un serpent et, toujours en étant rattaché à la ceinture de Despair, s’enflamma à son extrémité. La petite troupe s’engagea alors dans la cabane, inquiet d’y trouver encore plus d’horreur. L’endroit était absolument abominable : les murs dont le bois était pourri était couvert de symboles occultes et de traces de sang. De ci de là, des ossements étaient suspendu, et des morceaux de chairs en décomposition étaient déposés dans un coin dans la pièce, comme un écoeurant et monstrueux garde manger.<br />
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« Je veux pas faire ma chochotte… » dit Hope le coeur au bord des lèvres « mais je crois que je me sens mal tellement sa fouette !<br />
– Hope, tu peux pas être malade ! » dit Shaun vindicatif<br />
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– Ah oui ? et pourquoi ça ? hein ? j’ai pas le droit d’être sensible ?<br />
– T’as pas de nez ! »<br />
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Effectivement, emprisonnée dans le fouet, Hope était a l’abri de la plupart des stimulus sensoriels. Elle réalisa alors que c’était très certainement un effet psychosomatique qui l’avait ainsi indisposée.<br />
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« Dites les amis ? » demanda Melyda « on est vraiment obligé de faire 10min de digression à chaque étape ? »<br />
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Les joueurs se regardèrent.<br />
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« Bon ça va, on rigole !<br />
– Ouais mais à chaque fois ! c’est lourd !<br />
– Relax, c’est juste du roleplay…<br />
– Non c’est pas du roleplay ! c’est juste être des gros lourds ! vos persos c’est toujours la même chose : un ramassi de grande de gueule qui pète la tronche à tout ceux qui leur parlent une octave trop haut mais qui respectent même pas leur propre Dieux ! »<br />
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Le maitre du jeu (alias le MJ) senti qu’il devait intervenir.<br />
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« Okey okey ! je vous propose un truc : on fait un jet de dé pour savoir qui remporte cette discution et c’est le gagnant qui donne le ton pour la suite okey ? »<br />
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Oui collectif des joueurs.<br />
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« Je commence ! Ah merde 8 ! mais il est maudit ce dé ou quoi ?<br />
– C’est ton dé je te signal… regarde le miens il me sort un joli petit 12<br />
– Ouais, et comme t’as des stats de merde en bluff c’est du pareil au même !<br />
– Comment ça bluff ? MJ : c’est un jet de diplomatie qu’on fait ?<br />
– Mais non c’est bluff ! »<br />
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Le MJ resta muet. Il n’avait donnée aucune consigne spéciale pour ce tirage de dé, et soit il reconnaissait les fait et passait pour un incompétent, soit il prenait parti pour l’un ou l’autre en esperant qu’aucun ne se rendent compte de la supercherie.<br />
<br />
« Euh… j’avais dit bluff bien sûr !<br />
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– Mais je croyais que le bluff c’était un stratagème mensonger pour induire en erreur, or là il s’agit de convaincre du bien fondé d’une idée, donc de la diplomatie ?<br />
– Ah… euh…oui oui oui ! bien sûr ! effectivement si tu le joues comme ça c’est de la diplomatie évidement ! »<br />
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Le MJ lu dans le regard de ses joueurs que ces derniers l’avaient démasqué. Heureusement, il bénéficia de cette maxime bien connu des rolistes qui veut que le MJ ait quoi qu’il arrive toujours raison, même lorsqu’il se contredit.<br />
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Au final, les gagnants furent ceux qui voulaient voir avancer l’intrigue…<br />
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Tandis que le groupe parlait, un des cercles magique se mit à briller, et les morceaux de chairs entasser dans le coin prirent la forme d’un golem de chair.<br />
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« EN POSITION ! » hurla Despair en esperant que cela inspire ses camarades<br />
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« Attends mais pourquoi ça nous inspirerai ? » demanda le joueur de Melyda<br />
– Euh…<br />
– il faut un atout spécial pour pouvoir faire ça en plus ? pas vrai MJ ? »<br />
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Ce dernier était en train de se servir un verre de soda tout en mordant dans une part de pizza, et n’avait absolument pas prêter attention à la conversation. Cependant, il devait donner le change :<br />
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« Ca dépend : il peut faire un habillage avec une autre compétence si jamais il paye des points d’énergie ! »<br />
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Cette règle très permissive avait sauver la vie et la crédibilité du MJ plus d’une fois. En plus, cela lui permettait de ne pas avoir à se rappeler les 3/4 des atouts du jeu.<br />
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« Par contre tu dois faire au dessus de 30 ! » menaça-t-il<br />
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Les joueurs se regardèrent méfiant. Un score de 30 commençait à être compliqué à faire, mais plus encore, ils se demandaient quel complexe procédé avait amené le MJ a annoncer un tel seuil à atteindre. Bien entendu, il ignorait que ce dernier avait défini le score totalement au hasard en se basant sur la moyenne des jets précédent et en gonflant un peu le tout pour donner à l’action un côté « balaise ».<br />
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« 20 NAT ! » hurla le joueur de Despair en levant les bras victorieux « on est bon les gars ! »<br />
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Le trio se mit si efficacement en position qu’on aurait put croire que cela faisait des années qu’ils combattaient ensemble. Cette synergie était tel que c’était presque comme si chacun pouvait d’un regard expliquer ce qu’il allait faire aux autres et ainsi agir en conséquence…<br />
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« Bon bah moi je tire ! » dit le joueur de Shaun<br />
– Attend : je vais faire un sort ! » dit le joueur de Mélyda<br />
– Hey mais attendez on à pas oublié l’initiative ? » demanda le joueur de Despair.<br />
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Tous regardèrent le MJ qui avait profité que le joueur soient occupé pour lire un mail sur son smartphone.<br />
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« Euh… non mais c’est bon » dit il en gardant les yeux sur son mobile « grace au 20 nat de Despair, vous avez l’initiative automatique !<br />
– c’est logique ça ? » demanda le joueur de Mélyda<br />
– Moi je m’en fou de l’initiative de toute façon je tire… » enchaîna platoniquement le joueur de Shaun.<br />
– Hey mais au fait toi pour ton sort : tu dois pas canaliser un tour avant ? questionna le joueur de Despair<br />
– Non : j’ai débloqué une compétence de sort rapide<br />
– Han c’est chanmé ça ! MJ ? je pourrais prendre ça sur ma prochaine monté de niveau ? »<br />
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Mais le MJ qui était retourné à la lecture de son mail manqua l’information et se contenta de faire signe au joueur d’enchaîner sans attendre…<br />
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« MEUUUUUURS !! » hurla Shaun en tirant une salve de son arquebuse dans un torrent d’éclair violet. Parfaitement ajusté, le tir que l’elfe avait réalisé à l’instinct et quasiment sans effort, explosa le bras gauche de la créature qui disparut en toutes petites particules.<br />
<br />
Ce fût au tour de la magicienne d’agir : canalisant des forces mystique entre ces mains, elle projeta une onde de glace vers la créature afin d’entraver ses mouvements. Le Golem de chair tenta de faire un pas en avant, mais il ne réussi qu’a s’arracher le pied (celui ci étant coincé dans une épaisse gangue de glace magique brillante comme du diamant).<br />
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C’était à Despair d’agir : il prit 3 pas d’elan, bondit en l’air et porta un uppercut lourd et appuyer sur le golem. Maintenant au contact, il le mitrailla d’une série de petit coup de poing rapide et enchaîna avec un coup de pied fouetté qui avait pour but de le mettre au sol (ce qui était facilité par le fait que la créature avait perdue un pied).<br />
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Despair enroula Hope autour de son poing pour s’en faire un gant de frappe improvisé et mis toute sa force dans une dernière attaque dévastatrice…<br />
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***<br />
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« Hey mais attend ! t’as combien d’action par tour toi ? » demanda le joueur de Mélyda<br />
– Bah j’ai mon action normale, une action combinée, avec mon atout de vitesse j’ai droit à une frappe avec un malus de -4 que je compense avec mon atout « combattant rapide », j’ai une action supplémentaire en fin de tour et puis un overmove en payant 2 points d’énergie » répondit le joueur de Despair<br />
– Les Overmove c’est dans Shift banane !<br />
– Sérieux ? MJ ? »<br />
<br />
Les joueurs constatèrent que le MJ, vautré dans son fauteuil, était en train de somnoler. Il faut dire que cela faisait 4 heures que la partie avait commencée, et que malgré tout le soda qu’il avait ingurgité, la fatigue était en train de gagner du terrain.<br />
<br />
Le joueur de Shaun tapota l’épaule du MJ qui se réveilla dans un sursaut.<br />
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« MJ : les overmove on est d’accord que c’est Shift ? pas Voix du Fléau ? »<br />
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Le maitre du jeu qui venait tout juste d’émerger se mit à cogiter à toute vitesse. La question n’était pas dure en soit, mais son état de fatigue rendait son jugement beaucoup plus hasardeux.<br />
<br />
« Je vous l’autorise sur la partie » décida t-il, certain d’avoir fait le bon choix<br />
– Ah ouais mais dans ce cas moi aussi je voulais faire un truc ! » dit le joueur de Melyda<br />
– Pareil ! » ajouta le joueur de Shaun<br />
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– Bon bah c’est pas grave, faite votre overmove maintenant… »<br />
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Au moment ou Despair allait frapper, Shaun arriva dans son dos en brandissant une épée qu’il planta dans la créature avec un cri de guerre barbare :<br />
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« Yaaaaah ! MEURS SALOPERIE DE CREATURE DE MERDE !  »<br />
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« C’est quoi cette épée ? t’étais pas un archer normalement ? » demanda le joueur de Despair<br />
– C’est un stuff que j’ai choppé y’a 2 ou 3 parties : épée de rédempteur du Fléau qui ajoute +4 à mon attaque et qui inflige 2D6 de dégat explosif sur 5 !<br />
– Whaaa ! c’est violent ! mais t’as looter ça où ?<br />
– Euh je sais plus, je crois que j’ai buter un mec qui l’avait… bon de toute façon faut que je fasse mes dégats ! »<br />
<br />
Le joueur de Shaun attrapa une poigné de dé puis les lança. Il compta le score, puis relança tous les dé ayant fait 5 ou 6 et recommença l’opération. Après une dizaine de lancé, il termina enfin son calcul de dégats.<br />
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« Bon bah si je rajoute ma posture de combat à l’épée, mon bonus d’arme de prédilection et mon talisman de « violence soutenue »… ça fait 148 points de dégâts ! »<br />
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Le MJ regarda le bout de papier ou il avait griffonné à l’improviste les statistiques de sa créature. Celle-cit n’avait que 70 points de vie…<br />
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« C’est pas mal ! » dit il « tu as bien blessé l’adversaire : mais attention car la créature se relève !<br />
– P’tain je le savais ! » dit le joueur de Melyda « ça c’est un boss avec au moins 1500 PV !<br />
– En plus c’est une créature mort vivante, elle doit avoir de la régénération ! » ajouta le joueur de Despair.<br />
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Le MJ n’y avait pas songé, mais l’idée de régénération était exactement ce qu’il lui fallait. Tout en reprennant la narration, il lança sur son PC une musique épique annonciatrice d’un retournement de situation…<br />
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Tandis que Shaun retirait son épée du corps de la créature, celle ci se mit à rugir avec férocité. Le moignon qui lui servait de bras et celui qui marquait l’absence de son pied se mirent à frémir et à suppurer, laissant s’écouler un liquide blanc charriant pustules et vers…<br />
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« Ah nan c’est dégueulasse ! je fini ma pizza là ! »<br />
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… laissant s’écouler une substance noire qui prit la forme des membres manquant. Le tout prit moins d’une minute…<br />
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« J’attaque ! » hurla le joueur de Shaun<br />
– Nan mais attend ! » dit le MJ « c’est un passage narratif<br />
– Ouais mais on s’en fou : je vais pas rester planté devant la bestiole et la laisser se régénérer. Donc je la dérouille pendant qu’elle est encore par terre !<br />
– Ah ouais clair ! moi aussi » dit le joueur de Despair<br />
– Je canalise » dit pragmatiquement le joueur de Mélyda.<br />
– Nan mais vous pouvez pas » insista le MJ « c’est un passage narratif<br />
– Sérieux c’est pas logique : en plein combat on va pas s’arrêter comme ça » insista le joueur de Shaun<br />
– Clair ! » ajouta le joueur de Despair<br />
– Moi je canalise quoi qu’il arrive » précisa le joueur de Mélyda.<br />
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– MAIS JE VOUS DIS QUE C’EST UN PASSAGE NARRATIF ! c’est comme une cinématique de jeu vidéo ! »<br />
<br />
Le MJ allait perdre son calme. Cependant, il décida de se montrer plus malin :<br />
<br />
« On va faire un truc : vous me faites tous un jet d’initiative, ceux qui font plus 50 peuvent agir ! »<br />
<br />
Certains d’avoir berné son monde, il regarda ses joueurs grimacé tout en lançant leurs dés<br />
<br />
« Yes ! 20 nat ! » hurla le joueur de Despair<br />
– Oh purée : pareil ! » dit le joueur de Mélyda<br />
– Triplette magique ! moi aussi j’ai fait 20 nat ! » conclut le joueur de Shaun.<br />
<br />
***<br />
<br />
Mais enfin de compte, ce qui semblait être une régénération n’était qu’une crise violente et soudaine de dégénération : le sortilège maléfique qui maintenait la créature assemblée s’emballa et la déforma sans aucune logique jusqu’a ce qu’elle explose, courant nos héros de sang et de viscères pourries.<br />
<br />
Stoiquement, Despair retira de son visage ce qui semblait être un morceau de pancréas puis se tourna vers ses amis victorieux :<br />
<br />
« On l’a eut les gars ! »<br />
<br />
La vaillante équipe entreprit alors de continuer à fouiller l’endroit, mais ils ne trouvèrent rien de significatif. Ils étaient au bon endroit, mais aucune trace de la sorcière si ce n’est tout le bric a brac magique accumulé…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Bon on fait quoi ? » demanda le joueur de Despair<br />
– Faut continuer à fouiller c’est forcement ici » dit le joueur de Mélyda<br />
– Et si on foutait le feu ? » proposa le joueur de Shaun<br />
– Pourquoi ça ?<br />
– Si jamais y’a un indice important ça sera le seul truc qui resistera au feu !<br />
<br />
– Oh pas con !<br />
<br />
– Mais si c’est con ! » dit le MJ « vous allez quand même pas faire ça en vous disant que je vais épargner les indices quand même ?<br />
– Ca serait logique non ?<br />
<br />
– Ca serait surtout débile ! a ce tarif là j’ai qu’a vous donner l’indice direct ! ta solution elle à pas de cohérence dans l’univers du jeu.<br />
– Ouais mais on s’en fou c’est pour aller plus vite. »<br />
<br />
Perdant patience, le MJ demanda à tout le monde un jet de perception<br />
<br />
***<br />
<br />
« Hey regardez ce que je viens de trouver ! » dit Mélyda dont le regard perçant avait trouvé quelque chose.<br />
<br />
Dans le coin opposé de la pièce, il y avait une petite cachette sous le sol entre deux latte du plancher. La magicienne y découvrit ce qu’elle pensait être un grimoire, mais qui n’était en fait qu’un journal relatant les experiences de magie auquel se livrait la sorcière.<br />
<br />
« Ah bah ça alors ! » dit Mélyda « cette fichue sorcière se livrait à une magie peu commune pour se transformer en créature nécrophage : elle transformait des gens en créature pour s’accaparer leur énergie humaine et animer un monstre de chair. Dans les dernières pages elle raconte qu’elle va transferer son ame dedans et devenir ainsi une créature surpuissante et immortelle… »<br />
<br />
Les 3 héros se tournèrent vers ce qui restait du Golem de chair.<br />
<br />
« Ouais bah c’était vraiment une connasse ! » dit Shaun avec philosophie.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Trop fort ! en fait on à défoncé la sorcière sans le savoir ! » dit le joueur de Despair<br />
– Un peu facile, mais à la limite ça m’arrange : il est tard<br />
<br />
– Ah ouais bien vu, MJ on à de l’XP ?<br />
<br />
– Une seconde les gars : épilogue peut être ?<br />
<br />
– Ouais mais fissa alors hein ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
Les héros retournèrent en ville ou ils furent félicité par leur commanditaire. Despair reçut une lettre de recommandation, Shaun un coffret plein d’or, et Mélyda un artefact antique renforçant les sorts de glace. La petite troupe s’en alla vers l’horizon, certains qu’une prochaine aventure ne manquerait pas d’arriver sur leur chemin…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Fin ! » dit le MJ<br />
<br />
– Cool » dit le joueur de Shaun « avec ça je vais pouvoir m’acheter du matos<br />
<br />
– Comme si t’en avais besoin » ironisa le joueur de Despair<br />
– Bon les gars on se fait la suite quand ? » demanda le joueur de Mélyda « MJ t’es dispo samedi ? »<br />
<br />
Ce dernier réflechit un instant. Certes il était libre, mais il n’aurait pas le temps de rédiger un scénario et devrait improvisé.<br />
<br />
« Nickel : en plus ça tombe bien j’ai un scénario qui fait le prolongement de celui de ce soir !<br />
– Ah ! je savais bien que c’était trop simple : tu nous à encore mijoter une intrigue à tiroir ! » dit le joueur de Shaun<br />
– Hey ! si je ne préparais pas un minimum mes parties, je ne serai pas un aussi bon MJ pas vrai ? »<br />
<br />
Les 3 amis acquiescent en souriant.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Les bitos du donjon**

Pour attendre la fin de l’orage, les aventuriers avaient trouvé refuge dans une taverne tout aussi typique que son nom « Au bon accueil de Lywen ». Comprenez bien que chaque ville, chaque village, comporte au moins un établissement portant ce nom, sans pour autant que ça soit la franchise d’une quelconque guilde. Simple tradition du milieu dirons nous…

La salle puait l’humidité et le chien mouillé, notamment à cause de tous les homme bêtes (mi homme mi ours ou bien mi homme mi sanglier) qui avaient envahi la salle lorsque les premières gouttes se mirent à tomber. Mais le tavergiste (nommé ainsi car personne ne savait s’il fallait l’appeler « tavernier » ou « aubergiste ») n’en avait que faire, puisqu’une salle aussi bondée, c’était la promesse d’une belle recette. Les serveuses ne chômaient pas, apportant des énormes bock de bière et des jambons braisés à toute allure à des clients assoiffés et affamés.

Despair lui, touillait le contenue de son verre avec une cuillère en le buvant à petite allure tout en jetant des regards perdu à droite à gauche…

« Hey ! Qu’est ce que tu mattes ? » demanda une voix féminine venant de sa ceinture
– Mais rien voyons !
– C’est la petite serveuse c’est ça ? » insista la voix qui semblait fâchée
– Mais pas du tout loulou, pourquoi je…
– LES MECS ! vous êtes tous pareils ! dès qu’un jupon passe…
– Mais je t’assure que je regardais pas la serv….
– Tais toi ! » hurla la voix folle de jalousie « tu fais ça sous mon nez en plus ! ça te plait de me faire du mal comme ça ? » dit la voix avec un début de sanglot.

Les autres convives autour de la table se regardaient, mal à l’aise, en essayant de comprendre ce qui se passait.

« Euh… tu as un soucis avec ta ceinture ? » demanda la magicienne avec dédain
– Euh nan nan, t’inquiète, elle est tout le temps comme ça.
– Ta ceinture est tout le temps jalouse ?
– Nan c’est pas ma ceinture : c’est un fouet » répondit Despair
– Ton fouet est tout le temps jaloux ?
– Alors comme ça je ne suis qu’un fouet c’est ça ? » enchaîna la voix
– Rah ! Hope ! tu vois bien que là je passe pour un débile !
– Et moi pour quoi alors ? » continua Hope « Tu me traites comme un objet !
– Mais T’ES un objet ! »

Lorsque Despair termina sa phrase, il ferma les yeux de dépit conscient de ce qu’il venait de déclencher : une bonne grosse crise de larme.

« T’es un salaud ! » dit Hope la voix pleine de sanglot « moi je me met en quatre pour toi, je fais des efforts, je me fais belle… mais toi tu me vois juste comme… comme… comme…
– Hope arrête : t’es rayé
– J’AI PAS FINI ! » dit elle d’une voix forte avant d’enchaîner avec sa petite voix sanglotante « tu me  vois juste comme une femme superbe que tu veux mettre dans ton lit….
– Mais loulou c’est pas ma faute si t’es une succube enfermé dans une arme maudite !
– C’EST DE LA MIENNE PEUT ÊTRE !?
– Bah techniquement un peu » compléta l’archer elfe assit face à la magicienne et qui s’était avéré jusque là extrêmement taciturne. « D’ailleurs on dit pas UN succube normalement ? »

Si Hope avait eu des yeux, ils auraient lancé des éclairs.

« Euh l’écoute pas loulou, il sait pas de quoi il parle ! » dit Despair en faisant signe à l’elfe de se taire « Tu sais quoi après la mission pour me faire pardonner je t’achèterai un bijou !
– C’est vrai !? » dit Hope d’une voix douce « Oh mon chouchou t’es trop gentil !
– Mais non c’est normal : tu es ma petite princesse, tu mérites que je te gatte.
– Hihihi oui c’est un peu vrai… alors j’aimerai bien une belle topaze monté sur une chaîne d’argent… ou un rubis ? qu’est ce qui m’irait le mieux ?
– Mais tout te vas à ravir bébé : c’est les bijoux qui ne sont pas à ton niveau ! »]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Tue, 28 Jun 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-06-28T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 46 : Reconversion #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep46/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Reconversion**<br />
<br />
La salle d’attente du bureau de recrutement était aussi cosy que les bars chics de l’aéroport, ceux avec un grand piano à queue dont joue un pianiste en costume à qui on laisse un billet dans un verre à cognac.<br />
<br />
C’était le genre d’endroit ou Jane se sentait à l’aise, comme si c’était son milieu naturel. Elle scrutait avec attention la toile fixée sur le mur à sa gauche : était-ce un Zapparelli ou bien un Lucano période « étoiles » ? En tout cas c’était une très belle œuvre, représentant une vierge Marie cosmique tenant dans ses bras un bébé Jésus qui ressemblait au surfer d’argent.<br />
<br />
Le responsable de recrutement entra alors dans la salle d’attente. C’était un homme d’une bonne trentaine d’année, les tempes grisonnante, vêtu d’un strict costume gris souris :<br />
<br />
« Madame Smith ? Je suis William. B Bernstein, chargé de recrutement : ravi de vous voir enfin en personne ! « <br />
<br />
Bernstein tendit la main vers Jane qui la regarda avec circonspection.<br />
<br />
« Euh… dites Willy… je peux vous appeler Willy ? vous vous êtes lavé les mains récemment ?<br />
– Pardon ?<br />
– Oui oui je sais ça semble très saugrenu dit comme ça, mais avec le fluorure qu’il y a dans l’eau, si vous vous êtes lavé les mains et bien c’est toxique… remarquez maintenant que je dis ça si vous ne vous êtes pas lavé les mains ça ne serait pas très hygiénique non plus… oh je sais ! faisons-nous la bises ! »<br />
<br />
Aussitôt Jane se leva de son siège et fit la bise à Bernstein qui se demanda un instant s’il n’allait pas refuser, puis, après réflexion, estima que ce n’était pas tous les jours qu’une aussi belle femme vous proposais aussi spontanément un peu de contact physique, aussi subreptice fût-il.<br />
<br />
Après cette entrée en matière peu académique, Jane réajusta son blazer rouge « Rosso Corsa » et adressa un grand sourire à William et attendit la suite. Bernstein, faisant fi des énormes traces de rouge à lèvres qu’il avait sur les joues, fit signe à Jane de le suivre et la conduisit dans son bureau.<br />
<br />
Tout comme la salle d’attente, c’était un bel espace, très lumineux avec sa baie vitrée qui laissait voir la ville, et très luxueux avec son mobilier design tout en métal et en cuir brun. William prit place derrière son bureau minimaliste en verre opaque et invita de la main Jane à s’asseoir dans le grand fauteuil style bergère qui lui faisait face. Elle s’installa en ondulant sensuellement les hanches pour se baisser, jambes serrées et termina en tirant légèrement les plis de sa jupe fourreau.<br />
<br />
William faisait son possible pour garder son sérieux, mais Jane était troublante et attirante, avec sa longue chevelure blonde cendrée et ses yeux verts émeraude qui vous caressait à chaque regard.<br />
Jane se rendit compte du trouble qu’elle suscitait chez son interlocuteur. Elle avait l’habitude de faire cet effet aux hommes, et savait en jouer avec parcimonie. Etre juste « une belle plante » n’avait jamais été son objectif, mais elle n’allait pas s’enlaidir pour éviter qu’on la dévorer des yeux. De toute façon, la plupart des hommes dévisageaient les femmes sans scrupule, quelle que soit leur apparence, elle n’avait donc aucune raison de se priver d’un peu de coquetterie.<br />
<br />
Le recruteur tira d’une pochette cartonnée le CV de Jane et commença à le relire pour se remettre dans le contexte.<br />
<br />
« Alors, madame Smith…<br />
– Allons Willy… appelez-moi Jane.<br />
– Très bien Jane. Et bien sachez tout d’abord que nous avons été impressionné par votre curriculum. Que ça soit vos références et les résultats de vos tests d’aptitude : c’est du jamais vu ici.<br />
– Oh vous me flattez Willy…<br />
– Je suis sincère, vraiment, nous sommes un cabinet d’expert et nous voyons passer beaucoup de gens de talent, mais vous… une expertise comme celle-là c’est extraordinaire !<br />
– Ah que voulez-vous : j’ai roulé ma bosse ! »<br />
<br />
C’est vrai que Jane n’avait pas chômé ces 20 dernières années.<br />
<br />
« Du coup Jane je suis bien embêté car je ne sais pas quelles offres vous proposer : vous seriez parfaite pour n’importe quel poste que nous avons à offrir !<br />
– Formidable : du coup je vais pouvoir choisir ?<br />
– J’aimerai en effet vous soumettre quelques propositions que j’ai sélectionné et qui pourraient vous aider dans votre reconversion. »<br />
<br />
William tira de la pochette quelques fiches correspondant aux postes possibles et en prit une en particulier :<br />
<br />
« On commence ! que diriez-vous de devenir enseignante à l’université de science politique de San Francisco<br />
– Oh ça à l’air passionnant ! et puis j’adore leur équipe de football.<br />
– Vous auriez en charge des classes de tout niveau, et vous feriez 6 cours par semaines.<br />
– Mais est ce que j’aurais le droit de venir en cours en blazer ?<br />
– Euh… eh bien oui : au contraire, je suppose que cet établissement exige une certaine tenue pour ses enseignants.<br />
– Oh excellent alors. En plus j’adore les enfants : ils sont si mignons.<br />
– Hum… sauf que là vous savez ce seront de jeunes adultes.<br />
– Hum… quel dommage : j’aurais préféré des plus petits si c’est possible ? »<br />
<br />
Le recruteur haussa un sourcil. Sans doute était-ce une boutade, aussi il décida de rire poliment.<br />
<br />
« Sinon tant pis… » compléta Jane un peu déçue « mais leur enseigner s’ils ont déjà 18 ou 20 ans c’est peine perdue !<br />
– Comment ça ? je ne vous suis pas…<br />
– En fait il se trouve que dans mon précédent job, je faisais déjà ce genre de chose, et c’était avec des enfants de 8 ans…<br />
– Euh attendez justement ! concernant votre ancien job j’ai omis de vous demander une précision… » dit William en cherchant sur le bureau le CV de Jane « Ah ! le voilà… vous mentionnez que vous avez travaillée pendant 26 ans pour diverses filiales du même groupe, NWO… j’ai du mal à situer, c’est quoi comme entreprise ?<br />
– NWO ? oh ! mais bien sûr ! suis-je bête : j’aurais dut l’écrire plus clairement ! c’est le New World Order ! »<br />
<br />
William resta à nouveau figé, pas sûr d’avoir bien compris, et marmonna du bout des lèvres :<br />
<br />
« Vous… vous voulez dire… Le nouvel ordre mondial ? les…<br />
– Oui c’est ça : les Illuminatis ! Ah je vous prie sincèrement de m’excuser, mais j’ai tellement l’habitude de l’abréger comme ça ! c’est évident qu’un non initié n’aurait pas compris ! »<br />
<br />
Jane se mit à rire tant elle était confuse de son erreur. William lui, n’avait toujours pas bougé d’un centimètre et gardait la même expression figée sur le visage.<br />
<br />
« En fait le groupe est assez strict sur les reconversions, mais il se trouve que le chef de la loge Septentrionale du Massachusetts avait fait voter un amendement à ce sujet à l’époque ou-il à voulut devenir magicien illusionniste. Du coup on s’est tous demandé…<br />
– Attendez ! stop ! vous me dites que vous êtes une ancienne illuminati ?<br />
– Oui… enfin j’ai encore droit à la newsletter et à mon ballotin de chocolat a noël, mais pourquoi cette question ?<br />
– Mais enfin ça n’existe pas les Illuminatis !<br />
– N’est-ce pas la preuve que nous faisons bien notre travail ? hum ? »<br />
<br />
Cette réponse en forme de question bloqua totalement William. Effectivement, si les Illuminatis existaient, et qu’ils souhaitaient se reconvertir, il serait compliqué de prouver ce qu’ils disent vu leur légendaire sceau du secret…<br />
<br />
« Mais alors dans ce cas pourquoi me racontez-vous tout ça !? ah ah ! je vous tiens !<br />
– Oh non mais ça c’est simple : vu que des gens SAVENT que les Illuminatis existent, nous pouvons l’affirmer sans crainte puisque ce n’est pas un vrai secret. Pourquoi gâcher le plaisir des paranoïaques en plus ?<br />
– Enfin ça n’a pas de sens !<br />
– Comment vous croyez que j’ai pu amasser un CV pareil ? en travaillant pour l’IRS ou à la direction d’une multinationale ? Une femme à 4 fois moins de chance d’avoir une promotion dans ces milieux interlope je vous ferais dire !<br />
– Alors que chez les Illuminatis…<br />
– Et bien chez nous les femmes ont les mêmes salaires à compétences égales ! »<br />
<br />
Il fallut un instant à William pour digérer l’information. Jane avait l’air parfaitement sérieuse et il était évident qu’elle était parfaitement convaincue de son histoire.<br />
<br />
« Bon alors mettons que ça soit vrai et que vous soyez réellement une illuminati : pourquoi voudriez-vous changer de métier et perdre tout ce pouvoir ?<br />
– Ca me parait pourtant évident !<br />
– Et bien pas à moi » répondit William du tac au tac.<br />
– Et bien tout simplement parce que ce pouvoir comme vous dites, c’est une énorme source de pression ! au quotidien diriger le monde c’est du stress, des obligations, et à peine 5min pour avaler un sandwich le midi ! ah c’est sûr que j’ai pu garder une ligne d’enfer pendant des années en mangeant comme un prêtre bouddhiste pendant tout ce temps ! » ironisa Jane « Sauf que moi j’ai envie d’avoir le temps de me faire des petits plats devant cuisine TV et de faire la grasse matinée le weekend !<br />
– Vous n’aviez pas de weekend ?<br />
– Le monde ne s’arrête pas quand le calendrier arrive en bout de course vous savez. Et puis comme on dit chez nous, il est toujours midi quelque part dans le monde ! Donc non Willy, ça fait des années que je n’ai pas profité d’un weekend, ni d’un petit moment de détente le soir après le boulot. J’ai VÉCUE dans mon boulot jusqu’à maintenant et j’ai très envie que ça change !<br />
– Mais enfin vous devez avoir de l’argent ? pourquoi chercher un travail ?<br />
– Ah ça c’est parce que je ne veux pas me ramollir vous savez… à mon âge… »<br />
<br />
William consulta la fiche de Jane et constata qu’elle avait… 76 ans !<br />
<br />
Le soudain redressement de tête qu’il effectua laissa comprendre à Jane qu’il était surpris. Sans manière, elle lui expliqua :<br />
<br />
« Vous ne saviez pas qu’on utilise de la moelle de bébé pour se faire des masques rajeunissant ?<br />
– Mais c’est horrible !<br />
– Meuh noooon : quand c’est petit un bébé c’est tout mou, ça ne sent rien. Et puis avant d’utiliser la moelle on fait des prélèvements pour dépister des maladies : c’est gagnant gagnant !<br />
– Seigneur !<br />
– Roh attendez ne me dites pas que ça vous choque Willy !<br />
– Si ! car je suis père de famille !<br />
– Ah ? vous voulez dire que ça vous choque par rapport à Dylan et Raquel ?<br />
– Comment vous connaissez leur prénom… ? » demanda William d’une voix blanche<br />
<br />
Jane se mordilla les lèvres et leva les yeux au ciel.<br />
<br />
« Raaah je suis gênée je n’aurais jamais du vous le dire… excusez-moi c’est une seconde nature : quand je vais rencontrer quelqu’un c’est maniaque, je lis toujours sa fiche avant.<br />
– Ma fiche… quoi vous m’observez ?<br />
– Bah oui : comme tout le monde, via votre mobile et vos ordinateurs »<br />
<br />
Jane se pencha vers William et sourit d’un air complice :<br />
<br />
« D’ailleurs je sais que vous êtes allez sur des sites un peu… olé olé !<br />
– Euh… c’était un accident ! à cause d’une publicité…<br />
– Vous savez qu’on vous voit aussi à travers la webcam ?<br />
– … des fois je me sens seul parce que ma femme voyage beaucoup » confessa William.<br />
<br />
Jane poussa un soupir de compassion :<br />
<br />
« Oh pauvre Willy. Je pourrais vous faire rencontrer des filles si vous voulez ?<br />
– Non merci ! j’aime ma femme !<br />
– Ah mais ne soyez pas si obtus, j’ai dit « rencontré » je ne suis pas une mère macrelle. C’est juste que j’ai plein d’amie qui comme vous ont besoin d’un petit coup de boost affectif.<br />
– Ecoutez Jane je crois que nous allons en rester là et…<br />
– Oh non s’il vous plait ! »<br />
<br />
La supplique de Jane avait jailli comme un éclair.<br />
<br />
« J’en ai marre d’être une illuminati, de connaitre les secrets de tout le monde et de manipuler la société. Je veux juste être une femme normale avec un travail, une jolie maison… peut-être même que je me trouverais un gentil mari et qu’on aura des enfants !<br />
– à 76 ans ?<br />
– Vous vous ne connaissez pas encore les techniques de clonage hybride hein ? » dit Jane avec un clin d’œil.<br />
<br />
William regarda sa cliente : sa sincérité ne faisait aucun doute, elle voulait vraiment changer de vie. Après tout, si ses compétences étaient là, est ce que les raisons importaient vraiment ?<br />
<br />
« Willy, je suis compétente ! je parle 7 langues et j’ai 3 masters. J’ai beaucoup d’expérience et j’ai très envie d’un vrai travail ! vous ne pouvez pas me reléguer en bas de la pile comme ça…<br />
– Non en effet » dit le recruteur d’un ton calme « et c’est une erreur dont je vous prie de m’excuser. Je n’ai pas à me baser sur vos anciens employeurs : seule vos compétences comptent. »<br />
<br />
Jane retrouva le sourire<br />
<br />
« Ah merci Willy… alors on continue ? qu’est-ce que vous auriez à me proposer d’autres ? »<br />
<br />
William tira une autre fiche de la pile et commença à en faire la lecture à Jane :<br />
<br />
« Responsable d’une équipe de développement informatique auprès d’un fournisseur de la défense ?<br />
– Ca serait sympa mais… j’ai un peu peur de retomber dans mes anciens travers… non quelque chose qui n’implique pas la sécurité du pays serait plus raisonnable<br />
– Hum… je comprends » dit William avec empathie « Et que diriez-vous de travailler pour un bureau d’étude automobile spécialisé dans la motorisation ?<br />
– Je ne sais pas trop… avec l’énergie noire les moteurs classiques seront obsolète : je n’ai pas envie de travailler dans le vide »<br />
<br />
Le regard figé de William fit comprendre à Jane qu’il ne comprenait pas un traître mot de ce qu’elle venait de dire.<br />
<br />
« En fait cela fait un moment que nous avons découvert l’énergie noire, une source d’énergie bon marché et très puissante, et d’après notre grand agenda, celui ou on planifie toutes nos opérations des années à l’avance, on va révéler cette technologie au monde d’ici 2 ans. D’ailleurs je ne devrais pas vous le dire mais comme je vous aimes bien, sachez que si vous voulez vous faire un petit pactole, il faut spéculer à la baisse sur les compagnies pétrolière !<br />
– Oh ? c’est très gentil ça comme conseil Jane<br />
– Mais non voyons : vous m’aidez dans ma reconversion, c’est normal que je vous renvoie l’ascenseur… et puis vu que les prix pour l’université vont grimper en flèche il faut vous faire une cagnotte dès maintenant pour envoyer Dylan à… »<br />
<br />
A nouveau William était figé de stupéfaction.<br />
<br />
« Désolée ! vraiment ! Ah je me sens nouille : mais c’est parce que vous m’êtes sympathique Willy !<br />
– C’est bon… » dit-il dans un soupir « mais bon calmez-vous avec ce genre d’allusion s’il vous plait ?<br />
– Oui oui promis !<br />
– Bon sinon je vois une autre offre très intéressantes : travailler dans la recherche et développement pour un éditeur de jeu vidéo ?<br />
– Ca serait bien, mais ça aussi c’est un milieu qu’on noyaute depuis des années…<br />
– Ah bon ? les jeux vidéo ?<br />
– Notre but est de faire en sorte que les gens ne voient plus la frontière entre réel et virtuel. Comme ça on pourra plus facilement passer à l’étape des modifications génétiques vu que les jeux donnent l’habitude aux gamins d’avoir des upgrades.<br />
– Fichtre ! c’est drôlement bien pensé comme plan ! Tordu mais bien pensé<br />
– Oh vous me flattez Willy…<br />
– C’est vous qui vous occupiez de ça ?<br />
– Oui c’était un de mes projets. C’est pour ça que j’ai autant de référence dans ce domaine. »<br />
<br />
William et Jane échangèrent un rire complice<br />
<br />
« Et pourquoi pas un boulot dans la presse ? » enchainât William « J’ai quelques clients qui seraient ravi d’avoir une rédactrice en chef de votre calibre !<br />
– La presse écrite ? c’est vrai que ça pourrait être sympathique. Mais ça serait pour des journaux ?<br />
– Non : un magazine people. Du coup pas de risque de retomber sur des gens de chez vous »<br />
<br />
Jane esquissa un sourire malicieux<br />
<br />
« Sauf que c’est tout le contraire mon p’tit Willy : le milieu people regorge d’illuminati. Par exemple, le tube de la chanteuse Red Tina, et bien c’est quelqu’un de mon équipe qui l’a composé !<br />
– ça par exemple ! c’est vous qui avez créé « Don’t Let my booty lonely » ? je n’ai pas arrêté d’écouter cette chanson, c’est un vrai tube.<br />
– Et pour cause : nous l’avons créé sur la base d’un algorithme performatif qui établit tout ce qu’il faut pour faire un hit. Rythme à 80 pour coller au rythme cardiaque fœtal, suite d’accord LA, MI, FA, SOL et j’en passe. Par-dessus ça nous avons inclut un signal subliminal qui boost les niveaux de sérotonine de ceux qui l’écoute ce qui du coup procure une sensation immédiate de bienêtre.<br />
– Ah ! c’est pour ça que cette chanson relaxe autant ? je me disais aussi… Mais pour en revenir au job, vous êtes sûre que ça ne vous tente pas ?<br />
– Là encore j’aurais peur de retomber dans mes anciens penchants. C’est comme être un ex fumeur et devoir gérer un bureau de tabac : trop de tentation. Je serai trop faible.<br />
– Ne soyez pas si dure avec vous même Jane. Il faut de la force de caractère pour faire ce que vous faites. Moi je suis admiratif !<br />
– C’est vrai ? oh Willy vous êtes un amour… Allez : proposez moi autre chose je suis sûr que cette fois-ci ça sera la bonne »<br />
<br />
William tira alors une autre pile de fiche qu’il se mit à parcourir. Bon nombre d’entre elles auraient parfaitement convenue à Jane, mais désormais le recruteur ajoutait le paramètre illuminati dans son analyse. Il s’arrêta sur une fiche et demanda à Jane :<br />
<br />
« Dites-moi : vous contrôlez aussi le monde associatif ?<br />
– Ça dépend : à quoi pensez-vous ?<br />
– Et bien il y’a une ONG qui nous à demander à titre bénévole de chercher un candidat pour eux.<br />
– Oh ! ça a l’air bien dites donc ! Et qu’est ce qu’ils font ?<br />
– Ils font de la scolarisation en Afrique et aident au développement…<br />
– Laissez-moi deviner : c’est l’association « Scolaris » ?<br />
– Vous connaissez ?<br />
– Oh que oui : c’est un projet d’un ancien collègue, il voulait utiliser ça pour désinformer l’opinion sur notre gros projet de déculturation des masses.<br />
– C’est à dire ?<br />
– Et bien en fait nous produisons des séries nulles et des émissions stupides pour rendre les gens idiots et donc plus facile à manipuler.<br />
– Mais alors du coup pourquoi cette association.<br />
– Comme je vous l’ai dit : c’est pour donner le change. On fait croire qu’on éduque les africains et zou, on diminue les craintes. Comme les gens sont très raciste, ils pensent que l’Afrique c’est un énorme pays, sans prendre en compte les spécificités culturelles locales, et ça les rassures de voir des actions qui visent à leur donner la même éducation que chez nous… sauf qu’en fait ils ne font rien la bas.<br />
– J’ai lu qu’ils installent des puits et construisent des écoles…<br />
– Oui, mais ça c’est pour faciliter notre plan de développement d’un grand complexe touristique : les puits apportent l’eau pour les SPA, et les écoles forment le personnel des futurs hôtels. Vous ne croyez quand même pas que dans un cinq étoiles se sont les clients eux même qui vont dépanner leur wifi ? »<br />
<br />
William acquiesça, certain que l’expertise de Jane en la matière faisait office d’argument d’autorité.<br />
<br />
Le recruteur regarda les fiches qui lui restait, et arriva malheureusement à la conclusion qu’il n’avait rien à proposer à Jane qui puisse correspondre à ses attentes. Il lui annonça la nouvelle avec tact, et attendit sa réaction qui ne tarda pas à arriver :<br />
<br />
« Arf… je savais que ça ne serait pas facile. Et bien tant pis. En tout cas je vous remercie de vos efforts et de votre compréhension Willy. Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps…<br />
– Ne dites pas ça Jane, ça a été un plaisir de vous rencontrer… »<br />
<br />
Jane se releva, défroissa sa jupe et tendit la main vers William.<br />
<br />
« Vous ne craignez plus… ? » demanda le recruteur<br />
– Je prends le risque » dit Jane<br />
<br />
William lui serra la main et la raccompagna à la porte de son bureau. Mais alors qu’elle était sur le point de franchir le seuil, Il lui demanda d’attendre :<br />
<br />
« Jane : donnez-moi un instant je vous prie ! juste une minute ! »<br />
<br />
Il se précipita vers une large armoire à dossier qu’il fouilla frénétiquement avant d’en retirer une pochette mauve qu’il rapporta à Jane :<br />
<br />
« C’est une demande de la part d’un éditeur qui recherche des auteurs<br />
– Mais… je ne suis pas écrivain ?<br />
– Peut importer, le but c’est de créer des romans pour ado.<br />
– D’accord… mais ça ne change rien ?<br />
– Et bien si ! ces romans ne sont pas le fruit d’auteur, mais d’équipe de développement !<br />
– Ah bon ? » s’étonna Jane « mais enfin j’ai vu ces auteurs en dédicaces ou bien en interview pourtant ?<br />
– Ce ne sont que des acteurs : les éditeurs les engagent, leur inventent une histoire et collent leur photo sur une couverture ! et c’est comme ça que tous les gamins ont l’impression que ce qu’ils lisent est de la vraie littérature !<br />
– Ca alors ! mais c’est dingue ! et le grand public ignore tout ça ?<br />
– Peu de gens le savent, la plupart ne veulent pas y croire.<br />
<br />
– Et vous pensez que j’aurais mes chances ?<br />
– Il faudra manipuler les gens, leur donner l’impression que tout est normal, que la réalité n’est pas ce qu’elle est et ce dans le but de faire des ventes… ne me dites pas que ça ne vous rappelle pas votre ancien boulot ?<br />
– Oh je vois ! sauf que là j’aurais des weekends et des horaires normaux ! Oh Willy c’est formidable ! » dit Jane en lui sautant au cou.<br />
– Et bien vous voyez ! on a fini par y arriver !<br />
– Vous êtes le meilleur Willy : je vous recommanderai au grand maître de la loge de Sacramento ! »<br />
<br />
William ne sût dire si c’était une bonne ou une mauvaise chose et se contenta de sourire.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Reconversion**<br />
<br />
La salle d’attente du bureau de recrutement était aussi cosy que les bars chics de l’aéroport, ceux avec un grand piano à queue dont joue un pianiste en costume à qui on laisse un billet dans un verre à cognac.<br />
<br />
C’était le genre d’endroit ou Jane se sentait à l’aise, comme si c’était son milieu naturel. Elle scrutait avec attention la toile fixée sur le mur à sa gauche : était-ce un Zapparelli ou bien un Lucano période « étoiles » ? En tout cas c’était une très belle œuvre, représentant une vierge Marie cosmique tenant dans ses bras un bébé Jésus qui ressemblait au surfer d’argent.<br />
<br />
Le responsable de recrutement entra alors dans la salle d’attente. C’était un homme d’une bonne trentaine d’année, les tempes grisonnante, vêtu d’un strict costume gris souris :<br />
<br />
« Madame Smith ? Je suis William. B Bernstein, chargé de recrutement : ravi de vous voir enfin en personne ! « <br />
<br />
Bernstein tendit la main vers Jane qui la regarda avec circonspection.<br />
<br />
« Euh… dites Willy… je peux vous appeler Willy ? vous vous êtes lavé les mains récemment ?<br />
– Pardon ?<br />
– Oui oui je sais ça semble très saugrenu dit comme ça, mais avec le fluorure qu’il y a dans l’eau, si vous vous êtes lavé les mains et bien c’est toxique… remarquez maintenant que je dis ça si vous ne vous êtes pas lavé les mains ça ne serait pas très hygiénique non plus… oh je sais ! faisons-nous la bises ! »<br />
<br />
Aussitôt Jane se leva de son siège et fit la bise à Bernstein qui se demanda un instant s’il n’allait pas refuser, puis, après réflexion, estima que ce n’était pas tous les jours qu’une aussi belle femme vous proposais aussi spontanément un peu de contact physique, aussi subreptice fût-il.<br />
<br />
Après cette entrée en matière peu académique, Jane réajusta son blazer rouge « Rosso Corsa » et adressa un grand sourire à William et attendit la suite. Bernstein, faisant fi des énormes traces de rouge à lèvres qu’il avait sur les joues, fit signe à Jane de le suivre et la conduisit dans son bureau.<br />
<br />
Tout comme la salle d’attente, c’était un bel espace, très lumineux avec sa baie vitrée qui laissait voir la ville, et très luxueux avec son mobilier design tout en métal et en cuir brun. William prit place derrière son bureau minimaliste en verre opaque et invita de la main Jane à s’asseoir dans le grand fauteuil style bergère qui lui faisait face. Elle s’installa en ondulant sensuellement les hanches pour se baisser, jambes serrées et termina en tirant légèrement les plis de sa jupe fourreau.<br />
<br />
William faisait son possible pour garder son sérieux, mais Jane était troublante et attirante, avec sa longue chevelure blonde cendrée et ses yeux verts émeraude qui vous caressait à chaque regard.<br />
Jane se rendit compte du trouble qu’elle suscitait chez son interlocuteur. Elle avait l’habitude de faire cet effet aux hommes, et savait en jouer avec parcimonie. Etre juste « une belle plante » n’avait jamais été son objectif, mais elle n’allait pas s’enlaidir pour éviter qu’on la dévorer des yeux. De toute façon, la plupart des hommes dévisageaient les femmes sans scrupule, quelle que soit leur apparence, elle n’avait donc aucune raison de se priver d’un peu de coquetterie.<br />
<br />
Le recruteur tira d’une pochette cartonnée le CV de Jane et commença à le relire pour se remettre dans le contexte.<br />
<br />
« Alors, madame Smith…<br />
– Allons Willy… appelez-moi Jane.<br />
– Très bien Jane. Et bien sachez tout d’abord que nous avons été impressionné par votre curriculum. Que ça soit vos références et les résultats de vos tests d’aptitude : c’est du jamais vu ici.<br />
– Oh vous me flattez Willy…<br />
– Je suis sincère, vraiment, nous sommes un cabinet d’expert et nous voyons passer beaucoup de gens de talent, mais vous… une expertise comme celle-là c’est extraordinaire !<br />
– Ah que voulez-vous : j’ai roulé ma bosse ! »<br />
<br />
C’est vrai que Jane n’avait pas chômé ces 20 dernières années.<br />
<br />
« Du coup Jane je suis bien embêté car je ne sais pas quelles offres vous proposer : vous seriez parfaite pour n’importe quel poste que nous avons à offrir !<br />
– Formidable : du coup je vais pouvoir choisir ?<br />
– J’aimerai en effet vous soumettre quelques propositions que j’ai sélectionné et qui pourraient vous aider dans votre reconversion. »<br />
<br />
William tira de la pochette quelques fiches correspondant aux postes possibles et en prit une en particulier :<br />
<br />
« On commence ! que diriez-vous de devenir enseignante à l’université de science politique de San Francisco<br />
– Oh ça à l’air passionnant ! et puis j’adore leur équipe de football.<br />
– Vous auriez en charge des classes de tout niveau, et vous feriez 6 cours par semaines.<br />
– Mais est ce que j’aurais le droit de venir en cours en blazer ?<br />
– Euh… eh bien oui : au contraire, je suppose que cet établissement exige une certaine tenue pour ses enseignants.<br />
– Oh excellent alors. En plus j’adore les enfants : ils sont si mignons.<br />
– Hum… sauf que là vous savez ce seront de jeunes adultes.<br />
– Hum… quel dommage : j’aurais préféré des plus petits si c’est possible ? »<br />
<br />
Le recruteur haussa un sourcil. Sans doute était-ce une boutade, aussi il décida de rire poliment.<br />
<br />
« Sinon tant pis… » compléta Jane un peu déçue « mais leur enseigner s’ils ont déjà 18 ou 20 ans c’est peine perdue !<br />
– Comment ça ? je ne vous suis pas…<br />
– En fait il se trouve que dans mon précédent job, je faisais déjà ce genre de chose, et c’était avec des enfants de 8 ans…<br />
– Euh attendez justement ! concernant votre ancien job j’ai omis de vous demander une précision… » dit William en cherchant sur le bureau le CV de Jane « Ah ! le voilà… vous mentionnez que vous avez travaillée pendant 26 ans pour diverses filiales du même groupe, NWO… j’ai du mal à situer, c’est quoi comme entreprise ?<br />
– NWO ? oh ! mais bien sûr ! suis-je bête : j’aurais dut l’écrire plus clairement ! c’est le New World Order ! »<br />
<br />
William resta à nouveau figé, pas sûr d’avoir bien compris, et marmonna du bout des lèvres :<br />
<br />
« Vous… vous voulez dire… Le nouvel ordre mondial ? les…<br />
– Oui c’est ça : les Illuminatis ! Ah je vous prie sincèrement de m’excuser, mais j’ai tellement l’habitude de l’abréger comme ça ! c’est évident qu’un non initié n’aurait pas compris ! »<br />
<br />
Jane se mit à rire tant elle était confuse de son erreur. William lui, n’avait toujours pas bougé d’un centimètre et gardait la même expression figée sur le visage.<br />
<br />
« En fait le groupe est assez strict sur les reconversions, mais il se trouve que le chef de la loge Septentrionale du Massachusetts avait fait voter un amendement à ce sujet à l’époque ou-il à voulut devenir magicien illusionniste. Du coup on s’est tous demandé…<br />
– Attendez ! stop ! vous me dites que vous êtes une ancienne illuminati ?<br />
– Oui… enfin j’ai encore droit à la newsletter et à mon ballotin de chocolat a noël, mais pourquoi cette question ?<br />
– Mais enfin ça n’existe pas les Illuminatis !<br />
– N’est-ce pas la preuve que nous faisons bien notre travail ? hum ? »<br />
<br />
Cette réponse en forme de question bloqua totalement William. Effectivement, si les Illuminatis existaient, et qu’ils souhaitaient se reconvertir, il serait compliqué de prouver ce qu’ils disent vu leur légendaire sceau du secret…<br />
<br />
« Mais alors dans ce cas pourquoi me racontez-vous tout ça !? ah ah ! je vous tiens !<br />
– Oh non mais ça c’est simple : vu que des gens SAVENT que les Illuminatis existent, nous pouvons l’affirmer sans crainte puisque ce n’est pas un vrai secret. Pourquoi gâcher le plaisir des paranoïaques en plus ?<br />
– Enfin ça n’a pas de sens !<br />
– Comment vous croyez que j’ai pu amasser un CV pareil ? en travaillant pour l’IRS ou à la direction d’une multinationale ? Une femme à 4 fois moins de chance d’avoir une promotion dans ces milieux interlope je vous ferais dire !<br />
– Alors que chez les Illuminatis…<br />
– Et bien chez nous les femmes ont les mêmes salaires à compétences égales ! »<br />
<br />
Il fallut un instant à William pour digérer l’information. Jane avait l’air parfaitement sérieuse et il était évident qu’elle était parfaitement convaincue de son histoire.<br />
<br />
« Bon alors mettons que ça soit vrai et que vous soyez réellement une illuminati : pourquoi voudriez-vous changer de métier et perdre tout ce pouvoir ?<br />
– Ca me parait pourtant évident !<br />
– Et bien pas à moi » répondit William du tac au tac.<br />
– Et bien tout simplement parce que ce pouvoir comme vous dites, c’est une énorme source de pression ! au quotidien diriger le monde c’est du stress, des obligations, et à peine 5min pour avaler un sandwich le midi ! ah c’est sûr que j’ai pu garder une ligne d’enfer pendant des années en mangeant comme un prêtre bouddhiste pendant tout ce temps ! » ironisa Jane « Sauf que moi j’ai envie d’avoir le temps de me faire des petits plats devant cuisine TV et de faire la grasse matinée le weekend !<br />
– Vous n’aviez pas de weekend ?<br />
– Le monde ne s’arrête pas quand le calendrier arrive en bout de course vous savez. Et puis comme on dit chez nous, il est toujours midi quelque part dans le monde ! Donc non Willy, ça fait des années que je n’ai pas profité d’un weekend, ni d’un petit moment de détente le soir après le boulot. J’ai VÉCUE dans mon boulot jusqu’à maintenant et j’ai très envie que ça change !<br />
– Mais enfin vous devez avoir de l’argent ? pourquoi chercher un travail ?<br />
– Ah ça c’est parce que je ne veux pas me ramollir vous savez… à mon âge… »<br />
<br />
William consulta la fiche de Jane et constata qu’elle avait… 76 ans !<br />
<br />
Le soudain redressement de tête qu’il effectua laissa comprendre à Jane qu’il était surpris. Sans manière, elle lui expliqua :<br />
<br />
« Vous ne saviez pas qu’on utilise de la moelle de bébé pour se faire des masques rajeunissant ?<br />
– Mais c’est horrible !<br />
– Meuh noooon : quand c’est petit un bébé c’est tout mou, ça ne sent rien. Et puis avant d’utiliser la moelle on fait des prélèvements pour dépister des maladies : c’est gagnant gagnant !<br />
– Seigneur !<br />
– Roh attendez ne me dites pas que ça vous choque Willy !<br />
– Si ! car je suis père de famille !<br />
– Ah ? vous voulez dire que ça vous choque par rapport à Dylan et Raquel ?<br />
– Comment vous connaissez leur prénom… ? » demanda William d’une voix blanche<br />
<br />
Jane se mordilla les lèvres et leva les yeux au ciel.<br />
<br />
« Raaah je suis gênée je n’aurais jamais du vous le dire… excusez-moi c’est une seconde nature : quand je vais rencontrer quelqu’un c’est maniaque, je lis toujours sa fiche avant.<br />
– Ma fiche… quoi vous m’observez ?<br />
– Bah oui : comme tout le monde, via votre mobile et vos ordinateurs »<br />
<br />
Jane se pencha vers William et sourit d’un air complice :<br />
<br />
« D’ailleurs je sais que vous êtes allez sur des sites un peu… olé olé !<br />
– Euh… c’était un accident ! à cause d’une publicité…<br />
– Vous savez qu’on vous voit aussi à travers la webcam ?<br />
– … des fois je me sens seul parce que ma femme voyage beaucoup » confessa William.<br />
<br />
Jane poussa un soupir de compassion :<br />
<br />
« Oh pauvre Willy. Je pourrais vous faire rencontrer des filles si vous voulez ?<br />
– Non merci ! j’aime ma femme !<br />
– Ah mais ne soyez pas si obtus, j’ai dit « rencontré » je ne suis pas une mère macrelle. C’est juste que j’ai plein d’amie qui comme vous ont besoin d’un petit coup de boost affectif.<br />
– Ecoutez Jane je crois que nous allons en rester là et…<br />
– Oh non s’il vous plait ! »<br />
<br />
La supplique de Jane avait jailli comme un éclair.<br />
<br />
« J’en ai marre d’être une illuminati, de connaitre les secrets de tout le monde et de manipuler la société. Je veux juste être une femme normale avec un travail, une jolie maison… peut-être même que je me trouverais un gentil mari et qu’on aura des enfants !<br />
– à 76 ans ?<br />
– Vous vous ne connaissez pas encore les techniques de clonage hybride hein ? » dit Jane avec un clin d’œil.<br />
<br />
William regarda sa cliente : sa sincérité ne faisait aucun doute, elle voulait vraiment changer de vie. Après tout, si ses compétences étaient là, est ce que les raisons importaient vraiment ?<br />
<br />
« Willy, je suis compétente ! je parle 7 langues et j’ai 3 masters. J’ai beaucoup d’expérience et j’ai très envie d’un vrai travail ! vous ne pouvez pas me reléguer en bas de la pile comme ça…<br />
– Non en effet » dit le recruteur d’un ton calme « et c’est une erreur dont je vous prie de m’excuser. Je n’ai pas à me baser sur vos anciens employeurs : seule vos compétences comptent. »<br />
<br />
Jane retrouva le sourire<br />
<br />
« Ah merci Willy… alors on continue ? qu’est-ce que vous auriez à me proposer d’autres ? »<br />
<br />
William tira une autre fiche de la pile et commença à en faire la lecture à Jane :<br />
<br />
« Responsable d’une équipe de développement informatique auprès d’un fournisseur de la défense ?<br />
– Ca serait sympa mais… j’ai un peu peur de retomber dans mes anciens travers… non quelque chose qui n’implique pas la sécurité du pays serait plus raisonnable<br />
– Hum… je comprends » dit William avec empathie « Et que diriez-vous de travailler pour un bureau d’étude automobile spécialisé dans la motorisation ?<br />
– Je ne sais pas trop… avec l’énergie noire les moteurs classiques seront obsolète : je n’ai pas envie de travailler dans le vide »<br />
<br />
Le regard figé de William fit comprendre à Jane qu’il ne comprenait pas un traître mot de ce qu’elle venait de dire.<br />
<br />
« En fait cela fait un moment que nous avons découvert l’énergie noire, une source d’énergie bon marché et très puissante, et d’après notre grand agenda, celui ou on planifie toutes nos opérations des années à l’avance, on va révéler cette technologie au monde d’ici 2 ans. D’ailleurs je ne devrais pas vous le dire mais comme je vous aimes bien, sachez que si vous voulez vous faire un petit pactole, il faut spéculer à la baisse sur les compagnies pétrolière !<br />
– Oh ? c’est très gentil ça comme conseil Jane<br />
– Mais non voyons : vous m’aidez dans ma reconversion, c’est normal que je vous renvoie l’ascenseur… et puis vu que les prix pour l’université vont grimper en flèche il faut vous faire une cagnotte dès maintenant pour envoyer Dylan à… »<br />
<br />
A nouveau William était figé de stupéfaction.<br />
<br />
« Désolée ! vraiment ! Ah je me sens nouille : mais c’est parce que vous m’êtes sympathique Willy !<br />
– C’est bon… » dit-il dans un soupir « mais bon calmez-vous avec ce genre d’allusion s’il vous plait ?<br />
– Oui oui promis !<br />
– Bon sinon je vois une autre offre très intéressantes : travailler dans la recherche et développement pour un éditeur de jeu vidéo ?<br />
– Ca serait bien, mais ça aussi c’est un milieu qu’on noyaute depuis des années…<br />
– Ah bon ? les jeux vidéo ?<br />
– Notre but est de faire en sorte que les gens ne voient plus la frontière entre réel et virtuel. Comme ça on pourra plus facilement passer à l’étape des modifications génétiques vu que les jeux donnent l’habitude aux gamins d’avoir des upgrades.<br />
– Fichtre ! c’est drôlement bien pensé comme plan ! Tordu mais bien pensé<br />
– Oh vous me flattez Willy…<br />
– C’est vous qui vous occupiez de ça ?<br />
– Oui c’était un de mes projets. C’est pour ça que j’ai autant de référence dans ce domaine. »<br />
<br />
William et Jane échangèrent un rire complice<br />
<br />
« Et pourquoi pas un boulot dans la presse ? » enchainât William « J’ai quelques clients qui seraient ravi d’avoir une rédactrice en chef de votre calibre !<br />
– La presse écrite ? c’est vrai que ça pourrait être sympathique. Mais ça serait pour des journaux ?<br />
– Non : un magazine people. Du coup pas de risque de retomber sur des gens de chez vous »<br />
<br />
Jane esquissa un sourire malicieux<br />
<br />
« Sauf que c’est tout le contraire mon p’tit Willy : le milieu people regorge d’illuminati. Par exemple, le tube de la chanteuse Red Tina, et bien c’est quelqu’un de mon équipe qui l’a composé !<br />
– ça par exemple ! c’est vous qui avez créé « Don’t Let my booty lonely » ? je n’ai pas arrêté d’écouter cette chanson, c’est un vrai tube.<br />
– Et pour cause : nous l’avons créé sur la base d’un algorithme performatif qui établit tout ce qu’il faut pour faire un hit. Rythme à 80 pour coller au rythme cardiaque fœtal, suite d’accord LA, MI, FA, SOL et j’en passe. Par-dessus ça nous avons inclut un signal subliminal qui boost les niveaux de sérotonine de ceux qui l’écoute ce qui du coup procure une sensation immédiate de bienêtre.<br />
– Ah ! c’est pour ça que cette chanson relaxe autant ? je me disais aussi… Mais pour en revenir au job, vous êtes sûre que ça ne vous tente pas ?<br />
– Là encore j’aurais peur de retomber dans mes anciens penchants. C’est comme être un ex fumeur et devoir gérer un bureau de tabac : trop de tentation. Je serai trop faible.<br />
– Ne soyez pas si dure avec vous même Jane. Il faut de la force de caractère pour faire ce que vous faites. Moi je suis admiratif !<br />
– C’est vrai ? oh Willy vous êtes un amour… Allez : proposez moi autre chose je suis sûr que cette fois-ci ça sera la bonne »<br />
<br />
William tira alors une autre pile de fiche qu’il se mit à parcourir. Bon nombre d’entre elles auraient parfaitement convenue à Jane, mais désormais le recruteur ajoutait le paramètre illuminati dans son analyse. Il s’arrêta sur une fiche et demanda à Jane :<br />
<br />
« Dites-moi : vous contrôlez aussi le monde associatif ?<br />
– Ça dépend : à quoi pensez-vous ?<br />
– Et bien il y’a une ONG qui nous à demander à titre bénévole de chercher un candidat pour eux.<br />
– Oh ! ça a l’air bien dites donc ! Et qu’est ce qu’ils font ?<br />
– Ils font de la scolarisation en Afrique et aident au développement…<br />
– Laissez-moi deviner : c’est l’association « Scolaris » ?<br />
– Vous connaissez ?<br />
– Oh que oui : c’est un projet d’un ancien collègue, il voulait utiliser ça pour désinformer l’opinion sur notre gros projet de déculturation des masses.<br />
– C’est à dire ?<br />
– Et bien en fait nous produisons des séries nulles et des émissions stupides pour rendre les gens idiots et donc plus facile à manipuler.<br />
– Mais alors du coup pourquoi cette association.<br />
– Comme je vous l’ai dit : c’est pour donner le change. On fait croire qu’on éduque les africains et zou, on diminue les craintes. Comme les gens sont très raciste, ils pensent que l’Afrique c’est un énorme pays, sans prendre en compte les spécificités culturelles locales, et ça les rassures de voir des actions qui visent à leur donner la même éducation que chez nous… sauf qu’en fait ils ne font rien la bas.<br />
– J’ai lu qu’ils installent des puits et construisent des écoles…<br />
– Oui, mais ça c’est pour faciliter notre plan de développement d’un grand complexe touristique : les puits apportent l’eau pour les SPA, et les écoles forment le personnel des futurs hôtels. Vous ne croyez quand même pas que dans un cinq étoiles se sont les clients eux même qui vont dépanner leur wifi ? »<br />
<br />
William acquiesça, certain que l’expertise de Jane en la matière faisait office d’argument d’autorité.<br />
<br />
Le recruteur regarda les fiches qui lui restait, et arriva malheureusement à la conclusion qu’il n’avait rien à proposer à Jane qui puisse correspondre à ses attentes. Il lui annonça la nouvelle avec tact, et attendit sa réaction qui ne tarda pas à arriver :<br />
<br />
« Arf… je savais que ça ne serait pas facile. Et bien tant pis. En tout cas je vous remercie de vos efforts et de votre compréhension Willy. Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps…<br />
– Ne dites pas ça Jane, ça a été un plaisir de vous rencontrer… »<br />
<br />
Jane se releva, défroissa sa jupe et tendit la main vers William.<br />
<br />
« Vous ne craignez plus… ? » demanda le recruteur<br />
– Je prends le risque » dit Jane<br />
<br />
William lui serra la main et la raccompagna à la porte de son bureau. Mais alors qu’elle était sur le point de franchir le seuil, Il lui demanda d’attendre :<br />
<br />
« Jane : donnez-moi un instant je vous prie ! juste une minute ! »<br />
<br />
Il se précipita vers une large armoire à dossier qu’il fouilla frénétiquement avant d’en retirer une pochette mauve qu’il rapporta à Jane :<br />
<br />
« C’est une demande de la part d’un éditeur qui recherche des auteurs<br />
– Mais… je ne suis pas écrivain ?<br />
– Peut importer, le but c’est de créer des romans pour ado.<br />
– D’accord… mais ça ne change rien ?<br />
– Et bien si ! ces romans ne sont pas le fruit d’auteur, mais d’équipe de développement !<br />
– Ah bon ? » s’étonna Jane « mais enfin j’ai vu ces auteurs en dédicaces ou bien en interview pourtant ?<br />
– Ce ne sont que des acteurs : les éditeurs les engagent, leur inventent une histoire et collent leur photo sur une couverture ! et c’est comme ça que tous les gamins ont l’impression que ce qu’ils lisent est de la vraie littérature !<br />
– Ca alors ! mais c’est dingue ! et le grand public ignore tout ça ?<br />
– Peu de gens le savent, la plupart ne veulent pas y croire.<br />
<br />
– Et vous pensez que j’aurais mes chances ?<br />
– Il faudra manipuler les gens, leur donner l’impression que tout est normal, que la réalité n’est pas ce qu’elle est et ce dans le but de faire des ventes… ne me dites pas que ça ne vous rappelle pas votre ancien boulot ?<br />
– Oh je vois ! sauf que là j’aurais des weekends et des horaires normaux ! Oh Willy c’est formidable ! » dit Jane en lui sautant au cou.<br />
– Et bien vous voyez ! on a fini par y arriver !<br />
– Vous êtes le meilleur Willy : je vous recommanderai au grand maître de la loge de Sacramento ! »<br />
<br />
William ne sût dire si c’était une bonne ou une mauvaise chose et se contenta de sourire.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Reconversion**

La salle d’attente du bureau de recrutement était aussi cosy que les bars chics de l’aéroport, ceux avec un grand piano à queue dont joue un pianiste en costume à qui on laisse un billet dans un verre à cognac.

C’était le genre d’endroit ou Jane se sentait à l’aise, comme si c’était son milieu naturel. Elle scrutait avec attention la toile fixée sur le mur à sa gauche : était-ce un Zapparelli ou bien un Lucano période « étoiles » ? En tout cas c’était une très belle œuvre, représentant une vierge Marie cosmique tenant dans ses bras un bébé Jésus qui ressemblait au surfer d’argent.

Le responsable de recrutement entra alors dans la salle d’attente. C’était un homme d’une bonne trentaine d’année, les tempes grisonnante, vêtu d’un strict costume gris souris :

« Madame Smith ? Je suis William. B Bernstein, chargé de recrutement : ravi de vous voir enfin en personne ! « 

Bernstein tendit la main vers Jane qui la regarda avec circonspection.

« Euh… dites Willy… je peux vous appeler Willy ? vous vous êtes lavé les mains récemment ?
– Pardon ?
– Oui oui je sais ça semble très saugrenu dit comme ça, mais avec le fluorure qu’il y a dans l’eau, si vous vous êtes lavé les mains et bien c’est toxique… remarquez maintenant que je dis ça si vous ne vous êtes pas lavé les mains ça ne serait pas très hygiénique non plus… oh je sais ! faisons-nous la bises ! »

Aussitôt Jane se leva de son siège et fit la bise à Bernstein qui se demanda un instant s’il n’allait pas refuser, puis, après réflexion, estima que ce n’était pas tous les jours qu’une aussi belle femme vous proposais aussi spontanément un peu de contact physique, aussi subreptice fût-il.

Après cette entrée en matière peu académique, Jane réajusta son blazer rouge « Rosso Corsa » et adressa un grand sourire à William et attendit la suite. Bernstein, faisant fi des énormes traces de rouge à lèvres qu’il avait sur les joues, fit signe à Jane de le suivre et la conduisit dans son bureau.

Tout comme la salle d’attente, c’était un bel espace, très lumineux avec sa baie vitrée qui laissait voir la ville, et très luxueux avec son mobilier design tout en métal et en cuir brun. William prit place derrière son bureau minimaliste en verre opaque et invita de la main Jane à s’asseoir dans le grand fauteuil style bergère qui lui faisait face. Elle s’installa en ondulant sensuellement les hanches pour se baisser, jambes serrées et termina en tirant légèrement les plis de sa jupe fourreau.

William faisait son possible pour garder son sérieux, mais Jane était troublante et attirante, avec sa longue chevelure blonde cendrée et ses yeux verts émeraude qui vous caressait à chaque regard.
Jane se rendit compte du trouble qu’elle suscitait chez son interlocuteur. Elle avait l’habitude de faire cet effet aux hommes, et savait en jouer avec parcimonie. Etre juste « une belle plante » n’avait jamais été son objectif, mais elle n’allait pas s’enlaidir pour éviter qu’on la dévorer des yeux. De toute façon, la plupart des hommes dévisageaient les femmes sans scrupule, quelle que soit leur apparence, elle n’avait donc aucune raison de se priver d’un peu de coquetterie.

Le recruteur tira d’une pochette cartonnée le CV de Jane et commença à le relire pour se remettre dans le contexte.

« Alors, madame Smith…
– Allons Willy… appelez-moi Jane.
– Très bien Jane. Et bien sachez tout d’abord que nous avons été impressionné par votre curriculum. Que ça soit vos références et les résultats de vos tests d’aptitude : c’est du jamais vu ici.
– Oh vous me flattez Willy…
– Je suis sincère, vraiment, nous sommes un cabinet d’expert et nous voyons passer beaucoup de gens de talent, mais vous… une expertise comme celle-là c’est extraordinaire !
– Ah que voulez-vous : ]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Fri, 10 Feb 2023 00:49:11 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2023-02-10T00:49:11+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 45 : 4 murs ou 4 planches #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep45/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**4 murs ou 4 planches**<br />
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Chez nous on a un dicton : « à la fin de la journée, quoi qu’il arrive, tu finiras entre 4 murs ou 4 planches ». En prison c’est comme ça que ça se passe : les options sont minces. Ce qui est le plus étrange c’est que normalement notre vie devrait être rythmé par une régularité d’horloge, le genre précis et immuable. Ça c’est bien sûr la théorie, parce qu’en vraie chaque jour vous réserve son lot de coup improbable.<br />
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La journée commence à 7h, avec la sonnerie générale qui te sert de réveil. Contrairement à ce qu’on voit dans les films, les gardiens ne passent pas faire l’appel : ça prend trop de temps, alors ils se contentent de pointer quand ils nous croisent. De toute façon, personne ne se fait la belle de sa cellule durant la nuit.<br />
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On à 15 min pour se préparer, ensuite direction le réfectoire. Les matons ne sont pas coulant avec les retardataires, et si tu loupes le coche, tu devras attendre le déjeuner pour avoir un truc à te mettre sous la dent.<br />
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Ici ce ne sont pas des détenus qui font le service. Même si ça coûterait moins cher, ça serait une source supplémentaire de problèmes, avec des gangs qui s’arrangeraient pour occuper ce point stratégique et dealer de la bouffe. Du coup tu manges sereinement parce que tu sais que personne n’a glissé une lame de rasoir dans tes œufs brouillés ou d’acide pour les toilettes dans ton café.<br />
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Par contre, tu gardes quand même un œil qui traîne, parce qu’il y’a toujours un détenu qui aura envie de se faire un petit supplément, et en général il le trouvera dans ton assiette. La plupart tu temps tu n’as rien à craindre des gros caïds, parce que eux tapent dans les plateaux de leurs sbires. Non le problème vient plutôt des sbires en question qui se rattrapent sur toi.<br />
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Si tu veux durer un tant soit peu dans cette taule, tu fermes ta gueule et tu donnes ton flan caramel sans faire d’histoire. Si tu plais aux patrons, ils peuvent même t’avoir à la bonne et t’offrir une certaine protection en échange d’un peu de ta bouffe. La prison finalement, c’est le retour à un mode de fonctionnement féodale : les paysans nourrissent les chevaliers et obtiennent protection en retour. Enfin sauf que là les chevaliers se sont des narcotrafiquants, des voleurs de voitures, des arnaqueurs en tout genre, des tueurs…<br />
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Hey ouais, ici c’est la cour des grands, et les mecs que tu croises sont là pour une bonne raison. Il n’y a pas d’innocent qui soit là par erreur, juste un bon paquet de connards. Après, qu’est ce qui a fait que ces mecs sont devenus ce qu’ils sont, ça c’est une autre affaire.<br />
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Prends Gibbons par exemple : il te suffirais de parler 5min avec lui pour le classer directement dans le top 10 des plus gros enfoirés que t’ai jamais rencontré de ta vie. Et pour 5min de plus, il prendrait certainement la tête du classement. Bah Gibbons c’est juste un mec qui a pas eu de chance. Née dans le ghetto d’une mère toxico, il s’est retrouvé en foyer d’accueil à l’âge de 8 ans. Après quoi, il finit dans une famille d’adoption où le daron a une idée très personnelle de l’éducation. Il ne cogne pas ses gamins, mais si l’un d’eux fait un truc qui ne lui revient pas, c’est direct un séjour dans le placard qui se trouve sous l’escalier, lumière éteinte.<br />
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Premier trauma pour Gibbons, il devient claustrophobe.<br />
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A 18 ans, après avoir loupé une carrière de joueur de foot universitaire parce qu’il glandait trop en classe, il s’engage dans les marines. Là encore mauvaise pioche : on lui pète encore plus la caboche en le brisant mentalement.<br />
En théorie les instructeurs te disent que c’est pour mieux te façonner, mais avec un gamin comme Gibbons, ça n’a pas eu l’effet escompté. Nouveau trauma : à force d’être préparé à lutter à tout moment, Gibbons est devenu complètement paranoïaque.<br />
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On n’a jamais vraiment trop su les détails de cette partie de l’histoire, mais il semble qu’il ait abandonné son unité en pleine mission de reconnaissance et que ça ait tourné au massacre. Oh rassures toi, nos bons soldats en sont sortis indemne… c’est un peu moins le cas pour la trentaine de civils qu’il a plombé à coup de fusil M16A1. Officieusement on raconte qu’un gradé lui avait donnée la mission de « faire le ménage », comptant sans doute sur le fait qu’il était zinzin. L’enquête du JAG l’a finalement blanchi mais dans sa tête c’était un trauma de plus au compteur.<br />
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Après 7 mois, il revient au pays, sans affectation. Alors il erre sans but, liquidant sa solde en alcool et en drogue. Parce que Gibbons s’est mis à faire des cauchemars, le genre violent et en cinémascope. Dès fois il se réveille et vomi tellement les images qu’il revoit sont horribles, et il n’y a qu’avec une dose d’héroïne qu’il peut trouver un peu de repos.<br />
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Et puis un jour il reçoit un coup de fil de Tasha, une autre gamine de l’adoption avec qui il vivait et qui est comme une sœur pour lui. Elle lui explique qu’un type la harcèle, qu’elle à la trouille…<br />
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Tu la vois venir l’histoire ?<br />
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Alors Gibbons fait ce que tout soldat fait dans ce genre de situation : il part en opération. Il traque sa cible, étudie ses déplacements, et prépare un plan d’action. Au début, il veut simplement l’intimider, se pointer devant lui après une embuscade et lui filer la trouille de sa vie, façon rencontre avec Batman.<br />
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Sauf que Gibbons n’est pas Batman,<br />
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Rapidement la situation part en couille : il piège la route en déployant une herse qu’il a bricolé comme on lui a appris pour arrêter sa cible là où il le souhaite. Sauf que lorsque les pneus explosent, perforés par les tiges d’acier, la voiture se déporte sur le côté et percute la glissière puis fait un tonneau. Sous l’impact, le type est projeté hors du véhicule.<br />
Il s’en tire bien, tout juste des hématomes, mais sa chance s’arrête là, car Gibbons panique. Il n’avait pas prévu un tel barouf. Il sait que ça va attirer l’attention et que d’ici 5min y’aura des ambulances et des flics. Alors il se précipite sur le gars et commence à le cogner en lui hurlant dessus de laisser Tasha.<br />
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Il faut bien te rendre compte que Gibbons c’est pas un petit gabarit. Il est massif et cogne aussi bien qu’un boxeur. Son instruction militaire lui permet de frapper où il faut pour faire mal. Mais il ne maîtrise pas sa force, ou plutôt il ne veut pas, et il tabasse tellement le mec qu’il lui explose la rate. A la fin, son visage n’est plus que de la pulpe sanguinolente, un puzzle mélangé qui n’a plus aucun sens. La paranoïa de Gibbons à maintenant toutes les raisons de s’agiter parce que les flics le cherchent. Toute la nuit il sera traqué à travers la ville comme un animal, sauf que cet animal-là a été formé à la guérilla, au combat urbain, et à des stratégies vieilles comme le monde pour garder l’avantage face à un ennemi supérieur en nombre.<br />
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Au petit matin, alors qu’il est à bout de force et qu’il a échappé à 3 escarmouches avec les forces de l’ordre, il finit par se faire chopper par des gars du SWAT. Sauf qu’à ce moment-là, Gibbons a pris en otage une automobiliste et ses 2 mômes, et qu’aucun d’eux n’a survécu à la fusillade que ça a occasionné. Lui à prit très exactement 8 balles dans le corps, dont aucune n’a été fatale, ni même handicapante.<br />
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Dans un autre état, Gibbons aurait été condamné à mort, mais il n’a pas eu cette chance : il va devoir passer le reste de son existence entre ces murs, et c’est un châtiment bien cruel quant on à son âge. Petit à petit, je vois disparaître dans son regard cette étincelle d’énergie qui caractérise les gens qui ont l’espoir de sortir un jour. Son regard à lui est mort, c’est un zombie, un être purement « musculo respiratoire » dont l’esprit est vide. La seule chose qui lui évite complètement de sombrer, ce sont les quelques visites de Tasha.<br />
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Oh pas qu’elle soit ingrate, au contraire : c’est la culpabilité qui la retient de venir plus souvent… ça et le fait de devoir supporter les regards des autres détenus qui la reluquent lorsqu’elle arrive par le bus.<br />
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Tout ça pour te dire que bien sûr, les gars ici ne sont pas des anges, loin de là, mais que quand la vie te sort des cartes aussi pourries, c’est presque normal que ça finisse ainsi.<br />
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Là encore : 4 murs ou 4 planches, c’était les seules options pour Gibbons.<br />
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Je parle de lui, mais bien d’autres ont eu des parcours similaires. Certains sont des enfants battus, victimes d’abus en tout genre, ou simplement des mecs de la rue, issue de famille pauvre qui ont grandi dans un environnement proche de la jungle ou c’est la loi du plus fort qui prime. La seule chance qu’aura eu ce pauvre type, c’est qu’il faisait un excellent gros bras, et qu’il a pu se mettre au service d’un caïd. En l’occurrence, un mexicain nommé Carlos Oribero, mais qu’on l’appelle tous « El hombre de Arena ».<br />
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Oribero utilise Gibbons aussi bien comme force de frappe pour régler ses comptes que comme soubrette pour nettoyer sa cellule. Et oui car après le petit déj, on a jusqu’à 8h30 pour faire nos piaules.<br />
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J’avais vu pas mal de gamin jouer les gros bras les premiers jours de leur arrivés, bien décidé à ne pas faire ici ce qu’il n’avait jamais fait chez maman. Sauf qu’ici ta cellule tu la partages avec un autre gars, et que lui sera moins gentil que ta chère mère. Du coup les gamins rentrent dans le rang vite fait sans que les gardiens n’aient rien à dire. Parce qu’ici, si tu ne respectes pas les règles, t’as très vite des ennuis.<br />
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Amusant de voir comment une forme d’autogestion vient spontanément de la part des taulards…<br />
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Toujours est-il que passé l’heure du ménage, c’est le premier moment « ouvert » de la journée : tu peux squatter dans ta cellule (si jamais tu n’en as pas eu assez d’y passer la nuit) ou bien aller dans l’un des différents lieux de vie accessibles. Pour la plupart des mecs du bloc, s’il ne pleut pas, ça sera balade dans la cours extérieur histoire de faire un peu de sport, simplement prendre l’air ou fumer une clope. Si t’es du genre intello, tu peux aller à la bibliothèque prendre un bouquin… enfin ça c’est si tu avais le projet dingue de te réhabiliter à ta sortie en passant un diplôme, ou bien si tu n’as vraiment rien de mieux à foutre.<br />
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Je ne critique pas les bouquins hein ! mais faut bien que t’ai en tête que le choix offert est loin d’être palpitant. Je sais bien que réclamer du confort en cabane ça relève de l’ironie, mais merde j’ai pas envie de lire ce putain d’Harry Potter pour la 5eme fois !<br />
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Pour ma part, je reste devant ma cellule, et je regarde le grand cirque qui s’agite devant moi. Je vois les mexicains qui s’interrogent sur qui sera le prochain néo nazi qu’ils vont se faire, et je vois les néo nazi se demander s’il n’y a pas moyen de se débarrasser d’Oribero. Il y’a les musulmans dans leur coin qui prient pour je ne sais quoi, et puis y’a les petites castes, pas assez nombreuses ou forte pour peser dans le conflit toute seule, mais qui tissent des alliances pour survivre.<br />
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J’aime autant te dire que Game of Thrones à côté c’est une comédie romantique avec Meg Ryan.<br />
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Moi comme toujours je fais profil bas, et j’observe la marmite qui ne demande qu’à exploser. C’est d’autant plus flagrant depuis l’arrivée d’un petit nouveau. Il s’appelle Jethro Arclite, et c’est d’après ce qu’on raconte un ancien flic des stups de Miami. Tu te dis que ses jours sont comptés ? qu’un flic en cabane, il finit la semaine avec un coup de surin dans le dos ? T’as pas tort : normalement c’est ce qui devrait se passer. Sauf que ce mec-là, il est sans doute pire que tous les tordus qui sont entassé ici par notre cher gouvernement.<br />
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Jethro à une tête bizarre, un air de gamin mais un regard de vieux de la vieille qui en a vu des vertes et des pas mûres. Ses cheveux sont tout blanc, plaqué en paquet vers l’arrière, comme de grosses écailles de dragon, ce qui lui donne un look de personnage de dessin animé japonais. Mais ne te fie pas à ça : il se dégage de lui une agressivité permanente, c’est un fauve tendu et toujours prêt à bondir. Dès le premier jour, il a étalé deux mecs qui faisaient 3 fois son poids juste pour rigoler. Personne ne peut le surprendre : il a des yeux dans le dos et des réflexes d’animal. On se rend vite compte qu’il fait tout à l’instinct, par simple pulsion, comme un véritable sociopathe.<br />
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C’est comme avoir le Joker comme codétenu.<br />
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Jusqu’à midi tout peut se passer à merveille du moment que chacun reste dans son coin. Même si les groupes fort de la prison se détestent, une guerre permanente n’est bonne pour personne, alors ils temporisent et restent sages. De toute façon, les matons observent ce qui se passe, il faut donc jouer finaud. Si jamais ça chauffe trop, ils déclenchent ce qu’ils appellent l’opération « Emerald City » et tout le monde se retrouve enfermé dans sa cellule pour la journée ou jusqu’à ce que le directeur décide que la punition est finie. Ça veut dire pas de sortie, pas de visite et de la bouffe froide qu’on t’apporte dans des sachets comme quand tu fais une sortie avec l’école.<br />
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Toi qui n’est dans aucun camp en particulier, tu restes à l’affût parce que tu sais que c’est lorsqu’il y a un tout petit relâchement que quelqu’un va faire un truc stupide. Tu observes les autres, et si tu peux, tu fais ce qu’il faut pour les empêcher d’avoir une occasion de déconner. En prison tout le monde est à la fois un maton et un taulard, un surveillant et un voyou.<br />
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Aujourd’hui en l’occurrence celui qui va attiser les braises, c’est Cameron, un type du gang des bikers. Il vient de sortir de 3 semaines d’isolement pour avoir agressé un jeune détenu, du coup il ne connait pas Arclite, et bien entendu, il a envie de se frotter à lui, encore plus quand il apprend que c’est un ex flic. Enfin quand je dis se frotter, pas de méprise : il veut essayer de le violer.<br />
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Cameron va dans la cour et le chercher du regard. Avec son look ça n’est pas difficile, et à peine le voit-il qu’il se lêche déjà les babines. Arclite est train de fumer à côté du terrain de basket en regardant les détenus faire des paniers à trois points. Il se moque d’eux quand il rate, mais aucun n’ose faire de remarque. Cameron arrive de face, sûr qu’avec son mètre quatre-vingt-dix et ses 130 kilos il intimidera le policier qui doit tout juste faire un mètre soixante-dix et soixante-dix kilos. Arclite comprend tout de suite ce qui se passe, mais fait un grand sourire à Cameron. Ce dernier veut frapper Arclite pour asseoir sa domination, il l’attrape donc par le col pour l’empêcher de bouger et se prépare à lui balancer un crochet à l’estomac. Arclite sourie toujours : Il plonge sur Cameron et le mord à la gorge. Une giclée de sang s’échappe, et le molosse hurle de douleur. Arclite mord plus fort encore et pousse en arrière avec ses bras tout en tirant avec la nuque. Il arrache un énorme morceau de viande sanguinolente de l’épaule de Cameron qui s’écroule aussitôt. Sa pression sanguine chute en moins de dix seconde et il tombe dans le coma. Arclite, la gueule couverte de sang, un sourire jusque-là, se marre comme le tordu qu’il est tandis que les matons interviennent pour calmer l’émeute qui s’est déclenchée. C’est trop tard pour Cameron, et il vient s’ajouter aux statistiques des détenus mort en prison victime des autres détenus.<br />
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Mis à part chez les bikers, les taulards sont plutôt contents de l’opération : un biker de moins, et Arclite qui va se retrouver à l’isolement pour quelques semaines, on pourrait presque parler de bénef. Etant donnée les antécédents de Cameron et les circonstances, le directeur ne déclenche pas « Emerald City » et nous interdit juste l’accès à la cour le temps que la police fasse son enquête et emporte le corps. Le message est clair : si vous êtes assez con pour chercher le mec qu’il ne faut pas, c’est votre problème.<br />
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Vers 12h c’est le même cirque que le matin : tu te diriges en rang vers le réfectoire, en priant le ciel que le type derrière toi n’ait pas été chargé de te planter parce que tu avais du retard sur tes dettes ou une connerie du genre.<br />
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Ici c’est comme avec la banque dans la vraie vie : si tu ne payes pas, on vient te saisir, et tu payes avec ta vie. Le truc c’est qu’ici ça peut être n’importe qui qui joue les collecteurs. D’ailleurs paradoxalement, faire ce job est une façon de régler ses dettes.<br />
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Par habitude je sens venir les coups fourrés, et là ça ne rate pas : Zeke, de la bande des latinos vient de filer un dard à un blanc bec. Je crois que ce petit con est là pour vol de caisse, ou un truc comme ça. Du coup c’est une cible facile : il est jeune, influençable, et sait très bien qu’ici il ne vaut rien, parce que le vol de voiture c’est le degré zéro de la criminalité. Hey ouais même ici il y’a des castes et des grades.<br />
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Du coup tu peux vite fait lui monter la tête « aller vas-y, si tu fais bien ton boulot on te donnera une place dans le gang ». Ça c’est le genre de discours qu’on peut essayer de te faire avaler si t’es impressionnable. Sauf qu’a moins d’être vraiment bon, les gangs en ont rien à foutre de recruter du menu fretin, et si Zeke fait faire le sale boulot à ce crétin, c’est tout bêtement pour ne pas s’attirer d’ennui directement et aussi un peu pour se marrer en lui foutant la pression.<br />
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Les détenus qui ne sont pas rattaché à un gang ou qui n’ont aucune protection, on appelle ça des « pions ». Ils sont sacrifiables, ont peu de marge de manœuvre, mais ils peuvent faire des dégâts épouvantables si tu sais bien les jouer.<br />
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Le gamin à maintenant une cible. Bouffé par un mélange de trouille et d’excitation, il se glisse dans la file d’attente dans le dos de sa cible. Derrière, tu peux voir Zeke qui se marre en le voyant faire : tout le monde l’a repéré. Le gamin le sens, mais il est coincé. Caché maladroitement dans sa manche il a un clou de 15 cm affuté sur la pointe. Ici on appelle ça un schlass, un dard ou un pointeur, et dans les mains d’un expert c’est une arme qui ne fait pas de cadeau. Les mecs les plus habiles te le plantent sur le côté juste en dessous des côtes et l’enfoncent quasiment en entier en redonnant un coup avec le plat de la paume. Ça te perfore l’estomac dont les acides se rependent partout dans ton corps. Si le mec est vicieux, il peut aussi retirer le dard en le tournant pour augmenter les dégâts, mais c’est plus risqué car il peut se faire repérer. La victime de ce genre d’exécution meurt lentement, et elle dérouille tu peux me croire.<br />
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Heureusement pour nos estomacs aujourd’hui ça s’arrêtera là. Le gamin à trop la trouille, il sent les regards de tout le monde sur lui. Ça n’a pas échappé aux gardiens, qui eux aussi avec le temps, développent le même genre d’instinct que nous. Le gamin à tellement la trouille qu’il ne pense pas à se débarrasser du dard, et les gardiens le choppent la main dans le sac. Il ne sait pas quoi dire, de toute façon il ne PEUT rien dire. Sa seule excuse c’est que c’était « pour sa protection ». On sait tous que c’est ce qu’il vient de dire sa protection, une protection contre Zeke. S’il ne balance pas, le gamin sait qu’il évitera de se faire tabasser ou violer, et d’être lui-même le prochain type qu’on poinçonnera dans la file…<br />
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Le service continue, et tu ramasse ton plateau repas en cherchant du regard une place tactiquement intéressante. Près d’un mur, on dans l’angle d’une des caméras, ça reste un bon choix pour ne pas avoir d’emmerde.<br />
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Pendant que tu manges, tu essayes vaguement d’apprécier ton plat, mais c’est difficile car tu n’arrives presque pas à identifier ce que tu manges. Les aliments ont un gout neutre la plupart du temps, et à part les dessert, qui sont les mêmes que ce que tu trouves au supermarché, ce que tu avales est fade. C’est une des raisons pour laquelle plein de mec acceptent de faire leur classe de l’après-midi dans l’atelier cuisine.<br />
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Ah oui parce que l’après-midi tu as des ateliers.<br />
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L’état ne peut pas admettre qu’il t’a enfermé pour 15 ans ou plus sans que ça soit productif. Alors histoire de donner le change à Dieu sait qui, on te force à participer à des ateliers. C’est censé t’apprendre un boulot que tu pourras faire une fois dehors, et à t’occuper de façon « productive ». Une sorte de centre aérée pour adulte. Bien sûr, il y’a une petite arnaque derrière tout ça, certains ateliers sont en fait de la sous-traitance à de grande boite. Du coup tu fais du télémarketing, tu fabriques des plaques d’immatriculation ou des articles de plomberie, tu cuisines des plats sous vide pour des compagnies aériennes…<br />
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Oh bien sûr tu es payé pour ça : ils appellent ça ton « indemnités » et c’est aussi ridicule que l’argent de poche que tu touchais quand tu avais 12 ans. Cependant, si tu n’as aucune autre source de revenu à l’extérieur, ça te permet de payer les patrons, de t’offrir une clope de temps en temps… bref de survivre.<br />
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Plusieurs fois les ateliers ont été remis en question, car ils étaient l’opportunité pour les détenus d’utiliser des outils, et donc potentiellement de se foutre sur la gueule avec. C’est sûr que laisser des gars comme Léonie « Stiletto » utiliser un ciseau à bois ou Brendan « Hamerhead » une torche à acétylène, ça relevait de l’inconscience.<br />
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N’empêche qu’à part quelques incident isolé, les détenus se tiennent à carreau, parce qu’ils y tiennent à leurs ateliers et pas que pour l’argent. Ils veulent tous croire qu’ils pourront encore avoir un avenir, et que la taule n’est pas leur destination finale. Sauf que ça c’est un truc que tu peux te dire dans d’autres prison, mais pas ici. En QHS les gars en ont pour des années avant de mettre le pied dehors : ça leur servira à quoi d’avoir passé 20 ans à cuisiner le même risotto ? D’avoir appris à fabriquer des bancs en contreplaqué ?<br />
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J’ai rien contre les gens qui se leurrent avec ce genre d’illusion, parce que c’est sans doute ce qui leur permet de continuer à vivre, mais la réalité c’est que tout ce que tu apprends ici n’est qu’une frustration de plus. Bien sûr, t’auras toujours un gardien qui par sadisme ou bonté, tout dépend comment tu vois les choses, va te dire qu’il a croisé un ancien et que maintenant il est réinséré dans la société et qu’il mène une vie normale. Ce gardien là il se fou de ta gueule, ou il espère sincèrement que tu vas le croire et que tu vas tout faire pour toi aussi réussir ta sortie.<br />
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Dans les deux cas c’est du vent, parce que la seule chose qui t’attends à la fin de la journée, c’est 4 murs ou 4 planches.<br />
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Vers 17h les ateliers sont terminé, et c’est le second moment libre de la journée. Certains groupes ont leurs petites habitudes, notamment ceux religieux. Ils prient, dans des coins qu’ils ont aménagés à cet effet, et essayent d’apaiser leurs esprits. Ces moments-là aussi sont des moments de trêve : aucun groupe ne s’en prendrait à un autre durant ses moments-là. Même si tu ne crois pas en Dieu, ou Allah ou en Gaia, tu sais que tu es ici dans un des endroits les plus proches de l’enfer… du coup dans le doute, tu essayes de ne pas trop déconner avec ses instances supérieures. Et quand bien même tu n’aurais aucun respect, tu apprends vite que PERSONNE ici ne tolère les blasphémateurs.<br />
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Faut dire que tous les grands patrons des gangs appartiennent à une religion ou une autre. Y’a une bonne majorité de catholique, que ça soit des chrétiens ou des protestant, et ils se montrent étonnamment ouvert les uns avec les autres. Le truc c’est que les patrons savent que leurs âmes sont foutues, alors ils cherchent à limiter la casse. Ils prient assidûment parce qu’ils sont en train de se diriger vers le purgatoire, et que quelques bons points c’est toujours intéressant à prendre.<br />
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La loi dans notre prison n’est pas définie par les hommes, mais par les dieux. Si on subit la vengeance d’un gang, c’est parce qu’il applique la justice divine… Enfin ça c’est ce qu’ils se racontent pour mieux dormir la nuit.<br />
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18h, tu peux aller prendre une douche. C’est le moment de promiscuité qui fait flipper tous les nouveaux : comme à l’école, tu vas devoir comparer ton physique de poulet avec celui de mec qui font de la muscu deux fois par jours toute la semaine depuis 8 ou 10 ans. Ça se regarde le paquet pour voir celui qui a la plus grosse, ça compare les tatouages, la plupart fait maison, et au bout d’un moment tu ne fais même plus attention à toutes ses queues sous ton nez, parce que le seul truc que tu veux, c’est sentir l’eau chaude sur toi et le savon qui te décrasse.<br />
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Parfois, certains profitent de ces moments pour se mettre à l’écart et s’envoient en l’air : ça peut être aussi mécanique qu’une pipe à la vas vite que passionné et tendre avec de long baisés appuyés. Certains n’ont que ça pour tenir le coup, d’autres le font pour chasser le souvenir des gens qu’ils ont perdu en venant ici… et puis plus pragmatiquement, t’as des mecs qui payent leurs dettes avec leur bouche.<br />
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Il est 19h, et c’est le dernier passage de la journée au réfectoire. Le type qui s’est fait ciblé par Zeke ce midi peut être tranquille, car les matons l’on a l’œil, et de toute façon personne ne sera assez stupide pour réessayer. Dans deux ou trois jours peut être…<br />
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Le repas est sinistre. La fin du jour coïncide avec l’heure des bilans : on réalise qu’on vient de faire un jour de plus, on compte tous ceux qui restent, et on se dit que putain c’est loin. Tu fais aussi le calcul de toutes tes concessions de la journée, du fric que t’as emprunté, des clopes que t’as donnés en échange de service, tu révises les alliances en cours et en parcours le réfectoire du regard tu essayes de savoir qui est tricard et qui sera le prochain à se faire poinçonner. Tu te demandes si ça ne sera pas toi… tu es sûr de tes comptes ? Est-ce que ce jamaïcain te laissera les 4 jours comme convenu pour le payer ? Est ce qu’il n’y aura pas de retard dans le versement de ton indemnité ?<br />
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Autour de toi, y’a des mecs qui ne sont pas aussi à jour dans les comptes et qui eux balisent à mort. Ils savent que lorsque sonnera le couvre-feu, tout le monde retournera en cellule, et que si par malheur leur codétenu devient un pion, ils n’auront aucune chance.<br />
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Ce qu’il faut comprendre avec ce lieu, c’est que ce qui tue les gens ce n’est pas la violence, ni la privation de liberté. Non ce qui te tue c’est l’irrémédiable. Ton espoir brûle en quelques instants, tout dans ses murs te rappelle à ta condition première d’être mortel voué à une fin certaine. Toute l’illusion de bonheur que la vie peut t’apporter, ici tu en es privé. Il ne te reste que cette infâme certitude qu’à la fin de la journée, quoi qu’il arrive, c’est 4 murs ou 4 planches.<br />
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Tu quittes le réfectoire en traînant les pieds pour rester encore quelques instants hors de ta cellule. Car une fois dedans, après le pointage des matons, les portes sont verrouillées pour la nuit. Tu vas passer les 11 prochaines heures enfermé ici avec un type qu’on t’as collé au hasard. Si t’as du bol, il est aussi paumé que toi et vous pourrez passer une nuit tranquille. La cellule devient votre protection contre tous les tarés du bloc. Mais quand bien même, tu as en toi cette peur que soudainement il s’en prenne à toi. Même si tu fais partie d’un gang et que ton codétenu est de ton équipe, il y’a toujours le risque qu’on ait monté un coup contre toi et qu’on te fasse trancher la gorge dans ton sommeil.<br />
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Il n’existe aucune forme de paix durable ici, aucune certitude que ton existence ne prendra pas fin d’un seul coup. Au beau milieu d’une pensée, pendant que tu manges, même dans les chiottes, un type peut surgir et t’ouvrir le cou. Tu es privé de tout, de tes pensées, de tes rêves, de ta dignité. On te retrouve pissant le sang, le futal sur les chevilles, couvert de ta propre pisse, faisant une grimace ridicule. Ici même ta dignité de mourir n’est pas garantie.<br />
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Alors tu te mets sur ton lit, et tu pries pour que ça s’arrête. Parfois tu espères même mourir. Lorsque tu en es à ce stade, alors là tu as vraiment touché le fond, parce que les gens comme toi on les laisse vivre et souffrir. La punition de la prison, elle est dans ta tête, et paradoxalement elle fait de toi quelqu’un qui mérite ce qui lui arrive.<br />
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Ici tu mènes une non vie dont le seul but est de finir en composte. Tu n’es pas plus utile qu’un arbre qui métaboliserait de l’oxygène en carbone. Ton poids sur la société est une excuse pour certains afin de justifier plus de répression, plus de dureté. Ta vie ne t’appartient plus parce que tu n’en auras plus jamais l’usage.<br />
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La lumière s’éteint à 22h. Les matons tolèrent que tu finisses de regarder ton film ou ta série, mais seulement si tu as un casque. Après quoi, ils coupent carrément le courant de la cellule si tu fais le difficile.<br />
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Dans le noir, avec la respiration d’un autre type pour seule compagnie, tu te mets à avoir des crises d’angoisses. Parfois tu entends l’autre pleurer comme un môme, parce qu’il a passé une plus sale journée que d’habitude, ou simplement parce que c’est l’anniversaire de sa mère aujourd’hui. Toi tu traces un trait de plus sur le mur comme tu en as l’habitude depuis que tu es là. Il y’en a tellement que tu ne saurais dire exactement combien. Tu fais le compte seulement de temps en temps, quand tu ne sais pas quoi faire d’autre.<br />
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Tu dormiras à moitié, parce que tu ne parviendras jamais à vraiment te relâcher. Tu sais à ce moment-là que tu as gâché ta vie et sans doute celle de plein de gens. Tu te dis que tu n’aurais jamais dû naître, que tu es la pire erreur de la création. Tu repenses à ce qui t’as conduit ici, et à toutes les choses que tu aurais pu faire autrement. Tu te demandes comment t’as pu être aussi con, aussi stupide. Comment font les gens dehors pour ne pas faire ces erreurs ? Est-ce vraiment si facile de rester dans le droit chemin ?<br />
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Tu restes avec ces questions en tête sous forme de rêves obscures et parfois tu espères de tout cœur que le type du lit en dessous à un dard prêt à te perforer le cœur.<br />
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Malheureusement vient le matin. Il est 7h, et la sonnerie générale te sert de réveil. Aujourd’hui encore, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, tout finira entre 4 murs ou 4 planches…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**4 murs ou 4 planches**<br />
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Chez nous on a un dicton : « à la fin de la journée, quoi qu’il arrive, tu finiras entre 4 murs ou 4 planches ». En prison c’est comme ça que ça se passe : les options sont minces. Ce qui est le plus étrange c’est que normalement notre vie devrait être rythmé par une régularité d’horloge, le genre précis et immuable. Ça c’est bien sûr la théorie, parce qu’en vraie chaque jour vous réserve son lot de coup improbable.<br />
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La journée commence à 7h, avec la sonnerie générale qui te sert de réveil. Contrairement à ce qu’on voit dans les films, les gardiens ne passent pas faire l’appel : ça prend trop de temps, alors ils se contentent de pointer quand ils nous croisent. De toute façon, personne ne se fait la belle de sa cellule durant la nuit.<br />
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On à 15 min pour se préparer, ensuite direction le réfectoire. Les matons ne sont pas coulant avec les retardataires, et si tu loupes le coche, tu devras attendre le déjeuner pour avoir un truc à te mettre sous la dent.<br />
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Ici ce ne sont pas des détenus qui font le service. Même si ça coûterait moins cher, ça serait une source supplémentaire de problèmes, avec des gangs qui s’arrangeraient pour occuper ce point stratégique et dealer de la bouffe. Du coup tu manges sereinement parce que tu sais que personne n’a glissé une lame de rasoir dans tes œufs brouillés ou d’acide pour les toilettes dans ton café.<br />
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Par contre, tu gardes quand même un œil qui traîne, parce qu’il y’a toujours un détenu qui aura envie de se faire un petit supplément, et en général il le trouvera dans ton assiette. La plupart tu temps tu n’as rien à craindre des gros caïds, parce que eux tapent dans les plateaux de leurs sbires. Non le problème vient plutôt des sbires en question qui se rattrapent sur toi.<br />
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Si tu veux durer un tant soit peu dans cette taule, tu fermes ta gueule et tu donnes ton flan caramel sans faire d’histoire. Si tu plais aux patrons, ils peuvent même t’avoir à la bonne et t’offrir une certaine protection en échange d’un peu de ta bouffe. La prison finalement, c’est le retour à un mode de fonctionnement féodale : les paysans nourrissent les chevaliers et obtiennent protection en retour. Enfin sauf que là les chevaliers se sont des narcotrafiquants, des voleurs de voitures, des arnaqueurs en tout genre, des tueurs…<br />
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Hey ouais, ici c’est la cour des grands, et les mecs que tu croises sont là pour une bonne raison. Il n’y a pas d’innocent qui soit là par erreur, juste un bon paquet de connards. Après, qu’est ce qui a fait que ces mecs sont devenus ce qu’ils sont, ça c’est une autre affaire.<br />
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Prends Gibbons par exemple : il te suffirais de parler 5min avec lui pour le classer directement dans le top 10 des plus gros enfoirés que t’ai jamais rencontré de ta vie. Et pour 5min de plus, il prendrait certainement la tête du classement. Bah Gibbons c’est juste un mec qui a pas eu de chance. Née dans le ghetto d’une mère toxico, il s’est retrouvé en foyer d’accueil à l’âge de 8 ans. Après quoi, il finit dans une famille d’adoption où le daron a une idée très personnelle de l’éducation. Il ne cogne pas ses gamins, mais si l’un d’eux fait un truc qui ne lui revient pas, c’est direct un séjour dans le placard qui se trouve sous l’escalier, lumière éteinte.<br />
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Premier trauma pour Gibbons, il devient claustrophobe.<br />
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A 18 ans, après avoir loupé une carrière de joueur de foot universitaire parce qu’il glandait trop en classe, il s’engage dans les marines. Là encore mauvaise pioche : on lui pète encore plus la caboche en le brisant mentalement.<br />
En théorie les instructeurs te disent que c’est pour mieux te façonner, mais avec un gamin comme Gibbons, ça n’a pas eu l’effet escompté. Nouveau trauma : à force d’être préparé à lutter à tout moment, Gibbons est devenu complètement paranoïaque.<br />
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On n’a jamais vraiment trop su les détails de cette partie de l’histoire, mais il semble qu’il ait abandonné son unité en pleine mission de reconnaissance et que ça ait tourné au massacre. Oh rassures toi, nos bons soldats en sont sortis indemne… c’est un peu moins le cas pour la trentaine de civils qu’il a plombé à coup de fusil M16A1. Officieusement on raconte qu’un gradé lui avait donnée la mission de « faire le ménage », comptant sans doute sur le fait qu’il était zinzin. L’enquête du JAG l’a finalement blanchi mais dans sa tête c’était un trauma de plus au compteur.<br />
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Après 7 mois, il revient au pays, sans affectation. Alors il erre sans but, liquidant sa solde en alcool et en drogue. Parce que Gibbons s’est mis à faire des cauchemars, le genre violent et en cinémascope. Dès fois il se réveille et vomi tellement les images qu’il revoit sont horribles, et il n’y a qu’avec une dose d’héroïne qu’il peut trouver un peu de repos.<br />
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Et puis un jour il reçoit un coup de fil de Tasha, une autre gamine de l’adoption avec qui il vivait et qui est comme une sœur pour lui. Elle lui explique qu’un type la harcèle, qu’elle à la trouille…<br />
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Tu la vois venir l’histoire ?<br />
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Alors Gibbons fait ce que tout soldat fait dans ce genre de situation : il part en opération. Il traque sa cible, étudie ses déplacements, et prépare un plan d’action. Au début, il veut simplement l’intimider, se pointer devant lui après une embuscade et lui filer la trouille de sa vie, façon rencontre avec Batman.<br />
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Sauf que Gibbons n’est pas Batman,<br />
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Rapidement la situation part en couille : il piège la route en déployant une herse qu’il a bricolé comme on lui a appris pour arrêter sa cible là où il le souhaite. Sauf que lorsque les pneus explosent, perforés par les tiges d’acier, la voiture se déporte sur le côté et percute la glissière puis fait un tonneau. Sous l’impact, le type est projeté hors du véhicule.<br />
Il s’en tire bien, tout juste des hématomes, mais sa chance s’arrête là, car Gibbons panique. Il n’avait pas prévu un tel barouf. Il sait que ça va attirer l’attention et que d’ici 5min y’aura des ambulances et des flics. Alors il se précipite sur le gars et commence à le cogner en lui hurlant dessus de laisser Tasha.<br />
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Il faut bien te rendre compte que Gibbons c’est pas un petit gabarit. Il est massif et cogne aussi bien qu’un boxeur. Son instruction militaire lui permet de frapper où il faut pour faire mal. Mais il ne maîtrise pas sa force, ou plutôt il ne veut pas, et il tabasse tellement le mec qu’il lui explose la rate. A la fin, son visage n’est plus que de la pulpe sanguinolente, un puzzle mélangé qui n’a plus aucun sens. La paranoïa de Gibbons à maintenant toutes les raisons de s’agiter parce que les flics le cherchent. Toute la nuit il sera traqué à travers la ville comme un animal, sauf que cet animal-là a été formé à la guérilla, au combat urbain, et à des stratégies vieilles comme le monde pour garder l’avantage face à un ennemi supérieur en nombre.<br />
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Au petit matin, alors qu’il est à bout de force et qu’il a échappé à 3 escarmouches avec les forces de l’ordre, il finit par se faire chopper par des gars du SWAT. Sauf qu’à ce moment-là, Gibbons a pris en otage une automobiliste et ses 2 mômes, et qu’aucun d’eux n’a survécu à la fusillade que ça a occasionné. Lui à prit très exactement 8 balles dans le corps, dont aucune n’a été fatale, ni même handicapante.<br />
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Dans un autre état, Gibbons aurait été condamné à mort, mais il n’a pas eu cette chance : il va devoir passer le reste de son existence entre ces murs, et c’est un châtiment bien cruel quant on à son âge. Petit à petit, je vois disparaître dans son regard cette étincelle d’énergie qui caractérise les gens qui ont l’espoir de sortir un jour. Son regard à lui est mort, c’est un zombie, un être purement « musculo respiratoire » dont l’esprit est vide. La seule chose qui lui évite complètement de sombrer, ce sont les quelques visites de Tasha.<br />
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Oh pas qu’elle soit ingrate, au contraire : c’est la culpabilité qui la retient de venir plus souvent… ça et le fait de devoir supporter les regards des autres détenus qui la reluquent lorsqu’elle arrive par le bus.<br />
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Tout ça pour te dire que bien sûr, les gars ici ne sont pas des anges, loin de là, mais que quand la vie te sort des cartes aussi pourries, c’est presque normal que ça finisse ainsi.<br />
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Là encore : 4 murs ou 4 planches, c’était les seules options pour Gibbons.<br />
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Je parle de lui, mais bien d’autres ont eu des parcours similaires. Certains sont des enfants battus, victimes d’abus en tout genre, ou simplement des mecs de la rue, issue de famille pauvre qui ont grandi dans un environnement proche de la jungle ou c’est la loi du plus fort qui prime. La seule chance qu’aura eu ce pauvre type, c’est qu’il faisait un excellent gros bras, et qu’il a pu se mettre au service d’un caïd. En l’occurrence, un mexicain nommé Carlos Oribero, mais qu’on l’appelle tous « El hombre de Arena ».<br />
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Oribero utilise Gibbons aussi bien comme force de frappe pour régler ses comptes que comme soubrette pour nettoyer sa cellule. Et oui car après le petit déj, on a jusqu’à 8h30 pour faire nos piaules.<br />
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J’avais vu pas mal de gamin jouer les gros bras les premiers jours de leur arrivés, bien décidé à ne pas faire ici ce qu’il n’avait jamais fait chez maman. Sauf qu’ici ta cellule tu la partages avec un autre gars, et que lui sera moins gentil que ta chère mère. Du coup les gamins rentrent dans le rang vite fait sans que les gardiens n’aient rien à dire. Parce qu’ici, si tu ne respectes pas les règles, t’as très vite des ennuis.<br />
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Amusant de voir comment une forme d’autogestion vient spontanément de la part des taulards…<br />
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Toujours est-il que passé l’heure du ménage, c’est le premier moment « ouvert » de la journée : tu peux squatter dans ta cellule (si jamais tu n’en as pas eu assez d’y passer la nuit) ou bien aller dans l’un des différents lieux de vie accessibles. Pour la plupart des mecs du bloc, s’il ne pleut pas, ça sera balade dans la cours extérieur histoire de faire un peu de sport, simplement prendre l’air ou fumer une clope. Si t’es du genre intello, tu peux aller à la bibliothèque prendre un bouquin… enfin ça c’est si tu avais le projet dingue de te réhabiliter à ta sortie en passant un diplôme, ou bien si tu n’as vraiment rien de mieux à foutre.<br />
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Je ne critique pas les bouquins hein ! mais faut bien que t’ai en tête que le choix offert est loin d’être palpitant. Je sais bien que réclamer du confort en cabane ça relève de l’ironie, mais merde j’ai pas envie de lire ce putain d’Harry Potter pour la 5eme fois !<br />
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Pour ma part, je reste devant ma cellule, et je regarde le grand cirque qui s’agite devant moi. Je vois les mexicains qui s’interrogent sur qui sera le prochain néo nazi qu’ils vont se faire, et je vois les néo nazi se demander s’il n’y a pas moyen de se débarrasser d’Oribero. Il y’a les musulmans dans leur coin qui prient pour je ne sais quoi, et puis y’a les petites castes, pas assez nombreuses ou forte pour peser dans le conflit toute seule, mais qui tissent des alliances pour survivre.<br />
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J’aime autant te dire que Game of Thrones à côté c’est une comédie romantique avec Meg Ryan.<br />
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Moi comme toujours je fais profil bas, et j’observe la marmite qui ne demande qu’à exploser. C’est d’autant plus flagrant depuis l’arrivée d’un petit nouveau. Il s’appelle Jethro Arclite, et c’est d’après ce qu’on raconte un ancien flic des stups de Miami. Tu te dis que ses jours sont comptés ? qu’un flic en cabane, il finit la semaine avec un coup de surin dans le dos ? T’as pas tort : normalement c’est ce qui devrait se passer. Sauf que ce mec-là, il est sans doute pire que tous les tordus qui sont entassé ici par notre cher gouvernement.<br />
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Jethro à une tête bizarre, un air de gamin mais un regard de vieux de la vieille qui en a vu des vertes et des pas mûres. Ses cheveux sont tout blanc, plaqué en paquet vers l’arrière, comme de grosses écailles de dragon, ce qui lui donne un look de personnage de dessin animé japonais. Mais ne te fie pas à ça : il se dégage de lui une agressivité permanente, c’est un fauve tendu et toujours prêt à bondir. Dès le premier jour, il a étalé deux mecs qui faisaient 3 fois son poids juste pour rigoler. Personne ne peut le surprendre : il a des yeux dans le dos et des réflexes d’animal. On se rend vite compte qu’il fait tout à l’instinct, par simple pulsion, comme un véritable sociopathe.<br />
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C’est comme avoir le Joker comme codétenu.<br />
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Jusqu’à midi tout peut se passer à merveille du moment que chacun reste dans son coin. Même si les groupes fort de la prison se détestent, une guerre permanente n’est bonne pour personne, alors ils temporisent et restent sages. De toute façon, les matons observent ce qui se passe, il faut donc jouer finaud. Si jamais ça chauffe trop, ils déclenchent ce qu’ils appellent l’opération « Emerald City » et tout le monde se retrouve enfermé dans sa cellule pour la journée ou jusqu’à ce que le directeur décide que la punition est finie. Ça veut dire pas de sortie, pas de visite et de la bouffe froide qu’on t’apporte dans des sachets comme quand tu fais une sortie avec l’école.<br />
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Toi qui n’est dans aucun camp en particulier, tu restes à l’affût parce que tu sais que c’est lorsqu’il y a un tout petit relâchement que quelqu’un va faire un truc stupide. Tu observes les autres, et si tu peux, tu fais ce qu’il faut pour les empêcher d’avoir une occasion de déconner. En prison tout le monde est à la fois un maton et un taulard, un surveillant et un voyou.<br />
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Aujourd’hui en l’occurrence celui qui va attiser les braises, c’est Cameron, un type du gang des bikers. Il vient de sortir de 3 semaines d’isolement pour avoir agressé un jeune détenu, du coup il ne connait pas Arclite, et bien entendu, il a envie de se frotter à lui, encore plus quand il apprend que c’est un ex flic. Enfin quand je dis se frotter, pas de méprise : il veut essayer de le violer.<br />
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Cameron va dans la cour et le chercher du regard. Avec son look ça n’est pas difficile, et à peine le voit-il qu’il se lêche déjà les babines. Arclite est train de fumer à côté du terrain de basket en regardant les détenus faire des paniers à trois points. Il se moque d’eux quand il rate, mais aucun n’ose faire de remarque. Cameron arrive de face, sûr qu’avec son mètre quatre-vingt-dix et ses 130 kilos il intimidera le policier qui doit tout juste faire un mètre soixante-dix et soixante-dix kilos. Arclite comprend tout de suite ce qui se passe, mais fait un grand sourire à Cameron. Ce dernier veut frapper Arclite pour asseoir sa domination, il l’attrape donc par le col pour l’empêcher de bouger et se prépare à lui balancer un crochet à l’estomac. Arclite sourie toujours : Il plonge sur Cameron et le mord à la gorge. Une giclée de sang s’échappe, et le molosse hurle de douleur. Arclite mord plus fort encore et pousse en arrière avec ses bras tout en tirant avec la nuque. Il arrache un énorme morceau de viande sanguinolente de l’épaule de Cameron qui s’écroule aussitôt. Sa pression sanguine chute en moins de dix seconde et il tombe dans le coma. Arclite, la gueule couverte de sang, un sourire jusque-là, se marre comme le tordu qu’il est tandis que les matons interviennent pour calmer l’émeute qui s’est déclenchée. C’est trop tard pour Cameron, et il vient s’ajouter aux statistiques des détenus mort en prison victime des autres détenus.<br />
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Mis à part chez les bikers, les taulards sont plutôt contents de l’opération : un biker de moins, et Arclite qui va se retrouver à l’isolement pour quelques semaines, on pourrait presque parler de bénef. Etant donnée les antécédents de Cameron et les circonstances, le directeur ne déclenche pas « Emerald City » et nous interdit juste l’accès à la cour le temps que la police fasse son enquête et emporte le corps. Le message est clair : si vous êtes assez con pour chercher le mec qu’il ne faut pas, c’est votre problème.<br />
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Vers 12h c’est le même cirque que le matin : tu te diriges en rang vers le réfectoire, en priant le ciel que le type derrière toi n’ait pas été chargé de te planter parce que tu avais du retard sur tes dettes ou une connerie du genre.<br />
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Ici c’est comme avec la banque dans la vraie vie : si tu ne payes pas, on vient te saisir, et tu payes avec ta vie. Le truc c’est qu’ici ça peut être n’importe qui qui joue les collecteurs. D’ailleurs paradoxalement, faire ce job est une façon de régler ses dettes.<br />
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Par habitude je sens venir les coups fourrés, et là ça ne rate pas : Zeke, de la bande des latinos vient de filer un dard à un blanc bec. Je crois que ce petit con est là pour vol de caisse, ou un truc comme ça. Du coup c’est une cible facile : il est jeune, influençable, et sait très bien qu’ici il ne vaut rien, parce que le vol de voiture c’est le degré zéro de la criminalité. Hey ouais même ici il y’a des castes et des grades.<br />
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Du coup tu peux vite fait lui monter la tête « aller vas-y, si tu fais bien ton boulot on te donnera une place dans le gang ». Ça c’est le genre de discours qu’on peut essayer de te faire avaler si t’es impressionnable. Sauf qu’a moins d’être vraiment bon, les gangs en ont rien à foutre de recruter du menu fretin, et si Zeke fait faire le sale boulot à ce crétin, c’est tout bêtement pour ne pas s’attirer d’ennui directement et aussi un peu pour se marrer en lui foutant la pression.<br />
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Les détenus qui ne sont pas rattaché à un gang ou qui n’ont aucune protection, on appelle ça des « pions ». Ils sont sacrifiables, ont peu de marge de manœuvre, mais ils peuvent faire des dégâts épouvantables si tu sais bien les jouer.<br />
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Le gamin à maintenant une cible. Bouffé par un mélange de trouille et d’excitation, il se glisse dans la file d’attente dans le dos de sa cible. Derrière, tu peux voir Zeke qui se marre en le voyant faire : tout le monde l’a repéré. Le gamin le sens, mais il est coincé. Caché maladroitement dans sa manche il a un clou de 15 cm affuté sur la pointe. Ici on appelle ça un schlass, un dard ou un pointeur, et dans les mains d’un expert c’est une arme qui ne fait pas de cadeau. Les mecs les plus habiles te le plantent sur le côté juste en dessous des côtes et l’enfoncent quasiment en entier en redonnant un coup avec le plat de la paume. Ça te perfore l’estomac dont les acides se rependent partout dans ton corps. Si le mec est vicieux, il peut aussi retirer le dard en le tournant pour augmenter les dégâts, mais c’est plus risqué car il peut se faire repérer. La victime de ce genre d’exécution meurt lentement, et elle dérouille tu peux me croire.<br />
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Heureusement pour nos estomacs aujourd’hui ça s’arrêtera là. Le gamin à trop la trouille, il sent les regards de tout le monde sur lui. Ça n’a pas échappé aux gardiens, qui eux aussi avec le temps, développent le même genre d’instinct que nous. Le gamin à tellement la trouille qu’il ne pense pas à se débarrasser du dard, et les gardiens le choppent la main dans le sac. Il ne sait pas quoi dire, de toute façon il ne PEUT rien dire. Sa seule excuse c’est que c’était « pour sa protection ». On sait tous que c’est ce qu’il vient de dire sa protection, une protection contre Zeke. S’il ne balance pas, le gamin sait qu’il évitera de se faire tabasser ou violer, et d’être lui-même le prochain type qu’on poinçonnera dans la file…<br />
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Le service continue, et tu ramasse ton plateau repas en cherchant du regard une place tactiquement intéressante. Près d’un mur, on dans l’angle d’une des caméras, ça reste un bon choix pour ne pas avoir d’emmerde.<br />
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Pendant que tu manges, tu essayes vaguement d’apprécier ton plat, mais c’est difficile car tu n’arrives presque pas à identifier ce que tu manges. Les aliments ont un gout neutre la plupart du temps, et à part les dessert, qui sont les mêmes que ce que tu trouves au supermarché, ce que tu avales est fade. C’est une des raisons pour laquelle plein de mec acceptent de faire leur classe de l’après-midi dans l’atelier cuisine.<br />
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Ah oui parce que l’après-midi tu as des ateliers.<br />
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L’état ne peut pas admettre qu’il t’a enfermé pour 15 ans ou plus sans que ça soit productif. Alors histoire de donner le change à Dieu sait qui, on te force à participer à des ateliers. C’est censé t’apprendre un boulot que tu pourras faire une fois dehors, et à t’occuper de façon « productive ». Une sorte de centre aérée pour adulte. Bien sûr, il y’a une petite arnaque derrière tout ça, certains ateliers sont en fait de la sous-traitance à de grande boite. Du coup tu fais du télémarketing, tu fabriques des plaques d’immatriculation ou des articles de plomberie, tu cuisines des plats sous vide pour des compagnies aériennes…<br />
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Oh bien sûr tu es payé pour ça : ils appellent ça ton « indemnités » et c’est aussi ridicule que l’argent de poche que tu touchais quand tu avais 12 ans. Cependant, si tu n’as aucune autre source de revenu à l’extérieur, ça te permet de payer les patrons, de t’offrir une clope de temps en temps… bref de survivre.<br />
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Plusieurs fois les ateliers ont été remis en question, car ils étaient l’opportunité pour les détenus d’utiliser des outils, et donc potentiellement de se foutre sur la gueule avec. C’est sûr que laisser des gars comme Léonie « Stiletto » utiliser un ciseau à bois ou Brendan « Hamerhead » une torche à acétylène, ça relevait de l’inconscience.<br />
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N’empêche qu’à part quelques incident isolé, les détenus se tiennent à carreau, parce qu’ils y tiennent à leurs ateliers et pas que pour l’argent. Ils veulent tous croire qu’ils pourront encore avoir un avenir, et que la taule n’est pas leur destination finale. Sauf que ça c’est un truc que tu peux te dire dans d’autres prison, mais pas ici. En QHS les gars en ont pour des années avant de mettre le pied dehors : ça leur servira à quoi d’avoir passé 20 ans à cuisiner le même risotto ? D’avoir appris à fabriquer des bancs en contreplaqué ?<br />
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J’ai rien contre les gens qui se leurrent avec ce genre d’illusion, parce que c’est sans doute ce qui leur permet de continuer à vivre, mais la réalité c’est que tout ce que tu apprends ici n’est qu’une frustration de plus. Bien sûr, t’auras toujours un gardien qui par sadisme ou bonté, tout dépend comment tu vois les choses, va te dire qu’il a croisé un ancien et que maintenant il est réinséré dans la société et qu’il mène une vie normale. Ce gardien là il se fou de ta gueule, ou il espère sincèrement que tu vas le croire et que tu vas tout faire pour toi aussi réussir ta sortie.<br />
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Dans les deux cas c’est du vent, parce que la seule chose qui t’attends à la fin de la journée, c’est 4 murs ou 4 planches.<br />
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Vers 17h les ateliers sont terminé, et c’est le second moment libre de la journée. Certains groupes ont leurs petites habitudes, notamment ceux religieux. Ils prient, dans des coins qu’ils ont aménagés à cet effet, et essayent d’apaiser leurs esprits. Ces moments-là aussi sont des moments de trêve : aucun groupe ne s’en prendrait à un autre durant ses moments-là. Même si tu ne crois pas en Dieu, ou Allah ou en Gaia, tu sais que tu es ici dans un des endroits les plus proches de l’enfer… du coup dans le doute, tu essayes de ne pas trop déconner avec ses instances supérieures. Et quand bien même tu n’aurais aucun respect, tu apprends vite que PERSONNE ici ne tolère les blasphémateurs.<br />
<br />
Faut dire que tous les grands patrons des gangs appartiennent à une religion ou une autre. Y’a une bonne majorité de catholique, que ça soit des chrétiens ou des protestant, et ils se montrent étonnamment ouvert les uns avec les autres. Le truc c’est que les patrons savent que leurs âmes sont foutues, alors ils cherchent à limiter la casse. Ils prient assidûment parce qu’ils sont en train de se diriger vers le purgatoire, et que quelques bons points c’est toujours intéressant à prendre.<br />
<br />
La loi dans notre prison n’est pas définie par les hommes, mais par les dieux. Si on subit la vengeance d’un gang, c’est parce qu’il applique la justice divine… Enfin ça c’est ce qu’ils se racontent pour mieux dormir la nuit.<br />
<br />
18h, tu peux aller prendre une douche. C’est le moment de promiscuité qui fait flipper tous les nouveaux : comme à l’école, tu vas devoir comparer ton physique de poulet avec celui de mec qui font de la muscu deux fois par jours toute la semaine depuis 8 ou 10 ans. Ça se regarde le paquet pour voir celui qui a la plus grosse, ça compare les tatouages, la plupart fait maison, et au bout d’un moment tu ne fais même plus attention à toutes ses queues sous ton nez, parce que le seul truc que tu veux, c’est sentir l’eau chaude sur toi et le savon qui te décrasse.<br />
<br />
Parfois, certains profitent de ces moments pour se mettre à l’écart et s’envoient en l’air : ça peut être aussi mécanique qu’une pipe à la vas vite que passionné et tendre avec de long baisés appuyés. Certains n’ont que ça pour tenir le coup, d’autres le font pour chasser le souvenir des gens qu’ils ont perdu en venant ici… et puis plus pragmatiquement, t’as des mecs qui payent leurs dettes avec leur bouche.<br />
<br />
Il est 19h, et c’est le dernier passage de la journée au réfectoire. Le type qui s’est fait ciblé par Zeke ce midi peut être tranquille, car les matons l’on a l’œil, et de toute façon personne ne sera assez stupide pour réessayer. Dans deux ou trois jours peut être…<br />
<br />
Le repas est sinistre. La fin du jour coïncide avec l’heure des bilans : on réalise qu’on vient de faire un jour de plus, on compte tous ceux qui restent, et on se dit que putain c’est loin. Tu fais aussi le calcul de toutes tes concessions de la journée, du fric que t’as emprunté, des clopes que t’as donnés en échange de service, tu révises les alliances en cours et en parcours le réfectoire du regard tu essayes de savoir qui est tricard et qui sera le prochain à se faire poinçonner. Tu te demandes si ça ne sera pas toi… tu es sûr de tes comptes ? Est-ce que ce jamaïcain te laissera les 4 jours comme convenu pour le payer ? Est ce qu’il n’y aura pas de retard dans le versement de ton indemnité ?<br />
<br />
Autour de toi, y’a des mecs qui ne sont pas aussi à jour dans les comptes et qui eux balisent à mort. Ils savent que lorsque sonnera le couvre-feu, tout le monde retournera en cellule, et que si par malheur leur codétenu devient un pion, ils n’auront aucune chance.<br />
<br />
Ce qu’il faut comprendre avec ce lieu, c’est que ce qui tue les gens ce n’est pas la violence, ni la privation de liberté. Non ce qui te tue c’est l’irrémédiable. Ton espoir brûle en quelques instants, tout dans ses murs te rappelle à ta condition première d’être mortel voué à une fin certaine. Toute l’illusion de bonheur que la vie peut t’apporter, ici tu en es privé. Il ne te reste que cette infâme certitude qu’à la fin de la journée, quoi qu’il arrive, c’est 4 murs ou 4 planches.<br />
<br />
Tu quittes le réfectoire en traînant les pieds pour rester encore quelques instants hors de ta cellule. Car une fois dedans, après le pointage des matons, les portes sont verrouillées pour la nuit. Tu vas passer les 11 prochaines heures enfermé ici avec un type qu’on t’as collé au hasard. Si t’as du bol, il est aussi paumé que toi et vous pourrez passer une nuit tranquille. La cellule devient votre protection contre tous les tarés du bloc. Mais quand bien même, tu as en toi cette peur que soudainement il s’en prenne à toi. Même si tu fais partie d’un gang et que ton codétenu est de ton équipe, il y’a toujours le risque qu’on ait monté un coup contre toi et qu’on te fasse trancher la gorge dans ton sommeil.<br />
<br />
Il n’existe aucune forme de paix durable ici, aucune certitude que ton existence ne prendra pas fin d’un seul coup. Au beau milieu d’une pensée, pendant que tu manges, même dans les chiottes, un type peut surgir et t’ouvrir le cou. Tu es privé de tout, de tes pensées, de tes rêves, de ta dignité. On te retrouve pissant le sang, le futal sur les chevilles, couvert de ta propre pisse, faisant une grimace ridicule. Ici même ta dignité de mourir n’est pas garantie.<br />
<br />
Alors tu te mets sur ton lit, et tu pries pour que ça s’arrête. Parfois tu espères même mourir. Lorsque tu en es à ce stade, alors là tu as vraiment touché le fond, parce que les gens comme toi on les laisse vivre et souffrir. La punition de la prison, elle est dans ta tête, et paradoxalement elle fait de toi quelqu’un qui mérite ce qui lui arrive.<br />
<br />
Ici tu mènes une non vie dont le seul but est de finir en composte. Tu n’es pas plus utile qu’un arbre qui métaboliserait de l’oxygène en carbone. Ton poids sur la société est une excuse pour certains afin de justifier plus de répression, plus de dureté. Ta vie ne t’appartient plus parce que tu n’en auras plus jamais l’usage.<br />
<br />
La lumière s’éteint à 22h. Les matons tolèrent que tu finisses de regarder ton film ou ta série, mais seulement si tu as un casque. Après quoi, ils coupent carrément le courant de la cellule si tu fais le difficile.<br />
<br />
Dans le noir, avec la respiration d’un autre type pour seule compagnie, tu te mets à avoir des crises d’angoisses. Parfois tu entends l’autre pleurer comme un môme, parce qu’il a passé une plus sale journée que d’habitude, ou simplement parce que c’est l’anniversaire de sa mère aujourd’hui. Toi tu traces un trait de plus sur le mur comme tu en as l’habitude depuis que tu es là. Il y’en a tellement que tu ne saurais dire exactement combien. Tu fais le compte seulement de temps en temps, quand tu ne sais pas quoi faire d’autre.<br />
<br />
Tu dormiras à moitié, parce que tu ne parviendras jamais à vraiment te relâcher. Tu sais à ce moment-là que tu as gâché ta vie et sans doute celle de plein de gens. Tu te dis que tu n’aurais jamais dû naître, que tu es la pire erreur de la création. Tu repenses à ce qui t’as conduit ici, et à toutes les choses que tu aurais pu faire autrement. Tu te demandes comment t’as pu être aussi con, aussi stupide. Comment font les gens dehors pour ne pas faire ces erreurs ? Est-ce vraiment si facile de rester dans le droit chemin ?<br />
<br />
Tu restes avec ces questions en tête sous forme de rêves obscures et parfois tu espères de tout cœur que le type du lit en dessous à un dard prêt à te perforer le cœur.<br />
<br />
Malheureusement vient le matin. Il est 7h, et la sonnerie générale te sert de réveil. Aujourd’hui encore, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, tout finira entre 4 murs ou 4 planches…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**4 murs ou 4 planches**

Chez nous on a un dicton : « à la fin de la journée, quoi qu’il arrive, tu finiras entre 4 murs ou 4 planches ». En prison c’est comme ça que ça se passe : les options sont minces. Ce qui est le plus étrange c’est que normalement notre vie devrait être rythmé par une régularité d’horloge, le genre précis et immuable. Ça c’est bien sûr la théorie, parce qu’en vraie chaque jour vous réserve son lot de coup improbable.

La journée commence à 7h, avec la sonnerie générale qui te sert de réveil. Contrairement à ce qu’on voit dans les films, les gardiens ne passent pas faire l’appel : ça prend trop de temps, alors ils se contentent de pointer quand ils nous croisent. De toute façon, personne ne se fait la belle de sa cellule durant la nuit.

On à 15 min pour se préparer, ensuite direction le réfectoire. Les matons ne sont pas coulant avec les retardataires, et si tu loupes le coche, tu devras attendre le déjeuner pour avoir un truc à te mettre sous la dent.

Ici ce ne sont pas des détenus qui font le service. Même si ça coûterait moins cher, ça serait une source supplémentaire de problèmes, avec des gangs qui s’arrangeraient pour occuper ce point stratégique et dealer de la bouffe. Du coup tu manges sereinement parce que tu sais que personne n’a glissé une lame de rasoir dans tes œufs brouillés ou d’acide pour les toilettes dans ton café.

Par contre, tu gardes quand même un œil qui traîne, parce qu’il y’a toujours un détenu qui aura envie de se faire un petit supplément, et en général il le trouvera dans ton assiette. La plupart tu temps tu n’as rien à craindre des gros caïds, parce que eux tapent dans les plateaux de leurs sbires. Non le problème vient plutôt des sbires en question qui se rattrapent sur toi.

Si tu veux durer un tant soit peu dans cette taule, tu fermes ta gueule et tu donnes ton flan caramel sans faire d’histoire. Si tu plais aux patrons, ils peuvent même t’avoir à la bonne et t’offrir une certaine protection en échange d’un peu de ta bouffe. La prison finalement, c’est le retour à un mode de fonctionnement féodale : les paysans nourrissent les chevaliers et obtiennent protection en retour. Enfin sauf que là les chevaliers se sont des narcotrafiquants, des voleurs de voitures, des arnaqueurs en tout genre, des tueurs…

Hey ouais, ici c’est la cour des grands, et les mecs que tu croises sont là pour une bonne raison. Il n’y a pas d’innocent qui soit là par erreur, juste un bon paquet de connards. Après, qu’est ce qui a fait que ces mecs sont devenus ce qu’ils sont, ça c’est une autre affaire.

Prends Gibbons par exemple : il te suffirais de parler 5min avec lui pour le classer directement dans le top 10 des plus gros enfoirés que t’ai jamais rencontré de ta vie. Et pour 5min de plus, il prendrait certainement la tête du classement. Bah Gibbons c’est juste un mec qui a pas eu de chance. Née dans le ghetto d’une mère toxico, il s’est retrouvé en foyer d’accueil à l’âge de 8 ans. Après quoi, il finit dans une famille d’adoption où le daron a une idée très personnelle de l’éducation. Il ne cogne pas ses gamins, mais si l’un d’eux fait un truc qui ne lui revient pas, c’est direct un séjour dans le placard qui se trouve sous l’escalier, lumière éteinte.

Premier trauma pour Gibbons, il devient claustrophobe.

A 18 ans, après avoir loupé une carrière de joueur de foot universitaire parce qu’il glandait trop en classe, il s’engage dans les marines. Là encore mauvaise pioche : on lui pète encore plus la caboche en le brisant mentalement.
En théorie les instructeurs te disent que c’est pour mieux te façonner, mais avec un gamin comme Gibbons, ça n’a pas eu l’effet escompté. Nouveau trauma : à force d’être préparé à lutter à tout moment, Gibbons est devenu complètement paranoïaque.

On n’a jamai]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 12 Jun 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-06-12T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 44 : A touch of Joy #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep44/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**A touch of Joy**<br />
<br />
« Non mais attendez : vous êtes sérieux !? »<br />
<br />
Les yeux rivés sur le cristal de Vérité, Joy avait du mal à croire ce que ce dernier lui annonçait. Pourtant, les anciens du grand conseil des fées ne lui laissèrent aucun doute. Parlant tous ensemble d’une seule voix, ils répondirent sans hésiter :<br />
<br />
« Le cristal t’as désigné Joy : c’est toi qui devra accomplir cette mission.<br />
– Mais je… je suis qu’une fée débutante ! c’est à peine si je vole correctement !<br />
– Tout cela nous le savons Joy. Mais le cristal a vu en toi la fée idéal pour aider cette jeune fille, alors il en sera ainsi… »<br />
<br />
Voyant la mine déconfite de la petite fée, le conseil lui adressa quelques paroles d’encouragement :<br />
<br />
« Ton manque d’expérience est une faiblesse, mais c’est aussi une force : tu agiras avec ton cœur, et c’est le plus important…<br />
– Vous êtes marrant ! et si je me trompe, c’est cette jeune fille qui va en pâtir !<br />
– Alors ne te trompes pas…<br />
– Arf… vous en avez de bonnes… Bon très bien : je ferai de mon mieux ! »<br />
<br />
Joy n’avait pas beaucoup confiance en ses chances de succès, mais elle se motiva comme elle pouvait pour rester souriante comme toute bonne fée qui se respecte. Pourtant lorsqu’elle quitta le grand conseil, elle ne put s’empêcher de soupirer devant l’ampleur de la tâche.<br />
<br />
Elle virevolta à toute vitesse jusqu’à l’Arbre à rêve, et attendit son tour en faisant la queue tandis que Shrodon le golem de pierre orientait les fées en partance pour une mission. Chaque petite fée se présentait devant lui et lui chuchotait les mots magiques que le cristal de Vérité leur avait donnée. Ce message activait le lien entre le monde des rêves et celui des humains, permettant aux fées d’entrer en action.<br />
<br />
C’était la première fois que Joy devait parler à Shrodon, et l’immense golem la terrifiait. Son corps, étrangement façonné, avait des allures simiesques qui lui donnaient un air pataud. Le long de ses bras étaient parcouru de dessins magiques qui ressemblaient à un feuillage et qui étaient animé d’un léger mouvement lorsque Shrodon bougeait. Mais ce qui faisait le plus peur à la petite fée, c’était sa bouche d’où sortaient deux crocs de pierre qui lui remontaient jusqu’au-dessus des yeux en formant une oblique indispensable pour ne pas lui cacher la vue.<br />
<br />
« Suivante ! » dit Shrodon de sa voix caillouteuse<br />
<br />
Joy réalisa que c’était elle la suivante. Elle s’envola très vite, mais hésita à s’approcher du golem. Ce dernier la fixa avec ses grands yeux (qui étaient en fait deux émeraudes ovales) et pencha la tête comme s’il réfléchissait :<br />
<br />
« Je ne te connais pas » dit Shrodon « Qui es-tu petite fée ?<br />
– Je… je m’appelle Joy ! et je suis une fée du soleil en mission dans le monde des humains<br />
– Oh… As-tu parlé au cristal de Vérité ?<br />
– Euh oui ! c’est lui qui m’envoie<br />
– Et que t’as-t-il dit pour moi ?<br />
– Euh… »<br />
<br />
Joy réalisa avec horreur qu’elle avait oublié les mots magiques<br />
<br />
« Ah bon sang je l’avais sur le bout de la langue…<br />
– Sans les mots magiques je ne peux pas te laisser accéder à l’arbre à rêve petite Joy…<br />
– Oh sapristi ! voilà que je vais échouer ma mission avant même de l’avoir commencée !<br />
– Reste calme » dit Shrodon d’un air se voulant apaisant « ferme les yeux et rappelle-toi de la vision du cristal… »<br />
<br />
La petite fée s’exécuta. Elle prit une grande respiration, et laissa ses souvenirs remonter. Elle revit alors l’image qui se reflétait dans le cristal et entendit à nouveau la voix de ce dernier résonner dans sa tête. Joy ouvrit soudainement les yeux et s’écria :<br />
<br />
« Orim Zin Seldo Ralastan Braypan ! »<br />
<br />
Les yeux de Shrodon se mirent à briller.<br />
<br />
« Très bien petite Joy, je vais pouvoir te laisser passer. Mais la prochaine fois viens me dire le message à l’oreille… »<br />
<br />
La petite fée laissa échapper un « oups » qui semblât faire sourire le puissant golem. Il tendit le bras en direction de l’arbre, et les dessins magiques tracé dessus se mirent à briller et à grandir jusqu’à sortir de lui et se connecter à l’arbre à rêve. Shrodon tira sur une des branches qui s’étira comme un fil et le tendit à Joy.<br />
<br />
« Ne le lâche pas surtout ! » recommanda-t-il<br />
<br />
Joy se cramponna à la branche brillante de toute ses forces et acquiesça. Lorsque le golem la relâcha, la petite fée fut entraînée à toute vitesse vers l’arbre, comme si la branche la tirait. Elle se mit à slalomer tout en gagnant de la hauteur et de la vitesse. Joy poussa un cri de peur mais en quelques instant il se transforma en cri de joie tant elle se sentait vivante. Tandis qu’elle montait vers le sommet de l’arbre, elle put apercevoir au bout des plus hautes branches des portails menant vers différents mondes, chacun traversé par une branche.<br />
<br />
Finalement, Joy fût entraînée vers l’un de ses portails qu’elle traversa en un éclair, ne laissant derrière elle qu’un léger filet de poussière d’étoile…<br />
<br />
***<br />
<br />
Emily était accoudé contre le bord de la fenêtre à regarder la pluie tomber. Elle aimait les soirs d’orage, lorsque l’air se remplissait d’un parfum d’ozone et que le tonnerre frappait si fort que la maison tremblait. Le spectacle du ciel déchiré par la lumière la fascinait, et elle pouvait rester des heures à admirer la Nature se déchaîner, bercée par le son de la pluie.<br />
<br />
Un éclair zébra le ciel sans un bruit, Emily se mit donc à compter les secondes avant le coup de tonnerre pour calculer à quelle distance se trouvait l’orage.<br />
<br />
1, 2, 3, 4, 5, 6…<br />
<br />
BRAAAAAM !<br />
<br />
« 2 kilomètres… » estima la jeune fille « ça se rapproche ! »<br />
<br />
Le père d’Emily lui avait appris cette méthode pour estimer la distance d’un orage un soir où, plus petite, elle était venue se réfugier auprès de lui tant elle était effrayée par les bruits du tonnerre. Afin de la rassurer, il lui expliqua que le son allant moins vite que la lumière, le fait de voir l’éclair puis entendre le tonnerre signifiait que l’orage était loin, et qu’elle pouvait même savoir s’il s’approchait ou s’éloignait en divisant par 3 le nombre de seconde entre l’éclair et le tonnerre, ce qui lui donnerait la distance en kilomètre.<br />
<br />
Dès lors, Emily s’était prise de passion pour les sciences. Elle aimait trouver du sens aussi bien dans les phénomènes naturels que dans la réaction chimique des œufs mélangé à de la farine. Savoir pourquoi les choses étaient ce qu’elles étaient lui offrait un sentiment rassurant de contrôle.<br />
<br />
Si seulement cela pouvait être la même chose avec les gens…<br />
<br />
1,2, 3…<br />
<br />
BRAAAAAM !<br />
<br />
« 1 kilomètre à peine… il arrive droit par ici. » dit Emily pour elle-même.<br />
<br />
Elle attrapa son appareil photo et le positionna de façon à bien cadrer le ciel. Elle ajusta le trépied et une fois satisfaite du résultat, enclencha le mode « fireworks ». C’était une fonction de l’appareil qui était conçu à l’origine pour les feux d’artifices, et qui prenait un cliché automatiquement dès lors que la luminosité augmentait soudainement.<br />
<br />
Parfait pour capter un éclair.<br />
<br />
Emily attendit patiemment, le regard plongé vers la pénombre du dehors. Elle sentie une pointe de nervosité l’envahir, et son cœur se mit à battre plus fort. Le silence était pesant, comme si l’orage retenait son souffle avant de frapper.<br />
<br />
BRAAAAAAAAAAAM !<br />
<br />
L’éclair tomba droit sur la fenêtre d’Emily qui s’ouvrit et claqua violemment, renversant la jeune fille par terre. Ses yeux saturés de lumière ne voyaient plus rien, ses oreilles bourdonnaient à cause de la détonation, et elle avait du mal à retrouver l’équilibre.<br />
<br />
Lorsque son audition redevint à peu près normal, elle entendit une petite voix tout à côté d’elle :<br />
<br />
« Nom d’un petit bonhomme : En voilà une façon de voyager ! »<br />
<br />
Emily écarquilla les yeux. La pièce était de nouveau dans la pénombre, et sa vision commença à se réadapter. C’est alors qu’elle aperçut près du bord de la fenêtre une toute petite silhouette scintillante à peine plus grande qu’une tasse en train de virevolter.<br />
<br />
Lorsque la vue d’Emily fût de nouveau opérationnelle, elle réalisa alors qu’il s’agissait… d’une fée !<br />
<br />
Simplement vêtue d’une longue tunique jaune vif, maintenue à la taille par une ceinture à grosse boucle ou était accroché une pochette, la petite créature avait une paire d’aile semblable à celle d’une libellule qui frétillait dans son dos tandis qu’elle dessinait de gracieux arabesque, laissant dans son sillage de minuscule scintillement de poussière d’étoile.<br />
<br />
Instinctivement, la jeune fille poussa un cri qui fit sursauter Joy. Elle s’approcha du visage d’Emily pour lui parler, mais cette dernière essaya de la repousser comme un vulgaire moustique.<br />
<br />
« Mais arrête ! arrête ! » hurlait la petite fée « Je ne suis pas un bourdon ! »<br />
<br />
Emily, paniquée, se releva d’un bond et prit la fuite en courant. Joy, les poings sur les hanches fit la moue et maugréa :<br />
<br />
« Ah tu veux la jouer comme ça ? »<br />
<br />
Elle se propulsa en avant et à toute vitesse rattrapa la jeune fille qui était en train de descendre le grand escalier du premier étage. Elle allait si vite qu’elle prit le luxe de virevolter à travers les barreaux de la rambarde, laissant derrière elle une traîne de poussière d’étoile, pour finir par surgir devant le visage d’Emily, les bras croisés et la mine renfrognée.<br />
<br />
La jeune fille voulut crier de nouveau, mais Joy se plaqua sur ses lèvres pour les maintenir scellées.<br />
<br />
« Stop ! ça suffit maintenant ! »<br />
<br />
Emily chassa la fée d’un revers de la main, mais celle-ci restait toujours en face d’elle. La jeune fille finit par retrouver son calme et observa l’incroyable créature sous toutes les coutures.<br />
<br />
« Nom de… mais qu’est-ce que c’est que…<br />
– Je ne suis pas une chose ! » dit la petite fée avec fierté « je suis une fée du soleil !<br />
– Une fée ? ça existe pas…<br />
– Alors je suis quoi ? un frelon ? une mouche peut-être ? » dit Joy sarcastique.<br />
– J’ai été frappé par la foudre et j’hallucine… c’est la seule explication !<br />
– Où alors je suis réel et c’est la foudre qui m’a amené ici : c’est si incroyable ?<br />
– Bah bien sûr que c’est incroyable… oh mon Dieu y’a une fée dans mon salon ! Et je lui parle !<br />
– Ah bah tu vois on y arrive ! Toi tu es Emily c’est ça ?<br />
– Tu connais mon nom ?<br />
– Oui ! Oh mais au fait je ne me suis même pas présenté ! ah mais vraiment quelle tête de linotte je suis ma parole ! Je m’appelle Joy Shinyspark ! : enchantée de te rencontrer Emily ! »<br />
<br />
La jeune fille resta muette tant elle était stupéfaite tandis que la petite fée continua de virevolter autour d’elle en sifflotant un air gai.<br />
<br />
***<br />
<br />
Emily avait conduit Joy dans la cuisine ou elle lui avait offert un morceau de biscuit et une goutte de lait qu’elle avait déposé dans un bouchon de bouteille. La petite fée se régala de ce festin tandis que la jeune fille l’observait avec curiosité et incrédulité.<br />
<br />
Joy avait des cheveux blond courts, taillés façon « pixie cut » ce qui laissait voir pleinement son visage fin au trait gracieux. Mais ce qui était le plus fascinant, c’était son regard bleu azur plein de douceur souligné par le malicieux sourire qu’elle semblait avoir en permanence.<br />
<br />
« J’en reviens toujours pas de ce que je vois… » dit Emily.<br />
– Et bien moi… j’en reviens pas de ce que je mange : c’est délicieux ! » dit la fée avec gourmandise tandis qu’elle mordait à belle dent dans un éclat de chocolat. « Hum ! que c’est bon ! Merci encore Emily !<br />
– Je t’en prie… » répondit la jeune fille toujours perplexe.<br />
<br />
Son festin fini, Joy essaya de s’envoler mais décolla d’à peine quelques centimètre tant son estomac était chargé.<br />
<br />
« Arf… je suis aussi lourde qu’un scarabée ! Maudit sois tu délicieux chocolat ! » dit la petite fée non sans humour.<br />
<br />
La bonne humeur de Joy toucha profondément Emily. Cela faisait bien longtemps que la jeune fille n’avait pas partagé un moment comme celui-là avec quelqu’un. Cela lui fit sentir d’autant plus combien elle se sentait seule…<br />
<br />
« Emily ? ça va ? » demanda Joy inquiète.<br />
<br />
– Euh, oui oui… j’étais un peu dans la Lune<br />
– Tu te sens triste hein ? »<br />
<br />
Emily fut étonnée par le sérieux soudain de la petite fée et par la clairvoyance dont elle faisait preuve.<br />
<br />
« Ne t’en fais pas ! » dit Joy avec entrain « C’est pour ça que je suis là ! pour t’aider à retrouver le sourire : ton vrai sourire ! »<br />
<br />
Joy se mit à battre des ailes et virevolta autour d’Emily. La petite fée avait oublié ses craintes : face à la tristesse d’Emily, elle avait trouvé la force de mener à bien sa mission.<br />
<br />
La jeune fille tendit la main et Joy se posa dessus, en signe de confiance.<br />
<br />
« Tu sais Emily, si j’ai été envoyé c’est que l’arbre à Rêve à entendu ta tristesse, et c’est le rôle des fées de chasser les soucis ! Alors maintenant dis-toi que tant que je suis là, tout va bien ce passé !<br />
– Tu es sûre de toi ? » demanda la jeune fille inquiète<br />
– Bien évidemment ! » répondit la fée du soleil avec assurance »<br />
<br />
Emily observa encore la souriante petite créature qui s’était mise à prendre des poses de danseuse classique au creux de sa main, puis la reposa doucement sur la table avant de pousser un lourd bâillement.<br />
<br />
« pfouuu ! je suis fatiguée moi avec tout ça » dit Emily. « Il faut que j’aille me coucher !<br />
– Quoi ? maintenant ? mais on vient à peine de faire connaissance ! j’ai plein de chose à apprendre sur toi si je veux réussir ma mission ! hein ? Et puis il faut qu’on devienne des amies ! qu’on se confie nos secrets ! tiens par exemple moi l’autre jour j’ai pris une fiole de nectar de fleurs dans la réserve du vieux Graplet… ouf ! ce que je me sens soulagée ! c’est super de tout se dire hein ? on devrait faire ça toute la nuit et…<br />
– Mais il y’a école demain » dit Emily d’un air sincèrement désolée<br />
– L’école ? c’est quoi ça l’école ? » demanda Joy.<br />
<br />
***<br />
<br />
La semaine, Emily vivait seule, car son père était un routier qui sillonnait la région pour faire ses livraisons. Elle avait donc sa routine matinale bien organisée : levé 7h, puis petit déjeunée, toilette et enfin un peu de télé en attendant le bus qui venait juste devant chez elle.<br />
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C’est d’ailleurs devant la télé que la jeune fille retrouva Joy, les yeux rivés sur les dessins animés du matin, se cachant le visage avec les mains, écartant tout juste les doigts pour regarder l’action.<br />
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« Oh bon sang Emy ! il faut que tu voies ça ! Poly l’ours est en train de grimper au pommier pour aller chercher Twiky l’écureuil qui a glissé et qui est sur le point de tomber ! Oh la la j’espère qu’il va arriver à temps ! COURAGE POLY ! TU VAS RÉUSSIR ! »<br />
<br />
Emily ne se sentait pas le courage d’expliquer la notion de fiction à sa nouvelle amie. Elle préféra la laisser apprécier l’épisode des « animaux de la forêt magique » et jubiler à plein poumon lorsque Poly rattrapa de justesse Twiky. Joy était si heureuse qu’elle en pleurait de joie.<br />
<br />
« Il est formidable ce Poly ! il a dépassé sa peur et il a sauvé son ami !<br />
– Ça t’as plu on dirait ?<br />
– Oh oui beaucoup ! dis ? c’est toujours aussi génial la télé ?<br />
– Hum… non pas vraiment. D’ailleurs j’aimerai bien que tu ne la regarde pas trop… surtout le soir, d’accord ? »<br />
<br />
Joy acquiesça en souriant et en faisait un salut militaire. Elle fit un claquement des talons qui souleva de la poussière d’étoile, le tout accompagné d’un « Oui chef ! » fort et clair qui provoqua l’hilarité de la jeune fille.<br />
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Quelques minutes plus tard, le bus était sur le point d’arriver et Emily semblait pensive…<br />
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« Il va falloir que tu te fasses discrète Joy : je ne veux pas créer la panique à l’école<br />
– Pas de problème ! je sais être aussi furtive qu’un… qu’un… enfin je sais l’être !<br />
– Et bien disons que… tu es quand même une fée qui brille et qui lâche de la poussière d’étoile dès qu’elle bouge un peu les ailes… » fit remarquer Emily<br />
– Oh… je vois… sapristi j’allais encore commettre une erreur de débutante ! Mais qu’est-ce que je peux faire : je ne peux pas te laisser dès le premier jour ! en plus de ce que tu m’as dit cette école à l’air d’être un endroit terrible !<br />
– J’ai peut-être une solution : et si tu te cachais dans mes cheveux, à côté de mon épaule ? Au pire on croira que tu es une boucle d’oreille ?<br />
– Oh merveilleux ! c’est brillant ! brillant ! Emy tu es un vrai génie ! c’est toi qui devrait être une fée du soleil !<br />
– Hum… ça ira Joy : je te laisse cet honneur »<br />
<br />
La jeune fille tira en arrière ses longs cheveux noirs et Joy s’envola pour s’y cacher. Calé sur l’épaule d’Emily, elle avait une vue imprenable, et en cas de besoin, elle n’avait qu’à tirer une mèche de ses cheveux bouclés pour se dissimuler derrière.<br />
<br />
Ça va Joy ? » demanda la jeune fille « tu es bien calée ?<br />
– Parfaitement !<br />
– Alors on y va : j’entends le bus qui arrive… »<br />
<br />
Et effectivement un gros bus jaune arriva devant l’entrée de la maison au moment où Emily fermait la porte.<br />
<br />
Ça par exemple ! » dit Joy « alors c’est ça un bus scolaire ? il a l’air gentil !<br />
– C’est juste un véhicule tu sais… » murmura Emily tandis qu’elle traversait l’allé de la maison. « Mon père conduit des engins encore plus gros que ça…<br />
– Sapristi ! » dit la petite fée en se plaquant les mains contre la bouche « encore plus gros ? c’est possible ? »<br />
<br />
La jeune fille lança un « chut » discret tandis qu’elle arrivait devant la porte du bus. Elle monta sur le marché pied non sans saluer monsieur Polo, le conducteur, puis s’installa à la première place libre qu’elle pouvait trouver.<br />
<br />
Emily se trouva assisse à côté d’un jeune garçon asiatique le nez coller à sa console de jeu vidéo portable, ce qui attira immédiatement l’attention de Joy.<br />
<br />
« Dis Emy ? » murmura la petite fée « Qu’est ce qu’il fait ?<br />
– Il joue à la console… » expliqua Emily avant de réalisé qu’aux yeux de tous elle parlait toute seule.<br />
<br />
Le jeune garçon se retourna et lança un regard méchant à Emily :<br />
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« Qu’est-ce que tu racontes ! ça te dérange que je joue à la console ?<br />
– Non pas du tout Franklin ! c’est que…<br />
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– Pfff… p’auv débile ! » dit le jeune garçon<br />
<br />
Joy se sentait très mal d’avoir occasionnée cette situation, mais elle en voulait à Franklin d’avoir été méchant avec Emily. Elle décida alors de donner une bonne leçon au jeune garçon. Elle écarta légèrement les cheveux d’Emily, lécha son index puis le pointa en direction de la console de jeu.<br />
<br />
« Aqua Splash ! » dit-elle en langue féerique.<br />
<br />
Aussitôt, un scintillement magique parti de son doigt et frappa la console si rapidement que personne ne le vit. L’engin électronique se mit alors à suinter, comme s’il était rempli d’eau, et bien évidemment s’arrêta de fonctionner.<br />
<br />
« Oh non ! c’est quoi ce bordel ! ma partie ! » hurla Franklin.<br />
<br />
Joy ricanait, bien contente de son petit effet.<br />
<br />
Cependant, lorsqu’elles descendirent du bus, Emily attrapa son téléphone portable pour parler discrètement à Joy et la sermonna :<br />
<br />
« Joy il ne faut pas faire ça, c’est mal !<br />
– Il n’avait pas à te parler comme ça ! » répondit la fée sur la défensive et sûre de son bon droit<br />
– Oui mais il a cru que je me moquais de lui, en plus ce que tu as fait c’est vraiment méchant : ça coute cher une console de jeu…<br />
– Oh mais ne t’en fais pas pour ça : j’ai juste envoyer de l’eau féerique dedans. Ça ne l’abîmera pas : dans une demi-heure elle remarchera comme si de rien n’était<br />
– Tu es sûre ?<br />
– Je te le promet : c’est contraire au code de fée de détruire ou d’abîmer.<br />
– Bon… en tout cas je te remercie d’avoir pris ma défense.<br />
– C’est à ça que sert une fée du soleil… et une amie ! »<br />
<br />
Joy passa la tête hors de la chevelure de Emily et lui fit un petit clin d’œil. Elle profita de l’occasion pour jeter un œil à l’établissement et fût très impressionnée.<br />
<br />
« Nom d’un petit bonhomme ! » dit Joy « C’est presque aussi grand que la citée des Tournesols ! Alors c’est ça l’école ? Pas étonnant que ça te fasse peur !<br />
– Tu sais Joy… ce n’est pas tant le bâtiment que les gens dedans qui m’inquiètent » répondit la jeune fille en baissant le regard.<br />
– Mais… pourquoi ça ? » dit Joy en observant à droite et à gauche « Je ne vois que des enfants ici ! »<br />
<br />
Emily resta muette, et la petite fée n’insista pas, comprenant qu’elle venait de toucher un point sensible.<br />
<br />
Lorsqu’elles arrivèrent devant le grand porche d’entrée du collège, une jeune fille habillé tout en jean interpella Emily avec agressivité :<br />
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« Hey ! Grosse tête, t’as l’air encore plus tarte que d’habitude aujourd’hui ! »<br />
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Elle se mit à rire et ses amis en firent de même, pointant du doigt Emily. Ce dernier ravalât un sanglot et continua son chemin. Joy elle, était ulcérée :<br />
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« Roh ! alors elle je la déteste déjà ! pour qui elle se prend !<br />
– C’est Bianca, une fille de ma classe qui n’arrête pas de se moquer de moi<br />
– Mais pourquoi elle fait ça ?<br />
– J’en sais rien… peut-être parce que je ne suis pas normal<br />
– Oh Emy… » dit Joy attristée « Tu ne dois jamais dire ça ! Tu es une jeune fille super<br />
– Je suis qu’une geek, c’est pour ça que les autres se moquent de moi… une fille qui aime la science et les jeux vidéo ça n’est pas normal… »<br />
<br />
Joy bouillait intérieurement, mais sa mésaventure avec Franklin lui avait enseigner qu’agir trop vite n’était pas la meilleure solution. Elle décida de continuer à jouer les observatrices tout en soutenant moralement sa protégée.<br />
<br />
« T’en fais pas Emy : je suis avec toi, et si jamais ils sont méchant, ils goutteront à mes scintillements magiques !<br />
– Joy !<br />
– Hihihi… je plaisante voyons »<br />
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L’espièglerie de la petite fée redonna le sourire à Emily qui réalisa qu’elle vivait quelque chose de bien trop « magique » pour que ce soit gâché par quelle que remarque que ce soit. Elle se dirigea vers la salle de classe et se prépara pour le premier cours de la journée…<br />
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***<br />
<br />
Après les cours de science et de lettre, c’était enfin l’heure de déjeuner pour les élèves du collège. Emily se dirigea comme à son habitude sous le grand arbre centenaire qui se déployait majestueusement devant l’entrée de l’établissement et s’y adossa.<br />
<br />
Joy, qui n’avait pas pu parler de toute la matinée, se sentait enfin libérée.<br />
<br />
« Mazette ! j’ai cru que je n’allais pas pouvoir tenir une minute de plus ! » dit la petite fée<br />
– C’est vrai que tu es une sacrée pipelette » commenta malicieusement Emily<br />
– Je sais… c’est que la Reine fée me dis toujours<br />
– La Reine fée ? c’est votre souveraine ?<br />
– Oui : c’est la fée la plus merveilleuse de toute. Elle sage, douce, gentille, et si tu la voyais ! ce qu’elle est belle !<br />
– ça ne fait pas tout d’être belle… » dit Emily avec amertume.<br />
– Pourquoi dis-tu ça voyons ?<br />
– C’est juste que… c’est facile pour toi de dire ça : tu t’es vue ?<br />
– Je… je ne comprends pas ?<br />
– Même si tu es petite, tu restes malgré tout une jolie fille. Tu as de beaux yeux brillant, des cheveux étincelants…<br />
– Mais ça c’est parce que je suis une fée du soleil…<br />
– Peu importe… quand on te voit on se dit « oh ! en voilà une jolie petite fée ». En un regard les gens t’on cataloguer sans même savoir si tu valais plus que ça… »<br />
<br />
Joy compris alors une part de la souffrance de sa protégée.<br />
<br />
« C’est parce que les autres se moquent de ton apparence ? hein ?<br />
– Pardon ?<br />
– Si tu es triste c’est parce que les autres te rejettent parce qu’ils n’aiment pas ce que tu es c’est ça ?<br />
– C’est plus compliqué Joy. Mais oui il y’a un peu de ça… mais je t’arrête tout de suite : ça ne sert à rien de me jeter un sort de transformation ou de me relooker comme une poupée Barbie. Je suis comme je suis, et j’en ai pas honte ! pourquoi ça serait à moi de changer ? hein ? Pourquoi il faudrait que je me change pour devenir… comme toi ! »<br />
<br />
Le ton d’Emily était monté si vite et si fort que Joy en fut terrassé de chagrin. Comprenant trop tard son erreur, la jeune fille se confondit en excuse :<br />
<br />
« Joy pardonne moi…<br />
– Pourquoi tu m’as dit ça ? » dit la petite fée en larme « moi je ne veux que t’aider, je ne t’ai jamais jugée sur ton apparence… tout ce que je voulais c’est être ton amie ! »<br />
<br />
Joy s’envola alors au sommet de l’arbre, à l’abri de son feuillage, et sanglota longuement.<br />
<br />
Emily soupira : elle savait ce que ressentait Joy, parce que c’était exactement le sentiment d’injustice qu’elle ressentait lorsque les autres s’en prenait à elle. Elle voulut l’appeler, mais elle aurait beaucoup trop attiré l’attention sur elles. Elle resta donc au pied de l’arbre, à scruter les branchages dans l’espoir d’apercevoir le scintillement de la petite fée.<br />
<br />
Malheureusement, elle fût interrompue par Bianca et sa clique.<br />
<br />
« Hey la grosse tête : qu’est-ce que tu regardes là-haut ? t’as vu un chat perdu ? »<br />
<br />
Emily ne lui prêta même pas attention ce qui fit bouillonner Bianca. Elle s’avança vers elle et la bouscula sans ménagement :<br />
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« Je te parle grosse tête ! fait pas comme si j’étais pas là !<br />
<br />
Les deux amis de Bianca s’approchèrent. Il y’avait Cindy, une cigarette à la bouche, et Mélissa, dont le visage était à moitié caché par ses lourdes boucles rousses.<br />
<br />
Emily n’essaya pas de parler : c’était inutile car aucune des 3 filles ne voulait l’écouter. Elles avaient simplement envie de l’embêter, aussi gratuitement que cela pouvait l’être. Par habitude, Emily préférait laisser passer l’orage. Lorsque Bianca et sa bande commençait à se moquer d’elle, Emily se réfugiait dans son monde intérieur. Elle imaginait une musique lourde et puissante monter, monter, puis soudain exploser, effaçant d’un coup Bianca et sa cour. C’était toujours le même morceau : « Mars : celui qui porte la guerre » tirée de « la symphonie des planètes » de Gustav Holst.<br />
<br />
Ainsi, même si les 3 pestes se déchaînaient verbalement sur elle, son esprit était transporté par l’incroyable puissance de cette œuvre exceptionnelle.<br />
<br />
Comme toujours, lassé par l’inertie de leur victime, les 3 filles finirent par partir. Cependant, dans un dernier geste de défi, Bianca bouscula de nouveau Emily qui se cogna contre Cindy… et surtout contre sa cigarette.<br />
<br />
Le chemisier blanc d’Emily avait maintenant une large trace noire de cendre. Étonnamment, la jeune fille semblât plus touchée par cela que par les injures proférer plus tôt…<br />
<br />
« Oh non ! non ! non ! non ! » dit Emily les yeux écarquillés « C’était à ma mère : c’est l’une des seuls souvenirs que j’ai d’elle ! mon père va m’arracher la tête !<br />
– T’es sérieuses ? » demanda Bianca visiblement très affectée<br />
– Oh la la ! t’imagines même pas ! »<br />
<br />
Le regarde de Bianca se transforma en une expression de pure terreur. Elle posa doucement sa main sur l’épaule d’Emily et observa la trace avec minutie<br />
<br />
« T’inquiète pas Emily… dans mon casier j’ai un super détachant. Avec un petit d’eau il restera aucune trace… ça va aller, je te le promets ! »<br />
<br />
Emily non plus ne comprenait pas du tout l’attitude de Bianca, mais visiblement cette dernière était sincère. Elle la suivit donc jusqu’à son casier, puis elles se rendirent dans les toilettes pour nettoyer la trace de cendre.<br />
<br />
Avec expertise, Bianca réussie à rattraper les dégâts, et il ne resta plus qu’un voile gris à peine visible sur le chemisier.<br />
<br />
« C’est génial ! » s’exclama Emily en voyant le résultat « Merci Bianca : je t’en dois une »<br />
<br />
Bianca détourna le regard et parla avec retenue :<br />
<br />
« T’inquiète… je sais ce que c’est… »<br />
<br />
A ce moment-là, Bianca déboutonna deux boutons de sa chemise en jean et tira le col pour révéler son épaule. Au niveau de la bretelle de son soutien-gorge, elle avait une énorme trace violette…<br />
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Sans rien dire de plus, Bianca réajusta son col, reboutonna sa chemise et passa amicalement la main dans les cheveux d’Emily tandis qu’elle partait.<br />
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***<br />
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Joy n’avait jamais autant pleuré de sa vie. Elle se sentait fatiguée, exsangue, mais surtout soulagée… du moins pour le moment.<br />
<br />
C’est alors qu’elle entendit une voix grave et profonde :<br />
<br />
« Enfin tu cesses de gémir !<br />
– Qui… qui a dit ça ?<br />
– Moi !<br />
– Qui ça moi ? » insista la petite fée en cherchant du regard autour d’elle<br />
– Je suis Salix, l’arbre de l’école »<br />
<br />
La petite fée papillonna alors autour du tronc jusqu’à enfin trouver le visage de l’arbre.<br />
<br />
« Pardonnez-moi ! » dit Joy humblement « je n’étais pas du bon côté pour vous voir<br />
– Ce n’est rien petite fée du soleil. Mais dis-moi, que fait tu ici si loin de la citée Tournesol ?<br />
– Le cristal de Vérité m’a envoyée en mission : je dois aider Emily… mais j’ai échouée<br />
– Échouer ? en voilà un mot étrange… J’entends les humains l’employer à longueur de temps, mais rarement les fées…<br />
– C’est parce que je suis certainement la plus misérable des fées<br />
– Ha ha ha ! en voilà une drôle d’histoire, vous êtes bien toutes pareilles ! Toujours à dire cela !<br />
– Vous avez déjà croisé des fées qui disaient la même chose que moi ?<br />
– Oui, c’était y’a quelques temps. Elle s’appelait… arg ! par mes branches ! mes souvenirs sont tout entremêles… Ah oui ! Titania ! »<br />
<br />
Joy manqua de jurer mais eut le réflexe de se plaquer les mains contre la bouche. Elle les retira doucement puis reprit la conversation :<br />
<br />
« Sapristi : mais c’est notre reine ! comment se fait-il que vous l’ayez vu il a peu de temps ? elle reste toujours au palais d’habitude !<br />
– Oh ? vraiment ? Pourtant je t’assure que ça ne doit pas faire plus de 40 ou 50 ans<br />
– 40… ? »<br />
<br />
Joy avait oublié que les arbres ne ressentaient pas l’écoulement du temps à la même vitesse que les autres créatures…<br />
<br />
« Et vous dites que notre reine a dit elle aussi que c’était une fée misérable ?<br />
– Elle a très exactement dit « Je suis si inutile que je ne mérite pas d’être une fée ». Et puis finalement elle à reprit sa mission et de ce que j’en sais elle s’en est plutôt bien sortie !<br />
– Alors ça veut dire que peut être je ne suis pas si mauvaise que ça ?<br />
– Tu serais mauvaise parce que tu as échoué une fois ? ha ha ha ! par mes racines voilà la chose la plus drôle que j’ai entendu ces temps-ci ! Voyons petite Joy, crois-tu qu’une forêt naisse en un jour ? crois-tu que les rivières feraient autant de détour si elles savaient exactement où aller ? Les petits se trompent pour devenir grand, dans leur esprit comme dans leur cœur… C’est bien trop exiger de soi que de vouloir tout faire bien en permanence ! »<br />
<br />
Joy senti le courage revenir en elle. Même si Emily s’était fâchée contre elle, il fallait qu’elle la retrouve et qu’elles se réconcilient, car c’est ce que faisaient les vrais amis.<br />
<br />
La petite fée remercia l’arbre d’un doux baiser scintillant sur l’équivalent de son front, puis voleta aussi vite que possible vers l’école pour retrouver Emily.<br />
<br />
***<br />
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Choquée par ce qu’elle avait vue, Emily passa le reste de la journée à ressasser ce qui s’était passé. La confidence involontaire de Bianca avait radicalement changé la vision qu’elle avait de sa camarade et de son comportement. Mais que faire ?<br />
<br />
« Pssst… Emy ! tu m’entends ? »<br />
<br />
C’était la voix de Joy. Emily chercha discrètement du regard, puis compris que la petite fée se trouvait à ses pieds, cachée le long d’un des pieds de son bureau. La jeune fille fit semblant de se pencher pour rattacher les lacets de ses chaussures, permettant à la petite fée de remonter dans ses cheveux. Une fois ceci fait, Emily demanda la permission d’aller à toilette afin de pouvoir parler avec Joy tranquillement.<br />
<br />
La petite fée fût la première à parler, virevoltant autour d’Emily comme un frelon surexcité :<br />
<br />
« Emy je suis désolée, je n’aurais pas dû partir comme ça. Je n’avais pas compris que ça te faisait du mal ce que je pouvais dire…<br />
– Moi aussi je n’aurais pas dû m’en prendre à toi comme ça à cause de ce que tu es. Je crois que j’ai dit ça parce que je suis un peu jalouse parce que tu es incroyablement jolie<br />
– Tu le penses ? mais toi aussi tu es jolie, et puis drôlement intelligente en plus !<br />
– Et toi tu es drôle et gentille : je me sens bien quand tu es là !<br />
– Moi aussi ! On ne se connait pas depuis longtemps mais j’ai l’impression de te connaitre depuis toujours. Tu es… mon amie »<br />
<br />
Joy se posa sur l’épaule d’Emily et enlaça son cou comme le pouvait.<br />
<br />
« Je suis heureuse qu’on ne soit plus fâchée.<br />
– Moi aussi Joy. Mais il faut que je te raconte quelque chose…<br />
– Sapristi… ça a l’air grave !<br />
– C’est à propos de Bianca…<br />
– Roh cette petite peste ! si jamais elle t’a fait du mal je vais…<br />
– Son père la frappe »<br />
<br />
Joy s’arrêta net et plaqua ses mains contre sa bouche, les yeux écarquillés.<br />
<br />
« Mais quelle horreur… » dit la petite fée « Comment un père peut faire ça à son enfant ?<br />
– Je ne sais pas… et je ne sais pas quoi faire. Bianca m’a fait confiance parce qu’elle a cru que moi aussi je me faisais battre. Si je dis quoi que ce soit elle saura que c’est moi. Et si ça se trouve c’est un accident ?<br />
– Non ! non ! ça n’est pas un accident : la violence n’est jamais un accident !<br />
– Tu crois que je dois le dire à un adulte ?<br />
– Oui ! il faut pré… »<br />
<br />
Joy eut soudain une révélation.<br />
<br />
« Orim Zin Seldo Ralastan Braypan…<br />
– Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Emily<br />
– C’est du Féerique… ça veut dire « dans le noir, les monstres aussi pleurent ». C’est le message que m’a donnée le cristal de Vérité ! c’est ça ma quête… non : notre quête ! On doit aider Bianca, c’est comme ça que tout s’arrangera pour toi aussi !<br />
– Alors toi aussi tu penses que c’est à cause de ce qu’elle subit qu’elle est comme ça avec moi ?<br />
– C’est évident !<br />
– Alors tu as raison Joy : on doit agir pour la sauver ! »<br />
<br />
Les deux amies se firent la promesse de tout mettre en œuvre pour aider Bianca.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque la fin des cours sonna, Emily fit signe à Bianca de venir la voir, et cette dernière fit signe a ses amies de l’attendre.<br />
<br />
« Qu’est-ce que tu veux ? » demanda sèchement la jeune fille<br />
– Bianca, je voulais te dire à propos de tout à l’heure…<br />
– Quoi ?<br />
– Il ne faut plus que ça continue ! c’est pas normal ! »<br />
<br />
Bianca regarda alors Emily avec tristesse. Elle posa sa main sur son épaule dans un geste de réconfort.<br />
<br />
« Ecoutes Emily, je sais ce que tu te dis… mais va pas t’attirer d’ennui. Pense déjà à toi.<br />
– Je peux pas te laisser comme ça…<br />
– Tu te doutes que j’ai déjà réfléchit à tout ça. Pour l’instant je sers les dents parce que je n’ai pas le choix, mais un jour je ficherais le camp de cette baraque pourrie et…<br />
– Mais si jamais c’était trop tard ? Bianca, cette trace que tu m’as montrée est terrifiante ! Tu pourrais être gravement blessée… ou même pire ! »<br />
<br />
Emily essayait d’être la plus convaincante possible, mais des années de mauvais traitement avait rendue Bianca fataliste.<br />
<br />
« T’es mignonne grosse tête… et c’est gentil de t’inquiéter pour moi, mais je te demande de garder le silence t’as compris ? »<br />
<br />
Le regarde Bianca était sans appel. Depuis longtemps elle avait appris à accepter son sort, et tout ce qui risquait de briser l’objectif qu’elle s’était donnée la terrifiait sans doute bien plus. Comme la plupart des victimes, une part d’elle n’aspirait qu’a la normalité, fût-elle une simple façade. Elle ne voulait pas devenir « la fille battue » et être définie ainsi par les autres. Et puis malgré tout elle aimait son père…<br />
<br />
« Je te le promets mais à une condition : Si jamais ça recommence vient te réfugier chez moi. Mon père est tout le temps sur la route, alors on sera tranquille. »<br />
<br />
Bianca grimaça, puis se résigna à accepter.<br />
<br />
« Ok grosse tête… t’as ma parole »<br />
<br />
Lorsque Bianca tourna le dos pour partir, Joy passa la tête à travers la chevelure d’Emily pour l’observer s’en aller.<br />
<br />
« Oh la la la… ce qu’elle a l’air triste… » dit la petite fée<br />
– Qu’est ce qu’on va faire Joy. J’ai promis de ne rien dire.<br />
– Tu n’avais pas le choix : il faut qu’elle garde ta confiance. C’est ton amitié qui la sauvera ! »<br />
<br />
La mort dans l’âme, Emily prit le chemin de la maison.<br />
<br />
***<br />
<br />
Afin d’en apprendre un peu plus à Joy sur le monde des humains, Emily lui avait proposé une « soirée télé » sous sa surveillance. La petite fée accepta la proposition avec plaisir, et les deux amies s’installèrent devant la télé du salon, avec tout ce qu’il fallait pour grignoter, et une grande couverture pour se réfugier au chaud dessous.<br />
<br />
La soirée commença sur les chapeaux de roues avec la rediffusion de « Indiana Jones et la dernière croisade ». Captivée, Joy passa par un ouragan d’émotion devant cette histoire d’un brillant archéologue sur les traces de son père et leur lutte commune contre des gens visiblement très méchant appelé « laynazi ».<br />
<br />
Durant la scène de la poursuite en side-car, Joy ne put retenir son excitation :<br />
<br />
« ALLEZ-Y PROFESSEUR JONES ! METTEZ-LEUR UN BON COUP DANS LA FIGURE !<br />
– Calme toi Joy, ce n’est qu’un film » dit Emily pour tempérer son impétueuse amie.<br />
– Sapristi ! c’est un excellent film… OH REGARDE IL FAIT COMME LES CHEVALIERS ! » hurla t’elle tandis qu’Indiana Jones se servait d’une hampe en guise de lance pour terrasser un motard nazi arrivant d’en face.<br />
<br />
Bien entendu, Joy pleura lorsque le Dr Jones sénior fût abattu par le méchant, et hurla de joie lorsque Indiana rapporta l’eau magique du Graal. Elle fit cependant remarquée à Emily que le véritable Graal n’était pas du tout comme ça, mais que ça magie était vraiment puissante.<br />
<br />
Après ce film, les deux amies regardèrent « Dirty Dancing » ce qui fit monter le rouge aux joues de Joy. Cependant, à la fin du film, elle chantait à tût tête « Time of my life » en volant gracieusement dans la pièce.<br />
<br />
Pour finir leur soirée télé, Joy accepta à reculons de regarder un film d’horreur, à la seule condition que Emily laisse la lumière allumée. Cette dernière accepta non sans faire remarquer à sa petite camarade que de toute façon c’était inutile puisque cette dernière brillait dans le noir.<br />
<br />
Et c’est ainsi qu’elles commencèrent le visionnage de « Scream » et son éprouvante scène d’introduction. Terrifiée, Joy s’était réfugiée sur l’épaule d’Emily qui pouvait sentir l’effroi de la petite fée tant elle tremblait.<br />
<br />
« Non non non ! ne décroches pas… » murmura Joy totalement angoissée. « Je suis sûr que c’est un méchant… »<br />
<br />
Mais tandis qu’à l’écran l’héroïne regardait son petit ami être menacé par le tueur, quelqu’un frappa fort plusieurs fois à la porte de la maison, faisant sursauter Emily et hurler Joy de peur.<br />
<br />
La jeune fille lança un regard inquiet à la petite fée : à cette heure-ci, il n’y avait qu’une seule personne susceptible de venir…<br />
<br />
Elle se précipita pour ouvrir et découvrit Bianca, le visage en sang, tremblante et en larme.<br />
<br />
« Oh mon Dieu Bianca qu’est ce qui s’est passé ? » s’inquiéta Emily. « Entre vite, ne reste pas là ! »<br />
<br />
Une fois à l’intérieur, Emily jeta un rapide coup d’œil aux alentours et referma la porte qu’elle verrouilla à double tour.<br />
<br />
Epuisée aussi bien physiquement que mentalement, Bianca s’était effondré sur les marches de l’escalier. Emily s’approcha d’elle et essaya autant que possible de l’ausculter. Elle avait de gros bleus au visage, et l’arcade gauche ouverte ce qui avait provoqué un saignement spectaculaire mais sans réel gravité. Sa mâchoire semblait douloureuse et Emily n’osait imaginer le genre de coup qui pouvait provoquer de telles blessures.<br />
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« Bianca, est ce que ça va ? répond moi… » demanda Emily pour forcer la jeune fille à se concentrer et ainsi parvenir à se calmer.<br />
– T’avais… t’avais raison la grosse tête… j’en peut plus… je… »<br />
<br />
Elle pleura à nouveau et se pencha vers Emily qui la prit dans ses bras.<br />
<br />
« T’en fais pas. Il t’arrivera rien ici » dit la jeune fille d’un air rassurant.<br />
– Je suis désolé de t’imposer ça… je savais pas où aller<br />
– Tu as bien fait, t’as tenue ta promesse. Et moi je tiendrais la mienne. »<br />
<br />
***<br />
<br />
Bianca mis quelques minutes à retrouver son calme, et put expliquer exactement ce qui s’était passé. Son père venait d’essuyer un énième refus pour un travail, et il s’était saouler toute la journée. Lorsque Bianca arriva chez elle, il était dans un état second, comme catatonique. Elle essaya de le relever, mais cela ne fit que le rendre fou de rage. Il frappa sa fille 3 fois au visage sans aucune retenue avant de s’écrouler par terre une fois l’adrénaline retombé. C’est là que Bianca décida de fuir, se rappelant les paroles d’Emily.<br />
<br />
La pauvre jeune fille était désespérée et Emily n’arrivait pas à trouver les mots pour lui redonner espoir. Dans un acte de foi, elle demanda à Joy de bien vouloir se montrer. Lorsqu’elle vit la petite fée voleter dans la pièce en laissant derrière elle une traîné de poussière d’étoiles scintillantes, Bianca crut que les coups la faisaient halluciner, mais l’attitude d’Emily lui confirma que tout cela était bien vrai.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Bianca fit la connaissance de Joy Shinyspark, fée du soleil.<br />
<br />
Cette dernière proposa d’utiliser sa magie pour soigner la blessure que la jeune fille avait à l’œil : elle fit un geste rapide des mains ce qui projeta une pluie scintillante sur la blessure qui aussitôt cicatrisa comme si de rien n’était. Les filles regardèrent dans le grand miroir du salon le résultat, et lancèrent un regard plein d’incrédulité et d’admiration vers Joy qui se contenta de faire un grand sourire et de lever les deux pouces en signe de victoire.<br />
<br />
Emily proposa à Bianca de dormir dans sa chambre, tandis qu’elle resterait sur le canapé du salon avec Joy. Réticente au début, elle finit par accepter, et terrassée par la fatigue et le stress s’endormi aussitôt, rassurée par la chaleur bienveillante qui se dégageait du foyer d’Emily.<br />
<br />
Cette dernière eut alors une discussion avec Joy sur l’attitude à adopter par la suite :<br />
<br />
« Là c’est clair : on ne peut plus rester les bras croisés ! » dit Emily avec conviction<br />
– Je suis d’accord… mais que peut-on faire contre un adulte ? on est pas assez forte !<br />
– Ce n’est pas une question de force… » dit Emily d’un ton sérieux « c’est de la stratégie…<br />
– Tu me fais un peu peur… » dit la fée les mains crispé contre sa bouche<br />
– Notre ennemi ce n’est pas le père d’Emily : Orim Zin Seldo Ralastan Braypan.<br />
– Ton accent est un peu trop prononcé » dit Joy narquoise « Mais tu as raison, le vrai méchant c’est ce qui l’a poussé à devenir violent. Mais là ça devient compliqué ! je ne sais pas comment soigner un alcoolique !<br />
– Moi non plus » dit Emily avec détermination « mais ce n’est pas ce que nous allons faire.<br />
<br />
– Mais alors ? je ne te suis plus là !<br />
– Je vais t’expliquer… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Éclairée simplement par le projecteur LED de sa bicyclette, Emily faisait route vers la maison de Bianca dans le froid glacial de la nuit. Joy installée dans ses cheveux, se demandait si tout cela était bien raisonnable…<br />
<br />
« Crois moi Joy : c’est la seule solution !<br />
– Je sais… mais j’ai peur !<br />
– Moi aussi… mais j’ai plus peur de ce qui pourrait arriver à Bianca si tout ça continue. Il faut qu’on réussisse coûte que coûte ! »<br />
<br />
La détermination sans faille d’Emily trouva écho chez Joy.<br />
<br />
« Tu as raison ! on va réussir ! et tout le monde sera heureux ! »<br />
<br />
Les deux amies arrivèrent à destination, et Joy passa devant pour servir d’éclairage. La maison était du genre typique de celle qu’on trouvait dans la région, avec une toiture en ardoise rouge et des lambris en bois mat. Les volets étaient fermés, et visiblement depuis longtemps au vu des toiles d’araignées qu’il y avait dessus.<br />
<br />
La porte d’entrée était restée entrouverte. Elle fit un son lugubre lorsque Emily la poussa pour entrer, glaçant le sang de Joy qui s’agitait dans tous les sens. Elles arrivèrent directement dans le salon, mais celui-ci était plongé dans le noir comme apparemment tout le reste de la maison.<br />
<br />
« Sapristi… cet endroit me donne la chair de poule… » dit Joy<br />
<br />
Pour se rassurer, la petite commença à fredonner l’air de « Time of my life ».<br />
<br />
« Y’a quelqu’un ? » dit la jeune fille « Monsieur, je suis une amie de Bianca, je dois vous parler… »<br />
<br />
Silence.<br />
<br />
Emily chercha à tâtons un interrupteur et finalement parvint à allumer la lumière. Elle vit alors le père de Bianca effondré sur le sol, les vêtements trempés d’alcool… et une étrange créature assise sur son dos !<br />
<br />
De couleur verte, grande comme la main, la créature avait une sorte de bec crochu et des yeux ronds et jaune. Elle avait aussi une longue queue pointue qui se balançait derrière elle tandis qu’elle dévisageait Joy et Emily.<br />
<br />
La petite fée compris immédiatement à qui elles avaient à faire :<br />
<br />
« Je m’en doutais ! un Trickster !<br />
– Qu’est-ce que c’est ? » demanda Emily<br />
– Cette saleté manipule l’esprit des gens pour les forcer à faire des choses… et après ils se nourrissent de leur tristesse !<br />
– Quelle horreur ! »<br />
<br />
Le Trickster fixa plus particulièrement Joy et esquissa un sourire effrayant :<br />
<br />
« Tiens donc… une fée du soleil ? » dit-il avec complaisance « J’espère pour toi que tu ne viens pas me gâcher la soirée : elle avait tellement bien commencé !<br />
– Tu dis ça à cause de Bianca c’est ça ? Monstre ! tu vas voir si je t’attrape ! » menaça Joy.<br />
– M’attraper ? et comment tu comptes t’y prendre nabot ?<br />
– Emily : on l’encercle ! il ne peut pas voler ça sera facile !<br />
– Effectivement… » dit le Trickster avec décontraction « mais tu oublies que j’ai d’autre tour dans mon sac ! »<br />
<br />
Vif comme un singe, il sauta en arrière et lança du bout de sa main un rayon verdâtre sur le père de Bianca. Celui-ci se mit alors à gémir, puis à se redresser. Il avait le regard vide, sans âme, et bougeait presque comme un zombie.<br />
<br />
« Alors les filles ? qu’est-ce que vous allez faire contre papa ? » demanda le Trickster narquois<br />
– C’est toi qui l’a poussé à devenir aussi méchant ! » dit Joy<br />
– Ce n’est pas tout à fait vrai petite fée : c’est lui qui s’est mis à boire et qui a perdu l’espoir…<br />
– Du coup c’était une proie facile… grrrr ! Sapristi je déteste les gens comme toi ! »<br />
<br />
Joy fonça sur le Trickster et essaya de le frapper au passage. Malheureusement, il était extrêmement vif et évita facilement les assauts pourtant répétés de la petite fée.<br />
<br />
« ah ah ah ! c’est comme ça que tu crois m’avoir ? tu perds ton temps ! »<br />
<br />
Impuissante, Joy dut admettre qu’elle ne parviendrait à rien comme ça. Pendant ce temps, le père de Bianca commença à se diriger vers l’escalier menant à l’étage.<br />
<br />
« Hey hey hey… » jubila le Trickster « qu’est-ce que tu vas faire si jamais je lui donnais assez d’idée noire pour qu’il ait envie… je ne sais pas… DE SAUTER PAR LA FENÊTRE !?<br />
– Oh non ! Emily il faut que tu l’arrêtes ! si jamais il fait ça Bianca se sentira coupable !<br />
– Oui parfaitement ! et je jetterai mon dévolu sur elle ! hi hi hi… tu vois à quel point mon plan est parfait ?<br />
– C’est horrible ! »<br />
<br />
Emily s’interposa et barra le chemin de l’escalier.<br />
<br />
« S’il vous plait ! ne faites pas ça ! vous devez résister !<br />
– Je… je peux pas… c’est trop dur… » dit-il « J’ai fait trop de mal à Bianca… je suis un monstre…<br />
– Non ! c’est lui le monstre, il faut lui résister ! »<br />
<br />
Joy continuait inlassablement de pourchasser le Trickster dans la maison pour faire cesser l’emprise mentale qu’il exerçait.<br />
<br />
« Je t’aurais ! Je le jure au nom de Titania tu m’entends ! je t’aurais ! »<br />
<br />
De son côté, Emily s’accrochait au père de Bianca de toute ses forces pour l’empêcher de monter les marches.<br />
<br />
« Par pitié arrêtez-vous ! Résistez !<br />
– Je n’ai plus la force…<br />
– Si vous l’avez ! vous êtes un papa, et les papas ont toujours assez d’amour pour être fort pour leurs enfants ! »<br />
<br />
A ces mots, le visage du Trickster fût frappé d’effroi. Il se précipita dans le salon et se jeta sur Emily.<br />
<br />
« Tu vas te taire espèce de petite peste ! » hurla-t-il.<br />
<br />
Mais alors qu’il allait frapper Emily, un filet de poussière d’étoile lui agrippa la jambe et l’empêcha d’aller au bout de son geste.<br />
<br />
« Qu’est-ce que… ? » dit-il avant de réaliser que Joy le retenait via une sorte de corde constitué de poussière d’étoile.<br />
– Alors qui est la plus maline ? depuis tout à l’heure que je vole partout dans la pièce j’ai mis de la poussière d’étoile partout : je peux t’attraper quand je veux maintenant ! »<br />
<br />
Associant le geste à la parole, Joy claqua des doigts se qui fit apparaître un filet en poussière d’étoile qui tomba sur le Trickster. Ce dernier trépigna en hurlant, mordant et griffant, mais aucun de ses efforts ne fut capable de briser le lien magique qu’avait formé la petite fée.<br />
<br />
Cependant, la victoire n’était pas encore acquise : le père de Bianca avait réussi à faire lâcher prise à Emily et reprenait sa funeste ascension. Il arriva au bout de l’escalier et s’avança vers la fenêtre la plus proche.<br />
<br />
Emily se précipita sur lui et l’agrippa de nouveau pour le retenir. Mais c’était peine perdue…<br />
<br />
Joy ne savait plus quoi faire. Elle devait trouver un moyen de briser le charme du Trickster, mais comment ?<br />
<br />
« Joy ! Au secours ! il a ouvert la fenêtre ! il va sauter ! »<br />
<br />
La petite fée eut soudain une révélation : le long de l’escalier, il y’avait des photos accrochées dans des petits cadres ronds. L’une de ses photos représentait Bianca avec ses parents, sans doute un soir de noël à en juger par le décor. Elle comprit alors quelle était la seule force qui pouvait le sauver.<br />
<br />
A toute vitesse, elle vola jusqu’à l’étage et lança une puissante rafale scintillante sur le père de Bianca. Elle put ainsi chercher dans sa mémoire le souvenir de ce moment, et le faire remonter dans son esprit.<br />
<br />
« Souvenez-vous de ce moment ! souvenez-vous de l’amour que vous avez pour votre famille ! » dit Joy.<br />
<br />
Le Trickster avait compris que la partie était terminé : le sentiment d’amour brisa le lien de domination qu’il avait établi, et le priva de tout pouvoir ce qui le fit rapetisser à la taille d’un insecte. Il en profita pour fuir en gémissant…<br />
<br />
« Je me vengerai petite fée… je me vengerai ! »<br />
<br />
A l’étage, le père de Bianca retrouva enfin ses esprits. Effrayé par ce qu’il était sur le point de faire, il recula du rebord de la fenêtre et réalisa seulement la présence d’Emily.<br />
<br />
« Que… qu’est-ce que… je t’ai déjà vu non ? tu vas à la même école que ma fille c’est ça ?<br />
– Oui : je m’appelle Emily, et Bianca et mon amie… et je sais ce que vous lui avez fait. Ce n’était pas totalement votre faute, mais vous faites du mal à Bianca… vous devez vous faire aider »<br />
<br />
Le père de Bianca avait le regard plein de culpabilité. C’était comme s’il sortait d’un long cauchemar et qu’il réalisait véritablement ce qu’il avait fait.<br />
<br />
« Tu as raison petite… je ne peux plus faire de mal à ma Bianca comme ça… j’ai pas été assez fort pour elle. A la mort de sa mère j’ai sombré et je me suis toujours voilé la face…<br />
– Alors il faut arrêter justement ! Vous devez faire ce qui est le mieux pour vous ET pour elle. En tout cas vous devez vous faire aider. »<br />
<br />
Une pointe d’espoir apparut sur son visage.<br />
<br />
« D’accord… je te promets que je vais me faire soigner… mais est ce que je peux te demander une faveur ?<br />
– Euh… d’accord.<br />
– T’as l’air d’être une fille sacrément courageuse pour avoir osé venir ici, et une bonne amie, du genre qui en a dans la tête… alors… est-ce que tu voudrais bien aider Bianca à ma place quand je ne pourrais pas être là pour elle ?<br />
– Bien sûr Monsieur. C’est promis je serai à ses côtés pour la soutenir. »<br />
<br />
Et c’est ainsi que Joy et Emily réussirent à porter un coup décisif à la tristesse qui s’était emparé de cette famille.<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
Cela faisait quelques mois déjà que le père de Bianca avait demandé une aide pour son alcoolisme. Il avait été interné dans un centre de désintoxication, et avait encore du chemin à parcourir. De son côté Bianca avait été placée dans une famille d’accueil ou elle réapprenait à vivre tout simplement.<br />
<br />
Elle devint la meilleure amie d’Emily, et chacune pouvait compter sur l’autre dans les coups durs. Elles se voyaient quasiment tout le temps après les cours, et forgeaient ainsi une amitié qu’elles gardèrent même lorsqu’elles devinrent adultes.<br />
<br />
Joy n’avait pas de mot pour décrire sa joie et sa fierté d’avoir réussi à rendre les deux jeunes filles heureuses. Elle comprit alors pourquoi le cristal de Vérité avait confiance en elle et en son courage. Cette épreuve l’avait rendue plus forte… mais elle n’en restait pas moins une petite fée espiègle !<br />
<br />
« Alors les filles ? » demanda Joy a ses deux amies humaines « On regarde un film ce soir ? Mais pas un qui fait peur ! Oh non je sais : on a qu’à faire des gâteaux ! Ou alors on peut se raconter des secrets ? »<br />
<br />
Bianca regarda Emily d’un air complice et répondit :<br />
<br />
« Et pourquoi on ne ferait pas tout ça en même temps ? »<br />
<br />
La petite fée scintilla de joie et se mit à virevolter partout dans la pièce, laissant derrière elle une traîné de poussière d’étoile…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**A touch of Joy**<br />
<br />
« Non mais attendez : vous êtes sérieux !? »<br />
<br />
Les yeux rivés sur le cristal de Vérité, Joy avait du mal à croire ce que ce dernier lui annonçait. Pourtant, les anciens du grand conseil des fées ne lui laissèrent aucun doute. Parlant tous ensemble d’une seule voix, ils répondirent sans hésiter :<br />
<br />
« Le cristal t’as désigné Joy : c’est toi qui devra accomplir cette mission.<br />
– Mais je… je suis qu’une fée débutante ! c’est à peine si je vole correctement !<br />
– Tout cela nous le savons Joy. Mais le cristal a vu en toi la fée idéal pour aider cette jeune fille, alors il en sera ainsi… »<br />
<br />
Voyant la mine déconfite de la petite fée, le conseil lui adressa quelques paroles d’encouragement :<br />
<br />
« Ton manque d’expérience est une faiblesse, mais c’est aussi une force : tu agiras avec ton cœur, et c’est le plus important…<br />
– Vous êtes marrant ! et si je me trompe, c’est cette jeune fille qui va en pâtir !<br />
– Alors ne te trompes pas…<br />
– Arf… vous en avez de bonnes… Bon très bien : je ferai de mon mieux ! »<br />
<br />
Joy n’avait pas beaucoup confiance en ses chances de succès, mais elle se motiva comme elle pouvait pour rester souriante comme toute bonne fée qui se respecte. Pourtant lorsqu’elle quitta le grand conseil, elle ne put s’empêcher de soupirer devant l’ampleur de la tâche.<br />
<br />
Elle virevolta à toute vitesse jusqu’à l’Arbre à rêve, et attendit son tour en faisant la queue tandis que Shrodon le golem de pierre orientait les fées en partance pour une mission. Chaque petite fée se présentait devant lui et lui chuchotait les mots magiques que le cristal de Vérité leur avait donnée. Ce message activait le lien entre le monde des rêves et celui des humains, permettant aux fées d’entrer en action.<br />
<br />
C’était la première fois que Joy devait parler à Shrodon, et l’immense golem la terrifiait. Son corps, étrangement façonné, avait des allures simiesques qui lui donnaient un air pataud. Le long de ses bras étaient parcouru de dessins magiques qui ressemblaient à un feuillage et qui étaient animé d’un léger mouvement lorsque Shrodon bougeait. Mais ce qui faisait le plus peur à la petite fée, c’était sa bouche d’où sortaient deux crocs de pierre qui lui remontaient jusqu’au-dessus des yeux en formant une oblique indispensable pour ne pas lui cacher la vue.<br />
<br />
« Suivante ! » dit Shrodon de sa voix caillouteuse<br />
<br />
Joy réalisa que c’était elle la suivante. Elle s’envola très vite, mais hésita à s’approcher du golem. Ce dernier la fixa avec ses grands yeux (qui étaient en fait deux émeraudes ovales) et pencha la tête comme s’il réfléchissait :<br />
<br />
« Je ne te connais pas » dit Shrodon « Qui es-tu petite fée ?<br />
– Je… je m’appelle Joy ! et je suis une fée du soleil en mission dans le monde des humains<br />
– Oh… As-tu parlé au cristal de Vérité ?<br />
– Euh oui ! c’est lui qui m’envoie<br />
– Et que t’as-t-il dit pour moi ?<br />
– Euh… »<br />
<br />
Joy réalisa avec horreur qu’elle avait oublié les mots magiques<br />
<br />
« Ah bon sang je l’avais sur le bout de la langue…<br />
– Sans les mots magiques je ne peux pas te laisser accéder à l’arbre à rêve petite Joy…<br />
– Oh sapristi ! voilà que je vais échouer ma mission avant même de l’avoir commencée !<br />
– Reste calme » dit Shrodon d’un air se voulant apaisant « ferme les yeux et rappelle-toi de la vision du cristal… »<br />
<br />
La petite fée s’exécuta. Elle prit une grande respiration, et laissa ses souvenirs remonter. Elle revit alors l’image qui se reflétait dans le cristal et entendit à nouveau la voix de ce dernier résonner dans sa tête. Joy ouvrit soudainement les yeux et s’écria :<br />
<br />
« Orim Zin Seldo Ralastan Braypan ! »<br />
<br />
Les yeux de Shrodon se mirent à briller.<br />
<br />
« Très bien petite Joy, je vais pouvoir te laisser passer. Mais la prochaine fois viens me dire le message à l’oreille… »<br />
<br />
La petite fée laissa échapper un « oups » qui semblât faire sourire le puissant golem. Il tendit le bras en direction de l’arbre, et les dessins magiques tracé dessus se mirent à briller et à grandir jusqu’à sortir de lui et se connecter à l’arbre à rêve. Shrodon tira sur une des branches qui s’étira comme un fil et le tendit à Joy.<br />
<br />
« Ne le lâche pas surtout ! » recommanda-t-il<br />
<br />
Joy se cramponna à la branche brillante de toute ses forces et acquiesça. Lorsque le golem la relâcha, la petite fée fut entraînée à toute vitesse vers l’arbre, comme si la branche la tirait. Elle se mit à slalomer tout en gagnant de la hauteur et de la vitesse. Joy poussa un cri de peur mais en quelques instant il se transforma en cri de joie tant elle se sentait vivante. Tandis qu’elle montait vers le sommet de l’arbre, elle put apercevoir au bout des plus hautes branches des portails menant vers différents mondes, chacun traversé par une branche.<br />
<br />
Finalement, Joy fût entraînée vers l’un de ses portails qu’elle traversa en un éclair, ne laissant derrière elle qu’un léger filet de poussière d’étoile…<br />
<br />
***<br />
<br />
Emily était accoudé contre le bord de la fenêtre à regarder la pluie tomber. Elle aimait les soirs d’orage, lorsque l’air se remplissait d’un parfum d’ozone et que le tonnerre frappait si fort que la maison tremblait. Le spectacle du ciel déchiré par la lumière la fascinait, et elle pouvait rester des heures à admirer la Nature se déchaîner, bercée par le son de la pluie.<br />
<br />
Un éclair zébra le ciel sans un bruit, Emily se mit donc à compter les secondes avant le coup de tonnerre pour calculer à quelle distance se trouvait l’orage.<br />
<br />
1, 2, 3, 4, 5, 6…<br />
<br />
BRAAAAAM !<br />
<br />
« 2 kilomètres… » estima la jeune fille « ça se rapproche ! »<br />
<br />
Le père d’Emily lui avait appris cette méthode pour estimer la distance d’un orage un soir où, plus petite, elle était venue se réfugier auprès de lui tant elle était effrayée par les bruits du tonnerre. Afin de la rassurer, il lui expliqua que le son allant moins vite que la lumière, le fait de voir l’éclair puis entendre le tonnerre signifiait que l’orage était loin, et qu’elle pouvait même savoir s’il s’approchait ou s’éloignait en divisant par 3 le nombre de seconde entre l’éclair et le tonnerre, ce qui lui donnerait la distance en kilomètre.<br />
<br />
Dès lors, Emily s’était prise de passion pour les sciences. Elle aimait trouver du sens aussi bien dans les phénomènes naturels que dans la réaction chimique des œufs mélangé à de la farine. Savoir pourquoi les choses étaient ce qu’elles étaient lui offrait un sentiment rassurant de contrôle.<br />
<br />
Si seulement cela pouvait être la même chose avec les gens…<br />
<br />
1,2, 3…<br />
<br />
BRAAAAAM !<br />
<br />
« 1 kilomètre à peine… il arrive droit par ici. » dit Emily pour elle-même.<br />
<br />
Elle attrapa son appareil photo et le positionna de façon à bien cadrer le ciel. Elle ajusta le trépied et une fois satisfaite du résultat, enclencha le mode « fireworks ». C’était une fonction de l’appareil qui était conçu à l’origine pour les feux d’artifices, et qui prenait un cliché automatiquement dès lors que la luminosité augmentait soudainement.<br />
<br />
Parfait pour capter un éclair.<br />
<br />
Emily attendit patiemment, le regard plongé vers la pénombre du dehors. Elle sentie une pointe de nervosité l’envahir, et son cœur se mit à battre plus fort. Le silence était pesant, comme si l’orage retenait son souffle avant de frapper.<br />
<br />
BRAAAAAAAAAAAM !<br />
<br />
L’éclair tomba droit sur la fenêtre d’Emily qui s’ouvrit et claqua violemment, renversant la jeune fille par terre. Ses yeux saturés de lumière ne voyaient plus rien, ses oreilles bourdonnaient à cause de la détonation, et elle avait du mal à retrouver l’équilibre.<br />
<br />
Lorsque son audition redevint à peu près normal, elle entendit une petite voix tout à côté d’elle :<br />
<br />
« Nom d’un petit bonhomme : En voilà une façon de voyager ! »<br />
<br />
Emily écarquilla les yeux. La pièce était de nouveau dans la pénombre, et sa vision commença à se réadapter. C’est alors qu’elle aperçut près du bord de la fenêtre une toute petite silhouette scintillante à peine plus grande qu’une tasse en train de virevolter.<br />
<br />
Lorsque la vue d’Emily fût de nouveau opérationnelle, elle réalisa alors qu’il s’agissait… d’une fée !<br />
<br />
Simplement vêtue d’une longue tunique jaune vif, maintenue à la taille par une ceinture à grosse boucle ou était accroché une pochette, la petite créature avait une paire d’aile semblable à celle d’une libellule qui frétillait dans son dos tandis qu’elle dessinait de gracieux arabesque, laissant dans son sillage de minuscule scintillement de poussière d’étoile.<br />
<br />
Instinctivement, la jeune fille poussa un cri qui fit sursauter Joy. Elle s’approcha du visage d’Emily pour lui parler, mais cette dernière essaya de la repousser comme un vulgaire moustique.<br />
<br />
« Mais arrête ! arrête ! » hurlait la petite fée « Je ne suis pas un bourdon ! »<br />
<br />
Emily, paniquée, se releva d’un bond et prit la fuite en courant. Joy, les poings sur les hanches fit la moue et maugréa :<br />
<br />
« Ah tu veux la jouer comme ça ? »<br />
<br />
Elle se propulsa en avant et à toute vitesse rattrapa la jeune fille qui était en train de descendre le grand escalier du premier étage. Elle allait si vite qu’elle prit le luxe de virevolter à travers les barreaux de la rambarde, laissant derrière elle une traîne de poussière d’étoile, pour finir par surgir devant le visage d’Emily, les bras croisés et la mine renfrognée.<br />
<br />
La jeune fille voulut crier de nouveau, mais Joy se plaqua sur ses lèvres pour les maintenir scellées.<br />
<br />
« Stop ! ça suffit maintenant ! »<br />
<br />
Emily chassa la fée d’un revers de la main, mais celle-ci restait toujours en face d’elle. La jeune fille finit par retrouver son calme et observa l’incroyable créature sous toutes les coutures.<br />
<br />
« Nom de… mais qu’est-ce que c’est que…<br />
– Je ne suis pas une chose ! » dit la petite fée avec fierté « je suis une fée du soleil !<br />
– Une fée ? ça existe pas…<br />
– Alors je suis quoi ? un frelon ? une mouche peut-être ? » dit Joy sarcastique.<br />
– J’ai été frappé par la foudre et j’hallucine… c’est la seule explication !<br />
– Où alors je suis réel et c’est la foudre qui m’a amené ici : c’est si incroyable ?<br />
– Bah bien sûr que c’est incroyable… oh mon Dieu y’a une fée dans mon salon ! Et je lui parle !<br />
– Ah bah tu vois on y arrive ! Toi tu es Emily c’est ça ?<br />
– Tu connais mon nom ?<br />
– Oui ! Oh mais au fait je ne me suis même pas présenté ! ah mais vraiment quelle tête de linotte je suis ma parole ! Je m’appelle Joy Shinyspark ! : enchantée de te rencontrer Emily ! »<br />
<br />
La jeune fille resta muette tant elle était stupéfaite tandis que la petite fée continua de virevolter autour d’elle en sifflotant un air gai.<br />
<br />
***<br />
<br />
Emily avait conduit Joy dans la cuisine ou elle lui avait offert un morceau de biscuit et une goutte de lait qu’elle avait déposé dans un bouchon de bouteille. La petite fée se régala de ce festin tandis que la jeune fille l’observait avec curiosité et incrédulité.<br />
<br />
Joy avait des cheveux blond courts, taillés façon « pixie cut » ce qui laissait voir pleinement son visage fin au trait gracieux. Mais ce qui était le plus fascinant, c’était son regard bleu azur plein de douceur souligné par le malicieux sourire qu’elle semblait avoir en permanence.<br />
<br />
« J’en reviens toujours pas de ce que je vois… » dit Emily.<br />
– Et bien moi… j’en reviens pas de ce que je mange : c’est délicieux ! » dit la fée avec gourmandise tandis qu’elle mordait à belle dent dans un éclat de chocolat. « Hum ! que c’est bon ! Merci encore Emily !<br />
– Je t’en prie… » répondit la jeune fille toujours perplexe.<br />
<br />
Son festin fini, Joy essaya de s’envoler mais décolla d’à peine quelques centimètre tant son estomac était chargé.<br />
<br />
« Arf… je suis aussi lourde qu’un scarabée ! Maudit sois tu délicieux chocolat ! » dit la petite fée non sans humour.<br />
<br />
La bonne humeur de Joy toucha profondément Emily. Cela faisait bien longtemps que la jeune fille n’avait pas partagé un moment comme celui-là avec quelqu’un. Cela lui fit sentir d’autant plus combien elle se sentait seule…<br />
<br />
« Emily ? ça va ? » demanda Joy inquiète.<br />
<br />
– Euh, oui oui… j’étais un peu dans la Lune<br />
– Tu te sens triste hein ? »<br />
<br />
Emily fut étonnée par le sérieux soudain de la petite fée et par la clairvoyance dont elle faisait preuve.<br />
<br />
« Ne t’en fais pas ! » dit Joy avec entrain « C’est pour ça que je suis là ! pour t’aider à retrouver le sourire : ton vrai sourire ! »<br />
<br />
Joy se mit à battre des ailes et virevolta autour d’Emily. La petite fée avait oublié ses craintes : face à la tristesse d’Emily, elle avait trouvé la force de mener à bien sa mission.<br />
<br />
La jeune fille tendit la main et Joy se posa dessus, en signe de confiance.<br />
<br />
« Tu sais Emily, si j’ai été envoyé c’est que l’arbre à Rêve à entendu ta tristesse, et c’est le rôle des fées de chasser les soucis ! Alors maintenant dis-toi que tant que je suis là, tout va bien ce passé !<br />
– Tu es sûre de toi ? » demanda la jeune fille inquiète<br />
– Bien évidemment ! » répondit la fée du soleil avec assurance »<br />
<br />
Emily observa encore la souriante petite créature qui s’était mise à prendre des poses de danseuse classique au creux de sa main, puis la reposa doucement sur la table avant de pousser un lourd bâillement.<br />
<br />
« pfouuu ! je suis fatiguée moi avec tout ça » dit Emily. « Il faut que j’aille me coucher !<br />
– Quoi ? maintenant ? mais on vient à peine de faire connaissance ! j’ai plein de chose à apprendre sur toi si je veux réussir ma mission ! hein ? Et puis il faut qu’on devienne des amies ! qu’on se confie nos secrets ! tiens par exemple moi l’autre jour j’ai pris une fiole de nectar de fleurs dans la réserve du vieux Graplet… ouf ! ce que je me sens soulagée ! c’est super de tout se dire hein ? on devrait faire ça toute la nuit et…<br />
– Mais il y’a école demain » dit Emily d’un air sincèrement désolée<br />
– L’école ? c’est quoi ça l’école ? » demanda Joy.<br />
<br />
***<br />
<br />
La semaine, Emily vivait seule, car son père était un routier qui sillonnait la région pour faire ses livraisons. Elle avait donc sa routine matinale bien organisée : levé 7h, puis petit déjeunée, toilette et enfin un peu de télé en attendant le bus qui venait juste devant chez elle.<br />
<br />
C’est d’ailleurs devant la télé que la jeune fille retrouva Joy, les yeux rivés sur les dessins animés du matin, se cachant le visage avec les mains, écartant tout juste les doigts pour regarder l’action.<br />
<br />
« Oh bon sang Emy ! il faut que tu voies ça ! Poly l’ours est en train de grimper au pommier pour aller chercher Twiky l’écureuil qui a glissé et qui est sur le point de tomber ! Oh la la j’espère qu’il va arriver à temps ! COURAGE POLY ! TU VAS RÉUSSIR ! »<br />
<br />
Emily ne se sentait pas le courage d’expliquer la notion de fiction à sa nouvelle amie. Elle préféra la laisser apprécier l’épisode des « animaux de la forêt magique » et jubiler à plein poumon lorsque Poly rattrapa de justesse Twiky. Joy était si heureuse qu’elle en pleurait de joie.<br />
<br />
« Il est formidable ce Poly ! il a dépassé sa peur et il a sauvé son ami !<br />
– Ça t’as plu on dirait ?<br />
– Oh oui beaucoup ! dis ? c’est toujours aussi génial la télé ?<br />
– Hum… non pas vraiment. D’ailleurs j’aimerai bien que tu ne la regarde pas trop… surtout le soir, d’accord ? »<br />
<br />
Joy acquiesça en souriant et en faisait un salut militaire. Elle fit un claquement des talons qui souleva de la poussière d’étoile, le tout accompagné d’un « Oui chef ! » fort et clair qui provoqua l’hilarité de la jeune fille.<br />
<br />
Quelques minutes plus tard, le bus était sur le point d’arriver et Emily semblait pensive…<br />
<br />
« Il va falloir que tu te fasses discrète Joy : je ne veux pas créer la panique à l’école<br />
– Pas de problème ! je sais être aussi furtive qu’un… qu’un… enfin je sais l’être !<br />
– Et bien disons que… tu es quand même une fée qui brille et qui lâche de la poussière d’étoile dès qu’elle bouge un peu les ailes… » fit remarquer Emily<br />
– Oh… je vois… sapristi j’allais encore commettre une erreur de débutante ! Mais qu’est-ce que je peux faire : je ne peux pas te laisser dès le premier jour ! en plus de ce que tu m’as dit cette école à l’air d’être un endroit terrible !<br />
– J’ai peut-être une solution : et si tu te cachais dans mes cheveux, à côté de mon épaule ? Au pire on croira que tu es une boucle d’oreille ?<br />
– Oh merveilleux ! c’est brillant ! brillant ! Emy tu es un vrai génie ! c’est toi qui devrait être une fée du soleil !<br />
– Hum… ça ira Joy : je te laisse cet honneur »<br />
<br />
La jeune fille tira en arrière ses longs cheveux noirs et Joy s’envola pour s’y cacher. Calé sur l’épaule d’Emily, elle avait une vue imprenable, et en cas de besoin, elle n’avait qu’à tirer une mèche de ses cheveux bouclés pour se dissimuler derrière.<br />
<br />
Ça va Joy ? » demanda la jeune fille « tu es bien calée ?<br />
– Parfaitement !<br />
– Alors on y va : j’entends le bus qui arrive… »<br />
<br />
Et effectivement un gros bus jaune arriva devant l’entrée de la maison au moment où Emily fermait la porte.<br />
<br />
Ça par exemple ! » dit Joy « alors c’est ça un bus scolaire ? il a l’air gentil !<br />
– C’est juste un véhicule tu sais… » murmura Emily tandis qu’elle traversait l’allé de la maison. « Mon père conduit des engins encore plus gros que ça…<br />
– Sapristi ! » dit la petite fée en se plaquant les mains contre la bouche « encore plus gros ? c’est possible ? »<br />
<br />
La jeune fille lança un « chut » discret tandis qu’elle arrivait devant la porte du bus. Elle monta sur le marché pied non sans saluer monsieur Polo, le conducteur, puis s’installa à la première place libre qu’elle pouvait trouver.<br />
<br />
Emily se trouva assisse à côté d’un jeune garçon asiatique le nez coller à sa console de jeu vidéo portable, ce qui attira immédiatement l’attention de Joy.<br />
<br />
« Dis Emy ? » murmura la petite fée « Qu’est ce qu’il fait ?<br />
– Il joue à la console… » expliqua Emily avant de réalisé qu’aux yeux de tous elle parlait toute seule.<br />
<br />
Le jeune garçon se retourna et lança un regard méchant à Emily :<br />
<br />
« Qu’est-ce que tu racontes ! ça te dérange que je joue à la console ?<br />
– Non pas du tout Franklin ! c’est que…<br />
<br />
– Pfff… p’auv débile ! » dit le jeune garçon<br />
<br />
Joy se sentait très mal d’avoir occasionnée cette situation, mais elle en voulait à Franklin d’avoir été méchant avec Emily. Elle décida alors de donner une bonne leçon au jeune garçon. Elle écarta légèrement les cheveux d’Emily, lécha son index puis le pointa en direction de la console de jeu.<br />
<br />
« Aqua Splash ! » dit-elle en langue féerique.<br />
<br />
Aussitôt, un scintillement magique parti de son doigt et frappa la console si rapidement que personne ne le vit. L’engin électronique se mit alors à suinter, comme s’il était rempli d’eau, et bien évidemment s’arrêta de fonctionner.<br />
<br />
« Oh non ! c’est quoi ce bordel ! ma partie ! » hurla Franklin.<br />
<br />
Joy ricanait, bien contente de son petit effet.<br />
<br />
Cependant, lorsqu’elles descendirent du bus, Emily attrapa son téléphone portable pour parler discrètement à Joy et la sermonna :<br />
<br />
« Joy il ne faut pas faire ça, c’est mal !<br />
– Il n’avait pas à te parler comme ça ! » répondit la fée sur la défensive et sûre de son bon droit<br />
– Oui mais il a cru que je me moquais de lui, en plus ce que tu as fait c’est vraiment méchant : ça coute cher une console de jeu…<br />
– Oh mais ne t’en fais pas pour ça : j’ai juste envoyer de l’eau féerique dedans. Ça ne l’abîmera pas : dans une demi-heure elle remarchera comme si de rien n’était<br />
– Tu es sûre ?<br />
– Je te le promet : c’est contraire au code de fée de détruire ou d’abîmer.<br />
– Bon… en tout cas je te remercie d’avoir pris ma défense.<br />
– C’est à ça que sert une fée du soleil… et une amie ! »<br />
<br />
Joy passa la tête hors de la chevelure de Emily et lui fit un petit clin d’œil. Elle profita de l’occasion pour jeter un œil à l’établissement et fût très impressionnée.<br />
<br />
« Nom d’un petit bonhomme ! » dit Joy « C’est presque aussi grand que la citée des Tournesols ! Alors c’est ça l’école ? Pas étonnant que ça te fasse peur !<br />
– Tu sais Joy… ce n’est pas tant le bâtiment que les gens dedans qui m’inquiètent » répondit la jeune fille en baissant le regard.<br />
– Mais… pourquoi ça ? » dit Joy en observant à droite et à gauche « Je ne vois que des enfants ici ! »<br />
<br />
Emily resta muette, et la petite fée n’insista pas, comprenant qu’elle venait de toucher un point sensible.<br />
<br />
Lorsqu’elles arrivèrent devant le grand porche d’entrée du collège, une jeune fille habillé tout en jean interpella Emily avec agressivité :<br />
<br />
« Hey ! Grosse tête, t’as l’air encore plus tarte que d’habitude aujourd’hui ! »<br />
<br />
Elle se mit à rire et ses amis en firent de même, pointant du doigt Emily. Ce dernier ravalât un sanglot et continua son chemin. Joy elle, était ulcérée :<br />
<br />
« Roh ! alors elle je la déteste déjà ! pour qui elle se prend !<br />
– C’est Bianca, une fille de ma classe qui n’arrête pas de se moquer de moi<br />
– Mais pourquoi elle fait ça ?<br />
– J’en sais rien… peut-être parce que je ne suis pas normal<br />
– Oh Emy… » dit Joy attristée « Tu ne dois jamais dire ça ! Tu es une jeune fille super<br />
– Je suis qu’une geek, c’est pour ça que les autres se moquent de moi… une fille qui aime la science et les jeux vidéo ça n’est pas normal… »<br />
<br />
Joy bouillait intérieurement, mais sa mésaventure avec Franklin lui avait enseigner qu’agir trop vite n’était pas la meilleure solution. Elle décida de continuer à jouer les observatrices tout en soutenant moralement sa protégée.<br />
<br />
« T’en fais pas Emy : je suis avec toi, et si jamais ils sont méchant, ils goutteront à mes scintillements magiques !<br />
– Joy !<br />
– Hihihi… je plaisante voyons »<br />
<br />
L’espièglerie de la petite fée redonna le sourire à Emily qui réalisa qu’elle vivait quelque chose de bien trop « magique » pour que ce soit gâché par quelle que remarque que ce soit. Elle se dirigea vers la salle de classe et se prépara pour le premier cours de la journée…<br />
<br />
***<br />
<br />
Après les cours de science et de lettre, c’était enfin l’heure de déjeuner pour les élèves du collège. Emily se dirigea comme à son habitude sous le grand arbre centenaire qui se déployait majestueusement devant l’entrée de l’établissement et s’y adossa.<br />
<br />
Joy, qui n’avait pas pu parler de toute la matinée, se sentait enfin libérée.<br />
<br />
« Mazette ! j’ai cru que je n’allais pas pouvoir tenir une minute de plus ! » dit la petite fée<br />
– C’est vrai que tu es une sacrée pipelette » commenta malicieusement Emily<br />
– Je sais… c’est que la Reine fée me dis toujours<br />
– La Reine fée ? c’est votre souveraine ?<br />
– Oui : c’est la fée la plus merveilleuse de toute. Elle sage, douce, gentille, et si tu la voyais ! ce qu’elle est belle !<br />
– ça ne fait pas tout d’être belle… » dit Emily avec amertume.<br />
– Pourquoi dis-tu ça voyons ?<br />
– C’est juste que… c’est facile pour toi de dire ça : tu t’es vue ?<br />
– Je… je ne comprends pas ?<br />
– Même si tu es petite, tu restes malgré tout une jolie fille. Tu as de beaux yeux brillant, des cheveux étincelants…<br />
– Mais ça c’est parce que je suis une fée du soleil…<br />
– Peu importe… quand on te voit on se dit « oh ! en voilà une jolie petite fée ». En un regard les gens t’on cataloguer sans même savoir si tu valais plus que ça… »<br />
<br />
Joy compris alors une part de la souffrance de sa protégée.<br />
<br />
« C’est parce que les autres se moquent de ton apparence ? hein ?<br />
– Pardon ?<br />
– Si tu es triste c’est parce que les autres te rejettent parce qu’ils n’aiment pas ce que tu es c’est ça ?<br />
– C’est plus compliqué Joy. Mais oui il y’a un peu de ça… mais je t’arrête tout de suite : ça ne sert à rien de me jeter un sort de transformation ou de me relooker comme une poupée Barbie. Je suis comme je suis, et j’en ai pas honte ! pourquoi ça serait à moi de changer ? hein ? Pourquoi il faudrait que je me change pour devenir… comme toi ! »<br />
<br />
Le ton d’Emily était monté si vite et si fort que Joy en fut terrassé de chagrin. Comprenant trop tard son erreur, la jeune fille se confondit en excuse :<br />
<br />
« Joy pardonne moi…<br />
– Pourquoi tu m’as dit ça ? » dit la petite fée en larme « moi je ne veux que t’aider, je ne t’ai jamais jugée sur ton apparence… tout ce que je voulais c’est être ton amie ! »<br />
<br />
Joy s’envola alors au sommet de l’arbre, à l’abri de son feuillage, et sanglota longuement.<br />
<br />
Emily soupira : elle savait ce que ressentait Joy, parce que c’était exactement le sentiment d’injustice qu’elle ressentait lorsque les autres s’en prenait à elle. Elle voulut l’appeler, mais elle aurait beaucoup trop attiré l’attention sur elles. Elle resta donc au pied de l’arbre, à scruter les branchages dans l’espoir d’apercevoir le scintillement de la petite fée.<br />
<br />
Malheureusement, elle fût interrompue par Bianca et sa clique.<br />
<br />
« Hey la grosse tête : qu’est-ce que tu regardes là-haut ? t’as vu un chat perdu ? »<br />
<br />
Emily ne lui prêta même pas attention ce qui fit bouillonner Bianca. Elle s’avança vers elle et la bouscula sans ménagement :<br />
<br />
« Je te parle grosse tête ! fait pas comme si j’étais pas là !<br />
<br />
Les deux amis de Bianca s’approchèrent. Il y’avait Cindy, une cigarette à la bouche, et Mélissa, dont le visage était à moitié caché par ses lourdes boucles rousses.<br />
<br />
Emily n’essaya pas de parler : c’était inutile car aucune des 3 filles ne voulait l’écouter. Elles avaient simplement envie de l’embêter, aussi gratuitement que cela pouvait l’être. Par habitude, Emily préférait laisser passer l’orage. Lorsque Bianca et sa bande commençait à se moquer d’elle, Emily se réfugiait dans son monde intérieur. Elle imaginait une musique lourde et puissante monter, monter, puis soudain exploser, effaçant d’un coup Bianca et sa cour. C’était toujours le même morceau : « Mars : celui qui porte la guerre » tirée de « la symphonie des planètes » de Gustav Holst.<br />
<br />
Ainsi, même si les 3 pestes se déchaînaient verbalement sur elle, son esprit était transporté par l’incroyable puissance de cette œuvre exceptionnelle.<br />
<br />
Comme toujours, lassé par l’inertie de leur victime, les 3 filles finirent par partir. Cependant, dans un dernier geste de défi, Bianca bouscula de nouveau Emily qui se cogna contre Cindy… et surtout contre sa cigarette.<br />
<br />
Le chemisier blanc d’Emily avait maintenant une large trace noire de cendre. Étonnamment, la jeune fille semblât plus touchée par cela que par les injures proférer plus tôt…<br />
<br />
« Oh non ! non ! non ! non ! » dit Emily les yeux écarquillés « C’était à ma mère : c’est l’une des seuls souvenirs que j’ai d’elle ! mon père va m’arracher la tête !<br />
– T’es sérieuses ? » demanda Bianca visiblement très affectée<br />
– Oh la la ! t’imagines même pas ! »<br />
<br />
Le regarde de Bianca se transforma en une expression de pure terreur. Elle posa doucement sa main sur l’épaule d’Emily et observa la trace avec minutie<br />
<br />
« T’inquiète pas Emily… dans mon casier j’ai un super détachant. Avec un petit d’eau il restera aucune trace… ça va aller, je te le promets ! »<br />
<br />
Emily non plus ne comprenait pas du tout l’attitude de Bianca, mais visiblement cette dernière était sincère. Elle la suivit donc jusqu’à son casier, puis elles se rendirent dans les toilettes pour nettoyer la trace de cendre.<br />
<br />
Avec expertise, Bianca réussie à rattraper les dégâts, et il ne resta plus qu’un voile gris à peine visible sur le chemisier.<br />
<br />
« C’est génial ! » s’exclama Emily en voyant le résultat « Merci Bianca : je t’en dois une »<br />
<br />
Bianca détourna le regard et parla avec retenue :<br />
<br />
« T’inquiète… je sais ce que c’est… »<br />
<br />
A ce moment-là, Bianca déboutonna deux boutons de sa chemise en jean et tira le col pour révéler son épaule. Au niveau de la bretelle de son soutien-gorge, elle avait une énorme trace violette…<br />
<br />
Sans rien dire de plus, Bianca réajusta son col, reboutonna sa chemise et passa amicalement la main dans les cheveux d’Emily tandis qu’elle partait.<br />
<br />
***<br />
<br />
Joy n’avait jamais autant pleuré de sa vie. Elle se sentait fatiguée, exsangue, mais surtout soulagée… du moins pour le moment.<br />
<br />
C’est alors qu’elle entendit une voix grave et profonde :<br />
<br />
« Enfin tu cesses de gémir !<br />
– Qui… qui a dit ça ?<br />
– Moi !<br />
– Qui ça moi ? » insista la petite fée en cherchant du regard autour d’elle<br />
– Je suis Salix, l’arbre de l’école »<br />
<br />
La petite fée papillonna alors autour du tronc jusqu’à enfin trouver le visage de l’arbre.<br />
<br />
« Pardonnez-moi ! » dit Joy humblement « je n’étais pas du bon côté pour vous voir<br />
– Ce n’est rien petite fée du soleil. Mais dis-moi, que fait tu ici si loin de la citée Tournesol ?<br />
– Le cristal de Vérité m’a envoyée en mission : je dois aider Emily… mais j’ai échouée<br />
– Échouer ? en voilà un mot étrange… J’entends les humains l’employer à longueur de temps, mais rarement les fées…<br />
– C’est parce que je suis certainement la plus misérable des fées<br />
– Ha ha ha ! en voilà une drôle d’histoire, vous êtes bien toutes pareilles ! Toujours à dire cela !<br />
– Vous avez déjà croisé des fées qui disaient la même chose que moi ?<br />
– Oui, c’était y’a quelques temps. Elle s’appelait… arg ! par mes branches ! mes souvenirs sont tout entremêles… Ah oui ! Titania ! »<br />
<br />
Joy manqua de jurer mais eut le réflexe de se plaquer les mains contre la bouche. Elle les retira doucement puis reprit la conversation :<br />
<br />
« Sapristi : mais c’est notre reine ! comment se fait-il que vous l’ayez vu il a peu de temps ? elle reste toujours au palais d’habitude !<br />
– Oh ? vraiment ? Pourtant je t’assure que ça ne doit pas faire plus de 40 ou 50 ans<br />
– 40… ? »<br />
<br />
Joy avait oublié que les arbres ne ressentaient pas l’écoulement du temps à la même vitesse que les autres créatures…<br />
<br />
« Et vous dites que notre reine a dit elle aussi que c’était une fée misérable ?<br />
– Elle a très exactement dit « Je suis si inutile que je ne mérite pas d’être une fée ». Et puis finalement elle à reprit sa mission et de ce que j’en sais elle s’en est plutôt bien sortie !<br />
– Alors ça veut dire que peut être je ne suis pas si mauvaise que ça ?<br />
– Tu serais mauvaise parce que tu as échoué une fois ? ha ha ha ! par mes racines voilà la chose la plus drôle que j’ai entendu ces temps-ci ! Voyons petite Joy, crois-tu qu’une forêt naisse en un jour ? crois-tu que les rivières feraient autant de détour si elles savaient exactement où aller ? Les petits se trompent pour devenir grand, dans leur esprit comme dans leur cœur… C’est bien trop exiger de soi que de vouloir tout faire bien en permanence ! »<br />
<br />
Joy senti le courage revenir en elle. Même si Emily s’était fâchée contre elle, il fallait qu’elle la retrouve et qu’elles se réconcilient, car c’est ce que faisaient les vrais amis.<br />
<br />
La petite fée remercia l’arbre d’un doux baiser scintillant sur l’équivalent de son front, puis voleta aussi vite que possible vers l’école pour retrouver Emily.<br />
<br />
***<br />
<br />
Choquée par ce qu’elle avait vue, Emily passa le reste de la journée à ressasser ce qui s’était passé. La confidence involontaire de Bianca avait radicalement changé la vision qu’elle avait de sa camarade et de son comportement. Mais que faire ?<br />
<br />
« Pssst… Emy ! tu m’entends ? »<br />
<br />
C’était la voix de Joy. Emily chercha discrètement du regard, puis compris que la petite fée se trouvait à ses pieds, cachée le long d’un des pieds de son bureau. La jeune fille fit semblant de se pencher pour rattacher les lacets de ses chaussures, permettant à la petite fée de remonter dans ses cheveux. Une fois ceci fait, Emily demanda la permission d’aller à toilette afin de pouvoir parler avec Joy tranquillement.<br />
<br />
La petite fée fût la première à parler, virevoltant autour d’Emily comme un frelon surexcité :<br />
<br />
« Emy je suis désolée, je n’aurais pas dû partir comme ça. Je n’avais pas compris que ça te faisait du mal ce que je pouvais dire…<br />
– Moi aussi je n’aurais pas dû m’en prendre à toi comme ça à cause de ce que tu es. Je crois que j’ai dit ça parce que je suis un peu jalouse parce que tu es incroyablement jolie<br />
– Tu le penses ? mais toi aussi tu es jolie, et puis drôlement intelligente en plus !<br />
– Et toi tu es drôle et gentille : je me sens bien quand tu es là !<br />
– Moi aussi ! On ne se connait pas depuis longtemps mais j’ai l’impression de te connaitre depuis toujours. Tu es… mon amie »<br />
<br />
Joy se posa sur l’épaule d’Emily et enlaça son cou comme le pouvait.<br />
<br />
« Je suis heureuse qu’on ne soit plus fâchée.<br />
– Moi aussi Joy. Mais il faut que je te raconte quelque chose…<br />
– Sapristi… ça a l’air grave !<br />
– C’est à propos de Bianca…<br />
– Roh cette petite peste ! si jamais elle t’a fait du mal je vais…<br />
– Son père la frappe »<br />
<br />
Joy s’arrêta net et plaqua ses mains contre sa bouche, les yeux écarquillés.<br />
<br />
« Mais quelle horreur… » dit la petite fée « Comment un père peut faire ça à son enfant ?<br />
– Je ne sais pas… et je ne sais pas quoi faire. Bianca m’a fait confiance parce qu’elle a cru que moi aussi je me faisais battre. Si je dis quoi que ce soit elle saura que c’est moi. Et si ça se trouve c’est un accident ?<br />
– Non ! non ! ça n’est pas un accident : la violence n’est jamais un accident !<br />
– Tu crois que je dois le dire à un adulte ?<br />
– Oui ! il faut pré… »<br />
<br />
Joy eut soudain une révélation.<br />
<br />
« Orim Zin Seldo Ralastan Braypan…<br />
– Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Emily<br />
– C’est du Féerique… ça veut dire « dans le noir, les monstres aussi pleurent ». C’est le message que m’a donnée le cristal de Vérité ! c’est ça ma quête… non : notre quête ! On doit aider Bianca, c’est comme ça que tout s’arrangera pour toi aussi !<br />
– Alors toi aussi tu penses que c’est à cause de ce qu’elle subit qu’elle est comme ça avec moi ?<br />
– C’est évident !<br />
– Alors tu as raison Joy : on doit agir pour la sauver ! »<br />
<br />
Les deux amies se firent la promesse de tout mettre en œuvre pour aider Bianca.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque la fin des cours sonna, Emily fit signe à Bianca de venir la voir, et cette dernière fit signe a ses amies de l’attendre.<br />
<br />
« Qu’est-ce que tu veux ? » demanda sèchement la jeune fille<br />
– Bianca, je voulais te dire à propos de tout à l’heure…<br />
– Quoi ?<br />
– Il ne faut plus que ça continue ! c’est pas normal ! »<br />
<br />
Bianca regarda alors Emily avec tristesse. Elle posa sa main sur son épaule dans un geste de réconfort.<br />
<br />
« Ecoutes Emily, je sais ce que tu te dis… mais va pas t’attirer d’ennui. Pense déjà à toi.<br />
– Je peux pas te laisser comme ça…<br />
– Tu te doutes que j’ai déjà réfléchit à tout ça. Pour l’instant je sers les dents parce que je n’ai pas le choix, mais un jour je ficherais le camp de cette baraque pourrie et…<br />
– Mais si jamais c’était trop tard ? Bianca, cette trace que tu m’as montrée est terrifiante ! Tu pourrais être gravement blessée… ou même pire ! »<br />
<br />
Emily essayait d’être la plus convaincante possible, mais des années de mauvais traitement avait rendue Bianca fataliste.<br />
<br />
« T’es mignonne grosse tête… et c’est gentil de t’inquiéter pour moi, mais je te demande de garder le silence t’as compris ? »<br />
<br />
Le regarde Bianca était sans appel. Depuis longtemps elle avait appris à accepter son sort, et tout ce qui risquait de briser l’objectif qu’elle s’était donnée la terrifiait sans doute bien plus. Comme la plupart des victimes, une part d’elle n’aspirait qu’a la normalité, fût-elle une simple façade. Elle ne voulait pas devenir « la fille battue » et être définie ainsi par les autres. Et puis malgré tout elle aimait son père…<br />
<br />
« Je te le promets mais à une condition : Si jamais ça recommence vient te réfugier chez moi. Mon père est tout le temps sur la route, alors on sera tranquille. »<br />
<br />
Bianca grimaça, puis se résigna à accepter.<br />
<br />
« Ok grosse tête… t’as ma parole »<br />
<br />
Lorsque Bianca tourna le dos pour partir, Joy passa la tête à travers la chevelure d’Emily pour l’observer s’en aller.<br />
<br />
« Oh la la la… ce qu’elle a l’air triste… » dit la petite fée<br />
– Qu’est ce qu’on va faire Joy. J’ai promis de ne rien dire.<br />
– Tu n’avais pas le choix : il faut qu’elle garde ta confiance. C’est ton amitié qui la sauvera ! »<br />
<br />
La mort dans l’âme, Emily prit le chemin de la maison.<br />
<br />
***<br />
<br />
Afin d’en apprendre un peu plus à Joy sur le monde des humains, Emily lui avait proposé une « soirée télé » sous sa surveillance. La petite fée accepta la proposition avec plaisir, et les deux amies s’installèrent devant la télé du salon, avec tout ce qu’il fallait pour grignoter, et une grande couverture pour se réfugier au chaud dessous.<br />
<br />
La soirée commença sur les chapeaux de roues avec la rediffusion de « Indiana Jones et la dernière croisade ». Captivée, Joy passa par un ouragan d’émotion devant cette histoire d’un brillant archéologue sur les traces de son père et leur lutte commune contre des gens visiblement très méchant appelé « laynazi ».<br />
<br />
Durant la scène de la poursuite en side-car, Joy ne put retenir son excitation :<br />
<br />
« ALLEZ-Y PROFESSEUR JONES ! METTEZ-LEUR UN BON COUP DANS LA FIGURE !<br />
– Calme toi Joy, ce n’est qu’un film » dit Emily pour tempérer son impétueuse amie.<br />
– Sapristi ! c’est un excellent film… OH REGARDE IL FAIT COMME LES CHEVALIERS ! » hurla t’elle tandis qu’Indiana Jones se servait d’une hampe en guise de lance pour terrasser un motard nazi arrivant d’en face.<br />
<br />
Bien entendu, Joy pleura lorsque le Dr Jones sénior fût abattu par le méchant, et hurla de joie lorsque Indiana rapporta l’eau magique du Graal. Elle fit cependant remarquée à Emily que le véritable Graal n’était pas du tout comme ça, mais que ça magie était vraiment puissante.<br />
<br />
Après ce film, les deux amies regardèrent « Dirty Dancing » ce qui fit monter le rouge aux joues de Joy. Cependant, à la fin du film, elle chantait à tût tête « Time of my life » en volant gracieusement dans la pièce.<br />
<br />
Pour finir leur soirée télé, Joy accepta à reculons de regarder un film d’horreur, à la seule condition que Emily laisse la lumière allumée. Cette dernière accepta non sans faire remarquer à sa petite camarade que de toute façon c’était inutile puisque cette dernière brillait dans le noir.<br />
<br />
Et c’est ainsi qu’elles commencèrent le visionnage de « Scream » et son éprouvante scène d’introduction. Terrifiée, Joy s’était réfugiée sur l’épaule d’Emily qui pouvait sentir l’effroi de la petite fée tant elle tremblait.<br />
<br />
« Non non non ! ne décroches pas… » murmura Joy totalement angoissée. « Je suis sûr que c’est un méchant… »<br />
<br />
Mais tandis qu’à l’écran l’héroïne regardait son petit ami être menacé par le tueur, quelqu’un frappa fort plusieurs fois à la porte de la maison, faisant sursauter Emily et hurler Joy de peur.<br />
<br />
La jeune fille lança un regard inquiet à la petite fée : à cette heure-ci, il n’y avait qu’une seule personne susceptible de venir…<br />
<br />
Elle se précipita pour ouvrir et découvrit Bianca, le visage en sang, tremblante et en larme.<br />
<br />
« Oh mon Dieu Bianca qu’est ce qui s’est passé ? » s’inquiéta Emily. « Entre vite, ne reste pas là ! »<br />
<br />
Une fois à l’intérieur, Emily jeta un rapide coup d’œil aux alentours et referma la porte qu’elle verrouilla à double tour.<br />
<br />
Epuisée aussi bien physiquement que mentalement, Bianca s’était effondré sur les marches de l’escalier. Emily s’approcha d’elle et essaya autant que possible de l’ausculter. Elle avait de gros bleus au visage, et l’arcade gauche ouverte ce qui avait provoqué un saignement spectaculaire mais sans réel gravité. Sa mâchoire semblait douloureuse et Emily n’osait imaginer le genre de coup qui pouvait provoquer de telles blessures.<br />
<br />
« Bianca, est ce que ça va ? répond moi… » demanda Emily pour forcer la jeune fille à se concentrer et ainsi parvenir à se calmer.<br />
– T’avais… t’avais raison la grosse tête… j’en peut plus… je… »<br />
<br />
Elle pleura à nouveau et se pencha vers Emily qui la prit dans ses bras.<br />
<br />
« T’en fais pas. Il t’arrivera rien ici » dit la jeune fille d’un air rassurant.<br />
– Je suis désolé de t’imposer ça… je savais pas où aller<br />
– Tu as bien fait, t’as tenue ta promesse. Et moi je tiendrais la mienne. »<br />
<br />
***<br />
<br />
Bianca mis quelques minutes à retrouver son calme, et put expliquer exactement ce qui s’était passé. Son père venait d’essuyer un énième refus pour un travail, et il s’était saouler toute la journée. Lorsque Bianca arriva chez elle, il était dans un état second, comme catatonique. Elle essaya de le relever, mais cela ne fit que le rendre fou de rage. Il frappa sa fille 3 fois au visage sans aucune retenue avant de s’écrouler par terre une fois l’adrénaline retombé. C’est là que Bianca décida de fuir, se rappelant les paroles d’Emily.<br />
<br />
La pauvre jeune fille était désespérée et Emily n’arrivait pas à trouver les mots pour lui redonner espoir. Dans un acte de foi, elle demanda à Joy de bien vouloir se montrer. Lorsqu’elle vit la petite fée voleter dans la pièce en laissant derrière elle une traîné de poussière d’étoiles scintillantes, Bianca crut que les coups la faisaient halluciner, mais l’attitude d’Emily lui confirma que tout cela était bien vrai.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Bianca fit la connaissance de Joy Shinyspark, fée du soleil.<br />
<br />
Cette dernière proposa d’utiliser sa magie pour soigner la blessure que la jeune fille avait à l’œil : elle fit un geste rapide des mains ce qui projeta une pluie scintillante sur la blessure qui aussitôt cicatrisa comme si de rien n’était. Les filles regardèrent dans le grand miroir du salon le résultat, et lancèrent un regard plein d’incrédulité et d’admiration vers Joy qui se contenta de faire un grand sourire et de lever les deux pouces en signe de victoire.<br />
<br />
Emily proposa à Bianca de dormir dans sa chambre, tandis qu’elle resterait sur le canapé du salon avec Joy. Réticente au début, elle finit par accepter, et terrassée par la fatigue et le stress s’endormi aussitôt, rassurée par la chaleur bienveillante qui se dégageait du foyer d’Emily.<br />
<br />
Cette dernière eut alors une discussion avec Joy sur l’attitude à adopter par la suite :<br />
<br />
« Là c’est clair : on ne peut plus rester les bras croisés ! » dit Emily avec conviction<br />
– Je suis d’accord… mais que peut-on faire contre un adulte ? on est pas assez forte !<br />
– Ce n’est pas une question de force… » dit Emily d’un ton sérieux « c’est de la stratégie…<br />
– Tu me fais un peu peur… » dit la fée les mains crispé contre sa bouche<br />
– Notre ennemi ce n’est pas le père d’Emily : Orim Zin Seldo Ralastan Braypan.<br />
– Ton accent est un peu trop prononcé » dit Joy narquoise « Mais tu as raison, le vrai méchant c’est ce qui l’a poussé à devenir violent. Mais là ça devient compliqué ! je ne sais pas comment soigner un alcoolique !<br />
– Moi non plus » dit Emily avec détermination « mais ce n’est pas ce que nous allons faire.<br />
<br />
– Mais alors ? je ne te suis plus là !<br />
– Je vais t’expliquer… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Éclairée simplement par le projecteur LED de sa bicyclette, Emily faisait route vers la maison de Bianca dans le froid glacial de la nuit. Joy installée dans ses cheveux, se demandait si tout cela était bien raisonnable…<br />
<br />
« Crois moi Joy : c’est la seule solution !<br />
– Je sais… mais j’ai peur !<br />
– Moi aussi… mais j’ai plus peur de ce qui pourrait arriver à Bianca si tout ça continue. Il faut qu’on réussisse coûte que coûte ! »<br />
<br />
La détermination sans faille d’Emily trouva écho chez Joy.<br />
<br />
« Tu as raison ! on va réussir ! et tout le monde sera heureux ! »<br />
<br />
Les deux amies arrivèrent à destination, et Joy passa devant pour servir d’éclairage. La maison était du genre typique de celle qu’on trouvait dans la région, avec une toiture en ardoise rouge et des lambris en bois mat. Les volets étaient fermés, et visiblement depuis longtemps au vu des toiles d’araignées qu’il y avait dessus.<br />
<br />
La porte d’entrée était restée entrouverte. Elle fit un son lugubre lorsque Emily la poussa pour entrer, glaçant le sang de Joy qui s’agitait dans tous les sens. Elles arrivèrent directement dans le salon, mais celui-ci était plongé dans le noir comme apparemment tout le reste de la maison.<br />
<br />
« Sapristi… cet endroit me donne la chair de poule… » dit Joy<br />
<br />
Pour se rassurer, la petite commença à fredonner l’air de « Time of my life ».<br />
<br />
« Y’a quelqu’un ? » dit la jeune fille « Monsieur, je suis une amie de Bianca, je dois vous parler… »<br />
<br />
Silence.<br />
<br />
Emily chercha à tâtons un interrupteur et finalement parvint à allumer la lumière. Elle vit alors le père de Bianca effondré sur le sol, les vêtements trempés d’alcool… et une étrange créature assise sur son dos !<br />
<br />
De couleur verte, grande comme la main, la créature avait une sorte de bec crochu et des yeux ronds et jaune. Elle avait aussi une longue queue pointue qui se balançait derrière elle tandis qu’elle dévisageait Joy et Emily.<br />
<br />
La petite fée compris immédiatement à qui elles avaient à faire :<br />
<br />
« Je m’en doutais ! un Trickster !<br />
– Qu’est-ce que c’est ? » demanda Emily<br />
– Cette saleté manipule l’esprit des gens pour les forcer à faire des choses… et après ils se nourrissent de leur tristesse !<br />
– Quelle horreur ! »<br />
<br />
Le Trickster fixa plus particulièrement Joy et esquissa un sourire effrayant :<br />
<br />
« Tiens donc… une fée du soleil ? » dit-il avec complaisance « J’espère pour toi que tu ne viens pas me gâcher la soirée : elle avait tellement bien commencé !<br />
– Tu dis ça à cause de Bianca c’est ça ? Monstre ! tu vas voir si je t’attrape ! » menaça Joy.<br />
– M’attraper ? et comment tu comptes t’y prendre nabot ?<br />
– Emily : on l’encercle ! il ne peut pas voler ça sera facile !<br />
– Effectivement… » dit le Trickster avec décontraction « mais tu oublies que j’ai d’autre tour dans mon sac ! »<br />
<br />
Vif comme un singe, il sauta en arrière et lança du bout de sa main un rayon verdâtre sur le père de Bianca. Celui-ci se mit alors à gémir, puis à se redresser. Il avait le regard vide, sans âme, et bougeait presque comme un zombie.<br />
<br />
« Alors les filles ? qu’est-ce que vous allez faire contre papa ? » demanda le Trickster narquois<br />
– C’est toi qui l’a poussé à devenir aussi méchant ! » dit Joy<br />
– Ce n’est pas tout à fait vrai petite fée : c’est lui qui s’est mis à boire et qui a perdu l’espoir…<br />
– Du coup c’était une proie facile… grrrr ! Sapristi je déteste les gens comme toi ! »<br />
<br />
Joy fonça sur le Trickster et essaya de le frapper au passage. Malheureusement, il était extrêmement vif et évita facilement les assauts pourtant répétés de la petite fée.<br />
<br />
« ah ah ah ! c’est comme ça que tu crois m’avoir ? tu perds ton temps ! »<br />
<br />
Impuissante, Joy dut admettre qu’elle ne parviendrait à rien comme ça. Pendant ce temps, le père de Bianca commença à se diriger vers l’escalier menant à l’étage.<br />
<br />
« Hey hey hey… » jubila le Trickster « qu’est-ce que tu vas faire si jamais je lui donnais assez d’idée noire pour qu’il ait envie… je ne sais pas… DE SAUTER PAR LA FENÊTRE !?<br />
– Oh non ! Emily il faut que tu l’arrêtes ! si jamais il fait ça Bianca se sentira coupable !<br />
– Oui parfaitement ! et je jetterai mon dévolu sur elle ! hi hi hi… tu vois à quel point mon plan est parfait ?<br />
– C’est horrible ! »<br />
<br />
Emily s’interposa et barra le chemin de l’escalier.<br />
<br />
« S’il vous plait ! ne faites pas ça ! vous devez résister !<br />
– Je… je peux pas… c’est trop dur… » dit-il « J’ai fait trop de mal à Bianca… je suis un monstre…<br />
– Non ! c’est lui le monstre, il faut lui résister ! »<br />
<br />
Joy continuait inlassablement de pourchasser le Trickster dans la maison pour faire cesser l’emprise mentale qu’il exerçait.<br />
<br />
« Je t’aurais ! Je le jure au nom de Titania tu m’entends ! je t’aurais ! »<br />
<br />
De son côté, Emily s’accrochait au père de Bianca de toute ses forces pour l’empêcher de monter les marches.<br />
<br />
« Par pitié arrêtez-vous ! Résistez !<br />
– Je n’ai plus la force…<br />
– Si vous l’avez ! vous êtes un papa, et les papas ont toujours assez d’amour pour être fort pour leurs enfants ! »<br />
<br />
A ces mots, le visage du Trickster fût frappé d’effroi. Il se précipita dans le salon et se jeta sur Emily.<br />
<br />
« Tu vas te taire espèce de petite peste ! » hurla-t-il.<br />
<br />
Mais alors qu’il allait frapper Emily, un filet de poussière d’étoile lui agrippa la jambe et l’empêcha d’aller au bout de son geste.<br />
<br />
« Qu’est-ce que… ? » dit-il avant de réaliser que Joy le retenait via une sorte de corde constitué de poussière d’étoile.<br />
– Alors qui est la plus maline ? depuis tout à l’heure que je vole partout dans la pièce j’ai mis de la poussière d’étoile partout : je peux t’attraper quand je veux maintenant ! »<br />
<br />
Associant le geste à la parole, Joy claqua des doigts se qui fit apparaître un filet en poussière d’étoile qui tomba sur le Trickster. Ce dernier trépigna en hurlant, mordant et griffant, mais aucun de ses efforts ne fut capable de briser le lien magique qu’avait formé la petite fée.<br />
<br />
Cependant, la victoire n’était pas encore acquise : le père de Bianca avait réussi à faire lâcher prise à Emily et reprenait sa funeste ascension. Il arriva au bout de l’escalier et s’avança vers la fenêtre la plus proche.<br />
<br />
Emily se précipita sur lui et l’agrippa de nouveau pour le retenir. Mais c’était peine perdue…<br />
<br />
Joy ne savait plus quoi faire. Elle devait trouver un moyen de briser le charme du Trickster, mais comment ?<br />
<br />
« Joy ! Au secours ! il a ouvert la fenêtre ! il va sauter ! »<br />
<br />
La petite fée eut soudain une révélation : le long de l’escalier, il y’avait des photos accrochées dans des petits cadres ronds. L’une de ses photos représentait Bianca avec ses parents, sans doute un soir de noël à en juger par le décor. Elle comprit alors quelle était la seule force qui pouvait le sauver.<br />
<br />
A toute vitesse, elle vola jusqu’à l’étage et lança une puissante rafale scintillante sur le père de Bianca. Elle put ainsi chercher dans sa mémoire le souvenir de ce moment, et le faire remonter dans son esprit.<br />
<br />
« Souvenez-vous de ce moment ! souvenez-vous de l’amour que vous avez pour votre famille ! » dit Joy.<br />
<br />
Le Trickster avait compris que la partie était terminé : le sentiment d’amour brisa le lien de domination qu’il avait établi, et le priva de tout pouvoir ce qui le fit rapetisser à la taille d’un insecte. Il en profita pour fuir en gémissant…<br />
<br />
« Je me vengerai petite fée… je me vengerai ! »<br />
<br />
A l’étage, le père de Bianca retrouva enfin ses esprits. Effrayé par ce qu’il était sur le point de faire, il recula du rebord de la fenêtre et réalisa seulement la présence d’Emily.<br />
<br />
« Que… qu’est-ce que… je t’ai déjà vu non ? tu vas à la même école que ma fille c’est ça ?<br />
– Oui : je m’appelle Emily, et Bianca et mon amie… et je sais ce que vous lui avez fait. Ce n’était pas totalement votre faute, mais vous faites du mal à Bianca… vous devez vous faire aider »<br />
<br />
Le père de Bianca avait le regard plein de culpabilité. C’était comme s’il sortait d’un long cauchemar et qu’il réalisait véritablement ce qu’il avait fait.<br />
<br />
« Tu as raison petite… je ne peux plus faire de mal à ma Bianca comme ça… j’ai pas été assez fort pour elle. A la mort de sa mère j’ai sombré et je me suis toujours voilé la face…<br />
– Alors il faut arrêter justement ! Vous devez faire ce qui est le mieux pour vous ET pour elle. En tout cas vous devez vous faire aider. »<br />
<br />
Une pointe d’espoir apparut sur son visage.<br />
<br />
« D’accord… je te promets que je vais me faire soigner… mais est ce que je peux te demander une faveur ?<br />
– Euh… d’accord.<br />
– T’as l’air d’être une fille sacrément courageuse pour avoir osé venir ici, et une bonne amie, du genre qui en a dans la tête… alors… est-ce que tu voudrais bien aider Bianca à ma place quand je ne pourrais pas être là pour elle ?<br />
– Bien sûr Monsieur. C’est promis je serai à ses côtés pour la soutenir. »<br />
<br />
Et c’est ainsi que Joy et Emily réussirent à porter un coup décisif à la tristesse qui s’était emparé de cette famille.<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
Cela faisait quelques mois déjà que le père de Bianca avait demandé une aide pour son alcoolisme. Il avait été interné dans un centre de désintoxication, et avait encore du chemin à parcourir. De son côté Bianca avait été placée dans une famille d’accueil ou elle réapprenait à vivre tout simplement.<br />
<br />
Elle devint la meilleure amie d’Emily, et chacune pouvait compter sur l’autre dans les coups durs. Elles se voyaient quasiment tout le temps après les cours, et forgeaient ainsi une amitié qu’elles gardèrent même lorsqu’elles devinrent adultes.<br />
<br />
Joy n’avait pas de mot pour décrire sa joie et sa fierté d’avoir réussi à rendre les deux jeunes filles heureuses. Elle comprit alors pourquoi le cristal de Vérité avait confiance en elle et en son courage. Cette épreuve l’avait rendue plus forte… mais elle n’en restait pas moins une petite fée espiègle !<br />
<br />
« Alors les filles ? » demanda Joy a ses deux amies humaines « On regarde un film ce soir ? Mais pas un qui fait peur ! Oh non je sais : on a qu’à faire des gâteaux ! Ou alors on peut se raconter des secrets ? »<br />
<br />
Bianca regarda Emily d’un air complice et répondit :<br />
<br />
« Et pourquoi on ne ferait pas tout ça en même temps ? »<br />
<br />
La petite fée scintilla de joie et se mit à virevolter partout dans la pièce, laissant derrière elle une traîné de poussière d’étoile…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**A touch of Joy**

« Non mais attendez : vous êtes sérieux !? »

Les yeux rivés sur le cristal de Vérité, Joy avait du mal à croire ce que ce dernier lui annonçait. Pourtant, les anciens du grand conseil des fées ne lui laissèrent aucun doute. Parlant tous ensemble d’une seule voix, ils répondirent sans hésiter :

« Le cristal t’as désigné Joy : c’est toi qui devra accomplir cette mission.
– Mais je… je suis qu’une fée débutante ! c’est à peine si je vole correctement !
– Tout cela nous le savons Joy. Mais le cristal a vu en toi la fée idéal pour aider cette jeune fille, alors il en sera ainsi… »

Voyant la mine déconfite de la petite fée, le conseil lui adressa quelques paroles d’encouragement :

« Ton manque d’expérience est une faiblesse, mais c’est aussi une force : tu agiras avec ton cœur, et c’est le plus important…
– Vous êtes marrant ! et si je me trompe, c’est cette jeune fille qui va en pâtir !
– Alors ne te trompes pas…
– Arf… vous en avez de bonnes… Bon très bien : je ferai de mon mieux ! »

Joy n’avait pas beaucoup confiance en ses chances de succès, mais elle se motiva comme elle pouvait pour rester souriante comme toute bonne fée qui se respecte. Pourtant lorsqu’elle quitta le grand conseil, elle ne put s’empêcher de soupirer devant l’ampleur de la tâche.

Elle virevolta à toute vitesse jusqu’à l’Arbre à rêve, et attendit son tour en faisant la queue tandis que Shrodon le golem de pierre orientait les fées en partance pour une mission. Chaque petite fée se présentait devant lui et lui chuchotait les mots magiques que le cristal de Vérité leur avait donnée. Ce message activait le lien entre le monde des rêves et celui des humains, permettant aux fées d’entrer en action.

C’était la première fois que Joy devait parler à Shrodon, et l’immense golem la terrifiait. Son corps, étrangement façonné, avait des allures simiesques qui lui donnaient un air pataud. Le long de ses bras étaient parcouru de dessins magiques qui ressemblaient à un feuillage et qui étaient animé d’un léger mouvement lorsque Shrodon bougeait. Mais ce qui faisait le plus peur à la petite fée, c’était sa bouche d’où sortaient deux crocs de pierre qui lui remontaient jusqu’au-dessus des yeux en formant une oblique indispensable pour ne pas lui cacher la vue.

« Suivante ! » dit Shrodon de sa voix caillouteuse

Joy réalisa que c’était elle la suivante. Elle s’envola très vite, mais hésita à s’approcher du golem. Ce dernier la fixa avec ses grands yeux (qui étaient en fait deux émeraudes ovales) et pencha la tête comme s’il réfléchissait :

« Je ne te connais pas » dit Shrodon « Qui es-tu petite fée ?
– Je… je m’appelle Joy ! et je suis une fée du soleil en mission dans le monde des humains
– Oh… As-tu parlé au cristal de Vérité ?
– Euh oui ! c’est lui qui m’envoie
– Et que t’as-t-il dit pour moi ?
– Euh… »

Joy réalisa avec horreur qu’elle avait oublié les mots magiques

« Ah bon sang je l’avais sur le bout de la langue…
– Sans les mots magiques je ne peux pas te laisser accéder à l’arbre à rêve petite Joy…
– Oh sapristi ! voilà que je vais échouer ma mission avant même de l’avoir commencée !
– Reste calme » dit Shrodon d’un air se voulant apaisant « ferme les yeux et rappelle-toi de la vision du cristal… »

La petite fée s’exécuta. Elle prit une grande respiration, et laissa ses souvenirs remonter. Elle revit alors l’image qui se reflétait dans le cristal et entendit à nouveau la voix de ce dernier résonner dans sa tête. Joy ouvrit soudainement les yeux et s’écria :

« Orim Zin Seldo Ralastan Braypan ! »

Les yeux de Shrodon se mirent à briller.

« Très bien petite Joy, je vais pouvoir te laisser passer. Mais la prochaine fois viens me dire le message à l’oreille… ]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 11 Jun 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-06-11T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 43 : MAX PUISSANT ! #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep43/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**MAX PUISSANT**<br />
<br />
Dans les temps anciens en Grèce, alors que la civilisation prenait son essor, les dieux étaient encore présents dans la vie des hommes et les héros affrontaient des monstres terribles au péril de leur vie. Mais de tous ces héros, le plus formidable, le plus extraordinaire, n’était pas forcément le plus célèbre. Car si nous connaissons tous Héraclès, Thésée et Ulysse, ils n’étaient rien en comparaison de l’incroyable…<br />
<br />
MAX PUISSANT !<br />
<br />
Née de l’union de l’élégance et de la surpuissance, MAX PUISSANT était si formidable que son nom ne pouvait s’écrire qu’en majuscule, chaque lettre étant plus importante que la précédente. Alors que tous les grecs de l’époque étaient en petite jupette de toile, MAX PUISSANT lui portait un perfecto noir, un jean 501 et des Ray Ban aviator. Et à tous ceux qui lui disait « mais enfin MAX PUISSANT ! c’est totalement anachronique ce genre de vêtement ! » il répondait « Hey ! reste cool bébé… » avant de tourner les talons avec flegme et sobriété.<br />
<br />
MAX PUISSANT n’avait pas pour habitude de frimer comme les autres héros. Tuer des monstres n’était pas son passetemps favori, et séduire les jeunes vierges l’avait lassé depuis bien longtemps. Il passait la plupart de ses journées à boire de l’ouzo sur les marches de l’Acropole, conscient qu’il n’était pas à sa place dans un monde pareil. Parfois, il tenait compagnie à Socrate, un philosophe bien connu amateur de salade de feuille de vigne et de question rhétorique. En effet, ce dernier était comme lui : trop en avance sur son temps…<br />
<br />
« Hey MAX PUISSANT !  » dit le philosophe tout en réajustant sa toge « Comment va la vie ?<br />
– Bah écoutes comme tu le vois c’est la même que tous les jours : ouzo et déprime !<br />
– Ah voilà qui est terrible mon ami… c’est triste qu’un héros comme toi soit ainsi dépourvu de destin glorieux à accomplir.<br />
– Je sais… » dit MAX PUISSANT en avalant une gorgé d’ouzo « Mais et toi mon sage ami : qu’est ce qui t’amène dans le coin ? tu ne donnais pas des cours de… tu sais ce truc là où tu poses pleins de question sans raison ?<br />
– De Maïeutique.<br />
– Ouais voilà ! Mais dis donc Soso, entre nous : c’est vraiment un nom à coucher dehors ! ça ne se vendra jamais ton truc !<br />
– Oh ne t’en fais pas mon vaillant ami, je ne compte pas toucher une drachme pour ça. Mes ambitions sont plus… pure !<br />
– Pff… tu vois ! même toi tu as des rêves. Moi je n’ai que ma surpuissance ! »<br />
<br />
Il convient en effet d’expliquer certaines choses. La plupart des héros sont vaillant, puissant, ou intelligent. Mais MAX PUISSANT lui était au-delà de tout cela. Il était en effet si extraordinaire, si fantastiquement héroïque, que la réalité elle-même n’osait pas aller à son encontre. C’est ainsi qu’il put mettre ko un orage d’un bon coup de poing, et briser un traité de paix d’un coup de genou. Sauf que voilà, MAX PUISSANT s’ennuyait beaucoup, n’arrivant plus à ressentir le frisson de l’aventure et le plaisir de la réussite.<br />
<br />
« Crois moi MAX PUISSANT : tous les héros trouvent un jour leur destin ! le tiens est forcément là, quelque part ! »<br />
<br />
Le génial héros regarda autour de lui et ne vit que des mendiants aviné et sale et train de dormir par terre. Socrate le regarda alors et se reprit :<br />
<br />
« Oui bon pas forcement là ICI, mais pas loin quoi !<br />
– Mouais… pff de toute façon qu’importe : tant que j’ai de l’ouzo… »<br />
<br />
Et disant cela MAX PUISSANT remarqua avec effroi que sa bouteille était vide. Il lança un regard plein de désarroi à Socrate, mais ce dernier ne put le voir à cause des verres très opaque des Ray Ban dont le filtre anti reflet assurait une parfaite occultation.<br />
<br />
« Je suis en plein désarroi Soso ! » dit MAX PUISSANT à son ami philosophe afin de combler à la déficience de sa communication non verbale « Si je n’ai plus d’ouzo, c’est la fin des haricots ! »<br />
<br />
Socrate tapota l’épaule viril de MAX PUISSANT et l’encouragea comme seul savent le faire les personnages secondaires amis des héros :<br />
<br />
« Tu sais MAX PUISSANT… peut-être que ceci est le signe que tu dois te lever, quitter l’acropole et partir à l’aventure ? ou bien c’est peut-être une façon qu’on les dieux de te faire comprendre que tu dois quitter l’acropole et partir à l’aventure ? qui sait, peut-être qu’un facétieux baladin raconte ton aventure et évoque le fait que tu dois quitter l’acropole et partir à l’aventure ?<br />
– Ou alors c’est juste que après avoir planté le décor le narrateur doit me faire partir à l’aventure après moult hésitation comme dans toute bonne aventure qui se respecte ?<br />
– Ah ah ah ! Tu es vraiment si drôle MAX PUISSANT ! ah ah ah… un narrateur !  »<br />
<br />
Je t’emmerde Socrate !<br />
<br />
Notre héros était maintenant convaincu, et c’est plein d’espoir qu’il quitta la cité avec pour simple bagage une amphore sac à dos qu’il bourra de feta et de moussaka en cas de petite fringale.<br />
<br />
***<br />
<br />
MAX PUISSANT était heureux d’avoir retrouvé l’aventure, mais il était inquiet de savoir où ses pas allaient le mener. En effet, s’il passait son temps à marcher au lieu de boire de l’ouzo sans que cela ne change son destin, ce n’était pas une opération très rentable.<br />
<br />
Mais les dieux veillaient sur lui, et tout particulièrement Athéna, la déesse de la guerre, de la sagesse et de l’huile d’olive.<br />
<br />
Prenant la forme d’une vieille dame, la déesse croisa le chemin du héros et testa sa détermination. Elle fit mine de tomber, renversant un panier plein d’or et de richesse a ses pieds et observa la réaction de MAX PUISSANT. Ce dernier, commença à ramasser l’or et les bijoux puis les replaça dans le panier qu’il tendit à Athéna.<br />
<br />
« Attention madame  » dit-il amicalement « Les routes ne sont pas sûres de nos jours : il parait qu’il y’a des inspecteurs du fisc qui rodent par ici !<br />
– Ah ah : brave héros ! tu as réussi ton épreuve ! Car en réalité je suis… »<br />
<br />
Athéna claqua des doigts ce qui la transforma… en hibou.<br />
<br />
« Ah non merde ! je me suis trompée ! »<br />
<br />
Elle refit un geste magique et dans un torrent d’étoiles scintillante, elle devint une belle jeune femme portant une robe blanche immaculée, sa chevelure violette flottant au vent…<br />
<br />
Violette ?<br />
<br />
« Euh dites donc ? » demanda MAX PUISSANT avec l’assurance des vrais héros « Vous ne seriez pas Athéna par hasard ?<br />
– Oh tu as l’œil héros… oui je suis ATHENA !<br />
– Mouais c’est cool euh… en fait je voulais juste attirer votre attention sur le fait que l’auteur, pourtant fin connaisseur en matière de culture hellénique, à rien trouver de mieux que de vous représenter sous les traits d’un personnage d’animation japonaise…<br />
– Question de budget » coupa la déesse « c’est plus facile de faire référence à un dessin animée.<br />
– On va pas se faire tout l’épisode comme ça j’espère ?<br />
– Malheureusement y’a des chances…<br />
– Oh purée… Bon je suppose que vous êtes l’élément perturbateur qui va me lancer sur une piste d’aventure quelconque ?<br />
– Bravo MAX PUISSANT : tu es vraiment aussi perspicace qu’on le dit !<br />
– Bah je surtout lu le script…<br />
– Bon bon bon ! tu vas devoir accomplir une quête héroïque, une quête dangereuse qui te poussera aux limites de ton âme et…<br />
– Je dois tuer qui ?<br />
– hein ?<br />
– Je dois tuer qui ? Faites pas celle qui sait pas : une aventure héroïque grec typique c’est : un héros aux origines pas banales et qui fait des trucs pas ordinaires : ça c’est moi, une divinité qui le coach : bon bah ça c’est vous, et enfin une créature à dézinguer et éventuellement une saloperie magique à rapporter. J’ai bon ? »<br />
<br />
Athéna était ravi de voir qu’elle ne s’était pas trompé en sélectionnant MAX PUISSANT comme héros. Il faut dire que depuis le temps qu’elle était dans le métier, elle avait un flair particulier pour trouver des héros dignes de ce nom… et assez de talent pour faire oublier tous ceux qui avaient lamentablement échoué comme Syphlos, le spartiate transformiste qui termina sa carrière dans un cabaret romain.<br />
<br />
« Ta mission est de vaincre les leaders de Daesh au proche orient et…<br />
– Quoi ? mais c’est n’importe quoi ! c’est même pas la bonne époque ! en plus vous trouvez pas que c’est un peu limite de rigoler de ça ?<br />
– Mais euh… c’était juste pour…<br />
– Pour quoi ? pour stigmatiser des gens via de la caricature, histoire d’en ajouter un peu plus ? vous croyez pas qu’ils en prennent déjà assez dans les dents sans que je m’y mette ?<br />
– Oui bon ça va ! ça va ! on va te trouver une autre mission ! » dit Athéna en cherchant dans son journal de quête « Bon j’ai un truc là mais… c’est vraiment une mission compliquée.<br />
– Bah envoyez.<br />
– Non mais je veux dire… c’est VRAIMENT compliqué même pour un héros de ta trempe.<br />
– Mais c’est quoi ?<br />
– J’hésite à te le dire…<br />
– Oh la relou… » soupira MAX PUISSANT « Dites donc j’espère que c’est pas encore une péripétie qui se veut amusante mais qui en réalité n’est qu’un stratagème pour gagner du temps et rallonger artificiellement la durée du récit hein ?<br />
– Noooooooon ! alors là pas du tout !<br />
– Vraiment ? parce que moi je le vois venir gros comme une maison le coup de la discutions ridicule qui n’en finit pas et qui brise le 4eme mur.<br />
– Un mur ? mais où ça voyons ? ahahah ! que vous êtes facétieux MAX PUISSANT !<br />
– Ah mais en fait vous me prenez vraiment pour un jambon ?<br />
– Mais noooooooon !<br />
– Si, si là c’est évident, vous m’en rajouter des tartines juste parce que vous savez plus quoi faire et que ça fait rire tout le monde un héros qui a conscience des procédés narratifs. Bah si c’est comme ça, moi je me casse me faire voir chez les macédoniens »<br />
<br />
MAX PUISSANT ramassa son sac amphore et reprit le chemin a grande enjambé. Derrière lui, Athéna tentait de le rattraper, mais avait quelques petits soucis techniques avec sa robe dont les pans bien trop grands ne l’aidaient pas à progresser aussi vite qu’elle l’aurait voulu…<br />
<br />
« ATTENDS ! TU NE PEUX PAS… AAAAAH ! »<br />
<br />
Ce qui devait arriver arriva : Athéna se prit les pieds dans sa robe et tomba tête la première par terre. Lorsqu’elle redressa la tête, MAX PUISSANT put voir que des petits graviers s’étaient planté dans sa joue, écorchant sa peau de miel.<br />
<br />
« Gnaaaaa ! ça fait maaaaaaal ! » gémit la déesse « Quand je pense que moi je faisais tout ça pour t’aideeeeeeeer ! »<br />
<br />
Le cœur généreux de MAX PUISSANT ne put rester insensible aux grands yeux de la pauvre Athéna, ni devant ses formes rebondies. Il aida la déesse à se relever et lui proposa de lui faire un bisous-qui-guérit sur la joue ce qu’elle accepta timidement. Il faut dire qu’Athéna n’avait pas beaucoup d’expérience avec les hommes, et que c’était en réalité la raison pour laquelle elle suivait les héros dans leurs aventures.<br />
<br />
Oui : Athéna était une groupie !<br />
<br />
« Merci MAX PUISSANT. Ce bisou à complétement soulager ma joue…<br />
– Ouais ouais… bon aller donnez-la moi cette quête qu’on en finisse et qu’on puisse passer à un autre chapitre.<br />
– Oui très bien ! »<br />
<br />
Athéna tira de son imposant décolleter un médaillon qu’elle donna à MAX PUISSANT.<br />
<br />
« Ceci est un éclat de soleil : il te guidera vers le royaume d’Apollon à qui tu dois le remettre…<br />
– Et ça serait pas hyper plus rapide via… je sais pas… Hermès ?<br />
– Qui ? » demanda Athéna faussement innocente<br />
– Hermès ! le messager des dieux ! mais bordel il sert à quoi alors ce mec si pour ce genre de mission vous passez par des héros ?<br />
– En fait le truc c’est que côté tarif ce petit rascal a décidé de faire flamber les prix, et moi côté offrandes en ce moment c’est plus côte de mouton que monnaie sonnante et trébuchante…<br />
– Ah ouais, donc en fait les humains ça vous sert de prestataire discount ?<br />
– C’est à peu près ça ! »<br />
<br />
MAX PUISSANT soupira tout en réajustant ses lunettes…<br />
<br />
« Pour trouver le temple souverain d’Apollon, tu devras suivre la route de lumière que le médaillon allumera devant toi…<br />
– Une route de lumière ? c’est quoi cette connerie ?<br />
– Oh mais flûte alors ! tu vas arrêter de me couper la parole par Zeus ? Je suis Athéna quand même !<br />
– Ouais ouais…<br />
– Tu ne devras jamais quitter cette route quelle que soit la raison. C’est compris ?<br />
– Oui…<br />
– T’es sûr hein ?<br />
– Mais oui c’est bon !<br />
– Tu sais y’a pas de honte à demander des précisions hein ?<br />
– Mais je sais ! j’ai compris : je quitte pas la route et c’est tout !<br />
– Je dis ça pour toi tu sais…<br />
– C’est gentil mais faudrait enchaîner là…<br />
– Tu fais le malin, mais regarde Ulysse : il a voulu faire le bonhomme et pas demander son chemin, résultat paf ! 10 ans pour rentrer à Ithaque, alors que c’est même pas à 300 bornes…<br />
– …<br />
– Tu dis rien ?<br />
– …<br />
– T’es fâché hein ?<br />
– …<br />
– C’est pas la peine de faire cette tête-là tu sais. Pff… rah les mecs je te jure, bonjour la gratitude…<br />
– …<br />
– Bon tiens le médaillon, tu le files à Apollon, bonjour bonsoir et t’es un héros. »<br />
<br />
MAX PUISSANT poussa un énorme « ouf » de soulagement tout en attrapant la breloque tendue par Athéna. Aussitôt autour de son cou, le bijou émit un scintillement qui se répandit sur la route qui se mit à briller d’un éclat doré.<br />
<br />
« Ah merde ! c’est pas vrai vous allez pas me faire ce coup-là ! » demanda le héros<br />
– Mais quoi encore ?<br />
– Ça là : c’est une route d’or ?<br />
– Oui si on veut… c’est plutôt un parcours luminescent qui permet de bien s’orienter…<br />
– Nan nan nan ! c’est une putain de route d’or ! et si on était dans un pays civilisé ça serait pas du gravier mais des briques par terre : des briques d’or !<br />
– J’ai beau faire de gros effort pour te suivre MAX PUISSANT je suis TO-TAL-MENT larguée…<br />
– Vous me faites un remake du magicien d’…. »<br />
<br />
Athéna lui posa la main sur la bouche pour l’empêcher de parler et se mit à fredonner « Leeees chevaliers du zodiaaaaaqeuuu ! s’en vont toujours à l’attaaaaqeuuueu… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après avoir signer une clause de non divulgation de l’intrigue par anticipation, MAX PUISSANT reprit sa quête, arpentant le chemin de lumière en direction de la demeure d’Apollon. Mais au détour d’un bosquet, le chemin de lumière traversa un court d’eau dont les clapotis aurait fait le bonheur des fans de relaxation ASMR.<br />
<br />
« Ah bordel ! » dit MAX PUISSANT d’un ton virulent comme seul les héros savent le faire « Y’a pas moyen que je passe par là : ça va tout délaver mon jean ! »<br />
<br />
Attiré par les vociférations du héros, une nymphette remonta des profondeurs du cours d’eau et salua MAX PUISSANT.<br />
<br />
« Hey beau gosse… » dit-elle de sa voix ensorcelante « Tu cherches un passage ? »<br />
<br />
La perspicacité exceptionnelle de MAX PUISSANT ainsi que les nombreux clins d’œil pas discrets du tout de la nymphette lui firent comprendre qu’il y’avait là un double discours pas très chaste…<br />
<br />
« Dites donc mademoiselle, vous ne devriez pas porter un petit quelque chose ? non parce que vos cheveux longs et mouillés qui tombent stratégiquement sur votre opulente poitrine c’est cool, ça nous permet de rester tout public, mais globalement ça me met plutôt mal à l’aise…<br />
– Oh oh… un héros timide qui craint les femmes ? comme c’est mignon hihihihi<br />
– Non mais elle va se calmer la sardine ! Je ne crains AUCUN homme okey ? ce qui inclus toutes les femmes !<br />
– Hihihihi ! c’est tellement macho : vous êtes vraiment un héros vous ! »<br />
<br />
La nymphette sortie de l’eau et fit apparaître magiquement une toge pour cacher sa nudité.<br />
<br />
« Ah bah voilà ! » dit MAX PUISSANT « là on va pouvoir causer !<br />
– Vous voulez passer le cours d’eau n’est-ce pas ?<br />
– Oui, et au sec si possible.<br />
– Et bien dans ce cas… on pourrait s’arranger ?<br />
– Oula je vous voir venir : vous savez, vous êtes mignonne et tout, mais on se connait pas et j’ai pas trop envie de…<br />
– Hihihihi mais non voyons ! en fait je voudrais savoir si vous pouviez amener mon petit frère avec vous ?<br />
– Euh… sans doute. Mais pourquoi ?<br />
– Vous avez l’éclat de Soleil, je sais que vous allez chez Apollon. Lui seul pourra aider mon frère : c’est le plus grand médecin qui soit.<br />
– C’est surtout le Dieu de la médecine donc il a intérêt à s’y connaitre un poil ouais… bon je veux bien vous aider mais il souffre de quoi votre frère ? »<br />
<br />
La nymphette regarda MAX PUISSANT d’un air gêné…<br />
<br />
« En fait… hihihihihi… vous allez voir c’est très bête… Priape ! Priape ? viens voir le monsieur ! »<br />
<br />
Un homme en jupette sorti de l’eau. Il était petit, trapu, avait une barbe hirsute et mal peignée, mais surtout, il avait un gigantesque pénis en érection qu’il tenait comme un bâton de marche.<br />
<br />
« Whaouuu ! » hurla MAX PUISSANT pas forcément ravi de se retrouver avec un machin pareil sous le nez « Mais c’est quoi cette horreur !?<br />
– Oh ne dites pas ça : c’est Priape mon frère… le souci vous voyez c’est qu’à force de vivre au milieu des nymphes, vu qu’on a des mœurs assez libérées toussa… et bien il finit par se retrouver avec un gourdin permanent qui le fait beaucoup souffrir…<br />
– …<br />
– Vous êtes choqué ?<br />
– Un peu quand même.<br />
– On s’y habitue vous savez. Il suffit de ne pas le regarder dans les yeux.<br />
– Qui ? votre frère ou son machin ?<br />
– Les deux. C’est très dur pour Priape vous savez… hihihihihi ! Très dur ! hahahaha !<br />
– Rah non mais sérieux je peux pas me balader avec ça quand même ! j’suis un héros ! j’ai une réputation ! j’aurais l’air de quoi si on raconte partout que je suis suivi par un type qui a le sifflet à l’air ?<br />
– Oh mais ne vous inquiétez pas ! Priape à un déguisement pour se promener tranquillement… Va s’y Pripri : met le costume et fait voir au monsieur ! »<br />
<br />
Priape s’exécuta et enfila un costume trop grand qui le faisait ressembler à un épouvantail. MAX PUISSANT observa le résultat et haussa les épaules :<br />
<br />
« Ouais en fait j’aurais dû m’y attendre à un twist dans ce genre. Bon aller Pripri on y va.<br />
– Merci beaucoup MAX PUISSANT, c’est sympa de vous en occuper.<br />
– Ouais ouais c’est ça… il mange quoi au fait ?<br />
– Des cailloux et du lichen principalement.<br />
– Mais bordel moi j’ai que de la feta et de la moussaka<br />
– Rassurez-vous, les cailloux en Grèce antique c’est pas ça qui manque sur le bord des routes. Aller : je vais vous faire passer ! »<br />
<br />
La nymphette replongea dans l’eau qui soudainement s’écarta pour laisser le passage à MAX PUISSANT suivi de Priape.<br />
<br />
« Bordel  » se dit le héros « si c’est comme ça tout du long je vais vraiment péter un câble ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs heures de marche, Priape c’était avéré un agréable compagnon de voyage, même s’il avait tendance à fortement baver à la vue de jeunes filles. Comme il parlait peut, et essentiellement par grognement, MAX PUISSANT n’eut pas à faire la conversation, ce qui était à ses yeux un gain non négligeable quand la personne à qui vous parlez trimbale une poutre dans son slip.<br />
<br />
La nuit commençait à tomber, laissant paraitre un ciel constellé d’étoile, chacune représentant un symbole ou une créature fantastique : la Balance, le Cygne, Pégase, La Croix du Sud…<br />
<br />
La Croix du Sud ?<br />
<br />
« Bordel Pripri je crois qu’il y’a un problème ! » dit MAX PUISSANT a son vicieux camarade « La Croix du Sud ne devrait pas être visible : on est pas du tout où il faut ! »<br />
<br />
Priape haussa les épaules l’air de dire « écoutes vieux, on se connait depuis peu mais j’ai foi en toi : ton avis semble sûr, et tu es clairement le plus brillant de nous deux, donc on fait comme tu le veux ». Evidemment ce genre de haussement très explicite n’était pas à la portée du premier venu, il fallait être d’autant plus doué pour le comprendre (ce que MAX PUISSANT était bien évidement).<br />
<br />
Notre héros était perplexe, il n’avait pas dévié de la route de lumière, même pas pour faire un arrêt pipi. Il attrapa le médaillon et le tapota du bout du doigts<br />
<br />
« Si ça se trouve cette cruchasse d’Athéna m’a refilé un bibelot pété !<br />
– Oh ça non ! » dit une voix aux accents métallique émanant de l’obscurité « Mais de toute façon c’est trop tard pour toi : LE MEDAILLON EST A MOI ! »<br />
<br />
Surgit alors de nulle part un gigantesque colosse de bronze de près de 12 mètres qui tenta d’écraser MAX PUISSANT de sa semelle. Ce dernier poussa Priape sur le côté pour le mettre à l’abri puis donna un vigoureux coup de poing dans le pied du monstre. La surpuissance de MAX PUISSANT était telle que la créature bascula en arrière sous le choc, et tomba lourdement sur le dos.<br />
<br />
Notre héros et son vicieux camarade approchèrent de la créature tandis qu’elle trépignait sur le sol.<br />
<br />
« AU SECOURS ! » hurlait le colosse « J’arrive plus à me relever !<br />
<br />
– Voyez-vous ça ! » ironisa MAX PUISSANT « pire qu’une tortue de mer ce géant : t’as vu ça Pripri ? »<br />
<br />
L’intéressé s’était jeté contre le colosse et le frappait aussi fort qu’il le pouvait avec sa verge éléphantesque.<br />
<br />
« AH ! C’EST DEGUEULASSE ! » hurla le colosse « ENLEVEZ MOI CA ! PAR PITIÉ !<br />
– Bon Pripri, le monsieur à raison, on en à déjà parler et ton machin c’est pas fait pour taper les gens avec… Quant à toi le colosse : pourquoi t’as essayé de m’occire ?<br />
– Je… je voulais le médaillon !<br />
– Et pourquoi ça ?<br />
– Et bien… les gens n’arrêtent pas de me dire que je ne suis pas une lumière ! alors avec ça j’aurai pu leur prouver le contraire !<br />
– Avec de truc qui fait briller les routes ?<br />
– Bah oui : c’est de la lumière non ?<br />
– Okey je vois… bon je confirme hein t’es pas une lumière ! »<br />
<br />
Le colosse resta silencieux, le regard vers les étoiles.<br />
<br />
« Vous savez… nous autres les colosses de bronze on était respecté à l’époque. Notre surpuissance nous valait l’admiration et la crainte des hommes… et puis les héros sont arrivés. Ils nous ont dérouillé nos races pour prendre nos trésors, et l’Histoire n’a gardé de nous que le souvenir de méchante créatures stupide et bête…<br />
– C’est des synonymes…<br />
– Vous voyez ! même dans un moment d’émotion je reste idiot !<br />
– Et ben… peut-être que… »<br />
<br />
MAX PUISSANT hésitait… Il faut dire que c’était vraiment très téléphoné.<br />
<br />
« T’as qu’à venir avec nous voir Apollon : il pourra sûrement faire quelque chose pour toi ? »<br />
<br />
Le colosse tressauta de joie :<br />
<br />
« Oh oui ! merci à toi héros ! Je te serai à jamais…<br />
– Oui oui je sais, t’es content, je suis génial, blablabla, mais avec tout ça on avance pas alors lève tes miches et on y va.<br />
– Vous comptez voyager de nuit ?<br />
– On s’en fou qu’il fasse nuit : c’est une route de lumière !<br />
– Oui bien sûr mais… des études récentes ont démontré que le sommeil était important pour l’organisme et…<br />
– T’es énorme et t’es en bronze ! tu vas pas me faire croire que si t’as pas tes huit heures de sommeil tu deviens ronchon ?<br />
– Non non non pas du tout, je pensais plus à votre compagnon<br />
– C’est pas mon compagnon… » répondit MAX PUISSANT le rouge aux joues<br />
<br />
– Ah non mais y’a pas de mal vous savez !<br />
– Je te dis que c’est pas mon compagnon !<br />
– Roh allons : c’est l’Antiquité ! et puis on est en Grèce !<br />
– Mais merde à la fin je te dis que c’est pas mon compagnon !<br />
– Bon d’accord d’accord… alors je dis quoi ? votre ami ? « <br />
<br />
MAX PUISSANT regrettait déjà d’avoir proposé au colosse de le suivre.<br />
<br />
« Je regrette déjà de t’avoir proposé de me suivre !<br />
<br />
– Je sais : la narration l’a déjà dit…<br />
– Roh purée de… bon avant que je ne m’énerve : c’est quoi ton nom ?<br />
– Je suis Rhodes le colosse : et toi vaillant héros ?<br />
<br />
– Moi c’est MAX PUISSANT !<br />
– Max Puissant ?<br />
<br />
– Non : MAX PUISSANT ! en majuscule ! chaque lettre est plus importante que la précédente ! »<br />
<br />
Et c’est ainsi que notre héros se fit un nouveau compagn… euh ami ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Pour des raisons de commodité scénaristique et pour pouvoir se relever plus facilement, Rhodes avait changer de taille pour ne plus mesurer qu’un bon mètre 90 (ce qui était encore pas mal). Il s’entendait fort bien avec Priape, ce qui délestait MAX PUISSANT de sa surveillance.<br />
<br />
Après bien des heures de marches, le trio constata avec dépit que la constellation de la Croix du Sud était toujours bien en vue.<br />
<br />
« Ça craint du boudin ! » dit Rhodes « je commence à croire que tu avais raison MAX PUISSANT : Athéna t’a refourgué un artefact bien pourri !<br />
– Elle va m’entendre celle-là si jamais je l’attrape ! »<br />
<br />
Priape interpréta cette dernière remarque de la façon la plus libidineuse qui soit et ricana bêtement ce qui fit soupirer notre héros de désarrois.<br />
<br />
« Alors MAX PUISSANT ? » demanda le colosse « qu’est ce qu’on fait ?<br />
– Pas de panique les gars : j’ai déjà vu ça plein de fois ! nous sommes dans une impasse scénaristique. Le récit est parti de travers, c’est pour ça qu’on est pas où il faut, mais en général c’est là qu’arrive un Deus Ex Machina qui remet tout dans le bon sens<br />
– C’est quoi ça ?<br />
– Bah c’est une intervention divine qui justifie que d’un seul coup la situation se débloque alors qu’en toute logique ça n’aurait pas dû.<br />
– Et les gens gobent ça ?<br />
– Bof… la plupart du temps ils assimilent ça à une métaphore de la justice divine, ce qui fait qu’ils trouvent ça cool et se fichent de la logique. Du coup les auteurs, et notamment les très mauvais, utilisent ça à tire la rigot<br />
– Je suis sûr que dans les enfers il y’a une place spéciale pour les écrivains qui font ça !<br />
– Oui : juste à côté des démarcheurs téléphoniques et des vendeurs d’assurances ! »<br />
<br />
C’est alors que comme le pensait MAX PUISSANT, dont la sagacité n’avait d’égale que la parfaite chevelure, un nouveau protagoniste arriva.<br />
<br />
La démarche féline, le regard fort et hautain, il renifla l’air à la recherche d’une quelquonque effluve.<br />
<br />
« Euh… excusez-nous ? » demanda Rhodes « vous pourriez faire un pas en avant vers la lumière que le narrateur puisse vous décrire convenablement ? »<br />
<br />
Le protagoniste obtempéra et s’avança dans le rayonnement de la route de lumière jusqu’à être parfaitement descriptible. C’était un félin d’une bonne taille, avec une fourrure couleur sable dont la noblesse de port n’avait d’égale que la férocité du regard.<br />
<br />
Aussitôt, Priape réagit :<br />
<br />
« Fille ! fille !<br />
– Houla ! Doucement Pripri ! c’est pas une fille c’est un lion ! » Expliqua MAX PUISSANT a son libidineux compagnon de route.<br />
– Non non ! Fille ! » insista ce dernier « fiiiiiille ! »<br />
<br />
Rhodes s’approcha de notre héros et lui murmura :<br />
<br />
« Après tout, laisse-le tenter sa chance : il lui arrivera quoi au pire ?<br />
<br />
– S’il essaye de grimper une lionne ? je sais pas : devine !<br />
– SUFFIT ! » cria la maitresse de la jungle.<br />
<br />
MAX PUISSANT et Rhodes se regardèrent un instant, un peu surpris qu’une créature composé d’un seul type d’animal puisse parler.<br />
<br />
« Je suis Félindra la lionne, et Athéna m’a demandé de vous retrouver et de vous guider chez Apollon…<br />
– Quoi ? mais c’est idiot ! elle m’a filé un artefact pour trouver le chemin ! »<br />
<br />
Le visage de Félindra se crispa, éveillant la suspicion de MAX PUISSANT…<br />
<br />
« Hola… attend un peu : TU MENS ! t’es pas envoyé par Athéna ! tu es envoyé par le scénariste de cette histoire à la con parce qu’il est piégé dans sa propre nullité ! AVOUE ! »<br />
<br />
Félindra admit alors la vérité en sanglotant.<br />
<br />
En fait elle n’était pas du tout une lionne, mais une figurante payer une misère à qui on avait donné un costume repiquer du tournage du Roi Lion lui-même repiqué des premiers épisodes du Roi Léo. Elle était censée fournir à MAX PUISSANT une rocambolesque péripétie qui l’aurait vu partir jusqu’en Afrique où il aurait trouvé moult trésor ainsi que la cachette d’une momie Malgache pratiquant le Vodoudou sur des jarrets de porcs.<br />
<br />
MAX PUISSANT fut soulager d’entendre qu’il allait échapper à une si piètre aventure, et exigea de Félindra qu’elle lui indique la bonne route.<br />
<br />
« Tu sais MAX PUISSANT, la route a toujours été la bonne, car le chemin vers la lumière est celui de ton coe…<br />
– Ah non pas encore ces conneries de cœur ! » dit notre héros avec une rage légitime « Mais vous croyez que je passe pour quoi moi ? C’est la mythologie bon sang ! les héros avec du cœur c’est des chochottes !<br />
– C’est un peu homophobe ce que tu dis MAX PUISSANT » dit Rhodes »<br />
<br />
Priape acquiesça en agitant son… enfin vous avez compris.<br />
<br />
MAX PUISSANT regarda alors ses compagnons ainsi que Félindra puis se mit à rire comme un dément.<br />
<br />
« Ah ah ah… d’accord j’y suis ! c’est le moment ou le héros perd symboliquement la confiance de ses compagnons, alors dans une ultime épreuve il part seul, réalise qu’il a besoin de ses amis, et c’est là qu’ils arrivent tous pour lui sauver la mise !<br />
– Euh… de quoi il parle ? » demanda Félindra à Rhodes<br />
– Ne vous en faites pas chère madame, il est tout le temps comme ça quand il n’a pas bu d’ouzo depuis un moment… »<br />
<br />
Félindra s’approcha doucement de MAX PUISSANT qui continuait de rire comme un fou et lui tendit une petite flasque.<br />
<br />
« Tenez : c’est tout l’ouzo qu’il me reste… »<br />
<br />
Emu, MAX PUISSANT attrapa la flasque et avala son contenu d’un coup sec. Ce n’était pas grand-chose, mais le cadeau de Félindra lui fit un bien fou et dissipa son délirium tremens.<br />
<br />
« Oh la vache ! cette sobriété c’était trop ! Merci Félindra » dit le vaillant héros<br />
– De rien vaillant héros…<br />
– Hey mais… oh la blague ! mais c’est pas la croix du sud dans le ciel !<br />
– Ah bon » demanda Rhodes « c’est quoi alors ?<br />
– C’est le soleil bougre d’andouille ! en fait il fait toujours pas nuit ! Comment vous avez pu louper ça ? Bon Pripri c’est spécial, et moi j’étais sobre, mais toi Rhodes ?<br />
– Euh…<br />
– Ah ouais mais c’est officiel t’es VRAIMENT pas malin ! t’as confondu le soleil avec une constellation bourricot !<br />
– Mais enfin MAX PUISSANT ! C’est une étoile ! et les étoiles elles se ressemblent toutes ! comme les Perses !<br />
– Sauf que celle-là elle est immense et brulante !<br />
– Oui bon… peut-être !? ça m’a échappé voilà, que voulez-vous : mea culpa, mea maxima culpa »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs minutes de débriefing intense, MAX PUISSANT décida de prendre Félindra dans l’équipe histoire d’avoir quelqu’un d’un peu moins stupide que Rhodes pour l’aider à gérer Priape, ce qui n’était pas forcément évident puisque la tenue de lionne de Félindra était vachement moulante et que ses oreilles de félin ajoutaient une touche cosplay très émoustillante à l’ensemble…<br />
<br />
Pourtant, malgré les péripéties peu intéressantes qui suivirent et qui seraient tout juste dignes d’un montage, la fine équipe arriva ENFIN devant le palais d’Apollon…<br />
<br />
« Hey bah mes agneaux ! c’est pas dommage ! » dit MAX PUISSANT « Ras les olives de ce voyage à la con ! En tout cas je sais pas vous mais moi je file la breloque à Apollon et je retourne me finir à l’ouzo à l’Acropole !<br />
– Mais enfin MAX PUISSANT ? » demanda Félindra « et ton désir d’être un héros ?<br />
– Pff… c’est un boulot tout pourri : les gens vous demandent des tas de service bien relou, ils vous respectent pas sauf si vous leur péter la tronche, et les meufs elles s’intéressent à vous juste parce qu’elles vous ont vu en toge sur une amphore ! Nan c’est bon là je crois que j’ai eu ma dose de lourdingue : l’aventure c’est pas fait pour moi ! »<br />
<br />
C’est alors que les portes du palais s’ouvrir dans un déluge de lumière, et qu’une voix forte et impressionnante résonna dans la plaine :<br />
<br />
« ET POURTANT SI Max Puissant ! TU ES DESTINE A L’AVENTURE ! »<br />
<br />
Notre héros fit un pas, et les poings sur les hanches interpella là voix :<br />
<br />
« Hey dites donc vous ? comment vous m’avez appelé ?<br />
– Max Puissant ?<br />
– Non ! non ! et non ! C’est MAX PUISSANT ! M.A.X P.U.I.S.S.A.N.T en majuscule ! chaque lettre est plus importante que la précédente !<br />
– Mais qu’est-ce que ça peut faire Maxou ?<br />
– Oh le relou… y’a que mon nom c’est pas Maxou, que je suis pas ton pote mec et que je vais te faire manger tes dents si tu continues sur ce ton là !<br />
– Et bien dans ce cas viens… approche ! »<br />
<br />
La lumière s’estompa et les 4 aventuriers purent voir un peu plus distinctement le palais d’Apollon. C’était un palais classique de style gréco romain, avec des colonnades en marbre blanc et un toit plat. Composé d’une centaine de chambre, toute disposant d’un atrium et d’un dressing, le palais était parfaitement situé sud-est, disposant ainsi d’une belle lumière naturelle, et de toute commodité à proximité (mairie, école etc.). Aucuns travaux n’étaient à prévoir, ce qui aurait été vraiment un plus si jamais il avait été à vendre.<br />
<br />
Pressé d’en découdre avec celui qui avait écorché son nom, MAX PUISSANT courut à toute jambe vers l’entrée suivi de ses amis.<br />
<br />
« ALORS TETE DE ZOB ! TU LA RAMENE MOINS MAINTENANT ??<br />
– Dites MAX PUISSANT… c’est pas un peu risqué de dire ça ? » demanda Félindra inquiète de défier un Dieu dans sa demeure<br />
– Pff… toi t’aurais vraiment besoin de courage ! »<br />
<br />
C’est alors que MAX PUISSANT se pétrifia.<br />
<br />
« Oh merde…<br />
– Quoi ? » demanda Rhodes « qu’est ce qui se passe ?<br />
– Il se passe que ça y’est, on arrive à la révélation finale… le twist de l’histoire !<br />
– C’est super ! » dit Félindra<br />
– Non ! parce que cette histoire c’est une parodie pourrie du magicien d’Oz ! toi t’es le lion peureux, et toi t’es l’homme de fer débile, et toi t’es… toi t’es un zob sur pattes c’est assez flippant.<br />
– Mais alors dans ce cas ça veut dire que Apollon… » dit Rhodes<br />
– … est un imposteur ? » compléta Félindra<br />
<br />
Et effectivement, arrivant de derrière un puissant projecteur, un nain portant une couronne d’or s’avança devant nos héros.<br />
<br />
« Apollon je suppose ? » demanda MAX PUISSANT « tu sais que je devrais te savater la tronche pour avoir écorché mon nom ?<br />
– Allons MAX PUISSANT : tout cela n’était qu’une ruse pour te forcer à prendre conscience de toute l’histoire<br />
– Genre ?<br />
– Mais oui ! Car tout cela MAX PUISSANT n’est qu’une facétie ! Regarde bien tes compagnons… »<br />
<br />
Notre héros tourna la tête quand soudain il vit la réalité !<br />
<br />
« Oh MON DIEU ! Rhodes ! mais en fait tu es Robert Downey Jr en Iron Man !<br />
– Et oui mon grand ! j’apporte la fête à domicile !<br />
– Ah mais par contre tu vas y aller mollo sur les répliques culte parce que je peux encore décider de te botter le cul hein ? »<br />
<br />
Robert Downey Jr rabaissa la visière de son casque d’Iron Man en signe de silence.<br />
<br />
« Mais et toi Priape alors tu es…<br />
– Mais ouuiii c’est mouaaa ROCCO !<br />
– Ah bah oui forcément…<br />
– Siii bella ! que la ragazza elle aime mi bito<br />
– Ca ne veut rien dire tu sais…<br />
– Ma qué si ! qué c’est oune très bonne aventoure avec des femmes à poil y dou sexe dans la foret y…<br />
– Mais y’a eu aucune scène de sexe dans la foret voyons ! c’est encore plus n’importe quoi là !<br />
– Ma si c’est pouu le bonus caché dou dvd ! »<br />
<br />
MAX PUISSANT se frappa le visage violement tant il était vexé<br />
<br />
« Bon et puis toi Félindra je suppose que tu es…<br />
– Oui j’avoue ! je suis Léa Seydoux : c’était aussi moi dans le rôle d’Athéna grâce à de la performance capture !<br />
– Et moi je suis aussi Socrate ! » dit Apollon tout en prenant la forme du philosophe<br />
<br />
– Bon okey là c’est relou : comment je deviens un héros moi ?<br />
– Mais c’est simple MAX PUISSANT » dit Athéna Seydoux « la réponse était en toi depuis le début… qu’est ce qui t’as aidé à arpenter la route d’or ? à avancer malgré les périls ?<br />
– Euh… je sais pas ? l’amitié ou une connerie comme ça ?<br />
– Mais non enfin, hihihihi, c’est bien plus simple… »<br />
<br />
MAX PUISSANT se rappela alors dans quelle parodie il se trouvait. Il regarda alors ses pieds et réalisa qu’il portait une paire de chaussure rouge couverte de strass.<br />
<br />
« Ah merde ! je savais bien que le narrateur avait omis de parler d’un truc !<br />
– Ses chaussures sont magiques MAX PUISSANT : tape 3 fois des talons et tu rentreras chez toi en héros ! »<br />
<br />
Soutenu du regard par ses amis, MAX PUISSANT tapa 3 fois des talons. Aussitôt, une puissante tornade se forma sous ses pieds l’arrachant de terre. Le vent était si violent que le toit du temple explosa, propulsant MAX PUISSANT de plus en plus haut…<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
« Hey Max ? MAX ! MAAAAX ! »<br />
<br />
Max entrouvrit les yeux avec peine. Sa tête était lourde, et le moindre son lui collait une migraine épouvantable.<br />
<br />
« Bon sang tu t’es pris une sacrée race mon gars ! t’as vu l’heure !? t’as dormi presque 12 heures ! »<br />
<br />
Max se redressa et prit l’ampleur du carnage : la table basse était couverte de boite de pizza vide et de cadavre de bouteille en tout genre.<br />
<br />
Lentement, le jeune homme se redressa et constat qu’il tenait à la main une bouteille de Stefos vide.<br />
<br />
« Putain mec… c’est terminé : je touche plus à l’ouzo ! »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**MAX PUISSANT**<br />
<br />
Dans les temps anciens en Grèce, alors que la civilisation prenait son essor, les dieux étaient encore présents dans la vie des hommes et les héros affrontaient des monstres terribles au péril de leur vie. Mais de tous ces héros, le plus formidable, le plus extraordinaire, n’était pas forcément le plus célèbre. Car si nous connaissons tous Héraclès, Thésée et Ulysse, ils n’étaient rien en comparaison de l’incroyable…<br />
<br />
MAX PUISSANT !<br />
<br />
Née de l’union de l’élégance et de la surpuissance, MAX PUISSANT était si formidable que son nom ne pouvait s’écrire qu’en majuscule, chaque lettre étant plus importante que la précédente. Alors que tous les grecs de l’époque étaient en petite jupette de toile, MAX PUISSANT lui portait un perfecto noir, un jean 501 et des Ray Ban aviator. Et à tous ceux qui lui disait « mais enfin MAX PUISSANT ! c’est totalement anachronique ce genre de vêtement ! » il répondait « Hey ! reste cool bébé… » avant de tourner les talons avec flegme et sobriété.<br />
<br />
MAX PUISSANT n’avait pas pour habitude de frimer comme les autres héros. Tuer des monstres n’était pas son passetemps favori, et séduire les jeunes vierges l’avait lassé depuis bien longtemps. Il passait la plupart de ses journées à boire de l’ouzo sur les marches de l’Acropole, conscient qu’il n’était pas à sa place dans un monde pareil. Parfois, il tenait compagnie à Socrate, un philosophe bien connu amateur de salade de feuille de vigne et de question rhétorique. En effet, ce dernier était comme lui : trop en avance sur son temps…<br />
<br />
« Hey MAX PUISSANT !  » dit le philosophe tout en réajustant sa toge « Comment va la vie ?<br />
– Bah écoutes comme tu le vois c’est la même que tous les jours : ouzo et déprime !<br />
– Ah voilà qui est terrible mon ami… c’est triste qu’un héros comme toi soit ainsi dépourvu de destin glorieux à accomplir.<br />
– Je sais… » dit MAX PUISSANT en avalant une gorgé d’ouzo « Mais et toi mon sage ami : qu’est ce qui t’amène dans le coin ? tu ne donnais pas des cours de… tu sais ce truc là où tu poses pleins de question sans raison ?<br />
– De Maïeutique.<br />
– Ouais voilà ! Mais dis donc Soso, entre nous : c’est vraiment un nom à coucher dehors ! ça ne se vendra jamais ton truc !<br />
– Oh ne t’en fais pas mon vaillant ami, je ne compte pas toucher une drachme pour ça. Mes ambitions sont plus… pure !<br />
– Pff… tu vois ! même toi tu as des rêves. Moi je n’ai que ma surpuissance ! »<br />
<br />
Il convient en effet d’expliquer certaines choses. La plupart des héros sont vaillant, puissant, ou intelligent. Mais MAX PUISSANT lui était au-delà de tout cela. Il était en effet si extraordinaire, si fantastiquement héroïque, que la réalité elle-même n’osait pas aller à son encontre. C’est ainsi qu’il put mettre ko un orage d’un bon coup de poing, et briser un traité de paix d’un coup de genou. Sauf que voilà, MAX PUISSANT s’ennuyait beaucoup, n’arrivant plus à ressentir le frisson de l’aventure et le plaisir de la réussite.<br />
<br />
« Crois moi MAX PUISSANT : tous les héros trouvent un jour leur destin ! le tiens est forcément là, quelque part ! »<br />
<br />
Le génial héros regarda autour de lui et ne vit que des mendiants aviné et sale et train de dormir par terre. Socrate le regarda alors et se reprit :<br />
<br />
« Oui bon pas forcement là ICI, mais pas loin quoi !<br />
– Mouais… pff de toute façon qu’importe : tant que j’ai de l’ouzo… »<br />
<br />
Et disant cela MAX PUISSANT remarqua avec effroi que sa bouteille était vide. Il lança un regard plein de désarroi à Socrate, mais ce dernier ne put le voir à cause des verres très opaque des Ray Ban dont le filtre anti reflet assurait une parfaite occultation.<br />
<br />
« Je suis en plein désarroi Soso ! » dit MAX PUISSANT à son ami philosophe afin de combler à la déficience de sa communication non verbale « Si je n’ai plus d’ouzo, c’est la fin des haricots ! »<br />
<br />
Socrate tapota l’épaule viril de MAX PUISSANT et l’encouragea comme seul savent le faire les personnages secondaires amis des héros :<br />
<br />
« Tu sais MAX PUISSANT… peut-être que ceci est le signe que tu dois te lever, quitter l’acropole et partir à l’aventure ? ou bien c’est peut-être une façon qu’on les dieux de te faire comprendre que tu dois quitter l’acropole et partir à l’aventure ? qui sait, peut-être qu’un facétieux baladin raconte ton aventure et évoque le fait que tu dois quitter l’acropole et partir à l’aventure ?<br />
– Ou alors c’est juste que après avoir planté le décor le narrateur doit me faire partir à l’aventure après moult hésitation comme dans toute bonne aventure qui se respecte ?<br />
– Ah ah ah ! Tu es vraiment si drôle MAX PUISSANT ! ah ah ah… un narrateur !  »<br />
<br />
Je t’emmerde Socrate !<br />
<br />
Notre héros était maintenant convaincu, et c’est plein d’espoir qu’il quitta la cité avec pour simple bagage une amphore sac à dos qu’il bourra de feta et de moussaka en cas de petite fringale.<br />
<br />
***<br />
<br />
MAX PUISSANT était heureux d’avoir retrouvé l’aventure, mais il était inquiet de savoir où ses pas allaient le mener. En effet, s’il passait son temps à marcher au lieu de boire de l’ouzo sans que cela ne change son destin, ce n’était pas une opération très rentable.<br />
<br />
Mais les dieux veillaient sur lui, et tout particulièrement Athéna, la déesse de la guerre, de la sagesse et de l’huile d’olive.<br />
<br />
Prenant la forme d’une vieille dame, la déesse croisa le chemin du héros et testa sa détermination. Elle fit mine de tomber, renversant un panier plein d’or et de richesse a ses pieds et observa la réaction de MAX PUISSANT. Ce dernier, commença à ramasser l’or et les bijoux puis les replaça dans le panier qu’il tendit à Athéna.<br />
<br />
« Attention madame  » dit-il amicalement « Les routes ne sont pas sûres de nos jours : il parait qu’il y’a des inspecteurs du fisc qui rodent par ici !<br />
– Ah ah : brave héros ! tu as réussi ton épreuve ! Car en réalité je suis… »<br />
<br />
Athéna claqua des doigts ce qui la transforma… en hibou.<br />
<br />
« Ah non merde ! je me suis trompée ! »<br />
<br />
Elle refit un geste magique et dans un torrent d’étoiles scintillante, elle devint une belle jeune femme portant une robe blanche immaculée, sa chevelure violette flottant au vent…<br />
<br />
Violette ?<br />
<br />
« Euh dites donc ? » demanda MAX PUISSANT avec l’assurance des vrais héros « Vous ne seriez pas Athéna par hasard ?<br />
– Oh tu as l’œil héros… oui je suis ATHENA !<br />
– Mouais c’est cool euh… en fait je voulais juste attirer votre attention sur le fait que l’auteur, pourtant fin connaisseur en matière de culture hellénique, à rien trouver de mieux que de vous représenter sous les traits d’un personnage d’animation japonaise…<br />
– Question de budget » coupa la déesse « c’est plus facile de faire référence à un dessin animée.<br />
– On va pas se faire tout l’épisode comme ça j’espère ?<br />
– Malheureusement y’a des chances…<br />
– Oh purée… Bon je suppose que vous êtes l’élément perturbateur qui va me lancer sur une piste d’aventure quelconque ?<br />
– Bravo MAX PUISSANT : tu es vraiment aussi perspicace qu’on le dit !<br />
– Bah je surtout lu le script…<br />
– Bon bon bon ! tu vas devoir accomplir une quête héroïque, une quête dangereuse qui te poussera aux limites de ton âme et…<br />
– Je dois tuer qui ?<br />
– hein ?<br />
– Je dois tuer qui ? Faites pas celle qui sait pas : une aventure héroïque grec typique c’est : un héros aux origines pas banales et qui fait des trucs pas ordinaires : ça c’est moi, une divinité qui le coach : bon bah ça c’est vous, et enfin une créature à dézinguer et éventuellement une saloperie magique à rapporter. J’ai bon ? »<br />
<br />
Athéna était ravi de voir qu’elle ne s’était pas trompé en sélectionnant MAX PUISSANT comme héros. Il faut dire que depuis le temps qu’elle était dans le métier, elle avait un flair particulier pour trouver des héros dignes de ce nom… et assez de talent pour faire oublier tous ceux qui avaient lamentablement échoué comme Syphlos, le spartiate transformiste qui termina sa carrière dans un cabaret romain.<br />
<br />
« Ta mission est de vaincre les leaders de Daesh au proche orient et…<br />
– Quoi ? mais c’est n’importe quoi ! c’est même pas la bonne époque ! en plus vous trouvez pas que c’est un peu limite de rigoler de ça ?<br />
– Mais euh… c’était juste pour…<br />
– Pour quoi ? pour stigmatiser des gens via de la caricature, histoire d’en ajouter un peu plus ? vous croyez pas qu’ils en prennent déjà assez dans les dents sans que je m’y mette ?<br />
– Oui bon ça va ! ça va ! on va te trouver une autre mission ! » dit Athéna en cherchant dans son journal de quête « Bon j’ai un truc là mais… c’est vraiment une mission compliquée.<br />
– Bah envoyez.<br />
– Non mais je veux dire… c’est VRAIMENT compliqué même pour un héros de ta trempe.<br />
– Mais c’est quoi ?<br />
– J’hésite à te le dire…<br />
– Oh la relou… » soupira MAX PUISSANT « Dites donc j’espère que c’est pas encore une péripétie qui se veut amusante mais qui en réalité n’est qu’un stratagème pour gagner du temps et rallonger artificiellement la durée du récit hein ?<br />
– Noooooooon ! alors là pas du tout !<br />
– Vraiment ? parce que moi je le vois venir gros comme une maison le coup de la discutions ridicule qui n’en finit pas et qui brise le 4eme mur.<br />
– Un mur ? mais où ça voyons ? ahahah ! que vous êtes facétieux MAX PUISSANT !<br />
– Ah mais en fait vous me prenez vraiment pour un jambon ?<br />
– Mais noooooooon !<br />
– Si, si là c’est évident, vous m’en rajouter des tartines juste parce que vous savez plus quoi faire et que ça fait rire tout le monde un héros qui a conscience des procédés narratifs. Bah si c’est comme ça, moi je me casse me faire voir chez les macédoniens »<br />
<br />
MAX PUISSANT ramassa son sac amphore et reprit le chemin a grande enjambé. Derrière lui, Athéna tentait de le rattraper, mais avait quelques petits soucis techniques avec sa robe dont les pans bien trop grands ne l’aidaient pas à progresser aussi vite qu’elle l’aurait voulu…<br />
<br />
« ATTENDS ! TU NE PEUX PAS… AAAAAH ! »<br />
<br />
Ce qui devait arriver arriva : Athéna se prit les pieds dans sa robe et tomba tête la première par terre. Lorsqu’elle redressa la tête, MAX PUISSANT put voir que des petits graviers s’étaient planté dans sa joue, écorchant sa peau de miel.<br />
<br />
« Gnaaaaa ! ça fait maaaaaaal ! » gémit la déesse « Quand je pense que moi je faisais tout ça pour t’aideeeeeeeer ! »<br />
<br />
Le cœur généreux de MAX PUISSANT ne put rester insensible aux grands yeux de la pauvre Athéna, ni devant ses formes rebondies. Il aida la déesse à se relever et lui proposa de lui faire un bisous-qui-guérit sur la joue ce qu’elle accepta timidement. Il faut dire qu’Athéna n’avait pas beaucoup d’expérience avec les hommes, et que c’était en réalité la raison pour laquelle elle suivait les héros dans leurs aventures.<br />
<br />
Oui : Athéna était une groupie !<br />
<br />
« Merci MAX PUISSANT. Ce bisou à complétement soulager ma joue…<br />
– Ouais ouais… bon aller donnez-la moi cette quête qu’on en finisse et qu’on puisse passer à un autre chapitre.<br />
– Oui très bien ! »<br />
<br />
Athéna tira de son imposant décolleter un médaillon qu’elle donna à MAX PUISSANT.<br />
<br />
« Ceci est un éclat de soleil : il te guidera vers le royaume d’Apollon à qui tu dois le remettre…<br />
– Et ça serait pas hyper plus rapide via… je sais pas… Hermès ?<br />
– Qui ? » demanda Athéna faussement innocente<br />
– Hermès ! le messager des dieux ! mais bordel il sert à quoi alors ce mec si pour ce genre de mission vous passez par des héros ?<br />
– En fait le truc c’est que côté tarif ce petit rascal a décidé de faire flamber les prix, et moi côté offrandes en ce moment c’est plus côte de mouton que monnaie sonnante et trébuchante…<br />
– Ah ouais, donc en fait les humains ça vous sert de prestataire discount ?<br />
– C’est à peu près ça ! »<br />
<br />
MAX PUISSANT soupira tout en réajustant ses lunettes…<br />
<br />
« Pour trouver le temple souverain d’Apollon, tu devras suivre la route de lumière que le médaillon allumera devant toi…<br />
– Une route de lumière ? c’est quoi cette connerie ?<br />
– Oh mais flûte alors ! tu vas arrêter de me couper la parole par Zeus ? Je suis Athéna quand même !<br />
– Ouais ouais…<br />
– Tu ne devras jamais quitter cette route quelle que soit la raison. C’est compris ?<br />
– Oui…<br />
– T’es sûr hein ?<br />
– Mais oui c’est bon !<br />
– Tu sais y’a pas de honte à demander des précisions hein ?<br />
– Mais je sais ! j’ai compris : je quitte pas la route et c’est tout !<br />
– Je dis ça pour toi tu sais…<br />
– C’est gentil mais faudrait enchaîner là…<br />
– Tu fais le malin, mais regarde Ulysse : il a voulu faire le bonhomme et pas demander son chemin, résultat paf ! 10 ans pour rentrer à Ithaque, alors que c’est même pas à 300 bornes…<br />
– …<br />
– Tu dis rien ?<br />
– …<br />
– T’es fâché hein ?<br />
– …<br />
– C’est pas la peine de faire cette tête-là tu sais. Pff… rah les mecs je te jure, bonjour la gratitude…<br />
– …<br />
– Bon tiens le médaillon, tu le files à Apollon, bonjour bonsoir et t’es un héros. »<br />
<br />
MAX PUISSANT poussa un énorme « ouf » de soulagement tout en attrapant la breloque tendue par Athéna. Aussitôt autour de son cou, le bijou émit un scintillement qui se répandit sur la route qui se mit à briller d’un éclat doré.<br />
<br />
« Ah merde ! c’est pas vrai vous allez pas me faire ce coup-là ! » demanda le héros<br />
– Mais quoi encore ?<br />
– Ça là : c’est une route d’or ?<br />
– Oui si on veut… c’est plutôt un parcours luminescent qui permet de bien s’orienter…<br />
– Nan nan nan ! c’est une putain de route d’or ! et si on était dans un pays civilisé ça serait pas du gravier mais des briques par terre : des briques d’or !<br />
– J’ai beau faire de gros effort pour te suivre MAX PUISSANT je suis TO-TAL-MENT larguée…<br />
– Vous me faites un remake du magicien d’…. »<br />
<br />
Athéna lui posa la main sur la bouche pour l’empêcher de parler et se mit à fredonner « Leeees chevaliers du zodiaaaaaqeuuu ! s’en vont toujours à l’attaaaaqeuuueu… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après avoir signer une clause de non divulgation de l’intrigue par anticipation, MAX PUISSANT reprit sa quête, arpentant le chemin de lumière en direction de la demeure d’Apollon. Mais au détour d’un bosquet, le chemin de lumière traversa un court d’eau dont les clapotis aurait fait le bonheur des fans de relaxation ASMR.<br />
<br />
« Ah bordel ! » dit MAX PUISSANT d’un ton virulent comme seul les héros savent le faire « Y’a pas moyen que je passe par là : ça va tout délaver mon jean ! »<br />
<br />
Attiré par les vociférations du héros, une nymphette remonta des profondeurs du cours d’eau et salua MAX PUISSANT.<br />
<br />
« Hey beau gosse… » dit-elle de sa voix ensorcelante « Tu cherches un passage ? »<br />
<br />
La perspicacité exceptionnelle de MAX PUISSANT ainsi que les nombreux clins d’œil pas discrets du tout de la nymphette lui firent comprendre qu’il y’avait là un double discours pas très chaste…<br />
<br />
« Dites donc mademoiselle, vous ne devriez pas porter un petit quelque chose ? non parce que vos cheveux longs et mouillés qui tombent stratégiquement sur votre opulente poitrine c’est cool, ça nous permet de rester tout public, mais globalement ça me met plutôt mal à l’aise…<br />
– Oh oh… un héros timide qui craint les femmes ? comme c’est mignon hihihihi<br />
– Non mais elle va se calmer la sardine ! Je ne crains AUCUN homme okey ? ce qui inclus toutes les femmes !<br />
– Hihihihi ! c’est tellement macho : vous êtes vraiment un héros vous ! »<br />
<br />
La nymphette sortie de l’eau et fit apparaître magiquement une toge pour cacher sa nudité.<br />
<br />
« Ah bah voilà ! » dit MAX PUISSANT « là on va pouvoir causer !<br />
– Vous voulez passer le cours d’eau n’est-ce pas ?<br />
– Oui, et au sec si possible.<br />
– Et bien dans ce cas… on pourrait s’arranger ?<br />
– Oula je vous voir venir : vous savez, vous êtes mignonne et tout, mais on se connait pas et j’ai pas trop envie de…<br />
– Hihihihi mais non voyons ! en fait je voudrais savoir si vous pouviez amener mon petit frère avec vous ?<br />
– Euh… sans doute. Mais pourquoi ?<br />
– Vous avez l’éclat de Soleil, je sais que vous allez chez Apollon. Lui seul pourra aider mon frère : c’est le plus grand médecin qui soit.<br />
– C’est surtout le Dieu de la médecine donc il a intérêt à s’y connaitre un poil ouais… bon je veux bien vous aider mais il souffre de quoi votre frère ? »<br />
<br />
La nymphette regarda MAX PUISSANT d’un air gêné…<br />
<br />
« En fait… hihihihihi… vous allez voir c’est très bête… Priape ! Priape ? viens voir le monsieur ! »<br />
<br />
Un homme en jupette sorti de l’eau. Il était petit, trapu, avait une barbe hirsute et mal peignée, mais surtout, il avait un gigantesque pénis en érection qu’il tenait comme un bâton de marche.<br />
<br />
« Whaouuu ! » hurla MAX PUISSANT pas forcément ravi de se retrouver avec un machin pareil sous le nez « Mais c’est quoi cette horreur !?<br />
– Oh ne dites pas ça : c’est Priape mon frère… le souci vous voyez c’est qu’à force de vivre au milieu des nymphes, vu qu’on a des mœurs assez libérées toussa… et bien il finit par se retrouver avec un gourdin permanent qui le fait beaucoup souffrir…<br />
– …<br />
– Vous êtes choqué ?<br />
– Un peu quand même.<br />
– On s’y habitue vous savez. Il suffit de ne pas le regarder dans les yeux.<br />
– Qui ? votre frère ou son machin ?<br />
– Les deux. C’est très dur pour Priape vous savez… hihihihihi ! Très dur ! hahahaha !<br />
– Rah non mais sérieux je peux pas me balader avec ça quand même ! j’suis un héros ! j’ai une réputation ! j’aurais l’air de quoi si on raconte partout que je suis suivi par un type qui a le sifflet à l’air ?<br />
– Oh mais ne vous inquiétez pas ! Priape à un déguisement pour se promener tranquillement… Va s’y Pripri : met le costume et fait voir au monsieur ! »<br />
<br />
Priape s’exécuta et enfila un costume trop grand qui le faisait ressembler à un épouvantail. MAX PUISSANT observa le résultat et haussa les épaules :<br />
<br />
« Ouais en fait j’aurais dû m’y attendre à un twist dans ce genre. Bon aller Pripri on y va.<br />
– Merci beaucoup MAX PUISSANT, c’est sympa de vous en occuper.<br />
– Ouais ouais c’est ça… il mange quoi au fait ?<br />
– Des cailloux et du lichen principalement.<br />
– Mais bordel moi j’ai que de la feta et de la moussaka<br />
– Rassurez-vous, les cailloux en Grèce antique c’est pas ça qui manque sur le bord des routes. Aller : je vais vous faire passer ! »<br />
<br />
La nymphette replongea dans l’eau qui soudainement s’écarta pour laisser le passage à MAX PUISSANT suivi de Priape.<br />
<br />
« Bordel  » se dit le héros « si c’est comme ça tout du long je vais vraiment péter un câble ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs heures de marche, Priape c’était avéré un agréable compagnon de voyage, même s’il avait tendance à fortement baver à la vue de jeunes filles. Comme il parlait peut, et essentiellement par grognement, MAX PUISSANT n’eut pas à faire la conversation, ce qui était à ses yeux un gain non négligeable quand la personne à qui vous parlez trimbale une poutre dans son slip.<br />
<br />
La nuit commençait à tomber, laissant paraitre un ciel constellé d’étoile, chacune représentant un symbole ou une créature fantastique : la Balance, le Cygne, Pégase, La Croix du Sud…<br />
<br />
La Croix du Sud ?<br />
<br />
« Bordel Pripri je crois qu’il y’a un problème ! » dit MAX PUISSANT a son vicieux camarade « La Croix du Sud ne devrait pas être visible : on est pas du tout où il faut ! »<br />
<br />
Priape haussa les épaules l’air de dire « écoutes vieux, on se connait depuis peu mais j’ai foi en toi : ton avis semble sûr, et tu es clairement le plus brillant de nous deux, donc on fait comme tu le veux ». Evidemment ce genre de haussement très explicite n’était pas à la portée du premier venu, il fallait être d’autant plus doué pour le comprendre (ce que MAX PUISSANT était bien évidement).<br />
<br />
Notre héros était perplexe, il n’avait pas dévié de la route de lumière, même pas pour faire un arrêt pipi. Il attrapa le médaillon et le tapota du bout du doigts<br />
<br />
« Si ça se trouve cette cruchasse d’Athéna m’a refilé un bibelot pété !<br />
– Oh ça non ! » dit une voix aux accents métallique émanant de l’obscurité « Mais de toute façon c’est trop tard pour toi : LE MEDAILLON EST A MOI ! »<br />
<br />
Surgit alors de nulle part un gigantesque colosse de bronze de près de 12 mètres qui tenta d’écraser MAX PUISSANT de sa semelle. Ce dernier poussa Priape sur le côté pour le mettre à l’abri puis donna un vigoureux coup de poing dans le pied du monstre. La surpuissance de MAX PUISSANT était telle que la créature bascula en arrière sous le choc, et tomba lourdement sur le dos.<br />
<br />
Notre héros et son vicieux camarade approchèrent de la créature tandis qu’elle trépignait sur le sol.<br />
<br />
« AU SECOURS ! » hurlait le colosse « J’arrive plus à me relever !<br />
<br />
– Voyez-vous ça ! » ironisa MAX PUISSANT « pire qu’une tortue de mer ce géant : t’as vu ça Pripri ? »<br />
<br />
L’intéressé s’était jeté contre le colosse et le frappait aussi fort qu’il le pouvait avec sa verge éléphantesque.<br />
<br />
« AH ! C’EST DEGUEULASSE ! » hurla le colosse « ENLEVEZ MOI CA ! PAR PITIÉ !<br />
– Bon Pripri, le monsieur à raison, on en à déjà parler et ton machin c’est pas fait pour taper les gens avec… Quant à toi le colosse : pourquoi t’as essayé de m’occire ?<br />
– Je… je voulais le médaillon !<br />
– Et pourquoi ça ?<br />
– Et bien… les gens n’arrêtent pas de me dire que je ne suis pas une lumière ! alors avec ça j’aurai pu leur prouver le contraire !<br />
– Avec de truc qui fait briller les routes ?<br />
– Bah oui : c’est de la lumière non ?<br />
– Okey je vois… bon je confirme hein t’es pas une lumière ! »<br />
<br />
Le colosse resta silencieux, le regard vers les étoiles.<br />
<br />
« Vous savez… nous autres les colosses de bronze on était respecté à l’époque. Notre surpuissance nous valait l’admiration et la crainte des hommes… et puis les héros sont arrivés. Ils nous ont dérouillé nos races pour prendre nos trésors, et l’Histoire n’a gardé de nous que le souvenir de méchante créatures stupide et bête…<br />
– C’est des synonymes…<br />
– Vous voyez ! même dans un moment d’émotion je reste idiot !<br />
– Et ben… peut-être que… »<br />
<br />
MAX PUISSANT hésitait… Il faut dire que c’était vraiment très téléphoné.<br />
<br />
« T’as qu’à venir avec nous voir Apollon : il pourra sûrement faire quelque chose pour toi ? »<br />
<br />
Le colosse tressauta de joie :<br />
<br />
« Oh oui ! merci à toi héros ! Je te serai à jamais…<br />
– Oui oui je sais, t’es content, je suis génial, blablabla, mais avec tout ça on avance pas alors lève tes miches et on y va.<br />
– Vous comptez voyager de nuit ?<br />
– On s’en fou qu’il fasse nuit : c’est une route de lumière !<br />
– Oui bien sûr mais… des études récentes ont démontré que le sommeil était important pour l’organisme et…<br />
– T’es énorme et t’es en bronze ! tu vas pas me faire croire que si t’as pas tes huit heures de sommeil tu deviens ronchon ?<br />
– Non non non pas du tout, je pensais plus à votre compagnon<br />
– C’est pas mon compagnon… » répondit MAX PUISSANT le rouge aux joues<br />
<br />
– Ah non mais y’a pas de mal vous savez !<br />
– Je te dis que c’est pas mon compagnon !<br />
– Roh allons : c’est l’Antiquité ! et puis on est en Grèce !<br />
– Mais merde à la fin je te dis que c’est pas mon compagnon !<br />
– Bon d’accord d’accord… alors je dis quoi ? votre ami ? « <br />
<br />
MAX PUISSANT regrettait déjà d’avoir proposé au colosse de le suivre.<br />
<br />
« Je regrette déjà de t’avoir proposé de me suivre !<br />
<br />
– Je sais : la narration l’a déjà dit…<br />
– Roh purée de… bon avant que je ne m’énerve : c’est quoi ton nom ?<br />
– Je suis Rhodes le colosse : et toi vaillant héros ?<br />
<br />
– Moi c’est MAX PUISSANT !<br />
– Max Puissant ?<br />
<br />
– Non : MAX PUISSANT ! en majuscule ! chaque lettre est plus importante que la précédente ! »<br />
<br />
Et c’est ainsi que notre héros se fit un nouveau compagn… euh ami ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Pour des raisons de commodité scénaristique et pour pouvoir se relever plus facilement, Rhodes avait changer de taille pour ne plus mesurer qu’un bon mètre 90 (ce qui était encore pas mal). Il s’entendait fort bien avec Priape, ce qui délestait MAX PUISSANT de sa surveillance.<br />
<br />
Après bien des heures de marches, le trio constata avec dépit que la constellation de la Croix du Sud était toujours bien en vue.<br />
<br />
« Ça craint du boudin ! » dit Rhodes « je commence à croire que tu avais raison MAX PUISSANT : Athéna t’a refourgué un artefact bien pourri !<br />
– Elle va m’entendre celle-là si jamais je l’attrape ! »<br />
<br />
Priape interpréta cette dernière remarque de la façon la plus libidineuse qui soit et ricana bêtement ce qui fit soupirer notre héros de désarrois.<br />
<br />
« Alors MAX PUISSANT ? » demanda le colosse « qu’est ce qu’on fait ?<br />
– Pas de panique les gars : j’ai déjà vu ça plein de fois ! nous sommes dans une impasse scénaristique. Le récit est parti de travers, c’est pour ça qu’on est pas où il faut, mais en général c’est là qu’arrive un Deus Ex Machina qui remet tout dans le bon sens<br />
– C’est quoi ça ?<br />
– Bah c’est une intervention divine qui justifie que d’un seul coup la situation se débloque alors qu’en toute logique ça n’aurait pas dû.<br />
– Et les gens gobent ça ?<br />
– Bof… la plupart du temps ils assimilent ça à une métaphore de la justice divine, ce qui fait qu’ils trouvent ça cool et se fichent de la logique. Du coup les auteurs, et notamment les très mauvais, utilisent ça à tire la rigot<br />
– Je suis sûr que dans les enfers il y’a une place spéciale pour les écrivains qui font ça !<br />
– Oui : juste à côté des démarcheurs téléphoniques et des vendeurs d’assurances ! »<br />
<br />
C’est alors que comme le pensait MAX PUISSANT, dont la sagacité n’avait d’égale que la parfaite chevelure, un nouveau protagoniste arriva.<br />
<br />
La démarche féline, le regard fort et hautain, il renifla l’air à la recherche d’une quelquonque effluve.<br />
<br />
« Euh… excusez-nous ? » demanda Rhodes « vous pourriez faire un pas en avant vers la lumière que le narrateur puisse vous décrire convenablement ? »<br />
<br />
Le protagoniste obtempéra et s’avança dans le rayonnement de la route de lumière jusqu’à être parfaitement descriptible. C’était un félin d’une bonne taille, avec une fourrure couleur sable dont la noblesse de port n’avait d’égale que la férocité du regard.<br />
<br />
Aussitôt, Priape réagit :<br />
<br />
« Fille ! fille !<br />
– Houla ! Doucement Pripri ! c’est pas une fille c’est un lion ! » Expliqua MAX PUISSANT a son libidineux compagnon de route.<br />
– Non non ! Fille ! » insista ce dernier « fiiiiiille ! »<br />
<br />
Rhodes s’approcha de notre héros et lui murmura :<br />
<br />
« Après tout, laisse-le tenter sa chance : il lui arrivera quoi au pire ?<br />
<br />
– S’il essaye de grimper une lionne ? je sais pas : devine !<br />
– SUFFIT ! » cria la maitresse de la jungle.<br />
<br />
MAX PUISSANT et Rhodes se regardèrent un instant, un peu surpris qu’une créature composé d’un seul type d’animal puisse parler.<br />
<br />
« Je suis Félindra la lionne, et Athéna m’a demandé de vous retrouver et de vous guider chez Apollon…<br />
– Quoi ? mais c’est idiot ! elle m’a filé un artefact pour trouver le chemin ! »<br />
<br />
Le visage de Félindra se crispa, éveillant la suspicion de MAX PUISSANT…<br />
<br />
« Hola… attend un peu : TU MENS ! t’es pas envoyé par Athéna ! tu es envoyé par le scénariste de cette histoire à la con parce qu’il est piégé dans sa propre nullité ! AVOUE ! »<br />
<br />
Félindra admit alors la vérité en sanglotant.<br />
<br />
En fait elle n’était pas du tout une lionne, mais une figurante payer une misère à qui on avait donné un costume repiquer du tournage du Roi Lion lui-même repiqué des premiers épisodes du Roi Léo. Elle était censée fournir à MAX PUISSANT une rocambolesque péripétie qui l’aurait vu partir jusqu’en Afrique où il aurait trouvé moult trésor ainsi que la cachette d’une momie Malgache pratiquant le Vodoudou sur des jarrets de porcs.<br />
<br />
MAX PUISSANT fut soulager d’entendre qu’il allait échapper à une si piètre aventure, et exigea de Félindra qu’elle lui indique la bonne route.<br />
<br />
« Tu sais MAX PUISSANT, la route a toujours été la bonne, car le chemin vers la lumière est celui de ton coe…<br />
– Ah non pas encore ces conneries de cœur ! » dit notre héros avec une rage légitime « Mais vous croyez que je passe pour quoi moi ? C’est la mythologie bon sang ! les héros avec du cœur c’est des chochottes !<br />
– C’est un peu homophobe ce que tu dis MAX PUISSANT » dit Rhodes »<br />
<br />
Priape acquiesça en agitant son… enfin vous avez compris.<br />
<br />
MAX PUISSANT regarda alors ses compagnons ainsi que Félindra puis se mit à rire comme un dément.<br />
<br />
« Ah ah ah… d’accord j’y suis ! c’est le moment ou le héros perd symboliquement la confiance de ses compagnons, alors dans une ultime épreuve il part seul, réalise qu’il a besoin de ses amis, et c’est là qu’ils arrivent tous pour lui sauver la mise !<br />
– Euh… de quoi il parle ? » demanda Félindra à Rhodes<br />
– Ne vous en faites pas chère madame, il est tout le temps comme ça quand il n’a pas bu d’ouzo depuis un moment… »<br />
<br />
Félindra s’approcha doucement de MAX PUISSANT qui continuait de rire comme un fou et lui tendit une petite flasque.<br />
<br />
« Tenez : c’est tout l’ouzo qu’il me reste… »<br />
<br />
Emu, MAX PUISSANT attrapa la flasque et avala son contenu d’un coup sec. Ce n’était pas grand-chose, mais le cadeau de Félindra lui fit un bien fou et dissipa son délirium tremens.<br />
<br />
« Oh la vache ! cette sobriété c’était trop ! Merci Félindra » dit le vaillant héros<br />
– De rien vaillant héros…<br />
– Hey mais… oh la blague ! mais c’est pas la croix du sud dans le ciel !<br />
– Ah bon » demanda Rhodes « c’est quoi alors ?<br />
– C’est le soleil bougre d’andouille ! en fait il fait toujours pas nuit ! Comment vous avez pu louper ça ? Bon Pripri c’est spécial, et moi j’étais sobre, mais toi Rhodes ?<br />
– Euh…<br />
– Ah ouais mais c’est officiel t’es VRAIMENT pas malin ! t’as confondu le soleil avec une constellation bourricot !<br />
– Mais enfin MAX PUISSANT ! C’est une étoile ! et les étoiles elles se ressemblent toutes ! comme les Perses !<br />
– Sauf que celle-là elle est immense et brulante !<br />
– Oui bon… peut-être !? ça m’a échappé voilà, que voulez-vous : mea culpa, mea maxima culpa »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs minutes de débriefing intense, MAX PUISSANT décida de prendre Félindra dans l’équipe histoire d’avoir quelqu’un d’un peu moins stupide que Rhodes pour l’aider à gérer Priape, ce qui n’était pas forcément évident puisque la tenue de lionne de Félindra était vachement moulante et que ses oreilles de félin ajoutaient une touche cosplay très émoustillante à l’ensemble…<br />
<br />
Pourtant, malgré les péripéties peu intéressantes qui suivirent et qui seraient tout juste dignes d’un montage, la fine équipe arriva ENFIN devant le palais d’Apollon…<br />
<br />
« Hey bah mes agneaux ! c’est pas dommage ! » dit MAX PUISSANT « Ras les olives de ce voyage à la con ! En tout cas je sais pas vous mais moi je file la breloque à Apollon et je retourne me finir à l’ouzo à l’Acropole !<br />
– Mais enfin MAX PUISSANT ? » demanda Félindra « et ton désir d’être un héros ?<br />
– Pff… c’est un boulot tout pourri : les gens vous demandent des tas de service bien relou, ils vous respectent pas sauf si vous leur péter la tronche, et les meufs elles s’intéressent à vous juste parce qu’elles vous ont vu en toge sur une amphore ! Nan c’est bon là je crois que j’ai eu ma dose de lourdingue : l’aventure c’est pas fait pour moi ! »<br />
<br />
C’est alors que les portes du palais s’ouvrir dans un déluge de lumière, et qu’une voix forte et impressionnante résonna dans la plaine :<br />
<br />
« ET POURTANT SI Max Puissant ! TU ES DESTINE A L’AVENTURE ! »<br />
<br />
Notre héros fit un pas, et les poings sur les hanches interpella là voix :<br />
<br />
« Hey dites donc vous ? comment vous m’avez appelé ?<br />
– Max Puissant ?<br />
– Non ! non ! et non ! C’est MAX PUISSANT ! M.A.X P.U.I.S.S.A.N.T en majuscule ! chaque lettre est plus importante que la précédente !<br />
– Mais qu’est-ce que ça peut faire Maxou ?<br />
– Oh le relou… y’a que mon nom c’est pas Maxou, que je suis pas ton pote mec et que je vais te faire manger tes dents si tu continues sur ce ton là !<br />
– Et bien dans ce cas viens… approche ! »<br />
<br />
La lumière s’estompa et les 4 aventuriers purent voir un peu plus distinctement le palais d’Apollon. C’était un palais classique de style gréco romain, avec des colonnades en marbre blanc et un toit plat. Composé d’une centaine de chambre, toute disposant d’un atrium et d’un dressing, le palais était parfaitement situé sud-est, disposant ainsi d’une belle lumière naturelle, et de toute commodité à proximité (mairie, école etc.). Aucuns travaux n’étaient à prévoir, ce qui aurait été vraiment un plus si jamais il avait été à vendre.<br />
<br />
Pressé d’en découdre avec celui qui avait écorché son nom, MAX PUISSANT courut à toute jambe vers l’entrée suivi de ses amis.<br />
<br />
« ALORS TETE DE ZOB ! TU LA RAMENE MOINS MAINTENANT ??<br />
– Dites MAX PUISSANT… c’est pas un peu risqué de dire ça ? » demanda Félindra inquiète de défier un Dieu dans sa demeure<br />
– Pff… toi t’aurais vraiment besoin de courage ! »<br />
<br />
C’est alors que MAX PUISSANT se pétrifia.<br />
<br />
« Oh merde…<br />
– Quoi ? » demanda Rhodes « qu’est ce qui se passe ?<br />
– Il se passe que ça y’est, on arrive à la révélation finale… le twist de l’histoire !<br />
– C’est super ! » dit Félindra<br />
– Non ! parce que cette histoire c’est une parodie pourrie du magicien d’Oz ! toi t’es le lion peureux, et toi t’es l’homme de fer débile, et toi t’es… toi t’es un zob sur pattes c’est assez flippant.<br />
– Mais alors dans ce cas ça veut dire que Apollon… » dit Rhodes<br />
– … est un imposteur ? » compléta Félindra<br />
<br />
Et effectivement, arrivant de derrière un puissant projecteur, un nain portant une couronne d’or s’avança devant nos héros.<br />
<br />
« Apollon je suppose ? » demanda MAX PUISSANT « tu sais que je devrais te savater la tronche pour avoir écorché mon nom ?<br />
– Allons MAX PUISSANT : tout cela n’était qu’une ruse pour te forcer à prendre conscience de toute l’histoire<br />
– Genre ?<br />
– Mais oui ! Car tout cela MAX PUISSANT n’est qu’une facétie ! Regarde bien tes compagnons… »<br />
<br />
Notre héros tourna la tête quand soudain il vit la réalité !<br />
<br />
« Oh MON DIEU ! Rhodes ! mais en fait tu es Robert Downey Jr en Iron Man !<br />
– Et oui mon grand ! j’apporte la fête à domicile !<br />
– Ah mais par contre tu vas y aller mollo sur les répliques culte parce que je peux encore décider de te botter le cul hein ? »<br />
<br />
Robert Downey Jr rabaissa la visière de son casque d’Iron Man en signe de silence.<br />
<br />
« Mais et toi Priape alors tu es…<br />
– Mais ouuiii c’est mouaaa ROCCO !<br />
– Ah bah oui forcément…<br />
– Siii bella ! que la ragazza elle aime mi bito<br />
– Ca ne veut rien dire tu sais…<br />
– Ma qué si ! qué c’est oune très bonne aventoure avec des femmes à poil y dou sexe dans la foret y…<br />
– Mais y’a eu aucune scène de sexe dans la foret voyons ! c’est encore plus n’importe quoi là !<br />
– Ma si c’est pouu le bonus caché dou dvd ! »<br />
<br />
MAX PUISSANT se frappa le visage violement tant il était vexé<br />
<br />
« Bon et puis toi Félindra je suppose que tu es…<br />
– Oui j’avoue ! je suis Léa Seydoux : c’était aussi moi dans le rôle d’Athéna grâce à de la performance capture !<br />
– Et moi je suis aussi Socrate ! » dit Apollon tout en prenant la forme du philosophe<br />
<br />
– Bon okey là c’est relou : comment je deviens un héros moi ?<br />
– Mais c’est simple MAX PUISSANT » dit Athéna Seydoux « la réponse était en toi depuis le début… qu’est ce qui t’as aidé à arpenter la route d’or ? à avancer malgré les périls ?<br />
– Euh… je sais pas ? l’amitié ou une connerie comme ça ?<br />
– Mais non enfin, hihihihi, c’est bien plus simple… »<br />
<br />
MAX PUISSANT se rappela alors dans quelle parodie il se trouvait. Il regarda alors ses pieds et réalisa qu’il portait une paire de chaussure rouge couverte de strass.<br />
<br />
« Ah merde ! je savais bien que le narrateur avait omis de parler d’un truc !<br />
– Ses chaussures sont magiques MAX PUISSANT : tape 3 fois des talons et tu rentreras chez toi en héros ! »<br />
<br />
Soutenu du regard par ses amis, MAX PUISSANT tapa 3 fois des talons. Aussitôt, une puissante tornade se forma sous ses pieds l’arrachant de terre. Le vent était si violent que le toit du temple explosa, propulsant MAX PUISSANT de plus en plus haut…<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
« Hey Max ? MAX ! MAAAAX ! »<br />
<br />
Max entrouvrit les yeux avec peine. Sa tête était lourde, et le moindre son lui collait une migraine épouvantable.<br />
<br />
« Bon sang tu t’es pris une sacrée race mon gars ! t’as vu l’heure !? t’as dormi presque 12 heures ! »<br />
<br />
Max se redressa et prit l’ampleur du carnage : la table basse était couverte de boite de pizza vide et de cadavre de bouteille en tout genre.<br />
<br />
Lentement, le jeune homme se redressa et constat qu’il tenait à la main une bouteille de Stefos vide.<br />
<br />
« Putain mec… c’est terminé : je touche plus à l’ouzo ! »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**MAX PUISSANT**

Dans les temps anciens en Grèce, alors que la civilisation prenait son essor, les dieux étaient encore présents dans la vie des hommes et les héros affrontaient des monstres terribles au péril de leur vie. Mais de tous ces héros, le plus formidable, le plus extraordinaire, n’était pas forcément le plus célèbre. Car si nous connaissons tous Héraclès, Thésée et Ulysse, ils n’étaient rien en comparaison de l’incroyable…

MAX PUISSANT !

Née de l’union de l’élégance et de la surpuissance, MAX PUISSANT était si formidable que son nom ne pouvait s’écrire qu’en majuscule, chaque lettre étant plus importante que la précédente. Alors que tous les grecs de l’époque étaient en petite jupette de toile, MAX PUISSANT lui portait un perfecto noir, un jean 501 et des Ray Ban aviator. Et à tous ceux qui lui disait « mais enfin MAX PUISSANT ! c’est totalement anachronique ce genre de vêtement ! » il répondait « Hey ! reste cool bébé… » avant de tourner les talons avec flegme et sobriété.

MAX PUISSANT n’avait pas pour habitude de frimer comme les autres héros. Tuer des monstres n’était pas son passetemps favori, et séduire les jeunes vierges l’avait lassé depuis bien longtemps. Il passait la plupart de ses journées à boire de l’ouzo sur les marches de l’Acropole, conscient qu’il n’était pas à sa place dans un monde pareil. Parfois, il tenait compagnie à Socrate, un philosophe bien connu amateur de salade de feuille de vigne et de question rhétorique. En effet, ce dernier était comme lui : trop en avance sur son temps…

« Hey MAX PUISSANT !  » dit le philosophe tout en réajustant sa toge « Comment va la vie ?
– Bah écoutes comme tu le vois c’est la même que tous les jours : ouzo et déprime !
– Ah voilà qui est terrible mon ami… c’est triste qu’un héros comme toi soit ainsi dépourvu de destin glorieux à accomplir.
– Je sais… » dit MAX PUISSANT en avalant une gorgé d’ouzo « Mais et toi mon sage ami : qu’est ce qui t’amène dans le coin ? tu ne donnais pas des cours de… tu sais ce truc là où tu poses pleins de question sans raison ?
– De Maïeutique.
– Ouais voilà ! Mais dis donc Soso, entre nous : c’est vraiment un nom à coucher dehors ! ça ne se vendra jamais ton truc !
– Oh ne t’en fais pas mon vaillant ami, je ne compte pas toucher une drachme pour ça. Mes ambitions sont plus… pure !
– Pff… tu vois ! même toi tu as des rêves. Moi je n’ai que ma surpuissance ! »

Il convient en effet d’expliquer certaines choses. La plupart des héros sont vaillant, puissant, ou intelligent. Mais MAX PUISSANT lui était au-delà de tout cela. Il était en effet si extraordinaire, si fantastiquement héroïque, que la réalité elle-même n’osait pas aller à son encontre. C’est ainsi qu’il put mettre ko un orage d’un bon coup de poing, et briser un traité de paix d’un coup de genou. Sauf que voilà, MAX PUISSANT s’ennuyait beaucoup, n’arrivant plus à ressentir le frisson de l’aventure et le plaisir de la réussite.

« Crois moi MAX PUISSANT : tous les héros trouvent un jour leur destin ! le tiens est forcément là, quelque part ! »

Le génial héros regarda autour de lui et ne vit que des mendiants aviné et sale et train de dormir par terre. Socrate le regarda alors et se reprit :

« Oui bon pas forcement là ICI, mais pas loin quoi !
– Mouais… pff de toute façon qu’importe : tant que j’ai de l’ouzo… »

Et disant cela MAX PUISSANT remarqua avec effroi que sa bouteille était vide. Il lança un regard plein de désarroi à Socrate, mais ce dernier ne put le voir à cause des verres très opaque des Ray Ban dont le filtre anti reflet assurait une parfaite occultation.

« Je suis en plein désarroi Soso ! » dit MAX PUISSANT à son ami philosophe afin de combler à la déficience de sa communication non verbale « Si je n’ai pl]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 30 May 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-05-30T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 42 : La Réponse #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep42/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**La Réponse**<br />
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Pour Sofia, la nuit était le seul moment où elle pouvait travailler convenablement. La journée était trop pleine de bruit, d’agitation et de lumière, et elle ne supportait plus ces stimulus qui troublaient sa concentration. Depuis 8 ans qu’elle avait commencé ce projet, elle était devenue un oiseau de nuit. Ce n’était pas un choix, mais une nécessité, et l’enjeu valait le sacrifice.<br />
<br />
Experte en mathématique appliqué à l’astrophysique, Sofia avait consacré ses recherches aux théories unificatrices et plus particulièrement aux constantes cosmogoniques. C’est pour cela qu’elle restait nuit après nuit au laboratoire de l’université, lançant des opérations sur les gigantesques calculateurs soutenus par des clusters virtuels, espérant enfin obtenir la réponse à ses recherches.<br />
<br />
La quête de Sofa l’avait coupé du monde. Elle ne sortait jamais, voyait peu ses amis ou sa famille, mais surtout, ne trouvait de l’intérêt à plus rien d’autre dans sa vie. Tout pour elle tournait autour de ses recherches, et chaque conversation avec elle finissait immanquablement sur ce sujet.<br />
<br />
Ceux qui avaient connu Sofia avant ne comprenaient pas comment elle avait pu changer ainsi. Elle, de son côté, se moquait de ce que pensaient les gens, trop consciente de l’importance de ce qu’elle faisait pour se soucier dès qu’en dira-t-on.<br />
<br />
L’indicateur de progression de la matrice de calcul glissait de manière monotone sur l’écran, indiquant à chaque fois que l’algorithme n’était pas valide via un simple message « Alg Err ». Ce message, Sofia ne cessait de le voir nuit après nuit, mais aussi dans son sommeil. C’était le symbole de son obsession, son Everest, et inlassablement elle s’acharnait à le défier. Lorsqu’une série de calcul était fini, Sofia réajustait la matrice et relançait la machine, avec toujours la même certitude que cette fois, elle allait trouver la réponse.<br />
<br />
Depuis quelques semaines déjà, elle sentait qu’elle touchait au but, les simulations ayant un pourcentage de validité de presque 80%. Mais il fallait rester lucide : a moins d’avoir l’algorithme parfait, les statistiques de la matrice ne valaient pas grand-chose.<br />
<br />
Comme à son habitude, après avoir lancé une nouvelle série d’opération, Sofia quitta quelques instant le labo pour aller se chercher un café. Elle aurait pu s’acheter une cafetière depuis le temps, mais il lui semblait important de garder un semblant d’activité physique, et marcher du labo à la machine à café se trouvant dans l’espace détente était toujours ça de prit. Mais ce soir, quelqu’un troubla sa solitude : un homme de ménage en bleu de travail était assis sur une des banquettes et buvait un café, le regard perdu dans le vide.<br />
<br />
Lorsqu’il aperçut Sofia, il inclina la tête en marmonnant un « b’soir m’dame » auquel la scientifique répondit sur le même ton avant de prendre une boisson à la machine. Elle ne put s’empêcher de dévisager l’homme de ménage : il devait facilement avoir la cinquantaine, les cheveux grisonnant et le regard fatigué de quelqu’un qui cumule les petits boulots pour s’en sortir. Sa barbe de 3 jours craquait sous ses doigts lorsqu’il se passait la main sur le visage, comme s’il essayait de se donner un peu d’entrain. Sa peau brunâtre et ses traits taillé à la serpe laissait penser à Sofia qu’il devait être cubain, ou quelque chose dans le genre.<br />
<br />
Se sentant observé, l’homme fixa la scientifique qui aussitôt se retourna tout en avalant une gorgé de café l’air de rien.<br />
<br />
« Vous aussi vous bossez souvent tard ? » demanda l’homme de ménage pour faire la conversation.<br />
<br />
Sofia hésitait à répondre. Parler c’était perdre du temps, et elle doutait qu’un homme de ménage puisse trouver un quelconque intérêt à ses travaux…<br />
<br />
« Vous faites quoi ici ? » demanda-t-il l’air sincèrement intéressé.<br />
<br />
Cette fois Sofia ne pouvait plus faire la sourde oreille :<br />
<br />
« Je suis chercheuse en mathématique appliqué, et j’étudie notamment les statistiques et le principe de Pareto…<br />
– Pareto ? c’est quelqu’un de chez moi ! » répondit-il amusé en forçant sur son léger accent hispanique. « Et ça consiste en quoi ?<br />
– Oh… c’est assez compliqué…<br />
– Vous pensez que je ne peux pas comprendre ?<br />
– Je n’ai jamais dit ça ! » répondit Sofia sur la défensive. « C’est juste que… en général les gens ont du mal à comprendre l’objet de mes recherches…<br />
– Je suis sûr que vous expliquez très bien.<br />
– Disons que… c’est le principe qui veut que 80% des effets sont le résultat de 20% des causes.<br />
– Houla… vous aviez raison, c’est bizarre ! »<br />
<br />
Sofia était mal à l’aise. Parler aux gens et ne pas être comprise était sans doute ce qu’elle supportait le moins dans les sacrifices qu’imposaient ses recherches.<br />
<br />
« Je suis désolé… c’est une discipline qui demande un certain état d’esprit et…<br />
– Non, ne vous excusez pas pour moi… c’est pas votre faute si je suis bête »<br />
<br />
L’homme de ménage n’était ni sarcastique, ni agressif. Il était simplement conscient de ne pas avoir les facultés nécessaires pour appréhender ce que Sofia lui disait. Mais ce qui étonna la scientifique, c’était que cela ne semblait lui causer aucun problème. Elle qui craignait toujours de vexer son auditoire était là face à quelqu’un de totalement hermétique à ce genre de considération.<br />
<br />
Il termina son café d’une traite et jeta le gobelet dans la poubelle situé à bonne distance avec la précision d’un joueur de basket. Il salua Sofia comme lorsqu’elle était entrée, et se dirigea vers la porte. Cette dernière eut alors une pulsion soudaine :<br />
<br />
« Attendez… c’est quoi votre nom ?<br />
– Carlo madame,<br />
– Moi c’est Sofia. Ecoutez Carlo, je crois qu’en fait si vous n’avez pas compris c’est parce que j’explique mal. En fait ce que j’étudie c’est la récurrence des choses. Qu’est ce qui fait qu’une chose arrive souvent et pas une autre…<br />
– Oh je vois ! » dit Carlo en levant l’index « C’est comme ceux qui calculent les chances de voir leurs numéros sortir au loto ?<br />
– Y’a de ça  » dit Sofia en souriant « En fait ce principe date de la fin du 19eme siècle, et était appliqué à la répartition des richesses. Mais on à vite réalise qu’il s’appliquait à absolument tout. Par exemple en linguistique, plus un mot à de lettre, moins il est présent dans le langage, et ce dans une proportion parfaitement claire.<br />
– Pour toutes les langues ?<br />
– Sans exception<br />
– Ça veut dire que quand je parle espagnol ou bien anglais, ce que je dis le plus ce sont de petits mots ?<br />
– Toujours. Ça veut dire aussi que les objets les plus simples sont les plus présent, que plus une molécule est complexe et moins elle est fréquente… il y’a comme une répartition harmonique dans tout l’univers ! »<br />
<br />
Carlo semblait passionné par l’explication de Sofia.<br />
<br />
« Mais si ce principe est connu, que cherchez-vous exactement ? » demanda l’homme de ménage.<br />
– Je cherche l’algo… la formule mathématique qui permettra précisément de comprendre le « dosage » de l’univers. Avec cette formule, on pourra construire n’importe quoi, appréhender n’importe quel problème ! Cette formule c’est la recette primitive de tout ce qui existe ! »<br />
<br />
L’exaltation de Sofia impressionna Carlo qui la regardait avec un grand respect.<br />
<br />
« Madame c’est extraordinaire ! Je comprends que vous soyez aussi accrochée à vos recherches. Quand je pense que moi je ne suis qu’un petit balayeur et que je côtoie une personne aussi intelligente que vous…  »<br />
<br />
Sofia eut le cœur serrer par cette remarque.<br />
<br />
« Pourquoi dites-vous ça ?<br />
– Moi tout ce que je fais, c’est laver par terre, changer le papier toilette… y’a 200 imbécile dehors qui peuvent faire ça, même plus ! mais vous ce que vous faites… c’est unique ! Vous devez êtes vraiment fière ! »<br />
<br />
La scientifique remarqua alors que Carlo portait une fine croix en argent autour du cou<br />
<br />
« Vous êtes croyant ? » demanda-t-elle du bout des lèvres<br />
<br />
En guise de réponse, Carlo attrapa sa croix et l’embrassa<br />
<br />
« A votre avis ?» ajouta-t-il malicieusement.<br />
– Vous croyez en Dieu mais vous trouvez ce que je fais intéressant ?<br />
– Je ne vois en quoi ça serait un problème madame : ce que vous trouvez c’est simplement la manière dont le Seigneur à fait le monde…<br />
– Si mes recherches aboutissent alors ça voudra dire qu’il n’y a pas de Dieu ! »<br />
<br />
Sofia était-elle même surprise de la virulence de sa réponse. Elle eut soudain le souvenir des conversations qu’elle avait avec son père, et combien il prenait ombrage des croyances de sa fille. Il ne pouvait admettre d’avoir élevé une païenne en son foyer.<br />
<br />
Carlo restait pensif, toujours serein, et prit un instant pour réfléchir à la remarque de Sofia avant de répondre :<br />
<br />
« Si vous trouver ce qui à créer l’univers, alors par définition c’est Dieu<br />
– Carlo, je vous parle de réalité mathématique et fondamentale ! Pas de vieux barbu dans le ciel qui nous observe ! »<br />
<br />
Pour la première fois, Carlo sembla affecté<br />
<br />
« Madame vous savez… je ne suis pas naïf. Je me doute bien que le Seigneur n’est pas comme sur les vitraux des églises. Je n’ai pas la prétention de comprendre sa nature et je sais que les Hommes parlent beaucoup en son nom… mais ça n’empêche que votre théorie ne vaut pas mieux que ce en quoi je crois… »<br />
<br />
L’homme de ménage quitta la pièce, laissant Sofia seule avec ces certitudes.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis qu’elle retournait vers son labo, Sofia repensa à la conversation qu’elle venait d’avoir avec Carlo. Finalement avait-il tort de croire que « Dieu » était l’instigateur des règles qui forment la réalité ? Ou bien était-ce elle qui avait tort de croire que le monde était un objet rationnel, mesurable et calculable ?<br />
<br />
Le trouble resta dans son esprit une bonne heure encore avant que le flot monotone de son travail ne le chasse. Ce soir encore, les messages défilaient inlassablement, indiquant que l’algorithme n’était toujours pas bien calibré.<br />
<br />
Et cela arriva.<br />
<br />
La réponse venait enfin de tomber. Net, précise et valide. Le calculateur avait enfin réussi à parfaitement définir la formule mathématique dérivé du principe de Pareto.<br />
<br />
En bonne scientifique, Sofia procéda à des tests complémentaires et incluant quelques variations afin de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un coup de chance. A chaque fois le résultat était toujours net, précis et valide.<br />
<br />
Alors c’était ça. La réponse absolue à toutes les questions possibles.<br />
<br />
Le vertigineux frisson métaphysique qui la traversa souleva le cœur de Sofia qui manqua de vomir. Ce qu’elle détenait était tout autant une boite de Pandore qu’un saint Graal. La source de nombreux maux ou d’immense bienfait…<br />
<br />
Sentant ses jambes trembler, elle prit place sur la siège à roulette qui jouxtait son bureau et essaya de reprendre son souffle. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle réalisa qu’elle avait quasiment cesser de respirer pendant un instant…<br />
<br />
L’adrénaline commença à augmenter dans son corps, poussé par la chute spectaculaire de la tension qu’elle subissait en contrecoup. C’était si soudain, si violent… il n’y avait pas eu de signe avant-coureur, pas de compte à rebours, rien. En un instant totalement banal, elle était passé de chercheuse en quête de vérité à un Prométhée des temps moderne détenant les secrets de l’univers.<br />
<br />
Sofia c’était souvent demandé ce qu’elle ferait avec un tel savoir. Fallait-il vendre sa découverte ? la garder secrète et l’exploiter pour faire fortune ? En faire don à la science pour le bien de tous ? La scientifique réalisa tout ce temps qu’a force d’obstination à chercher, elle en avait fini par perdre de vu ce qu’elle pourrait bien faire du résultat.<br />
<br />
Une autre réalité titilla Sofia : sa petite vie bien rangée venait de voler en éclat. Fini la monotonie apaisante du labo, fini les soirées interminables devant la matrice de calcul. Maintenant il allait falloir exploiter le résultat, croiser des données avec d’autres équipes de recherche, ou bien vendre le tout et finir ses vieux jours sur la côte dans une belle villa…<br />
<br />
… non elle ne pouvait pas faire cela. Sofia n’était pas vénale : elle avait la passion de son domaine d’expertise et voulait y contribuer… mais ne venait-elle pas de tuer tout intérêt pour quel que discipline que ce soit ?<br />
<br />
Son algorithme, pour peu qu’on y ajoute assez de puissance de calcul, pouvait donner toutes les réponses à toutes les recherches possibles et imaginable. Pire encore, il pouvait aider à optimiser les outils de simulation et les machines qui les faisaient tourner.<br />
<br />
Devant son écran, réalisant que désormais l’humanité avait toutes les réponses qu’elle pouvait souhaiter, Sofia se mit à pleurer.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**La Réponse**<br />
<br />
Pour Sofia, la nuit était le seul moment où elle pouvait travailler convenablement. La journée était trop pleine de bruit, d’agitation et de lumière, et elle ne supportait plus ces stimulus qui troublaient sa concentration. Depuis 8 ans qu’elle avait commencé ce projet, elle était devenue un oiseau de nuit. Ce n’était pas un choix, mais une nécessité, et l’enjeu valait le sacrifice.<br />
<br />
Experte en mathématique appliqué à l’astrophysique, Sofia avait consacré ses recherches aux théories unificatrices et plus particulièrement aux constantes cosmogoniques. C’est pour cela qu’elle restait nuit après nuit au laboratoire de l’université, lançant des opérations sur les gigantesques calculateurs soutenus par des clusters virtuels, espérant enfin obtenir la réponse à ses recherches.<br />
<br />
La quête de Sofa l’avait coupé du monde. Elle ne sortait jamais, voyait peu ses amis ou sa famille, mais surtout, ne trouvait de l’intérêt à plus rien d’autre dans sa vie. Tout pour elle tournait autour de ses recherches, et chaque conversation avec elle finissait immanquablement sur ce sujet.<br />
<br />
Ceux qui avaient connu Sofia avant ne comprenaient pas comment elle avait pu changer ainsi. Elle, de son côté, se moquait de ce que pensaient les gens, trop consciente de l’importance de ce qu’elle faisait pour se soucier dès qu’en dira-t-on.<br />
<br />
L’indicateur de progression de la matrice de calcul glissait de manière monotone sur l’écran, indiquant à chaque fois que l’algorithme n’était pas valide via un simple message « Alg Err ». Ce message, Sofia ne cessait de le voir nuit après nuit, mais aussi dans son sommeil. C’était le symbole de son obsession, son Everest, et inlassablement elle s’acharnait à le défier. Lorsqu’une série de calcul était fini, Sofia réajustait la matrice et relançait la machine, avec toujours la même certitude que cette fois, elle allait trouver la réponse.<br />
<br />
Depuis quelques semaines déjà, elle sentait qu’elle touchait au but, les simulations ayant un pourcentage de validité de presque 80%. Mais il fallait rester lucide : a moins d’avoir l’algorithme parfait, les statistiques de la matrice ne valaient pas grand-chose.<br />
<br />
Comme à son habitude, après avoir lancé une nouvelle série d’opération, Sofia quitta quelques instant le labo pour aller se chercher un café. Elle aurait pu s’acheter une cafetière depuis le temps, mais il lui semblait important de garder un semblant d’activité physique, et marcher du labo à la machine à café se trouvant dans l’espace détente était toujours ça de prit. Mais ce soir, quelqu’un troubla sa solitude : un homme de ménage en bleu de travail était assis sur une des banquettes et buvait un café, le regard perdu dans le vide.<br />
<br />
Lorsqu’il aperçut Sofia, il inclina la tête en marmonnant un « b’soir m’dame » auquel la scientifique répondit sur le même ton avant de prendre une boisson à la machine. Elle ne put s’empêcher de dévisager l’homme de ménage : il devait facilement avoir la cinquantaine, les cheveux grisonnant et le regard fatigué de quelqu’un qui cumule les petits boulots pour s’en sortir. Sa barbe de 3 jours craquait sous ses doigts lorsqu’il se passait la main sur le visage, comme s’il essayait de se donner un peu d’entrain. Sa peau brunâtre et ses traits taillé à la serpe laissait penser à Sofia qu’il devait être cubain, ou quelque chose dans le genre.<br />
<br />
Se sentant observé, l’homme fixa la scientifique qui aussitôt se retourna tout en avalant une gorgé de café l’air de rien.<br />
<br />
« Vous aussi vous bossez souvent tard ? » demanda l’homme de ménage pour faire la conversation.<br />
<br />
Sofia hésitait à répondre. Parler c’était perdre du temps, et elle doutait qu’un homme de ménage puisse trouver un quelconque intérêt à ses travaux…<br />
<br />
« Vous faites quoi ici ? » demanda-t-il l’air sincèrement intéressé.<br />
<br />
Cette fois Sofia ne pouvait plus faire la sourde oreille :<br />
<br />
« Je suis chercheuse en mathématique appliqué, et j’étudie notamment les statistiques et le principe de Pareto…<br />
– Pareto ? c’est quelqu’un de chez moi ! » répondit-il amusé en forçant sur son léger accent hispanique. « Et ça consiste en quoi ?<br />
– Oh… c’est assez compliqué…<br />
– Vous pensez que je ne peux pas comprendre ?<br />
– Je n’ai jamais dit ça ! » répondit Sofia sur la défensive. « C’est juste que… en général les gens ont du mal à comprendre l’objet de mes recherches…<br />
– Je suis sûr que vous expliquez très bien.<br />
– Disons que… c’est le principe qui veut que 80% des effets sont le résultat de 20% des causes.<br />
– Houla… vous aviez raison, c’est bizarre ! »<br />
<br />
Sofia était mal à l’aise. Parler aux gens et ne pas être comprise était sans doute ce qu’elle supportait le moins dans les sacrifices qu’imposaient ses recherches.<br />
<br />
« Je suis désolé… c’est une discipline qui demande un certain état d’esprit et…<br />
– Non, ne vous excusez pas pour moi… c’est pas votre faute si je suis bête »<br />
<br />
L’homme de ménage n’était ni sarcastique, ni agressif. Il était simplement conscient de ne pas avoir les facultés nécessaires pour appréhender ce que Sofia lui disait. Mais ce qui étonna la scientifique, c’était que cela ne semblait lui causer aucun problème. Elle qui craignait toujours de vexer son auditoire était là face à quelqu’un de totalement hermétique à ce genre de considération.<br />
<br />
Il termina son café d’une traite et jeta le gobelet dans la poubelle situé à bonne distance avec la précision d’un joueur de basket. Il salua Sofia comme lorsqu’elle était entrée, et se dirigea vers la porte. Cette dernière eut alors une pulsion soudaine :<br />
<br />
« Attendez… c’est quoi votre nom ?<br />
– Carlo madame,<br />
– Moi c’est Sofia. Ecoutez Carlo, je crois qu’en fait si vous n’avez pas compris c’est parce que j’explique mal. En fait ce que j’étudie c’est la récurrence des choses. Qu’est ce qui fait qu’une chose arrive souvent et pas une autre…<br />
– Oh je vois ! » dit Carlo en levant l’index « C’est comme ceux qui calculent les chances de voir leurs numéros sortir au loto ?<br />
– Y’a de ça  » dit Sofia en souriant « En fait ce principe date de la fin du 19eme siècle, et était appliqué à la répartition des richesses. Mais on à vite réalise qu’il s’appliquait à absolument tout. Par exemple en linguistique, plus un mot à de lettre, moins il est présent dans le langage, et ce dans une proportion parfaitement claire.<br />
– Pour toutes les langues ?<br />
– Sans exception<br />
– Ça veut dire que quand je parle espagnol ou bien anglais, ce que je dis le plus ce sont de petits mots ?<br />
– Toujours. Ça veut dire aussi que les objets les plus simples sont les plus présent, que plus une molécule est complexe et moins elle est fréquente… il y’a comme une répartition harmonique dans tout l’univers ! »<br />
<br />
Carlo semblait passionné par l’explication de Sofia.<br />
<br />
« Mais si ce principe est connu, que cherchez-vous exactement ? » demanda l’homme de ménage.<br />
– Je cherche l’algo… la formule mathématique qui permettra précisément de comprendre le « dosage » de l’univers. Avec cette formule, on pourra construire n’importe quoi, appréhender n’importe quel problème ! Cette formule c’est la recette primitive de tout ce qui existe ! »<br />
<br />
L’exaltation de Sofia impressionna Carlo qui la regardait avec un grand respect.<br />
<br />
« Madame c’est extraordinaire ! Je comprends que vous soyez aussi accrochée à vos recherches. Quand je pense que moi je ne suis qu’un petit balayeur et que je côtoie une personne aussi intelligente que vous…  »<br />
<br />
Sofia eut le cœur serrer par cette remarque.<br />
<br />
« Pourquoi dites-vous ça ?<br />
– Moi tout ce que je fais, c’est laver par terre, changer le papier toilette… y’a 200 imbécile dehors qui peuvent faire ça, même plus ! mais vous ce que vous faites… c’est unique ! Vous devez êtes vraiment fière ! »<br />
<br />
La scientifique remarqua alors que Carlo portait une fine croix en argent autour du cou<br />
<br />
« Vous êtes croyant ? » demanda-t-elle du bout des lèvres<br />
<br />
En guise de réponse, Carlo attrapa sa croix et l’embrassa<br />
<br />
« A votre avis ?» ajouta-t-il malicieusement.<br />
– Vous croyez en Dieu mais vous trouvez ce que je fais intéressant ?<br />
– Je ne vois en quoi ça serait un problème madame : ce que vous trouvez c’est simplement la manière dont le Seigneur à fait le monde…<br />
– Si mes recherches aboutissent alors ça voudra dire qu’il n’y a pas de Dieu ! »<br />
<br />
Sofia était-elle même surprise de la virulence de sa réponse. Elle eut soudain le souvenir des conversations qu’elle avait avec son père, et combien il prenait ombrage des croyances de sa fille. Il ne pouvait admettre d’avoir élevé une païenne en son foyer.<br />
<br />
Carlo restait pensif, toujours serein, et prit un instant pour réfléchir à la remarque de Sofia avant de répondre :<br />
<br />
« Si vous trouver ce qui à créer l’univers, alors par définition c’est Dieu<br />
– Carlo, je vous parle de réalité mathématique et fondamentale ! Pas de vieux barbu dans le ciel qui nous observe ! »<br />
<br />
Pour la première fois, Carlo sembla affecté<br />
<br />
« Madame vous savez… je ne suis pas naïf. Je me doute bien que le Seigneur n’est pas comme sur les vitraux des églises. Je n’ai pas la prétention de comprendre sa nature et je sais que les Hommes parlent beaucoup en son nom… mais ça n’empêche que votre théorie ne vaut pas mieux que ce en quoi je crois… »<br />
<br />
L’homme de ménage quitta la pièce, laissant Sofia seule avec ces certitudes.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis qu’elle retournait vers son labo, Sofia repensa à la conversation qu’elle venait d’avoir avec Carlo. Finalement avait-il tort de croire que « Dieu » était l’instigateur des règles qui forment la réalité ? Ou bien était-ce elle qui avait tort de croire que le monde était un objet rationnel, mesurable et calculable ?<br />
<br />
Le trouble resta dans son esprit une bonne heure encore avant que le flot monotone de son travail ne le chasse. Ce soir encore, les messages défilaient inlassablement, indiquant que l’algorithme n’était toujours pas bien calibré.<br />
<br />
Et cela arriva.<br />
<br />
La réponse venait enfin de tomber. Net, précise et valide. Le calculateur avait enfin réussi à parfaitement définir la formule mathématique dérivé du principe de Pareto.<br />
<br />
En bonne scientifique, Sofia procéda à des tests complémentaires et incluant quelques variations afin de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un coup de chance. A chaque fois le résultat était toujours net, précis et valide.<br />
<br />
Alors c’était ça. La réponse absolue à toutes les questions possibles.<br />
<br />
Le vertigineux frisson métaphysique qui la traversa souleva le cœur de Sofia qui manqua de vomir. Ce qu’elle détenait était tout autant une boite de Pandore qu’un saint Graal. La source de nombreux maux ou d’immense bienfait…<br />
<br />
Sentant ses jambes trembler, elle prit place sur la siège à roulette qui jouxtait son bureau et essaya de reprendre son souffle. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle réalisa qu’elle avait quasiment cesser de respirer pendant un instant…<br />
<br />
L’adrénaline commença à augmenter dans son corps, poussé par la chute spectaculaire de la tension qu’elle subissait en contrecoup. C’était si soudain, si violent… il n’y avait pas eu de signe avant-coureur, pas de compte à rebours, rien. En un instant totalement banal, elle était passé de chercheuse en quête de vérité à un Prométhée des temps moderne détenant les secrets de l’univers.<br />
<br />
Sofia c’était souvent demandé ce qu’elle ferait avec un tel savoir. Fallait-il vendre sa découverte ? la garder secrète et l’exploiter pour faire fortune ? En faire don à la science pour le bien de tous ? La scientifique réalisa tout ce temps qu’a force d’obstination à chercher, elle en avait fini par perdre de vu ce qu’elle pourrait bien faire du résultat.<br />
<br />
Une autre réalité titilla Sofia : sa petite vie bien rangée venait de voler en éclat. Fini la monotonie apaisante du labo, fini les soirées interminables devant la matrice de calcul. Maintenant il allait falloir exploiter le résultat, croiser des données avec d’autres équipes de recherche, ou bien vendre le tout et finir ses vieux jours sur la côte dans une belle villa…<br />
<br />
… non elle ne pouvait pas faire cela. Sofia n’était pas vénale : elle avait la passion de son domaine d’expertise et voulait y contribuer… mais ne venait-elle pas de tuer tout intérêt pour quel que discipline que ce soit ?<br />
<br />
Son algorithme, pour peu qu’on y ajoute assez de puissance de calcul, pouvait donner toutes les réponses à toutes les recherches possibles et imaginable. Pire encore, il pouvait aider à optimiser les outils de simulation et les machines qui les faisaient tourner.<br />
<br />
Devant son écran, réalisant que désormais l’humanité avait toutes les réponses qu’elle pouvait souhaiter, Sofia se mit à pleurer.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**La Réponse**

Pour Sofia, la nuit était le seul moment où elle pouvait travailler convenablement. La journée était trop pleine de bruit, d’agitation et de lumière, et elle ne supportait plus ces stimulus qui troublaient sa concentration. Depuis 8 ans qu’elle avait commencé ce projet, elle était devenue un oiseau de nuit. Ce n’était pas un choix, mais une nécessité, et l’enjeu valait le sacrifice.

Experte en mathématique appliqué à l’astrophysique, Sofia avait consacré ses recherches aux théories unificatrices et plus particulièrement aux constantes cosmogoniques. C’est pour cela qu’elle restait nuit après nuit au laboratoire de l’université, lançant des opérations sur les gigantesques calculateurs soutenus par des clusters virtuels, espérant enfin obtenir la réponse à ses recherches.

La quête de Sofa l’avait coupé du monde. Elle ne sortait jamais, voyait peu ses amis ou sa famille, mais surtout, ne trouvait de l’intérêt à plus rien d’autre dans sa vie. Tout pour elle tournait autour de ses recherches, et chaque conversation avec elle finissait immanquablement sur ce sujet.

Ceux qui avaient connu Sofia avant ne comprenaient pas comment elle avait pu changer ainsi. Elle, de son côté, se moquait de ce que pensaient les gens, trop consciente de l’importance de ce qu’elle faisait pour se soucier dès qu’en dira-t-on.

L’indicateur de progression de la matrice de calcul glissait de manière monotone sur l’écran, indiquant à chaque fois que l’algorithme n’était pas valide via un simple message « Alg Err ». Ce message, Sofia ne cessait de le voir nuit après nuit, mais aussi dans son sommeil. C’était le symbole de son obsession, son Everest, et inlassablement elle s’acharnait à le défier. Lorsqu’une série de calcul était fini, Sofia réajustait la matrice et relançait la machine, avec toujours la même certitude que cette fois, elle allait trouver la réponse.

Depuis quelques semaines déjà, elle sentait qu’elle touchait au but, les simulations ayant un pourcentage de validité de presque 80%. Mais il fallait rester lucide : a moins d’avoir l’algorithme parfait, les statistiques de la matrice ne valaient pas grand-chose.

Comme à son habitude, après avoir lancé une nouvelle série d’opération, Sofia quitta quelques instant le labo pour aller se chercher un café. Elle aurait pu s’acheter une cafetière depuis le temps, mais il lui semblait important de garder un semblant d’activité physique, et marcher du labo à la machine à café se trouvant dans l’espace détente était toujours ça de prit. Mais ce soir, quelqu’un troubla sa solitude : un homme de ménage en bleu de travail était assis sur une des banquettes et buvait un café, le regard perdu dans le vide.

Lorsqu’il aperçut Sofia, il inclina la tête en marmonnant un « b’soir m’dame » auquel la scientifique répondit sur le même ton avant de prendre une boisson à la machine. Elle ne put s’empêcher de dévisager l’homme de ménage : il devait facilement avoir la cinquantaine, les cheveux grisonnant et le regard fatigué de quelqu’un qui cumule les petits boulots pour s’en sortir. Sa barbe de 3 jours craquait sous ses doigts lorsqu’il se passait la main sur le visage, comme s’il essayait de se donner un peu d’entrain. Sa peau brunâtre et ses traits taillé à la serpe laissait penser à Sofia qu’il devait être cubain, ou quelque chose dans le genre.

Se sentant observé, l’homme fixa la scientifique qui aussitôt se retourna tout en avalant une gorgé de café l’air de rien.

« Vous aussi vous bossez souvent tard ? » demanda l’homme de ménage pour faire la conversation.

Sofia hésitait à répondre. Parler c’était perdre du temps, et elle doutait qu’un homme de ménage puisse trouver un quelconque intérêt à ses travaux…

« Vous faites quoi ici ? » demanda-t-il l’air sincèrement intéressé.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Thu, 26 May 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 41 : la Chaîne du Chaos #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep41/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**La chaîne du chaos**<br />
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C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.<br />
<br />
A peine fut elle arrivé que je lui demandais de m’accorder quelques instants pour lui parler. Le doute me traversa. Elle était incroyablement belle dans cette robe bleue myosotis sans manche, assortie d’une ceinture à grosse boucle. C’était tout simple, mais élégant, parfaitement adapté… Oh mais à quoi je pense ?<br />
<br />
Peut-être valait-il mieux ne rien dire ?<br />
<br />
Elle me regardait avec un air étrange mêlant l’envie et la crainte, tirant en arrière une mèche de ses cheveux cendres derrière son oreille tandis qu’elle s’avançait. De ma main posée sur son épaule, je la ramenais contre moi avant de poser doucement mon front sur le sien. Nous étions si près l’un de l’autre que je pouvais sentir la chaleur de son visage irradier le mien. Mes lèvres s’approchèrent des siennes sans jamais les toucher, me laissant un frisson intense.<br />
<br />
« attends… » dis-je « Je peux pas faire ça…<br />
– Faire quoi ?<br />
– Te mentir… te faire croire que… que je suis quelqu’un d’autre. T’es une nana super et tu mérites pas ça… »<br />
<br />
Evidemment son regard changea. Ses pupilles dilatés signifiaient clairement sa surprise. Un peu de tristesse passa dans les contours de ses yeux, et sa lèvre inférieur se mit à trembloter.<br />
<br />
« Mais de quoi tu parles ? tu me fais peur là !<br />
– Je ne suis pas le patron de Lucas. Je t’ai dit ça parce que… Au début c’était un malentendu et j’avais peur qu’à cause de ça tu t’intéresses plus à moi. Je voulais juste te plaire et puis… au final c’est le contraire qui s’est produit.<br />
– Comment ça ? »<br />
<br />
Oui c’était dur à avouer.<br />
<br />
« Au début c’était juste une attirance…<br />
– Physique ?  » m’assénât-elle sans pitié mais avec raison<br />
– Oui… je l’admets. Mais au final je me suis rendu compte à quel point j’avais été stupide, et à quel point c’était insultant pour toi. Et c’est pour ça que je te raconte tout ça, parce que si on était allé plus loin c’était un point de non-retour. »<br />
<br />
Ses yeux dansaient de gauche à droite, comme reflétant les assauts des pensées qui devaient l’assaillir en cet instant. <br />
<br />
« Donc tu me dis que… tu m’as menti pour me mettre dans ton lit mais que finalement tu ne veux plus jouer à ça ?<br />
– En quelque sorte<br />
– Et tu voudrais que je te sois tellement reconnaissante te ta franchise que j’en oublie que tu m’as baladée en espérant me sauter ?<br />
– Non. Je fais ça pour moi. Pour ne pas devenir ce genre de salaud.<br />
– T’es conscient qu’en ce qui me concerne ça ne change pas grand-chose ?<br />
– C’est un acte de foi. Je ne peux pas te demander ta confiance si je ne t’en donne pas des preuves de mon côté. »<br />
<br />
Son visage s’illumina d’un sourire<br />
<br />
« La foi… c’est un truc de petit garçon. Croire très fort en quelque chose… espérer que ses rêves se réalisent…<br />
– Je dirais plutôt qu’au contraire c’est le truc le plus adulte que j’ai fait de ma vie. <br />
– Quoi ? me dire la vérité ?<br />
– Non : assumer le mensonge »<br />
<br />
On pourrait croire que tout mon discours n’était que du vent, que mon petit speech n’était qu’une habile manœuvre pour établir une situation favorable et éviter que ça soit elle qui démasque mon mensonge… mais il n’en était rien.<br />
<br />
J’étais vraiment sincère, parce que vraiment amoureux, et en l’occurrence pas de mystère je pensais chaque mot qui sortaient de ma bouche. Fini de mentir, fini de croire qu’en se cachant on pouvait arriver à ses fins sans encombre. J’avais besoin d’un élan d’honnêteté pour me sentir bien.<br />
<br />
Elle agrippa mes épaules et m’attira vers elle, puis en poussant légèrement sur la pointe de ses pieds s’avança un chouia pour déposer un fugace baiser sur mes lèvres.<br />
<br />
« On s’arrêtera là pour l’instant » me dit elle « mais j’apprécie le geste ».<br />
<br />
Puis elle quitta l’appartement, me laissant seul tandis que je savourais la paix de l’esprit que j’avais enfin retrouvé…<br />
<br />
***<br />
<br />
Finalement, je décrochais le téléphone.<br />
<br />
« Bon sang mais c’est quoi cette histoire ? tu ne lui as toujours pas dit la vérité ?<br />
– Salut Lucas… moi aussi je suis content d’étendre…<br />
– Fais pas le plus malin ! » me dit-il « tu te rends compte de ce qui va se passer ?<br />
– Et toi tu ne te dis pas que si je lui dis ça sera pire monsieur je sais tout ?<br />
<br />
– Pire que quoi ? que de mentir sur qui tu es ? tu crois qu’elle fera qu’elle tête quand elle se rendra compte que tu n’es pas le grand patron ?<br />
– Pour l’instant en tout cas…<br />
– Pour l’instant… MAIS MERDE ! Tu ne te rends pas compte que tu vas tout foutre en l’air ! tu l’aimes ça crève les yeux, mais t’assumes pas et non seulement tu vas te planter mais tu vas aussi lui faire du mal ! tu trouves ça normal ? »<br />
<br />
Lucas avait raison. Ça me faisait mal de l’admettre, mais une fois encore il avait raison. J’avais le béguin pour elle. Ce qui était au départ un jeu de séduction avait fini par se retourner contre moi. C’était dur à admettre pour le célibataire endurci que j’étais devenu, mais elle me faisait vibrer comme jamais auparavant. Elle était belle à en crever mais au fil du temps, j’avais réalisé qu’au-delà de ça, c’était une personne incroyable, le genre de personne qu’on a envie d’aimer plus que soit même, et avec qui on ne se sent jamais en compétition. Elle était brillante, intelligente, largement plus que moi, mais je m’en foutais. Je pouvais l’écouter des heures me parler de livre, de film ou de faits de société, sans me sentir en confrontation si mes idées divergeaient. Est-ce que ça venait de sa naturelle bienveillance ou de sa façon habile de mener la conversation, toujours est-il qu’en sa présence je me sentais bien.<br />
<br />
« Okey Lucas… mais au point où j’en suis quoi que je fasse je lui ferai du mal. Maintenant ou plus tard. Pour l’instant ça ne ferait qu’envenimer les choses de tout lui dire.<br />
– Parce que plus tard ça ira mieux ? t’es con ou quoi ma parole ! plus vous aller vous rapprocher l’un de l’autre, plus ça lui fera mal. Ton problème c’est que tu n’assumes pas en fait… tu t’en fiches à ce point de ce que ça va lui faire ? »<br />
<br />
Je me défaussais. En contrant Lucas c’était moi même que je contrais. A travers lui c’est moi que je voulais convaincre, mais je savais qu’en réalité c’était déjà fichu.<br />
<br />
« Non je ne m’en fiche pas… et c’est toi qui a raison. Faut que je trouve le bon moment pour…<br />
– ça n’existe pas les bons moments pour ce genre de chose » coupa Lucas comprenant qu’une fois de plus je prenais la fuite. « C’est quand la prochaine fois que tu la vois ?<br />
– Ce week end : je l’ai invité à diner à la maison.<br />
– Alors n’attends pas : dès qu’elle arrive tu vides ton sac et tu serres les dents lorsqu’elle t’en foutra une. <br />
– Tu crois vraiment que c’est le mieux à faire ?<br />
– C’est pas une histoire de mieux mec ! c’est une histoire de bien. Je te dis pas ça que pour elle : toi aussi tu sais que ça te fera du bien d’être un peu plus franc et d’arrêter de te cacher derrière tes histoires !<br />
– Mes histoires ? j’y suis pour rien si elle a cru que…<br />
– Tu l’es parce que t’as rien fait pour lever le quiproquo. Je te préviens : tu vas encore salement morfler si tu continues ! je t’aurai prévenu ! »<br />
<br />
Lucas raccrocha soudainement. <br />
<br />
Le téléphone encore à l’oreille, je lâchais un soupir : maintenant j’étais prévenu, et pas que par ma mauvaise conscience. Je ne pouvais plus me dire que c’était dans ma tête, car maintenant quelqu’un me mettait le nez dans mes conneries. Mon seul choix ce n’était pas de décidé entre risquer notre relation maintenant ou plus tard, c’était de choisir entre une relation et une arnaque.<br />
<br />
L’appel de Lucas était la dernière chance que j’avais pour faire le bon choix. Est-ce que je voulais être ce genre de salaud qui pour son intérêt manipule les autres ? Est-ce que j’allais arrêter de me leurrer ?<br />
<br />
C’était déjà le soir, et la question tournait encore dans ma tête. Elle allait arriver, et tout allait changer quoi qu’il arrive : soit mon attitude, soit la façon dont je me regarderai désormais.<br />
<br />
Elle sonna à l’interphone, et tandis qu’elle montait les étages, je me dévisageai dans le petit miroir de l’entrée. <br />
<br />
Elle ne méritait pas ça…<br />
<br />
Je ne méritais pas ça…<br />
<br />
C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.  <br />
<br />
***<br />
<br />
Qu’ils aillent se faire foutre !<br />
<br />
Seul dans l’appart, je me servi un verre de whisky comme si j’étais un publicitaire de série télé. A peine avalé d’une traite que je m’en réservais un deuxième.<br />
<br />
Le téléphone sonna de nouveau.<br />
<br />
« JE T’EMMERDES ! » lui hurlais je dessus « FOU MOI LA PAIX ! »<br />
<br />
Bravo : très mature comme attitude.<br />
<br />
J’étais fatigué, énervé et l’entretient avec Phil n’avait rien arrangé. Comme si ma vie n’était pas déjà assez compliquée…<br />
<br />
Je scrutais l’appartement en me demandant si j’allais réussir à donner le change. Par chance, c’était un ancien loft d’artiste dont j’avais pu avoir la location avec les meubles pour une bouché de pain grâce à un client. Rien de tel pour impressionner les filles.<br />
<br />
Mentalement, je me repassais le fil de tout ce que j’avais déjà pu lui raconter afin de m’assurer que je ne commenterai pas d’impair. Heureusement comme tout bon menteur, je prenais toujours soin de ne pas trop mettre de détail dans mes histoires (sauf si je pouvais les rattacher à de vrai élément ce qui fait qu’il était ainsi facile de s’en souvenir convenablement). <br />
<br />
Mon voyage en chine ? basé sur un documentaire. De toute façon j’étais censé y aller pour le boulot, donc je n’aurais qu’à dire que je n’avais pas trop le temps de folâtrer. Mon divorce ? là c’est plus facile : y’a tellement de divorcé autour de moi que je peux trouver toute la matière à un bon récit.<br />
<br />
Le champagne était au frigo, le lit fait avec des draps propres, capotes dans la table de chevet, lumière d’ambiance réglé sur un style tamisé… ok : tout était bon.<br />
<br />
Le téléphone sonna de nouveau. Encore Lucas.<br />
<br />
« JE T’AI DIS DE ME LÂCHER PUTAIN !» hurlais-je en direction du salon.<br />
<br />
Je savais très bien pourquoi Lucas voulait m’appeler. Cet après-midi après ma réunion avec Phil, il m’était tombé dessus pour savoir comment ça c’était passé. Il avait eu des doutes, et à tous les coups il en avait touché deux mots à l’intéressée. Et s’il m’appelait c’était pour me faire la morale.<br />
<br />
Lucas c’était un peu mon jiminy Cricket à moi. Une saloperie de bonne conscience qui essaye de vous faire faire les bons choix alors même que c’est ça qui va vous pourrir la vie. Il vivait selon ses principes sans se rendre compte que tout le monde n’avait pas son sens moral. Bref un emmerdeur adorable mais vraiment gonflant à la longue.<br />
<br />
Et encore la sonnerie du téléphone.<br />
<br />
« JE VAIS ME FÂCHER ! »<br />
<br />
Ce coup-ci c’était un SMS…<br />
<br />
Fais pas le mort sinon c’est elle que j’appelle…<br />
L<br />
<br />
Tu parles d’une bonne conscience !<br />
<br />
Le téléphone sonna encore.<br />
<br />
Je connaissais Lucas depuis longtemps, et il n’était pas du genre à proférer des menaces en l’air. Dans un soupir je pris le téléphone dans ma main, dévisageant la photo de Lucas souriant qui s’affichait sous l’indicateur d’appel, et me mit à lui parler :<br />
<br />
« Non ! n’insiste pas ! »<br />
<br />
Ça sonnait encore.<br />
<br />
« Je sais déjà ce que tu vas me dire et je n’en ai absolument pas envie ! »<br />
<br />
Ça sonnait encore.<br />
<br />
Lucas m’avait toujours soutenu dans tous mes choix. C’était grâce à lui que j’avais ma place, et grâce à lui que je l’avais encore après ce qui s’était passé. Quand bien même je savais qu’il allait m’emmerder, je ne pouvais pas l’ignorer ainsi.<br />
<br />
Finalement, je décrochais le téléphone.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.<br />
<br />
Il parla je ne sais combien de temps avec Phil, argumentant sans doute que j’étais un bon élément et qu’il ne fallait pas me virer pour si peu, que cette histoire était puéril et que le client avait sa part de tort.<br />
<br />
Moi je n’avais que mon rencart de ce soir en tête.<br />
<br />
Lucas sorti finalement du bureau de Phil, l’air éreinté.<br />
<br />
« Bon ça va aller » me dit-il en se voulant rassurant « J’ai négocié t’auras une mise à pied jusqu’à lundi.<br />
– Quoi ? ça fait 3 jours bordel !<br />
– C’est 3 jours ou bien la porte ! mais okey hein ! si t’es pas jouasse tu vas voir Phil et tu prends tes affaires ?<br />
– Et aller ça recommence ! tu me refais la morale ?<br />
– Oui, parce que c’est ce que font les amis quand l’autre fait le con<br />
– Cette histoire c’est juste un malentendu, le client n’a pas été précis avec sa commande…<br />
– Et toi tu n’as pas appeler pour confirmer avec lui, résultat tu lui a envoyé 2 camions de la mauvaise référence… »<br />
<br />
J’étais en colère : encore une fois c’était ma faute ?<br />
<br />
« T’es ailleurs en ce moment, je te reconnais plus. T’es à cran, mais surtout tu ballades tout le monde avec tes histoires !<br />
– Quoi ? mais qu’est-ce que…<br />
– Arrête pas à moi » me dit-il exaspérer « Tu crois que depuis plus de 15 ans qu’on se connait j’arrives pas à voir quand tu racontes des salades ? Si t’as un souci tu ferais mieux de me le dire !<br />
– Pourquoi ? parce que t’es mon boss ?<br />
– Parce que je suis ton pote… »<br />
<br />
Touché…<br />
<br />
« Écoutes vieux : je veux pas être ta bonne conscience mais tu fais pas grand-chose pour que ça ne soit pas le cas, alors prend ton après-midi, réfléchi à tout ça et revient lundi prochain la tête reposée. Je demanderai à Phil qu’on fasse un point et qu’on trouve un arrangement pour que ça n’affecte pas ton bonus du mois… »<br />
<br />
J’en avais rien à faire du bonus, et de Phil, et de Lucas. J’étais vraiment fou de colère, incapable de parler tant la pression sur ma poitrine était forte. Je voulais gueuler, beugler et balancer toutes les saloperies possibles dans la tête de Lucas. Mais ça ne sortait pas.<br />
<br />
J’attrapais ma veste, et sans un regard pour personne quittait le bureau à grand pas, montrant ostensiblement à tout le monde que je faisais la tronche afin que ça soit bien clair. Plutôt que de rentrée, je terminais l’après-midi au bar qui se trouvait à deux pas de la maison, et ce n’est que vers 18h que je pris le chemin du retour.<br />
<br />
J’essayais de me donner du baume au cœur : cette mise à pied c’était l’occasion d’un weekend prolongé, et comme Lucas allait me rattraper le coup pour mes bonus, je pouvais voir ça comme des vacances à l’œil. Peut-être que si j’étais suffisamment malin, je pourrais convaincre mon rencard de ce soir de partir avec moi pour un petit voyage en amou…<br />
<br />
whoo ! qu’est-ce que je raconte là ? il faut vraiment que j’arrête avec ce genre de lapsus : c’est clairement pas ce que je veux pour le moment ! <br />
<br />
A peine rentrée, mon téléphone sonna dans le fond de ma poche. C’était le numéro du bureau qui s’afficha sur l’écran :<br />
<br />
Qu’ils aillent se faire foutre !  <br />
<br />
***<br />
<br />
Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil.<br />
<br />
Patron du service depuis quelques années maintenant, Phil était un patron flexible. Pas chiant pour deux sous, capable de laisser de l’autonomie à ses collaborateurs, c’était clairement quelqu’un que je respectais. Mais lorsque Lucas vint me voir pour m’annoncer que j’étais attendu pour une explication, je savais d’office que ça allait mal finir.<br />
<br />
Phil m’attendait avec la secrétaire du DRH, et son « bonjour » glacial me conforta dans mon idée. Sur la défensive, j’étais prêt à encaisser.<br />
<br />
« Nous allons faire vite » dit-il en regardant la secrétaire qui acquiesça vivement « je pense que tu sais pourquoi tu es là ? »<br />
<br />
Putain il va pas commencer avec les questions rhétoriques ? abrège Phil : tu nous rendras tous service !<br />
<br />
« D’accord… » reprit il en soupirant « Tu peux la jouer comme ça en effet… mais ça n’arrangera pas ton cas… enfin c’est toi qui vois ! »<br />
<br />
Je fixais la secrétaire. Elle était plutôt jolie, avec sa petite fossette au menton. Le genre de femme dont j’aurais bien fait mon quatre heure…<br />
<br />
Pourquoi je pense à ça ?<br />
<br />
« Le 14 un client t’as sollicité pour une commande pour renouveler son stock…<br />
– Oui, assortiment classique : DB16, DB33 et des SP550<br />
– Sauf que d’après lui il t’a rappelé pour une référence supplémentaire en DB16 et qu’a la place-il a eu une référence Oxy… comment ça se fait ?<br />
– Attends tu es sérieux ? on à cette discussion parce qu’un type m’a appelé en fin de journée pour changer sa commande en dernière minute et parce que je me suis trompé sur UNE référence ? »<br />
<br />
La secrétaire s’angoissait… ça la rendait encore plus appétissante.<br />
<br />
« Ça à la limite c’est tolérable, ce qui l’est moins c’est la façon dont tu as traité sa réclamation : tu l’as fait poireauté au téléphone et tu l’as envoyé baladé quand le ton est monté !<br />
– Il aurait fallu que je le laisse m’insulter ?<br />
– Non bien sûr… mais tu n’étais pas obligé de lui raccrocher au nez !<br />
– Bon et bien je suis désolé Phil… tu as ma parole que ça n’arrivera plus ! »<br />
<br />
Cette fois la secrétaire avait vraiment la trouille… c’était tout de suite moins excitant. Qu’est ce qu’ils allaient me dire ?<br />
<br />
« Cet accident n’est que la partie émergée de l’iceberg. J’ai consulté tes chiffres depuis 2 semaines et ton taux d’erreur a augmenté, sans compter ton chiffre d’affaire qui plonge.<br />
– On me fait un procès parce que j’ai une mauvaise passe ?<br />
– Ça arrive à tout le monde ce genre de chose, mais ça n’est jamais aussi tranché. On dirait qu’il t’est arrivé quelque chose. C’est pour ça que mademoiselle Reillan est là. »<br />
<br />
D’accord… bonjour l’embuscade. Je sentais le regard de Lucas qui m’invitait à me calmer, mais désolé ça n’était pas le bon moment !<br />
<br />
« Ah purée ça c’est la meilleure : donc c’est même pas un recadrage ! c’est pour me virer en fait ? <br />
– Mais non voyons ! » dit Phil « On s’inquiète pour toi !<br />
– Ah ouais ? tu t’inquiètes pour moi mais tu ramènes quelqu’un du RH pour me notifier quelque chose pas vrai ? »<br />
<br />
Phil se renfonça dans son siège et croisa les bras. Il lança ensuite un coup d’œil vers mademoiselle Reillan qui me tendit une grande enveloppe tout en m’en indiquant le contenu :<br />
<br />
« Ceci est votre notification de mise à pied temporaire. Nous l’avons fixé à cette fin de semaine… »<br />
<br />
Je réalisais que Reillan était en fait une gamine. Elle devait avoir la petite vingtaine, sans doute étudiante dans une grande école et en stage chez nous pour l’année. Entendre sa petite voix m’avait totalement coupé mes envies friponnes.<br />
<br />
Je lui arrachais le document des mains, ce qui ne manqua pas de faire soupirer Phil.<br />
<br />
« Allons je t’en prie !» dit-il pour m’inviter à me calmer<br />
– Tu plaisantes j’espère ? t’es pas foutu de venir me voir pour régler un problème mais faut que je te fasse un grand sourire quand tu envoies cette petite… »<br />
<br />
Lucas m’interrompit avant que j’aille plus loin. Il n’avait pas tort de le faire, car j’allais clairement me défouler sur la pauvre gamine et me griller encore plus.<br />
<br />
« Phil ! » dit-il en s’interposant « Vu qu’il s’agit de quelqu’un de mon équipe est ce que je pourrais voir avec toi comment on peut s’arranger ? »<br />
<br />
Phil me regarda, lâcha de nouveau un soupir puis me demanda de sortir. Y’avait pas de quoi être fier : j’avais vraiment fait le con, et en y repensant je méritais d’être mis à pied.<br />
<br />
Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.<br />
<br />
***<br />
<br />
Je n’avais jamais ressenti ça avant.<br />
<br />
Les jours qui suivirent, on avait pris l’habitude de s’envoyer des messages, que ça soit par téléphone ou via ordinateur. On continuait à se raconter nos histoires, à parler de tout et rien…<br />
<br />
Elle croyait toujours que j’étais le boss de Lucas, et il fallait que je donne le change sans qu’il sans rende compte. Heureusement pour moi, elle n’avait que peu de contact avec les gens du bureau, ce qui limitait les risques. <br />
<br />
Pour le moment tout était sous contrôle.<br />
<br />
Parfois le soir on se retrouvait dans un bar ou entre le bruit des clients et le vacarme de la sono, on se racontait nos journées. Le plus souvent je la laissais parler, ce qui m’évitait d’avoir à mentir, ce qui du coup me permit de bien mieux la connaitre.<br />
<br />
On partageait pas mal de chose : un gout pour les vieux films d’action des années 90 et le Heavy métal, des problèmes similaires avec nos familles respectives, une préférence pour les alcools blancs, des préjugés sur les gens en général et une folle d’envie de se changer les idées en ce moment.<br />
<br />
Elle me racontait notamment comment elle s’était séparée de son ex, un type qu’elle connaissait depuis le lycée et avec qui elle avait fini par sortir « pour voir ». Un peu paumée dans sa vie sentimentale, elle s’était donnée pour objectif d’arrêter de se prendre la tête à trop calculer ses relations, mais avait fini par avoir des aventures « par facilité ».<br />
<br />
Y’avait de quoi jubiler d’entendre cette beauté vous dire qu’elle ne voulait rien de plus qu’un coup d’un soir…<br />
<br />
Pourtant cette relation « simple » commençait à prendre de plus en plus d’importance pour moi. Il m’arrivait de penser à elle comme ça, au beau milieu de la journée, simplement parce qu’un détail me faisait soudainement pensé à elle ou à quelque chose qu’on s’était dit.<br />
<br />
Dans ces cas-là je me sentais mal à l’aise. Je ne voulais pas que les choses tournent de cette manière.<br />
<br />
En fait c’était comme si au fond de moi-même j’entrevoyait ce que cela pourrait donner, et que je le refusais. Je voulais que ça soit une passade, une aventure de quelques semaines qui se conclue sur l’oreiller et après salut. Je pense que c’est pour ça que j’ai entretenu ce mensonge comme quoi j’étais le boss de Lucas. C’était comme avoir un détonateur a porté de main permettant de détruire cette relation si jamais ça devenait trop compliqué… sauf que je ne pensais pas que ça pourrait être moi qui aille dans ce sens.<br />
<br />
Mon dilemme était d’autant plus difficile à régler que je ne pouvais pas en parler à Lucas. C’était mon meilleur ami, et je n’aurais pas pu soutenir son regard et lui raconter toute la vérité. Que je me fasse passer pour son patron pour me faire bien voir, il s’en fichait, mais je savais qu’il jouerait les bonnes conscience en me disant que c’était mal de faire ça. Il était comme ça Lucas : toujours à faire ce qui est bien, ce qui est juste. <br />
<br />
Depuis des années que nous étions amis, il avait toujours été une boussole morale à mes yeux. Mais là, sachant pertinemment que j’étais dans le faux, je n’aurais pas supporter son regard désapprobateur. Je voulais qu’il me laisse être dans ma bulle, je voulais qu’il me laisse vivre ma petite amourette qui me faisait du bien et me vidait la tête. Je voulais juste que les choses durent encore un peu comme ça histoire d’oublier ce qui s’était passé et me sentir heureux, insouciant. Je voulais que pendant un temps encore, je puisse faire comme si rien n’avait d’importance…<br />
<br />
Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil  <br />
<br />
***<br />
<br />
Ce coup-ci je tentais ma chance.<br />
<br />
On se donna rendez-vous 2 jours plus tard. Elle voulait aller à une expo photo, et moi je m’en fichais du moment que je pouvais conclure et la mettre dans mon lit.<br />
<br />
Plutôt que de faire le pied de grue à l’attendre, je lui avais proposé de passé la chercher. A ma grande surprise, elle me proposa l’inverse. Ce n’était cependant pas une mauvaise opération : si je pouvais dès le départ l’amener sur mes terres, je pourrais conclure sans même avoir besoin de me taper une visite dont je me fichais comme d’une guigne.<br />
<br />
Malheureusement je fis chou blanc sur ce coup-là : est-ce que c’est l’alchimie qui n’était pas encore en place, ou bien tout simplement avais-je eut les yeux plus gros que le ventre… toujours est-il que mes tentatives (pas très subtiles il faut le reconnaître) d’accélérer les choses n’eurent aucun succès.<br />
<br />
Je m’estimais content de ne pas m’être grillé tout seul et de pouvoir encore tenter ma chance plus tard.<br />
<br />
L’expo avait lieu dans une bibliothèque, et avait pour thème « les livres en image ». Le principe était que dans chaque section, le photographe avait installé une photo en rapport avec le thème du rayonnage. Ainsi, dans la partie « science et technique » il y’avait une série de photos ou l’on voyait des éclairs frappé un volcan en éruption. <br />
<br />
« T’as vu ? » me dit elle « deux puissances de la nature qui se rentre dedans !<br />
– Ça doit être terrifiant » dis-je en essayant de me la jouer humble devant les éléments<br />
– Tu crois que les gens dans le passé réagissaient comment à ce genre de truc ? »<br />
<br />
Alors ça c’était la question que je n’avais pas vu venir…<br />
<br />
« Euh… un signe divin sans doute ?<br />
– Et si nous aussi on se trompais ? Si nos certitudes étaient fausses ?<br />
– La science c’est autre chose que les théories foireuses d’un prêtre qui veut rassurer ses ouailles.<br />
– Pourquoi ça serait différent ? La science a toujours eu tendance à chercher avant tout ce qu’elle voulait pour que les gens se rassurent de leur vision du monde… et comme ce qu’ils trouvent ne leur plait pas, ils cherchent encore plus… »<br />
<br />
Bordel on est vraiment en train d’avoir cette conversation ?<br />
<br />
« Donc tu me dis que cette image, c’est la preuve que la rationalité scientifique est toujours dépassé par le ressenti profondément émotif de l’homme ?<br />
– Hum… là je dirais que tu creuses un peu trop » me répondit elle sarcastique « mais c’est mignon de te voir argumenté ! »<br />
<br />
Elle m’avait bien eu. <br />
<br />
Le reste de l’exposition fut l’occasion d’autres discutions de ce genre, tout aussi animé et passionné. Nous n’étions pas d’accord sur grand-chose, mais bizarrement nos visions de la vie n’étaient pas incompatibles, comme si l’un pouvait combler les brèches de l’autre. Elle semblait aimer mon côté rationnel et pragmatique, et j’avais un faible pour son côté léger et sentimentale. <br />
<br />
On termina notre visite par la section « histoire contemporaine », et cette fois nous furent accueillit par une seule et unique photo. C’était un panoramique qui faisait tout le long de la section, et qui représentait un peloton d’exécution…<br />
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Elle m’agrippa alors le bras, le souffle court, et avança à pas mesurés en dévisageant les condamnés tout en m’entraînant à sa suite. J’avais du mal à situer le contexte de cette image, mais la haute résolution du cliché et son format me laissèrent pensé que c’était liée à un événement récent. Les condamnés étaient caucasiens, sans doute d’un pays de l’Est. Ils portaient des vêtements « moderne » pour peu que ça veuille dire quelque chose, et le décor autour d’eux ressemblait à une ville occidentale comme on en voit partout.<br />
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Excepté bien sur les impacts de balles dans les murs…<br />
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Après avoir traversé la section, elle me proposa de partir. Elle était deux pas devant moi, et je compris qu’elle retenait ses larmes. Lorsque je fus à sa hauteur je passais mon bras sur son épaule, lui demandant « hey ? ça va ? »<br />
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Elle m’expliqua alors que ce cliché venait de son pays d’origine, et que ses grands parents avaient été fusillé lorsque l’armée avait lancée des représailles contre la population. Elle savait que la photo serait exposée, et elle tenait à la voir, non pas que ces grands parents fussent dessus, mais simplement pour affronter cet événement tragique.<br />
<br />
« Ce qui me fait le plus mal, c’est de me dire qu’ils auraient pu déménager avec moi… » me dit elle<br />
– C’était leur pays, ils n’avaient pas de raison de le quitter… à l’époque ça n’avait pas de sens. » tentais-je de dire pour la consoler<br />
– T’as pas l’impression que des fois la vie est un rail, et que parfois, juste à certains moments, ce sont nos choix qui nous entraînent sur des pistes complètement différentes ? »<br />
<br />
Ça faisait des mois que j’avais cette idée dans la tête, des mois que je me sentais paumé justement parce que je n’arrivais pas a exprimé cette sensation de valdinguer sur des flots qu’on ne contrôle quasiment pas. Et elle en deux seconde avait su verbaliser exactement ce qui me trottait dans la tête depuis tout ce temps.<br />
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Après l’expo, nous sommes revenus chez moi. Mais bizarrement, je n’avais plus aucune envie de la mettre dans mon lit. Je voulais seulement parler avec elle, la consoler, et juste passer un petit moment sympa avec elle.<br />
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Je n’avais jamais ressenti ça avant. <br />
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***<br />
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Je ne pouvais pas rester comme ça.<br />
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J’acceptais la proposition de Lucas : aller à une soirée me ferait du bien, ou au pire ne pourrait pas me faire de mal. Mais avant ça il fallait me préparer un minimum. Je ne ressemblais à rien, j’avais une tête de zombie, et mes fringues étaient un poil trop grand à cause de tout le poids que j’avais perdu à force de passer mes journées étalé sur le sofa.<br />
<br />
A part Lucas personne n’était au courant, et c’était bien mieux comme ça. Personne n’a envie d’être prit en pitié par son entourage.<br />
<br />
Première étape la douche. La violence du jet d’eau me fit l’effet d’une claque : toute la fatigue liée au manque de sommeil venait de partir, remplacé par la sensation tonique et frais de l’eau un peu froide me picorant le corps. A mes pieds, l’eau noirâtre tourbillonnait dans le siphon qui avalait goulument la crasse que je traînais depuis des jours. <br />
<br />
En me frictionnant, je senti avec effroi mes côtes et mes articulations. J’avais tellement perdu de poids que j’en était presque squelettique. Étrange que j’aie pu passer tout ce temps sans m’en rendre compte… enfin ceci peut sans doute s’expliquer par l’horreur que j’éprouvais pour le miroir en ce moment.<br />
<br />
En me rasant, j’eu la confirmation que je m’étais vraiment laissé aller : mon visage d’habitude rond et jovial était ici taillé à la serpe. Ça n’était pas le visage d’un grand malade, mais pour qui me connaissait, c’était vraiment une mine à faire peur.<br />
<br />
Mes seules affaires portables étaient celle du bureau, aussi je décidais de miser sur un look « business » quitte à me faire chambrer par tout le monde.<br />
<br />
30min après j’étais chez Lucas, à m’excusé d’être venu les mains vides. A l’intérieur de la maison, la fête battait déjà son plein, avec une sono qui crachait les tubes Dance en vogue dans les années 90 à une bande de trentenaire sous redbull qui se défoulaient de leur semaine de travail.<br />
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Lucas me lâcha au milieu de tout se foutoir, et je me demandais si j’avais pris la bonne décision.<br />
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Histoire de sortir de ma coquille, je me dirigeais vers la table du buffet pour me servir un verre. J’avais trop mal au crane pour songer à un alcool blanc, aussi je me contentais d’un soda agrémenté d’une rondelle de citron.<br />
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Une jeune femme arriva sur ma gauche et me demanda si je pouvais lui servir un verre à elle aussi. Je m’exécutais lui ajoutant aussi une petite touche citronnée. Nous avons alors trinqué et commencé à discuter.<br />
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Elle bossait pour un de nos partenaires, et avait connu Lucas lors de différents séminaires. Lorsqu’elle comprit que je bossais pour la même boite que Lucas, elle fut étonnée de ne m’avoir jamais rencontré…<br />
<br />
« Oh vous savez » dis-je nonchalamment » Lucas et moi ne sommes pas au même échelon, je le laisse faire ce genre de besogne ! »<br />
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Et ce qui était de l’humour devint un malentendu monumental.<br />
<br />
Elle supposa que j’étais le patron de Lucas, et moi comme un crétin avide de reconnaissance, je fis comme si de rien était. Pire encore, en m’appuyant sur ce quiproquo, je m’inventai tout un scénario où j’étais un des boss de la boite, où j’avais beaucoup d’argent et bien entendu des loisirs en conséquence : yacht à Saint Barth, ski dans les plus grandes stations du monde, et comment oublier mes séjours à Cannes pour le festival ?<br />
<br />
Je me sentais bien dans mon mensonge. Après tout, si je ne pouvais pas avoir une vie de rêve, rien ne m’empêchait de me rêver une vie ? La fille marchait dans mon histoire, et selon l’adage « plus c’est gros plus ça passe » j’en faisais des tonnes. De toute façon je m’en fichais qu’elle découvre le pot aux roses : tant que le charme marchait, je passais un bon moment : le reste, je ne voulais pas y penser. <br />
<br />
Elle était canon, le genre bien gaulé mais qui en plus à une jolie frimousse. Elle sentait bon, et sa robe caraco bleu lavande offrait juste ce qu’il faut de douceur pour les yeux. Elle ne portait aucun bijou, et tout juste un peu de rouge à lèvre. C’était le spécimen parfait du cliché de la fille d’à côté : le genre de femme accessible tout en étant au-dessus de la moyenne.<br />
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Plus on parlait, et plus je sentais que je lui plaisais. Enfin mon personnage en tout cas. Je réalisais alors que je ne savais rien d’elle, même pas son prénom. <br />
<br />
Bof… à quoi ça sert de toute façon ?<br />
<br />
Je me mis alors dans l’idée d’en faire un coup d’un soir. Je n’étais pas du genre Casanova d’habitude, mais là j’étais grisé : je voulais la séduire comme un prédateur, l’attirer dans mes filets et coucher avec elle juste pour le sport. S’il fallait mentir, tricher ou bien se comporter comme un salaud, j’en avais rien à faire : tout ce que je voulais à ce moment-là c’était de mordre dans la bretelle de son soutien-gorge qui me faisait de l’œil depuis tout à l’heure. Je voulais la renverser sur la table et la prendre devant tous les invités, ne penser qu’à moi et à mon plaisir pour ensuite ne plus jamais la revoir, je voulais ressentir sans penser…<br />
<br />
La fin de soirée arriva, et elle commença à remettre son gilet pour partir. Il fallait que je la revoie, et que j’arrive à conclure avec elle. J’avais souvent trop attendu dans ma vie et laissé passer les opportunités.<br />
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Ce coup-ci je tentais ma chance.  <br />
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***<br />
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Y’a des coups de fils qui changent votre vie.<br />
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Vous êtes là, au bureau, vous faites votre journée tranquille, et puis c’est l’heure de pause. Vous descendez au rez de chaussé et vous vous dites qu’il fait beau, et que ça serait plus sympa d’aller manger dehors. Vous sentez le soleil qui vous mordille la peau, et ça fait un bien fou. Cette sensation s’ancre en vous, et vous n’imaginez pas encore à quel point vous ne pourrez jamais l’oublier.<br />
<br />
Et puis y’a le téléphone qui sonne.<br />
<br />
Vous êtes en pause, alors vous vous en fichez, mais ça insiste, toujours le même numéro que vous ne connaissez pas…<br />
<br />
Et forcément vous finissez par décroché.<br />
<br />
Là, une voix anonyme vous annonce la pire nouvelle qui soit. Sans filtre, sans rien pour amortir, la voix vous explique que votre femme est morte, et qu’ils n’ont pas pu sauver le bébé. Un flot de parole empêche le silence de s’installer, parce que le silence c’est horrible.<br />
<br />
Votre tête se vide, et vous ne comprenez pas ce que la voix raconte. Vous n’y attachez pas d’importance de toute façon. Plus tard, vous réaliserez qu’elle était en train de vous expliquer que le décès est dû à un diabète gestationnel ayant entraîné une hypertension artérielle gravidique causant à leur tour des lésions vasculaires rénales, hépatiques et des troubles hématologiques.<br />
<br />
Ce jour-là vous vous posez pleins de questions, mais la plus essentiel c’est « pourquoi ? »<br />
<br />
Vous faites ce travail mental de remonter la source des choses, en essayant de comprendre. Est-ce qu’agir différemment aurait pu changer les choses ? Est-ce que c’est de ma faute ?<br />
<br />
On est assommé, figé, pétrifié. On arrête de vivre pour arrêter le temps, et rester au moment où tout allait bien. Mais ça sa ne marche pas plus d’une semaine, et la vie se remet en mouvement, sauf qu’on se cramponne fort à avant, et qu’on nie tout le reste, jusqu’à se nier soit même.<br />
<br />
Et puis à un moment on a plus force, on lâche prise, et on se retrouve emporter par le torrent qu’est la vie. On est chahuté de partout à se demander qui tient les commandes. On a peur, peur parce que c’est le chaos, et que rien n’a de sens. On refuse d’aimer à nouveau de peur de souffrir encore, on devient cynique, désinvolte, pour que même notre propre existence ne nous cause de la peine. <br />
<br />
On fait le vide, comme un trou noir, dévorant les quelques brides de lumière qui nous entourent pour les tasser tout au fond du vide abyssal qui s’est ouvert dans notre poitrine. On devient un bout de néant qui déambule par habitude, un zombie qui ne tiens que parce que ses fonctions vitales prennent parfois le dessus.<br />
<br />
Ça fait des mois que je suis comme ça, prostré dans le salon, à éviter tout et tout le monde. Même la télé me répugne, avec tous ses visages heureux et insouciant, comme si tout allait bien.<br />
<br />
Il y’a encore les amis, les vrais, qui passent et essayent de me motiver, mais je reste dans mon trou noir. Je vais au boulot, je fais ma journée, parfois je mange, et j’essaye de dormir. <br />
<br />
Je ne vis pas : je fonctionne<br />
<br />
Et voilà que Lucas m’appelle encore. Il me dit qu’il fait une fête, que c’est pour ses 30 ans et que je ne peux pas louper ça. Il me dit qu’il y’aura plein de monde, et que ça me fera du bien. Il me dit tout ce qu’un ami doit dire, et plus encore.<br />
<br />
Je ne réponds toujours pas, et lui insiste. Et puis il me laisse un message qui m’interpelle <br />
<br />
Pourquoi tu laisses ton téléphone allumé alors ?<br />
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C’est vrai, je n’aurais qu’a l’éteindre pour avoir la paix. Et puis en plus, c’est avec lui que tout a commencé. Et puis soudain je réalise. Je réalise que depuis ce jour je n’ai jamais éteint le téléphone. Je réalise que j’ai toujours d’enregistré les traces des appels de la voix.<br />
<br />
Tout a découlé d’un choix. Comme si… comme si on pressait une touche et soudain il se passait des choses… non… comme si… oh je ne sais plus.<br />
<br />
Mais au final c’est vrai : agir ou pas ça me conduit quelque part, seul la destination change. Alors est ce qu’il existe une carte ? est ce qu’on peut remonter la chaine du chaos et trouver le bon embranchement ? est-ce que si j’accepte la proposition de Lucas il va m’arriver des choses qui me sortiront du trou noir ? est-ce que ce n’est pas plutôt l’inverse qui va se produire ?<br />
<br />
Je compris alors la différence entre agir et ne pas agir : dans ce dernier cas, la route était tracée et on restait dans son sillage. Agir c’était prendre un autre embranchement, avec le risque que ça ne soit pas mieux. Mais au moins c’était possible.<br />
<br />
Je n’avais qu’un bouton à pressé, et 3 mots à dire à Lucas pour peut-être changer ma vie. Je regardais le vide autour de moi, la pénombre, la poussière et ce silence qui n’en finissait pas.<br />
<br />
Je ne pouvais pas rester comme ça.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**La chaîne du chaos**<br />
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C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.<br />
<br />
A peine fut elle arrivé que je lui demandais de m’accorder quelques instants pour lui parler. Le doute me traversa. Elle était incroyablement belle dans cette robe bleue myosotis sans manche, assortie d’une ceinture à grosse boucle. C’était tout simple, mais élégant, parfaitement adapté… Oh mais à quoi je pense ?<br />
<br />
Peut-être valait-il mieux ne rien dire ?<br />
<br />
Elle me regardait avec un air étrange mêlant l’envie et la crainte, tirant en arrière une mèche de ses cheveux cendres derrière son oreille tandis qu’elle s’avançait. De ma main posée sur son épaule, je la ramenais contre moi avant de poser doucement mon front sur le sien. Nous étions si près l’un de l’autre que je pouvais sentir la chaleur de son visage irradier le mien. Mes lèvres s’approchèrent des siennes sans jamais les toucher, me laissant un frisson intense.<br />
<br />
« attends… » dis-je « Je peux pas faire ça…<br />
– Faire quoi ?<br />
– Te mentir… te faire croire que… que je suis quelqu’un d’autre. T’es une nana super et tu mérites pas ça… »<br />
<br />
Evidemment son regard changea. Ses pupilles dilatés signifiaient clairement sa surprise. Un peu de tristesse passa dans les contours de ses yeux, et sa lèvre inférieur se mit à trembloter.<br />
<br />
« Mais de quoi tu parles ? tu me fais peur là !<br />
– Je ne suis pas le patron de Lucas. Je t’ai dit ça parce que… Au début c’était un malentendu et j’avais peur qu’à cause de ça tu t’intéresses plus à moi. Je voulais juste te plaire et puis… au final c’est le contraire qui s’est produit.<br />
– Comment ça ? »<br />
<br />
Oui c’était dur à avouer.<br />
<br />
« Au début c’était juste une attirance…<br />
– Physique ?  » m’assénât-elle sans pitié mais avec raison<br />
– Oui… je l’admets. Mais au final je me suis rendu compte à quel point j’avais été stupide, et à quel point c’était insultant pour toi. Et c’est pour ça que je te raconte tout ça, parce que si on était allé plus loin c’était un point de non-retour. »<br />
<br />
Ses yeux dansaient de gauche à droite, comme reflétant les assauts des pensées qui devaient l’assaillir en cet instant. <br />
<br />
« Donc tu me dis que… tu m’as menti pour me mettre dans ton lit mais que finalement tu ne veux plus jouer à ça ?<br />
– En quelque sorte<br />
– Et tu voudrais que je te sois tellement reconnaissante te ta franchise que j’en oublie que tu m’as baladée en espérant me sauter ?<br />
– Non. Je fais ça pour moi. Pour ne pas devenir ce genre de salaud.<br />
– T’es conscient qu’en ce qui me concerne ça ne change pas grand-chose ?<br />
– C’est un acte de foi. Je ne peux pas te demander ta confiance si je ne t’en donne pas des preuves de mon côté. »<br />
<br />
Son visage s’illumina d’un sourire<br />
<br />
« La foi… c’est un truc de petit garçon. Croire très fort en quelque chose… espérer que ses rêves se réalisent…<br />
– Je dirais plutôt qu’au contraire c’est le truc le plus adulte que j’ai fait de ma vie. <br />
– Quoi ? me dire la vérité ?<br />
– Non : assumer le mensonge »<br />
<br />
On pourrait croire que tout mon discours n’était que du vent, que mon petit speech n’était qu’une habile manœuvre pour établir une situation favorable et éviter que ça soit elle qui démasque mon mensonge… mais il n’en était rien.<br />
<br />
J’étais vraiment sincère, parce que vraiment amoureux, et en l’occurrence pas de mystère je pensais chaque mot qui sortaient de ma bouche. Fini de mentir, fini de croire qu’en se cachant on pouvait arriver à ses fins sans encombre. J’avais besoin d’un élan d’honnêteté pour me sentir bien.<br />
<br />
Elle agrippa mes épaules et m’attira vers elle, puis en poussant légèrement sur la pointe de ses pieds s’avança un chouia pour déposer un fugace baiser sur mes lèvres.<br />
<br />
« On s’arrêtera là pour l’instant » me dit elle « mais j’apprécie le geste ».<br />
<br />
Puis elle quitta l’appartement, me laissant seul tandis que je savourais la paix de l’esprit que j’avais enfin retrouvé…<br />
<br />
***<br />
<br />
Finalement, je décrochais le téléphone.<br />
<br />
« Bon sang mais c’est quoi cette histoire ? tu ne lui as toujours pas dit la vérité ?<br />
– Salut Lucas… moi aussi je suis content d’étendre…<br />
– Fais pas le plus malin ! » me dit-il « tu te rends compte de ce qui va se passer ?<br />
– Et toi tu ne te dis pas que si je lui dis ça sera pire monsieur je sais tout ?<br />
<br />
– Pire que quoi ? que de mentir sur qui tu es ? tu crois qu’elle fera qu’elle tête quand elle se rendra compte que tu n’es pas le grand patron ?<br />
– Pour l’instant en tout cas…<br />
– Pour l’instant… MAIS MERDE ! Tu ne te rends pas compte que tu vas tout foutre en l’air ! tu l’aimes ça crève les yeux, mais t’assumes pas et non seulement tu vas te planter mais tu vas aussi lui faire du mal ! tu trouves ça normal ? »<br />
<br />
Lucas avait raison. Ça me faisait mal de l’admettre, mais une fois encore il avait raison. J’avais le béguin pour elle. Ce qui était au départ un jeu de séduction avait fini par se retourner contre moi. C’était dur à admettre pour le célibataire endurci que j’étais devenu, mais elle me faisait vibrer comme jamais auparavant. Elle était belle à en crever mais au fil du temps, j’avais réalisé qu’au-delà de ça, c’était une personne incroyable, le genre de personne qu’on a envie d’aimer plus que soit même, et avec qui on ne se sent jamais en compétition. Elle était brillante, intelligente, largement plus que moi, mais je m’en foutais. Je pouvais l’écouter des heures me parler de livre, de film ou de faits de société, sans me sentir en confrontation si mes idées divergeaient. Est-ce que ça venait de sa naturelle bienveillance ou de sa façon habile de mener la conversation, toujours est-il qu’en sa présence je me sentais bien.<br />
<br />
« Okey Lucas… mais au point où j’en suis quoi que je fasse je lui ferai du mal. Maintenant ou plus tard. Pour l’instant ça ne ferait qu’envenimer les choses de tout lui dire.<br />
– Parce que plus tard ça ira mieux ? t’es con ou quoi ma parole ! plus vous aller vous rapprocher l’un de l’autre, plus ça lui fera mal. Ton problème c’est que tu n’assumes pas en fait… tu t’en fiches à ce point de ce que ça va lui faire ? »<br />
<br />
Je me défaussais. En contrant Lucas c’était moi même que je contrais. A travers lui c’est moi que je voulais convaincre, mais je savais qu’en réalité c’était déjà fichu.<br />
<br />
« Non je ne m’en fiche pas… et c’est toi qui a raison. Faut que je trouve le bon moment pour…<br />
– ça n’existe pas les bons moments pour ce genre de chose » coupa Lucas comprenant qu’une fois de plus je prenais la fuite. « C’est quand la prochaine fois que tu la vois ?<br />
– Ce week end : je l’ai invité à diner à la maison.<br />
– Alors n’attends pas : dès qu’elle arrive tu vides ton sac et tu serres les dents lorsqu’elle t’en foutra une. <br />
– Tu crois vraiment que c’est le mieux à faire ?<br />
– C’est pas une histoire de mieux mec ! c’est une histoire de bien. Je te dis pas ça que pour elle : toi aussi tu sais que ça te fera du bien d’être un peu plus franc et d’arrêter de te cacher derrière tes histoires !<br />
– Mes histoires ? j’y suis pour rien si elle a cru que…<br />
– Tu l’es parce que t’as rien fait pour lever le quiproquo. Je te préviens : tu vas encore salement morfler si tu continues ! je t’aurai prévenu ! »<br />
<br />
Lucas raccrocha soudainement. <br />
<br />
Le téléphone encore à l’oreille, je lâchais un soupir : maintenant j’étais prévenu, et pas que par ma mauvaise conscience. Je ne pouvais plus me dire que c’était dans ma tête, car maintenant quelqu’un me mettait le nez dans mes conneries. Mon seul choix ce n’était pas de décidé entre risquer notre relation maintenant ou plus tard, c’était de choisir entre une relation et une arnaque.<br />
<br />
L’appel de Lucas était la dernière chance que j’avais pour faire le bon choix. Est-ce que je voulais être ce genre de salaud qui pour son intérêt manipule les autres ? Est-ce que j’allais arrêter de me leurrer ?<br />
<br />
C’était déjà le soir, et la question tournait encore dans ma tête. Elle allait arriver, et tout allait changer quoi qu’il arrive : soit mon attitude, soit la façon dont je me regarderai désormais.<br />
<br />
Elle sonna à l’interphone, et tandis qu’elle montait les étages, je me dévisageai dans le petit miroir de l’entrée. <br />
<br />
Elle ne méritait pas ça…<br />
<br />
Je ne méritais pas ça…<br />
<br />
C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.  <br />
<br />
***<br />
<br />
Qu’ils aillent se faire foutre !<br />
<br />
Seul dans l’appart, je me servi un verre de whisky comme si j’étais un publicitaire de série télé. A peine avalé d’une traite que je m’en réservais un deuxième.<br />
<br />
Le téléphone sonna de nouveau.<br />
<br />
« JE T’EMMERDES ! » lui hurlais je dessus « FOU MOI LA PAIX ! »<br />
<br />
Bravo : très mature comme attitude.<br />
<br />
J’étais fatigué, énervé et l’entretient avec Phil n’avait rien arrangé. Comme si ma vie n’était pas déjà assez compliquée…<br />
<br />
Je scrutais l’appartement en me demandant si j’allais réussir à donner le change. Par chance, c’était un ancien loft d’artiste dont j’avais pu avoir la location avec les meubles pour une bouché de pain grâce à un client. Rien de tel pour impressionner les filles.<br />
<br />
Mentalement, je me repassais le fil de tout ce que j’avais déjà pu lui raconter afin de m’assurer que je ne commenterai pas d’impair. Heureusement comme tout bon menteur, je prenais toujours soin de ne pas trop mettre de détail dans mes histoires (sauf si je pouvais les rattacher à de vrai élément ce qui fait qu’il était ainsi facile de s’en souvenir convenablement). <br />
<br />
Mon voyage en chine ? basé sur un documentaire. De toute façon j’étais censé y aller pour le boulot, donc je n’aurais qu’à dire que je n’avais pas trop le temps de folâtrer. Mon divorce ? là c’est plus facile : y’a tellement de divorcé autour de moi que je peux trouver toute la matière à un bon récit.<br />
<br />
Le champagne était au frigo, le lit fait avec des draps propres, capotes dans la table de chevet, lumière d’ambiance réglé sur un style tamisé… ok : tout était bon.<br />
<br />
Le téléphone sonna de nouveau. Encore Lucas.<br />
<br />
« JE T’AI DIS DE ME LÂCHER PUTAIN !» hurlais-je en direction du salon.<br />
<br />
Je savais très bien pourquoi Lucas voulait m’appeler. Cet après-midi après ma réunion avec Phil, il m’était tombé dessus pour savoir comment ça c’était passé. Il avait eu des doutes, et à tous les coups il en avait touché deux mots à l’intéressée. Et s’il m’appelait c’était pour me faire la morale.<br />
<br />
Lucas c’était un peu mon jiminy Cricket à moi. Une saloperie de bonne conscience qui essaye de vous faire faire les bons choix alors même que c’est ça qui va vous pourrir la vie. Il vivait selon ses principes sans se rendre compte que tout le monde n’avait pas son sens moral. Bref un emmerdeur adorable mais vraiment gonflant à la longue.<br />
<br />
Et encore la sonnerie du téléphone.<br />
<br />
« JE VAIS ME FÂCHER ! »<br />
<br />
Ce coup-ci c’était un SMS…<br />
<br />
Fais pas le mort sinon c’est elle que j’appelle…<br />
L<br />
<br />
Tu parles d’une bonne conscience !<br />
<br />
Le téléphone sonna encore.<br />
<br />
Je connaissais Lucas depuis longtemps, et il n’était pas du genre à proférer des menaces en l’air. Dans un soupir je pris le téléphone dans ma main, dévisageant la photo de Lucas souriant qui s’affichait sous l’indicateur d’appel, et me mit à lui parler :<br />
<br />
« Non ! n’insiste pas ! »<br />
<br />
Ça sonnait encore.<br />
<br />
« Je sais déjà ce que tu vas me dire et je n’en ai absolument pas envie ! »<br />
<br />
Ça sonnait encore.<br />
<br />
Lucas m’avait toujours soutenu dans tous mes choix. C’était grâce à lui que j’avais ma place, et grâce à lui que je l’avais encore après ce qui s’était passé. Quand bien même je savais qu’il allait m’emmerder, je ne pouvais pas l’ignorer ainsi.<br />
<br />
Finalement, je décrochais le téléphone.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.<br />
<br />
Il parla je ne sais combien de temps avec Phil, argumentant sans doute que j’étais un bon élément et qu’il ne fallait pas me virer pour si peu, que cette histoire était puéril et que le client avait sa part de tort.<br />
<br />
Moi je n’avais que mon rencart de ce soir en tête.<br />
<br />
Lucas sorti finalement du bureau de Phil, l’air éreinté.<br />
<br />
« Bon ça va aller » me dit-il en se voulant rassurant « J’ai négocié t’auras une mise à pied jusqu’à lundi.<br />
– Quoi ? ça fait 3 jours bordel !<br />
– C’est 3 jours ou bien la porte ! mais okey hein ! si t’es pas jouasse tu vas voir Phil et tu prends tes affaires ?<br />
– Et aller ça recommence ! tu me refais la morale ?<br />
– Oui, parce que c’est ce que font les amis quand l’autre fait le con<br />
– Cette histoire c’est juste un malentendu, le client n’a pas été précis avec sa commande…<br />
– Et toi tu n’as pas appeler pour confirmer avec lui, résultat tu lui a envoyé 2 camions de la mauvaise référence… »<br />
<br />
J’étais en colère : encore une fois c’était ma faute ?<br />
<br />
« T’es ailleurs en ce moment, je te reconnais plus. T’es à cran, mais surtout tu ballades tout le monde avec tes histoires !<br />
– Quoi ? mais qu’est-ce que…<br />
– Arrête pas à moi » me dit-il exaspérer « Tu crois que depuis plus de 15 ans qu’on se connait j’arrives pas à voir quand tu racontes des salades ? Si t’as un souci tu ferais mieux de me le dire !<br />
– Pourquoi ? parce que t’es mon boss ?<br />
– Parce que je suis ton pote… »<br />
<br />
Touché…<br />
<br />
« Écoutes vieux : je veux pas être ta bonne conscience mais tu fais pas grand-chose pour que ça ne soit pas le cas, alors prend ton après-midi, réfléchi à tout ça et revient lundi prochain la tête reposée. Je demanderai à Phil qu’on fasse un point et qu’on trouve un arrangement pour que ça n’affecte pas ton bonus du mois… »<br />
<br />
J’en avais rien à faire du bonus, et de Phil, et de Lucas. J’étais vraiment fou de colère, incapable de parler tant la pression sur ma poitrine était forte. Je voulais gueuler, beugler et balancer toutes les saloperies possibles dans la tête de Lucas. Mais ça ne sortait pas.<br />
<br />
J’attrapais ma veste, et sans un regard pour personne quittait le bureau à grand pas, montrant ostensiblement à tout le monde que je faisais la tronche afin que ça soit bien clair. Plutôt que de rentrée, je terminais l’après-midi au bar qui se trouvait à deux pas de la maison, et ce n’est que vers 18h que je pris le chemin du retour.<br />
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J’essayais de me donner du baume au cœur : cette mise à pied c’était l’occasion d’un weekend prolongé, et comme Lucas allait me rattraper le coup pour mes bonus, je pouvais voir ça comme des vacances à l’œil. Peut-être que si j’étais suffisamment malin, je pourrais convaincre mon rencard de ce soir de partir avec moi pour un petit voyage en amou…<br />
<br />
whoo ! qu’est-ce que je raconte là ? il faut vraiment que j’arrête avec ce genre de lapsus : c’est clairement pas ce que je veux pour le moment ! <br />
<br />
A peine rentrée, mon téléphone sonna dans le fond de ma poche. C’était le numéro du bureau qui s’afficha sur l’écran :<br />
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Qu’ils aillent se faire foutre !  <br />
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***<br />
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Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil.<br />
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Patron du service depuis quelques années maintenant, Phil était un patron flexible. Pas chiant pour deux sous, capable de laisser de l’autonomie à ses collaborateurs, c’était clairement quelqu’un que je respectais. Mais lorsque Lucas vint me voir pour m’annoncer que j’étais attendu pour une explication, je savais d’office que ça allait mal finir.<br />
<br />
Phil m’attendait avec la secrétaire du DRH, et son « bonjour » glacial me conforta dans mon idée. Sur la défensive, j’étais prêt à encaisser.<br />
<br />
« Nous allons faire vite » dit-il en regardant la secrétaire qui acquiesça vivement « je pense que tu sais pourquoi tu es là ? »<br />
<br />
Putain il va pas commencer avec les questions rhétoriques ? abrège Phil : tu nous rendras tous service !<br />
<br />
« D’accord… » reprit il en soupirant « Tu peux la jouer comme ça en effet… mais ça n’arrangera pas ton cas… enfin c’est toi qui vois ! »<br />
<br />
Je fixais la secrétaire. Elle était plutôt jolie, avec sa petite fossette au menton. Le genre de femme dont j’aurais bien fait mon quatre heure…<br />
<br />
Pourquoi je pense à ça ?<br />
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« Le 14 un client t’as sollicité pour une commande pour renouveler son stock…<br />
– Oui, assortiment classique : DB16, DB33 et des SP550<br />
– Sauf que d’après lui il t’a rappelé pour une référence supplémentaire en DB16 et qu’a la place-il a eu une référence Oxy… comment ça se fait ?<br />
– Attends tu es sérieux ? on à cette discussion parce qu’un type m’a appelé en fin de journée pour changer sa commande en dernière minute et parce que je me suis trompé sur UNE référence ? »<br />
<br />
La secrétaire s’angoissait… ça la rendait encore plus appétissante.<br />
<br />
« Ça à la limite c’est tolérable, ce qui l’est moins c’est la façon dont tu as traité sa réclamation : tu l’as fait poireauté au téléphone et tu l’as envoyé baladé quand le ton est monté !<br />
– Il aurait fallu que je le laisse m’insulter ?<br />
– Non bien sûr… mais tu n’étais pas obligé de lui raccrocher au nez !<br />
– Bon et bien je suis désolé Phil… tu as ma parole que ça n’arrivera plus ! »<br />
<br />
Cette fois la secrétaire avait vraiment la trouille… c’était tout de suite moins excitant. Qu’est ce qu’ils allaient me dire ?<br />
<br />
« Cet accident n’est que la partie émergée de l’iceberg. J’ai consulté tes chiffres depuis 2 semaines et ton taux d’erreur a augmenté, sans compter ton chiffre d’affaire qui plonge.<br />
– On me fait un procès parce que j’ai une mauvaise passe ?<br />
– Ça arrive à tout le monde ce genre de chose, mais ça n’est jamais aussi tranché. On dirait qu’il t’est arrivé quelque chose. C’est pour ça que mademoiselle Reillan est là. »<br />
<br />
D’accord… bonjour l’embuscade. Je sentais le regard de Lucas qui m’invitait à me calmer, mais désolé ça n’était pas le bon moment !<br />
<br />
« Ah purée ça c’est la meilleure : donc c’est même pas un recadrage ! c’est pour me virer en fait ? <br />
– Mais non voyons ! » dit Phil « On s’inquiète pour toi !<br />
– Ah ouais ? tu t’inquiètes pour moi mais tu ramènes quelqu’un du RH pour me notifier quelque chose pas vrai ? »<br />
<br />
Phil se renfonça dans son siège et croisa les bras. Il lança ensuite un coup d’œil vers mademoiselle Reillan qui me tendit une grande enveloppe tout en m’en indiquant le contenu :<br />
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« Ceci est votre notification de mise à pied temporaire. Nous l’avons fixé à cette fin de semaine… »<br />
<br />
Je réalisais que Reillan était en fait une gamine. Elle devait avoir la petite vingtaine, sans doute étudiante dans une grande école et en stage chez nous pour l’année. Entendre sa petite voix m’avait totalement coupé mes envies friponnes.<br />
<br />
Je lui arrachais le document des mains, ce qui ne manqua pas de faire soupirer Phil.<br />
<br />
« Allons je t’en prie !» dit-il pour m’inviter à me calmer<br />
– Tu plaisantes j’espère ? t’es pas foutu de venir me voir pour régler un problème mais faut que je te fasse un grand sourire quand tu envoies cette petite… »<br />
<br />
Lucas m’interrompit avant que j’aille plus loin. Il n’avait pas tort de le faire, car j’allais clairement me défouler sur la pauvre gamine et me griller encore plus.<br />
<br />
« Phil ! » dit-il en s’interposant « Vu qu’il s’agit de quelqu’un de mon équipe est ce que je pourrais voir avec toi comment on peut s’arranger ? »<br />
<br />
Phil me regarda, lâcha de nouveau un soupir puis me demanda de sortir. Y’avait pas de quoi être fier : j’avais vraiment fait le con, et en y repensant je méritais d’être mis à pied.<br />
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Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.<br />
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***<br />
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Je n’avais jamais ressenti ça avant.<br />
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Les jours qui suivirent, on avait pris l’habitude de s’envoyer des messages, que ça soit par téléphone ou via ordinateur. On continuait à se raconter nos histoires, à parler de tout et rien…<br />
<br />
Elle croyait toujours que j’étais le boss de Lucas, et il fallait que je donne le change sans qu’il sans rende compte. Heureusement pour moi, elle n’avait que peu de contact avec les gens du bureau, ce qui limitait les risques. <br />
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Pour le moment tout était sous contrôle.<br />
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Parfois le soir on se retrouvait dans un bar ou entre le bruit des clients et le vacarme de la sono, on se racontait nos journées. Le plus souvent je la laissais parler, ce qui m’évitait d’avoir à mentir, ce qui du coup me permit de bien mieux la connaitre.<br />
<br />
On partageait pas mal de chose : un gout pour les vieux films d’action des années 90 et le Heavy métal, des problèmes similaires avec nos familles respectives, une préférence pour les alcools blancs, des préjugés sur les gens en général et une folle d’envie de se changer les idées en ce moment.<br />
<br />
Elle me racontait notamment comment elle s’était séparée de son ex, un type qu’elle connaissait depuis le lycée et avec qui elle avait fini par sortir « pour voir ». Un peu paumée dans sa vie sentimentale, elle s’était donnée pour objectif d’arrêter de se prendre la tête à trop calculer ses relations, mais avait fini par avoir des aventures « par facilité ».<br />
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Y’avait de quoi jubiler d’entendre cette beauté vous dire qu’elle ne voulait rien de plus qu’un coup d’un soir…<br />
<br />
Pourtant cette relation « simple » commençait à prendre de plus en plus d’importance pour moi. Il m’arrivait de penser à elle comme ça, au beau milieu de la journée, simplement parce qu’un détail me faisait soudainement pensé à elle ou à quelque chose qu’on s’était dit.<br />
<br />
Dans ces cas-là je me sentais mal à l’aise. Je ne voulais pas que les choses tournent de cette manière.<br />
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En fait c’était comme si au fond de moi-même j’entrevoyait ce que cela pourrait donner, et que je le refusais. Je voulais que ça soit une passade, une aventure de quelques semaines qui se conclue sur l’oreiller et après salut. Je pense que c’est pour ça que j’ai entretenu ce mensonge comme quoi j’étais le boss de Lucas. C’était comme avoir un détonateur a porté de main permettant de détruire cette relation si jamais ça devenait trop compliqué… sauf que je ne pensais pas que ça pourrait être moi qui aille dans ce sens.<br />
<br />
Mon dilemme était d’autant plus difficile à régler que je ne pouvais pas en parler à Lucas. C’était mon meilleur ami, et je n’aurais pas pu soutenir son regard et lui raconter toute la vérité. Que je me fasse passer pour son patron pour me faire bien voir, il s’en fichait, mais je savais qu’il jouerait les bonnes conscience en me disant que c’était mal de faire ça. Il était comme ça Lucas : toujours à faire ce qui est bien, ce qui est juste. <br />
<br />
Depuis des années que nous étions amis, il avait toujours été une boussole morale à mes yeux. Mais là, sachant pertinemment que j’étais dans le faux, je n’aurais pas supporter son regard désapprobateur. Je voulais qu’il me laisse être dans ma bulle, je voulais qu’il me laisse vivre ma petite amourette qui me faisait du bien et me vidait la tête. Je voulais juste que les choses durent encore un peu comme ça histoire d’oublier ce qui s’était passé et me sentir heureux, insouciant. Je voulais que pendant un temps encore, je puisse faire comme si rien n’avait d’importance…<br />
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Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil  <br />
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***<br />
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Ce coup-ci je tentais ma chance.<br />
<br />
On se donna rendez-vous 2 jours plus tard. Elle voulait aller à une expo photo, et moi je m’en fichais du moment que je pouvais conclure et la mettre dans mon lit.<br />
<br />
Plutôt que de faire le pied de grue à l’attendre, je lui avais proposé de passé la chercher. A ma grande surprise, elle me proposa l’inverse. Ce n’était cependant pas une mauvaise opération : si je pouvais dès le départ l’amener sur mes terres, je pourrais conclure sans même avoir besoin de me taper une visite dont je me fichais comme d’une guigne.<br />
<br />
Malheureusement je fis chou blanc sur ce coup-là : est-ce que c’est l’alchimie qui n’était pas encore en place, ou bien tout simplement avais-je eut les yeux plus gros que le ventre… toujours est-il que mes tentatives (pas très subtiles il faut le reconnaître) d’accélérer les choses n’eurent aucun succès.<br />
<br />
Je m’estimais content de ne pas m’être grillé tout seul et de pouvoir encore tenter ma chance plus tard.<br />
<br />
L’expo avait lieu dans une bibliothèque, et avait pour thème « les livres en image ». Le principe était que dans chaque section, le photographe avait installé une photo en rapport avec le thème du rayonnage. Ainsi, dans la partie « science et technique » il y’avait une série de photos ou l’on voyait des éclairs frappé un volcan en éruption. <br />
<br />
« T’as vu ? » me dit elle « deux puissances de la nature qui se rentre dedans !<br />
– Ça doit être terrifiant » dis-je en essayant de me la jouer humble devant les éléments<br />
– Tu crois que les gens dans le passé réagissaient comment à ce genre de truc ? »<br />
<br />
Alors ça c’était la question que je n’avais pas vu venir…<br />
<br />
« Euh… un signe divin sans doute ?<br />
– Et si nous aussi on se trompais ? Si nos certitudes étaient fausses ?<br />
– La science c’est autre chose que les théories foireuses d’un prêtre qui veut rassurer ses ouailles.<br />
– Pourquoi ça serait différent ? La science a toujours eu tendance à chercher avant tout ce qu’elle voulait pour que les gens se rassurent de leur vision du monde… et comme ce qu’ils trouvent ne leur plait pas, ils cherchent encore plus… »<br />
<br />
Bordel on est vraiment en train d’avoir cette conversation ?<br />
<br />
« Donc tu me dis que cette image, c’est la preuve que la rationalité scientifique est toujours dépassé par le ressenti profondément émotif de l’homme ?<br />
– Hum… là je dirais que tu creuses un peu trop » me répondit elle sarcastique « mais c’est mignon de te voir argumenté ! »<br />
<br />
Elle m’avait bien eu. <br />
<br />
Le reste de l’exposition fut l’occasion d’autres discutions de ce genre, tout aussi animé et passionné. Nous n’étions pas d’accord sur grand-chose, mais bizarrement nos visions de la vie n’étaient pas incompatibles, comme si l’un pouvait combler les brèches de l’autre. Elle semblait aimer mon côté rationnel et pragmatique, et j’avais un faible pour son côté léger et sentimentale. <br />
<br />
On termina notre visite par la section « histoire contemporaine », et cette fois nous furent accueillit par une seule et unique photo. C’était un panoramique qui faisait tout le long de la section, et qui représentait un peloton d’exécution…<br />
<br />
Elle m’agrippa alors le bras, le souffle court, et avança à pas mesurés en dévisageant les condamnés tout en m’entraînant à sa suite. J’avais du mal à situer le contexte de cette image, mais la haute résolution du cliché et son format me laissèrent pensé que c’était liée à un événement récent. Les condamnés étaient caucasiens, sans doute d’un pays de l’Est. Ils portaient des vêtements « moderne » pour peu que ça veuille dire quelque chose, et le décor autour d’eux ressemblait à une ville occidentale comme on en voit partout.<br />
<br />
Excepté bien sur les impacts de balles dans les murs…<br />
<br />
Après avoir traversé la section, elle me proposa de partir. Elle était deux pas devant moi, et je compris qu’elle retenait ses larmes. Lorsque je fus à sa hauteur je passais mon bras sur son épaule, lui demandant « hey ? ça va ? »<br />
<br />
Elle m’expliqua alors que ce cliché venait de son pays d’origine, et que ses grands parents avaient été fusillé lorsque l’armée avait lancée des représailles contre la population. Elle savait que la photo serait exposée, et elle tenait à la voir, non pas que ces grands parents fussent dessus, mais simplement pour affronter cet événement tragique.<br />
<br />
« Ce qui me fait le plus mal, c’est de me dire qu’ils auraient pu déménager avec moi… » me dit elle<br />
– C’était leur pays, ils n’avaient pas de raison de le quitter… à l’époque ça n’avait pas de sens. » tentais-je de dire pour la consoler<br />
– T’as pas l’impression que des fois la vie est un rail, et que parfois, juste à certains moments, ce sont nos choix qui nous entraînent sur des pistes complètement différentes ? »<br />
<br />
Ça faisait des mois que j’avais cette idée dans la tête, des mois que je me sentais paumé justement parce que je n’arrivais pas a exprimé cette sensation de valdinguer sur des flots qu’on ne contrôle quasiment pas. Et elle en deux seconde avait su verbaliser exactement ce qui me trottait dans la tête depuis tout ce temps.<br />
<br />
Après l’expo, nous sommes revenus chez moi. Mais bizarrement, je n’avais plus aucune envie de la mettre dans mon lit. Je voulais seulement parler avec elle, la consoler, et juste passer un petit moment sympa avec elle.<br />
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Je n’avais jamais ressenti ça avant. <br />
<br />
***<br />
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Je ne pouvais pas rester comme ça.<br />
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J’acceptais la proposition de Lucas : aller à une soirée me ferait du bien, ou au pire ne pourrait pas me faire de mal. Mais avant ça il fallait me préparer un minimum. Je ne ressemblais à rien, j’avais une tête de zombie, et mes fringues étaient un poil trop grand à cause de tout le poids que j’avais perdu à force de passer mes journées étalé sur le sofa.<br />
<br />
A part Lucas personne n’était au courant, et c’était bien mieux comme ça. Personne n’a envie d’être prit en pitié par son entourage.<br />
<br />
Première étape la douche. La violence du jet d’eau me fit l’effet d’une claque : toute la fatigue liée au manque de sommeil venait de partir, remplacé par la sensation tonique et frais de l’eau un peu froide me picorant le corps. A mes pieds, l’eau noirâtre tourbillonnait dans le siphon qui avalait goulument la crasse que je traînais depuis des jours. <br />
<br />
En me frictionnant, je senti avec effroi mes côtes et mes articulations. J’avais tellement perdu de poids que j’en était presque squelettique. Étrange que j’aie pu passer tout ce temps sans m’en rendre compte… enfin ceci peut sans doute s’expliquer par l’horreur que j’éprouvais pour le miroir en ce moment.<br />
<br />
En me rasant, j’eu la confirmation que je m’étais vraiment laissé aller : mon visage d’habitude rond et jovial était ici taillé à la serpe. Ça n’était pas le visage d’un grand malade, mais pour qui me connaissait, c’était vraiment une mine à faire peur.<br />
<br />
Mes seules affaires portables étaient celle du bureau, aussi je décidais de miser sur un look « business » quitte à me faire chambrer par tout le monde.<br />
<br />
30min après j’étais chez Lucas, à m’excusé d’être venu les mains vides. A l’intérieur de la maison, la fête battait déjà son plein, avec une sono qui crachait les tubes Dance en vogue dans les années 90 à une bande de trentenaire sous redbull qui se défoulaient de leur semaine de travail.<br />
<br />
Lucas me lâcha au milieu de tout se foutoir, et je me demandais si j’avais pris la bonne décision.<br />
<br />
Histoire de sortir de ma coquille, je me dirigeais vers la table du buffet pour me servir un verre. J’avais trop mal au crane pour songer à un alcool blanc, aussi je me contentais d’un soda agrémenté d’une rondelle de citron.<br />
<br />
Une jeune femme arriva sur ma gauche et me demanda si je pouvais lui servir un verre à elle aussi. Je m’exécutais lui ajoutant aussi une petite touche citronnée. Nous avons alors trinqué et commencé à discuter.<br />
<br />
Elle bossait pour un de nos partenaires, et avait connu Lucas lors de différents séminaires. Lorsqu’elle comprit que je bossais pour la même boite que Lucas, elle fut étonnée de ne m’avoir jamais rencontré…<br />
<br />
« Oh vous savez » dis-je nonchalamment » Lucas et moi ne sommes pas au même échelon, je le laisse faire ce genre de besogne ! »<br />
<br />
Et ce qui était de l’humour devint un malentendu monumental.<br />
<br />
Elle supposa que j’étais le patron de Lucas, et moi comme un crétin avide de reconnaissance, je fis comme si de rien était. Pire encore, en m’appuyant sur ce quiproquo, je m’inventai tout un scénario où j’étais un des boss de la boite, où j’avais beaucoup d’argent et bien entendu des loisirs en conséquence : yacht à Saint Barth, ski dans les plus grandes stations du monde, et comment oublier mes séjours à Cannes pour le festival ?<br />
<br />
Je me sentais bien dans mon mensonge. Après tout, si je ne pouvais pas avoir une vie de rêve, rien ne m’empêchait de me rêver une vie ? La fille marchait dans mon histoire, et selon l’adage « plus c’est gros plus ça passe » j’en faisais des tonnes. De toute façon je m’en fichais qu’elle découvre le pot aux roses : tant que le charme marchait, je passais un bon moment : le reste, je ne voulais pas y penser. <br />
<br />
Elle était canon, le genre bien gaulé mais qui en plus à une jolie frimousse. Elle sentait bon, et sa robe caraco bleu lavande offrait juste ce qu’il faut de douceur pour les yeux. Elle ne portait aucun bijou, et tout juste un peu de rouge à lèvre. C’était le spécimen parfait du cliché de la fille d’à côté : le genre de femme accessible tout en étant au-dessus de la moyenne.<br />
<br />
Plus on parlait, et plus je sentais que je lui plaisais. Enfin mon personnage en tout cas. Je réalisais alors que je ne savais rien d’elle, même pas son prénom. <br />
<br />
Bof… à quoi ça sert de toute façon ?<br />
<br />
Je me mis alors dans l’idée d’en faire un coup d’un soir. Je n’étais pas du genre Casanova d’habitude, mais là j’étais grisé : je voulais la séduire comme un prédateur, l’attirer dans mes filets et coucher avec elle juste pour le sport. S’il fallait mentir, tricher ou bien se comporter comme un salaud, j’en avais rien à faire : tout ce que je voulais à ce moment-là c’était de mordre dans la bretelle de son soutien-gorge qui me faisait de l’œil depuis tout à l’heure. Je voulais la renverser sur la table et la prendre devant tous les invités, ne penser qu’à moi et à mon plaisir pour ensuite ne plus jamais la revoir, je voulais ressentir sans penser…<br />
<br />
La fin de soirée arriva, et elle commença à remettre son gilet pour partir. Il fallait que je la revoie, et que j’arrive à conclure avec elle. J’avais souvent trop attendu dans ma vie et laissé passer les opportunités.<br />
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Ce coup-ci je tentais ma chance.  <br />
<br />
***<br />
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Y’a des coups de fils qui changent votre vie.<br />
<br />
Vous êtes là, au bureau, vous faites votre journée tranquille, et puis c’est l’heure de pause. Vous descendez au rez de chaussé et vous vous dites qu’il fait beau, et que ça serait plus sympa d’aller manger dehors. Vous sentez le soleil qui vous mordille la peau, et ça fait un bien fou. Cette sensation s’ancre en vous, et vous n’imaginez pas encore à quel point vous ne pourrez jamais l’oublier.<br />
<br />
Et puis y’a le téléphone qui sonne.<br />
<br />
Vous êtes en pause, alors vous vous en fichez, mais ça insiste, toujours le même numéro que vous ne connaissez pas…<br />
<br />
Et forcément vous finissez par décroché.<br />
<br />
Là, une voix anonyme vous annonce la pire nouvelle qui soit. Sans filtre, sans rien pour amortir, la voix vous explique que votre femme est morte, et qu’ils n’ont pas pu sauver le bébé. Un flot de parole empêche le silence de s’installer, parce que le silence c’est horrible.<br />
<br />
Votre tête se vide, et vous ne comprenez pas ce que la voix raconte. Vous n’y attachez pas d’importance de toute façon. Plus tard, vous réaliserez qu’elle était en train de vous expliquer que le décès est dû à un diabète gestationnel ayant entraîné une hypertension artérielle gravidique causant à leur tour des lésions vasculaires rénales, hépatiques et des troubles hématologiques.<br />
<br />
Ce jour-là vous vous posez pleins de questions, mais la plus essentiel c’est « pourquoi ? »<br />
<br />
Vous faites ce travail mental de remonter la source des choses, en essayant de comprendre. Est-ce qu’agir différemment aurait pu changer les choses ? Est-ce que c’est de ma faute ?<br />
<br />
On est assommé, figé, pétrifié. On arrête de vivre pour arrêter le temps, et rester au moment où tout allait bien. Mais ça sa ne marche pas plus d’une semaine, et la vie se remet en mouvement, sauf qu’on se cramponne fort à avant, et qu’on nie tout le reste, jusqu’à se nier soit même.<br />
<br />
Et puis à un moment on a plus force, on lâche prise, et on se retrouve emporter par le torrent qu’est la vie. On est chahuté de partout à se demander qui tient les commandes. On a peur, peur parce que c’est le chaos, et que rien n’a de sens. On refuse d’aimer à nouveau de peur de souffrir encore, on devient cynique, désinvolte, pour que même notre propre existence ne nous cause de la peine. <br />
<br />
On fait le vide, comme un trou noir, dévorant les quelques brides de lumière qui nous entourent pour les tasser tout au fond du vide abyssal qui s’est ouvert dans notre poitrine. On devient un bout de néant qui déambule par habitude, un zombie qui ne tiens que parce que ses fonctions vitales prennent parfois le dessus.<br />
<br />
Ça fait des mois que je suis comme ça, prostré dans le salon, à éviter tout et tout le monde. Même la télé me répugne, avec tous ses visages heureux et insouciant, comme si tout allait bien.<br />
<br />
Il y’a encore les amis, les vrais, qui passent et essayent de me motiver, mais je reste dans mon trou noir. Je vais au boulot, je fais ma journée, parfois je mange, et j’essaye de dormir. <br />
<br />
Je ne vis pas : je fonctionne<br />
<br />
Et voilà que Lucas m’appelle encore. Il me dit qu’il fait une fête, que c’est pour ses 30 ans et que je ne peux pas louper ça. Il me dit qu’il y’aura plein de monde, et que ça me fera du bien. Il me dit tout ce qu’un ami doit dire, et plus encore.<br />
<br />
Je ne réponds toujours pas, et lui insiste. Et puis il me laisse un message qui m’interpelle <br />
<br />
Pourquoi tu laisses ton téléphone allumé alors ?<br />
<br />
C’est vrai, je n’aurais qu’a l’éteindre pour avoir la paix. Et puis en plus, c’est avec lui que tout a commencé. Et puis soudain je réalise. Je réalise que depuis ce jour je n’ai jamais éteint le téléphone. Je réalise que j’ai toujours d’enregistré les traces des appels de la voix.<br />
<br />
Tout a découlé d’un choix. Comme si… comme si on pressait une touche et soudain il se passait des choses… non… comme si… oh je ne sais plus.<br />
<br />
Mais au final c’est vrai : agir ou pas ça me conduit quelque part, seul la destination change. Alors est ce qu’il existe une carte ? est ce qu’on peut remonter la chaine du chaos et trouver le bon embranchement ? est-ce que si j’accepte la proposition de Lucas il va m’arriver des choses qui me sortiront du trou noir ? est-ce que ce n’est pas plutôt l’inverse qui va se produire ?<br />
<br />
Je compris alors la différence entre agir et ne pas agir : dans ce dernier cas, la route était tracée et on restait dans son sillage. Agir c’était prendre un autre embranchement, avec le risque que ça ne soit pas mieux. Mais au moins c’était possible.<br />
<br />
Je n’avais qu’un bouton à pressé, et 3 mots à dire à Lucas pour peut-être changer ma vie. Je regardais le vide autour de moi, la pénombre, la poussière et ce silence qui n’en finissait pas.<br />
<br />
Je ne pouvais pas rester comme ça.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**La chaîne du chaos**

C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.

A peine fut elle arrivé que je lui demandais de m’accorder quelques instants pour lui parler. Le doute me traversa. Elle était incroyablement belle dans cette robe bleue myosotis sans manche, assortie d’une ceinture à grosse boucle. C’était tout simple, mais élégant, parfaitement adapté… Oh mais à quoi je pense ?

Peut-être valait-il mieux ne rien dire ?

Elle me regardait avec un air étrange mêlant l’envie et la crainte, tirant en arrière une mèche de ses cheveux cendres derrière son oreille tandis qu’elle s’avançait. De ma main posée sur son épaule, je la ramenais contre moi avant de poser doucement mon front sur le sien. Nous étions si près l’un de l’autre que je pouvais sentir la chaleur de son visage irradier le mien. Mes lèvres s’approchèrent des siennes sans jamais les toucher, me laissant un frisson intense.

« attends… » dis-je « Je peux pas faire ça…
– Faire quoi ?
– Te mentir… te faire croire que… que je suis quelqu’un d’autre. T’es une nana super et tu mérites pas ça… »

Evidemment son regard changea. Ses pupilles dilatés signifiaient clairement sa surprise. Un peu de tristesse passa dans les contours de ses yeux, et sa lèvre inférieur se mit à trembloter.

« Mais de quoi tu parles ? tu me fais peur là !
– Je ne suis pas le patron de Lucas. Je t’ai dit ça parce que… Au début c’était un malentendu et j’avais peur qu’à cause de ça tu t’intéresses plus à moi. Je voulais juste te plaire et puis… au final c’est le contraire qui s’est produit.
– Comment ça ? »

Oui c’était dur à avouer.

« Au début c’était juste une attirance…
– Physique ?  » m’assénât-elle sans pitié mais avec raison
– Oui… je l’admets. Mais au final je me suis rendu compte à quel point j’avais été stupide, et à quel point c’était insultant pour toi. Et c’est pour ça que je te raconte tout ça, parce que si on était allé plus loin c’était un point de non-retour. »

Ses yeux dansaient de gauche à droite, comme reflétant les assauts des pensées qui devaient l’assaillir en cet instant. 

« Donc tu me dis que… tu m’as menti pour me mettre dans ton lit mais que finalement tu ne veux plus jouer à ça ?
– En quelque sorte
– Et tu voudrais que je te sois tellement reconnaissante te ta franchise que j’en oublie que tu m’as baladée en espérant me sauter ?
– Non. Je fais ça pour moi. Pour ne pas devenir ce genre de salaud.
– T’es conscient qu’en ce qui me concerne ça ne change pas grand-chose ?
– C’est un acte de foi. Je ne peux pas te demander ta confiance si je ne t’en donne pas des preuves de mon côté. »

Son visage s’illumina d’un sourire

« La foi… c’est un truc de petit garçon. Croire très fort en quelque chose… espérer que ses rêves se réalisent…
– Je dirais plutôt qu’au contraire c’est le truc le plus adulte que j’ai fait de ma vie. 
– Quoi ? me dire la vérité ?
– Non : assumer le mensonge »

On pourrait croire que tout mon discours n’était que du vent, que mon petit speech n’était qu’une habile manœuvre pour établir une situation favorable et éviter que ça soit elle qui démasque mon mensonge… mais il n’en était rien.

J’étais vraiment sincère, parce que vraiment amoureux, et en l’occurrence pas de mystère je pensais chaque mot qui sortaient de ma bouche. Fini de mentir, fini de croire qu’en se cachant on pouvait arriver à ses fins sans encombre. J’avais besoin d’un élan d’honnêteté pour me sentir bien.

Elle agrippa mes épaules et m’attira vers elle, puis en poussant légèrement sur la pointe de ses pieds s’avança un chouia pour déposer un fugace baiser sur mes lèvres.

« On s’arrêtera là pour l’instant » me dit elle « mais j’apprécie le geste ».

Puis e]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 15 May 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-05-15T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 40 : Domo Arigato Mister Seismo ! #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep40/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Domo Arigato Mister Seismo !**<br />
<br />
L’Enfer, lieu de perdition des âmes, brûlot éternel de la damnation…<br />
<br />
C’est un endroit où ceux qui ont failli dans leur vie précédente attendent l’heure du jugement dernier. Autant dire qu’il y’a du monde !<br />
<br />
Pourtant, l’Enfer n’est pas uniquement peuplé d’âmes perdues : il y’a aussi toute une foule de démon dévolue à de multiples taches et qui sont la force vive des administrations infernales. Que ce soient des conducteurs de bus faisant transiter les âmes vers leurs éternelles demeures, du personnel d’entretien chargé de nettoyer les lieux des vomissures lorsque les damnés ont un haut le cœur à la vue de la montagne des espoirs déçu de gain aux jeux, L’enfer grouillait de démon. Et comme si ça ne suffisait pas, il fallait garder en tête que beaucoup d’entre eux étaient affecté sur Terre pour semer le chaos, entretenant la guerre millénaire que se livraient le Ciel et l’Enfer pour la domination du monde.<br />
<br />
Pour former ses démons aux diverses tâches qui les attendent, tout un système éducatif avait été mis en place, prenant en charge les démons dès leur plus jeune Age afin d’en faire de bon professionnel. Ainsi, l’académie infernale de Dis, la citée des Enfers, accueillait des écoliers, des étudiants et bien entendu des professeurs.<br />
<br />
Ce matin, la classe des « petites gargouilles » (les 6-7 ans) était comme d’habitude calme et silencieuse, au grand dam du chef d’établissement monsieur Karlaloladidadam, démon des voix qui portent, qui se demandait ce qu’il allait faire d’eux. En effet, les petites gargouilles était la classe qui regroupait les plus mauvais élèves de tous l’établissement et qui avaient usé de fatigue plus d’un professeur.<br />
<br />
Il scrutait la salle de classe du regard avec ses yeux jaune vif, tout en montrant ses crocs de sangliers d’un air menaçant…<br />
<br />
« LES ENFANTS ! » dit-il en hurlant, seule façon qu’il avait de parler « UNE FOIS DE PLUS VOTRE PROFESSEUR MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO NE SERA PAS là CETTE SEMAINE !<br />
– C’est pask’elle nous aimes plus ? » demanda un petit démon tout bleu a l’air triste<br />
– NON ! ELLE NE VOUS A JAMAIS AIME ! C’EST MAL D’AIMER ! VOUS ÊTES DES DÉMONS ! VOUS DEVEZ HAÏR !<br />
– Mais moi j’aimes bien les céréales du cap ‘tain Vomito » reprit le petit démon « Du coup c’est mal aussi ?<br />
– EXACTEMENT !?<br />
– Mais si c’est mal alors… bah c’est bien dans ce cas ? vu qu’on est des démons et qu’on fait tout le contraire de…<br />
– SA SUFFIT PETIT GREDIN ! »<br />
<br />
Karlaloladidadam crispa le poing avec rage et se tourna vers la porte.<br />
<br />
« TOUJOURS EST IL QUE VOUS AUREZ UN PROF REMPLACANT JUSQU’AU RETOUR DE MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO, ALORS ESSAYEZ DE LE GARDER EN ETAT CELUI LA COMPRIS ? »<br />
<br />
Toute la classe répondit « oui monsieur » en cœur.<br />
<br />
Le chef d’établissement quitta la salle furibard, manquant de bousculer le remplaçant qu’il venait d’annoncer. Ce dernier entra d’un pas mesuré et se plaça devant le bureau, droit comme un I, les bras dans le dos. A la grande surprise des enfants, le professeur remplaçant ne ressemblait pas du tout à un démon. Il mesurait environ 2m et portait une armure futuriste couverte de diode électronique le tout surmonté d’un casque design bardé de plusieurs cornes acéré.<br />
<br />
Les enfants se regardèrent avec étonnement, sans trop savoir quoi faire. Soudain le professeur remplaçant se retourna, écrivit sur le tableau et se retourna encore en pointant du doigt ce qu’il venait d’écrire :<br />
<br />
« Les enfants ! voici mon nom ! »<br />
<br />
Silence dans la salle.<br />
<br />
Le professeur regarda ce qu’il venait d’écrire puis réalisa que les petits démons ne savaient pas forcément lire le japonais…<br />
<br />
« Oh… mes excuses les enfants. Tant pis je vais vous dire ça à voix haute ! je suis… MISTER SEISMOOOOOO ! »<br />
<br />
Il était difficile de savoir si c’était ce nom si particulier qui avait tétanisé de stupeur les enfants, ou bien si c’était la pose qu’avait pris Mr Seismo (sur une jambe, un bras replié à 45 dégrée, l’autre tendu dans le même alignement).<br />
<br />
Une petite démone rose leva la main pour parler. Mr Seismo lui fit signe et elle demanda de sa petite voix toute mignonne :<br />
<br />
« Dites monsieur ? pourquoi vous avez un nom tout bizarre ?<br />
– C’est parce que je suis étranger ma petite : je suis un monstre de l’espace qui est arrivé au japon dans les 80 pour combattre un justicier de la cyber space police : Justiciatron !<br />
– Oooooh ! » dit la classe en cœur<br />
– Notre lutte acharné c’est terminé dans un torrent d’explosion, et j’ai été vaincu par Justiciatron. Et c’est pour ça que maintenant je réside dans les enfers de ce monde.<br />
– oh… alors vous êtes là parce que vous aussi vous êtes un gros nul ? »<br />
<br />
La visière de Mr Seismo se broda d’une lumière rosâtre<br />
<br />
« Comment ça petite ? qui ose dire que vous êtes des gros nul ?<br />
– Bah on est les p’tites gargouilles m’sieur. On est là parce qu’on est de mauvais démon… »<br />
<br />
Mr Seismo senti des petits sanglots dans la voix de la fillette rose.<br />
<br />
« Sottises que cela ma petite ! Personne n’est nul, et vous encore moins !<br />
– Mais quand même » dit un petit démon jaune aux mains difformes et rocailleuses « Faut bien admettre qu’on est pas fait pour être des démons<br />
– Hum… je sens un énorme déficit de confiance les enfants ! ça ne va pas du tout ! Déjà on va se présenter comme ça sa nous donnera un point de départ ! Toi jeune homme, c’est quoi ton nom ?<br />
– Je m’appelle Bixi<br />
– Enchanté Bixi : tu es quoi comme démon ?<br />
– Je suis un démon du sulfure… mais je fais des allergies aux produits toxiques alors du coup à chaque fois que j’essaye de lancer des vagues acides je tousse et ça me fait des plaques… et puis ça me pique les yeux aussi…<br />
– Hum… diantre… et toi petite ? c’est quoi ton nom ?<br />
– Je m’appelle Tiny, et je suis… je suis une succube.<br />
– Ah bah c’est très bien ça…<br />
– Non ça craint ! j’ai 6 ans et j’ai même pas de forme ! » dit la petite succube qui effectivement ressemblait plus à une enfant qu’a un pulpeuse tentatrice.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Mr Seismo passa la matinée à faire plus ample connaissance avec les enfants. Tous étaient des gamins rejetés par les autres, que ça soit pour leur apparence ou bien leur comportement hors norme, comme par JimJam, un petit démon du mensonge qui voulait devenir paladin.<br />
<br />
L’après-midi, les enfants furent conviés à une activité de groupe ou chacun devait dire à l’autre ses qualités. Mr Seismo pensait que de cette manière, il pourrait booster le moral du groupe, mais tout ne se passa pas comme prévu. En effet, si les enfants complimentaient volontiers leurs petits camarades, ils se dévaluaient au passage :<br />
<br />
« T’es trop cool : tu peux lancer de l’acide ! moi je suis juste bleu…<br />
– Ouais mais toi au moins ta sueur te donne pas de plaque ! Je ressemble à un livre en braille… »<br />
<br />
Préférant arrêter rapidement le massacre, Mister Seismo proposa aux enfants d’aller dehors pour faire un peu d’exercice. En plein air, il pourrait les laisser aller au maximum de leur capacité démoniaque et ainsi se sentir mieux.<br />
<br />
Mais alors que toute la classe de petites gargouilles se mettait en place dans la grande cour de l’école, une autre classe arriva et s’accapara l’espace. C’était la classe des « Mutilator », l’élite de l’élite parmi les 6 -7 ans, avec leur terrible professeur, monsieur Bentitiyatitiyotitiyé, démon des collisions atomiques instables. Ce dernier s’avança vers Mister Seismo qu’il dominait de deux bonnes têtes et lui demanda d’une voix grésillante et profonde comme la nuit :<br />
<br />
« Barrez-vous de là les minus ! le terrain est à nous ! »<br />
<br />
Aussitôt, les petites gargouilles commencèrent à reprendre leur affaire, mais Mister Seismo leur fit signe de ne pas bouger.<br />
<br />
« Allons les enfants : un bon démon ne bas pas en retraite aussi facilement ! » dit-il avec enthousiasme avec de se tourner vers le démon dont la peau alternait entre le vert et le jaune fluo « Peut être que nous pourrions partager la cours de récré et travailler ensemble ? ça sera amusant !<br />
– Ensemble ? amusant ? tu dois être nouveau pour oser te comparer à nous pas vrai ?<br />
– C’est exact : je viens d’arriver et je suis… MISTER SEISMO ! » dit ce dernier en prenant la pose comme il l’avait fait en salle de classe.<br />
<br />
Mr Bentitiyatitiyotitiyé le regarda avec incompréhension, ce qui pouvait s’expliquer étant donnée son faible niveau d’intelligence. Il comprit néanmoins que Seismo était sérieux.<br />
<br />
« Et bien écoutes moi attentivement Seismetruche… nous sommes les meilleurs démons qu’il y’ait jamais eu en Enfer, et on va vous exploser !<br />
– Hola ! de la violence ? contre des enfants ? ce n’est pas acceptable !<br />
– Quoi ? tu voulais un qu’on fasse des trucs ensemble non ?<br />
– Oui ! mais plutôt un défi démoniaque, avec des jeux, des épreuves d’habileté et tout et tout !<br />
– Mais… tu crois vraiment qu’on a le temps pour ça imbécile ! »<br />
<br />
Le bordure de la visière du casque de Mister Seismo s’illumina en bleu cobalt.<br />
<br />
« Hum… c’est vrai que le temps de répartir les élèves en groupe homogène selon leur compétence, cela prendra un temps fou… Et bien soit ! gardez le terrain pour ce matin, et nous le prendrons cet après-midi ! »<br />
<br />
Le démon nucléaire commença à entrer en fusion instable.<br />
<br />
« TU TE MOQUES DE MOI OU QUOI ??<br />
– Allons allons mon brave… vous êtes en train d’irradier ce pauvre Bixi il va encore avoir des plaques.<br />
– JE M’EN FICHE DE TA CLASSE DE PERDANT !<br />
– Et bien pas moi ! je vous trouve bien cavalier de parler ainsi de mes élèves !<br />
– TU SAIS CE QUE J’EN FAIS DE TES PETITS MERDEUX… »<br />
<br />
Monsieur Bentitiyatitiyotitiyé ne termina jamais sa phrase, coupé dans son élan par un surpuissant coup de poing en plein dans l’estomac expédié par Mister Seismo. Ce dernier, dans une pose vraiment classe, avait déployé un accélérateur ionique logé dans l’avant-bras de son armure et, comme le raconteront plus tard les enfants, envoya « une grosse patate de forain atomique dans le bide de Mr Ben« . Le coup avait été si rapide et violent qu’il provoqua une détonation supersonique qu’on put entendre jusqu’à la rivière des larmes de joueurs déçu par les DLC.<br />
<br />
Le professeur des mutilator tomba à genoux et se mit à vomir abondamment tandis que les filles des deux classes lançaient des « pouaaaah ! » ou des « dégeuuuuux ! » et que les garçons riaient en essayant de reconnaître ce qu’avait mangé le malheureux la veille.<br />
<br />
Mister Seismo lui se pencha tout prêt de sa victime pour lui parler à l’oreille :<br />
<br />
« Manques de respect encore une fois aux petites gargouilles et tu sauras pourquoi mon nom est Seismo… »<br />
<br />
JimJam qui avait tout entendu trépigna de joie :<br />
<br />
« WHaaaa ! c’est trop classe ce que Mister Seismo a dit ! ah ah ah : Et tu sauras pourquoi mon nom est Seismo… Vous êtes trop cool monsieur ! »<br />
<br />
L’étrange professeur se tourna vers ses élèves, droit comme un i et leur fit la morale.<br />
<br />
« Les enfants, ce qui vient de se passer n’est pas bien : la violence n’est pas une solution. Enfin pas tout le temps…<br />
– Mais monsieur ! » demanda Vyna, une petite démone rougeaude de la violence « Mon papa il dit que quand y’a des gens ils sont méchants et ben il faut leur mettre une grosse patate dans la bouche !<br />
– Hum… peut-être que ton papa dit ça métaphoriquement ? peut-être qu’il veut dire qu’il faut fermer la bouche des gens avec une gros tubercule de mépris pour qu’il ne puisse plus parler ?<br />
– C’est quoi un tubercule ? » demanda Loum, le petit démon bleu<br />
– C’est ce avec quoi on fait les frites les enfants ! »<br />
<br />
Un « ooooooh » retenti dans la cours, amplifié par le fait que la classe des mutilator avait elle aussi suivit la conversation le temps que son professeur se remette du coup qu’il venait de prendre. Vyna reprit alors la parole :<br />
<br />
« Nan je crois pas monsieur… parce que quand il a dit ça mon papa, bah il était en train de mettre un gros coup de poing dans la tête à tonton Profamatakemazbrok parce qu’ils se disputaient sur qui était le meilleur joueur de la ligue ardente.<br />
– Oh je vois… mais ce n’est pas pareil ma petite chérie : si on parle de sport en famille ou pour régler un différend, alors oui la violence c’est cool. Mais là nous sommes à l’école : il faut être sérieux ! »<br />
<br />
Vyna pensa comprendre ce que voulait dire Mister Seismo. Elle sourit à pleine dent, révélant ses crocs de tigre et hocha la tête pour dire oui.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les petites gargouilles purent s’amuser dehors puisque les mutilator se retrouvaient temporairement sans professeur. Mister Seismo fit faire quelques exercices simples d’assouplissement aux enfants qui, impressionné par sa démonstration de force, lui obéissaient sans broncher.<br />
<br />
Après plusieurs exercices et jeux d’éveils, le virulent enseignant leur laissa 15min de libre et en profita pour s’asseoir sur un banc pour méditer un instant. En position du lotus, il scrutait malgré tout la cours afin de s’assurer que les enfants ne se faisaient pas mal en sautant dans les plantes carnivores qui bordaient le préau.<br />
<br />
Soudain, un enivrant parfum lui titilla les narines (si tant est qu’il en ait jamais eu sous son casque). C’était un mélange délicat de fleurs fraîche et d’herbe coupé. Un parfum qui lui rappela le printemps sous les cerisiers en fleurs tandis que Madoka jouait du shamisen pour lui…<br />
<br />
Il regarda sur sa gauche et vit assise juste à côté de lui une sublime succube au cheveux blond platine qui formait autour de son visage comme une délicate corolle. Ses lèvres fines et rebondie étaient un appel aux baisers, et ses yeux vert émeraude une invitation à l’oubli. De sa voix de sirène, elle entama la conversation :<br />
<br />
« Bonjour… vous êtes le nouveau prof des petites gargouilles ? »<br />
<br />
Seismo rompit sa posture de méditation (en manquant de tomber du banc) puis se leva et salua la succube avec les manières d’un gentilhomme.<br />
<br />
« Pardonnez-moi madame, je n’ai pu empêcher mon cœur de succomber à votre beauté évanescente.<br />
– J’espère bien ! » dit la succube « Je passe des heures à m’entretenir chaque jour il faut bien que ça serve pas vrai ? »<br />
<br />
Mister Seismo acquiesça vivement de la tête. Amusé, la succube reprit :<br />
<br />
« Je suis mademoiselle Bellakyokananivasalatram, je m’occupe de la classe des Belladone… mais vous pouvez m’appeler Bella »<br />
<br />
Le professeur en armure prit la main de la succube et l’approcha de sa visière là où était probablement sa bouche.<br />
<br />
« Eh bien moi je suis… MISTER SEISMO ! » hurla t’il en prenant la pose une fois de plus.<br />
– Oh, ce n’est pas très commun… alors vous vous plaisez Mister Seismo ? les petits ne vous rendent pas chèvre ?<br />
– Non pas du tout : ce sont de braves gamins, gentils comme tout. Ils ont juste besoin qu’on les aides un peu.<br />
– Ce n’est pas l’avis du proviseur. Il a créé la classe des p’tites gargouilles pour trier les bons et les mauvais élèves.<br />
– C’est cruel !<br />
– Bah on est quand même en Enfer hein !<br />
– Oui mais même… ce ne sont que des enfants… ils sont notre avenir.<br />
– Euh… d’accord… vous êtes parti un peu loin là non ?<br />
– Non ! j’ai foi en eux<br />
– Oui sauf que leur problème c’est que EUX ne croient pas en eux même<br />
– Et bien je leur ferai croire en moi !<br />
– C’est quoi le rapport ?<br />
– Et bien si moi je crois en eux et qu’ils croient en moi, alors ils croiront en eux ! c’est logique ! »<br />
<br />
La succube tira de son décolleté une cigarette slim qu’elle alluma en déposant un baiser sur le bout. Elle tira une profonde bouffé de tabac et dessina un cœur percé d’une flèche en soufflant la fumée.<br />
<br />
« C’est mignon ce que vous dites monsieur Seismo…<br />
– Mister… c’est Mister Seismo.<br />
– Très bien Mister… j’ai été contente de vous rencontrer : à bientôt ! » dit la succube avant de retourner vers sa classe.<br />
<br />
Les petites gargouilles qui n’avaient pas perdu une miette de la situation se tenaient tous devant Mister Seismo tandis qu’il rêvassait.<br />
<br />
« Ouuuuh ! Mister Seismo est amoureux de la maîtresse ! » dit Bixi « Ils vont se faire des bisous !<br />
– C’est pas vrai ! » répondit JimJam « Mister Seismo c’est un mec badass, il a rien à fiche d’une greluche qui lui pourri la vie !<br />
– C’est quoi une greluche ? » demanda Loum<br />
– Je sais pas… c’est comme ça que Maman appelle les autres copines de Papa »<br />
<br />
Mister Seismo demanda à la classe de se calmer et de ne pas s’occuper des affaires des grands. Cependant, les enfants notèrent les petits rayonnement rose pâle qui émanait du bord de son casque.<br />
<br />
***<br />
<br />
En quelques jours, Mister Seismo apporta beaucoup de changement dans la classe des petites gargouilles. Les enfants semblaient plus heureux que jamais, et apprenaient comment devenir de bons petits démons grâce aux bons conseils de leur mentor. La plupart des garçons de la classes étaient en admiration devant lui, notamment JimJam qui singeait sa manière de parler.<br />
<br />
« Ecoutes moi bien ! la prochaine fois tu sauras pourquoi on m’appelle JimJam… mouahahaha ! trop badass !<br />
– Mouais… » répondit Loum « Cela dit c’est quand même plus classe quand c’est lui qui le dit !<br />
– C’est parce que j’ai pas encore fini de muer !<br />
– Pfff ! t’as même pas commencé !<br />
– C’est même pas vrai ! même que ma maman elle m’a dit que j’avais la grosse voix de Lemmy Killmister !<br />
– N’importe quoi ! ta mère elle aussi sourde qu’un Muzrad !<br />
– Quoi ? TU TRAITES PAS MA MERE DE MU… »<br />
<br />
Seismo interrompit les deux garçons en lançant un shuriken cybernétique à leur pied. A peine planter dans le sol, le curieux accessoire libéra un champ d’énergie bleuâtre qui sépara les belligérants, les empêchant de s’empoigner.<br />
<br />
« Allons les enfants ! » dit Mister Seismo doctement « Quel est la règle d’or entre petite gargouille ? »<br />
<br />
Les deux petits démons se regardèrent, puis tête basse il marmonnèrent : « Pas les vêtements, pas les mamans… »<br />
<br />
Ce jour-là pendant la récréation, Vyna apporta une petite boite soigneusement emballée à Mister Seismo. C’était un gâteau fourré à l’adzuki (un haricot japonais) et aux cristaux de mydrithaques (une sorte de champignon minéral typique des enfers connus pour son équivalence au LSD) qu’elle avait passé la nuit a préparé et Mister Seismo fut touché par un tel effort et remercia chaleureusement la petite démone. Mais alors qu’elle attendait impatiemment que son professeur morde dans une part, ce dernier lui demanda de retourner jouer, et referma la boite sans toucher à son contenu. Triste, Vyna parti en courant vers ses amies, des larmes coulants sur ses joues.<br />
<br />
C’est alors que madame Bella arriva, sa cigarette slim dansant au bord de ses lèvres bordées de carmin.<br />
<br />
« Elle a visiblement mis du cœur à l’ouvrage.<br />
– Oui, je peux le sentir même à travers la boite » répondit Seismo avec émotion<br />
– Mais vous ne le mangez pas ?<br />
– Je ne peux pas retirer mon casque<br />
– Ah ?<br />
– Si les enfants voyaient mon vrai visage ils seraient choqué et traumatisé pour toujours.<br />
– Vous savez que ce n’est pas le genre de chose à dire à une succube… » répondit madame Bella en prenant le bras de Mister Seismo. « Je suis du genre aventureuse ! »<br />
<br />
Mister Seismo jeta un coup d’œil à rapide à droite et à gauche, puis rapidement ouvrit la visière de son casque en pressant sur un bouton caché. Madame Bella lâcha un soupire et baissa les yeux.<br />
<br />
« Je vois… ne vous en faites pas, votre secret sera bien gardé<br />
– Merci… » répondit stoïquement Seismo en rabattant la visière.<br />
<br />
***<br />
<br />
Ce matin-là le proviseur était passé pour annoncer à toutes les classes que la semaine prochaine aurait lieu le grand examen de fin de semestre censé définir l’orientation démoniaque de chaque enfant de petite section. Autant dire que pour les petites gargouilles, c’était la panique.<br />
<br />
Pourtant, comme à son habitude, Mister Seismo calma les enfants :<br />
<br />
« Ecoutez-moi les gargouilles : vous êtes à un tournant de votre vie de démon, et c’est normal de vous inquiéter. Nous allons travailler encore plus dur pour que chacun arrive à s’affirmer et réussisse l’examen ! »<br />
<br />
Ces paroles étaient rassurantes, mais malgré tout plusieurs des enfants restaient inquiet. Loum se demandait s’il arriverait à s’affirmer comme démon de la mélancolie lui qui finissait toujours par voir le bon côté des choses à force de réflexion ? Bixi arriverait il à maîtriser ses crises d’urticaire ? Tiny deviendrait elle plus sexy d’ici là ? et que ferait JimJam avec son histoire de paladin ? et Vyna ? Est-ce que la petite démone de la colère arriverait à s’imposer face à des adversaires 10 fois plus fort qu’elle ?<br />
<br />
Mister Seismo sentait la crainte de ses petits protéger, et déjà dans son esprit un plan d’action se mettait en place…<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours après l’annonce du proviseur, ce dernier convoqua Mister Seismo pour un conseil de discipline, rapport à l’accident avec Monsieur Bentitiyatitiyotitiyé.<br />
<br />
« SEISMO ! » Hurla le proviseur comme à son habitude « VOUS AVEZ FRAPPE TRÈS VIOLEMMENT UN COLLÈGUE AU POINT DE PRATIQUEMENT LUI FAIRE RESSORTIR UN POUMON PAR LA BOUCHE !<br />
– Je sais monsieur » répondit stoïquement Seismo « C’est une conduite inqualifiable et un manque de sang-froid indigne d’un professeur…<br />
– QUOI ? MAIS QU’EST CE QUE VOUS RACONTEZ ? C’EST GÉNIAL AU CONTRAIRE !<br />
– Pardon ?<br />
– VOUS AVEZ DONNE L’EXEMPLE A CES PETITS MONSTRES ! MAINTENANT ILS SAVENT QUE CELUI QUI PEUT METTRE UNE GROSSE TORGNOLE C’EST CELUI QUI A RAISON !<br />
– Mais… mais pas du tout au contraire c’est…<br />
<br />
– GNAGNAGNA ! PAS DE JÉRÉMIADE SEISMO ! VOUS ALLER PRENDRE EN CHARGE UNE AUTRE CLASSE, CA SERAIT DU GÂCHIS DE VOUS LAISSER AVEC LES PETITES GARGOUILLES ! »<br />
<br />
Seismo se leva de son siège, les bords de son casque luisant d’un rouge intense et de la fumée s’en échappa.<br />
<br />
« Jamais je n’abandonnerai les petites gargouilles… ils ont fait d’immense progrès pour l’examen : Ça serait une trahison !<br />
– ET ALORS ? Ça UNE LEÇON DE PLUS POUR EUX ! IL NE FAUT COMPTER SUR PERSONNE ! CE SONT DES DÉMONS !<br />
– Je refuse…<br />
– QUOI ? VOUS NE RESPECTEZ PAS MON AUTORITÉ !!!???<br />
<br />
– NON ! Je la défi votre autorité ! »<br />
<br />
Le proviseur fixa Seismo de ses yeux jaunes puis soudain se mit à rire :<br />
<br />
« MOUAHAHAHA ! VOUS ETES VRAIMENT SUPER ! VOILA UN DEMON QUI EN A DANS LE PANTALON ! AH SI SEULEMENT ILS POUVAIENT TOUS MANQUER DE RESPECT A L’AUTORITÉ, LES ÉLÈVES NE SERAIENT PAS DES PETITES MAUVIETTES ! AH AH AH ! BRAVO SEISMO ! »<br />
<br />
Ce dernier se contenta de penché légèrement la tête sur le côté… le proviseur avait un drôle de sens de la pédagogie et du rôle d’un démon !<br />
<br />
***<br />
<br />
Sortant du bureau du proviseur, Seismo laissa échapper un soupir de soulagement. Il se rendit dans la salle des professeur ou madame Bella était en pleine conversation avec monsieur Royboytoysoylawson, professeur de la classe des zombis zonards, et lui demanda s’il pouvait parler avec elle un instant.<br />
<br />
Ils sortirent de l’école et madame Bella suggéra à Seismo de s’installa à la terrasse d’un café nommé « la brulure chimique », réputé pour ses eaux de vie capables de faire fondre les dents. Madame Bella commanda un « Kurt Cobain » ardent, et Seismo se contenta d’un « Black Sabbath » sans black.<br />
<br />
« Alors mon chou » commença la succube en jouant sensuellement avec la paille de son verre « vous vouliez me parler ?<br />
– J’aurais besoin de votre aide. C’est pour une de mes élèves.<br />
– Oh… » répondit madame Bella un peu déçue « moi qui croyait que c’était un rendez-vous galant…<br />
– Je vous prie de m’excuser si je vous ai offensée. En d’autre circonstance croyez bien que je vous aurais fait une cour assidue… mais là le temps presse. Il faut que j’aide la petite Tiny. C’est une brave gamine mais elle n’aura aucune chance de devenir une succube si on ne l’aide pas… et moi je suis un homme, je ne serais pas capable de le faire. S’il vous plait : ne la laissez pas tomber ! »<br />
<br />
Le plaidoyer de Mister Seismo trouva grâce aux yeux de la succube. Elle se laissa attendrir, se rappelant de l’époque ou elle aussi rembourrait ses soutiens gorges pour paraître plus sexy alors qu’elle était à l’école.<br />
<br />
 » Hum… C’est d’accord : mais alors à charge de revanche ? » dit la succube avec un sourire surprenamment plein de sincérité.<br />
– Merci » répondit Seismo en lui prenant la main tandis que les bords de son casque viraient au rose pale.<br />
<br />
***<br />
Aujourd’hui, une partie de la classe avait un atelier pratique sur la destruction d’objet, exercice classique chez les démons. Vyna, en tant que démon de la colère, essayait de briser un parpaing avec sa tête, mais n’arrivait qu’à se provoquer une migraine épouvantable.<br />
<br />
Mister Seismo qui dirigeait l’exercice, s’approcha alors de la petite démone rougeaude et observa sa manière de frapper. Il ne décela aucune technique, simplement de la force brute. Cela aurait été cependant parfait pour Vyna si elle avait hérité de la force herculéenne de son père, ce qui n’était pas malheureusement pas le cas.<br />
<br />
Désemparée, la fillette se mit à sangloter.<br />
<br />
« Et bien Vyna ? » demanda Mister Seismo « Tu t’es fait mal ?<br />
– Non… c’est juste que j’en ai marre ! j’arrête pas de taper là-dessus mais ça casse pas !<br />
– C’est normal voyons : il faut du temps et petit à petit…<br />
– Non ça sert à rien ! j’ai bien regardé et y’a pas une seule fissure qui s’est agrandie ! »<br />
<br />
Seismo pencha la tête interloquée<br />
<br />
« Comment ça « pas une seule fissure ? », qu’est-ce que tu entends par là ?<br />
– bah regardez monsieur : la surface est régulière ! »<br />
<br />
La petite fille pointait du doigt le parpaing en montrant les aspérités qui en recouvrait la surface.<br />
<br />
« Bon bien sûr là c’est un peu cassé, mais c’était comme ça avant…<br />
– Vyna… tu arrives à voir les fissures ?<br />
– Bah oui ?<br />
– Les TOUTES petites fissures ?<br />
<br />
– Bah comme tout le monde.<br />
– Tu vois celle de mon armure ?<br />
– Bah oui : là, là, là et la grosse là » répondit Vyna pointant du doigt des fissures se situant à l’échelle sub atomique.<br />
<br />
Mister Seismo leva la tête un instant, la main sur le menton, dans une posture signifiant vraisemblablement qu’il réfléchissait.<br />
<br />
« Dis-moi Vyna… tu penses que tu pourrais viser les fissures ?<br />
– euh… je sais pas ? pour donner un coup de poing ?<br />
– Non, plutôt pour frapper avec la pointe du doigt.<br />
– Bah oui, ça serait facile.<br />
– Bien… on va essayer un truc… »<br />
<br />
Mister Seismo s’installa à côté de la petite fille et prit une posture de combat.<br />
<br />
« Pour porter un coup efficace tu dois faire passer toute ton énergie en un seul point. Ici en l’occurrence c’est le bout de ton doigt. Tu respires bien, tu vises bien le milieu de la fissure, et tu frappes en un instant !<br />
– ça à l’air compliqué votre truc !<br />
– Essayes tu vas voir. Tu respires pour charger de l’énergie, et tu souffles au moment où tu frappes !<br />
– Comme pour souffler une bougie ?<br />
– Oui, aussi fort.<br />
– Bon… d’accord » dit Vyna peu convaincu, mais désireuse de bien faire.<br />
<br />
Imitant Mister Seismo, elle prit une posture martiale, ramena le poing en arrière, index tendu, et se concentra sur une fissure qu’elle voyait parfaitement. La petite démone respira très profondément, et lorsque ses poumons furent plein a craqué, elle expira subitement, précipitant en même temps son bras en avant. La pointe de son doigt toucha tout juste le parpaing qui fut traversé par une onde rougeâtre. Au point d’impact, on pouvait voir un peu plus nettement une fissure.<br />
<br />
Mais rien d’autre ne se produisit.<br />
<br />
Vyna était déçu, mais Mister Seismo lui tapota la tête avec fierté.<br />
<br />
« Bravo Vyna ! tu as compris le principe du premier coup : c’est un exploit !<br />
– Ah bon ? mais le parpaing est toujours entier… j’suis trop nulle ! Je vais redoubler et mes parents vont me priver de vélo pendant tout l’été !<br />
– Crois en toi ma petite, et tu verras qu’à force de d’entraîner, tu y arriveras »<br />
<br />
Les paroles de ses professeurs firent chaud au cœur de la petite démone qui se blottit contre lui en riant joyeusement.<br />
<br />
« Merci Mister Seismo ! »<br />
<br />
C’est alors que la voix paniquée de madame Bella retenti dans l’atelier de destruction.<br />
<br />
« Mister Seismo ! venez vite : c’est Bixi ! il a fait une réaction allergique a son acide et je crois qu’il s’en ait mis dans les yeux ! »<br />
<br />
Immédiatement, Mister Seismo se précipita vers la salle d’entrainement aux matériaux toxiques non sans avoir demander à madame Bella de surveiller sa classe. Lorsqu’il entra dans la pièce, pleine de fumée jaune, il activa la vision supra ionique de son casque pour repérer le jeune garçon.<br />
<br />
Bixi était au sol, se frottant les yeux en gémissant de douleur. Malgré les risques liés à l’acide que le jeune garçon émettait sans interruption, Mister Seismo s’avança dans la fumée en gardant à l’œil l’indicateur d’intégrité de son armure.<br />
<br />
« Hey Bixi ! » dit-il « calme toi mon grand ! je suis là !<br />
– Gnaaa ! Mister Seismo aidez-moi ! ça pique !<br />
– C’est normal Bixi ! en te frottant les yeux tu te remets de l’acide dedans, tu dois te calmer !<br />
– Mais je le contrôle pas m’sieur je vous jure !<br />
– Je sais Bixi, c’est pas de ta faute, mais tu dois justement apprendre à dominer ton acidité ! »<br />
<br />
L’armure de Mister Seismo avait subi des dégâts et n’était plus qu’à 76% d’intégrité.<br />
<br />
« Bixi, c’est quoi que tu trouves cool ? » demanda le professeur<br />
– Euh… les matchs de la ligue ardente !?<br />
– Non quelque chose de calme et qui te fait te sentir tranquille.<br />
– Euh… quand Papa fait des maquettes !<br />
– Ah ? racontes moi alors : tu aides ton papa ?<br />
– Non, c’est un démon de la maniaquerie et il veut tout faire lui-même, mais du coup je sais pas pourquoi, quand j’entends qu’il est là bah j’me sens bien…<br />
– Parfait Bixi… concentre toi là-dessus. Imagine-toi chez toi… »<br />
<br />
L’armure atteignait les 43% d’intégrité.<br />
<br />
« Tu fais quoi quand c’est comme ça ?<br />
– Je me met sur le tapis du salon et je lis une bédé. En général maman m’apporte des monster cookies<br />
– Ceux avec du sucre sursaturé ?<br />
– Oui ! c’est ceux que je préfère. Et puis je lis et de temps en temps j’entends papa qui hurle parce qu’il ne trouve pas une pièce du coup il retourne toute la maison. Avec maman ça nous fait rire à tous les coups ! »<br />
<br />
Le niveau d’acidité de Bixi commençait à baisser, mais l’air ambiant était toujours rempli de produit corrosif. L’armure de Mister Seismo atteignait maintenant le seuil critique de 22% d’intégrité…<br />
<br />
« Aller Bixi, tu y es presque ! penses très fort à ça… » dit Seismo pour encourager le jeune démon.<br />
<br />
L’alarme de son armure se mit à résonner dans son casque, mais l’indéfectible professeur préféra rester près de son élève.<br />
<br />
Et puis soudain, l’acide de Bixi cessa d’être corrosif et ressemblait plutôt un savon ultra doux au pH neutre. Une odeur savonneuse se répandit dans la salle des matériaux toxiques, et enfin la fumée s’évapora. Le mobilier avait tenu le coup (puisque prévu pour ce genre de situation) mais on ne pouvait pas en dire autant de l’armure de Mister Seismo qui semblait avoir été grignoté par une armée de petites fourmis. On voyait çà et là des parties de chairs à découvert complètement brulée par l’acide, mais Mister Seismo ne paraissait pas en souffrir.<br />
<br />
« Bravo Bixi ! tu vois c’était pas si dur !<br />
– Merci monsieur… mais du coup c’est nul, je n’envoi plus d’acide !<br />
– Et alors ? au moins tu maitrise tes pouvoirs : c’est toi le patron désormais Bixi. Tu ne subis plus ! tu maitrise ! »<br />
<br />
Les paroles de Seismo exaltèrent le jeune démon qui s’amusait à lancer des giclés savonneuses et à s’asperger avec en plein visage.<br />
<br />
« Ah ah ! c’est génial : ça pique même pas les yeux ! Merci beaucoup Mister Seismo ! »<br />
<br />
Ce dernier fit un signe de tête à Bixi puis quitta tranquillement la salle tandis que les autres élèves reprenaient leur place. Ce n’est que lorsqu’il ferma la porte qu’il s’effondra contre le mur, terrassé par la douleur.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Mister Seismo ? Mister Seismo vous m’entendez ? »<br />
<br />
Le professeur en armure ne reconnut pas tout de suite la voix qui parlait à côté de lui. Ce n’est qu’à force de concentration qu’il reconnut Evalipadasanamarada, l’infirmière de l’école. Se redressant d’un coup, il réalisa qu’il était sur un lit, qu’il était couvert de bandage, mais surtout qu’il ne portait plus son casque.<br />
<br />
« Ne vous inquiétez pas » dit Eva « Bella m’a expliqué. Ce n’est pas si grave vous savez !<br />
– Pas pour les petits… Ils ne doivent jamais savoir ! »<br />
<br />
La voix de Seismo était dure, quasi menaçante.<br />
<br />
« D’accord… » dit Eva asticoté par le manque de reconnaissance de Seismo « ce n’est pas la peine de le prendre sur ce ton-là ! »<br />
<br />
Mister Seismo quitta l’infirmerie quelques heures plus tard, avec des tonnes de sparadrap sur le visage pour remplacer son casque. Il ne s’inquiétait pas outre mesure sur ce point puisqu’il en avait un de rechange dans son casier. Son armure par contre allait devoir s’auto réparer ce qui prendrait plusieurs jours.<br />
<br />
Lorsqu’il retourna dans la classe des petites gargouilles les enfants l’accueillir comme un héros avec moult acclamation. Certains s’inquiètent de son état, notamment Loum qui ne cessa de lui poser des questions pour finalement conclure que tout allait bien et que c’était super qu’il ait put aider Bixi.<br />
<br />
La classe travailla le reste de la journée sur la zoologie infernale, et notamment les principaux types de zombies. Mister Seismo malgré ses blessures resta imperturbable, et profita même de ses bandages pour expliquer aux enfants la différence entre une liche et une momie.<br />
<br />
A la fin de la journée madame Bella vint lui rendre visite dans sa classe et nul ne sut ce qu’il se racontèrent…<br />
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***<br />
<br />
C’était enfin le grand jour.<br />
<br />
L’examen semestriel d’orientation démoniaque était une procédure permettant de voir les aptitudes de chaque petit démon afin de l’orienter vers le métier qui lui serait le plus adapté. Et autant dire qu’une éternité à faire le mauvais métier, ce n’était pas quelque chose qui pouvait rassurer les petites gargouilles.<br />
<br />
C’était Nelkykykakokan, la tante de Loum et démone de la vitesse, qui conduisait le bus vers le lieu d’examen. Pour donner de l’entrain aux enfants, elle leur fit chanter un refrain bien connu en enfer sur l’air de « kickstart my heart »…<br />
<br />
« Whoooo ! Yeaaah On est en enfer prêt à être damné !<br />
Whooo ! Yeaaaah ! nous on n’a pas peur : l’enfer on connait ! »<br />
<br />
Mister Seismo lui, habillé d’un élégant costume sans cravate pour l’occasion, mais toujours avec son casque, restait assit bien sagement les bras croisé en fixant la route.<br />
<br />
Au bout d’une demi-heure, ils arrivèrent à destination : l’arena eternae. Ce lieu insolite avait pour particularité d’être en perpétuel changement à cause d’un sortilège ancien et puissant qui avait mal tourné. Ainsi, le cycle du jour et de la nuit, le climat ou même la gravité, tout ça changeait environ 3 fois par mois. C’est notamment pour cela que l’école attendait ce moment de l’année pour faire l’examen, afin que les conditions soient optimales : ni trop dure, ni trop facile.<br />
<br />
La particularité de l’arena faisait qu’on pouvait tout casser sans crainte puisque tout se remettait en place au bout d’un moment. Autant dire que c’était parfait pour tester les pouvoirs destructeurs de futurs démons.<br />
<br />
Concernant sa forme, l’arena ressemblait à un grand stade couvert par 66 arches de pierre faisant office de toiture.<br />
<br />
Chaque classe attendait son tour sur les abords du terrain, puis se présentait au podium central. Là, les élèves se répartissait entre les différents examinateurs et présentaient leur talent afin de se faire certifier démon de ceci ou démon de cela.<br />
<br />
Avant de passer, Mister Seismo fit un dernier discours aux petites gargouilles.<br />
<br />
« Les enfants : nous avons beaucoup travailler pour en arriver ici. Mais maintenant je ne peux plus vous aider. C’est seul que vous allez devoir monter sur le podium. Cependant sachez une chose : moi je crois en vous tous, car si vous êtes les petites gargouilles, ce n’est pas parce que vous êtes inutiles le jour, c’est parce que la nuit vous êtes des seigneurs ! alors tous avec moi : Qui s’est les plus forts ?<br />
– LES PETITES GARGOUILLES ! » hurlèrent les enfants en imitant la pose de Mister Seismo.<br />
<br />
Tiny fut la première à passer. Elle se présenta devant le jury, 3 démons et 2 succubes chargés d’évaluer les candidats, et déclina son nom et sa classe.<br />
<br />
« Hum… très bien » dit le premier juré démon « Et tu es là pour quel cercle démoniaque ma petite ?<br />
– Je… je suis une succube ! » dit la petite fille avec courage.<br />
<br />
L’hilarité s’empara du jury qui se moqua ouvertement de Tiny.<br />
<br />
« Ah ah ah ! mais enfin que penses-tu faire avec un corps pareil ? » dit l’une des succubes « je te rappelle que même l’enfer n’encourage pas les pédophiles ! »<br />
<br />
Tiny serra les dents et jeta un coup d’œil vers le reste de la classe et vit Madame Bella (qui était venu spécialement pour elle) lui faire un clin d’œil.<br />
<br />
« En fait je suis un magical loli goth succube ! » dit Tiny en brandissant d’on ne sait où une baguette magique se terminant par une étoile satanique qu’elle brandit en l’air ce qui déclencha un torrent de scintillement.<br />
<br />
« Dark Glowing power: MAKE UP ! »<br />
<br />
Une musique dynamique pleine de cuivre et de gros accord de guitare résonna d’on ne sait où tandis que des ombres violette se mirent à danser autour de Tiny qui n’était maintenant plus qu’une silhouette brillante. Et tandis que la musique battait son plein, Tiny se voyait transformée : elle portait maintenant une robe rouge et noire, un petit corset en vinyle brillant, des collants noirs et des grosses chaussures à bout rond. Dans ses cheveux, des rubans rouges se nouèrent lui faisant des couettes, et un jupon rouge vif apparut alors sur les bords de sa robe. La petite fille dansait dans la brume tandis que la musique semblait lui laisser une pause pour lancer sa réplique :<br />
<br />
« Du fin fond des ténèbres, je suis la rose qui scintille dans la nuit ! mon son est métal, mais tu peux m’appeler TINY BABY ! »<br />
<br />
Le jury était sidéré : la présentation de la petite fille était originale pour un succube, mais ne manquait pas de charme. En effet, son look gothic lolita compensait fortement son jeune âge et son absence de forme, et sa bouille mignonne renforçait l’effet attractif rendu malsain par l’ambiance gothique.<br />
<br />
« Formidable ! » dit le juré démon numéro 2 « Bravo petite ! tu nous as bien eu sur ce coup-là ! nous t’admettons comme magical loli goth ! »<br />
<br />
La joie irradiait le visage de Tiny qui se précipita dans les bras de Madame Bella, puis dans ceux de Mister Seismo.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une pause d’un quart d’heure fut demandée par les jurés pour souffler un peu, laissant du temps aux enfants qui n’étaient pas encore passé pour une révision de dernière minute. Loum était plongé dans son livre sur les 5 stades du deuil, tandis que JimJam s’entraînait à contrôler ses expressions faciales tout en mentant.<br />
<br />
Mister Seismo lui, veillait au grain en compagnie de madame Bella.<br />
<br />
Soudain, une voix grave comme un rugissement se fit entendre dans tout le stade, faisant trembler les arches de pierre.<br />
<br />
« SEISMOOOOOOOO !!!!! »<br />
<br />
C’était monsieur Bentitiyatitiyotitiyé qui à peine sorti de l’hôpital s’était précipité pour retrouver Mister Seismo et se venger de la racler qu’il lui avait mis.<br />
<br />
Le démon des fissions atomiques instables irradiait comme s’il était sur le point d’exploser. Il fonça comme un taureau qui charge droit sur Seismo qui fit signe à madame Bella d’éloigner les enfants. Cette dernière obtempéra mais lança un regard inquiet à son ami.<br />
<br />
En effet, sans son armure, Mister Seismo serait-il de taille ?<br />
<br />
Ce dernier esquiva de justesse la charge de Ben, glissant sur le côté d’un bond vif. Mais plutôt que de contre attaquer, il prit la fuite en courant. Les enfants étaient confus…<br />
<br />
« Mais… pourquoi il s’en va ? » demanda Loum « Il est plus fort que lui non ?<br />
– T’as rien compris ! » lui répondit JimJam « il fait ça pour éviter qu’on soit pris dans le combat parce que c’est comme ça que fond les mecs super classe ! »<br />
<br />
Un « ooooooh » admiratif résonna de la part des petites gargouilles.<br />
<br />
Effectivement, Seismo fuyait pour tenir les enfants à l’écart du combat, mais Ben le remarqua et fit quelque chose d’absolument fou : il concentra une charge nucléaire dans son poing et la projeta sur les arches surplombant la classe, provoquant la chute d’énorme débris de pierre de plusieurs tonnes.<br />
<br />
« Nooooon ! » hurla Seismo de rage.<br />
<br />
Les bords de son casque brillèrent d’un éclat doré tandis que le sol autour de lui tremblait. Il bondit en avant, et un instant se trouva près des enfants et de madame Bella, ne laissant sur son sillage qu’un trait de lumière.<br />
<br />
Il tendit les bras en l’air et poussa un hurlement de fureur qui souffla les enfants sur les côtes afin de leur éviter de recevoir des débris. Seule madame Bella resta à côté de lui, l’aidant en combinant son énergie à la sienne.<br />
<br />
« Yaaaaaaaah ! »<br />
<br />
Dans un grondement assourdissant, Mister Seismo et madame Bella furent enseveli sous les fragments des arches.<br />
<br />
Lorsque la poussière retomba, les petites gargouilles étaient tétanisées…<br />
<br />
« Mi…MISTER SEISMO ! » hurla Vyna « Oh nooooon ! vite il faut les aider ! »<br />
<br />
Comme un seul homme, les petites gargouilles se précipitèrent sur le tas de pierre.<br />
<br />
« Monsieur ? vous m’entendez ? » cria JimJam « On va vous sortir de là ! »<br />
<br />
Les enfants entendirent alors une plainte venir de sous les gravas<br />
<br />
« Les enfants ? vous allez bien ?<br />
– Oui ! on est tous okey ! » dit Tiny « et vous ?<br />
<br />
– Madame Bella est blessée : pour l’instant je maintiens les débris au-dessus de nous, mais sans mon armure je ne pourrais pas les retirer… vous devez m’aider à la sauver ! »<br />
<br />
L’ampleur de la tache noua l’estomac de toutes les petites gargouilles… toutes sauf une !<br />
<br />
« Okey ! PETITES GARGOUILLES ! RASSEMBLEMENT ! » hurla JimJam en prenant la pose de Mister Seismo.<br />
<br />
Aussitôt les enfants se regroupèrent autour de leur leader autoproclamé.<br />
<br />
« Bixi : tu vas aider Vyna à extraire les rocher !<br />
– Mais… mon acide va les bruler ? » demanda le petit démon jaune timidement<br />
– Pas besoin » expliqua Loum « si tu utilises ton savon à la place, on pourra faire facilement glisser les gravats et dégager le chemin !<br />
– Parfait ! » reprit JimJam avec autorité « Tiny : va chercher des secours ! Loum avec moi… on va avoir du boulot ! »<br />
<br />
JimJam faisait référence à Monsieur Ben qui se préparait à charger le tas de gravats.<br />
<br />
« Mais… comment tu veux qu’on l’arrête ! » demanda Loum paniqué « c’est un adulte ! et puis il est super fort !<br />
– Peut être… mais en tant que petite gargouille c’est notre devoir de tout faire pour défendre nos amis !<br />
– Euh non… ça c’est un boulot de paladin ! et toi t’es pas un paladin ! t’es un démon du mensonge je te rappelle !<br />
– Et ben dans ce cas… je suis un PALADIN DU MENSONGE ! »<br />
<br />
À peine eut il finit sa phrase que JimJam se précipita sur monsieur Ben.<br />
<br />
« HALTE LA ! » dit-il paume tendu en avant « Vous n’avez pas le droit de faire ça !<br />
– Ah ouais ? » demanda monsieur Ben « et en quelle honneur ?<br />
– Je suis Jimjamaladascustroda, agent du 1er cercle en mission d’infiltration ! Mister Seismo est…euh… mon prisonnier ! »<br />
<br />
Le bluff du jeune garçon s’avéra efficace, et monsieur Ben stoppa sa charge<br />
<br />
« Comment ça un agent du premier cercle ? mais pourquoi on ne me dit jamais rien !<br />
– Ouais bah c’est pas une raison pour me pourrir mon enquête : je pourrais faire remonter ça en bas lieux vous savez ! ça pourrait même descendre jusqu’à Satan en personne ! »<br />
<br />
JimJam était un peu anxieux : son mensonge était très grossier, et il tenait surtout grâce à son incroyable culot.<br />
<br />
« Et je vous préviens : si vous faites encore des histoires… VOUS SAUREZ POURQUOI MON NOM EST JIMJAMALADASCUSTRODA ! »<br />
<br />
Devant tant d’aplomb, monsieur Ben cessa toute hostilité, trop effrayé qu’il était d’avoir à faire à un fonctionnaire démoniaque zélé.<br />
<br />
Pendant ce temps, les autres enfants déblayaient les rochers aidés par le savon super doux de Bixi qui rendait la tache bien plus facile. Pour les pierres les plus récalcitrante, Vyna entra en action. Elle repensa à l’entrainement sur les parpaings, se concentra sur les lignes de faille qu’elle seule pouvait voir, et frappa avec toute l’intensité dont elle était capable.<br />
<br />
Une fois encore, seul un petit trou se format au point d’impact.<br />
<br />
« Oh non… » gémit elle « Pourquoi j’y arrive pas ! »<br />
<br />
Loum arriva alors près d’elle :<br />
<br />
« Hey Vyna, pourquoi tu frappes comme ça<br />
– Bah pour fissurer la pierre !<br />
– Et pourquoi ça marche pas ?<br />
– Bah j’en sais rien, ça fait juste un petit trou !<br />
– Et pourquoi c’est pas bien ?<br />
– Parce que normalement ça devrait amplifier les fissures et tout casser !<br />
– Et pourquoi ? »<br />
<br />
Soudain Vyna réalisa quelque chose : son coup avait bien agi, et les fissures étaient bel et bien brisées. Elle donna une pichenette sur le rocher ce qui brisa l’équilibre instable et le fit se disloquer en des milliers de petits gravats.<br />
<br />
« Whaouuu ! comment t’as fait ? » demanda Loum<br />
– C’est toi qui m’a aidé ! grâce à ta logique jusqu’au boutiste j’ai compris que c’était pas parce quelque chose est brisé de partout qu’il tombe tant que rien ne bouge son équilibre. »<br />
<br />
La petite démone fit un bisou sur la joue de Loum puis reprit son travail de démolition, ses crocs de tigre saillant tandis qu’elle poussait un cri de guerre bestiale.<br />
<br />
JimJam de son côté avait tellement bien réussi son baratin qu’il avait demandé à monsieur Ben d’aller remplir une fiche d’incident afin que l’administration ne le charge pas pour les réparations du toit.<br />
<br />
Au bout de plusieurs minutes d’effort acharnés, les petites gargouilles arrivèrent enfin à créer un passage vers Mister Seismo et madame Bella. Cette dernière gisait sur le sol, tandis que Mister Seismo était toujours debout, bras tendu, soutenant les gravas à la seule force de sa volonté.<br />
<br />
Les enfants voulurent crier de joie, mais quelque chose les en empêcha : la visière du casque de Mister Seismo était brisée, révélant en partie son vraie visage…<br />
<br />
« Oh bah… C’EST UN HUMAIN ! » cria Tiny.<br />
<br />
Effectivement, c’était un visage parfaitement humain qu’on pouvait voir à travers la brisure du casque. Un visage couvert de sang et marqué par la souffrance…<br />
<br />
***<br />
<br />
Les secours finirent par dégager Mister Seismo et madame Bella. Cette dernière n’avait pas trop souffert et était seulement tombé ko d’épuisement en sauvant les enfants. Mister Seismo lui avait des blessures bien plus grave… du moins c’est ce que pensaient les enfants qui n’avaient pas la moindre idée de ce qui pouvait faire mal à un humain.<br />
<br />
Tous rassemblé autour de la civière où il était installé, ils le regardaient avec un mélange de tristesse, d’incompréhension et de peine. Conscient de cela, Seismo se senti le devoir de leur expliquer :<br />
<br />
« Pardonnez-moi les enfants… je ne voulais pas que vous le sachiez<br />
– Alors c’est vrai ? » demanda Loum, toujours prompt à poser des questions « vous êtes un vrai humain ? un qui a une âme et tout ?<br />
– Oui, je suis un humain, et mon vrai nom est Toshiro Nokozaiyaki<br />
– C’est vachement bizarre ! » dit Vyna<br />
– Je sais… » répondit Seismo avec un sourire « ça doit vous faire bizarre… en tout cas je suis sincèrement désolé… »<br />
<br />
Les enfants se regardèrent et tous ensemble demandèrent :<br />
<br />
« Pourquoi ? »<br />
<br />
Toshiro sentit son cœur battre à tout rompre<br />
<br />
« Bah oui monsieur : faut pas être désolé pour ce que vous êtes ! » dit Bixi<br />
– C’est vrai ça : vous nous dites toujours qu’il faut s’accepter et être fier de soi ! » reprit Tiny<br />
– Et puis grâce à vous les petites gargouilles sont devenu la classe la plus cool de l’école ! » ajouta JimJam<br />
– Même que tous les enfants veulent y venir ! » compléta Vyna<br />
– Alors pourquoi vous seriez désolé ? » demanda Loum en toute innocence.<br />
<br />
Des larmes coulèrent sur les joues de Toshiro.<br />
<br />
« Merci les enfants… c’est le plus beau cadeau que vous pouviez me faire : je suis si fier de vous !<br />
– Ouais bah c’est pas la peine de faire la chochotte Mister Seismo ! » dit JimJam « un vrai mec ça pleure pas comme une fille !<br />
– Pfff ! n’importe quoi ! » coupa Vyna « un vrai héro c’est sensible et ça écoute son cœur ! »<br />
<br />
Toshiro se mit à rire de bon cœur en voyant les enfants se chamailler ainsi.<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
« Alors comme ça vous êtes un humain et vous avez quand même put résister à mes charmes ? » demanda madame Bella en accompagnant Toshiro dans les couloirs de l’école.<br />
– Et oui, que voulez-vous Bella, j’avais une mission… quand j’étais humain je n’étais pas un cyber monstre de l’espace… j’étais un space shérif…<br />
– C’était vous Justiciatron pas vrai ?<br />
– Oui… Seismo était mon ennemi. Mais au final il a rejoint le camp des gentils et il s’est sacrifié pour m’aider à vaincre le grand méchant. Il m’a fait jurer de protéger les enfants et de leur apprendre à ne pas juger les autres<br />
– Mais pourquoi en Enfer ?<br />
– Je me suis dit que s’il y’avait bien un endroit où les enfants était discriminé c’était ici… »<br />
<br />
Toshiro réajusta la courroie de l’attelle qui enroulait son bras gauche et continua d’avancer en boitant.<br />
<br />
« Vous leur manquez beaucoup » dit madame Bella « presque autant qu’a moi »<br />
<br />
La succube déposa alors un baiser ensorcelant sur ses lèvres<br />
<br />
« Je ne vous ai même pas remercier comme il se doit… »<br />
<br />
Mais alors qu’elle allait reprendre, une myriade de petite voix firent « ouuuuuuh ! les amoureuuuuux ! »<br />
<br />
Les enfants se précipitèrent alors sur Toshiro pour l’enlacer. Ses retrouvailles lui firent chaud au cœur, mais en même temps elles étaient lourdes de conséquences car l’école ne pouvait tolérer qu’un humain soit professeur et il allait devoir quitter les petites gargouilles pour toujours.<br />
<br />
« Mister Seismo ? » demanda Loum « pourquoi vous devez partir ?<br />
– Allons Loum, tu sais que tu peux m’appeler par mon vrai nom…<br />
– Bah quoi ? c’est votre vrai nom ! Mister Seismo de la classe des p’tites gargouilles ! »<br />
<br />
Et à l’unisson, toute la classe prit la pose de Mister Seismo : sur une jambe, le bras gauche replié à 45 dégrée et le droit tendu dans le même alignement et dirent tous en chœur :<br />
<br />
« Domo arigato ! MISTER SEISMOOOOOOOO ! »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Domo Arigato Mister Seismo !**<br />
<br />
L’Enfer, lieu de perdition des âmes, brûlot éternel de la damnation…<br />
<br />
C’est un endroit où ceux qui ont failli dans leur vie précédente attendent l’heure du jugement dernier. Autant dire qu’il y’a du monde !<br />
<br />
Pourtant, l’Enfer n’est pas uniquement peuplé d’âmes perdues : il y’a aussi toute une foule de démon dévolue à de multiples taches et qui sont la force vive des administrations infernales. Que ce soient des conducteurs de bus faisant transiter les âmes vers leurs éternelles demeures, du personnel d’entretien chargé de nettoyer les lieux des vomissures lorsque les damnés ont un haut le cœur à la vue de la montagne des espoirs déçu de gain aux jeux, L’enfer grouillait de démon. Et comme si ça ne suffisait pas, il fallait garder en tête que beaucoup d’entre eux étaient affecté sur Terre pour semer le chaos, entretenant la guerre millénaire que se livraient le Ciel et l’Enfer pour la domination du monde.<br />
<br />
Pour former ses démons aux diverses tâches qui les attendent, tout un système éducatif avait été mis en place, prenant en charge les démons dès leur plus jeune Age afin d’en faire de bon professionnel. Ainsi, l’académie infernale de Dis, la citée des Enfers, accueillait des écoliers, des étudiants et bien entendu des professeurs.<br />
<br />
Ce matin, la classe des « petites gargouilles » (les 6-7 ans) était comme d’habitude calme et silencieuse, au grand dam du chef d’établissement monsieur Karlaloladidadam, démon des voix qui portent, qui se demandait ce qu’il allait faire d’eux. En effet, les petites gargouilles était la classe qui regroupait les plus mauvais élèves de tous l’établissement et qui avaient usé de fatigue plus d’un professeur.<br />
<br />
Il scrutait la salle de classe du regard avec ses yeux jaune vif, tout en montrant ses crocs de sangliers d’un air menaçant…<br />
<br />
« LES ENFANTS ! » dit-il en hurlant, seule façon qu’il avait de parler « UNE FOIS DE PLUS VOTRE PROFESSEUR MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO NE SERA PAS là CETTE SEMAINE !<br />
– C’est pask’elle nous aimes plus ? » demanda un petit démon tout bleu a l’air triste<br />
– NON ! ELLE NE VOUS A JAMAIS AIME ! C’EST MAL D’AIMER ! VOUS ÊTES DES DÉMONS ! VOUS DEVEZ HAÏR !<br />
– Mais moi j’aimes bien les céréales du cap ‘tain Vomito » reprit le petit démon « Du coup c’est mal aussi ?<br />
– EXACTEMENT !?<br />
– Mais si c’est mal alors… bah c’est bien dans ce cas ? vu qu’on est des démons et qu’on fait tout le contraire de…<br />
– SA SUFFIT PETIT GREDIN ! »<br />
<br />
Karlaloladidadam crispa le poing avec rage et se tourna vers la porte.<br />
<br />
« TOUJOURS EST IL QUE VOUS AUREZ UN PROF REMPLACANT JUSQU’AU RETOUR DE MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO, ALORS ESSAYEZ DE LE GARDER EN ETAT CELUI LA COMPRIS ? »<br />
<br />
Toute la classe répondit « oui monsieur » en cœur.<br />
<br />
Le chef d’établissement quitta la salle furibard, manquant de bousculer le remplaçant qu’il venait d’annoncer. Ce dernier entra d’un pas mesuré et se plaça devant le bureau, droit comme un I, les bras dans le dos. A la grande surprise des enfants, le professeur remplaçant ne ressemblait pas du tout à un démon. Il mesurait environ 2m et portait une armure futuriste couverte de diode électronique le tout surmonté d’un casque design bardé de plusieurs cornes acéré.<br />
<br />
Les enfants se regardèrent avec étonnement, sans trop savoir quoi faire. Soudain le professeur remplaçant se retourna, écrivit sur le tableau et se retourna encore en pointant du doigt ce qu’il venait d’écrire :<br />
<br />
« Les enfants ! voici mon nom ! »<br />
<br />
Silence dans la salle.<br />
<br />
Le professeur regarda ce qu’il venait d’écrire puis réalisa que les petits démons ne savaient pas forcément lire le japonais…<br />
<br />
« Oh… mes excuses les enfants. Tant pis je vais vous dire ça à voix haute ! je suis… MISTER SEISMOOOOOO ! »<br />
<br />
Il était difficile de savoir si c’était ce nom si particulier qui avait tétanisé de stupeur les enfants, ou bien si c’était la pose qu’avait pris Mr Seismo (sur une jambe, un bras replié à 45 dégrée, l’autre tendu dans le même alignement).<br />
<br />
Une petite démone rose leva la main pour parler. Mr Seismo lui fit signe et elle demanda de sa petite voix toute mignonne :<br />
<br />
« Dites monsieur ? pourquoi vous avez un nom tout bizarre ?<br />
– C’est parce que je suis étranger ma petite : je suis un monstre de l’espace qui est arrivé au japon dans les 80 pour combattre un justicier de la cyber space police : Justiciatron !<br />
– Oooooh ! » dit la classe en cœur<br />
– Notre lutte acharné c’est terminé dans un torrent d’explosion, et j’ai été vaincu par Justiciatron. Et c’est pour ça que maintenant je réside dans les enfers de ce monde.<br />
– oh… alors vous êtes là parce que vous aussi vous êtes un gros nul ? »<br />
<br />
La visière de Mr Seismo se broda d’une lumière rosâtre<br />
<br />
« Comment ça petite ? qui ose dire que vous êtes des gros nul ?<br />
– Bah on est les p’tites gargouilles m’sieur. On est là parce qu’on est de mauvais démon… »<br />
<br />
Mr Seismo senti des petits sanglots dans la voix de la fillette rose.<br />
<br />
« Sottises que cela ma petite ! Personne n’est nul, et vous encore moins !<br />
– Mais quand même » dit un petit démon jaune aux mains difformes et rocailleuses « Faut bien admettre qu’on est pas fait pour être des démons<br />
– Hum… je sens un énorme déficit de confiance les enfants ! ça ne va pas du tout ! Déjà on va se présenter comme ça sa nous donnera un point de départ ! Toi jeune homme, c’est quoi ton nom ?<br />
– Je m’appelle Bixi<br />
– Enchanté Bixi : tu es quoi comme démon ?<br />
– Je suis un démon du sulfure… mais je fais des allergies aux produits toxiques alors du coup à chaque fois que j’essaye de lancer des vagues acides je tousse et ça me fait des plaques… et puis ça me pique les yeux aussi…<br />
– Hum… diantre… et toi petite ? c’est quoi ton nom ?<br />
– Je m’appelle Tiny, et je suis… je suis une succube.<br />
– Ah bah c’est très bien ça…<br />
– Non ça craint ! j’ai 6 ans et j’ai même pas de forme ! » dit la petite succube qui effectivement ressemblait plus à une enfant qu’a un pulpeuse tentatrice.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Mr Seismo passa la matinée à faire plus ample connaissance avec les enfants. Tous étaient des gamins rejetés par les autres, que ça soit pour leur apparence ou bien leur comportement hors norme, comme par JimJam, un petit démon du mensonge qui voulait devenir paladin.<br />
<br />
L’après-midi, les enfants furent conviés à une activité de groupe ou chacun devait dire à l’autre ses qualités. Mr Seismo pensait que de cette manière, il pourrait booster le moral du groupe, mais tout ne se passa pas comme prévu. En effet, si les enfants complimentaient volontiers leurs petits camarades, ils se dévaluaient au passage :<br />
<br />
« T’es trop cool : tu peux lancer de l’acide ! moi je suis juste bleu…<br />
– Ouais mais toi au moins ta sueur te donne pas de plaque ! Je ressemble à un livre en braille… »<br />
<br />
Préférant arrêter rapidement le massacre, Mister Seismo proposa aux enfants d’aller dehors pour faire un peu d’exercice. En plein air, il pourrait les laisser aller au maximum de leur capacité démoniaque et ainsi se sentir mieux.<br />
<br />
Mais alors que toute la classe de petites gargouilles se mettait en place dans la grande cour de l’école, une autre classe arriva et s’accapara l’espace. C’était la classe des « Mutilator », l’élite de l’élite parmi les 6 -7 ans, avec leur terrible professeur, monsieur Bentitiyatitiyotitiyé, démon des collisions atomiques instables. Ce dernier s’avança vers Mister Seismo qu’il dominait de deux bonnes têtes et lui demanda d’une voix grésillante et profonde comme la nuit :<br />
<br />
« Barrez-vous de là les minus ! le terrain est à nous ! »<br />
<br />
Aussitôt, les petites gargouilles commencèrent à reprendre leur affaire, mais Mister Seismo leur fit signe de ne pas bouger.<br />
<br />
« Allons les enfants : un bon démon ne bas pas en retraite aussi facilement ! » dit-il avec enthousiasme avec de se tourner vers le démon dont la peau alternait entre le vert et le jaune fluo « Peut être que nous pourrions partager la cours de récré et travailler ensemble ? ça sera amusant !<br />
– Ensemble ? amusant ? tu dois être nouveau pour oser te comparer à nous pas vrai ?<br />
– C’est exact : je viens d’arriver et je suis… MISTER SEISMO ! » dit ce dernier en prenant la pose comme il l’avait fait en salle de classe.<br />
<br />
Mr Bentitiyatitiyotitiyé le regarda avec incompréhension, ce qui pouvait s’expliquer étant donnée son faible niveau d’intelligence. Il comprit néanmoins que Seismo était sérieux.<br />
<br />
« Et bien écoutes moi attentivement Seismetruche… nous sommes les meilleurs démons qu’il y’ait jamais eu en Enfer, et on va vous exploser !<br />
– Hola ! de la violence ? contre des enfants ? ce n’est pas acceptable !<br />
– Quoi ? tu voulais un qu’on fasse des trucs ensemble non ?<br />
– Oui ! mais plutôt un défi démoniaque, avec des jeux, des épreuves d’habileté et tout et tout !<br />
– Mais… tu crois vraiment qu’on a le temps pour ça imbécile ! »<br />
<br />
Le bordure de la visière du casque de Mister Seismo s’illumina en bleu cobalt.<br />
<br />
« Hum… c’est vrai que le temps de répartir les élèves en groupe homogène selon leur compétence, cela prendra un temps fou… Et bien soit ! gardez le terrain pour ce matin, et nous le prendrons cet après-midi ! »<br />
<br />
Le démon nucléaire commença à entrer en fusion instable.<br />
<br />
« TU TE MOQUES DE MOI OU QUOI ??<br />
– Allons allons mon brave… vous êtes en train d’irradier ce pauvre Bixi il va encore avoir des plaques.<br />
– JE M’EN FICHE DE TA CLASSE DE PERDANT !<br />
– Et bien pas moi ! je vous trouve bien cavalier de parler ainsi de mes élèves !<br />
– TU SAIS CE QUE J’EN FAIS DE TES PETITS MERDEUX… »<br />
<br />
Monsieur Bentitiyatitiyotitiyé ne termina jamais sa phrase, coupé dans son élan par un surpuissant coup de poing en plein dans l’estomac expédié par Mister Seismo. Ce dernier, dans une pose vraiment classe, avait déployé un accélérateur ionique logé dans l’avant-bras de son armure et, comme le raconteront plus tard les enfants, envoya « une grosse patate de forain atomique dans le bide de Mr Ben« . Le coup avait été si rapide et violent qu’il provoqua une détonation supersonique qu’on put entendre jusqu’à la rivière des larmes de joueurs déçu par les DLC.<br />
<br />
Le professeur des mutilator tomba à genoux et se mit à vomir abondamment tandis que les filles des deux classes lançaient des « pouaaaah ! » ou des « dégeuuuuux ! » et que les garçons riaient en essayant de reconnaître ce qu’avait mangé le malheureux la veille.<br />
<br />
Mister Seismo lui se pencha tout prêt de sa victime pour lui parler à l’oreille :<br />
<br />
« Manques de respect encore une fois aux petites gargouilles et tu sauras pourquoi mon nom est Seismo… »<br />
<br />
JimJam qui avait tout entendu trépigna de joie :<br />
<br />
« WHaaaa ! c’est trop classe ce que Mister Seismo a dit ! ah ah ah : Et tu sauras pourquoi mon nom est Seismo… Vous êtes trop cool monsieur ! »<br />
<br />
L’étrange professeur se tourna vers ses élèves, droit comme un i et leur fit la morale.<br />
<br />
« Les enfants, ce qui vient de se passer n’est pas bien : la violence n’est pas une solution. Enfin pas tout le temps…<br />
– Mais monsieur ! » demanda Vyna, une petite démone rougeaude de la violence « Mon papa il dit que quand y’a des gens ils sont méchants et ben il faut leur mettre une grosse patate dans la bouche !<br />
– Hum… peut-être que ton papa dit ça métaphoriquement ? peut-être qu’il veut dire qu’il faut fermer la bouche des gens avec une gros tubercule de mépris pour qu’il ne puisse plus parler ?<br />
– C’est quoi un tubercule ? » demanda Loum, le petit démon bleu<br />
– C’est ce avec quoi on fait les frites les enfants ! »<br />
<br />
Un « ooooooh » retenti dans la cours, amplifié par le fait que la classe des mutilator avait elle aussi suivit la conversation le temps que son professeur se remette du coup qu’il venait de prendre. Vyna reprit alors la parole :<br />
<br />
« Nan je crois pas monsieur… parce que quand il a dit ça mon papa, bah il était en train de mettre un gros coup de poing dans la tête à tonton Profamatakemazbrok parce qu’ils se disputaient sur qui était le meilleur joueur de la ligue ardente.<br />
– Oh je vois… mais ce n’est pas pareil ma petite chérie : si on parle de sport en famille ou pour régler un différend, alors oui la violence c’est cool. Mais là nous sommes à l’école : il faut être sérieux ! »<br />
<br />
Vyna pensa comprendre ce que voulait dire Mister Seismo. Elle sourit à pleine dent, révélant ses crocs de tigre et hocha la tête pour dire oui.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les petites gargouilles purent s’amuser dehors puisque les mutilator se retrouvaient temporairement sans professeur. Mister Seismo fit faire quelques exercices simples d’assouplissement aux enfants qui, impressionné par sa démonstration de force, lui obéissaient sans broncher.<br />
<br />
Après plusieurs exercices et jeux d’éveils, le virulent enseignant leur laissa 15min de libre et en profita pour s’asseoir sur un banc pour méditer un instant. En position du lotus, il scrutait malgré tout la cours afin de s’assurer que les enfants ne se faisaient pas mal en sautant dans les plantes carnivores qui bordaient le préau.<br />
<br />
Soudain, un enivrant parfum lui titilla les narines (si tant est qu’il en ait jamais eu sous son casque). C’était un mélange délicat de fleurs fraîche et d’herbe coupé. Un parfum qui lui rappela le printemps sous les cerisiers en fleurs tandis que Madoka jouait du shamisen pour lui…<br />
<br />
Il regarda sur sa gauche et vit assise juste à côté de lui une sublime succube au cheveux blond platine qui formait autour de son visage comme une délicate corolle. Ses lèvres fines et rebondie étaient un appel aux baisers, et ses yeux vert émeraude une invitation à l’oubli. De sa voix de sirène, elle entama la conversation :<br />
<br />
« Bonjour… vous êtes le nouveau prof des petites gargouilles ? »<br />
<br />
Seismo rompit sa posture de méditation (en manquant de tomber du banc) puis se leva et salua la succube avec les manières d’un gentilhomme.<br />
<br />
« Pardonnez-moi madame, je n’ai pu empêcher mon cœur de succomber à votre beauté évanescente.<br />
– J’espère bien ! » dit la succube « Je passe des heures à m’entretenir chaque jour il faut bien que ça serve pas vrai ? »<br />
<br />
Mister Seismo acquiesça vivement de la tête. Amusé, la succube reprit :<br />
<br />
« Je suis mademoiselle Bellakyokananivasalatram, je m’occupe de la classe des Belladone… mais vous pouvez m’appeler Bella »<br />
<br />
Le professeur en armure prit la main de la succube et l’approcha de sa visière là où était probablement sa bouche.<br />
<br />
« Eh bien moi je suis… MISTER SEISMO ! » hurla t’il en prenant la pose une fois de plus.<br />
– Oh, ce n’est pas très commun… alors vous vous plaisez Mister Seismo ? les petits ne vous rendent pas chèvre ?<br />
– Non pas du tout : ce sont de braves gamins, gentils comme tout. Ils ont juste besoin qu’on les aides un peu.<br />
– Ce n’est pas l’avis du proviseur. Il a créé la classe des p’tites gargouilles pour trier les bons et les mauvais élèves.<br />
– C’est cruel !<br />
– Bah on est quand même en Enfer hein !<br />
– Oui mais même… ce ne sont que des enfants… ils sont notre avenir.<br />
– Euh… d’accord… vous êtes parti un peu loin là non ?<br />
– Non ! j’ai foi en eux<br />
– Oui sauf que leur problème c’est que EUX ne croient pas en eux même<br />
– Et bien je leur ferai croire en moi !<br />
– C’est quoi le rapport ?<br />
– Et bien si moi je crois en eux et qu’ils croient en moi, alors ils croiront en eux ! c’est logique ! »<br />
<br />
La succube tira de son décolleté une cigarette slim qu’elle alluma en déposant un baiser sur le bout. Elle tira une profonde bouffé de tabac et dessina un cœur percé d’une flèche en soufflant la fumée.<br />
<br />
« C’est mignon ce que vous dites monsieur Seismo…<br />
– Mister… c’est Mister Seismo.<br />
– Très bien Mister… j’ai été contente de vous rencontrer : à bientôt ! » dit la succube avant de retourner vers sa classe.<br />
<br />
Les petites gargouilles qui n’avaient pas perdu une miette de la situation se tenaient tous devant Mister Seismo tandis qu’il rêvassait.<br />
<br />
« Ouuuuh ! Mister Seismo est amoureux de la maîtresse ! » dit Bixi « Ils vont se faire des bisous !<br />
– C’est pas vrai ! » répondit JimJam « Mister Seismo c’est un mec badass, il a rien à fiche d’une greluche qui lui pourri la vie !<br />
– C’est quoi une greluche ? » demanda Loum<br />
– Je sais pas… c’est comme ça que Maman appelle les autres copines de Papa »<br />
<br />
Mister Seismo demanda à la classe de se calmer et de ne pas s’occuper des affaires des grands. Cependant, les enfants notèrent les petits rayonnement rose pâle qui émanait du bord de son casque.<br />
<br />
***<br />
<br />
En quelques jours, Mister Seismo apporta beaucoup de changement dans la classe des petites gargouilles. Les enfants semblaient plus heureux que jamais, et apprenaient comment devenir de bons petits démons grâce aux bons conseils de leur mentor. La plupart des garçons de la classes étaient en admiration devant lui, notamment JimJam qui singeait sa manière de parler.<br />
<br />
« Ecoutes moi bien ! la prochaine fois tu sauras pourquoi on m’appelle JimJam… mouahahaha ! trop badass !<br />
– Mouais… » répondit Loum « Cela dit c’est quand même plus classe quand c’est lui qui le dit !<br />
– C’est parce que j’ai pas encore fini de muer !<br />
– Pfff ! t’as même pas commencé !<br />
– C’est même pas vrai ! même que ma maman elle m’a dit que j’avais la grosse voix de Lemmy Killmister !<br />
– N’importe quoi ! ta mère elle aussi sourde qu’un Muzrad !<br />
– Quoi ? TU TRAITES PAS MA MERE DE MU… »<br />
<br />
Seismo interrompit les deux garçons en lançant un shuriken cybernétique à leur pied. A peine planter dans le sol, le curieux accessoire libéra un champ d’énergie bleuâtre qui sépara les belligérants, les empêchant de s’empoigner.<br />
<br />
« Allons les enfants ! » dit Mister Seismo doctement « Quel est la règle d’or entre petite gargouille ? »<br />
<br />
Les deux petits démons se regardèrent, puis tête basse il marmonnèrent : « Pas les vêtements, pas les mamans… »<br />
<br />
Ce jour-là pendant la récréation, Vyna apporta une petite boite soigneusement emballée à Mister Seismo. C’était un gâteau fourré à l’adzuki (un haricot japonais) et aux cristaux de mydrithaques (une sorte de champignon minéral typique des enfers connus pour son équivalence au LSD) qu’elle avait passé la nuit a préparé et Mister Seismo fut touché par un tel effort et remercia chaleureusement la petite démone. Mais alors qu’elle attendait impatiemment que son professeur morde dans une part, ce dernier lui demanda de retourner jouer, et referma la boite sans toucher à son contenu. Triste, Vyna parti en courant vers ses amies, des larmes coulants sur ses joues.<br />
<br />
C’est alors que madame Bella arriva, sa cigarette slim dansant au bord de ses lèvres bordées de carmin.<br />
<br />
« Elle a visiblement mis du cœur à l’ouvrage.<br />
– Oui, je peux le sentir même à travers la boite » répondit Seismo avec émotion<br />
– Mais vous ne le mangez pas ?<br />
– Je ne peux pas retirer mon casque<br />
– Ah ?<br />
– Si les enfants voyaient mon vrai visage ils seraient choqué et traumatisé pour toujours.<br />
– Vous savez que ce n’est pas le genre de chose à dire à une succube… » répondit madame Bella en prenant le bras de Mister Seismo. « Je suis du genre aventureuse ! »<br />
<br />
Mister Seismo jeta un coup d’œil à rapide à droite et à gauche, puis rapidement ouvrit la visière de son casque en pressant sur un bouton caché. Madame Bella lâcha un soupire et baissa les yeux.<br />
<br />
« Je vois… ne vous en faites pas, votre secret sera bien gardé<br />
– Merci… » répondit stoïquement Seismo en rabattant la visière.<br />
<br />
***<br />
<br />
Ce matin-là le proviseur était passé pour annoncer à toutes les classes que la semaine prochaine aurait lieu le grand examen de fin de semestre censé définir l’orientation démoniaque de chaque enfant de petite section. Autant dire que pour les petites gargouilles, c’était la panique.<br />
<br />
Pourtant, comme à son habitude, Mister Seismo calma les enfants :<br />
<br />
« Ecoutez-moi les gargouilles : vous êtes à un tournant de votre vie de démon, et c’est normal de vous inquiéter. Nous allons travailler encore plus dur pour que chacun arrive à s’affirmer et réussisse l’examen ! »<br />
<br />
Ces paroles étaient rassurantes, mais malgré tout plusieurs des enfants restaient inquiet. Loum se demandait s’il arriverait à s’affirmer comme démon de la mélancolie lui qui finissait toujours par voir le bon côté des choses à force de réflexion ? Bixi arriverait il à maîtriser ses crises d’urticaire ? Tiny deviendrait elle plus sexy d’ici là ? et que ferait JimJam avec son histoire de paladin ? et Vyna ? Est-ce que la petite démone de la colère arriverait à s’imposer face à des adversaires 10 fois plus fort qu’elle ?<br />
<br />
Mister Seismo sentait la crainte de ses petits protéger, et déjà dans son esprit un plan d’action se mettait en place…<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours après l’annonce du proviseur, ce dernier convoqua Mister Seismo pour un conseil de discipline, rapport à l’accident avec Monsieur Bentitiyatitiyotitiyé.<br />
<br />
« SEISMO ! » Hurla le proviseur comme à son habitude « VOUS AVEZ FRAPPE TRÈS VIOLEMMENT UN COLLÈGUE AU POINT DE PRATIQUEMENT LUI FAIRE RESSORTIR UN POUMON PAR LA BOUCHE !<br />
– Je sais monsieur » répondit stoïquement Seismo « C’est une conduite inqualifiable et un manque de sang-froid indigne d’un professeur…<br />
– QUOI ? MAIS QU’EST CE QUE VOUS RACONTEZ ? C’EST GÉNIAL AU CONTRAIRE !<br />
– Pardon ?<br />
– VOUS AVEZ DONNE L’EXEMPLE A CES PETITS MONSTRES ! MAINTENANT ILS SAVENT QUE CELUI QUI PEUT METTRE UNE GROSSE TORGNOLE C’EST CELUI QUI A RAISON !<br />
– Mais… mais pas du tout au contraire c’est…<br />
<br />
– GNAGNAGNA ! PAS DE JÉRÉMIADE SEISMO ! VOUS ALLER PRENDRE EN CHARGE UNE AUTRE CLASSE, CA SERAIT DU GÂCHIS DE VOUS LAISSER AVEC LES PETITES GARGOUILLES ! »<br />
<br />
Seismo se leva de son siège, les bords de son casque luisant d’un rouge intense et de la fumée s’en échappa.<br />
<br />
« Jamais je n’abandonnerai les petites gargouilles… ils ont fait d’immense progrès pour l’examen : Ça serait une trahison !<br />
– ET ALORS ? Ça UNE LEÇON DE PLUS POUR EUX ! IL NE FAUT COMPTER SUR PERSONNE ! CE SONT DES DÉMONS !<br />
– Je refuse…<br />
– QUOI ? VOUS NE RESPECTEZ PAS MON AUTORITÉ !!!???<br />
<br />
– NON ! Je la défi votre autorité ! »<br />
<br />
Le proviseur fixa Seismo de ses yeux jaunes puis soudain se mit à rire :<br />
<br />
« MOUAHAHAHA ! VOUS ETES VRAIMENT SUPER ! VOILA UN DEMON QUI EN A DANS LE PANTALON ! AH SI SEULEMENT ILS POUVAIENT TOUS MANQUER DE RESPECT A L’AUTORITÉ, LES ÉLÈVES NE SERAIENT PAS DES PETITES MAUVIETTES ! AH AH AH ! BRAVO SEISMO ! »<br />
<br />
Ce dernier se contenta de penché légèrement la tête sur le côté… le proviseur avait un drôle de sens de la pédagogie et du rôle d’un démon !<br />
<br />
***<br />
<br />
Sortant du bureau du proviseur, Seismo laissa échapper un soupir de soulagement. Il se rendit dans la salle des professeur ou madame Bella était en pleine conversation avec monsieur Royboytoysoylawson, professeur de la classe des zombis zonards, et lui demanda s’il pouvait parler avec elle un instant.<br />
<br />
Ils sortirent de l’école et madame Bella suggéra à Seismo de s’installa à la terrasse d’un café nommé « la brulure chimique », réputé pour ses eaux de vie capables de faire fondre les dents. Madame Bella commanda un « Kurt Cobain » ardent, et Seismo se contenta d’un « Black Sabbath » sans black.<br />
<br />
« Alors mon chou » commença la succube en jouant sensuellement avec la paille de son verre « vous vouliez me parler ?<br />
– J’aurais besoin de votre aide. C’est pour une de mes élèves.<br />
– Oh… » répondit madame Bella un peu déçue « moi qui croyait que c’était un rendez-vous galant…<br />
– Je vous prie de m’excuser si je vous ai offensée. En d’autre circonstance croyez bien que je vous aurais fait une cour assidue… mais là le temps presse. Il faut que j’aide la petite Tiny. C’est une brave gamine mais elle n’aura aucune chance de devenir une succube si on ne l’aide pas… et moi je suis un homme, je ne serais pas capable de le faire. S’il vous plait : ne la laissez pas tomber ! »<br />
<br />
Le plaidoyer de Mister Seismo trouva grâce aux yeux de la succube. Elle se laissa attendrir, se rappelant de l’époque ou elle aussi rembourrait ses soutiens gorges pour paraître plus sexy alors qu’elle était à l’école.<br />
<br />
 » Hum… C’est d’accord : mais alors à charge de revanche ? » dit la succube avec un sourire surprenamment plein de sincérité.<br />
– Merci » répondit Seismo en lui prenant la main tandis que les bords de son casque viraient au rose pale.<br />
<br />
***<br />
Aujourd’hui, une partie de la classe avait un atelier pratique sur la destruction d’objet, exercice classique chez les démons. Vyna, en tant que démon de la colère, essayait de briser un parpaing avec sa tête, mais n’arrivait qu’à se provoquer une migraine épouvantable.<br />
<br />
Mister Seismo qui dirigeait l’exercice, s’approcha alors de la petite démone rougeaude et observa sa manière de frapper. Il ne décela aucune technique, simplement de la force brute. Cela aurait été cependant parfait pour Vyna si elle avait hérité de la force herculéenne de son père, ce qui n’était pas malheureusement pas le cas.<br />
<br />
Désemparée, la fillette se mit à sangloter.<br />
<br />
« Et bien Vyna ? » demanda Mister Seismo « Tu t’es fait mal ?<br />
– Non… c’est juste que j’en ai marre ! j’arrête pas de taper là-dessus mais ça casse pas !<br />
– C’est normal voyons : il faut du temps et petit à petit…<br />
– Non ça sert à rien ! j’ai bien regardé et y’a pas une seule fissure qui s’est agrandie ! »<br />
<br />
Seismo pencha la tête interloquée<br />
<br />
« Comment ça « pas une seule fissure ? », qu’est-ce que tu entends par là ?<br />
– bah regardez monsieur : la surface est régulière ! »<br />
<br />
La petite fille pointait du doigt le parpaing en montrant les aspérités qui en recouvrait la surface.<br />
<br />
« Bon bien sûr là c’est un peu cassé, mais c’était comme ça avant…<br />
– Vyna… tu arrives à voir les fissures ?<br />
– Bah oui ?<br />
– Les TOUTES petites fissures ?<br />
<br />
– Bah comme tout le monde.<br />
– Tu vois celle de mon armure ?<br />
– Bah oui : là, là, là et la grosse là » répondit Vyna pointant du doigt des fissures se situant à l’échelle sub atomique.<br />
<br />
Mister Seismo leva la tête un instant, la main sur le menton, dans une posture signifiant vraisemblablement qu’il réfléchissait.<br />
<br />
« Dis-moi Vyna… tu penses que tu pourrais viser les fissures ?<br />
– euh… je sais pas ? pour donner un coup de poing ?<br />
– Non, plutôt pour frapper avec la pointe du doigt.<br />
– Bah oui, ça serait facile.<br />
– Bien… on va essayer un truc… »<br />
<br />
Mister Seismo s’installa à côté de la petite fille et prit une posture de combat.<br />
<br />
« Pour porter un coup efficace tu dois faire passer toute ton énergie en un seul point. Ici en l’occurrence c’est le bout de ton doigt. Tu respires bien, tu vises bien le milieu de la fissure, et tu frappes en un instant !<br />
– ça à l’air compliqué votre truc !<br />
– Essayes tu vas voir. Tu respires pour charger de l’énergie, et tu souffles au moment où tu frappes !<br />
– Comme pour souffler une bougie ?<br />
– Oui, aussi fort.<br />
– Bon… d’accord » dit Vyna peu convaincu, mais désireuse de bien faire.<br />
<br />
Imitant Mister Seismo, elle prit une posture martiale, ramena le poing en arrière, index tendu, et se concentra sur une fissure qu’elle voyait parfaitement. La petite démone respira très profondément, et lorsque ses poumons furent plein a craqué, elle expira subitement, précipitant en même temps son bras en avant. La pointe de son doigt toucha tout juste le parpaing qui fut traversé par une onde rougeâtre. Au point d’impact, on pouvait voir un peu plus nettement une fissure.<br />
<br />
Mais rien d’autre ne se produisit.<br />
<br />
Vyna était déçu, mais Mister Seismo lui tapota la tête avec fierté.<br />
<br />
« Bravo Vyna ! tu as compris le principe du premier coup : c’est un exploit !<br />
– Ah bon ? mais le parpaing est toujours entier… j’suis trop nulle ! Je vais redoubler et mes parents vont me priver de vélo pendant tout l’été !<br />
– Crois en toi ma petite, et tu verras qu’à force de d’entraîner, tu y arriveras »<br />
<br />
Les paroles de ses professeurs firent chaud au cœur de la petite démone qui se blottit contre lui en riant joyeusement.<br />
<br />
« Merci Mister Seismo ! »<br />
<br />
C’est alors que la voix paniquée de madame Bella retenti dans l’atelier de destruction.<br />
<br />
« Mister Seismo ! venez vite : c’est Bixi ! il a fait une réaction allergique a son acide et je crois qu’il s’en ait mis dans les yeux ! »<br />
<br />
Immédiatement, Mister Seismo se précipita vers la salle d’entrainement aux matériaux toxiques non sans avoir demander à madame Bella de surveiller sa classe. Lorsqu’il entra dans la pièce, pleine de fumée jaune, il activa la vision supra ionique de son casque pour repérer le jeune garçon.<br />
<br />
Bixi était au sol, se frottant les yeux en gémissant de douleur. Malgré les risques liés à l’acide que le jeune garçon émettait sans interruption, Mister Seismo s’avança dans la fumée en gardant à l’œil l’indicateur d’intégrité de son armure.<br />
<br />
« Hey Bixi ! » dit-il « calme toi mon grand ! je suis là !<br />
– Gnaaa ! Mister Seismo aidez-moi ! ça pique !<br />
– C’est normal Bixi ! en te frottant les yeux tu te remets de l’acide dedans, tu dois te calmer !<br />
– Mais je le contrôle pas m’sieur je vous jure !<br />
– Je sais Bixi, c’est pas de ta faute, mais tu dois justement apprendre à dominer ton acidité ! »<br />
<br />
L’armure de Mister Seismo avait subi des dégâts et n’était plus qu’à 76% d’intégrité.<br />
<br />
« Bixi, c’est quoi que tu trouves cool ? » demanda le professeur<br />
– Euh… les matchs de la ligue ardente !?<br />
– Non quelque chose de calme et qui te fait te sentir tranquille.<br />
– Euh… quand Papa fait des maquettes !<br />
– Ah ? racontes moi alors : tu aides ton papa ?<br />
– Non, c’est un démon de la maniaquerie et il veut tout faire lui-même, mais du coup je sais pas pourquoi, quand j’entends qu’il est là bah j’me sens bien…<br />
– Parfait Bixi… concentre toi là-dessus. Imagine-toi chez toi… »<br />
<br />
L’armure atteignait les 43% d’intégrité.<br />
<br />
« Tu fais quoi quand c’est comme ça ?<br />
– Je me met sur le tapis du salon et je lis une bédé. En général maman m’apporte des monster cookies<br />
– Ceux avec du sucre sursaturé ?<br />
– Oui ! c’est ceux que je préfère. Et puis je lis et de temps en temps j’entends papa qui hurle parce qu’il ne trouve pas une pièce du coup il retourne toute la maison. Avec maman ça nous fait rire à tous les coups ! »<br />
<br />
Le niveau d’acidité de Bixi commençait à baisser, mais l’air ambiant était toujours rempli de produit corrosif. L’armure de Mister Seismo atteignait maintenant le seuil critique de 22% d’intégrité…<br />
<br />
« Aller Bixi, tu y es presque ! penses très fort à ça… » dit Seismo pour encourager le jeune démon.<br />
<br />
L’alarme de son armure se mit à résonner dans son casque, mais l’indéfectible professeur préféra rester près de son élève.<br />
<br />
Et puis soudain, l’acide de Bixi cessa d’être corrosif et ressemblait plutôt un savon ultra doux au pH neutre. Une odeur savonneuse se répandit dans la salle des matériaux toxiques, et enfin la fumée s’évapora. Le mobilier avait tenu le coup (puisque prévu pour ce genre de situation) mais on ne pouvait pas en dire autant de l’armure de Mister Seismo qui semblait avoir été grignoté par une armée de petites fourmis. On voyait çà et là des parties de chairs à découvert complètement brulée par l’acide, mais Mister Seismo ne paraissait pas en souffrir.<br />
<br />
« Bravo Bixi ! tu vois c’était pas si dur !<br />
– Merci monsieur… mais du coup c’est nul, je n’envoi plus d’acide !<br />
– Et alors ? au moins tu maitrise tes pouvoirs : c’est toi le patron désormais Bixi. Tu ne subis plus ! tu maitrise ! »<br />
<br />
Les paroles de Seismo exaltèrent le jeune démon qui s’amusait à lancer des giclés savonneuses et à s’asperger avec en plein visage.<br />
<br />
« Ah ah ! c’est génial : ça pique même pas les yeux ! Merci beaucoup Mister Seismo ! »<br />
<br />
Ce dernier fit un signe de tête à Bixi puis quitta tranquillement la salle tandis que les autres élèves reprenaient leur place. Ce n’est que lorsqu’il ferma la porte qu’il s’effondra contre le mur, terrassé par la douleur.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Mister Seismo ? Mister Seismo vous m’entendez ? »<br />
<br />
Le professeur en armure ne reconnut pas tout de suite la voix qui parlait à côté de lui. Ce n’est qu’à force de concentration qu’il reconnut Evalipadasanamarada, l’infirmière de l’école. Se redressant d’un coup, il réalisa qu’il était sur un lit, qu’il était couvert de bandage, mais surtout qu’il ne portait plus son casque.<br />
<br />
« Ne vous inquiétez pas » dit Eva « Bella m’a expliqué. Ce n’est pas si grave vous savez !<br />
– Pas pour les petits… Ils ne doivent jamais savoir ! »<br />
<br />
La voix de Seismo était dure, quasi menaçante.<br />
<br />
« D’accord… » dit Eva asticoté par le manque de reconnaissance de Seismo « ce n’est pas la peine de le prendre sur ce ton-là ! »<br />
<br />
Mister Seismo quitta l’infirmerie quelques heures plus tard, avec des tonnes de sparadrap sur le visage pour remplacer son casque. Il ne s’inquiétait pas outre mesure sur ce point puisqu’il en avait un de rechange dans son casier. Son armure par contre allait devoir s’auto réparer ce qui prendrait plusieurs jours.<br />
<br />
Lorsqu’il retourna dans la classe des petites gargouilles les enfants l’accueillir comme un héros avec moult acclamation. Certains s’inquiètent de son état, notamment Loum qui ne cessa de lui poser des questions pour finalement conclure que tout allait bien et que c’était super qu’il ait put aider Bixi.<br />
<br />
La classe travailla le reste de la journée sur la zoologie infernale, et notamment les principaux types de zombies. Mister Seismo malgré ses blessures resta imperturbable, et profita même de ses bandages pour expliquer aux enfants la différence entre une liche et une momie.<br />
<br />
A la fin de la journée madame Bella vint lui rendre visite dans sa classe et nul ne sut ce qu’il se racontèrent…<br />
<br />
***<br />
<br />
C’était enfin le grand jour.<br />
<br />
L’examen semestriel d’orientation démoniaque était une procédure permettant de voir les aptitudes de chaque petit démon afin de l’orienter vers le métier qui lui serait le plus adapté. Et autant dire qu’une éternité à faire le mauvais métier, ce n’était pas quelque chose qui pouvait rassurer les petites gargouilles.<br />
<br />
C’était Nelkykykakokan, la tante de Loum et démone de la vitesse, qui conduisait le bus vers le lieu d’examen. Pour donner de l’entrain aux enfants, elle leur fit chanter un refrain bien connu en enfer sur l’air de « kickstart my heart »…<br />
<br />
« Whoooo ! Yeaaah On est en enfer prêt à être damné !<br />
Whooo ! Yeaaaah ! nous on n’a pas peur : l’enfer on connait ! »<br />
<br />
Mister Seismo lui, habillé d’un élégant costume sans cravate pour l’occasion, mais toujours avec son casque, restait assit bien sagement les bras croisé en fixant la route.<br />
<br />
Au bout d’une demi-heure, ils arrivèrent à destination : l’arena eternae. Ce lieu insolite avait pour particularité d’être en perpétuel changement à cause d’un sortilège ancien et puissant qui avait mal tourné. Ainsi, le cycle du jour et de la nuit, le climat ou même la gravité, tout ça changeait environ 3 fois par mois. C’est notamment pour cela que l’école attendait ce moment de l’année pour faire l’examen, afin que les conditions soient optimales : ni trop dure, ni trop facile.<br />
<br />
La particularité de l’arena faisait qu’on pouvait tout casser sans crainte puisque tout se remettait en place au bout d’un moment. Autant dire que c’était parfait pour tester les pouvoirs destructeurs de futurs démons.<br />
<br />
Concernant sa forme, l’arena ressemblait à un grand stade couvert par 66 arches de pierre faisant office de toiture.<br />
<br />
Chaque classe attendait son tour sur les abords du terrain, puis se présentait au podium central. Là, les élèves se répartissait entre les différents examinateurs et présentaient leur talent afin de se faire certifier démon de ceci ou démon de cela.<br />
<br />
Avant de passer, Mister Seismo fit un dernier discours aux petites gargouilles.<br />
<br />
« Les enfants : nous avons beaucoup travailler pour en arriver ici. Mais maintenant je ne peux plus vous aider. C’est seul que vous allez devoir monter sur le podium. Cependant sachez une chose : moi je crois en vous tous, car si vous êtes les petites gargouilles, ce n’est pas parce que vous êtes inutiles le jour, c’est parce que la nuit vous êtes des seigneurs ! alors tous avec moi : Qui s’est les plus forts ?<br />
– LES PETITES GARGOUILLES ! » hurlèrent les enfants en imitant la pose de Mister Seismo.<br />
<br />
Tiny fut la première à passer. Elle se présenta devant le jury, 3 démons et 2 succubes chargés d’évaluer les candidats, et déclina son nom et sa classe.<br />
<br />
« Hum… très bien » dit le premier juré démon « Et tu es là pour quel cercle démoniaque ma petite ?<br />
– Je… je suis une succube ! » dit la petite fille avec courage.<br />
<br />
L’hilarité s’empara du jury qui se moqua ouvertement de Tiny.<br />
<br />
« Ah ah ah ! mais enfin que penses-tu faire avec un corps pareil ? » dit l’une des succubes « je te rappelle que même l’enfer n’encourage pas les pédophiles ! »<br />
<br />
Tiny serra les dents et jeta un coup d’œil vers le reste de la classe et vit Madame Bella (qui était venu spécialement pour elle) lui faire un clin d’œil.<br />
<br />
« En fait je suis un magical loli goth succube ! » dit Tiny en brandissant d’on ne sait où une baguette magique se terminant par une étoile satanique qu’elle brandit en l’air ce qui déclencha un torrent de scintillement.<br />
<br />
« Dark Glowing power: MAKE UP ! »<br />
<br />
Une musique dynamique pleine de cuivre et de gros accord de guitare résonna d’on ne sait où tandis que des ombres violette se mirent à danser autour de Tiny qui n’était maintenant plus qu’une silhouette brillante. Et tandis que la musique battait son plein, Tiny se voyait transformée : elle portait maintenant une robe rouge et noire, un petit corset en vinyle brillant, des collants noirs et des grosses chaussures à bout rond. Dans ses cheveux, des rubans rouges se nouèrent lui faisant des couettes, et un jupon rouge vif apparut alors sur les bords de sa robe. La petite fille dansait dans la brume tandis que la musique semblait lui laisser une pause pour lancer sa réplique :<br />
<br />
« Du fin fond des ténèbres, je suis la rose qui scintille dans la nuit ! mon son est métal, mais tu peux m’appeler TINY BABY ! »<br />
<br />
Le jury était sidéré : la présentation de la petite fille était originale pour un succube, mais ne manquait pas de charme. En effet, son look gothic lolita compensait fortement son jeune âge et son absence de forme, et sa bouille mignonne renforçait l’effet attractif rendu malsain par l’ambiance gothique.<br />
<br />
« Formidable ! » dit le juré démon numéro 2 « Bravo petite ! tu nous as bien eu sur ce coup-là ! nous t’admettons comme magical loli goth ! »<br />
<br />
La joie irradiait le visage de Tiny qui se précipita dans les bras de Madame Bella, puis dans ceux de Mister Seismo.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une pause d’un quart d’heure fut demandée par les jurés pour souffler un peu, laissant du temps aux enfants qui n’étaient pas encore passé pour une révision de dernière minute. Loum était plongé dans son livre sur les 5 stades du deuil, tandis que JimJam s’entraînait à contrôler ses expressions faciales tout en mentant.<br />
<br />
Mister Seismo lui, veillait au grain en compagnie de madame Bella.<br />
<br />
Soudain, une voix grave comme un rugissement se fit entendre dans tout le stade, faisant trembler les arches de pierre.<br />
<br />
« SEISMOOOOOOOO !!!!! »<br />
<br />
C’était monsieur Bentitiyatitiyotitiyé qui à peine sorti de l’hôpital s’était précipité pour retrouver Mister Seismo et se venger de la racler qu’il lui avait mis.<br />
<br />
Le démon des fissions atomiques instables irradiait comme s’il était sur le point d’exploser. Il fonça comme un taureau qui charge droit sur Seismo qui fit signe à madame Bella d’éloigner les enfants. Cette dernière obtempéra mais lança un regard inquiet à son ami.<br />
<br />
En effet, sans son armure, Mister Seismo serait-il de taille ?<br />
<br />
Ce dernier esquiva de justesse la charge de Ben, glissant sur le côté d’un bond vif. Mais plutôt que de contre attaquer, il prit la fuite en courant. Les enfants étaient confus…<br />
<br />
« Mais… pourquoi il s’en va ? » demanda Loum « Il est plus fort que lui non ?<br />
– T’as rien compris ! » lui répondit JimJam « il fait ça pour éviter qu’on soit pris dans le combat parce que c’est comme ça que fond les mecs super classe ! »<br />
<br />
Un « ooooooh » admiratif résonna de la part des petites gargouilles.<br />
<br />
Effectivement, Seismo fuyait pour tenir les enfants à l’écart du combat, mais Ben le remarqua et fit quelque chose d’absolument fou : il concentra une charge nucléaire dans son poing et la projeta sur les arches surplombant la classe, provoquant la chute d’énorme débris de pierre de plusieurs tonnes.<br />
<br />
« Nooooon ! » hurla Seismo de rage.<br />
<br />
Les bords de son casque brillèrent d’un éclat doré tandis que le sol autour de lui tremblait. Il bondit en avant, et un instant se trouva près des enfants et de madame Bella, ne laissant sur son sillage qu’un trait de lumière.<br />
<br />
Il tendit les bras en l’air et poussa un hurlement de fureur qui souffla les enfants sur les côtes afin de leur éviter de recevoir des débris. Seule madame Bella resta à côté de lui, l’aidant en combinant son énergie à la sienne.<br />
<br />
« Yaaaaaaaah ! »<br />
<br />
Dans un grondement assourdissant, Mister Seismo et madame Bella furent enseveli sous les fragments des arches.<br />
<br />
Lorsque la poussière retomba, les petites gargouilles étaient tétanisées…<br />
<br />
« Mi…MISTER SEISMO ! » hurla Vyna « Oh nooooon ! vite il faut les aider ! »<br />
<br />
Comme un seul homme, les petites gargouilles se précipitèrent sur le tas de pierre.<br />
<br />
« Monsieur ? vous m’entendez ? » cria JimJam « On va vous sortir de là ! »<br />
<br />
Les enfants entendirent alors une plainte venir de sous les gravas<br />
<br />
« Les enfants ? vous allez bien ?<br />
– Oui ! on est tous okey ! » dit Tiny « et vous ?<br />
<br />
– Madame Bella est blessée : pour l’instant je maintiens les débris au-dessus de nous, mais sans mon armure je ne pourrais pas les retirer… vous devez m’aider à la sauver ! »<br />
<br />
L’ampleur de la tache noua l’estomac de toutes les petites gargouilles… toutes sauf une !<br />
<br />
« Okey ! PETITES GARGOUILLES ! RASSEMBLEMENT ! » hurla JimJam en prenant la pose de Mister Seismo.<br />
<br />
Aussitôt les enfants se regroupèrent autour de leur leader autoproclamé.<br />
<br />
« Bixi : tu vas aider Vyna à extraire les rocher !<br />
– Mais… mon acide va les bruler ? » demanda le petit démon jaune timidement<br />
– Pas besoin » expliqua Loum « si tu utilises ton savon à la place, on pourra faire facilement glisser les gravats et dégager le chemin !<br />
– Parfait ! » reprit JimJam avec autorité « Tiny : va chercher des secours ! Loum avec moi… on va avoir du boulot ! »<br />
<br />
JimJam faisait référence à Monsieur Ben qui se préparait à charger le tas de gravats.<br />
<br />
« Mais… comment tu veux qu’on l’arrête ! » demanda Loum paniqué « c’est un adulte ! et puis il est super fort !<br />
– Peut être… mais en tant que petite gargouille c’est notre devoir de tout faire pour défendre nos amis !<br />
– Euh non… ça c’est un boulot de paladin ! et toi t’es pas un paladin ! t’es un démon du mensonge je te rappelle !<br />
– Et ben dans ce cas… je suis un PALADIN DU MENSONGE ! »<br />
<br />
À peine eut il finit sa phrase que JimJam se précipita sur monsieur Ben.<br />
<br />
« HALTE LA ! » dit-il paume tendu en avant « Vous n’avez pas le droit de faire ça !<br />
– Ah ouais ? » demanda monsieur Ben « et en quelle honneur ?<br />
– Je suis Jimjamaladascustroda, agent du 1er cercle en mission d’infiltration ! Mister Seismo est…euh… mon prisonnier ! »<br />
<br />
Le bluff du jeune garçon s’avéra efficace, et monsieur Ben stoppa sa charge<br />
<br />
« Comment ça un agent du premier cercle ? mais pourquoi on ne me dit jamais rien !<br />
– Ouais bah c’est pas une raison pour me pourrir mon enquête : je pourrais faire remonter ça en bas lieux vous savez ! ça pourrait même descendre jusqu’à Satan en personne ! »<br />
<br />
JimJam était un peu anxieux : son mensonge était très grossier, et il tenait surtout grâce à son incroyable culot.<br />
<br />
« Et je vous préviens : si vous faites encore des histoires… VOUS SAUREZ POURQUOI MON NOM EST JIMJAMALADASCUSTRODA ! »<br />
<br />
Devant tant d’aplomb, monsieur Ben cessa toute hostilité, trop effrayé qu’il était d’avoir à faire à un fonctionnaire démoniaque zélé.<br />
<br />
Pendant ce temps, les autres enfants déblayaient les rochers aidés par le savon super doux de Bixi qui rendait la tache bien plus facile. Pour les pierres les plus récalcitrante, Vyna entra en action. Elle repensa à l’entrainement sur les parpaings, se concentra sur les lignes de faille qu’elle seule pouvait voir, et frappa avec toute l’intensité dont elle était capable.<br />
<br />
Une fois encore, seul un petit trou se format au point d’impact.<br />
<br />
« Oh non… » gémit elle « Pourquoi j’y arrive pas ! »<br />
<br />
Loum arriva alors près d’elle :<br />
<br />
« Hey Vyna, pourquoi tu frappes comme ça<br />
– Bah pour fissurer la pierre !<br />
– Et pourquoi ça marche pas ?<br />
– Bah j’en sais rien, ça fait juste un petit trou !<br />
– Et pourquoi c’est pas bien ?<br />
– Parce que normalement ça devrait amplifier les fissures et tout casser !<br />
– Et pourquoi ? »<br />
<br />
Soudain Vyna réalisa quelque chose : son coup avait bien agi, et les fissures étaient bel et bien brisées. Elle donna une pichenette sur le rocher ce qui brisa l’équilibre instable et le fit se disloquer en des milliers de petits gravats.<br />
<br />
« Whaouuu ! comment t’as fait ? » demanda Loum<br />
– C’est toi qui m’a aidé ! grâce à ta logique jusqu’au boutiste j’ai compris que c’était pas parce quelque chose est brisé de partout qu’il tombe tant que rien ne bouge son équilibre. »<br />
<br />
La petite démone fit un bisou sur la joue de Loum puis reprit son travail de démolition, ses crocs de tigre saillant tandis qu’elle poussait un cri de guerre bestiale.<br />
<br />
JimJam de son côté avait tellement bien réussi son baratin qu’il avait demandé à monsieur Ben d’aller remplir une fiche d’incident afin que l’administration ne le charge pas pour les réparations du toit.<br />
<br />
Au bout de plusieurs minutes d’effort acharnés, les petites gargouilles arrivèrent enfin à créer un passage vers Mister Seismo et madame Bella. Cette dernière gisait sur le sol, tandis que Mister Seismo était toujours debout, bras tendu, soutenant les gravas à la seule force de sa volonté.<br />
<br />
Les enfants voulurent crier de joie, mais quelque chose les en empêcha : la visière du casque de Mister Seismo était brisée, révélant en partie son vraie visage…<br />
<br />
« Oh bah… C’EST UN HUMAIN ! » cria Tiny.<br />
<br />
Effectivement, c’était un visage parfaitement humain qu’on pouvait voir à travers la brisure du casque. Un visage couvert de sang et marqué par la souffrance…<br />
<br />
***<br />
<br />
Les secours finirent par dégager Mister Seismo et madame Bella. Cette dernière n’avait pas trop souffert et était seulement tombé ko d’épuisement en sauvant les enfants. Mister Seismo lui avait des blessures bien plus grave… du moins c’est ce que pensaient les enfants qui n’avaient pas la moindre idée de ce qui pouvait faire mal à un humain.<br />
<br />
Tous rassemblé autour de la civière où il était installé, ils le regardaient avec un mélange de tristesse, d’incompréhension et de peine. Conscient de cela, Seismo se senti le devoir de leur expliquer :<br />
<br />
« Pardonnez-moi les enfants… je ne voulais pas que vous le sachiez<br />
– Alors c’est vrai ? » demanda Loum, toujours prompt à poser des questions « vous êtes un vrai humain ? un qui a une âme et tout ?<br />
– Oui, je suis un humain, et mon vrai nom est Toshiro Nokozaiyaki<br />
– C’est vachement bizarre ! » dit Vyna<br />
– Je sais… » répondit Seismo avec un sourire « ça doit vous faire bizarre… en tout cas je suis sincèrement désolé… »<br />
<br />
Les enfants se regardèrent et tous ensemble demandèrent :<br />
<br />
« Pourquoi ? »<br />
<br />
Toshiro sentit son cœur battre à tout rompre<br />
<br />
« Bah oui monsieur : faut pas être désolé pour ce que vous êtes ! » dit Bixi<br />
– C’est vrai ça : vous nous dites toujours qu’il faut s’accepter et être fier de soi ! » reprit Tiny<br />
– Et puis grâce à vous les petites gargouilles sont devenu la classe la plus cool de l’école ! » ajouta JimJam<br />
– Même que tous les enfants veulent y venir ! » compléta Vyna<br />
– Alors pourquoi vous seriez désolé ? » demanda Loum en toute innocence.<br />
<br />
Des larmes coulèrent sur les joues de Toshiro.<br />
<br />
« Merci les enfants… c’est le plus beau cadeau que vous pouviez me faire : je suis si fier de vous !<br />
– Ouais bah c’est pas la peine de faire la chochotte Mister Seismo ! » dit JimJam « un vrai mec ça pleure pas comme une fille !<br />
– Pfff ! n’importe quoi ! » coupa Vyna « un vrai héro c’est sensible et ça écoute son cœur ! »<br />
<br />
Toshiro se mit à rire de bon cœur en voyant les enfants se chamailler ainsi.<br />
<br />
***<br />
<br />
EPILOGUE<br />
<br />
« Alors comme ça vous êtes un humain et vous avez quand même put résister à mes charmes ? » demanda madame Bella en accompagnant Toshiro dans les couloirs de l’école.<br />
– Et oui, que voulez-vous Bella, j’avais une mission… quand j’étais humain je n’étais pas un cyber monstre de l’espace… j’étais un space shérif…<br />
– C’était vous Justiciatron pas vrai ?<br />
– Oui… Seismo était mon ennemi. Mais au final il a rejoint le camp des gentils et il s’est sacrifié pour m’aider à vaincre le grand méchant. Il m’a fait jurer de protéger les enfants et de leur apprendre à ne pas juger les autres<br />
– Mais pourquoi en Enfer ?<br />
– Je me suis dit que s’il y’avait bien un endroit où les enfants était discriminé c’était ici… »<br />
<br />
Toshiro réajusta la courroie de l’attelle qui enroulait son bras gauche et continua d’avancer en boitant.<br />
<br />
« Vous leur manquez beaucoup » dit madame Bella « presque autant qu’a moi »<br />
<br />
La succube déposa alors un baiser ensorcelant sur ses lèvres<br />
<br />
« Je ne vous ai même pas remercier comme il se doit… »<br />
<br />
Mais alors qu’elle allait reprendre, une myriade de petite voix firent « ouuuuuuh ! les amoureuuuuux ! »<br />
<br />
Les enfants se précipitèrent alors sur Toshiro pour l’enlacer. Ses retrouvailles lui firent chaud au cœur, mais en même temps elles étaient lourdes de conséquences car l’école ne pouvait tolérer qu’un humain soit professeur et il allait devoir quitter les petites gargouilles pour toujours.<br />
<br />
« Mister Seismo ? » demanda Loum « pourquoi vous devez partir ?<br />
– Allons Loum, tu sais que tu peux m’appeler par mon vrai nom…<br />
– Bah quoi ? c’est votre vrai nom ! Mister Seismo de la classe des p’tites gargouilles ! »<br />
<br />
Et à l’unisson, toute la classe prit la pose de Mister Seismo : sur une jambe, le bras gauche replié à 45 dégrée et le droit tendu dans le même alignement et dirent tous en chœur :<br />
<br />
« Domo arigato ! MISTER SEISMOOOOOOOO ! »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Domo Arigato Mister Seismo !**

L’Enfer, lieu de perdition des âmes, brûlot éternel de la damnation…

C’est un endroit où ceux qui ont failli dans leur vie précédente attendent l’heure du jugement dernier. Autant dire qu’il y’a du monde !

Pourtant, l’Enfer n’est pas uniquement peuplé d’âmes perdues : il y’a aussi toute une foule de démon dévolue à de multiples taches et qui sont la force vive des administrations infernales. Que ce soient des conducteurs de bus faisant transiter les âmes vers leurs éternelles demeures, du personnel d’entretien chargé de nettoyer les lieux des vomissures lorsque les damnés ont un haut le cœur à la vue de la montagne des espoirs déçu de gain aux jeux, L’enfer grouillait de démon. Et comme si ça ne suffisait pas, il fallait garder en tête que beaucoup d’entre eux étaient affecté sur Terre pour semer le chaos, entretenant la guerre millénaire que se livraient le Ciel et l’Enfer pour la domination du monde.

Pour former ses démons aux diverses tâches qui les attendent, tout un système éducatif avait été mis en place, prenant en charge les démons dès leur plus jeune Age afin d’en faire de bon professionnel. Ainsi, l’académie infernale de Dis, la citée des Enfers, accueillait des écoliers, des étudiants et bien entendu des professeurs.

Ce matin, la classe des « petites gargouilles » (les 6-7 ans) était comme d’habitude calme et silencieuse, au grand dam du chef d’établissement monsieur Karlaloladidadam, démon des voix qui portent, qui se demandait ce qu’il allait faire d’eux. En effet, les petites gargouilles était la classe qui regroupait les plus mauvais élèves de tous l’établissement et qui avaient usé de fatigue plus d’un professeur.

Il scrutait la salle de classe du regard avec ses yeux jaune vif, tout en montrant ses crocs de sangliers d’un air menaçant…

« LES ENFANTS ! » dit-il en hurlant, seule façon qu’il avait de parler « UNE FOIS DE PLUS VOTRE PROFESSEUR MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO NE SERA PAS là CETTE SEMAINE !
– C’est pask’elle nous aimes plus ? » demanda un petit démon tout bleu a l’air triste
– NON ! ELLE NE VOUS A JAMAIS AIME ! C’EST MAL D’AIMER ! VOUS ÊTES DES DÉMONS ! VOUS DEVEZ HAÏR !
– Mais moi j’aimes bien les céréales du cap ‘tain Vomito » reprit le petit démon « Du coup c’est mal aussi ?
– EXACTEMENT !?
– Mais si c’est mal alors… bah c’est bien dans ce cas ? vu qu’on est des démons et qu’on fait tout le contraire de…
– SA SUFFIT PETIT GREDIN ! »

Karlaloladidadam crispa le poing avec rage et se tourna vers la porte.

« TOUJOURS EST IL QUE VOUS AUREZ UN PROF REMPLACANT JUSQU’AU RETOUR DE MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO, ALORS ESSAYEZ DE LE GARDER EN ETAT CELUI LA COMPRIS ? »

Toute la classe répondit « oui monsieur » en cœur.

Le chef d’établissement quitta la salle furibard, manquant de bousculer le remplaçant qu’il venait d’annoncer. Ce dernier entra d’un pas mesuré et se plaça devant le bureau, droit comme un I, les bras dans le dos. A la grande surprise des enfants, le professeur remplaçant ne ressemblait pas du tout à un démon. Il mesurait environ 2m et portait une armure futuriste couverte de diode électronique le tout surmonté d’un casque design bardé de plusieurs cornes acéré.

Les enfants se regardèrent avec étonnement, sans trop savoir quoi faire. Soudain le professeur remplaçant se retourna, écrivit sur le tableau et se retourna encore en pointant du doigt ce qu’il venait d’écrire :

« Les enfants ! voici mon nom ! »

Silence dans la salle.

Le professeur regarda ce qu’il venait d’écrire puis réalisa que les petits démons ne savaient pas forcément lire le japonais…

« Oh… mes excuses les enfants. Tant pis je vais vous dire ça à voix haute ! je suis… MISTER SEISMOOOOOO ! »

Il était difficile de savoir si c’é]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Fri, 10 Feb 2023 00:00:38 +0100</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 39 : Le bandit et le Lion #Bradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep39/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Le Bandit et le Lion**<br />
<br />
Depuis son plus jeune âge, Khal avait toujours été le plus fort. Il n’était pas juste plus puissant physiquement, mais il dominait aussi les autres par sa ruse, sa maîtrise du combat et son sang-froid. Et puis il y’avait cette magie latente en lui qu’il ressentait au plus fort des combats, et qui décuplait ses forces et le rendait aussi puissant que les guerriers de légendes. Ces talents auraient pu faire de lui un admirable soldat, voir même chevalier, mais la vie l’avait poussé sur des chemins plus sombres. Car même en étant fort, l’existence était difficile pour ceux qui n’étaient pas née sous une bonne étoile.<br />
<br />
Brigand sans foi ni loi, Khal et ses compagnons sillonnaient le royaume de Cadren, pillant les voyageurs et détroussant les caravanes marchandes pour se remplir les poches. Khal en bon chef de groupe, était la tête pensante et avait su tirer le meilleur de ses amis : Tysslyn, un semi elfe aux origines incertaines, était un parfait éclaireur et un pisteur talentueux tandis que Braldarg, un humain qu’on aurait pu prendre confondre avec un troll tant il était massif, assurait une force de frappe sans égale.<br />
<br />
Et c’est ainsi que lui et ses acolytes se retrouvèrent dans une auberge de seconde zone dans un quartier mal famé de Rhen Varat, la célèbre cité de l’Est, pour célébrer leur dernier coup… et préparer le prochain.<br />
<br />
« Je lève mon verre à notre bonne fortune les amis ! » Dit Braldarg déjà rendu fort joyeux par l’alcool<br />
– Moi de même ! » renchérit Tysslyn de sa voix calme « Que cette belle journée perdure à jamais ! »<br />
<br />
Les deux brigands cognèrent leurs choppes l’une contre l’autre et attendirent une réaction de la part de Khal, mais ce dernier resta le regard perdu dans les volutes de son hydromel.<br />
<br />
« Khal : qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? » demanda Tysslyn<br />
– Rien… j’en ai juste assez de cette ville… » répondit Khal d’un ton terne.<br />
– Alors ça c’est la meilleure : et depuis quand Rhen Varat et ses arènes te révulsent à ce point ? » relança Braldarg<br />
– Depuis que vous deux pauvres idiots vous complaisez dans votre médiocrité ! »<br />
<br />
Le ton brusque de leur ami surpris les deux bandits qui s’échangèrent un regard incrédule. Ce dernier se reprit et essaya d’être plus posé :<br />
<br />
« Ce que je veux dire c’est que ça fait des mois qu’on se contente d’attaquer des petites caravanes… résultat nous ne ramenons que des clopinettes que ce marchand du Chemin d’Ombre nous rachète pour un prix ridicule !<br />
– Tu exagères… » dit Tysslyn « On a pas à se plaindre…<br />
– On devrait frapper plus fort ! » s’emballa Khal « et cibler une caravane Ocelot ! Rien qu’en prisme magique il y en aurait pour une fortune ! »<br />
<br />
L’inquiétude se dessina sur de visage de Tysslyn<br />
<br />
« Attends… tu es sérieux ? tu veux qu’a nous trois nous prenions d’assaut une caravane Ocelot défendu par des Zey Fema ?<br />
– Pffff… les Zey Fema ne sont que des mercenaires comme les autres ! » fanfaronna Khal<br />
– Des mercenaires qui portent des armures alchimiques qui valent souvent aussi chère que la marchandise qu’ils transportent !<br />
– Justement… nous pourrons leur prendre leurs armes et agrémenter notre butin. Quand bien même la caravane serait vide que ce serait une affaire ! »<br />
<br />
Au contraire du semi elfe, Braldarg fut enthousiasmé par la proposition.<br />
<br />
« Alors ça c’est une idée de génie Khal ! J’ai entendu dire que le Chemin d’Ombre paye des fortunes pour des armures de Zey Fema !<br />
– Imbécile ! s’ils payent si cher c’est parce que c’est un exploit de pouvoir s’en emparer… Par Faraan ! suis-je le seul à avoir un peu de bon sens ? » s’indigna Tysslyn.<br />
<br />
Dans un geste d’apaisement, Khal leva les mains, paume en avant, en direction de ses amis.<br />
<br />
« Allons allons… Tys, je comprends que tu sois inquiet, mais n’est tu pas d’accord avec moi ? est-ce que nous allons rester comme ça toute notre vie à écumer les tavernes et à vivre dehors ? Quant à toi Bral, ton enthousiasme me fait plaisir, mais Tys à raison : nous ne devons pas aborder ça à la légère…<br />
– Bah voyons » répondit le colosse « Tu vas me faire croire que TOI tu vas agir avec modération ?<br />
– Il n’a pas tort « renchérit le semi elfe « Je te connais : tu te moque du butin, tout ce que tu veux c’est tester ta force contre des adversaires de plus en plus fort pas vrai ? »<br />
<br />
Khal ne répondit pas. Il se contenta d’esquisser un petit sourire du coin des lèvres qu’il dissimula aussitôt avec sa choppe dont il avala le contenu presque d’une traite. Il s’essuya la bouche avec le dos de la main gauche et lança des regards pleins de sous-entendus à ses amis. Aussitôt, ils comprirent le message et se levèrent puis quittèrent l’auberge.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il y’avait énormément de caravanes qui partaient de Rhen Varat : de longs convois de plusieurs véhicules légers transportant de lourdes charges, de simple cavalier portant des courriers ou des objets précieux, et enfin les caravanes alchimiques de la guilde Ocelot.<br />
<br />
Cette guilde marchande était dirigée par l’une des grandes familles de la bourgeoisie, les Ocelots, dont la fortune venait de leurs célèbres caravanes. Ces dernières, construites par les meilleurs ingénieurs en alchimie des 3 royaumes, pouvaient parcourir le pays à grande vitesse et en transportant d’importante charges. Elles constituaient tout autant une façon de transporter de la marchandise que de faire voyager les gens sur de grandes distance. Chaque caravane était tractée par une carriole « motrice » où se trouvait le générateur alchimique principal, à laquelle on raccrochait des wagons plus ou moins long et disposant d’aménagement spécifiques : transport, soutes, ou parfois motrices auxiliaires pour les caravanes les plus longues. Cette flexibilité dans la configuration des caravanes permettait un rendement optimal et une capacité d’adaptation à la demande indispensable.<br />
<br />
Mais ce qui faisait la réputation des caravanes Ocelot, c’était surtout la troupe d’élite de la guilde qui avait en charge de la sécurité : les fameux Zey Fema. Ces mercenaires équipés d’armures et d’armes alchimiques étaient craint et redouté par tous les bandits qui les considéraient aussi dangereux que des soldats d’élite.<br />
<br />
C’était exactement ce qu’il fallait à Khal…<br />
<br />
Depuis son point de mire a la cime d’un grand troène, Tysslyn scrutait la porte ouest de la ville d’où sortirait les caravanes les plus intéressantes. Sa mission était simple : jauger les caravanes sortant, estimer leur valeur et anticiper leur direction. Non seulement la route empruntée était un excellent moyen de jauger le contenu, mais c’était aussi une façon de faciliter l’embuscade en privilégiant les caravanes passant par la forêt.<br />
<br />
Après plusieurs heures d’observation, Tysslyn trouva enfin une proie intéressante. Utilisant un petit sifflet en os qu’il portait autour du coup et dont il pouvait moduler le son via 3 petit orifices, le semi elfe informa ses compagnons qui attendaient au sol en s’occupant des chevaux. En réponse, Khal siffla entre ses doigts pour approuver le choix de Tysslyn qui redescendit aussitôt en bondissant avec grace de branche en branche.<br />
<br />
« C’est un beau gibier Khal » dit-il en reprenant son souffle « une caravane à 3 wagons avec tout juste 2 Zey Fema pour la sécurité.<br />
– Marchandise ? » demanda Khal<br />
– deux wagon sur trois. Le dernier est pour des voyageurs.<br />
– Un seul wagon de voyages ? il prend quelle route ?<br />
– Il part vers le sud-ouest, je parie qu’il fait route vers Koesh. Si c’est le cas en coupant par les bois on pourra les intercepter dans moins d’une heure.<br />
– Parfait : tu pars devant pour nous guider ! » Ordonna Khal.<br />
<br />
La chevauché fût intense jusqu’au lieu de l’embuscade, et le jeune bandit trépignait d’impatience d’en découdre. Peu lui importait les richesses, tout ce qu’il voulait c’était toujours de livrer un combat épique contre des adversaires dignes de lui.<br />
<br />
Suivant leur tactique habituelle, Tysslyn resterait en retrait pour couvrir ses amis de ses flèches, Braldarg couperait la route à la caravane en faisant s’écrouler un arbre sur le sentier, et Khal lancerait l’assaut, embusqué depuis le bord du chemin.<br />
<br />
Le plan était simple certes, mais c’était cette simplicité qui en garantissait la bonne marche.<br />
<br />
Au loin, on pouvait déjà entendre le grésillement caractéristique de la motrice alchimique et le claquement des roues des wagons qui piétinaient le sol à toute vitesse. La caravane serait là dans quelques instants, et les bandits, chacun à leur place, attendaient de voir apparaitre l’engin à la lisière du sentier pour agir.<br />
<br />
Khal se rappelait du sentiment d’émerveillement qui l’avait envahie la première fois que, étant enfant, il avait vu un de ses engins arriver dans son village, et la peur qu’il avait ressentie en voyant descendre les mercenaires dans leurs impressionnantes armures. Mais le temps avait passé, et la peur avait laisser place à une sorte de sentiment de revanche : ce n’était plus à lui d’avoir peur. Depuis sa position, il pouvait apercevoir Braldarg prêt à frapper le tronc d’un arbre qu’il avait commencé à trancher.<br />
<br />
La caravane était maintenant en vue. La face avant de la motrice ressemblait à une tête de dragon dont les naseaux soufflaient des volutes d’énergies magiques blanches et bleues qui formaient un sillage soulignant le mouvement du véhicule, et lui donnait un air irréel. Mais pas le temps de rêvasser : Khal tira son épée or de son fourreau et la brandit en l’air pour faire signe à Braldarg. Ce dernier frappa un colossale coup de hache sur l’arbre déjà meurtri et qui commença à basculer sur la route. Le conducteur de la motrice freina en urgence, ce qui libéra encore plus de flux d’énergie magiques. Le long serpent que formait la caravane se crispa, les wagons se plaçant en travers les uns les autres.<br />
<br />
Khal se précipita sur le wagon de tête et guetta les Zey Fema. Cependant à sa grande surprise, aucun ne sorti du véhicule pour le défendre. Il grimpa alors dans la motrice où il trouva l’ingénieur alchimique chargé de la maintenance et le pilote, tous les deux cachés sous le pupitre de commande, tremblant de peur et implorant pour leur vie.<br />
<br />
Braldarg arriva à ce moment-là, lui aussi avec l’envie d’en découdre. Voyant les deux le pilote et l’ingénieur il voulut passer ses nerfs sur eux, mais fut aussitôt arrêter par Khal : ces deux hommes ne représentaient aucun danger, et les tuer risquait de faire grimper en flèche la prime sur leur tête. Le géant salua la présence d’esprit de son camarade sans réalisé que ce dernier avait en fait agit par pitié envers plus faible que lui.<br />
<br />
Khal ligota les deux hommes par sécurité. C’est alors que Braldarg, qui était sorti faire le guet, se mit à hurler :<br />
<br />
« Khal ! viens voir ça ! on a de la compagnie ! »<br />
<br />
Le bandit passa la tête hors de la cabine et vit son compagnon en train de pointer le doigt vers le wagon de transport. Une jeune femme en était sortie, et semblait aider une autre personne à descendre. C’était une large et grande silhouette enroulée dans une lourde cape, capuche rabattu ne laissant entrevoir qu’une imposante barbe grisonnante.<br />
<br />
Khal n’était pas du genre à abuser des femmes, mais il aimait le pouvoir de séduction que le métier de brigand lui procurait, et en l’occurrence, il avait envie de flatter son ego. La jeune femme avait de long cheveux noir corbeau, une peau diaphane, de longues jambes bien dessinées mises en valeur par sa tunique rouge vif qui s’arrêtait à mi-cuisse et ses longues bottes noires qui lui arrivaient sous le genou.<br />
<br />
Le brigand s’avança tranquillement vers elle suivi par Braldarg et commença à fanfaronner.<br />
<br />
« n’ayez crainte ma jolie ! c’est votre jour de chance : pour une telle mésaventure il ne vous en coûtera qu’un baiser. Le grand Khal n’est pas le genre d’homme qui s’en prendrait à votre vertu… »<br />
<br />
Mais à peine sa phrase fût-elle fini que le second individu se dévoila,retirant sa capuche et poussant un rugissement si effrayant que la forêt elle-même retint son souffle.<br />
<br />
C’était un Jafka, un homme lion dont la race vivait habituellement dans un archipel à des lieues d’ici. Sa capuche dégagée on pouvait voir sa face féline dont l’imposante crinière formait une couronne solaire.<br />
<br />
Les Jafkas étaient très protecteur, et si la jeune femme était sa protégée, il est clair que la remarque de Khal l’avait mis en colère. Ce genre de rugissement était tout autant un avertissement qu’une promesse de mort pour tous ceux qui l’entendaient.<br />
<br />
Pour Khal, ce fut un délicieux frisson d’excitation.<br />
<br />
Les Jafkas étaient réputé pour être des guerriers redoutables, sauvages et bestiales s’il le fallait, mais aussi habile dans le maniement de l’épée. Plus grands que les humains, ils étaient aussi bien plus fort, et leurs sens félins les rendaient plus alerte et vif.<br />
<br />
Le Jafka se mit à parler dans sa langue, utilisant un mélange de sons étranges quasiment impossible à reproduire pour un humain. Dès qu’il eut fini, la jeune femme s’improvisa interprète :<br />
<br />
« Le Maitre dit que si vous partez maintenant, il consent à ne pas vous punir pour votre manque de respect à mon égard…<br />
– Le « Maitre » dis-tu ? » répondit Khal à la jeune femme « Es-tu l’esclave de cette chose ? »<br />
<br />
Ce fût cette fois la jeune femme qui s’emporta :<br />
<br />
« Maudit chien ! Comment oses tu insinuer que mon maître est un esclavagiste ? Traite le encore de « chose » et je t’arracherai la langue moi-même par Jal Kar Dan ! »<br />
<br />
Khal n’y comprenait plus rien. Jak Kar Dan était la divinité solaire que vénéraient les Jafkas, il était donc étrange qu’une humaine y fasse référence. Ou bien était-elle l’esclave du Jafka depuis si longtemps qu’elle avait fini par en prendre la culture ?<br />
<br />
Le Jafka se remit à parler, et la jeune femme à nouveau de traduire :<br />
<br />
« Le Maitre ne veut pas vous faire du mal inutilement, alors allez-vous en !<br />
– Ton « Maitre » semble être quelqu’un de tout à fait raisonnable ma mignonne, mais ce n’est malheureusement pas notre cas. Et j’ai même envie de dire que je meurs d’envie d’en découdre avec lui !<br />
– Imbécile : crois-tu que je te laisserai ne serait-ce qu’approcher de lui ? »<br />
<br />
Et joignant le geste à la parole, la jeune femme tira sur sa ceinture qui s’avérait être en réalité un long fouet noir comme la nuit qu’elle avait portait autour de sa taille et s’interposa entre Khal et le Maître. Ce dernier réagit immédiatement et posa la main sur l’épaule de sa protégée avant de lui adresser quelques mots. Respectueusement, la jeune femme s’inclina et remit son arme en place d’un seul geste vif et habile.<br />
<br />
« Le Maitre me demande de vous laisser l’affronter… c’est un immense honneur qu’ils vous fait… mais vous ne le méritez pas ! »<br />
<br />
Le Maitre s’avança vers Khal sans le regarder ni prêter attention à Braldarg. Il prit une grande respiration, relâcha ses muscles et expira longuement.<br />
<br />
« Alors Maitre » dit sarcastiquement Khal « Prêt à mourir ? »<br />
<br />
L’homme lion ne répondit pas, et resta inerte, les yeux mis clos.<br />
<br />
« Quoi ? vous pensez que je vais attendre que vous ayez fini votre sieste ? allez ! tirez votre arme et mettez-vous en garde !<br />
– C’est déjà fait ! » dit la jeune femme narquoise « le Maitre n’a pas besoin d’arme et il a déjà pris sa posture de combat… »<br />
<br />
Khal s’inquiéta. Son sixième sens se mit à carillonner dans sa tête. Pourquoi avait-il cette sensation ?<br />
<br />
Braldarg qui lui aussi en avait assez d’attendre se jeta à l’assaut :<br />
<br />
« Trop tard Khal ! fallait être plus rapide : la boule de poil est à moi !  »<br />
<br />
Le colosse se jeta sur le Jafka et porta un rapide coup de hache du haut vers le bas. Dans un geste fluide et harmonieux, l’homme lion se déplaça sur le côté et esquiva le coup sans que cela n’eut paru difficile. Braldarg enchaina immédiatement et porta un coup latérale cette fois ci. Sauf que là encore, le Jafka sembla éviter le coup sans y penser en effectuant un demi-cercle sur sa droite.<br />
<br />
Braldarg sourit : ce petit jeu l’amusait et il jubilait à l’idée de faire danser le Jafka jusqu’à ce qu’il commette une erreur et reçoive un coup qui serait forcément fatal. Il frappa de taille et d’estoc, feinta, enchaina les passes d’armes les plus complexe qu’il connaissait, et à chaque fois l’homme lion reculait, se décalait, sautillait et tournait pour se mettre hors de portée.<br />
<br />
Khal de son côté était plus anxieux. Braldarg ne réalisait pas que son adversaire était en train de le ridiculiser : sans même avoir besoin d’une arme pour parer sa hache, il lui tournait autour sans que ce dernier ne puisse l’effleurer. Le Jafka était un combattant expérimenté qui avait une parfaite maitrise de son placement dans l’espace, et il allait continuer ainsi jusqu’à épuiser Braldarg avant de lui porter une contre-attaque.<br />
<br />
Ce dernier commençait à manquer de souffle justement : sa lourde hache lui demandait beaucoup d’effort à chaque mouvement. De plus, il s’énervait et ne prenait plus le temps d’ajuster ses coups. En voulant aller plus vite, non seulement il manquait de pertinence dans ses assaut, mais il se fatiguait encore plus rapidement ainsi.<br />
<br />
Conscient que le Jafka ne cesserait de le tourner en ridicule, Braldarg décida de cesser le combat à la régulière. Il brandit sa hache et la fit pivoter rapidement d’un quart de tour, signe demandant à Tysslyn de faire feu sur son adversaire. Presque aussitôt un sifflement se fit entendre depuis les branches d’un arbre adjacent.<br />
<br />
C’est alors que Braldarg s’écroula à terre, une flèche plantée dans l’épaule.<br />
<br />
« imbécile ! » hurla le colosse fou de rage envers son camarade « tu m’as touché salopard d’oreille pointu ! »<br />
<br />
Khal avait entrevu la trajectoire de la flèche, et Tysslyn n’avait pas manqué sa cible : c’est la flèche qui au dernier moment avait changé de direction pour aller se planter dans l’épaule de Braldarg. D’ailleurs il aurait été impossible qu’un tir direct le touche de cette manière puisque Tysslyn étant dans son dos, la flèche ne pouvait l’atteindre de face.<br />
<br />
Il existait bien des magies capables d’un tel tour de passe-passe, mais Khal savait que les Jafkas étaient de piètre sorcier. Peut-être était-ce la jeune femme qui discrètement lançait des sorts de protection sur son « maître » ?<br />
<br />
Le Jafka reprit la parole, toujours traduit par sa disciple.<br />
<br />
« Même avec des tactiques aussi lâches, tu n’as aucune chance de vaincre le Maître. Il te propose une dernière fois de te rendre.<br />
– Tu vas voir tête de chat si je vais me…<br />
– le Maître à épargné ta vie, mais la prochaine fois c’est dans ta tête qu’il renverra la flèche ! N’insiste pas : abandonne !<br />
– je suis un guerrier… Et un vrai guerrier ne se rend pas !<br />
– un vrai guerrier savoir reconnaître sa défaite…  » dit le Maître en langue humaine.<br />
<br />
Braldarg fut stupéfait par le regard que lui portait l’homme lion : il n’y avait ni colère, ni violence dans ses yeux, simplement de la compassion.<br />
<br />
« Maître » dit Khal en s’interposant avec calme « nous vous demandons humblement de nous pardonner nos offenses envers vous et votre disciple. La conduite honteuse de mes compagnons n’est que le fait de leur ignorance. Ce n’est pas tous les jours que nous croisons un authentique Maître du Zay Cali… »<br />
<br />
Le Jafka esquissa ce qui s’approchait le plus d’un sourire pour les gens de sa race. Il reprit dans sa langue, appréciant peu parler celle des humains qu’il prononçait mal.<br />
<br />
« Le Maître est étonné qu’un simple bandit connaisse l’art du Zay Cali, et encore moins qu’il sache le reconnaître en combat…<br />
– Oh je n’ai aucun mérite. Lorsque j’étais enfant, mon grand-père qui avait été soldat me racontait les aventures qu’il avait vécu durant les guerres contre le Fléau, et notamment celle de guerriers Jafkas maîtrisant un art du combat si puissant qu’il pouvait détourner une volé de flèches. Il disait qu’ils étaient des sortes de moines guerrier au service de Jal Kar Dan, et qu’ils portaient le titre honorifique de « porteur de la flamme »…<br />
– ta connaissance de la culture Jafkas impressionne le Maître… Tu dois donc savoir que tout cela est inutile ?<br />
– inutile ? Au contraire je vois là la parfaite occasion dont je rêvais. Je vais enfin affronter un adversaire à ma mesure !  »<br />
<br />
Khal était comme en transe.<br />
<br />
« Maître accepteriez-vous de me combattre ? Je fais le serment sur mon honneur que cet affrontement sera loyal.<br />
– L’honneur ? » dit la jeune femme avec hargne « En es-tu seulement pourvut ? Une telle demande de la part d’un misérable comme toi un affront !<br />
– Belle demoiselle, n’est-ce pas présomption de ta part que de me juger sur ma seule apparence ? peut-être suis-je plus honorable que tu ne le penses ? et peut-être que toi même tu es bien moins vertueuse que tu ne le voudrais à juger de la sorte ?<br />
– Par Qwal Reid Ap ! tu vas gouter de mon jugement ! » s’emporta la disciple.<br />
<br />
La voix du Maître raisonna alors. Forte, autoritaire, presque menaçante. Aussitôt la jeune femme mis genou à terre et s’inclina.<br />
<br />
« Pardonnez mon arrogance Maître… »<br />
<br />
Khal observa la scène avec stupeur. Le Jafka semblait véritablement en colère contre sa disciple.<br />
<br />
« Allons l’ami… ne la grondez pas pour si peu. Je l’ai provoqué après tout !<br />
– N’avoir pas crainte pour elle » dit péniblement le Jafka « mais je contrarier… car je devoir parler maintenant. Tu vouloir un affrontement, mais tu savoir ce que être réellement un affrontement ?<br />
– Je sais seulement que vous êtes la réponse à mes questions. Depuis toujours j’ai cette force en moi qui ne demande qu’a exploser. Je veux la voir, la sentir, et je veux comprendre pourquoi je ressens cette flamme du combat dans mes veines. Je vous l’ai dit Maître : c’est mon honneur que je mets en jeu, et c’est avec respect que je vous demande de combattre. Je veux affronter votre Zay Cali.<br />
– Mon Cali être un Cali de paix. Je ne chercher nul conflit… mais je accéder à ta demande car je être curieux de voir ton véritable Cali… »<br />
<br />
Le Cali était un terme Jafka qui désignait « la voie » dans le sens de destin. Chacun devait comprendre le Cali qui lui était donnée par les Dieux, mais aussi le forger pour en être le maître et non le jouet. La maîtrise du Cali était une quête tout autant spirituelle que physique.<br />
<br />
Le Maître reprit sa posture et fit un signe de tête à Khal pour lui monter qu’il était prêt.<br />
<br />
Vif comme l’éclair, le jeune bandit se précipita sur lui, prêt à frapper. Mais alors que le Jafka allait se décaler pour éviter l’assaut, Khal anticipa son esquive et lança un coup de pied latérale à contre sens de son coup de poing qui n’était finalement qu’une feinte. Le message était très clair : contrairement à Braldarg, lui savait mener un assaut et lire dans les mouvements de son adversaire.<br />
<br />
Le Maître ne fût pas pour autant prit au dépourvut : il amorti le choc du coup de pied avec sa main tout en reculant d’un pas dans le sens de l’attaque, absorbant ainsi toute la force du coup, le rendant inefficace. Cela lui permit aussi de tenir Khal à distance afin qu’il ne puisse pas contre attaquer immédiatement.<br />
<br />
Le jeune bandit était fou de joie d’affronter un adversaire capable d’une telle lucidité. Il attaqua de plus belle, misant tout sur la vitesse afin de tromper la vigilance du Jafka. Peine perdue : ce dernier repoussait chaque coup juste avant l’impact, déséquilibrant à chaque Khal.<br />
<br />
Ce dernier comprit d’où venait la puissance du Zay Cali : tout était une question de timing pour dévier la course d’une attaque en profitant de l’impulsion de celle-ci. En effet, lorsqu’un coup rectiligne est au maximum de son intensité, il est très « facile » de le dévier vers la gauche ou vers la droite puisque toute la force est concentré vers l’avant. Quel que soit la force du coup envoyé, la technique du maitre lui permettait de le dévier.<br />
<br />
Cela demandait cependant des nerfs d’acier et un parfait sens du rythme : un instant trop tôt ou trop tard et on recevait l’attaque de plein fouet. Galvanisé par l’intensité de l’affrontement, Khal senti monter en lui une sensation frénétique.<br />
<br />
« Pourquoi tu me ménager ? » demanda l’homme lion « Tu n’être pas à ton maximum. Ne pas avoir crainte pour moi, je être plus robuste que tu le croire…<br />
– Vous avez raison Maître… c’est vous faire offense que de ne pas mettre tout mon cœur dans la bataille. Mais croyez-le ou non c’est tout autant par respect que je veux éviter de vous blesser.<br />
– Oh ? tu penser que ta force être si grande que je devoir être cajolé ? Mon garçon : chez les Jafkas nous vivre sur une terre hostile où les volcans dévorer la terre et les mers engloutir le rivage. Nous survivre parce que l’enseignement de Jal Kar Dan nous permettre de porter la Flamme dans les épreuves. Tes poings être trop petit pour me blesser »<br />
<br />
Khal n’était pas naïf : ce que le Maître disait était une provocation pour lui ôter tout scrupule et lui permettre de combattre à son plein potentiel. Il n’y avait plus à hésiter, il fallait tout donner maintenant.<br />
<br />
Prenant son souffle, Khal se concentrait pour ressentir les forces magiques qui imbibaient le monde autour de lui. Il senti alors qu’elles convergeaient vers lui et glissaient sur sa peau, fraiches comme l’eau pure d’un lac. Le bout de ses doigts était traversé de milliers de picotement, et à chaque bouffé d’air il avait l’impression d’aspirer les nuages. Chaque battement de son cœur tapait comme un tambour de guerre, impulsant dans son esprit un tempo lourd. Il commença à bouger et se senti léger, comme un brin d’herbe emporter par le vent.<br />
<br />
Enrobé d’énergie magique, il laissait dans son sillage un scintillement qui était la seule trace perceptible de son passage tant il était devenu rapide.<br />
<br />
C’était le secret de la force de Khal : un don mystérieux qui le rendait surpuissant.<br />
<br />
Le Maître fût surpris par cette soudaine explosion de magie, et ne dut qu’a son incroyable agilité et à sa grande expérience du combat de ne pas subir l’attaque de Khal. Le jeune bandit ne voulait pas le laisser souffler : il lança son coude en arrière pour rattraper sa cible, mais une fois encore le guerrier Jafka trouva le moyen de le contrer en pivotant sur la gauche.<br />
<br />
Le coup de Khal, emporter par son élan, toucha un arbre dont le tronc explosa sur 12 pieds de haut avant de tomber lourdement en des milliers d’échardes.<br />
<br />
Le jeune bandit ne renonça pas : il devait saturer son adversaire de coup, et avec sa puissance actuelle il était sûr d’y parvenir. Il frappait vite, variait entre direct, crochet, coup de pied et feinte, il changeait la cadence de ces coups pour tromper l’homme lion, il essayait d’utiliser l’environnement pour le troubler et le faire trébucher, mais assaut après assaut, le Jafka arrivait toujours à neutraliser l’attaque de Khal, soit en l’évitant, soit en déviant le coup.<br />
<br />
Après plus d’une demi-heure d’affrontement, et quand bien même il utilisait toute sa force, Khal n’avait jamais réussi à toucher son adversaire. Ce dernier l’avait envoyé plusieurs fois valdinguer contre les arbres, dont certains s’étaient brisé à l’impact. Titubant, le jeune bandit essayait tant bien que mal de prolonger l’affrontement, mais le cœur n’y était plus.<br />
<br />
Visiblement lassé, le Maître rompit sa posture de combat :<br />
<br />
« Alors cela être ça le secret de ta force : un Draconis ! pfff… c’être pitoyable de s’en servir ainsi.<br />
– Vous… vous savez ce que c’est ? » demanda Khal incrédule<br />
– Cela être un Draconis, un esprit dragon. Tu être un élu qui recevoir bénédiction d’un Dieu dragon. Mais tu utiliser bien mal ce don. Tu acquerir superficiellement le pouvoir du Draconis. Résultat tu être battu par ta propre force.<br />
– Mais qu’est-ce que… comment…<br />
– Je ne savoir pas » coupa le Maître « mais si tu être un Draconis, alors tu devoir avoir grand destin. Tu devoir arrêter de voler et te battre. Sinon tu gâcher tes dons et ton avenir.<br />
– Mais pourquoi ? pourquoi serait je promis à un grand destin ? vous l’avez dit vous-même, je ne suis qu’un voleur.<br />
– Tu être voleur parce que tu avoir choisi de l’être. Mais toi et tes amis pouvoir être tellement plus. L’archer être habile, et le guerrier être très puissant. Tu avoir été choisi par un Dieu dragon, mais cela impliquer que tu agir convenablement. Ce pouvoir être colossale si tu le domestiquer bien, mais si tu n’etre qu’un vaurien, alors ce pouvoir être de même nature que toi. »<br />
<br />
Khal était saisi par le doute. Cette force qu’il avait enfoui en lui depuis toujours était un signe du destin, mais en avait-il vraiment envie.<br />
<br />
« Le Cali de chacun se façonner selon sa nature. Je ne connaitre pas ton Cali, mais sa nature être celle du Draconis, celui d’un défenseur du Bien. A toi de choisir si tu façonner ton Cali dans ce sens ou non.<br />
– Mais comment ! comment je pourrais changer ce que je suis !<br />
– Je dire que être possible, pas que être facile. Mais la nature de ton Cali être de faire le Bien, et si tu chercher des réponses, c’est dans cette direction que tu les trouver. A toi de façonner ton Cali mon garçon. Si tu vouloir qu’il soit guerrier, alors il le sera. Mais si tu accepter sa nature, c’être lui qui te guider vers les réponses. »<br />
<br />
Un violent conflit intérieur saisit Khal. Cette force qu’il avait toujours ressenti était en train de prendre un sens nouveau, mais cette nouveauté lui faisait peur. S’il était réellement ce que le Jafka disait, un élu des Dieu dragon, alors c’en était fini de sa vie insouciante. Accepter ce pouvoir, c’était accepter le fardeau qui l’accompagnait. Cependant, au bout de ce fardeau l’attendait la vérité, toutes les réponses qu’il pouvait attendre était là, prêtes à être découverte s’il faisait l’effort d’arpenter cette voie.<br />
<br />
« Tant que tu resteras sur la voie de la guerre, tu ne pourras jamais vaincre le maître » dit la jeune femme d’une voix apaisé « Son Cali est le Cali du vent, celui de l’immatériel. C’est comme vouloir saisir une feuille portée par le vent. Si tu as en toi les ressources pour devenir meilleur, n’hésite pas et écoute le Maître : façonne ton propre Cali et ne soit plus le jouet de ton destin. »<br />
<br />
Le Jafka regarda sa disciple avec de la fierté dans le regard. Khal lui laissa s’échapper toute l’énergie magique qui l’habitait et mit genou à terre respectueusement devant le Maître.<br />
<br />
« Messire… j’ai par trop abusé de votre patience. J’admets ma défaite…<br />
– C’être bien mon garçon. Admettre être le premier pas vers le Cali. Repenser à notre affrontement, et demander toi où être ta place dans ce monde. Mais surtout, choisir ce que tu souhaiter être.<br />
– Je le ferai Maître.<br />
– Bien…  »<br />
<br />
C’est alors qu’au loin raisonna le son d’une corne.<br />
<br />
« C’est la milice ! » dit Braldrag « votre combat a attiré leur attention ! »<br />
<br />
Khal s’avança alors vers le Maître, les bras tendus et les poignets l’un contre l’autre.<br />
<br />
« Maître, laissez partir mes amis et je vous donne ma parole que je me livrerais sans résistance<br />
– Khal non ! » dit Tysslyn qui s’était rapprocher pour aider Braldarg « on ne part pas sans toi !<br />
– On ne peut pas continuer comme ça. Le Maître à raison… cette voie-là n’est pas pour nous. Elle nous mènera à notre perte<br />
– Et tu crois qu’il t’arrivera quoi si la milice t’attrape ! tu sais combien il y’a de Tika sur ta tête !?<br />
– Peut-être, mais vous êtes mes amis, et c’est moi qui vous ai entraîné là-dedans… moi et ma soif de combat. Maintenant je sais ce que je cherche, et je ne peux plus vous demander de prendre ce genre de risque pour moi.<br />
– Khal… » dit Braldarg avec un soupçon d’émotion dans la voix « il faut pas qu’on se sépare ! Si tu restes tu finiras sur une galère ! »<br />
<br />
Le Maître répondit aussitôt d’un air décidé<br />
<br />
« Le Maître dit qu’il se portera garant de votre ami » traduisit la disciple « Sur son honneur, il jure que personne ne lui fera de mal, aussi vrai que son nom est Vic Vanguard… »<br />
<br />
Les 3 gredins se regardèrent médusé<br />
<br />
« Vic… VIC VANGUARD ! » dit Tysslyn sur le point de vaciller « Le héros légendaire de Cadren ? celui qui a combattu le Fléau et qui dirige le Septime ?<br />
– En personne !<br />
– Mais alors vous êtes…<br />
– Je suis Luna Asben 3eme du nom, fille de Rylène, disciple du seigneur Vanguard et capitaine des chevaliers de la Plume »<br />
<br />
Khal était stupéfait, mais finalement pas tant que ça… qui d’autre qu’un héros de cette trempe pouvait lui faire entendre raison ? Quand à Luna, c’était elle aussi une héroïne, et aussi très certainement une grande combattante.<br />
<br />
Pour la première fois depuis longtemps, Khal vit un monde de possibilité s’ouvrir devant lui, un monde ou il devait faire ses preuves, un monde ou de puissants rivaux se dresseraient sur son chemin, mais aussi un monde où il pourrait rencontrer des gens extraordinaires, des gens comme Vic Vanguard qui savaient regarder au delà des apparences.<br />
<br />
Et tandis que ses amis partaient à toute jambe pour éviter la milice, Il s’assit par terre et regarda vers le ciel, réalisant que c’était la seule limite à ses ambitions.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Le Bandit et le Lion**<br />
<br />
Depuis son plus jeune âge, Khal avait toujours été le plus fort. Il n’était pas juste plus puissant physiquement, mais il dominait aussi les autres par sa ruse, sa maîtrise du combat et son sang-froid. Et puis il y’avait cette magie latente en lui qu’il ressentait au plus fort des combats, et qui décuplait ses forces et le rendait aussi puissant que les guerriers de légendes. Ces talents auraient pu faire de lui un admirable soldat, voir même chevalier, mais la vie l’avait poussé sur des chemins plus sombres. Car même en étant fort, l’existence était difficile pour ceux qui n’étaient pas née sous une bonne étoile.<br />
<br />
Brigand sans foi ni loi, Khal et ses compagnons sillonnaient le royaume de Cadren, pillant les voyageurs et détroussant les caravanes marchandes pour se remplir les poches. Khal en bon chef de groupe, était la tête pensante et avait su tirer le meilleur de ses amis : Tysslyn, un semi elfe aux origines incertaines, était un parfait éclaireur et un pisteur talentueux tandis que Braldarg, un humain qu’on aurait pu prendre confondre avec un troll tant il était massif, assurait une force de frappe sans égale.<br />
<br />
Et c’est ainsi que lui et ses acolytes se retrouvèrent dans une auberge de seconde zone dans un quartier mal famé de Rhen Varat, la célèbre cité de l’Est, pour célébrer leur dernier coup… et préparer le prochain.<br />
<br />
« Je lève mon verre à notre bonne fortune les amis ! » Dit Braldarg déjà rendu fort joyeux par l’alcool<br />
– Moi de même ! » renchérit Tysslyn de sa voix calme « Que cette belle journée perdure à jamais ! »<br />
<br />
Les deux brigands cognèrent leurs choppes l’une contre l’autre et attendirent une réaction de la part de Khal, mais ce dernier resta le regard perdu dans les volutes de son hydromel.<br />
<br />
« Khal : qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? » demanda Tysslyn<br />
– Rien… j’en ai juste assez de cette ville… » répondit Khal d’un ton terne.<br />
– Alors ça c’est la meilleure : et depuis quand Rhen Varat et ses arènes te révulsent à ce point ? » relança Braldarg<br />
– Depuis que vous deux pauvres idiots vous complaisez dans votre médiocrité ! »<br />
<br />
Le ton brusque de leur ami surpris les deux bandits qui s’échangèrent un regard incrédule. Ce dernier se reprit et essaya d’être plus posé :<br />
<br />
« Ce que je veux dire c’est que ça fait des mois qu’on se contente d’attaquer des petites caravanes… résultat nous ne ramenons que des clopinettes que ce marchand du Chemin d’Ombre nous rachète pour un prix ridicule !<br />
– Tu exagères… » dit Tysslyn « On a pas à se plaindre…<br />
– On devrait frapper plus fort ! » s’emballa Khal « et cibler une caravane Ocelot ! Rien qu’en prisme magique il y en aurait pour une fortune ! »<br />
<br />
L’inquiétude se dessina sur de visage de Tysslyn<br />
<br />
« Attends… tu es sérieux ? tu veux qu’a nous trois nous prenions d’assaut une caravane Ocelot défendu par des Zey Fema ?<br />
– Pffff… les Zey Fema ne sont que des mercenaires comme les autres ! » fanfaronna Khal<br />
– Des mercenaires qui portent des armures alchimiques qui valent souvent aussi chère que la marchandise qu’ils transportent !<br />
– Justement… nous pourrons leur prendre leurs armes et agrémenter notre butin. Quand bien même la caravane serait vide que ce serait une affaire ! »<br />
<br />
Au contraire du semi elfe, Braldarg fut enthousiasmé par la proposition.<br />
<br />
« Alors ça c’est une idée de génie Khal ! J’ai entendu dire que le Chemin d’Ombre paye des fortunes pour des armures de Zey Fema !<br />
– Imbécile ! s’ils payent si cher c’est parce que c’est un exploit de pouvoir s’en emparer… Par Faraan ! suis-je le seul à avoir un peu de bon sens ? » s’indigna Tysslyn.<br />
<br />
Dans un geste d’apaisement, Khal leva les mains, paume en avant, en direction de ses amis.<br />
<br />
« Allons allons… Tys, je comprends que tu sois inquiet, mais n’est tu pas d’accord avec moi ? est-ce que nous allons rester comme ça toute notre vie à écumer les tavernes et à vivre dehors ? Quant à toi Bral, ton enthousiasme me fait plaisir, mais Tys à raison : nous ne devons pas aborder ça à la légère…<br />
– Bah voyons » répondit le colosse « Tu vas me faire croire que TOI tu vas agir avec modération ?<br />
– Il n’a pas tort « renchérit le semi elfe « Je te connais : tu te moque du butin, tout ce que tu veux c’est tester ta force contre des adversaires de plus en plus fort pas vrai ? »<br />
<br />
Khal ne répondit pas. Il se contenta d’esquisser un petit sourire du coin des lèvres qu’il dissimula aussitôt avec sa choppe dont il avala le contenu presque d’une traite. Il s’essuya la bouche avec le dos de la main gauche et lança des regards pleins de sous-entendus à ses amis. Aussitôt, ils comprirent le message et se levèrent puis quittèrent l’auberge.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il y’avait énormément de caravanes qui partaient de Rhen Varat : de longs convois de plusieurs véhicules légers transportant de lourdes charges, de simple cavalier portant des courriers ou des objets précieux, et enfin les caravanes alchimiques de la guilde Ocelot.<br />
<br />
Cette guilde marchande était dirigée par l’une des grandes familles de la bourgeoisie, les Ocelots, dont la fortune venait de leurs célèbres caravanes. Ces dernières, construites par les meilleurs ingénieurs en alchimie des 3 royaumes, pouvaient parcourir le pays à grande vitesse et en transportant d’importante charges. Elles constituaient tout autant une façon de transporter de la marchandise que de faire voyager les gens sur de grandes distance. Chaque caravane était tractée par une carriole « motrice » où se trouvait le générateur alchimique principal, à laquelle on raccrochait des wagons plus ou moins long et disposant d’aménagement spécifiques : transport, soutes, ou parfois motrices auxiliaires pour les caravanes les plus longues. Cette flexibilité dans la configuration des caravanes permettait un rendement optimal et une capacité d’adaptation à la demande indispensable.<br />
<br />
Mais ce qui faisait la réputation des caravanes Ocelot, c’était surtout la troupe d’élite de la guilde qui avait en charge de la sécurité : les fameux Zey Fema. Ces mercenaires équipés d’armures et d’armes alchimiques étaient craint et redouté par tous les bandits qui les considéraient aussi dangereux que des soldats d’élite.<br />
<br />
C’était exactement ce qu’il fallait à Khal…<br />
<br />
Depuis son point de mire a la cime d’un grand troène, Tysslyn scrutait la porte ouest de la ville d’où sortirait les caravanes les plus intéressantes. Sa mission était simple : jauger les caravanes sortant, estimer leur valeur et anticiper leur direction. Non seulement la route empruntée était un excellent moyen de jauger le contenu, mais c’était aussi une façon de faciliter l’embuscade en privilégiant les caravanes passant par la forêt.<br />
<br />
Après plusieurs heures d’observation, Tysslyn trouva enfin une proie intéressante. Utilisant un petit sifflet en os qu’il portait autour du coup et dont il pouvait moduler le son via 3 petit orifices, le semi elfe informa ses compagnons qui attendaient au sol en s’occupant des chevaux. En réponse, Khal siffla entre ses doigts pour approuver le choix de Tysslyn qui redescendit aussitôt en bondissant avec grace de branche en branche.<br />
<br />
« C’est un beau gibier Khal » dit-il en reprenant son souffle « une caravane à 3 wagons avec tout juste 2 Zey Fema pour la sécurité.<br />
– Marchandise ? » demanda Khal<br />
– deux wagon sur trois. Le dernier est pour des voyageurs.<br />
– Un seul wagon de voyages ? il prend quelle route ?<br />
– Il part vers le sud-ouest, je parie qu’il fait route vers Koesh. Si c’est le cas en coupant par les bois on pourra les intercepter dans moins d’une heure.<br />
– Parfait : tu pars devant pour nous guider ! » Ordonna Khal.<br />
<br />
La chevauché fût intense jusqu’au lieu de l’embuscade, et le jeune bandit trépignait d’impatience d’en découdre. Peu lui importait les richesses, tout ce qu’il voulait c’était toujours de livrer un combat épique contre des adversaires dignes de lui.<br />
<br />
Suivant leur tactique habituelle, Tysslyn resterait en retrait pour couvrir ses amis de ses flèches, Braldarg couperait la route à la caravane en faisant s’écrouler un arbre sur le sentier, et Khal lancerait l’assaut, embusqué depuis le bord du chemin.<br />
<br />
Le plan était simple certes, mais c’était cette simplicité qui en garantissait la bonne marche.<br />
<br />
Au loin, on pouvait déjà entendre le grésillement caractéristique de la motrice alchimique et le claquement des roues des wagons qui piétinaient le sol à toute vitesse. La caravane serait là dans quelques instants, et les bandits, chacun à leur place, attendaient de voir apparaitre l’engin à la lisière du sentier pour agir.<br />
<br />
Khal se rappelait du sentiment d’émerveillement qui l’avait envahie la première fois que, étant enfant, il avait vu un de ses engins arriver dans son village, et la peur qu’il avait ressentie en voyant descendre les mercenaires dans leurs impressionnantes armures. Mais le temps avait passé, et la peur avait laisser place à une sorte de sentiment de revanche : ce n’était plus à lui d’avoir peur. Depuis sa position, il pouvait apercevoir Braldarg prêt à frapper le tronc d’un arbre qu’il avait commencé à trancher.<br />
<br />
La caravane était maintenant en vue. La face avant de la motrice ressemblait à une tête de dragon dont les naseaux soufflaient des volutes d’énergies magiques blanches et bleues qui formaient un sillage soulignant le mouvement du véhicule, et lui donnait un air irréel. Mais pas le temps de rêvasser : Khal tira son épée or de son fourreau et la brandit en l’air pour faire signe à Braldarg. Ce dernier frappa un colossale coup de hache sur l’arbre déjà meurtri et qui commença à basculer sur la route. Le conducteur de la motrice freina en urgence, ce qui libéra encore plus de flux d’énergie magiques. Le long serpent que formait la caravane se crispa, les wagons se plaçant en travers les uns les autres.<br />
<br />
Khal se précipita sur le wagon de tête et guetta les Zey Fema. Cependant à sa grande surprise, aucun ne sorti du véhicule pour le défendre. Il grimpa alors dans la motrice où il trouva l’ingénieur alchimique chargé de la maintenance et le pilote, tous les deux cachés sous le pupitre de commande, tremblant de peur et implorant pour leur vie.<br />
<br />
Braldarg arriva à ce moment-là, lui aussi avec l’envie d’en découdre. Voyant les deux le pilote et l’ingénieur il voulut passer ses nerfs sur eux, mais fut aussitôt arrêter par Khal : ces deux hommes ne représentaient aucun danger, et les tuer risquait de faire grimper en flèche la prime sur leur tête. Le géant salua la présence d’esprit de son camarade sans réalisé que ce dernier avait en fait agit par pitié envers plus faible que lui.<br />
<br />
Khal ligota les deux hommes par sécurité. C’est alors que Braldarg, qui était sorti faire le guet, se mit à hurler :<br />
<br />
« Khal ! viens voir ça ! on a de la compagnie ! »<br />
<br />
Le bandit passa la tête hors de la cabine et vit son compagnon en train de pointer le doigt vers le wagon de transport. Une jeune femme en était sortie, et semblait aider une autre personne à descendre. C’était une large et grande silhouette enroulée dans une lourde cape, capuche rabattu ne laissant entrevoir qu’une imposante barbe grisonnante.<br />
<br />
Khal n’était pas du genre à abuser des femmes, mais il aimait le pouvoir de séduction que le métier de brigand lui procurait, et en l’occurrence, il avait envie de flatter son ego. La jeune femme avait de long cheveux noir corbeau, une peau diaphane, de longues jambes bien dessinées mises en valeur par sa tunique rouge vif qui s’arrêtait à mi-cuisse et ses longues bottes noires qui lui arrivaient sous le genou.<br />
<br />
Le brigand s’avança tranquillement vers elle suivi par Braldarg et commença à fanfaronner.<br />
<br />
« n’ayez crainte ma jolie ! c’est votre jour de chance : pour une telle mésaventure il ne vous en coûtera qu’un baiser. Le grand Khal n’est pas le genre d’homme qui s’en prendrait à votre vertu… »<br />
<br />
Mais à peine sa phrase fût-elle fini que le second individu se dévoila,retirant sa capuche et poussant un rugissement si effrayant que la forêt elle-même retint son souffle.<br />
<br />
C’était un Jafka, un homme lion dont la race vivait habituellement dans un archipel à des lieues d’ici. Sa capuche dégagée on pouvait voir sa face féline dont l’imposante crinière formait une couronne solaire.<br />
<br />
Les Jafkas étaient très protecteur, et si la jeune femme était sa protégée, il est clair que la remarque de Khal l’avait mis en colère. Ce genre de rugissement était tout autant un avertissement qu’une promesse de mort pour tous ceux qui l’entendaient.<br />
<br />
Pour Khal, ce fut un délicieux frisson d’excitation.<br />
<br />
Les Jafkas étaient réputé pour être des guerriers redoutables, sauvages et bestiales s’il le fallait, mais aussi habile dans le maniement de l’épée. Plus grands que les humains, ils étaient aussi bien plus fort, et leurs sens félins les rendaient plus alerte et vif.<br />
<br />
Le Jafka se mit à parler dans sa langue, utilisant un mélange de sons étranges quasiment impossible à reproduire pour un humain. Dès qu’il eut fini, la jeune femme s’improvisa interprète :<br />
<br />
« Le Maitre dit que si vous partez maintenant, il consent à ne pas vous punir pour votre manque de respect à mon égard…<br />
– Le « Maitre » dis-tu ? » répondit Khal à la jeune femme « Es-tu l’esclave de cette chose ? »<br />
<br />
Ce fût cette fois la jeune femme qui s’emporta :<br />
<br />
« Maudit chien ! Comment oses tu insinuer que mon maître est un esclavagiste ? Traite le encore de « chose » et je t’arracherai la langue moi-même par Jal Kar Dan ! »<br />
<br />
Khal n’y comprenait plus rien. Jak Kar Dan était la divinité solaire que vénéraient les Jafkas, il était donc étrange qu’une humaine y fasse référence. Ou bien était-elle l’esclave du Jafka depuis si longtemps qu’elle avait fini par en prendre la culture ?<br />
<br />
Le Jafka se remit à parler, et la jeune femme à nouveau de traduire :<br />
<br />
« Le Maitre ne veut pas vous faire du mal inutilement, alors allez-vous en !<br />
– Ton « Maitre » semble être quelqu’un de tout à fait raisonnable ma mignonne, mais ce n’est malheureusement pas notre cas. Et j’ai même envie de dire que je meurs d’envie d’en découdre avec lui !<br />
– Imbécile : crois-tu que je te laisserai ne serait-ce qu’approcher de lui ? »<br />
<br />
Et joignant le geste à la parole, la jeune femme tira sur sa ceinture qui s’avérait être en réalité un long fouet noir comme la nuit qu’elle avait portait autour de sa taille et s’interposa entre Khal et le Maître. Ce dernier réagit immédiatement et posa la main sur l’épaule de sa protégée avant de lui adresser quelques mots. Respectueusement, la jeune femme s’inclina et remit son arme en place d’un seul geste vif et habile.<br />
<br />
« Le Maitre me demande de vous laisser l’affronter… c’est un immense honneur qu’ils vous fait… mais vous ne le méritez pas ! »<br />
<br />
Le Maitre s’avança vers Khal sans le regarder ni prêter attention à Braldarg. Il prit une grande respiration, relâcha ses muscles et expira longuement.<br />
<br />
« Alors Maitre » dit sarcastiquement Khal « Prêt à mourir ? »<br />
<br />
L’homme lion ne répondit pas, et resta inerte, les yeux mis clos.<br />
<br />
« Quoi ? vous pensez que je vais attendre que vous ayez fini votre sieste ? allez ! tirez votre arme et mettez-vous en garde !<br />
– C’est déjà fait ! » dit la jeune femme narquoise « le Maitre n’a pas besoin d’arme et il a déjà pris sa posture de combat… »<br />
<br />
Khal s’inquiéta. Son sixième sens se mit à carillonner dans sa tête. Pourquoi avait-il cette sensation ?<br />
<br />
Braldarg qui lui aussi en avait assez d’attendre se jeta à l’assaut :<br />
<br />
« Trop tard Khal ! fallait être plus rapide : la boule de poil est à moi !  »<br />
<br />
Le colosse se jeta sur le Jafka et porta un rapide coup de hache du haut vers le bas. Dans un geste fluide et harmonieux, l’homme lion se déplaça sur le côté et esquiva le coup sans que cela n’eut paru difficile. Braldarg enchaina immédiatement et porta un coup latérale cette fois ci. Sauf que là encore, le Jafka sembla éviter le coup sans y penser en effectuant un demi-cercle sur sa droite.<br />
<br />
Braldarg sourit : ce petit jeu l’amusait et il jubilait à l’idée de faire danser le Jafka jusqu’à ce qu’il commette une erreur et reçoive un coup qui serait forcément fatal. Il frappa de taille et d’estoc, feinta, enchaina les passes d’armes les plus complexe qu’il connaissait, et à chaque fois l’homme lion reculait, se décalait, sautillait et tournait pour se mettre hors de portée.<br />
<br />
Khal de son côté était plus anxieux. Braldarg ne réalisait pas que son adversaire était en train de le ridiculiser : sans même avoir besoin d’une arme pour parer sa hache, il lui tournait autour sans que ce dernier ne puisse l’effleurer. Le Jafka était un combattant expérimenté qui avait une parfaite maitrise de son placement dans l’espace, et il allait continuer ainsi jusqu’à épuiser Braldarg avant de lui porter une contre-attaque.<br />
<br />
Ce dernier commençait à manquer de souffle justement : sa lourde hache lui demandait beaucoup d’effort à chaque mouvement. De plus, il s’énervait et ne prenait plus le temps d’ajuster ses coups. En voulant aller plus vite, non seulement il manquait de pertinence dans ses assaut, mais il se fatiguait encore plus rapidement ainsi.<br />
<br />
Conscient que le Jafka ne cesserait de le tourner en ridicule, Braldarg décida de cesser le combat à la régulière. Il brandit sa hache et la fit pivoter rapidement d’un quart de tour, signe demandant à Tysslyn de faire feu sur son adversaire. Presque aussitôt un sifflement se fit entendre depuis les branches d’un arbre adjacent.<br />
<br />
C’est alors que Braldarg s’écroula à terre, une flèche plantée dans l’épaule.<br />
<br />
« imbécile ! » hurla le colosse fou de rage envers son camarade « tu m’as touché salopard d’oreille pointu ! »<br />
<br />
Khal avait entrevu la trajectoire de la flèche, et Tysslyn n’avait pas manqué sa cible : c’est la flèche qui au dernier moment avait changé de direction pour aller se planter dans l’épaule de Braldarg. D’ailleurs il aurait été impossible qu’un tir direct le touche de cette manière puisque Tysslyn étant dans son dos, la flèche ne pouvait l’atteindre de face.<br />
<br />
Il existait bien des magies capables d’un tel tour de passe-passe, mais Khal savait que les Jafkas étaient de piètre sorcier. Peut-être était-ce la jeune femme qui discrètement lançait des sorts de protection sur son « maître » ?<br />
<br />
Le Jafka reprit la parole, toujours traduit par sa disciple.<br />
<br />
« Même avec des tactiques aussi lâches, tu n’as aucune chance de vaincre le Maître. Il te propose une dernière fois de te rendre.<br />
– Tu vas voir tête de chat si je vais me…<br />
– le Maître à épargné ta vie, mais la prochaine fois c’est dans ta tête qu’il renverra la flèche ! N’insiste pas : abandonne !<br />
– je suis un guerrier… Et un vrai guerrier ne se rend pas !<br />
– un vrai guerrier savoir reconnaître sa défaite…  » dit le Maître en langue humaine.<br />
<br />
Braldarg fut stupéfait par le regard que lui portait l’homme lion : il n’y avait ni colère, ni violence dans ses yeux, simplement de la compassion.<br />
<br />
« Maître » dit Khal en s’interposant avec calme « nous vous demandons humblement de nous pardonner nos offenses envers vous et votre disciple. La conduite honteuse de mes compagnons n’est que le fait de leur ignorance. Ce n’est pas tous les jours que nous croisons un authentique Maître du Zay Cali… »<br />
<br />
Le Jafka esquissa ce qui s’approchait le plus d’un sourire pour les gens de sa race. Il reprit dans sa langue, appréciant peu parler celle des humains qu’il prononçait mal.<br />
<br />
« Le Maître est étonné qu’un simple bandit connaisse l’art du Zay Cali, et encore moins qu’il sache le reconnaître en combat…<br />
– Oh je n’ai aucun mérite. Lorsque j’étais enfant, mon grand-père qui avait été soldat me racontait les aventures qu’il avait vécu durant les guerres contre le Fléau, et notamment celle de guerriers Jafkas maîtrisant un art du combat si puissant qu’il pouvait détourner une volé de flèches. Il disait qu’ils étaient des sortes de moines guerrier au service de Jal Kar Dan, et qu’ils portaient le titre honorifique de « porteur de la flamme »…<br />
– ta connaissance de la culture Jafkas impressionne le Maître… Tu dois donc savoir que tout cela est inutile ?<br />
– inutile ? Au contraire je vois là la parfaite occasion dont je rêvais. Je vais enfin affronter un adversaire à ma mesure !  »<br />
<br />
Khal était comme en transe.<br />
<br />
« Maître accepteriez-vous de me combattre ? Je fais le serment sur mon honneur que cet affrontement sera loyal.<br />
– L’honneur ? » dit la jeune femme avec hargne « En es-tu seulement pourvut ? Une telle demande de la part d’un misérable comme toi un affront !<br />
– Belle demoiselle, n’est-ce pas présomption de ta part que de me juger sur ma seule apparence ? peut-être suis-je plus honorable que tu ne le penses ? et peut-être que toi même tu es bien moins vertueuse que tu ne le voudrais à juger de la sorte ?<br />
– Par Qwal Reid Ap ! tu vas gouter de mon jugement ! » s’emporta la disciple.<br />
<br />
La voix du Maître raisonna alors. Forte, autoritaire, presque menaçante. Aussitôt la jeune femme mis genou à terre et s’inclina.<br />
<br />
« Pardonnez mon arrogance Maître… »<br />
<br />
Khal observa la scène avec stupeur. Le Jafka semblait véritablement en colère contre sa disciple.<br />
<br />
« Allons l’ami… ne la grondez pas pour si peu. Je l’ai provoqué après tout !<br />
– N’avoir pas crainte pour elle » dit péniblement le Jafka « mais je contrarier… car je devoir parler maintenant. Tu vouloir un affrontement, mais tu savoir ce que être réellement un affrontement ?<br />
– Je sais seulement que vous êtes la réponse à mes questions. Depuis toujours j’ai cette force en moi qui ne demande qu’a exploser. Je veux la voir, la sentir, et je veux comprendre pourquoi je ressens cette flamme du combat dans mes veines. Je vous l’ai dit Maître : c’est mon honneur que je mets en jeu, et c’est avec respect que je vous demande de combattre. Je veux affronter votre Zay Cali.<br />
– Mon Cali être un Cali de paix. Je ne chercher nul conflit… mais je accéder à ta demande car je être curieux de voir ton véritable Cali… »<br />
<br />
Le Cali était un terme Jafka qui désignait « la voie » dans le sens de destin. Chacun devait comprendre le Cali qui lui était donnée par les Dieux, mais aussi le forger pour en être le maître et non le jouet. La maîtrise du Cali était une quête tout autant spirituelle que physique.<br />
<br />
Le Maître reprit sa posture et fit un signe de tête à Khal pour lui monter qu’il était prêt.<br />
<br />
Vif comme l’éclair, le jeune bandit se précipita sur lui, prêt à frapper. Mais alors que le Jafka allait se décaler pour éviter l’assaut, Khal anticipa son esquive et lança un coup de pied latérale à contre sens de son coup de poing qui n’était finalement qu’une feinte. Le message était très clair : contrairement à Braldarg, lui savait mener un assaut et lire dans les mouvements de son adversaire.<br />
<br />
Le Maître ne fût pas pour autant prit au dépourvut : il amorti le choc du coup de pied avec sa main tout en reculant d’un pas dans le sens de l’attaque, absorbant ainsi toute la force du coup, le rendant inefficace. Cela lui permit aussi de tenir Khal à distance afin qu’il ne puisse pas contre attaquer immédiatement.<br />
<br />
Le jeune bandit était fou de joie d’affronter un adversaire capable d’une telle lucidité. Il attaqua de plus belle, misant tout sur la vitesse afin de tromper la vigilance du Jafka. Peine perdue : ce dernier repoussait chaque coup juste avant l’impact, déséquilibrant à chaque Khal.<br />
<br />
Ce dernier comprit d’où venait la puissance du Zay Cali : tout était une question de timing pour dévier la course d’une attaque en profitant de l’impulsion de celle-ci. En effet, lorsqu’un coup rectiligne est au maximum de son intensité, il est très « facile » de le dévier vers la gauche ou vers la droite puisque toute la force est concentré vers l’avant. Quel que soit la force du coup envoyé, la technique du maitre lui permettait de le dévier.<br />
<br />
Cela demandait cependant des nerfs d’acier et un parfait sens du rythme : un instant trop tôt ou trop tard et on recevait l’attaque de plein fouet. Galvanisé par l’intensité de l’affrontement, Khal senti monter en lui une sensation frénétique.<br />
<br />
« Pourquoi tu me ménager ? » demanda l’homme lion « Tu n’être pas à ton maximum. Ne pas avoir crainte pour moi, je être plus robuste que tu le croire…<br />
– Vous avez raison Maître… c’est vous faire offense que de ne pas mettre tout mon cœur dans la bataille. Mais croyez-le ou non c’est tout autant par respect que je veux éviter de vous blesser.<br />
– Oh ? tu penser que ta force être si grande que je devoir être cajolé ? Mon garçon : chez les Jafkas nous vivre sur une terre hostile où les volcans dévorer la terre et les mers engloutir le rivage. Nous survivre parce que l’enseignement de Jal Kar Dan nous permettre de porter la Flamme dans les épreuves. Tes poings être trop petit pour me blesser »<br />
<br />
Khal n’était pas naïf : ce que le Maître disait était une provocation pour lui ôter tout scrupule et lui permettre de combattre à son plein potentiel. Il n’y avait plus à hésiter, il fallait tout donner maintenant.<br />
<br />
Prenant son souffle, Khal se concentrait pour ressentir les forces magiques qui imbibaient le monde autour de lui. Il senti alors qu’elles convergeaient vers lui et glissaient sur sa peau, fraiches comme l’eau pure d’un lac. Le bout de ses doigts était traversé de milliers de picotement, et à chaque bouffé d’air il avait l’impression d’aspirer les nuages. Chaque battement de son cœur tapait comme un tambour de guerre, impulsant dans son esprit un tempo lourd. Il commença à bouger et se senti léger, comme un brin d’herbe emporter par le vent.<br />
<br />
Enrobé d’énergie magique, il laissait dans son sillage un scintillement qui était la seule trace perceptible de son passage tant il était devenu rapide.<br />
<br />
C’était le secret de la force de Khal : un don mystérieux qui le rendait surpuissant.<br />
<br />
Le Maître fût surpris par cette soudaine explosion de magie, et ne dut qu’a son incroyable agilité et à sa grande expérience du combat de ne pas subir l’attaque de Khal. Le jeune bandit ne voulait pas le laisser souffler : il lança son coude en arrière pour rattraper sa cible, mais une fois encore le guerrier Jafka trouva le moyen de le contrer en pivotant sur la gauche.<br />
<br />
Le coup de Khal, emporter par son élan, toucha un arbre dont le tronc explosa sur 12 pieds de haut avant de tomber lourdement en des milliers d’échardes.<br />
<br />
Le jeune bandit ne renonça pas : il devait saturer son adversaire de coup, et avec sa puissance actuelle il était sûr d’y parvenir. Il frappait vite, variait entre direct, crochet, coup de pied et feinte, il changeait la cadence de ces coups pour tromper l’homme lion, il essayait d’utiliser l’environnement pour le troubler et le faire trébucher, mais assaut après assaut, le Jafka arrivait toujours à neutraliser l’attaque de Khal, soit en l’évitant, soit en déviant le coup.<br />
<br />
Après plus d’une demi-heure d’affrontement, et quand bien même il utilisait toute sa force, Khal n’avait jamais réussi à toucher son adversaire. Ce dernier l’avait envoyé plusieurs fois valdinguer contre les arbres, dont certains s’étaient brisé à l’impact. Titubant, le jeune bandit essayait tant bien que mal de prolonger l’affrontement, mais le cœur n’y était plus.<br />
<br />
Visiblement lassé, le Maître rompit sa posture de combat :<br />
<br />
« Alors cela être ça le secret de ta force : un Draconis ! pfff… c’être pitoyable de s’en servir ainsi.<br />
– Vous… vous savez ce que c’est ? » demanda Khal incrédule<br />
– Cela être un Draconis, un esprit dragon. Tu être un élu qui recevoir bénédiction d’un Dieu dragon. Mais tu utiliser bien mal ce don. Tu acquerir superficiellement le pouvoir du Draconis. Résultat tu être battu par ta propre force.<br />
– Mais qu’est-ce que… comment…<br />
– Je ne savoir pas » coupa le Maître « mais si tu être un Draconis, alors tu devoir avoir grand destin. Tu devoir arrêter de voler et te battre. Sinon tu gâcher tes dons et ton avenir.<br />
– Mais pourquoi ? pourquoi serait je promis à un grand destin ? vous l’avez dit vous-même, je ne suis qu’un voleur.<br />
– Tu être voleur parce que tu avoir choisi de l’être. Mais toi et tes amis pouvoir être tellement plus. L’archer être habile, et le guerrier être très puissant. Tu avoir été choisi par un Dieu dragon, mais cela impliquer que tu agir convenablement. Ce pouvoir être colossale si tu le domestiquer bien, mais si tu n’etre qu’un vaurien, alors ce pouvoir être de même nature que toi. »<br />
<br />
Khal était saisi par le doute. Cette force qu’il avait enfoui en lui depuis toujours était un signe du destin, mais en avait-il vraiment envie.<br />
<br />
« Le Cali de chacun se façonner selon sa nature. Je ne connaitre pas ton Cali, mais sa nature être celle du Draconis, celui d’un défenseur du Bien. A toi de choisir si tu façonner ton Cali dans ce sens ou non.<br />
– Mais comment ! comment je pourrais changer ce que je suis !<br />
– Je dire que être possible, pas que être facile. Mais la nature de ton Cali être de faire le Bien, et si tu chercher des réponses, c’est dans cette direction que tu les trouver. A toi de façonner ton Cali mon garçon. Si tu vouloir qu’il soit guerrier, alors il le sera. Mais si tu accepter sa nature, c’être lui qui te guider vers les réponses. »<br />
<br />
Un violent conflit intérieur saisit Khal. Cette force qu’il avait toujours ressenti était en train de prendre un sens nouveau, mais cette nouveauté lui faisait peur. S’il était réellement ce que le Jafka disait, un élu des Dieu dragon, alors c’en était fini de sa vie insouciante. Accepter ce pouvoir, c’était accepter le fardeau qui l’accompagnait. Cependant, au bout de ce fardeau l’attendait la vérité, toutes les réponses qu’il pouvait attendre était là, prêtes à être découverte s’il faisait l’effort d’arpenter cette voie.<br />
<br />
« Tant que tu resteras sur la voie de la guerre, tu ne pourras jamais vaincre le maître » dit la jeune femme d’une voix apaisé « Son Cali est le Cali du vent, celui de l’immatériel. C’est comme vouloir saisir une feuille portée par le vent. Si tu as en toi les ressources pour devenir meilleur, n’hésite pas et écoute le Maître : façonne ton propre Cali et ne soit plus le jouet de ton destin. »<br />
<br />
Le Jafka regarda sa disciple avec de la fierté dans le regard. Khal lui laissa s’échapper toute l’énergie magique qui l’habitait et mit genou à terre respectueusement devant le Maître.<br />
<br />
« Messire… j’ai par trop abusé de votre patience. J’admets ma défaite…<br />
– C’être bien mon garçon. Admettre être le premier pas vers le Cali. Repenser à notre affrontement, et demander toi où être ta place dans ce monde. Mais surtout, choisir ce que tu souhaiter être.<br />
– Je le ferai Maître.<br />
– Bien…  »<br />
<br />
C’est alors qu’au loin raisonna le son d’une corne.<br />
<br />
« C’est la milice ! » dit Braldrag « votre combat a attiré leur attention ! »<br />
<br />
Khal s’avança alors vers le Maître, les bras tendus et les poignets l’un contre l’autre.<br />
<br />
« Maître, laissez partir mes amis et je vous donne ma parole que je me livrerais sans résistance<br />
– Khal non ! » dit Tysslyn qui s’était rapprocher pour aider Braldarg « on ne part pas sans toi !<br />
– On ne peut pas continuer comme ça. Le Maître à raison… cette voie-là n’est pas pour nous. Elle nous mènera à notre perte<br />
– Et tu crois qu’il t’arrivera quoi si la milice t’attrape ! tu sais combien il y’a de Tika sur ta tête !?<br />
– Peut-être, mais vous êtes mes amis, et c’est moi qui vous ai entraîné là-dedans… moi et ma soif de combat. Maintenant je sais ce que je cherche, et je ne peux plus vous demander de prendre ce genre de risque pour moi.<br />
– Khal… » dit Braldarg avec un soupçon d’émotion dans la voix « il faut pas qu’on se sépare ! Si tu restes tu finiras sur une galère ! »<br />
<br />
Le Maître répondit aussitôt d’un air décidé<br />
<br />
« Le Maître dit qu’il se portera garant de votre ami » traduisit la disciple « Sur son honneur, il jure que personne ne lui fera de mal, aussi vrai que son nom est Vic Vanguard… »<br />
<br />
Les 3 gredins se regardèrent médusé<br />
<br />
« Vic… VIC VANGUARD ! » dit Tysslyn sur le point de vaciller « Le héros légendaire de Cadren ? celui qui a combattu le Fléau et qui dirige le Septime ?<br />
– En personne !<br />
– Mais alors vous êtes…<br />
– Je suis Luna Asben 3eme du nom, fille de Rylène, disciple du seigneur Vanguard et capitaine des chevaliers de la Plume »<br />
<br />
Khal était stupéfait, mais finalement pas tant que ça… qui d’autre qu’un héros de cette trempe pouvait lui faire entendre raison ? Quand à Luna, c’était elle aussi une héroïne, et aussi très certainement une grande combattante.<br />
<br />
Pour la première fois depuis longtemps, Khal vit un monde de possibilité s’ouvrir devant lui, un monde ou il devait faire ses preuves, un monde ou de puissants rivaux se dresseraient sur son chemin, mais aussi un monde où il pourrait rencontrer des gens extraordinaires, des gens comme Vic Vanguard qui savaient regarder au delà des apparences.<br />
<br />
Et tandis que ses amis partaient à toute jambe pour éviter la milice, Il s’assit par terre et regarda vers le ciel, réalisant que c’était la seule limite à ses ambitions.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Le Bandit et le Lion**

Depuis son plus jeune âge, Khal avait toujours été le plus fort. Il n’était pas juste plus puissant physiquement, mais il dominait aussi les autres par sa ruse, sa maîtrise du combat et son sang-froid. Et puis il y’avait cette magie latente en lui qu’il ressentait au plus fort des combats, et qui décuplait ses forces et le rendait aussi puissant que les guerriers de légendes. Ces talents auraient pu faire de lui un admirable soldat, voir même chevalier, mais la vie l’avait poussé sur des chemins plus sombres. Car même en étant fort, l’existence était difficile pour ceux qui n’étaient pas née sous une bonne étoile.

Brigand sans foi ni loi, Khal et ses compagnons sillonnaient le royaume de Cadren, pillant les voyageurs et détroussant les caravanes marchandes pour se remplir les poches. Khal en bon chef de groupe, était la tête pensante et avait su tirer le meilleur de ses amis : Tysslyn, un semi elfe aux origines incertaines, était un parfait éclaireur et un pisteur talentueux tandis que Braldarg, un humain qu’on aurait pu prendre confondre avec un troll tant il était massif, assurait une force de frappe sans égale.

Et c’est ainsi que lui et ses acolytes se retrouvèrent dans une auberge de seconde zone dans un quartier mal famé de Rhen Varat, la célèbre cité de l’Est, pour célébrer leur dernier coup… et préparer le prochain.

« Je lève mon verre à notre bonne fortune les amis ! » Dit Braldarg déjà rendu fort joyeux par l’alcool
– Moi de même ! » renchérit Tysslyn de sa voix calme « Que cette belle journée perdure à jamais ! »

Les deux brigands cognèrent leurs choppes l’une contre l’autre et attendirent une réaction de la part de Khal, mais ce dernier resta le regard perdu dans les volutes de son hydromel.

« Khal : qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? » demanda Tysslyn
– Rien… j’en ai juste assez de cette ville… » répondit Khal d’un ton terne.
– Alors ça c’est la meilleure : et depuis quand Rhen Varat et ses arènes te révulsent à ce point ? » relança Braldarg
– Depuis que vous deux pauvres idiots vous complaisez dans votre médiocrité ! »

Le ton brusque de leur ami surpris les deux bandits qui s’échangèrent un regard incrédule. Ce dernier se reprit et essaya d’être plus posé :

« Ce que je veux dire c’est que ça fait des mois qu’on se contente d’attaquer des petites caravanes… résultat nous ne ramenons que des clopinettes que ce marchand du Chemin d’Ombre nous rachète pour un prix ridicule !
– Tu exagères… » dit Tysslyn « On a pas à se plaindre…
– On devrait frapper plus fort ! » s’emballa Khal « et cibler une caravane Ocelot ! Rien qu’en prisme magique il y en aurait pour une fortune ! »

L’inquiétude se dessina sur de visage de Tysslyn

« Attends… tu es sérieux ? tu veux qu’a nous trois nous prenions d’assaut une caravane Ocelot défendu par des Zey Fema ?
– Pffff… les Zey Fema ne sont que des mercenaires comme les autres ! » fanfaronna Khal
– Des mercenaires qui portent des armures alchimiques qui valent souvent aussi chère que la marchandise qu’ils transportent !
– Justement… nous pourrons leur prendre leurs armes et agrémenter notre butin. Quand bien même la caravane serait vide que ce serait une affaire ! »

Au contraire du semi elfe, Braldarg fut enthousiasmé par la proposition.

« Alors ça c’est une idée de génie Khal ! J’ai entendu dire que le Chemin d’Ombre paye des fortunes pour des armures de Zey Fema !
– Imbécile ! s’ils payent si cher c’est parce que c’est un exploit de pouvoir s’en emparer… Par Faraan ! suis-je le seul à avoir un peu de bon sens ? » s’indigna Tysslyn.

Dans un geste d’apaisement, Khal leva les mains, paume en avant, en direction de ses amis.

« Allons allons… Tys, je comprends que tu sois inquiet, mais n’est tu pas d’accord]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Fri, 29 Apr 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-04-29T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 38 : Contact #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep38/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Il était environ 16h, heure de New York, lorsque la nouvelle fût annoncée. Tout le monde avait cru à une énième conférence sur une énième découverte soit disant révolutionnaire et qui n’était en fait que la confirmation d’obscures calculs d’experts tout aussi obscurs.<br />
<br />
Il faut dire que depuis quelques années, la course à l’espace n’avait plus du tout le vent en poupe, et les mystères de l’univers n’étaient plus que des sujets de films. La fascination était retombée et le public était plus « terre à terre » : on se demandait surtout quels seraient les applications concrètes de ces découvertes et ce que ça avait couté comme argent.<br />
<br />
Sur les réseaux sociaux, le message de l’agence spatial avait tourné en boucle et s’était répandu à la vitesse de la lumière :<br />
<br />
« Il y a 5 mois nous avons reçu un signal envoyé depuis Proxima Centauri, l’étoile la plus proche de notre système solaire. Il s’agit clairement d’un message envoyé par une forme de vie intelligente… nous ne sommes plus seul dans l’Univers ! »<br />
<br />
De la même manière que le message avait jaillit sur tout les téléprompteur en un éclair, les réactions fusèrent elles aussi en un rien de temps : panique, joie, peur, émotion… et partout ce frisson métaphysique lorsqu’on essayait de s’imaginer l’inimaginable. Parce qu’un premier contact, c’était l’explosion du monde connu, c’était la fin de « l’homo-centrisme » et l’obligation pour toute la race humaine de se remettre en question. L’avenir fou ou nos enfants iraient en colonie de vacances sur Mars venait de mettre violent coup d’accélérateur…<br />
<br />
Bien entendu, les sceptiques furent nombreux. Pendant des semaines, voir des mois, ils contestèrent la nouvelle, parlant d’une « arnaque mondiale » destinée à manipuler les populations, justifiant ainsi des investissements délirant dans la recherche spatiale.  Plusieurs pays, notamment ceux régit par un dogme religieux, prirent TRÈS mal la nouvelle. Il faut dire que cela revenait à saper complètement les fondement de ce qui régissait la vie de leurs concitoyens, et donc à ébranler fortement toute une société (et ce qui donnait son pouvoir aux dirigeants). D’ailleurs, le Vatican envoya plusieurs expert afin d’authentifier le travail des ingénieurs de l’agence spatial, mais dût finir par admettre la véracité de leurs informations. Astucieusement, le Pape fit le choix de voir la chose comme un miracle et « une nouvelle preuve de la puissance de Dieu, créateur de toute vie ».<br />
<br />
A côté de ça, il y avait ceux qui au contraire prenait la chose comme une promesse d’espoir. C’était un événement d’ampleur historique, et ils savouraient l’idée d’y prendre part, comme des pionniers face à un nouvel Eldorado. Ils pensaient que les aliens allaient nous apporter une autre vision du monde, débarrassé des préjugés et des a priori de l’Histoire, et qu’ainsi nous pourrions avoir un regard plus objectif sur ce que nous sommes. Ils voyaient aussi cela comme l’opportunité d’en finir avec l’obscurantisme et la peur de l’autre.<br />
<br />
Et puis il y avait aussi les craintifs, ceux qui voyaient en l’existence d’une autre forme de vie dans l’univers le début d’une inévitable escalade vers un conflit galactique qui se conclurait par l’anéantissement de la Terre. Les survivalistes jubilaient dans leur bunker, émettant sur leur radio ondes courtes des « on vous l’avais bien dit ! » fort discourtois, tandis que les marchands d’armes se frottaient les mains en imaginant les fonds démentiel que les armées du monde allaient investir pour « la guerre des étoiles ». Armes lasers, chasseurs de combat stratosphériques, déflecteurs ioniques… rien que le budget R&D représentait des milliards de dollars sur plusieurs années.<br />
<br />
Évidement, une bonne part de la population mondiale n’eut aucune opinion sur cette histoire, tout simplement parce qu’elle vivait sous le seuil de pauvreté et que sa principale préoccupation était de survivre.<br />
<br />
Les premiers mois, l’information occupa tout l’espace médiatique. Que ça soit les pours, les contres, ou ceux qui voulaient s’exprimer pour dire qu’ils s’en fichaient, chacun y allait de son émission, de son billet de blog, de sa vidéo comique sur « si les aliens avaient la tête de célébrité ? » et ce dans toutes les langues possibles.Flairant le bon filon, une société estampilla un logo alien qu’elle fit populariser via des bloggeur influents et des célébrités peoples : il n’en fallut pas plus pour qu’une déferlante de produit markété « Alien » voient le jour.<br />
<br />
Vêtement de streetwear, bagagerie, coque de téléphone, mug, panier pour chien… il n y avait absolument rien qu’on ne pouvait vendre avec l’estampille « Alien » qui était maintenant aussi connue que Coca Cola ou la croix chrétienne. Rapidement avalé par la pop culture, la présence alien se vendait bien, et représentait le phénomène à la mode qui remplaçait agréablement la tendance zombie qui avait finie par donner de l’urticaire à tout le monde.<br />
<br />
Étonnamment, les films « classiques » d’invasion extra terrestres furent boudé au profit de comédie ou de film donnant la part belle à une vision plus « diplomate » des relations humano alien. De nombreuses séries télé pour ado plongèrent dans le filon, proposant des romances entre de jolies jeunes terriennes et des ambassadeurs aliens qui, étrangement, avaient apparences humaine. S’en suivait des intrigues à la Roméo et Juliette où les deux amoureux devaient faire face aux remontrances de leur espèces respectives, mais où au final l’amour triomphait… ou du moins jusqu’à la saison suivante !<br />
<br />
Cette fascination engendra des mouvements extrémiste qui critiquaient ceux qu’on surnommait les « Xenosexuels ». Nombreux étaient les témoignages de ceux qui assimilait cette tendance à de la zoophilie, et qui imaginaient déjà des enfants métis difformes née de ces unions trans-espèce. Sans surprise, des opposants prônèrent plutôt que la haine, « l’amour galactique sublimant les différences et les années lumière ». Ces formulations quelque peu « new age » firent s’interroger bon nombre de sociologues qui essayent de comprendre comment de tels idées pouvaient se manifester alors qu’il n’y avait aucun alien sur Terre.<br />
<br />
Les échanges avec les aliens étaient très compliqués compte tenu du fait que les messages de l’un vers l’autre prenaient 2 ans pour arriver à destination. Ils étaient donc savamment décortiqué par un collège d’expert en tout genre afin d’en tirer le plus de sens possible. Il fut convenu avec les aliens de s’envoyer en permanence des informations dites « généralistes » : comment est faite leur planète, comment est la faune, la flore, quel est le niveau scientifique, philosophique… bref un transfert aussi complet que possible de culture encyclopédique. Ainsi, entre deux messages « conversationnel » chacun aurait de quoi mieux comprendre l’autre.<br />
<br />
6 ans après le début des échanges, ont en savait bien plus sur ceux qu’on appelait maintenant les Xeno. Ils étaient de forme humanoïde avec 4 membres, une tête, deux yeux, et l’équivalent d’un système auditif basé dans leur boite crânienne. Leur monde était assez proche du notre, avec une atmosphère riche en oxygène et une végétation suffisante pour crée un écosystème stable. Des paramètres comme la gravité, l’hygrométrie ou la température étaient extrêment proche de ceux de la Terre, au point que beaucoup estimèrent que ces similitudes ne devaient rien au hasard.<br />
<br />
Des chercheurs étudièrent points communs entre les humains et les xeno, et établirent sur cette base une théorie qui sous entendait que le développement de l’intelligence reposait sur un principe : lors de son évolution, un espèce empruntait le chemin de l’intelligence par besoin par rapport a ses caractéristiques et son environnement et ce uniquement sous certaines condition. Cela revenait à dire que si les humains avait été des prédateurs naturellement plus avantagé, avec des crocs puissants par exemples, ils n’auraient pas eu besoin d’outils, et donc n’aurait pas commencé à développer l’intelligence nécessaire pour les construire. De la même façon, si la gravité avait été plus forte, le développement de la faune aurait été différents et n’aurait pas forcément permis l’apparition de primate.<br />
<br />
En clair, il existait un ensemble de paramètre qui par Darwinisme conduisait à l’intelligence et à une civilisation, expliquant de facto toutes les ressemblances entre nous et les xeno.<br />
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Pour cette découverte, l’équipe du professeur Briggs Meyers reçu un prix Nobel, ainsi qu’un titre honorifique de la part des Xeno qui applaudirent ces travaux…<br />
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***<br />
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15 ans plus tard.<br />
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Mason Scott attendait devant l’entrée depuis plus d’une heure. Tirant nerveusement sur sa cigarette, il ne cessait de scruter sa montre tout en guettant la porte sécurisé d’où devait arriver son interlocuteur. Cela faisait plus de dix ans qu’il attendait d’être admis au bureau Alpha, et attendre ainsi en étant si près du but était une torture.<br />
<br />
Finalement, la porte pressurisé glissa dans un sifflement et laissa apparaître une femme à la coupe strict et en uniforme accompagné de deux anonymes soldats en treillis, fusil en main.<br />
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« Docteur Scott  » dit la militaire en jetant un regard à Mason « Général Karen Traviss, directrice du bureau Alpha. Merci d’être venu si vite… »<br />
<br />
Mason décela une pointe de perfidie dans cette remarque. Traviss savait qu’il aurait fait acte de présence bien plus tôt si on ne l’avait pas blacklisté toutes ces années.<br />
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« Veuillez me suivre » dit-elle en tournant les talons.<br />
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Mason lui emboita le pas à toute allure. Une fois à sa hauteur, il l’interpella sans ménagement :<br />
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« Pourquoi vous m’avez appeler hein ?<br />
– Parce que nous avons besoin de vous voyons. Vous êtes bien le meilleur expert dans votre domaine que je sache ?<br />
– Général, ne vous fichez pas de moi : ça fait 10 ans que vous et vous équipe m’avez rit au nez et balancé mes travaux à la figure !<br />
– Et nous le regrettons » dit Traviss « Vous devriez être content que nous ayons changer de sentiment a votre égard non ?<br />
– Justement : ça vous à prit comme une envie de pisser et je devrais…<br />
– Docteur Scott, surveillez votre langage je vous prie »<br />
<br />
La Général avait accompagné sa remarque d’un regard sombre qui glaça le sang de Mason. Une boule d’angoisse lui traversa la gorge et le fit taire le reste du trajet.<br />
<br />
Toujours accompagnés des deux soldats, ils arrivèrent devant une porte sécurisé que la Général ouvrit via un mélange de reconnaissance oculaire, digitale et vocale.<br />
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« Bienvenue à l’Alpha Prime ! » dit la Général de façon théâtrale tandis que s’ouvrait lentement la lourde porte d’acier.<br />
<br />
Mason pénétra dans ce qui semblait être un immense open space ou des petits îlots de bureau regroupaient des groupes d’une douzaine de personnes visiblement en train de travailler sur Dieu sait quoi. Il y’avait des écrans partout, débordant des données, de graphiques…<br />
<br />
Traviss commença à traverser l’open space, laissant une fois encore Mason à la traîne.<br />
<br />
« Ici vous êtes au coeur de la recherche Xeno » expliqua elle « le centrale d’écoute est juste au dessus de nous et nous transmets le flux en direct après retraitement.<br />
– Vous voulez dire que vous êtes branché sur le Canal Sigma ? » demanda Mason<br />
– Nous sommes le Canal Sigma. Une partie de l’équipe à en charge l’analyse des données reçues : évaluation scientifique, transcription, archivage…<br />
<br />
– Et je suppose que l’autre à pour mission de s’occuper des données envoyés au Xeno ?<br />
– Tout juste : nous procédons à un filtrage des données qui seront envoyé vers Proxima Centauri puis les organisons pour optimiser le transfert. Mais je ne vous ai pas fait faire 6 000 km afin de vous faire visiter. Notre problème est ailleurs… »<br />
<br />
Traviss ouvrit la porte d’un sas sécurisé et invita Mason à y entrer le premier. La cabine était en fait un transporteur permettant de relier plusieurs point de la base réparti géographiquement à des dizaines de kilomètre de distance. Cela permettait notamment au personnel de ne jamais connaitre la position de chaque endroit. Mason s’installa sur la banquette de cuir beige et attendit La Général. Elle entra à son tour et fit signe aux soldats d’attendre. Docilement, ils prirent positions de chaque côté de la porte de la cabine, comme deux bons chiens de garde.<br />
<br />
Lorsque les portes de la cabine se fermèrent, elles stopèrent totalement le bruit pourtant conséquent de l’open space, créant un silence génant. Traviss appuya sur le seul et unique bouton du panneau de commande puis resta le regard braqué sur la porte tout en réajustant le plis de sa jupe d’officier. Une voix synthétique annonça :<br />
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« Bureau Stargazer : pour votre sécurité veuillez vous tenir à la barre »<br />
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La cabine commença alors à bouger.<br />
<br />
Mason restait silencieux, retenant presque sa respiration pour ne pas soupirer. La Général s’approcha alors de lui et l’enlaça :<br />
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 » Aller c’est bon maintenant, plus de cinéma les gardes ne sont plus là : Tu vas me faire la tête encore longtemps ? » demanda t-elle d’une voix enjoleuse  »<br />
– Je ne sais pas… a ton avis combien de temps on peut en vouloir à quelqu’un qu’on aimait et qui vous à trahi ? » dit Mason en repoussant les avances de Karen.<br />
– Mason je t’en prie tu sais très bien que…<br />
– Que quoi ? que tu m’as dénoncé pour te faire bien voir et prendre du galon ?<br />
– Tu avais volé des éléments secret défense !<br />
– J’ai fait des copies de données pour les étudiers sans avoir le bureau sur le dos ! mais toi tu n’avais pas assez confiance et tu m’as grillé auprès du directeur !<br />
– Et tu voulais que je fasse quoi ? t’as pensé à moi ? qu’est ce que le directeur Rodriguez aurait dit s’il avait apprit que je lui dissimulait ce que tu faisais ? Tu me reproche d’avoir été égoïste mais ce que toi tu as fait ça ne l’était pas peut être ? »<br />
<br />
Mason abandonna la bataille de regard et fixa le plancher de la cabine.<br />
<br />
« Tu sais que je t’aime, et si tu étais venu m’en parler ça aurait été différent… au lieu de ça il a fallut que je te surprennes la main dans le sac… oh Mason ce que tu peux être ingrat ! tu imagines les efforts qu’il m’a fallut pour que tu sois accrédité ? »<br />
<br />
Mason réalisa alors que son retour au bureau Alpha n’était dût uniquement à ses compétences. Karen avait du faire des pieds et des mains pour qu’il soit accepté malgré ses antécédents. Il prit sa main et la serra tendrement.<br />
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« Excuses moi… t’as raison : laissons le passé de côté. »<br />
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Le ronronnement de la cabine était devenu plus doux, presque apaisant.<br />
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« On est encore loin ? » demanda Mason<br />
– Environ 10min. Le QG du Stargazer est en dehors de la ville<br />
– Et ça aurait pas été plus simple d’aller directement la bas plutôt que de passer par… oh et puis laisse tomber »<br />
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Mason se décontracta et sourit à Karen<br />
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« Alors c’est quoi l’histoire ? tu peux m’en parler maintenant<br />
– Les huiles sont aux taquets sur les Xenos : ça bataille sec concernant le prochain message.<br />
– Comment ça ? qu’est ce qu’on à reçu pour que ça s’emballe de cette manière ?<br />
– Tu sais que depuis presque 20 ans nous faisons de l’échange de technologie avec les Xenos. Et bien figure toi qu’ils sont sous développé technologiquement par rapport à nous et ils nous demandent de l’aide.<br />
– Quoi ? comment ils peuvent être sous développé et arrivé à envoyer des messages intergalactiques ?<br />
– Ils disent qu’ils font ça via des minéraux de leur planète. Il y’a deux ans quand on à reçu les schéma ont à cru à une blague, mais en fin de compte c’est tout bêtement une sorte de machinerie steam punk. Les matériaux de Proxima ont des propriétés radioactive qui font que…<br />
– Donc en clair tu es en train de me dire que les Xenos envoie des signaux et traitent nos informations avec… des cailloux ? Du coup toute ces histoires qu’on raconte partout c’est du flan hein ?<br />
– Ca serait catastrophique si l’opinion apprenait la vérité. Tu imagines ?<br />
<br />
– Bon sang Karen tu comprends maintenant pourquoi je voulais éviter que les bureaucrates s’en melent ? et maintenant c’est quoi la suite ?<br />
– Ils veulent monter une expédition et coloniser Proxima. D’après les informations des Xenos, la planète serait bourré de ressource inexploité… »<br />
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Mason leva les yeux au ciel et soupira<br />
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« Et après on fait quoi ? on installe des Starbucks ?<br />
– Justement… c’est pour ça que tu es là. Le conseil veut faire de Proxima la première colonie spatiale de la Terre et ils ont besoin que tu valides que c’est possible.<br />
<br />
– Alors… alors c’est pour ça que je suis là ? ils veulent se servir de mon projet ?<br />
– Sauf que la cible ce n’est plus Mars mais Proxima Centauri. Tu as développé toute la logistique, analysé tous les scénarios et tu connais les risques mieux que personnes.<br />
– Karen c’est de la folie ! il n’y a rien de comparable entre coloniser une planète vide et…<br />
– Justement : Proxima Centauri est une planète vivante, avec de l’air et un sol riche. Implanter la colonie sera plus facile.<br />
– Ca sera surtout plus loin ! il y’a plus de 2 ans d’écart entre les signaux, si jamais il se passe quelques chose durant le voyage c’est fini… en plus on ne sait pas ce qui peut se passer en quittant le systeme solaire, y’a trop de paramètre inconnu<br />
– Mason : depuis le premier contact je sais que tu as envisager cette possibilité. Je sais que tu aimerais plus que tout que l’on puisse voir ce monde de nos yeux.<br />
– Arrête, ne me prends pas pour un idiot : je sais ce qu’ils veulent en faire tes petits génies !<br />
– Tu es conscient que le monde va mal. Tu sais quel bien cela pourrait faire à l’humanité d’avoir un projet d’une telle envergure. Imagine ça : le monde entier unis dans un objectif commun ! »<br />
<br />
Karen attrapa les mains de Mason à son tour<br />
<br />
« En plus de ça, nous avons une responsabilité vis à vis des Xenos. C’est nous le peuple civilisé et avancé technologiquement. Ils ont besoin qu’on les aides.<br />
– Mais comment ! on est même pas fichu de s’occuper de notre planète ! tu veux qu’on leur apporte quoi ? la guerre moderne ? les « frappes chirurgicales » ? la société de consommation ? Si ces gens vivent à un niveau technologiques moins avancés est ce que c’est si mal ?<br />
– Et s’ils vivent dans l’obscurantisme ? luttant pour subsister alors que leur monde pourrait leur procurer mieux ? et si nous pouvions devenir meilleur en les aidants ?<br />
– Tu es naive de croire que les humains peuvent être meilleurs pour les autres qui ne le sont pour eux mêmes<br />
– Pourtant toi tu es comme ça… »<br />
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Mason resta muet devant cette déclaration.<br />
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« Lorsque tu étudiais au centre d’ingéniérie, tu ne croyais pas en toi, tu passais ton temps à te déprécier. Mais quand c’était moi qui était au plus bas, tu me relevais à chaque fois. Tu m’as permis de me dépasser, et c’est grace à toi que je suis devenue éleve officier. Tu n’as jamais eu de volonté lorsque c’était pour ta carrière, mais lorsqu’il fallait me pousser en avant tu trouvais toujours la force d’agir. Mason : tu es la preuve qu’il y’a du bon dans l’humanité, et je veux y croire parce que je crois en toi… »<br />
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Tandis que Mason fixait les yeux brillants de la Général, la cabine arriva enfin a destination.<br />
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« Ouverture du sas » dit la voix robotique.<br />
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Karen et Mason pénétrèrent dans une immense salle circulaire d’environ 200 m de rayon au sol d’un blanc immaculé. Partout sur le bord extérieur se trouvaient des sas d’entrés comme celui qu’ils avaient enprunté en arrivant. Au centre se trouvait une grande tablé, elle même entouré d’une autre tablé plus grande encore.<br />
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« Le conseil et leurs assistants » expliqua Karen d’un murmure.<br />
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Elle conduisit Mason à sa place dans le cercle intérieur et salua quelques officiers. Autour de la table, les personnes étaient identifié uniquement par un drapeau et le nom de leur pays.<br />
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« Enfin, vous voila Dr Mason » dit USA « nous commencions à perdre patience »<br />
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Mason voulut répondre par une pique, mais le regard de Karen le retint.<br />
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« Je vous remercie de m’avoir accordé cette chance. J’espère m’en montrer digne.<br />
– Bien… je suppose que le Général Traviss vous à briefé durant le trajet ?<br />
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– Tout à fait…<br />
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– Excellent : et bien dans ce cas vous devez savoir ce qu’on attend de vous ? est ce que le projet est viable et sous combien de temps pouvez vous le démarrer ? »<br />
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Mason senti tous les regards fondre sur lui. Il ne se sentait pas très à l’aise mais resta le plus professionnel possible.<br />
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« Pour ne rien vous cacher, mon projet initiale visait notre systeme solaire et une planète d’un tout autre type que celle des Xenos…<br />
– Ce sont des ajustements, mais les paramètres généraux ne sont pas identique ? » demanda Russie via son interprète au fort accent slave.<br />
– En terme de décollage, oui cela revient au même, mais la préparation de l’équipe sera plus complexe, il faudra rester 2 ans en apesanteur et en totale autonomie sans aucune possibilité de secours. De plus, compte tenu de la distance et des objectifs de la mission, installer une colonie impliquera de s’entendre au préalable avec les autochtones ce qui sera…<br />
– Cette partie là n’est pas importante » dit sèchement Angleterre « Ils seront bien trop heureux de nous voir débarquer sur leur cailloux »<br />
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Ce que Mason craignait était en train de se réaliser<br />
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« Vous ne pouvez pas arriver sans l’accord des habitants : le site d’atterrisage risque d’être un territoire sacrée ou bien un champ qui nourri tout un village !<br />
– N’ayez crainte » repris USA parternellement « évidement que nous n’allons pas poser nos vaisseaux n’importe où… durant le voyage, les colons pourront entrer en contact avec les Xenos : plus ils approcheront plus ça sera facile de discuter<br />
– Sauf que nous aurons besoin de traduire ce qu’ils envoient pour…<br />
– D’ici là nous aurons sans doute améliorer l’équipement et nous pourrons miniaturiser l’équipement requis…<br />
– Il faudra prévoir des diplomates pour…<br />
– Dr Mason » coupa France « Les Xenos nous verront comme des Dieux, et c’est ainsi que nous nous présenterons à eux. Une équipe de bureau Alpha travail déjà sur un scénario pour les aborder le plus pacifiquement possible. Nous recrutons déjà les équipes qui participeront à la colonie. Médecin, géologues, ingénieurs… »<br />
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D’un seul coup, Mason arrêta d’écouter. Il réalisa alors que l’humanité s’apprétait à réaliser une arnaque d’ampleur cosmique en mystifiant une race moins avancés pour la seule recherche du profit. Il imagina aussitôt les colons s’installer comme des pachas dans des résidences ou les Xenos seraient des serviteurs en costumes « pour faire plus local » et où les ressources et les biens des autochtones seraient piller  avec un total mépris.<br />
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Mais le pire dans tout ça, c’est que non seulement il ne pourrait pas s’y opposer, mais qu’en plus il allait y contribuer. Malgré tout le mal que cela représentait, il savait qu’il n’aurait pas le courage de refuser. Il trouverait des raisons, très bonnes, de continuer, il se convaincrait lui même que cette colonisation ne serait pas une si mauvaise chose. Il senti les rouages d’une immense machine le broyer, et le pire était qu’il aimait cette impression qui le libérait de toute culpabilité.<br />
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C’est pas moi, c’est le système ! pourrait il dire.<br />
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Le coeur lourd, Mason avait juste envie de pleurer.<br />
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17 ans plus tard<br />
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La flotte de vaisseau SEED était en phase d’approche finale de Proxima Centauri. les 12 équipages étaient fou de joie à l’idée qu’enfin leur longue errance dans le vide sidérale allait prendre fin. Fini l’apesanteur, fini les rations, fini la routine a bord, maintenant c’était l’aventure d’une vie qui leur tendait les bras.<br />
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Certains eurent une pensée pour leurs familles, leurs amis. Il y’avait de forte chance pour qu’ils ne les revoient plus jamais, la mission ne prévoyant pas par défaut que les vaisseaux puissent repartir. C’était le prix à payer pour être dans l’une des 12 caravelles de l’espace lancé dans la nuit sidérale en quête d’un nouvel Eden.<br />
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Le vaisseau de tête « l’Azura » fut le premier à passer l’atmosphère et à enclencher ses boucliers thermiques. Sur les écrans de contrôles, on pouvait voir les variables de températures devenir folles tandis que le gigantesque vaisseau colonie entamait sa descente. 12 traînées de flammes rougeâtre strièrent le ciel de la planète dans un spectacle grandiose et unique.<br />
<br />
Depuis des mois déjà, tous les équipages avaient répéter cette séquence des centaines de fois. C’était presque moins éprouvant que sur le simulateur. Cependant, cette fois c’était pour de vrai, et le frisson était réel lui aussi.<br />
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C’est ainsi que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, à 11h34 heure compensée local, qu’un vaisseau colonie se posa hors du systeme solaire.<br />
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Malgré l’excitation, les équipages restèrent parfaitement discipliné : l’entrainement et la rigueur des généraux à leur tête permettaient aux hommes et femmes du projet SEED de ne pas se laisser envahir par l’émotion.<br />
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Le premier humain à avoir l’honneur de fouler le sol de la planète fût la Général Karen Traviss, commandante en chef du projet SEED depuis ses prémices. Beaucoup s’étaient demandé comment une femme approchant la soixantaine avait put être nommé à ce poste, beaucoup sauf ceux qui avaient voyagé avec elle et qui savaient qu’elle avait les tripes requises pour diriger les colons.<br />
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Le voyage en apesanteur avait affecter ses muscules malgré l’entrainement et l’alimentation spéciale qu’elle avait suivit et elle avait du mal à se tenir debout.  Cependant pas question de faire pale figure devant le moment historique que vivait l’humanité. C’est d’un pas ferme qu’elle descendit de la passerelle du vaisseau avant de s’arrêter net au pied de celui ci.<br />
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Juste devant elle, un groupe de 5 Xeno était là à attendre.<br />
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C’était eux qui les avaient appeler à l’aide depuis l’autre bout de l’univers. Eux avec qui depuis des mois ils échangeaient à tout rompre sur leur monde respectifs, leurs similitudes et leurs differences. Bien que voulant se retenir, Karen ne put s’empecher de pleurer a chaude larme tandis que les Xenos faisaient d’amicaux signe de la main. Oui ils avaient bien des mains, des bras, des jambes, une tête un peu plus oblongue que la notre, une peau variant du rouge vif à l’ocre, des nez convexes et des yeux de chats. Mais ils avaient aussi des sourires, et cet entrain si naturel que l’on à lorsque la joie nous transporte. Les Xenos portaient des tuniques de tissus entremelé prouvant un artisanat avancé et maitrisé, et avaient quelques accessoires rudimentaires : batons de marche, sacoche, bijoux…<br />
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Karen avança vers eux, la main levée, paume ouverte en signe de paix. L’un des Xenos, le plus rouge, s’avança vers elle et s’exprima dans un anglais plus que convenable :<br />
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« Bienvenue notre monde amie étoiles ! Bienvenue ! nous heureux ! »<br />
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Mais alors que Karen allait répondre, un flash de lumière la frôla de quelques centimètre en crépitant. L’instant d’après, le Xeno était par terre, blessé à l’épaule et hurlant de douleur.<br />
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Depuis les bois environnant, des dizaines de motos volantes jaillirent autour des colons. Plusieurs Xeno, en tenues de combat cybernétiques et armé de ce qui semblaient être des fusils laser, approchèrent du groupe venu accueillir les humains, hurlant des ordres incompréhensibles.<br />
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Karen était déboussoler. Lorsque le Xeno en armure s’avança vers elle arme à la main, elle ne résista pas, et imitant les instructions que suivaient le groupe venu l’accueillir, se mit à genoux, mains derrière la tête.<br />
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Le lendemain.<br />
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Le Ranshad Volk était arrivé aussitôt que la nouvelle était tombé. Savourant la situation, il avançait d’un pas tranquille dans les bureaux du Qwal Dap tandis que le Rand Disher lui résumait la situation :<br />
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« Comme prévu, Trivok et sa bande ont accueilit les humains dans la reserve de BolekTaj. La divison 440 était en position depuis la veille, ils n’ont rien vu venir !<br />
– Excellent ! Dites moi Disher, est ce que Trivok est passé aux aveux ?<br />
– Non pas encore Ranshad, mais ce n’est qu’une question de temps.<br />
– Très bien… je vais l’interroger moi même.<br />
– Entendu Ranshad. Euh… pardonnez moi mais, je n’ai pas eu de consigne pour les humains. On va pas les euthanasier quand même ?<br />
– Vous m’avez prit pour un Daman ? On va d’abord leur faire un contrôle sanitaire et ensuite on avisera de ce qui est le mieux pour eux. Vous avez vérifié les vaisseaux ?<br />
– Clean… par contre c’est un miracle qu’il ait put atteindre notre système : pas de réacteur RedShift, que des déflecteurs mécanique… c’était peut être des condamnés à mort ?<br />
– Disher vous êtes idiot ou quoi ? Ils ont juste une technologie primitive !<br />
– Mais à ce point ?<br />
– Oui à ce point… dites donc je trouve que vous êtes un peu virulent avec les humains : vous avez un problème avec les races de niveau 2 ?<br />
– Non Ranshad<br />
– Vous n’êtes pas de ses extrémistes qui pensent que les êtres maitrisant tout juste le GrayShift devraient être interdit de voyage spatiaux ?<br />
– Non Ranshad. Pas du tout ! »<br />
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Le Rand Disher était anxieux de la réaction de son supérieur.<br />
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« Mouais… bon aller laisser moi maintenant, vous avez du boulot !<br />
– Oui Ranshad Volk, tout de suite ! »<br />
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***<br />
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En pénétrant dans la salle d’interrogatoire, le Ranshad Volk laissa volontairement le holster de son blaster bien en vue. Il toisa Trivok dont l’expression de colère était si intense qu’il semblait sur le point d’exploser.<br />
<br />
« Alors enfin je t’attrape petit salopard ! » dit Volk avec assurance « Il s’en est passé de cycle depuis la première fois ?<br />
– Ne faites pas le malin Ranshad. Vous savez que d’ici 3 cycles je serai dehors.<br />
– Bah voyons. Tu comptes peut être sur ton représentant de guilde ? figure toi qu’il te lache ! c’est ta 3 eme arrestation pour xeno scam, autant dire que là t’es cuit mon pote !<br />
– Bande de faux culs ! vous m’arrêtez moi mais ces escroc du conseil vous les laissez tranquille hein ? c’est sur que moi je suis pas d’une des grandes familles ?<br />
– Trivok, Trivok, Trivok… » répéta le Ranshad de façon lancinante « ton discours je l’ai déjà entendu des milliers de fois. Vous etes tous pareils les arnaqueurs, vous pensez que parce que d’autres font pire ça vous excuses. Mais c’est faux mon p’tit père, t’as déconné à mort et là ça va banquer sec.<br />
– Simple xeno scam, au pire je prends… 12 cycles !<br />
– Oui, ça aurait été vrai si c’était pour ça qu’on t’inculpe…<br />
– Quoi ?<br />
– Pauvre con : on sait que t’as utilisé les matrices Sigma pour faire ton coup et baratiner les humains en leur envoyant des conneries pendant tous ces cycles. Mais tu sais quoi ? c’était une très mauvaise idée de vouloir arnaquer le hacker qui t’as installé tout le dispositif, parce qu’on l’a choppé y’a quelques temps et que pour sauver sa peau il nous vendu la tienne ! »<br />
<br />
Trivok jura et frappa le mur avant que le Ranshad ne le cloue au sol en pressant un bouton contrôlant son collier de soumission.<br />
<br />
« Maintenant t’as le choix Trivok : soit tu nous donnes des détails et on sera sympa, soit je demande au Ranlaap de te coller dans une fusée direction la Terre pour que tu sois puni par eux… et tu sais ce qu’ils font aux hommes de l’espace les humains ? t’as déjà entendu parler de cette équipage de Gralorien qui s’est crashé y’a 39 luons ?<br />
– 39 luons ? mais vous croyez que j’ai quel age ?<br />
– Je sais que t’es un p’tit con, mais t’es un petit con nuisible, alors vide ton sac, et peut être que tu finiras pas sur une table d’autopsie et en vidéo ! »<br />
<br />
Trivok pesa le pour et le contre en instant, puis, avec lucidité, décida de passer aux aveux.<br />
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***<br />
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Epilogue<br />
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« Hey Disher !<br />
– C’est Rand Disher !<br />
– Oh la la la ! qu’est ce que tu fais comme manière depuis que t’as prit du grade !<br />
– Bon laisse tomber : qu’est ce que tu veux ?<br />
– Le véto à fini avec les humains. Ils vont bien mais ils sont salement choqués<br />
– Ouais c’est leur nature : parait que si tu les pousses à bout très fort ça peut les tuer.<br />
– Sans dec ?<br />
– Si j’ai vu ça dans un documentaire…<br />
– Ah ah… tu te fais encore des soirée prostré devant l’hypernet hein ? faut vraiment que tu te trouve un copain. Ou une copine hein, je juge pas. Enfin tout ça pour te dire que le conseil est en train de prévoir une évacuation sanitaire et il voudrait que tu t’en charges.<br />
– Les ramener sur Terre ? mais bordel ça va me prendre 4 slogs cette histoire !<br />
– Oh ça va, fait pas le genre super occupé : c’est quoi 4 slogs ?<br />
– Bah t’as qu’a y aller ! mais je te rappel qu’en plus des 4 slogs de trajets je vais avoir AU MOINS 1 slog pour la paperasse et un demi slog au garage quand je ramènerai le vaisseau.<br />
– Tu va me faire croire que t’es à 6 slogs près ? ça fait des luons que tu glandes au bureau ! là au moins tu verras du pays ! »<br />
<br />
Le Rand Disher soupira en imaginant ce qu’il allait devoir dire aux humains : le pire dans les arnaques galactiques, c’était d’expliquer aux races inférieurs qu’ils s’étaient fait pigeonner.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Il était environ 16h, heure de New York, lorsque la nouvelle fût annoncée. Tout le monde avait cru à une énième conférence sur une énième découverte soit disant révolutionnaire et qui n’était en fait que la confirmation d’obscures calculs d’experts tout aussi obscurs.<br />
<br />
Il faut dire que depuis quelques années, la course à l’espace n’avait plus du tout le vent en poupe, et les mystères de l’univers n’étaient plus que des sujets de films. La fascination était retombée et le public était plus « terre à terre » : on se demandait surtout quels seraient les applications concrètes de ces découvertes et ce que ça avait couté comme argent.<br />
<br />
Sur les réseaux sociaux, le message de l’agence spatial avait tourné en boucle et s’était répandu à la vitesse de la lumière :<br />
<br />
« Il y a 5 mois nous avons reçu un signal envoyé depuis Proxima Centauri, l’étoile la plus proche de notre système solaire. Il s’agit clairement d’un message envoyé par une forme de vie intelligente… nous ne sommes plus seul dans l’Univers ! »<br />
<br />
De la même manière que le message avait jaillit sur tout les téléprompteur en un éclair, les réactions fusèrent elles aussi en un rien de temps : panique, joie, peur, émotion… et partout ce frisson métaphysique lorsqu’on essayait de s’imaginer l’inimaginable. Parce qu’un premier contact, c’était l’explosion du monde connu, c’était la fin de « l’homo-centrisme » et l’obligation pour toute la race humaine de se remettre en question. L’avenir fou ou nos enfants iraient en colonie de vacances sur Mars venait de mettre violent coup d’accélérateur…<br />
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Bien entendu, les sceptiques furent nombreux. Pendant des semaines, voir des mois, ils contestèrent la nouvelle, parlant d’une « arnaque mondiale » destinée à manipuler les populations, justifiant ainsi des investissements délirant dans la recherche spatiale.  Plusieurs pays, notamment ceux régit par un dogme religieux, prirent TRÈS mal la nouvelle. Il faut dire que cela revenait à saper complètement les fondement de ce qui régissait la vie de leurs concitoyens, et donc à ébranler fortement toute une société (et ce qui donnait son pouvoir aux dirigeants). D’ailleurs, le Vatican envoya plusieurs expert afin d’authentifier le travail des ingénieurs de l’agence spatial, mais dût finir par admettre la véracité de leurs informations. Astucieusement, le Pape fit le choix de voir la chose comme un miracle et « une nouvelle preuve de la puissance de Dieu, créateur de toute vie ».<br />
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A côté de ça, il y avait ceux qui au contraire prenait la chose comme une promesse d’espoir. C’était un événement d’ampleur historique, et ils savouraient l’idée d’y prendre part, comme des pionniers face à un nouvel Eldorado. Ils pensaient que les aliens allaient nous apporter une autre vision du monde, débarrassé des préjugés et des a priori de l’Histoire, et qu’ainsi nous pourrions avoir un regard plus objectif sur ce que nous sommes. Ils voyaient aussi cela comme l’opportunité d’en finir avec l’obscurantisme et la peur de l’autre.<br />
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Et puis il y avait aussi les craintifs, ceux qui voyaient en l’existence d’une autre forme de vie dans l’univers le début d’une inévitable escalade vers un conflit galactique qui se conclurait par l’anéantissement de la Terre. Les survivalistes jubilaient dans leur bunker, émettant sur leur radio ondes courtes des « on vous l’avais bien dit ! » fort discourtois, tandis que les marchands d’armes se frottaient les mains en imaginant les fonds démentiel que les armées du monde allaient investir pour « la guerre des étoiles ». Armes lasers, chasseurs de combat stratosphériques, déflecteurs ioniques… rien que le budget R&D représentait des milliards de dollars sur plusieurs années.<br />
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Évidement, une bonne part de la population mondiale n’eut aucune opinion sur cette histoire, tout simplement parce qu’elle vivait sous le seuil de pauvreté et que sa principale préoccupation était de survivre.<br />
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Les premiers mois, l’information occupa tout l’espace médiatique. Que ça soit les pours, les contres, ou ceux qui voulaient s’exprimer pour dire qu’ils s’en fichaient, chacun y allait de son émission, de son billet de blog, de sa vidéo comique sur « si les aliens avaient la tête de célébrité ? » et ce dans toutes les langues possibles.Flairant le bon filon, une société estampilla un logo alien qu’elle fit populariser via des bloggeur influents et des célébrités peoples : il n’en fallut pas plus pour qu’une déferlante de produit markété « Alien » voient le jour.<br />
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Vêtement de streetwear, bagagerie, coque de téléphone, mug, panier pour chien… il n y avait absolument rien qu’on ne pouvait vendre avec l’estampille « Alien » qui était maintenant aussi connue que Coca Cola ou la croix chrétienne. Rapidement avalé par la pop culture, la présence alien se vendait bien, et représentait le phénomène à la mode qui remplaçait agréablement la tendance zombie qui avait finie par donner de l’urticaire à tout le monde.<br />
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Étonnamment, les films « classiques » d’invasion extra terrestres furent boudé au profit de comédie ou de film donnant la part belle à une vision plus « diplomate » des relations humano alien. De nombreuses séries télé pour ado plongèrent dans le filon, proposant des romances entre de jolies jeunes terriennes et des ambassadeurs aliens qui, étrangement, avaient apparences humaine. S’en suivait des intrigues à la Roméo et Juliette où les deux amoureux devaient faire face aux remontrances de leur espèces respectives, mais où au final l’amour triomphait… ou du moins jusqu’à la saison suivante !<br />
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Cette fascination engendra des mouvements extrémiste qui critiquaient ceux qu’on surnommait les « Xenosexuels ». Nombreux étaient les témoignages de ceux qui assimilait cette tendance à de la zoophilie, et qui imaginaient déjà des enfants métis difformes née de ces unions trans-espèce. Sans surprise, des opposants prônèrent plutôt que la haine, « l’amour galactique sublimant les différences et les années lumière ». Ces formulations quelque peu « new age » firent s’interroger bon nombre de sociologues qui essayent de comprendre comment de tels idées pouvaient se manifester alors qu’il n’y avait aucun alien sur Terre.<br />
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Les échanges avec les aliens étaient très compliqués compte tenu du fait que les messages de l’un vers l’autre prenaient 2 ans pour arriver à destination. Ils étaient donc savamment décortiqué par un collège d’expert en tout genre afin d’en tirer le plus de sens possible. Il fut convenu avec les aliens de s’envoyer en permanence des informations dites « généralistes » : comment est faite leur planète, comment est la faune, la flore, quel est le niveau scientifique, philosophique… bref un transfert aussi complet que possible de culture encyclopédique. Ainsi, entre deux messages « conversationnel » chacun aurait de quoi mieux comprendre l’autre.<br />
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6 ans après le début des échanges, ont en savait bien plus sur ceux qu’on appelait maintenant les Xeno. Ils étaient de forme humanoïde avec 4 membres, une tête, deux yeux, et l’équivalent d’un système auditif basé dans leur boite crânienne. Leur monde était assez proche du notre, avec une atmosphère riche en oxygène et une végétation suffisante pour crée un écosystème stable. Des paramètres comme la gravité, l’hygrométrie ou la température étaient extrêment proche de ceux de la Terre, au point que beaucoup estimèrent que ces similitudes ne devaient rien au hasard.<br />
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Des chercheurs étudièrent points communs entre les humains et les xeno, et établirent sur cette base une théorie qui sous entendait que le développement de l’intelligence reposait sur un principe : lors de son évolution, un espèce empruntait le chemin de l’intelligence par besoin par rapport a ses caractéristiques et son environnement et ce uniquement sous certaines condition. Cela revenait à dire que si les humains avait été des prédateurs naturellement plus avantagé, avec des crocs puissants par exemples, ils n’auraient pas eu besoin d’outils, et donc n’aurait pas commencé à développer l’intelligence nécessaire pour les construire. De la même façon, si la gravité avait été plus forte, le développement de la faune aurait été différents et n’aurait pas forcément permis l’apparition de primate.<br />
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En clair, il existait un ensemble de paramètre qui par Darwinisme conduisait à l’intelligence et à une civilisation, expliquant de facto toutes les ressemblances entre nous et les xeno.<br />
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Pour cette découverte, l’équipe du professeur Briggs Meyers reçu un prix Nobel, ainsi qu’un titre honorifique de la part des Xeno qui applaudirent ces travaux…<br />
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15 ans plus tard.<br />
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Mason Scott attendait devant l’entrée depuis plus d’une heure. Tirant nerveusement sur sa cigarette, il ne cessait de scruter sa montre tout en guettant la porte sécurisé d’où devait arriver son interlocuteur. Cela faisait plus de dix ans qu’il attendait d’être admis au bureau Alpha, et attendre ainsi en étant si près du but était une torture.<br />
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Finalement, la porte pressurisé glissa dans un sifflement et laissa apparaître une femme à la coupe strict et en uniforme accompagné de deux anonymes soldats en treillis, fusil en main.<br />
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« Docteur Scott  » dit la militaire en jetant un regard à Mason « Général Karen Traviss, directrice du bureau Alpha. Merci d’être venu si vite… »<br />
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Mason décela une pointe de perfidie dans cette remarque. Traviss savait qu’il aurait fait acte de présence bien plus tôt si on ne l’avait pas blacklisté toutes ces années.<br />
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« Veuillez me suivre » dit-elle en tournant les talons.<br />
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Mason lui emboita le pas à toute allure. Une fois à sa hauteur, il l’interpella sans ménagement :<br />
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« Pourquoi vous m’avez appeler hein ?<br />
– Parce que nous avons besoin de vous voyons. Vous êtes bien le meilleur expert dans votre domaine que je sache ?<br />
– Général, ne vous fichez pas de moi : ça fait 10 ans que vous et vous équipe m’avez rit au nez et balancé mes travaux à la figure !<br />
– Et nous le regrettons » dit Traviss « Vous devriez être content que nous ayons changer de sentiment a votre égard non ?<br />
– Justement : ça vous à prit comme une envie de pisser et je devrais…<br />
– Docteur Scott, surveillez votre langage je vous prie »<br />
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La Général avait accompagné sa remarque d’un regard sombre qui glaça le sang de Mason. Une boule d’angoisse lui traversa la gorge et le fit taire le reste du trajet.<br />
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Toujours accompagnés des deux soldats, ils arrivèrent devant une porte sécurisé que la Général ouvrit via un mélange de reconnaissance oculaire, digitale et vocale.<br />
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« Bienvenue à l’Alpha Prime ! » dit la Général de façon théâtrale tandis que s’ouvrait lentement la lourde porte d’acier.<br />
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Mason pénétra dans ce qui semblait être un immense open space ou des petits îlots de bureau regroupaient des groupes d’une douzaine de personnes visiblement en train de travailler sur Dieu sait quoi. Il y’avait des écrans partout, débordant des données, de graphiques…<br />
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Traviss commença à traverser l’open space, laissant une fois encore Mason à la traîne.<br />
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« Ici vous êtes au coeur de la recherche Xeno » expliqua elle « le centrale d’écoute est juste au dessus de nous et nous transmets le flux en direct après retraitement.<br />
– Vous voulez dire que vous êtes branché sur le Canal Sigma ? » demanda Mason<br />
– Nous sommes le Canal Sigma. Une partie de l’équipe à en charge l’analyse des données reçues : évaluation scientifique, transcription, archivage…<br />
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– Et je suppose que l’autre à pour mission de s’occuper des données envoyés au Xeno ?<br />
– Tout juste : nous procédons à un filtrage des données qui seront envoyé vers Proxima Centauri puis les organisons pour optimiser le transfert. Mais je ne vous ai pas fait faire 6 000 km afin de vous faire visiter. Notre problème est ailleurs… »<br />
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Traviss ouvrit la porte d’un sas sécurisé et invita Mason à y entrer le premier. La cabine était en fait un transporteur permettant de relier plusieurs point de la base réparti géographiquement à des dizaines de kilomètre de distance. Cela permettait notamment au personnel de ne jamais connaitre la position de chaque endroit. Mason s’installa sur la banquette de cuir beige et attendit La Général. Elle entra à son tour et fit signe aux soldats d’attendre. Docilement, ils prirent positions de chaque côté de la porte de la cabine, comme deux bons chiens de garde.<br />
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Lorsque les portes de la cabine se fermèrent, elles stopèrent totalement le bruit pourtant conséquent de l’open space, créant un silence génant. Traviss appuya sur le seul et unique bouton du panneau de commande puis resta le regard braqué sur la porte tout en réajustant le plis de sa jupe d’officier. Une voix synthétique annonça :<br />
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« Bureau Stargazer : pour votre sécurité veuillez vous tenir à la barre »<br />
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La cabine commença alors à bouger.<br />
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Mason restait silencieux, retenant presque sa respiration pour ne pas soupirer. La Général s’approcha alors de lui et l’enlaça :<br />
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 » Aller c’est bon maintenant, plus de cinéma les gardes ne sont plus là : Tu vas me faire la tête encore longtemps ? » demanda t-elle d’une voix enjoleuse  »<br />
– Je ne sais pas… a ton avis combien de temps on peut en vouloir à quelqu’un qu’on aimait et qui vous à trahi ? » dit Mason en repoussant les avances de Karen.<br />
– Mason je t’en prie tu sais très bien que…<br />
– Que quoi ? que tu m’as dénoncé pour te faire bien voir et prendre du galon ?<br />
– Tu avais volé des éléments secret défense !<br />
– J’ai fait des copies de données pour les étudiers sans avoir le bureau sur le dos ! mais toi tu n’avais pas assez confiance et tu m’as grillé auprès du directeur !<br />
– Et tu voulais que je fasse quoi ? t’as pensé à moi ? qu’est ce que le directeur Rodriguez aurait dit s’il avait apprit que je lui dissimulait ce que tu faisais ? Tu me reproche d’avoir été égoïste mais ce que toi tu as fait ça ne l’était pas peut être ? »<br />
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Mason abandonna la bataille de regard et fixa le plancher de la cabine.<br />
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« Tu sais que je t’aime, et si tu étais venu m’en parler ça aurait été différent… au lieu de ça il a fallut que je te surprennes la main dans le sac… oh Mason ce que tu peux être ingrat ! tu imagines les efforts qu’il m’a fallut pour que tu sois accrédité ? »<br />
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Mason réalisa alors que son retour au bureau Alpha n’était dût uniquement à ses compétences. Karen avait du faire des pieds et des mains pour qu’il soit accepté malgré ses antécédents. Il prit sa main et la serra tendrement.<br />
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« Excuses moi… t’as raison : laissons le passé de côté. »<br />
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Le ronronnement de la cabine était devenu plus doux, presque apaisant.<br />
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« On est encore loin ? » demanda Mason<br />
– Environ 10min. Le QG du Stargazer est en dehors de la ville<br />
– Et ça aurait pas été plus simple d’aller directement la bas plutôt que de passer par… oh et puis laisse tomber »<br />
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Mason se décontracta et sourit à Karen<br />
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« Alors c’est quoi l’histoire ? tu peux m’en parler maintenant<br />
– Les huiles sont aux taquets sur les Xenos : ça bataille sec concernant le prochain message.<br />
– Comment ça ? qu’est ce qu’on à reçu pour que ça s’emballe de cette manière ?<br />
– Tu sais que depuis presque 20 ans nous faisons de l’échange de technologie avec les Xenos. Et bien figure toi qu’ils sont sous développé technologiquement par rapport à nous et ils nous demandent de l’aide.<br />
– Quoi ? comment ils peuvent être sous développé et arrivé à envoyer des messages intergalactiques ?<br />
– Ils disent qu’ils font ça via des minéraux de leur planète. Il y’a deux ans quand on à reçu les schéma ont à cru à une blague, mais en fin de compte c’est tout bêtement une sorte de machinerie steam punk. Les matériaux de Proxima ont des propriétés radioactive qui font que…<br />
– Donc en clair tu es en train de me dire que les Xenos envoie des signaux et traitent nos informations avec… des cailloux ? Du coup toute ces histoires qu’on raconte partout c’est du flan hein ?<br />
– Ca serait catastrophique si l’opinion apprenait la vérité. Tu imagines ?<br />
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– Bon sang Karen tu comprends maintenant pourquoi je voulais éviter que les bureaucrates s’en melent ? et maintenant c’est quoi la suite ?<br />
– Ils veulent monter une expédition et coloniser Proxima. D’après les informations des Xenos, la planète serait bourré de ressource inexploité… »<br />
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Mason leva les yeux au ciel et soupira<br />
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« Et après on fait quoi ? on installe des Starbucks ?<br />
– Justement… c’est pour ça que tu es là. Le conseil veut faire de Proxima la première colonie spatiale de la Terre et ils ont besoin que tu valides que c’est possible.<br />
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– Alors… alors c’est pour ça que je suis là ? ils veulent se servir de mon projet ?<br />
– Sauf que la cible ce n’est plus Mars mais Proxima Centauri. Tu as développé toute la logistique, analysé tous les scénarios et tu connais les risques mieux que personnes.<br />
– Karen c’est de la folie ! il n’y a rien de comparable entre coloniser une planète vide et…<br />
– Justement : Proxima Centauri est une planète vivante, avec de l’air et un sol riche. Implanter la colonie sera plus facile.<br />
– Ca sera surtout plus loin ! il y’a plus de 2 ans d’écart entre les signaux, si jamais il se passe quelques chose durant le voyage c’est fini… en plus on ne sait pas ce qui peut se passer en quittant le systeme solaire, y’a trop de paramètre inconnu<br />
– Mason : depuis le premier contact je sais que tu as envisager cette possibilité. Je sais que tu aimerais plus que tout que l’on puisse voir ce monde de nos yeux.<br />
– Arrête, ne me prends pas pour un idiot : je sais ce qu’ils veulent en faire tes petits génies !<br />
– Tu es conscient que le monde va mal. Tu sais quel bien cela pourrait faire à l’humanité d’avoir un projet d’une telle envergure. Imagine ça : le monde entier unis dans un objectif commun ! »<br />
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Karen attrapa les mains de Mason à son tour<br />
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« En plus de ça, nous avons une responsabilité vis à vis des Xenos. C’est nous le peuple civilisé et avancé technologiquement. Ils ont besoin qu’on les aides.<br />
– Mais comment ! on est même pas fichu de s’occuper de notre planète ! tu veux qu’on leur apporte quoi ? la guerre moderne ? les « frappes chirurgicales » ? la société de consommation ? Si ces gens vivent à un niveau technologiques moins avancés est ce que c’est si mal ?<br />
– Et s’ils vivent dans l’obscurantisme ? luttant pour subsister alors que leur monde pourrait leur procurer mieux ? et si nous pouvions devenir meilleur en les aidants ?<br />
– Tu es naive de croire que les humains peuvent être meilleurs pour les autres qui ne le sont pour eux mêmes<br />
– Pourtant toi tu es comme ça… »<br />
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Mason resta muet devant cette déclaration.<br />
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« Lorsque tu étudiais au centre d’ingéniérie, tu ne croyais pas en toi, tu passais ton temps à te déprécier. Mais quand c’était moi qui était au plus bas, tu me relevais à chaque fois. Tu m’as permis de me dépasser, et c’est grace à toi que je suis devenue éleve officier. Tu n’as jamais eu de volonté lorsque c’était pour ta carrière, mais lorsqu’il fallait me pousser en avant tu trouvais toujours la force d’agir. Mason : tu es la preuve qu’il y’a du bon dans l’humanité, et je veux y croire parce que je crois en toi… »<br />
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Tandis que Mason fixait les yeux brillants de la Général, la cabine arriva enfin a destination.<br />
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« Ouverture du sas » dit la voix robotique.<br />
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Karen et Mason pénétrèrent dans une immense salle circulaire d’environ 200 m de rayon au sol d’un blanc immaculé. Partout sur le bord extérieur se trouvaient des sas d’entrés comme celui qu’ils avaient enprunté en arrivant. Au centre se trouvait une grande tablé, elle même entouré d’une autre tablé plus grande encore.<br />
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« Le conseil et leurs assistants » expliqua Karen d’un murmure.<br />
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Elle conduisit Mason à sa place dans le cercle intérieur et salua quelques officiers. Autour de la table, les personnes étaient identifié uniquement par un drapeau et le nom de leur pays.<br />
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« Enfin, vous voila Dr Mason » dit USA « nous commencions à perdre patience »<br />
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Mason voulut répondre par une pique, mais le regard de Karen le retint.<br />
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« Je vous remercie de m’avoir accordé cette chance. J’espère m’en montrer digne.<br />
– Bien… je suppose que le Général Traviss vous à briefé durant le trajet ?<br />
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– Tout à fait…<br />
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– Excellent : et bien dans ce cas vous devez savoir ce qu’on attend de vous ? est ce que le projet est viable et sous combien de temps pouvez vous le démarrer ? »<br />
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Mason senti tous les regards fondre sur lui. Il ne se sentait pas très à l’aise mais resta le plus professionnel possible.<br />
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« Pour ne rien vous cacher, mon projet initiale visait notre systeme solaire et une planète d’un tout autre type que celle des Xenos…<br />
– Ce sont des ajustements, mais les paramètres généraux ne sont pas identique ? » demanda Russie via son interprète au fort accent slave.<br />
– En terme de décollage, oui cela revient au même, mais la préparation de l’équipe sera plus complexe, il faudra rester 2 ans en apesanteur et en totale autonomie sans aucune possibilité de secours. De plus, compte tenu de la distance et des objectifs de la mission, installer une colonie impliquera de s’entendre au préalable avec les autochtones ce qui sera…<br />
– Cette partie là n’est pas importante » dit sèchement Angleterre « Ils seront bien trop heureux de nous voir débarquer sur leur cailloux »<br />
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Ce que Mason craignait était en train de se réaliser<br />
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« Vous ne pouvez pas arriver sans l’accord des habitants : le site d’atterrisage risque d’être un territoire sacrée ou bien un champ qui nourri tout un village !<br />
– N’ayez crainte » repris USA parternellement « évidement que nous n’allons pas poser nos vaisseaux n’importe où… durant le voyage, les colons pourront entrer en contact avec les Xenos : plus ils approcheront plus ça sera facile de discuter<br />
– Sauf que nous aurons besoin de traduire ce qu’ils envoient pour…<br />
– D’ici là nous aurons sans doute améliorer l’équipement et nous pourrons miniaturiser l’équipement requis…<br />
– Il faudra prévoir des diplomates pour…<br />
– Dr Mason » coupa France « Les Xenos nous verront comme des Dieux, et c’est ainsi que nous nous présenterons à eux. Une équipe de bureau Alpha travail déjà sur un scénario pour les aborder le plus pacifiquement possible. Nous recrutons déjà les équipes qui participeront à la colonie. Médecin, géologues, ingénieurs… »<br />
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D’un seul coup, Mason arrêta d’écouter. Il réalisa alors que l’humanité s’apprétait à réaliser une arnaque d’ampleur cosmique en mystifiant une race moins avancés pour la seule recherche du profit. Il imagina aussitôt les colons s’installer comme des pachas dans des résidences ou les Xenos seraient des serviteurs en costumes « pour faire plus local » et où les ressources et les biens des autochtones seraient piller  avec un total mépris.<br />
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Mais le pire dans tout ça, c’est que non seulement il ne pourrait pas s’y opposer, mais qu’en plus il allait y contribuer. Malgré tout le mal que cela représentait, il savait qu’il n’aurait pas le courage de refuser. Il trouverait des raisons, très bonnes, de continuer, il se convaincrait lui même que cette colonisation ne serait pas une si mauvaise chose. Il senti les rouages d’une immense machine le broyer, et le pire était qu’il aimait cette impression qui le libérait de toute culpabilité.<br />
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C’est pas moi, c’est le système ! pourrait il dire.<br />
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Le coeur lourd, Mason avait juste envie de pleurer.<br />
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17 ans plus tard<br />
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La flotte de vaisseau SEED était en phase d’approche finale de Proxima Centauri. les 12 équipages étaient fou de joie à l’idée qu’enfin leur longue errance dans le vide sidérale allait prendre fin. Fini l’apesanteur, fini les rations, fini la routine a bord, maintenant c’était l’aventure d’une vie qui leur tendait les bras.<br />
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Certains eurent une pensée pour leurs familles, leurs amis. Il y’avait de forte chance pour qu’ils ne les revoient plus jamais, la mission ne prévoyant pas par défaut que les vaisseaux puissent repartir. C’était le prix à payer pour être dans l’une des 12 caravelles de l’espace lancé dans la nuit sidérale en quête d’un nouvel Eden.<br />
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Le vaisseau de tête « l’Azura » fut le premier à passer l’atmosphère et à enclencher ses boucliers thermiques. Sur les écrans de contrôles, on pouvait voir les variables de températures devenir folles tandis que le gigantesque vaisseau colonie entamait sa descente. 12 traînées de flammes rougeâtre strièrent le ciel de la planète dans un spectacle grandiose et unique.<br />
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Depuis des mois déjà, tous les équipages avaient répéter cette séquence des centaines de fois. C’était presque moins éprouvant que sur le simulateur. Cependant, cette fois c’était pour de vrai, et le frisson était réel lui aussi.<br />
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C’est ainsi que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, à 11h34 heure compensée local, qu’un vaisseau colonie se posa hors du systeme solaire.<br />
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Malgré l’excitation, les équipages restèrent parfaitement discipliné : l’entrainement et la rigueur des généraux à leur tête permettaient aux hommes et femmes du projet SEED de ne pas se laisser envahir par l’émotion.<br />
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Le premier humain à avoir l’honneur de fouler le sol de la planète fût la Général Karen Traviss, commandante en chef du projet SEED depuis ses prémices. Beaucoup s’étaient demandé comment une femme approchant la soixantaine avait put être nommé à ce poste, beaucoup sauf ceux qui avaient voyagé avec elle et qui savaient qu’elle avait les tripes requises pour diriger les colons.<br />
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Le voyage en apesanteur avait affecter ses muscules malgré l’entrainement et l’alimentation spéciale qu’elle avait suivit et elle avait du mal à se tenir debout.  Cependant pas question de faire pale figure devant le moment historique que vivait l’humanité. C’est d’un pas ferme qu’elle descendit de la passerelle du vaisseau avant de s’arrêter net au pied de celui ci.<br />
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Juste devant elle, un groupe de 5 Xeno était là à attendre.<br />
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C’était eux qui les avaient appeler à l’aide depuis l’autre bout de l’univers. Eux avec qui depuis des mois ils échangeaient à tout rompre sur leur monde respectifs, leurs similitudes et leurs differences. Bien que voulant se retenir, Karen ne put s’empecher de pleurer a chaude larme tandis que les Xenos faisaient d’amicaux signe de la main. Oui ils avaient bien des mains, des bras, des jambes, une tête un peu plus oblongue que la notre, une peau variant du rouge vif à l’ocre, des nez convexes et des yeux de chats. Mais ils avaient aussi des sourires, et cet entrain si naturel que l’on à lorsque la joie nous transporte. Les Xenos portaient des tuniques de tissus entremelé prouvant un artisanat avancé et maitrisé, et avaient quelques accessoires rudimentaires : batons de marche, sacoche, bijoux…<br />
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Karen avança vers eux, la main levée, paume ouverte en signe de paix. L’un des Xenos, le plus rouge, s’avança vers elle et s’exprima dans un anglais plus que convenable :<br />
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« Bienvenue notre monde amie étoiles ! Bienvenue ! nous heureux ! »<br />
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Mais alors que Karen allait répondre, un flash de lumière la frôla de quelques centimètre en crépitant. L’instant d’après, le Xeno était par terre, blessé à l’épaule et hurlant de douleur.<br />
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Depuis les bois environnant, des dizaines de motos volantes jaillirent autour des colons. Plusieurs Xeno, en tenues de combat cybernétiques et armé de ce qui semblaient être des fusils laser, approchèrent du groupe venu accueillir les humains, hurlant des ordres incompréhensibles.<br />
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Karen était déboussoler. Lorsque le Xeno en armure s’avança vers elle arme à la main, elle ne résista pas, et imitant les instructions que suivaient le groupe venu l’accueillir, se mit à genoux, mains derrière la tête.<br />
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Le lendemain.<br />
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Le Ranshad Volk était arrivé aussitôt que la nouvelle était tombé. Savourant la situation, il avançait d’un pas tranquille dans les bureaux du Qwal Dap tandis que le Rand Disher lui résumait la situation :<br />
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« Comme prévu, Trivok et sa bande ont accueilit les humains dans la reserve de BolekTaj. La divison 440 était en position depuis la veille, ils n’ont rien vu venir !<br />
– Excellent ! Dites moi Disher, est ce que Trivok est passé aux aveux ?<br />
– Non pas encore Ranshad, mais ce n’est qu’une question de temps.<br />
– Très bien… je vais l’interroger moi même.<br />
– Entendu Ranshad. Euh… pardonnez moi mais, je n’ai pas eu de consigne pour les humains. On va pas les euthanasier quand même ?<br />
– Vous m’avez prit pour un Daman ? On va d’abord leur faire un contrôle sanitaire et ensuite on avisera de ce qui est le mieux pour eux. Vous avez vérifié les vaisseaux ?<br />
– Clean… par contre c’est un miracle qu’il ait put atteindre notre système : pas de réacteur RedShift, que des déflecteurs mécanique… c’était peut être des condamnés à mort ?<br />
– Disher vous êtes idiot ou quoi ? Ils ont juste une technologie primitive !<br />
– Mais à ce point ?<br />
– Oui à ce point… dites donc je trouve que vous êtes un peu virulent avec les humains : vous avez un problème avec les races de niveau 2 ?<br />
– Non Ranshad<br />
– Vous n’êtes pas de ses extrémistes qui pensent que les êtres maitrisant tout juste le GrayShift devraient être interdit de voyage spatiaux ?<br />
– Non Ranshad. Pas du tout ! »<br />
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Le Rand Disher était anxieux de la réaction de son supérieur.<br />
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« Mouais… bon aller laisser moi maintenant, vous avez du boulot !<br />
– Oui Ranshad Volk, tout de suite ! »<br />
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En pénétrant dans la salle d’interrogatoire, le Ranshad Volk laissa volontairement le holster de son blaster bien en vue. Il toisa Trivok dont l’expression de colère était si intense qu’il semblait sur le point d’exploser.<br />
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« Alors enfin je t’attrape petit salopard ! » dit Volk avec assurance « Il s’en est passé de cycle depuis la première fois ?<br />
– Ne faites pas le malin Ranshad. Vous savez que d’ici 3 cycles je serai dehors.<br />
– Bah voyons. Tu comptes peut être sur ton représentant de guilde ? figure toi qu’il te lache ! c’est ta 3 eme arrestation pour xeno scam, autant dire que là t’es cuit mon pote !<br />
– Bande de faux culs ! vous m’arrêtez moi mais ces escroc du conseil vous les laissez tranquille hein ? c’est sur que moi je suis pas d’une des grandes familles ?<br />
– Trivok, Trivok, Trivok… » répéta le Ranshad de façon lancinante « ton discours je l’ai déjà entendu des milliers de fois. Vous etes tous pareils les arnaqueurs, vous pensez que parce que d’autres font pire ça vous excuses. Mais c’est faux mon p’tit père, t’as déconné à mort et là ça va banquer sec.<br />
– Simple xeno scam, au pire je prends… 12 cycles !<br />
– Oui, ça aurait été vrai si c’était pour ça qu’on t’inculpe…<br />
– Quoi ?<br />
– Pauvre con : on sait que t’as utilisé les matrices Sigma pour faire ton coup et baratiner les humains en leur envoyant des conneries pendant tous ces cycles. Mais tu sais quoi ? c’était une très mauvaise idée de vouloir arnaquer le hacker qui t’as installé tout le dispositif, parce qu’on l’a choppé y’a quelques temps et que pour sauver sa peau il nous vendu la tienne ! »<br />
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Trivok jura et frappa le mur avant que le Ranshad ne le cloue au sol en pressant un bouton contrôlant son collier de soumission.<br />
<br />
« Maintenant t’as le choix Trivok : soit tu nous donnes des détails et on sera sympa, soit je demande au Ranlaap de te coller dans une fusée direction la Terre pour que tu sois puni par eux… et tu sais ce qu’ils font aux hommes de l’espace les humains ? t’as déjà entendu parler de cette équipage de Gralorien qui s’est crashé y’a 39 luons ?<br />
– 39 luons ? mais vous croyez que j’ai quel age ?<br />
– Je sais que t’es un p’tit con, mais t’es un petit con nuisible, alors vide ton sac, et peut être que tu finiras pas sur une table d’autopsie et en vidéo ! »<br />
<br />
Trivok pesa le pour et le contre en instant, puis, avec lucidité, décida de passer aux aveux.<br />
<br />
***<br />
<br />
Epilogue<br />
<br />
« Hey Disher !<br />
– C’est Rand Disher !<br />
– Oh la la la ! qu’est ce que tu fais comme manière depuis que t’as prit du grade !<br />
– Bon laisse tomber : qu’est ce que tu veux ?<br />
– Le véto à fini avec les humains. Ils vont bien mais ils sont salement choqués<br />
– Ouais c’est leur nature : parait que si tu les pousses à bout très fort ça peut les tuer.<br />
– Sans dec ?<br />
– Si j’ai vu ça dans un documentaire…<br />
– Ah ah… tu te fais encore des soirée prostré devant l’hypernet hein ? faut vraiment que tu te trouve un copain. Ou une copine hein, je juge pas. Enfin tout ça pour te dire que le conseil est en train de prévoir une évacuation sanitaire et il voudrait que tu t’en charges.<br />
– Les ramener sur Terre ? mais bordel ça va me prendre 4 slogs cette histoire !<br />
– Oh ça va, fait pas le genre super occupé : c’est quoi 4 slogs ?<br />
– Bah t’as qu’a y aller ! mais je te rappel qu’en plus des 4 slogs de trajets je vais avoir AU MOINS 1 slog pour la paperasse et un demi slog au garage quand je ramènerai le vaisseau.<br />
– Tu va me faire croire que t’es à 6 slogs près ? ça fait des luons que tu glandes au bureau ! là au moins tu verras du pays ! »<br />
<br />
Le Rand Disher soupira en imaginant ce qu’il allait devoir dire aux humains : le pire dans les arnaques galactiques, c’était d’expliquer aux races inférieurs qu’ils s’étaient fait pigeonner.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Il était environ 16h, heure de New York, lorsque la nouvelle fût annoncée. Tout le monde avait cru à une énième conférence sur une énième découverte soit disant révolutionnaire et qui n’était en fait que la confirmation d’obscures calculs d’experts tout aussi obscurs.

Il faut dire que depuis quelques années, la course à l’espace n’avait plus du tout le vent en poupe, et les mystères de l’univers n’étaient plus que des sujets de films. La fascination était retombée et le public était plus « terre à terre » : on se demandait surtout quels seraient les applications concrètes de ces découvertes et ce que ça avait couté comme argent.

Sur les réseaux sociaux, le message de l’agence spatial avait tourné en boucle et s’était répandu à la vitesse de la lumière :

« Il y a 5 mois nous avons reçu un signal envoyé depuis Proxima Centauri, l’étoile la plus proche de notre système solaire. Il s’agit clairement d’un message envoyé par une forme de vie intelligente… nous ne sommes plus seul dans l’Univers ! »

De la même manière que le message avait jaillit sur tout les téléprompteur en un éclair, les réactions fusèrent elles aussi en un rien de temps : panique, joie, peur, émotion… et partout ce frisson métaphysique lorsqu’on essayait de s’imaginer l’inimaginable. Parce qu’un premier contact, c’était l’explosion du monde connu, c’était la fin de « l’homo-centrisme » et l’obligation pour toute la race humaine de se remettre en question. L’avenir fou ou nos enfants iraient en colonie de vacances sur Mars venait de mettre violent coup d’accélérateur…

Bien entendu, les sceptiques furent nombreux. Pendant des semaines, voir des mois, ils contestèrent la nouvelle, parlant d’une « arnaque mondiale » destinée à manipuler les populations, justifiant ainsi des investissements délirant dans la recherche spatiale.  Plusieurs pays, notamment ceux régit par un dogme religieux, prirent TRÈS mal la nouvelle. Il faut dire que cela revenait à saper complètement les fondement de ce qui régissait la vie de leurs concitoyens, et donc à ébranler fortement toute une société (et ce qui donnait son pouvoir aux dirigeants). D’ailleurs, le Vatican envoya plusieurs expert afin d’authentifier le travail des ingénieurs de l’agence spatial, mais dût finir par admettre la véracité de leurs informations. Astucieusement, le Pape fit le choix de voir la chose comme un miracle et « une nouvelle preuve de la puissance de Dieu, créateur de toute vie ».

A côté de ça, il y avait ceux qui au contraire prenait la chose comme une promesse d’espoir. C’était un événement d’ampleur historique, et ils savouraient l’idée d’y prendre part, comme des pionniers face à un nouvel Eldorado. Ils pensaient que les aliens allaient nous apporter une autre vision du monde, débarrassé des préjugés et des a priori de l’Histoire, et qu’ainsi nous pourrions avoir un regard plus objectif sur ce que nous sommes. Ils voyaient aussi cela comme l’opportunité d’en finir avec l’obscurantisme et la peur de l’autre.

Et puis il y avait aussi les craintifs, ceux qui voyaient en l’existence d’une autre forme de vie dans l’univers le début d’une inévitable escalade vers un conflit galactique qui se conclurait par l’anéantissement de la Terre. Les survivalistes jubilaient dans leur bunker, émettant sur leur radio ondes courtes des « on vous l’avais bien dit ! » fort discourtois, tandis que les marchands d’armes se frottaient les mains en imaginant les fonds démentiel que les armées du monde allaient investir pour « la guerre des étoiles ». Armes lasers, chasseurs de combat stratosphériques, déflecteurs ioniques… rien que le budget R&D représentait des milliards de dollars sur plusieurs années.

Évidement, une bonne part de la population mondiale n’eut aucune opinion sur cette histoire, tout si]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 17 Apr 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-04-17T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 37 : Coeur #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep37/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Coeur**<br />
<br />
Depuis environ 10 min, Elsa avait gardé les mains sur le volant de sa voiture, essayant de trouver en elle le courage de descendre. Elle jeta encore un regard sur sa droite en direction de la maison devant laquelle elle s’était garée, et à nouveau une boule d’angoisse lui traversa la gorge.<br />
<br />
« Aller ! » se dit-elle à haute voix « bouge-toi ma fille ! »<br />
<br />
Elle fixa alors la route devant elle, se demandant si elle ne devait pas plutôt partir. Ce qu’elle s’apprêtait à faire ne serait ni plaisant ni facile, mais elle sentait au fond d’elle même qu’elle ne pouvait pas faire autrement.<br />
<br />
Prenant une grande respiration, elle ouvrit la portière et posa le pied par terre.<br />
<br />
D’un pas décidé, Elsa traversa le petit jardinet ouvert dont un chemin fait d’une mosaïque de petits carreaux beiges, dessinait une large ligne droite jusqu’à la porte d’entrée de la maison. Il y’avait une forte odeur de fleurs dans l’air, et aussitôt Elsa les reconnus : lilas, clématites, glycines…<br />
<br />
La nostalgie l’enveloppa doucement, comme une couverture douillette qui réchauffe le cœur, et elle s’arrêta à deux pas de la porte pour s’enivrer encore et encore de ses parfums merveilleux. Elle sentit couler une petite larme sur son visage qu’elle effaça d’un revers de l’index. Elsa soupira et esquissa un sourire complice : il fallait s’y attendre.<br />
<br />
Elle porta 4 coups sur la lourde porte en bois vernis : d’abord un coup sec puis 3 petits coups à la suite. Attendant qu’on lui ouvre, elle senti de nouveau l’angoisse monter, sauf que cette fois les dés étaient jetés : plus question de faire marche arrière. Elle attrapa nerveusement la lanière de sa sacoche et tira dessus compulsivement pour la réajuster avant de finalement la remettre comme elle était.<br />
<br />
La porte s’ouvrit révélant le visage étonné d’une femme d’une cinquantaine d’années se demandant qui donc était cette importune. Elsa, droite comme un i, prit la parole en essayant de contenir l’émotion qui lui causait des trémolos dans la voix.<br />
<br />
« Madame Carlson ? Jenny Carlson ? » demanda-t-elle.<br />
<br />
Son interlocutrice acquiesça, son visage se faisant de plus en plus inquiet.<br />
<br />
« Madame… je m’appelle Elsa Collins et… c’est moi qui ait reçu le cœur de votre mari Harry il y’a 5 ans… »<br />
<br />
La nouvelle choqua madame Carlson qui porta sa main sur sa bouche comme pour en retenir une plainte. Avant qu’elle ne réalise, Elsa reprit son discours :<br />
<br />
« Je sais que normalement l’identité des donneurs est secrète mais… j’ai engagé un détective pour retrouver la famille de mon donneur. Je voulais savoir à qui je devais la vie… »<br />
<br />
La stupeur passé, madame Carlson invita la jeune femme à rentrer et lui proposa de prendre place dans le salon. Assise les genoux serrés et le buste en avant, Elsa attendait Jenny qui était parti dans la cuisine faire du café. Elle entendit au loin le bruit de la machine à expresso émettre son vrombissement si caractéristique, puis le claquement des pas de Jenny qui revenait un plateau dans les mains qu’elle déposa sur la table basse du salon.<br />
<br />
Les deux femmes se retrouvèrent face à face, sans trop savoir que dire. Elsa sentait bien que Jenny était bouleversée, aussi décida-t-elle de faire le premier pas.<br />
<br />
« Toute petite, on m’a détecté une cardiopathie congénitale. J’ai dû suivre toute mon enfance un traitement lourd et ne faire aucune activité à risque. Régulièrement je devais aller à l’hôpital pour passer des examens… bref pas l’idéal pour une enfant. Le fait de grandir a amplifié le problème : je souffrais de plus en plus souvent de défaillance au point qu’on a dû m’hospitaliser à plein temps… ça été le cadeau d’anniversaire de mes 16 ans. Je suis resté ainsi pendant 8 mois et mon cœur a fini par complètement me lâcher. A ce moment-là je me suis senti mourir… et… je me demandais pourquoi ? Pourquoi est-ce que je n’avais pas eu le droit à une vie normal ? »<br />
<br />
L’émotion montait dans la voix et les yeux d’Elsa. Elle prit un instant pour se ressaisir tandis que Jenny l’observait et écoutait son histoire avec une grande attention.<br />
<br />
« Je suis resté environ 9h dans le coma. Je ne sentais rien… c’était comme… comme si je flottais, mais il n’y avait rien, ni lueur blanche et accueillante, ni tunnel sombre… juste le noir et le silence. J’avais terriblement peur. Et puis d’un seul coup j’ai senti quelque chose de très fort cogner dans ma poitrine. J’ai senti une vague de chaleur me traverser le corps au fur et à mesure que le sang battait à nouveau dans mes veines. J’ai senti ce cœur qui se battait pour me ramener à la vie, et… et j’ai entendu une voix qui m’a dit que je devais m’accrocher… »<br />
<br />
Jenny sanglotait doucement tandis qu’Elsa sentait à nouveau les larmes perler sur ses joues.<br />
<br />
« J’ai entendu cette voix, forte et puissante, m’appeler et me guider. Elle m’a ramené dans le monde des vivants et je sais qu’aujourd’hui encore, lorsque tout va mal et que je me sens perdu, cette voix me parle et redonne courage… Je ne suis pas croyante madame… mais, c’est vraiment le miracle qui s’est produit ce jour-là, et c’est vraiment ce qui m’arrive depuis, je vous le jure sur ce que j’ai le plus cher au monde.<br />
– Je vous crois… » dit Jenny la voix brisée « ça ne m’étonne même pas en fait… »<br />
<br />
La douleur de Jenny qui s’était réveillé à l’évocation de son défunt mari était en train de se changer en un tout autre sentiment qui se reflétait dans sa voix et sur son visage. Les pensées tristes devenaient de doux souvenirs, et la peine prenait maintenant les couleurs du réconfort.<br />
<br />
« Harry a toujours été un battant. Il n’abandonnait jamais, ne baissait jamais les bras et surtout il ne laissait jamais tomber les autres. Lorsque les médecins m’ont demandé si j’acceptais qu’on prélève ses organes… j’ai tellement hésité… Je me disais que fort comme il était-il survivrait à l’accident, que même s’il fallait qu’il reste des mois dans le coma il finirait par me revenir…<br />
– Je suis vraiment désolée » dit Elsa « Je me sens coupable…<br />
<br />
– Vous n’avez pas l’être… » répondit Jenny<br />
– En tout cas je suis triste qu’il ait fallut sa mort pour me sauver<br />
– Et moi… moi je suis contente de voir que même dans sa mort Harry à encore put faire le bien autour de lui. »<br />
<br />
Le visage d’Elsa s’éclaira d’un sourire en entendant les réconfortantes paroles de Jenny.<br />
<br />
« Vous savez madame Carlson…<br />
<br />
– Appelez-moi Jenny s’il vous plait<br />
– Jenny… Lorsque je suis sortie du coma, j’ai continuée à sentir la présence d’Harry. Même encore maintenant, je ressens sa nostalgie à être ici avec vous. Les médecins m’ont dit que c’était le contre coup du stress : une façon pour mon esprit de surmonté la culpabilité que ressentent souvent les malades comme moi. Au début c’est ce que je pensais aussi mais… au bout d’un moment je me suis dit que ce n’était pas le fruit de mon imagination »<br />
<br />
Elsa avala une gorgé de café et enroula ses mains autour de la tasse pour en sentir la chaleur.<br />
<br />
« Après plusieurs mois, je souffrais des symptômes classiques liée aux immunosuppresseurs, j’ai donc refait des examens, et notamment un test pour jauger mon système immunitaire. A la grande surprise des médecins mon système tournait à plein régime. Mais le plus surprenant, c’était que je ne faisais aucune réaction auto-immune pour la simple et bonne raison que j’avais… « Hérité » de l’immunité de mon donneur. Je n’ai alors plus eu besoin de traitement, et d’après les médecins mon espérance de vie devenait quasiment la même que celle d’une personne normale »<br />
<br />
Jenny n’en revenait pas de ce qu’elle était en train d’entendre.<br />
<br />
« Alors vous me dites que… le cœur de Harry s’est « intégré » à vous ?<br />
– Oui, absolument. C’est comme s’il avait accepté de partager sa force vitale avec moi. Comme s’il me soutenait.<br />
– Harry était une force de la nature. Pas une seule fois en presque 30 ans de mariage je ne l’ai vu malade. »<br />
<br />
Jenny se leva sans un mot et quitta la pièce. Surprise Elsa ce demandait si elle n’avait pas prononcé une parole de trop. Elle se leva, prête à partir à sa suite, mais Jenny revint dans le salon, un imposant album de photo dans les bras.<br />
<br />
« Vous voulez sans doute le voir ? » demanda-t-elle à Elsa.<br />
<br />
Cette dernière acquiesça et retourna sur le canapé suivie de Jenny qui prit place à côté d’elle puis glissa l’album entre elle deux et en tourna la première page.<br />
<br />
Pour la première fois, Elsa put voir le visage de son sauveur ce qui lui causa une vive émotion.<br />
<br />
La photo représentait Harry et Jenny durant leur mariage. Lui, vêtu d’un simple et élégant costume noir, tenait son épouse dans ses bras tandis qu’elle, dans une sublime robe blanches dont les dentelles fines dessinait des arabesques gracieux, lui souriait avec une touchante tendresse.<br />
<br />
Harry était comme Elsa se l’était imaginé : grand, solidement bâti, le genre d’homme à la force rassurante, doux et gentil. Il portait une barbe bien taillé qui renforçait son air de gros nounours et laissait tout juste entrevoir les traits de son visage.<br />
<br />
Ils resplendissaient tous les deux d’un bonheur qu’on devinait idyllique.<br />
<br />
« Il est vraiment beau ! » dit Elsa<br />
– Oui, c’était un vrai charmeur. Avec son sourire de gredin, il en a fait chavirer plus d’une ! Mais au final c’est moi qui aie la chance de mettre le grappin dessus.<br />
– Comment vous vous êtes rencontré ?<br />
– Au lycée tout simplement. On avait des amis en commun, c’était aussi bête que ça. Un jour nous avions prévu avec notre petite bande d’aller passer le weekend end dans un chalet qui appartenait au père de Bobby, le meilleur ami d’Harry. Sauf que moi le vendredi je n’ai pas pu partir avec tout le groupe parce que j’étais de service dans le café ou je travaillais pour me faire un peu d’argent. Lorsque je suis sorti à la fin de mon service, qui est ce qui m’attendait là avec une superbe Pontiac firebird ?<br />
<br />
– Harry ? » répondit Elsa avec espièglerie<br />
<br />
– Harry ! Il avait décidé au dernier moment de lâcher le groupe pour rester avec moi, et avait « emprunté » la voiture de son père en me promettant la balade la plus folle de toute ma vie… résultat les flics nous ont arrêté parce qu’il roulait trop vite et il a passé le reste du weekend au poste… et c’est comme ça que ça a commencé entre nous. »<br />
<br />
Jenny continua à tourner les pages et à les commenter. Elle montra à Elsa des photos de leur premier appartement dont les murs se fissuraient de partout et qu’Harry en bon bricoleur était en train de colmater. Il portait un marcel grisâtre et avait des traces blanches sur le visage, une cigarette allumé au coin des lèvres.<br />
<br />
« Je lui disais toujours que ça finirait par le tuer… mais au final… bah ! Au moins il aura pu en profiter » dit Jenny avec un brin de tristesse.<br />
<br />
Elsa se contenta de lui prendre la main et de la serrer avec douceur.<br />
<br />
Sur une autre photo, située visiblement quelques années plus tard, on voyait Jenny avec un gros ventre rond tandis qu’Harry avait l’oreille posé dessus.<br />
<br />
« Là c’est quand j’étais enceinte de notre fille, Trish. Maintenant elle est grande, elle vie à Toronto.<br />
– C’était quelle genre de père ?<br />
– Un papa gâteau : il aurait fait n’importe quoi pour elle. Tout ce qu’elle voulait elle l’obtenait avec lui. Autant dire que ce n’est pas souvent qu’elle venait vers moi pour obtenir la permission de sortir ! Ça c’est compliqué quand elle a commencé à fréquenté des garçons… j’aime autant te dire que plus d’un sont reparti d’ici avec une promesse de mort si jamais ils la faisaient pleurer !<br />
– Je comprends… mon père était comme ça.<br />
– Il est mort ?<br />
– Oui il y’a quelques années. Cancer… un truc foudroyant qui s’est métastasé très vite. En quelques semaines c’était fini… »<br />
<br />
Ce fût cette fois Jenny qui consola la jeune fille d’un petit geste de la main.<br />
<br />
Les deux femmes continuèrent d’explorer l’album, profitant de chaque photo pour parler d’Harry.<br />
<br />
Elsa découvrit un homme simple, travailleur dans le bâtiment, qui n’avait eu de cesse de laisser son emprunte dans la vie des gens. Il avait été l’entraîneur de la junior league de Baseball du quartier, et durant son temps libre, était aussi bénévole auprès d’une association d’aide aux jeunes des quartiers défavorisés. Il avait participé à la construction d’un foyer pour des sans-abris, et était le premier à donner un coup de main aux voisins s’il fallait faire des travaux.<br />
<br />
Harry était aussi pompier bénévole pour rapporter un peu d’argent au foyer, mais surtout parce qu’il aimait aider les autres.<br />
<br />
Jenny montra à Elsa une photo d’Harry en action. On le voyait sortant d’un immeuble en flamme, un enfant dans les bras tandis que d’autre pompier éteignaient les flammes qu’il avait dans le dos.<br />
<br />
« Quand il a sorti ce gamin, il a fait bouclier avec son corps pour lui éviter un retour de flamme. Les tenues des pompiers ont beau être résistantes, il a sacrément morflé. Et pourtant, il est retourné 4 fois dans la fournaise et à sorti plus de 9 personnes de cet enfer. » expliqua Jenny « C’est un journaliste local qui était sur place à ce moment-là qui m’a donné ce cliché. Pendant quelques temps Harry était devenue une célébrité. Le maire avait même songé à lui remettre une médaille, mais ce n’était pas le genre d’Harry. Il lui a renvoyé son invitation en disant qu’il préférait rester à la maison pour regarder le football…<br />
<br />
– C’était un sacrée bonhomme dites donc…<br />
<br />
– Oui, tu ne peux pas savoir à quel point… » murmura Jenny « Le… le jour de sa mort, on était sorti faire des courses, et d’un seul coup il a vu devant nous une gamine de 6 ou 7 ans se précipiter sur la chaussé pour rattraper son ballon on je ne sais plus quoi. Il n’a pas hésité un seul instant et il a bondit sur elle juste au moment où une voiture allait l’écraser. Il s’est caparaçonné autour d’elle et a pris tout l’impact de plein fouet…. mais tu sais quoi ? Les derniers mots qu’il a pu me dire, c’était est-ce qu’elle va bien ? Tu te rends compte ? Même dans son dernier souffle, il est resté le même homme que j’ai toujours connue… »<br />
<br />
Elsa ne se doutait pas un seul instant de cette histoire tragique. En voyant pleurer Jenny, elle ressenti une immense peine qu’elle comprit être en fait celle d’Harry.<br />
<br />
« Il semble avoir fait tant de bien autour de lui… je comprends mieux ce que vous me disiez tout à l’heure, que ce n’était pas étonnant qu’il continue de faire le bien même dans la m… »<br />
<br />
Elsa s’arrêta aussitôt, confuse d’avoir pu utiliser un tel mot. Jenny compris et dans un geste rassurant posa sa main sur l’épaule de la jeune fille.<br />
<br />
« C’est pas grave Elsa. Tu n’y es pour rien…<br />
<br />
– Je me rends compte de ce que je vous impose. Sa doit être très dur pour vous de ressasser tout ça ?<br />
<br />
– C’est là que tu te trompes. Ça l’était avant que tu viennes. Depuis la mort d’Harry je n’avais pas osé retoucher à ses albums… je n’ai rien changé de place dans notre chambre, et c’est à peine si je peux y dormir. Mais tu me l’as ramené. En venant ici tu m’as ramené mon Harry et je t’en suis très reconnaissante. »<br />
<br />
Elsa enlaça Jenny qui se blotti contre elle. La tête collé sur sa poitrine, elle écoutait le battement de ce cœur si précieux, et à la musique si familière. L’émotion submergeait Elsa qui sentait bien que le cœur d’Harry réagissait à la présence de Jenny tout près de lui.<br />
<br />
« Vous savez, quand je suis rentré chez vous, ça m’a fait la même impression que quand je vais chez mes parents. Je me sens comme chez moi… sauf que tout est à la fois étrange et familier. Comme si je ressentais les choses pour deux. Je sais que c’est Harry à qui ça fait du bien d’être à la maison et de vous revoir. Je lui devais ça, et c’est pour ça que je suis venue « <br />
<br />
Jenny serra à son tour Elsa dans ses bras et la remercia encore.<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs heures à discuter, Elsa s’apprêtait à partir, mais avant cela, Jenny tenait absolument à lui donner quelques choses. Elle disparut quelques instants, laissant la jeune femme seule dans le salon qu’elle se mit à explorer.<br />
<br />
Il y’avait une grande bibliothèque débordant de livre en tout genre, allant de l’édition prestigieuse d’une encyclopédie à la couverture en demi reliure à coin avec filet sur les plats, à la simple édition de poche d’un livre de citation amusantes. Elsa ce demanda si c’était Harry ou Jenny qui était porté sur la lecture, mais aussitôt elle senti la réponse au fond d’elle-même.<br />
<br />
Jenny réapparut enfin, tenant dans ses mains une boite à bijou qu’elle tendit à la jeune femme des deux mains. Sans un mot, elle la saisie puis bascula le couvercle. Il y’avait dans l’écrin un simple anneau d’argent à l’intérieur duquel une date était gravée : celle de leur mariage.<br />
<br />
« Non je ne peux pas accepter ! » dit Elsa balbutiante.<br />
<br />
– Je ne fais que la lui rendre Elsa. Elle est à lui. »<br />
<br />
Vaincu, la jeune fille acquiesça et prit la bague. Elle tenta de la passer à ses doigts, mais elle était bien trop large, même pour son pouce.<br />
<br />
« Il devait avoir une sacrée pogne dites donc ! » s’exclama Elsa tandis que l’anneau pendait au bout de son index.<br />
<br />
Elle et Jenny rirent de bon cœur.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Coeur**<br />
<br />
Depuis environ 10 min, Elsa avait gardé les mains sur le volant de sa voiture, essayant de trouver en elle le courage de descendre. Elle jeta encore un regard sur sa droite en direction de la maison devant laquelle elle s’était garée, et à nouveau une boule d’angoisse lui traversa la gorge.<br />
<br />
« Aller ! » se dit-elle à haute voix « bouge-toi ma fille ! »<br />
<br />
Elle fixa alors la route devant elle, se demandant si elle ne devait pas plutôt partir. Ce qu’elle s’apprêtait à faire ne serait ni plaisant ni facile, mais elle sentait au fond d’elle même qu’elle ne pouvait pas faire autrement.<br />
<br />
Prenant une grande respiration, elle ouvrit la portière et posa le pied par terre.<br />
<br />
D’un pas décidé, Elsa traversa le petit jardinet ouvert dont un chemin fait d’une mosaïque de petits carreaux beiges, dessinait une large ligne droite jusqu’à la porte d’entrée de la maison. Il y’avait une forte odeur de fleurs dans l’air, et aussitôt Elsa les reconnus : lilas, clématites, glycines…<br />
<br />
La nostalgie l’enveloppa doucement, comme une couverture douillette qui réchauffe le cœur, et elle s’arrêta à deux pas de la porte pour s’enivrer encore et encore de ses parfums merveilleux. Elle sentit couler une petite larme sur son visage qu’elle effaça d’un revers de l’index. Elsa soupira et esquissa un sourire complice : il fallait s’y attendre.<br />
<br />
Elle porta 4 coups sur la lourde porte en bois vernis : d’abord un coup sec puis 3 petits coups à la suite. Attendant qu’on lui ouvre, elle senti de nouveau l’angoisse monter, sauf que cette fois les dés étaient jetés : plus question de faire marche arrière. Elle attrapa nerveusement la lanière de sa sacoche et tira dessus compulsivement pour la réajuster avant de finalement la remettre comme elle était.<br />
<br />
La porte s’ouvrit révélant le visage étonné d’une femme d’une cinquantaine d’années se demandant qui donc était cette importune. Elsa, droite comme un i, prit la parole en essayant de contenir l’émotion qui lui causait des trémolos dans la voix.<br />
<br />
« Madame Carlson ? Jenny Carlson ? » demanda-t-elle.<br />
<br />
Son interlocutrice acquiesça, son visage se faisant de plus en plus inquiet.<br />
<br />
« Madame… je m’appelle Elsa Collins et… c’est moi qui ait reçu le cœur de votre mari Harry il y’a 5 ans… »<br />
<br />
La nouvelle choqua madame Carlson qui porta sa main sur sa bouche comme pour en retenir une plainte. Avant qu’elle ne réalise, Elsa reprit son discours :<br />
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« Je sais que normalement l’identité des donneurs est secrète mais… j’ai engagé un détective pour retrouver la famille de mon donneur. Je voulais savoir à qui je devais la vie… »<br />
<br />
La stupeur passé, madame Carlson invita la jeune femme à rentrer et lui proposa de prendre place dans le salon. Assise les genoux serrés et le buste en avant, Elsa attendait Jenny qui était parti dans la cuisine faire du café. Elle entendit au loin le bruit de la machine à expresso émettre son vrombissement si caractéristique, puis le claquement des pas de Jenny qui revenait un plateau dans les mains qu’elle déposa sur la table basse du salon.<br />
<br />
Les deux femmes se retrouvèrent face à face, sans trop savoir que dire. Elsa sentait bien que Jenny était bouleversée, aussi décida-t-elle de faire le premier pas.<br />
<br />
« Toute petite, on m’a détecté une cardiopathie congénitale. J’ai dû suivre toute mon enfance un traitement lourd et ne faire aucune activité à risque. Régulièrement je devais aller à l’hôpital pour passer des examens… bref pas l’idéal pour une enfant. Le fait de grandir a amplifié le problème : je souffrais de plus en plus souvent de défaillance au point qu’on a dû m’hospitaliser à plein temps… ça été le cadeau d’anniversaire de mes 16 ans. Je suis resté ainsi pendant 8 mois et mon cœur a fini par complètement me lâcher. A ce moment-là je me suis senti mourir… et… je me demandais pourquoi ? Pourquoi est-ce que je n’avais pas eu le droit à une vie normal ? »<br />
<br />
L’émotion montait dans la voix et les yeux d’Elsa. Elle prit un instant pour se ressaisir tandis que Jenny l’observait et écoutait son histoire avec une grande attention.<br />
<br />
« Je suis resté environ 9h dans le coma. Je ne sentais rien… c’était comme… comme si je flottais, mais il n’y avait rien, ni lueur blanche et accueillante, ni tunnel sombre… juste le noir et le silence. J’avais terriblement peur. Et puis d’un seul coup j’ai senti quelque chose de très fort cogner dans ma poitrine. J’ai senti une vague de chaleur me traverser le corps au fur et à mesure que le sang battait à nouveau dans mes veines. J’ai senti ce cœur qui se battait pour me ramener à la vie, et… et j’ai entendu une voix qui m’a dit que je devais m’accrocher… »<br />
<br />
Jenny sanglotait doucement tandis qu’Elsa sentait à nouveau les larmes perler sur ses joues.<br />
<br />
« J’ai entendu cette voix, forte et puissante, m’appeler et me guider. Elle m’a ramené dans le monde des vivants et je sais qu’aujourd’hui encore, lorsque tout va mal et que je me sens perdu, cette voix me parle et redonne courage… Je ne suis pas croyante madame… mais, c’est vraiment le miracle qui s’est produit ce jour-là, et c’est vraiment ce qui m’arrive depuis, je vous le jure sur ce que j’ai le plus cher au monde.<br />
– Je vous crois… » dit Jenny la voix brisée « ça ne m’étonne même pas en fait… »<br />
<br />
La douleur de Jenny qui s’était réveillé à l’évocation de son défunt mari était en train de se changer en un tout autre sentiment qui se reflétait dans sa voix et sur son visage. Les pensées tristes devenaient de doux souvenirs, et la peine prenait maintenant les couleurs du réconfort.<br />
<br />
« Harry a toujours été un battant. Il n’abandonnait jamais, ne baissait jamais les bras et surtout il ne laissait jamais tomber les autres. Lorsque les médecins m’ont demandé si j’acceptais qu’on prélève ses organes… j’ai tellement hésité… Je me disais que fort comme il était-il survivrait à l’accident, que même s’il fallait qu’il reste des mois dans le coma il finirait par me revenir…<br />
– Je suis vraiment désolée » dit Elsa « Je me sens coupable…<br />
<br />
– Vous n’avez pas l’être… » répondit Jenny<br />
– En tout cas je suis triste qu’il ait fallut sa mort pour me sauver<br />
– Et moi… moi je suis contente de voir que même dans sa mort Harry à encore put faire le bien autour de lui. »<br />
<br />
Le visage d’Elsa s’éclaira d’un sourire en entendant les réconfortantes paroles de Jenny.<br />
<br />
« Vous savez madame Carlson…<br />
<br />
– Appelez-moi Jenny s’il vous plait<br />
– Jenny… Lorsque je suis sortie du coma, j’ai continuée à sentir la présence d’Harry. Même encore maintenant, je ressens sa nostalgie à être ici avec vous. Les médecins m’ont dit que c’était le contre coup du stress : une façon pour mon esprit de surmonté la culpabilité que ressentent souvent les malades comme moi. Au début c’est ce que je pensais aussi mais… au bout d’un moment je me suis dit que ce n’était pas le fruit de mon imagination »<br />
<br />
Elsa avala une gorgé de café et enroula ses mains autour de la tasse pour en sentir la chaleur.<br />
<br />
« Après plusieurs mois, je souffrais des symptômes classiques liée aux immunosuppresseurs, j’ai donc refait des examens, et notamment un test pour jauger mon système immunitaire. A la grande surprise des médecins mon système tournait à plein régime. Mais le plus surprenant, c’était que je ne faisais aucune réaction auto-immune pour la simple et bonne raison que j’avais… « Hérité » de l’immunité de mon donneur. Je n’ai alors plus eu besoin de traitement, et d’après les médecins mon espérance de vie devenait quasiment la même que celle d’une personne normale »<br />
<br />
Jenny n’en revenait pas de ce qu’elle était en train d’entendre.<br />
<br />
« Alors vous me dites que… le cœur de Harry s’est « intégré » à vous ?<br />
– Oui, absolument. C’est comme s’il avait accepté de partager sa force vitale avec moi. Comme s’il me soutenait.<br />
– Harry était une force de la nature. Pas une seule fois en presque 30 ans de mariage je ne l’ai vu malade. »<br />
<br />
Jenny se leva sans un mot et quitta la pièce. Surprise Elsa ce demandait si elle n’avait pas prononcé une parole de trop. Elle se leva, prête à partir à sa suite, mais Jenny revint dans le salon, un imposant album de photo dans les bras.<br />
<br />
« Vous voulez sans doute le voir ? » demanda-t-elle à Elsa.<br />
<br />
Cette dernière acquiesça et retourna sur le canapé suivie de Jenny qui prit place à côté d’elle puis glissa l’album entre elle deux et en tourna la première page.<br />
<br />
Pour la première fois, Elsa put voir le visage de son sauveur ce qui lui causa une vive émotion.<br />
<br />
La photo représentait Harry et Jenny durant leur mariage. Lui, vêtu d’un simple et élégant costume noir, tenait son épouse dans ses bras tandis qu’elle, dans une sublime robe blanches dont les dentelles fines dessinait des arabesques gracieux, lui souriait avec une touchante tendresse.<br />
<br />
Harry était comme Elsa se l’était imaginé : grand, solidement bâti, le genre d’homme à la force rassurante, doux et gentil. Il portait une barbe bien taillé qui renforçait son air de gros nounours et laissait tout juste entrevoir les traits de son visage.<br />
<br />
Ils resplendissaient tous les deux d’un bonheur qu’on devinait idyllique.<br />
<br />
« Il est vraiment beau ! » dit Elsa<br />
– Oui, c’était un vrai charmeur. Avec son sourire de gredin, il en a fait chavirer plus d’une ! Mais au final c’est moi qui aie la chance de mettre le grappin dessus.<br />
– Comment vous vous êtes rencontré ?<br />
– Au lycée tout simplement. On avait des amis en commun, c’était aussi bête que ça. Un jour nous avions prévu avec notre petite bande d’aller passer le weekend end dans un chalet qui appartenait au père de Bobby, le meilleur ami d’Harry. Sauf que moi le vendredi je n’ai pas pu partir avec tout le groupe parce que j’étais de service dans le café ou je travaillais pour me faire un peu d’argent. Lorsque je suis sorti à la fin de mon service, qui est ce qui m’attendait là avec une superbe Pontiac firebird ?<br />
<br />
– Harry ? » répondit Elsa avec espièglerie<br />
<br />
– Harry ! Il avait décidé au dernier moment de lâcher le groupe pour rester avec moi, et avait « emprunté » la voiture de son père en me promettant la balade la plus folle de toute ma vie… résultat les flics nous ont arrêté parce qu’il roulait trop vite et il a passé le reste du weekend au poste… et c’est comme ça que ça a commencé entre nous. »<br />
<br />
Jenny continua à tourner les pages et à les commenter. Elle montra à Elsa des photos de leur premier appartement dont les murs se fissuraient de partout et qu’Harry en bon bricoleur était en train de colmater. Il portait un marcel grisâtre et avait des traces blanches sur le visage, une cigarette allumé au coin des lèvres.<br />
<br />
« Je lui disais toujours que ça finirait par le tuer… mais au final… bah ! Au moins il aura pu en profiter » dit Jenny avec un brin de tristesse.<br />
<br />
Elsa se contenta de lui prendre la main et de la serrer avec douceur.<br />
<br />
Sur une autre photo, située visiblement quelques années plus tard, on voyait Jenny avec un gros ventre rond tandis qu’Harry avait l’oreille posé dessus.<br />
<br />
« Là c’est quand j’étais enceinte de notre fille, Trish. Maintenant elle est grande, elle vie à Toronto.<br />
– C’était quelle genre de père ?<br />
– Un papa gâteau : il aurait fait n’importe quoi pour elle. Tout ce qu’elle voulait elle l’obtenait avec lui. Autant dire que ce n’est pas souvent qu’elle venait vers moi pour obtenir la permission de sortir ! Ça c’est compliqué quand elle a commencé à fréquenté des garçons… j’aime autant te dire que plus d’un sont reparti d’ici avec une promesse de mort si jamais ils la faisaient pleurer !<br />
– Je comprends… mon père était comme ça.<br />
– Il est mort ?<br />
– Oui il y’a quelques années. Cancer… un truc foudroyant qui s’est métastasé très vite. En quelques semaines c’était fini… »<br />
<br />
Ce fût cette fois Jenny qui consola la jeune fille d’un petit geste de la main.<br />
<br />
Les deux femmes continuèrent d’explorer l’album, profitant de chaque photo pour parler d’Harry.<br />
<br />
Elsa découvrit un homme simple, travailleur dans le bâtiment, qui n’avait eu de cesse de laisser son emprunte dans la vie des gens. Il avait été l’entraîneur de la junior league de Baseball du quartier, et durant son temps libre, était aussi bénévole auprès d’une association d’aide aux jeunes des quartiers défavorisés. Il avait participé à la construction d’un foyer pour des sans-abris, et était le premier à donner un coup de main aux voisins s’il fallait faire des travaux.<br />
<br />
Harry était aussi pompier bénévole pour rapporter un peu d’argent au foyer, mais surtout parce qu’il aimait aider les autres.<br />
<br />
Jenny montra à Elsa une photo d’Harry en action. On le voyait sortant d’un immeuble en flamme, un enfant dans les bras tandis que d’autre pompier éteignaient les flammes qu’il avait dans le dos.<br />
<br />
« Quand il a sorti ce gamin, il a fait bouclier avec son corps pour lui éviter un retour de flamme. Les tenues des pompiers ont beau être résistantes, il a sacrément morflé. Et pourtant, il est retourné 4 fois dans la fournaise et à sorti plus de 9 personnes de cet enfer. » expliqua Jenny « C’est un journaliste local qui était sur place à ce moment-là qui m’a donné ce cliché. Pendant quelques temps Harry était devenue une célébrité. Le maire avait même songé à lui remettre une médaille, mais ce n’était pas le genre d’Harry. Il lui a renvoyé son invitation en disant qu’il préférait rester à la maison pour regarder le football…<br />
<br />
– C’était un sacrée bonhomme dites donc…<br />
<br />
– Oui, tu ne peux pas savoir à quel point… » murmura Jenny « Le… le jour de sa mort, on était sorti faire des courses, et d’un seul coup il a vu devant nous une gamine de 6 ou 7 ans se précipiter sur la chaussé pour rattraper son ballon on je ne sais plus quoi. Il n’a pas hésité un seul instant et il a bondit sur elle juste au moment où une voiture allait l’écraser. Il s’est caparaçonné autour d’elle et a pris tout l’impact de plein fouet…. mais tu sais quoi ? Les derniers mots qu’il a pu me dire, c’était est-ce qu’elle va bien ? Tu te rends compte ? Même dans son dernier souffle, il est resté le même homme que j’ai toujours connue… »<br />
<br />
Elsa ne se doutait pas un seul instant de cette histoire tragique. En voyant pleurer Jenny, elle ressenti une immense peine qu’elle comprit être en fait celle d’Harry.<br />
<br />
« Il semble avoir fait tant de bien autour de lui… je comprends mieux ce que vous me disiez tout à l’heure, que ce n’était pas étonnant qu’il continue de faire le bien même dans la m… »<br />
<br />
Elsa s’arrêta aussitôt, confuse d’avoir pu utiliser un tel mot. Jenny compris et dans un geste rassurant posa sa main sur l’épaule de la jeune fille.<br />
<br />
« C’est pas grave Elsa. Tu n’y es pour rien…<br />
<br />
– Je me rends compte de ce que je vous impose. Sa doit être très dur pour vous de ressasser tout ça ?<br />
<br />
– C’est là que tu te trompes. Ça l’était avant que tu viennes. Depuis la mort d’Harry je n’avais pas osé retoucher à ses albums… je n’ai rien changé de place dans notre chambre, et c’est à peine si je peux y dormir. Mais tu me l’as ramené. En venant ici tu m’as ramené mon Harry et je t’en suis très reconnaissante. »<br />
<br />
Elsa enlaça Jenny qui se blotti contre elle. La tête collé sur sa poitrine, elle écoutait le battement de ce cœur si précieux, et à la musique si familière. L’émotion submergeait Elsa qui sentait bien que le cœur d’Harry réagissait à la présence de Jenny tout près de lui.<br />
<br />
« Vous savez, quand je suis rentré chez vous, ça m’a fait la même impression que quand je vais chez mes parents. Je me sens comme chez moi… sauf que tout est à la fois étrange et familier. Comme si je ressentais les choses pour deux. Je sais que c’est Harry à qui ça fait du bien d’être à la maison et de vous revoir. Je lui devais ça, et c’est pour ça que je suis venue « <br />
<br />
Jenny serra à son tour Elsa dans ses bras et la remercia encore.<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs heures à discuter, Elsa s’apprêtait à partir, mais avant cela, Jenny tenait absolument à lui donner quelques choses. Elle disparut quelques instants, laissant la jeune femme seule dans le salon qu’elle se mit à explorer.<br />
<br />
Il y’avait une grande bibliothèque débordant de livre en tout genre, allant de l’édition prestigieuse d’une encyclopédie à la couverture en demi reliure à coin avec filet sur les plats, à la simple édition de poche d’un livre de citation amusantes. Elsa ce demanda si c’était Harry ou Jenny qui était porté sur la lecture, mais aussitôt elle senti la réponse au fond d’elle-même.<br />
<br />
Jenny réapparut enfin, tenant dans ses mains une boite à bijou qu’elle tendit à la jeune femme des deux mains. Sans un mot, elle la saisie puis bascula le couvercle. Il y’avait dans l’écrin un simple anneau d’argent à l’intérieur duquel une date était gravée : celle de leur mariage.<br />
<br />
« Non je ne peux pas accepter ! » dit Elsa balbutiante.<br />
<br />
– Je ne fais que la lui rendre Elsa. Elle est à lui. »<br />
<br />
Vaincu, la jeune fille acquiesça et prit la bague. Elle tenta de la passer à ses doigts, mais elle était bien trop large, même pour son pouce.<br />
<br />
« Il devait avoir une sacrée pogne dites donc ! » s’exclama Elsa tandis que l’anneau pendait au bout de son index.<br />
<br />
Elle et Jenny rirent de bon cœur.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Coeur**

Depuis environ 10 min, Elsa avait gardé les mains sur le volant de sa voiture, essayant de trouver en elle le courage de descendre. Elle jeta encore un regard sur sa droite en direction de la maison devant laquelle elle s’était garée, et à nouveau une boule d’angoisse lui traversa la gorge.

« Aller ! » se dit-elle à haute voix « bouge-toi ma fille ! »

Elle fixa alors la route devant elle, se demandant si elle ne devait pas plutôt partir. Ce qu’elle s’apprêtait à faire ne serait ni plaisant ni facile, mais elle sentait au fond d’elle même qu’elle ne pouvait pas faire autrement.

Prenant une grande respiration, elle ouvrit la portière et posa le pied par terre.

D’un pas décidé, Elsa traversa le petit jardinet ouvert dont un chemin fait d’une mosaïque de petits carreaux beiges, dessinait une large ligne droite jusqu’à la porte d’entrée de la maison. Il y’avait une forte odeur de fleurs dans l’air, et aussitôt Elsa les reconnus : lilas, clématites, glycines…

La nostalgie l’enveloppa doucement, comme une couverture douillette qui réchauffe le cœur, et elle s’arrêta à deux pas de la porte pour s’enivrer encore et encore de ses parfums merveilleux. Elle sentit couler une petite larme sur son visage qu’elle effaça d’un revers de l’index. Elsa soupira et esquissa un sourire complice : il fallait s’y attendre.

Elle porta 4 coups sur la lourde porte en bois vernis : d’abord un coup sec puis 3 petits coups à la suite. Attendant qu’on lui ouvre, elle senti de nouveau l’angoisse monter, sauf que cette fois les dés étaient jetés : plus question de faire marche arrière. Elle attrapa nerveusement la lanière de sa sacoche et tira dessus compulsivement pour la réajuster avant de finalement la remettre comme elle était.

La porte s’ouvrit révélant le visage étonné d’une femme d’une cinquantaine d’années se demandant qui donc était cette importune. Elsa, droite comme un i, prit la parole en essayant de contenir l’émotion qui lui causait des trémolos dans la voix.

« Madame Carlson ? Jenny Carlson ? » demanda-t-elle.

Son interlocutrice acquiesça, son visage se faisant de plus en plus inquiet.

« Madame… je m’appelle Elsa Collins et… c’est moi qui ait reçu le cœur de votre mari Harry il y’a 5 ans… »

La nouvelle choqua madame Carlson qui porta sa main sur sa bouche comme pour en retenir une plainte. Avant qu’elle ne réalise, Elsa reprit son discours :

« Je sais que normalement l’identité des donneurs est secrète mais… j’ai engagé un détective pour retrouver la famille de mon donneur. Je voulais savoir à qui je devais la vie… »

La stupeur passé, madame Carlson invita la jeune femme à rentrer et lui proposa de prendre place dans le salon. Assise les genoux serrés et le buste en avant, Elsa attendait Jenny qui était parti dans la cuisine faire du café. Elle entendit au loin le bruit de la machine à expresso émettre son vrombissement si caractéristique, puis le claquement des pas de Jenny qui revenait un plateau dans les mains qu’elle déposa sur la table basse du salon.

Les deux femmes se retrouvèrent face à face, sans trop savoir que dire. Elsa sentait bien que Jenny était bouleversée, aussi décida-t-elle de faire le premier pas.

« Toute petite, on m’a détecté une cardiopathie congénitale. J’ai dû suivre toute mon enfance un traitement lourd et ne faire aucune activité à risque. Régulièrement je devais aller à l’hôpital pour passer des examens… bref pas l’idéal pour une enfant. Le fait de grandir a amplifié le problème : je souffrais de plus en plus souvent de défaillance au point qu’on a dû m’hospitaliser à plein temps… ça été le cadeau d’anniversaire de mes 16 ans. Je suis resté ainsi pendant 8 mois et mon cœur a fini par complètement me lâcher. A ce moment-là je me suis senti mourir… et… je me demandais]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 03 Apr 2016 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-04-03T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 36 : l’homme à l’autre bout du Temps #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep36/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**L’homme à l’autre bout du Temps**<br />
<br />
A vous qui lisez ce texte, je souhaiterai faire cette confession. Elle vous semblera l’absurde produit de l’esprit d’un homme perturbé, mais croyez le ou pas, chaque mot, chaque fait narré dans ce récit est la stricte vérité.<br />
<br />
Il vous semblera dès les premières ligne qu’il s’agit d’une lettre de suicidaire ou bien la fantasmagorie d’un homme à la dérive, mais je vous prie de prendre le temps d’aller au bout de cette histoire, qu’elle n’ait pas été écrite pour rien.<br />
<br />
Tout commença lorsque agé de douze ans, mon père dans une de ses crises de fureurs dont il était coutumier, décida de passer ses nerfs sur moi. N’écoutant pas les suppliques de ma mère qui gisait à genoux sur le sol et le nez en sang après avoir reçue un gifle magistrale, il retira sa ceinture pour me frapper avec comme lui même l’avait été par mon grand père lorsqu’il était enfant.<br />
<br />
Le cycle de la violence.<br />
<br />
Ma mère insistait avec tout ce qui lui restait de force, cramponné à la jambe de mon père qui d’une voix posé et méthodique, lui expliquait qu’un enfant tout comme une épouse se devait d’obéir à l’autorité masculine sans geindre ni se plaindre.<br />
<br />
De son imposante main d’ouvrier des forges, mon père me saisit par le bras et me traina dans la maison jusqu’au mur situé au bout du couloir menant à nos chambres à moi et mes frères. Je connaissais la chanson, je devais me tourner, baisser mon pantalon et mettre les mains contre le mur en attendant la sentence.<br />
<br />
Etrangement, le pourquoi je m’étais retrouvé dans cette facheuse position s’était depuis longtemps échappé de ma mémoire. Par contre, ce qui se déroula resta gravé au fer rouge dans mon esprit, bouleversant ma vie comme rien d’autre auparavant, et rien d’autre après.<br />
<br />
Mon père s’assura d’avoir une bonne prise en faisant claquer son fouet improvisé sur le sol. Moi j’attendais, tremblant et sanglotant autant de peur que de colère, prenant de grande respiration sans vraiment savoir pourquoi.<br />
<br />
Ma mère poussa un cri de terreur qui me fit fermer les yeux le temps d’un instant qui me parut une éternité…<br />
<br />
Rien n’aurait été plus vraie.<br />
<br />
Un silence assourdissant se glissa dans mes oreilles, comme si soudain le monde entier avait retenue son souffle. Je me crispais, attendant la morsure cinglante de la ceinture en priant pour que mon père n’ai pas utilisé le coté avec la boucle.<br />
<br />
Mais rien ne vint. Ni la douleur, ni le claquement vif sur la peau, ni les pleurs de ma mère. J’étais toujours debout, avec en face de moi ce satané mur devant lequel je m’étais si souvent placé en attendant mes châtiments. D’ailleurs, cette image était tellement imprimé dans mon regard que j’aurais sans doute put redessiner chaque craquelure dans le beton, chaque infime nervure de la peinture, chaque nuance de la couleur usée par le temps.<br />
<br />
En attendant, il y’avait toujours ce silence effroyable.<br />
<br />
J’aurait été incapable de dire combien de temps s’écoula, mais je fini par tourner la tête, lentement, craignant d’être foudroyé par mon père si j’osais lui adresser un regard trop vif. Mais finalement, ce n’était pas moi qui avait été foudroyé.<br />
<br />
Mon père se tenait devant moi, le bras dressé en l’air, tenant dans sa main la ceinture dont le mouvement figé dessinait une courbe harmonieuse. Derrière lui, ma mère aussi était là, pétrifié par une invisible gorgone qui semblait m’avoir épargnée.<br />
<br />
Fasciné, je ne cherchais même pas à comprendre ce qui était en train de se passer. J’étais simplement hypnotisé par cette scène surréaliste dont je ne saurai dire combien de temps elle dura.<br />
<br />
Finalement je me décidai à bouger et à  m’approcher de mon père. D’abord craintif, je me mis à savourer mon impunité : je le touchais d’une petite pichenette, du bout des doigts, mais il n’eut aucune réaction. Je tapais un peu plus fort, mais il restait toujours figé.<br />
<br />
J’ignorais à quel Dieu je devais un tel prodige, mais je comptais bien honorer son présent comme il se devait. Le souvenir de toutes les roustes que j’avais reçu brûla chaque parcelle de mon corps, m’enivrant ainsi d’un désir de vengeance. Je me mis à taper comme sourd dans les flancs à découvert de mon père, comme s’il était un punching ball humain.<br />
<br />
Pourtant au bout de quelques instants seulement, l’envie me quitta. Il était toujours immobile, toujours figé, ne montrant aucun signe de douleur. Je voulu alors essayer de le renverser, pour voir s’il garderait sa pose de statue en tombant, mais il semblait inamovible.<br />
<br />
Je prêtais alors attention à ma mère. La paralysie lui donnait un rictus qui accentuait encore plus la violence marquée sur de son visage tuméfié.<br />
<br />
Et puis il y’avait cette goutte de sang.<br />
<br />
Elle flottait à quelques centimètre sous son nez, dessinant une perle rubis en suspension dans l’air comme si c’était la chose la plus évidente au monde.<br />
<br />
Une peur inquiétante se mit à grandir en moi. Je commençais à réaliser que ma situation était tout à fait anormal. Mais surtout, je commençais à réaliser ce qui se passait vraiment.<br />
<br />
Le Temps s’était arrêté.<br />
<br />
Afin de confirmer ma théorie, je me mis à arpenter la maison, puis réalisant que je n’y trouverais rien de signifiant, je pris la décision de jeter un coup d’œil dehors par la grande fenêtre du salon.<br />
<br />
Pour la première fois, je pu voir le monde comme s’il n’était qu’une photo.<br />
<br />
Les passants, les voitures, les oiseaux prenant leur envol, tous étaient figés, paralysés, pétrifiés. L’invisible Gorgone avait poussé le souci du détail en figeant aussi bien les insectes que la poussière.<br />
<br />
J’étais le seul être vivant capable de se mouvoir dans cette stase généralisé… le seul à ne pas être prisonnier de la léthargie.<br />
<br />
Je sais qu’a ce moment de mon récit, vous allez vraiment me prendre pour un fou et jeter ma lettre. Pourtant j’insiste pour que vous me lisiez jusqu’au bout et qu’ensuite seulement vous décidiez de croire ou pas à mon histoire.<br />
<br />
La peur passé, je me demandais si j’allais rester pris entre deux segment du Temps pour toujours. Peut être qu’au bout d’un certains temps tout allait se remettre en marche ? peut être que je devais faire quelque chose ? prononcer une formule magique ? me concentrer très fort ?<br />
<br />
Au bout du compte, à cet instant, ça ne comptait pas pour moi. J’avais l’opportunité de ne plus jamais subir le courroux de mon père, aussi je pris la décision de quitter la maison. Prenant tout mon temps, je faisais mon sac en prenant quelques vêtements et un peu de nourriture. Je fis aussi les poches de mon père pour lui prendre de l’argent, et conscient que les quelques billets que j’y trouvais ne me feraient pas long feu, je lui pris aussi sa montre de luxe qu’il portait fièrement au poignet.<br />
<br />
Tandis que je le délestais, je ne pouvais m’empêcher de le fixer du regard, craignant sans doute qu’il ne se réveille d’un seul coup et me punisse encore plus. Mais j’étais trop galvaniser pour m’arrêter. Sa montre, sa précieuse montre qu’il bichonnait mieux qu’aucun de ses enfants, j’allais en faire mon trophée. Jamais il ne comprendrait ce qui s’était passé, comment j’avais pu en un instant disparaître avec son fétiche qu’il montrait à tout va comme un signe extérieur de richesse.<br />
<br />
Le bracelet tout en cuir était trop grand pour moi, même en le serrant au maximum, aussi je me contentais de tenir la montre dans ma main. A ma grande surprise, je remarquai que la trotteuse marquait toujours le compte des secondes. Était ce parce que je la tenais que la montre de mon père avait repris vie ? jamais je n’eu réellement la réponse, mais m’avait apprit la première règle du Temps arrêté : si je touchais un objet, il cessais d’être pétrifié. C’est pour cela que je pouvais ouvrir les portes, actionner les stores et me servir de ma console de jeu portable.<br />
<br />
Une fois mon sac prêt, je fit le tour des chambres pour aller voir mes frères une dernière fois. Leur adressant un adieu qu’il n’entendraient jamais, je terminais en me blottissant contre ma mère avant de sortir de la maison.<br />
<br />
Plus jamais je n’eu de nouvelle des miens.<br />
<br />
***<br />
<br />
La montre me permis de suivre l’écoulement du Temps lorsque tout était figé, et il s’écoula 11 heures et 30 minutes environ avant que les choses reviennent à la normal. Durant ce temps, j’avais marché jusqu’à l’autre bout de la ville et trouvé refuge dans un cinéma. Durant 5 ou 6 heures, avant que le Temps ne reparte, j’étais passé de salle en salle pour regardé stupéfait l’image figé sur l’écran blanc. J’arpentais la salle, regardant les gens et leur yeux braqué sur le film tout aussi à l’arrêt qu’eux même. Par jeu, je m’amusais à picorer dans les seau de pop-corn installé sur les genoux des spectateurs, jouissant de cette impunité.<br />
<br />
Et puis il y’avait cette jeune femme.<br />
<br />
J’étais certes jeune pour penser à la chose, mais elle était d’une beauté époustouflante. La lumière pale de l’écran dessinait sur elle un kaléidoscope de couleur qui lui donnait l’air d’une peinture pop art (bien qu’a l’époque je n’étais pas capable de reconnaître ce style). Elle était étrangement seule, et ne semblait pas intéressée par le film. Âgé d’une vingtaine d’année, les cheveux châtains clairs, elle avait le regard dans le vague, tout juste tourné dans la bonne direction.<br />
<br />
Je pris place dans le siège voisin tout en l’observant, et restait ainsi presque une heure durant. Son parfum doux et sucrée titillait mes narines, distillant un sentiment paisible en moi. Si je devais avoir une petite amie, j’aurais voulut qu’elle ait ce visage. Bien que j’en ai l’opportunité, je n’ai ni voulut fouiller son sac pour connaitre son nom, ni la toucher ne serait ce que du bout des doigts. Je restais simplement près d’elle, dans le calme de ce doux entrelacement entre deux instant, jusqu’à ce que mon cœur s’apaise de toute cette folie.<br />
<br />
Finalement au bout de quelques heures, je quittais ma belle inconnu avec le sentiment étrange d’avoir abusé de la situation. Plus tard je réaliserai que ça avait été le cas.<br />
<br />
Je n’avais jamais autant marché que ce jour là… ou devrais je dire ce moment là ? En effet, dans la réalité du temps, il ne s’était même pas écoulé une seconde. Pourtant, lorsque le Temps se remit en marche, j’avais marché plus de 25km, sans me presser.<br />
<br />
***<br />
<br />
Ainsi avait commencé ma vie d’aventure.<br />
<br />
Il ne me fallut pas longtemps pour apprendre à maîtriser mon don. Car en effet, c’était moi et moi seule qui stoppait et relançait le Temps. Je pouvais ainsi obtenir ce que je voulais, et personne ne pouvait m’arrêter. S’il me fallait de l’argent, je n’avais qu’a faire les poches des gens dans la rue même si je m’imposait de ne pas prendre plus d’un billet par personne et toujours les plus petits.<br />
<br />
Si un jour vous avez eu l’impression qu’il manquait de la monnaie dans vos poches, il se peut que nous nous soyons croisé…<br />
<br />
Pour un ado c’était la belle vie. Ni contrainte, ni obligation, juste la liberté absolue.<br />
<br />
Et c’est ainsi que durant une dizaine d’année, je vécu libre comme l’air, arpentant le pays, expérimentant et découvrant les limites de mon pouvoir ainsi que toutes les manières de l’exploiter.<br />
<br />
Oui je le confesse, j’ai profité de mon don pour extorquer de l’argent, voler ce qui me faisait envie, et d’autres choses dont je ne suis pas très fier. Les quelques règles de moral que j’avais voulut me fixer au début volèrent en éclat devant l’impunité totale dont je jouissais, et c’est finalement contre mes propres dérive que je devais lutter.<br />
<br />
Il me fallut du temps pour comprendre que cette vie facile ne me mènerait à rien, aussi je décidais de me faire une vie « normal » et d’arrêter d’errer sans réel but.<br />
<br />
Je fis donc des études tout en ayant un petit boulot à côté. C’était plutôt facile, car contrairement aux autres étudiants, je pouvait prendre tout le temps dont j’avais besoin pour réviser, et si l’envie me prenait de faire la grasse mâtiné, je n’arrivais malgré tout jamais en retard au travail.<br />
<br />
Ce temps ci rare et précieux pour tous, j’en avais en abondance, et profitait ainsi de la vie bien plus que quiconque.<br />
<br />
J’obtins mon diplôme avec mention, et put entrer dans une grande entreprise où là encore il me fut facile de faire mes preuves. A chaque problème, je n’avais qu’a geler le Temps et agir en conséquence : retaper un rapport, prendre le temps de réfléchir à une idée… du coup je semblait être aux yeux de tous un génie capable de sortir de son chapeau des solutions à toutes éventualités. Tout le monde croyais que j’étais un génie de l’anticipation, mais j’étais surtout un opportuniste patenté.<br />
<br />
Continuant à explorer les possibles, j’utilisais durant mes loisirs mon don pour faire de la magie en amateur : retrouver une carte, mélanger un jeu carte à la vitesse de l’éclair, ce n’était qu’une formalité pour moi.<br />
<br />
J’étais devenu le type le plus détesté de l’entreprise, tant mon ascension sociale fût foudroyante. A moins de 25 ans, j’étais déjà en bonne place pour être nommé directeur adjoint du service, au grand dam de tout ceux qui avaient trimé toute leur vie pour la même chose.<br />
<br />
Je me moquais d’eux et de leurs avis sur moi : au contraire, mon ego savourais chaque froncement de sourcil, chaque signe de leur désarrois, chaque tentative de me déstabiliser…<br />
<br />
C’était perdu d’avance pour eux de toute façon : j’étais inébranlable, je pouvais me sortir de toutes les situations, prendre le temps de jouer le meilleur coup et bien sûr, agir sans limite. La stase me sortait de toutes les situations périlleuses, et me permettait les vengeances les plus cruels qui soient.<br />
<br />
Tout ce pouvoir m’avait donné ce que j’avais naïvement cru être du respect, mais qui n’était en fait que de la crainte.<br />
<br />
Et c’est ainsi que malgré tout mon pouvoir, je ne put éviter l’inévitable : tous les gens du bureau se liguèrent contre moi.<br />
<br />
Au début, je me disais que je pourrais m’en tirer comme d’habitude à coup de stase, mais ce que je n’avais pas prévu, c’était que face au nombre cela ne servait à rien.<br />
<br />
Au échecs, il existe un terme qui décrit cela : le Zugzwang. C’est une position ou le meilleur coup à jouer… c’est de ne pas jouer. Le problème de ce coup, c’est que dans les échecs comme dans la vie, on ne peut pas passer son tour.<br />
<br />
Et c’est ainsi que ma vie professionnelle devint un Zugzwang permanent : j’avais beau stopper le Temps, les autres m’avaient bloqué toutes les possibilités. Je ne pouvais que m’enfermer dans la stase pendant des heures à essayer en vain de trouver une solution.<br />
<br />
Je devins de plus en plus amer, jusqu’à finalement devenir un véritable salaud, usant de mon pouvoir pour faire du mal au gens. Crever des pneus, voler des documents et les balancer à la poubelle, mettre du laxatif dans les cafés… j’en étais à un point ou mon humanité s’effaçait à toute allure pour ne laisser place qu’a des sentiments négatifs.<br />
<br />
Pourtant, dans cet océan de noirceur, une lueur ce mit à briller lorsque je fis la rencontre de la femme de ma vie : Maxine.<br />
<br />
Elle travaillait chez un de nos fournisseurs et était venue faire une présentation pour je ne sais plus trop quoi. Et il y’avait une bonne raison à ce trou de mémoire : à peine fût elle entrée dans la salle de conférence que je tombais éperdument amoureux d’elle.<br />
<br />
Maxine était une jeune femme énergique qui ne ménageait pas sa peine pour rendre sa présentation vivante. Sollicitant chaque membre de l’assemblé du regard, se déplaçant dans la salle afin de créer de l’animation, elle menait son affaire tambour battant. Lorsqu’à mon tour elle me fixa, je stoppais le Temps pour savourer ce moment, apprécier les contours de son visage, et tout simplement la fixer comme on fixe une toile de maître.<br />
<br />
Comme à mon habitude dans ses cas là, je pris quelques minutes pour aller fouiller son sac histoire d’en apprendre un peu plus sur elle. Avec le temps je réalise ce que cette façon d’agir était abjecte, mais je tiens à ce que mon histoire soit la plus honnête possible et ne vous cacher aucun détail.<br />
<br />
Sous de faux prétexte, je repris contact avec elle. En quelques mois, je changeait notre relation professionnelle en une relation amicale. Plus je passais de temps avec elle, plus mes sentiments s’affirmaient, et plus j’abusais de la stase pour briller à ses yeux.<br />
<br />
A force d’effort, je réussi à la convaincre de sortir avec moi. Ce fût sans doute la période la plus heureuse de ma vie, à tel point que je savourais chaque seconde passé en sa présence et qu’il s’écoula quasiment une année sans que je n’arrête le Temps.<br />
<br />
Nous étions sur un petit nuage, et rien ne semblait pouvoir briser cette belle harmonie. Mais la vérité c’était que celui sur le nuage c’était moi, et moi seul.<br />
<br />
Maxine avait de plus en plus de mal à supporter la vie que je nous avais bâtit. Mon don avait fini par faire de moi un manipulateur, et je n’avais pas forcément besoin d’arrêter le temps pour ourdir mes plans. J’étais devenu calculateur, et j’avais appris à utiliser le Zugzwang contre les autres. Mettre la pression, limiter les options et finalement obtenir ce que je voulais sans aucune considération pour elle : c’était à ça que j’en étais réduit.<br />
<br />
Mais comme souvent dans ces cas là, on se croit au dessus de tout ça. On se dit qu’on à le contrôle, que rien ne peut échoué. C’est vrai après tout ? je contrôlais le Temps le lui même ! que pouvais je craindre ? J’étais un être d’exception et je contrôlais ma vie et celle de mes proches.<br />
<br />
Depuis quelques temps je sentais que Maxine était distante, anxieuse et même parfois craintive. J’attribuais ça à une « mauvaise passe » au boulot, ou bien à un coup de fatigue saisonnier. Ce genre de chose arrive, ça n’avait rien d’inquiétant. Sauf que son état dura des semaines, puis des mois entiers.<br />
<br />
Alors j’ai commencé à la suivre. C’était facile pour moi : il me suffisait de lui laisser 20 mètres d’avance dans la rue, un petit coup de stase, j’avance, je repère sa direction, et zou on recommence. Je pouvais prendre la veste de quelqu’un ou attraper un chapeau pour être encore plus anonyme, je pouvais soudainement être sur le trottoirs d’en face, et disparaître en un clin d’œil si jamais par hasard je risquait de rentrer dans son champ de vision.<br />
<br />
La suite est facile à deviner : Maxine voyait un autre homme. Dans un premier temps je niais l’évidence, puis de rage je voulut tuer son soupirant. Ils étaient à un terrasse de café, se tenant les mains et s’adressant des regards tendres.<br />
<br />
M’approchant d’eux, figé dans leur bonheur, je fus envahi par une bouffé de haine. Je giflait Maxine de toutes mes forces bousculant à peine son visage. Et puis ce fût Lui l’objet de mon attention. Fouillant ses poches, je trouvais ses papiers. Il s’appelait Clément, avait tout juste 25 ans, et étudiait dans une fac de la région. Scrutant les tables alentours, je cherchais de quoi passer mes nerfs sur lui.<br />
<br />
Et puis j’eu une idée absolument ignoble.<br />
<br />
Lorsque le Temps était figé, je pouvais tout à fait interagir avec des objets simple (avec une limite pour les appareils électrique puisque je ne pouvais sortir de la stase le courant nécessaire à les faire fonctionner) et les positionner à ma guise. Ainsi, je pouvais prendre un couteau et lui planter dans le cœur, ou bien lui fracasser une chaise sur la tête. Certes sur l’instant cela ne ferait rien, mais lorsque je réactiverais le temps, les effets seraient bien réel.<br />
<br />
Je savourais cette idée de le voir soudainement sentir quelque chose planter dans sa poitrine, sans comprendre le comment ou le pourquoi, je me délectais d’avance du visage de Maxine, effrayée par la chemise de son amant qui se maculerait de rouge en une seconde. La peur, l’horreur, l’incompréhension et l’impuissance, tout ce que je ressentais je voulais lui infliger, et même pire encore.<br />
<br />
Le plan était clair dans mon esprit, il fallait passer à l’exécution. J’entrais donc dans la salle du restaurant en quête d’un couteau adéquat pour commettre mon crime. Je tentais donc ma chance du côté des cuisines, et comme je le pensais, un superbe attirail de couteaux japonais aux lames affûtées au laser me tendais les bras.<br />
<br />
Je pris celui dont la lame ressemblait le plus à celle d’un poignard et me précipitais au dehors pour accomplir ma sinistre besogne. La haine faisait battre mon cœur à cent à l’heure. Ma vengeance divine allait s’abattre, implacable et injuste…<br />
<br />
Comme celle de mon père.<br />
<br />
Le couteau à la main, je cherchais la bonne position pour frapper : même si la stase s’annulait pour ce que je touchais, il y’avait malgré tout une infime inertie cotonneuse qui m’obligeait à forcer chacun de mes gestes. Devais je frapper de haut en bas ? pousser fort en avant ? Peut être que je pouvais me contenter de lui trancher la gorge ce qui demanderait bien moins d’effort ?<br />
<br />
Cette solution me parut d’autant plus séduisante qu’elle provoquerait un geyser de sang bien plus spectaculaire. Oui, cela peut paraître d’une barbarie sans nom, et moi même en me relisant je peine à croire que j’ai put agir de la sorte.<br />
<br />
Toujours est il que, optant pour ma nouvelle option, je me plaçait derrière Clément, pointant la lame sous sa gorge. Dans une ultime geste de sadisme, je me penchais à son oreille pour y glisser une remarque macabre, quand mes yeux croisèrent ceux que Maxine.<br />
<br />
C’est alors que ma colère se transforma en une tristesse infinie.<br />
<br />
Ce regard, c’était celui qu’elle avait eut pour moi tout ce temps, pendant ses moments heureux ou j’étais simplement moi même. C’était ce regard plein d’amour que j’avais détourné de moi à force de ne plus le chercher. Et si maintenant c’était lui qui lui inspirait ce sentiment, je n’étais pas victime, mais coupable.<br />
<br />
Le couteau m’échappa des mains et se mit à flotter. Mon visage devint brûlant, et soudain un éclair de lucidité me frappa. Je tombais à genoux, pleurant et hurlant de terreur à l’idée de ce que j’avais faillit commettre.<br />
<br />
En me fiant à la montre de mon père, je réalisais que j’étais resté à peut près deux heures étalé sur sol, alternant crise de larme et d’angoisse, suffoquant devant ma propre monstruosité.<br />
<br />
Je devais partir et vite.<br />
<br />
De retour à la maison, je réactivais le Temps et fit pour la première fois une chose pourtant banale : attendre.<br />
<br />
***<br />
<br />
Terrassé par la fatigue et le stress, je m’étais endormi sur la grande banquette marron clair du salon, et ne fût réveillé que par le bruit de Maxine ouvrant la porte. Mon premier réflexe fût de figer le Temps pour réfléchir à ce que j’allais dire, mais je compris que c’était la cause de mes problèmes. Je décidais donc de ne plus compter sur la stase pour gérer cette épreuve.<br />
<br />
Dès qu’elle m’aperçue, Maxine compris que je savais tout. Elle ne chercha pas à nier, ou à trouver de vaine réponse. Alors que je pensais que cet aveux la libérerait d’un fardeau, il fût finalement une grande source de peine. C’est alors que je compris qu’en fait elle voulait tout simplement m’éviter de souffrir.<br />
<br />
Le mal était fait, d’un côté comme de l’autre, et je savais que quelque chose en moi c’était brisé pour toujours. Il fallait que je disparaisse, loin de Maxine, et loin cette vie d’apparence. J’avais construit une existence sur le sable, pensant que je pouvais tricher avec tout le monde, et finalement la roue avait tournée et balayée d’une traite ce que je pensais acquis.<br />
<br />
Me rendant dans la chambre, je fis rapidement mon sac, sans même user de la stase, et comme dans mon enfance, je m’apprêtais à partir pour toujours.<br />
<br />
Sur le seuil de la porte, Maxine essaya de me retenir. Elle avait peur de ce qui pouvait m’arriver, et me disait que c’était à elle de s’en aller. Mais elle savait que je n’étais pas du genre qu’on pouvait convaincre. Elle céda, et en guise d’ultime adieu m’embrassa comme jamais auparavant. Je sentais qu’elle pressait fort ses lèvres contre moi et qu’elle passait la main sur mon épaule avant de m’enlacer tendrement.<br />
<br />
Ah si seulement j’avais put nous pétrifier pour toujours ainsi…<br />
<br />
Je n’eu pas le courage de résister à la tentation, et figeait ainsi le temps dans ce moment parfait. La stase faisait que je ne sentais ni faim, ni soif, ni sommeil, me permettant de rester ainsi aussi longtemps que je le souhaitais.<br />
<br />
Chaque fois que je voulais en finir, chaque fois qu’un peu de courage me poussait a faire cesser la stase et à partir, je me blottissais contre Maxine, m’enivrant de son parfum, caressant son visage et ses cheveux, comme pour les retenir encore et toujours.<br />
<br />
Il me fallut environ 3 mois (difficile de mesurer précisément ce genre de délais avec une simple montre) pour me décider à rompre la stase et finalement quitter Maxine.<br />
<br />
Bien décidé à ne plus jamais souffrir ainsi, je décidais de vivre pour toujours dans la stase.<br />
<br />
***<br />
<br />
Et c’est ainsi que ce précise le dernier acte de mon histoire. J’ose espérer que vous lui trouverez maintenant du sens, et qu’elle vous éclairera sur la situation. Au pire, j’espère qu’au moins elle vous donnera à réfléchir sur ce Temps qui passe et à quoi on le consacre.<br />
<br />
Cela faisait 47 ans que je vivais hors du Temps, sans jamais quitter le stase une seule seconde. Je vivais donc ainsi dans une seule et unique journée. Je l’avais choisie ensoleillé pour avoir au moins le plaisir de la lumière, mais à force d’errer comme je le faisais depuis tout ce « temps » j’avais atteint le nord du pays et le soleil n’était plus de la partie.<br />
<br />
Je passais le temps en lisant, dévorant des rayonnages entiers de bibliothèque. J’arpentais les rues en prenant bien soin de n’avoir aucun contact avec qui que ce soit, trop effrayé que cela puisse réactiver le Temps à mon insu.<br />
<br />
Ayant cette éternité devant moi, je fût effrayé de ce qu’elle me réservait. L’esprit humain n’était pas fait pour un tel supplice, et j’en étais venu à chercher une solution afin d’en finir. Je pourrais réactiver le Temps, et vivre, en attendant qu’arrive la fin, mais ça non plus je ne le supportais pas.<br />
<br />
Et nous y voila : moi coincé entre la peur de la vie et la peur de cette existence hors du Temps. Encore le Zugzwang, l’inertie comme Enfer personnel.<br />
<br />
Je laisse donc cette lettre comme le témoin de mon tourment, mais aussi de celui de ma réussite. Car si vous lisez cette histoire que je couche sur le papier, alors cela veut dire que j’ai quitté la stase, et que le Temps à reprit son court normal même juste pour quelques instant.<br />
<br />
Si vous trouvez ce message, j’aurais quitté ma prison et retrouvé la force d’affronter la vie.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**L’homme à l’autre bout du Temps**<br />
<br />
A vous qui lisez ce texte, je souhaiterai faire cette confession. Elle vous semblera l’absurde produit de l’esprit d’un homme perturbé, mais croyez le ou pas, chaque mot, chaque fait narré dans ce récit est la stricte vérité.<br />
<br />
Il vous semblera dès les premières ligne qu’il s’agit d’une lettre de suicidaire ou bien la fantasmagorie d’un homme à la dérive, mais je vous prie de prendre le temps d’aller au bout de cette histoire, qu’elle n’ait pas été écrite pour rien.<br />
<br />
Tout commença lorsque agé de douze ans, mon père dans une de ses crises de fureurs dont il était coutumier, décida de passer ses nerfs sur moi. N’écoutant pas les suppliques de ma mère qui gisait à genoux sur le sol et le nez en sang après avoir reçue un gifle magistrale, il retira sa ceinture pour me frapper avec comme lui même l’avait été par mon grand père lorsqu’il était enfant.<br />
<br />
Le cycle de la violence.<br />
<br />
Ma mère insistait avec tout ce qui lui restait de force, cramponné à la jambe de mon père qui d’une voix posé et méthodique, lui expliquait qu’un enfant tout comme une épouse se devait d’obéir à l’autorité masculine sans geindre ni se plaindre.<br />
<br />
De son imposante main d’ouvrier des forges, mon père me saisit par le bras et me traina dans la maison jusqu’au mur situé au bout du couloir menant à nos chambres à moi et mes frères. Je connaissais la chanson, je devais me tourner, baisser mon pantalon et mettre les mains contre le mur en attendant la sentence.<br />
<br />
Etrangement, le pourquoi je m’étais retrouvé dans cette facheuse position s’était depuis longtemps échappé de ma mémoire. Par contre, ce qui se déroula resta gravé au fer rouge dans mon esprit, bouleversant ma vie comme rien d’autre auparavant, et rien d’autre après.<br />
<br />
Mon père s’assura d’avoir une bonne prise en faisant claquer son fouet improvisé sur le sol. Moi j’attendais, tremblant et sanglotant autant de peur que de colère, prenant de grande respiration sans vraiment savoir pourquoi.<br />
<br />
Ma mère poussa un cri de terreur qui me fit fermer les yeux le temps d’un instant qui me parut une éternité…<br />
<br />
Rien n’aurait été plus vraie.<br />
<br />
Un silence assourdissant se glissa dans mes oreilles, comme si soudain le monde entier avait retenue son souffle. Je me crispais, attendant la morsure cinglante de la ceinture en priant pour que mon père n’ai pas utilisé le coté avec la boucle.<br />
<br />
Mais rien ne vint. Ni la douleur, ni le claquement vif sur la peau, ni les pleurs de ma mère. J’étais toujours debout, avec en face de moi ce satané mur devant lequel je m’étais si souvent placé en attendant mes châtiments. D’ailleurs, cette image était tellement imprimé dans mon regard que j’aurais sans doute put redessiner chaque craquelure dans le beton, chaque infime nervure de la peinture, chaque nuance de la couleur usée par le temps.<br />
<br />
En attendant, il y’avait toujours ce silence effroyable.<br />
<br />
J’aurait été incapable de dire combien de temps s’écoula, mais je fini par tourner la tête, lentement, craignant d’être foudroyé par mon père si j’osais lui adresser un regard trop vif. Mais finalement, ce n’était pas moi qui avait été foudroyé.<br />
<br />
Mon père se tenait devant moi, le bras dressé en l’air, tenant dans sa main la ceinture dont le mouvement figé dessinait une courbe harmonieuse. Derrière lui, ma mère aussi était là, pétrifié par une invisible gorgone qui semblait m’avoir épargnée.<br />
<br />
Fasciné, je ne cherchais même pas à comprendre ce qui était en train de se passer. J’étais simplement hypnotisé par cette scène surréaliste dont je ne saurai dire combien de temps elle dura.<br />
<br />
Finalement je me décidai à bouger et à  m’approcher de mon père. D’abord craintif, je me mis à savourer mon impunité : je le touchais d’une petite pichenette, du bout des doigts, mais il n’eut aucune réaction. Je tapais un peu plus fort, mais il restait toujours figé.<br />
<br />
J’ignorais à quel Dieu je devais un tel prodige, mais je comptais bien honorer son présent comme il se devait. Le souvenir de toutes les roustes que j’avais reçu brûla chaque parcelle de mon corps, m’enivrant ainsi d’un désir de vengeance. Je me mis à taper comme sourd dans les flancs à découvert de mon père, comme s’il était un punching ball humain.<br />
<br />
Pourtant au bout de quelques instants seulement, l’envie me quitta. Il était toujours immobile, toujours figé, ne montrant aucun signe de douleur. Je voulu alors essayer de le renverser, pour voir s’il garderait sa pose de statue en tombant, mais il semblait inamovible.<br />
<br />
Je prêtais alors attention à ma mère. La paralysie lui donnait un rictus qui accentuait encore plus la violence marquée sur de son visage tuméfié.<br />
<br />
Et puis il y’avait cette goutte de sang.<br />
<br />
Elle flottait à quelques centimètre sous son nez, dessinant une perle rubis en suspension dans l’air comme si c’était la chose la plus évidente au monde.<br />
<br />
Une peur inquiétante se mit à grandir en moi. Je commençais à réaliser que ma situation était tout à fait anormal. Mais surtout, je commençais à réaliser ce qui se passait vraiment.<br />
<br />
Le Temps s’était arrêté.<br />
<br />
Afin de confirmer ma théorie, je me mis à arpenter la maison, puis réalisant que je n’y trouverais rien de signifiant, je pris la décision de jeter un coup d’œil dehors par la grande fenêtre du salon.<br />
<br />
Pour la première fois, je pu voir le monde comme s’il n’était qu’une photo.<br />
<br />
Les passants, les voitures, les oiseaux prenant leur envol, tous étaient figés, paralysés, pétrifiés. L’invisible Gorgone avait poussé le souci du détail en figeant aussi bien les insectes que la poussière.<br />
<br />
J’étais le seul être vivant capable de se mouvoir dans cette stase généralisé… le seul à ne pas être prisonnier de la léthargie.<br />
<br />
Je sais qu’a ce moment de mon récit, vous allez vraiment me prendre pour un fou et jeter ma lettre. Pourtant j’insiste pour que vous me lisiez jusqu’au bout et qu’ensuite seulement vous décidiez de croire ou pas à mon histoire.<br />
<br />
La peur passé, je me demandais si j’allais rester pris entre deux segment du Temps pour toujours. Peut être qu’au bout d’un certains temps tout allait se remettre en marche ? peut être que je devais faire quelque chose ? prononcer une formule magique ? me concentrer très fort ?<br />
<br />
Au bout du compte, à cet instant, ça ne comptait pas pour moi. J’avais l’opportunité de ne plus jamais subir le courroux de mon père, aussi je pris la décision de quitter la maison. Prenant tout mon temps, je faisais mon sac en prenant quelques vêtements et un peu de nourriture. Je fis aussi les poches de mon père pour lui prendre de l’argent, et conscient que les quelques billets que j’y trouvais ne me feraient pas long feu, je lui pris aussi sa montre de luxe qu’il portait fièrement au poignet.<br />
<br />
Tandis que je le délestais, je ne pouvais m’empêcher de le fixer du regard, craignant sans doute qu’il ne se réveille d’un seul coup et me punisse encore plus. Mais j’étais trop galvaniser pour m’arrêter. Sa montre, sa précieuse montre qu’il bichonnait mieux qu’aucun de ses enfants, j’allais en faire mon trophée. Jamais il ne comprendrait ce qui s’était passé, comment j’avais pu en un instant disparaître avec son fétiche qu’il montrait à tout va comme un signe extérieur de richesse.<br />
<br />
Le bracelet tout en cuir était trop grand pour moi, même en le serrant au maximum, aussi je me contentais de tenir la montre dans ma main. A ma grande surprise, je remarquai que la trotteuse marquait toujours le compte des secondes. Était ce parce que je la tenais que la montre de mon père avait repris vie ? jamais je n’eu réellement la réponse, mais m’avait apprit la première règle du Temps arrêté : si je touchais un objet, il cessais d’être pétrifié. C’est pour cela que je pouvais ouvrir les portes, actionner les stores et me servir de ma console de jeu portable.<br />
<br />
Une fois mon sac prêt, je fit le tour des chambres pour aller voir mes frères une dernière fois. Leur adressant un adieu qu’il n’entendraient jamais, je terminais en me blottissant contre ma mère avant de sortir de la maison.<br />
<br />
Plus jamais je n’eu de nouvelle des miens.<br />
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***<br />
<br />
La montre me permis de suivre l’écoulement du Temps lorsque tout était figé, et il s’écoula 11 heures et 30 minutes environ avant que les choses reviennent à la normal. Durant ce temps, j’avais marché jusqu’à l’autre bout de la ville et trouvé refuge dans un cinéma. Durant 5 ou 6 heures, avant que le Temps ne reparte, j’étais passé de salle en salle pour regardé stupéfait l’image figé sur l’écran blanc. J’arpentais la salle, regardant les gens et leur yeux braqué sur le film tout aussi à l’arrêt qu’eux même. Par jeu, je m’amusais à picorer dans les seau de pop-corn installé sur les genoux des spectateurs, jouissant de cette impunité.<br />
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Et puis il y’avait cette jeune femme.<br />
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J’étais certes jeune pour penser à la chose, mais elle était d’une beauté époustouflante. La lumière pale de l’écran dessinait sur elle un kaléidoscope de couleur qui lui donnait l’air d’une peinture pop art (bien qu’a l’époque je n’étais pas capable de reconnaître ce style). Elle était étrangement seule, et ne semblait pas intéressée par le film. Âgé d’une vingtaine d’année, les cheveux châtains clairs, elle avait le regard dans le vague, tout juste tourné dans la bonne direction.<br />
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Je pris place dans le siège voisin tout en l’observant, et restait ainsi presque une heure durant. Son parfum doux et sucrée titillait mes narines, distillant un sentiment paisible en moi. Si je devais avoir une petite amie, j’aurais voulut qu’elle ait ce visage. Bien que j’en ai l’opportunité, je n’ai ni voulut fouiller son sac pour connaitre son nom, ni la toucher ne serait ce que du bout des doigts. Je restais simplement près d’elle, dans le calme de ce doux entrelacement entre deux instant, jusqu’à ce que mon cœur s’apaise de toute cette folie.<br />
<br />
Finalement au bout de quelques heures, je quittais ma belle inconnu avec le sentiment étrange d’avoir abusé de la situation. Plus tard je réaliserai que ça avait été le cas.<br />
<br />
Je n’avais jamais autant marché que ce jour là… ou devrais je dire ce moment là ? En effet, dans la réalité du temps, il ne s’était même pas écoulé une seconde. Pourtant, lorsque le Temps se remit en marche, j’avais marché plus de 25km, sans me presser.<br />
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***<br />
<br />
Ainsi avait commencé ma vie d’aventure.<br />
<br />
Il ne me fallut pas longtemps pour apprendre à maîtriser mon don. Car en effet, c’était moi et moi seule qui stoppait et relançait le Temps. Je pouvais ainsi obtenir ce que je voulais, et personne ne pouvait m’arrêter. S’il me fallait de l’argent, je n’avais qu’a faire les poches des gens dans la rue même si je m’imposait de ne pas prendre plus d’un billet par personne et toujours les plus petits.<br />
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Si un jour vous avez eu l’impression qu’il manquait de la monnaie dans vos poches, il se peut que nous nous soyons croisé…<br />
<br />
Pour un ado c’était la belle vie. Ni contrainte, ni obligation, juste la liberté absolue.<br />
<br />
Et c’est ainsi que durant une dizaine d’année, je vécu libre comme l’air, arpentant le pays, expérimentant et découvrant les limites de mon pouvoir ainsi que toutes les manières de l’exploiter.<br />
<br />
Oui je le confesse, j’ai profité de mon don pour extorquer de l’argent, voler ce qui me faisait envie, et d’autres choses dont je ne suis pas très fier. Les quelques règles de moral que j’avais voulut me fixer au début volèrent en éclat devant l’impunité totale dont je jouissais, et c’est finalement contre mes propres dérive que je devais lutter.<br />
<br />
Il me fallut du temps pour comprendre que cette vie facile ne me mènerait à rien, aussi je décidais de me faire une vie « normal » et d’arrêter d’errer sans réel but.<br />
<br />
Je fis donc des études tout en ayant un petit boulot à côté. C’était plutôt facile, car contrairement aux autres étudiants, je pouvait prendre tout le temps dont j’avais besoin pour réviser, et si l’envie me prenait de faire la grasse mâtiné, je n’arrivais malgré tout jamais en retard au travail.<br />
<br />
Ce temps ci rare et précieux pour tous, j’en avais en abondance, et profitait ainsi de la vie bien plus que quiconque.<br />
<br />
J’obtins mon diplôme avec mention, et put entrer dans une grande entreprise où là encore il me fut facile de faire mes preuves. A chaque problème, je n’avais qu’a geler le Temps et agir en conséquence : retaper un rapport, prendre le temps de réfléchir à une idée… du coup je semblait être aux yeux de tous un génie capable de sortir de son chapeau des solutions à toutes éventualités. Tout le monde croyais que j’étais un génie de l’anticipation, mais j’étais surtout un opportuniste patenté.<br />
<br />
Continuant à explorer les possibles, j’utilisais durant mes loisirs mon don pour faire de la magie en amateur : retrouver une carte, mélanger un jeu carte à la vitesse de l’éclair, ce n’était qu’une formalité pour moi.<br />
<br />
J’étais devenu le type le plus détesté de l’entreprise, tant mon ascension sociale fût foudroyante. A moins de 25 ans, j’étais déjà en bonne place pour être nommé directeur adjoint du service, au grand dam de tout ceux qui avaient trimé toute leur vie pour la même chose.<br />
<br />
Je me moquais d’eux et de leurs avis sur moi : au contraire, mon ego savourais chaque froncement de sourcil, chaque signe de leur désarrois, chaque tentative de me déstabiliser…<br />
<br />
C’était perdu d’avance pour eux de toute façon : j’étais inébranlable, je pouvais me sortir de toutes les situations, prendre le temps de jouer le meilleur coup et bien sûr, agir sans limite. La stase me sortait de toutes les situations périlleuses, et me permettait les vengeances les plus cruels qui soient.<br />
<br />
Tout ce pouvoir m’avait donné ce que j’avais naïvement cru être du respect, mais qui n’était en fait que de la crainte.<br />
<br />
Et c’est ainsi que malgré tout mon pouvoir, je ne put éviter l’inévitable : tous les gens du bureau se liguèrent contre moi.<br />
<br />
Au début, je me disais que je pourrais m’en tirer comme d’habitude à coup de stase, mais ce que je n’avais pas prévu, c’était que face au nombre cela ne servait à rien.<br />
<br />
Au échecs, il existe un terme qui décrit cela : le Zugzwang. C’est une position ou le meilleur coup à jouer… c’est de ne pas jouer. Le problème de ce coup, c’est que dans les échecs comme dans la vie, on ne peut pas passer son tour.<br />
<br />
Et c’est ainsi que ma vie professionnelle devint un Zugzwang permanent : j’avais beau stopper le Temps, les autres m’avaient bloqué toutes les possibilités. Je ne pouvais que m’enfermer dans la stase pendant des heures à essayer en vain de trouver une solution.<br />
<br />
Je devins de plus en plus amer, jusqu’à finalement devenir un véritable salaud, usant de mon pouvoir pour faire du mal au gens. Crever des pneus, voler des documents et les balancer à la poubelle, mettre du laxatif dans les cafés… j’en étais à un point ou mon humanité s’effaçait à toute allure pour ne laisser place qu’a des sentiments négatifs.<br />
<br />
Pourtant, dans cet océan de noirceur, une lueur ce mit à briller lorsque je fis la rencontre de la femme de ma vie : Maxine.<br />
<br />
Elle travaillait chez un de nos fournisseurs et était venue faire une présentation pour je ne sais plus trop quoi. Et il y’avait une bonne raison à ce trou de mémoire : à peine fût elle entrée dans la salle de conférence que je tombais éperdument amoureux d’elle.<br />
<br />
Maxine était une jeune femme énergique qui ne ménageait pas sa peine pour rendre sa présentation vivante. Sollicitant chaque membre de l’assemblé du regard, se déplaçant dans la salle afin de créer de l’animation, elle menait son affaire tambour battant. Lorsqu’à mon tour elle me fixa, je stoppais le Temps pour savourer ce moment, apprécier les contours de son visage, et tout simplement la fixer comme on fixe une toile de maître.<br />
<br />
Comme à mon habitude dans ses cas là, je pris quelques minutes pour aller fouiller son sac histoire d’en apprendre un peu plus sur elle. Avec le temps je réalise ce que cette façon d’agir était abjecte, mais je tiens à ce que mon histoire soit la plus honnête possible et ne vous cacher aucun détail.<br />
<br />
Sous de faux prétexte, je repris contact avec elle. En quelques mois, je changeait notre relation professionnelle en une relation amicale. Plus je passais de temps avec elle, plus mes sentiments s’affirmaient, et plus j’abusais de la stase pour briller à ses yeux.<br />
<br />
A force d’effort, je réussi à la convaincre de sortir avec moi. Ce fût sans doute la période la plus heureuse de ma vie, à tel point que je savourais chaque seconde passé en sa présence et qu’il s’écoula quasiment une année sans que je n’arrête le Temps.<br />
<br />
Nous étions sur un petit nuage, et rien ne semblait pouvoir briser cette belle harmonie. Mais la vérité c’était que celui sur le nuage c’était moi, et moi seul.<br />
<br />
Maxine avait de plus en plus de mal à supporter la vie que je nous avais bâtit. Mon don avait fini par faire de moi un manipulateur, et je n’avais pas forcément besoin d’arrêter le temps pour ourdir mes plans. J’étais devenu calculateur, et j’avais appris à utiliser le Zugzwang contre les autres. Mettre la pression, limiter les options et finalement obtenir ce que je voulais sans aucune considération pour elle : c’était à ça que j’en étais réduit.<br />
<br />
Mais comme souvent dans ces cas là, on se croit au dessus de tout ça. On se dit qu’on à le contrôle, que rien ne peut échoué. C’est vrai après tout ? je contrôlais le Temps le lui même ! que pouvais je craindre ? J’étais un être d’exception et je contrôlais ma vie et celle de mes proches.<br />
<br />
Depuis quelques temps je sentais que Maxine était distante, anxieuse et même parfois craintive. J’attribuais ça à une « mauvaise passe » au boulot, ou bien à un coup de fatigue saisonnier. Ce genre de chose arrive, ça n’avait rien d’inquiétant. Sauf que son état dura des semaines, puis des mois entiers.<br />
<br />
Alors j’ai commencé à la suivre. C’était facile pour moi : il me suffisait de lui laisser 20 mètres d’avance dans la rue, un petit coup de stase, j’avance, je repère sa direction, et zou on recommence. Je pouvais prendre la veste de quelqu’un ou attraper un chapeau pour être encore plus anonyme, je pouvais soudainement être sur le trottoirs d’en face, et disparaître en un clin d’œil si jamais par hasard je risquait de rentrer dans son champ de vision.<br />
<br />
La suite est facile à deviner : Maxine voyait un autre homme. Dans un premier temps je niais l’évidence, puis de rage je voulut tuer son soupirant. Ils étaient à un terrasse de café, se tenant les mains et s’adressant des regards tendres.<br />
<br />
M’approchant d’eux, figé dans leur bonheur, je fus envahi par une bouffé de haine. Je giflait Maxine de toutes mes forces bousculant à peine son visage. Et puis ce fût Lui l’objet de mon attention. Fouillant ses poches, je trouvais ses papiers. Il s’appelait Clément, avait tout juste 25 ans, et étudiait dans une fac de la région. Scrutant les tables alentours, je cherchais de quoi passer mes nerfs sur lui.<br />
<br />
Et puis j’eu une idée absolument ignoble.<br />
<br />
Lorsque le Temps était figé, je pouvais tout à fait interagir avec des objets simple (avec une limite pour les appareils électrique puisque je ne pouvais sortir de la stase le courant nécessaire à les faire fonctionner) et les positionner à ma guise. Ainsi, je pouvais prendre un couteau et lui planter dans le cœur, ou bien lui fracasser une chaise sur la tête. Certes sur l’instant cela ne ferait rien, mais lorsque je réactiverais le temps, les effets seraient bien réel.<br />
<br />
Je savourais cette idée de le voir soudainement sentir quelque chose planter dans sa poitrine, sans comprendre le comment ou le pourquoi, je me délectais d’avance du visage de Maxine, effrayée par la chemise de son amant qui se maculerait de rouge en une seconde. La peur, l’horreur, l’incompréhension et l’impuissance, tout ce que je ressentais je voulais lui infliger, et même pire encore.<br />
<br />
Le plan était clair dans mon esprit, il fallait passer à l’exécution. J’entrais donc dans la salle du restaurant en quête d’un couteau adéquat pour commettre mon crime. Je tentais donc ma chance du côté des cuisines, et comme je le pensais, un superbe attirail de couteaux japonais aux lames affûtées au laser me tendais les bras.<br />
<br />
Je pris celui dont la lame ressemblait le plus à celle d’un poignard et me précipitais au dehors pour accomplir ma sinistre besogne. La haine faisait battre mon cœur à cent à l’heure. Ma vengeance divine allait s’abattre, implacable et injuste…<br />
<br />
Comme celle de mon père.<br />
<br />
Le couteau à la main, je cherchais la bonne position pour frapper : même si la stase s’annulait pour ce que je touchais, il y’avait malgré tout une infime inertie cotonneuse qui m’obligeait à forcer chacun de mes gestes. Devais je frapper de haut en bas ? pousser fort en avant ? Peut être que je pouvais me contenter de lui trancher la gorge ce qui demanderait bien moins d’effort ?<br />
<br />
Cette solution me parut d’autant plus séduisante qu’elle provoquerait un geyser de sang bien plus spectaculaire. Oui, cela peut paraître d’une barbarie sans nom, et moi même en me relisant je peine à croire que j’ai put agir de la sorte.<br />
<br />
Toujours est il que, optant pour ma nouvelle option, je me plaçait derrière Clément, pointant la lame sous sa gorge. Dans une ultime geste de sadisme, je me penchais à son oreille pour y glisser une remarque macabre, quand mes yeux croisèrent ceux que Maxine.<br />
<br />
C’est alors que ma colère se transforma en une tristesse infinie.<br />
<br />
Ce regard, c’était celui qu’elle avait eut pour moi tout ce temps, pendant ses moments heureux ou j’étais simplement moi même. C’était ce regard plein d’amour que j’avais détourné de moi à force de ne plus le chercher. Et si maintenant c’était lui qui lui inspirait ce sentiment, je n’étais pas victime, mais coupable.<br />
<br />
Le couteau m’échappa des mains et se mit à flotter. Mon visage devint brûlant, et soudain un éclair de lucidité me frappa. Je tombais à genoux, pleurant et hurlant de terreur à l’idée de ce que j’avais faillit commettre.<br />
<br />
En me fiant à la montre de mon père, je réalisais que j’étais resté à peut près deux heures étalé sur sol, alternant crise de larme et d’angoisse, suffoquant devant ma propre monstruosité.<br />
<br />
Je devais partir et vite.<br />
<br />
De retour à la maison, je réactivais le Temps et fit pour la première fois une chose pourtant banale : attendre.<br />
<br />
***<br />
<br />
Terrassé par la fatigue et le stress, je m’étais endormi sur la grande banquette marron clair du salon, et ne fût réveillé que par le bruit de Maxine ouvrant la porte. Mon premier réflexe fût de figer le Temps pour réfléchir à ce que j’allais dire, mais je compris que c’était la cause de mes problèmes. Je décidais donc de ne plus compter sur la stase pour gérer cette épreuve.<br />
<br />
Dès qu’elle m’aperçue, Maxine compris que je savais tout. Elle ne chercha pas à nier, ou à trouver de vaine réponse. Alors que je pensais que cet aveux la libérerait d’un fardeau, il fût finalement une grande source de peine. C’est alors que je compris qu’en fait elle voulait tout simplement m’éviter de souffrir.<br />
<br />
Le mal était fait, d’un côté comme de l’autre, et je savais que quelque chose en moi c’était brisé pour toujours. Il fallait que je disparaisse, loin de Maxine, et loin cette vie d’apparence. J’avais construit une existence sur le sable, pensant que je pouvais tricher avec tout le monde, et finalement la roue avait tournée et balayée d’une traite ce que je pensais acquis.<br />
<br />
Me rendant dans la chambre, je fis rapidement mon sac, sans même user de la stase, et comme dans mon enfance, je m’apprêtais à partir pour toujours.<br />
<br />
Sur le seuil de la porte, Maxine essaya de me retenir. Elle avait peur de ce qui pouvait m’arriver, et me disait que c’était à elle de s’en aller. Mais elle savait que je n’étais pas du genre qu’on pouvait convaincre. Elle céda, et en guise d’ultime adieu m’embrassa comme jamais auparavant. Je sentais qu’elle pressait fort ses lèvres contre moi et qu’elle passait la main sur mon épaule avant de m’enlacer tendrement.<br />
<br />
Ah si seulement j’avais put nous pétrifier pour toujours ainsi…<br />
<br />
Je n’eu pas le courage de résister à la tentation, et figeait ainsi le temps dans ce moment parfait. La stase faisait que je ne sentais ni faim, ni soif, ni sommeil, me permettant de rester ainsi aussi longtemps que je le souhaitais.<br />
<br />
Chaque fois que je voulais en finir, chaque fois qu’un peu de courage me poussait a faire cesser la stase et à partir, je me blottissais contre Maxine, m’enivrant de son parfum, caressant son visage et ses cheveux, comme pour les retenir encore et toujours.<br />
<br />
Il me fallut environ 3 mois (difficile de mesurer précisément ce genre de délais avec une simple montre) pour me décider à rompre la stase et finalement quitter Maxine.<br />
<br />
Bien décidé à ne plus jamais souffrir ainsi, je décidais de vivre pour toujours dans la stase.<br />
<br />
***<br />
<br />
Et c’est ainsi que ce précise le dernier acte de mon histoire. J’ose espérer que vous lui trouverez maintenant du sens, et qu’elle vous éclairera sur la situation. Au pire, j’espère qu’au moins elle vous donnera à réfléchir sur ce Temps qui passe et à quoi on le consacre.<br />
<br />
Cela faisait 47 ans que je vivais hors du Temps, sans jamais quitter le stase une seule seconde. Je vivais donc ainsi dans une seule et unique journée. Je l’avais choisie ensoleillé pour avoir au moins le plaisir de la lumière, mais à force d’errer comme je le faisais depuis tout ce « temps » j’avais atteint le nord du pays et le soleil n’était plus de la partie.<br />
<br />
Je passais le temps en lisant, dévorant des rayonnages entiers de bibliothèque. J’arpentais les rues en prenant bien soin de n’avoir aucun contact avec qui que ce soit, trop effrayé que cela puisse réactiver le Temps à mon insu.<br />
<br />
Ayant cette éternité devant moi, je fût effrayé de ce qu’elle me réservait. L’esprit humain n’était pas fait pour un tel supplice, et j’en étais venu à chercher une solution afin d’en finir. Je pourrais réactiver le Temps, et vivre, en attendant qu’arrive la fin, mais ça non plus je ne le supportais pas.<br />
<br />
Et nous y voila : moi coincé entre la peur de la vie et la peur de cette existence hors du Temps. Encore le Zugzwang, l’inertie comme Enfer personnel.<br />
<br />
Je laisse donc cette lettre comme le témoin de mon tourment, mais aussi de celui de ma réussite. Car si vous lisez cette histoire que je couche sur le papier, alors cela veut dire que j’ai quitté la stase, et que le Temps à reprit son court normal même juste pour quelques instant.<br />
<br />
Si vous trouvez ce message, j’aurais quitté ma prison et retrouvé la force d’affronter la vie.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**L’homme à l’autre bout du Temps**

A vous qui lisez ce texte, je souhaiterai faire cette confession. Elle vous semblera l’absurde produit de l’esprit d’un homme perturbé, mais croyez le ou pas, chaque mot, chaque fait narré dans ce récit est la stricte vérité.

Il vous semblera dès les premières ligne qu’il s’agit d’une lettre de suicidaire ou bien la fantasmagorie d’un homme à la dérive, mais je vous prie de prendre le temps d’aller au bout de cette histoire, qu’elle n’ait pas été écrite pour rien.

Tout commença lorsque agé de douze ans, mon père dans une de ses crises de fureurs dont il était coutumier, décida de passer ses nerfs sur moi. N’écoutant pas les suppliques de ma mère qui gisait à genoux sur le sol et le nez en sang après avoir reçue un gifle magistrale, il retira sa ceinture pour me frapper avec comme lui même l’avait été par mon grand père lorsqu’il était enfant.

Le cycle de la violence.

Ma mère insistait avec tout ce qui lui restait de force, cramponné à la jambe de mon père qui d’une voix posé et méthodique, lui expliquait qu’un enfant tout comme une épouse se devait d’obéir à l’autorité masculine sans geindre ni se plaindre.

De son imposante main d’ouvrier des forges, mon père me saisit par le bras et me traina dans la maison jusqu’au mur situé au bout du couloir menant à nos chambres à moi et mes frères. Je connaissais la chanson, je devais me tourner, baisser mon pantalon et mettre les mains contre le mur en attendant la sentence.

Etrangement, le pourquoi je m’étais retrouvé dans cette facheuse position s’était depuis longtemps échappé de ma mémoire. Par contre, ce qui se déroula resta gravé au fer rouge dans mon esprit, bouleversant ma vie comme rien d’autre auparavant, et rien d’autre après.

Mon père s’assura d’avoir une bonne prise en faisant claquer son fouet improvisé sur le sol. Moi j’attendais, tremblant et sanglotant autant de peur que de colère, prenant de grande respiration sans vraiment savoir pourquoi.

Ma mère poussa un cri de terreur qui me fit fermer les yeux le temps d’un instant qui me parut une éternité…

Rien n’aurait été plus vraie.

Un silence assourdissant se glissa dans mes oreilles, comme si soudain le monde entier avait retenue son souffle. Je me crispais, attendant la morsure cinglante de la ceinture en priant pour que mon père n’ai pas utilisé le coté avec la boucle.

Mais rien ne vint. Ni la douleur, ni le claquement vif sur la peau, ni les pleurs de ma mère. J’étais toujours debout, avec en face de moi ce satané mur devant lequel je m’étais si souvent placé en attendant mes châtiments. D’ailleurs, cette image était tellement imprimé dans mon regard que j’aurais sans doute put redessiner chaque craquelure dans le beton, chaque infime nervure de la peinture, chaque nuance de la couleur usée par le temps.

En attendant, il y’avait toujours ce silence effroyable.

J’aurait été incapable de dire combien de temps s’écoula, mais je fini par tourner la tête, lentement, craignant d’être foudroyé par mon père si j’osais lui adresser un regard trop vif. Mais finalement, ce n’était pas moi qui avait été foudroyé.

Mon père se tenait devant moi, le bras dressé en l’air, tenant dans sa main la ceinture dont le mouvement figé dessinait une courbe harmonieuse. Derrière lui, ma mère aussi était là, pétrifié par une invisible gorgone qui semblait m’avoir épargnée.

Fasciné, je ne cherchais même pas à comprendre ce qui était en train de se passer. J’étais simplement hypnotisé par cette scène surréaliste dont je ne saurai dire combien de temps elle dura.

Finalement je me décidai à bouger et à  m’approcher de mon père. D’abord craintif, je me mis à savourer mon impunité : je le touchais d’une petite pichenette, du bout des doigts, mais il n’eut aucune ré]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 28 Mar 2016 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-03-28T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 35 : Big Bad Moon #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep35/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Big Bad Moon**<br />
<br />
Quand la nuit tombe et que la grande méchante Lune s’élève dans le ciel, elle me fait me sentir comme si j’avais péter un plomb. Je commence à trembler, frissonner et je sens un drôle de Blues.<br />
<br />
Et j’aime ça.<br />
<br />
Moi je suis Nicholas Islhow, et la plupart du temps je bosse comme serveur, plongeur, barman, homme à tout faire, et oreille attentive au House Full of Bullets, un club branché de Manhattan qui était anciennement un repaire de la pègre. Enfin ça c’est une autre histoire…<br />
<br />
Quand je vous dis que je fais ce job « la plupart du temps » c’est que bien évidement je laisse entendre que ce n’est pas ça mon vrai métier. Et effectivement, Si je fais le barman 4 soirs par semaines et 1 week end sur 2, c’est parce que mon autre job, mon vrai métier, il ne suffit pas à nourrir son homme. Parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’en plus d’une modeste paye et des pourboires des jolies filles, le House m’offre aussi les couverts les jours où mes placards sont vide.<br />
<br />
Autant dire assez souvent…<br />
<br />
Et là normalement je devrais vous dire ce que c’est que ce fameux « vrai job », parce que sinon cette histoire ne serait pas du genre que vous avez envie d’entendre. Et vous n’auriez pas tort, parce que voyez vous, mon histoire, ma vraie histoire, c’est une histoire de détective privé….<br />
<br />
Je m’appelle Nicholas Islhow, et dans le milieu on me connait sous le surnom de « Longshot ».<br />
<br />
Ça  fait plusieurs années que je vis à New York, Manhattan pour être précis. Bon enfin pas directement Manhattan, mais vraiment juste en face : un vrai bureau de détective, avec vue sur la skyline, et une porte vitrée avec mon nom dessus, comme à la télé.<br />
<br />
Le bureau me faisait office d’appartement et me permettait d’avoir une belle vue sur la ville la nuit. J’adorais faire ça : voir les gens qui passent, les voitures, les lumières, écouter le bruit, sentir cette odeur d’ozone et d’asphalte, et ressentir cette sensation incroyable que la vie coule dans les rues comme du sang dans des artères.<br />
<br />
Cette ville avait une âme que j’aimais la contempler.<br />
<br />
Depuis ma fenêtre, à la lumière de la grande méchante Lune, j’avais le genre de vue qui me faisait me sentir plus riche que tous les nababs du cinéma. Qu’ils se le gardent leur Hollywood Boulevard, Mullholand Drive et le Walk of Fame. Moi je préférais cent fois ma 5eme avenue et les bords de l’Hudson.<br />
<br />
Cette jolie vue avait un prix, et mon loyer s’en ressentait. C’est d’autant plus compliqué que lorsque vous faites mon job (le vrai) les rentrées d’argent étaient aussi compliquées à anticiper que la météo de la semaine prochaine. Du coup je me faisais tout le temps remonter les bretelles par le propriétaire, un vieux salopard du nom de J.D Braunin. Heureusement pour moi, sa femme Lucile m’avait à la bonne car je lui rappelait leur fils qui était parti vivre sur la côte Ouest et qu’ils ne voyaient quasiment jamais.<br />
<br />
Résultat, J.D avait beau pousser des gueulantes monumentales devant ma porte, Lucile l’obligeait à me faire crédit en lui expliquant que j’étais un brave garçon et que grâce à moi l’immeuble était plus sûr. Je ne suis pas certain que la présence d’un détective privé de ma trempe ait put faire grand-chose contre la criminalité ambiante, mais il est vrai que ma réputation avait motivé pas mal de petits truands à faire de large détour pour éviter de traîner dans mon quartier.<br />
<br />
Lucile était aussi adorable que son mari était pénible. Cette femme était tellement une sainte que souvent lors des mois difficiles, elle m’apportait à manger en expliquant que « elle en avait trop fait » et qu’elle ne voulait pas gâcher de la nourriture. La vérité c’est que cette vieille dame s’occupait de moi comme une mère mais qu’elle ne voulait pas me froisser.<br />
<br />
Je n’avais aucune idée de comment, mais un jour je lui rendrai la pareille…<br />
<br />
A ce stade de l’histoire, vous devez vous dire que pour un privé je suis plutôt patachon et que je me fais entretenir par une vieille dame ce qui n’a rien de bien héroïque. Vous n’avez pas tort, mais ça c’est parce que je vous garde le meilleur pour après voyons.<br />
<br />
Plus précisément, mon histoire commence par un de ses soirs comme je les aime où la grande méchante lune est de sortie. Immense, ronde et brillante dans le ciel, elle me toisait du regard (ou bien était-ce l’inverse ?) et faisait couler sur ma ville sa lumière feutré d’astre froid.<br />
<br />
Il faisait chaud et lourd, aussi j’avais ouvert la fenêtre en grand et laissé les lumières éteintes. Assit (ou plutôt devrais-je dire « vautré) dans le fauteuil usé de mon bureau, la chemise à demi ouverte, j’espérais que l’air du dehors ferait cesser l’étouffante sensation de cette nuit d’été.<br />
<br />
C’est là qu’elle frappa à ma porte.<br />
<br />
La chaleur m’avait rendu mollasson, ce fût donc toute une épreuve de me relever et d’aller à la porte du bureau. Je prit à peine le temps de reboutonner ma chemise avant d’ouvrir que je tombais nez à nez avec ma future cliente.<br />
<br />
C’était une femme d’environ 35 ans, dont les traits fatigués et rougis me laissent supposer qu’elle avait beaucoup pleuré récemment, et qu’avec un peu plus d’heure de sommeil elle était surement très belle.<br />
<br />
« Monsieur Islhow ? » demanda t-elle « Nicholas Islhow ?<br />
– C’est bien moi madame… que puis-je faire pour vous ?<br />
– Je m’appelle Lisa Cardwel et… je suis déspérée : ma fille Alison à disparue et… je l’ai cherchée partout et là je… »<br />
<br />
Et là ma cliente me lâche des larmes qui auraient briser les cœurs les plus durs. Une femme en pleurs ça me m’était toujours mal à l’aise, et là c’était pire que tout. De voir une maman pleurer son enfant, je crois que c’était difficilement surpassable sur l’échelle du chagrin.<br />
<br />
J’invitais donc Lisa à rentrer et à s’installer dans le sofa du bureau, vu que la chaise réservé aux clients était couverte d’une pile de fringues qui attendaient d’être repassées. Ouais je sais ça ne fait pas très sérieux, mais croyez-moi mon agence de détective à d’autres arguments que la déco pour se faire bien voir des clients.<br />
<br />
Madame Cardwel se calma et me tendit une petite carte de visite de l’agence au dos de laquelle il y’avait un message à mon attention.<br />
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C’était une belle écriture, avec des tracés net et écrit au stylo bille bleue. Le message était simple, mais extrêmement signifiant pour moi…<br />
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XYZ.<br />
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Lorsque j’étais de service au House, j’avais convenu de ce code auprès des habitués pour sonner l’alerte. Le plus souvent, c’était les jeunes femmes qui se faisaient importunées qui me demandaient ainsi de l’aide : elles n’avaient qu’à commander un cocktail XYZ, et aussitôt je savais qu’il y’avait du grabuge en perspective. Je pouvais dès lors agir en toute discrétion et éconduire les goujats et autres ivrognes.<br />
<br />
« Je suis allé dans ce bar et… La jeune fille qui servait m’a donnée votre carte et a notée ça en me disant que vous comprendriez… »<br />
<br />
De toute évidence la jeune fille en question était Michelle, une des barmaids et accessoirement ma petite protégée. Elle connaissait bien évidement le code, et si elle l’avait noté, c’était une façon de me demander de m’occuper de Lisa. Michelle était une gentille gamine, et elle avait dû être touchée par la tristesse d’une maman qui cherche son enfant. Peut être avait elle pensé à sa propre mère qui vivait à Paris…<br />
<br />
« Madame Cardwel, quel age à Alison ? » demandais je sur le ton le plus pro que je pouvais.<br />
– Elle vient d’avoir 18 ans… tenez j’ai une photo ! »<br />
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Lisa me tendit un cliché récent qu’elle gardait précieusement dans son portefeuille. On y voyait Alison en tenue de joueuse de foot sautant de joie, sans doute après avoir marqué un but. C’était la jeune fille typique : souriante, pleine de vie, sans histoire…<br />
<br />
Je connaissais trop bien ce genre d’affaire pour ne pas craindre le pire.<br />
<br />
« Alison vit avec vous ?<br />
– Oui… enfin elle est entré à la Fac mais elle revient tous les week ends. Mais ça fait presque 3 semaines que je n’ai plus aucune nouvelle !<br />
– Est elle inscrite sur des réseaux sociaux ?<br />
– Oui… mais là aussi plus aucune activité récente.<br />
– Un changement dans son comportement ? Des nouveaux amis qui ne vous inspiraient pas confiance ?<br />
– Elle avait rencontré un garçon à la fac… je crois qu’il s’appelle Peyton… mais je ne connais pas son nom de famille… oh mon dieu je me sens si bête de ne pas avoir fait plus attention… »<br />
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Lisa était sur le point de craquer à nouveau. Il fallait que je la remotive pour qu’elle reste lucide.<br />
<br />
« Madame Cardwel, vous n’y êtes pour rien d’accord ? Votre fille a 18 ans : c’est normal que vous la laissiez vivre sa vie. Je vous promet qu’on va la retrouver et que tout ira bien »<br />
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Super : je venais de faire la connerie numéro un qu’un privé ne doit jamais faire dans ce genre de situation. Promettre.<br />
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On ne doit jamais rien promettre parce qu’on ne sait jamais ce qui à put se passer. Ou plutôt si : on sait ce qui PEUT se passer. Une jolie gamine comme ça à put être la cible d’un malade, la victime d’un petit copain jaloux, et ça se sont seulement les premières théories qui me viennent.<br />
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C’est un monde dangereux dehors, et malheureusement les jeunes filles sont des victimes toutes désigné par une société qui trouve ça cool de rappeler en permanence que c’est facile de s’en prendre à elles…<br />
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Bon, je vous épargne le cour de morale, mais sachez que cette affaire était TRÈS mal barré.<br />
<br />
« Quand est ce que votre fille à t-elle été aperçue pour la dernière fois ?<br />
– C’était au début du mois, le 4. Elle était sortie prendre un verre avec une amie après les cours vers 16h. Elles sont resté la bas environ 1h et puis Alison est retourné au Campus.<br />
– D’accord… c’est pour ça que vous êtes allé au House ? pour retrouver sa piste ?<br />
– Oui… je pensais que peut être quelqu’un aurait vu quelque chose… »<br />
<br />
Je comprenais mieux le pourquoi du message de Michelle. Le House c’était notre territoire, et si quelqu’un s’amusait à y foutre le bordel, c’était presque un devoir de le corriger.<br />
<br />
Par contre, si Michelle n’avait pas eu plus d’info, c’était que le House était une piste morte. Il fallait que je trouve un moyen de retracer ce qui avait put se passer entre le bar et le campus.<br />
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Tandis que je réfléchissais, Lisa tira de son sac carmin une épaisse enveloppe qu’elle me tendit les mains tremblantes.<br />
<br />
« Il y’a 3 500 dollars… c’est tout ce que j’ai pour l’instant… mais je vous promet que je trouverai un moyen de vous payer. Je prendrais une hypothèque s’il le faut mais s’il vous plait retrouvez ma fille ! »<br />
<br />
Ça c’était le genre de cas de figure que tout privé avec un peu de sens moral détestait vivre. Parce que vu l’enquête à venir, 3500 dollars ça ne faisait pas beaucoup, même en rognant la facture au maximum. Sauf que je ne me voyait pas cribler de dette une femme au bord du désespoir en profitant de sa situation.<br />
<br />
Et ouais : c’est pas pour rien que je suis fauché les trois quart du temps…<br />
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« Ecoutez madame… l’argent n’est pas un problème. Je vous propose de prendre 1 000 dollars comme acompte et dès lors que j’aurais progressé dans la recherche d’Alison, on reparlera de tout ça à tête reposé d’accord ? »<br />
<br />
Madame Cardwel ne s’attendait sans doute pas à ce genre d’élan d’altruisme de la part d’un privé, ce qui expliqua sans doute pourquoi au moment de la raccompagner dehors elle m’enlaça en me remerciant du fond du cœur.<br />
<br />
Hey : qu’on soit bien d’accord ! Oui je la trouvais plutôt jolie, mais je suis un pro, et ce n’était pas mon genre de profiter d’une telle situation (non mais !).<br />
<br />
Le lendemain, je me rendis sur le Campus de la fac pour creuser mon sujet. Après m’être perdu 3 fois, un groupe de jeunes filles, que mon charme de gentil voyou avait sans doute fait craquer, me conduisit au bureau du doyen. Ce dernier coopéra volontiers, inquiet qu’une histoire de disparition n’entache la réputation de son établissement.<br />
<br />
Bon, je suis un peu salaud en disant ça : il s’inquiétait AUSSI pour la gamine.<br />
<br />
Il me communiqua les horaires d’Alison, le nom de ses profs, et me confia un double de sa chambre en m’invitant cependant à bien faire attention. Au début je ne voyais pas pourquoi il m’avait fait cette remarque, mais une fois dans le dortoir, l’évidence me sauta aux yeux : c’était rempli de jeunes filles, et pas mal me faisaient les yeux doux.<br />
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Ne croyez pas que je sois prétentieux, mais dans la famille ont avait tous des yeux à faire chavirer les cœurs…<br />
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Evidemment, je prenais ma mission au sérieux et je me contentais de leur parler de l’affaire. N’empêche, j’étais abasourdi de voir à quel point les gamines de maintenant ne manquait pas d’audace de m’aborder aussi « ouvertement ».<br />
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Je me pris alors un méchant coup de vieux.<br />
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Mais bon, pas le temps pour l’auto apitoiement, il me fallait du concret. La plupart des jeunes filles ici connaissaient bien Alison. C’était l’une des meilleures joueuses de foot de l’équipe universitaire, mais aussi une brillante étudiante en marketing du sport. Les filles l’aimaient bien car elle avait toujours le mot pour rire, et était toujours attentives aux autres. L’une d’elle me raconta comment Alison lui avait prêté sa voiture pour qu’elle puisse aller voir ses parents dans le Vermont, une autre me parla de la fois où Alison avait organisé un marathon caritatif pour l’aider à faire prendre en charge son frère atteint d’une forme d’autisme… bref Alison m’était dépeint comme généreuse, simple… l’amie idéale en somme.<br />
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Cependant, la gentille Alison semblait avoir une part d’ombre. Je notais des trous dans ce tableau idyllique, mais les filles n’avaient pas plus d’éléments que ça pour étayer la réflexion. Elles me conduisirent à sa chambre, puis me laissèrent en me souhaitant bonne chance.<br />
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Pas de doute : elles voulaient sincèrement revoir leur amie.<br />
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Une fois seul, je commençais ma recherche d’indice. Si dans les films ce genre d’étape se déroule en quelques minutes et sans quasiment aucun effort de l’enquêteur, en réalité c’était bien plus laborieux. Même une chambre d’étudiante demandait un temps fou pour être fouiller dans les règles de l’art.<br />
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En fouillant ses tiroirs, je tombais bien entendu sur sa lingerie ce qui me mit un p’tit peu mal à l’aise, mais surtout sur son journal. J’avais de la chance, Alison était du genre romantique et préférait un journal papier à l’ancienne plutôt qu’un blog que j’aurais été bien incapable de trouver par moi même. Pour le coup, c’était vraiment bien plus gênant que de fouiller dans ses p’tites culottes vu comment elle m’était son âme à nu la dedans.<br />
<br />
Je survolais les dernières entrée du journal en essayant de traquer des signes, des indices, ou quoi que ce soit qui me permettrait de remonter sa piste et comprendre ce qui s’était passé. Comme je le pensais, le journal d’Alison montrait à quel point la jeune fille vivait mal ses années de fac. La pression des examens, la compétition savamment organisée par les profs entre les étudiants, et surtout sa vie sentimentale en dent de scie, tout ça l’avait plongé dans une profonde dépression qu’elle traitait avec des médicaments.<br />
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Et merde.<br />
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Cette piste là c’était du sérieux, le genre dont un privé rêve pour débloquer son affaire, car des médicaments aux drogues, il n’y à qu’une colonne dans les barèmes de classification de l’agence pour la santé. Si Alison avait franchit la ligne, je ne doutais pas que dans un campus comme celui-ci il soit facile de se procurer tout et n’importe quoi.<br />
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Demander aux étudiantes aurait été une perte de temps : jamais elles n’auraient confirmées qu’Alison se droguait… par contre il me suffisait d’un bon point d’observation pour identifier en moins d’une heure qui était le dealer du coin.<br />
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Je m’installais donc au point stratégique le plus évident pour ce genre d’affaire : la bibliothèque.<br />
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Oui oui : ne tombez pas des nues comme ça, c’est l’endroit parfait pour ce genre de business. Les clients vous passent commande via un code du style « tu peux m’avoir 2 places pour Teen Bashing ? » ou « Je voudrais une place VIP pour le prochain match des Spurs » puis le dealer fixe un rendez vous. Pourquoi ce code me direz vous ? Simple : si il est surpris, le dealer pourra toujours faire croire qu’il revendait des places sous le manteau, ce qui est bien moins grave comme délit.<br />
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Discret, et en plus pratique comme couverture.<br />
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Une fois la commande validé et négocié, le client va déposer son paiement. Pour ça c’est tout bête, il prend un bouquin convenu à l’avance, place ses jolies dollars entres les pages, et le remet en place. Le dealer lui observe de loin, discrètement, et dès qu’il constate que le paiement est fait, il va ramasser ses gains, puis laisse sa marchandise. Dès lors qu’il s’éloigne, il envoi un message à son client pour lui confirmer que « j’ai pût trouver les places que tu voulais » et le client n’a plus qu’a revenir reprendre le livre et trouver son petit cadeau dedans.<br />
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Je ne connaissais pas le dealer, mais ma longue expérience de chasseur des villes m’avait apprit à réfléchir comme eux. La personne que je cherchais devait pouvoir déposer sa commande dans un livre sans risquer qu’il ne soit prit par erreur par quelqu’un d’autre, il choisirait donc les ouvrages les moins intéressants et si possible ceux disposant d’une reliure à l’ancienne, car il lui serait plus facile d’y cacher des comprimés, trop épais pour des livres moderne. En effet, entre le dos des grosses reliure et le tranchefile, il y’avait souvent un petit espace qui faisait largement l’affaire pour ce genre de transaction.<br />
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Je cherchais donc des livres anciens, à grosses reliures, et qui n’intéressaient pas grand monde.<br />
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« Littérature scandinave du 13eme siècle » : ça devrait faire l’affaire.<br />
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Mon problème c’était qu’avec ma tronche de trentenaire je faisais tout de suite tache dans le décor, même si Dame Nature avait eut la bonté de me laisser ma bouille d’angelot sorti tout juste de sa 1 ere communion. Je me planquais donc à bonne distance, et de préférence avec un livre sous le nez pour ne pas faire tache. Coup de bol pour moi, il y’avait un rayonnage entier consacrée à l’ingénierie balistique, une de mes grandes marottes. J’allais pouvoir surveiller ma proie ET passer le temps agréablement.<br />
<br />
La chance étant vraiment de mon côté, il ne fallut pas plus d’une heure pour que le poisson se mette à frétiller au bout de ma ligne. Car si la technique de mon dealer était très élaborée pour ce qui est de son organisation, elle laissait à désirer dans son exécution : cet idiot tranchait autant que moi dans le décor avec son costume italien à 500 dollars et ses chaussures richelieu à bout pointus.<br />
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Problème : qu’est ce qu’un mec pareil faisait à dealer ? et pourquoi ici ?<br />
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Après avoir fait sa livraison, le dealer s’en alla sans demander son reste. Je n’avais plus qu’a le filer jusqu’à un coin tranquille pour un petit interrogatoire maison…<br />
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Il quitta le batiment de la bibliothèque et se rendit dans le batiment principal du campus. Je commençais à comprendre ce qui clochait avec ce lascar : ce n’était pas un étudiant, c’était un prof. C’était facile pour lui de repérer les clients potentiels et de faire en sorte qu’ils trouvent son email. Sa présence régulière à la bibliothèque était insoupçonnable, pas plus que ses allés et venues dans tous le campus.<br />
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La couverture idéal.<br />
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Je fis le pari d’attendre mon loustic en me tenant à quelques mètre de l’entrée. Me faire voir à l’intérieur aurait trop attiré son attention, je préférais donc jouer la prudence et le surprendre plus tard. Il ne me fit pas attendre plus d’une demi heure avant de pointer à nouveau le bout de son nez, se dirigeant cette fois vers le parking du campus tout en jouant avec ses clefs.<br />
<br />
D’un rapide coup d’oeil, je repérais au porte clefs qu’il conduisait un coupé sport d’importation. Je pouvais donc tenter d’arriver avant lui en trotinant, et lui préparer une jolie embuscade. Même si le parking était immense, ce genre d’établissement avait forcément des places réservé pour les profs, et une voiture de ce genre ne devait pas être monnaie courante.<br />
<br />
Nouveau pari gagnant : au 1er sous sol, toute les rangés de A à C étaient dévolues au corps enseignants et au personnel administratif, et à la place C18 se trouvait une Porche Cayman GT4 jaune. embusquer derrière le pilier, je pus voir mon dealer arriver, son téléphone à l’oreille.<br />
<br />
« Je sais ça ! » dit il à son interlocuteur l’air enervé « … sauf que vous savez très bien que ça fait finir par être un problème : il faut qu’on s’en débarrasse ! »<br />
<br />
Oh putain…<br />
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Le prof / dealer raccrocha avec un air très énervé et commença à palper ses poches. Il était tellement à cran qu’il mit 10 bonnes secondes à réaliser qu’il avait déjà ses clefs à la main. C’était le moment parfait pour faire mon entrée.<br />
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Je sorti du couvert que m’offrait un grand pilier de béton gris, et l’interpellait tranquillement :<br />
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« Excusez moi monsieur ? »<br />
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Il sursauta<br />
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« Parait que c’est vous qu’il faut voir pour se procurer de quoi stimuler son intellect ?<br />
– Je ne vois pas de quoi vous parlez… » me répondit-il méfiant tout en ouvrant la portière.<br />
– Allez soyez pas chien : j’ai pas votre email, sinon je vous aurais donné rendez vous à la bibliothèque… comme tout le monde ! »<br />
<br />
Là il se passa un truc que je n’avais pas du tout prévu.<br />
<br />
Le prof jeta sa sacoche dans l’habitacle et dégaina un flingue de sous sa veste. Je devais vraiment être en hypoglycémie pour ne pas l’avoir remarqué…<br />
<br />
Il me mit en joue et s’approcha tout contre moi puis colla le canon de son arme contre ma tempe.<br />
<br />
« Ecoutes moi bien pauvre connard : ça c’est un P99 avec un chargeur de 16 coups, et il suffirait que tu m’énerves encore une fois pour que je décide de…<br />
– Un P99 ? ça ? vous êtes sûr ?<br />
– Que…<br />
– Moi je crois plutôt que le type qui vous l’a vendu à maquillé un vulgaire CZ 110 et vous l’a fourgué comme si c’était un Walter… Je pari que c’est même pas le calibre .40 !<br />
– LA FERME ! t’es qui bordel ! et tu me veux quoi ? »<br />
<br />
Vu que je n’aimais pas trop parler avec quelqu’un suceptible de terminer la conversation avec une décharge de plomb dans mon crane, je saisi d’un geste vif le poignet de mon prof / dealer afin de le détourner ma jolie frimousse, tout en dégainant mon propre flingue. Enfin l’un d’eux : j’aime sortir couvert<br />
<br />
En l’occurence je venais de lui planter le canon de mon Casul 13mm sous le menton, ce qui était relativement facile vu que ce monstre mesurait facilement ces 8 pouces de long. Bien que visiblement ignorant dans le domaine des armes à feu, mon interlocuteur compris qu’il avait à faire à du très lourd et lacha immédiatement son arme en signe de soumission.<br />
<br />
« Excellente réaction professeur… » lui dis je pince sans rire « c’est la preuve que vous êtes plus malin que vous en avez l’air. Parce que voyez vous autant votre petit joujou c’est sympa pour frimer devant les copains, autant s’il faut faire du dégats je ne vous recommanderai aucun autre flingue que le Casul. C’est à l’origine un fusil de chasse à l’éléphant customisé pour tenir dans le creux dans la main… c’est bigrement lourd mais croyez moi si je m’amuse a presser la détente je vous décapsulerai la tête si haut que vous risquez d’atterrir à Long Island…. »<br />
<br />
Et oui que voulez vous : il faut bien un peu baratiner son client si on veut le faire parler.<br />
<br />
« Alors maintenant que nous sommes devenu très copain vous et moi, vous allez me parler un peu d’Alison Cardwel… »<br />
<br />
Ses yeux le trahirent immédiatement : j’avais vu juste il savait quelque chose.<br />
<br />
« C’est une de mes étudiantes et alors ?<br />
– Prof… ce n’est pas sérieux ce que vous faites là… vous pensez réellement que je suis le genre de type qui va prendre des pincettes ?<br />
– Je ne sais pas ce…<br />
– Oula oula… stop : évitez de dire trop de connerie ça me rend TRES nerveux de la détente si vous voyez ce que je veux dire… causons un peu : c’était quoi ce coup de fil quand vous êtes arrivé ?<br />
– Je ne sais pas ce que vous avez entendu mais…<br />
– Mais quoi ? »<br />
<br />
J’avais de suite deviné que notre cher professeur n’étaient pas un dur à cuire, et qu’un peu pression allait le faire craquer. Histoire d’en rajouter une couche (je veux dire une couche de plus que le regard menaçant que je lui adressais depuis le début de notre entretient) je ramenai le percuteur de mon revolver en arrière ce qui produisit le « clic » si caractéristique des armes aux cinémas. Dans la réalité celà n’avait pour effet que de rendre plus sensible la queue de détente, mais sur un néophyte l’effet psychologique de ce claquement était d’une efficacité indéniable.<br />
<br />
« Attendez ! attendez… j’ai rien à voir dans ton ça je vous le jure…<br />
– Moins de blabla et plus d’info Prof… je commence à avoir le bras qui s’engourdit et ça ne facilite pas les choses vous savez…<br />
<br />
– Alison… elle venait me voir pour… des cachets. Des… des tranquillisants »<br />
<br />
Histoire de d’augmenter l’allure je poussais un peu le canon de mon arme dans son cou…<br />
<br />
« … Elle voulait du Diazépam !<br />
– C’est un anxiolithique c’est ça ?<br />
– Oui… elle était devenue accro.<br />
<br />
– Et ça vous à pas empêcher de lui en vendre pas vrai ? Allez Prof, j’attend la suite avec impatience !<br />
– Elle à découvert que c’était moi qui dealait… Elle m’a jurée qu’elle ne dirait rien, que ça lui causerait autant de problème qu’a moi…<br />
– Mais vos fournisseurs ont eu vent de l’affaire et ont décidé d’agir c’est ça ? »<br />
<br />
Son regard de chien battu vallait tous les « oui » de la terre.<br />
<br />
« Qu’est ce qu’ils ont fait d’Alison ? elle est toujours en vie ? »<br />
<br />
Sans doute conscient que de cette réponse dépendait sa propre survit, il avoua aussitôt.<br />
<br />
« Oui ! elle est toujours en vie ! elle est toujours en vie !<br />
– Où est elle ?<br />
– J’en sais rien…<br />
– Je perds patience là ! » dis je en levant la voix et en le titilant encore un peu du bout de mon arme<br />
– Ils ont dit qu’ils allaient la camé à mort pour faire croire à une overdose… mais avant ça ils l’ont mise de côté pour l’offrir à leur Boss… Il arrive de Miami dans la soirée…<br />
– L’offrir ? est ce que je dois comprendre que la petite Alison va être emballé dans un jolie papier rose bonbon et déposée comme un chocolat sur le lit d’un narcotrafiquant pour lui souhaiter la bienvenue ? hein ? REPONDS MOI ! »<br />
<br />
Il était persuadé que j’allais le tuer. Ses yeux cherchaient de l’aide. Si  jamais quelqu’un arrivait dans les parages il allait se mettre à hurler. Je devais jouer mon va-tout.<br />
<br />
Je balançais au prof un bon coup de crosse en plein visage histoire de le coller au sol, puis je levais mon arme dans sa direction.<br />
<br />
« Dernière chance mon pote… »<br />
<br />
En un éclair, prit pour cible le pare brise de sa voiture et y expédiait une balle de mon 13mm qui la fit exploser dans un fracas assourdissant. Les gros calibre c’était efficace, mais bon dieu que ce n’était pas discret !<br />
<br />
J’espérais que la peur et l’adrénaline provoqué par le coup de feu allait lui débloquer la langue. Les dés étaient jeté : dans moins de 5min un agent de sécurité allait se pointer et je ne voulait pas être ici à ce moment là. Heureusement pour moi, mon prof / dealer n’avait pas les nerfs assez solide et il se mit aussitôt à table.<br />
<br />
« Ils la gardent à leur planque sur Ox Street ! c’est dans le sous sol d’un préteur sur gage ! je vous le jure ! pitié ! c’est la vérité ! »<br />
<br />
Pas le temps de faire des politesses, je devais filer à toute jambes. Je venais d’avancer d’une grosse étapes dans mon jeu de piste, mais le chronomètre était lancé : d’ici ce soir il pouvait arriver n’importe quoi à la pauvre Alison. Mais pas de problème… Longshot était sur le coup.<br />
<br />
***<br />
<br />
En temps normal j’aurais prit quelques infos chez mes indics, mais là ce n’était plus le moment de perdre du temps. J’allais devoir faire appel à la famille…<br />
<br />
… et je détestais ça.<br />
<br />
Priant pour qu’il me reste du forfait sur mon mobile, je composais un numéro que j’aurais préfèrer ne jamais avoir à composer :<br />
<br />
« Allo ? » fit une voix coupante comme un rasoir et roulante comme un accent du sud « c’est toi nicky ? »<br />
<br />
La question était bien sûr purement réthorique.<br />
<br />
« Salut Jethro… faut qu’on parle affaire et j’ai pas beaucoup de temps..<br />
– Oh… c’est comme ça qu’on parle à son p’tit frère ?<br />
– Garde ta salives, on réglera toutes ses conneries à Thanksgiving. J’ai besoin de tuyaux en express sur un type qui vient de Miami, le genre gros pontes qu’on reçoit en grande pompe mais dans le sous sol d’un prêteur sur gage…<br />
– Tu m’as prit pour les renseignements ?<br />
– Me fait pas perdre mon temps : t’es plus agent des stups peut être ? Si ce mec est de Miami tu dois forcément le connaitre ! »<br />
<br />
Salopard… il jubillait à l’autre bout du fil<br />
<br />
« Et pourquoi je te donnerai cette info mon chère frère ?<br />
– Ils ont kidnappé une gamine et vont la filer en pature au boss avant de la liquider en faisant passer ça pour une overdose… »<br />
<br />
S’il y’a bien une chose que Jethro détestait par dessus tout, c’était ceux qui s’en prenait aux enfants. Ca l’avait mis tellement en colère que je l’entendis frapper du poing sur son bureau.<br />
<br />
« Alors là Nicky ça change tout en effet… oublie les comptes frérôt : ce soir c’est moi qui régale… je suppose que tu vas t’en chargé illico ?<br />
– Pourquoi ? tu voulais venir ? »<br />
<br />
Question stupide : bien sûr qu’il voulait venir.<br />
<br />
Jethro me donna toutes les infos que je pouvais vouloir sur mes futurs adversaires. Ils se faisaient appeler le gang de Palmeto, et leur Boss s’appelait Juan Salazar.<br />
<br />
Plus cliché tu meurs.<br />
<br />
Le stups de Miami pistaient le gang depuis des mois, et c’était pour échapper à la pression que Salazar avait décidé de se créer une arrière base à New York.<br />
<br />
Quelle dommage pour lui…<br />
<br />
***<br />
<br />
Il fallait y aller sans fioriture. Dans ce genre de coup, trop de préparation vous paralyse. Je décidais donc d’entrer, de récupérer Alison, et de repartir aussi vite que j’étais venu sans dire un mot ni adresser un regard à qui que ce soit.<br />
<br />
Enfin bon… je me connaissais assez pour savoir que je ne resisterais pas à une bonne réplique si j’en avais l’occasion. Un truc de privé que voulez vous…<br />
<br />
L’entrée de la boutique de préteur sur gages était on ne peut plus classique, mais ce qui attira mon attention c’était la caméra de sécurité sans fil dernier-cri qui observait la salle silencieusement.<br />
<br />
Comme je le craignais, ça allait être difficile de faire dans le feutré…<br />
<br />
A peine la porte franchit, je dégainais mon Casul et fit feu sur la camera avant de prendre pour cible le type derrière le comptoir. Se croyant protégé par la vitre blindé derrière laquelle il se trouvait il commença a sortir un fusil à pompe de sous la caisse enregistreuse. Seulement voila : mes balles faites maison avec de la cordite filaient à 900 mètre par seconde, déployant assez de puissance d’impact pour arracher un arbre. Autant dire qu’une vitre fusse t-elle blindée n’avait que peu de chance d’en réchapper.<br />
<br />
Pour éliminer le caissier, je sorti de sous mon imper ma deuxième arme, un colt python 8 qui m’offrait une précision à nulle autre pareil. Ajustant mon tir en un instant, je lui collait une balle dans l’épaule afin de l’empêcher de nuir, chose qui aurait été impossible avec le Casul qui lui aurait littéralement arraché le bras.<br />
<br />
D’un bond vif, je sautais par dessus le comptoir et m’engageait dans l’arrière salle. Elle débordait de babioles en tout genre : montre, appareils photos, téléphone portables, mais aussi couteaux à cran d’arrêt, batte de baseball, et flingue en tout genre.<br />
<br />
Bien entendu les tirs avaient attirés l’attention, et j’entendis des bruits de pas rapide venant de l’escalier qui se trouvait à l’autre bout de l’arrière salle. Sprintant pour arrivé en haut de l’escalier avant mes adversaires, je fit une petite glissade pour me mettre au sol afin d’être une cible plus difficile à atteindre.<br />
<br />
Un molosse typé latino déboula armé d’un pistolet mitrailleur HK MP5 dont il lacha une salve dans ma direction. Pas de problème : il me suffit de rouler sur le côté pour me dégager de sa ligne de mire. Mais la partie ne faisait que commencer : un deuxième homme arriva derrière le molosse et il se séparerent pour me prendre à revers.<br />
<br />
Je ne devais pas leur laisser le temps d’agir. Bondissant sur le côté, une arme dans chaque main, je fit feu de manière à étaler mes deux adversaires en même temps. La main du molosse explosa sous l’impact de la balle de 13mm tandis que son comparse sentit sa rotule se briser lorsque la balle du colt Python la transperça.<br />
<br />
La voie dégagé je filait au sous sol.<br />
<br />
A ma grande surprise, l’endroit ne manquait pas de charme bien que dénué de lumière naturelle. C’était un peu comme se retrouver dans les sous sol du manoir Playboy, mais avec moins de Bunny et plus de gros bras se demandant ce que je foutais là.<br />
<br />
Car avec ma délicatesse habituelle, je venais vraisemblablement d’interrompre leur partie de poker dont l’enjeu semblait la pauvre Alison.<br />
<br />
Elle était prostrée sur les genoux d’un des gros bras du gang, tout juste habillée d’une nuisette, le regard dans le vide.<br />
<br />
« Salut les gars ! » dis je sans me décontenancé tandis qu’ils tous en train de se préparer à bondir sur leurs armes « comme vous vous en doutez c’est moi qui ait causé tout ce bordel là haut… »<br />
<br />
L’un des gangsters tenta sa chance en essayant de se saisir du beretta 92F posé devant lui sur la table. C’était une excellente occasion pour moi de monter que je ne plaisantais pas : ajustant mon tir, je fis sauter son arme de ses mains avec le colt, puis aussitôt après le mis en joue avec le Casul dont la gueule impressionnante valait toutes les menaces du monde.<br />
<br />
« Quelqu’un d’autre veut jouer les héros ? » demandais je en assumant parfaitement mon cliché « vous allez me remettre la gamine et nous laisser filer. Sa pose problème à quelqu’un ? »<br />
<br />
Je scrutais la salle des yeux en essayant de garder mon attention en éveil pour éviter de me faire déborder à l’improviste.<br />
<br />
« Bon… puisque nous sommes tous d’accord… Alison, viens par là ma grande, Tonton Nicky te ramène à la maison »<br />
<br />
Je soupçonnait que pour la rendre plus obéissante, ils l’avaient gavé de GHB ou tout autre saloperie du même style. Seul avantage : elle restait calme malgré l’écrasante tension qui régnait.<br />
<br />
« Dès qu’on aura filer je vous recommande d’appeler une ambulance : vos potes là haut vont avoir besoin de soin<br />
– Cabron ! Cuando el se da la vuelta, matad le !(batard ! dès qu’il tourne le dos, tuez le !)  » me hurla l’un d’eux sous estimant sans doute ma maîtrise de la langue de Shakira.<br />
– Chicos, no me considerad como si yo fuera un mangate ordinario. Los que viven aqui saben quien soy : en el mundo del crimen, me llamo Longshot… »<br />
<br />
Oh, excusez moi j’ai oublié de vous traduire.<br />
<br />
« les mecs, ne me considérez pas comme si j’étais un malfrat ordinaire. Les gens qui vivent ici savent qui je suis. Dans le milieu on m’appelle Longshot… »<br />
<br />
Mine de rien avoir une réputation ça n’était pas du luxe et les locaux expliquèrent rapidement qui j’étais à ceux qui n’était pas au parfum.<br />
<br />
« La petite part avec moi, et croyez moi si vous voulez pas que je crame votre taudis du sol au plafond, vous allez foutre le camp de ma ville et peut être… je dis bien peut être, que je ne vous criblerait pas de balles ! »<br />
<br />
Ce qu’il avait de bien à traiter avec les voyoux des cartels, c’était qu’ils connaissaient la chanson. Et lorsqu’un type comme moi faisait prévaloir son territoire, on ne prenait pas le risque de l’énerver. Je n’osais même pas imaginer ce que ça donnerait s’ils savaient que le cinglé des stups de Miami qui leur pourrissait la vie était de ma famille…<br />
<br />
Alison et moi remontâmes à l’étage. Je la couvrais de mon imper pour qu’elle n’ait pas froid (et que ça n’ait pas l’air suspect que je traîne à mon bras une ado visiblement drogué jusqu’au yeux et habillé d’une nuisette noire et rouge) et nous sautèrent dans le premier taxi qui passait.<br />
<br />
***<br />
<br />
Alison avait retrouvé sa mère. les flics, tuyauté par Jethro, avaient fait une descente chez le gang de Palmeto et avaient trouvé plusieurs types criblés de balle et des quantités astronomiques de drogues. Par contre, aucun gros ponte du gang n’avait été interpellé : tous avait prit la fuite après ma petite visite.<br />
<br />
C’était sans doute de ça que voulais me parler le Lieutenant Marlow lorsqu’il tapa à ma porte. je l’accueillit avec mon sourire le plus hypocrite :<br />
<br />
« Hey Capi… euh non pardon Lieutenant ! désolé : j’ai toujours du mal avec les grades<br />
– Te fous pas de moi Islhow : t’étais où hier après midi ? »<br />
<br />
Sans attendre que je l’invite, il rentra dans le bureau. Marlow était un flic à l’ancienne, qui suivait son instinct avant tout et qui pouvait sentir dans les vibrations de l’air s’il y’avait quelque chose qui cloche.<br />
<br />
« Elle est où ? » demanda-t-il<br />
– Qui ça ? » répondis je naivement<br />
– Ta foutue pétoire !<br />
– Alors là je ne…<br />
<br />
– Fais pas le malin avec moi Islhow ! hier sur Ox street on à retrouvé plusieurs membre d’un gang criblé de balle grosse comme mon poing… bon sang gamin tu crois que y’a combien de personne à New York qui trimbalent une arme de DCA dans leur poche ?<br />
<br />
– Avec vous ça dois faire au moins un ? » dis-je au Lieutenant en observant la bosse que faisait le son holster de son arme sur son manteau « Vous avez toujours ce Podbyrin 9.2mm ? »<br />
<br />
Marlow me jeta un regard dédaigneux<br />
<br />
« Tu pourras te trimbaler des lances missiles le jour ou tu auras une plaque comme celle là ! » me dit il en sortant son insigne de police.<br />
<br />
Il soupira un grand coup puis reprit sur un ton plus calme.<br />
<br />
« Le toubib dit que la gamine va s’en remettre… t’arrivais 2h plus tard et elle passait à la casserole…<br />
– Vous avez de ces mots…<br />
– T’as compris ce que je voulais dire Islhow… j’aimes pas bien ta façon d’agir mais… je dois reconnaitre qu’avec toi le travail et fait. Mais va pas croire que parce que je te respecte ça veut dire que t’as tout les droits dans ma ville ! »<br />
<br />
J’aimais bien le Lieutenant. C’était le genre de grande gueule qui était dans la police depuis assez longtemps pour ne pas être naif, et pas depuis assez longtemps pour être devenue cynique.<br />
<br />
« Je couvrirais pas toujours tes affaires « Longshot »… mais disons que vu ce qui ce serait passé sans toi, t’auras droit à ma clémence… et puis les stups de Miami sont ravi de cette histoire. Faut croire que ton frangin aime bien que ses criminels restent à la maison.<br />
– Jethro est du genre à garder ses ennemis tout prêt, et ses amis encore plus »<br />
<br />
Marlow retourna dans le couloir.<br />
<br />
« Vous savez lieutenant, si un jour vous avez besoin que le travail soit fait : vous savez comment me joindre pas vrai ? »<br />
<br />
Et tout en prenant l’escalier, Marlow dit :<br />
<br />
« Oui je sais petit… XYZ… »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Big Bad Moon**<br />
<br />
Quand la nuit tombe et que la grande méchante Lune s’élève dans le ciel, elle me fait me sentir comme si j’avais péter un plomb. Je commence à trembler, frissonner et je sens un drôle de Blues.<br />
<br />
Et j’aime ça.<br />
<br />
Moi je suis Nicholas Islhow, et la plupart du temps je bosse comme serveur, plongeur, barman, homme à tout faire, et oreille attentive au House Full of Bullets, un club branché de Manhattan qui était anciennement un repaire de la pègre. Enfin ça c’est une autre histoire…<br />
<br />
Quand je vous dis que je fais ce job « la plupart du temps » c’est que bien évidement je laisse entendre que ce n’est pas ça mon vrai métier. Et effectivement, Si je fais le barman 4 soirs par semaines et 1 week end sur 2, c’est parce que mon autre job, mon vrai métier, il ne suffit pas à nourrir son homme. Parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’en plus d’une modeste paye et des pourboires des jolies filles, le House m’offre aussi les couverts les jours où mes placards sont vide.<br />
<br />
Autant dire assez souvent…<br />
<br />
Et là normalement je devrais vous dire ce que c’est que ce fameux « vrai job », parce que sinon cette histoire ne serait pas du genre que vous avez envie d’entendre. Et vous n’auriez pas tort, parce que voyez vous, mon histoire, ma vraie histoire, c’est une histoire de détective privé….<br />
<br />
Je m’appelle Nicholas Islhow, et dans le milieu on me connait sous le surnom de « Longshot ».<br />
<br />
Ça  fait plusieurs années que je vis à New York, Manhattan pour être précis. Bon enfin pas directement Manhattan, mais vraiment juste en face : un vrai bureau de détective, avec vue sur la skyline, et une porte vitrée avec mon nom dessus, comme à la télé.<br />
<br />
Le bureau me faisait office d’appartement et me permettait d’avoir une belle vue sur la ville la nuit. J’adorais faire ça : voir les gens qui passent, les voitures, les lumières, écouter le bruit, sentir cette odeur d’ozone et d’asphalte, et ressentir cette sensation incroyable que la vie coule dans les rues comme du sang dans des artères.<br />
<br />
Cette ville avait une âme que j’aimais la contempler.<br />
<br />
Depuis ma fenêtre, à la lumière de la grande méchante Lune, j’avais le genre de vue qui me faisait me sentir plus riche que tous les nababs du cinéma. Qu’ils se le gardent leur Hollywood Boulevard, Mullholand Drive et le Walk of Fame. Moi je préférais cent fois ma 5eme avenue et les bords de l’Hudson.<br />
<br />
Cette jolie vue avait un prix, et mon loyer s’en ressentait. C’est d’autant plus compliqué que lorsque vous faites mon job (le vrai) les rentrées d’argent étaient aussi compliquées à anticiper que la météo de la semaine prochaine. Du coup je me faisais tout le temps remonter les bretelles par le propriétaire, un vieux salopard du nom de J.D Braunin. Heureusement pour moi, sa femme Lucile m’avait à la bonne car je lui rappelait leur fils qui était parti vivre sur la côte Ouest et qu’ils ne voyaient quasiment jamais.<br />
<br />
Résultat, J.D avait beau pousser des gueulantes monumentales devant ma porte, Lucile l’obligeait à me faire crédit en lui expliquant que j’étais un brave garçon et que grâce à moi l’immeuble était plus sûr. Je ne suis pas certain que la présence d’un détective privé de ma trempe ait put faire grand-chose contre la criminalité ambiante, mais il est vrai que ma réputation avait motivé pas mal de petits truands à faire de large détour pour éviter de traîner dans mon quartier.<br />
<br />
Lucile était aussi adorable que son mari était pénible. Cette femme était tellement une sainte que souvent lors des mois difficiles, elle m’apportait à manger en expliquant que « elle en avait trop fait » et qu’elle ne voulait pas gâcher de la nourriture. La vérité c’est que cette vieille dame s’occupait de moi comme une mère mais qu’elle ne voulait pas me froisser.<br />
<br />
Je n’avais aucune idée de comment, mais un jour je lui rendrai la pareille…<br />
<br />
A ce stade de l’histoire, vous devez vous dire que pour un privé je suis plutôt patachon et que je me fais entretenir par une vieille dame ce qui n’a rien de bien héroïque. Vous n’avez pas tort, mais ça c’est parce que je vous garde le meilleur pour après voyons.<br />
<br />
Plus précisément, mon histoire commence par un de ses soirs comme je les aime où la grande méchante lune est de sortie. Immense, ronde et brillante dans le ciel, elle me toisait du regard (ou bien était-ce l’inverse ?) et faisait couler sur ma ville sa lumière feutré d’astre froid.<br />
<br />
Il faisait chaud et lourd, aussi j’avais ouvert la fenêtre en grand et laissé les lumières éteintes. Assit (ou plutôt devrais-je dire « vautré) dans le fauteuil usé de mon bureau, la chemise à demi ouverte, j’espérais que l’air du dehors ferait cesser l’étouffante sensation de cette nuit d’été.<br />
<br />
C’est là qu’elle frappa à ma porte.<br />
<br />
La chaleur m’avait rendu mollasson, ce fût donc toute une épreuve de me relever et d’aller à la porte du bureau. Je prit à peine le temps de reboutonner ma chemise avant d’ouvrir que je tombais nez à nez avec ma future cliente.<br />
<br />
C’était une femme d’environ 35 ans, dont les traits fatigués et rougis me laissent supposer qu’elle avait beaucoup pleuré récemment, et qu’avec un peu plus d’heure de sommeil elle était surement très belle.<br />
<br />
« Monsieur Islhow ? » demanda t-elle « Nicholas Islhow ?<br />
– C’est bien moi madame… que puis-je faire pour vous ?<br />
– Je m’appelle Lisa Cardwel et… je suis déspérée : ma fille Alison à disparue et… je l’ai cherchée partout et là je… »<br />
<br />
Et là ma cliente me lâche des larmes qui auraient briser les cœurs les plus durs. Une femme en pleurs ça me m’était toujours mal à l’aise, et là c’était pire que tout. De voir une maman pleurer son enfant, je crois que c’était difficilement surpassable sur l’échelle du chagrin.<br />
<br />
J’invitais donc Lisa à rentrer et à s’installer dans le sofa du bureau, vu que la chaise réservé aux clients était couverte d’une pile de fringues qui attendaient d’être repassées. Ouais je sais ça ne fait pas très sérieux, mais croyez-moi mon agence de détective à d’autres arguments que la déco pour se faire bien voir des clients.<br />
<br />
Madame Cardwel se calma et me tendit une petite carte de visite de l’agence au dos de laquelle il y’avait un message à mon attention.<br />
<br />
C’était une belle écriture, avec des tracés net et écrit au stylo bille bleue. Le message était simple, mais extrêmement signifiant pour moi…<br />
<br />
XYZ.<br />
<br />
Lorsque j’étais de service au House, j’avais convenu de ce code auprès des habitués pour sonner l’alerte. Le plus souvent, c’était les jeunes femmes qui se faisaient importunées qui me demandaient ainsi de l’aide : elles n’avaient qu’à commander un cocktail XYZ, et aussitôt je savais qu’il y’avait du grabuge en perspective. Je pouvais dès lors agir en toute discrétion et éconduire les goujats et autres ivrognes.<br />
<br />
« Je suis allé dans ce bar et… La jeune fille qui servait m’a donnée votre carte et a notée ça en me disant que vous comprendriez… »<br />
<br />
De toute évidence la jeune fille en question était Michelle, une des barmaids et accessoirement ma petite protégée. Elle connaissait bien évidement le code, et si elle l’avait noté, c’était une façon de me demander de m’occuper de Lisa. Michelle était une gentille gamine, et elle avait dû être touchée par la tristesse d’une maman qui cherche son enfant. Peut être avait elle pensé à sa propre mère qui vivait à Paris…<br />
<br />
« Madame Cardwel, quel age à Alison ? » demandais je sur le ton le plus pro que je pouvais.<br />
– Elle vient d’avoir 18 ans… tenez j’ai une photo ! »<br />
<br />
Lisa me tendit un cliché récent qu’elle gardait précieusement dans son portefeuille. On y voyait Alison en tenue de joueuse de foot sautant de joie, sans doute après avoir marqué un but. C’était la jeune fille typique : souriante, pleine de vie, sans histoire…<br />
<br />
Je connaissais trop bien ce genre d’affaire pour ne pas craindre le pire.<br />
<br />
« Alison vit avec vous ?<br />
– Oui… enfin elle est entré à la Fac mais elle revient tous les week ends. Mais ça fait presque 3 semaines que je n’ai plus aucune nouvelle !<br />
– Est elle inscrite sur des réseaux sociaux ?<br />
– Oui… mais là aussi plus aucune activité récente.<br />
– Un changement dans son comportement ? Des nouveaux amis qui ne vous inspiraient pas confiance ?<br />
– Elle avait rencontré un garçon à la fac… je crois qu’il s’appelle Peyton… mais je ne connais pas son nom de famille… oh mon dieu je me sens si bête de ne pas avoir fait plus attention… »<br />
<br />
Lisa était sur le point de craquer à nouveau. Il fallait que je la remotive pour qu’elle reste lucide.<br />
<br />
« Madame Cardwel, vous n’y êtes pour rien d’accord ? Votre fille a 18 ans : c’est normal que vous la laissiez vivre sa vie. Je vous promet qu’on va la retrouver et que tout ira bien »<br />
<br />
Super : je venais de faire la connerie numéro un qu’un privé ne doit jamais faire dans ce genre de situation. Promettre.<br />
<br />
On ne doit jamais rien promettre parce qu’on ne sait jamais ce qui à put se passer. Ou plutôt si : on sait ce qui PEUT se passer. Une jolie gamine comme ça à put être la cible d’un malade, la victime d’un petit copain jaloux, et ça se sont seulement les premières théories qui me viennent.<br />
<br />
C’est un monde dangereux dehors, et malheureusement les jeunes filles sont des victimes toutes désigné par une société qui trouve ça cool de rappeler en permanence que c’est facile de s’en prendre à elles…<br />
<br />
Bon, je vous épargne le cour de morale, mais sachez que cette affaire était TRÈS mal barré.<br />
<br />
« Quand est ce que votre fille à t-elle été aperçue pour la dernière fois ?<br />
– C’était au début du mois, le 4. Elle était sortie prendre un verre avec une amie après les cours vers 16h. Elles sont resté la bas environ 1h et puis Alison est retourné au Campus.<br />
– D’accord… c’est pour ça que vous êtes allé au House ? pour retrouver sa piste ?<br />
– Oui… je pensais que peut être quelqu’un aurait vu quelque chose… »<br />
<br />
Je comprenais mieux le pourquoi du message de Michelle. Le House c’était notre territoire, et si quelqu’un s’amusait à y foutre le bordel, c’était presque un devoir de le corriger.<br />
<br />
Par contre, si Michelle n’avait pas eu plus d’info, c’était que le House était une piste morte. Il fallait que je trouve un moyen de retracer ce qui avait put se passer entre le bar et le campus.<br />
<br />
Tandis que je réfléchissais, Lisa tira de son sac carmin une épaisse enveloppe qu’elle me tendit les mains tremblantes.<br />
<br />
« Il y’a 3 500 dollars… c’est tout ce que j’ai pour l’instant… mais je vous promet que je trouverai un moyen de vous payer. Je prendrais une hypothèque s’il le faut mais s’il vous plait retrouvez ma fille ! »<br />
<br />
Ça c’était le genre de cas de figure que tout privé avec un peu de sens moral détestait vivre. Parce que vu l’enquête à venir, 3500 dollars ça ne faisait pas beaucoup, même en rognant la facture au maximum. Sauf que je ne me voyait pas cribler de dette une femme au bord du désespoir en profitant de sa situation.<br />
<br />
Et ouais : c’est pas pour rien que je suis fauché les trois quart du temps…<br />
<br />
« Ecoutez madame… l’argent n’est pas un problème. Je vous propose de prendre 1 000 dollars comme acompte et dès lors que j’aurais progressé dans la recherche d’Alison, on reparlera de tout ça à tête reposé d’accord ? »<br />
<br />
Madame Cardwel ne s’attendait sans doute pas à ce genre d’élan d’altruisme de la part d’un privé, ce qui expliqua sans doute pourquoi au moment de la raccompagner dehors elle m’enlaça en me remerciant du fond du cœur.<br />
<br />
Hey : qu’on soit bien d’accord ! Oui je la trouvais plutôt jolie, mais je suis un pro, et ce n’était pas mon genre de profiter d’une telle situation (non mais !).<br />
<br />
Le lendemain, je me rendis sur le Campus de la fac pour creuser mon sujet. Après m’être perdu 3 fois, un groupe de jeunes filles, que mon charme de gentil voyou avait sans doute fait craquer, me conduisit au bureau du doyen. Ce dernier coopéra volontiers, inquiet qu’une histoire de disparition n’entache la réputation de son établissement.<br />
<br />
Bon, je suis un peu salaud en disant ça : il s’inquiétait AUSSI pour la gamine.<br />
<br />
Il me communiqua les horaires d’Alison, le nom de ses profs, et me confia un double de sa chambre en m’invitant cependant à bien faire attention. Au début je ne voyais pas pourquoi il m’avait fait cette remarque, mais une fois dans le dortoir, l’évidence me sauta aux yeux : c’était rempli de jeunes filles, et pas mal me faisaient les yeux doux.<br />
<br />
Ne croyez pas que je sois prétentieux, mais dans la famille ont avait tous des yeux à faire chavirer les cœurs…<br />
<br />
Evidemment, je prenais ma mission au sérieux et je me contentais de leur parler de l’affaire. N’empêche, j’étais abasourdi de voir à quel point les gamines de maintenant ne manquait pas d’audace de m’aborder aussi « ouvertement ».<br />
<br />
Je me pris alors un méchant coup de vieux.<br />
<br />
Mais bon, pas le temps pour l’auto apitoiement, il me fallait du concret. La plupart des jeunes filles ici connaissaient bien Alison. C’était l’une des meilleures joueuses de foot de l’équipe universitaire, mais aussi une brillante étudiante en marketing du sport. Les filles l’aimaient bien car elle avait toujours le mot pour rire, et était toujours attentives aux autres. L’une d’elle me raconta comment Alison lui avait prêté sa voiture pour qu’elle puisse aller voir ses parents dans le Vermont, une autre me parla de la fois où Alison avait organisé un marathon caritatif pour l’aider à faire prendre en charge son frère atteint d’une forme d’autisme… bref Alison m’était dépeint comme généreuse, simple… l’amie idéale en somme.<br />
<br />
Cependant, la gentille Alison semblait avoir une part d’ombre. Je notais des trous dans ce tableau idyllique, mais les filles n’avaient pas plus d’éléments que ça pour étayer la réflexion. Elles me conduisirent à sa chambre, puis me laissèrent en me souhaitant bonne chance.<br />
<br />
Pas de doute : elles voulaient sincèrement revoir leur amie.<br />
<br />
Une fois seul, je commençais ma recherche d’indice. Si dans les films ce genre d’étape se déroule en quelques minutes et sans quasiment aucun effort de l’enquêteur, en réalité c’était bien plus laborieux. Même une chambre d’étudiante demandait un temps fou pour être fouiller dans les règles de l’art.<br />
<br />
En fouillant ses tiroirs, je tombais bien entendu sur sa lingerie ce qui me mit un p’tit peu mal à l’aise, mais surtout sur son journal. J’avais de la chance, Alison était du genre romantique et préférait un journal papier à l’ancienne plutôt qu’un blog que j’aurais été bien incapable de trouver par moi même. Pour le coup, c’était vraiment bien plus gênant que de fouiller dans ses p’tites culottes vu comment elle m’était son âme à nu la dedans.<br />
<br />
Je survolais les dernières entrée du journal en essayant de traquer des signes, des indices, ou quoi que ce soit qui me permettrait de remonter sa piste et comprendre ce qui s’était passé. Comme je le pensais, le journal d’Alison montrait à quel point la jeune fille vivait mal ses années de fac. La pression des examens, la compétition savamment organisée par les profs entre les étudiants, et surtout sa vie sentimentale en dent de scie, tout ça l’avait plongé dans une profonde dépression qu’elle traitait avec des médicaments.<br />
<br />
Et merde.<br />
<br />
Cette piste là c’était du sérieux, le genre dont un privé rêve pour débloquer son affaire, car des médicaments aux drogues, il n’y à qu’une colonne dans les barèmes de classification de l’agence pour la santé. Si Alison avait franchit la ligne, je ne doutais pas que dans un campus comme celui-ci il soit facile de se procurer tout et n’importe quoi.<br />
<br />
Demander aux étudiantes aurait été une perte de temps : jamais elles n’auraient confirmées qu’Alison se droguait… par contre il me suffisait d’un bon point d’observation pour identifier en moins d’une heure qui était le dealer du coin.<br />
<br />
Je m’installais donc au point stratégique le plus évident pour ce genre d’affaire : la bibliothèque.<br />
<br />
Oui oui : ne tombez pas des nues comme ça, c’est l’endroit parfait pour ce genre de business. Les clients vous passent commande via un code du style « tu peux m’avoir 2 places pour Teen Bashing ? » ou « Je voudrais une place VIP pour le prochain match des Spurs » puis le dealer fixe un rendez vous. Pourquoi ce code me direz vous ? Simple : si il est surpris, le dealer pourra toujours faire croire qu’il revendait des places sous le manteau, ce qui est bien moins grave comme délit.<br />
<br />
Discret, et en plus pratique comme couverture.<br />
<br />
Une fois la commande validé et négocié, le client va déposer son paiement. Pour ça c’est tout bête, il prend un bouquin convenu à l’avance, place ses jolies dollars entres les pages, et le remet en place. Le dealer lui observe de loin, discrètement, et dès qu’il constate que le paiement est fait, il va ramasser ses gains, puis laisse sa marchandise. Dès lors qu’il s’éloigne, il envoi un message à son client pour lui confirmer que « j’ai pût trouver les places que tu voulais » et le client n’a plus qu’a revenir reprendre le livre et trouver son petit cadeau dedans.<br />
<br />
Je ne connaissais pas le dealer, mais ma longue expérience de chasseur des villes m’avait apprit à réfléchir comme eux. La personne que je cherchais devait pouvoir déposer sa commande dans un livre sans risquer qu’il ne soit prit par erreur par quelqu’un d’autre, il choisirait donc les ouvrages les moins intéressants et si possible ceux disposant d’une reliure à l’ancienne, car il lui serait plus facile d’y cacher des comprimés, trop épais pour des livres moderne. En effet, entre le dos des grosses reliure et le tranchefile, il y’avait souvent un petit espace qui faisait largement l’affaire pour ce genre de transaction.<br />
<br />
Je cherchais donc des livres anciens, à grosses reliures, et qui n’intéressaient pas grand monde.<br />
<br />
« Littérature scandinave du 13eme siècle » : ça devrait faire l’affaire.<br />
<br />
Mon problème c’était qu’avec ma tronche de trentenaire je faisais tout de suite tache dans le décor, même si Dame Nature avait eut la bonté de me laisser ma bouille d’angelot sorti tout juste de sa 1 ere communion. Je me planquais donc à bonne distance, et de préférence avec un livre sous le nez pour ne pas faire tache. Coup de bol pour moi, il y’avait un rayonnage entier consacrée à l’ingénierie balistique, une de mes grandes marottes. J’allais pouvoir surveiller ma proie ET passer le temps agréablement.<br />
<br />
La chance étant vraiment de mon côté, il ne fallut pas plus d’une heure pour que le poisson se mette à frétiller au bout de ma ligne. Car si la technique de mon dealer était très élaborée pour ce qui est de son organisation, elle laissait à désirer dans son exécution : cet idiot tranchait autant que moi dans le décor avec son costume italien à 500 dollars et ses chaussures richelieu à bout pointus.<br />
<br />
Problème : qu’est ce qu’un mec pareil faisait à dealer ? et pourquoi ici ?<br />
<br />
Après avoir fait sa livraison, le dealer s’en alla sans demander son reste. Je n’avais plus qu’a le filer jusqu’à un coin tranquille pour un petit interrogatoire maison…<br />
<br />
Il quitta le batiment de la bibliothèque et se rendit dans le batiment principal du campus. Je commençais à comprendre ce qui clochait avec ce lascar : ce n’était pas un étudiant, c’était un prof. C’était facile pour lui de repérer les clients potentiels et de faire en sorte qu’ils trouvent son email. Sa présence régulière à la bibliothèque était insoupçonnable, pas plus que ses allés et venues dans tous le campus.<br />
<br />
La couverture idéal.<br />
<br />
Je fis le pari d’attendre mon loustic en me tenant à quelques mètre de l’entrée. Me faire voir à l’intérieur aurait trop attiré son attention, je préférais donc jouer la prudence et le surprendre plus tard. Il ne me fit pas attendre plus d’une demi heure avant de pointer à nouveau le bout de son nez, se dirigeant cette fois vers le parking du campus tout en jouant avec ses clefs.<br />
<br />
D’un rapide coup d’oeil, je repérais au porte clefs qu’il conduisait un coupé sport d’importation. Je pouvais donc tenter d’arriver avant lui en trotinant, et lui préparer une jolie embuscade. Même si le parking était immense, ce genre d’établissement avait forcément des places réservé pour les profs, et une voiture de ce genre ne devait pas être monnaie courante.<br />
<br />
Nouveau pari gagnant : au 1er sous sol, toute les rangés de A à C étaient dévolues au corps enseignants et au personnel administratif, et à la place C18 se trouvait une Porche Cayman GT4 jaune. embusquer derrière le pilier, je pus voir mon dealer arriver, son téléphone à l’oreille.<br />
<br />
« Je sais ça ! » dit il à son interlocuteur l’air enervé « … sauf que vous savez très bien que ça fait finir par être un problème : il faut qu’on s’en débarrasse ! »<br />
<br />
Oh putain…<br />
<br />
Le prof / dealer raccrocha avec un air très énervé et commença à palper ses poches. Il était tellement à cran qu’il mit 10 bonnes secondes à réaliser qu’il avait déjà ses clefs à la main. C’était le moment parfait pour faire mon entrée.<br />
<br />
Je sorti du couvert que m’offrait un grand pilier de béton gris, et l’interpellait tranquillement :<br />
<br />
« Excusez moi monsieur ? »<br />
<br />
Il sursauta<br />
<br />
« Parait que c’est vous qu’il faut voir pour se procurer de quoi stimuler son intellect ?<br />
– Je ne vois pas de quoi vous parlez… » me répondit-il méfiant tout en ouvrant la portière.<br />
– Allez soyez pas chien : j’ai pas votre email, sinon je vous aurais donné rendez vous à la bibliothèque… comme tout le monde ! »<br />
<br />
Là il se passa un truc que je n’avais pas du tout prévu.<br />
<br />
Le prof jeta sa sacoche dans l’habitacle et dégaina un flingue de sous sa veste. Je devais vraiment être en hypoglycémie pour ne pas l’avoir remarqué…<br />
<br />
Il me mit en joue et s’approcha tout contre moi puis colla le canon de son arme contre ma tempe.<br />
<br />
« Ecoutes moi bien pauvre connard : ça c’est un P99 avec un chargeur de 16 coups, et il suffirait que tu m’énerves encore une fois pour que je décide de…<br />
– Un P99 ? ça ? vous êtes sûr ?<br />
– Que…<br />
– Moi je crois plutôt que le type qui vous l’a vendu à maquillé un vulgaire CZ 110 et vous l’a fourgué comme si c’était un Walter… Je pari que c’est même pas le calibre .40 !<br />
– LA FERME ! t’es qui bordel ! et tu me veux quoi ? »<br />
<br />
Vu que je n’aimais pas trop parler avec quelqu’un suceptible de terminer la conversation avec une décharge de plomb dans mon crane, je saisi d’un geste vif le poignet de mon prof / dealer afin de le détourner ma jolie frimousse, tout en dégainant mon propre flingue. Enfin l’un d’eux : j’aime sortir couvert<br />
<br />
En l’occurence je venais de lui planter le canon de mon Casul 13mm sous le menton, ce qui était relativement facile vu que ce monstre mesurait facilement ces 8 pouces de long. Bien que visiblement ignorant dans le domaine des armes à feu, mon interlocuteur compris qu’il avait à faire à du très lourd et lacha immédiatement son arme en signe de soumission.<br />
<br />
« Excellente réaction professeur… » lui dis je pince sans rire « c’est la preuve que vous êtes plus malin que vous en avez l’air. Parce que voyez vous autant votre petit joujou c’est sympa pour frimer devant les copains, autant s’il faut faire du dégats je ne vous recommanderai aucun autre flingue que le Casul. C’est à l’origine un fusil de chasse à l’éléphant customisé pour tenir dans le creux dans la main… c’est bigrement lourd mais croyez moi si je m’amuse a presser la détente je vous décapsulerai la tête si haut que vous risquez d’atterrir à Long Island…. »<br />
<br />
Et oui que voulez vous : il faut bien un peu baratiner son client si on veut le faire parler.<br />
<br />
« Alors maintenant que nous sommes devenu très copain vous et moi, vous allez me parler un peu d’Alison Cardwel… »<br />
<br />
Ses yeux le trahirent immédiatement : j’avais vu juste il savait quelque chose.<br />
<br />
« C’est une de mes étudiantes et alors ?<br />
– Prof… ce n’est pas sérieux ce que vous faites là… vous pensez réellement que je suis le genre de type qui va prendre des pincettes ?<br />
– Je ne sais pas ce…<br />
– Oula oula… stop : évitez de dire trop de connerie ça me rend TRES nerveux de la détente si vous voyez ce que je veux dire… causons un peu : c’était quoi ce coup de fil quand vous êtes arrivé ?<br />
– Je ne sais pas ce que vous avez entendu mais…<br />
– Mais quoi ? »<br />
<br />
J’avais de suite deviné que notre cher professeur n’étaient pas un dur à cuire, et qu’un peu pression allait le faire craquer. Histoire d’en rajouter une couche (je veux dire une couche de plus que le regard menaçant que je lui adressais depuis le début de notre entretient) je ramenai le percuteur de mon revolver en arrière ce qui produisit le « clic » si caractéristique des armes aux cinémas. Dans la réalité celà n’avait pour effet que de rendre plus sensible la queue de détente, mais sur un néophyte l’effet psychologique de ce claquement était d’une efficacité indéniable.<br />
<br />
« Attendez ! attendez… j’ai rien à voir dans ton ça je vous le jure…<br />
– Moins de blabla et plus d’info Prof… je commence à avoir le bras qui s’engourdit et ça ne facilite pas les choses vous savez…<br />
<br />
– Alison… elle venait me voir pour… des cachets. Des… des tranquillisants »<br />
<br />
Histoire de d’augmenter l’allure je poussais un peu le canon de mon arme dans son cou…<br />
<br />
« … Elle voulait du Diazépam !<br />
– C’est un anxiolithique c’est ça ?<br />
– Oui… elle était devenue accro.<br />
<br />
– Et ça vous à pas empêcher de lui en vendre pas vrai ? Allez Prof, j’attend la suite avec impatience !<br />
– Elle à découvert que c’était moi qui dealait… Elle m’a jurée qu’elle ne dirait rien, que ça lui causerait autant de problème qu’a moi…<br />
– Mais vos fournisseurs ont eu vent de l’affaire et ont décidé d’agir c’est ça ? »<br />
<br />
Son regard de chien battu vallait tous les « oui » de la terre.<br />
<br />
« Qu’est ce qu’ils ont fait d’Alison ? elle est toujours en vie ? »<br />
<br />
Sans doute conscient que de cette réponse dépendait sa propre survit, il avoua aussitôt.<br />
<br />
« Oui ! elle est toujours en vie ! elle est toujours en vie !<br />
– Où est elle ?<br />
– J’en sais rien…<br />
– Je perds patience là ! » dis je en levant la voix et en le titilant encore un peu du bout de mon arme<br />
– Ils ont dit qu’ils allaient la camé à mort pour faire croire à une overdose… mais avant ça ils l’ont mise de côté pour l’offrir à leur Boss… Il arrive de Miami dans la soirée…<br />
– L’offrir ? est ce que je dois comprendre que la petite Alison va être emballé dans un jolie papier rose bonbon et déposée comme un chocolat sur le lit d’un narcotrafiquant pour lui souhaiter la bienvenue ? hein ? REPONDS MOI ! »<br />
<br />
Il était persuadé que j’allais le tuer. Ses yeux cherchaient de l’aide. Si  jamais quelqu’un arrivait dans les parages il allait se mettre à hurler. Je devais jouer mon va-tout.<br />
<br />
Je balançais au prof un bon coup de crosse en plein visage histoire de le coller au sol, puis je levais mon arme dans sa direction.<br />
<br />
« Dernière chance mon pote… »<br />
<br />
En un éclair, prit pour cible le pare brise de sa voiture et y expédiait une balle de mon 13mm qui la fit exploser dans un fracas assourdissant. Les gros calibre c’était efficace, mais bon dieu que ce n’était pas discret !<br />
<br />
J’espérais que la peur et l’adrénaline provoqué par le coup de feu allait lui débloquer la langue. Les dés étaient jeté : dans moins de 5min un agent de sécurité allait se pointer et je ne voulait pas être ici à ce moment là. Heureusement pour moi, mon prof / dealer n’avait pas les nerfs assez solide et il se mit aussitôt à table.<br />
<br />
« Ils la gardent à leur planque sur Ox Street ! c’est dans le sous sol d’un préteur sur gage ! je vous le jure ! pitié ! c’est la vérité ! »<br />
<br />
Pas le temps de faire des politesses, je devais filer à toute jambes. Je venais d’avancer d’une grosse étapes dans mon jeu de piste, mais le chronomètre était lancé : d’ici ce soir il pouvait arriver n’importe quoi à la pauvre Alison. Mais pas de problème… Longshot était sur le coup.<br />
<br />
***<br />
<br />
En temps normal j’aurais prit quelques infos chez mes indics, mais là ce n’était plus le moment de perdre du temps. J’allais devoir faire appel à la famille…<br />
<br />
… et je détestais ça.<br />
<br />
Priant pour qu’il me reste du forfait sur mon mobile, je composais un numéro que j’aurais préfèrer ne jamais avoir à composer :<br />
<br />
« Allo ? » fit une voix coupante comme un rasoir et roulante comme un accent du sud « c’est toi nicky ? »<br />
<br />
La question était bien sûr purement réthorique.<br />
<br />
« Salut Jethro… faut qu’on parle affaire et j’ai pas beaucoup de temps..<br />
– Oh… c’est comme ça qu’on parle à son p’tit frère ?<br />
– Garde ta salives, on réglera toutes ses conneries à Thanksgiving. J’ai besoin de tuyaux en express sur un type qui vient de Miami, le genre gros pontes qu’on reçoit en grande pompe mais dans le sous sol d’un prêteur sur gage…<br />
– Tu m’as prit pour les renseignements ?<br />
– Me fait pas perdre mon temps : t’es plus agent des stups peut être ? Si ce mec est de Miami tu dois forcément le connaitre ! »<br />
<br />
Salopard… il jubillait à l’autre bout du fil<br />
<br />
« Et pourquoi je te donnerai cette info mon chère frère ?<br />
– Ils ont kidnappé une gamine et vont la filer en pature au boss avant de la liquider en faisant passer ça pour une overdose… »<br />
<br />
S’il y’a bien une chose que Jethro détestait par dessus tout, c’était ceux qui s’en prenait aux enfants. Ca l’avait mis tellement en colère que je l’entendis frapper du poing sur son bureau.<br />
<br />
« Alors là Nicky ça change tout en effet… oublie les comptes frérôt : ce soir c’est moi qui régale… je suppose que tu vas t’en chargé illico ?<br />
– Pourquoi ? tu voulais venir ? »<br />
<br />
Question stupide : bien sûr qu’il voulait venir.<br />
<br />
Jethro me donna toutes les infos que je pouvais vouloir sur mes futurs adversaires. Ils se faisaient appeler le gang de Palmeto, et leur Boss s’appelait Juan Salazar.<br />
<br />
Plus cliché tu meurs.<br />
<br />
Le stups de Miami pistaient le gang depuis des mois, et c’était pour échapper à la pression que Salazar avait décidé de se créer une arrière base à New York.<br />
<br />
Quelle dommage pour lui…<br />
<br />
***<br />
<br />
Il fallait y aller sans fioriture. Dans ce genre de coup, trop de préparation vous paralyse. Je décidais donc d’entrer, de récupérer Alison, et de repartir aussi vite que j’étais venu sans dire un mot ni adresser un regard à qui que ce soit.<br />
<br />
Enfin bon… je me connaissais assez pour savoir que je ne resisterais pas à une bonne réplique si j’en avais l’occasion. Un truc de privé que voulez vous…<br />
<br />
L’entrée de la boutique de préteur sur gages était on ne peut plus classique, mais ce qui attira mon attention c’était la caméra de sécurité sans fil dernier-cri qui observait la salle silencieusement.<br />
<br />
Comme je le craignais, ça allait être difficile de faire dans le feutré…<br />
<br />
A peine la porte franchit, je dégainais mon Casul et fit feu sur la camera avant de prendre pour cible le type derrière le comptoir. Se croyant protégé par la vitre blindé derrière laquelle il se trouvait il commença a sortir un fusil à pompe de sous la caisse enregistreuse. Seulement voila : mes balles faites maison avec de la cordite filaient à 900 mètre par seconde, déployant assez de puissance d’impact pour arracher un arbre. Autant dire qu’une vitre fusse t-elle blindée n’avait que peu de chance d’en réchapper.<br />
<br />
Pour éliminer le caissier, je sorti de sous mon imper ma deuxième arme, un colt python 8 qui m’offrait une précision à nulle autre pareil. Ajustant mon tir en un instant, je lui collait une balle dans l’épaule afin de l’empêcher de nuir, chose qui aurait été impossible avec le Casul qui lui aurait littéralement arraché le bras.<br />
<br />
D’un bond vif, je sautais par dessus le comptoir et m’engageait dans l’arrière salle. Elle débordait de babioles en tout genre : montre, appareils photos, téléphone portables, mais aussi couteaux à cran d’arrêt, batte de baseball, et flingue en tout genre.<br />
<br />
Bien entendu les tirs avaient attirés l’attention, et j’entendis des bruits de pas rapide venant de l’escalier qui se trouvait à l’autre bout de l’arrière salle. Sprintant pour arrivé en haut de l’escalier avant mes adversaires, je fit une petite glissade pour me mettre au sol afin d’être une cible plus difficile à atteindre.<br />
<br />
Un molosse typé latino déboula armé d’un pistolet mitrailleur HK MP5 dont il lacha une salve dans ma direction. Pas de problème : il me suffit de rouler sur le côté pour me dégager de sa ligne de mire. Mais la partie ne faisait que commencer : un deuxième homme arriva derrière le molosse et il se séparerent pour me prendre à revers.<br />
<br />
Je ne devais pas leur laisser le temps d’agir. Bondissant sur le côté, une arme dans chaque main, je fit feu de manière à étaler mes deux adversaires en même temps. La main du molosse explosa sous l’impact de la balle de 13mm tandis que son comparse sentit sa rotule se briser lorsque la balle du colt Python la transperça.<br />
<br />
La voie dégagé je filait au sous sol.<br />
<br />
A ma grande surprise, l’endroit ne manquait pas de charme bien que dénué de lumière naturelle. C’était un peu comme se retrouver dans les sous sol du manoir Playboy, mais avec moins de Bunny et plus de gros bras se demandant ce que je foutais là.<br />
<br />
Car avec ma délicatesse habituelle, je venais vraisemblablement d’interrompre leur partie de poker dont l’enjeu semblait la pauvre Alison.<br />
<br />
Elle était prostrée sur les genoux d’un des gros bras du gang, tout juste habillée d’une nuisette, le regard dans le vide.<br />
<br />
« Salut les gars ! » dis je sans me décontenancé tandis qu’ils tous en train de se préparer à bondir sur leurs armes « comme vous vous en doutez c’est moi qui ait causé tout ce bordel là haut… »<br />
<br />
L’un des gangsters tenta sa chance en essayant de se saisir du beretta 92F posé devant lui sur la table. C’était une excellente occasion pour moi de monter que je ne plaisantais pas : ajustant mon tir, je fis sauter son arme de ses mains avec le colt, puis aussitôt après le mis en joue avec le Casul dont la gueule impressionnante valait toutes les menaces du monde.<br />
<br />
« Quelqu’un d’autre veut jouer les héros ? » demandais je en assumant parfaitement mon cliché « vous allez me remettre la gamine et nous laisser filer. Sa pose problème à quelqu’un ? »<br />
<br />
Je scrutais la salle des yeux en essayant de garder mon attention en éveil pour éviter de me faire déborder à l’improviste.<br />
<br />
« Bon… puisque nous sommes tous d’accord… Alison, viens par là ma grande, Tonton Nicky te ramène à la maison »<br />
<br />
Je soupçonnait que pour la rendre plus obéissante, ils l’avaient gavé de GHB ou tout autre saloperie du même style. Seul avantage : elle restait calme malgré l’écrasante tension qui régnait.<br />
<br />
« Dès qu’on aura filer je vous recommande d’appeler une ambulance : vos potes là haut vont avoir besoin de soin<br />
– Cabron ! Cuando el se da la vuelta, matad le !(batard ! dès qu’il tourne le dos, tuez le !)  » me hurla l’un d’eux sous estimant sans doute ma maîtrise de la langue de Shakira.<br />
– Chicos, no me considerad como si yo fuera un mangate ordinario. Los que viven aqui saben quien soy : en el mundo del crimen, me llamo Longshot… »<br />
<br />
Oh, excusez moi j’ai oublié de vous traduire.<br />
<br />
« les mecs, ne me considérez pas comme si j’étais un malfrat ordinaire. Les gens qui vivent ici savent qui je suis. Dans le milieu on m’appelle Longshot… »<br />
<br />
Mine de rien avoir une réputation ça n’était pas du luxe et les locaux expliquèrent rapidement qui j’étais à ceux qui n’était pas au parfum.<br />
<br />
« La petite part avec moi, et croyez moi si vous voulez pas que je crame votre taudis du sol au plafond, vous allez foutre le camp de ma ville et peut être… je dis bien peut être, que je ne vous criblerait pas de balles ! »<br />
<br />
Ce qu’il avait de bien à traiter avec les voyoux des cartels, c’était qu’ils connaissaient la chanson. Et lorsqu’un type comme moi faisait prévaloir son territoire, on ne prenait pas le risque de l’énerver. Je n’osais même pas imaginer ce que ça donnerait s’ils savaient que le cinglé des stups de Miami qui leur pourrissait la vie était de ma famille…<br />
<br />
Alison et moi remontâmes à l’étage. Je la couvrais de mon imper pour qu’elle n’ait pas froid (et que ça n’ait pas l’air suspect que je traîne à mon bras une ado visiblement drogué jusqu’au yeux et habillé d’une nuisette noire et rouge) et nous sautèrent dans le premier taxi qui passait.<br />
<br />
***<br />
<br />
Alison avait retrouvé sa mère. les flics, tuyauté par Jethro, avaient fait une descente chez le gang de Palmeto et avaient trouvé plusieurs types criblés de balle et des quantités astronomiques de drogues. Par contre, aucun gros ponte du gang n’avait été interpellé : tous avait prit la fuite après ma petite visite.<br />
<br />
C’était sans doute de ça que voulais me parler le Lieutenant Marlow lorsqu’il tapa à ma porte. je l’accueillit avec mon sourire le plus hypocrite :<br />
<br />
« Hey Capi… euh non pardon Lieutenant ! désolé : j’ai toujours du mal avec les grades<br />
– Te fous pas de moi Islhow : t’étais où hier après midi ? »<br />
<br />
Sans attendre que je l’invite, il rentra dans le bureau. Marlow était un flic à l’ancienne, qui suivait son instinct avant tout et qui pouvait sentir dans les vibrations de l’air s’il y’avait quelque chose qui cloche.<br />
<br />
« Elle est où ? » demanda-t-il<br />
– Qui ça ? » répondis je naivement<br />
– Ta foutue pétoire !<br />
– Alors là je ne…<br />
<br />
– Fais pas le malin avec moi Islhow ! hier sur Ox street on à retrouvé plusieurs membre d’un gang criblé de balle grosse comme mon poing… bon sang gamin tu crois que y’a combien de personne à New York qui trimbalent une arme de DCA dans leur poche ?<br />
<br />
– Avec vous ça dois faire au moins un ? » dis-je au Lieutenant en observant la bosse que faisait le son holster de son arme sur son manteau « Vous avez toujours ce Podbyrin 9.2mm ? »<br />
<br />
Marlow me jeta un regard dédaigneux<br />
<br />
« Tu pourras te trimbaler des lances missiles le jour ou tu auras une plaque comme celle là ! » me dit il en sortant son insigne de police.<br />
<br />
Il soupira un grand coup puis reprit sur un ton plus calme.<br />
<br />
« Le toubib dit que la gamine va s’en remettre… t’arrivais 2h plus tard et elle passait à la casserole…<br />
– Vous avez de ces mots…<br />
– T’as compris ce que je voulais dire Islhow… j’aimes pas bien ta façon d’agir mais… je dois reconnaitre qu’avec toi le travail et fait. Mais va pas croire que parce que je te respecte ça veut dire que t’as tout les droits dans ma ville ! »<br />
<br />
J’aimais bien le Lieutenant. C’était le genre de grande gueule qui était dans la police depuis assez longtemps pour ne pas être naif, et pas depuis assez longtemps pour être devenue cynique.<br />
<br />
« Je couvrirais pas toujours tes affaires « Longshot »… mais disons que vu ce qui ce serait passé sans toi, t’auras droit à ma clémence… et puis les stups de Miami sont ravi de cette histoire. Faut croire que ton frangin aime bien que ses criminels restent à la maison.<br />
– Jethro est du genre à garder ses ennemis tout prêt, et ses amis encore plus »<br />
<br />
Marlow retourna dans le couloir.<br />
<br />
« Vous savez lieutenant, si un jour vous avez besoin que le travail soit fait : vous savez comment me joindre pas vrai ? »<br />
<br />
Et tout en prenant l’escalier, Marlow dit :<br />
<br />
« Oui je sais petit… XYZ… »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Big Bad Moon**

Quand la nuit tombe et que la grande méchante Lune s’élève dans le ciel, elle me fait me sentir comme si j’avais péter un plomb. Je commence à trembler, frissonner et je sens un drôle de Blues.

Et j’aime ça.

Moi je suis Nicholas Islhow, et la plupart du temps je bosse comme serveur, plongeur, barman, homme à tout faire, et oreille attentive au House Full of Bullets, un club branché de Manhattan qui était anciennement un repaire de la pègre. Enfin ça c’est une autre histoire…

Quand je vous dis que je fais ce job « la plupart du temps » c’est que bien évidement je laisse entendre que ce n’est pas ça mon vrai métier. Et effectivement, Si je fais le barman 4 soirs par semaines et 1 week end sur 2, c’est parce que mon autre job, mon vrai métier, il ne suffit pas à nourrir son homme. Parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’en plus d’une modeste paye et des pourboires des jolies filles, le House m’offre aussi les couverts les jours où mes placards sont vide.

Autant dire assez souvent…

Et là normalement je devrais vous dire ce que c’est que ce fameux « vrai job », parce que sinon cette histoire ne serait pas du genre que vous avez envie d’entendre. Et vous n’auriez pas tort, parce que voyez vous, mon histoire, ma vraie histoire, c’est une histoire de détective privé….

Je m’appelle Nicholas Islhow, et dans le milieu on me connait sous le surnom de « Longshot ».

Ça  fait plusieurs années que je vis à New York, Manhattan pour être précis. Bon enfin pas directement Manhattan, mais vraiment juste en face : un vrai bureau de détective, avec vue sur la skyline, et une porte vitrée avec mon nom dessus, comme à la télé.

Le bureau me faisait office d’appartement et me permettait d’avoir une belle vue sur la ville la nuit. J’adorais faire ça : voir les gens qui passent, les voitures, les lumières, écouter le bruit, sentir cette odeur d’ozone et d’asphalte, et ressentir cette sensation incroyable que la vie coule dans les rues comme du sang dans des artères.

Cette ville avait une âme que j’aimais la contempler.

Depuis ma fenêtre, à la lumière de la grande méchante Lune, j’avais le genre de vue qui me faisait me sentir plus riche que tous les nababs du cinéma. Qu’ils se le gardent leur Hollywood Boulevard, Mullholand Drive et le Walk of Fame. Moi je préférais cent fois ma 5eme avenue et les bords de l’Hudson.

Cette jolie vue avait un prix, et mon loyer s’en ressentait. C’est d’autant plus compliqué que lorsque vous faites mon job (le vrai) les rentrées d’argent étaient aussi compliquées à anticiper que la météo de la semaine prochaine. Du coup je me faisais tout le temps remonter les bretelles par le propriétaire, un vieux salopard du nom de J.D Braunin. Heureusement pour moi, sa femme Lucile m’avait à la bonne car je lui rappelait leur fils qui était parti vivre sur la côte Ouest et qu’ils ne voyaient quasiment jamais.

Résultat, J.D avait beau pousser des gueulantes monumentales devant ma porte, Lucile l’obligeait à me faire crédit en lui expliquant que j’étais un brave garçon et que grâce à moi l’immeuble était plus sûr. Je ne suis pas certain que la présence d’un détective privé de ma trempe ait put faire grand-chose contre la criminalité ambiante, mais il est vrai que ma réputation avait motivé pas mal de petits truands à faire de large détour pour éviter de traîner dans mon quartier.

Lucile était aussi adorable que son mari était pénible. Cette femme était tellement une sainte que souvent lors des mois difficiles, elle m’apportait à manger en expliquant que « elle en avait trop fait » et qu’elle ne voulait pas gâcher de la nourriture. La vérité c’est que cette vieille dame s’occupait de moi comme une mère mais qu’elle ne voulait pas me froisser.

Je n’avais aucune idée de comment, mais un jour je lui ren]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Wed, 23 Mar 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-03-23T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
            <itunes:duration>25:31</itunes:duration>
        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 34 : Super Macho Man #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep34/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[*(désolé le son est un poil dégueulasse mais j’ai un problème à l’enregistrement et pas le coeur de refaire 30min de prise :p)*<br />
<br />
**Super Macho Man**<br />
<br />
Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a toujours été soumis à sa plus terrible prédatrice. Sans pitié, contrôlant son âme pour le simple plaisir de le tourmenter, il devait plier l’échine devant… LA FEMME !<br />
<br />
Afin d’asseoir leur suprématie, elles prirent le contrôle des hommes les plus forts afin de soumettre les autres et devinrent ainsi les maîtresses incontestées du monde. Alliées avec les puissants lobbies des minorités ethniques et sexuelles, elles avaient atteint l’apogée de leur domination.<br />
<br />
Mais c’est dans ce monde de cauchemars où l’homme, ne pouvant résister à sa nature profonde se doit d’obéir docilement, qu’un héros va surgir de l’ombre et ramener la justice, la paix et surtout l’égalité !<br />
<br />
Ce héros n’est autre que…<br />
<br />
(Générique)<br />
<br />
« SUUUUUPER MACHO MAAAAAAAAN !!!! »<br />
<br />
(Fin du générique… oui c’était court mais l’épisode ne fait que 25min donc on a pas le temps pour plus, et puis je vous explique pas combien ça coûte en droit d’auteur de mettre un bout d’une chanson des Who pour faire style)<br />
<br />
Sur la célèbre plage de Palm Beach, un jeune garçon fait son footing au bord de l’eau. Il s’appelle Brian, et il est courtier en assurance chez Zamram Brodram and Son of the Beach. Et si Brian court de si bon matin, les chevilles dans l’eau, ce n’est pas pour le plaisir.<br />
<br />
En effet, comme tous les hommes, Brian doit absolument assouvir ses besoins sexuels à intervalle régulier, mais comme il n’est pas cadre supérieur dans l’agence, il doit avoir un physique d’Alpha pour parvenir à conclure. Ah si seulement les femmes pouvaient avoir de l’intérêt pour lui et pas pour ses abdos en béton obtenus après des heures acharnés d’entrainement ? Pourquoi ne peuvent-elles pas aimer le Brian intérieur ? Celui si passionnant qui rêve de faire un marathon de la bière en Allemagne ou bien de s’acheter la toute nouvelle SUX 6000 qui vient de sortir ? Lui Brian il ne demande aux femmes que d’avoir des formes et de le satisfaire 4 à 6 fois par semaines… franchement ce n’est pas le bout du monde !<br />
<br />
Mais non… ceci est un doux rêve. Les femmes profitent de leur immense pouvoir et Brian sait qu’il n’est qu’une chose à leur service. Elles n’ont qu’à laisser entrevoir un bout de leur épaule dénudée, pousser un petit gémissement ou tout simplement adresser un regard de braise à n’importe quel homme et ce dernier, perdant toute humanité et toute dignité, devient un chien chien servile qui ferait n’importe quoi. Et oui car en appliquant les bons stimuli, le cerveau d’un homme est aussi simple à manipuler qu’une chaîne Hifi contrôlé par smartphone. Dès leurs plus jeunes âges, les femmes se transmettent ces techniques lors de réunion secrète appelées « soirée Pyjama » à l’adolescence ou bien simplement « soirée fille » à l’âge adulte.<br />
<br />
Il existait même toute une presse spécialisé qui donnait chaque semaine en échange de quelques dollars de nouveau moyen de maitriser les hommes. Ces derniers ne pouvaient que subir et résister, en essayant tant bien que mal de s’adapter devant ce prédateur suprême.<br />
<br />
Brian, l’âme en peine, arriva près du ponton 14 où des rumeurs disaient que des tas de jolies filles menaient des embuscades contre tous les mecs qui passaient par là. Intrépide, Brian continua sans faire de détour : il en avait assez de devoir changer de route simplement parce qu’il risquait de voir d’exquise naïade aux formes troublantes. Plein de courage, il pressa même le pas et ne détourna pas le regard de la plage.<br />
<br />
Finalement, alors qu’il arrivait à la hauteur du ponton et qu’il ne vit personne, il sourit intérieurement en se disant qu’il avait été bête de croire de telle histoire, et que c’était bien naïf de sa part que de se laisser impressionné par de tels racontars.<br />
<br />
Mais c’est là qu’il la vit.<br />
<br />
Allongée langoureusement sur le ventre, le haut de son maillot détaché pour ne pas laisser de trace de bronzage, une jeune femme blonde aux lèvres gourmandes lui adressa un sourire carnassier. Brian essaya de détourner le regard, mais c’était trop tard. Il sentit son membre se crisper dans son petit caleçon moulant.<br />
<br />
« Non… non ! Il faut résister ! » se dit-il<br />
<br />
Sauf que rien n’y fit. Brian se figea et son esprit pourtant alerte et vif habituellement devint morne. Il arrêta sa course et commença a se tourner vers la jeune femme. Celle-ci, sûre de son pouvoir, lui dit ces quelques mots de sa voix de sirène :<br />
<br />
« Hey beau brun : tu me mets de la crème dans le dos ? »<br />
<br />
Et joignant le geste à la parole, elle commença a se couvrir les épaules d’un lait hydratant d’un blanc immaculé qui semblait lui procurer une sensation d’exaltation à chaque fois qu’il pénétrait les pores de sa peau.<br />
<br />
Brian, totalement zombifié sentit son corps bouger contre sa volonté. Non ! Il ne voulait pas aller par-là ! Ce détour allait lui faire perdre un temps précieux et allait complètement perturber son circuit d’entrainement matinal et bousiller les statistiques qui s’enregistraient sur son téléphone. Mais malgré son désespoir flagrant, la jeune femme ne relâcha pas son étreinte. Comme enfermé dans son corps, Brian n’eut que la force de pousser un cri d’effroi :<br />
<br />
« Au secours ! Je contrôle plus ma bite !! »<br />
<br />
En effet le membre viril de Brian se dressa, limitant l’afflux de sang dans son cerveau, réduisant ainsi drastiquement ses capacités cognitives et sa vivacité. Il se sentait partir, comme s’il allait disparaitre de son propre corps, régressant au niveau d’une simple bête. Ce sentiment lui serra le cœur : il ne voulait pas cela, mais il n’avait plus le contrôle et la transformation se faisait de plus en plus virulente. Il se prit la tête à deux mains et commença à rouler sur le sable, se tordant de douleur tandis qu’il résistait.<br />
<br />
Mais Brian savait que le combat était perdu d’avance : c’était dans sa nature d’homme d’agir ainsi, comment en aurait il put être autrement ? Il maudissait le fait d’être née si faible face aux femmes qui elles étaient insensible à ce genre de chose, et qui en plus avait la maîtrise parfaite de ses semblables.<br />
<br />
La jeune femme prit appui sur ses coudes de façon à mettre en avant son arrogante poitrine torturant ainsi plus encore le jeune homme. Chacune de ses expressions de douleur lui apportait une jouissance sadique comme seules les femmes étaient capables d’en ressentir devant un pauvre homme sans défense.<br />
<br />
Brian rampa à genoux à côté d’elle, et commença à ramasser le flacon de crème. Son esprit était éteint, il n’était plus que le spectateur insensible de sa propre déchéance, victime de la perfidie féminine, en un mot : la féminité.<br />
<br />
Mais alors qu’il allait en verser sur le dos de la naïade, une ombre gigantesque occulta le soleil, comme une éclipse annonçant la venue d’une fureur divine prête à frapper les impies.<br />
<br />
« Aller lève toi mon garçon : reprend ton footing ! »<br />
<br />
C’était une voix virile et pleine d’assurance, légèrement rauque, tellement suave qu’on aurait pu en faire du sirop pour la toux. Elle eut l’effet d’un électrochoc dans la tête de Brian. Aussitôt, il oublia la sylphide et retrouva ces esprits. Il se mit à palper son entrejambe et remarqua avec stupeur que sa trique avait cessée d’un coup.<br />
<br />
La jeune femme tourna la tête et aperçu celui qui gâchait son soleil. C’était un beau gosse sexy en diable portant une chemise rouge et un costume noir. Ravi d’avoir ferré un plus gros poisson, elle fit signe à Brian de partir d’un geste dédaigneux de la main, puis se retourna sur le dos en agrippant le haut de son maillot sans pour autant le rattacher.<br />
<br />
« Saluuuuut toi… on t’a déjà dit que t’étais mimi ??<br />
– Oui… souvent » répondit l’homme sans même un regard pour la belle blonde<br />
– Je t’intimide ?<br />
– Pas du tout » dit-il en plongeant son regard dans le sien.<br />
<br />
La jeune femme fût émoustillé par ce défi : les hommes qui pouvaient soutenir son regard n’étaient pas nombreux, et en bonne chasseresse elle savoura d’avance le défi qui se présentait. Usant de toute sa fourberie, elle passa ses mains sur sa poitrine et suçota un de ses doigts en poussant un petit gémissement langoureux.<br />
<br />
« Aller… soit mignon… mets moi de la crèèèèème…. »<br />
<br />
Brian qui observait la scène était complétement abasourdi : l’homme en costume ne réagissait absolument pas aux avances de la jeune femme.<br />
<br />
L’horreur se dessina dans le regard de la blonde. Cet homme avait les yeux planté sur elle, mais il n’y avait aucune réaction. Il était parfaitement maître de lui-même, les bras bien droit le long du corps, aucune bave aux lèvres, ni de frétillement de la pupille. En observant son pantalon, elle n’aperçut aucune bosse saillante à l’entrejambe…<br />
<br />
Elle ne lui faisait aucun effet !<br />
<br />
« Comment est-ce possible… » dit-elle comme pour elle-même<br />
– Sa fait un moment que je vous traque vous et vos copines » dit l’homme en costume de sa voix rauque et suave « Je suis venu vous informer que c’est fini maintenant de vous en prendre aux mecs. Parce que maintenant quelqu’un va résister, quelqu’un va arrêter de vous tenir la porte dans l’espoir d’un remerciement sexuel de votre part qui ne viendra jamais. Les hommes sont vos esclaves : j’en suis le libérateur ! »<br />
<br />
Brian écarquilla les yeux sans y croire :<br />
<br />
« …Super… Vous êtes SUPER MACHO MAN ! L’homme si viril qu’il résiste aux femmes !<br />
– Tout à fait gamin. Ma super virilité parfaitement assumé fait que j’ai le pouvoir de ne pas m’intéresser aux femmes juste pour faire des câlins crapuleux<br />
– Mais… mais c’est impossible enfin ! Un homme qui n’a pas de rapport pendant plus de 3 jours décède !<br />
– C’est ce qu’elles ont voulu te faire croire mon garçon… mais c’est faux ! Moi je peux rester abstinent pendant 3 mois sans aucun problème !<br />
– Il ment ! » hurla la pin-up qui aimait bien changer de surnom stéréotypé de temps en temps « Aucun homme ne peut physiquement faire ça ! Tout le monde sait que sa le tuerai ! »<br />
<br />
Super Macho Man la regarda avec dédain puis fixa le ciel azur<br />
<br />
« Sorcière… mon pouvoir ne connait pas ce genre de limite : tu n’as aucune prise sur moi, quoi que tu fasses !<br />
– Ah oui ? Et si je me frotte sur toi ? Ne sera tu pas excités un petit peu ?<br />
– Il se peut que mécaniquement mon corps réagisse, mais je maitrise une technique ancestrale qui me permet de rester totalement lucide, même avec une gaule d’enfer !<br />
<br />
– Pfff… Arrogant ! Aucun homme ne peut penser clairement avec le slip en feu !<br />
– Tu paris ? » dit Super Macho Man avec un air de défi dans la voix.<br />
<br />
Relevant le gant, la jeune femme se releva topless et commença à se blottir contre notre héros.<br />
<br />
« Alors ? C’est pas super chaud là ?<br />
– Si… un peu…. mais bon voilà quoi…<br />
– Je sens que tu es tout chaud…<br />
– Bah oui c’est normal : tu te colles contre moi quasi nu, bon bah forcément, réponse biologique, hormone tout ça…<br />
– Hihihih… tu es en mon pouvoir maintenant… tiens pour la peine : casse la gueule a ce garçon pour moi ! »<br />
<br />
Fixa Super Macho Man du regard, la succube savoura son triomphe, mais lorsqu’elle senti sa poigne viril la saisir par les bras pour l’écarter, elle déchanta.<br />
<br />
« Désolé ma mignonne, mais je ne le ferai pas<br />
<br />
– Quoi ?? Mais…<br />
– Je t’ai dit que ça ne servait à rien…<br />
– Et si je te promets que je te ferai une gâterie ?<br />
– Non<br />
– Bon alors je te promets qu’on fera des trucs cochons sur le sable ?<br />
– Non<br />
– Dans ta voiture ?<br />
– Non, c’est pas une question d’endroit<br />
– Tu pourras me tirer les cheveux et me dire que j’ai été vilaine ?<br />
– NON ! Non c’est non !<br />
– Nan mais en fait tu dis non mais ça veut dire oui ? Hein ? Les mecs vous êtes un peu comme ça, c’est parce que vous résistez à nos pouvoirs mais au fond vous voulez ?<br />
– Non, moi je dis non et puis c’est tout parce que je suis un être libre ! Vous ne me dominerez pas avec vos tours ! »<br />
<br />
La jeune femme tomba à la renverse, vaincue. Elle attrapa sa serviette de plage et s’enroula dedans avant de quitter les lieux en courant, humiliée.<br />
<br />
Super Macho Man la regarda partir avec une grimace de dégout. Brian lui, fixait son sauveur comme un prêtre fixait le christ. Il tomba à ses genoux et le remercia en pleurant de l’avoir sauver de l’humiliation. Mais Super Macho Man le repoussa d’un coup de genou.<br />
<br />
« Hey dis donc toi ! Tu fais quoi à me tenir les jambes comme ça ?<br />
– Mais… je voulais vous remercier…<br />
– Bouges toi au lieu de pleurer. Si tu veux éviter la domination des femmes tu dois devenir plus fort !<br />
– Quoi ?<br />
– Tu veux devenir comme moi ?<br />
– Mais enfin c’est impossible voyons ! Les hommes normaux ne peuvent pas…<br />
– Et si je te disais que c’était possible ? Qu’il existait un moyen de ne plus être le jouet des femmes ?<br />
– Je… de n’importe qui d’autre je n’y croirais pas… mais vous vous êtes Super Macho Man. Et j’ai vu comment vous avez réussi à résister à cette blonde pulpeuse. Les rumeurs disaient vraie : vous êtes un surhomme !<br />
– On peut dire ça… mais c’est surtout parce que je crois en moi, c’est ça qui me donne ce pouvoir de contrôler ma bite. Mais c’est surtout parce que j’ai appris un truc incroyable durant un voyage au Tibet… la bas j’ai rencontré un grand maître spirituel. Il s’appelait Tintin…<br />
– Tintin au Tibet ? Sérieux ?<br />
– Oui bon la ferme : c’est mon flashback okey ? Bref c’était y’a 6 ans, et je cherchais à me réfugier dans un temple Shaolin…<br />
– Mais Shaolin c’est en chine ?<br />
– Oh mais tu la fermes jamais sérieux ! C’est MOI QUI RACONTE !<br />
– Désolé désolé…<br />
– Bref, je cherchais à me réfugier dans un temple Shaolin vu que la bas y’avait que des mecs et que donc je serai à l’abri des femmes, mais je me suis gouré après la 7eme collines et j’ai tourné à droite au lieu d’aller tout droit… bref j’ai fini au Tibet ou j’ai rencontré Tintin, maitre spirituel d’un très grand niveau. Il vivait dans un temple dédié au dieu soleil ou un truc du genre, et il m’a expliqué que lui les femmes c’était pas son truc et…<br />
– Vous voulez dire qu’il était… enfin qu’il… ?<br />
– Quoi ? Bah va z’y dit le !<br />
– Nan mais là je peux pas, ça serait de la discrimination<br />
– Exactement ! Alors tu dis rien… bref Tintin m’a appris qu’il fallait rien attendre des vieux sages des montagnes, mais par contre sur le chemin du retour, j’ai fait une halte dans un café à l’aéroport, et il m’est arrivé un truc incroyable.<br />
– Ah ! Ça devient passionnant !<br />
– Oui mais chut quand même ! Bref je rentre, et je vois derrière moi un jeune homme qui arrivait juste derrière…<br />
– Quoi vous voulez dire… ?<br />
– NON ! Ah mais t’as un problème ma parole !<br />
– Désolé Super Macho Man… je crois que je refoule mes penchants, mais à cause de toutes ses vidéos de fitness que je regarde pour garder la forme…<br />
– Ouais ouais ça va arrêter parce que là ce que tu dis ça ne fait pas avancer l’histoire et les gens vont se rendre compte que c’est du remplissage histoire de faire des gags faciles !<br />
– Désolé, j’arrête…<br />
– Bon du coup je disais quoi ? Ah oui : y’a ce jeune homme qui arrive, alors bon, bah moi je lui tiens la porte tu vois ? Genre je suis pas un sale enfoiré.<br />
– Bien sûr : normal.<br />
– Et ben figure toi que je me suis rendu compte 5min après qu’en fait c’était une femme en look garçonne !<br />
– Quoi ?<br />
– Mais ouais le truc de dingue gamin : je lui avais tenu la porte juste pour être poli ! Pas d’histoire de galanterie ou rien !<br />
– Mais… c’est pas plutôt que inconsciemment vous aviez capté que c’était une femme ? Ou alors elle était super moche ?<br />
– Mais non ! Elle était super canon tout compte fait, mais j’étais tellement dans mes pensées que j’ai pas fait attention et du coup rien, aucune arrière pensé ! »<br />
<br />
Brian avait du mal à imaginer qu’une telle chose soit possible, mais il devait admettre que les capacités du Super Macho Man étaient au-delà de la logique.<br />
<br />
« Du coup, j’ai réfléchi à ce qui s’était passé, et j’ai compris que c’était en agissant comme ça que je pouvais empêcher les femmes de me contrôler !<br />
– Comment ça ?<br />
– En me comportant avec elle sans jamais attendre de gratification sexuelle !<br />
– QUOI ? » hurla Brian « Mais enfin… c’est… c’est aussi absurde que de pas respirer voyons !<br />
– Ah oui ? Et tu crois que j’ai fait quoi tout à l’heure ? De l’apnée ? Non mec : j’ai juste considéré cette femme comme une personne… et du coup mon esprit est resté clair ! »<br />
<br />
Le secret de Super Macho Man fit « boom » dans la tête de Brian. Comment cela pouvait-il être aussi simple ?<br />
<br />
« Attendez Super Macho Man… vous voulez dire qu’il suffirait que les hommes n’agissent plus comme si la moindre demande des femmes pouvait déboucher sur du sexe pour ne plus être manipulé ?<br />
– C’est même encore plus puissant que ça petit : ça inverse l’effet et ça rend séduisant<br />
– Hein ?<br />
– Et oui, le fait de respecter les femmes en tant qu’individu me donne le super pouvoir d’être respecté en retour par elle, et du coup je n’ai besoin ni d’argent ni d’une super musculature pour leur plaire. C’est ça qui fait la force de Super Macho Man petit…<br />
– Mais… pourquoi vous me dites tout ça en fait ?<br />
– Parce que c’est la règle petit : tu crois que Super Macho Man est un être légendaire qui accomplit des miracles de par le monde ? Non, la vérité c’est que nous sommes plusieurs, et que chacun d’entre nous apporte un message d’espoir aux nôtres. Toi aussi maintenant tu vas pouvoir t’affirmer en tant que Super Macho Man, et tu donneras alors à ton tour ce savoir à des disciples et ainsi de suite jusqu’à ce que le monde ne compte plus que des Super Macho Men…<br />
– Ah ouais… mais vous avez jamais songé à en faire un site web payant ou vous donneriez des techniques pour manipuler les femmes comme elles nous manipulent ?<br />
– Tu sais quoi ? Je crois que je vais te faire bouffer une tonne de sable sur tu sors encore des conneries pareil ! Un Super Macho Man lutte pour la justice, il ne cautionnerait pas de telles sornettes !<br />
– Mais pourquoi ? Les femmes font bien pareil !<br />
– Tu sais pourquoi elles font pareil ?<br />
– Euh… bah parce qu’elles sont méchante ?<br />
– Pfff… Innocent va ! Elles font ça parce qu’il y’a des forces au-dessus de nous qui sont bien contente que la situation soit ainsi : elles promettent aux femmes des pouvoirs pour nous manipuler, et de l’autre elles nous vendent de quoi nous défendre… La vérité c’est qu’au final on nous divise pour mieux régner !<br />
– Oh mon Dieu ! Mais qui fait une chose pareille !?<br />
– Hum… là c’est pas très clair : le capitalisme, les élites intellectuelles, l’église… enfin c’est plein de gens donc un seul Super Macho Man peut pas s’en charger »<br />
<br />
Super Macho Man aida Brian à se relever.<br />
<br />
« Tu dois avancer fièrement jeune homme, et montrer qu’en avoir dans le pantalon c’est aussi savoir le garder dans ton slip si c’est pas pertinent<br />
– Mais comment je saurais ?<br />
– Tu apprendras petit. Tu feras des erreurs, mais tu réaliseras vite comment ça marche. Pose toi simplement cette question « est ce que Super Macho Man sortirait sa bite dans cette situation ? » crois-moi ton cœur te diras quoi faire ! »<br />
<br />
Le vaillant héros donna une tape à Brian puis dit :<br />
<br />
« Bon c’est pas tout çà mais faut que je file. Aller à plus mon ami… et bienvenue dans le club ! »<br />
<br />
Super Macho Man quitta la plage d’un pas tranquille, regardant les mouettes plutôt que les petites coquines en bikini, se désintéressant totalement des coïts qu’il pouvait potentiellement négocier s’il avait eu de l’argent, du pouvoir ou de la gloire.<br />
<br />
Au lieu de ça, il songea à la délicieuse glace à la pistache que vendait le glacier à l’ancienne qui se trouvait 2 rues plus bas. Salivant d’avance à la perspective de poser sa langue sur cette douceur, il allongea le pas et disparut au carrefour…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[*(désolé le son est un poil dégueulasse mais j’ai un problème à l’enregistrement et pas le coeur de refaire 30min de prise :p)*<br />
<br />
**Super Macho Man**<br />
<br />
Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a toujours été soumis à sa plus terrible prédatrice. Sans pitié, contrôlant son âme pour le simple plaisir de le tourmenter, il devait plier l’échine devant… LA FEMME !<br />
<br />
Afin d’asseoir leur suprématie, elles prirent le contrôle des hommes les plus forts afin de soumettre les autres et devinrent ainsi les maîtresses incontestées du monde. Alliées avec les puissants lobbies des minorités ethniques et sexuelles, elles avaient atteint l’apogée de leur domination.<br />
<br />
Mais c’est dans ce monde de cauchemars où l’homme, ne pouvant résister à sa nature profonde se doit d’obéir docilement, qu’un héros va surgir de l’ombre et ramener la justice, la paix et surtout l’égalité !<br />
<br />
Ce héros n’est autre que…<br />
<br />
(Générique)<br />
<br />
« SUUUUUPER MACHO MAAAAAAAAN !!!! »<br />
<br />
(Fin du générique… oui c’était court mais l’épisode ne fait que 25min donc on a pas le temps pour plus, et puis je vous explique pas combien ça coûte en droit d’auteur de mettre un bout d’une chanson des Who pour faire style)<br />
<br />
Sur la célèbre plage de Palm Beach, un jeune garçon fait son footing au bord de l’eau. Il s’appelle Brian, et il est courtier en assurance chez Zamram Brodram and Son of the Beach. Et si Brian court de si bon matin, les chevilles dans l’eau, ce n’est pas pour le plaisir.<br />
<br />
En effet, comme tous les hommes, Brian doit absolument assouvir ses besoins sexuels à intervalle régulier, mais comme il n’est pas cadre supérieur dans l’agence, il doit avoir un physique d’Alpha pour parvenir à conclure. Ah si seulement les femmes pouvaient avoir de l’intérêt pour lui et pas pour ses abdos en béton obtenus après des heures acharnés d’entrainement ? Pourquoi ne peuvent-elles pas aimer le Brian intérieur ? Celui si passionnant qui rêve de faire un marathon de la bière en Allemagne ou bien de s’acheter la toute nouvelle SUX 6000 qui vient de sortir ? Lui Brian il ne demande aux femmes que d’avoir des formes et de le satisfaire 4 à 6 fois par semaines… franchement ce n’est pas le bout du monde !<br />
<br />
Mais non… ceci est un doux rêve. Les femmes profitent de leur immense pouvoir et Brian sait qu’il n’est qu’une chose à leur service. Elles n’ont qu’à laisser entrevoir un bout de leur épaule dénudée, pousser un petit gémissement ou tout simplement adresser un regard de braise à n’importe quel homme et ce dernier, perdant toute humanité et toute dignité, devient un chien chien servile qui ferait n’importe quoi. Et oui car en appliquant les bons stimuli, le cerveau d’un homme est aussi simple à manipuler qu’une chaîne Hifi contrôlé par smartphone. Dès leurs plus jeunes âges, les femmes se transmettent ces techniques lors de réunion secrète appelées « soirée Pyjama » à l’adolescence ou bien simplement « soirée fille » à l’âge adulte.<br />
<br />
Il existait même toute une presse spécialisé qui donnait chaque semaine en échange de quelques dollars de nouveau moyen de maitriser les hommes. Ces derniers ne pouvaient que subir et résister, en essayant tant bien que mal de s’adapter devant ce prédateur suprême.<br />
<br />
Brian, l’âme en peine, arriva près du ponton 14 où des rumeurs disaient que des tas de jolies filles menaient des embuscades contre tous les mecs qui passaient par là. Intrépide, Brian continua sans faire de détour : il en avait assez de devoir changer de route simplement parce qu’il risquait de voir d’exquise naïade aux formes troublantes. Plein de courage, il pressa même le pas et ne détourna pas le regard de la plage.<br />
<br />
Finalement, alors qu’il arrivait à la hauteur du ponton et qu’il ne vit personne, il sourit intérieurement en se disant qu’il avait été bête de croire de telle histoire, et que c’était bien naïf de sa part que de se laisser impressionné par de tels racontars.<br />
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Mais c’est là qu’il la vit.<br />
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Allongée langoureusement sur le ventre, le haut de son maillot détaché pour ne pas laisser de trace de bronzage, une jeune femme blonde aux lèvres gourmandes lui adressa un sourire carnassier. Brian essaya de détourner le regard, mais c’était trop tard. Il sentit son membre se crisper dans son petit caleçon moulant.<br />
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« Non… non ! Il faut résister ! » se dit-il<br />
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Sauf que rien n’y fit. Brian se figea et son esprit pourtant alerte et vif habituellement devint morne. Il arrêta sa course et commença a se tourner vers la jeune femme. Celle-ci, sûre de son pouvoir, lui dit ces quelques mots de sa voix de sirène :<br />
<br />
« Hey beau brun : tu me mets de la crème dans le dos ? »<br />
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Et joignant le geste à la parole, elle commença a se couvrir les épaules d’un lait hydratant d’un blanc immaculé qui semblait lui procurer une sensation d’exaltation à chaque fois qu’il pénétrait les pores de sa peau.<br />
<br />
Brian, totalement zombifié sentit son corps bouger contre sa volonté. Non ! Il ne voulait pas aller par-là ! Ce détour allait lui faire perdre un temps précieux et allait complètement perturber son circuit d’entrainement matinal et bousiller les statistiques qui s’enregistraient sur son téléphone. Mais malgré son désespoir flagrant, la jeune femme ne relâcha pas son étreinte. Comme enfermé dans son corps, Brian n’eut que la force de pousser un cri d’effroi :<br />
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« Au secours ! Je contrôle plus ma bite !! »<br />
<br />
En effet le membre viril de Brian se dressa, limitant l’afflux de sang dans son cerveau, réduisant ainsi drastiquement ses capacités cognitives et sa vivacité. Il se sentait partir, comme s’il allait disparaitre de son propre corps, régressant au niveau d’une simple bête. Ce sentiment lui serra le cœur : il ne voulait pas cela, mais il n’avait plus le contrôle et la transformation se faisait de plus en plus virulente. Il se prit la tête à deux mains et commença à rouler sur le sable, se tordant de douleur tandis qu’il résistait.<br />
<br />
Mais Brian savait que le combat était perdu d’avance : c’était dans sa nature d’homme d’agir ainsi, comment en aurait il put être autrement ? Il maudissait le fait d’être née si faible face aux femmes qui elles étaient insensible à ce genre de chose, et qui en plus avait la maîtrise parfaite de ses semblables.<br />
<br />
La jeune femme prit appui sur ses coudes de façon à mettre en avant son arrogante poitrine torturant ainsi plus encore le jeune homme. Chacune de ses expressions de douleur lui apportait une jouissance sadique comme seules les femmes étaient capables d’en ressentir devant un pauvre homme sans défense.<br />
<br />
Brian rampa à genoux à côté d’elle, et commença à ramasser le flacon de crème. Son esprit était éteint, il n’était plus que le spectateur insensible de sa propre déchéance, victime de la perfidie féminine, en un mot : la féminité.<br />
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Mais alors qu’il allait en verser sur le dos de la naïade, une ombre gigantesque occulta le soleil, comme une éclipse annonçant la venue d’une fureur divine prête à frapper les impies.<br />
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« Aller lève toi mon garçon : reprend ton footing ! »<br />
<br />
C’était une voix virile et pleine d’assurance, légèrement rauque, tellement suave qu’on aurait pu en faire du sirop pour la toux. Elle eut l’effet d’un électrochoc dans la tête de Brian. Aussitôt, il oublia la sylphide et retrouva ces esprits. Il se mit à palper son entrejambe et remarqua avec stupeur que sa trique avait cessée d’un coup.<br />
<br />
La jeune femme tourna la tête et aperçu celui qui gâchait son soleil. C’était un beau gosse sexy en diable portant une chemise rouge et un costume noir. Ravi d’avoir ferré un plus gros poisson, elle fit signe à Brian de partir d’un geste dédaigneux de la main, puis se retourna sur le dos en agrippant le haut de son maillot sans pour autant le rattacher.<br />
<br />
« Saluuuuut toi… on t’a déjà dit que t’étais mimi ??<br />
– Oui… souvent » répondit l’homme sans même un regard pour la belle blonde<br />
– Je t’intimide ?<br />
– Pas du tout » dit-il en plongeant son regard dans le sien.<br />
<br />
La jeune femme fût émoustillé par ce défi : les hommes qui pouvaient soutenir son regard n’étaient pas nombreux, et en bonne chasseresse elle savoura d’avance le défi qui se présentait. Usant de toute sa fourberie, elle passa ses mains sur sa poitrine et suçota un de ses doigts en poussant un petit gémissement langoureux.<br />
<br />
« Aller… soit mignon… mets moi de la crèèèèème…. »<br />
<br />
Brian qui observait la scène était complétement abasourdi : l’homme en costume ne réagissait absolument pas aux avances de la jeune femme.<br />
<br />
L’horreur se dessina dans le regard de la blonde. Cet homme avait les yeux planté sur elle, mais il n’y avait aucune réaction. Il était parfaitement maître de lui-même, les bras bien droit le long du corps, aucune bave aux lèvres, ni de frétillement de la pupille. En observant son pantalon, elle n’aperçut aucune bosse saillante à l’entrejambe…<br />
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Elle ne lui faisait aucun effet !<br />
<br />
« Comment est-ce possible… » dit-elle comme pour elle-même<br />
– Sa fait un moment que je vous traque vous et vos copines » dit l’homme en costume de sa voix rauque et suave « Je suis venu vous informer que c’est fini maintenant de vous en prendre aux mecs. Parce que maintenant quelqu’un va résister, quelqu’un va arrêter de vous tenir la porte dans l’espoir d’un remerciement sexuel de votre part qui ne viendra jamais. Les hommes sont vos esclaves : j’en suis le libérateur ! »<br />
<br />
Brian écarquilla les yeux sans y croire :<br />
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« …Super… Vous êtes SUPER MACHO MAN ! L’homme si viril qu’il résiste aux femmes !<br />
– Tout à fait gamin. Ma super virilité parfaitement assumé fait que j’ai le pouvoir de ne pas m’intéresser aux femmes juste pour faire des câlins crapuleux<br />
– Mais… mais c’est impossible enfin ! Un homme qui n’a pas de rapport pendant plus de 3 jours décède !<br />
– C’est ce qu’elles ont voulu te faire croire mon garçon… mais c’est faux ! Moi je peux rester abstinent pendant 3 mois sans aucun problème !<br />
– Il ment ! » hurla la pin-up qui aimait bien changer de surnom stéréotypé de temps en temps « Aucun homme ne peut physiquement faire ça ! Tout le monde sait que sa le tuerai ! »<br />
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Super Macho Man la regarda avec dédain puis fixa le ciel azur<br />
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« Sorcière… mon pouvoir ne connait pas ce genre de limite : tu n’as aucune prise sur moi, quoi que tu fasses !<br />
– Ah oui ? Et si je me frotte sur toi ? Ne sera tu pas excités un petit peu ?<br />
– Il se peut que mécaniquement mon corps réagisse, mais je maitrise une technique ancestrale qui me permet de rester totalement lucide, même avec une gaule d’enfer !<br />
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– Pfff… Arrogant ! Aucun homme ne peut penser clairement avec le slip en feu !<br />
– Tu paris ? » dit Super Macho Man avec un air de défi dans la voix.<br />
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Relevant le gant, la jeune femme se releva topless et commença à se blottir contre notre héros.<br />
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« Alors ? C’est pas super chaud là ?<br />
– Si… un peu…. mais bon voilà quoi…<br />
– Je sens que tu es tout chaud…<br />
– Bah oui c’est normal : tu te colles contre moi quasi nu, bon bah forcément, réponse biologique, hormone tout ça…<br />
– Hihihih… tu es en mon pouvoir maintenant… tiens pour la peine : casse la gueule a ce garçon pour moi ! »<br />
<br />
Fixa Super Macho Man du regard, la succube savoura son triomphe, mais lorsqu’elle senti sa poigne viril la saisir par les bras pour l’écarter, elle déchanta.<br />
<br />
« Désolé ma mignonne, mais je ne le ferai pas<br />
<br />
– Quoi ?? Mais…<br />
– Je t’ai dit que ça ne servait à rien…<br />
– Et si je te promets que je te ferai une gâterie ?<br />
– Non<br />
– Bon alors je te promets qu’on fera des trucs cochons sur le sable ?<br />
– Non<br />
– Dans ta voiture ?<br />
– Non, c’est pas une question d’endroit<br />
– Tu pourras me tirer les cheveux et me dire que j’ai été vilaine ?<br />
– NON ! Non c’est non !<br />
– Nan mais en fait tu dis non mais ça veut dire oui ? Hein ? Les mecs vous êtes un peu comme ça, c’est parce que vous résistez à nos pouvoirs mais au fond vous voulez ?<br />
– Non, moi je dis non et puis c’est tout parce que je suis un être libre ! Vous ne me dominerez pas avec vos tours ! »<br />
<br />
La jeune femme tomba à la renverse, vaincue. Elle attrapa sa serviette de plage et s’enroula dedans avant de quitter les lieux en courant, humiliée.<br />
<br />
Super Macho Man la regarda partir avec une grimace de dégout. Brian lui, fixait son sauveur comme un prêtre fixait le christ. Il tomba à ses genoux et le remercia en pleurant de l’avoir sauver de l’humiliation. Mais Super Macho Man le repoussa d’un coup de genou.<br />
<br />
« Hey dis donc toi ! Tu fais quoi à me tenir les jambes comme ça ?<br />
– Mais… je voulais vous remercier…<br />
– Bouges toi au lieu de pleurer. Si tu veux éviter la domination des femmes tu dois devenir plus fort !<br />
– Quoi ?<br />
– Tu veux devenir comme moi ?<br />
– Mais enfin c’est impossible voyons ! Les hommes normaux ne peuvent pas…<br />
– Et si je te disais que c’était possible ? Qu’il existait un moyen de ne plus être le jouet des femmes ?<br />
– Je… de n’importe qui d’autre je n’y croirais pas… mais vous vous êtes Super Macho Man. Et j’ai vu comment vous avez réussi à résister à cette blonde pulpeuse. Les rumeurs disaient vraie : vous êtes un surhomme !<br />
– On peut dire ça… mais c’est surtout parce que je crois en moi, c’est ça qui me donne ce pouvoir de contrôler ma bite. Mais c’est surtout parce que j’ai appris un truc incroyable durant un voyage au Tibet… la bas j’ai rencontré un grand maître spirituel. Il s’appelait Tintin…<br />
– Tintin au Tibet ? Sérieux ?<br />
– Oui bon la ferme : c’est mon flashback okey ? Bref c’était y’a 6 ans, et je cherchais à me réfugier dans un temple Shaolin…<br />
– Mais Shaolin c’est en chine ?<br />
– Oh mais tu la fermes jamais sérieux ! C’est MOI QUI RACONTE !<br />
– Désolé désolé…<br />
– Bref, je cherchais à me réfugier dans un temple Shaolin vu que la bas y’avait que des mecs et que donc je serai à l’abri des femmes, mais je me suis gouré après la 7eme collines et j’ai tourné à droite au lieu d’aller tout droit… bref j’ai fini au Tibet ou j’ai rencontré Tintin, maitre spirituel d’un très grand niveau. Il vivait dans un temple dédié au dieu soleil ou un truc du genre, et il m’a expliqué que lui les femmes c’était pas son truc et…<br />
– Vous voulez dire qu’il était… enfin qu’il… ?<br />
– Quoi ? Bah va z’y dit le !<br />
– Nan mais là je peux pas, ça serait de la discrimination<br />
– Exactement ! Alors tu dis rien… bref Tintin m’a appris qu’il fallait rien attendre des vieux sages des montagnes, mais par contre sur le chemin du retour, j’ai fait une halte dans un café à l’aéroport, et il m’est arrivé un truc incroyable.<br />
– Ah ! Ça devient passionnant !<br />
– Oui mais chut quand même ! Bref je rentre, et je vois derrière moi un jeune homme qui arrivait juste derrière…<br />
– Quoi vous voulez dire… ?<br />
– NON ! Ah mais t’as un problème ma parole !<br />
– Désolé Super Macho Man… je crois que je refoule mes penchants, mais à cause de toutes ses vidéos de fitness que je regarde pour garder la forme…<br />
– Ouais ouais ça va arrêter parce que là ce que tu dis ça ne fait pas avancer l’histoire et les gens vont se rendre compte que c’est du remplissage histoire de faire des gags faciles !<br />
– Désolé, j’arrête…<br />
– Bon du coup je disais quoi ? Ah oui : y’a ce jeune homme qui arrive, alors bon, bah moi je lui tiens la porte tu vois ? Genre je suis pas un sale enfoiré.<br />
– Bien sûr : normal.<br />
– Et ben figure toi que je me suis rendu compte 5min après qu’en fait c’était une femme en look garçonne !<br />
– Quoi ?<br />
– Mais ouais le truc de dingue gamin : je lui avais tenu la porte juste pour être poli ! Pas d’histoire de galanterie ou rien !<br />
– Mais… c’est pas plutôt que inconsciemment vous aviez capté que c’était une femme ? Ou alors elle était super moche ?<br />
– Mais non ! Elle était super canon tout compte fait, mais j’étais tellement dans mes pensées que j’ai pas fait attention et du coup rien, aucune arrière pensé ! »<br />
<br />
Brian avait du mal à imaginer qu’une telle chose soit possible, mais il devait admettre que les capacités du Super Macho Man étaient au-delà de la logique.<br />
<br />
« Du coup, j’ai réfléchi à ce qui s’était passé, et j’ai compris que c’était en agissant comme ça que je pouvais empêcher les femmes de me contrôler !<br />
– Comment ça ?<br />
– En me comportant avec elle sans jamais attendre de gratification sexuelle !<br />
– QUOI ? » hurla Brian « Mais enfin… c’est… c’est aussi absurde que de pas respirer voyons !<br />
– Ah oui ? Et tu crois que j’ai fait quoi tout à l’heure ? De l’apnée ? Non mec : j’ai juste considéré cette femme comme une personne… et du coup mon esprit est resté clair ! »<br />
<br />
Le secret de Super Macho Man fit « boom » dans la tête de Brian. Comment cela pouvait-il être aussi simple ?<br />
<br />
« Attendez Super Macho Man… vous voulez dire qu’il suffirait que les hommes n’agissent plus comme si la moindre demande des femmes pouvait déboucher sur du sexe pour ne plus être manipulé ?<br />
– C’est même encore plus puissant que ça petit : ça inverse l’effet et ça rend séduisant<br />
– Hein ?<br />
– Et oui, le fait de respecter les femmes en tant qu’individu me donne le super pouvoir d’être respecté en retour par elle, et du coup je n’ai besoin ni d’argent ni d’une super musculature pour leur plaire. C’est ça qui fait la force de Super Macho Man petit…<br />
– Mais… pourquoi vous me dites tout ça en fait ?<br />
– Parce que c’est la règle petit : tu crois que Super Macho Man est un être légendaire qui accomplit des miracles de par le monde ? Non, la vérité c’est que nous sommes plusieurs, et que chacun d’entre nous apporte un message d’espoir aux nôtres. Toi aussi maintenant tu vas pouvoir t’affirmer en tant que Super Macho Man, et tu donneras alors à ton tour ce savoir à des disciples et ainsi de suite jusqu’à ce que le monde ne compte plus que des Super Macho Men…<br />
– Ah ouais… mais vous avez jamais songé à en faire un site web payant ou vous donneriez des techniques pour manipuler les femmes comme elles nous manipulent ?<br />
– Tu sais quoi ? Je crois que je vais te faire bouffer une tonne de sable sur tu sors encore des conneries pareil ! Un Super Macho Man lutte pour la justice, il ne cautionnerait pas de telles sornettes !<br />
– Mais pourquoi ? Les femmes font bien pareil !<br />
– Tu sais pourquoi elles font pareil ?<br />
– Euh… bah parce qu’elles sont méchante ?<br />
– Pfff… Innocent va ! Elles font ça parce qu’il y’a des forces au-dessus de nous qui sont bien contente que la situation soit ainsi : elles promettent aux femmes des pouvoirs pour nous manipuler, et de l’autre elles nous vendent de quoi nous défendre… La vérité c’est qu’au final on nous divise pour mieux régner !<br />
– Oh mon Dieu ! Mais qui fait une chose pareille !?<br />
– Hum… là c’est pas très clair : le capitalisme, les élites intellectuelles, l’église… enfin c’est plein de gens donc un seul Super Macho Man peut pas s’en charger »<br />
<br />
Super Macho Man aida Brian à se relever.<br />
<br />
« Tu dois avancer fièrement jeune homme, et montrer qu’en avoir dans le pantalon c’est aussi savoir le garder dans ton slip si c’est pas pertinent<br />
– Mais comment je saurais ?<br />
– Tu apprendras petit. Tu feras des erreurs, mais tu réaliseras vite comment ça marche. Pose toi simplement cette question « est ce que Super Macho Man sortirait sa bite dans cette situation ? » crois-moi ton cœur te diras quoi faire ! »<br />
<br />
Le vaillant héros donna une tape à Brian puis dit :<br />
<br />
« Bon c’est pas tout çà mais faut que je file. Aller à plus mon ami… et bienvenue dans le club ! »<br />
<br />
Super Macho Man quitta la plage d’un pas tranquille, regardant les mouettes plutôt que les petites coquines en bikini, se désintéressant totalement des coïts qu’il pouvait potentiellement négocier s’il avait eu de l’argent, du pouvoir ou de la gloire.<br />
<br />
Au lieu de ça, il songea à la délicieuse glace à la pistache que vendait le glacier à l’ancienne qui se trouvait 2 rues plus bas. Salivant d’avance à la perspective de poser sa langue sur cette douceur, il allongea le pas et disparut au carrefour…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[*(désolé le son est un poil dégueulasse mais j’ai un problème à l’enregistrement et pas le coeur de refaire 30min de prise :p)*

**Super Macho Man**

Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a toujours été soumis à sa plus terrible prédatrice. Sans pitié, contrôlant son âme pour le simple plaisir de le tourmenter, il devait plier l’échine devant… LA FEMME !

Afin d’asseoir leur suprématie, elles prirent le contrôle des hommes les plus forts afin de soumettre les autres et devinrent ainsi les maîtresses incontestées du monde. Alliées avec les puissants lobbies des minorités ethniques et sexuelles, elles avaient atteint l’apogée de leur domination.

Mais c’est dans ce monde de cauchemars où l’homme, ne pouvant résister à sa nature profonde se doit d’obéir docilement, qu’un héros va surgir de l’ombre et ramener la justice, la paix et surtout l’égalité !

Ce héros n’est autre que…

(Générique)

« SUUUUUPER MACHO MAAAAAAAAN !!!! »

(Fin du générique… oui c’était court mais l’épisode ne fait que 25min donc on a pas le temps pour plus, et puis je vous explique pas combien ça coûte en droit d’auteur de mettre un bout d’une chanson des Who pour faire style)

Sur la célèbre plage de Palm Beach, un jeune garçon fait son footing au bord de l’eau. Il s’appelle Brian, et il est courtier en assurance chez Zamram Brodram and Son of the Beach. Et si Brian court de si bon matin, les chevilles dans l’eau, ce n’est pas pour le plaisir.

En effet, comme tous les hommes, Brian doit absolument assouvir ses besoins sexuels à intervalle régulier, mais comme il n’est pas cadre supérieur dans l’agence, il doit avoir un physique d’Alpha pour parvenir à conclure. Ah si seulement les femmes pouvaient avoir de l’intérêt pour lui et pas pour ses abdos en béton obtenus après des heures acharnés d’entrainement ? Pourquoi ne peuvent-elles pas aimer le Brian intérieur ? Celui si passionnant qui rêve de faire un marathon de la bière en Allemagne ou bien de s’acheter la toute nouvelle SUX 6000 qui vient de sortir ? Lui Brian il ne demande aux femmes que d’avoir des formes et de le satisfaire 4 à 6 fois par semaines… franchement ce n’est pas le bout du monde !

Mais non… ceci est un doux rêve. Les femmes profitent de leur immense pouvoir et Brian sait qu’il n’est qu’une chose à leur service. Elles n’ont qu’à laisser entrevoir un bout de leur épaule dénudée, pousser un petit gémissement ou tout simplement adresser un regard de braise à n’importe quel homme et ce dernier, perdant toute humanité et toute dignité, devient un chien chien servile qui ferait n’importe quoi. Et oui car en appliquant les bons stimuli, le cerveau d’un homme est aussi simple à manipuler qu’une chaîne Hifi contrôlé par smartphone. Dès leurs plus jeunes âges, les femmes se transmettent ces techniques lors de réunion secrète appelées « soirée Pyjama » à l’adolescence ou bien simplement « soirée fille » à l’âge adulte.

Il existait même toute une presse spécialisé qui donnait chaque semaine en échange de quelques dollars de nouveau moyen de maitriser les hommes. Ces derniers ne pouvaient que subir et résister, en essayant tant bien que mal de s’adapter devant ce prédateur suprême.

Brian, l’âme en peine, arriva près du ponton 14 où des rumeurs disaient que des tas de jolies filles menaient des embuscades contre tous les mecs qui passaient par là. Intrépide, Brian continua sans faire de détour : il en avait assez de devoir changer de route simplement parce qu’il risquait de voir d’exquise naïade aux formes troublantes. Plein de courage, il pressa même le pas et ne détourna pas le regard de la plage.

Finalement, alors qu’il arrivait à la hauteur du ponton et qu’il ne vit personne, il sourit intérieurement en se disant qu’il avait été bête de croire de telle histoire]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 14 Mar 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-03-14T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 33 : Pour l’honneur des cieux #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep33/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Pour l’honneur des cieux**<br />
<br />
***« La paix est si belle et si illustre qu’elle a le ciel pour terroir »***<br />
<br />
Francisco de Quevedo<br />
<br />
« Messieurs, je vous rappelle l’objectif de cette mission : notre cible sont les usines de fabrication de Focke Wulfe 190 situées à Brême. La Luftwaffe dispose de nombreux appareils dans le secteur, et ont à dénombré pas loin de 250 pièces de DCA qui défendent la zone… »<br />
<br />
Charlie Brown, jeune commandant de bord du bombardier B-17 Ye Olde Pub à tout juste 21 ans,  savait que lui et son équipage allaient se retrouver dans le « purple heart corner », la position la plus exposé de la formation : idéale pour se faire descendre dans ce genre de frappe. Autant dire que pour un premier vol, ça n’allait pas être de tout repos. <br />
<br />
Mais de toute façon dans cette fichue guerre, même rester chez soi ne vous protégeait pas d’une bombe allemande… alors autant rendre les coups : bombarder les allemands, c’était juste une façon de leur rendre la politesse afin que eux aussi regardent le ciel avec la peur au ventre.<br />
<br />
Spencer « Pinky » Luke, le copilote, donna un petit coup de coude à Charlie pour attirer son attention.<br />
<br />
« Hey Lieutenant : tu voudrais pas qu’on loupe la cible parce que tu dors au briefing ? »<br />
<br />
Charlie esquissa un sourire. Pinky n’était pas plus attentif que lui, une bande dessiné sur les genoux dissimulé dans l’étui en cuir de ses ordres de mission.<br />
<br />
Les hommes du 527eme escadron de bombardier connaissaient leur mission car il préparait l’opération depuis plusieurs semaines, et les briefings finissaient par tous se ressembler les uns les autres. Ils écoutèrent cependant le capitaine avec respect : le bonhomme était dur, mais les temps l’exigeaient et personne n’aurait remis en cause son autorité.<br />
<br />
Une fois le briefing fini, tous le saluèrent avant de filer vers les hangars et monter à bord de leurs appareils respectifs.<br />
<br />
Les bombardiers B-17, surnommé les « forteresses volantes », étaient des monstres d’acier venu d’Amérique avec leurs pilotes, capable de larguer 2 tonnes et demi de bombes dans un rayon de 1 500 km. Et si jamais un chasseur avait l’audace de le prendre comme cible, il allait devoir affronter les 13 mitrailleuses 12,7mm Browning M2 capable de cracher 500 coups à la minute à une portée efficace de plus d’un kilomètre. Solides et robustes, on ne comptait plus les histoires de pilote ayant ramenés leur équipage à bord d’un appareil criblé de balles, les moteurs en feu, et pourtant toujours capable de voler.<br />
<br />
L’appareil de Charlie, le « Ye Old Pub » finissait son check up d’avant décollage sous la supervision de « Frenchy » Coulombe, l’ingénieur de vol. Ce dernier, son carnet d’entretien à la main, inspectait le bombardier sous toutes les coutures, donnant de ci de là un coup de clé à molette si cela lui semblait utile, notant scrupuleusement toutes ses vérifications.<br />
<br />
« Hey Frenchy ! » demanda Charlie « tu te dépêches ou quoi ? Aujourd’hui on fait une livraison anticipé pour le père noël !<br />
– Laisse-moi deviner : il veut encore offrir à tonton Adolphe son poids en ogive ? » demanda Frenchy le nez toujours dans son carnet<br />
– Mieux que ça : il veut qu’on crame une usine de chasseur ! »<br />
<br />
Frenchy lança un regard lourd de sens à Charlie. Bombarder une usine voulait dire massacrer ceux qui s’y trouvaient, c’est à dire le plus souvent de simples ouvriers. Frenchy avait une sainte horreur de ce genre de mission, et même après plusieurs raids, il cauchemardait encore face à cette horrible réalité : pour arrêter la guerre, il fallait tuer des innocents.<br />
<br />
Charlie savait que ses gars avaient ce genre de scrupules, et lui-même n’en était pas étranger. Il avait cependant choisi de laisser les remords pour après la guerre si jamais celle-ci finissait un jour. Pour le moment il préférait galvaniser ses troupes, et il n’y avait rien de mieux pour ça que la haine de l’ennemi.<br />
<br />
« Imagine ça Frenchy : des tas de salopards de boches en train d’assembler un canon mitrailleur destiné à plomber nos p’tits camarades de la RAF… et là d’un seul coup boum ! Une de nos jolies ogives qui leur arrive sur le coin de la gueule ! Une belle ogive avec un ruban et une petite carte pour leur souhaiter d’aller pourrir en enfer a ses salauds… <br />
– C’est bon Charlie, laisse tomber… le gout du sang commence à me rester en travers de la gorge : tout comme cette guerre… »<br />
<br />
Arriva alors Robert « Andy » Andrews, le bombardier de l’équipe.<br />
<br />
« Il nous fait quoi encore le mécano ? » demanda-t-il au lieutenant nonchalamment<br />
– Commence pas Andy. Frenchy est à cran c’est tout. Respecte ça.<br />
– Je respecte, je respecte… je comprends juste pas comment on peut ne pas être surexcité à l’idée de balancer quelques tonnes de bombes sur ces fils de p…<br />
– Hey… surveille ton langage soldat ! »<br />
<br />
Autant Charlie voulait que ses hommes aient l’esprit combatif, autant il ne voulait pas qu’ils en deviennent des fous sanguinaires. Et pour lui, cela passait par un certain respect… auquel il réalisait qu’il ne tenait pas toujours tant que ça.<br />
<br />
Est-ce que lui-même commençait à perdre foi en l’idée qu’un jour cette folie cesse ? Est-ce qu’un jour il pourrait regarder le ciel non pas avec la vigilance d’un soldat qui attend l’ennemi, mais simplement comme un amoureux du ciel qui en appréciait la beauté toute simple ? Quand la guerre avait commencé, Charlie avait une quinzaine d’années, et il avait forgé son caractère avec l’idée que sa vie d’adulte serait une vie de soldat…<br />
<br />
Frenchy annonça qu’il faudrait encore 10 min avant de pouvoir décoller et retourna avec les autres techniciens du hangar finir de préparer l’avion. Les autres membres montèrent dans l’appareil et s’installèrent afin de pouvoir partir le plus vite possible.<br />
<br />
Charlie et Pinky commencèrent leur check-list tandis qu’Andy rameutait le reste du groupe. Il y avait Al « Doc » Sadok, le navigateur, Dick Pechout, l’opérateur radio, et les 4 mitrailleurs, a savoir les sergent Hugh « Ecky » Eckenrode, Lloyd Jennings, Alex « Russian » Yelesanko et Sam « Blackie » Blackford.<br />
<br />
Lorsque l’appareil fût prêt et sur le tarmac, Dick appela la tour de contrôle et attendit l’ordre de décollage.  Vu sa position dans la formation, le « Ye Old Pub » parti parmi les derniers.<br />
<br />
Charlie et Pinky manœuvrèrent de façon à se glisser dans la formation tandis que Dick conversait avec les bombardiers proches pour bien se coordonner. Une fois les échanges protocolaires fini, le ton devint plus léger, et tous les capitaines se galvanisaient du mieux qu’ils pouvaient, se défiant mutuellement de qui pourrait faire le plus de dégâts. Seul Charlie resta sourd à ces bravades. <br />
<br />
Ils n’étaient que des gamins envoyer faire le sale boulot de vieux croulant qui avait décidé de s’écharper pour Dieu sait quelle raison. Pourtant si au début cette guerre n’avait pas beaucoup de sens pour Charlie et les autres, l’avènement du Reich d’Hitler avait changé la donne : le méchant avait un visage et une voix.<br />
<br />
Une horrible voix.<br />
<br />
Combattre contre les nazis c’était devenu logique, plein de sens. On ne combattait pas une nation, on combattait une idéologie, on combattait l’idée que les hommes ne sont pas égaux, que le peuple doit être soumit à son leader, on combattait des monstres qui avaient créé de véritables usines d’abattages humain. On combattait pour rendre le ciel aux rêves et la terre paisible pour ceux qui avaient donnés leur vie afin de la protéger.<br />
<br />
De sa position, Charlie pouvait voir l’ensemble de l’escadrille : 112 bombardiers B-17, et 120 chasseurs (un mélange de P47 Thunderbolt et de Spitfire) pour leur servir d’escorte. Il n’y avait pas eu une telle force de frappe dans les airs depuis l’opération « double strike » en Août. C’était une certitude pour les membres de l’escadrille : ils ne reviendraient pas tous vivant de cette mission.<br />
<br />
***<br />
<br />
L’adjudant-chef Franz Stigler, revenue de convalescence après avoir été blessé en Mai sur le front africain en Tunisie, avait insisté pour être le plus vite possible de retour au combat. Fils de pilote, il avait l’aviation dans le sang et une sainte horreur des bassesses des officiers au point qu’il préférait s’en tenir éloigné autant que possible, et ce bien qu’il lui fut possible de prétendre à plus étant donnée ses états de service ainsi que le prestige de sa famille (son frère, lui aussi pilote, avait perdu la vie durant les premières années du conflit sur le front Français).<br />
<br />
Franz avait trouvé la parfaite occupation en intégrant la Jagdgeschawder 27 (27eme escadron) dont l’une des missions était de sécuriser l’espace aérien autour de Brême. Pouvant ainsi voler tous les jours de longues heures, il quittait le temps d’une patrouille la folie qui gagnait de plus en plus les troupes.<br />
<br />
La politique extrémiste du Führer rendait les soldats nerveux et paranoïaque. Tout le monde voyait des espions partout, qu’ils soient anglais, américain ou même allemand. Les soldats les plus jeunes, endoctriné depuis l’enfance, ne réalisaient pas que cette guerre n’avait plus de sens, et que si le Reich continuait son expansionnisme forcené malgré les défaites sur le front méditerranéen et à Stalingrad, les puissances Américaine et Russe allaient les broyer dans un étau. Le seul espoir résidait dans les projets secrets dont Franz avaient entendu entre deux portes, ceux d’une arme si puissante et destructrice qu’elle changerait le monde à jamais, assurant le règne millénaire si cher à Hitler…<br />
<br />
C’est pour cela que tout ce que voulait Franz, c’était voler. Voler jusqu’à en oublier le monde. Voler libre, seul et apaisé, loin du tumulte et des frasques des hommes qu’il pouvait voir tel qu’ils étaient vraiment : minuscules et insignifiants.<br />
<br />
A bord de son Messerschmitt BF109, Franz n’oubliait pas sa mission de protecteur : il suivait scrupuleusement son plan de vol, l’œil toujours aux aguets de tous ceux qui pourrait menacer l’usine. Il trouvait cependant ironique d’assurer la protection de Focke Wulf, censé être plus moderne, avec des BF109.<br />
<br />
En ce qui le concernait, il n’aurait pas échangé son monomoteur pour tout l’or du Rhin. Aucun autre chasseur, si ce n’est peut-être les Spitfire anglais, ne pouvait rivaliser avec lui sur quel que point que ce soit.<br />
<br />
Alors qu’il s’apprêtait à retourner au sol pour ravitailler, Franz entendit au loin les coups de canon de la DCA. Il manœuvra pour pouvoir mieux observer la situation et vit le ciel se couvrir d’une nuée de bombardier et de chasseur qui déferlaient droit dans sa direction.<br />
<br />
La radio de Franz crépita alors d’un message aussi simple qu’effrayant : « Alerte maximum : bombardier ennemi en vue ! »<br />
<br />
Sans une once d’hésitation, Franz plongea dans la bataille rapidement suivi par des centaines d’autres chasseurs des environs qui convergèrent vers l’escadrille alliée.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le Ye Old Pub, la tension était à son apogée tandis qu’autour d’eux claquaient les tirs d’artillerie. Charlie avait du mal à tenir sa position dans la formation, mais il devait impérativement prendre ce risque afin que l’opération de bombardement puisse réussir. Hurlant pour se faire entendre, il demanda à Andy de se tenir prêt.<br />
<br />
« ON LARGUE LE COLIS D’ICI 5 MIN ANDY ! MANŒUVRES D’APPROCHE EN COURS ! »<br />
<br />
Pinky regarda son capitaine anxieux : le feu ennemi devenait de plus en plus dense à mesure qu’ils approchaient de l’objectif, et on pouvait déjà voir arriver les terribles chasseurs de la Luftwaffe.<br />
<br />
Un impact violent secoua le B17 qui dévia de sa trajectoire sous le choc : un tir de DCA venait de faire mouche, explosant la bulle de plexiglas qui composait le nez de l’appareil. Deux autres impacts se firent sentir instantanément, secouant encore plus l’appareil dont seule la robustesse lui permit de tenir le choc.<br />
<br />
L’air glacial de l’extérieur s’engouffra dans l’avion, plongeant la cabine dans un froid polaire. A cette altitude, la température était de -60 dégrées…<br />
<br />
Le premier réflexe de Charlie fut de s’assurer qu’il contrôlait l’appareil : le moteur 2 avait été détruit, et le numéro 4 était dans un sale état. Pour éviter qu’il n’explose, Charlie réduisit le régime moteur afin de le stabiliser, mais il perdit du coup énormément de vitesse.<br />
<br />
Le « Ye Old Pub » ne pouvait plus tenir sa place dans l’escadrille et du décrocher de la formation. La situation était inquiétante, car outre les dommages subis, le B17 était maintenant seul, sans aucune protection.<br />
<br />
Pinky demanda à Dick d’essayer de prendre contact avec le chef d’escadrille pour prendre des ordres et éventuellement demander du renfort. Sans surprise, il fut demandé à l’équipage de se replier seul, aucun renfort ne pouvant leur être envoyé.<br />
<br />
***<br />
<br />
Franz avait atterri quelques minutes plus tôt pour ravitailler et attendait au pied de son engin que les techniciens de l’aérodrome finissent leur travail. Depuis le sol, il observait le combat à la jumelle, essayant de repérer de possible faille à exploiter.<br />
<br />
« Monsieur ! » dit l’un des techniciens « votre radiateur à prit une méchante balle, vous n’allez pas pouvoir décoller, vous risquez la surchauffe…<br />
– Ne me dites pas ce que je ne peux pas faire : dites-moi plutôt jusqu’a qu’elle régime je peux pousser le moteur<br />
– Je n’en sais rien monsieur… ça peut être le tiers… ou simplement le quart…<br />
– Bon sang de… écartez-vous ! Je décolle !<br />
– Monsieur…<br />
– Suffit ! C’est mon avion, et s’il chauffe trop j’aviserai ! Nous sommes attaqués bandes d’idiots ! On ne peut pas se permettre un seul appareil au sol ! Allez ! Filez ! »<br />
<br />
Franz sauta dans le cockpit et décolla aussi vite que possible.<br />
<br />
Durant son ascension, il ne quitta pas du regard un des B17 qui s’était détaché du groupe. Visiblement, il avait subi des dégâts et était en train de se dégager. Une douzaine de chasseur l’avait engagé et faisaient pleuvoir sur lui une pluie de balles. <br />
<br />
Poussant au maximum son engin, Franz se dirigea vers cet appareil afin de prendre le relais des chasseurs qui allaient rapidement devoir faire demi-tour pour recharger.<br />
<br />
***<br />
<br />
A bord du bombardier, c’était le chaos. Non seulement le froid rendait la situation intenable, mais les chasseurs allemands étaient en train de s’acharner sur le « Ye Old Pub ». Les séries de rafale avaient continué de mutiler l’avion, divisant par 2 la puissance du moteur numéro 3. Il ne restait à l’appareil qu’a peine 40% de sa puissance totale, ce qui en faisait une cible facile que les appareils du 27eme escadron.<br />
<br />
Les tirs claquaient sur la paroi, la déformant tout du long et parvenaient même parfois à se frayer un chemin à travers. De plus, les tirs de DCA continuaient infligeant toujours plus de dégâts.<br />
<br />
L’un de ses tirs causa la mort d’Eckenrode qui assurait le poste de mitrailleur de queue, laissant l’engin sans protection à l’arrière. Yelesanko reçu un éclat de l’obus dans la jambe, tandis que Pechout lui en reçu un dans l’œil. Aider par leurs camarades, ils reçurent les premiers soins, mais le froid intense avait fait geler les doses de morphines, les obligeant à supporter une intense douleur. Paradoxalement, ce même froid eut un effet quelque peu cicatrisant sur les plaies, et insensibilisa légèrement la jambe de Yelesanko.<br />
<br />
Un tir de mitraille frappa Charlie à l’épaule, rendant la conduite de l’avion très difficile. Il dût s’en remettre à Pinky pour ce qui était de tenir le manche.<br />
<br />
L’assaut dura une dizaine de minute, et avait laissé l’équipage et son avion à bout de force.<br />
<br />
Un autre coup direct de la DCA, ou une autre rafale d’un chasseur, et c’était le crash assuré.<br />
<br />
Le sort s’acharnait sur le « Ye Old Pub » : le froid avait bloqué quasiment toutes les armes, et seuls celles à l’avant étaient encore opérationnelles.<br />
<br />
« Pinky… tu me fais confiance ?<br />
– Oui capitaine<br />
– Ok… il faut qu’on attaque<br />
– Quoi ?<br />
– On ne peut tirer que par l’avant : tant qu’on attaque on peut les mettre en fuite. L’oxygène est foutu, l’hydraulique, l’électronique… ce foutu zinc va nous lâcher dans les pattes. On doit filer… »<br />
<br />
Obéissant aux ordres, Pinky engagea le combat suscitant la panique des avions allemands qui croyaient leur proie sans défense.<br />
<br />
« Aller bande de salopard ! Venez nous chercher ! » hurla Pinky tandis que Charlie faisait feu avec la tourelle avant.<br />
<br />
L’extrême agressivité des pilotes américains acheva de convaincre les chasseurs allemands de cesser le combat. De toute façon, les moteurs de l’appareil étaient presque tous HS, et le B17 piquait lentement du nez. Plus il serait bas, et plus la DCA l’abattrait facilement.<br />
<br />
Le manque d’oxygène devenait insupportable, et Charlie senti qu’il perdait conscience. Il appuya sur sa blessure pour que la douleur le maintienne éveillé, mais il finit par succomber.<br />
<br />
***<br />
<br />
Franz rattrapa le B17 et se prépara à l’assaut. Suivant le sillage de fumé des moteurs, il estima qu’il pourrait déborder l’engin par sa droite pour le cribler de balles le long de la voilure en évitant au maximum ses canons. <br />
<br />
Cependant, alors qu’il pensait devoir livrer un âpre combat, Franz réalisa qu’il poursuivait un avion quasi mourant.<br />
<br />
Le B17 se trainait péniblement, et surtout perdait de l’altitude. De plus, en s’approchant, il aperçut les dégâts et compris que l’appareil ne pouvait plus faire feu.<br />
<br />
Sans vraiment savoir pourquoi, Franz repensa alors à ce que son supérieur lors des opérations en Afrique, Gustav Rodel, lui avait dit  ainsi qu’à toute l’escadrille…<br />
<br />
« Vous êtes des pilotes de chasse, aujourd’hui, demain et à jamais. Vous n’êtes pas de ces vulgaires soldats de la Wehrmacht qui claquez des bottes lorsqu’on vous en donne l’ordre : vous êtes à l’égale des chevaliers, vous êtes des hommes d’honneur. Cet honneur vous le partagez avec chaque homme de cette unité, et il forme un lien entre vous plus fort que le sang. Mais cet honneur doit s’accompagner d’un comportement exemplaire, que ça soit vis à vis des vôtres, mais aussi vis à vis de vos ennemis. C’est pourquoi, si jamais un pilote s’en prenait à un parachutiste en train de tomber, oui si l’un de vous osais avoir un tel manque de respect envers son adversaire, je le jure sur ce que j’ai de plus cher, je tuerai cet homme de mes mains ! »<br />
<br />
Pour Franz c’était une évidence : cet avion qui tombait lentement, incapable de se défendre, c’était ça le parachutiste dont Rodel parlait. Il comprit alors qu’en tant que pilote, il ne devait pas s’attaquer à une cible pareil, parce qu’il savait mieux que quiconque le sentiment d’impuissance et la peur qu’on ressentait lorsque prisonnier d’une carlingue d’acier fonçant à pleine vitesse vers le sol. Et puis quel honneur y avait-il à abattre un adversaire désarmé ?<br />
<br />
Une détonation sorti Franz de ses pensées : c’était la DCA qui ouvrait le feu sur le B17.<br />
<br />
***<br />
<br />
En retombant à 1 000 pieds, la température augmenta un peu, et l’air fût de nouveau respirable. Charlie reprit alors conscience et redressa l’appareil. Même si le « Ye Old Pub » était dans un sale état, il pouvait encore les conduire hors de danger, ce qui était préférable à un saut en parachute en plein dans les lignes ennemis. Visiblement les chasseurs avaient cessé de les poursuivre, sans doute convaincu qu’ils avaient fini par s’écraser.<br />
<br />
C’est alors qu’un nouveau tir de DCA résonna dans le ciel, faisant sursauter Charlie dont le cœur se mit à battre à tout rompre.<br />
<br />
Tournant la tête pour voir d’où était venu le coup, Pinky réalisa avec horreur qu’un BF109 était à leur trousse.<br />
<br />
« Captain ! On en a encore un sur la droite ! »<br />
<br />
Les deux pilotes virent alors une chose auquel ils ne s’attendaient absolument pas. Le BF109 prit de la vitesse, se plaça en formation sur la droite du bombardier et s’approcha.<br />
<br />
« Bordel mais il fait quoi ? » demanda Pinky<br />
– Il… il nous couvre !<br />
– Quoi ?<br />
– Il se met en plein dans le feu de sa propre DCA pour nous couvrir !<br />
– Mais… pourquoi il ferait ça ? Ça n’a pas de sens… « <br />
<br />
Abasourdi, les deux pilotes furent incapables de croire ce qui était train de se passer. Au mépris du danger, l’appareil allemand était en train de jouer les boucliers pour leur appareil. Une telle action était sans conteste passible de cours martiale et serait considéré comme de la trahison. Or dans un contexte de guerre, c’était la mise à mort assurée pour le pilote.<br />
<br />
Et pourtant, il était bel et bien en train de couvrir le B17, tournant autour de l’appareil en fonction des positions de l’artillerie, ne profitant à aucun moment de sa position pour tirer sur l’avion blessé.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsqu’il avait vu la batterie de DCA faire feu, Franz avait aussitôt foncé sans réfléchir pour s’interposer. Ce qu’il venait de faire était courageux, mais lourd de conséquence. Cependant, cela lui importait peu, car en cet instant, il savourait ce qui l’avait toujours poussé à suivre les traces de son père comme pilote. Il avait agi selon sa conscience, et fait ce qui était juste. Qu’importe le Reich, qu’importe la guerre, qu’importe le Führer ou la Reine d’Angleterre, il s’était comporter en pilote, en chevalier et à ses yeux c’était ce qui comptait le plus. S’il fallait mourir, autant que ça soit pour de plus noble idéaux que ces histoires d’Ubermench…<br />
<br />
Approchant du bombardier, Franz aperçut les pilotes, stupéfait par son audace. Lui était effaré par leur jeune âge, et réalisa qu’il s’en serait voulu à jamais s’il avait attaqué ces gamins.<br />
<br />
Il leur fit signe de le suivre au sol, mais ils refusèrent. Il insista, mais ils restèrent sur leur cap, visiblement décidé à voler jusqu’en Angleterre.<br />
<br />
Une telle détermination ne laissa pas Franz indifférent, mais il craignait que le B17 ne succombe avant de traverser la mer du Nord. <br />
<br />
Ne pouvant convaincre les jeunes américains, il prit sur lui de leur servir d’escorte, se déplaçant d’un côté à l’autre du fuselage pour faire écran aux différentes batteries d’artillerie se trouvant sur leur route. Il coupa sa radio, préférant le silence au mensonge et continua à jouer son rôle de protecteur.<br />
<br />
Lorsqu’ils arrivèrent au-dessus de la mer, Franz eut l’impression qu’une frontière venait de se dresser devant lui, comme un rappel que ce vol était terminé. Ce moment où il avait pu se sentir plus humain que jamais était sur le point de finir, et il allait falloir retourner à cette guerre bestiale et cruelle.<br />
<br />
Franz décida de prolonger quelques milles encore cet instant, puis ce décida finalement à faire demi-tour. Cependant, avant de rompre la formation, il s’approcha et de l’appareil endommagé, et salua en bonne et due forme. Bien que blessé, le pilote américain lui rendit son salut.<br />
<br />
Bien qu’à bonne distance à ce moment-là, le regard du jeune homme resta gravé à jamais dans la mémoire de Franz.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le B17 arriva finalement à se poser sur une base de la côte qui abritait la 448eme unité de bombardier à Seething ou les blessés furent immédiatement pris en charge.<br />
<br />
Moins de 24h après, Charlie fit son rapport, créant la stupéfaction de l’officier en charge du débriefing. A quelques jours de Noel, cette histoire ne manquait pas de panache, mais était aussi terriblement gênante car elle risquait de créer de la compassion envers les pilotes ennemis.<br />
<br />
Lorsque Charlie retourna voir ses compagnon, la consigne de l’état-major était on ne peut plus clair : <br />
<br />
« Messieurs » leurs dit-il assit sur le lit de la chambre d’hôpital qu’ils partageaient « quelqu’un a décidé là-haut qu’on ne peut pas être humain et voler dans un avion allemand. Notre anonyme bienfaiteur devra rester un secret car il semble que nos chefs voient d’un mauvais œil qu’on puisse croire que nos ennemis soient simplement des hommes… »<br />
<br />
Tout l’équipage du « Ye Old Pub » jura de garder le secret, mais l’amertume pouvait se lire dans chaque visage. Beaucoup ne savaient pas comment réagir : certes ils étaient heureux d’avoir eu la vie sauve, mais de la devoir à un pilote de la Luftwaffe était un paradoxe dur en encaisser. Certains se demandaient s’ils pourraient encore monter dans un avion de combat sans que cette histoire ne les hante. Ils pensèrent aussi à Eckenrode qui n’avait pas eu autant de chance qu’eux.<br />
<br />
Mais la guerre n’avait pas de temps à laisser aux jeunes soldats, et tous reprirent le combat dans les jours qui suivirent…<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque Franz retourna a la base, il consigna simplement dans son rapport qu’il avait perdu de vue le bombardier alors que celui-ci perdait de l’altitude. Heureusement pour lui, aucune station de DCA ne rapporta avoir vu un avion allemand escorter un appareil ennemi.<br />
<br />
Il confia la vérité uniquement à son supérieur, le Colonel Rodel. Ce dernier, emplit de fierté envers son subordonné l’assura de son support :<br />
<br />
« Mon garçon, ce que vous venez de faire sera d’une importance cruciale… cette guerre nous sommes en train de la perdre, mais pire que ça nous sommes en train de devenir des monstres. Vous n’êtes pas sans savoir ce qui ce passe à Dachau, Buchenwald, Auschwitz… Ce ne sont pas des rumeurs, ce n’est pas de la propagande Allié… c’est la triste réalité : ce qui faisait notre honneur va disparaître sous ces atrocités. Mais vous, vous mon garçon en ce jour, vous venez de semer dans le cœur de nos ennemis un acte de bonté qui un jour rappellera que nous aussi ne sommes que des hommes. Votre histoire sera cachée par les bureaucrates, mais un jour elle se révélera. En faisant cela Franz, vous avez préservé un peu de notre honneur de soldat. Croyez-moi : aucune médaille ne vaudra ce que votre geste vous apportera, car maintenant vous savez le prix de la vie. Vous avez vu votre ennemi dans le viseur, un ennemi qui venait de bombarder votre pays, et pourtant vous l’avez épargné… Mon garçon, l’Histoire nous punira de nos crimes, mais votre geste allégera notre sentence… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après la guerre, Charlie Brown retourna chez lui en Virginie, et reprit ses études. Il retourna cependant dans l’Air Force en 1949 et y resta jusqu’en 1965. Il fût par la suite officier pour le département d’état à l’étranger, notamment au Laos et au Vietnam, et prit sa retraite en 1972 où il s’installa en Floride.<br />
<br />
Franz Stigler fût l’un des rares rescapés de l’aviation allemande après-guerre (seulement 1 300 pilotes survivants sur 28 000). Ses états de service exemplaires lui valurent les bonnes grâces du gouvernement qui lui accordèrent des bons alimentaires et un travail d’aide maçon, ce qui lui permit de s’en sortir dans les années qui suivirent l’armistice. Il quitta l’Allemagne en 1953 pour le Canada ou il refit sa vie en tant qu’entrepreneur.<br />
<br />
C’est en 1990 que le destin réunit les deux hommes après que Brown ait passé quatre ans à la recherche de son bienfaiteur. Par une simple lettre, ils réalisèrent qu’il vivait à 300km l’un de l’autre.<br />
<br />
Liés par le destin, les deux hommes moururent à quelques mois d’intervalle en 2008.<br />
<br />
***<br />
<br />
Je dédie cette histoire qui romance la réalité, à cet homme qui lors de ce qui fût la pire période de notre histoire, à sût rester humain par-delà la haine, et qui par son courage (au vu des risques encourut) à sût préserver l’honneur des cieux.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Pour l’honneur des cieux**<br />
<br />
***« La paix est si belle et si illustre qu’elle a le ciel pour terroir »***<br />
<br />
Francisco de Quevedo<br />
<br />
« Messieurs, je vous rappelle l’objectif de cette mission : notre cible sont les usines de fabrication de Focke Wulfe 190 situées à Brême. La Luftwaffe dispose de nombreux appareils dans le secteur, et ont à dénombré pas loin de 250 pièces de DCA qui défendent la zone… »<br />
<br />
Charlie Brown, jeune commandant de bord du bombardier B-17 Ye Olde Pub à tout juste 21 ans,  savait que lui et son équipage allaient se retrouver dans le « purple heart corner », la position la plus exposé de la formation : idéale pour se faire descendre dans ce genre de frappe. Autant dire que pour un premier vol, ça n’allait pas être de tout repos. <br />
<br />
Mais de toute façon dans cette fichue guerre, même rester chez soi ne vous protégeait pas d’une bombe allemande… alors autant rendre les coups : bombarder les allemands, c’était juste une façon de leur rendre la politesse afin que eux aussi regardent le ciel avec la peur au ventre.<br />
<br />
Spencer « Pinky » Luke, le copilote, donna un petit coup de coude à Charlie pour attirer son attention.<br />
<br />
« Hey Lieutenant : tu voudrais pas qu’on loupe la cible parce que tu dors au briefing ? »<br />
<br />
Charlie esquissa un sourire. Pinky n’était pas plus attentif que lui, une bande dessiné sur les genoux dissimulé dans l’étui en cuir de ses ordres de mission.<br />
<br />
Les hommes du 527eme escadron de bombardier connaissaient leur mission car il préparait l’opération depuis plusieurs semaines, et les briefings finissaient par tous se ressembler les uns les autres. Ils écoutèrent cependant le capitaine avec respect : le bonhomme était dur, mais les temps l’exigeaient et personne n’aurait remis en cause son autorité.<br />
<br />
Une fois le briefing fini, tous le saluèrent avant de filer vers les hangars et monter à bord de leurs appareils respectifs.<br />
<br />
Les bombardiers B-17, surnommé les « forteresses volantes », étaient des monstres d’acier venu d’Amérique avec leurs pilotes, capable de larguer 2 tonnes et demi de bombes dans un rayon de 1 500 km. Et si jamais un chasseur avait l’audace de le prendre comme cible, il allait devoir affronter les 13 mitrailleuses 12,7mm Browning M2 capable de cracher 500 coups à la minute à une portée efficace de plus d’un kilomètre. Solides et robustes, on ne comptait plus les histoires de pilote ayant ramenés leur équipage à bord d’un appareil criblé de balles, les moteurs en feu, et pourtant toujours capable de voler.<br />
<br />
L’appareil de Charlie, le « Ye Old Pub » finissait son check up d’avant décollage sous la supervision de « Frenchy » Coulombe, l’ingénieur de vol. Ce dernier, son carnet d’entretien à la main, inspectait le bombardier sous toutes les coutures, donnant de ci de là un coup de clé à molette si cela lui semblait utile, notant scrupuleusement toutes ses vérifications.<br />
<br />
« Hey Frenchy ! » demanda Charlie « tu te dépêches ou quoi ? Aujourd’hui on fait une livraison anticipé pour le père noël !<br />
– Laisse-moi deviner : il veut encore offrir à tonton Adolphe son poids en ogive ? » demanda Frenchy le nez toujours dans son carnet<br />
– Mieux que ça : il veut qu’on crame une usine de chasseur ! »<br />
<br />
Frenchy lança un regard lourd de sens à Charlie. Bombarder une usine voulait dire massacrer ceux qui s’y trouvaient, c’est à dire le plus souvent de simples ouvriers. Frenchy avait une sainte horreur de ce genre de mission, et même après plusieurs raids, il cauchemardait encore face à cette horrible réalité : pour arrêter la guerre, il fallait tuer des innocents.<br />
<br />
Charlie savait que ses gars avaient ce genre de scrupules, et lui-même n’en était pas étranger. Il avait cependant choisi de laisser les remords pour après la guerre si jamais celle-ci finissait un jour. Pour le moment il préférait galvaniser ses troupes, et il n’y avait rien de mieux pour ça que la haine de l’ennemi.<br />
<br />
« Imagine ça Frenchy : des tas de salopards de boches en train d’assembler un canon mitrailleur destiné à plomber nos p’tits camarades de la RAF… et là d’un seul coup boum ! Une de nos jolies ogives qui leur arrive sur le coin de la gueule ! Une belle ogive avec un ruban et une petite carte pour leur souhaiter d’aller pourrir en enfer a ses salauds… <br />
– C’est bon Charlie, laisse tomber… le gout du sang commence à me rester en travers de la gorge : tout comme cette guerre… »<br />
<br />
Arriva alors Robert « Andy » Andrews, le bombardier de l’équipe.<br />
<br />
« Il nous fait quoi encore le mécano ? » demanda-t-il au lieutenant nonchalamment<br />
– Commence pas Andy. Frenchy est à cran c’est tout. Respecte ça.<br />
– Je respecte, je respecte… je comprends juste pas comment on peut ne pas être surexcité à l’idée de balancer quelques tonnes de bombes sur ces fils de p…<br />
– Hey… surveille ton langage soldat ! »<br />
<br />
Autant Charlie voulait que ses hommes aient l’esprit combatif, autant il ne voulait pas qu’ils en deviennent des fous sanguinaires. Et pour lui, cela passait par un certain respect… auquel il réalisait qu’il ne tenait pas toujours tant que ça.<br />
<br />
Est-ce que lui-même commençait à perdre foi en l’idée qu’un jour cette folie cesse ? Est-ce qu’un jour il pourrait regarder le ciel non pas avec la vigilance d’un soldat qui attend l’ennemi, mais simplement comme un amoureux du ciel qui en appréciait la beauté toute simple ? Quand la guerre avait commencé, Charlie avait une quinzaine d’années, et il avait forgé son caractère avec l’idée que sa vie d’adulte serait une vie de soldat…<br />
<br />
Frenchy annonça qu’il faudrait encore 10 min avant de pouvoir décoller et retourna avec les autres techniciens du hangar finir de préparer l’avion. Les autres membres montèrent dans l’appareil et s’installèrent afin de pouvoir partir le plus vite possible.<br />
<br />
Charlie et Pinky commencèrent leur check-list tandis qu’Andy rameutait le reste du groupe. Il y avait Al « Doc » Sadok, le navigateur, Dick Pechout, l’opérateur radio, et les 4 mitrailleurs, a savoir les sergent Hugh « Ecky » Eckenrode, Lloyd Jennings, Alex « Russian » Yelesanko et Sam « Blackie » Blackford.<br />
<br />
Lorsque l’appareil fût prêt et sur le tarmac, Dick appela la tour de contrôle et attendit l’ordre de décollage.  Vu sa position dans la formation, le « Ye Old Pub » parti parmi les derniers.<br />
<br />
Charlie et Pinky manœuvrèrent de façon à se glisser dans la formation tandis que Dick conversait avec les bombardiers proches pour bien se coordonner. Une fois les échanges protocolaires fini, le ton devint plus léger, et tous les capitaines se galvanisaient du mieux qu’ils pouvaient, se défiant mutuellement de qui pourrait faire le plus de dégâts. Seul Charlie resta sourd à ces bravades. <br />
<br />
Ils n’étaient que des gamins envoyer faire le sale boulot de vieux croulant qui avait décidé de s’écharper pour Dieu sait quelle raison. Pourtant si au début cette guerre n’avait pas beaucoup de sens pour Charlie et les autres, l’avènement du Reich d’Hitler avait changé la donne : le méchant avait un visage et une voix.<br />
<br />
Une horrible voix.<br />
<br />
Combattre contre les nazis c’était devenu logique, plein de sens. On ne combattait pas une nation, on combattait une idéologie, on combattait l’idée que les hommes ne sont pas égaux, que le peuple doit être soumit à son leader, on combattait des monstres qui avaient créé de véritables usines d’abattages humain. On combattait pour rendre le ciel aux rêves et la terre paisible pour ceux qui avaient donnés leur vie afin de la protéger.<br />
<br />
De sa position, Charlie pouvait voir l’ensemble de l’escadrille : 112 bombardiers B-17, et 120 chasseurs (un mélange de P47 Thunderbolt et de Spitfire) pour leur servir d’escorte. Il n’y avait pas eu une telle force de frappe dans les airs depuis l’opération « double strike » en Août. C’était une certitude pour les membres de l’escadrille : ils ne reviendraient pas tous vivant de cette mission.<br />
<br />
***<br />
<br />
L’adjudant-chef Franz Stigler, revenue de convalescence après avoir été blessé en Mai sur le front africain en Tunisie, avait insisté pour être le plus vite possible de retour au combat. Fils de pilote, il avait l’aviation dans le sang et une sainte horreur des bassesses des officiers au point qu’il préférait s’en tenir éloigné autant que possible, et ce bien qu’il lui fut possible de prétendre à plus étant donnée ses états de service ainsi que le prestige de sa famille (son frère, lui aussi pilote, avait perdu la vie durant les premières années du conflit sur le front Français).<br />
<br />
Franz avait trouvé la parfaite occupation en intégrant la Jagdgeschawder 27 (27eme escadron) dont l’une des missions était de sécuriser l’espace aérien autour de Brême. Pouvant ainsi voler tous les jours de longues heures, il quittait le temps d’une patrouille la folie qui gagnait de plus en plus les troupes.<br />
<br />
La politique extrémiste du Führer rendait les soldats nerveux et paranoïaque. Tout le monde voyait des espions partout, qu’ils soient anglais, américain ou même allemand. Les soldats les plus jeunes, endoctriné depuis l’enfance, ne réalisaient pas que cette guerre n’avait plus de sens, et que si le Reich continuait son expansionnisme forcené malgré les défaites sur le front méditerranéen et à Stalingrad, les puissances Américaine et Russe allaient les broyer dans un étau. Le seul espoir résidait dans les projets secrets dont Franz avaient entendu entre deux portes, ceux d’une arme si puissante et destructrice qu’elle changerait le monde à jamais, assurant le règne millénaire si cher à Hitler…<br />
<br />
C’est pour cela que tout ce que voulait Franz, c’était voler. Voler jusqu’à en oublier le monde. Voler libre, seul et apaisé, loin du tumulte et des frasques des hommes qu’il pouvait voir tel qu’ils étaient vraiment : minuscules et insignifiants.<br />
<br />
A bord de son Messerschmitt BF109, Franz n’oubliait pas sa mission de protecteur : il suivait scrupuleusement son plan de vol, l’œil toujours aux aguets de tous ceux qui pourrait menacer l’usine. Il trouvait cependant ironique d’assurer la protection de Focke Wulf, censé être plus moderne, avec des BF109.<br />
<br />
En ce qui le concernait, il n’aurait pas échangé son monomoteur pour tout l’or du Rhin. Aucun autre chasseur, si ce n’est peut-être les Spitfire anglais, ne pouvait rivaliser avec lui sur quel que point que ce soit.<br />
<br />
Alors qu’il s’apprêtait à retourner au sol pour ravitailler, Franz entendit au loin les coups de canon de la DCA. Il manœuvra pour pouvoir mieux observer la situation et vit le ciel se couvrir d’une nuée de bombardier et de chasseur qui déferlaient droit dans sa direction.<br />
<br />
La radio de Franz crépita alors d’un message aussi simple qu’effrayant : « Alerte maximum : bombardier ennemi en vue ! »<br />
<br />
Sans une once d’hésitation, Franz plongea dans la bataille rapidement suivi par des centaines d’autres chasseurs des environs qui convergèrent vers l’escadrille alliée.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le Ye Old Pub, la tension était à son apogée tandis qu’autour d’eux claquaient les tirs d’artillerie. Charlie avait du mal à tenir sa position dans la formation, mais il devait impérativement prendre ce risque afin que l’opération de bombardement puisse réussir. Hurlant pour se faire entendre, il demanda à Andy de se tenir prêt.<br />
<br />
« ON LARGUE LE COLIS D’ICI 5 MIN ANDY ! MANŒUVRES D’APPROCHE EN COURS ! »<br />
<br />
Pinky regarda son capitaine anxieux : le feu ennemi devenait de plus en plus dense à mesure qu’ils approchaient de l’objectif, et on pouvait déjà voir arriver les terribles chasseurs de la Luftwaffe.<br />
<br />
Un impact violent secoua le B17 qui dévia de sa trajectoire sous le choc : un tir de DCA venait de faire mouche, explosant la bulle de plexiglas qui composait le nez de l’appareil. Deux autres impacts se firent sentir instantanément, secouant encore plus l’appareil dont seule la robustesse lui permit de tenir le choc.<br />
<br />
L’air glacial de l’extérieur s’engouffra dans l’avion, plongeant la cabine dans un froid polaire. A cette altitude, la température était de -60 dégrées…<br />
<br />
Le premier réflexe de Charlie fut de s’assurer qu’il contrôlait l’appareil : le moteur 2 avait été détruit, et le numéro 4 était dans un sale état. Pour éviter qu’il n’explose, Charlie réduisit le régime moteur afin de le stabiliser, mais il perdit du coup énormément de vitesse.<br />
<br />
Le « Ye Old Pub » ne pouvait plus tenir sa place dans l’escadrille et du décrocher de la formation. La situation était inquiétante, car outre les dommages subis, le B17 était maintenant seul, sans aucune protection.<br />
<br />
Pinky demanda à Dick d’essayer de prendre contact avec le chef d’escadrille pour prendre des ordres et éventuellement demander du renfort. Sans surprise, il fut demandé à l’équipage de se replier seul, aucun renfort ne pouvant leur être envoyé.<br />
<br />
***<br />
<br />
Franz avait atterri quelques minutes plus tôt pour ravitailler et attendait au pied de son engin que les techniciens de l’aérodrome finissent leur travail. Depuis le sol, il observait le combat à la jumelle, essayant de repérer de possible faille à exploiter.<br />
<br />
« Monsieur ! » dit l’un des techniciens « votre radiateur à prit une méchante balle, vous n’allez pas pouvoir décoller, vous risquez la surchauffe…<br />
– Ne me dites pas ce que je ne peux pas faire : dites-moi plutôt jusqu’a qu’elle régime je peux pousser le moteur<br />
– Je n’en sais rien monsieur… ça peut être le tiers… ou simplement le quart…<br />
– Bon sang de… écartez-vous ! Je décolle !<br />
– Monsieur…<br />
– Suffit ! C’est mon avion, et s’il chauffe trop j’aviserai ! Nous sommes attaqués bandes d’idiots ! On ne peut pas se permettre un seul appareil au sol ! Allez ! Filez ! »<br />
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Franz sauta dans le cockpit et décolla aussi vite que possible.<br />
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Durant son ascension, il ne quitta pas du regard un des B17 qui s’était détaché du groupe. Visiblement, il avait subi des dégâts et était en train de se dégager. Une douzaine de chasseur l’avait engagé et faisaient pleuvoir sur lui une pluie de balles. <br />
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Poussant au maximum son engin, Franz se dirigea vers cet appareil afin de prendre le relais des chasseurs qui allaient rapidement devoir faire demi-tour pour recharger.<br />
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***<br />
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A bord du bombardier, c’était le chaos. Non seulement le froid rendait la situation intenable, mais les chasseurs allemands étaient en train de s’acharner sur le « Ye Old Pub ». Les séries de rafale avaient continué de mutiler l’avion, divisant par 2 la puissance du moteur numéro 3. Il ne restait à l’appareil qu’a peine 40% de sa puissance totale, ce qui en faisait une cible facile que les appareils du 27eme escadron.<br />
<br />
Les tirs claquaient sur la paroi, la déformant tout du long et parvenaient même parfois à se frayer un chemin à travers. De plus, les tirs de DCA continuaient infligeant toujours plus de dégâts.<br />
<br />
L’un de ses tirs causa la mort d’Eckenrode qui assurait le poste de mitrailleur de queue, laissant l’engin sans protection à l’arrière. Yelesanko reçu un éclat de l’obus dans la jambe, tandis que Pechout lui en reçu un dans l’œil. Aider par leurs camarades, ils reçurent les premiers soins, mais le froid intense avait fait geler les doses de morphines, les obligeant à supporter une intense douleur. Paradoxalement, ce même froid eut un effet quelque peu cicatrisant sur les plaies, et insensibilisa légèrement la jambe de Yelesanko.<br />
<br />
Un tir de mitraille frappa Charlie à l’épaule, rendant la conduite de l’avion très difficile. Il dût s’en remettre à Pinky pour ce qui était de tenir le manche.<br />
<br />
L’assaut dura une dizaine de minute, et avait laissé l’équipage et son avion à bout de force.<br />
<br />
Un autre coup direct de la DCA, ou une autre rafale d’un chasseur, et c’était le crash assuré.<br />
<br />
Le sort s’acharnait sur le « Ye Old Pub » : le froid avait bloqué quasiment toutes les armes, et seuls celles à l’avant étaient encore opérationnelles.<br />
<br />
« Pinky… tu me fais confiance ?<br />
– Oui capitaine<br />
– Ok… il faut qu’on attaque<br />
– Quoi ?<br />
– On ne peut tirer que par l’avant : tant qu’on attaque on peut les mettre en fuite. L’oxygène est foutu, l’hydraulique, l’électronique… ce foutu zinc va nous lâcher dans les pattes. On doit filer… »<br />
<br />
Obéissant aux ordres, Pinky engagea le combat suscitant la panique des avions allemands qui croyaient leur proie sans défense.<br />
<br />
« Aller bande de salopard ! Venez nous chercher ! » hurla Pinky tandis que Charlie faisait feu avec la tourelle avant.<br />
<br />
L’extrême agressivité des pilotes américains acheva de convaincre les chasseurs allemands de cesser le combat. De toute façon, les moteurs de l’appareil étaient presque tous HS, et le B17 piquait lentement du nez. Plus il serait bas, et plus la DCA l’abattrait facilement.<br />
<br />
Le manque d’oxygène devenait insupportable, et Charlie senti qu’il perdait conscience. Il appuya sur sa blessure pour que la douleur le maintienne éveillé, mais il finit par succomber.<br />
<br />
***<br />
<br />
Franz rattrapa le B17 et se prépara à l’assaut. Suivant le sillage de fumé des moteurs, il estima qu’il pourrait déborder l’engin par sa droite pour le cribler de balles le long de la voilure en évitant au maximum ses canons. <br />
<br />
Cependant, alors qu’il pensait devoir livrer un âpre combat, Franz réalisa qu’il poursuivait un avion quasi mourant.<br />
<br />
Le B17 se trainait péniblement, et surtout perdait de l’altitude. De plus, en s’approchant, il aperçut les dégâts et compris que l’appareil ne pouvait plus faire feu.<br />
<br />
Sans vraiment savoir pourquoi, Franz repensa alors à ce que son supérieur lors des opérations en Afrique, Gustav Rodel, lui avait dit  ainsi qu’à toute l’escadrille…<br />
<br />
« Vous êtes des pilotes de chasse, aujourd’hui, demain et à jamais. Vous n’êtes pas de ces vulgaires soldats de la Wehrmacht qui claquez des bottes lorsqu’on vous en donne l’ordre : vous êtes à l’égale des chevaliers, vous êtes des hommes d’honneur. Cet honneur vous le partagez avec chaque homme de cette unité, et il forme un lien entre vous plus fort que le sang. Mais cet honneur doit s’accompagner d’un comportement exemplaire, que ça soit vis à vis des vôtres, mais aussi vis à vis de vos ennemis. C’est pourquoi, si jamais un pilote s’en prenait à un parachutiste en train de tomber, oui si l’un de vous osais avoir un tel manque de respect envers son adversaire, je le jure sur ce que j’ai de plus cher, je tuerai cet homme de mes mains ! »<br />
<br />
Pour Franz c’était une évidence : cet avion qui tombait lentement, incapable de se défendre, c’était ça le parachutiste dont Rodel parlait. Il comprit alors qu’en tant que pilote, il ne devait pas s’attaquer à une cible pareil, parce qu’il savait mieux que quiconque le sentiment d’impuissance et la peur qu’on ressentait lorsque prisonnier d’une carlingue d’acier fonçant à pleine vitesse vers le sol. Et puis quel honneur y avait-il à abattre un adversaire désarmé ?<br />
<br />
Une détonation sorti Franz de ses pensées : c’était la DCA qui ouvrait le feu sur le B17.<br />
<br />
***<br />
<br />
En retombant à 1 000 pieds, la température augmenta un peu, et l’air fût de nouveau respirable. Charlie reprit alors conscience et redressa l’appareil. Même si le « Ye Old Pub » était dans un sale état, il pouvait encore les conduire hors de danger, ce qui était préférable à un saut en parachute en plein dans les lignes ennemis. Visiblement les chasseurs avaient cessé de les poursuivre, sans doute convaincu qu’ils avaient fini par s’écraser.<br />
<br />
C’est alors qu’un nouveau tir de DCA résonna dans le ciel, faisant sursauter Charlie dont le cœur se mit à battre à tout rompre.<br />
<br />
Tournant la tête pour voir d’où était venu le coup, Pinky réalisa avec horreur qu’un BF109 était à leur trousse.<br />
<br />
« Captain ! On en a encore un sur la droite ! »<br />
<br />
Les deux pilotes virent alors une chose auquel ils ne s’attendaient absolument pas. Le BF109 prit de la vitesse, se plaça en formation sur la droite du bombardier et s’approcha.<br />
<br />
« Bordel mais il fait quoi ? » demanda Pinky<br />
– Il… il nous couvre !<br />
– Quoi ?<br />
– Il se met en plein dans le feu de sa propre DCA pour nous couvrir !<br />
– Mais… pourquoi il ferait ça ? Ça n’a pas de sens… « <br />
<br />
Abasourdi, les deux pilotes furent incapables de croire ce qui était train de se passer. Au mépris du danger, l’appareil allemand était en train de jouer les boucliers pour leur appareil. Une telle action était sans conteste passible de cours martiale et serait considéré comme de la trahison. Or dans un contexte de guerre, c’était la mise à mort assurée pour le pilote.<br />
<br />
Et pourtant, il était bel et bien en train de couvrir le B17, tournant autour de l’appareil en fonction des positions de l’artillerie, ne profitant à aucun moment de sa position pour tirer sur l’avion blessé.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsqu’il avait vu la batterie de DCA faire feu, Franz avait aussitôt foncé sans réfléchir pour s’interposer. Ce qu’il venait de faire était courageux, mais lourd de conséquence. Cependant, cela lui importait peu, car en cet instant, il savourait ce qui l’avait toujours poussé à suivre les traces de son père comme pilote. Il avait agi selon sa conscience, et fait ce qui était juste. Qu’importe le Reich, qu’importe la guerre, qu’importe le Führer ou la Reine d’Angleterre, il s’était comporter en pilote, en chevalier et à ses yeux c’était ce qui comptait le plus. S’il fallait mourir, autant que ça soit pour de plus noble idéaux que ces histoires d’Ubermench…<br />
<br />
Approchant du bombardier, Franz aperçut les pilotes, stupéfait par son audace. Lui était effaré par leur jeune âge, et réalisa qu’il s’en serait voulu à jamais s’il avait attaqué ces gamins.<br />
<br />
Il leur fit signe de le suivre au sol, mais ils refusèrent. Il insista, mais ils restèrent sur leur cap, visiblement décidé à voler jusqu’en Angleterre.<br />
<br />
Une telle détermination ne laissa pas Franz indifférent, mais il craignait que le B17 ne succombe avant de traverser la mer du Nord. <br />
<br />
Ne pouvant convaincre les jeunes américains, il prit sur lui de leur servir d’escorte, se déplaçant d’un côté à l’autre du fuselage pour faire écran aux différentes batteries d’artillerie se trouvant sur leur route. Il coupa sa radio, préférant le silence au mensonge et continua à jouer son rôle de protecteur.<br />
<br />
Lorsqu’ils arrivèrent au-dessus de la mer, Franz eut l’impression qu’une frontière venait de se dresser devant lui, comme un rappel que ce vol était terminé. Ce moment où il avait pu se sentir plus humain que jamais était sur le point de finir, et il allait falloir retourner à cette guerre bestiale et cruelle.<br />
<br />
Franz décida de prolonger quelques milles encore cet instant, puis ce décida finalement à faire demi-tour. Cependant, avant de rompre la formation, il s’approcha et de l’appareil endommagé, et salua en bonne et due forme. Bien que blessé, le pilote américain lui rendit son salut.<br />
<br />
Bien qu’à bonne distance à ce moment-là, le regard du jeune homme resta gravé à jamais dans la mémoire de Franz.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le B17 arriva finalement à se poser sur une base de la côte qui abritait la 448eme unité de bombardier à Seething ou les blessés furent immédiatement pris en charge.<br />
<br />
Moins de 24h après, Charlie fit son rapport, créant la stupéfaction de l’officier en charge du débriefing. A quelques jours de Noel, cette histoire ne manquait pas de panache, mais était aussi terriblement gênante car elle risquait de créer de la compassion envers les pilotes ennemis.<br />
<br />
Lorsque Charlie retourna voir ses compagnon, la consigne de l’état-major était on ne peut plus clair : <br />
<br />
« Messieurs » leurs dit-il assit sur le lit de la chambre d’hôpital qu’ils partageaient « quelqu’un a décidé là-haut qu’on ne peut pas être humain et voler dans un avion allemand. Notre anonyme bienfaiteur devra rester un secret car il semble que nos chefs voient d’un mauvais œil qu’on puisse croire que nos ennemis soient simplement des hommes… »<br />
<br />
Tout l’équipage du « Ye Old Pub » jura de garder le secret, mais l’amertume pouvait se lire dans chaque visage. Beaucoup ne savaient pas comment réagir : certes ils étaient heureux d’avoir eu la vie sauve, mais de la devoir à un pilote de la Luftwaffe était un paradoxe dur en encaisser. Certains se demandaient s’ils pourraient encore monter dans un avion de combat sans que cette histoire ne les hante. Ils pensèrent aussi à Eckenrode qui n’avait pas eu autant de chance qu’eux.<br />
<br />
Mais la guerre n’avait pas de temps à laisser aux jeunes soldats, et tous reprirent le combat dans les jours qui suivirent…<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque Franz retourna a la base, il consigna simplement dans son rapport qu’il avait perdu de vue le bombardier alors que celui-ci perdait de l’altitude. Heureusement pour lui, aucune station de DCA ne rapporta avoir vu un avion allemand escorter un appareil ennemi.<br />
<br />
Il confia la vérité uniquement à son supérieur, le Colonel Rodel. Ce dernier, emplit de fierté envers son subordonné l’assura de son support :<br />
<br />
« Mon garçon, ce que vous venez de faire sera d’une importance cruciale… cette guerre nous sommes en train de la perdre, mais pire que ça nous sommes en train de devenir des monstres. Vous n’êtes pas sans savoir ce qui ce passe à Dachau, Buchenwald, Auschwitz… Ce ne sont pas des rumeurs, ce n’est pas de la propagande Allié… c’est la triste réalité : ce qui faisait notre honneur va disparaître sous ces atrocités. Mais vous, vous mon garçon en ce jour, vous venez de semer dans le cœur de nos ennemis un acte de bonté qui un jour rappellera que nous aussi ne sommes que des hommes. Votre histoire sera cachée par les bureaucrates, mais un jour elle se révélera. En faisant cela Franz, vous avez préservé un peu de notre honneur de soldat. Croyez-moi : aucune médaille ne vaudra ce que votre geste vous apportera, car maintenant vous savez le prix de la vie. Vous avez vu votre ennemi dans le viseur, un ennemi qui venait de bombarder votre pays, et pourtant vous l’avez épargné… Mon garçon, l’Histoire nous punira de nos crimes, mais votre geste allégera notre sentence… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après la guerre, Charlie Brown retourna chez lui en Virginie, et reprit ses études. Il retourna cependant dans l’Air Force en 1949 et y resta jusqu’en 1965. Il fût par la suite officier pour le département d’état à l’étranger, notamment au Laos et au Vietnam, et prit sa retraite en 1972 où il s’installa en Floride.<br />
<br />
Franz Stigler fût l’un des rares rescapés de l’aviation allemande après-guerre (seulement 1 300 pilotes survivants sur 28 000). Ses états de service exemplaires lui valurent les bonnes grâces du gouvernement qui lui accordèrent des bons alimentaires et un travail d’aide maçon, ce qui lui permit de s’en sortir dans les années qui suivirent l’armistice. Il quitta l’Allemagne en 1953 pour le Canada ou il refit sa vie en tant qu’entrepreneur.<br />
<br />
C’est en 1990 que le destin réunit les deux hommes après que Brown ait passé quatre ans à la recherche de son bienfaiteur. Par une simple lettre, ils réalisèrent qu’il vivait à 300km l’un de l’autre.<br />
<br />
Liés par le destin, les deux hommes moururent à quelques mois d’intervalle en 2008.<br />
<br />
***<br />
<br />
Je dédie cette histoire qui romance la réalité, à cet homme qui lors de ce qui fût la pire période de notre histoire, à sût rester humain par-delà la haine, et qui par son courage (au vu des risques encourut) à sût préserver l’honneur des cieux.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Pour l’honneur des cieux**

***« La paix est si belle et si illustre qu’elle a le ciel pour terroir »***

Francisco de Quevedo

« Messieurs, je vous rappelle l’objectif de cette mission : notre cible sont les usines de fabrication de Focke Wulfe 190 situées à Brême. La Luftwaffe dispose de nombreux appareils dans le secteur, et ont à dénombré pas loin de 250 pièces de DCA qui défendent la zone… »

Charlie Brown, jeune commandant de bord du bombardier B-17 Ye Olde Pub à tout juste 21 ans,  savait que lui et son équipage allaient se retrouver dans le « purple heart corner », la position la plus exposé de la formation : idéale pour se faire descendre dans ce genre de frappe. Autant dire que pour un premier vol, ça n’allait pas être de tout repos. 

Mais de toute façon dans cette fichue guerre, même rester chez soi ne vous protégeait pas d’une bombe allemande… alors autant rendre les coups : bombarder les allemands, c’était juste une façon de leur rendre la politesse afin que eux aussi regardent le ciel avec la peur au ventre.

Spencer « Pinky » Luke, le copilote, donna un petit coup de coude à Charlie pour attirer son attention.

« Hey Lieutenant : tu voudrais pas qu’on loupe la cible parce que tu dors au briefing ? »

Charlie esquissa un sourire. Pinky n’était pas plus attentif que lui, une bande dessiné sur les genoux dissimulé dans l’étui en cuir de ses ordres de mission.

Les hommes du 527eme escadron de bombardier connaissaient leur mission car il préparait l’opération depuis plusieurs semaines, et les briefings finissaient par tous se ressembler les uns les autres. Ils écoutèrent cependant le capitaine avec respect : le bonhomme était dur, mais les temps l’exigeaient et personne n’aurait remis en cause son autorité.

Une fois le briefing fini, tous le saluèrent avant de filer vers les hangars et monter à bord de leurs appareils respectifs.

Les bombardiers B-17, surnommé les « forteresses volantes », étaient des monstres d’acier venu d’Amérique avec leurs pilotes, capable de larguer 2 tonnes et demi de bombes dans un rayon de 1 500 km. Et si jamais un chasseur avait l’audace de le prendre comme cible, il allait devoir affronter les 13 mitrailleuses 12,7mm Browning M2 capable de cracher 500 coups à la minute à une portée efficace de plus d’un kilomètre. Solides et robustes, on ne comptait plus les histoires de pilote ayant ramenés leur équipage à bord d’un appareil criblé de balles, les moteurs en feu, et pourtant toujours capable de voler.

L’appareil de Charlie, le « Ye Old Pub » finissait son check up d’avant décollage sous la supervision de « Frenchy » Coulombe, l’ingénieur de vol. Ce dernier, son carnet d’entretien à la main, inspectait le bombardier sous toutes les coutures, donnant de ci de là un coup de clé à molette si cela lui semblait utile, notant scrupuleusement toutes ses vérifications.

« Hey Frenchy ! » demanda Charlie « tu te dépêches ou quoi ? Aujourd’hui on fait une livraison anticipé pour le père noël !
– Laisse-moi deviner : il veut encore offrir à tonton Adolphe son poids en ogive ? » demanda Frenchy le nez toujours dans son carnet
– Mieux que ça : il veut qu’on crame une usine de chasseur ! »

Frenchy lança un regard lourd de sens à Charlie. Bombarder une usine voulait dire massacrer ceux qui s’y trouvaient, c’est à dire le plus souvent de simples ouvriers. Frenchy avait une sainte horreur de ce genre de mission, et même après plusieurs raids, il cauchemardait encore face à cette horrible réalité : pour arrêter la guerre, il fallait tuer des innocents.

Charlie savait que ses gars avaient ce genre de scrupules, et lui-même n’en était pas étranger. Il avait cependant choisi de laisser les remords pour après la guerre si jamais celle-ci finissait un jour. Pour le moment il préférait galvaniser ses troupes, et il n’y av]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Wed, 09 Mar 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-03-09T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 32 : Emeutes]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep32/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[*(ce texte est inspiré par la chanson « Emeutes » de Passi)*<br />
<br />
**Emeutes**<br />
<br />
Ouais, okey…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Je dois pas perdre de temps. Il faut que je presse le pas. Courir ? Ça serait p’tetre mieux comme ça.<br />
<br />
Dans la rue l’humeur est sale : du bruit des bris des flammes. La ville est en proie à la folie.<br />
<br />
La nuit est dégagé, et par la lune éclairé. Les dieux veulent voir le monde s’effondrer, ils ont placé le décor et maintenant ils regardent. Les gens courent, hurlent, les tarés frappent, cassent et sèment le chaos.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Premier obstacle devant moi, une bande à monter une barricade. Ils ont placé des voitures en travers de la route, ils ont entassé ce qu’ils pouvaient pour faire barrage.<br />
<br />
Désolé les gars mais ce soir, ce genre de connerie je les dégage !<br />
<br />
Ils sont surpris de me voir, parce que je vais vers le chaos plutôt que de fuir,  parce que contrairement aux autres je ne dois pas avoir l’air de craindre le pire. Non, moi je fonce et j’accélère le pas, comme un bélier humain supersonique, comme une balle de fusil, un truc de chasse à l’éléphant. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte de qui je suis parce qu’ils avancent droit sur moi. Y’en a un qui a une petite lame, un autre qui se fait craquer les doigts.<br />
<br />
Désolé les gars mais ce soir y’a pas de pitié. <br />
<br />
J’accélère encore plus le pas. Mon souffle est court, mes muscles chauds. Je sens le Yang prendre le dessus en moi. L’air froid de la nuit affute mes sens. Lorsque je porte le premier coup je suis comme au ralentit. Je sens en détail l’os de la mâchoire de ce type qui se brise lorsque mon poing le frappe. Je sens toute l’énergie qui transite du sol à mes genoux, de mes genoux à mes hanches, de mes hanches à mes épaules, de mes épaules à mon poing, de mon poing à sa tête.<br />
<br />
Le coup est si fort que sa nuque a du mal à supporter l’effort et manque de se briser. J’y suis peut être allé un fort…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Je continue dans mon élan, je n’ai pas marqué l’arrêt un seul instant. J’attrape le second par le col et me jette en avant sur lui. Il perd l’équilibre sous mon poids et il chute lourdement sur le dos. Je cale mes genoux sur ses omoplates : lorsqu’on touche le sol ils se brisent comme des brindilles.<br />
<br />
Je profite de ma position pour rouler en avant et me remettre debout. Je n’ai pratiquement pas perdu de vitesse. Le troisième est inquiet. Il veut s’enfuir mais je ne lui en laisse pas le temps. Je donne une impulsion et le cueille au menton d’un coup de genoux.<br />
<br />
J’ai juste le temps de le voir basculer tandis qu’une giclé de sang s’envole à côté de moi. Je ne tourne pas la tête, je ne regarde pas. Je n’ai pas un instant pour ça.<br />
<br />
La barricade me barre le passage, je n’ai pas le temps de la contourner : c’est la prochaine sur ma liste. Mon corps devient très chaud, je continue d’accélérer. Je me penche en avant, les bras en bouclier, je sens à peine l’impact que le métal éclate. Les vitres des voitures claquent comme lors d’un accident, l’acier se plie et les pneus éclatent dans un bruit terrifiant. <br />
<br />
Je ne me retourne pas pour voir la scène. Je n’ai pas un instant pour ça, il faut que je me dépêche. Derrière moi j’entends un lourd fracas : ça doit être l’une des voitures qui vient enfin de toucher le sol.<br />
<br />
Je m’avance de plus en plus dans cet enfer. Les rues et les voitures enflammées, des gens devenus fous qui pillent. En temps normal ça m’aurait interpellé, je serais allé les voir, j’aurais fait quelques choses. Mais ce soir je n’ai pas un instant pour ça. Dans ma tête il y’a plus urgent, je mets tout le reste en second plan.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Ils savent sans doute que je suis là, dans les rues. D’habitudes ils me craignent, mais ce soir c’est différents : la rage les rends fort, ils déraisonnent et ne craignent plus personne. Okey les gars : on va la jouer comme ça. Mais pour l’instant j’ai autre chose à faire, alors barrez-vous de ma route.<br />
<br />
Je ne sais plus depuis combien de temps je cours. Je vois un groupe de gamins qui jouent les caïds en s’en prenant aux gens qui fuient. M’en prendre à eux ça serait lâche, mais s’ils ont la mauvaise idée de vouloir me stopper…<br />
<br />
Mon allure de sprinter les inquiètes visiblement. Ils ne voient pas mes yeux, mais ils sentent surement que je ne suis pas là pour rigoler. L’un d’eux essaye vaguement de s’interposer et de me bousculer, mais je suis un boulet de démolition humain lancé à pleine vitesse, et lorsque je le percute il recule de 5 bons mètres sous le choc. J’entends quelqu’un qui hurle, il doit être salement amoché.<br />
<br />
Désolé mais pour les secours il faudra patienter.<br />
<br />
J’arrive à l’angle d’une immense avenue, éclairée de ci de là par des voitures qui flambent. Du verre brisé des traces de sang. L’émeute se répand comme un virus et pourrit les artères de la ville. En temps normal ça m’inquiéterait et j’essayerai de faire quelque chose, mais là pas la peine d’y compter, ce soir c’est toute seule que la ville devra se débrouiller.<br />
<br />
Je continue de courir, je croise de moins en moins de gens. De temps en temps je vois une silhouette au sol qui baigne dans son sang.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
J’entends le bruit d’une voiture, qui dérape. Elle s’engage sur l’avenue et très vite me rattrape. Ils ont dû appeler des renforts, ils veulent vraiment me voir mort. Mais désolé les gars une voiture c’est pas assez : appelez l’armé si vous voulez une petite chance de m’arrêter !<br />
<br />
J’augmente la cadence et ils ne réalisent pas que je les tiens à distance juste avec ma paire de Puma. L’un d’eux sort par la fenêtre avec une arme, tire, fusille, fait du vacarme. Dommage pour lui les balles me fuient, ils devraient en faire autant mais malheureusement je les sens persévérant.<br />
<br />
Je me décale et ralentit la cadence brusquement, je leur arrive sur le côté et je charge en hurlant. Ils n’ont pas le temps de comprendre que la voiture se renverse. Elle glisse 10 mètre et percute un poteau qui s’affaisse. Je ne veux pas savoir s’ils sont vivants, je ne peux pas m’arrêter, non pas maintenant.<br />
<br />
Je regarde le ciel, la Lune est pleine. Est-ce que c’est elle qui les rend fous ? Et c’est qu’elle sait ce qu’elle fait de nous ? Partout c’est le même décor : le feu, la mort.<br />
<br />
J’essaye de me convaincre que tout va bien. Que j’ai le contrôle et la situation bien en main. Mais je pense à Elle et je panique. Je presse encore le pas de ma foulé mécanique.<br />
<br />
Dans le ciel maintenant des hélicoptères survolent le champ de bataille. C’est la police, ou l’armé peut être. Ils lancent des messages de propagandes qui ciblent à foule, mais elle y est insensible et la violence redouble. <br />
<br />
Sur mon chemin je croise beaucoup de gamin, des p’tits cons de 15 ou 16 ans : ils sont les méchants d’un James bond filmé en direct par les chaines de télé, mais ce coup-ci pas de 007 pour les arrêter. <br />
<br />
Vous la vouliez votre crise sociale ? Vous vouliez qu’elle explose votre ville ? Et bien messieurs c’est fait : vous allez récolter en une soirée que ce que votre haine à fait germer. Fini les plans et les slogans, fini le temps ou vous vendiez du vent aux enfants maintenant ils sont grands et ils vont planter les dents dans le flanc ardent de votre ville de brigands.<br />
<br />
Ce sont maintenant les Champions du Désordre, ils vont semer la panique et vous passer au bout d’une corde. Ils n’ont finalement plus rien à perdre, libéré de la logique basique que vous vouliez instaurer. Maintenant ils ont des flingues et envie de faire tout sauter ! Ils vont déraciner vos valeurs américaines et leurs foutres le feu sur la première chaîne.<br />
<br />
Je cours toujours, c’est plus très loin. 10 ou 12 blocs si j’m’oriente bien. C’est un peu plus calme mais je me méfie : ce soir avec l’émeute rien ne se justifie. Un vitre explose sur le côté, je tourne la tête : je dois avancer…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
L’air devient lourd, comme chargé de souffre. C’est l’odeur des pneus brulés et des voitures incendiées. La foule a compris que les règles n’existent plus. Certains sortent les armes et n’hésitent plus. Ça se braque, sa se bat, ça se tue. Moi je traverse l’enfer sans m’arrêter : rien de plus. Je tourne la tête pour ne pas voir, mais ce que mes yeux évitent mon cœur l’entend. Des cris, des pleurs, des hurlements. Je voudrais chasser cette folie pour que sa stop net, mais pour l’instant désolé j’ai pas le temps il ne faut pas que je m’arrête.<br />
<br />
Ça et là je vois le Bien et le Mal qui s’affrontent. Mais la lutte est inégale, pas doute ce soir c’est pour le Mal. Il tient la ville et pousse son cri de triomphe, comme un cri de Willem au fur et à mesure que l’émeute s’étend. <br />
<br />
Comment le monde peut se relever après ça ? Comment tous ses enfants qui cours prêt de leur parent vont pouvoir dormir en ayant vu ça ?<br />
<br />
Hey ! Stop : continue de courir et magne toi !<br />
<br />
La ville veut du sang, elle réclame la violence. Elle renonce à tout ce qui pouvait nous protéger, elle sort les dents pour nous manger.<br />
<br />
Appeler la police est inutile : votre citoyenneté ne peut rien faire pour vous protéger. Parce que ce soir le peuple opprimé va faire entendre sa voix. Il va briser ses chaines et lutter contre tous les diktats. Ce soir les sous classes poussent un coup de gueule parce qu’ils en ont assez. Ils ne veulent plus de votre ordre soit disant parfait.<br />
<br />
Je ne veux pas leur donner raison, je ne veux pas encourager ce qu’ils font, mais dans un sens ils n’ont pas tort : parce que c’est soit frapper soit être mort. On dit qu’il y’a trop de haine qui coule dans leur veines, mais qui leur à implanter ? Qui sont ceux qui les font saigner ?<br />
<br />
Je réfléchis trop, je perds le fil, je dois rester lucide et aux aguets. Dans un coin de rue je vois un gamin qui fait le guet. S’il me signal ça sera pire, mais je ne vais quand même pas l’occire. J’essaye de lui faire peur en passant, histoire qu’il croit que j’suis un méchant. A sa hauteur je frappe le mur qui s’éclate comme si mon poing était Excalibur. Message compris il est figé, traumatisé pour la soirée.<br />
<br />
Ça me fait mal de devoir faire ça, mais prendre des risques ça ne se fait pas. Je garde la cadence, faut continuer.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
La tension est oppressante, palpable et mesurable. Même dans les gangs c’est l’anarchie : les cadets se battent pour ne plus être les plus petit. Fini le respect sa défie les gradés, ça prend les armes direction la banque pour la faire sauter. Et pour ceux qui n’en ont pas le courage, il reste la boulangerie d’à côté.<br />
<br />
Tout est une cible, la prédation est maximale, on mange ou en est mangé, c’est devenue aussi primale. Bon sang mais qu’est ce qui s’est passé ? Comment tout ça à put arriver ?<br />
<br />
Maintenant que la haine cours dans les rues sans laisse, ceux qui n’ont pas fui se découvrent une fureur vengeresse. On règle ses comptes avec le voisin, on tabasse sa femme sans peur du lendemain, et on se dit « c’est rien, c’est rien… ça va pas bien loin ».<br />
<br />
Au loin y’a des sirènes et dans le ciel plus d’hélicoptère mais des bombardiers. De toute évidence le maire c’est sauvé et à appeler l’armée. Parfait : j’aurais moins de scrupule à leur rentrer dedans si je dois les croiser. <br />
<br />
Le chemin me semble interminable, j’ai beau courir à la vitesse d’une voiture c’est comme si cette ville était interminable.<br />
<br />
Je pense à Elle à nouveau. Est ce qu’Elle a peur ? Est ce qu’Elle va bien ? Est ce qu’Elle s’est caché comme je lui avais demandé ? Je me rappel de sa voix effrayée au téléphone quand je l’ai appelée. Ça bouillonne en moi et ça me rend fou. Combien sommes-nous dans cette ville à courir vers quelqu’un ? Est ce qu’on va tous retrouver les nôtres demains ?<br />
<br />
Au détour d’une rue, une bande de gamin surgit et se met à jeter des pavés. Désolé les gars, mais c’est vous qui l’avez cherché…<br />
<br />
Je tends le bras sans même les fixer. Ils sont surpris de voir les bouts de pierre s’arrêter, et ils hurlent de frayeur quand ils se jettent juste à leur pied. J’ai pas eu le coeur de les viser : demain je voudrais encore pouvoir me fixer sans me juger.<br />
<br />
Un peu plus haut une ambulance traverse le carrefour poursuivit par deux voitures. Faut dire qu’il y’en a des blessés à ramasser. Je ne tiens plus compte de ceux que j’ai croisés couvert d’hématome, et des moins chanceux qui seront à jamais des fantômes. <br />
<br />
J’entends encore au loin les hélicoptères de la télé. Si si : ça se reconnait. <br />
<br />
J’imagine les gens devant leur poste, serrant contre eux leurs êtres chers, priant pour que ça n’arrive jamais jusqu’à chez eux. Désolé les gars mais c’est en train d’arriver : l’émeute est à deux pas si vous daignez vraiment regarder. <br />
<br />
Le Diable jubile devant tant d’offrandes, de sang de haine et de fureur. Autour l’armée est là pour juguler, laisser la ville brûler juste ce qu’il faut pour calmer les enrager, et puis demain tout reconstruire et recommencé, comme si ça n’était jamais arrivé.<br />
<br />
Est-ce que c’est que je ferais demain ? Est-ce que je serai naïf à ce point ? Qu’est-ce que je me dis depuis tout à l’heure ?<br />
<br />
C’est rien, c’est rien ?<br />
<br />
Enfin je vois la rue, et malheureusement ici c’est comme ailleurs. Le feu, les cendres et la fureur. Cette fois c’est tout une foule qui vient vers moi. Désolé les gars mais c’est pas ici que ça s’arrêtera pour moi.<br />
<br />
Toujours sans m’arrêter, j’attrape une des voitures carbonisée qui gît au pied de l’immeuble et la brandit au-dessus de moi en hurlant. Je fais un tour sur moi-même pour prendre de l’élan et je jette la carcasse de métal dans leur direction. Par chance mon tir est mal cadré et leur passe un peu au-dessus. Mais l’effet est le même, et ils se mettent tous à fuir après être passé si prêt de la mort.<br />
<br />
La rue est vide maintenant, c’est la fin de ma course. Je la vois enfin qui sort de l’immeuble, enroulé dans son épais manteau gris clair. Je termine mon sprint comme si ma vie et dépendait et la serre dans mes bras.<br />
<br />
Mon cœur bat à cent à l’heure. Je la serre contre moi comme si elle était en train de tomber. Elle tremble de peur, son petit visage blotti sur mon épaule et tourné vers moi. Pour le moment Elle ne peut pas parler. De sa fenêtre Elle à dut voir des horreurs qui la font cauchemarder.<br />
<br />
Autour de nous le bruit des explosions résonne comme l’ultime cri de guerre du Diable. Mais le bruit sourds des balles ne me dérange plus, pas plus que le bruit des chars qui se déploient pour étouffer l’émeute. Tant que je la serre dans mes bras, tant que je sens son souffle contre mon cou, tant que son cœur bat prêt du mien, ce monde peut bien brûler.<br />
<br />
Je prends sa main et embrasse sa joue. Elle n’a plus peur maintenant que je suis là. Elle sait que je donnerais ma vie pour Elle.<br />
<br />
Je passe doucement ma main dans ses cheveux, et pour la rassurer lui dit :<br />
<br />
« C’est rien, c’est rien… »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[*(ce texte est inspiré par la chanson « Emeutes » de Passi)*<br />
<br />
**Emeutes**<br />
<br />
Ouais, okey…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Je dois pas perdre de temps. Il faut que je presse le pas. Courir ? Ça serait p’tetre mieux comme ça.<br />
<br />
Dans la rue l’humeur est sale : du bruit des bris des flammes. La ville est en proie à la folie.<br />
<br />
La nuit est dégagé, et par la lune éclairé. Les dieux veulent voir le monde s’effondrer, ils ont placé le décor et maintenant ils regardent. Les gens courent, hurlent, les tarés frappent, cassent et sèment le chaos.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Premier obstacle devant moi, une bande à monter une barricade. Ils ont placé des voitures en travers de la route, ils ont entassé ce qu’ils pouvaient pour faire barrage.<br />
<br />
Désolé les gars mais ce soir, ce genre de connerie je les dégage !<br />
<br />
Ils sont surpris de me voir, parce que je vais vers le chaos plutôt que de fuir,  parce que contrairement aux autres je ne dois pas avoir l’air de craindre le pire. Non, moi je fonce et j’accélère le pas, comme un bélier humain supersonique, comme une balle de fusil, un truc de chasse à l’éléphant. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte de qui je suis parce qu’ils avancent droit sur moi. Y’en a un qui a une petite lame, un autre qui se fait craquer les doigts.<br />
<br />
Désolé les gars mais ce soir y’a pas de pitié. <br />
<br />
J’accélère encore plus le pas. Mon souffle est court, mes muscles chauds. Je sens le Yang prendre le dessus en moi. L’air froid de la nuit affute mes sens. Lorsque je porte le premier coup je suis comme au ralentit. Je sens en détail l’os de la mâchoire de ce type qui se brise lorsque mon poing le frappe. Je sens toute l’énergie qui transite du sol à mes genoux, de mes genoux à mes hanches, de mes hanches à mes épaules, de mes épaules à mon poing, de mon poing à sa tête.<br />
<br />
Le coup est si fort que sa nuque a du mal à supporter l’effort et manque de se briser. J’y suis peut être allé un fort…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Je continue dans mon élan, je n’ai pas marqué l’arrêt un seul instant. J’attrape le second par le col et me jette en avant sur lui. Il perd l’équilibre sous mon poids et il chute lourdement sur le dos. Je cale mes genoux sur ses omoplates : lorsqu’on touche le sol ils se brisent comme des brindilles.<br />
<br />
Je profite de ma position pour rouler en avant et me remettre debout. Je n’ai pratiquement pas perdu de vitesse. Le troisième est inquiet. Il veut s’enfuir mais je ne lui en laisse pas le temps. Je donne une impulsion et le cueille au menton d’un coup de genoux.<br />
<br />
J’ai juste le temps de le voir basculer tandis qu’une giclé de sang s’envole à côté de moi. Je ne tourne pas la tête, je ne regarde pas. Je n’ai pas un instant pour ça.<br />
<br />
La barricade me barre le passage, je n’ai pas le temps de la contourner : c’est la prochaine sur ma liste. Mon corps devient très chaud, je continue d’accélérer. Je me penche en avant, les bras en bouclier, je sens à peine l’impact que le métal éclate. Les vitres des voitures claquent comme lors d’un accident, l’acier se plie et les pneus éclatent dans un bruit terrifiant. <br />
<br />
Je ne me retourne pas pour voir la scène. Je n’ai pas un instant pour ça, il faut que je me dépêche. Derrière moi j’entends un lourd fracas : ça doit être l’une des voitures qui vient enfin de toucher le sol.<br />
<br />
Je m’avance de plus en plus dans cet enfer. Les rues et les voitures enflammées, des gens devenus fous qui pillent. En temps normal ça m’aurait interpellé, je serais allé les voir, j’aurais fait quelques choses. Mais ce soir je n’ai pas un instant pour ça. Dans ma tête il y’a plus urgent, je mets tout le reste en second plan.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
Ils savent sans doute que je suis là, dans les rues. D’habitudes ils me craignent, mais ce soir c’est différents : la rage les rends fort, ils déraisonnent et ne craignent plus personne. Okey les gars : on va la jouer comme ça. Mais pour l’instant j’ai autre chose à faire, alors barrez-vous de ma route.<br />
<br />
Je ne sais plus depuis combien de temps je cours. Je vois un groupe de gamins qui jouent les caïds en s’en prenant aux gens qui fuient. M’en prendre à eux ça serait lâche, mais s’ils ont la mauvaise idée de vouloir me stopper…<br />
<br />
Mon allure de sprinter les inquiètes visiblement. Ils ne voient pas mes yeux, mais ils sentent surement que je ne suis pas là pour rigoler. L’un d’eux essaye vaguement de s’interposer et de me bousculer, mais je suis un boulet de démolition humain lancé à pleine vitesse, et lorsque je le percute il recule de 5 bons mètres sous le choc. J’entends quelqu’un qui hurle, il doit être salement amoché.<br />
<br />
Désolé mais pour les secours il faudra patienter.<br />
<br />
J’arrive à l’angle d’une immense avenue, éclairée de ci de là par des voitures qui flambent. Du verre brisé des traces de sang. L’émeute se répand comme un virus et pourrit les artères de la ville. En temps normal ça m’inquiéterait et j’essayerai de faire quelque chose, mais là pas la peine d’y compter, ce soir c’est toute seule que la ville devra se débrouiller.<br />
<br />
Je continue de courir, je croise de moins en moins de gens. De temps en temps je vois une silhouette au sol qui baigne dans son sang.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
J’entends le bruit d’une voiture, qui dérape. Elle s’engage sur l’avenue et très vite me rattrape. Ils ont dû appeler des renforts, ils veulent vraiment me voir mort. Mais désolé les gars une voiture c’est pas assez : appelez l’armé si vous voulez une petite chance de m’arrêter !<br />
<br />
J’augmente la cadence et ils ne réalisent pas que je les tiens à distance juste avec ma paire de Puma. L’un d’eux sort par la fenêtre avec une arme, tire, fusille, fait du vacarme. Dommage pour lui les balles me fuient, ils devraient en faire autant mais malheureusement je les sens persévérant.<br />
<br />
Je me décale et ralentit la cadence brusquement, je leur arrive sur le côté et je charge en hurlant. Ils n’ont pas le temps de comprendre que la voiture se renverse. Elle glisse 10 mètre et percute un poteau qui s’affaisse. Je ne veux pas savoir s’ils sont vivants, je ne peux pas m’arrêter, non pas maintenant.<br />
<br />
Je regarde le ciel, la Lune est pleine. Est-ce que c’est elle qui les rend fous ? Et c’est qu’elle sait ce qu’elle fait de nous ? Partout c’est le même décor : le feu, la mort.<br />
<br />
J’essaye de me convaincre que tout va bien. Que j’ai le contrôle et la situation bien en main. Mais je pense à Elle et je panique. Je presse encore le pas de ma foulé mécanique.<br />
<br />
Dans le ciel maintenant des hélicoptères survolent le champ de bataille. C’est la police, ou l’armé peut être. Ils lancent des messages de propagandes qui ciblent à foule, mais elle y est insensible et la violence redouble. <br />
<br />
Sur mon chemin je croise beaucoup de gamin, des p’tits cons de 15 ou 16 ans : ils sont les méchants d’un James bond filmé en direct par les chaines de télé, mais ce coup-ci pas de 007 pour les arrêter. <br />
<br />
Vous la vouliez votre crise sociale ? Vous vouliez qu’elle explose votre ville ? Et bien messieurs c’est fait : vous allez récolter en une soirée que ce que votre haine à fait germer. Fini les plans et les slogans, fini le temps ou vous vendiez du vent aux enfants maintenant ils sont grands et ils vont planter les dents dans le flanc ardent de votre ville de brigands.<br />
<br />
Ce sont maintenant les Champions du Désordre, ils vont semer la panique et vous passer au bout d’une corde. Ils n’ont finalement plus rien à perdre, libéré de la logique basique que vous vouliez instaurer. Maintenant ils ont des flingues et envie de faire tout sauter ! Ils vont déraciner vos valeurs américaines et leurs foutres le feu sur la première chaîne.<br />
<br />
Je cours toujours, c’est plus très loin. 10 ou 12 blocs si j’m’oriente bien. C’est un peu plus calme mais je me méfie : ce soir avec l’émeute rien ne se justifie. Un vitre explose sur le côté, je tourne la tête : je dois avancer…<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
L’air devient lourd, comme chargé de souffre. C’est l’odeur des pneus brulés et des voitures incendiées. La foule a compris que les règles n’existent plus. Certains sortent les armes et n’hésitent plus. Ça se braque, sa se bat, ça se tue. Moi je traverse l’enfer sans m’arrêter : rien de plus. Je tourne la tête pour ne pas voir, mais ce que mes yeux évitent mon cœur l’entend. Des cris, des pleurs, des hurlements. Je voudrais chasser cette folie pour que sa stop net, mais pour l’instant désolé j’ai pas le temps il ne faut pas que je m’arrête.<br />
<br />
Ça et là je vois le Bien et le Mal qui s’affrontent. Mais la lutte est inégale, pas doute ce soir c’est pour le Mal. Il tient la ville et pousse son cri de triomphe, comme un cri de Willem au fur et à mesure que l’émeute s’étend. <br />
<br />
Comment le monde peut se relever après ça ? Comment tous ses enfants qui cours prêt de leur parent vont pouvoir dormir en ayant vu ça ?<br />
<br />
Hey ! Stop : continue de courir et magne toi !<br />
<br />
La ville veut du sang, elle réclame la violence. Elle renonce à tout ce qui pouvait nous protéger, elle sort les dents pour nous manger.<br />
<br />
Appeler la police est inutile : votre citoyenneté ne peut rien faire pour vous protéger. Parce que ce soir le peuple opprimé va faire entendre sa voix. Il va briser ses chaines et lutter contre tous les diktats. Ce soir les sous classes poussent un coup de gueule parce qu’ils en ont assez. Ils ne veulent plus de votre ordre soit disant parfait.<br />
<br />
Je ne veux pas leur donner raison, je ne veux pas encourager ce qu’ils font, mais dans un sens ils n’ont pas tort : parce que c’est soit frapper soit être mort. On dit qu’il y’a trop de haine qui coule dans leur veines, mais qui leur à implanter ? Qui sont ceux qui les font saigner ?<br />
<br />
Je réfléchis trop, je perds le fil, je dois rester lucide et aux aguets. Dans un coin de rue je vois un gamin qui fait le guet. S’il me signal ça sera pire, mais je ne vais quand même pas l’occire. J’essaye de lui faire peur en passant, histoire qu’il croit que j’suis un méchant. A sa hauteur je frappe le mur qui s’éclate comme si mon poing était Excalibur. Message compris il est figé, traumatisé pour la soirée.<br />
<br />
Ça me fait mal de devoir faire ça, mais prendre des risques ça ne se fait pas. Je garde la cadence, faut continuer.<br />
<br />
C’est rien, c’est rien…<br />
<br />
La tension est oppressante, palpable et mesurable. Même dans les gangs c’est l’anarchie : les cadets se battent pour ne plus être les plus petit. Fini le respect sa défie les gradés, ça prend les armes direction la banque pour la faire sauter. Et pour ceux qui n’en ont pas le courage, il reste la boulangerie d’à côté.<br />
<br />
Tout est une cible, la prédation est maximale, on mange ou en est mangé, c’est devenue aussi primale. Bon sang mais qu’est ce qui s’est passé ? Comment tout ça à put arriver ?<br />
<br />
Maintenant que la haine cours dans les rues sans laisse, ceux qui n’ont pas fui se découvrent une fureur vengeresse. On règle ses comptes avec le voisin, on tabasse sa femme sans peur du lendemain, et on se dit « c’est rien, c’est rien… ça va pas bien loin ».<br />
<br />
Au loin y’a des sirènes et dans le ciel plus d’hélicoptère mais des bombardiers. De toute évidence le maire c’est sauvé et à appeler l’armée. Parfait : j’aurais moins de scrupule à leur rentrer dedans si je dois les croiser. <br />
<br />
Le chemin me semble interminable, j’ai beau courir à la vitesse d’une voiture c’est comme si cette ville était interminable.<br />
<br />
Je pense à Elle à nouveau. Est ce qu’Elle a peur ? Est ce qu’Elle va bien ? Est ce qu’Elle s’est caché comme je lui avais demandé ? Je me rappel de sa voix effrayée au téléphone quand je l’ai appelée. Ça bouillonne en moi et ça me rend fou. Combien sommes-nous dans cette ville à courir vers quelqu’un ? Est ce qu’on va tous retrouver les nôtres demains ?<br />
<br />
Au détour d’une rue, une bande de gamin surgit et se met à jeter des pavés. Désolé les gars, mais c’est vous qui l’avez cherché…<br />
<br />
Je tends le bras sans même les fixer. Ils sont surpris de voir les bouts de pierre s’arrêter, et ils hurlent de frayeur quand ils se jettent juste à leur pied. J’ai pas eu le coeur de les viser : demain je voudrais encore pouvoir me fixer sans me juger.<br />
<br />
Un peu plus haut une ambulance traverse le carrefour poursuivit par deux voitures. Faut dire qu’il y’en a des blessés à ramasser. Je ne tiens plus compte de ceux que j’ai croisés couvert d’hématome, et des moins chanceux qui seront à jamais des fantômes. <br />
<br />
J’entends encore au loin les hélicoptères de la télé. Si si : ça se reconnait. <br />
<br />
J’imagine les gens devant leur poste, serrant contre eux leurs êtres chers, priant pour que ça n’arrive jamais jusqu’à chez eux. Désolé les gars mais c’est en train d’arriver : l’émeute est à deux pas si vous daignez vraiment regarder. <br />
<br />
Le Diable jubile devant tant d’offrandes, de sang de haine et de fureur. Autour l’armée est là pour juguler, laisser la ville brûler juste ce qu’il faut pour calmer les enrager, et puis demain tout reconstruire et recommencé, comme si ça n’était jamais arrivé.<br />
<br />
Est-ce que c’est que je ferais demain ? Est-ce que je serai naïf à ce point ? Qu’est-ce que je me dis depuis tout à l’heure ?<br />
<br />
C’est rien, c’est rien ?<br />
<br />
Enfin je vois la rue, et malheureusement ici c’est comme ailleurs. Le feu, les cendres et la fureur. Cette fois c’est tout une foule qui vient vers moi. Désolé les gars mais c’est pas ici que ça s’arrêtera pour moi.<br />
<br />
Toujours sans m’arrêter, j’attrape une des voitures carbonisée qui gît au pied de l’immeuble et la brandit au-dessus de moi en hurlant. Je fais un tour sur moi-même pour prendre de l’élan et je jette la carcasse de métal dans leur direction. Par chance mon tir est mal cadré et leur passe un peu au-dessus. Mais l’effet est le même, et ils se mettent tous à fuir après être passé si prêt de la mort.<br />
<br />
La rue est vide maintenant, c’est la fin de ma course. Je la vois enfin qui sort de l’immeuble, enroulé dans son épais manteau gris clair. Je termine mon sprint comme si ma vie et dépendait et la serre dans mes bras.<br />
<br />
Mon cœur bat à cent à l’heure. Je la serre contre moi comme si elle était en train de tomber. Elle tremble de peur, son petit visage blotti sur mon épaule et tourné vers moi. Pour le moment Elle ne peut pas parler. De sa fenêtre Elle à dut voir des horreurs qui la font cauchemarder.<br />
<br />
Autour de nous le bruit des explosions résonne comme l’ultime cri de guerre du Diable. Mais le bruit sourds des balles ne me dérange plus, pas plus que le bruit des chars qui se déploient pour étouffer l’émeute. Tant que je la serre dans mes bras, tant que je sens son souffle contre mon cou, tant que son cœur bat prêt du mien, ce monde peut bien brûler.<br />
<br />
Je prends sa main et embrasse sa joue. Elle n’a plus peur maintenant que je suis là. Elle sait que je donnerais ma vie pour Elle.<br />
<br />
Je passe doucement ma main dans ses cheveux, et pour la rassurer lui dit :<br />
<br />
« C’est rien, c’est rien… »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[*(ce texte est inspiré par la chanson « Emeutes » de Passi)*

**Emeutes**

Ouais, okey…

C’est rien, c’est rien…

Je dois pas perdre de temps. Il faut que je presse le pas. Courir ? Ça serait p’tetre mieux comme ça.

Dans la rue l’humeur est sale : du bruit des bris des flammes. La ville est en proie à la folie.

La nuit est dégagé, et par la lune éclairé. Les dieux veulent voir le monde s’effondrer, ils ont placé le décor et maintenant ils regardent. Les gens courent, hurlent, les tarés frappent, cassent et sèment le chaos.

C’est rien, c’est rien…

Premier obstacle devant moi, une bande à monter une barricade. Ils ont placé des voitures en travers de la route, ils ont entassé ce qu’ils pouvaient pour faire barrage.

Désolé les gars mais ce soir, ce genre de connerie je les dégage !

Ils sont surpris de me voir, parce que je vais vers le chaos plutôt que de fuir,  parce que contrairement aux autres je ne dois pas avoir l’air de craindre le pire. Non, moi je fonce et j’accélère le pas, comme un bélier humain supersonique, comme une balle de fusil, un truc de chasse à l’éléphant. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte de qui je suis parce qu’ils avancent droit sur moi. Y’en a un qui a une petite lame, un autre qui se fait craquer les doigts.

Désolé les gars mais ce soir y’a pas de pitié. 

J’accélère encore plus le pas. Mon souffle est court, mes muscles chauds. Je sens le Yang prendre le dessus en moi. L’air froid de la nuit affute mes sens. Lorsque je porte le premier coup je suis comme au ralentit. Je sens en détail l’os de la mâchoire de ce type qui se brise lorsque mon poing le frappe. Je sens toute l’énergie qui transite du sol à mes genoux, de mes genoux à mes hanches, de mes hanches à mes épaules, de mes épaules à mon poing, de mon poing à sa tête.

Le coup est si fort que sa nuque a du mal à supporter l’effort et manque de se briser. J’y suis peut être allé un fort…

C’est rien, c’est rien…

Je continue dans mon élan, je n’ai pas marqué l’arrêt un seul instant. J’attrape le second par le col et me jette en avant sur lui. Il perd l’équilibre sous mon poids et il chute lourdement sur le dos. Je cale mes genoux sur ses omoplates : lorsqu’on touche le sol ils se brisent comme des brindilles.

Je profite de ma position pour rouler en avant et me remettre debout. Je n’ai pratiquement pas perdu de vitesse. Le troisième est inquiet. Il veut s’enfuir mais je ne lui en laisse pas le temps. Je donne une impulsion et le cueille au menton d’un coup de genoux.

J’ai juste le temps de le voir basculer tandis qu’une giclé de sang s’envole à côté de moi. Je ne tourne pas la tête, je ne regarde pas. Je n’ai pas un instant pour ça.

La barricade me barre le passage, je n’ai pas le temps de la contourner : c’est la prochaine sur ma liste. Mon corps devient très chaud, je continue d’accélérer. Je me penche en avant, les bras en bouclier, je sens à peine l’impact que le métal éclate. Les vitres des voitures claquent comme lors d’un accident, l’acier se plie et les pneus éclatent dans un bruit terrifiant. 

Je ne me retourne pas pour voir la scène. Je n’ai pas un instant pour ça, il faut que je me dépêche. Derrière moi j’entends un lourd fracas : ça doit être l’une des voitures qui vient enfin de toucher le sol.

Je m’avance de plus en plus dans cet enfer. Les rues et les voitures enflammées, des gens devenus fous qui pillent. En temps normal ça m’aurait interpellé, je serais allé les voir, j’aurais fait quelques choses. Mais ce soir je n’ai pas un instant pour ça. Dans ma tête il y’a plus urgent, je mets tout le reste en second plan.

C’est rien, c’est rien…

Ils savent sans doute que je suis là, dans les rues. D’habitudes ils me craignent, mais ce soir c’est différents : la rage les rends fort, ils d]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 29 Feb 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 31 : The Devil and Mister Blues #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep31/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**The Devil and Mister Blues**<br />
<br />
« *Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé<br />
Et les branches craquent, par le vent balayé<br />
Il marche dans la nuit, aveugle du jour<br />
Ne quête aucun abri, voyageur de toujours<br />
Il prend le temps, sa guitare à la main<br />
Pour jouer, et chanter son refrain<br />
<br />
Toi la Lune qui me toise<br />
Toi le froid qui pavoise<br />
Je vous dit qu’en ce moment<br />
Le diable est de sortie<br />
Le chasseur de minuit<br />
guette sa proie patiemment<br />
<br />
Doit il montrer les dents ?<br />
Ou se méfier de ce qui l’attend ?<br />
<br />
Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé<br />
Méfie toi Diable, tu pourrais être le piégé* »<br />
<br />
Horacio Graham – « Les chants des marais »<br />
<br />
Lorsqu’il était jeune, la mère de Solomon lui fredonnait souvent ce poème pour l’endormir. Ça n’était pas vraiment une chanson, mais elle avait trouvée une petite mélodie qui collait parfaitement à ces mots, et les rythmait avec son accent coulant du Sud du Mississippi.<br />
<br />
« Ma’Duke » comme tout le monde la surnommait, était une femme pieuse, respecté et aimé de tous, et qui éleva ses 6 enfants avec amour pour en faire « de bons chrétiens ». Seul son petit dernier, Solomon, avait échappé a l’appel du Seigneur.<br />
<br />
Ma’Duke se faisait beaucoup de souci pour son fils : en cette époque terrible de crise économique, tandis que la vieille Europe se relevait péniblement de la grande Guerre, la vie était plus dure encore avec les petites gens, et elle ne voulait pas qu’a cause de cela Solomon soit damné. En mère aimante, elle faisait son possible pour qu’il entende la voix des anges, mais Solomon ne tendait l’oreille que pour une seule chose…<br />
<br />
En ville, à côté de la grande droguerie de monsieur Clarkson, il y avait une maison ou vivaient 4 frères : Joe, James, Earl et Richard Flank, des musiciens qui avaient élu domicile dans la région après avoir quitter le nord de l’état pour dieu sait quelles raisons. Chaque jour, ils jouaient une musique qu’on pouvait entendre par la fenêtre si on écoutait attentivement. Une musique pleine de mélancolie et parfois de tristesse, mais qui en même temps faisait du bien à l’âme.<br />
<br />
Plutôt que d’aller jouer avec les autres enfants, Solomon s’installait sous la fenêtre des frères Flank, fermait les yeux, et écoutait de toute son âme. Ma’Duke aurait aimé qu’il s’adonne avec autant de dévotion à la prière, mais elle savait que c’était peine perdue. Son fils avait trouvé dans la musique une passion qui allait mettre son âme en péril…<br />
<br />
Les années passèrent, et le petit garçon devint un adolescent. Lorsqu’il ne travaillait pas aux champs, Solomon continuait de s’installer sous la fenêtre des 4 frères, se nourrissant de cette musique au point d’en être totalement imprégné.<br />
<br />
Il s’était fabriqué une petite guitare improvisé avec une grosse conserve vide et du fil de pêche en guise de corde. Le manche lui était une simple planchette taillé qui était clouée au bord de la conserve, lui donnant au final plus l’air d’un jouet que d’un véritable instrument. Pourtant, Solomon parvenait, non sans mal, à faire éclore de si de là quelques notes, jusqu’au jour où il put accompagner la musique des 4 frères.<br />
<br />
Ses doigts longs et agiles dansaient lentement sur le fin fil de métal, le faisant vibrer et raisonner dans une tonalité que des oreilles experte auraient qualifiées de « pentatonique ». Sauf que Solomon n’avait aucune notion de solfège ou d’harmonie, et qu’il était incapable de faire la différence entre une tierce et une quarte. Sa compréhension de le musique était aussi brute que sa petite guitare mal fichue, et il sentait que cela serait une limite qu’il allait devoir passer s’il voulait progresser.<br />
<br />
Il frappa donc à la porte des frères Flank et les supplia de lui enseigner la musique.<br />
<br />
Amusé par ce jeune homme plein de passion et par son étrange guitare, les 4 frères acceptèrent. Mais il y avait une condition : Solomon devait travailler pour s’acheter un véritable instrument, car il était hors de question qu’ils lui enseignent leur art pour qu’au final il joue sur une boite de conserve.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Solomon Duke dût travailler des mois durant afin de s’offrir l’instrument de ses rêves, suivant en parallèle les leçons des quatre frères.<br />
<br />
Earl sur son piano lui enseigna l’harmonie, comment se combinaient les notes et la façon d’en tirer du sens et de l’émotion. Joe à la contrebasse, lui donna le sens du groove et la façon de faire « respirer » sa musique. James aux percutions lui apprit la rigueur du tempo… et toutes les façons de tricher avec ! et enfin Richard lui apprit a mélanger le chant et la musique, et à exprimer la poésie de la vie aussi bien que sa tristesse.<br />
<br />
Pour qu’il puisse s’entrainer, les frères avaient consenti à le laisser utiliser une de leur guitare mais « seulement ci celle ci le voulait ». Ils expliquèrent à Solomon qu’un instrument était comme une personne à qui on devait respect et fidélité, et que par conséquent, un prêt ne se faisait pas à la légère. Lorsqu’on lui présenta l’instrument, une guitare en bois brun dont le vernis avait joliment coloré avec le temps vers une teinte plus claire, Solomon s’inclina pour saluer avant de se présenter :<br />
<br />
« Je suis Solomon Duke, m’dame voulez vous me faire l’honneur d’être ma cavalière ? »<br />
<br />
Il prit ensuite l’instrument avec mille précaution, plaqua son oreille contre la caisse de résonance et gratta les cordes à l’unisson. Il laissa résonner les notes et l’instrument vibrer dans sa tête jusqu’a en sentir la plus infime oscillation.<br />
<br />
« Oh M’dame… votre voix est douce comme le vent d’Est. Pour sûr vous méritez mieux qu’un insolent comme moi… Mais s’il vous plait, laissez moi vous faire un peu la cour, et qui sait : peut être vous me rendrez meilleur amant ? »<br />
<br />
Les frères Flank se regardèrent en acquiesçant.<br />
<br />
Cette guitare s’appelait Lucinda, et devint la compagne de Solomon durant son apprentissage.<br />
<br />
Des mois durant, Solomon aidé de Lucinda reçut les enseignements des 4 frères. En plus d’un savoir académique, ces derniers apprirent au jeune homme à écouter, que ça soit en jouant devant lui ou bien en lui faisant écouter l’un des nombreux disques de leur collection.<br />
<br />
Solomon restait ainsi des heures durant à écouter le phonographe dont la corne cuivré déversait dans ses oreilles de fantastiques mélodie. Il ne savait pas pourquoi, mais la musique lui parlait bien plus que tous les sermon du révérend Lawson, et faisait battre son cœur plus fort que toutes les jolies filles des alentours.<br />
<br />
Presque 6 ans s’était écoulés, et Solomon, devenu un homme, avait enfin réuni la somme requise pour s’acheter une guitare digne de ce nom. Il retira son magot de la cachette ou il le rangeait, et observa la liasse de billet dans sa main. Peut être aurait il dut garder cette argent pour autre chose ? Ou bien le donner à sa mère qui avait été si bonne et patiente avec lui ?<br />
<br />
Se sentant coupable, il voulut se rendre à l’église pour prier, mais à peine vit il l’immense croix dressé au dessus des portes d’entrés qu’il se ravisa. Solomon n’était pas un bon croyant, et ne méritait la bienveillance du Seigneur.<br />
<br />
Une fois chez lui, il déposa l’argent sur la table de la cuisine, retira la croix de Saint Jude qu’il portait au cou et la laissa au sommet de la liasse avant de quitter la maison pour toujours.<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon erra sans but sur les routes pendants plusieurs semaines, travaillant de-ci de-là pour gagner un peu d’argent ou simplement se voir offrir le gîte et le couvert. Il ne restait jamais longtemps au même endroit, ne se sentant chez lui nulle part.<br />
<br />
Il ne parvenait pas à s’expliquer à lui même pourquoi il avait voulut fuir, mais sentait au fond de lui même que quelque part, son destin l’attendait.<br />
<br />
Et c’est par un soir sombre où l’orage menaçait que Solomon Duke fit la rencontre qui allait bouleverser son existence…<br />
<br />
Le jeune homme arpentait d’un pas tranquille la route sinueuse qui allait de Harrisville à Braxton, lorsqu’une automobile lancé à toute vitesse arriva en sens inverse tout en zigzaguant. Visiblement le conducteur avait perdu le contrôle du véhicule et percuta finalement un des arbres qui affleuraient au bord de la route dans un « bang » assourdissant.<br />
<br />
Aussitôt, Solomon se précipita pour porter secours aux passagers. Il s’occupa d’abord du conducteur, un vieux monsieur en costume blanc qui avait violemment percuté la vitre et avait été mit ko sur le coup. Bien amoché, il était néanmoins vivant et reprenait petit à petit connaissance. Solomon le déplaça avec précaution hors de la voiture et l’installa contre un arbre, la tête relevé.<br />
<br />
Il retourna vers le véhicule, et s’occupa de la passagère. C’était une jeune fille d’une vingtaine d’années à la peau d’albâtre et aux magnifiques yeux vert à demi masqué par une longue mèche de ses cheveux roux. Choquée mais toujours consciente, elle demanda à Solomon où était son oncle. Le jeune homme supposa qu’il s’agissait du vieux monsieur et la conduisit à lui, prenant mille précaution pour la soutenir sans trop devoir la toucher.<br />
<br />
Rassurée de voir son parent sain et sauf, elle remercia chaleureusement le jeune homme pour son aide. Ce dernier resta modeste, trop troublé qu’il était par la jeune femme et son enivrant parfum de lavande pour dire quoi que ce soit.<br />
<br />
Il ressenti un sentiment étrange que seul jusqu’à présent la musique lui avait apporté. La voix aux accents irlandais de la jeune femme, lui caressait l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs susurrant doucement des chansons d’antan.<br />
<br />
Elle s’appelait Lily Rose et s’était la plus belle femme que Solomon eût jamais vu de sa vie.<br />
<br />
Le jeune homme se proposa pour aller chercher de l’aide : Ruppert, l’oncle de Lily Rose avait reprit conscience mais avait reçut un coup violent à la poitrine lors de l’impact. Il avait sans doute des côtes cassés, et il lui serait difficile de faire les 3 milles de trajet jusqu’à la prochaine ville.<br />
<br />
Solomon se précipita à Braxton pour demander de l’aide, et revint sur les lieux de l’accident à bord de l’ambulance de l’hôpital du comté. Il voulut raccompagner Lily Rose, mais les ambulanciers virent d’un très mauvais œil qu’un jeune noir accompagne une femme blanche et le laissèrent sur le bord de la route.<br />
<br />
Malgré tout, Solomon souriait car cette rencontre l’avait touché en plein cœur. Il reprit sa route alors qu’une pluie battante se mettait à tomber, fredonnant un air gaie et enjoué :<br />
<br />
« *Angel in the rain, what are you doing ?<br />
Don’t you know the heavens are missing you ?<br />
<br />
Angel in the rain, what should I do ?<br />
I’m not the kind of personn who can be with you<br />
<br />
Oh heaven knows how much I would<br />
But how a tiny worm could kiss the stars ?<br />
Oh heaven knows how much i’m true<br />
Maybe you can ask it to the Lord ?<br />
<br />
Angel in the rain, see you soon<br />
I swear i’m gonna deeply miss you…* »<br />
<br />
La pluie avait cessé, remplacé dans le ciel par une nuit de pleine lune parsemé de nuage. Solomon n’arrivait plus à retrouver son chemin bien qu’il soit resté sur la route en permanence : la nuit avait tout changer, et la lumière dansante de la lune parfois bouchée par les nuages avait transformer le paysage de manière radicale. A force d’errance, Solomon déboucha sur un carrefour qu’il ne se rappela pas avoir croisé la première fois.<br />
<br />
Les bruits de la nuit se faisaient entendre plus fort encore, aiguisant l’anxiété grandissante du jeune homme. Il voulut se rassurer en saisissant sa croix de Saint Jude, mais aussitôt se rappela l’avoir abandonné derrière lui. Solomon n’était pas fait pour suivre la voie du Seigneur, et il devrait donc faire sans lui pour retrouver son chemin.<br />
<br />
Une lueur déchira la nuit le temps d’un bref instant. C’était une allumette qui venait de s’enflammer, de l’autre côté du carrefour a l’angle nord ouest. Au détour d’un rayon de lune, Solomon qui se trouvait à l’angle sud est, put apercevoir un homme dans un élégant costume aux bords rouge en train de tirer langoureusement sur une cigarette qui semblait ne jamais avoir de fin.<br />
<br />
« Hey là l’ami ! » dit il « Perdu si tard dans la nuit ? voila qui est téméraire<br />
– Non m’sieur… » répondit le jeune homme timidement « je ne suis pas perdu : j’erre<br />
– Oh voyez vous ça… une errance dites vous ? et qu’est qui pousse un jeune homme à se perdre ainsi le long d’une route ?<br />
– Sans doute la même chose qui pousse un homme comme vous à se tenir ici sans raison ? » dit Solomon avec prudence « De là d’où je viens, chacun va son chemin<br />
– Pour sûr… mais c’est toi qui est arrivé ici. Moi j’y étais déjà. Je suis donc plus légitime à te questionner mon ami. Quel es ton nom petit ?<br />
– Solomon Duke m’sieur.<br />
– Tu cherches une fille pas vrai ?<br />
– Que… comment le savez vous ?<br />
– Parce que je t’ai entendu le dire petit. Dans ta chanson.<br />
– Vous m’avez entendu ? mais j’étais à plus d’une lieue d’ici à ce moment là !<br />
– J’ai l’ouïe fine petit… »<br />
<br />
L’homme tira une longue bouffé de sa cigarette et fît danser la fumée devant lui.<br />
<br />
« Cette fille ce n’est pas la seule chose que tu cherches pas vrai ?<br />
– Pardon ?<br />
– Je l’ai entendu dans ta voix petit. Tu cherches une réponse. Tu cherches à savoir c’est quoi cette impression qui glisse en toi, ce sentiment que tu n’es pas à ta place, que tu es perdu… je me trompe ?<br />
– Vous êtes un prédicateur c’est ça ? Jésus ne peut rien pour moi…<br />
– Oh ne t’en fais pas. Je ne suis pas un bonimenteur qui cherche à te vendre un paradis en échange de tes prières. Disons que j’ai des ambitions plus… raisonnable. »<br />
<br />
Solomon fixa l’homme en costume avec perplexité. On entrevoyait a peine son visage à cause du grand chapeau à large bord qu’il portait, et dans les ténèbres de la nuit, le jeune homme aurait bien été incapable de dire s’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir.<br />
<br />
« Solomon Duke : tu veux devenir plus qu’un musicien pas vrai. Tu veux être habité par la musique… tu l’es déjà un peu ceci dit… je te propose un marché : donne moi ton âme, et tu n’auras aucun égal lorsqu’il s’agira de jouer de ceci… »<br />
<br />
Et l’homme de ramasser un étui à guitare qui jusque là était resté invisible dans la nuit. Il l’ouvrit et montra à Solomon la plus belle guitare qu’il ait jamais vu. Sa découpe était élégante, et même la noirceur de la nuit ne pouvait assombrir la brillance de son vernis et l’éclat métallique des cordes. Le corps de la guitare était rehaussé d’un chevalet bigsby peu courant.<br />
<br />
Solomon était fasciné par la splendide guitare que l’homme en costume lui présentait. Il fit un pas en avant pour traverser le carrefour, mais l’homme lui fit signe de s’arrêter :<br />
<br />
« Hey là ! si tu traverse le carrefour, tu signes notre accord.<br />
– Ça voudra dire que je vous donnerai mon âme ?<br />
– Oui : pour l’Éternité<br />
– Ça me fera mal ?<br />
– Non, au contraire : sans âme tu ne souffrira plus de certains tourments. C’est presque un service que je te rends<br />
– Et à quoi sa vous sert à vous d’avoir mon âme ?<br />
– Ah voilà une question intelligente mon garçon. Tu sais qu’on ne me la pose pas si souvent que ça ? c’est vrai ça… que peut on faire d’une âme ? Et si je te disais quel a mienne avait été déchirée il y’a des siècles de ça et que j’essayai tant bien que mal de la reconstruire ? ou peut être que je ne fais ça que pour amasser compulsivement ce que je sais être un bien précieux pour certain ? Peut être que je ne suis qu’un prétexte que le Seigneur utilise pour tester ses fidèles… peut être un peu tout ça à la fois ? »<br />
<br />
Solomon resta sur le bord de la route, la pointe du pied à la limite du sentier, prêt à traverser.<br />
<br />
« Ma mère m’a toujours dit que mon âme était précieuse m’sieur. Même si je n’y crois pas vraiment, je ne peux pas accepter votre offre… ça lui ferait trop de peine.<br />
– Je comprends petit ne t’en fait pas. Et puis tu sais… la nuit est encore jeune ! Si avant le levé du soleil du change d’avis, repasse me voir : l’offre tiendra jusque là »<br />
<br />
Solomon acquiesça, tira son chapeau pour saluer et traversa le carrefour en direction de l’angle nord est, évitant ainsi l’homme en costume. Il continua ainsi sa route, certain que s’il se retournait pour regardé, il n’y aurait plus personne…<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon arriva enfin à rejoindre Braxton. Guidé par la lumière et les bruits qui s’en dégageaient, il entra dans un bar ou il espérait trouver refuge et peut être un coin ou dormir un moment. Il s’installa à une table, et commanda à boire avec les quelques cents qui lui restait.<br />
<br />
Il repensa alors a l’étrange rencontre qu’il avait faite au carrefour.<br />
<br />
Le son pétillant d’une guitare le tira de sa torpeur. Assit dans un coin, un guitariste virtuose était en train de faire son numéro, subjuguant les clients du bar qui s’étaient rapproché pour le voir jouer. Solomon les imita et observa comme il le faisait avec les frères Flank.<br />
<br />
Le guitariste était non seulement virtuose, mais aussi très beau, avec des traits de statue grec. Les filles de joies qui travaillaient dans l’établissement lui faisaient les yeux doux, mais il les ignorait superbement, trop absorbé par sa musique. Cependant, au bout d’un moment, il tourna le regard vers Solomon. En effet, il avait senti qu’il ne s’agissait pas d’un simple spectateur, mais d’un musicien qui en observait un autre et qui cherchait à décortiquer sa technique et sa maitrise.<br />
<br />
Se sentant comme défié, le guitariste devint plus démonstratif, comme pour écraser Solomon. Ce dernier avait bien compris ce qui se passait, mais restait attentif, essayant avant tout d’apprendre. Le guitariste s’arrêta alors d’un seul coup, étouffant le son des cordes de la paume de sa main.<br />
<br />
« Hey toi là : pourquoi tu me regardes comme ça ? » demanda t-il à Solomon<br />
– Moi m’sieur ? pour rien… je suis juste admiratif, vous êtes très doué<br />
– Ne te fiche pas de moi : ce n’est pas un regard admiratif ça. Tu étais en train de me jauger… tu joues toi aussi pas vrai ?<br />
– Un peu m’sieur, un peu…<br />
– Et tu vaux quoi ?<br />
– Je connais quelques airs…<br />
– Oh ça alors : vous avez vu les amis ? le nègre connait quelques airs ! Je croyais que vos gros doigts n’étaient bon qu’a tenir une bêche, mais finalement t’es peut être une exception ?<br />
– Je sais pas m’sieur » dit Solomon humilié<br />
– Oh il sait pas ? ah ah ! moi je vous le dis mes amis : ce gamin est sans doute un génie ! je parie qu’il maîtrise à la perfection les modes et les harmoniques ? hein ? pas vrai ?<br />
– Je connais un peu…<br />
– Bah sûrement ! tiens dit moi par exemple quelle serait la quinte augmenté de cet accord ? » dit le guitariste en jouant<br />
– Euh… c’est… »<br />
<br />
Solomon déplaça ses doigts devant lui en essayant d’inverser la position de ceux du guitariste. Ce qu’il avait apprit des frères Flank, il ne savait l’exprimer que l’instrument en main.<br />
<br />
« C’est ça non ? » demanda Solomon mimant un accord les mains tendue devant lui<br />
<br />
Le guitariste éclata de rire aussitôt suivit par le reste des clients du bar.<br />
<br />
« Ah ah ! je vous l’avais dit les amis ! c’est un pur génie ! il est si doué qu’il n’a même pas besoin de guitare ! aller le nègre ! joue nous un morceau qu’on s’amuse ! »<br />
<br />
Solomon quitta le bar sans un mot tandis que le guitariste se remit à jouer de plus belle, applaudit par la foule en liesse.<br />
<br />
Ce n’était pas la première fois que Solomon était insulté et humilié parce qu’il était noir, mais c’était la première fois qu’on humiliait son amour de la musique. C’était comme un coup de couteau en plein cœur que le guitariste lui avait planté, et la colère montait lentement en lui.<br />
<br />
Dehors dans le froid de la nuit, il ruminait de sombres pensées…<br />
<br />
« Monsieur ? » demanda une voix dans l’ombre « c’est vous ? »<br />
<br />
C’était une voix de femme. Une voix aux accents irlandais qui caressaient l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs susurrant doucement des chansons d’antan…<br />
<br />
Lily Rose avait troqué son pantalon et sa lourde veste de tweed qu’elle portait pour le voyage contre une toilette qui la mettait bien plus en valeur : une jupe cintrée tombant au genou, un chemisier en soie blanche à la coupe parisienne et un manteau en hermine d’un blanc éclatant.<br />
<br />
« Je n’ai pas eu le temps de vous remercier » dit elle « Sans vous je ne sais pas ce qu’il serait advenu de nous<br />
– Oh ça mam’zelle, faut pas vous en faire : y a bien quelqu’un qui serait passé<br />
– Les docteurs ont dit qu’Oncle Ruppert aurait put faire une pneumonie sous la pluie, et que ses blessures devaient être vite prise en charge chez un homme de son age. Monsieur : sans vous j’aurais perdu un être cher à mon cœur. »<br />
<br />
Solomon ne pouvait retenir un large sourire. Les mots de Lily Rose étaient comme un baume qui le faisait se sentir léger. La fatigue, les humiliations, tout ça s’évaporait devant les gentillesse et la reconnaissance de la jeune femme. Mais alors qu’il allait lui répondre, un homme éméché sorti du bar et l’aperçut parlant à la jeune femme. Pour lui, de toute évidence, il y’avait anguille sous roche.<br />
<br />
« Hey là ! bon sang de bois : venez les gars ! » dit il en direction du bar « le nègre de tout à l’heure, il importune une jeune fille ! »<br />
<br />
L’homme ivre dégaina un colt Peacemaker de sa ceinture et tira un coup en l’air qui résonna comme un coup de tonnerre. l’instant d’après, les clients du bar sortirent et encerclèrent Solomon, le menaçant. Lily Rose tenta de les raisonner et leur expliqua que le jeune homme n’avait rien fait, mais l’attroupement vengeur ne voulait rien entendre.<br />
<br />
Sous la menace de plusieurs armes, Solomon fut conduit jusqu’au Shérif.<br />
<br />
L’homme de loi ne voulait pas contrarier une telle foule d’excités. Il accepta de mettre Solomon en cellule afin de calmer les esprits, et expliqua par la suite au jeune homme qu’il le relâcherait le matin venu. Il ne voulait pas savoir s’il était innocent ou non, il voulait simplement ne pas avoir à se compliquer l’existence. Devant la mine déconfite du jeune homme, il crut bon d’ajouter que c’était une bonne affaire pour lui puisqu’il évitait le lynchage et qu’en plus il gagnait un toit pour lui nuit au frais de l’état.<br />
<br />
Solomon ne voyait pas trop en quoi c’était un avantage, mais fit contre mauvaise fortune bon cœur. Il était touché que Lily Rose ait prit sa défense, et se sentait pour la première fois depuis très longtemps un peu chanceux.<br />
<br />
Le Sherif laissa Solomon seul dans sa cellule. Soupirant, il s’installa comme il pouvait sur la banquette en bois faisant office de lit et il s’endormit la tête pleine de pensées troubles.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tu rêves Solomon.<br />
<br />
Tu rêves et tu es dans le pétrin fils.<br />
<br />
Comment je le sais ?<br />
<br />
Qui je suis ?<br />
<br />
Fils je suis la musique qui bouillonne en toi.<br />
<br />
Ce sentiment moitié joie, moitié tristesse quand tu repenses à ta mère.<br />
<br />
Je suis là pour te maître en garde fils.<br />
<br />
Il te cherche.<br />
<br />
C’est pas le genre de type qui laisse couler.<br />
<br />
Il à faillit t’avoir sur le carrefour.<br />
<br />
Il à faillit t’avoir dans le bar.<br />
<br />
Ne te laisse pas tromper.<br />
<br />
Il à mille nom, et deux cents visages.<br />
<br />
C’est après ton âme qu’il en a.<br />
<br />
Ne lui laisse aucun avantage.<br />
<br />
Fils, quand tu ouvrira les yeux tu devras le trouver.<br />
<br />
Te rendre au carrefour et l’affronter.<br />
<br />
Parce que le Diable vois tu viens de voler une âme.<br />
<br />
Il faut lui reprendre, sauver la jeune femme.<br />
<br />
Mais son point faible tu le connais.<br />
<br />
Et moi je resterai pas loin.<br />
<br />
Sert le moi sur un plateau.<br />
<br />
Et je le finirais au poing…<br />
<br />
***<br />
<br />
Des bruits venant du bureau d’à côté réveillèrent Solomon. Il s’avança jusqu’à la porte de sa cellule et tendit l’oreille.<br />
<br />
Des coups de feu…<br />
<br />
Le Shérif entra en trombe dans le bureau et se précipita contre la porte de la cellule en cherchant la bonne clé dans son lourd trousseau.<br />
<br />
« Qu’est ce qui se passe Shérif !? » demanda Solomon inquiet<br />
– Ce qui se passe ? c’est que tu vas filer d’ici et en vitesse !<br />
– Quoi ?<br />
– La p’tite Lily Rose : elle est tombé raide morte ce matin !<br />
– Oh Seigneur… »<br />
<br />
Solomon prit la nouvelle comme une balle de fusil en pleine poitrine. Il chancela, manqua de trébucher et fini par s’asseoir sur la banquette de bois. Etait ce ça que voulait dire son rêve ?<br />
<br />
Le Shérif avait finalement réussi à ouvrir la porte. Sous la menace de son arme, il demanda à Solomon de sortir.<br />
<br />
« Allez magne toi petit : ils sont en route pour s’occuper de toi… Si je te livre pas, moi aussi j’aurai des ennuis.<br />
– Mais enfin Shérif ! j’étais ici, comment j’aurais put lui faire du mal ?<br />
– J’en sais rien petit… mais tout ce que je sais c’est que si je m’oppose à ses gars je vais finir avec une balle dans le front. Aller lève toi maintenant… »<br />
<br />
Solomon se redressa, réajusta sa veste et mit son chapeau. Ainsi donc c’est ainsi qu’il allait finir ? lyncher par une foule en colère ? Mourir c’était une chose, mais mourir sans raison…<br />
<br />
Et puis il pensa à Lily Rose, à son rêve. Et soudain tout lui parut clair. Il comprit.<br />
<br />
« Shérif… » demanda t’il alors qu’il arrivait à sa hauteur « vous croyez qu’il n’y a que Dieu sur cette terre qui guide nos pas ?<br />
– Nan p’tit… Dieu il ne fait qu’observer la machine et peut être qu’il met un coup de tournevis de temps en temps. Mais la plupart du temps c’est le Diable qui est aux manettes.<br />
– Merci Shérif… c’est ce que je voulais entendre »<br />
<br />
Solomon se jeta sur le Shérif et le renversa contre le sol sans effort, galvanisé qu’il était. Il attrapa son arme et le mit en joue. L’homme de loi resta tranquillement à terre, souriant.<br />
<br />
« C’est très bien petit… si tu te sauves ça reviendra au même, mais en plus tu épargneras ma conscience. Aller file : t’as pas besoin de te soucier de moi. »<br />
<br />
Le jeune homme regarda le Shérif et lu quelque chose dans son regard : il ne croyait pas à ce qu’il disait, la foule ne le croirait pas et il serait accusé de complicité.<br />
<br />
« Je suis désolé Shérif… » dit Solomon « Si je fais ça c’est pour vous éviter bien pire… »<br />
<br />
Il leva l’arme, ajusta la mire, et tira.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le soleil n’était pas encore levé, ce qui laissait encore une chance à Solomon. Son rêve était clair : le Diable avait prit Lily Rose, et il devait l’affronter pour la sauver. Mais il n’était pas seul, il savait qu’il avait maintenant un allié puissant pour l’aider. Un allié qui sommeillait au fond de lui depuis toujours.<br />
<br />
Débarrassé de tout scrupule, il vola une voiture et mit pied au plancher pour rejoindre le carrefour. Guettant sans cesse la ligne d’horizon, il priait pour le soleil reste encore caché.<br />
<br />
Il arriva alors au lieu de rendez vous.<br />
<br />
Solomon arrêta la voiture en plein milieu du carrefour, tandis que l’homme en costume attendait patiemment, toujours du même côté. Il sorti du véhicule et s’avança vers son adversaire.<br />
<br />
« Où est elle ? » demanda t’il « Qu’avez vous fait de Lily Rose ?<br />
– Moi ? mais rien mon ami. Cependant je vois que tu as accepter le marché ? tu as franchis le carrefour ? »<br />
<br />
Effectivement, Solomon était maintenant planté devant l’homme en costume. Ce dernier releva la tête, et le jeune homme plongea sans peur son regard dans le sien. L’éclats rouges de ses yeux aurait dut lui inspirer de la crainte, mais c’est avec confiance qu’il le défia sans trembler.<br />
<br />
« Oh j’aime ça… » dit il « Une âme forte et pleine de conviction… c’est fou ! en moins d’une nuit tu as été façonné par les beaux yeux de cette jeune fille… Mais je digresse… nous avions un marché n’est ce pas ?<br />
– En effet<br />
– Je te préviens, l’âme de la demoiselle ne compte pas ! je me suis débrouillé tout seul pour l’avoir !<br />
– Nous sommes d’accord<br />
– Hum… alors là tu m’intrigues petit. Tu n’essayes pas de marchander ? ton âme pour la sienne ? un acte de chevalerie ? d’amour ?<br />
– Je veux mon dût m’sieur. Rien de plus… »<br />
<br />
L’homme en costume erctua de rage, ses yeux s’enflammant de fureur<br />
<br />
« Ne te moque pas de moi ! Tu devrais être à genoux ! tu devrais être à l’article de la mort ! où est ta souffrance ? qui t’as prit ce qui m’est dut !? »<br />
<br />
Solomon tourna la tête de l’autre côté du carrefour.<br />
<br />
« Je crois qu’il parle de vous… » dit il à l’intention d’une ombre qui se détachait tout juste du décor.<br />
<br />
Jetant son chapeau au sol, le Diable hurla de colère<br />
<br />
« Toi ?! Maudit chien ! j’en ai assez de toi !<br />
<br />
– Et bien ? » dit une voix lancinante et tranquille « il t’en faut peu pour être autant remonté…<br />
– Ne te moque pas de moi… qu’est ce que tu as fait avec ce gamin !?<br />
– Un petit chiffon rouge sous ton nez pour t’énerver. Tu sais que j’adore ça.<br />
– Espece de…<br />
– Aller, rends lui la jeune fille, prend son âme et donne lui ce que tu lui dois<br />
– Et puis quoi encore ! la fille je la garde !<br />
– Au nom de quoi ?<br />
– De…<br />
– Tu sais ce qui se passera quand la lumière sera là ? tu sais ce qu’il adviendra de tes mensonges et des sales coups que tu manigances quand le soleil illuminera le sentier ? »<br />
<br />
Le Diable poussa un hurlement, brandissant les bras en l’air.<br />
<br />
« Très bien… tu as gagné, je me contenterai de l’âme du gamin… »<br />
<br />
D’un claquement de doigt, le Diable fit apparaître Lily Rose. Celle-ci, complètement perdue, se précipita vers Solomon lorsqu’elle le reconnu.<br />
<br />
« Tout va bien Lily… vous n’avez plus rien à craindre. » dit il.<br />
<br />
Prêt à remplir sa part, Solomon s’avança vers le Diable qui de son côté lui tendait la guitare qu’il lui avait montrée plus tôt.<br />
<br />
« Soit sûr d’une chose petit : cette merveille en vaux la peine !<br />
– J’en ai aucun doute m’sieur… »<br />
<br />
Solomon prit la guitare, et accrocha l’étui dans son dos. Le Diable posa alors sa main sur son front et en retira un petit filet de lumière. Interloqué, il se tourna vers l’ombre.<br />
<br />
« Qu’est ce que c’est que cette histoire ?<br />
– Quoi encore ? tu es encore insatisfait ?<br />
– Cette âme là est pauvre et rachitique ! ça n’est pas la sienne !<br />
– Bien sûr que si !<br />
– Écoutes moi bien le Blues ! Si c’est encore un de tes tours je ne suis pas d’humeur !<br />
– Je n’y suis pour rien si ce garçon n’a pas d’âme… »<br />
<br />
Le Diable resta figé un instant, puis petit à petit se mit à pousser un rire de dément.<br />
<br />
« Ah ah ! mais oui ! ah ah ah ah ah ! c’était ça ah ah ah ! oh oh ! mais oui ! »<br />
<br />
Il s’écroula sur le sol, toujours convulsé de rire.<br />
<br />
L’ombre fit un pas en avant et se dévoila à la vue de Solomon et Lily Rose. C’était une femme portant un costume brun à fine rayure, un chapeau melon, et avec un étui à guitare dans le dos.<br />
<br />
« Il m’avait tellement donnée de son âme depuis si longtemps que ce qui en restait n’avait aucun intérêt Diable… aucun intérêt… »<br />
<br />
La lumière du soleil coula sur la route comme la marée montante, effaçant dans un même élan le Diable et le Blues.<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon et Lily Rose prirent la fuite tous les deux et ne revinrent plus jamais dans le sud. Ils vécurent ensemble quelques années jusqu’à ce que la jeune femme meurt de maladie. Solomon reprit alors la route et ne cessa jamais d’errer, avec pour seule compagne sa guitare qu’il avait nommé Lily Rose. On raconte que l’âme de la jeune femme habite l’instrument, et que c’est sa voix aux accents irlandais qui caressent l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs qu’on pouvait entendre lorsqu’il jouait des airs d’antan. Partout où il passait, Solomon disait qu’il voulait chanter pour les coeurs tristes, au service de son maître, le Blues.<br />
<br />
Le musicien devint une figure emblématique, et son histoire se racontait comme les légendes d’autrefois.<br />
<br />
Il enregistra un seul et unique album constitué de 6 titres qui sont considéré chacun encore aujourd’hui comme des piliers de la musique : « The Devil and Mister Blues »<br />
<br />
Après cela, nul ne sût ce qu’il advint de Solomon Duke.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**The Devil and Mister Blues**<br />
<br />
« *Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé<br />
Et les branches craquent, par le vent balayé<br />
Il marche dans la nuit, aveugle du jour<br />
Ne quête aucun abri, voyageur de toujours<br />
Il prend le temps, sa guitare à la main<br />
Pour jouer, et chanter son refrain<br />
<br />
Toi la Lune qui me toise<br />
Toi le froid qui pavoise<br />
Je vous dit qu’en ce moment<br />
Le diable est de sortie<br />
Le chasseur de minuit<br />
guette sa proie patiemment<br />
<br />
Doit il montrer les dents ?<br />
Ou se méfier de ce qui l’attend ?<br />
<br />
Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé<br />
Méfie toi Diable, tu pourrais être le piégé* »<br />
<br />
Horacio Graham – « Les chants des marais »<br />
<br />
Lorsqu’il était jeune, la mère de Solomon lui fredonnait souvent ce poème pour l’endormir. Ça n’était pas vraiment une chanson, mais elle avait trouvée une petite mélodie qui collait parfaitement à ces mots, et les rythmait avec son accent coulant du Sud du Mississippi.<br />
<br />
« Ma’Duke » comme tout le monde la surnommait, était une femme pieuse, respecté et aimé de tous, et qui éleva ses 6 enfants avec amour pour en faire « de bons chrétiens ». Seul son petit dernier, Solomon, avait échappé a l’appel du Seigneur.<br />
<br />
Ma’Duke se faisait beaucoup de souci pour son fils : en cette époque terrible de crise économique, tandis que la vieille Europe se relevait péniblement de la grande Guerre, la vie était plus dure encore avec les petites gens, et elle ne voulait pas qu’a cause de cela Solomon soit damné. En mère aimante, elle faisait son possible pour qu’il entende la voix des anges, mais Solomon ne tendait l’oreille que pour une seule chose…<br />
<br />
En ville, à côté de la grande droguerie de monsieur Clarkson, il y avait une maison ou vivaient 4 frères : Joe, James, Earl et Richard Flank, des musiciens qui avaient élu domicile dans la région après avoir quitter le nord de l’état pour dieu sait quelles raisons. Chaque jour, ils jouaient une musique qu’on pouvait entendre par la fenêtre si on écoutait attentivement. Une musique pleine de mélancolie et parfois de tristesse, mais qui en même temps faisait du bien à l’âme.<br />
<br />
Plutôt que d’aller jouer avec les autres enfants, Solomon s’installait sous la fenêtre des frères Flank, fermait les yeux, et écoutait de toute son âme. Ma’Duke aurait aimé qu’il s’adonne avec autant de dévotion à la prière, mais elle savait que c’était peine perdue. Son fils avait trouvé dans la musique une passion qui allait mettre son âme en péril…<br />
<br />
Les années passèrent, et le petit garçon devint un adolescent. Lorsqu’il ne travaillait pas aux champs, Solomon continuait de s’installer sous la fenêtre des 4 frères, se nourrissant de cette musique au point d’en être totalement imprégné.<br />
<br />
Il s’était fabriqué une petite guitare improvisé avec une grosse conserve vide et du fil de pêche en guise de corde. Le manche lui était une simple planchette taillé qui était clouée au bord de la conserve, lui donnant au final plus l’air d’un jouet que d’un véritable instrument. Pourtant, Solomon parvenait, non sans mal, à faire éclore de si de là quelques notes, jusqu’au jour où il put accompagner la musique des 4 frères.<br />
<br />
Ses doigts longs et agiles dansaient lentement sur le fin fil de métal, le faisant vibrer et raisonner dans une tonalité que des oreilles experte auraient qualifiées de « pentatonique ». Sauf que Solomon n’avait aucune notion de solfège ou d’harmonie, et qu’il était incapable de faire la différence entre une tierce et une quarte. Sa compréhension de le musique était aussi brute que sa petite guitare mal fichue, et il sentait que cela serait une limite qu’il allait devoir passer s’il voulait progresser.<br />
<br />
Il frappa donc à la porte des frères Flank et les supplia de lui enseigner la musique.<br />
<br />
Amusé par ce jeune homme plein de passion et par son étrange guitare, les 4 frères acceptèrent. Mais il y avait une condition : Solomon devait travailler pour s’acheter un véritable instrument, car il était hors de question qu’ils lui enseignent leur art pour qu’au final il joue sur une boite de conserve.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Solomon Duke dût travailler des mois durant afin de s’offrir l’instrument de ses rêves, suivant en parallèle les leçons des quatre frères.<br />
<br />
Earl sur son piano lui enseigna l’harmonie, comment se combinaient les notes et la façon d’en tirer du sens et de l’émotion. Joe à la contrebasse, lui donna le sens du groove et la façon de faire « respirer » sa musique. James aux percutions lui apprit la rigueur du tempo… et toutes les façons de tricher avec ! et enfin Richard lui apprit a mélanger le chant et la musique, et à exprimer la poésie de la vie aussi bien que sa tristesse.<br />
<br />
Pour qu’il puisse s’entrainer, les frères avaient consenti à le laisser utiliser une de leur guitare mais « seulement ci celle ci le voulait ». Ils expliquèrent à Solomon qu’un instrument était comme une personne à qui on devait respect et fidélité, et que par conséquent, un prêt ne se faisait pas à la légère. Lorsqu’on lui présenta l’instrument, une guitare en bois brun dont le vernis avait joliment coloré avec le temps vers une teinte plus claire, Solomon s’inclina pour saluer avant de se présenter :<br />
<br />
« Je suis Solomon Duke, m’dame voulez vous me faire l’honneur d’être ma cavalière ? »<br />
<br />
Il prit ensuite l’instrument avec mille précaution, plaqua son oreille contre la caisse de résonance et gratta les cordes à l’unisson. Il laissa résonner les notes et l’instrument vibrer dans sa tête jusqu’a en sentir la plus infime oscillation.<br />
<br />
« Oh M’dame… votre voix est douce comme le vent d’Est. Pour sûr vous méritez mieux qu’un insolent comme moi… Mais s’il vous plait, laissez moi vous faire un peu la cour, et qui sait : peut être vous me rendrez meilleur amant ? »<br />
<br />
Les frères Flank se regardèrent en acquiesçant.<br />
<br />
Cette guitare s’appelait Lucinda, et devint la compagne de Solomon durant son apprentissage.<br />
<br />
Des mois durant, Solomon aidé de Lucinda reçut les enseignements des 4 frères. En plus d’un savoir académique, ces derniers apprirent au jeune homme à écouter, que ça soit en jouant devant lui ou bien en lui faisant écouter l’un des nombreux disques de leur collection.<br />
<br />
Solomon restait ainsi des heures durant à écouter le phonographe dont la corne cuivré déversait dans ses oreilles de fantastiques mélodie. Il ne savait pas pourquoi, mais la musique lui parlait bien plus que tous les sermon du révérend Lawson, et faisait battre son cœur plus fort que toutes les jolies filles des alentours.<br />
<br />
Presque 6 ans s’était écoulés, et Solomon, devenu un homme, avait enfin réuni la somme requise pour s’acheter une guitare digne de ce nom. Il retira son magot de la cachette ou il le rangeait, et observa la liasse de billet dans sa main. Peut être aurait il dut garder cette argent pour autre chose ? Ou bien le donner à sa mère qui avait été si bonne et patiente avec lui ?<br />
<br />
Se sentant coupable, il voulut se rendre à l’église pour prier, mais à peine vit il l’immense croix dressé au dessus des portes d’entrés qu’il se ravisa. Solomon n’était pas un bon croyant, et ne méritait la bienveillance du Seigneur.<br />
<br />
Une fois chez lui, il déposa l’argent sur la table de la cuisine, retira la croix de Saint Jude qu’il portait au cou et la laissa au sommet de la liasse avant de quitter la maison pour toujours.<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon erra sans but sur les routes pendants plusieurs semaines, travaillant de-ci de-là pour gagner un peu d’argent ou simplement se voir offrir le gîte et le couvert. Il ne restait jamais longtemps au même endroit, ne se sentant chez lui nulle part.<br />
<br />
Il ne parvenait pas à s’expliquer à lui même pourquoi il avait voulut fuir, mais sentait au fond de lui même que quelque part, son destin l’attendait.<br />
<br />
Et c’est par un soir sombre où l’orage menaçait que Solomon Duke fit la rencontre qui allait bouleverser son existence…<br />
<br />
Le jeune homme arpentait d’un pas tranquille la route sinueuse qui allait de Harrisville à Braxton, lorsqu’une automobile lancé à toute vitesse arriva en sens inverse tout en zigzaguant. Visiblement le conducteur avait perdu le contrôle du véhicule et percuta finalement un des arbres qui affleuraient au bord de la route dans un « bang » assourdissant.<br />
<br />
Aussitôt, Solomon se précipita pour porter secours aux passagers. Il s’occupa d’abord du conducteur, un vieux monsieur en costume blanc qui avait violemment percuté la vitre et avait été mit ko sur le coup. Bien amoché, il était néanmoins vivant et reprenait petit à petit connaissance. Solomon le déplaça avec précaution hors de la voiture et l’installa contre un arbre, la tête relevé.<br />
<br />
Il retourna vers le véhicule, et s’occupa de la passagère. C’était une jeune fille d’une vingtaine d’années à la peau d’albâtre et aux magnifiques yeux vert à demi masqué par une longue mèche de ses cheveux roux. Choquée mais toujours consciente, elle demanda à Solomon où était son oncle. Le jeune homme supposa qu’il s’agissait du vieux monsieur et la conduisit à lui, prenant mille précaution pour la soutenir sans trop devoir la toucher.<br />
<br />
Rassurée de voir son parent sain et sauf, elle remercia chaleureusement le jeune homme pour son aide. Ce dernier resta modeste, trop troublé qu’il était par la jeune femme et son enivrant parfum de lavande pour dire quoi que ce soit.<br />
<br />
Il ressenti un sentiment étrange que seul jusqu’à présent la musique lui avait apporté. La voix aux accents irlandais de la jeune femme, lui caressait l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs susurrant doucement des chansons d’antan.<br />
<br />
Elle s’appelait Lily Rose et s’était la plus belle femme que Solomon eût jamais vu de sa vie.<br />
<br />
Le jeune homme se proposa pour aller chercher de l’aide : Ruppert, l’oncle de Lily Rose avait reprit conscience mais avait reçut un coup violent à la poitrine lors de l’impact. Il avait sans doute des côtes cassés, et il lui serait difficile de faire les 3 milles de trajet jusqu’à la prochaine ville.<br />
<br />
Solomon se précipita à Braxton pour demander de l’aide, et revint sur les lieux de l’accident à bord de l’ambulance de l’hôpital du comté. Il voulut raccompagner Lily Rose, mais les ambulanciers virent d’un très mauvais œil qu’un jeune noir accompagne une femme blanche et le laissèrent sur le bord de la route.<br />
<br />
Malgré tout, Solomon souriait car cette rencontre l’avait touché en plein cœur. Il reprit sa route alors qu’une pluie battante se mettait à tomber, fredonnant un air gaie et enjoué :<br />
<br />
« *Angel in the rain, what are you doing ?<br />
Don’t you know the heavens are missing you ?<br />
<br />
Angel in the rain, what should I do ?<br />
I’m not the kind of personn who can be with you<br />
<br />
Oh heaven knows how much I would<br />
But how a tiny worm could kiss the stars ?<br />
Oh heaven knows how much i’m true<br />
Maybe you can ask it to the Lord ?<br />
<br />
Angel in the rain, see you soon<br />
I swear i’m gonna deeply miss you…* »<br />
<br />
La pluie avait cessé, remplacé dans le ciel par une nuit de pleine lune parsemé de nuage. Solomon n’arrivait plus à retrouver son chemin bien qu’il soit resté sur la route en permanence : la nuit avait tout changer, et la lumière dansante de la lune parfois bouchée par les nuages avait transformer le paysage de manière radicale. A force d’errance, Solomon déboucha sur un carrefour qu’il ne se rappela pas avoir croisé la première fois.<br />
<br />
Les bruits de la nuit se faisaient entendre plus fort encore, aiguisant l’anxiété grandissante du jeune homme. Il voulut se rassurer en saisissant sa croix de Saint Jude, mais aussitôt se rappela l’avoir abandonné derrière lui. Solomon n’était pas fait pour suivre la voie du Seigneur, et il devrait donc faire sans lui pour retrouver son chemin.<br />
<br />
Une lueur déchira la nuit le temps d’un bref instant. C’était une allumette qui venait de s’enflammer, de l’autre côté du carrefour a l’angle nord ouest. Au détour d’un rayon de lune, Solomon qui se trouvait à l’angle sud est, put apercevoir un homme dans un élégant costume aux bords rouge en train de tirer langoureusement sur une cigarette qui semblait ne jamais avoir de fin.<br />
<br />
« Hey là l’ami ! » dit il « Perdu si tard dans la nuit ? voila qui est téméraire<br />
– Non m’sieur… » répondit le jeune homme timidement « je ne suis pas perdu : j’erre<br />
– Oh voyez vous ça… une errance dites vous ? et qu’est qui pousse un jeune homme à se perdre ainsi le long d’une route ?<br />
– Sans doute la même chose qui pousse un homme comme vous à se tenir ici sans raison ? » dit Solomon avec prudence « De là d’où je viens, chacun va son chemin<br />
– Pour sûr… mais c’est toi qui est arrivé ici. Moi j’y étais déjà. Je suis donc plus légitime à te questionner mon ami. Quel es ton nom petit ?<br />
– Solomon Duke m’sieur.<br />
– Tu cherches une fille pas vrai ?<br />
– Que… comment le savez vous ?<br />
– Parce que je t’ai entendu le dire petit. Dans ta chanson.<br />
– Vous m’avez entendu ? mais j’étais à plus d’une lieue d’ici à ce moment là !<br />
– J’ai l’ouïe fine petit… »<br />
<br />
L’homme tira une longue bouffé de sa cigarette et fît danser la fumée devant lui.<br />
<br />
« Cette fille ce n’est pas la seule chose que tu cherches pas vrai ?<br />
– Pardon ?<br />
– Je l’ai entendu dans ta voix petit. Tu cherches une réponse. Tu cherches à savoir c’est quoi cette impression qui glisse en toi, ce sentiment que tu n’es pas à ta place, que tu es perdu… je me trompe ?<br />
– Vous êtes un prédicateur c’est ça ? Jésus ne peut rien pour moi…<br />
– Oh ne t’en fais pas. Je ne suis pas un bonimenteur qui cherche à te vendre un paradis en échange de tes prières. Disons que j’ai des ambitions plus… raisonnable. »<br />
<br />
Solomon fixa l’homme en costume avec perplexité. On entrevoyait a peine son visage à cause du grand chapeau à large bord qu’il portait, et dans les ténèbres de la nuit, le jeune homme aurait bien été incapable de dire s’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir.<br />
<br />
« Solomon Duke : tu veux devenir plus qu’un musicien pas vrai. Tu veux être habité par la musique… tu l’es déjà un peu ceci dit… je te propose un marché : donne moi ton âme, et tu n’auras aucun égal lorsqu’il s’agira de jouer de ceci… »<br />
<br />
Et l’homme de ramasser un étui à guitare qui jusque là était resté invisible dans la nuit. Il l’ouvrit et montra à Solomon la plus belle guitare qu’il ait jamais vu. Sa découpe était élégante, et même la noirceur de la nuit ne pouvait assombrir la brillance de son vernis et l’éclat métallique des cordes. Le corps de la guitare était rehaussé d’un chevalet bigsby peu courant.<br />
<br />
Solomon était fasciné par la splendide guitare que l’homme en costume lui présentait. Il fit un pas en avant pour traverser le carrefour, mais l’homme lui fit signe de s’arrêter :<br />
<br />
« Hey là ! si tu traverse le carrefour, tu signes notre accord.<br />
– Ça voudra dire que je vous donnerai mon âme ?<br />
– Oui : pour l’Éternité<br />
– Ça me fera mal ?<br />
– Non, au contraire : sans âme tu ne souffrira plus de certains tourments. C’est presque un service que je te rends<br />
– Et à quoi sa vous sert à vous d’avoir mon âme ?<br />
– Ah voilà une question intelligente mon garçon. Tu sais qu’on ne me la pose pas si souvent que ça ? c’est vrai ça… que peut on faire d’une âme ? Et si je te disais quel a mienne avait été déchirée il y’a des siècles de ça et que j’essayai tant bien que mal de la reconstruire ? ou peut être que je ne fais ça que pour amasser compulsivement ce que je sais être un bien précieux pour certain ? Peut être que je ne suis qu’un prétexte que le Seigneur utilise pour tester ses fidèles… peut être un peu tout ça à la fois ? »<br />
<br />
Solomon resta sur le bord de la route, la pointe du pied à la limite du sentier, prêt à traverser.<br />
<br />
« Ma mère m’a toujours dit que mon âme était précieuse m’sieur. Même si je n’y crois pas vraiment, je ne peux pas accepter votre offre… ça lui ferait trop de peine.<br />
– Je comprends petit ne t’en fait pas. Et puis tu sais… la nuit est encore jeune ! Si avant le levé du soleil du change d’avis, repasse me voir : l’offre tiendra jusque là »<br />
<br />
Solomon acquiesça, tira son chapeau pour saluer et traversa le carrefour en direction de l’angle nord est, évitant ainsi l’homme en costume. Il continua ainsi sa route, certain que s’il se retournait pour regardé, il n’y aurait plus personne…<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon arriva enfin à rejoindre Braxton. Guidé par la lumière et les bruits qui s’en dégageaient, il entra dans un bar ou il espérait trouver refuge et peut être un coin ou dormir un moment. Il s’installa à une table, et commanda à boire avec les quelques cents qui lui restait.<br />
<br />
Il repensa alors a l’étrange rencontre qu’il avait faite au carrefour.<br />
<br />
Le son pétillant d’une guitare le tira de sa torpeur. Assit dans un coin, un guitariste virtuose était en train de faire son numéro, subjuguant les clients du bar qui s’étaient rapproché pour le voir jouer. Solomon les imita et observa comme il le faisait avec les frères Flank.<br />
<br />
Le guitariste était non seulement virtuose, mais aussi très beau, avec des traits de statue grec. Les filles de joies qui travaillaient dans l’établissement lui faisaient les yeux doux, mais il les ignorait superbement, trop absorbé par sa musique. Cependant, au bout d’un moment, il tourna le regard vers Solomon. En effet, il avait senti qu’il ne s’agissait pas d’un simple spectateur, mais d’un musicien qui en observait un autre et qui cherchait à décortiquer sa technique et sa maitrise.<br />
<br />
Se sentant comme défié, le guitariste devint plus démonstratif, comme pour écraser Solomon. Ce dernier avait bien compris ce qui se passait, mais restait attentif, essayant avant tout d’apprendre. Le guitariste s’arrêta alors d’un seul coup, étouffant le son des cordes de la paume de sa main.<br />
<br />
« Hey toi là : pourquoi tu me regardes comme ça ? » demanda t-il à Solomon<br />
– Moi m’sieur ? pour rien… je suis juste admiratif, vous êtes très doué<br />
– Ne te fiche pas de moi : ce n’est pas un regard admiratif ça. Tu étais en train de me jauger… tu joues toi aussi pas vrai ?<br />
– Un peu m’sieur, un peu…<br />
– Et tu vaux quoi ?<br />
– Je connais quelques airs…<br />
– Oh ça alors : vous avez vu les amis ? le nègre connait quelques airs ! Je croyais que vos gros doigts n’étaient bon qu’a tenir une bêche, mais finalement t’es peut être une exception ?<br />
– Je sais pas m’sieur » dit Solomon humilié<br />
– Oh il sait pas ? ah ah ! moi je vous le dis mes amis : ce gamin est sans doute un génie ! je parie qu’il maîtrise à la perfection les modes et les harmoniques ? hein ? pas vrai ?<br />
– Je connais un peu…<br />
– Bah sûrement ! tiens dit moi par exemple quelle serait la quinte augmenté de cet accord ? » dit le guitariste en jouant<br />
– Euh… c’est… »<br />
<br />
Solomon déplaça ses doigts devant lui en essayant d’inverser la position de ceux du guitariste. Ce qu’il avait apprit des frères Flank, il ne savait l’exprimer que l’instrument en main.<br />
<br />
« C’est ça non ? » demanda Solomon mimant un accord les mains tendue devant lui<br />
<br />
Le guitariste éclata de rire aussitôt suivit par le reste des clients du bar.<br />
<br />
« Ah ah ! je vous l’avais dit les amis ! c’est un pur génie ! il est si doué qu’il n’a même pas besoin de guitare ! aller le nègre ! joue nous un morceau qu’on s’amuse ! »<br />
<br />
Solomon quitta le bar sans un mot tandis que le guitariste se remit à jouer de plus belle, applaudit par la foule en liesse.<br />
<br />
Ce n’était pas la première fois que Solomon était insulté et humilié parce qu’il était noir, mais c’était la première fois qu’on humiliait son amour de la musique. C’était comme un coup de couteau en plein cœur que le guitariste lui avait planté, et la colère montait lentement en lui.<br />
<br />
Dehors dans le froid de la nuit, il ruminait de sombres pensées…<br />
<br />
« Monsieur ? » demanda une voix dans l’ombre « c’est vous ? »<br />
<br />
C’était une voix de femme. Une voix aux accents irlandais qui caressaient l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs susurrant doucement des chansons d’antan…<br />
<br />
Lily Rose avait troqué son pantalon et sa lourde veste de tweed qu’elle portait pour le voyage contre une toilette qui la mettait bien plus en valeur : une jupe cintrée tombant au genou, un chemisier en soie blanche à la coupe parisienne et un manteau en hermine d’un blanc éclatant.<br />
<br />
« Je n’ai pas eu le temps de vous remercier » dit elle « Sans vous je ne sais pas ce qu’il serait advenu de nous<br />
– Oh ça mam’zelle, faut pas vous en faire : y a bien quelqu’un qui serait passé<br />
– Les docteurs ont dit qu’Oncle Ruppert aurait put faire une pneumonie sous la pluie, et que ses blessures devaient être vite prise en charge chez un homme de son age. Monsieur : sans vous j’aurais perdu un être cher à mon cœur. »<br />
<br />
Solomon ne pouvait retenir un large sourire. Les mots de Lily Rose étaient comme un baume qui le faisait se sentir léger. La fatigue, les humiliations, tout ça s’évaporait devant les gentillesse et la reconnaissance de la jeune femme. Mais alors qu’il allait lui répondre, un homme éméché sorti du bar et l’aperçut parlant à la jeune femme. Pour lui, de toute évidence, il y’avait anguille sous roche.<br />
<br />
« Hey là ! bon sang de bois : venez les gars ! » dit il en direction du bar « le nègre de tout à l’heure, il importune une jeune fille ! »<br />
<br />
L’homme ivre dégaina un colt Peacemaker de sa ceinture et tira un coup en l’air qui résonna comme un coup de tonnerre. l’instant d’après, les clients du bar sortirent et encerclèrent Solomon, le menaçant. Lily Rose tenta de les raisonner et leur expliqua que le jeune homme n’avait rien fait, mais l’attroupement vengeur ne voulait rien entendre.<br />
<br />
Sous la menace de plusieurs armes, Solomon fut conduit jusqu’au Shérif.<br />
<br />
L’homme de loi ne voulait pas contrarier une telle foule d’excités. Il accepta de mettre Solomon en cellule afin de calmer les esprits, et expliqua par la suite au jeune homme qu’il le relâcherait le matin venu. Il ne voulait pas savoir s’il était innocent ou non, il voulait simplement ne pas avoir à se compliquer l’existence. Devant la mine déconfite du jeune homme, il crut bon d’ajouter que c’était une bonne affaire pour lui puisqu’il évitait le lynchage et qu’en plus il gagnait un toit pour lui nuit au frais de l’état.<br />
<br />
Solomon ne voyait pas trop en quoi c’était un avantage, mais fit contre mauvaise fortune bon cœur. Il était touché que Lily Rose ait prit sa défense, et se sentait pour la première fois depuis très longtemps un peu chanceux.<br />
<br />
Le Sherif laissa Solomon seul dans sa cellule. Soupirant, il s’installa comme il pouvait sur la banquette en bois faisant office de lit et il s’endormit la tête pleine de pensées troubles.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tu rêves Solomon.<br />
<br />
Tu rêves et tu es dans le pétrin fils.<br />
<br />
Comment je le sais ?<br />
<br />
Qui je suis ?<br />
<br />
Fils je suis la musique qui bouillonne en toi.<br />
<br />
Ce sentiment moitié joie, moitié tristesse quand tu repenses à ta mère.<br />
<br />
Je suis là pour te maître en garde fils.<br />
<br />
Il te cherche.<br />
<br />
C’est pas le genre de type qui laisse couler.<br />
<br />
Il à faillit t’avoir sur le carrefour.<br />
<br />
Il à faillit t’avoir dans le bar.<br />
<br />
Ne te laisse pas tromper.<br />
<br />
Il à mille nom, et deux cents visages.<br />
<br />
C’est après ton âme qu’il en a.<br />
<br />
Ne lui laisse aucun avantage.<br />
<br />
Fils, quand tu ouvrira les yeux tu devras le trouver.<br />
<br />
Te rendre au carrefour et l’affronter.<br />
<br />
Parce que le Diable vois tu viens de voler une âme.<br />
<br />
Il faut lui reprendre, sauver la jeune femme.<br />
<br />
Mais son point faible tu le connais.<br />
<br />
Et moi je resterai pas loin.<br />
<br />
Sert le moi sur un plateau.<br />
<br />
Et je le finirais au poing…<br />
<br />
***<br />
<br />
Des bruits venant du bureau d’à côté réveillèrent Solomon. Il s’avança jusqu’à la porte de sa cellule et tendit l’oreille.<br />
<br />
Des coups de feu…<br />
<br />
Le Shérif entra en trombe dans le bureau et se précipita contre la porte de la cellule en cherchant la bonne clé dans son lourd trousseau.<br />
<br />
« Qu’est ce qui se passe Shérif !? » demanda Solomon inquiet<br />
– Ce qui se passe ? c’est que tu vas filer d’ici et en vitesse !<br />
– Quoi ?<br />
– La p’tite Lily Rose : elle est tombé raide morte ce matin !<br />
– Oh Seigneur… »<br />
<br />
Solomon prit la nouvelle comme une balle de fusil en pleine poitrine. Il chancela, manqua de trébucher et fini par s’asseoir sur la banquette de bois. Etait ce ça que voulait dire son rêve ?<br />
<br />
Le Shérif avait finalement réussi à ouvrir la porte. Sous la menace de son arme, il demanda à Solomon de sortir.<br />
<br />
« Allez magne toi petit : ils sont en route pour s’occuper de toi… Si je te livre pas, moi aussi j’aurai des ennuis.<br />
– Mais enfin Shérif ! j’étais ici, comment j’aurais put lui faire du mal ?<br />
– J’en sais rien petit… mais tout ce que je sais c’est que si je m’oppose à ses gars je vais finir avec une balle dans le front. Aller lève toi maintenant… »<br />
<br />
Solomon se redressa, réajusta sa veste et mit son chapeau. Ainsi donc c’est ainsi qu’il allait finir ? lyncher par une foule en colère ? Mourir c’était une chose, mais mourir sans raison…<br />
<br />
Et puis il pensa à Lily Rose, à son rêve. Et soudain tout lui parut clair. Il comprit.<br />
<br />
« Shérif… » demanda t’il alors qu’il arrivait à sa hauteur « vous croyez qu’il n’y a que Dieu sur cette terre qui guide nos pas ?<br />
– Nan p’tit… Dieu il ne fait qu’observer la machine et peut être qu’il met un coup de tournevis de temps en temps. Mais la plupart du temps c’est le Diable qui est aux manettes.<br />
– Merci Shérif… c’est ce que je voulais entendre »<br />
<br />
Solomon se jeta sur le Shérif et le renversa contre le sol sans effort, galvanisé qu’il était. Il attrapa son arme et le mit en joue. L’homme de loi resta tranquillement à terre, souriant.<br />
<br />
« C’est très bien petit… si tu te sauves ça reviendra au même, mais en plus tu épargneras ma conscience. Aller file : t’as pas besoin de te soucier de moi. »<br />
<br />
Le jeune homme regarda le Shérif et lu quelque chose dans son regard : il ne croyait pas à ce qu’il disait, la foule ne le croirait pas et il serait accusé de complicité.<br />
<br />
« Je suis désolé Shérif… » dit Solomon « Si je fais ça c’est pour vous éviter bien pire… »<br />
<br />
Il leva l’arme, ajusta la mire, et tira.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le soleil n’était pas encore levé, ce qui laissait encore une chance à Solomon. Son rêve était clair : le Diable avait prit Lily Rose, et il devait l’affronter pour la sauver. Mais il n’était pas seul, il savait qu’il avait maintenant un allié puissant pour l’aider. Un allié qui sommeillait au fond de lui depuis toujours.<br />
<br />
Débarrassé de tout scrupule, il vola une voiture et mit pied au plancher pour rejoindre le carrefour. Guettant sans cesse la ligne d’horizon, il priait pour le soleil reste encore caché.<br />
<br />
Il arriva alors au lieu de rendez vous.<br />
<br />
Solomon arrêta la voiture en plein milieu du carrefour, tandis que l’homme en costume attendait patiemment, toujours du même côté. Il sorti du véhicule et s’avança vers son adversaire.<br />
<br />
« Où est elle ? » demanda t’il « Qu’avez vous fait de Lily Rose ?<br />
– Moi ? mais rien mon ami. Cependant je vois que tu as accepter le marché ? tu as franchis le carrefour ? »<br />
<br />
Effectivement, Solomon était maintenant planté devant l’homme en costume. Ce dernier releva la tête, et le jeune homme plongea sans peur son regard dans le sien. L’éclats rouges de ses yeux aurait dut lui inspirer de la crainte, mais c’est avec confiance qu’il le défia sans trembler.<br />
<br />
« Oh j’aime ça… » dit il « Une âme forte et pleine de conviction… c’est fou ! en moins d’une nuit tu as été façonné par les beaux yeux de cette jeune fille… Mais je digresse… nous avions un marché n’est ce pas ?<br />
– En effet<br />
– Je te préviens, l’âme de la demoiselle ne compte pas ! je me suis débrouillé tout seul pour l’avoir !<br />
– Nous sommes d’accord<br />
– Hum… alors là tu m’intrigues petit. Tu n’essayes pas de marchander ? ton âme pour la sienne ? un acte de chevalerie ? d’amour ?<br />
– Je veux mon dût m’sieur. Rien de plus… »<br />
<br />
L’homme en costume erctua de rage, ses yeux s’enflammant de fureur<br />
<br />
« Ne te moque pas de moi ! Tu devrais être à genoux ! tu devrais être à l’article de la mort ! où est ta souffrance ? qui t’as prit ce qui m’est dut !? »<br />
<br />
Solomon tourna la tête de l’autre côté du carrefour.<br />
<br />
« Je crois qu’il parle de vous… » dit il à l’intention d’une ombre qui se détachait tout juste du décor.<br />
<br />
Jetant son chapeau au sol, le Diable hurla de colère<br />
<br />
« Toi ?! Maudit chien ! j’en ai assez de toi !<br />
<br />
– Et bien ? » dit une voix lancinante et tranquille « il t’en faut peu pour être autant remonté…<br />
– Ne te moque pas de moi… qu’est ce que tu as fait avec ce gamin !?<br />
– Un petit chiffon rouge sous ton nez pour t’énerver. Tu sais que j’adore ça.<br />
– Espece de…<br />
– Aller, rends lui la jeune fille, prend son âme et donne lui ce que tu lui dois<br />
– Et puis quoi encore ! la fille je la garde !<br />
– Au nom de quoi ?<br />
– De…<br />
– Tu sais ce qui se passera quand la lumière sera là ? tu sais ce qu’il adviendra de tes mensonges et des sales coups que tu manigances quand le soleil illuminera le sentier ? »<br />
<br />
Le Diable poussa un hurlement, brandissant les bras en l’air.<br />
<br />
« Très bien… tu as gagné, je me contenterai de l’âme du gamin… »<br />
<br />
D’un claquement de doigt, le Diable fit apparaître Lily Rose. Celle-ci, complètement perdue, se précipita vers Solomon lorsqu’elle le reconnu.<br />
<br />
« Tout va bien Lily… vous n’avez plus rien à craindre. » dit il.<br />
<br />
Prêt à remplir sa part, Solomon s’avança vers le Diable qui de son côté lui tendait la guitare qu’il lui avait montrée plus tôt.<br />
<br />
« Soit sûr d’une chose petit : cette merveille en vaux la peine !<br />
– J’en ai aucun doute m’sieur… »<br />
<br />
Solomon prit la guitare, et accrocha l’étui dans son dos. Le Diable posa alors sa main sur son front et en retira un petit filet de lumière. Interloqué, il se tourna vers l’ombre.<br />
<br />
« Qu’est ce que c’est que cette histoire ?<br />
– Quoi encore ? tu es encore insatisfait ?<br />
– Cette âme là est pauvre et rachitique ! ça n’est pas la sienne !<br />
– Bien sûr que si !<br />
– Écoutes moi bien le Blues ! Si c’est encore un de tes tours je ne suis pas d’humeur !<br />
– Je n’y suis pour rien si ce garçon n’a pas d’âme… »<br />
<br />
Le Diable resta figé un instant, puis petit à petit se mit à pousser un rire de dément.<br />
<br />
« Ah ah ! mais oui ! ah ah ah ah ah ! c’était ça ah ah ah ! oh oh ! mais oui ! »<br />
<br />
Il s’écroula sur le sol, toujours convulsé de rire.<br />
<br />
L’ombre fit un pas en avant et se dévoila à la vue de Solomon et Lily Rose. C’était une femme portant un costume brun à fine rayure, un chapeau melon, et avec un étui à guitare dans le dos.<br />
<br />
« Il m’avait tellement donnée de son âme depuis si longtemps que ce qui en restait n’avait aucun intérêt Diable… aucun intérêt… »<br />
<br />
La lumière du soleil coula sur la route comme la marée montante, effaçant dans un même élan le Diable et le Blues.<br />
<br />
***<br />
<br />
Solomon et Lily Rose prirent la fuite tous les deux et ne revinrent plus jamais dans le sud. Ils vécurent ensemble quelques années jusqu’à ce que la jeune femme meurt de maladie. Solomon reprit alors la route et ne cessa jamais d’errer, avec pour seule compagne sa guitare qu’il avait nommé Lily Rose. On raconte que l’âme de la jeune femme habite l’instrument, et que c’est sa voix aux accents irlandais qui caressent l’âme comme une douce pluie d’accords mineurs qu’on pouvait entendre lorsqu’il jouait des airs d’antan. Partout où il passait, Solomon disait qu’il voulait chanter pour les coeurs tristes, au service de son maître, le Blues.<br />
<br />
Le musicien devint une figure emblématique, et son histoire se racontait comme les légendes d’autrefois.<br />
<br />
Il enregistra un seul et unique album constitué de 6 titres qui sont considéré chacun encore aujourd’hui comme des piliers de la musique : « The Devil and Mister Blues »<br />
<br />
Après cela, nul ne sût ce qu’il advint de Solomon Duke.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**The Devil and Mister Blues**

« *Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé
Et les branches craquent, par le vent balayé
Il marche dans la nuit, aveugle du jour
Ne quête aucun abri, voyageur de toujours
Il prend le temps, sa guitare à la main
Pour jouer, et chanter son refrain

Toi la Lune qui me toise
Toi le froid qui pavoise
Je vous dit qu’en ce moment
Le diable est de sortie
Le chasseur de minuit
guette sa proie patiemment

Doit il montrer les dents ?
Ou se méfier de ce qui l’attend ?

Le Bayou chante, sa nuit de velours enlacé
Méfie toi Diable, tu pourrais être le piégé* »

Horacio Graham – « Les chants des marais »

Lorsqu’il était jeune, la mère de Solomon lui fredonnait souvent ce poème pour l’endormir. Ça n’était pas vraiment une chanson, mais elle avait trouvée une petite mélodie qui collait parfaitement à ces mots, et les rythmait avec son accent coulant du Sud du Mississippi.

« Ma’Duke » comme tout le monde la surnommait, était une femme pieuse, respecté et aimé de tous, et qui éleva ses 6 enfants avec amour pour en faire « de bons chrétiens ». Seul son petit dernier, Solomon, avait échappé a l’appel du Seigneur.

Ma’Duke se faisait beaucoup de souci pour son fils : en cette époque terrible de crise économique, tandis que la vieille Europe se relevait péniblement de la grande Guerre, la vie était plus dure encore avec les petites gens, et elle ne voulait pas qu’a cause de cela Solomon soit damné. En mère aimante, elle faisait son possible pour qu’il entende la voix des anges, mais Solomon ne tendait l’oreille que pour une seule chose…

En ville, à côté de la grande droguerie de monsieur Clarkson, il y avait une maison ou vivaient 4 frères : Joe, James, Earl et Richard Flank, des musiciens qui avaient élu domicile dans la région après avoir quitter le nord de l’état pour dieu sait quelles raisons. Chaque jour, ils jouaient une musique qu’on pouvait entendre par la fenêtre si on écoutait attentivement. Une musique pleine de mélancolie et parfois de tristesse, mais qui en même temps faisait du bien à l’âme.

Plutôt que d’aller jouer avec les autres enfants, Solomon s’installait sous la fenêtre des frères Flank, fermait les yeux, et écoutait de toute son âme. Ma’Duke aurait aimé qu’il s’adonne avec autant de dévotion à la prière, mais elle savait que c’était peine perdue. Son fils avait trouvé dans la musique une passion qui allait mettre son âme en péril…

Les années passèrent, et le petit garçon devint un adolescent. Lorsqu’il ne travaillait pas aux champs, Solomon continuait de s’installer sous la fenêtre des 4 frères, se nourrissant de cette musique au point d’en être totalement imprégné.

Il s’était fabriqué une petite guitare improvisé avec une grosse conserve vide et du fil de pêche en guise de corde. Le manche lui était une simple planchette taillé qui était clouée au bord de la conserve, lui donnant au final plus l’air d’un jouet que d’un véritable instrument. Pourtant, Solomon parvenait, non sans mal, à faire éclore de si de là quelques notes, jusqu’au jour où il put accompagner la musique des 4 frères.

Ses doigts longs et agiles dansaient lentement sur le fin fil de métal, le faisant vibrer et raisonner dans une tonalité que des oreilles experte auraient qualifiées de « pentatonique ». Sauf que Solomon n’avait aucune notion de solfège ou d’harmonie, et qu’il était incapable de faire la différence entre une tierce et une quarte. Sa compréhension de le musique était aussi brute que sa petite guitare mal fichue, et il sentait que cela serait une limite qu’il allait devoir passer s’il voulait progresser.

Il frappa donc à la porte des frères Flank et les supplia de lui enseigner la musique.

Amusé par ce jeune homme plein de passion et par son étrange guitare, les 4 frères acceptèrent. Mais il y]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 28 Feb 2016 22:00:00 +0100</pubDate>
                
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 30 : Rony et Juli #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep30/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Rony et Juli**<br />
<br />
Le mois de juin à Los Angeles avait lieu l’un des plus grand salon du monde, l’Electronic Entertainement Expo (exposition des loisirs électroniques) plus connu sous le nom de E3. Il avait lieu dans le gigantesque Los Angeles Convention Center (LACC) dont les 67 000 m² de surface devenaient le temps d’un week end le plus grand terrain de jeu pour geek existant.<br />
<br />
Entre les grands pontes du milieu qui venaient faire leurs annonces pour les produits phares à sortir l’année à venir et les petits nouveaux qui voulaient rafler la mise en présentant une innovation qui attirerait les investisseurs, on trouvait de tout à l’E3, du jeu vidéo triple A violent et fun en passant par la casserole wifi qui contrôle la température de l’eau afin que les pâtes soient parfaitement « al dente ».<br />
<br />
Réservé aux professionnels, le salon (qui avait fini par ouvrir partiellement ses portes au grand public) restait un événement pour les initiés et les gens du milieu, et les stands n’étaient pas seulement là pour faire joli et titiller la foule, mais bel et bien pour faire du business.<br />
<br />
C’était la première fois que Rony se rendait à l’E3, et il était d’autant plus nerveux qu’il n’y venait pas comme visiteur mais comme exposant. Cadre Junior pour une filiale de Sony, il était chargé d’encadré le segment « jeux vidéo » et de faire des démonstrations aux investisseurs tandis que le reste de l’équipe validerait des partenariats et des opérations marketings. C’était à lui de mettre en avant les qualités des jeux et notamment ce qu’ils avaient de plus que la version concurrente de chez Microsoft.<br />
<br />
Car lorsqu’on parlait de « guerre des consoles » il ne s’agissait pas d’une métaphore : c’était une lutte à mort entre les deux camps pour faire prédominer son support.<br />
<br />
Rony avait toujours connu cette situation d’ambivalence dans le milieu. Lorsqu’il était gamin, c’était déjà la lutte entre Nintendo et Sega : la console blanche contre la console noire. Qu’est ce qui avait changé en 20 ans ? pas grand chose si ce n’est le nom des protagonistes, et au final il y’avait toujours ce dilemme : console noire ou console blanche.<br />
<br />
Les affaires de Sony avait pris un tournant lorsque le dernier bébé de la concurrence c’était méchamment vautré, assurant la prédominance de la machine japonaise. Et à quoi était dû cette chute ? Clairement à un manque de titres phares. C’était tout l’enjeu de la présence de l’équipe de Rony sur l’E3 : rester les meilleurs en aillant les meilleurs partenariats. Animer le stand n’était pas tout : il allait falloir remplir son carnet d’adresse, tisser des liens avec les bonnes personnes et surtout, surtout ne laisser en aucune façon une chance à la concurrence de faire la même chose.<br />
<br />
Le directeur du service communication, Mr Escal avait bien insisté la dessus : pas de prisonnier, pas de fair play, il fallait discréditer l’ennemi et s’accaparer toutes les opportunités. Le marché était prêt pour que l’hégémonie de Sony devienne une réalité au point de reléguer les autres acteurs à des rôles secondaires.<br />
<br />
Pour Rony c’était une vision un peu extrême. Lui était plutôt partisan d’une saine concurrence, vecteur d’émulation mutuel et de liberté pour le client. Mais c’était le genre d’opinion qu’il ne voulait pas afficher  de peur se faire virer.<br />
<br />
En bon petit soldat, Rony allait représenter sa compagnie sans faire d’histoire.<br />
<br />
***<br />
<br />
JOUR 1<br />
<br />
Les stands étaient prêt depuis une semaine au moins mais lorsque Rony arriva sur place il ne put s’empêcher de revérifier encore une fois que tout était opérationnel. Arrivé une heure en avance, trop anxieux qu’il était pour dormir, il voulait à tout prix que ce salon se déroule sans anicroche. La responsable du stand, Madame Monsharp, arriva avec le reste de l’équipe et félicita Rony pour son zèle, ce qui lui valut quelques regards noirs de la part de Mercutio et Ben, ses deux collègues mais néanmoins amis.<br />
<br />
« Alors comme ça tu veux bien te faire voir de lady Monsharp Rony ? » demanda Ben faussement aigri « C’est cool mais on passe pour quoi nous ?<br />
– Désolé les gars… j’étais trop nerveux, fallait que je fasse un truc pour me changer les idées<br />
– Aller t’en fais pas va… » répondit Mercutio paisiblement « on trouvera bien une façon de se venger…  »<br />
<br />
Les trois collègues rirent de bon cœur et se mirent en place, prêt à recevoir le flot des visiteurs qui allait déferler d’ici une demi heure.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le stress des débuts était en train de retomber pour Rony : l’activité allait bon train, et il avait largement de quoi s’occuper pour oublier ses appréhension. Sa zone d’action couvrait 32 positions de jeu équipées chacune d’un grand écran, d’une console, et d’un jeu de démonstration. C’était à lui d’installer les journalistes, de les briefer sur le titre qu’il allait leur présenter, et de leur remettre le dossier de presse adéquat. C’était aussi à lui de garder un œil sur l’horloge afin que les positions ne soient pas monopolisé par les même personnes trop longtemps.<br />
<br />
Rony se sentait bien : il maîtrisait son sujet, gérait parfaitement les timings et mieux encore : il était heureux de vivre cet événement qu’il n’avait connu que par les magazines et les vidéos sur internet. C’est pour cela qu’il fût surpris lorsque Mercutio vint le remplacer en milieu de matinée.<br />
<br />
« Aller champion, tu es libre ! » dit Mercutio en levant la voix pour couvrir le son surpuissant des amplis qui diffusaient de la musique d’ambiance et le bruit de la foule.<br />
– Quoi déjà ? mais il est quelle heure ?<br />
– ha ha ! regardez ça : le p’tit Rony est tellement sur un nuage qu’il n’a même pas vu le temps passé !<br />
– Tu sais, si tu veux je peux prendre ton tour ? » proposa le jeune homme<br />
– J’aimerai bien mais tu sais que la mère Monsharp veut que tout le monde visite qui-tu-sais dans la matinée pour qu’on s’adapte si besoin »<br />
<br />
C’est presque avec déception que Rony laissa sa place sur le stand à Mercutio. Il passa voir Ben pour qu’il lui conseille quoi aller voir en premier, puis signala à madame Monsharp qu’il allait faire sa visite. Cette dernière lui demanda de retirer son gilet portant le logo de l’entreprise afin d’être plus discret s’il devait aller espionner les stands concurrents.<br />
<br />
Pas certains que cela fût une attitude très éthique, Rony se plia cependant à la demande de sa patronne et laissa son gilet au vestiaire avant de déambuler dans le salon.<br />
<br />
Bon sang cette fois il y était : le saint des saints du high tech, là où le futur se conjuguait au présent et où seuls quelques élus pouvait voir avant les autres de quoi demain sera fait. Partout des écrans gigantesque, des installations bourrées d’électroniques, et une profusion de son à vous donner le tournis.<br />
<br />
La foule était relativement dense, mais c’était autre chose que les salons comme le comicon où il était impossible d’avoir plus de 5cm d’espace vital. Rony compara cela à une rue passante un jour de semaine.<br />
<br />
Si d’abord il visita les stands voisins de façon un peu impulsive, se laissant guider par son instinct sans trop réfléchir, Rony estima qu’il devait s’organiser et faire des choix : même les visiteurs les plus acharnés ne pouvait pas visiter l’intégralité des stands, il lui serait donc d’autant plus impossible de le faire vu le travail qui l’attendait. Utilisant une application créer spécialement pour l’événement sur son téléphone, il lista les stands qui l’intéressaient et commença à les visiter en optimisant le plus possible ces déplacements.<br />
<br />
Malgré le côté labyrinthique du LACC rendu encore plus complexe par les stands, Rony parvint à faire toutes les visites qu’il tenait absolument à faire en moins de 2h. C’est là que la fatigue se fit sentir : le stress qui le maintenait en action avait disparut, et la fatigue cumulée était en train de frapper. Le jeune homme décida de s’accorder une pause et de prendre une boisson fraîche : un peu de sucre serait parfait pour se remettre en jambe !<br />
<br />
Rony quitta la zone d’exposition et se rendit dans la zone « staff ». C’était une sorte de territoire neutre où les exposants pouvaient se restaurer et faire une pause loin de leur stand. Il y’avait là des boissons à disposition, la possibilité d’acheter des sandwichs, et surtout un accès vers une des grandes terrasses extérieurs.<br />
<br />
Sans se faire prier, le jeune cadre attrapa un soda et s’installa sur un des bancs de plastique beige. Il avala bruyamment plusieurs gorgées avant de lâcher un soupir de soulagement. Dieu que ça faisait du bien !<br />
<br />
Le ciel bien dégagé laissait le soleil cogner, incitant la plupart des personnes se trouvant dans la zone « staff » à se mettre à l’ombre. Mais Rony lui préférait rester sur son banc, trop content de profiter du beau temps de Californie.<br />
<br />
« Dites : vous me faites une place ? » demanda gentiment une voix sur sa droite<br />
<br />
C’était une jeune femme d’une vingtaine d’année, dont les longs cheveux blonds étaient attaché par une queue de cheval. Elle portait un pantalon en coton ultra moulant gris clair, des baskets grises à la semelle blanche, parsemée de petits motifs rouges et un tshirt blanc très ample  sur lequel était représenté le légendaire symbole de Batman.<br />
<br />
Rony ne trouvait pas ses mots. La jeune femme était très belle, mais ce n’était pas ça le problème. Depuis qu’il était à Los Angeles, il en avait vu des filles « canon » a la plastique parfaite. Mais là, c’était indescriptible : cette jeune femme n’était pas juste une simple beauté charnelle, non, il se dégageait d’elle quelque chose de lumineux, comme une pierre précieuse étincelant dans la nuit. Sa chevelure solaire encadrait son visage d’ange qui resplendissait au milieu des nuages. Ses lèvres délicates et fines, dessinaient un sourire qui aurait brisé le plus dur des cœurs. Rony parvenait à sentir les effluves de son parfum où se mélangeaient des notes fraîches et printanière avec la douceur du miel. C’était comme si Dame printemps en personne lui avait demandée avec la voix douce du murmure de la nuit de la laisser prendre place à ses côtés…<br />
<br />
« Hé ho ?<br />
– Hein ? » sursauta Rony qui s’était perdu dans ses pensées à force de fixer la jeune femme « euh oui pardon excusez moi : j’suis un peu… mais installez vous ! » dit il en se décalant.<br />
<br />
Elle s’installa tranquillement, ouvrit son soda et en avala plusieurs gorgées avant de lâcher un soupir de soulagement.<br />
<br />
« Dieu que ça fait du bien ! » dit elle « J’ai cru que j’allais mourir dans cette fournaise… hey : vous aussi vous prenez du Lemon Joy ? » demanda t’elle en regardant la canette dans la main de Rony « Je croyais être la seule personne sur terre à aimer ce truc !<br />
– Vous plaisantez : c’est moi le fan ultime de Lemon Joy. Je suis même du genre a aimer leur version spéciale qu’ils sortent pour les fêtes… vous savez la version à la cerise ?<br />
– Oula, alors en effet c’est vous qui êtes le plus extrême… Au fait moi c’est Juli » dit la jeune femme en tendant la main<br />
– Enchanté Juli : moi c’est Rony. Je travaille pour…<br />
– Hum… non non non s’il vous plait, me parlez pas de boulot : ici c’est la zone off. Je vais devoir retourner dans la fosse aux lions d’ici 20 min alors laissez moi profiter de ce beau soleil… »<br />
<br />
Juli contempla le ciel, les épaules calé sur le banc.<br />
<br />
« Dites Rony : vous trouvez pas ça dément que des centaines et des centaines de personnes s’enferment là dedans pendant 3 jours alors qu’il à tout ce soleil dehors ?<br />
– J’avoue que je n’y ai jamais réfléchit… Peut être que le monde entier préfère se fabriquer du soleil digital qu’on peut vendre par la suite.<br />
– Parfois les gens me fatiguent vous savez. Et attention, je ne veux pas que vous pensiez que je suis une misanthrope… c’est juste que…<br />
– Que parfois on se demande ce qu’on fait là ?<br />
– Oui… exactement ! on se dit qu’on est pas à la bonne place, et qu’on pourrait avoir tellement mieux dans la vie que ce qu’on nous vends.<br />
– Je vois ce que vous voulez dire. Parfois je me dis que je devrais tout lâcher et ouvrir une boutique de bande dessiné.<br />
– Vous êtes branché BD ?<br />
– Carrément : et vous ? »<br />
<br />
Comme seule réponse, Juli tira sur son tshirt pour mettre en avant le logo du chevalier noir. Rony lui essaya de ne pas fixer exagérément la poitrine de la jeune femme.<br />
<br />
« Bah oui je suis bête… donc vous êtes plutôt DC ?<br />
– Disons que je fais une exception pour le plus grand détective du monde… Je suis plus brancher Marvel en fait. Et vous ? à qui prêtez vous allégeance ? la Ligue des justiciers ou les Vengeurs ?<br />
– Les Vengeurs !<br />
– Côte Est ou côte Ouest ?<br />
– Côte Est évidement<br />
– Et votre héros préféré ?<br />
– Chez les vengeurs vous voulez dire où en général ?<br />
– C’est comme vous le sentez<br />
– Et bien chez les vengeurs ça serait Iron Man…<br />
– Parce qu’il à plein de gadget hein ? » demanda Juli d’un air complice<br />
– Carrément ! On ne s’en rend pas compte mais la technologie nous a tous donner des supers pouvoirs ! regardez le téléphone : c’est un moyen de se parler à distance c’est comme…<br />
– … de la télépathie ! »<br />
<br />
Juli et Rony se regardèrent en souriant : le courant passait clairement bien entre eux deux.<br />
<br />
« Et vous ? » demanda Rony « C’est qui votre héros favori ? Attention : quand je dis héros ça peut être aussi une héroïne.<br />
– Quand j’étais petite, j’étais fan de Wonder Woman… vous savez la vieille série avec Linda Carter. Y’avait une chaîne du câble qui repassait ça en boucle, et moi je la trouvais si… whaouou. C’était elle qui sauvait le mec, et pas l’inverse. Bien sûr c’était encore super macho mais… disons que c’était la première fois que je voyais une nana se battre et être plus forte que des gros balourds. Après en grandissant, je suis passé aux trucs japonais, et là…<br />
– Ne me dites rien : Motoko Kusanagi de Ghost in the shell ?<br />
– Vous m’épatez : comment vous avez deviné ?<br />
– Je sais pas… disons que je vous voyais mal dans la peau de Sailor Moon »<br />
<br />
Éclats de rires<br />
<br />
« Dites pas ça : y’a 2 ans j’ai fait un cosplay de Sailor Venus en convention !<br />
– Vous avez du faire de l’ombre à toutes les concurrentes. Vous êtes faites pour ce costume<br />
– On parle bien de la tenue d’écolière japonaise avec des talons haut ? » demanda Juli moqueuse<br />
<br />
Le bip du téléphone de Rony cassa l’ambiance. C’était l’alarme que je le jeune homme avait réglé pour ne pas être en retard.<br />
<br />
« Arf… la voix de son maitre : désolé je vais devoir y aller…<br />
– On se retrouve à la prochaine pause ? » proposa Juli<br />
– Bonne idée oui ! comme ça on pourra creuser cette question de costume d’écolière »<br />
<br />
Les deux jeunes gens s’échangèrent leur numéro respectif afin de pouvoir prendre leur prochaine pause ensemble.<br />
<br />
Ce petit moment qu’ils avaient passé leur avait laisser un agréable sentiment, la sensation simple d’être heureux parce qu’on s’est senti bien avec quelqu’un. Dans un environnement aussi oppressant que le salon de l’E3, c’était tout bonnement inespéré…<br />
<br />
***<br />
<br />
De retour à son poste, Rony ne chôma pas : il avait encore un peu de temps avant de retourner s’occuper du stand et le mit à profit pour réviser ses fiches produits et aider madame Monsharp à faire le bilan des premiers deal de la matinée.<br />
<br />
La « moisson » avait été très bonne, et des idées de projets avaient germés sur les coins de table. Rien d’officiel, juste des rumeurs et des « et si ? », mais c’était ce genre de conversation qui faisait 2 ou 3 ans plus tard les gros hits qui s’affichaient en tête des ventes. Madame Monsharp avait été ravie du travail de Rony. Elle loua son sérieux et lui prédit un grand avenir dans l’entreprise s’il maintenait ce cap.<br />
<br />
Durant la période entre 13 et 14h, l’équipe fit relâche et laissa le stand au bon soin des stagiaires qui animaient les positions de jeu. Les gros clients étaient tous parti déjeuner, il n’y avaient donc au pire que des journalistes de seconde zone, trop « petit » pour avoir un pass vip.<br />
<br />
Tous déjeunèrent dans le petit local qui leur avait été aménager et qui leur servait tout autant de vestiaire que de salle de réunion improvisé. La trêve fut de courte durée, et tous retournèrent au travail à peine leur café avalé.<br />
<br />
En ce début d’après midi, la foule avait sensiblement augmentée, et cette fois toute l’équipe était sur le pied de guerre. Il fallait sans arrêt aller d’une station à une autre, installer les journalistes aux bornes de tests et répondre avec précision aux questions.<br />
<br />
Au bout d’un moment, Rony sentait qu’il perdait le fil. Il devait regarder ses fiches pour ne pas se tromper, et avait parfois besoin de demander de l’aide à Ben et Mercutio. Ces derniers se rendaient bien compte que leur camarade avait besoin de faire une pause, et ils lui proposèrent de le remplacer afin qu’il puisse se prendre 15min.<br />
<br />
Rony n’en demandait pas tant : il quitta son poste sans même retirer son gilet au logo de la marque et envoya un message à Juli pour l’inviter à le rejoindre dans la zone du staff.<br />
<br />
Une fois sur place Rony ne s’installa pas, ni ne prit de boisson. Il trépignait, tournait, virait, et cherchait en permanence Juli du regard. Ce n’est que lorsque celle ci apparut dans le zone du staff qu’il se calma.<br />
<br />
« Alors : comment ça se passe l’après midi ? » demanda Juli « c’est pas encore trop submergé sur votre stand ?<br />
– Et ben… disons que ça va, avec mes collègues on s’entraide et… On pourrait se dire « tu » ? » demanda soudainement Rony<br />
<br />
Juli acquiesça<br />
<br />
Les deux jeunes gens finirent par parler de tout et de rien, sans ce soucier du salon. Ce qui à la base était une bulle d’oxygène dans une journée chargée devint une rencontre, du genre de celles qui façonnent les amitiés à jamais.<br />
<br />
Juli était une jeune femme passionnée, et bien que son côté geekette donnait l’impression qu’elle était soumise aux clichés du genre, ce n’était qu’une façade qu’elle affichait pour se faire accepter. Depuis toujours en proie à la solitude , elle avait trouvé via ce biais un moyen d’aller vers les autres, sans jamais vraiment pouvoir s’ouvrir complètement.<br />
<br />
Du moins jusqu’à maintenant…<br />
<br />
Auprès de Rony, elle se sentait à l’aise. Il ne la regardait pas juste comme une jolie chose, même si elle sentait poindre du désir dans ses yeux lorsque ceux ci s’aventurait sur les courbes de son corps, et surtout il l’écoutait, et mieux encore : il ne la jugeait pas.<br />
<br />
Le charme du jeune homme distilla lentement en Juli un doux sentiment d’attirance. Elle était subjuguée par sa prestance, son humour et même temps sa simplicité. C’était un jeune homme « entier » et sans demi mesure qui semblait mettre la loyauté au dessus de tout.<br />
<br />
Elle aimait sa frimousse de gamin qui avait grandit trop vite, et l’imaginait parfaitement en gosse de 15 ans qui essayait d’imiter les grands. Juli pouvait sentir malgré tout une forme de mélancolie qui se dégageait de Rony, et lui conférait un charme attendrissant.<br />
<br />
En une dizaine de minutes, chacun arriva à voir l’autre tel qu’il était vraiment, sans fard et sans les artifices de la vie de tous les jours. Cette mise à nu s’était faite aussi bien dans les mots que dans les regards, les attitudes et les silences. Ils eurent l’impression étrange que tout chez l’un était en adéquation avec l’autre, que toutes leurs différences étaient faites pour se compenser et leurs similitudes pour s’additionner.<br />
<br />
Lorsque Rony retourna à son stand, il ne regretta que deux choses : d’avoir eut si peut de temps a passer avec Juli, et de ne pas avoir put l’embrasser à cause de la foule.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le reste de l’après midi, les deux jeunes gens n’arrêtèrent pas de s’envoyer des messages, essayant ainsi de continuer a se découvrir. Bien entendu, cela déconcentra Rony au point que Mercutio le prit à part pour voir ce qui n’allait pas.<br />
<br />
« Rony, qu’est ce qui t’arrives là ? je te sens plus avec nous mon grand<br />
– Non t’en fais pas je…<br />
– Ne me dis pas ça ! t’es collé à ton téléphone depuis que t’es revenu de pause et t’es totalement dans la lune. T’as un souci ?<br />
– C’est… une fille que j’ai rencontré… on s’envoi des messages c’est tout<br />
– Une… oh mais on dirait que mon petit Rony à fait une touche ! » dit Mercutio complice « Elle est comment ? c’est une journaliste ? aller raconte moi !<br />
– C’est une exposante comme nous » raconta Rony trop content de pouvoir se confier un peu « Elle s’appelle Juli et… elle est génial. C’est une fille marrante, pas prise de tête et… quoi : pourquoi tu me regardes comme ça ?<br />
– C’est trop mignon : t’en pince pour elle c’est grave ! moi je pensais que c’était juste un joli petit lot que t’avais branché, mais là t’as l’air raide dingue ! et tu l’a rencontré seulement aujourd’hui ?<br />
– On s’est vu dans la zone staff… ça à tout de suite bien coller. Je crois que j’ai le bégin pour elle<br />
– Doucement cow boy : tu crois pas que tu va un peu vite en besogne ?<br />
– Non, justement c’est la première fois que je suis aussi sûr de moi. C’est pas un coup de cœur à la con, c’est vraiment plus profond que ça.<br />
– Ecoutes Rony, c’est cool si t’as rencontré une nana sympa, mais pour le moment on bosse, alors garde ta dulcinée dans un coin de ta tête jusqu’à à la fin du week end parce que sinon la mère Monsharp va te remonter les bretelles, pigé ? »<br />
<br />
Rony acquiesça et donna une tape amicale sur l’épaule de Mercutio pour le remercier de sa sollicitude. Cependant au fond de lui Rony savait qu’il n’aurait de cesse de penser à Juli…<br />
<br />
***<br />
<br />
Le soir arriva en un éclair. Le stand ne serait plus animé que par les stagiaires afin de recevoir les quelques traînards qui attendait la fin de la journée pour pouvoir passer plus de temps sur les stations de jeux.<br />
<br />
Rony lui n’avait qu’une seule idée en tête : retrouver Juli. A peine avait-il fini de rédiger son compte rendu quotidien qu’il quitta le stand et se précipita vers la zone staff ou l’attendait la jeune femme qui elle avait finie bien plus tôt.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva, elle se tenait debout devant l’entrée de la terrasse, et semblait regarder le ciel, serrant dans ses bras sa veste. Rony se mit à côté d’elle et tout naturellement regarda dans la même direction qu’elle.<br />
<br />
Ce que Juli fixait si intensément, c’était la Lune, claire et brillante qui se dessinait dans la ciel.<br />
<br />
« C’est un joli ciel pour se faire des serments hein ? » demanda Rony<br />
– J’aurai peur d’un serment pareil… la Lune est si changeante, en quoi un serment fait sur elle serait différent ? »<br />
<br />
Sans un mot, Juli s’adossa contre Rony et le lui prit le bras tout en continuant a regarder le ciel.<br />
<br />
« Ce que j’aimerai une fois dans ma vie, c’est un serment qui viendrait du coeur. Un truc tout simple mais vrai, peut être juste 3 mots… » dit elle mélancolique.<br />
– Ah si seulement c’était possible. Mais je ne sais pas si des mots ayant un tel pouvoir existent.<br />
– Moi j’en suis sûre. Je les connais.<br />
– Ah bon ?<br />
<br />
– Oui, 3 mots tout bête… je suis sûre qu’il te feront effet à toi aussi<br />
– Et quel sont ils ?<br />
– On sort ensemble ? »<br />
<br />
En guise de réponse, Rony jeta un rapide coup d’oeil autour de lui puis embrassa Juli.<br />
<br />
« Tu vois j’avais raison » dit elle « ça t’as fait de l’effet… »<br />
<br />
Cette fois ce fût elle qui s’avança pour embrasser le jeune homme.<br />
<br />
***<br />
<br />
JOUR 2<br />
<br />
Rony était fatigué comme jamais. Il avait passé la soirée avec Juli et c’était la mort dans l’âme qu’il l’avait laissée après l’avoir raccompagnée chez elle. Toute la nuit quasiment, ils avaient échangés des mots doux par sms, se promettant de se retrouver encore dans la zone staff.<br />
<br />
C’était cette promesse qui avait permis à Rony de tenir debout malgré la fatigue.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva, Mercutio remarqua immédiatement ses petits yeux et ne manqua pas de le titiller a ce sujet.<br />
<br />
« Alors Rony : la nuit à été courte ? ta belle inconnue t’as empêché de dormir ?<br />
– Rah ! lache moi Mercutio… j’suis pas d’humeur » répondit Rony bougon<br />
– C’est quoi l’histoire ? » demanda Ben curieux<br />
– Figure toi » expliqua Mercutio fripon « que Rony à rencontré l’amour avec un grand A et qu’apparemment cette belle jeune fille à mit a mal son endurance…<br />
– Ca n’a rien à voir ! » dit Rony en levant la voix « on est allé boire un verre et ensuite je l’ai raccompagné chez elle, mais rien de plus… bande de chien en rût, vous n’avez pas de manière !<br />
– Ha ha ! écoutez le le prince charmant ! » se moqua Mercutio « aller Rony fait pas la tête : on rigole<br />
– Ouais bah moi ça me fait pas marrer… »<br />
<br />
C’est alors qu’arriva madame Monsharp, ce qui coupa court à toute conversation.<br />
<br />
« Messieurs… » dit elle de sa voix suave « je peux savoir ce qui se passe ? et vous Rony vous m’avez l’air bien fatigué… »<br />
<br />
Aussitôt Ben et Mercutio firent front pour couvrir Rony.<br />
<br />
« Oh c’est rien madame ! » dit Ben « On taquine Rony parce que cet idiot à passer sa nuit a revoir ses fiches…<br />
– Il se met trop de pression madame Monsharp : dites lui de se calmer, vous il vous écoutera »<br />
<br />
Pas dupe, madame Monsharp laissa malgré tout « couler », préférant laisser un peu de mou dans la « laisse » de ses subordonnés.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le 2eme jour du salon était connu pour être le plus intense : toute l’équipe devait être sur le pied de guerre, et même madame Monsharp était sur le stand a recevoir les plus illustres invités. C’était aussi elle qui avait en charge de s’occuper des interviews télé.<br />
<br />
Rony lui continuait a converser avec Juli. Cette dernière répondait peu, car elle était très solliciter sur son stand. Il fallait qu’elle gérer des animations sur un grand périmètre, et n’avait pas une seconde pour souffler.<br />
<br />
Pour illustrer son propos, Juli envoya une photo d’elle ou on pouvait voir son stand en arrière plan. Il s’agissait de 12 positions de jeux vidéos avec écran géant et sono high tech sans fil.<br />
<br />
Le tout marqué d’un grand X vert sur fond gris…<br />
<br />
« Et merde… » laissa échapper Rony lorsqu’il réalisa que l’élue de son cœur travaillait pour la concurrence.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lors de la première pause de la journée, Rony et Juli se retrouvèrent à nouveau dans la zone staff. Le jeune homme était anxieux et ne savait pas comment aborder le sujet, puis finalement se jeta à l’eau sans préambule. La guerre ouverte entre les deux entreprises pesait sur leur relation, et Rony voulait être sûr qu’il ne causerait pas de tort à son amie. Cette dernière répondit simplement d’un clin d’oeil malicieux et ajouta :<br />
<br />
« N’est ce pas prodigieux que je doive aimer mon ennemi détesté ? »<br />
<br />
Ces mots firent bondir le cœur de Rony. Il y’avait trop de monde autour d’eux pour qu’il puisse faire preuve d’une marque d’affection, mais la jeune femme parvint à lire dans son sourire les baisers qu’il lui adressait.<br />
<br />
Le cœur léger, Rony se dirigea vers son stand, quand soudain il sentit une main le saisir par l’épaule. Il se retourna soudainement et fît face à un imposant gaillard le toisant d’une tête. La cinquantaine, il portait un superbe costume en laine beige à col cranté assorti d’un gilet de la même couleur boutonné jusqu’en haut et surmonté d’une cravate bleue pétrole aux fins motifs de fleurs de lys. Il avait une barbe grise taillé à la perfection qui loin de le vieillir, le rendait encore plus intimidant, comme s’il était un vétéran d’une guerre antique dont il aurait été le grand vainqueur…<br />
<br />
« Vous êtes de chez Sony ? » demanda le quinquagénaire « vous faisiez quoi avec mon employée ? »<br />
<br />
Rony comprit alors à qui il avait à faire en voyant le logo marqué d’un X vert sur fond gris sur son badge. Sans attendre de réponse, il reprit aussitôt :<br />
<br />
« Je vous garde à l’œil mon jeune ami : évitez de vous rapprocher de mon staff, surtout quand vous porter votre gilet avec le nom de la concurrence écrit dessus ! »<br />
<br />
Puis il relâcha Rony et s’en allant aussi soudainement qu’il n’était apparût.<br />
<br />
Un mélange de colère et d’effroi traversa Rony. En d’autre circonstance, il aurait lever la voix contre ce donneur de leçon et défendu son droit à fréquenter qui bon lui plaisait. Mais son élan avait était retenu par la pensée qu’il pouvait nuire à Juli en agissant sans précaution.<br />
<br />
Lorsque Rony revint au stand et raconta son histoire, Ben compris qu’il s’agissait de Jonas Caplet, l’équivalent chez Microsoft de madame Monsharp.<br />
<br />
« Comment tu connais ce type ? » demanda Rony curieux<br />
– Tu verras quant comme moi t’auras 3 ou 4 salons dans les pattes, tu sauras les gens qu’ils faut connaitre… et ceux qu’il faut éviter.<br />
– A ce point ?<br />
– L’an passé madame Monsharp et lui se sont fait une prise de bec monumentale sur la parking parce que Caplet avait soit disant tenter un bad buzz sur nous…<br />
– Il s’est passé quoi ?<br />
– Rien de méchant… y’a eut une panne de courant dans le Hall où on était, du coup c’était forcément  la panique. Mais bon ça à même pas durée 10min. Sauf que quelqu’un était là au bond moment, a photographié la scène et balancer le tout sur twitter en sous entendant qu’on nous avait coupé le courant pour impayé. Du moins ça c’est ce que pense madame Monsharp… on à jamais su à qui était le compte qui avait fait le coup. Et quand bien même ça aurait été lui… de toute façon ces deux là ce détestent depuis des années.<br />
– Je confirme » ajouta Mercutio qui venait de se joindre à la discussion « Un jour on trouva l’un des deux morts poignardé par l’autre…Mais pourquoi il t’es tombé dessus au fait ?<br />
– C’est à cause de Juli… » dit Rony à demi mots<br />
– Juli ? c’est la fameuse beauté de la zone staff ? » demanda Ben<br />
– L’appelle pas comme ça ! » rugit Rony<br />
– Reste tranquille mon biquet ! c’est quoi l’embr… oh non me dit qu’elle roule pour la Xbox !?<br />
– Si… elle est démonstratrice sur leur stand<br />
– Ah c’est mooooche ! » dit Mercutio avec sincérité « J’suis désolé Rony, je savais pas… dommage elle avait l’air sympa<br />
– Comment ça dommage ?<br />
– Bah… tu vas pas continuer à la voir quand même ? Tu sais que si madame Monsharp l’apprend elle te vire sur le champ !<br />
– Ca ne me fait pas peur…<br />
– Oui bien sûr… j’espère qu’ils payent bien chez Microsoft parce que si tu déconnes vous n’aurez qu’un salaire pour deux pendant un moment… et puis sans déconner Rony : va pas foutre ta carrière en l’air ! t’as tout pour réussir, la boss t’adore, tu bosses bien… tout ça pour une nana ? »<br />
<br />
Rony ravala sa hargne, conscient que son ami ne faisait que lui dire ce qui était au mieux de ses intérêts.<br />
<br />
« Les gars… je sais que vous dites ça pour m’aider mais, y’a vraiment un truc avec cette nana. Et je pense que je préfère tenter ma chance quitte à risque ma place plutôt que de la perdre… »<br />
<br />
Mercutio et Ben se regardèrent un instant, puis adressèrent un sourire complice a leurs amis<br />
<br />
« Donc si j’ai bien compris » dit Mercutio en ajoutant un clin d’oeil « Va falloir qu’on te couvre ? »<br />
<br />
Touché par la solidarité de ses amis, Rony leur adressa à chacun une tape sur l’épaule.<br />
<br />
***<br />
<br />
De retour sur son stand, Juli avait été prise à parti par Caplet. Ce dernier n’était pas content d’avoir vu quelqu’un de son staff traîner avec un membre de l’autre camp…<br />
<br />
« Qu’est ce que tu avais dans la tête enfin ! » demanda il à la jeune femme « Il y’a nos logo respectif sur vos vestes ! tu imagines si quelqu’un prenait une photo de vous ? quelle message ça donnerait ?<br />
– Vous êtes en train de me dire que je n’ai pas le droit de m’afficher avec qui je veux quand je porte ce… ce machin ? » répondit Juli en tirant sur le col de sa veste « En quoi c’est contraire à mon contrat ?<br />
– C’est contraire au fait que tu dois représenter la marque Juli ! Ici tu n’es pas toi, tu n’as pas le droit d’être une personne. Lorsqu’on t’as confié ce job, on t’as fait confiance, tu es notre image et tu dois en prendre grand soin<br />
– Mais enfin c’est ridicule ! Quel mal y’a t’il…<br />
– Suffit ! je te demande de ne pas t’afficher avec ce type : point ! Si jamais ça venait a se reproduire, tu auras de gros ennuis jeune fille, tu peux me faire confiance !<br />
– Vous parlez comme mon père… » commenta Juli en tournant le regard et en soupirant<br />
<br />
La jeune femme adressa aussitôt un message à Rony lui expliquant la situation. Il valait mieux que jusqu’à la fin du salon il se tiennent à distance l’un de l’autre afin d’éviter que les choses dégénères. La réponse de Rony bien que de prime abord conciliante, ne laissait planer aucun doute : il était vexé.<br />
<br />
Tout le reste de la journée, les deux jeunes gens n’échangèrent que quelques platitudes, et aucun deux ne retourna à la zone staff de peur d’y croiser l’autre. L’ombre pesante de leur entreprise respective était comme une épée de Damocles sur leur relation.<br />
<br />
***<br />
<br />
JOUR 3<br />
<br />
Lorsque Juli arriva sur le salon, elle aperçut au loin Rony arriver sur le parking. Elle voulut aller vers lui mais se retint et l’appela<br />
<br />
« Rony ? c’est moi… écoutes je suis vraiment désolée pour…<br />
– Je t’en veux pas. Tu fais tes choix, t’es directe… c’est aussi ça que j’aime chez toi. Mais malgré tout je veux que tu saches que ça change rien pour moi, et je me moque que ton patron essaye de me faire virer.<br />
– Je t’en prie ne dit pas n’importe quoi…<br />
– Je suis tombé amoureux dès que je t’ai vu… Tu es trop belle… trop sage… trop sagement belle. Avant toi jamais je n’avais vu la vraie beauté. Juli je t’aime à un degré que tu ne peux pas imaginer. »<br />
<br />
Ces mots plein de sincérité touchèrent la jeune femme droit au cœur.<br />
<br />
« Rony… moi aussi j’ai des sentiments pour toi. Mais je ne sais pas si je me le pardonnerai s’il t’arrivait quelque chose par ma faute. Tu dois arrêter de penser à moi.<br />
– Alors il va falloir m’apprendre à ne plus penser du tout ! Laisse moi venir te voir »<br />
<br />
Juli hésitait. Si elle s’écoutait, elle se serait simplement précipité dans ses bras.<br />
<br />
 » Tu sais ce qui nous arrivera ? tu es prêt à aller jusque là s’il le faut ?<br />
<br />
– Un job ça se retrouve… toi tu es unique »<br />
<br />
La jeune femme, émue aux larmes, demanda à Rony de venir la retrouver sur son stand à midi précise.<br />
<br />
***<br />
<br />
Rony ne cessa de guetter l’heure dans une insupportable attente. Il maudissait cette horloge indolente qui ne se donnait aucune peine à faire défiler le temps qui le séparait de sa belle. Se moquant de tout, il leva à peine la tête lorsque Madame Monsharp le houspilla.<br />
<br />
« Il a été porté à mon attention que vous aviez eut des problèmes avec quelqu’un de chez nos concurrents  ? » demanda la patronne<br />
– Non madame, je n’ai eu aucun problème…<br />
– Ce n’est pas ce qu’a semblé me dire Caplet…<br />
– J’aime à croire qu’il s’est emporté pour rien<br />
<br />
– Rony… vous savez ce que je penses de vous. Vous êtes brillant, mais vous devez comprendre que travailler dans notre maison implique un dévouement qui va au delà de vos attente personnelles. Si vous ne pouvez pas faire ce choix… alors… nous serons tenu de le faire à votre place »<br />
<br />
Madame Monsharp ne termina pas sa phrase, mais Rony comprit parfaitement le message.<br />
<br />
Ayant vu son ami avoir une conversation sérieuse avec la patronne, Mercutio vint au nouvelle<br />
<br />
« Passage de savon ? » demanda t’il sybilin<br />
– Caplet à informé la patronne pour Juli et moi. Elle m’a dit à demi mot que si je continuais de la voir je me ferai virer.<br />
– Et alors ? tu comptes faire quoi ?<br />
– Qu’est ce que tu me conseillerais ?<br />
– Moi ? ah ah Rony tu ne pourra pas prendre pire conseiller ! regarde comment je mène ma vie !<br />
– Peut être mais t’es mon ami Mercutio… »<br />
<br />
Ce dernier passa son bras sur les épaules de son ami et lui murmura :<br />
<br />
« Si l’amour est dur avec toi, sois dur avec lui : perce l’amour qui te perce et possède le !<br />
– … c’est censé vouloir dire quelque chose ?<br />
– Je trouvais que ça sonnait bien… en tout cas dans ma tête. Mais je sais que tu m’as compris pas vrai ?<br />
– Oui, je pense en effet que je t’ai compris… Merci Mercutio »<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était midi.<br />
<br />
Sans ce soucier des conséquences, habité seulement par le plus doux des sentiments, Rony se tenait devant le stand Xbox. Pour le dernier jour, un petit show était prévu, et une estrade avait été installé à cet effet. Tandis qu’il était en train de chercher Juli du regard, il entendit sa voix dans les hauts parleurs…<br />
<br />
« Rony, Je ne suis pas ce symbole pas plus qu’il n’est celui de nos rivaux. Ce ne sont que des logos, nous ne sommes pas eux… »<br />
<br />
La foule était perplexe : quel était cette étrange annonce ?<br />
<br />
Rony lui avait compris : scrutant la scène il aperçut enfin Juli, au sommet de l’échafaudage de l’éclairage, tenant un micro sans fil à la main.<br />
<br />
« Si c’est cette enseigne qui t’empêche de venir vers moi, alors laisse moi lui faire un sort… » dit elle.<br />
<br />
Juli sauta alors dans le vide.<br />
<br />
Rony se précipita sur l’estrade, prêt a amortir sa chute avec son corps s’il le fallait. Mais en moins d’une seconde il réalisa que la jeune femme descendait doucement, comme un ange venu des cieux.<br />
<br />
La jeune femme avait enroulé sa jambe gauche autour d’une corde qu’elle cramponnait fermement de la main gauche. Et tandis qu’elle descendait, la grande bannière marqué d’un X vert sur fond gris se repliait, attachée qu’elle était à l’autre extrémité de la corde.<br />
<br />
Lorsque ce que sa belle toucha le sol, Rony l’enlaça tendrement et sans la moindre gene l’embrassa avant de la serrer dans ses bras.<br />
<br />
La foule applaudit à tout rompre, couvrant les deux amants d’une bienveillante ovation. Et lorsque Caplet voulut intervenir, la voix populaire donna raison aux deux jeunes gens, tant est si bien qu’il ne put que laisser faire en grognant.<br />
<br />
Après ce coup d’éclat, les deux amoureux décidèrent de partir du salon sans attendre. Ils savaient qu’ils seraient renvoyé, mais peu leur importait la mort de leurs carrières. Heureux, il s’en allèrent le coeur léger. Sur les ailes légères de l’amour, ils volèrent par dessus les murs qui s’étaient dressé. Mais les murailles de pierre ne sauraient barrer la route à l’amour.<br />
<br />
Tous les écrans du hall passaient en boucle la scène où Rony et Juli tombait les bras l’un dans l’autre, et c’est une haie d’honneur faite par les visiteurs qui les guida vers la sortie. Les gens applaudissaient, criaient et surtout féliclitaient les deux amoureux.<br />
<br />
Mais alors qu’ils allaient franchir le seuil de la porte, Mercutio leur barra le passage. Le visage sérieux, les bras croisés, il dévisagea les deux jeune gens un long moment puis dit :<br />
<br />
« La peste soit de vos deux familles… »<br />
<br />
Il enlaça alors Rony puis Juli, les félicitant à son tour.<br />
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Et c’est ainsi que les amants de l’E3 connurent un sort plus heureux que leurs homologue de Verone…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Rony et Juli**<br />
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Le mois de juin à Los Angeles avait lieu l’un des plus grand salon du monde, l’Electronic Entertainement Expo (exposition des loisirs électroniques) plus connu sous le nom de E3. Il avait lieu dans le gigantesque Los Angeles Convention Center (LACC) dont les 67 000 m² de surface devenaient le temps d’un week end le plus grand terrain de jeu pour geek existant.<br />
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Entre les grands pontes du milieu qui venaient faire leurs annonces pour les produits phares à sortir l’année à venir et les petits nouveaux qui voulaient rafler la mise en présentant une innovation qui attirerait les investisseurs, on trouvait de tout à l’E3, du jeu vidéo triple A violent et fun en passant par la casserole wifi qui contrôle la température de l’eau afin que les pâtes soient parfaitement « al dente ».<br />
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Réservé aux professionnels, le salon (qui avait fini par ouvrir partiellement ses portes au grand public) restait un événement pour les initiés et les gens du milieu, et les stands n’étaient pas seulement là pour faire joli et titiller la foule, mais bel et bien pour faire du business.<br />
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C’était la première fois que Rony se rendait à l’E3, et il était d’autant plus nerveux qu’il n’y venait pas comme visiteur mais comme exposant. Cadre Junior pour une filiale de Sony, il était chargé d’encadré le segment « jeux vidéo » et de faire des démonstrations aux investisseurs tandis que le reste de l’équipe validerait des partenariats et des opérations marketings. C’était à lui de mettre en avant les qualités des jeux et notamment ce qu’ils avaient de plus que la version concurrente de chez Microsoft.<br />
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Car lorsqu’on parlait de « guerre des consoles » il ne s’agissait pas d’une métaphore : c’était une lutte à mort entre les deux camps pour faire prédominer son support.<br />
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Rony avait toujours connu cette situation d’ambivalence dans le milieu. Lorsqu’il était gamin, c’était déjà la lutte entre Nintendo et Sega : la console blanche contre la console noire. Qu’est ce qui avait changé en 20 ans ? pas grand chose si ce n’est le nom des protagonistes, et au final il y’avait toujours ce dilemme : console noire ou console blanche.<br />
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Les affaires de Sony avait pris un tournant lorsque le dernier bébé de la concurrence c’était méchamment vautré, assurant la prédominance de la machine japonaise. Et à quoi était dû cette chute ? Clairement à un manque de titres phares. C’était tout l’enjeu de la présence de l’équipe de Rony sur l’E3 : rester les meilleurs en aillant les meilleurs partenariats. Animer le stand n’était pas tout : il allait falloir remplir son carnet d’adresse, tisser des liens avec les bonnes personnes et surtout, surtout ne laisser en aucune façon une chance à la concurrence de faire la même chose.<br />
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Le directeur du service communication, Mr Escal avait bien insisté la dessus : pas de prisonnier, pas de fair play, il fallait discréditer l’ennemi et s’accaparer toutes les opportunités. Le marché était prêt pour que l’hégémonie de Sony devienne une réalité au point de reléguer les autres acteurs à des rôles secondaires.<br />
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Pour Rony c’était une vision un peu extrême. Lui était plutôt partisan d’une saine concurrence, vecteur d’émulation mutuel et de liberté pour le client. Mais c’était le genre d’opinion qu’il ne voulait pas afficher  de peur se faire virer.<br />
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En bon petit soldat, Rony allait représenter sa compagnie sans faire d’histoire.<br />
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JOUR 1<br />
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Les stands étaient prêt depuis une semaine au moins mais lorsque Rony arriva sur place il ne put s’empêcher de revérifier encore une fois que tout était opérationnel. Arrivé une heure en avance, trop anxieux qu’il était pour dormir, il voulait à tout prix que ce salon se déroule sans anicroche. La responsable du stand, Madame Monsharp, arriva avec le reste de l’équipe et félicita Rony pour son zèle, ce qui lui valut quelques regards noirs de la part de Mercutio et Ben, ses deux collègues mais néanmoins amis.<br />
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« Alors comme ça tu veux bien te faire voir de lady Monsharp Rony ? » demanda Ben faussement aigri « C’est cool mais on passe pour quoi nous ?<br />
– Désolé les gars… j’étais trop nerveux, fallait que je fasse un truc pour me changer les idées<br />
– Aller t’en fais pas va… » répondit Mercutio paisiblement « on trouvera bien une façon de se venger…  »<br />
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Les trois collègues rirent de bon cœur et se mirent en place, prêt à recevoir le flot des visiteurs qui allait déferler d’ici une demi heure.<br />
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Le stress des débuts était en train de retomber pour Rony : l’activité allait bon train, et il avait largement de quoi s’occuper pour oublier ses appréhension. Sa zone d’action couvrait 32 positions de jeu équipées chacune d’un grand écran, d’une console, et d’un jeu de démonstration. C’était à lui d’installer les journalistes, de les briefer sur le titre qu’il allait leur présenter, et de leur remettre le dossier de presse adéquat. C’était aussi à lui de garder un œil sur l’horloge afin que les positions ne soient pas monopolisé par les même personnes trop longtemps.<br />
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Rony se sentait bien : il maîtrisait son sujet, gérait parfaitement les timings et mieux encore : il était heureux de vivre cet événement qu’il n’avait connu que par les magazines et les vidéos sur internet. C’est pour cela qu’il fût surpris lorsque Mercutio vint le remplacer en milieu de matinée.<br />
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« Aller champion, tu es libre ! » dit Mercutio en levant la voix pour couvrir le son surpuissant des amplis qui diffusaient de la musique d’ambiance et le bruit de la foule.<br />
– Quoi déjà ? mais il est quelle heure ?<br />
– ha ha ! regardez ça : le p’tit Rony est tellement sur un nuage qu’il n’a même pas vu le temps passé !<br />
– Tu sais, si tu veux je peux prendre ton tour ? » proposa le jeune homme<br />
– J’aimerai bien mais tu sais que la mère Monsharp veut que tout le monde visite qui-tu-sais dans la matinée pour qu’on s’adapte si besoin »<br />
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C’est presque avec déception que Rony laissa sa place sur le stand à Mercutio. Il passa voir Ben pour qu’il lui conseille quoi aller voir en premier, puis signala à madame Monsharp qu’il allait faire sa visite. Cette dernière lui demanda de retirer son gilet portant le logo de l’entreprise afin d’être plus discret s’il devait aller espionner les stands concurrents.<br />
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Pas certains que cela fût une attitude très éthique, Rony se plia cependant à la demande de sa patronne et laissa son gilet au vestiaire avant de déambuler dans le salon.<br />
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Bon sang cette fois il y était : le saint des saints du high tech, là où le futur se conjuguait au présent et où seuls quelques élus pouvait voir avant les autres de quoi demain sera fait. Partout des écrans gigantesque, des installations bourrées d’électroniques, et une profusion de son à vous donner le tournis.<br />
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La foule était relativement dense, mais c’était autre chose que les salons comme le comicon où il était impossible d’avoir plus de 5cm d’espace vital. Rony compara cela à une rue passante un jour de semaine.<br />
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Si d’abord il visita les stands voisins de façon un peu impulsive, se laissant guider par son instinct sans trop réfléchir, Rony estima qu’il devait s’organiser et faire des choix : même les visiteurs les plus acharnés ne pouvait pas visiter l’intégralité des stands, il lui serait donc d’autant plus impossible de le faire vu le travail qui l’attendait. Utilisant une application créer spécialement pour l’événement sur son téléphone, il lista les stands qui l’intéressaient et commença à les visiter en optimisant le plus possible ces déplacements.<br />
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Malgré le côté labyrinthique du LACC rendu encore plus complexe par les stands, Rony parvint à faire toutes les visites qu’il tenait absolument à faire en moins de 2h. C’est là que la fatigue se fit sentir : le stress qui le maintenait en action avait disparut, et la fatigue cumulée était en train de frapper. Le jeune homme décida de s’accorder une pause et de prendre une boisson fraîche : un peu de sucre serait parfait pour se remettre en jambe !<br />
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Rony quitta la zone d’exposition et se rendit dans la zone « staff ». C’était une sorte de territoire neutre où les exposants pouvaient se restaurer et faire une pause loin de leur stand. Il y’avait là des boissons à disposition, la possibilité d’acheter des sandwichs, et surtout un accès vers une des grandes terrasses extérieurs.<br />
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Sans se faire prier, le jeune cadre attrapa un soda et s’installa sur un des bancs de plastique beige. Il avala bruyamment plusieurs gorgées avant de lâcher un soupir de soulagement. Dieu que ça faisait du bien !<br />
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Le ciel bien dégagé laissait le soleil cogner, incitant la plupart des personnes se trouvant dans la zone « staff » à se mettre à l’ombre. Mais Rony lui préférait rester sur son banc, trop content de profiter du beau temps de Californie.<br />
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« Dites : vous me faites une place ? » demanda gentiment une voix sur sa droite<br />
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C’était une jeune femme d’une vingtaine d’année, dont les longs cheveux blonds étaient attaché par une queue de cheval. Elle portait un pantalon en coton ultra moulant gris clair, des baskets grises à la semelle blanche, parsemée de petits motifs rouges et un tshirt blanc très ample  sur lequel était représenté le légendaire symbole de Batman.<br />
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Rony ne trouvait pas ses mots. La jeune femme était très belle, mais ce n’était pas ça le problème. Depuis qu’il était à Los Angeles, il en avait vu des filles « canon » a la plastique parfaite. Mais là, c’était indescriptible : cette jeune femme n’était pas juste une simple beauté charnelle, non, il se dégageait d’elle quelque chose de lumineux, comme une pierre précieuse étincelant dans la nuit. Sa chevelure solaire encadrait son visage d’ange qui resplendissait au milieu des nuages. Ses lèvres délicates et fines, dessinaient un sourire qui aurait brisé le plus dur des cœurs. Rony parvenait à sentir les effluves de son parfum où se mélangeaient des notes fraîches et printanière avec la douceur du miel. C’était comme si Dame printemps en personne lui avait demandée avec la voix douce du murmure de la nuit de la laisser prendre place à ses côtés…<br />
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« Hé ho ?<br />
– Hein ? » sursauta Rony qui s’était perdu dans ses pensées à force de fixer la jeune femme « euh oui pardon excusez moi : j’suis un peu… mais installez vous ! » dit il en se décalant.<br />
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Elle s’installa tranquillement, ouvrit son soda et en avala plusieurs gorgées avant de lâcher un soupir de soulagement.<br />
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« Dieu que ça fait du bien ! » dit elle « J’ai cru que j’allais mourir dans cette fournaise… hey : vous aussi vous prenez du Lemon Joy ? » demanda t’elle en regardant la canette dans la main de Rony « Je croyais être la seule personne sur terre à aimer ce truc !<br />
– Vous plaisantez : c’est moi le fan ultime de Lemon Joy. Je suis même du genre a aimer leur version spéciale qu’ils sortent pour les fêtes… vous savez la version à la cerise ?<br />
– Oula, alors en effet c’est vous qui êtes le plus extrême… Au fait moi c’est Juli » dit la jeune femme en tendant la main<br />
– Enchanté Juli : moi c’est Rony. Je travaille pour…<br />
– Hum… non non non s’il vous plait, me parlez pas de boulot : ici c’est la zone off. Je vais devoir retourner dans la fosse aux lions d’ici 20 min alors laissez moi profiter de ce beau soleil… »<br />
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Juli contempla le ciel, les épaules calé sur le banc.<br />
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« Dites Rony : vous trouvez pas ça dément que des centaines et des centaines de personnes s’enferment là dedans pendant 3 jours alors qu’il à tout ce soleil dehors ?<br />
– J’avoue que je n’y ai jamais réfléchit… Peut être que le monde entier préfère se fabriquer du soleil digital qu’on peut vendre par la suite.<br />
– Parfois les gens me fatiguent vous savez. Et attention, je ne veux pas que vous pensiez que je suis une misanthrope… c’est juste que…<br />
– Que parfois on se demande ce qu’on fait là ?<br />
– Oui… exactement ! on se dit qu’on est pas à la bonne place, et qu’on pourrait avoir tellement mieux dans la vie que ce qu’on nous vends.<br />
– Je vois ce que vous voulez dire. Parfois je me dis que je devrais tout lâcher et ouvrir une boutique de bande dessiné.<br />
– Vous êtes branché BD ?<br />
– Carrément : et vous ? »<br />
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Comme seule réponse, Juli tira sur son tshirt pour mettre en avant le logo du chevalier noir. Rony lui essaya de ne pas fixer exagérément la poitrine de la jeune femme.<br />
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« Bah oui je suis bête… donc vous êtes plutôt DC ?<br />
– Disons que je fais une exception pour le plus grand détective du monde… Je suis plus brancher Marvel en fait. Et vous ? à qui prêtez vous allégeance ? la Ligue des justiciers ou les Vengeurs ?<br />
– Les Vengeurs !<br />
– Côte Est ou côte Ouest ?<br />
– Côte Est évidement<br />
– Et votre héros préféré ?<br />
– Chez les vengeurs vous voulez dire où en général ?<br />
– C’est comme vous le sentez<br />
– Et bien chez les vengeurs ça serait Iron Man…<br />
– Parce qu’il à plein de gadget hein ? » demanda Juli d’un air complice<br />
– Carrément ! On ne s’en rend pas compte mais la technologie nous a tous donner des supers pouvoirs ! regardez le téléphone : c’est un moyen de se parler à distance c’est comme…<br />
– … de la télépathie ! »<br />
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Juli et Rony se regardèrent en souriant : le courant passait clairement bien entre eux deux.<br />
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« Et vous ? » demanda Rony « C’est qui votre héros favori ? Attention : quand je dis héros ça peut être aussi une héroïne.<br />
– Quand j’étais petite, j’étais fan de Wonder Woman… vous savez la vieille série avec Linda Carter. Y’avait une chaîne du câble qui repassait ça en boucle, et moi je la trouvais si… whaouou. C’était elle qui sauvait le mec, et pas l’inverse. Bien sûr c’était encore super macho mais… disons que c’était la première fois que je voyais une nana se battre et être plus forte que des gros balourds. Après en grandissant, je suis passé aux trucs japonais, et là…<br />
– Ne me dites rien : Motoko Kusanagi de Ghost in the shell ?<br />
– Vous m’épatez : comment vous avez deviné ?<br />
– Je sais pas… disons que je vous voyais mal dans la peau de Sailor Moon »<br />
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Éclats de rires<br />
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« Dites pas ça : y’a 2 ans j’ai fait un cosplay de Sailor Venus en convention !<br />
– Vous avez du faire de l’ombre à toutes les concurrentes. Vous êtes faites pour ce costume<br />
– On parle bien de la tenue d’écolière japonaise avec des talons haut ? » demanda Juli moqueuse<br />
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Le bip du téléphone de Rony cassa l’ambiance. C’était l’alarme que je le jeune homme avait réglé pour ne pas être en retard.<br />
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« Arf… la voix de son maitre : désolé je vais devoir y aller…<br />
– On se retrouve à la prochaine pause ? » proposa Juli<br />
– Bonne idée oui ! comme ça on pourra creuser cette question de costume d’écolière »<br />
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Les deux jeunes gens s’échangèrent leur numéro respectif afin de pouvoir prendre leur prochaine pause ensemble.<br />
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Ce petit moment qu’ils avaient passé leur avait laisser un agréable sentiment, la sensation simple d’être heureux parce qu’on s’est senti bien avec quelqu’un. Dans un environnement aussi oppressant que le salon de l’E3, c’était tout bonnement inespéré…<br />
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***<br />
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De retour à son poste, Rony ne chôma pas : il avait encore un peu de temps avant de retourner s’occuper du stand et le mit à profit pour réviser ses fiches produits et aider madame Monsharp à faire le bilan des premiers deal de la matinée.<br />
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La « moisson » avait été très bonne, et des idées de projets avaient germés sur les coins de table. Rien d’officiel, juste des rumeurs et des « et si ? », mais c’était ce genre de conversation qui faisait 2 ou 3 ans plus tard les gros hits qui s’affichaient en tête des ventes. Madame Monsharp avait été ravie du travail de Rony. Elle loua son sérieux et lui prédit un grand avenir dans l’entreprise s’il maintenait ce cap.<br />
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Durant la période entre 13 et 14h, l’équipe fit relâche et laissa le stand au bon soin des stagiaires qui animaient les positions de jeu. Les gros clients étaient tous parti déjeuner, il n’y avaient donc au pire que des journalistes de seconde zone, trop « petit » pour avoir un pass vip.<br />
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Tous déjeunèrent dans le petit local qui leur avait été aménager et qui leur servait tout autant de vestiaire que de salle de réunion improvisé. La trêve fut de courte durée, et tous retournèrent au travail à peine leur café avalé.<br />
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En ce début d’après midi, la foule avait sensiblement augmentée, et cette fois toute l’équipe était sur le pied de guerre. Il fallait sans arrêt aller d’une station à une autre, installer les journalistes aux bornes de tests et répondre avec précision aux questions.<br />
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Au bout d’un moment, Rony sentait qu’il perdait le fil. Il devait regarder ses fiches pour ne pas se tromper, et avait parfois besoin de demander de l’aide à Ben et Mercutio. Ces derniers se rendaient bien compte que leur camarade avait besoin de faire une pause, et ils lui proposèrent de le remplacer afin qu’il puisse se prendre 15min.<br />
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Rony n’en demandait pas tant : il quitta son poste sans même retirer son gilet au logo de la marque et envoya un message à Juli pour l’inviter à le rejoindre dans la zone du staff.<br />
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Une fois sur place Rony ne s’installa pas, ni ne prit de boisson. Il trépignait, tournait, virait, et cherchait en permanence Juli du regard. Ce n’est que lorsque celle ci apparut dans le zone du staff qu’il se calma.<br />
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« Alors : comment ça se passe l’après midi ? » demanda Juli « c’est pas encore trop submergé sur votre stand ?<br />
– Et ben… disons que ça va, avec mes collègues on s’entraide et… On pourrait se dire « tu » ? » demanda soudainement Rony<br />
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Juli acquiesça<br />
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Les deux jeunes gens finirent par parler de tout et de rien, sans ce soucier du salon. Ce qui à la base était une bulle d’oxygène dans une journée chargée devint une rencontre, du genre de celles qui façonnent les amitiés à jamais.<br />
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Juli était une jeune femme passionnée, et bien que son côté geekette donnait l’impression qu’elle était soumise aux clichés du genre, ce n’était qu’une façade qu’elle affichait pour se faire accepter. Depuis toujours en proie à la solitude , elle avait trouvé via ce biais un moyen d’aller vers les autres, sans jamais vraiment pouvoir s’ouvrir complètement.<br />
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Du moins jusqu’à maintenant…<br />
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Auprès de Rony, elle se sentait à l’aise. Il ne la regardait pas juste comme une jolie chose, même si elle sentait poindre du désir dans ses yeux lorsque ceux ci s’aventurait sur les courbes de son corps, et surtout il l’écoutait, et mieux encore : il ne la jugeait pas.<br />
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Le charme du jeune homme distilla lentement en Juli un doux sentiment d’attirance. Elle était subjuguée par sa prestance, son humour et même temps sa simplicité. C’était un jeune homme « entier » et sans demi mesure qui semblait mettre la loyauté au dessus de tout.<br />
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Elle aimait sa frimousse de gamin qui avait grandit trop vite, et l’imaginait parfaitement en gosse de 15 ans qui essayait d’imiter les grands. Juli pouvait sentir malgré tout une forme de mélancolie qui se dégageait de Rony, et lui conférait un charme attendrissant.<br />
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En une dizaine de minutes, chacun arriva à voir l’autre tel qu’il était vraiment, sans fard et sans les artifices de la vie de tous les jours. Cette mise à nu s’était faite aussi bien dans les mots que dans les regards, les attitudes et les silences. Ils eurent l’impression étrange que tout chez l’un était en adéquation avec l’autre, que toutes leurs différences étaient faites pour se compenser et leurs similitudes pour s’additionner.<br />
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Lorsque Rony retourna à son stand, il ne regretta que deux choses : d’avoir eut si peut de temps a passer avec Juli, et de ne pas avoir put l’embrasser à cause de la foule.<br />
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***<br />
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Le reste de l’après midi, les deux jeunes gens n’arrêtèrent pas de s’envoyer des messages, essayant ainsi de continuer a se découvrir. Bien entendu, cela déconcentra Rony au point que Mercutio le prit à part pour voir ce qui n’allait pas.<br />
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« Rony, qu’est ce qui t’arrives là ? je te sens plus avec nous mon grand<br />
– Non t’en fais pas je…<br />
– Ne me dis pas ça ! t’es collé à ton téléphone depuis que t’es revenu de pause et t’es totalement dans la lune. T’as un souci ?<br />
– C’est… une fille que j’ai rencontré… on s’envoi des messages c’est tout<br />
– Une… oh mais on dirait que mon petit Rony à fait une touche ! » dit Mercutio complice « Elle est comment ? c’est une journaliste ? aller raconte moi !<br />
– C’est une exposante comme nous » raconta Rony trop content de pouvoir se confier un peu « Elle s’appelle Juli et… elle est génial. C’est une fille marrante, pas prise de tête et… quoi : pourquoi tu me regardes comme ça ?<br />
– C’est trop mignon : t’en pince pour elle c’est grave ! moi je pensais que c’était juste un joli petit lot que t’avais branché, mais là t’as l’air raide dingue ! et tu l’a rencontré seulement aujourd’hui ?<br />
– On s’est vu dans la zone staff… ça à tout de suite bien coller. Je crois que j’ai le bégin pour elle<br />
– Doucement cow boy : tu crois pas que tu va un peu vite en besogne ?<br />
– Non, justement c’est la première fois que je suis aussi sûr de moi. C’est pas un coup de cœur à la con, c’est vraiment plus profond que ça.<br />
– Ecoutes Rony, c’est cool si t’as rencontré une nana sympa, mais pour le moment on bosse, alors garde ta dulcinée dans un coin de ta tête jusqu’à à la fin du week end parce que sinon la mère Monsharp va te remonter les bretelles, pigé ? »<br />
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Rony acquiesça et donna une tape amicale sur l’épaule de Mercutio pour le remercier de sa sollicitude. Cependant au fond de lui Rony savait qu’il n’aurait de cesse de penser à Juli…<br />
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Le soir arriva en un éclair. Le stand ne serait plus animé que par les stagiaires afin de recevoir les quelques traînards qui attendait la fin de la journée pour pouvoir passer plus de temps sur les stations de jeux.<br />
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Rony lui n’avait qu’une seule idée en tête : retrouver Juli. A peine avait-il fini de rédiger son compte rendu quotidien qu’il quitta le stand et se précipita vers la zone staff ou l’attendait la jeune femme qui elle avait finie bien plus tôt.<br />
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Lorsqu’il arriva, elle se tenait debout devant l’entrée de la terrasse, et semblait regarder le ciel, serrant dans ses bras sa veste. Rony se mit à côté d’elle et tout naturellement regarda dans la même direction qu’elle.<br />
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Ce que Juli fixait si intensément, c’était la Lune, claire et brillante qui se dessinait dans la ciel.<br />
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« C’est un joli ciel pour se faire des serments hein ? » demanda Rony<br />
– J’aurai peur d’un serment pareil… la Lune est si changeante, en quoi un serment fait sur elle serait différent ? »<br />
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Sans un mot, Juli s’adossa contre Rony et le lui prit le bras tout en continuant a regarder le ciel.<br />
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« Ce que j’aimerai une fois dans ma vie, c’est un serment qui viendrait du coeur. Un truc tout simple mais vrai, peut être juste 3 mots… » dit elle mélancolique.<br />
– Ah si seulement c’était possible. Mais je ne sais pas si des mots ayant un tel pouvoir existent.<br />
– Moi j’en suis sûre. Je les connais.<br />
– Ah bon ?<br />
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– Oui, 3 mots tout bête… je suis sûre qu’il te feront effet à toi aussi<br />
– Et quel sont ils ?<br />
– On sort ensemble ? »<br />
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En guise de réponse, Rony jeta un rapide coup d’oeil autour de lui puis embrassa Juli.<br />
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« Tu vois j’avais raison » dit elle « ça t’as fait de l’effet… »<br />
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Cette fois ce fût elle qui s’avança pour embrasser le jeune homme.<br />
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JOUR 2<br />
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Rony était fatigué comme jamais. Il avait passé la soirée avec Juli et c’était la mort dans l’âme qu’il l’avait laissée après l’avoir raccompagnée chez elle. Toute la nuit quasiment, ils avaient échangés des mots doux par sms, se promettant de se retrouver encore dans la zone staff.<br />
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C’était cette promesse qui avait permis à Rony de tenir debout malgré la fatigue.<br />
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Lorsqu’il arriva, Mercutio remarqua immédiatement ses petits yeux et ne manqua pas de le titiller a ce sujet.<br />
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« Alors Rony : la nuit à été courte ? ta belle inconnue t’as empêché de dormir ?<br />
– Rah ! lache moi Mercutio… j’suis pas d’humeur » répondit Rony bougon<br />
– C’est quoi l’histoire ? » demanda Ben curieux<br />
– Figure toi » expliqua Mercutio fripon « que Rony à rencontré l’amour avec un grand A et qu’apparemment cette belle jeune fille à mit a mal son endurance…<br />
– Ca n’a rien à voir ! » dit Rony en levant la voix « on est allé boire un verre et ensuite je l’ai raccompagné chez elle, mais rien de plus… bande de chien en rût, vous n’avez pas de manière !<br />
– Ha ha ! écoutez le le prince charmant ! » se moqua Mercutio « aller Rony fait pas la tête : on rigole<br />
– Ouais bah moi ça me fait pas marrer… »<br />
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C’est alors qu’arriva madame Monsharp, ce qui coupa court à toute conversation.<br />
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« Messieurs… » dit elle de sa voix suave « je peux savoir ce qui se passe ? et vous Rony vous m’avez l’air bien fatigué… »<br />
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Aussitôt Ben et Mercutio firent front pour couvrir Rony.<br />
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« Oh c’est rien madame ! » dit Ben « On taquine Rony parce que cet idiot à passer sa nuit a revoir ses fiches…<br />
– Il se met trop de pression madame Monsharp : dites lui de se calmer, vous il vous écoutera »<br />
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Pas dupe, madame Monsharp laissa malgré tout « couler », préférant laisser un peu de mou dans la « laisse » de ses subordonnés.<br />
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Le 2eme jour du salon était connu pour être le plus intense : toute l’équipe devait être sur le pied de guerre, et même madame Monsharp était sur le stand a recevoir les plus illustres invités. C’était aussi elle qui avait en charge de s’occuper des interviews télé.<br />
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Rony lui continuait a converser avec Juli. Cette dernière répondait peu, car elle était très solliciter sur son stand. Il fallait qu’elle gérer des animations sur un grand périmètre, et n’avait pas une seconde pour souffler.<br />
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Pour illustrer son propos, Juli envoya une photo d’elle ou on pouvait voir son stand en arrière plan. Il s’agissait de 12 positions de jeux vidéos avec écran géant et sono high tech sans fil.<br />
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Le tout marqué d’un grand X vert sur fond gris…<br />
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« Et merde… » laissa échapper Rony lorsqu’il réalisa que l’élue de son cœur travaillait pour la concurrence.<br />
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Lors de la première pause de la journée, Rony et Juli se retrouvèrent à nouveau dans la zone staff. Le jeune homme était anxieux et ne savait pas comment aborder le sujet, puis finalement se jeta à l’eau sans préambule. La guerre ouverte entre les deux entreprises pesait sur leur relation, et Rony voulait être sûr qu’il ne causerait pas de tort à son amie. Cette dernière répondit simplement d’un clin d’oeil malicieux et ajouta :<br />
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« N’est ce pas prodigieux que je doive aimer mon ennemi détesté ? »<br />
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Ces mots firent bondir le cœur de Rony. Il y’avait trop de monde autour d’eux pour qu’il puisse faire preuve d’une marque d’affection, mais la jeune femme parvint à lire dans son sourire les baisers qu’il lui adressait.<br />
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Le cœur léger, Rony se dirigea vers son stand, quand soudain il sentit une main le saisir par l’épaule. Il se retourna soudainement et fît face à un imposant gaillard le toisant d’une tête. La cinquantaine, il portait un superbe costume en laine beige à col cranté assorti d’un gilet de la même couleur boutonné jusqu’en haut et surmonté d’une cravate bleue pétrole aux fins motifs de fleurs de lys. Il avait une barbe grise taillé à la perfection qui loin de le vieillir, le rendait encore plus intimidant, comme s’il était un vétéran d’une guerre antique dont il aurait été le grand vainqueur…<br />
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« Vous êtes de chez Sony ? » demanda le quinquagénaire « vous faisiez quoi avec mon employée ? »<br />
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Rony comprit alors à qui il avait à faire en voyant le logo marqué d’un X vert sur fond gris sur son badge. Sans attendre de réponse, il reprit aussitôt :<br />
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« Je vous garde à l’œil mon jeune ami : évitez de vous rapprocher de mon staff, surtout quand vous porter votre gilet avec le nom de la concurrence écrit dessus ! »<br />
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Puis il relâcha Rony et s’en allant aussi soudainement qu’il n’était apparût.<br />
<br />
Un mélange de colère et d’effroi traversa Rony. En d’autre circonstance, il aurait lever la voix contre ce donneur de leçon et défendu son droit à fréquenter qui bon lui plaisait. Mais son élan avait était retenu par la pensée qu’il pouvait nuire à Juli en agissant sans précaution.<br />
<br />
Lorsque Rony revint au stand et raconta son histoire, Ben compris qu’il s’agissait de Jonas Caplet, l’équivalent chez Microsoft de madame Monsharp.<br />
<br />
« Comment tu connais ce type ? » demanda Rony curieux<br />
– Tu verras quant comme moi t’auras 3 ou 4 salons dans les pattes, tu sauras les gens qu’ils faut connaitre… et ceux qu’il faut éviter.<br />
– A ce point ?<br />
– L’an passé madame Monsharp et lui se sont fait une prise de bec monumentale sur la parking parce que Caplet avait soit disant tenter un bad buzz sur nous…<br />
– Il s’est passé quoi ?<br />
– Rien de méchant… y’a eut une panne de courant dans le Hall où on était, du coup c’était forcément  la panique. Mais bon ça à même pas durée 10min. Sauf que quelqu’un était là au bond moment, a photographié la scène et balancer le tout sur twitter en sous entendant qu’on nous avait coupé le courant pour impayé. Du moins ça c’est ce que pense madame Monsharp… on à jamais su à qui était le compte qui avait fait le coup. Et quand bien même ça aurait été lui… de toute façon ces deux là ce détestent depuis des années.<br />
– Je confirme » ajouta Mercutio qui venait de se joindre à la discussion « Un jour on trouva l’un des deux morts poignardé par l’autre…Mais pourquoi il t’es tombé dessus au fait ?<br />
– C’est à cause de Juli… » dit Rony à demi mots<br />
– Juli ? c’est la fameuse beauté de la zone staff ? » demanda Ben<br />
– L’appelle pas comme ça ! » rugit Rony<br />
– Reste tranquille mon biquet ! c’est quoi l’embr… oh non me dit qu’elle roule pour la Xbox !?<br />
– Si… elle est démonstratrice sur leur stand<br />
– Ah c’est mooooche ! » dit Mercutio avec sincérité « J’suis désolé Rony, je savais pas… dommage elle avait l’air sympa<br />
– Comment ça dommage ?<br />
– Bah… tu vas pas continuer à la voir quand même ? Tu sais que si madame Monsharp l’apprend elle te vire sur le champ !<br />
– Ca ne me fait pas peur…<br />
– Oui bien sûr… j’espère qu’ils payent bien chez Microsoft parce que si tu déconnes vous n’aurez qu’un salaire pour deux pendant un moment… et puis sans déconner Rony : va pas foutre ta carrière en l’air ! t’as tout pour réussir, la boss t’adore, tu bosses bien… tout ça pour une nana ? »<br />
<br />
Rony ravala sa hargne, conscient que son ami ne faisait que lui dire ce qui était au mieux de ses intérêts.<br />
<br />
« Les gars… je sais que vous dites ça pour m’aider mais, y’a vraiment un truc avec cette nana. Et je pense que je préfère tenter ma chance quitte à risque ma place plutôt que de la perdre… »<br />
<br />
Mercutio et Ben se regardèrent un instant, puis adressèrent un sourire complice a leurs amis<br />
<br />
« Donc si j’ai bien compris » dit Mercutio en ajoutant un clin d’oeil « Va falloir qu’on te couvre ? »<br />
<br />
Touché par la solidarité de ses amis, Rony leur adressa à chacun une tape sur l’épaule.<br />
<br />
***<br />
<br />
De retour sur son stand, Juli avait été prise à parti par Caplet. Ce dernier n’était pas content d’avoir vu quelqu’un de son staff traîner avec un membre de l’autre camp…<br />
<br />
« Qu’est ce que tu avais dans la tête enfin ! » demanda il à la jeune femme « Il y’a nos logo respectif sur vos vestes ! tu imagines si quelqu’un prenait une photo de vous ? quelle message ça donnerait ?<br />
– Vous êtes en train de me dire que je n’ai pas le droit de m’afficher avec qui je veux quand je porte ce… ce machin ? » répondit Juli en tirant sur le col de sa veste « En quoi c’est contraire à mon contrat ?<br />
– C’est contraire au fait que tu dois représenter la marque Juli ! Ici tu n’es pas toi, tu n’as pas le droit d’être une personne. Lorsqu’on t’as confié ce job, on t’as fait confiance, tu es notre image et tu dois en prendre grand soin<br />
– Mais enfin c’est ridicule ! Quel mal y’a t’il…<br />
– Suffit ! je te demande de ne pas t’afficher avec ce type : point ! Si jamais ça venait a se reproduire, tu auras de gros ennuis jeune fille, tu peux me faire confiance !<br />
– Vous parlez comme mon père… » commenta Juli en tournant le regard et en soupirant<br />
<br />
La jeune femme adressa aussitôt un message à Rony lui expliquant la situation. Il valait mieux que jusqu’à la fin du salon il se tiennent à distance l’un de l’autre afin d’éviter que les choses dégénères. La réponse de Rony bien que de prime abord conciliante, ne laissait planer aucun doute : il était vexé.<br />
<br />
Tout le reste de la journée, les deux jeunes gens n’échangèrent que quelques platitudes, et aucun deux ne retourna à la zone staff de peur d’y croiser l’autre. L’ombre pesante de leur entreprise respective était comme une épée de Damocles sur leur relation.<br />
<br />
***<br />
<br />
JOUR 3<br />
<br />
Lorsque Juli arriva sur le salon, elle aperçut au loin Rony arriver sur le parking. Elle voulut aller vers lui mais se retint et l’appela<br />
<br />
« Rony ? c’est moi… écoutes je suis vraiment désolée pour…<br />
– Je t’en veux pas. Tu fais tes choix, t’es directe… c’est aussi ça que j’aime chez toi. Mais malgré tout je veux que tu saches que ça change rien pour moi, et je me moque que ton patron essaye de me faire virer.<br />
– Je t’en prie ne dit pas n’importe quoi…<br />
– Je suis tombé amoureux dès que je t’ai vu… Tu es trop belle… trop sage… trop sagement belle. Avant toi jamais je n’avais vu la vraie beauté. Juli je t’aime à un degré que tu ne peux pas imaginer. »<br />
<br />
Ces mots plein de sincérité touchèrent la jeune femme droit au cœur.<br />
<br />
« Rony… moi aussi j’ai des sentiments pour toi. Mais je ne sais pas si je me le pardonnerai s’il t’arrivait quelque chose par ma faute. Tu dois arrêter de penser à moi.<br />
– Alors il va falloir m’apprendre à ne plus penser du tout ! Laisse moi venir te voir »<br />
<br />
Juli hésitait. Si elle s’écoutait, elle se serait simplement précipité dans ses bras.<br />
<br />
 » Tu sais ce qui nous arrivera ? tu es prêt à aller jusque là s’il le faut ?<br />
<br />
– Un job ça se retrouve… toi tu es unique »<br />
<br />
La jeune femme, émue aux larmes, demanda à Rony de venir la retrouver sur son stand à midi précise.<br />
<br />
***<br />
<br />
Rony ne cessa de guetter l’heure dans une insupportable attente. Il maudissait cette horloge indolente qui ne se donnait aucune peine à faire défiler le temps qui le séparait de sa belle. Se moquant de tout, il leva à peine la tête lorsque Madame Monsharp le houspilla.<br />
<br />
« Il a été porté à mon attention que vous aviez eut des problèmes avec quelqu’un de chez nos concurrents  ? » demanda la patronne<br />
– Non madame, je n’ai eu aucun problème…<br />
– Ce n’est pas ce qu’a semblé me dire Caplet…<br />
– J’aime à croire qu’il s’est emporté pour rien<br />
<br />
– Rony… vous savez ce que je penses de vous. Vous êtes brillant, mais vous devez comprendre que travailler dans notre maison implique un dévouement qui va au delà de vos attente personnelles. Si vous ne pouvez pas faire ce choix… alors… nous serons tenu de le faire à votre place »<br />
<br />
Madame Monsharp ne termina pas sa phrase, mais Rony comprit parfaitement le message.<br />
<br />
Ayant vu son ami avoir une conversation sérieuse avec la patronne, Mercutio vint au nouvelle<br />
<br />
« Passage de savon ? » demanda t’il sybilin<br />
– Caplet à informé la patronne pour Juli et moi. Elle m’a dit à demi mot que si je continuais de la voir je me ferai virer.<br />
– Et alors ? tu comptes faire quoi ?<br />
– Qu’est ce que tu me conseillerais ?<br />
– Moi ? ah ah Rony tu ne pourra pas prendre pire conseiller ! regarde comment je mène ma vie !<br />
– Peut être mais t’es mon ami Mercutio… »<br />
<br />
Ce dernier passa son bras sur les épaules de son ami et lui murmura :<br />
<br />
« Si l’amour est dur avec toi, sois dur avec lui : perce l’amour qui te perce et possède le !<br />
– … c’est censé vouloir dire quelque chose ?<br />
– Je trouvais que ça sonnait bien… en tout cas dans ma tête. Mais je sais que tu m’as compris pas vrai ?<br />
– Oui, je pense en effet que je t’ai compris… Merci Mercutio »<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était midi.<br />
<br />
Sans ce soucier des conséquences, habité seulement par le plus doux des sentiments, Rony se tenait devant le stand Xbox. Pour le dernier jour, un petit show était prévu, et une estrade avait été installé à cet effet. Tandis qu’il était en train de chercher Juli du regard, il entendit sa voix dans les hauts parleurs…<br />
<br />
« Rony, Je ne suis pas ce symbole pas plus qu’il n’est celui de nos rivaux. Ce ne sont que des logos, nous ne sommes pas eux… »<br />
<br />
La foule était perplexe : quel était cette étrange annonce ?<br />
<br />
Rony lui avait compris : scrutant la scène il aperçut enfin Juli, au sommet de l’échafaudage de l’éclairage, tenant un micro sans fil à la main.<br />
<br />
« Si c’est cette enseigne qui t’empêche de venir vers moi, alors laisse moi lui faire un sort… » dit elle.<br />
<br />
Juli sauta alors dans le vide.<br />
<br />
Rony se précipita sur l’estrade, prêt a amortir sa chute avec son corps s’il le fallait. Mais en moins d’une seconde il réalisa que la jeune femme descendait doucement, comme un ange venu des cieux.<br />
<br />
La jeune femme avait enroulé sa jambe gauche autour d’une corde qu’elle cramponnait fermement de la main gauche. Et tandis qu’elle descendait, la grande bannière marqué d’un X vert sur fond gris se repliait, attachée qu’elle était à l’autre extrémité de la corde.<br />
<br />
Lorsque ce que sa belle toucha le sol, Rony l’enlaça tendrement et sans la moindre gene l’embrassa avant de la serrer dans ses bras.<br />
<br />
La foule applaudit à tout rompre, couvrant les deux amants d’une bienveillante ovation. Et lorsque Caplet voulut intervenir, la voix populaire donna raison aux deux jeunes gens, tant est si bien qu’il ne put que laisser faire en grognant.<br />
<br />
Après ce coup d’éclat, les deux amoureux décidèrent de partir du salon sans attendre. Ils savaient qu’ils seraient renvoyé, mais peu leur importait la mort de leurs carrières. Heureux, il s’en allèrent le coeur léger. Sur les ailes légères de l’amour, ils volèrent par dessus les murs qui s’étaient dressé. Mais les murailles de pierre ne sauraient barrer la route à l’amour.<br />
<br />
Tous les écrans du hall passaient en boucle la scène où Rony et Juli tombait les bras l’un dans l’autre, et c’est une haie d’honneur faite par les visiteurs qui les guida vers la sortie. Les gens applaudissaient, criaient et surtout féliclitaient les deux amoureux.<br />
<br />
Mais alors qu’ils allaient franchir le seuil de la porte, Mercutio leur barra le passage. Le visage sérieux, les bras croisés, il dévisagea les deux jeune gens un long moment puis dit :<br />
<br />
« La peste soit de vos deux familles… »<br />
<br />
Il enlaça alors Rony puis Juli, les félicitant à son tour.<br />
<br />
Et c’est ainsi que les amants de l’E3 connurent un sort plus heureux que leurs homologue de Verone…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Rony et Juli**

Le mois de juin à Los Angeles avait lieu l’un des plus grand salon du monde, l’Electronic Entertainement Expo (exposition des loisirs électroniques) plus connu sous le nom de E3. Il avait lieu dans le gigantesque Los Angeles Convention Center (LACC) dont les 67 000 m² de surface devenaient le temps d’un week end le plus grand terrain de jeu pour geek existant.

Entre les grands pontes du milieu qui venaient faire leurs annonces pour les produits phares à sortir l’année à venir et les petits nouveaux qui voulaient rafler la mise en présentant une innovation qui attirerait les investisseurs, on trouvait de tout à l’E3, du jeu vidéo triple A violent et fun en passant par la casserole wifi qui contrôle la température de l’eau afin que les pâtes soient parfaitement « al dente ».

Réservé aux professionnels, le salon (qui avait fini par ouvrir partiellement ses portes au grand public) restait un événement pour les initiés et les gens du milieu, et les stands n’étaient pas seulement là pour faire joli et titiller la foule, mais bel et bien pour faire du business.

C’était la première fois que Rony se rendait à l’E3, et il était d’autant plus nerveux qu’il n’y venait pas comme visiteur mais comme exposant. Cadre Junior pour une filiale de Sony, il était chargé d’encadré le segment « jeux vidéo » et de faire des démonstrations aux investisseurs tandis que le reste de l’équipe validerait des partenariats et des opérations marketings. C’était à lui de mettre en avant les qualités des jeux et notamment ce qu’ils avaient de plus que la version concurrente de chez Microsoft.

Car lorsqu’on parlait de « guerre des consoles » il ne s’agissait pas d’une métaphore : c’était une lutte à mort entre les deux camps pour faire prédominer son support.

Rony avait toujours connu cette situation d’ambivalence dans le milieu. Lorsqu’il était gamin, c’était déjà la lutte entre Nintendo et Sega : la console blanche contre la console noire. Qu’est ce qui avait changé en 20 ans ? pas grand chose si ce n’est le nom des protagonistes, et au final il y’avait toujours ce dilemme : console noire ou console blanche.

Les affaires de Sony avait pris un tournant lorsque le dernier bébé de la concurrence c’était méchamment vautré, assurant la prédominance de la machine japonaise. Et à quoi était dû cette chute ? Clairement à un manque de titres phares. C’était tout l’enjeu de la présence de l’équipe de Rony sur l’E3 : rester les meilleurs en aillant les meilleurs partenariats. Animer le stand n’était pas tout : il allait falloir remplir son carnet d’adresse, tisser des liens avec les bonnes personnes et surtout, surtout ne laisser en aucune façon une chance à la concurrence de faire la même chose.

Le directeur du service communication, Mr Escal avait bien insisté la dessus : pas de prisonnier, pas de fair play, il fallait discréditer l’ennemi et s’accaparer toutes les opportunités. Le marché était prêt pour que l’hégémonie de Sony devienne une réalité au point de reléguer les autres acteurs à des rôles secondaires.

Pour Rony c’était une vision un peu extrême. Lui était plutôt partisan d’une saine concurrence, vecteur d’émulation mutuel et de liberté pour le client. Mais c’était le genre d’opinion qu’il ne voulait pas afficher  de peur se faire virer.

En bon petit soldat, Rony allait représenter sa compagnie sans faire d’histoire.

***

JOUR 1

Les stands étaient prêt depuis une semaine au moins mais lorsque Rony arriva sur place il ne put s’empêcher de revérifier encore une fois que tout était opérationnel. Arrivé une heure en avance, trop anxieux qu’il était pour dormir, il voulait à tout prix que ce salon se déroule sans anicroche. La responsable du stand, Madame Monsharp, arriva avec le reste de l’équipe et félicita Rony pour son ]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sat, 20 Feb 2016 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-02-20T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Episode 29 - highway to hell]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/episode-29-highway-to-hell/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Highway to Hell**<br />
<br />
Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.<br />
<br />
Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.<br />
<br />
Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.<br />
<br />
Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.<br />
<br />
Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.<br />
<br />
Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?<br />
<br />
La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »<br />
<br />
Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.<br />
<br />
Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :<br />
<br />
« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »<br />
<br />
Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :<br />
<br />
« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »<br />
<br />
Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :<br />
<br />
« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’un autre ! »<br />
<br />
La perplexité du public ne fût pas une grande surprise pour Matty : au bout de quelques siècles à accueillir les morts, il savait parfaitement comment réagissait la foule des nouveaux venus. Comme à chaque fois, il leur laissa un peu de temps pour que l’information soit assimilée.<br />
<br />
Il expliqua à la foule que chacun d’eux était destiné à une des trois zones : Paradis, Purgatoire et Enfer, selon ces actions dans sa vie précédente. Pas de bol : il précisa que puisque la faille dimensionnelle les avait déposés ici, c’est qu’ils étaient voués à la damnation.<br />
<br />
La panique se répandit comme une traîne de poudre : devant l’inévitable, certains partirent en courant à l’opposé de l’estrade. Mais à peine eurent ils fait 50m que le sol d’argile sec se brisa, laissant paraître la bouche emplie de dent acéré d’un prédateur. C’était un Kraglad, une sorte de vers des sables géants qui se jetaient sur tous ceux qui essayaient de prendre la fuite.<br />
<br />
Matty fit un signe de la main pour calmer tout le monde :<br />
<br />
« Ne vous inquiétez pas : c’est juste un petit contretemps : ces personnes seront recraché par la faille dimensionnelle d’ici 24h. Vous êtes en Enfer ici : vous tuer ne vous libère pas »<br />
<br />
Étrangement, certains furent rassurés par l’idée que quoi qu’il arrive il ne pourrait pas « mourir » dans le sens où on l’entend habituellement. Pas de néant éternel, c’était pour beaucoup plus qu’il ne pouvait en espérer.<br />
<br />
Profitant de ce sentiment de soulagement, Matty repris son discours et expliqua les règles aux nouveaux. Chacun devait se présenter au pupitre, s’identifier, et recevoir un ticket de bus pour l’Enfer. Après quoi, chacun monterait à bord d’un des 666 bus qui attendaient derrière le rideau et qui les conduirait sur la route des Enfers jusqu’à Dis, la cité des Enfers.<br />
<br />
Ça faisait beaucoup d’Enfers, mais unanimement la foule acquiesça et se mit en rang pour passer prendre un ticket. Durant l’attente, certains constataient que partout dans la plaine, à des dizaines de kilomètre d’intervalle, ce jouait la même scène : l’estrade, les Kraglad et surtout les bus.<br />
<br />
Ceux-ci avaient fier allure, avec leur peinture rouge vive et les motifs de flammes sur les côtés. Les roues étaient d’un diamètre imposant et couverte de pic, et les pare choc étaient renforcé avec des têtes squelettique d’étranges créatures qui ne devaient clairement pas venir du monde des humains.<br />
<br />
Chaque bus avait son chauffeur qui accueillait ses passagers avec plus ou moins de bonne volonté : entre ceux qui n’en avait rien à faire, ceux qui brutalisaient les nouveaux venus à coup de fouet enflammé et ceux qui distribuait des petites brochures informatives : y’en avait pour tous les goûts.<br />
<br />
Kurt, son billet en main, se dirigea vers le bus 404 comme il était mentionné. Hagard, le jeune garçon de tout juste 18 ans semblait sous l’effet de psychotrope, marchant d’un pas mécanique, les yeux rouges et les cheveux ébouriffé.<br />
<br />
La chauffeuse du bus 404, une démone à la peau bleue et aux yeux jaune scintillant, l’agrippa in extremis alors qu’il allait s’écrouler.<br />
<br />
« Hey : ça va ? C’est quoi ton nom ?<br />
– Je… je m’appelle, Je… Kurt ! Je m’appelle Kurt !<br />
– Salut Kurt : moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– Je… qu’est ce qui m’arrive ?<br />
– C’est rien : ça arrive souvent aux gens qui meurent d’avoir des symptômes comme ça, mais t’en fais pas ça va passer. Tu me fais voir ton billet ? Ok, ça à l’air nickel »<br />
<br />
Avec bienveillance, Nel aida le jeune homme à monter dans le bus et l’installa sur la banquette du fond. Elle demanda aux autres passager de le tenir à l’œil et de la prévenir s’il y’avait quoi que ce soit et  retourna à la porte du bus prendre en charge les autres passagers.<br />
<br />
A sa grande surprise, arriva devant elle un couple de petit vieux nommé Tom et Dana Jones. Ils se tenaient la main comme des gamins, et avaient un énorme sourire, visiblement trop content de franchir les portes de l’au-delà ensemble. Nel les trouva tellement chou qu’elle leur demanda la permission de les prendre en photo avec son téléphone ce qu’ils acceptèrent avec amusement.<br />
<br />
Arriva ensuite Mélissa, une femme d’une trentaine d’année au teint blafard qui semblait fascinée par tout ce qu’elle voyait. Elle toucha des deux mains la carrosserie du bus puis y plaqua son oreille en faisant un signe « chut » avec le doigt. Nel n’osa pas trop la déranger mais la pressa de monter. Mélissa lui expliqua que le bus avait quelque chose à lui dire : il fallait qu’elle soit plus délicate avec le pistolet de la station-service. Nel préféra chasser cette image de sa tête mais ne put s’empêcher de laisser s’échapper un petit rire.<br />
<br />
La démone avait une voix très cristalline pour un ange des ténèbres, ce qui lui valait les moqueries de ses camarades qui eux avaient plutôt des voix grésillantes de chanteur de métal.<br />
<br />
Le dernier passager qui se présenta était un asiatique à la carrure impressionnante.  Il ne portait qu’un pantalon et une paire de chaussure de sécurité, ce qui laissait voir sa musculature parfaitement dessiné, et superbe tatouage en forme de dragon qui occupait tout son dos et dont certaines parties débordaient sur ses épaules.<br />
<br />
« Bonjour ! » dit Nel avec son enthousiasme habituel « Bienvenue dans le bus 404 en direction de Dis ! pourrais-je voir votre ticket s’il vous plait ? »<br />
<br />
L’asiatique resta immobile, son ticket dans la main droite. Il défiait Nel du regard, mettant la démone très mal à l’aise.<br />
<br />
« Euh… monsieur ? »<br />
<br />
L’homme au tatouage répondit dans une langue inconnue de Nel. Visiblement il y’avait eu une erreur d’aiguillage.<br />
<br />
En effet, l’au-delà avait organisé les équipes de transit vers les différentes zones de façon à ce que les démons / anges en charge du processus puissent gérer facilement les personnes. Mais de temps à autre, une personne se retrouvait mal orienté et était largué à un point de récupération où on ne parlait pas sa langue. Cela arrivait souvent lorsqu’une personne mourrait dans un pays étranger.<br />
<br />
Nel compris vaguement que l’homme au tatouage s’appelait Wulong (bien qu’au début elle ait cru qu’il voulait une tasse de thé). Avec moult geste elle parvint à lui faire comprendre qu’il devait monter dans le bus, ce qu’il fit sans discuter avec une discipline toute asiatique (bien que ça soit un cliché que Nel ne voulait pas entretenir plus que de raison).<br />
<br />
Sa liste complète elle monta à bord et salua ses passagers via le microphone installé sur la console de commande du bus :<br />
<br />
« Bonjour à tous : bienvenue sur la route de l’Enfer ! Je m’appelle Nelkykikakokan, mais vous pouvez m’appeler Nel ! Je serai votre chauffeur pour toute la durée du trajet qui est d’environ 6 300km… »<br />
<br />
Les passagers estimèrent donc qu’ils allaient faire l’équivalent d’un voyage New York / Los Angeles, ce qui était métaphoriquement une assez bonne représentation d’un parcours vers l’Enfer.<br />
<br />
Nel repris avec professionnalisme :<br />
<br />
« Durant le trajet je vous donnerait un maximum de détail sur votre séjour et tous les bons coins à connaitre : avant même d’arriver vous serez aussi calé sur l’Enfers que des vrais damnés du moyen âge ! »<br />
<br />
Après les vérifications d’usage, car on ne badinait pas avec la sécurité, Nel ferma la porte du bus et distribua aux passagers une petite collation faites de barres chocolatés et de chips aux vinaigres. Elle s’installa au volant, régla ses rétroviseurs et la caméra de recul, puis s’assura que le déclencheur de son siège éjectable était bien armé.<br />
<br />
Par la fenêtre, elle aperçut un magnifique aéroplane qui ressemblait à un oiseau fait d’or et d’argent, et dont les plumes brillantes reflétaient la lumière divine qui venait d’à travers les nuages.<br />
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« Mesdames et messieurs » annonça Nel avec une pointe d’aigreur « Sur votre gauche vous pouvez voir cette bande de branleur prétentieux d’élu de Dieu, faire route vers le Paradis à bord de cette machine ridicule… pfff : même pas 800 bornes et ça à besoin d’un avion ! Et après ça vient dire que la paresse est un pêché ! »<br />
<br />
La démone fit rugir le moteur qui gronda comme un dragon. Les pots d’échappements en chromes brillant lancèrent de larges flammes sur flanc du véhicule qui s’élança dans un crissement de pneu inexplicable… oui parce que normalement pour ça fasse ce bruit il aurait fallu un sol avec du bitume, et pas une espèce de plaine poussiéreuse… ça vous choque pas plus que ça ?<br />
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***<br />
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La première journée de voyage se déroula sans encombre. Les passagers étaient admiratif du paysage et apprenaient à faire connaissance : après tout, vu l’éternité de damnation qui les attendaient un peu de compagnie ne serait pas du luxe.<br />
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Nel chantait des chansons afin d’apprendre aux nouveaux venus les rudiments du langage démoniaque. Mélissa s’avéra une élève douée, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle avait appris par cœur une chanson démoniaque bien connu chanté sur l’air de « Kickstart my heart » de Motley Crew dont elle reprenait le refrain à tût tête.<br />
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« Woooo ! Yeaaah ! On est sur la route, prêt à être damné ! Woooo ! Yeaaah ! Ça nous fait par peur ! L’Enfer on connait ! »<br />
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Cette ambiance bonne enfant amusait aussi Tom et Dana qui n’avaient pas autant rigolé depuis leurs jeunes années, lorsqu’ils manifestaient pour les droits civiques en 1954.<br />
<br />
Même l’impassible Wulong dodelinait de la tête en rythme, tapant la mesure du plat de la main.<br />
<br />
C’est à ce moment que Kurt sorti de sa léthargie.<br />
<br />
Il observa les passagers du bus, puis se précipita contre la vitre pour regarder alentour : rien que le vide poussiéreux et infini de la grande plaine. Il ne cessait de répéter « oh non… oh non… » la voix pleine d’angoisse.<br />
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Kurt traversa l’allée centrale du bus et demanda à Nel de s’arrêter.<br />
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« Hey ? Kurt ! » réagit la joviale démone de la vitesse « tu vas mieux ? Je me faisais du souci pour toi tu sais ?<br />
– Il faut qu’on s’arrête on a oublié quelqu’un !<br />
– Ah ? Mais qui ça ?<br />
– Cassy, ma petite amie ! Elle était avec moi quand… »<br />
<br />
Nel cala le volant avec ses genoux et attrapa son registre. Sans même regarder la route (ce qui semblait inutile vu que tous les bus avait fini par s’éloigner les uns les autres dans la vaste plaine et qu’il n’y avait aucun obstacle à perte de vue) elle feuilleta les pages, cherchant du doigt le nom des voyageurs.<br />
<br />
Tournant sa tête à 180 dégrée, Nel se mit à compter à haute voix les passagers, puis une fois son compte fini, s’adressa à Kurt en toute innocence :<br />
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« Non pas de souci : tout le monde est là !<br />
– Mais Cassy ! Où est-elle !?<br />
– Je n’en sais rien, mais il n’était pas prévu qu’elle soit là en tout cas !<br />
– Quoi ? Mais… mais c’est pas possible… je… »<br />
<br />
Kurt retourna s’asseoir à l’arrière, totalement apathique.<br />
<br />
Tom et Dona lui adressèrent un regard plein de compassion, puis le vieil homme s’installa à côté de lui.<br />
<br />
« Salut… Kurt c’est ça ? Dis-moi petit, j’ai entendu ce que t’as dit à Nel et… je suis sincèrement désolé pour toi.<br />
– Qu’est ce qui c’est passé putain ? J’étais en train de lui parler et… qu’est-ce que je vais devenir sans elle ?<br />
– Elle… elle est morte avec toi ? Je veux dire, vous avez eu un accident ou un truc dans le genre ? »<br />
<br />
Kurt fixa le vide, les yeux exorbités. Il s’agrippa le crane des deux mains et se recroquevilla doucement.<br />
<br />
« Je… j’en sais rien ! Je sais plus putain : c’est le trou noir ! »<br />
<br />
Dana de son côté ce dirigea vers Nel pour l’avertir de l’état du jeune homme.<br />
<br />
« Nel ? excusez-moi de vous déranger mais je pense que ce jeune garçon, Kurt… il ne va vraiment pas bien…<br />
– Oh ? hum… c’est gênant. Et qu’est-ce qu’il a ? » demanda naïvement Nel.<br />
– Visiblement c’est sa petite amie qui lui manque : vous savez si elle est morte avec lui ? »<br />
<br />
La démone fit signe de la main à Dana d’approcher, puis lorsque celle-ci se fut exécutée, elle lui susurra :<br />
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« Y’a des chances qu’elle soit parti avec l’avion de tout à l’heure… »<br />
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Dana porta sa main à la bouche comme pour retenir la stupéfaction qui venait de la saisir. Elle jeta alors un coup d’œil en direction de Kurt que Tom essayait de réconforter du mieux possible. La vieille dame ne pouvait que trop bien comprendre la peine que ressentait le jeune garçon : qu’aurait elle fait ici sans son mari a ses côtés ?<br />
<br />
Nel l’invita à garder cette information pour elle et d’essayer autant que possible de ne pas donner du grain à moudre à la morosité de Kurt.<br />
<br />
Dana s’installa près du jeune garçon, du côté opposé à Tom. Elle repensa à son propre fils, Jeff, et à sa belle-fille Andréa. Ces deux-là s’aimaient comme pas possible, alors comment réagiraient-ils le jour où l’un des deux mourrait ? En regardant Tom, Dana comprit la chance qu’elle avait d’être avec lui-même dans la mort. Tous les autres, Kurt, Mélissa et Wulong, étaient seuls et abandonnés à leur sort.<br />
<br />
Finalement, il n’y avait que la gentille Nel pour s’occuper d’eux.<br />
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« C’EST LA PAUSE ! » hurla cette dernière en pilant net ce qui fit se dresser l’arrière du bus et se soulever une montagne de poussière. Lorsqu’elle retomba, les passagers purent voir qu’ils étaient arrivés dans une petite station-service a l’étrange nom de « SandCastle »…<br />
<br />
Nel expliqua aux passagers qu’ils avaient droit à 15min de pause pour se dégourdir les jambes et prendre des boissons dans la station-service. Pour le payement, Nel leur recommanda d’utiliser comme monnaie un de leurs souvenirs heureux. Cela leur donnerait d’une part la possibilité de faire des achats (puisque aucun d’eux n’avait de dollars infernaux) mais aussi de se débarrasser d’une chose très encombrante en enfer, à savoir le souvenir de leur ancienne vie.<br />
<br />
Tous refusèrent… enfin on suppose que pour Wulong il s’agissait plus d’une incompréhension que de refus stricto senso.<br />
<br />
Nel tira le pistolet de la pompe et commença à faire le plein du bus, non sans se rappeler ce que lui avait dit Mélissa avant le départ. Elle glissa donc très doucement le pistolet dans la fente du réservoir.<br />
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Le glouglou monotone de la pompe qui déversait son nectar dans le réservoir fût soudain couvert par un lourd bruit de moteur qui attira l’attention de Nel. Avec empressement, elle appela tout le groupe :<br />
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« Hey les amis ! » hurla Nel « ramenez-vous vite par ici s’il vous plait ! »<br />
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Tous obéir, à part Kurt qui était resté prostré à l’intérieur. Wulong s’approcha lui aussi, mais sans doute plus pour faire comme tout le monde que réellement parce qu’il avait compris.<br />
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« Vous voyez ce qui arrive par là-bas ? » demanda Nel<br />
– La grande poussière ? » dit Mélissa « Elle va nous manger ?<br />
– Euh bah ça se discute tu vois » répondit la démone « Ce sont des chasseurs d’âmes : ne les laissez surtout pas vous embrouiller ok ? Sinon vous allez avoir des ennuis ! »<br />
<br />
Tous acquiescèrent et retournèrent marcher un peu.<br />
<br />
Tandis que Nel finissait son plein et replaçait le pistolet sur la pompe, les chasseurs arrivèrent en trombe, se plaçant devant le bus comme pour lui barrer la route. Ils étaient trois, chevauchant d’énormes motos à tête de dragon, recouvertes de piques rouillés et de lames sanguinolentes. Nel les interpella sans trembler :<br />
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« Hey les abrutis ! Barrez-vous de mon bus chemin si vous voulez pas que je bousille vos trottinettes !<br />
– Oula ! Doucement ma mignonne » dit l’un des démons dont la peau était toute couverte d’écaille rougeâtres. « On a parfaitement le droit d’être ici. On propose des supers affaires à tes passagers c’est tout !<br />
– Et si je faisais passer mon poing dans ta gorge jusqu’à ton colon ? Ça serait une bonne affaire pour qui d’après toi ?<br />
– Arrête de te la jouer : tu sais très bien que t’as rien à dire ! »<br />
<br />
Effectivement, les chasseurs d’âmes avaient parfaitement le droit de sillonner le territoire neutre de la plaine du Jugement Dernier pour proposer des contrats aux âmes des défunts qui n’avaient pas encore fait allégeance aux anges où aux démons. Les conducteurs des bus ne devaient pas interférer, tout au plus avaient ils le droit de mettre en garde leurs passagers comme Nel l’avait fait plus tôt.<br />
<br />
L’un des démons descendit de moto et fit quelques pas vers les passagers qui étaient sur le point de remonter dans le bus. Il portait une grande veste de cow boy en cuir et un chapeau qu’il avait surement extorqué à Slash des Gun’s And Roses (car sachez-le, ce dernier était en réalité un démon du heavy métal). Il s’alluma un gros cigare tout sec dont la fumé acide format une épaisse fumée noire et commença son speech avec le même ton qu’un marchand de potion miraculeuse.<br />
<br />
« Bonjour à tous messieurs dame ! » dit le démon « je suis Rickardanrastrastopheles, et je représente des groupes d’intérêt privé qui souhaiteraient vous permettre de faire fructifier votre capital en vous proposant des offres si exclusives qu’elles sont prohibées en Enfer. En effet, ces contrats surpassent largement ceux qui vous seront proposés à Dis, mais malheureusement nous n’avons pas le droit de vous les soumettre là-bas… clause de non concurrence soit disant… enfin bref, si certains d’entre vous ont des souhaits à exaucer, nous vous proposons une étude rapide en 5min et un devis sans engagement de votre part ! »<br />
<br />
La petite troupe était sur la défensive : l’avertissement de Nel avait fait son petit effet. Mais c’est alors que Kurt fit son apparition dans l’encadrement de la porte du bus…<br />
<br />
« Hey ! Vous là ? Rick machin chose… c’est vrai ce que vous dites ? Vous pouvez exaucer un vœu ?<br />
– Mais bien sûr mon gars, c’est notre job ! Pas vrai les gars ? » demanda Rick à ses camarades.<br />
<br />
Les deux chasseurs d’âmes secouèrent la tête en cadence et firent un signe du pouce pour montrer que tout était cool. C’est bien connu, les humains se rassuraient plus facilement quand on faisait ce geste là (du moins c’est ce qu’il pensait après avoir regardé une dizaine de fois tous les épisodes de la série « Happy Days »).<br />
<br />
« Ça serait quoi ton vœu petit ? » demanda Rick un grand sourire aux lèvres<br />
« Je… je veux retrouver ma copine… je veux qu’on soit ensemble !<br />
– Ah ah ! C’est tout ? Mais mon p’tit père ça c’est rien du tout pour des gars comme nous ! Ton vœu on va te l’exaucer en 5min montre en main ! »<br />
<br />
Nel s’interposa et attrapa Rick par le col de son blouson de biker.<br />
<br />
« Écoute-moi bien gros balourd ! Le p’tit est un peu chamboulé, alors tu vas pas lui faire ton numéro de baratineur pigé ?<br />
– Nan mais elle va me lâcher la terreur du volant !? J’ai le droit d’exercer et…<br />
– Trouve toi une autre proie !<br />
– Et comment je…<br />
– Comment tu feras ton business si je te cloue à l’avant de mon bus et que je t’utilise comme bélier pour écraser les Kraglad ? »<br />
<br />
Nel entendit un cliquetis métallique venant de sa droite. L’un des chasseurs avait sorti un fusil à canon scié et le pointait en direction des passagers.<br />
<br />
« Tu fais quoi là ? » demanda Nel inquiète<br />
– A ton avis ? Je la joue stratégique… mesdames et messieurs, permettez-moi de vous initier à nos règles. En tant que démons, moi, mes camarades et la petite demoiselle ici présente ne pouvons être tués au sens où vous autres mortels l’entendez. Cependant, vous autres, si vous êtes tués, vous repartez immédiatement dans le vortex pour être à nouveau largués au beau milieu de la plaine. Evidemment si cela arrive, votre chère conductrice ne pourra pas faire demi-tour et vous serez obligé d’attendre le prochain bus en évitant les Kraglad… si ces derniers vous mangent… rebelote dans le vortex et ce jusqu’à ce que vous tombiez sur un bus. Croyez-moi ça peut prendre du temps. Alors vu que la diplomatie ne vous convient pas, je vais être un peu plus direct ! Faites un vœu n’importe lequel je m’en fiche, mais vendez nous vos âmes ! »<br />
<br />
Rick repoussa Nel d’une pichenette et attrapa dans l’une des grosses sacoches de sa moto une pile de contrat qu’il distribua à Tom, Dana, Mélissa, Kurt et…<br />
<br />
« Bah… il est passé où l’asiatique ? » demanda-il en se tournant vers ses associés.<br />
<br />
Ces derniers étaient toujours juchés sur leurs motos… mis à part qu’il leur manquait la tête.<br />
<br />
Le temps de comprendre, Wulong était déjà en train de le chargé, un katana à la main, prêt à frapper un coup décisif.<br />
<br />
Rick s’écroula par terre et se roula en boule : tout démon qu’il était, le combat n’était clairement pas son fort (ce qui avait fait de lui un chasseur d’âme tout trouvé puisque la majeur partie du boulot était basé sur le baratin) et il avait compris à qui il avait à faire.<br />
<br />
Nel aussi de son côté avait fini par comprendre ce que Wulong faisait ici, et d’où il avait sorti un katana capable de trancher du démon. C’était tout simplement parce qu’il était un moine exorciste, et que son tatouage était le réceptacle énergétique de son arme forgé au feu de sa volonté.<br />
<br />
La lame au fil si parfaitement aiguisé qu’on entendait l’air se déchirer dessus s’approcha de la tête de Rick, mais Nel l’interrompit :<br />
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« Bien joué Wulong ! T’es euh… subarashii ? Euh non ça je crois que ça veut dire délicieux… euh… saikyo ? Hein ?<br />
– Saikyo dessu ? » demanda Wulong dont le nom à consonance chinoise ne laissait pas deviner qu’il parlait un japonais tout à fait convenable.<br />
– Euh… oula t’emballes pas mon grand parce que les deux autres trucs que je sais dire en japonais c’est « je te prie de mourir avec ardeur » et « Non grand frère, pas là : c’est trop gênant »… Baisse ton arme s’il te plait hein ? D’accord ? »<br />
<br />
Se basant sur les gestes que faisait Nel, Wulong comprit sa demande et relâcha sa posture de combat. Nel en profita pour aider Rick à se relever…<br />
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« Aller mon gros : remonte sur ta bécane et fou le camp d’ici avant que je dise à mon pote de te saucissonner façon tempura !<br />
– Mais… les tempuras ce sont des aliments cuits dans une panure ? Tu veux pas plutôt parler de sashimi ?<br />
– Oh ça va hein ! Je m’y connais peut être très mal en cuisine, mais toi et moi on sait ce qui se passera si jamais je le laisse te tailler en cube !<br />
– D’accord d’accord ! Je m’en vais ! Mais qu’il reste tranquille ! »<br />
<br />
Sans demander son reste, Rick monta sur sa moto et s’en alla à toute allure le plus loin possible du bus 404. Wulong passa alors son épée dans son dos, et aussitôt elle redevint son superbe tatouage. Il s’avança ensuite prêt de Nel et se mit à genou devant elle de manière très protocolaire. La démone ne sût pas trop comment réagir…<br />
<br />
« Euh… Merci beaucoup Wulong : tu nous as bien aidé sur ce coup-là mais… euh, t’attends quoi exactement ? »<br />
<br />
Mélissa posa ses mains sur ses épaules et sembla entrer en transe :<br />
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« Oh… je vois ! » dit-elle « il veut se repentir parce qu’en ne réagissant pas immédiatement à ton ordre il t’a déshonorée à cause de son impulsivité… il veut que tu le frappe et qu’ensuite tu l’attaches sur le toit du bus pour qu’il fasse pénitence un jour entier…<br />
– T’arrives à voir tout ça rien qu’en lui tripotant les deltoïdes ? » demanda Nel curieuse « faut que tu m’apprennes ! »<br />
<br />
Pendant que Nel et Mélissa essayaient de convaincre Wulong qu’il n’avait pas besoin d’une séance de bondage sur le toit du bus, et qu’il aurait largement le temps d’expérimenter des sévices imaginatifs une fois arrivé à Dis, Tom et Dana retournèrent auprès de Kurt. Ce dernier tenait dans ses mains un des contrats que les chasseurs d’âmes avaient perdu pendant l’affrontement et essayait vainement de le compléter en se servant du sang qui avait coulé des plaies des démons en guise d’encre.<br />
<br />
Dana posa une main bienveillante sur son épaule et passa l’autre dans les cheveux du jeune garçon qui finit par sangloter bruyamment.<br />
<br />
« Là… c’est fini mon grand. Nel a eu raison de ne pas nous laisser parler à ces charlatans.<br />
– J’aurai pu la retrouvé… je… je peux sûrement trouver d’autres chasseurs…<br />
– Il semble que monsieur Wulong soit une sorte d’exorciste : il n’en laissera pas un seul nous approcher…<br />
– Il faut que je sache où elle est… si elle morte ou bien si… »<br />
<br />
Nel se planta devant Kurt et le redressa sans ménagement, l’empoignant avec force.<br />
<br />
« Ça suffit maintenant Kurt ! J’ai été sympa avec toi parce que t’as eu un réveil difficile, mais maintenant tu vas m’écouter okey ? J’ai vérifié dans les registres, et ta copine voyage en ce moment dans un bel avion fait d’or et d’argent conduit par des emplumés ! C’est une élue de Dieu, et elle va passer le reste de l’éternité au Paradis…<br />
– Je peux peut être la contacter et…<br />
– KURT ! TU NE LA REVERRAS PLUS JAMAIS ! »<br />
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Consciente de la violence de ses propos, Nel blotti la tête de Kurt sur son épaule.<br />
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« Pardonnes moi… j’aurais pas dû dire ça… Kurt je suis tellement désolée… »<br />
<br />
Contrairement aux autres, c’est seulement maintenant que Kurt se senti mourir.<br />
<br />
Le vide, le vrai néant, il venait de s’ouvrir béant dans son cœur et le laissait sans rien. Les souvenirs, les bons moments, la chaleur de son corps contre lui, le son de sa voix, sa façon de remettre ses cheveux derrière ses oreilles, son parfum sur les draps lorsqu’elle se levait avant lui, le claquement de ses pieds nus sur le carrelage, son regard beau à en crever quand il se voyait dedans et qu’il se sentait comme la personne la plus importante au monde parce qu’il pouvait exister dans ses yeux… tout ça c’était parti.<br />
<br />
Aidé par Nel et Wulong qui le soutenaient, Kurt remonta dans le bus et s’effondra, pleurant comme un môme, hurlant des sanglots déchirant qui tiraillait l’âme de tous ceux qui l’entendaient. Tous reprirent place, mais la bonne humeur du départ laissait place à la mélancolie et à la tristesse…<br />
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***<br />
<br />
La seconde journée fût morose. Personne ne parlait, personne ne bougeait de son siège. Même Nel pourtant joyeuse et enthousiaste par nature n’avait plus le cœur à s’amuser. Alors que le bus quittait enfin la plaine pour entrer dans le territoire des enfers, elle prit à peine le temps de raconter les anecdotes qu’elle connaissait sur « la mare des noyés bourrés à l’absinthe » ou sur « la montagne des espoirs déçu de gain au loto » qu’on voyait au loin.<br />
<br />
Elle tira de sa poche un paquet de cigarette dont elle extirpa une tige du bout des dents. Elle l’alluma par pyrokinésie puis lança le paquet sur le tableau de bord. Nel s’était dit qu’elle aurait pu proposer une clope aux autres, mais elle n’avait pas assez de courage en elle pour fixer le regard des passagers. Ce qu’elle avait dit à Kurt avait foudroyé le jeune homme, mais indirectement cela avait aussi affecté les autres.<br />
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L’apparente folie de Mélissa ne faisait que cacher ce qu’elle redoutait : la perte de sa conscience. Typique des victimes de maladie du cerveau.<br />
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L’impassible Wulong lui avait sans doute réalisé qu’il serait toujours et à jamais un étranger perdu au milieu d’un monde qui n’est plus le sien.<br />
<br />
Et que dire de Tom et Dana ?<br />
<br />
On pourrait croire qu’ils étaient les plus chanceux, ensemble même dans la mort, mais la médaille à un revers : ils réalisèrent qu’en permanence ils vivraient dans l’angoisse de se perdre, ne profitant d’aucun moment de paix dans ce monde où on peut vous arracher aux vôtres et vous envoyer à des milliers de kilomètre de distance sans espoir de se revoir…<br />
<br />
Au moins quand votre conjoint meurt sur terre, vous pouvez aller le voir au cimetière, lui rendre visite, lui apporte des fleurs et lui parler en murmurant. Mais ici c’est différents : si l’un des deux était « tué », il tomberait à nouveau au milieu de la grande plaine, à attendre le bus, espérant arriver à destination pour au final retrouver l’autre… mais était-ce seulement possible ? Nel leur avait expliqué que l’Enfer était si dangereux que les simples damnés ne pouvaient espérer y circuler sans risquer de se faire attaquer. Si vous aviez vendu votre âme c’était pire puisque vous ne pouviez quitter la zone qui vous était désigné en fonction de vos fautes. Et autant dire que les couples heureux n’étaient pas légion là-bas…<br />
<br />
Est-ce que l’appréhension de perdre l’autre n’est pas infiniment plus cruelle et douloureuse que de le perdre vraiment ? C’est en tout cas ce que pensait Nel tandis qu’elle accélérait encore et toujours, cherchant dans la vitesse un défouloir, et dans le vrombissement assourdissant du moteur une façon comme une autre de ne plus entendre les lamentations de Kurt.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le troisième jour, Nel décida de laisser le bus se conduire lui-même (ce qui n’avait rien de bien surprenant pour un bus infernal) afin de passer un peu de temps avec les passagers.<br />
<br />
Elle remarqua dans un premier qu’un bien étrange duo s’était formé entre Mélissa et Wulong. Tandis qu’elle essayait de lui apprendre sa langue, ce dernier lui apprenait ce qui semblait être une technique de respiration. Sans vraiment se parler, ces deux-là avaient réussi à nouer des liens d’amitié bien réconfortant lorsqu’on fait route vers les ténèbres.<br />
<br />
Kurt lui était toujours abattu malgré les efforts de Tom et Dana pour lui remonter le moral. La vue du vieux couple était douloureuse et lui rappelait qu’il ne reverrait plus jamais Cassy. Elle demanda au jeune homme si elle pouvait lui parler en privé. Ce dernier accepta mollement, et accompagna Nel sur le toit du bus via un escalier coulissant dissimulé dans le plancher.<br />
<br />
Kurt découvrit qu’il y’avait une banquette escamotable installé sur le toit que Nel ouvrit après quelques efforts avant de se jeter dessus.<br />
<br />
« Ah ! On est trop bien sur ce truc ! Je pourrais passer l’éternité vautrée là a manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! »<br />
<br />
La démone invita Kurt à s’asseoir et se mit à lui parler à cœur ouvert :<br />
<br />
« Écoutes, je voulais te redire à quel point je suis désolé pour Cassy et toi. Mais tu sais ça arrive souvent que des gens soient séparés par la mort.<br />
– Si c’est pour me faire ton baratin de démon c’est pas la peine ! Tu m’as privé de la seule chance que j’avais de…<br />
– Oula oula arrête toi avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter ! J’ai fait ça parce que je savais le genre d’entourloupe qu’ils allaient te faire… pfff, tu crois vraiment que des merdeux de seconds rangs comme eux aurait pu te ramener à elle ? Des démons qui pourraient amener un damné comme toi jusqu’à la porte du Paradis pour rendre visite à une Elue ? ha ha ! Quelle blague ! »<br />
<br />
Kurt resta le regard dans le vague tout en parlant à Nel :<br />
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« Alors du coup il me reste quoi à faire ? Être privé d’elle ça va être ça mon châtiment éternel ?<br />
– Y’a des chances. Je connais pas le détail de ton dossier, mais c’est une punition classique. Le prends pas mal mais… t’aurais pas été un gros connard avant de mourir ? »<br />
<br />
Le jeune homme se pinça les lèvres : c’était difficile de faire preuve d’hypocrisie lorsqu’on roulait à tombeau ouvert en direction de l’Enfer…<br />
<br />
« On se disputaient souvent ces derniers temps. Je lui disais qu’elle ne me comprenait pas, qu’elle m’empêchait de m’épanouir…<br />
– Hum… ah ouais quand même : des belles conneries !<br />
– Un soir je m’étais saoulé et… je suis passé la voir pour parler, histoire de remettre tout à zéro. J’ai voulu la forcer à m’embrasser. Elle s’est débattu alors je… je l’ai giflé…<br />
– Ah d’accord ! Mais en fait fallait commencer par-là : évidement que tu vas en chier ici !<br />
– Je sais que je la méritais pas… mais j’espérais qu’elle pourrait me pardonner… et je… c’est ma faute si elle est morte ! »<br />
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Nel resta interdite, attendant la suite de l’histoire avec anxiété.<br />
<br />
« On était en bagnole, on s’est pris une autre voiture parce que j’étais tellement en colère que… merde putain : j’ai pas juste gâché ma vie je lui ai volé la sienne ! »<br />
<br />
La démone se fit la remarque que Kurt avait sans doute aussi causé la mort des passagers de la voiture d’en face, mais préféra ne pas en rajouter.<br />
<br />
« Kurt mon grand… c’est normal de s’en vouloir… et je dis pas ça pour t’excuser, parce que là ce que tu me décris c’est mon quota habituel de gros connard que je transporte tout le temps. Vous les humains vous êtes parfois incapable de réaliser la chance que vous avez d’être en vie, d’être ensemble, de pouvoir construire des choses… enfin tu me comprends ?<br />
– Je crois…<br />
– Mais bon voilà c’est fait ! T’es mort, elle aussi et maintenant tu dois assumer et faire face à ce qui t’attends. Tu vas finir en Enfer mon grand, c’est une certitude. Y’a pas de plan B, pas de sauvetage miracle, pas de rédemption. Tu y es et c’est comme ça. Par contre, là où tu as le choix et où tu peux faire la différence, c’est comment tu vas continuer ton existence de damné. Et moi je t’aiderai du mieux que je peux. D’accord ? »<br />
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Kurt acquiesça. Il avait du mal à soutenir le regard de Nel, et pas simplement parce que la démone était plutôt jolie ou bien parce qu’elle avait des yeux bizarres jaunes brillants. Il était tout simplement intimidé.<br />
<br />
« – Hier à la station t’as dit qu’on avait intérêt à vendre nos souvenirs… tu crois que ça m’aiderai ?<br />
– Tu ne penseras plus à Cassy, ni aux problèmes que vous aviez. Tu sauras pourquoi tu es là mais tu n’auras plus aucun sentiment. Ça sera déjà ça de moins à supporter…<br />
– Tu es un démon non ? Donc tu pourrais racheter mes souvenirs ?<br />
– En principe oui… mais t’es vraiment sûr de ça ?<br />
– Non… mais ça me fait tellement mal que je ferais n’importe quoi pour que ça s’arrête. Et en même temps… est-ce que ça ne serait pas pire de continuer à exister sans son souvenir ?<br />
– J’en sais rien bonhomme. Peut-être que tu devrais prendre le temps d’y réfléchir. Tu sais quoi ? Attends demain, et si tu es décidé à franchir le pas, alors je te débarrasserais de tes souvenirs avec plaisir… et je te ferai un prix d’ami !<br />
– Merci Nel » dit Kurt en se blottissant contre la démone.<br />
– Pas de quoi bonhomme… pas de quoi… »<br />
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***<br />
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Le reste de la journée fût éclairé d’un jour plus optimiste. Nel avait appris de nouvelles chansons démoniaques à la petite bande et Wulong, avec l’aide de Mélissa, raconta une blague très drôle à propos d’un chat qui souffre d’agoraphobie.<br />
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Tom et Dana racontèrent leurs souvenirs de l’été 1969, lorsque la fièvre hippie avait déferlé. Ils possédaient à l’époque un commerce de détail dans la ville de Kingstown, situé dans le même comté que Woodstock, qui avait été pris d’assaut par les festivaliers. Cela était dû au fait qu’ils étaient les précurseur dans la région du végétalisme et qu’ils proposaient déjà à l’époque des produits qu’on qualifiera aujourd’hui de « commerce équitable ». C’est alors qu’avec un talent insoupçonnable, Wulong fredonna dans sa langue la chanson « with a little help from my friends »<br />
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Le bus tout entier entonna cet hymne, dodelinant de la tête, et battant doucement la mesure.<br />
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***<br />
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L’arrivée était toute proche, et Nel continuait à prodiguer ses bons conseils aux passagers. Ne jamais faire de pari avec un démon d’Asmodée, ne jamais provoquer du regard un démon de la fureur, ne pas se laisser baratiner par les succubes, et surtout SURTOUT garder ses mains sur ses fesses lorsqu’on parlait à un démon téléporteur.<br />
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Cela faisait plusieurs heures qu’on pouvait apercevoir au loin une gigantesque cité aux tours cyclopéennes faites de pics aux courbes étranges. Mélissa demanda alors très sérieusement si le bus se rendait sur le tournage d’un film de Tim Burton.<br />
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Il s’agissait en fait de la cité de Last Cross : l’ultime carrefour avant Dis.<br />
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Construite comme une petite forteresse ceinturant la cité de Dis par le nord, Last Cross servait d’aiguillage entre l’Enfer et le Purgatoire. En effet, certaines âmes pouvaient prétendre à séjourner dans la zone du repentir, tandis que d’autres, suite à des résultats peu concluant, retombaient d’une strate pour finir en Enfer.<br />
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C’est le point de passage obligatoire des bus pour achever leur parcours, et un lieu critique pour les chasseurs d’âmes qui pouvaient y traquer ceux qui leurs avaient échappé dans le désert.<br />
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Nel arrêta le bus à environ 5km de l’entrée principale, puis elle monta sur le toit pour observer les alentours à la jumelle. Comme elle s’y attendait, les motards qu’avait décapités Wulong étaient là à les attendre pour se venger.<br />
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Car si tuer un humain dans ce monde le renvoyait sur la plaine du jugement dernier, tuer un démon l’expédiait illico presto dans les bureaux du service de gestion de l’incompétence situé à Dis… et autant dire que c’était un endroit que les démons fuyaient comme la peste. Les fonctionnaires qui géraient ce bureau étaient des démons de l’intransigeance, une espèce parmi les plus cruelles de tous les cercles infernaux, et ils châtiaient sévèrement ceux qui avaient le malheur de les déranger en se faisant tuer. Ils devaient donc être particulièrement remontés…<br />
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Nel envisagea plusieurs stratégies pour éviter les ennuis. La priorité était de passer la grande herse qui séparait Dis de Last Cross, mais foncer dans le tas était impossible à cause de tous les bus qui faisaient la queue pour passer le long des 9 routes dont l’accès était sévèrement contrôler par des fonctionnaires très tatillons.<br />
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Arrivant discrètement derrière la démone, Mélissa lui mis brusquement les mains sur les yeux ce qui la fît sursauter :<br />
<br />
« Nel… » dit Mélissa d’une voix traînante « le Vent raconte qu’on va avoir des ennuis et que toi seule peut nous aider<br />
– Melissa ! Par pitié me refait plus jamais ça : je suis démone et j’ai failli me faire dessus !<br />
– Le Vent trouve qu’on ne devrait pas rester ici…<br />
– Il a pas tort… on court moins de risque en étant mobile.<br />
– Tout à l’heure le tatouage de Wulong s’est mis à danser sur son dos. Lui aussi il sent le danger.<br />
– Euh… d’accord… t’as pas pris un coup de soleil toi ? »<br />
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Le bus 404 reprit la route et en quelques minutes arriva devant la grande herse. Celle-ci, haute d’une trentaine de mètre, était une ligne de défense lourde en cas d’invasion angélique bien que pour beaucoup c’était un immense gâchis de temps et d’argent vu qu’aucun ange saint d’esprit (ce qu’ils étaient tous) n’aurait voulu mettre les pieds dans un endroit pareil.<br />
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Faisant la queue parmi autres bus, Nel laissa son véhicule en mode automatique et remonta sur le toit faire un peu de surveillance. Elle n’était pas la seule : d’autres conducteurs de bus étaient sur le toit de leur engin, mais pour la plupart c’était simplement pour être tranquille et laisser les humains se lamenter dans le bus.<br />
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Et oui, Nel faisait partie des rares à se soucier de ses passagers.<br />
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Certains avaient simplement comme Nel des banquettes escamotable, là ou d’autres avait carrément des meubles de jardin, une petite sono et un parasol.<br />
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Elle reconnut sur sa droite, à une vingtaine de mètres sur la 5eme route, Loulilalalalidoudadim, un vieil ami de sa famille. C’était notamment lui qui lui avait offert son premier sapin décoratif pour le rétroviseur de son bus lorsqu’elle avait été admise il y’a des siècles de ça.<br />
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« Louuuuu ! Louuuuuuu ! » hurla elle en faisant des grands signes « hey hooooo !!!!<br />
– Ah bah ça par exemple ! » dit-il « La petite Nelkykikakokan ! Mais t’as bien grandie dis donc : t’es canon avec quelques siècles de plus !<br />
– Sacrée Lou… » dit Nel pour elle-même avant de demander plus fort « Comment vont Patashakapatapondon et les enfants ? »<br />
– Oh toute la petite famille va bien, merci de t’en inquiéter. Et ton père ? Toujours à la Hotline ?<br />
– Et oui : toujours au service de nuit. Tu le connais, il ne serait pas capable de faire autre chose !<br />
– Pourquoi est-ce qu’il changerait ? Ce bon vieux Somni est parfaitement à sa place ! »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit puissant venant du fin fond de la plaine résonna. On aurait dit le son d’une corne, dont les vibrations de basse faisaient trembler les lourds chaînons de la herse. Et puis aussitôt, quelqu’un hurla :<br />
<br />
« LES KRAGLAD ! »<br />
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Une meute de milliers de vers des sables déferla comme un tsunami sur les bus, se faufilant entre eux, frappant et griffant de leurs crocs. Ils suivaient une puissante moto qui trainait un cadavre attaché au cadre par une longue chaîne aux maillons épais, et conduite par un démon visiblement très en colère.<br />
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Rick !<br />
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« TOUT LE MONDE SUR LE TOIT ! Ordonna Nel, imité par les autres chauffeurs.<br />
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Les vers des sables n’attaquaient pas les démons, mais raffolaient de chair humaine,  aussi Rick pouvait sans risque rameuter le plus de vers possible pour une ultime attaque sur Last Cross. Peut lui importait que certains en réchappent : il était certain qu’un bon tiers des humains présent allaient être dévorés et donc rejeté par le Vortex dans la plaine ou il pourrait de nouveau tenter de prendre leurs âmes.<br />
<br />
Les démons conducteurs de bus reprirent les commandes de leurs véhicules : il était évident que les fonctionnaires de Last Cross allaient fermer la herse, il fallait donc passer le plus vite possible. Nel ne fit pas exception et reprit les commandes du bus 404 en faisant gronder le moteur.<br />
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« C’est parti bébé ! Défonce moi toutes ces limaces ! » Hurla Mélissa folle de joie à l’ intention du tableau de bord.<br />
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Comme répondant à sa demande, le bus cracha des flammes qui firent s’enflammer les Kraglad se trouvant trop prêt, répandant dans l’air une odeur de poulet grillé.<br />
<br />
Nel fit un détour stratégique pour la gauche : même si cela lui faisait perdre un peu de temps, elle savait qu’en optant pour la route numéro 7, elle pourrait passer plus vite. En effet depuis toujours, les démons avaient une peur panique du chiffre 7, et il n’y avait rien de plus superstitieux qu’un chauffeur de bus. Comme elle le pensait, ils avaient autant que possible prit d’autres routes.<br />
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Le bus 404 accéléra à toute allure, mais le flot de Kraglad venait de partout et plusieurs de ces horribles bestioles parvinrent à passer par une des vitres en grimpant sur les corps mutilé de leurs congénères.<br />
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En un éclair, Wulong s’était levé et avait fait signe aux autres de se réfugier à l’avant du bus près de Nel. Il posa alors la main sur son tatouage qui glissa le long de son bras pour devenir un katana. Avec une maitrise et une assurance digne d’un maître en art martiaux (ou d’un héros de jeu vidéo selon vos références) Wulong trancha net les Kraglad qui s’avançaient. Cependant, il n’avait pas remarqué qu’un des vers, plus malin ou plus chanceux que les autres, avait réussi à ce faufilé sur le côté. Comme un serpent, il bondit droit sur Tom et Dana tout croc dehors.<br />
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Sans même réfléchir, Kurt s’interposa et fit barrage de son corps. La monstrueuse créature lui arracha le bras, faisant hurler le jeune homme. Mais ce n’était pas de la douleur ou de la peur, c’était de la rage, pure et sans limite.<br />
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« SALE MERDE ! FOU LEUR LA PAIX ! » dit-il en frappant de son autre bras le vers des sables avec tant de force qu’il l’explosa contre la portière du bus.<br />
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Wulong qui avait fini d’exterminer les Kraglad qui s’étaient accrochés retourna vers ses amis. Il secoua Kurt qui était comme Ko debout :<br />
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 » Kurt-Kun : Daijōbu desu ka !?<br />
– T’en fais pas mon pote » dit le jeune homme « ça fait juste super mal mais… pourquoi je meurs pas ?<br />
– C’est parce qu’il t’a juste piqué un bras » répondit Nel tout en conduisant à tombeau ouvert « tu seras affaiblit mais ça repoussera avec le temps t’en fait pas »<br />
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Kurt acquiesça d’un air ravi.<br />
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Les ennuis des passagers du bus 404 n’étaient pas finis : La herse était quasi baissée, et il fallait faire vite. Nel compris que le bus n’arriverait jamais à passer à temps, aussi elle envisagea un plan risqué mais pas impossible : le plus tard possible, elle ferait pivoter le bus à 90 degré de façon à ce qu’il fasse barrage aux Kraglad pendant qu’ils fileraient derrière la herse. Le plan semblait simple, mais Tom et Dana ne pourrait jamais aller assez vite, et Kurt était blessé. Nel, Mélissa et Wulong allait chacun devoir porter ou au moins en aider un.<br />
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Wulong s’approcha de Kurt qui était repassé à l’arrière pour surveiller la progression des Kraglad. Le jeune homme lui fit signe de s’approcher, puis sembla lui susurrer quelque chose à l’oreille. Wulong acquiesça en posant sa main fermement sur l’épaule du jeune homme avant de retourner à l’avant.<br />
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« Okey les amis vous êtes prêt ? » demanda Nel « MAINTENANT ! »<br />
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La démone freina d’un coup sec et fit tournoyer le volant avec maitrise. Toute l’accélération du bus fit décoller la partie arrière du sol qui se plaça pile à 90 degrés avant de retomber lourdement. Le bus manqua de se renverser, mais termina finalement sa course dans la position voulue par Nel. Cette dernière ouvrit la porte et fit sortir Dana avec l’aide de Mélissa, puis Tom avec celle de Wulong. Alors qu’elle allait se charger de Kurt, elle vit ce dernier en train de monter sur le toit, l’épée de Wulong à la main.<br />
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« Kurt ! Qu’est-ce que tu fais imbécile !?<br />
– Je vais vous faire gagner du temps ! Dépêchez-vous la herse est presque fermée ! »<br />
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La voix du jeune homme était presque éteinte. La blessure du Kraglad était bien plus grave que ce que Nel avait voulu lui laisser entendre. Si jamais il reprenait une morsure de ce genre, il allait s’écroulé et être dévoré et digéré vivant par les vers des sables.<br />
<br />
« T’avais raison Nel ! » dit Kurt « j’ai déconné : c’est de ma faute si j’ai perdu Cassy… je veux pas que ça soit de ma faute si ces 4  là se séparent ! » dit-il en désignant ses compagnons de route « Toi non plus Nel, je veux pas qu’il t’arrive d’ennui avec tes patrons à cause de moi !<br />
– Kurt… »<br />
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La mort dans l’âme, Nel rattrapa ses compagnons et les aida à avancer vers la herse qui n’était plus ouverte que d’à peine 30cm.<br />
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Vif comme l’éclair, Wulong fit une glissade pour rapidement passer de l’autre côté. Il se retourna et aida Tom à passer en le tirant par les bras, puis il aida Mélissa à en faire de même avec Dana. Nel, en bonne démone de la vitesse passa en accélérer au tout dernier moment.<br />
<br />
La herse termina sa course dans un claquement métallique sinistre.<br />
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A travers les barreaux, les passagers du bus 404 voyaient Kurt combattre les Kraglad comme un beau diable. Animé par une volonté farouche de défendre ses amis, il avait continué à se battre malgré une douzaine de morsures, infligeant des pertes monumental aux vers des sables.<br />
<br />
Cependant la fatigue commençait à gagner du terrain, et le flot des créatures allait finir par le terrasser. Reculant petit à petit, essuyant vague d’attaque après vague, il arriva finalement prêt de la herse. Au loin, il vit Rick dirigeant les vers avec un drôle d’artefact en forme de corne.<br />
<br />
Nel s’avait que c’était la fin.<br />
<br />
« Bravo Kurt » dit Mélissa comme sous l’effet de psychotrope « T’as été… whaaaou. Et ce look sanguinolent c’est très tendance tu sais ! »<br />
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Kurt se mit à rire de bon cœur<br />
<br />
« Merci Mélissa… ça m’a fait plaisir de faire un bout de route avec toi. Wulong ? Je crois que je vais pouvoir faire passer ton épée à travers les barreaux : merci camarade, ça m’a bien aidé »<br />
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Le jeune garçon passa le katana par les barreaux. Lorsque ce dernier reprit sa forme de tatouage, ce fut la main de Wulong qui se trouva dans celle de Kurt.<br />
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« Sarabada… Kurt-kun<br />
– Arigato mon frère… »<br />
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Terrassé de fatigue et de douleur, Kurt mis un genou à terre.<br />
<br />
« Tom ? Dana ? Vous êtes là ?<br />
– Oui Kurt ! » dit la vieille femme « nous sommes là mon grand…<br />
– Vous aussi je voulais vous remercier… d’être ce que vous êtes. Même si j’ai pas pu sauver Cassy, même si j’ai pas pu rester avec elle pour toujours, au moins je vous ai sauvé vous pas vrai ? Au moins j’ai sauvé un bel amour… quelque chose qui en valait la peine ?<br />
– Bien sûr que oui ! On ne pourra jamais assez te remercier Kurt…jamais ! »<br />
<br />
Nel ne savait pas quoi dire. Les chances qu’ils se revoient tous étaient pour ainsi dire quasi nulle.<br />
<br />
« Nel ? »<br />
<br />
Rick avait lancé l’ultime charge : les Kraglad déferlaient vers Kurt comme une vague de chair prête à le tailler en pièce.<br />
<br />
« T’avais promis que tu m’achèterais mes souvenirs pas vrai ? Que tu le laisserais pas me les prendre ?<br />
– Bien sûr ! je t’en donnes…<br />
<br />
– Non laisse tomber : je te les offres. Débarrasse moi de ma peine… tu veux bien ? »<br />
<br />
Nel posa sa main sur le front sanguinolent de Kurt<br />
<br />
« Pas de problème mon pote… »<br />
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Les Kraglad arrivèrent enfin sur leur proie, la dévorant aussi brusquement que brutalement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Kurt se réveilla avec un mal de crane épouvantable. Lorsqu’il regarda autour de lui, il ne vit qu’une gigantesque plaine parsemé de titanesques statues dont certaines semblaient encore en construction. Il avait la sensation que le temps s’était écoulé… mais difficile de savoir depuis combien de temps. Plus étrange encore, il ne se rappelait de presque rien.<br />
<br />
Il marcha dans la plaine, frictionna son bras gauche qui était étrangement courbaturé, un peu comme si un gros chien l’avait mordu tout du long.<br />
<br />
Il finit par apercevoir une grande structure à quelques dizaines de mètre : une estrade, avec un pupitre. Il s’en approcha d’un pas tranquille, comme si rien ne pressait. Il vit alors une jeune femme assise sur le bord de l’estrade, sifflotant un air joyeux qui lui semblait étrangement familier. Lorsqu’il fut prêt d’elle, sans comprendre il se mit à chanter :<br />
<br />
« Oh, I get by with a little help from my friends<br />
Mm, I get high with a little help from my friends<br />
Mm, gonna try with a little help from my friends »<br />
<br />
La jeune femme lui sourit. Elle avait la peau bleue, et des yeux d’un jaune brillants plein de bienveillance et de tendresse.<br />
<br />
« Salut… euh… où sommes-nous ?<br />
– Alors là : pas la moindre idée ! » dit la jeune femme toujours le sourire aux lèvres « mais quelque chose me dit que ce n’est pas le plus important ! »<br />
<br />
Kurt haussa les épaules puis tendit la main :<br />
<br />
« Je m’appelle Kurt<br />
–  moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– démone de… alors c’est l’Enfer ici ?<br />
– Je dirais que ça dépend de ce qu’on y apporte… ça peut être un endroit très chouette parfois »<br />
<br />
Nel descendit de l’estrade et fit signe à Kurt de la suivre. Ils contournèrent l’installation, et derrière le rideau rouge en velours épais se trouvait un bus étrange, rouge vif avec des flammes peintes.<br />
<br />
Nel tendit quelque chose à Kurt qu’il attrapa du bout des doigts :<br />
<br />
« Aller monte ! Je t’ai déjà pris ton ticket » dit la démone en se dirigeant vers le bus.<br />
<br />
Kurt la suivi. Au moment où elle monta, il lui saisit le bras et demanda :<br />
<br />
« Attendez ? C’est vous qui conduisez ce bus non ? »<br />
<br />
Nel fit malicieusement non de la tête tandis qu’elle donnait son propre billet à Loulilalalalidoudadim.<br />
<br />
« Je ne suis qu’une simple passagère : comme toi. T’as de la chance, je vais pouvoir te tenir compagnie jusqu’à destination<br />
– Y’a que nous deux ?<br />
– N’oublie pas Lou quand même ! Mais sinon tu as raison, service spéciale ! Y’a que nous deux.<br />
– C’est cool ! Et bah… merci alors »<br />
<br />
Kurt s’installa devant, mais à peine le bus avait fait quelques mètres qu’il ne se sentit pas à l’aise. Il se leva et s’installa dans le fond.<br />
<br />
« Ah ouais… là c’est mieux… je pourrais passer l’éternité vautrée là à manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! » dit il<br />
<br />
Nel s’installa à côté de lui et commença la discutions<br />
<br />
« T’es célibataire Kurt ?<br />
– Ouha ! T’es directe toi au moins !<br />
– Hum… on peut dire ça… mais te fais pas d’idée, c’est juste histoire de causer.<br />
– Et ben en fait pour tout te dire, et ça va peut-être te paraître complètement dingue, mais j’ai comme un vide dans la tête.<br />
– Oh ? Amnésie ? Comme dans la série Hopital Central ?<br />
– Non c’est plus comme… comme si j’avais fait la paix avec moi-même et que je m’étais débarrassé de… Oh laisse tomber. Parle-moi de toi plutôt : t’es d’ici ?<br />
– Oh que oui. Une vraie fille de la plaine…<br />
– Ah bon ? Dis m’en plus alors. J’aimerai bien avoir des souvenirs dans la tête, même si ce ne sont pas les miens.<br />
– Pas de problème mon pote…  »<br />
<br />
Et c’est ainsi que pendant que le bus 609 roulait à toute allure dans la plaine du jugement dernier en destination de la cité de Dis, Nel raconta à Kurt tous les souvenirs heureux qu’il lui avait offert. Car même si dans le lot certains étaient triste, il avait quand même un gout de nostalgie qui faisait du bien. Car en fin de compte au cœur des ténèbres, dans la cité de Dis, ce qui rendait heureux c’était parfois quelque chose d’aussi simple que le souvenir fugace d’un bon moment passer à chanter des chansons…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Highway to Hell**<br />
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Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.<br />
<br />
Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.<br />
<br />
Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.<br />
<br />
Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.<br />
<br />
Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.<br />
<br />
Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?<br />
<br />
La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »<br />
<br />
Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.<br />
<br />
Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :<br />
<br />
« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »<br />
<br />
Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :<br />
<br />
« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »<br />
<br />
Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :<br />
<br />
« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’un autre ! »<br />
<br />
La perplexité du public ne fût pas une grande surprise pour Matty : au bout de quelques siècles à accueillir les morts, il savait parfaitement comment réagissait la foule des nouveaux venus. Comme à chaque fois, il leur laissa un peu de temps pour que l’information soit assimilée.<br />
<br />
Il expliqua à la foule que chacun d’eux était destiné à une des trois zones : Paradis, Purgatoire et Enfer, selon ces actions dans sa vie précédente. Pas de bol : il précisa que puisque la faille dimensionnelle les avait déposés ici, c’est qu’ils étaient voués à la damnation.<br />
<br />
La panique se répandit comme une traîne de poudre : devant l’inévitable, certains partirent en courant à l’opposé de l’estrade. Mais à peine eurent ils fait 50m que le sol d’argile sec se brisa, laissant paraître la bouche emplie de dent acéré d’un prédateur. C’était un Kraglad, une sorte de vers des sables géants qui se jetaient sur tous ceux qui essayaient de prendre la fuite.<br />
<br />
Matty fit un signe de la main pour calmer tout le monde :<br />
<br />
« Ne vous inquiétez pas : c’est juste un petit contretemps : ces personnes seront recraché par la faille dimensionnelle d’ici 24h. Vous êtes en Enfer ici : vous tuer ne vous libère pas »<br />
<br />
Étrangement, certains furent rassurés par l’idée que quoi qu’il arrive il ne pourrait pas « mourir » dans le sens où on l’entend habituellement. Pas de néant éternel, c’était pour beaucoup plus qu’il ne pouvait en espérer.<br />
<br />
Profitant de ce sentiment de soulagement, Matty repris son discours et expliqua les règles aux nouveaux. Chacun devait se présenter au pupitre, s’identifier, et recevoir un ticket de bus pour l’Enfer. Après quoi, chacun monterait à bord d’un des 666 bus qui attendaient derrière le rideau et qui les conduirait sur la route des Enfers jusqu’à Dis, la cité des Enfers.<br />
<br />
Ça faisait beaucoup d’Enfers, mais unanimement la foule acquiesça et se mit en rang pour passer prendre un ticket. Durant l’attente, certains constataient que partout dans la plaine, à des dizaines de kilomètre d’intervalle, ce jouait la même scène : l’estrade, les Kraglad et surtout les bus.<br />
<br />
Ceux-ci avaient fier allure, avec leur peinture rouge vive et les motifs de flammes sur les côtés. Les roues étaient d’un diamètre imposant et couverte de pic, et les pare choc étaient renforcé avec des têtes squelettique d’étranges créatures qui ne devaient clairement pas venir du monde des humains.<br />
<br />
Chaque bus avait son chauffeur qui accueillait ses passagers avec plus ou moins de bonne volonté : entre ceux qui n’en avait rien à faire, ceux qui brutalisaient les nouveaux venus à coup de fouet enflammé et ceux qui distribuait des petites brochures informatives : y’en avait pour tous les goûts.<br />
<br />
Kurt, son billet en main, se dirigea vers le bus 404 comme il était mentionné. Hagard, le jeune garçon de tout juste 18 ans semblait sous l’effet de psychotrope, marchant d’un pas mécanique, les yeux rouges et les cheveux ébouriffé.<br />
<br />
La chauffeuse du bus 404, une démone à la peau bleue et aux yeux jaune scintillant, l’agrippa in extremis alors qu’il allait s’écrouler.<br />
<br />
« Hey : ça va ? C’est quoi ton nom ?<br />
– Je… je m’appelle, Je… Kurt ! Je m’appelle Kurt !<br />
– Salut Kurt : moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– Je… qu’est ce qui m’arrive ?<br />
– C’est rien : ça arrive souvent aux gens qui meurent d’avoir des symptômes comme ça, mais t’en fais pas ça va passer. Tu me fais voir ton billet ? Ok, ça à l’air nickel »<br />
<br />
Avec bienveillance, Nel aida le jeune homme à monter dans le bus et l’installa sur la banquette du fond. Elle demanda aux autres passager de le tenir à l’œil et de la prévenir s’il y’avait quoi que ce soit et  retourna à la porte du bus prendre en charge les autres passagers.<br />
<br />
A sa grande surprise, arriva devant elle un couple de petit vieux nommé Tom et Dana Jones. Ils se tenaient la main comme des gamins, et avaient un énorme sourire, visiblement trop content de franchir les portes de l’au-delà ensemble. Nel les trouva tellement chou qu’elle leur demanda la permission de les prendre en photo avec son téléphone ce qu’ils acceptèrent avec amusement.<br />
<br />
Arriva ensuite Mélissa, une femme d’une trentaine d’année au teint blafard qui semblait fascinée par tout ce qu’elle voyait. Elle toucha des deux mains la carrosserie du bus puis y plaqua son oreille en faisant un signe « chut » avec le doigt. Nel n’osa pas trop la déranger mais la pressa de monter. Mélissa lui expliqua que le bus avait quelque chose à lui dire : il fallait qu’elle soit plus délicate avec le pistolet de la station-service. Nel préféra chasser cette image de sa tête mais ne put s’empêcher de laisser s’échapper un petit rire.<br />
<br />
La démone avait une voix très cristalline pour un ange des ténèbres, ce qui lui valait les moqueries de ses camarades qui eux avaient plutôt des voix grésillantes de chanteur de métal.<br />
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Le dernier passager qui se présenta était un asiatique à la carrure impressionnante.  Il ne portait qu’un pantalon et une paire de chaussure de sécurité, ce qui laissait voir sa musculature parfaitement dessiné, et superbe tatouage en forme de dragon qui occupait tout son dos et dont certaines parties débordaient sur ses épaules.<br />
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« Bonjour ! » dit Nel avec son enthousiasme habituel « Bienvenue dans le bus 404 en direction de Dis ! pourrais-je voir votre ticket s’il vous plait ? »<br />
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L’asiatique resta immobile, son ticket dans la main droite. Il défiait Nel du regard, mettant la démone très mal à l’aise.<br />
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« Euh… monsieur ? »<br />
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L’homme au tatouage répondit dans une langue inconnue de Nel. Visiblement il y’avait eu une erreur d’aiguillage.<br />
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En effet, l’au-delà avait organisé les équipes de transit vers les différentes zones de façon à ce que les démons / anges en charge du processus puissent gérer facilement les personnes. Mais de temps à autre, une personne se retrouvait mal orienté et était largué à un point de récupération où on ne parlait pas sa langue. Cela arrivait souvent lorsqu’une personne mourrait dans un pays étranger.<br />
<br />
Nel compris vaguement que l’homme au tatouage s’appelait Wulong (bien qu’au début elle ait cru qu’il voulait une tasse de thé). Avec moult geste elle parvint à lui faire comprendre qu’il devait monter dans le bus, ce qu’il fit sans discuter avec une discipline toute asiatique (bien que ça soit un cliché que Nel ne voulait pas entretenir plus que de raison).<br />
<br />
Sa liste complète elle monta à bord et salua ses passagers via le microphone installé sur la console de commande du bus :<br />
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« Bonjour à tous : bienvenue sur la route de l’Enfer ! Je m’appelle Nelkykikakokan, mais vous pouvez m’appeler Nel ! Je serai votre chauffeur pour toute la durée du trajet qui est d’environ 6 300km… »<br />
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Les passagers estimèrent donc qu’ils allaient faire l’équivalent d’un voyage New York / Los Angeles, ce qui était métaphoriquement une assez bonne représentation d’un parcours vers l’Enfer.<br />
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Nel repris avec professionnalisme :<br />
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« Durant le trajet je vous donnerait un maximum de détail sur votre séjour et tous les bons coins à connaitre : avant même d’arriver vous serez aussi calé sur l’Enfers que des vrais damnés du moyen âge ! »<br />
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Après les vérifications d’usage, car on ne badinait pas avec la sécurité, Nel ferma la porte du bus et distribua aux passagers une petite collation faites de barres chocolatés et de chips aux vinaigres. Elle s’installa au volant, régla ses rétroviseurs et la caméra de recul, puis s’assura que le déclencheur de son siège éjectable était bien armé.<br />
<br />
Par la fenêtre, elle aperçut un magnifique aéroplane qui ressemblait à un oiseau fait d’or et d’argent, et dont les plumes brillantes reflétaient la lumière divine qui venait d’à travers les nuages.<br />
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« Mesdames et messieurs » annonça Nel avec une pointe d’aigreur « Sur votre gauche vous pouvez voir cette bande de branleur prétentieux d’élu de Dieu, faire route vers le Paradis à bord de cette machine ridicule… pfff : même pas 800 bornes et ça à besoin d’un avion ! Et après ça vient dire que la paresse est un pêché ! »<br />
<br />
La démone fit rugir le moteur qui gronda comme un dragon. Les pots d’échappements en chromes brillant lancèrent de larges flammes sur flanc du véhicule qui s’élança dans un crissement de pneu inexplicable… oui parce que normalement pour ça fasse ce bruit il aurait fallu un sol avec du bitume, et pas une espèce de plaine poussiéreuse… ça vous choque pas plus que ça ?<br />
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***<br />
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La première journée de voyage se déroula sans encombre. Les passagers étaient admiratif du paysage et apprenaient à faire connaissance : après tout, vu l’éternité de damnation qui les attendaient un peu de compagnie ne serait pas du luxe.<br />
<br />
Nel chantait des chansons afin d’apprendre aux nouveaux venus les rudiments du langage démoniaque. Mélissa s’avéra une élève douée, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle avait appris par cœur une chanson démoniaque bien connu chanté sur l’air de « Kickstart my heart » de Motley Crew dont elle reprenait le refrain à tût tête.<br />
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« Woooo ! Yeaaah ! On est sur la route, prêt à être damné ! Woooo ! Yeaaah ! Ça nous fait par peur ! L’Enfer on connait ! »<br />
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Cette ambiance bonne enfant amusait aussi Tom et Dana qui n’avaient pas autant rigolé depuis leurs jeunes années, lorsqu’ils manifestaient pour les droits civiques en 1954.<br />
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Même l’impassible Wulong dodelinait de la tête en rythme, tapant la mesure du plat de la main.<br />
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C’est à ce moment que Kurt sorti de sa léthargie.<br />
<br />
Il observa les passagers du bus, puis se précipita contre la vitre pour regarder alentour : rien que le vide poussiéreux et infini de la grande plaine. Il ne cessait de répéter « oh non… oh non… » la voix pleine d’angoisse.<br />
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Kurt traversa l’allée centrale du bus et demanda à Nel de s’arrêter.<br />
<br />
« Hey ? Kurt ! » réagit la joviale démone de la vitesse « tu vas mieux ? Je me faisais du souci pour toi tu sais ?<br />
– Il faut qu’on s’arrête on a oublié quelqu’un !<br />
– Ah ? Mais qui ça ?<br />
– Cassy, ma petite amie ! Elle était avec moi quand… »<br />
<br />
Nel cala le volant avec ses genoux et attrapa son registre. Sans même regarder la route (ce qui semblait inutile vu que tous les bus avait fini par s’éloigner les uns les autres dans la vaste plaine et qu’il n’y avait aucun obstacle à perte de vue) elle feuilleta les pages, cherchant du doigt le nom des voyageurs.<br />
<br />
Tournant sa tête à 180 dégrée, Nel se mit à compter à haute voix les passagers, puis une fois son compte fini, s’adressa à Kurt en toute innocence :<br />
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« Non pas de souci : tout le monde est là !<br />
– Mais Cassy ! Où est-elle !?<br />
– Je n’en sais rien, mais il n’était pas prévu qu’elle soit là en tout cas !<br />
– Quoi ? Mais… mais c’est pas possible… je… »<br />
<br />
Kurt retourna s’asseoir à l’arrière, totalement apathique.<br />
<br />
Tom et Dona lui adressèrent un regard plein de compassion, puis le vieil homme s’installa à côté de lui.<br />
<br />
« Salut… Kurt c’est ça ? Dis-moi petit, j’ai entendu ce que t’as dit à Nel et… je suis sincèrement désolé pour toi.<br />
– Qu’est ce qui c’est passé putain ? J’étais en train de lui parler et… qu’est-ce que je vais devenir sans elle ?<br />
– Elle… elle est morte avec toi ? Je veux dire, vous avez eu un accident ou un truc dans le genre ? »<br />
<br />
Kurt fixa le vide, les yeux exorbités. Il s’agrippa le crane des deux mains et se recroquevilla doucement.<br />
<br />
« Je… j’en sais rien ! Je sais plus putain : c’est le trou noir ! »<br />
<br />
Dana de son côté ce dirigea vers Nel pour l’avertir de l’état du jeune homme.<br />
<br />
« Nel ? excusez-moi de vous déranger mais je pense que ce jeune garçon, Kurt… il ne va vraiment pas bien…<br />
– Oh ? hum… c’est gênant. Et qu’est-ce qu’il a ? » demanda naïvement Nel.<br />
– Visiblement c’est sa petite amie qui lui manque : vous savez si elle est morte avec lui ? »<br />
<br />
La démone fit signe de la main à Dana d’approcher, puis lorsque celle-ci se fut exécutée, elle lui susurra :<br />
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« Y’a des chances qu’elle soit parti avec l’avion de tout à l’heure… »<br />
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Dana porta sa main à la bouche comme pour retenir la stupéfaction qui venait de la saisir. Elle jeta alors un coup d’œil en direction de Kurt que Tom essayait de réconforter du mieux possible. La vieille dame ne pouvait que trop bien comprendre la peine que ressentait le jeune garçon : qu’aurait elle fait ici sans son mari a ses côtés ?<br />
<br />
Nel l’invita à garder cette information pour elle et d’essayer autant que possible de ne pas donner du grain à moudre à la morosité de Kurt.<br />
<br />
Dana s’installa près du jeune garçon, du côté opposé à Tom. Elle repensa à son propre fils, Jeff, et à sa belle-fille Andréa. Ces deux-là s’aimaient comme pas possible, alors comment réagiraient-ils le jour où l’un des deux mourrait ? En regardant Tom, Dana comprit la chance qu’elle avait d’être avec lui-même dans la mort. Tous les autres, Kurt, Mélissa et Wulong, étaient seuls et abandonnés à leur sort.<br />
<br />
Finalement, il n’y avait que la gentille Nel pour s’occuper d’eux.<br />
<br />
« C’EST LA PAUSE ! » hurla cette dernière en pilant net ce qui fit se dresser l’arrière du bus et se soulever une montagne de poussière. Lorsqu’elle retomba, les passagers purent voir qu’ils étaient arrivés dans une petite station-service a l’étrange nom de « SandCastle »…<br />
<br />
Nel expliqua aux passagers qu’ils avaient droit à 15min de pause pour se dégourdir les jambes et prendre des boissons dans la station-service. Pour le payement, Nel leur recommanda d’utiliser comme monnaie un de leurs souvenirs heureux. Cela leur donnerait d’une part la possibilité de faire des achats (puisque aucun d’eux n’avait de dollars infernaux) mais aussi de se débarrasser d’une chose très encombrante en enfer, à savoir le souvenir de leur ancienne vie.<br />
<br />
Tous refusèrent… enfin on suppose que pour Wulong il s’agissait plus d’une incompréhension que de refus stricto senso.<br />
<br />
Nel tira le pistolet de la pompe et commença à faire le plein du bus, non sans se rappeler ce que lui avait dit Mélissa avant le départ. Elle glissa donc très doucement le pistolet dans la fente du réservoir.<br />
<br />
Le glouglou monotone de la pompe qui déversait son nectar dans le réservoir fût soudain couvert par un lourd bruit de moteur qui attira l’attention de Nel. Avec empressement, elle appela tout le groupe :<br />
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« Hey les amis ! » hurla Nel « ramenez-vous vite par ici s’il vous plait ! »<br />
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Tous obéir, à part Kurt qui était resté prostré à l’intérieur. Wulong s’approcha lui aussi, mais sans doute plus pour faire comme tout le monde que réellement parce qu’il avait compris.<br />
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« Vous voyez ce qui arrive par là-bas ? » demanda Nel<br />
– La grande poussière ? » dit Mélissa « Elle va nous manger ?<br />
– Euh bah ça se discute tu vois » répondit la démone « Ce sont des chasseurs d’âmes : ne les laissez surtout pas vous embrouiller ok ? Sinon vous allez avoir des ennuis ! »<br />
<br />
Tous acquiescèrent et retournèrent marcher un peu.<br />
<br />
Tandis que Nel finissait son plein et replaçait le pistolet sur la pompe, les chasseurs arrivèrent en trombe, se plaçant devant le bus comme pour lui barrer la route. Ils étaient trois, chevauchant d’énormes motos à tête de dragon, recouvertes de piques rouillés et de lames sanguinolentes. Nel les interpella sans trembler :<br />
<br />
« Hey les abrutis ! Barrez-vous de mon bus chemin si vous voulez pas que je bousille vos trottinettes !<br />
– Oula ! Doucement ma mignonne » dit l’un des démons dont la peau était toute couverte d’écaille rougeâtres. « On a parfaitement le droit d’être ici. On propose des supers affaires à tes passagers c’est tout !<br />
– Et si je faisais passer mon poing dans ta gorge jusqu’à ton colon ? Ça serait une bonne affaire pour qui d’après toi ?<br />
– Arrête de te la jouer : tu sais très bien que t’as rien à dire ! »<br />
<br />
Effectivement, les chasseurs d’âmes avaient parfaitement le droit de sillonner le territoire neutre de la plaine du Jugement Dernier pour proposer des contrats aux âmes des défunts qui n’avaient pas encore fait allégeance aux anges où aux démons. Les conducteurs des bus ne devaient pas interférer, tout au plus avaient ils le droit de mettre en garde leurs passagers comme Nel l’avait fait plus tôt.<br />
<br />
L’un des démons descendit de moto et fit quelques pas vers les passagers qui étaient sur le point de remonter dans le bus. Il portait une grande veste de cow boy en cuir et un chapeau qu’il avait surement extorqué à Slash des Gun’s And Roses (car sachez-le, ce dernier était en réalité un démon du heavy métal). Il s’alluma un gros cigare tout sec dont la fumé acide format une épaisse fumée noire et commença son speech avec le même ton qu’un marchand de potion miraculeuse.<br />
<br />
« Bonjour à tous messieurs dame ! » dit le démon « je suis Rickardanrastrastopheles, et je représente des groupes d’intérêt privé qui souhaiteraient vous permettre de faire fructifier votre capital en vous proposant des offres si exclusives qu’elles sont prohibées en Enfer. En effet, ces contrats surpassent largement ceux qui vous seront proposés à Dis, mais malheureusement nous n’avons pas le droit de vous les soumettre là-bas… clause de non concurrence soit disant… enfin bref, si certains d’entre vous ont des souhaits à exaucer, nous vous proposons une étude rapide en 5min et un devis sans engagement de votre part ! »<br />
<br />
La petite troupe était sur la défensive : l’avertissement de Nel avait fait son petit effet. Mais c’est alors que Kurt fit son apparition dans l’encadrement de la porte du bus…<br />
<br />
« Hey ! Vous là ? Rick machin chose… c’est vrai ce que vous dites ? Vous pouvez exaucer un vœu ?<br />
– Mais bien sûr mon gars, c’est notre job ! Pas vrai les gars ? » demanda Rick à ses camarades.<br />
<br />
Les deux chasseurs d’âmes secouèrent la tête en cadence et firent un signe du pouce pour montrer que tout était cool. C’est bien connu, les humains se rassuraient plus facilement quand on faisait ce geste là (du moins c’est ce qu’il pensait après avoir regardé une dizaine de fois tous les épisodes de la série « Happy Days »).<br />
<br />
« Ça serait quoi ton vœu petit ? » demanda Rick un grand sourire aux lèvres<br />
« Je… je veux retrouver ma copine… je veux qu’on soit ensemble !<br />
– Ah ah ! C’est tout ? Mais mon p’tit père ça c’est rien du tout pour des gars comme nous ! Ton vœu on va te l’exaucer en 5min montre en main ! »<br />
<br />
Nel s’interposa et attrapa Rick par le col de son blouson de biker.<br />
<br />
« Écoute-moi bien gros balourd ! Le p’tit est un peu chamboulé, alors tu vas pas lui faire ton numéro de baratineur pigé ?<br />
– Nan mais elle va me lâcher la terreur du volant !? J’ai le droit d’exercer et…<br />
– Trouve toi une autre proie !<br />
– Et comment je…<br />
– Comment tu feras ton business si je te cloue à l’avant de mon bus et que je t’utilise comme bélier pour écraser les Kraglad ? »<br />
<br />
Nel entendit un cliquetis métallique venant de sa droite. L’un des chasseurs avait sorti un fusil à canon scié et le pointait en direction des passagers.<br />
<br />
« Tu fais quoi là ? » demanda Nel inquiète<br />
– A ton avis ? Je la joue stratégique… mesdames et messieurs, permettez-moi de vous initier à nos règles. En tant que démons, moi, mes camarades et la petite demoiselle ici présente ne pouvons être tués au sens où vous autres mortels l’entendez. Cependant, vous autres, si vous êtes tués, vous repartez immédiatement dans le vortex pour être à nouveau largués au beau milieu de la plaine. Evidemment si cela arrive, votre chère conductrice ne pourra pas faire demi-tour et vous serez obligé d’attendre le prochain bus en évitant les Kraglad… si ces derniers vous mangent… rebelote dans le vortex et ce jusqu’à ce que vous tombiez sur un bus. Croyez-moi ça peut prendre du temps. Alors vu que la diplomatie ne vous convient pas, je vais être un peu plus direct ! Faites un vœu n’importe lequel je m’en fiche, mais vendez nous vos âmes ! »<br />
<br />
Rick repoussa Nel d’une pichenette et attrapa dans l’une des grosses sacoches de sa moto une pile de contrat qu’il distribua à Tom, Dana, Mélissa, Kurt et…<br />
<br />
« Bah… il est passé où l’asiatique ? » demanda-il en se tournant vers ses associés.<br />
<br />
Ces derniers étaient toujours juchés sur leurs motos… mis à part qu’il leur manquait la tête.<br />
<br />
Le temps de comprendre, Wulong était déjà en train de le chargé, un katana à la main, prêt à frapper un coup décisif.<br />
<br />
Rick s’écroula par terre et se roula en boule : tout démon qu’il était, le combat n’était clairement pas son fort (ce qui avait fait de lui un chasseur d’âme tout trouvé puisque la majeur partie du boulot était basé sur le baratin) et il avait compris à qui il avait à faire.<br />
<br />
Nel aussi de son côté avait fini par comprendre ce que Wulong faisait ici, et d’où il avait sorti un katana capable de trancher du démon. C’était tout simplement parce qu’il était un moine exorciste, et que son tatouage était le réceptacle énergétique de son arme forgé au feu de sa volonté.<br />
<br />
La lame au fil si parfaitement aiguisé qu’on entendait l’air se déchirer dessus s’approcha de la tête de Rick, mais Nel l’interrompit :<br />
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« Bien joué Wulong ! T’es euh… subarashii ? Euh non ça je crois que ça veut dire délicieux… euh… saikyo ? Hein ?<br />
– Saikyo dessu ? » demanda Wulong dont le nom à consonance chinoise ne laissait pas deviner qu’il parlait un japonais tout à fait convenable.<br />
– Euh… oula t’emballes pas mon grand parce que les deux autres trucs que je sais dire en japonais c’est « je te prie de mourir avec ardeur » et « Non grand frère, pas là : c’est trop gênant »… Baisse ton arme s’il te plait hein ? D’accord ? »<br />
<br />
Se basant sur les gestes que faisait Nel, Wulong comprit sa demande et relâcha sa posture de combat. Nel en profita pour aider Rick à se relever…<br />
<br />
« Aller mon gros : remonte sur ta bécane et fou le camp d’ici avant que je dise à mon pote de te saucissonner façon tempura !<br />
– Mais… les tempuras ce sont des aliments cuits dans une panure ? Tu veux pas plutôt parler de sashimi ?<br />
– Oh ça va hein ! Je m’y connais peut être très mal en cuisine, mais toi et moi on sait ce qui se passera si jamais je le laisse te tailler en cube !<br />
– D’accord d’accord ! Je m’en vais ! Mais qu’il reste tranquille ! »<br />
<br />
Sans demander son reste, Rick monta sur sa moto et s’en alla à toute allure le plus loin possible du bus 404. Wulong passa alors son épée dans son dos, et aussitôt elle redevint son superbe tatouage. Il s’avança ensuite prêt de Nel et se mit à genou devant elle de manière très protocolaire. La démone ne sût pas trop comment réagir…<br />
<br />
« Euh… Merci beaucoup Wulong : tu nous as bien aidé sur ce coup-là mais… euh, t’attends quoi exactement ? »<br />
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Mélissa posa ses mains sur ses épaules et sembla entrer en transe :<br />
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« Oh… je vois ! » dit-elle « il veut se repentir parce qu’en ne réagissant pas immédiatement à ton ordre il t’a déshonorée à cause de son impulsivité… il veut que tu le frappe et qu’ensuite tu l’attaches sur le toit du bus pour qu’il fasse pénitence un jour entier…<br />
– T’arrives à voir tout ça rien qu’en lui tripotant les deltoïdes ? » demanda Nel curieuse « faut que tu m’apprennes ! »<br />
<br />
Pendant que Nel et Mélissa essayaient de convaincre Wulong qu’il n’avait pas besoin d’une séance de bondage sur le toit du bus, et qu’il aurait largement le temps d’expérimenter des sévices imaginatifs une fois arrivé à Dis, Tom et Dana retournèrent auprès de Kurt. Ce dernier tenait dans ses mains un des contrats que les chasseurs d’âmes avaient perdu pendant l’affrontement et essayait vainement de le compléter en se servant du sang qui avait coulé des plaies des démons en guise d’encre.<br />
<br />
Dana posa une main bienveillante sur son épaule et passa l’autre dans les cheveux du jeune garçon qui finit par sangloter bruyamment.<br />
<br />
« Là… c’est fini mon grand. Nel a eu raison de ne pas nous laisser parler à ces charlatans.<br />
– J’aurai pu la retrouvé… je… je peux sûrement trouver d’autres chasseurs…<br />
– Il semble que monsieur Wulong soit une sorte d’exorciste : il n’en laissera pas un seul nous approcher…<br />
– Il faut que je sache où elle est… si elle morte ou bien si… »<br />
<br />
Nel se planta devant Kurt et le redressa sans ménagement, l’empoignant avec force.<br />
<br />
« Ça suffit maintenant Kurt ! J’ai été sympa avec toi parce que t’as eu un réveil difficile, mais maintenant tu vas m’écouter okey ? J’ai vérifié dans les registres, et ta copine voyage en ce moment dans un bel avion fait d’or et d’argent conduit par des emplumés ! C’est une élue de Dieu, et elle va passer le reste de l’éternité au Paradis…<br />
– Je peux peut être la contacter et…<br />
– KURT ! TU NE LA REVERRAS PLUS JAMAIS ! »<br />
<br />
Consciente de la violence de ses propos, Nel blotti la tête de Kurt sur son épaule.<br />
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« Pardonnes moi… j’aurais pas dû dire ça… Kurt je suis tellement désolée… »<br />
<br />
Contrairement aux autres, c’est seulement maintenant que Kurt se senti mourir.<br />
<br />
Le vide, le vrai néant, il venait de s’ouvrir béant dans son cœur et le laissait sans rien. Les souvenirs, les bons moments, la chaleur de son corps contre lui, le son de sa voix, sa façon de remettre ses cheveux derrière ses oreilles, son parfum sur les draps lorsqu’elle se levait avant lui, le claquement de ses pieds nus sur le carrelage, son regard beau à en crever quand il se voyait dedans et qu’il se sentait comme la personne la plus importante au monde parce qu’il pouvait exister dans ses yeux… tout ça c’était parti.<br />
<br />
Aidé par Nel et Wulong qui le soutenaient, Kurt remonta dans le bus et s’effondra, pleurant comme un môme, hurlant des sanglots déchirant qui tiraillait l’âme de tous ceux qui l’entendaient. Tous reprirent place, mais la bonne humeur du départ laissait place à la mélancolie et à la tristesse…<br />
<br />
***<br />
<br />
La seconde journée fût morose. Personne ne parlait, personne ne bougeait de son siège. Même Nel pourtant joyeuse et enthousiaste par nature n’avait plus le cœur à s’amuser. Alors que le bus quittait enfin la plaine pour entrer dans le territoire des enfers, elle prit à peine le temps de raconter les anecdotes qu’elle connaissait sur « la mare des noyés bourrés à l’absinthe » ou sur « la montagne des espoirs déçu de gain au loto » qu’on voyait au loin.<br />
<br />
Elle tira de sa poche un paquet de cigarette dont elle extirpa une tige du bout des dents. Elle l’alluma par pyrokinésie puis lança le paquet sur le tableau de bord. Nel s’était dit qu’elle aurait pu proposer une clope aux autres, mais elle n’avait pas assez de courage en elle pour fixer le regard des passagers. Ce qu’elle avait dit à Kurt avait foudroyé le jeune homme, mais indirectement cela avait aussi affecté les autres.<br />
<br />
L’apparente folie de Mélissa ne faisait que cacher ce qu’elle redoutait : la perte de sa conscience. Typique des victimes de maladie du cerveau.<br />
<br />
L’impassible Wulong lui avait sans doute réalisé qu’il serait toujours et à jamais un étranger perdu au milieu d’un monde qui n’est plus le sien.<br />
<br />
Et que dire de Tom et Dana ?<br />
<br />
On pourrait croire qu’ils étaient les plus chanceux, ensemble même dans la mort, mais la médaille à un revers : ils réalisèrent qu’en permanence ils vivraient dans l’angoisse de se perdre, ne profitant d’aucun moment de paix dans ce monde où on peut vous arracher aux vôtres et vous envoyer à des milliers de kilomètre de distance sans espoir de se revoir…<br />
<br />
Au moins quand votre conjoint meurt sur terre, vous pouvez aller le voir au cimetière, lui rendre visite, lui apporte des fleurs et lui parler en murmurant. Mais ici c’est différents : si l’un des deux était « tué », il tomberait à nouveau au milieu de la grande plaine, à attendre le bus, espérant arriver à destination pour au final retrouver l’autre… mais était-ce seulement possible ? Nel leur avait expliqué que l’Enfer était si dangereux que les simples damnés ne pouvaient espérer y circuler sans risquer de se faire attaquer. Si vous aviez vendu votre âme c’était pire puisque vous ne pouviez quitter la zone qui vous était désigné en fonction de vos fautes. Et autant dire que les couples heureux n’étaient pas légion là-bas…<br />
<br />
Est-ce que l’appréhension de perdre l’autre n’est pas infiniment plus cruelle et douloureuse que de le perdre vraiment ? C’est en tout cas ce que pensait Nel tandis qu’elle accélérait encore et toujours, cherchant dans la vitesse un défouloir, et dans le vrombissement assourdissant du moteur une façon comme une autre de ne plus entendre les lamentations de Kurt.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le troisième jour, Nel décida de laisser le bus se conduire lui-même (ce qui n’avait rien de bien surprenant pour un bus infernal) afin de passer un peu de temps avec les passagers.<br />
<br />
Elle remarqua dans un premier qu’un bien étrange duo s’était formé entre Mélissa et Wulong. Tandis qu’elle essayait de lui apprendre sa langue, ce dernier lui apprenait ce qui semblait être une technique de respiration. Sans vraiment se parler, ces deux-là avaient réussi à nouer des liens d’amitié bien réconfortant lorsqu’on fait route vers les ténèbres.<br />
<br />
Kurt lui était toujours abattu malgré les efforts de Tom et Dana pour lui remonter le moral. La vue du vieux couple était douloureuse et lui rappelait qu’il ne reverrait plus jamais Cassy. Elle demanda au jeune homme si elle pouvait lui parler en privé. Ce dernier accepta mollement, et accompagna Nel sur le toit du bus via un escalier coulissant dissimulé dans le plancher.<br />
<br />
Kurt découvrit qu’il y’avait une banquette escamotable installé sur le toit que Nel ouvrit après quelques efforts avant de se jeter dessus.<br />
<br />
« Ah ! On est trop bien sur ce truc ! Je pourrais passer l’éternité vautrée là a manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! »<br />
<br />
La démone invita Kurt à s’asseoir et se mit à lui parler à cœur ouvert :<br />
<br />
« Écoutes, je voulais te redire à quel point je suis désolé pour Cassy et toi. Mais tu sais ça arrive souvent que des gens soient séparés par la mort.<br />
– Si c’est pour me faire ton baratin de démon c’est pas la peine ! Tu m’as privé de la seule chance que j’avais de…<br />
– Oula oula arrête toi avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter ! J’ai fait ça parce que je savais le genre d’entourloupe qu’ils allaient te faire… pfff, tu crois vraiment que des merdeux de seconds rangs comme eux aurait pu te ramener à elle ? Des démons qui pourraient amener un damné comme toi jusqu’à la porte du Paradis pour rendre visite à une Elue ? ha ha ! Quelle blague ! »<br />
<br />
Kurt resta le regard dans le vague tout en parlant à Nel :<br />
<br />
« Alors du coup il me reste quoi à faire ? Être privé d’elle ça va être ça mon châtiment éternel ?<br />
– Y’a des chances. Je connais pas le détail de ton dossier, mais c’est une punition classique. Le prends pas mal mais… t’aurais pas été un gros connard avant de mourir ? »<br />
<br />
Le jeune homme se pinça les lèvres : c’était difficile de faire preuve d’hypocrisie lorsqu’on roulait à tombeau ouvert en direction de l’Enfer…<br />
<br />
« On se disputaient souvent ces derniers temps. Je lui disais qu’elle ne me comprenait pas, qu’elle m’empêchait de m’épanouir…<br />
– Hum… ah ouais quand même : des belles conneries !<br />
– Un soir je m’étais saoulé et… je suis passé la voir pour parler, histoire de remettre tout à zéro. J’ai voulu la forcer à m’embrasser. Elle s’est débattu alors je… je l’ai giflé…<br />
– Ah d’accord ! Mais en fait fallait commencer par-là : évidement que tu vas en chier ici !<br />
– Je sais que je la méritais pas… mais j’espérais qu’elle pourrait me pardonner… et je… c’est ma faute si elle est morte ! »<br />
<br />
Nel resta interdite, attendant la suite de l’histoire avec anxiété.<br />
<br />
« On était en bagnole, on s’est pris une autre voiture parce que j’étais tellement en colère que… merde putain : j’ai pas juste gâché ma vie je lui ai volé la sienne ! »<br />
<br />
La démone se fit la remarque que Kurt avait sans doute aussi causé la mort des passagers de la voiture d’en face, mais préféra ne pas en rajouter.<br />
<br />
« Kurt mon grand… c’est normal de s’en vouloir… et je dis pas ça pour t’excuser, parce que là ce que tu me décris c’est mon quota habituel de gros connard que je transporte tout le temps. Vous les humains vous êtes parfois incapable de réaliser la chance que vous avez d’être en vie, d’être ensemble, de pouvoir construire des choses… enfin tu me comprends ?<br />
– Je crois…<br />
– Mais bon voilà c’est fait ! T’es mort, elle aussi et maintenant tu dois assumer et faire face à ce qui t’attends. Tu vas finir en Enfer mon grand, c’est une certitude. Y’a pas de plan B, pas de sauvetage miracle, pas de rédemption. Tu y es et c’est comme ça. Par contre, là où tu as le choix et où tu peux faire la différence, c’est comment tu vas continuer ton existence de damné. Et moi je t’aiderai du mieux que je peux. D’accord ? »<br />
<br />
Kurt acquiesça. Il avait du mal à soutenir le regard de Nel, et pas simplement parce que la démone était plutôt jolie ou bien parce qu’elle avait des yeux bizarres jaunes brillants. Il était tout simplement intimidé.<br />
<br />
« – Hier à la station t’as dit qu’on avait intérêt à vendre nos souvenirs… tu crois que ça m’aiderai ?<br />
– Tu ne penseras plus à Cassy, ni aux problèmes que vous aviez. Tu sauras pourquoi tu es là mais tu n’auras plus aucun sentiment. Ça sera déjà ça de moins à supporter…<br />
– Tu es un démon non ? Donc tu pourrais racheter mes souvenirs ?<br />
– En principe oui… mais t’es vraiment sûr de ça ?<br />
– Non… mais ça me fait tellement mal que je ferais n’importe quoi pour que ça s’arrête. Et en même temps… est-ce que ça ne serait pas pire de continuer à exister sans son souvenir ?<br />
– J’en sais rien bonhomme. Peut-être que tu devrais prendre le temps d’y réfléchir. Tu sais quoi ? Attends demain, et si tu es décidé à franchir le pas, alors je te débarrasserais de tes souvenirs avec plaisir… et je te ferai un prix d’ami !<br />
– Merci Nel » dit Kurt en se blottissant contre la démone.<br />
– Pas de quoi bonhomme… pas de quoi… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Le reste de la journée fût éclairé d’un jour plus optimiste. Nel avait appris de nouvelles chansons démoniaques à la petite bande et Wulong, avec l’aide de Mélissa, raconta une blague très drôle à propos d’un chat qui souffre d’agoraphobie.<br />
<br />
Tom et Dana racontèrent leurs souvenirs de l’été 1969, lorsque la fièvre hippie avait déferlé. Ils possédaient à l’époque un commerce de détail dans la ville de Kingstown, situé dans le même comté que Woodstock, qui avait été pris d’assaut par les festivaliers. Cela était dû au fait qu’ils étaient les précurseur dans la région du végétalisme et qu’ils proposaient déjà à l’époque des produits qu’on qualifiera aujourd’hui de « commerce équitable ». C’est alors qu’avec un talent insoupçonnable, Wulong fredonna dans sa langue la chanson « with a little help from my friends »<br />
<br />
Le bus tout entier entonna cet hymne, dodelinant de la tête, et battant doucement la mesure.<br />
<br />
***<br />
<br />
L’arrivée était toute proche, et Nel continuait à prodiguer ses bons conseils aux passagers. Ne jamais faire de pari avec un démon d’Asmodée, ne jamais provoquer du regard un démon de la fureur, ne pas se laisser baratiner par les succubes, et surtout SURTOUT garder ses mains sur ses fesses lorsqu’on parlait à un démon téléporteur.<br />
<br />
Cela faisait plusieurs heures qu’on pouvait apercevoir au loin une gigantesque cité aux tours cyclopéennes faites de pics aux courbes étranges. Mélissa demanda alors très sérieusement si le bus se rendait sur le tournage d’un film de Tim Burton.<br />
<br />
Il s’agissait en fait de la cité de Last Cross : l’ultime carrefour avant Dis.<br />
<br />
Construite comme une petite forteresse ceinturant la cité de Dis par le nord, Last Cross servait d’aiguillage entre l’Enfer et le Purgatoire. En effet, certaines âmes pouvaient prétendre à séjourner dans la zone du repentir, tandis que d’autres, suite à des résultats peu concluant, retombaient d’une strate pour finir en Enfer.<br />
<br />
C’est le point de passage obligatoire des bus pour achever leur parcours, et un lieu critique pour les chasseurs d’âmes qui pouvaient y traquer ceux qui leurs avaient échappé dans le désert.<br />
<br />
Nel arrêta le bus à environ 5km de l’entrée principale, puis elle monta sur le toit pour observer les alentours à la jumelle. Comme elle s’y attendait, les motards qu’avait décapités Wulong étaient là à les attendre pour se venger.<br />
<br />
Car si tuer un humain dans ce monde le renvoyait sur la plaine du jugement dernier, tuer un démon l’expédiait illico presto dans les bureaux du service de gestion de l’incompétence situé à Dis… et autant dire que c’était un endroit que les démons fuyaient comme la peste. Les fonctionnaires qui géraient ce bureau étaient des démons de l’intransigeance, une espèce parmi les plus cruelles de tous les cercles infernaux, et ils châtiaient sévèrement ceux qui avaient le malheur de les déranger en se faisant tuer. Ils devaient donc être particulièrement remontés…<br />
<br />
Nel envisagea plusieurs stratégies pour éviter les ennuis. La priorité était de passer la grande herse qui séparait Dis de Last Cross, mais foncer dans le tas était impossible à cause de tous les bus qui faisaient la queue pour passer le long des 9 routes dont l’accès était sévèrement contrôler par des fonctionnaires très tatillons.<br />
<br />
Arrivant discrètement derrière la démone, Mélissa lui mis brusquement les mains sur les yeux ce qui la fît sursauter :<br />
<br />
« Nel… » dit Mélissa d’une voix traînante « le Vent raconte qu’on va avoir des ennuis et que toi seule peut nous aider<br />
– Melissa ! Par pitié me refait plus jamais ça : je suis démone et j’ai failli me faire dessus !<br />
– Le Vent trouve qu’on ne devrait pas rester ici…<br />
– Il a pas tort… on court moins de risque en étant mobile.<br />
– Tout à l’heure le tatouage de Wulong s’est mis à danser sur son dos. Lui aussi il sent le danger.<br />
– Euh… d’accord… t’as pas pris un coup de soleil toi ? »<br />
<br />
Le bus 404 reprit la route et en quelques minutes arriva devant la grande herse. Celle-ci, haute d’une trentaine de mètre, était une ligne de défense lourde en cas d’invasion angélique bien que pour beaucoup c’était un immense gâchis de temps et d’argent vu qu’aucun ange saint d’esprit (ce qu’ils étaient tous) n’aurait voulu mettre les pieds dans un endroit pareil.<br />
<br />
Faisant la queue parmi autres bus, Nel laissa son véhicule en mode automatique et remonta sur le toit faire un peu de surveillance. Elle n’était pas la seule : d’autres conducteurs de bus étaient sur le toit de leur engin, mais pour la plupart c’était simplement pour être tranquille et laisser les humains se lamenter dans le bus.<br />
<br />
Et oui, Nel faisait partie des rares à se soucier de ses passagers.<br />
<br />
Certains avaient simplement comme Nel des banquettes escamotable, là ou d’autres avait carrément des meubles de jardin, une petite sono et un parasol.<br />
<br />
Elle reconnut sur sa droite, à une vingtaine de mètres sur la 5eme route, Loulilalalalidoudadim, un vieil ami de sa famille. C’était notamment lui qui lui avait offert son premier sapin décoratif pour le rétroviseur de son bus lorsqu’elle avait été admise il y’a des siècles de ça.<br />
<br />
« Louuuuu ! Louuuuuuu ! » hurla elle en faisant des grands signes « hey hooooo !!!!<br />
– Ah bah ça par exemple ! » dit-il « La petite Nelkykikakokan ! Mais t’as bien grandie dis donc : t’es canon avec quelques siècles de plus !<br />
– Sacrée Lou… » dit Nel pour elle-même avant de demander plus fort « Comment vont Patashakapatapondon et les enfants ? »<br />
– Oh toute la petite famille va bien, merci de t’en inquiéter. Et ton père ? Toujours à la Hotline ?<br />
– Et oui : toujours au service de nuit. Tu le connais, il ne serait pas capable de faire autre chose !<br />
– Pourquoi est-ce qu’il changerait ? Ce bon vieux Somni est parfaitement à sa place ! »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit puissant venant du fin fond de la plaine résonna. On aurait dit le son d’une corne, dont les vibrations de basse faisaient trembler les lourds chaînons de la herse. Et puis aussitôt, quelqu’un hurla :<br />
<br />
« LES KRAGLAD ! »<br />
<br />
Une meute de milliers de vers des sables déferla comme un tsunami sur les bus, se faufilant entre eux, frappant et griffant de leurs crocs. Ils suivaient une puissante moto qui trainait un cadavre attaché au cadre par une longue chaîne aux maillons épais, et conduite par un démon visiblement très en colère.<br />
<br />
Rick !<br />
<br />
« TOUT LE MONDE SUR LE TOIT ! Ordonna Nel, imité par les autres chauffeurs.<br />
<br />
Les vers des sables n’attaquaient pas les démons, mais raffolaient de chair humaine,  aussi Rick pouvait sans risque rameuter le plus de vers possible pour une ultime attaque sur Last Cross. Peut lui importait que certains en réchappent : il était certain qu’un bon tiers des humains présent allaient être dévorés et donc rejeté par le Vortex dans la plaine ou il pourrait de nouveau tenter de prendre leurs âmes.<br />
<br />
Les démons conducteurs de bus reprirent les commandes de leurs véhicules : il était évident que les fonctionnaires de Last Cross allaient fermer la herse, il fallait donc passer le plus vite possible. Nel ne fit pas exception et reprit les commandes du bus 404 en faisant gronder le moteur.<br />
<br />
« C’est parti bébé ! Défonce moi toutes ces limaces ! » Hurla Mélissa folle de joie à l’ intention du tableau de bord.<br />
<br />
Comme répondant à sa demande, le bus cracha des flammes qui firent s’enflammer les Kraglad se trouvant trop prêt, répandant dans l’air une odeur de poulet grillé.<br />
<br />
Nel fit un détour stratégique pour la gauche : même si cela lui faisait perdre un peu de temps, elle savait qu’en optant pour la route numéro 7, elle pourrait passer plus vite. En effet depuis toujours, les démons avaient une peur panique du chiffre 7, et il n’y avait rien de plus superstitieux qu’un chauffeur de bus. Comme elle le pensait, ils avaient autant que possible prit d’autres routes.<br />
<br />
Le bus 404 accéléra à toute allure, mais le flot de Kraglad venait de partout et plusieurs de ces horribles bestioles parvinrent à passer par une des vitres en grimpant sur les corps mutilé de leurs congénères.<br />
<br />
En un éclair, Wulong s’était levé et avait fait signe aux autres de se réfugier à l’avant du bus près de Nel. Il posa alors la main sur son tatouage qui glissa le long de son bras pour devenir un katana. Avec une maitrise et une assurance digne d’un maître en art martiaux (ou d’un héros de jeu vidéo selon vos références) Wulong trancha net les Kraglad qui s’avançaient. Cependant, il n’avait pas remarqué qu’un des vers, plus malin ou plus chanceux que les autres, avait réussi à ce faufilé sur le côté. Comme un serpent, il bondit droit sur Tom et Dana tout croc dehors.<br />
<br />
Sans même réfléchir, Kurt s’interposa et fit barrage de son corps. La monstrueuse créature lui arracha le bras, faisant hurler le jeune homme. Mais ce n’était pas de la douleur ou de la peur, c’était de la rage, pure et sans limite.<br />
<br />
« SALE MERDE ! FOU LEUR LA PAIX ! » dit-il en frappant de son autre bras le vers des sables avec tant de force qu’il l’explosa contre la portière du bus.<br />
<br />
Wulong qui avait fini d’exterminer les Kraglad qui s’étaient accrochés retourna vers ses amis. Il secoua Kurt qui était comme Ko debout :<br />
<br />
 » Kurt-Kun : Daijōbu desu ka !?<br />
– T’en fais pas mon pote » dit le jeune homme « ça fait juste super mal mais… pourquoi je meurs pas ?<br />
– C’est parce qu’il t’a juste piqué un bras » répondit Nel tout en conduisant à tombeau ouvert « tu seras affaiblit mais ça repoussera avec le temps t’en fait pas »<br />
<br />
Kurt acquiesça d’un air ravi.<br />
<br />
Les ennuis des passagers du bus 404 n’étaient pas finis : La herse était quasi baissée, et il fallait faire vite. Nel compris que le bus n’arriverait jamais à passer à temps, aussi elle envisagea un plan risqué mais pas impossible : le plus tard possible, elle ferait pivoter le bus à 90 degré de façon à ce qu’il fasse barrage aux Kraglad pendant qu’ils fileraient derrière la herse. Le plan semblait simple, mais Tom et Dana ne pourrait jamais aller assez vite, et Kurt était blessé. Nel, Mélissa et Wulong allait chacun devoir porter ou au moins en aider un.<br />
<br />
Wulong s’approcha de Kurt qui était repassé à l’arrière pour surveiller la progression des Kraglad. Le jeune homme lui fit signe de s’approcher, puis sembla lui susurrer quelque chose à l’oreille. Wulong acquiesça en posant sa main fermement sur l’épaule du jeune homme avant de retourner à l’avant.<br />
<br />
« Okey les amis vous êtes prêt ? » demanda Nel « MAINTENANT ! »<br />
<br />
La démone freina d’un coup sec et fit tournoyer le volant avec maitrise. Toute l’accélération du bus fit décoller la partie arrière du sol qui se plaça pile à 90 degrés avant de retomber lourdement. Le bus manqua de se renverser, mais termina finalement sa course dans la position voulue par Nel. Cette dernière ouvrit la porte et fit sortir Dana avec l’aide de Mélissa, puis Tom avec celle de Wulong. Alors qu’elle allait se charger de Kurt, elle vit ce dernier en train de monter sur le toit, l’épée de Wulong à la main.<br />
<br />
« Kurt ! Qu’est-ce que tu fais imbécile !?<br />
– Je vais vous faire gagner du temps ! Dépêchez-vous la herse est presque fermée ! »<br />
<br />
La voix du jeune homme était presque éteinte. La blessure du Kraglad était bien plus grave que ce que Nel avait voulu lui laisser entendre. Si jamais il reprenait une morsure de ce genre, il allait s’écroulé et être dévoré et digéré vivant par les vers des sables.<br />
<br />
« T’avais raison Nel ! » dit Kurt « j’ai déconné : c’est de ma faute si j’ai perdu Cassy… je veux pas que ça soit de ma faute si ces 4  là se séparent ! » dit-il en désignant ses compagnons de route « Toi non plus Nel, je veux pas qu’il t’arrive d’ennui avec tes patrons à cause de moi !<br />
– Kurt… »<br />
<br />
La mort dans l’âme, Nel rattrapa ses compagnons et les aida à avancer vers la herse qui n’était plus ouverte que d’à peine 30cm.<br />
<br />
Vif comme l’éclair, Wulong fit une glissade pour rapidement passer de l’autre côté. Il se retourna et aida Tom à passer en le tirant par les bras, puis il aida Mélissa à en faire de même avec Dana. Nel, en bonne démone de la vitesse passa en accélérer au tout dernier moment.<br />
<br />
La herse termina sa course dans un claquement métallique sinistre.<br />
<br />
A travers les barreaux, les passagers du bus 404 voyaient Kurt combattre les Kraglad comme un beau diable. Animé par une volonté farouche de défendre ses amis, il avait continué à se battre malgré une douzaine de morsures, infligeant des pertes monumental aux vers des sables.<br />
<br />
Cependant la fatigue commençait à gagner du terrain, et le flot des créatures allait finir par le terrasser. Reculant petit à petit, essuyant vague d’attaque après vague, il arriva finalement prêt de la herse. Au loin, il vit Rick dirigeant les vers avec un drôle d’artefact en forme de corne.<br />
<br />
Nel s’avait que c’était la fin.<br />
<br />
« Bravo Kurt » dit Mélissa comme sous l’effet de psychotrope « T’as été… whaaaou. Et ce look sanguinolent c’est très tendance tu sais ! »<br />
<br />
Kurt se mit à rire de bon cœur<br />
<br />
« Merci Mélissa… ça m’a fait plaisir de faire un bout de route avec toi. Wulong ? Je crois que je vais pouvoir faire passer ton épée à travers les barreaux : merci camarade, ça m’a bien aidé »<br />
<br />
Le jeune garçon passa le katana par les barreaux. Lorsque ce dernier reprit sa forme de tatouage, ce fut la main de Wulong qui se trouva dans celle de Kurt.<br />
<br />
« Sarabada… Kurt-kun<br />
– Arigato mon frère… »<br />
<br />
Terrassé de fatigue et de douleur, Kurt mis un genou à terre.<br />
<br />
« Tom ? Dana ? Vous êtes là ?<br />
– Oui Kurt ! » dit la vieille femme « nous sommes là mon grand…<br />
– Vous aussi je voulais vous remercier… d’être ce que vous êtes. Même si j’ai pas pu sauver Cassy, même si j’ai pas pu rester avec elle pour toujours, au moins je vous ai sauvé vous pas vrai ? Au moins j’ai sauvé un bel amour… quelque chose qui en valait la peine ?<br />
– Bien sûr que oui ! On ne pourra jamais assez te remercier Kurt…jamais ! »<br />
<br />
Nel ne savait pas quoi dire. Les chances qu’ils se revoient tous étaient pour ainsi dire quasi nulle.<br />
<br />
« Nel ? »<br />
<br />
Rick avait lancé l’ultime charge : les Kraglad déferlaient vers Kurt comme une vague de chair prête à le tailler en pièce.<br />
<br />
« T’avais promis que tu m’achèterais mes souvenirs pas vrai ? Que tu le laisserais pas me les prendre ?<br />
– Bien sûr ! je t’en donnes…<br />
<br />
– Non laisse tomber : je te les offres. Débarrasse moi de ma peine… tu veux bien ? »<br />
<br />
Nel posa sa main sur le front sanguinolent de Kurt<br />
<br />
« Pas de problème mon pote… »<br />
<br />
Les Kraglad arrivèrent enfin sur leur proie, la dévorant aussi brusquement que brutalement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Kurt se réveilla avec un mal de crane épouvantable. Lorsqu’il regarda autour de lui, il ne vit qu’une gigantesque plaine parsemé de titanesques statues dont certaines semblaient encore en construction. Il avait la sensation que le temps s’était écoulé… mais difficile de savoir depuis combien de temps. Plus étrange encore, il ne se rappelait de presque rien.<br />
<br />
Il marcha dans la plaine, frictionna son bras gauche qui était étrangement courbaturé, un peu comme si un gros chien l’avait mordu tout du long.<br />
<br />
Il finit par apercevoir une grande structure à quelques dizaines de mètre : une estrade, avec un pupitre. Il s’en approcha d’un pas tranquille, comme si rien ne pressait. Il vit alors une jeune femme assise sur le bord de l’estrade, sifflotant un air joyeux qui lui semblait étrangement familier. Lorsqu’il fut prêt d’elle, sans comprendre il se mit à chanter :<br />
<br />
« Oh, I get by with a little help from my friends<br />
Mm, I get high with a little help from my friends<br />
Mm, gonna try with a little help from my friends »<br />
<br />
La jeune femme lui sourit. Elle avait la peau bleue, et des yeux d’un jaune brillants plein de bienveillance et de tendresse.<br />
<br />
« Salut… euh… où sommes-nous ?<br />
– Alors là : pas la moindre idée ! » dit la jeune femme toujours le sourire aux lèvres « mais quelque chose me dit que ce n’est pas le plus important ! »<br />
<br />
Kurt haussa les épaules puis tendit la main :<br />
<br />
« Je m’appelle Kurt<br />
–  moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– démone de… alors c’est l’Enfer ici ?<br />
– Je dirais que ça dépend de ce qu’on y apporte… ça peut être un endroit très chouette parfois »<br />
<br />
Nel descendit de l’estrade et fit signe à Kurt de la suivre. Ils contournèrent l’installation, et derrière le rideau rouge en velours épais se trouvait un bus étrange, rouge vif avec des flammes peintes.<br />
<br />
Nel tendit quelque chose à Kurt qu’il attrapa du bout des doigts :<br />
<br />
« Aller monte ! Je t’ai déjà pris ton ticket » dit la démone en se dirigeant vers le bus.<br />
<br />
Kurt la suivi. Au moment où elle monta, il lui saisit le bras et demanda :<br />
<br />
« Attendez ? C’est vous qui conduisez ce bus non ? »<br />
<br />
Nel fit malicieusement non de la tête tandis qu’elle donnait son propre billet à Loulilalalalidoudadim.<br />
<br />
« Je ne suis qu’une simple passagère : comme toi. T’as de la chance, je vais pouvoir te tenir compagnie jusqu’à destination<br />
– Y’a que nous deux ?<br />
– N’oublie pas Lou quand même ! Mais sinon tu as raison, service spéciale ! Y’a que nous deux.<br />
– C’est cool ! Et bah… merci alors »<br />
<br />
Kurt s’installa devant, mais à peine le bus avait fait quelques mètres qu’il ne se sentit pas à l’aise. Il se leva et s’installa dans le fond.<br />
<br />
« Ah ouais… là c’est mieux… je pourrais passer l’éternité vautrée là à manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! » dit il<br />
<br />
Nel s’installa à côté de lui et commença la discutions<br />
<br />
« T’es célibataire Kurt ?<br />
– Ouha ! T’es directe toi au moins !<br />
– Hum… on peut dire ça… mais te fais pas d’idée, c’est juste histoire de causer.<br />
– Et ben en fait pour tout te dire, et ça va peut-être te paraître complètement dingue, mais j’ai comme un vide dans la tête.<br />
– Oh ? Amnésie ? Comme dans la série Hopital Central ?<br />
– Non c’est plus comme… comme si j’avais fait la paix avec moi-même et que je m’étais débarrassé de… Oh laisse tomber. Parle-moi de toi plutôt : t’es d’ici ?<br />
– Oh que oui. Une vraie fille de la plaine…<br />
– Ah bon ? Dis m’en plus alors. J’aimerai bien avoir des souvenirs dans la tête, même si ce ne sont pas les miens.<br />
– Pas de problème mon pote…  »<br />
<br />
Et c’est ainsi que pendant que le bus 609 roulait à toute allure dans la plaine du jugement dernier en destination de la cité de Dis, Nel raconta à Kurt tous les souvenirs heureux qu’il lui avait offert. Car même si dans le lot certains étaient triste, il avait quand même un gout de nostalgie qui faisait du bien. Car en fin de compte au cœur des ténèbres, dans la cité de Dis, ce qui rendait heureux c’était parfois quelque chose d’aussi simple que le souvenir fugace d’un bon moment passer à chanter des chansons…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Highway to Hell**

Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.

Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.

Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.

Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.

Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.

Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?

La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »

Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.

Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :

« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »

Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :

« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »

Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :

« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’un autre ! »

La perplexité du public ne fût pas une grande surprise pour Matty : au bout de quelques siècles à accueillir les morts, il savait parfaitement comment réagissait la fou]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 08 Feb 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-02-08T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 29 : Highway to Hell #defibradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep29/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Et pour la première fois, la version audio est disponible ! Téléchargez la en cliquant ici >> [Episode 29 – highway to hell](https://hearthis.at/topfive/episode-29-highway-to-hell/)<br />
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**Highway to Hell**<br />
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Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.<br />
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Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.<br />
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Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.<br />
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Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.<br />
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Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.<br />
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Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?<br />
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La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »<br />
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Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.<br />
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Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :<br />
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« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »<br />
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Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :<br />
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« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »<br />
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Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :<br />
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« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’un autre ! »<br />
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La perplexité du public ne fût pas une grande surprise pour Matty : au bout de quelques siècles à accueillir les morts, il savait parfaitement comment réagissait la foule des nouveaux venus. Comme à chaque fois, il leur laissa un peu de temps pour que l’information soit assimilée.<br />
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Il expliqua à la foule que chacun d’eux était destiné à une des trois zones : Paradis, Purgatoire et Enfer, selon ces actions dans sa vie précédente. Pas de bol : il précisa que puisque la faille dimensionnelle les avait déposés ici, c’est qu’ils étaient voués à la damnation.<br />
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La panique se répandit comme une traîne de poudre : devant l’inévitable, certains partirent en courant à l’opposé de l’estrade. Mais à peine eurent ils fait 50m que le sol d’argile sec se brisa, laissant paraître la bouche emplie de dent acéré d’un prédateur. C’était un Kraglad, une sorte de vers des sables géants qui se jetaient sur tous ceux qui essayaient de prendre la fuite.<br />
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Matty fit un signe de la main pour calmer tout le monde :<br />
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« Ne vous inquiétez pas : c’est juste un petit contretemps : ces personnes seront recraché par la faille dimensionnelle d’ici 24h. Vous êtes en Enfer ici : vous tuer ne vous libère pas »<br />
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Étrangement, certains furent rassurés par l’idée que quoi qu’il arrive il ne pourrait pas « mourir » dans le sens où on l’entend habituellement. Pas de néant éternel, c’était pour beaucoup plus qu’il ne pouvait en espérer.<br />
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Profitant de ce sentiment de soulagement, Matty repris son discours et expliqua les règles aux nouveaux. Chacun devait se présenter au pupitre, s’identifier, et recevoir un ticket de bus pour l’Enfer. Après quoi, chacun monterait à bord d’un des 666 bus qui attendaient derrière le rideau et qui les conduirait sur la route des Enfers jusqu’à Dis, la cité des Enfers.<br />
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Ça faisait beaucoup d’Enfers, mais unanimement la foule acquiesça et se mit en rang pour passer prendre un ticket. Durant l’attente, certains constataient que partout dans la plaine, à des dizaines de kilomètre d’intervalle, ce jouait la même scène : l’estrade, les Kraglad et surtout les bus.<br />
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Ceux-ci avaient fier allure, avec leur peinture rouge vive et les motifs de flammes sur les côtés. Les roues étaient d’un diamètre imposant et couverte de pic, et les pare choc étaient renforcé avec des têtes squelettique d’étranges créatures qui ne devaient clairement pas venir du monde des humains.<br />
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Chaque bus avait son chauffeur qui accueillait ses passagers avec plus ou moins de bonne volonté : entre ceux qui n’en avait rien à faire, ceux qui brutalisaient les nouveaux venus à coup de fouet enflammé et ceux qui distribuait des petites brochures informatives : y’en avait pour tous les goûts.<br />
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Kurt, son billet en main, se dirigea vers le bus 404 comme il était mentionné. Hagard, le jeune garçon de tout juste 18 ans semblait sous l’effet de psychotrope, marchant d’un pas mécanique, les yeux rouges et les cheveux ébouriffé.<br />
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La chauffeuse du bus 404, une démone à la peau bleue et aux yeux jaune scintillant, l’agrippa in extremis alors qu’il allait s’écrouler.<br />
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« Hey : ça va ? C’est quoi ton nom ?<br />
– Je… je m’appelle, Je… Kurt ! Je m’appelle Kurt !<br />
– Salut Kurt : moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– Je… qu’est ce qui m’arrive ?<br />
– C’est rien : ça arrive souvent aux gens qui meurent d’avoir des symptômes comme ça, mais t’en fais pas ça va passer. Tu me fais voir ton billet ? Ok, ça à l’air nickel »<br />
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Avec bienveillance, Nel aida le jeune homme à monter dans le bus et l’installa sur la banquette du fond. Elle demanda aux autres passager de le tenir à l’œil et de la prévenir s’il y’avait quoi que ce soit et  retourna à la porte du bus prendre en charge les autres passagers.<br />
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A sa grande surprise, arriva devant elle un couple de petit vieux nommé Tom et Dana Jones. Ils se tenaient la main comme des gamins, et avaient un énorme sourire, visiblement trop content de franchir les portes de l’au-delà ensemble. Nel les trouva tellement chou qu’elle leur demanda la permission de les prendre en photo avec son téléphone ce qu’ils acceptèrent avec amusement.<br />
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Arriva ensuite Mélissa, une femme d’une trentaine d’année au teint blafard qui semblait fascinée par tout ce qu’elle voyait. Elle toucha des deux mains la carrosserie du bus puis y plaqua son oreille en faisant un signe « chut » avec le doigt. Nel n’osa pas trop la déranger mais la pressa de monter. Mélissa lui expliqua que le bus avait quelque chose à lui dire : il fallait qu’elle soit plus délicate avec le pistolet de la station-service. Nel préféra chasser cette image de sa tête mais ne put s’empêcher de laisser s’échapper un petit rire.<br />
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La démone avait une voix très cristalline pour un ange des ténèbres, ce qui lui valait les moqueries de ses camarades qui eux avaient plutôt des voix grésillantes de chanteur de métal.<br />
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Le dernier passager qui se présenta était un asiatique à la carrure impressionnante.  Il ne portait qu’un pantalon et une paire de chaussure de sécurité, ce qui laissait voir sa musculature parfaitement dessiné, et superbe tatouage en forme de dragon qui occupait tout son dos et dont certaines parties débordaient sur ses épaules.<br />
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« Bonjour ! » dit Nel avec son enthousiasme habituel « Bienvenue dans le bus 404 en direction de Dis ! pourrais-je voir votre ticket s’il vous plait ? »<br />
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L’asiatique resta immobile, son ticket dans la main droite. Il défiait Nel du regard, mettant la démone très mal à l’aise.<br />
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« Euh… monsieur ? »<br />
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L’homme au tatouage répondit dans une langue inconnue de Nel. Visiblement il y’avait eu une erreur d’aiguillage.<br />
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En effet, l’au-delà avait organisé les équipes de transit vers les différentes zones de façon à ce que les démons / anges en charge du processus puissent gérer facilement les personnes. Mais de temps à autre, une personne se retrouvait mal orienté et était largué à un point de récupération où on ne parlait pas sa langue. Cela arrivait souvent lorsqu’une personne mourrait dans un pays étranger.<br />
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Nel compris vaguement que l’homme au tatouage s’appelait Wulong (bien qu’au début elle ait cru qu’il voulait une tasse de thé). Avec moult geste elle parvint à lui faire comprendre qu’il devait monter dans le bus, ce qu’il fit sans discuter avec une discipline toute asiatique (bien que ça soit un cliché que Nel ne voulait pas entretenir plus que de raison).<br />
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Sa liste complète elle monta à bord et salua ses passagers via le microphone installé sur la console de commande du bus :<br />
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« Bonjour à tous : bienvenue sur la route de l’Enfer ! Je m’appelle Nelkykikakokan, mais vous pouvez m’appeler Nel ! Je serai votre chauffeur pour toute la durée du trajet qui est d’environ 6 300km… »<br />
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Les passagers estimèrent donc qu’ils allaient faire l’équivalent d’un voyage New York / Los Angeles, ce qui était métaphoriquement une assez bonne représentation d’un parcours vers l’Enfer.<br />
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Nel repris avec professionnalisme :<br />
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« Durant le trajet je vous donnerait un maximum de détail sur votre séjour et tous les bons coins à connaitre : avant même d’arriver vous serez aussi calé sur l’Enfers que des vrais damnés du moyen âge ! »<br />
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Après les vérifications d’usage, car on ne badinait pas avec la sécurité, Nel ferma la porte du bus et distribua aux passagers une petite collation faites de barres chocolatés et de chips aux vinaigres. Elle s’installa au volant, régla ses rétroviseurs et la caméra de recul, puis s’assura que le déclencheur de son siège éjectable était bien armé.<br />
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Par la fenêtre, elle aperçut un magnifique aéroplane qui ressemblait à un oiseau fait d’or et d’argent, et dont les plumes brillantes reflétaient la lumière divine qui venait d’à travers les nuages.<br />
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« Mesdames et messieurs » annonça Nel avec une pointe d’aigreur « Sur votre gauche vous pouvez voir cette bande de branleur prétentieux d’élu de Dieu, faire route vers le Paradis à bord de cette machine ridicule… pfff : même pas 800 bornes et ça à besoin d’un avion ! Et après ça vient dire que la paresse est un pêché ! »<br />
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La démone fit rugir le moteur qui gronda comme un dragon. Les pots d’échappements en chromes brillant lancèrent de larges flammes sur flanc du véhicule qui s’élança dans un crissement de pneu inexplicable… oui parce que normalement pour ça fasse ce bruit il aurait fallu un sol avec du bitume, et pas une espèce de plaine poussiéreuse… ça vous choque pas plus que ça ?<br />
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***<br />
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La première journée de voyage se déroula sans encombre. Les passagers étaient admiratif du paysage et apprenaient à faire connaissance : après tout, vu l’éternité de damnation qui les attendaient un peu de compagnie ne serait pas du luxe.<br />
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Nel chantait des chansons afin d’apprendre aux nouveaux venus les rudiments du langage démoniaque. Mélissa s’avéra une élève douée, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle avait appris par cœur une chanson démoniaque bien connu chanté sur l’air de « Kickstart my heart » de Motley Crew dont elle reprenait le refrain à tût tête.<br />
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« Woooo ! Yeaaah ! On est sur la route, prêt à être damné ! Woooo ! Yeaaah ! Ça nous fait par peur ! L’Enfer on connait ! »<br />
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Cette ambiance bonne enfant amusait aussi Tom et Dana qui n’avaient pas autant rigolé depuis leurs jeunes années, lorsqu’ils manifestaient pour les droits civiques en 1954.<br />
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Même l’impassible Wulong dodelinait de la tête en rythme, tapant la mesure du plat de la main.<br />
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C’est à ce moment que Kurt sorti de sa léthargie.<br />
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Il observa les passagers du bus, puis se précipita contre la vitre pour regarder alentour : rien que le vide poussiéreux et infini de la grande plaine. Il ne cessait de répéter « oh non… oh non… » la voix pleine d’angoisse.<br />
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Kurt traversa l’allée centrale du bus et demanda à Nel de s’arrêter.<br />
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« Hey ? Kurt ! » réagit la joviale démone de la vitesse « tu vas mieux ? Je me faisais du souci pour toi tu sais ?<br />
– Il faut qu’on s’arrête on a oublié quelqu’un !<br />
– Ah ? Mais qui ça ?<br />
– Cassy, ma petite amie ! Elle était avec moi quand… »<br />
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Nel cala le volant avec ses genoux et attrapa son registre. Sans même regarder la route (ce qui semblait inutile vu que tous les bus avait fini par s’éloigner les uns les autres dans la vaste plaine et qu’il n’y avait aucun obstacle à perte de vue) elle feuilleta les pages, cherchant du doigt le nom des voyageurs.<br />
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Tournant sa tête à 180 dégrée, Nel se mit à compter à haute voix les passagers, puis une fois son compte fini, s’adressa à Kurt en toute innocence :<br />
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« Non pas de souci : tout le monde est là !<br />
– Mais Cassy ! Où est-elle !?<br />
– Je n’en sais rien, mais il n’était pas prévu qu’elle soit là en tout cas !<br />
– Quoi ? Mais… mais c’est pas possible… je… »<br />
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Kurt retourna s’asseoir à l’arrière, totalement apathique.<br />
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Tom et Dona lui adressèrent un regard plein de compassion, puis le vieil homme s’installa à côté de lui.<br />
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« Salut… Kurt c’est ça ? Dis-moi petit, j’ai entendu ce que t’as dit à Nel et… je suis sincèrement désolé pour toi.<br />
– Qu’est ce qui c’est passé putain ? J’étais en train de lui parler et… qu’est-ce que je vais devenir sans elle ?<br />
– Elle… elle est morte avec toi ? Je veux dire, vous avez eu un accident ou un truc dans le genre ? »<br />
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Kurt fixa le vide, les yeux exorbités. Il s’agrippa le crane des deux mains et se recroquevilla doucement.<br />
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« Je… j’en sais rien ! Je sais plus putain : c’est le trou noir ! »<br />
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Dana de son côté ce dirigea vers Nel pour l’avertir de l’état du jeune homme.<br />
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« Nel ? excusez-moi de vous déranger mais je pense que ce jeune garçon, Kurt… il ne va vraiment pas bien…<br />
– Oh ? hum… c’est gênant. Et qu’est-ce qu’il a ? » demanda naïvement Nel.<br />
– Visiblement c’est sa petite amie qui lui manque : vous savez si elle est morte avec lui ? »<br />
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La démone fit signe de la main à Dana d’approcher, puis lorsque celle-ci se fut exécutée, elle lui susurra :<br />
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« Y’a des chances qu’elle soit parti avec l’avion de tout à l’heure… »<br />
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Dana porta sa main à la bouche comme pour retenir la stupéfaction qui venait de la saisir. Elle jeta alors un coup d’œil en direction de Kurt que Tom essayait de réconforter du mieux possible. La vieille dame ne pouvait que trop bien comprendre la peine que ressentait le jeune garçon : qu’aurait elle fait ici sans son mari a ses côtés ?<br />
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Nel l’invita à garder cette information pour elle et d’essayer autant que possible de ne pas donner du grain à moudre à la morosité de Kurt.<br />
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Dana s’installa près du jeune garçon, du côté opposé à Tom. Elle repensa à son propre fils, Jeff, et à sa belle-fille Andréa. Ces deux-là s’aimaient comme pas possible, alors comment réagiraient-ils le jour où l’un des deux mourrait ? En regardant Tom, Dana comprit la chance qu’elle avait d’être avec lui-même dans la mort. Tous les autres, Kurt, Mélissa et Wulong, étaient seuls et abandonnés à leur sort.<br />
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Finalement, il n’y avait que la gentille Nel pour s’occuper d’eux.<br />
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« C’EST LA PAUSE ! » hurla cette dernière en pilant net ce qui fit se dresser l’arrière du bus et se soulever une montagne de poussière. Lorsqu’elle retomba, les passagers purent voir qu’ils étaient arrivés dans une petite station-service a l’étrange nom de « SandCastle »…<br />
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Nel expliqua aux passagers qu’ils avaient droit à 15min de pause pour se dégourdir les jambes et prendre des boissons dans la station-service. Pour le payement, Nel leur recommanda d’utiliser comme monnaie un de leurs souvenirs heureux. Cela leur donnerait d’une part la possibilité de faire des achats (puisque aucun d’eux n’avait de dollars infernaux) mais aussi de se débarrasser d’une chose très encombrante en enfer, à savoir le souvenir de leur ancienne vie.<br />
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Tous refusèrent… enfin on suppose que pour Wulong il s’agissait plus d’une incompréhension que de refus stricto senso.<br />
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Nel tira le pistolet de la pompe et commença à faire le plein du bus, non sans se rappeler ce que lui avait dit Mélissa avant le départ. Elle glissa donc très doucement le pistolet dans la fente du réservoir.<br />
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Le glouglou monotone de la pompe qui déversait son nectar dans le réservoir fût soudain couvert par un lourd bruit de moteur qui attira l’attention de Nel. Avec empressement, elle appela tout le groupe :<br />
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« Hey les amis ! » hurla Nel « ramenez-vous vite par ici s’il vous plait ! »<br />
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Tous obéir, à part Kurt qui était resté prostré à l’intérieur. Wulong s’approcha lui aussi, mais sans doute plus pour faire comme tout le monde que réellement parce qu’il avait compris.<br />
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« Vous voyez ce qui arrive par là-bas ? » demanda Nel<br />
– La grande poussière ? » dit Mélissa « Elle va nous manger ?<br />
– Euh bah ça se discute tu vois » répondit la démone « Ce sont des chasseurs d’âmes : ne les laissez surtout pas vous embrouiller ok ? Sinon vous allez avoir des ennuis ! »<br />
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Tous acquiescèrent et retournèrent marcher un peu.<br />
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Tandis que Nel finissait son plein et replaçait le pistolet sur la pompe, les chasseurs arrivèrent en trombe, se plaçant devant le bus comme pour lui barrer la route. Ils étaient trois, chevauchant d’énormes motos à tête de dragon, recouvertes de piques rouillés et de lames sanguinolentes. Nel les interpella sans trembler :<br />
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« Hey les abrutis ! Barrez-vous de mon bus chemin si vous voulez pas que je bousille vos trottinettes !<br />
– Oula ! Doucement ma mignonne » dit l’un des démons dont la peau était toute couverte d’écaille rougeâtres. « On a parfaitement le droit d’être ici. On propose des supers affaires à tes passagers c’est tout !<br />
– Et si je faisais passer mon poing dans ta gorge jusqu’à ton colon ? Ça serait une bonne affaire pour qui d’après toi ?<br />
– Arrête de te la jouer : tu sais très bien que t’as rien à dire ! »<br />
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Effectivement, les chasseurs d’âmes avaient parfaitement le droit de sillonner le territoire neutre de la plaine du Jugement Dernier pour proposer des contrats aux âmes des défunts qui n’avaient pas encore fait allégeance aux anges où aux démons. Les conducteurs des bus ne devaient pas interférer, tout au plus avaient ils le droit de mettre en garde leurs passagers comme Nel l’avait fait plus tôt.<br />
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L’un des démons descendit de moto et fit quelques pas vers les passagers qui étaient sur le point de remonter dans le bus. Il portait une grande veste de cow boy en cuir et un chapeau qu’il avait surement extorqué à Slash des Gun’s And Roses (car sachez-le, ce dernier était en réalité un démon du heavy métal). Il s’alluma un gros cigare tout sec dont la fumé acide format une épaisse fumée noire et commença son speech avec le même ton qu’un marchand de potion miraculeuse.<br />
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« Bonjour à tous messieurs dame ! » dit le démon « je suis Rickardanrastrastopheles, et je représente des groupes d’intérêt privé qui souhaiteraient vous permettre de faire fructifier votre capital en vous proposant des offres si exclusives qu’elles sont prohibées en Enfer. En effet, ces contrats surpassent largement ceux qui vous seront proposés à Dis, mais malheureusement nous n’avons pas le droit de vous les soumettre là-bas… clause de non concurrence soit disant… enfin bref, si certains d’entre vous ont des souhaits à exaucer, nous vous proposons une étude rapide en 5min et un devis sans engagement de votre part ! »<br />
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La petite troupe était sur la défensive : l’avertissement de Nel avait fait son petit effet. Mais c’est alors que Kurt fit son apparition dans l’encadrement de la porte du bus…<br />
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« Hey ! Vous là ? Rick machin chose… c’est vrai ce que vous dites ? Vous pouvez exaucer un vœu ?<br />
– Mais bien sûr mon gars, c’est notre job ! Pas vrai les gars ? » demanda Rick à ses camarades.<br />
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Les deux chasseurs d’âmes secouèrent la tête en cadence et firent un signe du pouce pour montrer que tout était cool. C’est bien connu, les humains se rassuraient plus facilement quand on faisait ce geste là (du moins c’est ce qu’il pensait après avoir regardé une dizaine de fois tous les épisodes de la série « Happy Days »).<br />
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« Ça serait quoi ton vœu petit ? » demanda Rick un grand sourire aux lèvres<br />
« Je… je veux retrouver ma copine… je veux qu’on soit ensemble !<br />
– Ah ah ! C’est tout ? Mais mon p’tit père ça c’est rien du tout pour des gars comme nous ! Ton vœu on va te l’exaucer en 5min montre en main ! »<br />
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Nel s’interposa et attrapa Rick par le col de son blouson de biker.<br />
<br />
« Écoute-moi bien gros balourd ! Le p’tit est un peu chamboulé, alors tu vas pas lui faire ton numéro de baratineur pigé ?<br />
– Nan mais elle va me lâcher la terreur du volant !? J’ai le droit d’exercer et…<br />
– Trouve toi une autre proie !<br />
– Et comment je…<br />
– Comment tu feras ton business si je te cloue à l’avant de mon bus et que je t’utilise comme bélier pour écraser les Kraglad ? »<br />
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Nel entendit un cliquetis métallique venant de sa droite. L’un des chasseurs avait sorti un fusil à canon scié et le pointait en direction des passagers.<br />
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« Tu fais quoi là ? » demanda Nel inquiète<br />
– A ton avis ? Je la joue stratégique… mesdames et messieurs, permettez-moi de vous initier à nos règles. En tant que démons, moi, mes camarades et la petite demoiselle ici présente ne pouvons être tués au sens où vous autres mortels l’entendez. Cependant, vous autres, si vous êtes tués, vous repartez immédiatement dans le vortex pour être à nouveau largués au beau milieu de la plaine. Evidemment si cela arrive, votre chère conductrice ne pourra pas faire demi-tour et vous serez obligé d’attendre le prochain bus en évitant les Kraglad… si ces derniers vous mangent… rebelote dans le vortex et ce jusqu’à ce que vous tombiez sur un bus. Croyez-moi ça peut prendre du temps. Alors vu que la diplomatie ne vous convient pas, je vais être un peu plus direct ! Faites un vœu n’importe lequel je m’en fiche, mais vendez nous vos âmes ! »<br />
<br />
Rick repoussa Nel d’une pichenette et attrapa dans l’une des grosses sacoches de sa moto une pile de contrat qu’il distribua à Tom, Dana, Mélissa, Kurt et…<br />
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« Bah… il est passé où l’asiatique ? » demanda-il en se tournant vers ses associés.<br />
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Ces derniers étaient toujours juchés sur leurs motos… mis à part qu’il leur manquait la tête.<br />
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Le temps de comprendre, Wulong était déjà en train de le chargé, un katana à la main, prêt à frapper un coup décisif.<br />
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Rick s’écroula par terre et se roula en boule : tout démon qu’il était, le combat n’était clairement pas son fort (ce qui avait fait de lui un chasseur d’âme tout trouvé puisque la majeur partie du boulot était basé sur le baratin) et il avait compris à qui il avait à faire.<br />
<br />
Nel aussi de son côté avait fini par comprendre ce que Wulong faisait ici, et d’où il avait sorti un katana capable de trancher du démon. C’était tout simplement parce qu’il était un moine exorciste, et que son tatouage était le réceptacle énergétique de son arme forgé au feu de sa volonté.<br />
<br />
La lame au fil si parfaitement aiguisé qu’on entendait l’air se déchirer dessus s’approcha de la tête de Rick, mais Nel l’interrompit :<br />
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« Bien joué Wulong ! T’es euh… subarashii ? Euh non ça je crois que ça veut dire délicieux… euh… saikyo ? Hein ?<br />
– Saikyo dessu ? » demanda Wulong dont le nom à consonance chinoise ne laissait pas deviner qu’il parlait un japonais tout à fait convenable.<br />
– Euh… oula t’emballes pas mon grand parce que les deux autres trucs que je sais dire en japonais c’est « je te prie de mourir avec ardeur » et « Non grand frère, pas là : c’est trop gênant »… Baisse ton arme s’il te plait hein ? D’accord ? »<br />
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Se basant sur les gestes que faisait Nel, Wulong comprit sa demande et relâcha sa posture de combat. Nel en profita pour aider Rick à se relever…<br />
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« Aller mon gros : remonte sur ta bécane et fou le camp d’ici avant que je dise à mon pote de te saucissonner façon tempura !<br />
– Mais… les tempuras ce sont des aliments cuits dans une panure ? Tu veux pas plutôt parler de sashimi ?<br />
– Oh ça va hein ! Je m’y connais peut être très mal en cuisine, mais toi et moi on sait ce qui se passera si jamais je le laisse te tailler en cube !<br />
– D’accord d’accord ! Je m’en vais ! Mais qu’il reste tranquille ! »<br />
<br />
Sans demander son reste, Rick monta sur sa moto et s’en alla à toute allure le plus loin possible du bus 404. Wulong passa alors son épée dans son dos, et aussitôt elle redevint son superbe tatouage. Il s’avança ensuite prêt de Nel et se mit à genou devant elle de manière très protocolaire. La démone ne sût pas trop comment réagir…<br />
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« Euh… Merci beaucoup Wulong : tu nous as bien aidé sur ce coup-là mais… euh, t’attends quoi exactement ? »<br />
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Mélissa posa ses mains sur ses épaules et sembla entrer en transe :<br />
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« Oh… je vois ! » dit-elle « il veut se repentir parce qu’en ne réagissant pas immédiatement à ton ordre il t’a déshonorée à cause de son impulsivité… il veut que tu le frappe et qu’ensuite tu l’attaches sur le toit du bus pour qu’il fasse pénitence un jour entier…<br />
– T’arrives à voir tout ça rien qu’en lui tripotant les deltoïdes ? » demanda Nel curieuse « faut que tu m’apprennes ! »<br />
<br />
Pendant que Nel et Mélissa essayaient de convaincre Wulong qu’il n’avait pas besoin d’une séance de bondage sur le toit du bus, et qu’il aurait largement le temps d’expérimenter des sévices imaginatifs une fois arrivé à Dis, Tom et Dana retournèrent auprès de Kurt. Ce dernier tenait dans ses mains un des contrats que les chasseurs d’âmes avaient perdu pendant l’affrontement et essayait vainement de le compléter en se servant du sang qui avait coulé des plaies des démons en guise d’encre.<br />
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Dana posa une main bienveillante sur son épaule et passa l’autre dans les cheveux du jeune garçon qui finit par sangloter bruyamment.<br />
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« Là… c’est fini mon grand. Nel a eu raison de ne pas nous laisser parler à ces charlatans.<br />
– J’aurai pu la retrouvé… je… je peux sûrement trouver d’autres chasseurs…<br />
– Il semble que monsieur Wulong soit une sorte d’exorciste : il n’en laissera pas un seul nous approcher…<br />
– Il faut que je sache où elle est… si elle morte ou bien si… »<br />
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Nel se planta devant Kurt et le redressa sans ménagement, l’empoignant avec force.<br />
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« Ça suffit maintenant Kurt ! J’ai été sympa avec toi parce que t’as eu un réveil difficile, mais maintenant tu vas m’écouter okey ? J’ai vérifié dans les registres, et ta copine voyage en ce moment dans un bel avion fait d’or et d’argent conduit par des emplumés ! C’est une élue de Dieu, et elle va passer le reste de l’éternité au Paradis…<br />
– Je peux peut être la contacter et…<br />
– KURT ! TU NE LA REVERRAS PLUS JAMAIS ! »<br />
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Consciente de la violence de ses propos, Nel blotti la tête de Kurt sur son épaule.<br />
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« Pardonnes moi… j’aurais pas dû dire ça… Kurt je suis tellement désolée… »<br />
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Contrairement aux autres, c’est seulement maintenant que Kurt se senti mourir.<br />
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Le vide, le vrai néant, il venait de s’ouvrir béant dans son cœur et le laissait sans rien. Les souvenirs, les bons moments, la chaleur de son corps contre lui, le son de sa voix, sa façon de remettre ses cheveux derrière ses oreilles, son parfum sur les draps lorsqu’elle se levait avant lui, le claquement de ses pieds nus sur le carrelage, son regard beau à en crever quand il se voyait dedans et qu’il se sentait comme la personne la plus importante au monde parce qu’il pouvait exister dans ses yeux… tout ça c’était parti.<br />
<br />
Aidé par Nel et Wulong qui le soutenaient, Kurt remonta dans le bus et s’effondra, pleurant comme un môme, hurlant des sanglots déchirant qui tiraillait l’âme de tous ceux qui l’entendaient. Tous reprirent place, mais la bonne humeur du départ laissait place à la mélancolie et à la tristesse…<br />
<br />
***<br />
<br />
La seconde journée fût morose. Personne ne parlait, personne ne bougeait de son siège. Même Nel pourtant joyeuse et enthousiaste par nature n’avait plus le cœur à s’amuser. Alors que le bus quittait enfin la plaine pour entrer dans le territoire des enfers, elle prit à peine le temps de raconter les anecdotes qu’elle connaissait sur « la mare des noyés bourrés à l’absinthe » ou sur « la montagne des espoirs déçu de gain au loto » qu’on voyait au loin.<br />
<br />
Elle tira de sa poche un paquet de cigarette dont elle extirpa une tige du bout des dents. Elle l’alluma par pyrokinésie puis lança le paquet sur le tableau de bord. Nel s’était dit qu’elle aurait pu proposer une clope aux autres, mais elle n’avait pas assez de courage en elle pour fixer le regard des passagers. Ce qu’elle avait dit à Kurt avait foudroyé le jeune homme, mais indirectement cela avait aussi affecté les autres.<br />
<br />
L’apparente folie de Mélissa ne faisait que cacher ce qu’elle redoutait : la perte de sa conscience. Typique des victimes de maladie du cerveau.<br />
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L’impassible Wulong lui avait sans doute réalisé qu’il serait toujours et à jamais un étranger perdu au milieu d’un monde qui n’est plus le sien.<br />
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Et que dire de Tom et Dana ?<br />
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On pourrait croire qu’ils étaient les plus chanceux, ensemble même dans la mort, mais la médaille à un revers : ils réalisèrent qu’en permanence ils vivraient dans l’angoisse de se perdre, ne profitant d’aucun moment de paix dans ce monde où on peut vous arracher aux vôtres et vous envoyer à des milliers de kilomètre de distance sans espoir de se revoir…<br />
<br />
Au moins quand votre conjoint meurt sur terre, vous pouvez aller le voir au cimetière, lui rendre visite, lui apporte des fleurs et lui parler en murmurant. Mais ici c’est différents : si l’un des deux était « tué », il tomberait à nouveau au milieu de la grande plaine, à attendre le bus, espérant arriver à destination pour au final retrouver l’autre… mais était-ce seulement possible ? Nel leur avait expliqué que l’Enfer était si dangereux que les simples damnés ne pouvaient espérer y circuler sans risquer de se faire attaquer. Si vous aviez vendu votre âme c’était pire puisque vous ne pouviez quitter la zone qui vous était désigné en fonction de vos fautes. Et autant dire que les couples heureux n’étaient pas légion là-bas…<br />
<br />
Est-ce que l’appréhension de perdre l’autre n’est pas infiniment plus cruelle et douloureuse que de le perdre vraiment ? C’est en tout cas ce que pensait Nel tandis qu’elle accélérait encore et toujours, cherchant dans la vitesse un défouloir, et dans le vrombissement assourdissant du moteur une façon comme une autre de ne plus entendre les lamentations de Kurt.<br />
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***<br />
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Le troisième jour, Nel décida de laisser le bus se conduire lui-même (ce qui n’avait rien de bien surprenant pour un bus infernal) afin de passer un peu de temps avec les passagers.<br />
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Elle remarqua dans un premier qu’un bien étrange duo s’était formé entre Mélissa et Wulong. Tandis qu’elle essayait de lui apprendre sa langue, ce dernier lui apprenait ce qui semblait être une technique de respiration. Sans vraiment se parler, ces deux-là avaient réussi à nouer des liens d’amitié bien réconfortant lorsqu’on fait route vers les ténèbres.<br />
<br />
Kurt lui était toujours abattu malgré les efforts de Tom et Dana pour lui remonter le moral. La vue du vieux couple était douloureuse et lui rappelait qu’il ne reverrait plus jamais Cassy. Elle demanda au jeune homme si elle pouvait lui parler en privé. Ce dernier accepta mollement, et accompagna Nel sur le toit du bus via un escalier coulissant dissimulé dans le plancher.<br />
<br />
Kurt découvrit qu’il y’avait une banquette escamotable installé sur le toit que Nel ouvrit après quelques efforts avant de se jeter dessus.<br />
<br />
« Ah ! On est trop bien sur ce truc ! Je pourrais passer l’éternité vautrée là a manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! »<br />
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La démone invita Kurt à s’asseoir et se mit à lui parler à cœur ouvert :<br />
<br />
« Écoutes, je voulais te redire à quel point je suis désolé pour Cassy et toi. Mais tu sais ça arrive souvent que des gens soient séparés par la mort.<br />
– Si c’est pour me faire ton baratin de démon c’est pas la peine ! Tu m’as privé de la seule chance que j’avais de…<br />
– Oula oula arrête toi avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter ! J’ai fait ça parce que je savais le genre d’entourloupe qu’ils allaient te faire… pfff, tu crois vraiment que des merdeux de seconds rangs comme eux aurait pu te ramener à elle ? Des démons qui pourraient amener un damné comme toi jusqu’à la porte du Paradis pour rendre visite à une Elue ? ha ha ! Quelle blague ! »<br />
<br />
Kurt resta le regard dans le vague tout en parlant à Nel :<br />
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« Alors du coup il me reste quoi à faire ? Être privé d’elle ça va être ça mon châtiment éternel ?<br />
– Y’a des chances. Je connais pas le détail de ton dossier, mais c’est une punition classique. Le prends pas mal mais… t’aurais pas été un gros connard avant de mourir ? »<br />
<br />
Le jeune homme se pinça les lèvres : c’était difficile de faire preuve d’hypocrisie lorsqu’on roulait à tombeau ouvert en direction de l’Enfer…<br />
<br />
« On se disputaient souvent ces derniers temps. Je lui disais qu’elle ne me comprenait pas, qu’elle m’empêchait de m’épanouir…<br />
– Hum… ah ouais quand même : des belles conneries !<br />
– Un soir je m’étais saoulé et… je suis passé la voir pour parler, histoire de remettre tout à zéro. J’ai voulu la forcer à m’embrasser. Elle s’est débattu alors je… je l’ai giflé…<br />
– Ah d’accord ! Mais en fait fallait commencer par-là : évidement que tu vas en chier ici !<br />
– Je sais que je la méritais pas… mais j’espérais qu’elle pourrait me pardonner… et je… c’est ma faute si elle est morte ! »<br />
<br />
Nel resta interdite, attendant la suite de l’histoire avec anxiété.<br />
<br />
« On était en bagnole, on s’est pris une autre voiture parce que j’étais tellement en colère que… merde putain : j’ai pas juste gâché ma vie je lui ai volé la sienne ! »<br />
<br />
La démone se fit la remarque que Kurt avait sans doute aussi causé la mort des passagers de la voiture d’en face, mais préféra ne pas en rajouter.<br />
<br />
« Kurt mon grand… c’est normal de s’en vouloir… et je dis pas ça pour t’excuser, parce que là ce que tu me décris c’est mon quota habituel de gros connard que je transporte tout le temps. Vous les humains vous êtes parfois incapable de réaliser la chance que vous avez d’être en vie, d’être ensemble, de pouvoir construire des choses… enfin tu me comprends ?<br />
– Je crois…<br />
– Mais bon voilà c’est fait ! T’es mort, elle aussi et maintenant tu dois assumer et faire face à ce qui t’attends. Tu vas finir en Enfer mon grand, c’est une certitude. Y’a pas de plan B, pas de sauvetage miracle, pas de rédemption. Tu y es et c’est comme ça. Par contre, là où tu as le choix et où tu peux faire la différence, c’est comment tu vas continuer ton existence de damné. Et moi je t’aiderai du mieux que je peux. D’accord ? »<br />
<br />
Kurt acquiesça. Il avait du mal à soutenir le regard de Nel, et pas simplement parce que la démone était plutôt jolie ou bien parce qu’elle avait des yeux bizarres jaunes brillants. Il était tout simplement intimidé.<br />
<br />
« – Hier à la station t’as dit qu’on avait intérêt à vendre nos souvenirs… tu crois que ça m’aiderai ?<br />
– Tu ne penseras plus à Cassy, ni aux problèmes que vous aviez. Tu sauras pourquoi tu es là mais tu n’auras plus aucun sentiment. Ça sera déjà ça de moins à supporter…<br />
– Tu es un démon non ? Donc tu pourrais racheter mes souvenirs ?<br />
– En principe oui… mais t’es vraiment sûr de ça ?<br />
– Non… mais ça me fait tellement mal que je ferais n’importe quoi pour que ça s’arrête. Et en même temps… est-ce que ça ne serait pas pire de continuer à exister sans son souvenir ?<br />
– J’en sais rien bonhomme. Peut-être que tu devrais prendre le temps d’y réfléchir. Tu sais quoi ? Attends demain, et si tu es décidé à franchir le pas, alors je te débarrasserais de tes souvenirs avec plaisir… et je te ferai un prix d’ami !<br />
– Merci Nel » dit Kurt en se blottissant contre la démone.<br />
– Pas de quoi bonhomme… pas de quoi… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Le reste de la journée fût éclairé d’un jour plus optimiste. Nel avait appris de nouvelles chansons démoniaques à la petite bande et Wulong, avec l’aide de Mélissa, raconta une blague très drôle à propos d’un chat qui souffre d’agoraphobie.<br />
<br />
Tom et Dana racontèrent leurs souvenirs de l’été 1969, lorsque la fièvre hippie avait déferlé. Ils possédaient à l’époque un commerce de détail dans la ville de Kingstown, situé dans le même comté que Woodstock, qui avait été pris d’assaut par les festivaliers. Cela était dû au fait qu’ils étaient les précurseur dans la région du végétalisme et qu’ils proposaient déjà à l’époque des produits qu’on qualifiera aujourd’hui de « commerce équitable ». C’est alors qu’avec un talent insoupçonnable, Wulong fredonna dans sa langue la chanson « with a little help from my friends »<br />
<br />
Le bus tout entier entonna cet hymne, dodelinant de la tête, et battant doucement la mesure.<br />
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***<br />
<br />
L’arrivée était toute proche, et Nel continuait à prodiguer ses bons conseils aux passagers. Ne jamais faire de pari avec un démon d’Asmodée, ne jamais provoquer du regard un démon de la fureur, ne pas se laisser baratiner par les succubes, et surtout SURTOUT garder ses mains sur ses fesses lorsqu’on parlait à un démon téléporteur.<br />
<br />
Cela faisait plusieurs heures qu’on pouvait apercevoir au loin une gigantesque cité aux tours cyclopéennes faites de pics aux courbes étranges. Mélissa demanda alors très sérieusement si le bus se rendait sur le tournage d’un film de Tim Burton.<br />
<br />
Il s’agissait en fait de la cité de Last Cross : l’ultime carrefour avant Dis.<br />
<br />
Construite comme une petite forteresse ceinturant la cité de Dis par le nord, Last Cross servait d’aiguillage entre l’Enfer et le Purgatoire. En effet, certaines âmes pouvaient prétendre à séjourner dans la zone du repentir, tandis que d’autres, suite à des résultats peu concluant, retombaient d’une strate pour finir en Enfer.<br />
<br />
C’est le point de passage obligatoire des bus pour achever leur parcours, et un lieu critique pour les chasseurs d’âmes qui pouvaient y traquer ceux qui leurs avaient échappé dans le désert.<br />
<br />
Nel arrêta le bus à environ 5km de l’entrée principale, puis elle monta sur le toit pour observer les alentours à la jumelle. Comme elle s’y attendait, les motards qu’avait décapités Wulong étaient là à les attendre pour se venger.<br />
<br />
Car si tuer un humain dans ce monde le renvoyait sur la plaine du jugement dernier, tuer un démon l’expédiait illico presto dans les bureaux du service de gestion de l’incompétence situé à Dis… et autant dire que c’était un endroit que les démons fuyaient comme la peste. Les fonctionnaires qui géraient ce bureau étaient des démons de l’intransigeance, une espèce parmi les plus cruelles de tous les cercles infernaux, et ils châtiaient sévèrement ceux qui avaient le malheur de les déranger en se faisant tuer. Ils devaient donc être particulièrement remontés…<br />
<br />
Nel envisagea plusieurs stratégies pour éviter les ennuis. La priorité était de passer la grande herse qui séparait Dis de Last Cross, mais foncer dans le tas était impossible à cause de tous les bus qui faisaient la queue pour passer le long des 9 routes dont l’accès était sévèrement contrôler par des fonctionnaires très tatillons.<br />
<br />
Arrivant discrètement derrière la démone, Mélissa lui mis brusquement les mains sur les yeux ce qui la fît sursauter :<br />
<br />
« Nel… » dit Mélissa d’une voix traînante « le Vent raconte qu’on va avoir des ennuis et que toi seule peut nous aider<br />
– Melissa ! Par pitié me refait plus jamais ça : je suis démone et j’ai failli me faire dessus !<br />
– Le Vent trouve qu’on ne devrait pas rester ici…<br />
– Il a pas tort… on court moins de risque en étant mobile.<br />
– Tout à l’heure le tatouage de Wulong s’est mis à danser sur son dos. Lui aussi il sent le danger.<br />
– Euh… d’accord… t’as pas pris un coup de soleil toi ? »<br />
<br />
Le bus 404 reprit la route et en quelques minutes arriva devant la grande herse. Celle-ci, haute d’une trentaine de mètre, était une ligne de défense lourde en cas d’invasion angélique bien que pour beaucoup c’était un immense gâchis de temps et d’argent vu qu’aucun ange saint d’esprit (ce qu’ils étaient tous) n’aurait voulu mettre les pieds dans un endroit pareil.<br />
<br />
Faisant la queue parmi autres bus, Nel laissa son véhicule en mode automatique et remonta sur le toit faire un peu de surveillance. Elle n’était pas la seule : d’autres conducteurs de bus étaient sur le toit de leur engin, mais pour la plupart c’était simplement pour être tranquille et laisser les humains se lamenter dans le bus.<br />
<br />
Et oui, Nel faisait partie des rares à se soucier de ses passagers.<br />
<br />
Certains avaient simplement comme Nel des banquettes escamotable, là ou d’autres avait carrément des meubles de jardin, une petite sono et un parasol.<br />
<br />
Elle reconnut sur sa droite, à une vingtaine de mètres sur la 5eme route, Loulilalalalidoudadim, un vieil ami de sa famille. C’était notamment lui qui lui avait offert son premier sapin décoratif pour le rétroviseur de son bus lorsqu’elle avait été admise il y’a des siècles de ça.<br />
<br />
« Louuuuu ! Louuuuuuu ! » hurla elle en faisant des grands signes « hey hooooo !!!!<br />
– Ah bah ça par exemple ! » dit-il « La petite Nelkykikakokan ! Mais t’as bien grandie dis donc : t’es canon avec quelques siècles de plus !<br />
– Sacrée Lou… » dit Nel pour elle-même avant de demander plus fort « Comment vont Patashakapatapondon et les enfants ? »<br />
– Oh toute la petite famille va bien, merci de t’en inquiéter. Et ton père ? Toujours à la Hotline ?<br />
– Et oui : toujours au service de nuit. Tu le connais, il ne serait pas capable de faire autre chose !<br />
– Pourquoi est-ce qu’il changerait ? Ce bon vieux Somni est parfaitement à sa place ! »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit puissant venant du fin fond de la plaine résonna. On aurait dit le son d’une corne, dont les vibrations de basse faisaient trembler les lourds chaînons de la herse. Et puis aussitôt, quelqu’un hurla :<br />
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« LES KRAGLAD ! »<br />
<br />
Une meute de milliers de vers des sables déferla comme un tsunami sur les bus, se faufilant entre eux, frappant et griffant de leurs crocs. Ils suivaient une puissante moto qui trainait un cadavre attaché au cadre par une longue chaîne aux maillons épais, et conduite par un démon visiblement très en colère.<br />
<br />
Rick !<br />
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« TOUT LE MONDE SUR LE TOIT ! Ordonna Nel, imité par les autres chauffeurs.<br />
<br />
Les vers des sables n’attaquaient pas les démons, mais raffolaient de chair humaine,  aussi Rick pouvait sans risque rameuter le plus de vers possible pour une ultime attaque sur Last Cross. Peut lui importait que certains en réchappent : il était certain qu’un bon tiers des humains présent allaient être dévorés et donc rejeté par le Vortex dans la plaine ou il pourrait de nouveau tenter de prendre leurs âmes.<br />
<br />
Les démons conducteurs de bus reprirent les commandes de leurs véhicules : il était évident que les fonctionnaires de Last Cross allaient fermer la herse, il fallait donc passer le plus vite possible. Nel ne fit pas exception et reprit les commandes du bus 404 en faisant gronder le moteur.<br />
<br />
« C’est parti bébé ! Défonce moi toutes ces limaces ! » Hurla Mélissa folle de joie à l’ intention du tableau de bord.<br />
<br />
Comme répondant à sa demande, le bus cracha des flammes qui firent s’enflammer les Kraglad se trouvant trop prêt, répandant dans l’air une odeur de poulet grillé.<br />
<br />
Nel fit un détour stratégique pour la gauche : même si cela lui faisait perdre un peu de temps, elle savait qu’en optant pour la route numéro 7, elle pourrait passer plus vite. En effet depuis toujours, les démons avaient une peur panique du chiffre 7, et il n’y avait rien de plus superstitieux qu’un chauffeur de bus. Comme elle le pensait, ils avaient autant que possible prit d’autres routes.<br />
<br />
Le bus 404 accéléra à toute allure, mais le flot de Kraglad venait de partout et plusieurs de ces horribles bestioles parvinrent à passer par une des vitres en grimpant sur les corps mutilé de leurs congénères.<br />
<br />
En un éclair, Wulong s’était levé et avait fait signe aux autres de se réfugier à l’avant du bus près de Nel. Il posa alors la main sur son tatouage qui glissa le long de son bras pour devenir un katana. Avec une maitrise et une assurance digne d’un maître en art martiaux (ou d’un héros de jeu vidéo selon vos références) Wulong trancha net les Kraglad qui s’avançaient. Cependant, il n’avait pas remarqué qu’un des vers, plus malin ou plus chanceux que les autres, avait réussi à ce faufilé sur le côté. Comme un serpent, il bondit droit sur Tom et Dana tout croc dehors.<br />
<br />
Sans même réfléchir, Kurt s’interposa et fit barrage de son corps. La monstrueuse créature lui arracha le bras, faisant hurler le jeune homme. Mais ce n’était pas de la douleur ou de la peur, c’était de la rage, pure et sans limite.<br />
<br />
« SALE MERDE ! FOU LEUR LA PAIX ! » dit-il en frappant de son autre bras le vers des sables avec tant de force qu’il l’explosa contre la portière du bus.<br />
<br />
Wulong qui avait fini d’exterminer les Kraglad qui s’étaient accrochés retourna vers ses amis. Il secoua Kurt qui était comme Ko debout :<br />
<br />
 » Kurt-Kun : Daijōbu desu ka !?<br />
– T’en fais pas mon pote » dit le jeune homme « ça fait juste super mal mais… pourquoi je meurs pas ?<br />
– C’est parce qu’il t’a juste piqué un bras » répondit Nel tout en conduisant à tombeau ouvert « tu seras affaiblit mais ça repoussera avec le temps t’en fait pas »<br />
<br />
Kurt acquiesça d’un air ravi.<br />
<br />
Les ennuis des passagers du bus 404 n’étaient pas finis : La herse était quasi baissée, et il fallait faire vite. Nel compris que le bus n’arriverait jamais à passer à temps, aussi elle envisagea un plan risqué mais pas impossible : le plus tard possible, elle ferait pivoter le bus à 90 degré de façon à ce qu’il fasse barrage aux Kraglad pendant qu’ils fileraient derrière la herse. Le plan semblait simple, mais Tom et Dana ne pourrait jamais aller assez vite, et Kurt était blessé. Nel, Mélissa et Wulong allait chacun devoir porter ou au moins en aider un.<br />
<br />
Wulong s’approcha de Kurt qui était repassé à l’arrière pour surveiller la progression des Kraglad. Le jeune homme lui fit signe de s’approcher, puis sembla lui susurrer quelque chose à l’oreille. Wulong acquiesça en posant sa main fermement sur l’épaule du jeune homme avant de retourner à l’avant.<br />
<br />
« Okey les amis vous êtes prêt ? » demanda Nel « MAINTENANT ! »<br />
<br />
La démone freina d’un coup sec et fit tournoyer le volant avec maitrise. Toute l’accélération du bus fit décoller la partie arrière du sol qui se plaça pile à 90 degrés avant de retomber lourdement. Le bus manqua de se renverser, mais termina finalement sa course dans la position voulue par Nel. Cette dernière ouvrit la porte et fit sortir Dana avec l’aide de Mélissa, puis Tom avec celle de Wulong. Alors qu’elle allait se charger de Kurt, elle vit ce dernier en train de monter sur le toit, l’épée de Wulong à la main.<br />
<br />
« Kurt ! Qu’est-ce que tu fais imbécile !?<br />
– Je vais vous faire gagner du temps ! Dépêchez-vous la herse est presque fermée ! »<br />
<br />
La voix du jeune homme était presque éteinte. La blessure du Kraglad était bien plus grave que ce que Nel avait voulu lui laisser entendre. Si jamais il reprenait une morsure de ce genre, il allait s’écroulé et être dévoré et digéré vivant par les vers des sables.<br />
<br />
« T’avais raison Nel ! » dit Kurt « j’ai déconné : c’est de ma faute si j’ai perdu Cassy… je veux pas que ça soit de ma faute si ces 4  là se séparent ! » dit-il en désignant ses compagnons de route « Toi non plus Nel, je veux pas qu’il t’arrive d’ennui avec tes patrons à cause de moi !<br />
– Kurt… »<br />
<br />
La mort dans l’âme, Nel rattrapa ses compagnons et les aida à avancer vers la herse qui n’était plus ouverte que d’à peine 30cm.<br />
<br />
Vif comme l’éclair, Wulong fit une glissade pour rapidement passer de l’autre côté. Il se retourna et aida Tom à passer en le tirant par les bras, puis il aida Mélissa à en faire de même avec Dana. Nel, en bonne démone de la vitesse passa en accélérer au tout dernier moment.<br />
<br />
La herse termina sa course dans un claquement métallique sinistre.<br />
<br />
A travers les barreaux, les passagers du bus 404 voyaient Kurt combattre les Kraglad comme un beau diable. Animé par une volonté farouche de défendre ses amis, il avait continué à se battre malgré une douzaine de morsures, infligeant des pertes monumental aux vers des sables.<br />
<br />
Cependant la fatigue commençait à gagner du terrain, et le flot des créatures allait finir par le terrasser. Reculant petit à petit, essuyant vague d’attaque après vague, il arriva finalement prêt de la herse. Au loin, il vit Rick dirigeant les vers avec un drôle d’artefact en forme de corne.<br />
<br />
Nel s’avait que c’était la fin.<br />
<br />
« Bravo Kurt » dit Mélissa comme sous l’effet de psychotrope « T’as été… whaaaou. Et ce look sanguinolent c’est très tendance tu sais ! »<br />
<br />
Kurt se mit à rire de bon cœur<br />
<br />
« Merci Mélissa… ça m’a fait plaisir de faire un bout de route avec toi. Wulong ? Je crois que je vais pouvoir faire passer ton épée à travers les barreaux : merci camarade, ça m’a bien aidé »<br />
<br />
Le jeune garçon passa le katana par les barreaux. Lorsque ce dernier reprit sa forme de tatouage, ce fut la main de Wulong qui se trouva dans celle de Kurt.<br />
<br />
« Sarabada… Kurt-kun<br />
– Arigato mon frère… »<br />
<br />
Terrassé de fatigue et de douleur, Kurt mis un genou à terre.<br />
<br />
« Tom ? Dana ? Vous êtes là ?<br />
– Oui Kurt ! » dit la vieille femme « nous sommes là mon grand…<br />
– Vous aussi je voulais vous remercier… d’être ce que vous êtes. Même si j’ai pas pu sauver Cassy, même si j’ai pas pu rester avec elle pour toujours, au moins je vous ai sauvé vous pas vrai ? Au moins j’ai sauvé un bel amour… quelque chose qui en valait la peine ?<br />
– Bien sûr que oui ! On ne pourra jamais assez te remercier Kurt…jamais ! »<br />
<br />
Nel ne savait pas quoi dire. Les chances qu’ils se revoient tous étaient pour ainsi dire quasi nulle.<br />
<br />
« Nel ? »<br />
<br />
Rick avait lancé l’ultime charge : les Kraglad déferlaient vers Kurt comme une vague de chair prête à le tailler en pièce.<br />
<br />
« T’avais promis que tu m’achèterais mes souvenirs pas vrai ? Que tu le laisserais pas me les prendre ?<br />
– Bien sûr ! je t’en donnes…<br />
<br />
– Non laisse tomber : je te les offres. Débarrasse moi de ma peine… tu veux bien ? »<br />
<br />
Nel posa sa main sur le front sanguinolent de Kurt<br />
<br />
« Pas de problème mon pote… »<br />
<br />
Les Kraglad arrivèrent enfin sur leur proie, la dévorant aussi brusquement que brutalement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Kurt se réveilla avec un mal de crane épouvantable. Lorsqu’il regarda autour de lui, il ne vit qu’une gigantesque plaine parsemé de titanesques statues dont certaines semblaient encore en construction. Il avait la sensation que le temps s’était écoulé… mais difficile de savoir depuis combien de temps. Plus étrange encore, il ne se rappelait de presque rien.<br />
<br />
Il marcha dans la plaine, frictionna son bras gauche qui était étrangement courbaturé, un peu comme si un gros chien l’avait mordu tout du long.<br />
<br />
Il finit par apercevoir une grande structure à quelques dizaines de mètre : une estrade, avec un pupitre. Il s’en approcha d’un pas tranquille, comme si rien ne pressait. Il vit alors une jeune femme assise sur le bord de l’estrade, sifflotant un air joyeux qui lui semblait étrangement familier. Lorsqu’il fut prêt d’elle, sans comprendre il se mit à chanter :<br />
<br />
« Oh, I get by with a little help from my friends<br />
Mm, I get high with a little help from my friends<br />
Mm, gonna try with a little help from my friends »<br />
<br />
La jeune femme lui sourit. Elle avait la peau bleue, et des yeux d’un jaune brillants plein de bienveillance et de tendresse.<br />
<br />
« Salut… euh… où sommes-nous ?<br />
– Alors là : pas la moindre idée ! » dit la jeune femme toujours le sourire aux lèvres « mais quelque chose me dit que ce n’est pas le plus important ! »<br />
<br />
Kurt haussa les épaules puis tendit la main :<br />
<br />
« Je m’appelle Kurt<br />
–  moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– démone de… alors c’est l’Enfer ici ?<br />
– Je dirais que ça dépend de ce qu’on y apporte… ça peut être un endroit très chouette parfois »<br />
<br />
Nel descendit de l’estrade et fit signe à Kurt de la suivre. Ils contournèrent l’installation, et derrière le rideau rouge en velours épais se trouvait un bus étrange, rouge vif avec des flammes peintes.<br />
<br />
Nel tendit quelque chose à Kurt qu’il attrapa du bout des doigts :<br />
<br />
« Aller monte ! Je t’ai déjà pris ton ticket » dit la démone en se dirigeant vers le bus.<br />
<br />
Kurt la suivi. Au moment où elle monta, il lui saisit le bras et demanda :<br />
<br />
« Attendez ? C’est vous qui conduisez ce bus non ? »<br />
<br />
Nel fit malicieusement non de la tête tandis qu’elle donnait son propre billet à Loulilalalalidoudadim.<br />
<br />
« Je ne suis qu’une simple passagère : comme toi. T’as de la chance, je vais pouvoir te tenir compagnie jusqu’à destination<br />
– Y’a que nous deux ?<br />
– N’oublie pas Lou quand même ! Mais sinon tu as raison, service spéciale ! Y’a que nous deux.<br />
– C’est cool ! Et bah… merci alors »<br />
<br />
Kurt s’installa devant, mais à peine le bus avait fait quelques mètres qu’il ne se sentit pas à l’aise. Il se leva et s’installa dans le fond.<br />
<br />
« Ah ouais… là c’est mieux… je pourrais passer l’éternité vautrée là à manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! » dit il<br />
<br />
Nel s’installa à côté de lui et commença la discutions<br />
<br />
« T’es célibataire Kurt ?<br />
– Ouha ! T’es directe toi au moins !<br />
– Hum… on peut dire ça… mais te fais pas d’idée, c’est juste histoire de causer.<br />
– Et ben en fait pour tout te dire, et ça va peut-être te paraître complètement dingue, mais j’ai comme un vide dans la tête.<br />
– Oh ? Amnésie ? Comme dans la série Hopital Central ?<br />
– Non c’est plus comme… comme si j’avais fait la paix avec moi-même et que je m’étais débarrassé de… Oh laisse tomber. Parle-moi de toi plutôt : t’es d’ici ?<br />
– Oh que oui. Une vraie fille de la plaine…<br />
– Ah bon ? Dis m’en plus alors. J’aimerai bien avoir des souvenirs dans la tête, même si ce ne sont pas les miens.<br />
– Pas de problème mon pote…  »<br />
<br />
Et c’est ainsi que pendant que le bus 609 roulait à toute allure dans la plaine du jugement dernier en destination de la cité de Dis, Nel raconta à Kurt tous les souvenirs heureux qu’il lui avait offert. Car même si dans le lot certains étaient triste, il avait quand même un gout de nostalgie qui faisait du bien. Car en fin de compte au cœur des ténèbres, dans la cité de Dis, ce qui rendait heureux c’était parfois quelque chose d’aussi simple que le souvenir fugace d’un bon moment passer à chanter des chansons…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Et pour la première fois, la version audio est disponible ! Téléchargez la en cliquant ici >> [Episode 29 – highway to hell](https://hearthis.at/topfive/episode-29-highway-to-hell/)<br />
<br />
**Highway to Hell**<br />
<br />
Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.<br />
<br />
Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.<br />
<br />
Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.<br />
<br />
Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.<br />
<br />
Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.<br />
<br />
Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?<br />
<br />
La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »<br />
<br />
Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.<br />
<br />
Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :<br />
<br />
« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »<br />
<br />
Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :<br />
<br />
« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »<br />
<br />
Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :<br />
<br />
« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’un autre ! »<br />
<br />
La perplexité du public ne fût pas une grande surprise pour Matty : au bout de quelques siècles à accueillir les morts, il savait parfaitement comment réagissait la foule des nouveaux venus. Comme à chaque fois, il leur laissa un peu de temps pour que l’information soit assimilée.<br />
<br />
Il expliqua à la foule que chacun d’eux était destiné à une des trois zones : Paradis, Purgatoire et Enfer, selon ces actions dans sa vie précédente. Pas de bol : il précisa que puisque la faille dimensionnelle les avait déposés ici, c’est qu’ils étaient voués à la damnation.<br />
<br />
La panique se répandit comme une traîne de poudre : devant l’inévitable, certains partirent en courant à l’opposé de l’estrade. Mais à peine eurent ils fait 50m que le sol d’argile sec se brisa, laissant paraître la bouche emplie de dent acéré d’un prédateur. C’était un Kraglad, une sorte de vers des sables géants qui se jetaient sur tous ceux qui essayaient de prendre la fuite.<br />
<br />
Matty fit un signe de la main pour calmer tout le monde :<br />
<br />
« Ne vous inquiétez pas : c’est juste un petit contretemps : ces personnes seront recraché par la faille dimensionnelle d’ici 24h. Vous êtes en Enfer ici : vous tuer ne vous libère pas »<br />
<br />
Étrangement, certains furent rassurés par l’idée que quoi qu’il arrive il ne pourrait pas « mourir » dans le sens où on l’entend habituellement. Pas de néant éternel, c’était pour beaucoup plus qu’il ne pouvait en espérer.<br />
<br />
Profitant de ce sentiment de soulagement, Matty repris son discours et expliqua les règles aux nouveaux. Chacun devait se présenter au pupitre, s’identifier, et recevoir un ticket de bus pour l’Enfer. Après quoi, chacun monterait à bord d’un des 666 bus qui attendaient derrière le rideau et qui les conduirait sur la route des Enfers jusqu’à Dis, la cité des Enfers.<br />
<br />
Ça faisait beaucoup d’Enfers, mais unanimement la foule acquiesça et se mit en rang pour passer prendre un ticket. Durant l’attente, certains constataient que partout dans la plaine, à des dizaines de kilomètre d’intervalle, ce jouait la même scène : l’estrade, les Kraglad et surtout les bus.<br />
<br />
Ceux-ci avaient fier allure, avec leur peinture rouge vive et les motifs de flammes sur les côtés. Les roues étaient d’un diamètre imposant et couverte de pic, et les pare choc étaient renforcé avec des têtes squelettique d’étranges créatures qui ne devaient clairement pas venir du monde des humains.<br />
<br />
Chaque bus avait son chauffeur qui accueillait ses passagers avec plus ou moins de bonne volonté : entre ceux qui n’en avait rien à faire, ceux qui brutalisaient les nouveaux venus à coup de fouet enflammé et ceux qui distribuait des petites brochures informatives : y’en avait pour tous les goûts.<br />
<br />
Kurt, son billet en main, se dirigea vers le bus 404 comme il était mentionné. Hagard, le jeune garçon de tout juste 18 ans semblait sous l’effet de psychotrope, marchant d’un pas mécanique, les yeux rouges et les cheveux ébouriffé.<br />
<br />
La chauffeuse du bus 404, une démone à la peau bleue et aux yeux jaune scintillant, l’agrippa in extremis alors qu’il allait s’écrouler.<br />
<br />
« Hey : ça va ? C’est quoi ton nom ?<br />
– Je… je m’appelle, Je… Kurt ! Je m’appelle Kurt !<br />
– Salut Kurt : moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– Je… qu’est ce qui m’arrive ?<br />
– C’est rien : ça arrive souvent aux gens qui meurent d’avoir des symptômes comme ça, mais t’en fais pas ça va passer. Tu me fais voir ton billet ? Ok, ça à l’air nickel »<br />
<br />
Avec bienveillance, Nel aida le jeune homme à monter dans le bus et l’installa sur la banquette du fond. Elle demanda aux autres passager de le tenir à l’œil et de la prévenir s’il y’avait quoi que ce soit et  retourna à la porte du bus prendre en charge les autres passagers.<br />
<br />
A sa grande surprise, arriva devant elle un couple de petit vieux nommé Tom et Dana Jones. Ils se tenaient la main comme des gamins, et avaient un énorme sourire, visiblement trop content de franchir les portes de l’au-delà ensemble. Nel les trouva tellement chou qu’elle leur demanda la permission de les prendre en photo avec son téléphone ce qu’ils acceptèrent avec amusement.<br />
<br />
Arriva ensuite Mélissa, une femme d’une trentaine d’année au teint blafard qui semblait fascinée par tout ce qu’elle voyait. Elle toucha des deux mains la carrosserie du bus puis y plaqua son oreille en faisant un signe « chut » avec le doigt. Nel n’osa pas trop la déranger mais la pressa de monter. Mélissa lui expliqua que le bus avait quelque chose à lui dire : il fallait qu’elle soit plus délicate avec le pistolet de la station-service. Nel préféra chasser cette image de sa tête mais ne put s’empêcher de laisser s’échapper un petit rire.<br />
<br />
La démone avait une voix très cristalline pour un ange des ténèbres, ce qui lui valait les moqueries de ses camarades qui eux avaient plutôt des voix grésillantes de chanteur de métal.<br />
<br />
Le dernier passager qui se présenta était un asiatique à la carrure impressionnante.  Il ne portait qu’un pantalon et une paire de chaussure de sécurité, ce qui laissait voir sa musculature parfaitement dessiné, et superbe tatouage en forme de dragon qui occupait tout son dos et dont certaines parties débordaient sur ses épaules.<br />
<br />
« Bonjour ! » dit Nel avec son enthousiasme habituel « Bienvenue dans le bus 404 en direction de Dis ! pourrais-je voir votre ticket s’il vous plait ? »<br />
<br />
L’asiatique resta immobile, son ticket dans la main droite. Il défiait Nel du regard, mettant la démone très mal à l’aise.<br />
<br />
« Euh… monsieur ? »<br />
<br />
L’homme au tatouage répondit dans une langue inconnue de Nel. Visiblement il y’avait eu une erreur d’aiguillage.<br />
<br />
En effet, l’au-delà avait organisé les équipes de transit vers les différentes zones de façon à ce que les démons / anges en charge du processus puissent gérer facilement les personnes. Mais de temps à autre, une personne se retrouvait mal orienté et était largué à un point de récupération où on ne parlait pas sa langue. Cela arrivait souvent lorsqu’une personne mourrait dans un pays étranger.<br />
<br />
Nel compris vaguement que l’homme au tatouage s’appelait Wulong (bien qu’au début elle ait cru qu’il voulait une tasse de thé). Avec moult geste elle parvint à lui faire comprendre qu’il devait monter dans le bus, ce qu’il fit sans discuter avec une discipline toute asiatique (bien que ça soit un cliché que Nel ne voulait pas entretenir plus que de raison).<br />
<br />
Sa liste complète elle monta à bord et salua ses passagers via le microphone installé sur la console de commande du bus :<br />
<br />
« Bonjour à tous : bienvenue sur la route de l’Enfer ! Je m’appelle Nelkykikakokan, mais vous pouvez m’appeler Nel ! Je serai votre chauffeur pour toute la durée du trajet qui est d’environ 6 300km… »<br />
<br />
Les passagers estimèrent donc qu’ils allaient faire l’équivalent d’un voyage New York / Los Angeles, ce qui était métaphoriquement une assez bonne représentation d’un parcours vers l’Enfer.<br />
<br />
Nel repris avec professionnalisme :<br />
<br />
« Durant le trajet je vous donnerait un maximum de détail sur votre séjour et tous les bons coins à connaitre : avant même d’arriver vous serez aussi calé sur l’Enfers que des vrais damnés du moyen âge ! »<br />
<br />
Après les vérifications d’usage, car on ne badinait pas avec la sécurité, Nel ferma la porte du bus et distribua aux passagers une petite collation faites de barres chocolatés et de chips aux vinaigres. Elle s’installa au volant, régla ses rétroviseurs et la caméra de recul, puis s’assura que le déclencheur de son siège éjectable était bien armé.<br />
<br />
Par la fenêtre, elle aperçut un magnifique aéroplane qui ressemblait à un oiseau fait d’or et d’argent, et dont les plumes brillantes reflétaient la lumière divine qui venait d’à travers les nuages.<br />
<br />
« Mesdames et messieurs » annonça Nel avec une pointe d’aigreur « Sur votre gauche vous pouvez voir cette bande de branleur prétentieux d’élu de Dieu, faire route vers le Paradis à bord de cette machine ridicule… pfff : même pas 800 bornes et ça à besoin d’un avion ! Et après ça vient dire que la paresse est un pêché ! »<br />
<br />
La démone fit rugir le moteur qui gronda comme un dragon. Les pots d’échappements en chromes brillant lancèrent de larges flammes sur flanc du véhicule qui s’élança dans un crissement de pneu inexplicable… oui parce que normalement pour ça fasse ce bruit il aurait fallu un sol avec du bitume, et pas une espèce de plaine poussiéreuse… ça vous choque pas plus que ça ?<br />
<br />
***<br />
<br />
La première journée de voyage se déroula sans encombre. Les passagers étaient admiratif du paysage et apprenaient à faire connaissance : après tout, vu l’éternité de damnation qui les attendaient un peu de compagnie ne serait pas du luxe.<br />
<br />
Nel chantait des chansons afin d’apprendre aux nouveaux venus les rudiments du langage démoniaque. Mélissa s’avéra une élève douée, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle avait appris par cœur une chanson démoniaque bien connu chanté sur l’air de « Kickstart my heart » de Motley Crew dont elle reprenait le refrain à tût tête.<br />
<br />
« Woooo ! Yeaaah ! On est sur la route, prêt à être damné ! Woooo ! Yeaaah ! Ça nous fait par peur ! L’Enfer on connait ! »<br />
<br />
Cette ambiance bonne enfant amusait aussi Tom et Dana qui n’avaient pas autant rigolé depuis leurs jeunes années, lorsqu’ils manifestaient pour les droits civiques en 1954.<br />
<br />
Même l’impassible Wulong dodelinait de la tête en rythme, tapant la mesure du plat de la main.<br />
<br />
C’est à ce moment que Kurt sorti de sa léthargie.<br />
<br />
Il observa les passagers du bus, puis se précipita contre la vitre pour regarder alentour : rien que le vide poussiéreux et infini de la grande plaine. Il ne cessait de répéter « oh non… oh non… » la voix pleine d’angoisse.<br />
<br />
Kurt traversa l’allée centrale du bus et demanda à Nel de s’arrêter.<br />
<br />
« Hey ? Kurt ! » réagit la joviale démone de la vitesse « tu vas mieux ? Je me faisais du souci pour toi tu sais ?<br />
– Il faut qu’on s’arrête on a oublié quelqu’un !<br />
– Ah ? Mais qui ça ?<br />
– Cassy, ma petite amie ! Elle était avec moi quand… »<br />
<br />
Nel cala le volant avec ses genoux et attrapa son registre. Sans même regarder la route (ce qui semblait inutile vu que tous les bus avait fini par s’éloigner les uns les autres dans la vaste plaine et qu’il n’y avait aucun obstacle à perte de vue) elle feuilleta les pages, cherchant du doigt le nom des voyageurs.<br />
<br />
Tournant sa tête à 180 dégrée, Nel se mit à compter à haute voix les passagers, puis une fois son compte fini, s’adressa à Kurt en toute innocence :<br />
<br />
« Non pas de souci : tout le monde est là !<br />
– Mais Cassy ! Où est-elle !?<br />
– Je n’en sais rien, mais il n’était pas prévu qu’elle soit là en tout cas !<br />
– Quoi ? Mais… mais c’est pas possible… je… »<br />
<br />
Kurt retourna s’asseoir à l’arrière, totalement apathique.<br />
<br />
Tom et Dona lui adressèrent un regard plein de compassion, puis le vieil homme s’installa à côté de lui.<br />
<br />
« Salut… Kurt c’est ça ? Dis-moi petit, j’ai entendu ce que t’as dit à Nel et… je suis sincèrement désolé pour toi.<br />
– Qu’est ce qui c’est passé putain ? J’étais en train de lui parler et… qu’est-ce que je vais devenir sans elle ?<br />
– Elle… elle est morte avec toi ? Je veux dire, vous avez eu un accident ou un truc dans le genre ? »<br />
<br />
Kurt fixa le vide, les yeux exorbités. Il s’agrippa le crane des deux mains et se recroquevilla doucement.<br />
<br />
« Je… j’en sais rien ! Je sais plus putain : c’est le trou noir ! »<br />
<br />
Dana de son côté ce dirigea vers Nel pour l’avertir de l’état du jeune homme.<br />
<br />
« Nel ? excusez-moi de vous déranger mais je pense que ce jeune garçon, Kurt… il ne va vraiment pas bien…<br />
– Oh ? hum… c’est gênant. Et qu’est-ce qu’il a ? » demanda naïvement Nel.<br />
– Visiblement c’est sa petite amie qui lui manque : vous savez si elle est morte avec lui ? »<br />
<br />
La démone fit signe de la main à Dana d’approcher, puis lorsque celle-ci se fut exécutée, elle lui susurra :<br />
<br />
« Y’a des chances qu’elle soit parti avec l’avion de tout à l’heure… »<br />
<br />
Dana porta sa main à la bouche comme pour retenir la stupéfaction qui venait de la saisir. Elle jeta alors un coup d’œil en direction de Kurt que Tom essayait de réconforter du mieux possible. La vieille dame ne pouvait que trop bien comprendre la peine que ressentait le jeune garçon : qu’aurait elle fait ici sans son mari a ses côtés ?<br />
<br />
Nel l’invita à garder cette information pour elle et d’essayer autant que possible de ne pas donner du grain à moudre à la morosité de Kurt.<br />
<br />
Dana s’installa près du jeune garçon, du côté opposé à Tom. Elle repensa à son propre fils, Jeff, et à sa belle-fille Andréa. Ces deux-là s’aimaient comme pas possible, alors comment réagiraient-ils le jour où l’un des deux mourrait ? En regardant Tom, Dana comprit la chance qu’elle avait d’être avec lui-même dans la mort. Tous les autres, Kurt, Mélissa et Wulong, étaient seuls et abandonnés à leur sort.<br />
<br />
Finalement, il n’y avait que la gentille Nel pour s’occuper d’eux.<br />
<br />
« C’EST LA PAUSE ! » hurla cette dernière en pilant net ce qui fit se dresser l’arrière du bus et se soulever une montagne de poussière. Lorsqu’elle retomba, les passagers purent voir qu’ils étaient arrivés dans une petite station-service a l’étrange nom de « SandCastle »…<br />
<br />
Nel expliqua aux passagers qu’ils avaient droit à 15min de pause pour se dégourdir les jambes et prendre des boissons dans la station-service. Pour le payement, Nel leur recommanda d’utiliser comme monnaie un de leurs souvenirs heureux. Cela leur donnerait d’une part la possibilité de faire des achats (puisque aucun d’eux n’avait de dollars infernaux) mais aussi de se débarrasser d’une chose très encombrante en enfer, à savoir le souvenir de leur ancienne vie.<br />
<br />
Tous refusèrent… enfin on suppose que pour Wulong il s’agissait plus d’une incompréhension que de refus stricto senso.<br />
<br />
Nel tira le pistolet de la pompe et commença à faire le plein du bus, non sans se rappeler ce que lui avait dit Mélissa avant le départ. Elle glissa donc très doucement le pistolet dans la fente du réservoir.<br />
<br />
Le glouglou monotone de la pompe qui déversait son nectar dans le réservoir fût soudain couvert par un lourd bruit de moteur qui attira l’attention de Nel. Avec empressement, elle appela tout le groupe :<br />
<br />
« Hey les amis ! » hurla Nel « ramenez-vous vite par ici s’il vous plait ! »<br />
<br />
Tous obéir, à part Kurt qui était resté prostré à l’intérieur. Wulong s’approcha lui aussi, mais sans doute plus pour faire comme tout le monde que réellement parce qu’il avait compris.<br />
<br />
« Vous voyez ce qui arrive par là-bas ? » demanda Nel<br />
– La grande poussière ? » dit Mélissa « Elle va nous manger ?<br />
– Euh bah ça se discute tu vois » répondit la démone « Ce sont des chasseurs d’âmes : ne les laissez surtout pas vous embrouiller ok ? Sinon vous allez avoir des ennuis ! »<br />
<br />
Tous acquiescèrent et retournèrent marcher un peu.<br />
<br />
Tandis que Nel finissait son plein et replaçait le pistolet sur la pompe, les chasseurs arrivèrent en trombe, se plaçant devant le bus comme pour lui barrer la route. Ils étaient trois, chevauchant d’énormes motos à tête de dragon, recouvertes de piques rouillés et de lames sanguinolentes. Nel les interpella sans trembler :<br />
<br />
« Hey les abrutis ! Barrez-vous de mon bus chemin si vous voulez pas que je bousille vos trottinettes !<br />
– Oula ! Doucement ma mignonne » dit l’un des démons dont la peau était toute couverte d’écaille rougeâtres. « On a parfaitement le droit d’être ici. On propose des supers affaires à tes passagers c’est tout !<br />
– Et si je faisais passer mon poing dans ta gorge jusqu’à ton colon ? Ça serait une bonne affaire pour qui d’après toi ?<br />
– Arrête de te la jouer : tu sais très bien que t’as rien à dire ! »<br />
<br />
Effectivement, les chasseurs d’âmes avaient parfaitement le droit de sillonner le territoire neutre de la plaine du Jugement Dernier pour proposer des contrats aux âmes des défunts qui n’avaient pas encore fait allégeance aux anges où aux démons. Les conducteurs des bus ne devaient pas interférer, tout au plus avaient ils le droit de mettre en garde leurs passagers comme Nel l’avait fait plus tôt.<br />
<br />
L’un des démons descendit de moto et fit quelques pas vers les passagers qui étaient sur le point de remonter dans le bus. Il portait une grande veste de cow boy en cuir et un chapeau qu’il avait surement extorqué à Slash des Gun’s And Roses (car sachez-le, ce dernier était en réalité un démon du heavy métal). Il s’alluma un gros cigare tout sec dont la fumé acide format une épaisse fumée noire et commença son speech avec le même ton qu’un marchand de potion miraculeuse.<br />
<br />
« Bonjour à tous messieurs dame ! » dit le démon « je suis Rickardanrastrastopheles, et je représente des groupes d’intérêt privé qui souhaiteraient vous permettre de faire fructifier votre capital en vous proposant des offres si exclusives qu’elles sont prohibées en Enfer. En effet, ces contrats surpassent largement ceux qui vous seront proposés à Dis, mais malheureusement nous n’avons pas le droit de vous les soumettre là-bas… clause de non concurrence soit disant… enfin bref, si certains d’entre vous ont des souhaits à exaucer, nous vous proposons une étude rapide en 5min et un devis sans engagement de votre part ! »<br />
<br />
La petite troupe était sur la défensive : l’avertissement de Nel avait fait son petit effet. Mais c’est alors que Kurt fit son apparition dans l’encadrement de la porte du bus…<br />
<br />
« Hey ! Vous là ? Rick machin chose… c’est vrai ce que vous dites ? Vous pouvez exaucer un vœu ?<br />
– Mais bien sûr mon gars, c’est notre job ! Pas vrai les gars ? » demanda Rick à ses camarades.<br />
<br />
Les deux chasseurs d’âmes secouèrent la tête en cadence et firent un signe du pouce pour montrer que tout était cool. C’est bien connu, les humains se rassuraient plus facilement quand on faisait ce geste là (du moins c’est ce qu’il pensait après avoir regardé une dizaine de fois tous les épisodes de la série « Happy Days »).<br />
<br />
« Ça serait quoi ton vœu petit ? » demanda Rick un grand sourire aux lèvres<br />
« Je… je veux retrouver ma copine… je veux qu’on soit ensemble !<br />
– Ah ah ! C’est tout ? Mais mon p’tit père ça c’est rien du tout pour des gars comme nous ! Ton vœu on va te l’exaucer en 5min montre en main ! »<br />
<br />
Nel s’interposa et attrapa Rick par le col de son blouson de biker.<br />
<br />
« Écoute-moi bien gros balourd ! Le p’tit est un peu chamboulé, alors tu vas pas lui faire ton numéro de baratineur pigé ?<br />
– Nan mais elle va me lâcher la terreur du volant !? J’ai le droit d’exercer et…<br />
– Trouve toi une autre proie !<br />
– Et comment je…<br />
– Comment tu feras ton business si je te cloue à l’avant de mon bus et que je t’utilise comme bélier pour écraser les Kraglad ? »<br />
<br />
Nel entendit un cliquetis métallique venant de sa droite. L’un des chasseurs avait sorti un fusil à canon scié et le pointait en direction des passagers.<br />
<br />
« Tu fais quoi là ? » demanda Nel inquiète<br />
– A ton avis ? Je la joue stratégique… mesdames et messieurs, permettez-moi de vous initier à nos règles. En tant que démons, moi, mes camarades et la petite demoiselle ici présente ne pouvons être tués au sens où vous autres mortels l’entendez. Cependant, vous autres, si vous êtes tués, vous repartez immédiatement dans le vortex pour être à nouveau largués au beau milieu de la plaine. Evidemment si cela arrive, votre chère conductrice ne pourra pas faire demi-tour et vous serez obligé d’attendre le prochain bus en évitant les Kraglad… si ces derniers vous mangent… rebelote dans le vortex et ce jusqu’à ce que vous tombiez sur un bus. Croyez-moi ça peut prendre du temps. Alors vu que la diplomatie ne vous convient pas, je vais être un peu plus direct ! Faites un vœu n’importe lequel je m’en fiche, mais vendez nous vos âmes ! »<br />
<br />
Rick repoussa Nel d’une pichenette et attrapa dans l’une des grosses sacoches de sa moto une pile de contrat qu’il distribua à Tom, Dana, Mélissa, Kurt et…<br />
<br />
« Bah… il est passé où l’asiatique ? » demanda-il en se tournant vers ses associés.<br />
<br />
Ces derniers étaient toujours juchés sur leurs motos… mis à part qu’il leur manquait la tête.<br />
<br />
Le temps de comprendre, Wulong était déjà en train de le chargé, un katana à la main, prêt à frapper un coup décisif.<br />
<br />
Rick s’écroula par terre et se roula en boule : tout démon qu’il était, le combat n’était clairement pas son fort (ce qui avait fait de lui un chasseur d’âme tout trouvé puisque la majeur partie du boulot était basé sur le baratin) et il avait compris à qui il avait à faire.<br />
<br />
Nel aussi de son côté avait fini par comprendre ce que Wulong faisait ici, et d’où il avait sorti un katana capable de trancher du démon. C’était tout simplement parce qu’il était un moine exorciste, et que son tatouage était le réceptacle énergétique de son arme forgé au feu de sa volonté.<br />
<br />
La lame au fil si parfaitement aiguisé qu’on entendait l’air se déchirer dessus s’approcha de la tête de Rick, mais Nel l’interrompit :<br />
<br />
« Bien joué Wulong ! T’es euh… subarashii ? Euh non ça je crois que ça veut dire délicieux… euh… saikyo ? Hein ?<br />
– Saikyo dessu ? » demanda Wulong dont le nom à consonance chinoise ne laissait pas deviner qu’il parlait un japonais tout à fait convenable.<br />
– Euh… oula t’emballes pas mon grand parce que les deux autres trucs que je sais dire en japonais c’est « je te prie de mourir avec ardeur » et « Non grand frère, pas là : c’est trop gênant »… Baisse ton arme s’il te plait hein ? D’accord ? »<br />
<br />
Se basant sur les gestes que faisait Nel, Wulong comprit sa demande et relâcha sa posture de combat. Nel en profita pour aider Rick à se relever…<br />
<br />
« Aller mon gros : remonte sur ta bécane et fou le camp d’ici avant que je dise à mon pote de te saucissonner façon tempura !<br />
– Mais… les tempuras ce sont des aliments cuits dans une panure ? Tu veux pas plutôt parler de sashimi ?<br />
– Oh ça va hein ! Je m’y connais peut être très mal en cuisine, mais toi et moi on sait ce qui se passera si jamais je le laisse te tailler en cube !<br />
– D’accord d’accord ! Je m’en vais ! Mais qu’il reste tranquille ! »<br />
<br />
Sans demander son reste, Rick monta sur sa moto et s’en alla à toute allure le plus loin possible du bus 404. Wulong passa alors son épée dans son dos, et aussitôt elle redevint son superbe tatouage. Il s’avança ensuite prêt de Nel et se mit à genou devant elle de manière très protocolaire. La démone ne sût pas trop comment réagir…<br />
<br />
« Euh… Merci beaucoup Wulong : tu nous as bien aidé sur ce coup-là mais… euh, t’attends quoi exactement ? »<br />
<br />
Mélissa posa ses mains sur ses épaules et sembla entrer en transe :<br />
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« Oh… je vois ! » dit-elle « il veut se repentir parce qu’en ne réagissant pas immédiatement à ton ordre il t’a déshonorée à cause de son impulsivité… il veut que tu le frappe et qu’ensuite tu l’attaches sur le toit du bus pour qu’il fasse pénitence un jour entier…<br />
– T’arrives à voir tout ça rien qu’en lui tripotant les deltoïdes ? » demanda Nel curieuse « faut que tu m’apprennes ! »<br />
<br />
Pendant que Nel et Mélissa essayaient de convaincre Wulong qu’il n’avait pas besoin d’une séance de bondage sur le toit du bus, et qu’il aurait largement le temps d’expérimenter des sévices imaginatifs une fois arrivé à Dis, Tom et Dana retournèrent auprès de Kurt. Ce dernier tenait dans ses mains un des contrats que les chasseurs d’âmes avaient perdu pendant l’affrontement et essayait vainement de le compléter en se servant du sang qui avait coulé des plaies des démons en guise d’encre.<br />
<br />
Dana posa une main bienveillante sur son épaule et passa l’autre dans les cheveux du jeune garçon qui finit par sangloter bruyamment.<br />
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« Là… c’est fini mon grand. Nel a eu raison de ne pas nous laisser parler à ces charlatans.<br />
– J’aurai pu la retrouvé… je… je peux sûrement trouver d’autres chasseurs…<br />
– Il semble que monsieur Wulong soit une sorte d’exorciste : il n’en laissera pas un seul nous approcher…<br />
– Il faut que je sache où elle est… si elle morte ou bien si… »<br />
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Nel se planta devant Kurt et le redressa sans ménagement, l’empoignant avec force.<br />
<br />
« Ça suffit maintenant Kurt ! J’ai été sympa avec toi parce que t’as eu un réveil difficile, mais maintenant tu vas m’écouter okey ? J’ai vérifié dans les registres, et ta copine voyage en ce moment dans un bel avion fait d’or et d’argent conduit par des emplumés ! C’est une élue de Dieu, et elle va passer le reste de l’éternité au Paradis…<br />
– Je peux peut être la contacter et…<br />
– KURT ! TU NE LA REVERRAS PLUS JAMAIS ! »<br />
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Consciente de la violence de ses propos, Nel blotti la tête de Kurt sur son épaule.<br />
<br />
« Pardonnes moi… j’aurais pas dû dire ça… Kurt je suis tellement désolée… »<br />
<br />
Contrairement aux autres, c’est seulement maintenant que Kurt se senti mourir.<br />
<br />
Le vide, le vrai néant, il venait de s’ouvrir béant dans son cœur et le laissait sans rien. Les souvenirs, les bons moments, la chaleur de son corps contre lui, le son de sa voix, sa façon de remettre ses cheveux derrière ses oreilles, son parfum sur les draps lorsqu’elle se levait avant lui, le claquement de ses pieds nus sur le carrelage, son regard beau à en crever quand il se voyait dedans et qu’il se sentait comme la personne la plus importante au monde parce qu’il pouvait exister dans ses yeux… tout ça c’était parti.<br />
<br />
Aidé par Nel et Wulong qui le soutenaient, Kurt remonta dans le bus et s’effondra, pleurant comme un môme, hurlant des sanglots déchirant qui tiraillait l’âme de tous ceux qui l’entendaient. Tous reprirent place, mais la bonne humeur du départ laissait place à la mélancolie et à la tristesse…<br />
<br />
***<br />
<br />
La seconde journée fût morose. Personne ne parlait, personne ne bougeait de son siège. Même Nel pourtant joyeuse et enthousiaste par nature n’avait plus le cœur à s’amuser. Alors que le bus quittait enfin la plaine pour entrer dans le territoire des enfers, elle prit à peine le temps de raconter les anecdotes qu’elle connaissait sur « la mare des noyés bourrés à l’absinthe » ou sur « la montagne des espoirs déçu de gain au loto » qu’on voyait au loin.<br />
<br />
Elle tira de sa poche un paquet de cigarette dont elle extirpa une tige du bout des dents. Elle l’alluma par pyrokinésie puis lança le paquet sur le tableau de bord. Nel s’était dit qu’elle aurait pu proposer une clope aux autres, mais elle n’avait pas assez de courage en elle pour fixer le regard des passagers. Ce qu’elle avait dit à Kurt avait foudroyé le jeune homme, mais indirectement cela avait aussi affecté les autres.<br />
<br />
L’apparente folie de Mélissa ne faisait que cacher ce qu’elle redoutait : la perte de sa conscience. Typique des victimes de maladie du cerveau.<br />
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L’impassible Wulong lui avait sans doute réalisé qu’il serait toujours et à jamais un étranger perdu au milieu d’un monde qui n’est plus le sien.<br />
<br />
Et que dire de Tom et Dana ?<br />
<br />
On pourrait croire qu’ils étaient les plus chanceux, ensemble même dans la mort, mais la médaille à un revers : ils réalisèrent qu’en permanence ils vivraient dans l’angoisse de se perdre, ne profitant d’aucun moment de paix dans ce monde où on peut vous arracher aux vôtres et vous envoyer à des milliers de kilomètre de distance sans espoir de se revoir…<br />
<br />
Au moins quand votre conjoint meurt sur terre, vous pouvez aller le voir au cimetière, lui rendre visite, lui apporte des fleurs et lui parler en murmurant. Mais ici c’est différents : si l’un des deux était « tué », il tomberait à nouveau au milieu de la grande plaine, à attendre le bus, espérant arriver à destination pour au final retrouver l’autre… mais était-ce seulement possible ? Nel leur avait expliqué que l’Enfer était si dangereux que les simples damnés ne pouvaient espérer y circuler sans risquer de se faire attaquer. Si vous aviez vendu votre âme c’était pire puisque vous ne pouviez quitter la zone qui vous était désigné en fonction de vos fautes. Et autant dire que les couples heureux n’étaient pas légion là-bas…<br />
<br />
Est-ce que l’appréhension de perdre l’autre n’est pas infiniment plus cruelle et douloureuse que de le perdre vraiment ? C’est en tout cas ce que pensait Nel tandis qu’elle accélérait encore et toujours, cherchant dans la vitesse un défouloir, et dans le vrombissement assourdissant du moteur une façon comme une autre de ne plus entendre les lamentations de Kurt.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le troisième jour, Nel décida de laisser le bus se conduire lui-même (ce qui n’avait rien de bien surprenant pour un bus infernal) afin de passer un peu de temps avec les passagers.<br />
<br />
Elle remarqua dans un premier qu’un bien étrange duo s’était formé entre Mélissa et Wulong. Tandis qu’elle essayait de lui apprendre sa langue, ce dernier lui apprenait ce qui semblait être une technique de respiration. Sans vraiment se parler, ces deux-là avaient réussi à nouer des liens d’amitié bien réconfortant lorsqu’on fait route vers les ténèbres.<br />
<br />
Kurt lui était toujours abattu malgré les efforts de Tom et Dana pour lui remonter le moral. La vue du vieux couple était douloureuse et lui rappelait qu’il ne reverrait plus jamais Cassy. Elle demanda au jeune homme si elle pouvait lui parler en privé. Ce dernier accepta mollement, et accompagna Nel sur le toit du bus via un escalier coulissant dissimulé dans le plancher.<br />
<br />
Kurt découvrit qu’il y’avait une banquette escamotable installé sur le toit que Nel ouvrit après quelques efforts avant de se jeter dessus.<br />
<br />
« Ah ! On est trop bien sur ce truc ! Je pourrais passer l’éternité vautrée là a manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! »<br />
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La démone invita Kurt à s’asseoir et se mit à lui parler à cœur ouvert :<br />
<br />
« Écoutes, je voulais te redire à quel point je suis désolé pour Cassy et toi. Mais tu sais ça arrive souvent que des gens soient séparés par la mort.<br />
– Si c’est pour me faire ton baratin de démon c’est pas la peine ! Tu m’as privé de la seule chance que j’avais de…<br />
– Oula oula arrête toi avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter ! J’ai fait ça parce que je savais le genre d’entourloupe qu’ils allaient te faire… pfff, tu crois vraiment que des merdeux de seconds rangs comme eux aurait pu te ramener à elle ? Des démons qui pourraient amener un damné comme toi jusqu’à la porte du Paradis pour rendre visite à une Elue ? ha ha ! Quelle blague ! »<br />
<br />
Kurt resta le regard dans le vague tout en parlant à Nel :<br />
<br />
« Alors du coup il me reste quoi à faire ? Être privé d’elle ça va être ça mon châtiment éternel ?<br />
– Y’a des chances. Je connais pas le détail de ton dossier, mais c’est une punition classique. Le prends pas mal mais… t’aurais pas été un gros connard avant de mourir ? »<br />
<br />
Le jeune homme se pinça les lèvres : c’était difficile de faire preuve d’hypocrisie lorsqu’on roulait à tombeau ouvert en direction de l’Enfer…<br />
<br />
« On se disputaient souvent ces derniers temps. Je lui disais qu’elle ne me comprenait pas, qu’elle m’empêchait de m’épanouir…<br />
– Hum… ah ouais quand même : des belles conneries !<br />
– Un soir je m’étais saoulé et… je suis passé la voir pour parler, histoire de remettre tout à zéro. J’ai voulu la forcer à m’embrasser. Elle s’est débattu alors je… je l’ai giflé…<br />
– Ah d’accord ! Mais en fait fallait commencer par-là : évidement que tu vas en chier ici !<br />
– Je sais que je la méritais pas… mais j’espérais qu’elle pourrait me pardonner… et je… c’est ma faute si elle est morte ! »<br />
<br />
Nel resta interdite, attendant la suite de l’histoire avec anxiété.<br />
<br />
« On était en bagnole, on s’est pris une autre voiture parce que j’étais tellement en colère que… merde putain : j’ai pas juste gâché ma vie je lui ai volé la sienne ! »<br />
<br />
La démone se fit la remarque que Kurt avait sans doute aussi causé la mort des passagers de la voiture d’en face, mais préféra ne pas en rajouter.<br />
<br />
« Kurt mon grand… c’est normal de s’en vouloir… et je dis pas ça pour t’excuser, parce que là ce que tu me décris c’est mon quota habituel de gros connard que je transporte tout le temps. Vous les humains vous êtes parfois incapable de réaliser la chance que vous avez d’être en vie, d’être ensemble, de pouvoir construire des choses… enfin tu me comprends ?<br />
– Je crois…<br />
– Mais bon voilà c’est fait ! T’es mort, elle aussi et maintenant tu dois assumer et faire face à ce qui t’attends. Tu vas finir en Enfer mon grand, c’est une certitude. Y’a pas de plan B, pas de sauvetage miracle, pas de rédemption. Tu y es et c’est comme ça. Par contre, là où tu as le choix et où tu peux faire la différence, c’est comment tu vas continuer ton existence de damné. Et moi je t’aiderai du mieux que je peux. D’accord ? »<br />
<br />
Kurt acquiesça. Il avait du mal à soutenir le regard de Nel, et pas simplement parce que la démone était plutôt jolie ou bien parce qu’elle avait des yeux bizarres jaunes brillants. Il était tout simplement intimidé.<br />
<br />
« – Hier à la station t’as dit qu’on avait intérêt à vendre nos souvenirs… tu crois que ça m’aiderai ?<br />
– Tu ne penseras plus à Cassy, ni aux problèmes que vous aviez. Tu sauras pourquoi tu es là mais tu n’auras plus aucun sentiment. Ça sera déjà ça de moins à supporter…<br />
– Tu es un démon non ? Donc tu pourrais racheter mes souvenirs ?<br />
– En principe oui… mais t’es vraiment sûr de ça ?<br />
– Non… mais ça me fait tellement mal que je ferais n’importe quoi pour que ça s’arrête. Et en même temps… est-ce que ça ne serait pas pire de continuer à exister sans son souvenir ?<br />
– J’en sais rien bonhomme. Peut-être que tu devrais prendre le temps d’y réfléchir. Tu sais quoi ? Attends demain, et si tu es décidé à franchir le pas, alors je te débarrasserais de tes souvenirs avec plaisir… et je te ferai un prix d’ami !<br />
– Merci Nel » dit Kurt en se blottissant contre la démone.<br />
– Pas de quoi bonhomme… pas de quoi… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Le reste de la journée fût éclairé d’un jour plus optimiste. Nel avait appris de nouvelles chansons démoniaques à la petite bande et Wulong, avec l’aide de Mélissa, raconta une blague très drôle à propos d’un chat qui souffre d’agoraphobie.<br />
<br />
Tom et Dana racontèrent leurs souvenirs de l’été 1969, lorsque la fièvre hippie avait déferlé. Ils possédaient à l’époque un commerce de détail dans la ville de Kingstown, situé dans le même comté que Woodstock, qui avait été pris d’assaut par les festivaliers. Cela était dû au fait qu’ils étaient les précurseur dans la région du végétalisme et qu’ils proposaient déjà à l’époque des produits qu’on qualifiera aujourd’hui de « commerce équitable ». C’est alors qu’avec un talent insoupçonnable, Wulong fredonna dans sa langue la chanson « with a little help from my friends »<br />
<br />
Le bus tout entier entonna cet hymne, dodelinant de la tête, et battant doucement la mesure.<br />
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***<br />
<br />
L’arrivée était toute proche, et Nel continuait à prodiguer ses bons conseils aux passagers. Ne jamais faire de pari avec un démon d’Asmodée, ne jamais provoquer du regard un démon de la fureur, ne pas se laisser baratiner par les succubes, et surtout SURTOUT garder ses mains sur ses fesses lorsqu’on parlait à un démon téléporteur.<br />
<br />
Cela faisait plusieurs heures qu’on pouvait apercevoir au loin une gigantesque cité aux tours cyclopéennes faites de pics aux courbes étranges. Mélissa demanda alors très sérieusement si le bus se rendait sur le tournage d’un film de Tim Burton.<br />
<br />
Il s’agissait en fait de la cité de Last Cross : l’ultime carrefour avant Dis.<br />
<br />
Construite comme une petite forteresse ceinturant la cité de Dis par le nord, Last Cross servait d’aiguillage entre l’Enfer et le Purgatoire. En effet, certaines âmes pouvaient prétendre à séjourner dans la zone du repentir, tandis que d’autres, suite à des résultats peu concluant, retombaient d’une strate pour finir en Enfer.<br />
<br />
C’est le point de passage obligatoire des bus pour achever leur parcours, et un lieu critique pour les chasseurs d’âmes qui pouvaient y traquer ceux qui leurs avaient échappé dans le désert.<br />
<br />
Nel arrêta le bus à environ 5km de l’entrée principale, puis elle monta sur le toit pour observer les alentours à la jumelle. Comme elle s’y attendait, les motards qu’avait décapités Wulong étaient là à les attendre pour se venger.<br />
<br />
Car si tuer un humain dans ce monde le renvoyait sur la plaine du jugement dernier, tuer un démon l’expédiait illico presto dans les bureaux du service de gestion de l’incompétence situé à Dis… et autant dire que c’était un endroit que les démons fuyaient comme la peste. Les fonctionnaires qui géraient ce bureau étaient des démons de l’intransigeance, une espèce parmi les plus cruelles de tous les cercles infernaux, et ils châtiaient sévèrement ceux qui avaient le malheur de les déranger en se faisant tuer. Ils devaient donc être particulièrement remontés…<br />
<br />
Nel envisagea plusieurs stratégies pour éviter les ennuis. La priorité était de passer la grande herse qui séparait Dis de Last Cross, mais foncer dans le tas était impossible à cause de tous les bus qui faisaient la queue pour passer le long des 9 routes dont l’accès était sévèrement contrôler par des fonctionnaires très tatillons.<br />
<br />
Arrivant discrètement derrière la démone, Mélissa lui mis brusquement les mains sur les yeux ce qui la fît sursauter :<br />
<br />
« Nel… » dit Mélissa d’une voix traînante « le Vent raconte qu’on va avoir des ennuis et que toi seule peut nous aider<br />
– Melissa ! Par pitié me refait plus jamais ça : je suis démone et j’ai failli me faire dessus !<br />
– Le Vent trouve qu’on ne devrait pas rester ici…<br />
– Il a pas tort… on court moins de risque en étant mobile.<br />
– Tout à l’heure le tatouage de Wulong s’est mis à danser sur son dos. Lui aussi il sent le danger.<br />
– Euh… d’accord… t’as pas pris un coup de soleil toi ? »<br />
<br />
Le bus 404 reprit la route et en quelques minutes arriva devant la grande herse. Celle-ci, haute d’une trentaine de mètre, était une ligne de défense lourde en cas d’invasion angélique bien que pour beaucoup c’était un immense gâchis de temps et d’argent vu qu’aucun ange saint d’esprit (ce qu’ils étaient tous) n’aurait voulu mettre les pieds dans un endroit pareil.<br />
<br />
Faisant la queue parmi autres bus, Nel laissa son véhicule en mode automatique et remonta sur le toit faire un peu de surveillance. Elle n’était pas la seule : d’autres conducteurs de bus étaient sur le toit de leur engin, mais pour la plupart c’était simplement pour être tranquille et laisser les humains se lamenter dans le bus.<br />
<br />
Et oui, Nel faisait partie des rares à se soucier de ses passagers.<br />
<br />
Certains avaient simplement comme Nel des banquettes escamotable, là ou d’autres avait carrément des meubles de jardin, une petite sono et un parasol.<br />
<br />
Elle reconnut sur sa droite, à une vingtaine de mètres sur la 5eme route, Loulilalalalidoudadim, un vieil ami de sa famille. C’était notamment lui qui lui avait offert son premier sapin décoratif pour le rétroviseur de son bus lorsqu’elle avait été admise il y’a des siècles de ça.<br />
<br />
« Louuuuu ! Louuuuuuu ! » hurla elle en faisant des grands signes « hey hooooo !!!!<br />
– Ah bah ça par exemple ! » dit-il « La petite Nelkykikakokan ! Mais t’as bien grandie dis donc : t’es canon avec quelques siècles de plus !<br />
– Sacrée Lou… » dit Nel pour elle-même avant de demander plus fort « Comment vont Patashakapatapondon et les enfants ? »<br />
– Oh toute la petite famille va bien, merci de t’en inquiéter. Et ton père ? Toujours à la Hotline ?<br />
– Et oui : toujours au service de nuit. Tu le connais, il ne serait pas capable de faire autre chose !<br />
– Pourquoi est-ce qu’il changerait ? Ce bon vieux Somni est parfaitement à sa place ! »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit puissant venant du fin fond de la plaine résonna. On aurait dit le son d’une corne, dont les vibrations de basse faisaient trembler les lourds chaînons de la herse. Et puis aussitôt, quelqu’un hurla :<br />
<br />
« LES KRAGLAD ! »<br />
<br />
Une meute de milliers de vers des sables déferla comme un tsunami sur les bus, se faufilant entre eux, frappant et griffant de leurs crocs. Ils suivaient une puissante moto qui trainait un cadavre attaché au cadre par une longue chaîne aux maillons épais, et conduite par un démon visiblement très en colère.<br />
<br />
Rick !<br />
<br />
« TOUT LE MONDE SUR LE TOIT ! Ordonna Nel, imité par les autres chauffeurs.<br />
<br />
Les vers des sables n’attaquaient pas les démons, mais raffolaient de chair humaine,  aussi Rick pouvait sans risque rameuter le plus de vers possible pour une ultime attaque sur Last Cross. Peut lui importait que certains en réchappent : il était certain qu’un bon tiers des humains présent allaient être dévorés et donc rejeté par le Vortex dans la plaine ou il pourrait de nouveau tenter de prendre leurs âmes.<br />
<br />
Les démons conducteurs de bus reprirent les commandes de leurs véhicules : il était évident que les fonctionnaires de Last Cross allaient fermer la herse, il fallait donc passer le plus vite possible. Nel ne fit pas exception et reprit les commandes du bus 404 en faisant gronder le moteur.<br />
<br />
« C’est parti bébé ! Défonce moi toutes ces limaces ! » Hurla Mélissa folle de joie à l’ intention du tableau de bord.<br />
<br />
Comme répondant à sa demande, le bus cracha des flammes qui firent s’enflammer les Kraglad se trouvant trop prêt, répandant dans l’air une odeur de poulet grillé.<br />
<br />
Nel fit un détour stratégique pour la gauche : même si cela lui faisait perdre un peu de temps, elle savait qu’en optant pour la route numéro 7, elle pourrait passer plus vite. En effet depuis toujours, les démons avaient une peur panique du chiffre 7, et il n’y avait rien de plus superstitieux qu’un chauffeur de bus. Comme elle le pensait, ils avaient autant que possible prit d’autres routes.<br />
<br />
Le bus 404 accéléra à toute allure, mais le flot de Kraglad venait de partout et plusieurs de ces horribles bestioles parvinrent à passer par une des vitres en grimpant sur les corps mutilé de leurs congénères.<br />
<br />
En un éclair, Wulong s’était levé et avait fait signe aux autres de se réfugier à l’avant du bus près de Nel. Il posa alors la main sur son tatouage qui glissa le long de son bras pour devenir un katana. Avec une maitrise et une assurance digne d’un maître en art martiaux (ou d’un héros de jeu vidéo selon vos références) Wulong trancha net les Kraglad qui s’avançaient. Cependant, il n’avait pas remarqué qu’un des vers, plus malin ou plus chanceux que les autres, avait réussi à ce faufilé sur le côté. Comme un serpent, il bondit droit sur Tom et Dana tout croc dehors.<br />
<br />
Sans même réfléchir, Kurt s’interposa et fit barrage de son corps. La monstrueuse créature lui arracha le bras, faisant hurler le jeune homme. Mais ce n’était pas de la douleur ou de la peur, c’était de la rage, pure et sans limite.<br />
<br />
« SALE MERDE ! FOU LEUR LA PAIX ! » dit-il en frappant de son autre bras le vers des sables avec tant de force qu’il l’explosa contre la portière du bus.<br />
<br />
Wulong qui avait fini d’exterminer les Kraglad qui s’étaient accrochés retourna vers ses amis. Il secoua Kurt qui était comme Ko debout :<br />
<br />
 » Kurt-Kun : Daijōbu desu ka !?<br />
– T’en fais pas mon pote » dit le jeune homme « ça fait juste super mal mais… pourquoi je meurs pas ?<br />
– C’est parce qu’il t’a juste piqué un bras » répondit Nel tout en conduisant à tombeau ouvert « tu seras affaiblit mais ça repoussera avec le temps t’en fait pas »<br />
<br />
Kurt acquiesça d’un air ravi.<br />
<br />
Les ennuis des passagers du bus 404 n’étaient pas finis : La herse était quasi baissée, et il fallait faire vite. Nel compris que le bus n’arriverait jamais à passer à temps, aussi elle envisagea un plan risqué mais pas impossible : le plus tard possible, elle ferait pivoter le bus à 90 degré de façon à ce qu’il fasse barrage aux Kraglad pendant qu’ils fileraient derrière la herse. Le plan semblait simple, mais Tom et Dana ne pourrait jamais aller assez vite, et Kurt était blessé. Nel, Mélissa et Wulong allait chacun devoir porter ou au moins en aider un.<br />
<br />
Wulong s’approcha de Kurt qui était repassé à l’arrière pour surveiller la progression des Kraglad. Le jeune homme lui fit signe de s’approcher, puis sembla lui susurrer quelque chose à l’oreille. Wulong acquiesça en posant sa main fermement sur l’épaule du jeune homme avant de retourner à l’avant.<br />
<br />
« Okey les amis vous êtes prêt ? » demanda Nel « MAINTENANT ! »<br />
<br />
La démone freina d’un coup sec et fit tournoyer le volant avec maitrise. Toute l’accélération du bus fit décoller la partie arrière du sol qui se plaça pile à 90 degrés avant de retomber lourdement. Le bus manqua de se renverser, mais termina finalement sa course dans la position voulue par Nel. Cette dernière ouvrit la porte et fit sortir Dana avec l’aide de Mélissa, puis Tom avec celle de Wulong. Alors qu’elle allait se charger de Kurt, elle vit ce dernier en train de monter sur le toit, l’épée de Wulong à la main.<br />
<br />
« Kurt ! Qu’est-ce que tu fais imbécile !?<br />
– Je vais vous faire gagner du temps ! Dépêchez-vous la herse est presque fermée ! »<br />
<br />
La voix du jeune homme était presque éteinte. La blessure du Kraglad était bien plus grave que ce que Nel avait voulu lui laisser entendre. Si jamais il reprenait une morsure de ce genre, il allait s’écroulé et être dévoré et digéré vivant par les vers des sables.<br />
<br />
« T’avais raison Nel ! » dit Kurt « j’ai déconné : c’est de ma faute si j’ai perdu Cassy… je veux pas que ça soit de ma faute si ces 4  là se séparent ! » dit-il en désignant ses compagnons de route « Toi non plus Nel, je veux pas qu’il t’arrive d’ennui avec tes patrons à cause de moi !<br />
– Kurt… »<br />
<br />
La mort dans l’âme, Nel rattrapa ses compagnons et les aida à avancer vers la herse qui n’était plus ouverte que d’à peine 30cm.<br />
<br />
Vif comme l’éclair, Wulong fit une glissade pour rapidement passer de l’autre côté. Il se retourna et aida Tom à passer en le tirant par les bras, puis il aida Mélissa à en faire de même avec Dana. Nel, en bonne démone de la vitesse passa en accélérer au tout dernier moment.<br />
<br />
La herse termina sa course dans un claquement métallique sinistre.<br />
<br />
A travers les barreaux, les passagers du bus 404 voyaient Kurt combattre les Kraglad comme un beau diable. Animé par une volonté farouche de défendre ses amis, il avait continué à se battre malgré une douzaine de morsures, infligeant des pertes monumental aux vers des sables.<br />
<br />
Cependant la fatigue commençait à gagner du terrain, et le flot des créatures allait finir par le terrasser. Reculant petit à petit, essuyant vague d’attaque après vague, il arriva finalement prêt de la herse. Au loin, il vit Rick dirigeant les vers avec un drôle d’artefact en forme de corne.<br />
<br />
Nel s’avait que c’était la fin.<br />
<br />
« Bravo Kurt » dit Mélissa comme sous l’effet de psychotrope « T’as été… whaaaou. Et ce look sanguinolent c’est très tendance tu sais ! »<br />
<br />
Kurt se mit à rire de bon cœur<br />
<br />
« Merci Mélissa… ça m’a fait plaisir de faire un bout de route avec toi. Wulong ? Je crois que je vais pouvoir faire passer ton épée à travers les barreaux : merci camarade, ça m’a bien aidé »<br />
<br />
Le jeune garçon passa le katana par les barreaux. Lorsque ce dernier reprit sa forme de tatouage, ce fut la main de Wulong qui se trouva dans celle de Kurt.<br />
<br />
« Sarabada… Kurt-kun<br />
– Arigato mon frère… »<br />
<br />
Terrassé de fatigue et de douleur, Kurt mis un genou à terre.<br />
<br />
« Tom ? Dana ? Vous êtes là ?<br />
– Oui Kurt ! » dit la vieille femme « nous sommes là mon grand…<br />
– Vous aussi je voulais vous remercier… d’être ce que vous êtes. Même si j’ai pas pu sauver Cassy, même si j’ai pas pu rester avec elle pour toujours, au moins je vous ai sauvé vous pas vrai ? Au moins j’ai sauvé un bel amour… quelque chose qui en valait la peine ?<br />
– Bien sûr que oui ! On ne pourra jamais assez te remercier Kurt…jamais ! »<br />
<br />
Nel ne savait pas quoi dire. Les chances qu’ils se revoient tous étaient pour ainsi dire quasi nulle.<br />
<br />
« Nel ? »<br />
<br />
Rick avait lancé l’ultime charge : les Kraglad déferlaient vers Kurt comme une vague de chair prête à le tailler en pièce.<br />
<br />
« T’avais promis que tu m’achèterais mes souvenirs pas vrai ? Que tu le laisserais pas me les prendre ?<br />
– Bien sûr ! je t’en donnes…<br />
<br />
– Non laisse tomber : je te les offres. Débarrasse moi de ma peine… tu veux bien ? »<br />
<br />
Nel posa sa main sur le front sanguinolent de Kurt<br />
<br />
« Pas de problème mon pote… »<br />
<br />
Les Kraglad arrivèrent enfin sur leur proie, la dévorant aussi brusquement que brutalement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Kurt se réveilla avec un mal de crane épouvantable. Lorsqu’il regarda autour de lui, il ne vit qu’une gigantesque plaine parsemé de titanesques statues dont certaines semblaient encore en construction. Il avait la sensation que le temps s’était écoulé… mais difficile de savoir depuis combien de temps. Plus étrange encore, il ne se rappelait de presque rien.<br />
<br />
Il marcha dans la plaine, frictionna son bras gauche qui était étrangement courbaturé, un peu comme si un gros chien l’avait mordu tout du long.<br />
<br />
Il finit par apercevoir une grande structure à quelques dizaines de mètre : une estrade, avec un pupitre. Il s’en approcha d’un pas tranquille, comme si rien ne pressait. Il vit alors une jeune femme assise sur le bord de l’estrade, sifflotant un air joyeux qui lui semblait étrangement familier. Lorsqu’il fut prêt d’elle, sans comprendre il se mit à chanter :<br />
<br />
« Oh, I get by with a little help from my friends<br />
Mm, I get high with a little help from my friends<br />
Mm, gonna try with a little help from my friends »<br />
<br />
La jeune femme lui sourit. Elle avait la peau bleue, et des yeux d’un jaune brillants plein de bienveillance et de tendresse.<br />
<br />
« Salut… euh… où sommes-nous ?<br />
– Alors là : pas la moindre idée ! » dit la jeune femme toujours le sourire aux lèvres « mais quelque chose me dit que ce n’est pas le plus important ! »<br />
<br />
Kurt haussa les épaules puis tendit la main :<br />
<br />
« Je m’appelle Kurt<br />
–  moi c’est Nelkykikakokan, démone de la vitesse, mais tu peux m’appeler Nel<br />
– démone de… alors c’est l’Enfer ici ?<br />
– Je dirais que ça dépend de ce qu’on y apporte… ça peut être un endroit très chouette parfois »<br />
<br />
Nel descendit de l’estrade et fit signe à Kurt de la suivre. Ils contournèrent l’installation, et derrière le rideau rouge en velours épais se trouvait un bus étrange, rouge vif avec des flammes peintes.<br />
<br />
Nel tendit quelque chose à Kurt qu’il attrapa du bout des doigts :<br />
<br />
« Aller monte ! Je t’ai déjà pris ton ticket » dit la démone en se dirigeant vers le bus.<br />
<br />
Kurt la suivi. Au moment où elle monta, il lui saisit le bras et demanda :<br />
<br />
« Attendez ? C’est vous qui conduisez ce bus non ? »<br />
<br />
Nel fit malicieusement non de la tête tandis qu’elle donnait son propre billet à Loulilalalalidoudadim.<br />
<br />
« Je ne suis qu’une simple passagère : comme toi. T’as de la chance, je vais pouvoir te tenir compagnie jusqu’à destination<br />
– Y’a que nous deux ?<br />
– N’oublie pas Lou quand même ! Mais sinon tu as raison, service spéciale ! Y’a que nous deux.<br />
– C’est cool ! Et bah… merci alors »<br />
<br />
Kurt s’installa devant, mais à peine le bus avait fait quelques mètres qu’il ne se sentit pas à l’aise. Il se leva et s’installa dans le fond.<br />
<br />
« Ah ouais… là c’est mieux… je pourrais passer l’éternité vautrée là à manger des ChocoCroc et des glaces à la vanille ! » dit il<br />
<br />
Nel s’installa à côté de lui et commença la discutions<br />
<br />
« T’es célibataire Kurt ?<br />
– Ouha ! T’es directe toi au moins !<br />
– Hum… on peut dire ça… mais te fais pas d’idée, c’est juste histoire de causer.<br />
– Et ben en fait pour tout te dire, et ça va peut-être te paraître complètement dingue, mais j’ai comme un vide dans la tête.<br />
– Oh ? Amnésie ? Comme dans la série Hopital Central ?<br />
– Non c’est plus comme… comme si j’avais fait la paix avec moi-même et que je m’étais débarrassé de… Oh laisse tomber. Parle-moi de toi plutôt : t’es d’ici ?<br />
– Oh que oui. Une vraie fille de la plaine…<br />
– Ah bon ? Dis m’en plus alors. J’aimerai bien avoir des souvenirs dans la tête, même si ce ne sont pas les miens.<br />
– Pas de problème mon pote…  »<br />
<br />
Et c’est ainsi que pendant que le bus 609 roulait à toute allure dans la plaine du jugement dernier en destination de la cité de Dis, Nel raconta à Kurt tous les souvenirs heureux qu’il lui avait offert. Car même si dans le lot certains étaient triste, il avait quand même un gout de nostalgie qui faisait du bien. Car en fin de compte au cœur des ténèbres, dans la cité de Dis, ce qui rendait heureux c’était parfois quelque chose d’aussi simple que le souvenir fugace d’un bon moment passer à chanter des chansons…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Et pour la première fois, la version audio est disponible ! Téléchargez la en cliquant ici >> [Episode 29 – highway to hell](https://hearthis.at/topfive/episode-29-highway-to-hell/)

**Highway to Hell**

Le sol rocailleux et sec de la plaine était parcouru par un vent chaud qui avait là toute la place qu’il voulait pour s’élancer. Çà et là, d’immenses statues de guerriers antiques s’arrachaient du sol, culminant à plus de 100m de haut, la plupart encore entourée par des échafaudages où s’activaient des ouvriers zélés.

Le ciel, bleu et parsemé de nuages d’un blanc cotonneux, aurait été parfait s’il n’y avait pas eu cette énorme faille dimensionnelle qui survolait la plaine comme une soucoupe volante, déversant de temps en temps des myriades de personne venu d’on ne sait où.

Étrangement, aucun ne s’éclatait comme un fruit trop mûr en touchant le sol.

Lorsqu’ils se relevaient, hébété et courbaturé, toutes ces gens semblaient surpris d’être là, pas tant par l’incongruité de ce lieu étrange, mais plutôt parce qu’en théorie il était tous mort.

Tous les groupes, formé d’un échantillon hétéroclite de la société, remarquaient qu’une large estrade de 15m de large  avait été installé prêt de leur point de chute, et qu’un pupitre surmonté d’un micro y trônait. Une armature métallique formait un cadre à l’arrière-plan où était suspendu un grand rideau de velours rouge, ainsi que des hauts parleurs dont on voyait les câbles zigzaguer le long de l’armature comme du lierre sur un rebord de fenêtre.

Observons l’un de ses attroupements voulez-vous ?

La foule s’agglutina devant l’estrade, certain que quelque chose allait venir. Après tout c’est logique : une estrade ça sert à ça, et personne n’aurait déployé autant d’effort à installer une telle structure si ce n’était pas pour y faire quelque chose. En attendant, les gens discutaient, se demandant mutuellement « où sommes-nous ? » et se répondant au diapason « Bah alors là j’en sais fichtre rien ! »

Arriva alors un homme légèrement dégarni et portant des petites lunettes ronde à monture fine. Il avait la bouille sympathique des gros bébés aux joues pleines et aux pommettes saillantes, et aurait été plus que rassurant s’il n’avait pas eu la peau rouge vive et des petites cornes sur le crane.

Méthodiquement, il tapota deux fois sur le micro pour s’assurer que le son fonctionnait, et commença un discours que l’on devinait apprit par cœur sur un ton monotone :

« Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans l’antichambre de l’au-delà. Je suis Mattylidiladidadidoudi, démon d’accueil. Nous sommes ici dans la plaine du jugement dernier : veuillez nous excuser si les installations ne sont pas conformes aux descriptions des brochures, mais nous sommes encore en travaux… »

Matty marqua une petite pause car comme toujours à ce moment-là, tout le monde se mettait à regarder les statues alentours. Il reprit avec un ton un peu plus enjoué :

« Tout d’abord sachez que vous êtes bel et bien décédé : vos enveloppes charnels ont été laissé à la disposition des autorités compétentes. Pour ceux qui n’ont pas pu assurer la prise en charge de leur cadavre, sachez que nous disposons d’un service dédié à cet effet et dont les frais vous seront adressés ultérieurement. Sachez aussi que ces prestations de qualités professionnelles bénéficient de nos supers offres d’échelonnement de payement allant de 4 mois à l’Éternité… »

Comme prit d’un doute, Matty tira de la poche de son pantalon à pince gris clair, un petit bristol qu’il consulta en plissant les yeux avant de reprendre à nouveau :

« Pour les victimes de guerre parmi vous, veuillez vous adresser au guichet 7 à votre arrivée pour le recensement de vos membres : ça serait dommage qu’on vous recolle les bras d’]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/7/5/2/_/uploads/10571119/image_track/8034707/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1675357985257.jpg" />
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 08 Feb 2016 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-02-08T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
            <itunes:duration>24:26</itunes:duration>
        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 28 : Hollywood Story #defibradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep28/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Hollywood Story**<br />
<br />
Rappelle-toi, qu’est-ce qu’il y a d’écrit en grosses lettres amicales sur la couverture du guide galactique ?<br />
<br />
Pas de panique.<br />
<br />
Aller répète le.<br />
<br />
Pas de panique.<br />
<br />
OK…<br />
<br />
Il est 13h30 environ, et nous sommes mardi. C’est la veille du jour où nous faisons la revue des scénarios et que l’on définit la feuille de route de la programmation. Et plus spécifiquement aujourd’hui, on parle de la future saison.<br />
<br />
Je vous arrête de suite : au pluriel on écrit scénarios, pas scenarii.<br />
<br />
Je fixe mon écran LCD très haute résolution, et plus particulièrement le curseur clignotant sur le traitement de texte qui attend patiemment que je me décide à écrire quelques choses.<br />
<br />
Sauf que la page reste désespérément blanche.<br />
<br />
Quand j’ai commencé ce job, je pouvais écrire un pavé de presque 1000 mots en 3 ou 4h. J’avais comme un trop plein dans la tête qui ne demandait qu’à sortir, c’était comme si je me faisais une saignée pour me soulager de mes mauvaises humeurs.<br />
<br />
Je vous arrête de suite : je sais très bien qu’en réalité ce n’était pas un remède efficace. Je fais juste une comparaison un peu métaphorique.<br />
<br />
Maintenant, c’est à chaque fois un combat contre la montre pour arriver à rendre ma copie à temps. Ma plus grande crainte, le plus effrayant de tous les cauchemars, c’est cette putain de page blanche. Parce que voyez-vous, là où je bosse, si vous ne faites pas votre quota, on vous remplace par l’un des 600 créatifs qui supplient devant la porte du studio qu’on leur donne une chance.<br />
<br />
Eux ne sont pas encore pressurés comme des citrons, et ils ont encore assez d’endurance pour faire des journées de 16h lorsqu’arrivera le rush des season final ou bien le launch d’un projet.<br />
<br />
Je vous arrête tout de suite : ici à Hollywood, ce n’est pas du jargon, c’est du langage soutenu.<br />
<br />
Le boss passe la tête par l’encadrement de la porte de mon bureau. Je sursaute le temps d’un instant : je suis sûre que ce con l’a fait exprès.<br />
<br />
« Dis-moi Jessica » me demande-t-il  « Tu as vu le rapport marketing que je t’ai envoyé ? Les teen sont chaud bouillant pour le launch de « captain stellar »<br />
– j’ai vu oui…<br />
– alors pourquoi Malcolm n’a pas eu ton premier jet ?<br />
– parce que j’ai encore un jour pour le finaliser<br />
– Jess, Jess… » soupire t’il<br />
<br />
Je vous arrête tout de suite : j’ai horreur qu’on m’appelle Jess.<br />
<br />
« Le studio mise gros sur le projet stellar, tu devrais être fière de la chance qu’on te donne…  »<br />
<br />
Ce que Phil Gunderson essaye de me faire avaler, c’est le truc classique du patron qui veut que tu aies le syndrome de Stockholm envers ta boîte pour que tu te crève à la tâche en étant content. Sauf que je te vois venir Phil : ce n’est pas un immense honneur que tu me fais de me laisser suer sang et eau pour écrire le scénario de la série qui va te rapporter un paquet de blé.<br />
<br />
Dieu que je déteste ce mec…<br />
<br />
Phil essaye d’avoir un ton paternel avec moi, sans doute parce que j’ai 15 ans de moins que lui, et aussi un peu parce qu’il considère les femmes comme des petits chatons capricieux. Enfin c’est le sentiment qu’il me donne.<br />
<br />
Il repart de mon bureau en me faisant un signe bizarre de la main qui doit surement vouloir dire « je garde un œil sur toi ». Il doit vouloir se donner l’air encourageant, il est juste stressant au possible.<br />
<br />
Et moi je suis encore avec mon curseur qui clignote sans savoir quoi raconter.<br />
<br />
Le projet Stellar devait surfer sur la popularité des séries de super héros en ressuscitant un personnage qui n’avait jamais percé dans les années 80. Mais ça c’était avant : maintenant le plus obscure et le moins original des supers héros peut devenir un film à gros budget ou une série qui cartonne. On lui rajoute une couche de vintage, et d’un seul coup on peut dire qu’il était culte. Parce qu’ici culte c’est synonyme de « personne n’a mis l’étiquette du prix dessus avant nous ».<br />
<br />
Stellar c’est le énième héros beau gosse qui sauve la jolie journaliste qui est trop conne pour réaliser qu’il est en réalité son collègue de boulot depuis 6 ans.<br />
<br />
Recette de Jessica Fletcher pour une série de super héros qui cartonne : Votre héros est un homme blanc hétéro de 30 ans maximum.<br />
<br />
Voilà à quoi ce résume mon job : produire de la bouilli pour bourrer la tronche d’ado qui se tapent des marathon de 12h de télé le weekend pour ensuite passer le reste de la semaine à se prendre la tête sur des forums spécialisés pour déterminer si oui ou non il fallait faire mourir le chien dans l’épisode 5.<br />
<br />
Au début je voulais écrire des histoires poignantes, avec des dialogues incisifs. Je voulais faire des séries qui seraient le reflet de ce en quoi je crois, de mes valeurs. J’aurai donné sa place à une héroïne géniale qui aurait bouleversé les standards. Elle aurait été afro caribéenne, cultivée, et aurait vécu des aventures du quotidien. On l’aurait suivie réussir sa vie malgré les obstacles, et elle serait devenue un exemple pour des milliers de jeunes filles…<br />
<br />
Je vous arrête : je ne suis pas naïve, je sais que c’est de la connerie et que personne ne veut voir du bonheur.<br />
<br />
Conseil de Jessica Fletcher pour une bonne série : tout le monde est malheureux 90% du temps, surtout en fin de saison.<br />
<br />
Faut croire que plus personne n’aime quand ça va bien. Lorsque votre héros à enfin vaincu le méchant et qu’il repart bras dessus bras dessous avec l’héroïne, c’est le bon moment pour le trahir et de faire sortir un personnage de votre sac à malice pour lui pourrir la vie. Tant qu’à faire, faites ça au Season final et passez l’été à surveiller Internet : sans vous fatiguer vous trouverez des tas d’idées et de justification de la part des fans. Vous n’avez plus qu’à suivre.<br />
<br />
C’est drôle quand on y réfléchit : on regarde la télé pour se détendre et s’évader, mais on se base sur les idées des spectateurs pour créer les programmes. Je vais peut-être vous choquer, mais pour moi c’est l’équivalent télévisuel de manger son vomi.<br />
<br />
Conseil de Jessica Fletcher pour faire de l’audience : oubliez toute prétention artistique, car vous juste là pour nourrir les fauves.<br />
<br />
C’est sans doute ce qui avec les années m’a le plus fait mal : laisser de côté l’idée que j’étais une créatrice. Parce que je ne le suis plus. C’est même à se demander si je ne l’ai jamais été. Produire une série de nos jours c’est se battre en permanence avec le marketing, les producteurs et les spectateurs. Je passe ma vie à écrire les mêmes histoires en suivant les extractions d’information du net et en rabâchant le sempiternel motif de la quête du héros.<br />
<br />
Quoi vous ne savez pas ce que c’est ?<br />
<br />
C’est un principe archi connu dans le milieu qui explique que chaque histoire est en fait la déclinaison d’un même modèle en 7 étapes et dont tous les composants sont récurrents. Prenez Star Wars, Harry Potter ou bien n’importe quel James Bond, et bien vous retrouverez ce schéma. Tout le monde utilise cette structure depuis que Christopher Vogler, un mec qui bossait chez Disney en tant que script doctor ne rédige un feuillet de 7 pages pour donner aux gars du studio quelques ficelles pour rédiger des scénarios qui tenaient la route.<br />
<br />
C’était un saint graal pour les scénaristes : quelqu’un avait réussi à trouver la recette pour faire des histoires qui marchent, et en moins de 3 mois, tout le monde à Hollywood s’en était procuré un exemplaire<br />
<br />
Je vous arrête de suite : connaître la recette ne suffit pas.<br />
<br />
Le fascicule de Vogler a aussi été une boîte de Pandore dans le milieu, parce que n’importe qui l’ayant en main pouvait prétendre à faire une histoire cohérente. Sauf que comme je le disais il ne suffit pas d’avoir la recette, et petit à petit tout le monde s’est mis à préparer une tambouille sans âme parfaitement interchangeables avec les autres.<br />
<br />
On s’est mis à faire des films avec des plots twist de façon tellement récurrente que plus personne n’était surpris. On ajoutait des guest stars à tout va, on plagiait le cinéma et les trucs à la mode, on utilisait de la pop dégueulasse pour les génériques, et on castait des jeunes acteurs aux yeux bovins pour en faire des supports à fantasme pour une peuplade d’ado qui avait décidé que la réalité se porterait très bien sans eux.<br />
<br />
Nous étions devenus des apprentis sorciers prêts à tout faire sauter. A ce rythme-là la boutique toute entière allait couler.<br />
<br />
Heureusement pour nous y’avait des petits malin. Des mecs comme Joss Whedon qui arrivent à faire des séries cultes avec des bouts de ficelles (oui je parle de toi ma petite Buffy). Si ces gars étaient aussi bon, c’est parce qu’ils n’avaient jamais oublié une des pierres angulaires d’un bon programme : avoir une identité, et surtout pas de suivre ce que veut le public.<br />
<br />
Une bonne série c’est rien de plus que ça : une singularité à laquelle on s’attache parce qu’elle nous propose ce à quoi on ne s’attendait pas. Et peu importe le budget ou le nombre de jolies filles qu’il y a dedans. Votre série ne doit pas être ce que le public attend, elle doit être ce dont il a besoin.<br />
<br />
Conseil de Jessica Fletcher pour faire une bonne série : n’écoutez pas les avis de Phil ou du public.<br />
<br />
Pour le projet Stellar je m’étais fixer cette ligne de conduite : on n’écoute surtout pas ce que disent ou pensent les fans, encore moins ce que racontera Phil, et on fait quelque chose qui change. Le résultat de tout ça ? Et bien voilà des semaines que j’en suis réduite à un titre et un curseur qui clignote dans le coin de l’écran, et l’horloge qui n’arrête pas de glisser. Il est clair que je vais passer ma soirée à écrire si je veux être crédible demain matin à la réunion avec Malcolm<br />
<br />
Histoire de me remettre un peu dans le bain, je relis pour la vingtième fois le dossier que la production a fait écrire et qui résume les composantes du comics d’origine : l’historique du personnage, la nature de ses pouvoirs, ses ennemis, ses alliés et les principaux arcs narratifs de la storyline.<br />
<br />
Je vous arrête tout de suite : reprendre tel que ces éléments n’est PAS la bonne façon de faire une série.<br />
<br />
Vous voulez savoir pourquoi ? Et bien c’est simple : parce qu’au bout de 3 épisodes vous regarderez la série avec un exemplaire de l’intégrale des aventures de Stellar (que la production n’aura pas manqué de faire rééditer histoire de prendre un peu de pognon dans l’affaire) et c’est là que commencera le jeu des 7 erreurs. La série deviendra un simple décalque de ce qui existe déjà, sauf qu’une BD est régit par des codes qui différents de ceux de la télévision, c’est un outil qui ne se vit pas de la même façon, et donc la série sera forcément inférieur puisqu’on lui imposera une histoire et une manière de faire qui ne sont pas adaptées.<br />
<br />
Non le mieux est de redéfinir la narration, de prendre les thématiques, et d’être suffisamment malin pour les réinventer.<br />
<br />
Fastoche hein ? Bah oui quoi de plus simple dans un monde où il existe pléthore de série de super héros d’être inventif ! Et quand bien même on trouverait une idée, celle-ci doit convaincre des producteurs, c’est à dire des mecs dont les principaux soucis sont les KPI et les indicateurs d’audience.<br />
<br />
Croyez-moi, la Joconde aurait une autre gueule si De Vinci avait dut s’inquiéter des KPI des Médicis…<br />
<br />
Je sors du bureau pour me changer les idées, mais un sentiment de malaise me gagne malgré tout. Je commence à réaliser que je vais me planter quoi qu’il arrive, que malgré tout ce que je pourrais faire il est impossible qu’une bonne série naisse de tout ce merdier. Je suis lancé à 300km/h et je vais me prendre le mur quoi que je fasse.<br />
<br />
En sortant du bureau, aux croisements des différents bâtiments, il y-a une sorte de café que la production à faite construire pour que les équipes aient un endroit où se retrouver et se faire de réunions improvisées. C’est plutôt une bonne idée : on ne bosse jamais aussi bien que dans une ambiance sympa, un café à la main et un scone myrtille dans l’autre. Ça s’appelle le « Pavillon ». La salle doit bien faire ses 350 m², avec comptoirs style diner’s d’un côté et banquette de 4 places en vinyle blanc de l’autre. Il y-a aussi de grandes tables pour les groupes ou les gens qui ont la grosse tête.<br />
<br />
Les serveuses sont mignonnes : toutes des apprenties actrices qui bossent ici dans l’espoir de se faire voir. Je ne leur reproche rien : faut bien gagner sa croûte. D’ailleurs c’est le genre de job que j’aurai fait volontiers faire à mon héroïne…<br />
<br />
Pleins de gens me font des signes pour me dire bonjour tandis que je traverse la salle : j’en reconnais péniblement la moitié. Ici ça grouille tellement qu’on peut passer la journée à ne voir que des nouvelles têtes. Je veux juste m’installer sur une des grosses banquette en vinyle blanc, prendre mon scone avec un Mocha bien crémeux et me lamenter un peu sur mon sort.<br />
<br />
Je n’aurai pas ce plaisir de toute évidence, car à peine je me suis installé avec mon butin sucrée qu’arrive Gareth Elison. Gareth est un scénariste avec qui j’avais bossé il y a quelques années pour un autre studio. C’est le genre d’intello hipster qui croit détenir toutes les grandes vérités sur la vie l’univers et le reste mais qui est infoutu de comprendre que ses idées géniales n’intéressent que lui. Il ne bosse pas réellement ici, mais c’est un freelance, un scénariste mercenaire qui bosse en renfort pour n’importe qui ayant besoin de quelqu’un en urgence qui peut s’adapter. Et c’est bien une de ses rares qualités : Gareth est capable de rentrer dans n’importe quel style et n’importe quelle phase d’une histoire. Il n’est pas créatif pour deux sous, mais si vous lui donnez un cap et un contexte, il pourra faire illusion le temps d’un ou deux épisodes et rallonger la sauce juste ce qu’il faut le temps de trouver une nouvelle trame à l’histoire.<br />
<br />
En ce moment c’est plutôt une période de vache maigre pour lui : quand les studios bossent sur les nouveautés, ils ne font pas appels à des gars comme lui mais plutôt à des pointures ou au moins des gars avec une approche plus solide du métier. Du coup Gareth traine en permanence au Pavillon, et se colle a n’importe qui susceptible de lui filer du boulot. Comme il sait que je bosse sur le projet Stellar, il n’hésite pas une seconde…<br />
<br />
« Jess ! » hurle-t-il en s’installant à ma table comme si je l’y avait invité « ça tombe super bien que je te croise : j’ai pensé à des trucs excellentissime et je me suis dit qu’il n’y avait qu’avec toi que je pourrais faire ça ! »<br />
<br />
Si Gareth utilise autant d’approximation, c’est parce qu’en réalité il n’a rien en tête et qu’il veut seulement surfer sur ma bonne fortune en se glissant dans l’équipe pilote du projet. En effet, le plus souvent cette équipe initiale bossera avec le showrunner sur toute la durée du projet, et ça peut vouloir dire des années si on à le bon filon.<br />
<br />
J’essaye de ne pas donner l’air de m’en foutre, mais c’est si évident qu’il se vexe sans même que je dise un mot.<br />
<br />
« Ok je vois… Tu crois que t’as les épaules alors que moi je suis un ringard c’est ça ?<br />
– J’ai absolument rien dit je te signal…<br />
– Oh t’as pas besoin de parler tu sais : c’est tellement clair… je suis qu’un mercenaire hein ? Un type qui est pas foutu de rester dans une équipe et qui ne sait rien produire de zéro ? »<br />
<br />
J’ai pas envie de supporter sa frustration. Je m’en fou qu’il se sente au 36eme dessous, et à la limite je me dis qu’il le mérite un peu parce que c’est vraiment un branleur prétentieux. Je suis devant ma page blanche, à procrastiner comme une malade et lui me réclame de l’attention ? Qu’il aille se faire voir !<br />
<br />
Je prends mon air méchant pour lui répondre, car j’ai envie que ça soit parfaitement clair :<br />
<br />
« Gareth : à une époque je t’avais donné une chance et tu m’as invité à me la mettre où je pense parce que t’avais soit disant de meilleurs plans. Résultat au final, moi je bosse et toi tu cachetonnes. J’en veux pas de tes idées, je veux juste qu’on me foute la paix et pouvoir finir mon café en paix ! »<br />
<br />
Il s’en va sans un mot, et moi je sens un poids sur ma poitrine. Ce n’est pas de la culpabilité, c’est du stress. Même si je sais que j’ai raison, mon corps ne supporte pas toute cette agressivité. Les conflits m’insupportent et je deviens fébrile rien qu’à penser qu’ils pourraient survenir.<br />
<br />
Bordel… je n’arrive même plus à apprécier mon Mocha. Je l’avale en vitesse, enroule ce qui reste de mon scone dans une serviette en papier et repart vers le bureau.<br />
<br />
La pause est finie.<br />
<br />
Il est bientôt 16h et je suis toujours dans le bureau à attendre que ça vienne. Je relis encore le dossier, je reprends mon fascicule de Vogler mais ça ne vient pas. J’ai pas le déclic, pas le moindre début de trame qui en vaille la peine.<br />
<br />
Peut-être que je pourrais réclamer plus de temps ? Comme ça je me sentirai plus à l’aise pour attaquer mon sujet et rendre ma copie ?<br />
<br />
Pfff… De qui je me moque : ce n’est pas une histoire de temps, c’est une histoire d’envie.<br />
<br />
Quand on a fait le tour de ce qu’on avait à dire, qu’est-ce qu’on peut raconter ? Est ce qu’on peut encore être motivé à écrire un scénario pour qui on a plus la flamme ?<br />
<br />
Il raconte quoi finalement ce Captain Stellar ? C’est un héros pour quelle raison ?<br />
<br />
Hum… un début de piste ?<br />
<br />
Stellar a pour Némésis son propre frère. Tous deux sont nées avec des pouvoirs, mais l’un a choisi le mal, et l’autre la justice.<br />
<br />
Une histoire d’ambivalence ? On pourrait partir sur la découverte des deux ennemis, et faire un plot twist autour de la découverte de leur fraternité ? Et si à la place je changeai ce point de l’histoire pour tromper les fans ? Ok… mais je mets quoi à la place ? Pas de parenté ? Ancien ami ? Quelle différence du coup ?<br />
<br />
Le dossier ne m’apporte rien car Stellar et son univers sont un bac à sable, mais il n’y a pas réellement d’histoire. Où sont les enjeux bordel ? Qu’est ce qui fait vibrer cet univers ?<br />
<br />
Quand je constate cela, je me sens épuisée. Je lutte contre un moulin à vent dont je ne pourrais rien tirer. Est-ce que je devrais céder à la facilité ?<br />
<br />
Bordel….<br />
<br />
J’essaye de taper au hasard des mots, comme ça sans réfléchir plus, histoire de voir si un peu d’aléatoire pourrait m’aider. Je tape donc « Fibrome » « Mégalithe » « Occiput » « Seychelles » et « Carnage »<br />
<br />
Un lieu, une maladie, un édifice, une partie du corps et un adjectif… Bon bah au moins c’est un début !<br />
<br />
Essayons un pitch.<br />
<br />
Pitch Stellar numéro 1 : Traité pour un fibrome au Seychelles, le professeur Mathews Corwell découvre un étrange mégalithe dont le rayonnement combiné à sa maladie va agir sur son occiput et faire apparaitre des pouvoirs etra…<br />
<br />
Oh non de dieu que c’est mauvais ! il me faut d’autre mot :<br />
<br />
« Adrénaline » « Salutaire » « édition » « Médicale » et « parfum »<br />
<br />
Pitch stellar numéro 2 : après une salutaire retraite en inde suite à un drame personnel, Mathews Corwell découvre que lorsque son adrénaline est poussée au maximum, il développe des supers pouvoirs. Encadré par une unité médicale d’élite du gouvernement il traque son ennemi juré dont il ne connait qu’une chose : l’étrange parfum qu’il laisse sur ces victimes…<br />
<br />
Pas concluant mais c’est déjà mieux. Je devrais garder certaines choses. Le coup du parfum ça peut être sympa, mais sur un support télé c’est un peu casse gueule. Comment représenter ça ? Un effet visuel de brume coloré ? Ça peut être très vilain… bon allé, je garde ça comme « idée possible ».<br />
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Il s’écoule 3 bonnes heures, et après 12 tirages de mots aléatoires et autant de pitch, je parviens à trouver quelque chose qui me convient.<br />
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Histoire de me débarrasser des fans et de leur sens du pinaillage, je joue la carte de l’univers alternatif. Je pars de la fin du personnage dans son monde, et j’introduis une histoire de prophétie qui dit qu’à la fin de sa quête, le captain Stellar doit transmettre son pouvoir à un autre monde qui est en décalage du siens. C’est donc une version plus jeune du héros qui recevra ses dons et devra mener son parcours initiatique.<br />
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Cette approche-là me semble la bonne : un public jeune aime voir un héros qui comme eux grandit et est en proie au doute et aux questionnements sur comment mener sa vie. Je décide de m’offrir une option pour faire en sorte qu’Old Stellar puisse de temps en temps servir de mentor à young Stellar.<br />
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Hey ! Mais c’est que ça se débloque on dirait !<br />
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La mauvaise nouvelle c’est qu’il va bientôt être 20h, et que j’ai encore beaucoup de chose à faire. Je me fais alors violence et je préviens à la maison que je resterai au bureau toute la nuit. Il y a une salle de pause avec de grand sofa, ça me fera un lit de fortune acceptable.<br />
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La base est faite, mais je dois donner les grands arcs de cette saison. En premier lieu, sur environ 4 à 6 épisodes, ça sera l’exposition. Pas dur : je vais simplement mettre les éléments en place.<br />
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Je vous arrête de suite : pas dur ne veux pas dire pas intéressant ou facile à faire.<br />
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Je place donc un héros ado (16 ans sera une bonne base, et ça permettra qu’il ait une voiture) un flirt potentiel et une meilleure amie qui en fait à secrètement le Bégin pour lui. Histoire de varier un peu les plaisirs, les deux filles seront plutôt semblable, ce qui va coller des mal de crane au héros pour se décider.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour un bon triangle amoureux : 3 personnages et aucune raison valable d’en détester un plus qu’un autre.<br />
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L’indécision est un bon outil pour faire durer une série. Il ne faut pas commettre l’erreur de faire d’une des filles une connasse et l’autre un adorable petit ange. Non, il faut que le public ait le Bégin pour les deux en même temps, et limite pour le héros aussi. 3 choix possibles, une seule solution à la fin… faite chauffer les comptes twitter !<br />
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A ce moment-là, j’arrête de taper et je recule un peu de mon bureau. Sans que je sache pourquoi je plaque mes mains contre ma bouche. En fait si je sais très bien pourquoi je fais ça, c’est parce que je me fais horreur.<br />
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Ce que je viens de mettre en place n’a aucun intérêt vis à vis du thème super héroïques. Ça ne questionne rien, ça met juste des personnages en compétition pour le simple plaisir de voir les gens prendre parti pour un couple plutôt qu’un autre. J’ai sciemment mis en place un sujet qui va faire se déchirer les fans.<br />
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En cet instant j’ai comme l’impression de faire partie du projet Manhattan…<br />
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Je vous arrête tout de suite : je…<br />
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Je ne sais pas.<br />
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Je ne sais absolument pas quoi raconter. Ce personnage, cette trame, ce que j’ai essayé de mettre pour plaire, rien ne fonctionne, rien ne marche. Peut-être qu’il n’y a rien à raconter ? peut-être que je n’ai pas ce qu’il faut pour ça ?<br />
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Même si à une époque j’avais un petit don, maintenant c’est clairement fini. Je suis usée, ce monde va trop vite, les spectateurs veulent seulement se gaver d’heure de programmes tous identiques. Ils veulent se sentir supérieur aux auteurs dont ils décortiquent le travail comme un médecin légiste découpe un cadavre pour en découvrir les secrets.<br />
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En fait c’est ce regard que je sens sur moi : celui de tous les fans qui m’observent par magazine interposé et qui se demande pourquoi je fais encore ce job.<br />
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J’ai le souffle court, je sens mon cœur qui bat fort. Pas forcément vite, mais intensément fort. Le flot de sang pulse le long de ma carotide, comme une boule qui essayerait de sortir. Dans un effort surhumain je me lève de ma chaise et ouvre la fenêtre. A cette heure-ci il y’a encore un peu de bruit et d’animation, mais c’est assez calme pour m’apaiser un instant. L’air frais du soir me revigore et je parviens à reprendre mon souffle.<br />
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Oui c’était une crise de panique.<br />
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Je sors de mon tiroir le tensiomètre électronique que mon médecin m’avait conseillé d’acheter et le fixe sur mon bras. Le résultat est sans appel : 17/10, autant dire beaucoup trop. J’attrape mon sac et en sort un comprimé que j’avale illico. Je réalise alors que je n’ai pas d’eau sous la main. Je garde ma salive dans ma bouche le temps d’avoir de quoi faire une gorgé pour avaler mon cachet et me remet un instant à la fenêtre.<br />
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De là où je suis, je peux voir Los Angeles et je devine l’océan tout proche.<br />
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Après un moment, je retombe sur mon siège et fixe ce que j’ai écrit. Est-ce que tout est si mauvais ? Non, il y a pas mal d’idée que j’aime bien, et de la matière qui n’attend qu’un peu de retouche pour être vraiment sympa. Je me relie en essayant de souligner ce qui me fait plaisir. A ma grande surprise, beaucoup des éléments que je trouvais mercantiles et poussifs font partie de ce que j’aime.<br />
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Plus je me relis, plus j’ai l’impression de voir une autre personne. Plus je me découvre moi-même, et plus j’arrive enfin à comprendre. L’histoire du captain Stellar DOIT être une histoire comme cela là, simple et remplie de clichés.<br />
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Il est 6h du matin lorsque je fini d’écrire mon projet d’épisode. Sans m’en rendre compte, j’ai rempli en annexe des pages et des pages d’idée pour la saison. Des arcs narratifs, des personnages secondaires, et même des répliques drôle et charismatique.<br />
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Après cette rude bataille, j’ai l’impression que j’ai enfin retrouvé ce qui me manquait.<br />
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Je m’accorde un petit somme dans le confortable canapé de la salle de pause. Je peux espérer dormir 4 ou 5h avant d’être dérangée, mais ça sera bien suffisant pour tenir le temps du briefing. Après je prends mon après-midi et je reste à la maison pour travailler toute la semaine.<br />
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Mon sommeil est paisible, comme si toutes les angoisses et le stress accumulé m’avaient enfin fichu la paix. Entre deux pensées brumeuses, j’essaye de comprendre pourquoi je suis restée bloquée si longtemps. Pourquoi c’était finalement si simple de juste suivre mon intuition et d’arrêter de calculer ? Aucun livre technique sur l’écriture ne vous le dit ça, pourtant la façon la plus radicale d’avancer… et bien c’est d’avancer quoi qu’il arrive.<br />
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A vouloir trop bien faire, à vouloir tout cadré, j’avais fini par ne plus avancer. Mais écrire ce n’est pas ça : il faut se jeter à l’eau, et si les spectateurs ont du mal, et bien on peut modifier des choses. Un texte comme une série sont des choses vivantes, mais pour qu’ils puissent prendre vie, il faut au moins se donner la peine de les faire naître.<br />
<br />
Je dors à demi rêve, bercé par les ronrons des voitures qui défilent. J’ai laissé la fenêtre ouverte comme pour laisser s’envoler mon trop plein. Un parfum iodée me titille les narines et m’envoie l’image de l’océan qui déferle en vague chantante.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour écrire une histoire : écrivez là quoi qu’il arrive, et aimez là quoi qu’on en dise.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Hollywood Story**<br />
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Rappelle-toi, qu’est-ce qu’il y a d’écrit en grosses lettres amicales sur la couverture du guide galactique ?<br />
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Pas de panique.<br />
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Aller répète le.<br />
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Pas de panique.<br />
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OK…<br />
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Il est 13h30 environ, et nous sommes mardi. C’est la veille du jour où nous faisons la revue des scénarios et que l’on définit la feuille de route de la programmation. Et plus spécifiquement aujourd’hui, on parle de la future saison.<br />
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Je vous arrête de suite : au pluriel on écrit scénarios, pas scenarii.<br />
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Je fixe mon écran LCD très haute résolution, et plus particulièrement le curseur clignotant sur le traitement de texte qui attend patiemment que je me décide à écrire quelques choses.<br />
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Sauf que la page reste désespérément blanche.<br />
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Quand j’ai commencé ce job, je pouvais écrire un pavé de presque 1000 mots en 3 ou 4h. J’avais comme un trop plein dans la tête qui ne demandait qu’à sortir, c’était comme si je me faisais une saignée pour me soulager de mes mauvaises humeurs.<br />
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Je vous arrête de suite : je sais très bien qu’en réalité ce n’était pas un remède efficace. Je fais juste une comparaison un peu métaphorique.<br />
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Maintenant, c’est à chaque fois un combat contre la montre pour arriver à rendre ma copie à temps. Ma plus grande crainte, le plus effrayant de tous les cauchemars, c’est cette putain de page blanche. Parce que voyez-vous, là où je bosse, si vous ne faites pas votre quota, on vous remplace par l’un des 600 créatifs qui supplient devant la porte du studio qu’on leur donne une chance.<br />
<br />
Eux ne sont pas encore pressurés comme des citrons, et ils ont encore assez d’endurance pour faire des journées de 16h lorsqu’arrivera le rush des season final ou bien le launch d’un projet.<br />
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Je vous arrête tout de suite : ici à Hollywood, ce n’est pas du jargon, c’est du langage soutenu.<br />
<br />
Le boss passe la tête par l’encadrement de la porte de mon bureau. Je sursaute le temps d’un instant : je suis sûre que ce con l’a fait exprès.<br />
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« Dis-moi Jessica » me demande-t-il  « Tu as vu le rapport marketing que je t’ai envoyé ? Les teen sont chaud bouillant pour le launch de « captain stellar »<br />
– j’ai vu oui…<br />
– alors pourquoi Malcolm n’a pas eu ton premier jet ?<br />
– parce que j’ai encore un jour pour le finaliser<br />
– Jess, Jess… » soupire t’il<br />
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Je vous arrête tout de suite : j’ai horreur qu’on m’appelle Jess.<br />
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« Le studio mise gros sur le projet stellar, tu devrais être fière de la chance qu’on te donne…  »<br />
<br />
Ce que Phil Gunderson essaye de me faire avaler, c’est le truc classique du patron qui veut que tu aies le syndrome de Stockholm envers ta boîte pour que tu te crève à la tâche en étant content. Sauf que je te vois venir Phil : ce n’est pas un immense honneur que tu me fais de me laisser suer sang et eau pour écrire le scénario de la série qui va te rapporter un paquet de blé.<br />
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Dieu que je déteste ce mec…<br />
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Phil essaye d’avoir un ton paternel avec moi, sans doute parce que j’ai 15 ans de moins que lui, et aussi un peu parce qu’il considère les femmes comme des petits chatons capricieux. Enfin c’est le sentiment qu’il me donne.<br />
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Il repart de mon bureau en me faisant un signe bizarre de la main qui doit surement vouloir dire « je garde un œil sur toi ». Il doit vouloir se donner l’air encourageant, il est juste stressant au possible.<br />
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Et moi je suis encore avec mon curseur qui clignote sans savoir quoi raconter.<br />
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Le projet Stellar devait surfer sur la popularité des séries de super héros en ressuscitant un personnage qui n’avait jamais percé dans les années 80. Mais ça c’était avant : maintenant le plus obscure et le moins original des supers héros peut devenir un film à gros budget ou une série qui cartonne. On lui rajoute une couche de vintage, et d’un seul coup on peut dire qu’il était culte. Parce qu’ici culte c’est synonyme de « personne n’a mis l’étiquette du prix dessus avant nous ».<br />
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Stellar c’est le énième héros beau gosse qui sauve la jolie journaliste qui est trop conne pour réaliser qu’il est en réalité son collègue de boulot depuis 6 ans.<br />
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Recette de Jessica Fletcher pour une série de super héros qui cartonne : Votre héros est un homme blanc hétéro de 30 ans maximum.<br />
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Voilà à quoi ce résume mon job : produire de la bouilli pour bourrer la tronche d’ado qui se tapent des marathon de 12h de télé le weekend pour ensuite passer le reste de la semaine à se prendre la tête sur des forums spécialisés pour déterminer si oui ou non il fallait faire mourir le chien dans l’épisode 5.<br />
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Au début je voulais écrire des histoires poignantes, avec des dialogues incisifs. Je voulais faire des séries qui seraient le reflet de ce en quoi je crois, de mes valeurs. J’aurai donné sa place à une héroïne géniale qui aurait bouleversé les standards. Elle aurait été afro caribéenne, cultivée, et aurait vécu des aventures du quotidien. On l’aurait suivie réussir sa vie malgré les obstacles, et elle serait devenue un exemple pour des milliers de jeunes filles…<br />
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Je vous arrête : je ne suis pas naïve, je sais que c’est de la connerie et que personne ne veut voir du bonheur.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour une bonne série : tout le monde est malheureux 90% du temps, surtout en fin de saison.<br />
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Faut croire que plus personne n’aime quand ça va bien. Lorsque votre héros à enfin vaincu le méchant et qu’il repart bras dessus bras dessous avec l’héroïne, c’est le bon moment pour le trahir et de faire sortir un personnage de votre sac à malice pour lui pourrir la vie. Tant qu’à faire, faites ça au Season final et passez l’été à surveiller Internet : sans vous fatiguer vous trouverez des tas d’idées et de justification de la part des fans. Vous n’avez plus qu’à suivre.<br />
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C’est drôle quand on y réfléchit : on regarde la télé pour se détendre et s’évader, mais on se base sur les idées des spectateurs pour créer les programmes. Je vais peut-être vous choquer, mais pour moi c’est l’équivalent télévisuel de manger son vomi.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour faire de l’audience : oubliez toute prétention artistique, car vous juste là pour nourrir les fauves.<br />
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C’est sans doute ce qui avec les années m’a le plus fait mal : laisser de côté l’idée que j’étais une créatrice. Parce que je ne le suis plus. C’est même à se demander si je ne l’ai jamais été. Produire une série de nos jours c’est se battre en permanence avec le marketing, les producteurs et les spectateurs. Je passe ma vie à écrire les mêmes histoires en suivant les extractions d’information du net et en rabâchant le sempiternel motif de la quête du héros.<br />
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Quoi vous ne savez pas ce que c’est ?<br />
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C’est un principe archi connu dans le milieu qui explique que chaque histoire est en fait la déclinaison d’un même modèle en 7 étapes et dont tous les composants sont récurrents. Prenez Star Wars, Harry Potter ou bien n’importe quel James Bond, et bien vous retrouverez ce schéma. Tout le monde utilise cette structure depuis que Christopher Vogler, un mec qui bossait chez Disney en tant que script doctor ne rédige un feuillet de 7 pages pour donner aux gars du studio quelques ficelles pour rédiger des scénarios qui tenaient la route.<br />
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C’était un saint graal pour les scénaristes : quelqu’un avait réussi à trouver la recette pour faire des histoires qui marchent, et en moins de 3 mois, tout le monde à Hollywood s’en était procuré un exemplaire<br />
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Je vous arrête de suite : connaître la recette ne suffit pas.<br />
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Le fascicule de Vogler a aussi été une boîte de Pandore dans le milieu, parce que n’importe qui l’ayant en main pouvait prétendre à faire une histoire cohérente. Sauf que comme je le disais il ne suffit pas d’avoir la recette, et petit à petit tout le monde s’est mis à préparer une tambouille sans âme parfaitement interchangeables avec les autres.<br />
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On s’est mis à faire des films avec des plots twist de façon tellement récurrente que plus personne n’était surpris. On ajoutait des guest stars à tout va, on plagiait le cinéma et les trucs à la mode, on utilisait de la pop dégueulasse pour les génériques, et on castait des jeunes acteurs aux yeux bovins pour en faire des supports à fantasme pour une peuplade d’ado qui avait décidé que la réalité se porterait très bien sans eux.<br />
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Nous étions devenus des apprentis sorciers prêts à tout faire sauter. A ce rythme-là la boutique toute entière allait couler.<br />
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Heureusement pour nous y’avait des petits malin. Des mecs comme Joss Whedon qui arrivent à faire des séries cultes avec des bouts de ficelles (oui je parle de toi ma petite Buffy). Si ces gars étaient aussi bon, c’est parce qu’ils n’avaient jamais oublié une des pierres angulaires d’un bon programme : avoir une identité, et surtout pas de suivre ce que veut le public.<br />
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Une bonne série c’est rien de plus que ça : une singularité à laquelle on s’attache parce qu’elle nous propose ce à quoi on ne s’attendait pas. Et peu importe le budget ou le nombre de jolies filles qu’il y a dedans. Votre série ne doit pas être ce que le public attend, elle doit être ce dont il a besoin.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour faire une bonne série : n’écoutez pas les avis de Phil ou du public.<br />
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Pour le projet Stellar je m’étais fixer cette ligne de conduite : on n’écoute surtout pas ce que disent ou pensent les fans, encore moins ce que racontera Phil, et on fait quelque chose qui change. Le résultat de tout ça ? Et bien voilà des semaines que j’en suis réduite à un titre et un curseur qui clignote dans le coin de l’écran, et l’horloge qui n’arrête pas de glisser. Il est clair que je vais passer ma soirée à écrire si je veux être crédible demain matin à la réunion avec Malcolm<br />
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Histoire de me remettre un peu dans le bain, je relis pour la vingtième fois le dossier que la production a fait écrire et qui résume les composantes du comics d’origine : l’historique du personnage, la nature de ses pouvoirs, ses ennemis, ses alliés et les principaux arcs narratifs de la storyline.<br />
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Je vous arrête tout de suite : reprendre tel que ces éléments n’est PAS la bonne façon de faire une série.<br />
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Vous voulez savoir pourquoi ? Et bien c’est simple : parce qu’au bout de 3 épisodes vous regarderez la série avec un exemplaire de l’intégrale des aventures de Stellar (que la production n’aura pas manqué de faire rééditer histoire de prendre un peu de pognon dans l’affaire) et c’est là que commencera le jeu des 7 erreurs. La série deviendra un simple décalque de ce qui existe déjà, sauf qu’une BD est régit par des codes qui différents de ceux de la télévision, c’est un outil qui ne se vit pas de la même façon, et donc la série sera forcément inférieur puisqu’on lui imposera une histoire et une manière de faire qui ne sont pas adaptées.<br />
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Non le mieux est de redéfinir la narration, de prendre les thématiques, et d’être suffisamment malin pour les réinventer.<br />
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Fastoche hein ? Bah oui quoi de plus simple dans un monde où il existe pléthore de série de super héros d’être inventif ! Et quand bien même on trouverait une idée, celle-ci doit convaincre des producteurs, c’est à dire des mecs dont les principaux soucis sont les KPI et les indicateurs d’audience.<br />
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Croyez-moi, la Joconde aurait une autre gueule si De Vinci avait dut s’inquiéter des KPI des Médicis…<br />
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Je sors du bureau pour me changer les idées, mais un sentiment de malaise me gagne malgré tout. Je commence à réaliser que je vais me planter quoi qu’il arrive, que malgré tout ce que je pourrais faire il est impossible qu’une bonne série naisse de tout ce merdier. Je suis lancé à 300km/h et je vais me prendre le mur quoi que je fasse.<br />
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En sortant du bureau, aux croisements des différents bâtiments, il y-a une sorte de café que la production à faite construire pour que les équipes aient un endroit où se retrouver et se faire de réunions improvisées. C’est plutôt une bonne idée : on ne bosse jamais aussi bien que dans une ambiance sympa, un café à la main et un scone myrtille dans l’autre. Ça s’appelle le « Pavillon ». La salle doit bien faire ses 350 m², avec comptoirs style diner’s d’un côté et banquette de 4 places en vinyle blanc de l’autre. Il y-a aussi de grandes tables pour les groupes ou les gens qui ont la grosse tête.<br />
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Les serveuses sont mignonnes : toutes des apprenties actrices qui bossent ici dans l’espoir de se faire voir. Je ne leur reproche rien : faut bien gagner sa croûte. D’ailleurs c’est le genre de job que j’aurai fait volontiers faire à mon héroïne…<br />
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Pleins de gens me font des signes pour me dire bonjour tandis que je traverse la salle : j’en reconnais péniblement la moitié. Ici ça grouille tellement qu’on peut passer la journée à ne voir que des nouvelles têtes. Je veux juste m’installer sur une des grosses banquette en vinyle blanc, prendre mon scone avec un Mocha bien crémeux et me lamenter un peu sur mon sort.<br />
<br />
Je n’aurai pas ce plaisir de toute évidence, car à peine je me suis installé avec mon butin sucrée qu’arrive Gareth Elison. Gareth est un scénariste avec qui j’avais bossé il y a quelques années pour un autre studio. C’est le genre d’intello hipster qui croit détenir toutes les grandes vérités sur la vie l’univers et le reste mais qui est infoutu de comprendre que ses idées géniales n’intéressent que lui. Il ne bosse pas réellement ici, mais c’est un freelance, un scénariste mercenaire qui bosse en renfort pour n’importe qui ayant besoin de quelqu’un en urgence qui peut s’adapter. Et c’est bien une de ses rares qualités : Gareth est capable de rentrer dans n’importe quel style et n’importe quelle phase d’une histoire. Il n’est pas créatif pour deux sous, mais si vous lui donnez un cap et un contexte, il pourra faire illusion le temps d’un ou deux épisodes et rallonger la sauce juste ce qu’il faut le temps de trouver une nouvelle trame à l’histoire.<br />
<br />
En ce moment c’est plutôt une période de vache maigre pour lui : quand les studios bossent sur les nouveautés, ils ne font pas appels à des gars comme lui mais plutôt à des pointures ou au moins des gars avec une approche plus solide du métier. Du coup Gareth traine en permanence au Pavillon, et se colle a n’importe qui susceptible de lui filer du boulot. Comme il sait que je bosse sur le projet Stellar, il n’hésite pas une seconde…<br />
<br />
« Jess ! » hurle-t-il en s’installant à ma table comme si je l’y avait invité « ça tombe super bien que je te croise : j’ai pensé à des trucs excellentissime et je me suis dit qu’il n’y avait qu’avec toi que je pourrais faire ça ! »<br />
<br />
Si Gareth utilise autant d’approximation, c’est parce qu’en réalité il n’a rien en tête et qu’il veut seulement surfer sur ma bonne fortune en se glissant dans l’équipe pilote du projet. En effet, le plus souvent cette équipe initiale bossera avec le showrunner sur toute la durée du projet, et ça peut vouloir dire des années si on à le bon filon.<br />
<br />
J’essaye de ne pas donner l’air de m’en foutre, mais c’est si évident qu’il se vexe sans même que je dise un mot.<br />
<br />
« Ok je vois… Tu crois que t’as les épaules alors que moi je suis un ringard c’est ça ?<br />
– J’ai absolument rien dit je te signal…<br />
– Oh t’as pas besoin de parler tu sais : c’est tellement clair… je suis qu’un mercenaire hein ? Un type qui est pas foutu de rester dans une équipe et qui ne sait rien produire de zéro ? »<br />
<br />
J’ai pas envie de supporter sa frustration. Je m’en fou qu’il se sente au 36eme dessous, et à la limite je me dis qu’il le mérite un peu parce que c’est vraiment un branleur prétentieux. Je suis devant ma page blanche, à procrastiner comme une malade et lui me réclame de l’attention ? Qu’il aille se faire voir !<br />
<br />
Je prends mon air méchant pour lui répondre, car j’ai envie que ça soit parfaitement clair :<br />
<br />
« Gareth : à une époque je t’avais donné une chance et tu m’as invité à me la mettre où je pense parce que t’avais soit disant de meilleurs plans. Résultat au final, moi je bosse et toi tu cachetonnes. J’en veux pas de tes idées, je veux juste qu’on me foute la paix et pouvoir finir mon café en paix ! »<br />
<br />
Il s’en va sans un mot, et moi je sens un poids sur ma poitrine. Ce n’est pas de la culpabilité, c’est du stress. Même si je sais que j’ai raison, mon corps ne supporte pas toute cette agressivité. Les conflits m’insupportent et je deviens fébrile rien qu’à penser qu’ils pourraient survenir.<br />
<br />
Bordel… je n’arrive même plus à apprécier mon Mocha. Je l’avale en vitesse, enroule ce qui reste de mon scone dans une serviette en papier et repart vers le bureau.<br />
<br />
La pause est finie.<br />
<br />
Il est bientôt 16h et je suis toujours dans le bureau à attendre que ça vienne. Je relis encore le dossier, je reprends mon fascicule de Vogler mais ça ne vient pas. J’ai pas le déclic, pas le moindre début de trame qui en vaille la peine.<br />
<br />
Peut-être que je pourrais réclamer plus de temps ? Comme ça je me sentirai plus à l’aise pour attaquer mon sujet et rendre ma copie ?<br />
<br />
Pfff… De qui je me moque : ce n’est pas une histoire de temps, c’est une histoire d’envie.<br />
<br />
Quand on a fait le tour de ce qu’on avait à dire, qu’est-ce qu’on peut raconter ? Est ce qu’on peut encore être motivé à écrire un scénario pour qui on a plus la flamme ?<br />
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Il raconte quoi finalement ce Captain Stellar ? C’est un héros pour quelle raison ?<br />
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Hum… un début de piste ?<br />
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Stellar a pour Némésis son propre frère. Tous deux sont nées avec des pouvoirs, mais l’un a choisi le mal, et l’autre la justice.<br />
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Une histoire d’ambivalence ? On pourrait partir sur la découverte des deux ennemis, et faire un plot twist autour de la découverte de leur fraternité ? Et si à la place je changeai ce point de l’histoire pour tromper les fans ? Ok… mais je mets quoi à la place ? Pas de parenté ? Ancien ami ? Quelle différence du coup ?<br />
<br />
Le dossier ne m’apporte rien car Stellar et son univers sont un bac à sable, mais il n’y a pas réellement d’histoire. Où sont les enjeux bordel ? Qu’est ce qui fait vibrer cet univers ?<br />
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Quand je constate cela, je me sens épuisée. Je lutte contre un moulin à vent dont je ne pourrais rien tirer. Est-ce que je devrais céder à la facilité ?<br />
<br />
Bordel….<br />
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J’essaye de taper au hasard des mots, comme ça sans réfléchir plus, histoire de voir si un peu d’aléatoire pourrait m’aider. Je tape donc « Fibrome » « Mégalithe » « Occiput » « Seychelles » et « Carnage »<br />
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Un lieu, une maladie, un édifice, une partie du corps et un adjectif… Bon bah au moins c’est un début !<br />
<br />
Essayons un pitch.<br />
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Pitch Stellar numéro 1 : Traité pour un fibrome au Seychelles, le professeur Mathews Corwell découvre un étrange mégalithe dont le rayonnement combiné à sa maladie va agir sur son occiput et faire apparaitre des pouvoirs etra…<br />
<br />
Oh non de dieu que c’est mauvais ! il me faut d’autre mot :<br />
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« Adrénaline » « Salutaire » « édition » « Médicale » et « parfum »<br />
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Pitch stellar numéro 2 : après une salutaire retraite en inde suite à un drame personnel, Mathews Corwell découvre que lorsque son adrénaline est poussée au maximum, il développe des supers pouvoirs. Encadré par une unité médicale d’élite du gouvernement il traque son ennemi juré dont il ne connait qu’une chose : l’étrange parfum qu’il laisse sur ces victimes…<br />
<br />
Pas concluant mais c’est déjà mieux. Je devrais garder certaines choses. Le coup du parfum ça peut être sympa, mais sur un support télé c’est un peu casse gueule. Comment représenter ça ? Un effet visuel de brume coloré ? Ça peut être très vilain… bon allé, je garde ça comme « idée possible ».<br />
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Il s’écoule 3 bonnes heures, et après 12 tirages de mots aléatoires et autant de pitch, je parviens à trouver quelque chose qui me convient.<br />
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Histoire de me débarrasser des fans et de leur sens du pinaillage, je joue la carte de l’univers alternatif. Je pars de la fin du personnage dans son monde, et j’introduis une histoire de prophétie qui dit qu’à la fin de sa quête, le captain Stellar doit transmettre son pouvoir à un autre monde qui est en décalage du siens. C’est donc une version plus jeune du héros qui recevra ses dons et devra mener son parcours initiatique.<br />
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Cette approche-là me semble la bonne : un public jeune aime voir un héros qui comme eux grandit et est en proie au doute et aux questionnements sur comment mener sa vie. Je décide de m’offrir une option pour faire en sorte qu’Old Stellar puisse de temps en temps servir de mentor à young Stellar.<br />
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Hey ! Mais c’est que ça se débloque on dirait !<br />
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La mauvaise nouvelle c’est qu’il va bientôt être 20h, et que j’ai encore beaucoup de chose à faire. Je me fais alors violence et je préviens à la maison que je resterai au bureau toute la nuit. Il y a une salle de pause avec de grand sofa, ça me fera un lit de fortune acceptable.<br />
<br />
La base est faite, mais je dois donner les grands arcs de cette saison. En premier lieu, sur environ 4 à 6 épisodes, ça sera l’exposition. Pas dur : je vais simplement mettre les éléments en place.<br />
<br />
Je vous arrête de suite : pas dur ne veux pas dire pas intéressant ou facile à faire.<br />
<br />
Je place donc un héros ado (16 ans sera une bonne base, et ça permettra qu’il ait une voiture) un flirt potentiel et une meilleure amie qui en fait à secrètement le Bégin pour lui. Histoire de varier un peu les plaisirs, les deux filles seront plutôt semblable, ce qui va coller des mal de crane au héros pour se décider.<br />
<br />
Conseil de Jessica Fletcher pour un bon triangle amoureux : 3 personnages et aucune raison valable d’en détester un plus qu’un autre.<br />
<br />
L’indécision est un bon outil pour faire durer une série. Il ne faut pas commettre l’erreur de faire d’une des filles une connasse et l’autre un adorable petit ange. Non, il faut que le public ait le Bégin pour les deux en même temps, et limite pour le héros aussi. 3 choix possibles, une seule solution à la fin… faite chauffer les comptes twitter !<br />
<br />
A ce moment-là, j’arrête de taper et je recule un peu de mon bureau. Sans que je sache pourquoi je plaque mes mains contre ma bouche. En fait si je sais très bien pourquoi je fais ça, c’est parce que je me fais horreur.<br />
<br />
Ce que je viens de mettre en place n’a aucun intérêt vis à vis du thème super héroïques. Ça ne questionne rien, ça met juste des personnages en compétition pour le simple plaisir de voir les gens prendre parti pour un couple plutôt qu’un autre. J’ai sciemment mis en place un sujet qui va faire se déchirer les fans.<br />
<br />
En cet instant j’ai comme l’impression de faire partie du projet Manhattan…<br />
<br />
Je vous arrête tout de suite : je…<br />
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Je ne sais pas.<br />
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Je ne sais absolument pas quoi raconter. Ce personnage, cette trame, ce que j’ai essayé de mettre pour plaire, rien ne fonctionne, rien ne marche. Peut-être qu’il n’y a rien à raconter ? peut-être que je n’ai pas ce qu’il faut pour ça ?<br />
<br />
Même si à une époque j’avais un petit don, maintenant c’est clairement fini. Je suis usée, ce monde va trop vite, les spectateurs veulent seulement se gaver d’heure de programmes tous identiques. Ils veulent se sentir supérieur aux auteurs dont ils décortiquent le travail comme un médecin légiste découpe un cadavre pour en découvrir les secrets.<br />
<br />
En fait c’est ce regard que je sens sur moi : celui de tous les fans qui m’observent par magazine interposé et qui se demande pourquoi je fais encore ce job.<br />
<br />
J’ai le souffle court, je sens mon cœur qui bat fort. Pas forcément vite, mais intensément fort. Le flot de sang pulse le long de ma carotide, comme une boule qui essayerait de sortir. Dans un effort surhumain je me lève de ma chaise et ouvre la fenêtre. A cette heure-ci il y’a encore un peu de bruit et d’animation, mais c’est assez calme pour m’apaiser un instant. L’air frais du soir me revigore et je parviens à reprendre mon souffle.<br />
<br />
Oui c’était une crise de panique.<br />
<br />
Je sors de mon tiroir le tensiomètre électronique que mon médecin m’avait conseillé d’acheter et le fixe sur mon bras. Le résultat est sans appel : 17/10, autant dire beaucoup trop. J’attrape mon sac et en sort un comprimé que j’avale illico. Je réalise alors que je n’ai pas d’eau sous la main. Je garde ma salive dans ma bouche le temps d’avoir de quoi faire une gorgé pour avaler mon cachet et me remet un instant à la fenêtre.<br />
<br />
De là où je suis, je peux voir Los Angeles et je devine l’océan tout proche.<br />
<br />
Après un moment, je retombe sur mon siège et fixe ce que j’ai écrit. Est-ce que tout est si mauvais ? Non, il y a pas mal d’idée que j’aime bien, et de la matière qui n’attend qu’un peu de retouche pour être vraiment sympa. Je me relie en essayant de souligner ce qui me fait plaisir. A ma grande surprise, beaucoup des éléments que je trouvais mercantiles et poussifs font partie de ce que j’aime.<br />
<br />
Plus je me relis, plus j’ai l’impression de voir une autre personne. Plus je me découvre moi-même, et plus j’arrive enfin à comprendre. L’histoire du captain Stellar DOIT être une histoire comme cela là, simple et remplie de clichés.<br />
<br />
Il est 6h du matin lorsque je fini d’écrire mon projet d’épisode. Sans m’en rendre compte, j’ai rempli en annexe des pages et des pages d’idée pour la saison. Des arcs narratifs, des personnages secondaires, et même des répliques drôle et charismatique.<br />
<br />
Après cette rude bataille, j’ai l’impression que j’ai enfin retrouvé ce qui me manquait.<br />
<br />
Je m’accorde un petit somme dans le confortable canapé de la salle de pause. Je peux espérer dormir 4 ou 5h avant d’être dérangée, mais ça sera bien suffisant pour tenir le temps du briefing. Après je prends mon après-midi et je reste à la maison pour travailler toute la semaine.<br />
<br />
Mon sommeil est paisible, comme si toutes les angoisses et le stress accumulé m’avaient enfin fichu la paix. Entre deux pensées brumeuses, j’essaye de comprendre pourquoi je suis restée bloquée si longtemps. Pourquoi c’était finalement si simple de juste suivre mon intuition et d’arrêter de calculer ? Aucun livre technique sur l’écriture ne vous le dit ça, pourtant la façon la plus radicale d’avancer… et bien c’est d’avancer quoi qu’il arrive.<br />
<br />
A vouloir trop bien faire, à vouloir tout cadré, j’avais fini par ne plus avancer. Mais écrire ce n’est pas ça : il faut se jeter à l’eau, et si les spectateurs ont du mal, et bien on peut modifier des choses. Un texte comme une série sont des choses vivantes, mais pour qu’ils puissent prendre vie, il faut au moins se donner la peine de les faire naître.<br />
<br />
Je dors à demi rêve, bercé par les ronrons des voitures qui défilent. J’ai laissé la fenêtre ouverte comme pour laisser s’envoler mon trop plein. Un parfum iodée me titille les narines et m’envoie l’image de l’océan qui déferle en vague chantante.<br />
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Conseil de Jessica Fletcher pour écrire une histoire : écrivez là quoi qu’il arrive, et aimez là quoi qu’on en dise.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Hollywood Story**

Rappelle-toi, qu’est-ce qu’il y a d’écrit en grosses lettres amicales sur la couverture du guide galactique ?

Pas de panique.

Aller répète le.

Pas de panique.

OK…

Il est 13h30 environ, et nous sommes mardi. C’est la veille du jour où nous faisons la revue des scénarios et que l’on définit la feuille de route de la programmation. Et plus spécifiquement aujourd’hui, on parle de la future saison.

Je vous arrête de suite : au pluriel on écrit scénarios, pas scenarii.

Je fixe mon écran LCD très haute résolution, et plus particulièrement le curseur clignotant sur le traitement de texte qui attend patiemment que je me décide à écrire quelques choses.

Sauf que la page reste désespérément blanche.

Quand j’ai commencé ce job, je pouvais écrire un pavé de presque 1000 mots en 3 ou 4h. J’avais comme un trop plein dans la tête qui ne demandait qu’à sortir, c’était comme si je me faisais une saignée pour me soulager de mes mauvaises humeurs.

Je vous arrête de suite : je sais très bien qu’en réalité ce n’était pas un remède efficace. Je fais juste une comparaison un peu métaphorique.

Maintenant, c’est à chaque fois un combat contre la montre pour arriver à rendre ma copie à temps. Ma plus grande crainte, le plus effrayant de tous les cauchemars, c’est cette putain de page blanche. Parce que voyez-vous, là où je bosse, si vous ne faites pas votre quota, on vous remplace par l’un des 600 créatifs qui supplient devant la porte du studio qu’on leur donne une chance.

Eux ne sont pas encore pressurés comme des citrons, et ils ont encore assez d’endurance pour faire des journées de 16h lorsqu’arrivera le rush des season final ou bien le launch d’un projet.

Je vous arrête tout de suite : ici à Hollywood, ce n’est pas du jargon, c’est du langage soutenu.

Le boss passe la tête par l’encadrement de la porte de mon bureau. Je sursaute le temps d’un instant : je suis sûre que ce con l’a fait exprès.

« Dis-moi Jessica » me demande-t-il  « Tu as vu le rapport marketing que je t’ai envoyé ? Les teen sont chaud bouillant pour le launch de « captain stellar »
– j’ai vu oui…
– alors pourquoi Malcolm n’a pas eu ton premier jet ?
– parce que j’ai encore un jour pour le finaliser
– Jess, Jess… » soupire t’il

Je vous arrête tout de suite : j’ai horreur qu’on m’appelle Jess.

« Le studio mise gros sur le projet stellar, tu devrais être fière de la chance qu’on te donne…  »

Ce que Phil Gunderson essaye de me faire avaler, c’est le truc classique du patron qui veut que tu aies le syndrome de Stockholm envers ta boîte pour que tu te crève à la tâche en étant content. Sauf que je te vois venir Phil : ce n’est pas un immense honneur que tu me fais de me laisser suer sang et eau pour écrire le scénario de la série qui va te rapporter un paquet de blé.

Dieu que je déteste ce mec…

Phil essaye d’avoir un ton paternel avec moi, sans doute parce que j’ai 15 ans de moins que lui, et aussi un peu parce qu’il considère les femmes comme des petits chatons capricieux. Enfin c’est le sentiment qu’il me donne.

Il repart de mon bureau en me faisant un signe bizarre de la main qui doit surement vouloir dire « je garde un œil sur toi ». Il doit vouloir se donner l’air encourageant, il est juste stressant au possible.

Et moi je suis encore avec mon curseur qui clignote sans savoir quoi raconter.

Le projet Stellar devait surfer sur la popularité des séries de super héros en ressuscitant un personnage qui n’avait jamais percé dans les années 80. Mais ça c’était avant : maintenant le plus obscure et le moins original des supers héros peut devenir un film à gros budget ou une série qui cartonne. On lui rajoute une couche de vintage, et d’un seul coup on peut dire qu’il était culte. Parce qu’ici culte c’es]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 02 Feb 2016 09:00:00 +0100</pubDate>
                
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 27 : Satan levez-vous ! #defibradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep27/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Satan levez-vous !**<br />
<br />
Satan regardait avec émerveillement le grand lustre brillant et clair qui scintillait à mi chemin du plafond style 19eme de la cour.<br />
<br />
Pardon : de la cour suprême.<br />
<br />
Appelé aussi « Temple of Justice », ce bâtiment et plus précisément cette salle était le pinacle de la loi et de l’ordre aux états unis depuis sa création en 1789. Anciennement logée au Capitol voisin, la cour suprême eu droit à son propre édifice en 1935. Son allure de temple grec devait inspirer la grandeur et les idéaux de la justice.<br />
<br />
Enfin ça c’était pour le principe.<br />
<br />
Le rôle de la cour suprême était de rendre des jugements sur ce qui ne pouvait se décider ailleurs. C’était une cour sans appel possible et dont le jugement faisait autorité, même à la souveraineté des états, ce qui lui donnait une puissance considérable. Il n’en fallait pas moins pour l’affaire qui nous concernait en ce pluvieux jour d’Avril…<br />
<br />
« La cour suprême va s’ouvrir sous la présidence de l’honorable juge Marshall. Levez vous ! »<br />
<br />
Sitôt que le greffier eut donné cet ordre, toute l’assistance respecta la consigne et se leva. Perdu dans ses rêveries à force contempler le lustre, Satan eu un petit instant de décalage avec les autres dont il s’excusa d’un geste de la main et d’un « désolé » du bout des lèvres tandis qu’il s’excutait.<br />
<br />
Le juge Marshall entra alors, vêtu de la traditionnelle robe noire qui accompagnait sa fonction, et prit place sans cérémonie tandis que les autres juges firent de même autour de lui.<br />
<br />
Et oui, en l’occurrence ce n’est pas un seul juge qui officiait, mais un collège de 8 Associate Justice présidé par le Chief Justice. A 9 contre un, la côte n’était clairement pas en faveur de Satan.<br />
<br />
Marshall tira sur ses lunettes à verre progressif pour lire ses notes et entamer les débats. Il se pinça les lèvres pour les humidifier et frappa 3 fois de son marteau pour ouvrir la séance.<br />
<br />
« La cour suprême agira aujourd’hui exceptionnellement en tant que tribunal étant donnée le caractère extrêmement particulier de l’affaire qui oppose les états unis d’Amérique au dénommé Satan. Ce dernier est accusé des crimes suivant : perversion de la jeunesse, incitation à la violence, au suicide, à la masturbation, au blasphème, ainsi que de 3 899 autres chefs d’inculpations regroupés sous l’appellation « Maux de l’humanité ». A ce titre, les états unis d’Amérique réclament la réclusion à perpétuité dans une prison de sécurité maximale sans possibilité de libération. Cette mesure sera appliqué en lieu et place de la classique peine de mort étant donnée les antécédent médicaux de l’accusé qui pourrait profiter de sa mise à mort pour quitter le sol américain et se réfugier en Enfer d’où il serait légalement impossible de l’extrader. Greffier ? »<br />
<br />
Ce dernier se leva de sa chaise et annonça les parties en présence.<br />
<br />
« Les états unis d’Amérique seront représenté par le procureur Harvey O’Neil et son équipe. L’accusé sera représenté par… euh… »<br />
<br />
Le greffier chercha dans ses feuilles mais ne trouva pas la réponse. Il jeta alors un œil vers le bureau ou était installé Satan, seul.<br />
<br />
« Monsieur Satan vous n’avez pas de représentant légal ? » demanda le greffier surpris<br />
– Euh… bah en fait j’avais un avocat commis d’office, mais il semble qu’il ait refusé de compromettre sa foi en prenant ma défense.<br />
– Hum… c’est ennuyeux ça ! La cour suprême ne peut pas repousser une échéance, vous devez comparaître !<br />
– Ah non mais vous inquiétez pas j’ai appelé quelqu’un, il va arriver d’ici… pfff même pas 5min ?<br />
– Monsieur Satan n’essayez pas de gagner du temps : si votre représentant n’est pas là vous serez tenu d’assurer votre propre défense : suis je clair ?<br />
– Oui oui tout à fait ! tout à fait ! » dit Satan en réajustant son élégante cravate rouge vif « Mais à la limite on peut surement démarrer histoire de ne pas perdre de temps ? je suis sûr que ça le fera venir ! »<br />
<br />
Le greffier regarda le juge Marshall qui hocha la tête en signe d’approbation.<br />
<br />
« Très bien… La parole est à l’accusation. Procureur O’Neil ? »<br />
<br />
Le procureur se leva et s’avança à la barre, prêt à mener le combat le plus intense de sa carrière. Des centaines d’autres procureurs s’étaient battu pour avoir cette affaire : qui n’aurait pas voulu être celui qui aura fait condamner Satan pour ses crimes ? Mais voila, au final cet honneur était pour lui, et il comptait bien se donner à 100%.<br />
<br />
Pratiquement née dans un tribunal, O’Neil avait fait ses études à Harvard où il n’avait jamais cesser de viser l’excellence. Premier de sa promotion, il avait rapidement intégré le cabinet de son père qu’il quitta au bout de 6 ans, lassé des procès administratifs sans envergure qui n’étaient que des arrangements entre grandes entreprises.<br />
<br />
Il s’était investi corps et âme pour devenir procureur, ce qui lui avait valut pendant presque 10 ans de devoir travailler au tribunal de Washington à des taches rébarbatives. Mais sa patience et son acharnement avaient payés. Il allait pouvoir juger le pire criminel qui soit, l’incarnation même du Mal… Satan !<br />
<br />
Dans un premier temps, il avait été étonné quand l’affaire s’était présentée : pensez vous ! lorsque des agents de la DEA avaient racontés avoir capturé Satan lors d’une descente dans un deal de cocaïne, tout le monde avait cru à une mauvaise blague. Et pourtant…<br />
<br />
Satan se trouvait bien là, mais ce n’était qu’une malencontreuse coïncidence : les trafiquants avaient élu domicile dans un petit hôtel situé le long de l’Interstate 15 qui reliait Los Angeles à Las Vegas et où Satan s’était installé après avoir fait la bringue 6 jours d’affilées à « Sin City ». Tandis que les membres de la DEA prenait position autour du bâtiment, le seigneur des Enfers était sorti s’acheter un frappucino et de quoi grignoter devant la télé. Il n’eut pas l’occasion d’aller plus loin que le hall que déjà des dizaines d’hommes en armes le ceinturèrent pensant que c’était un des indic du gang.<br />
<br />
Ce n’est qu’après l’assaut et le massacre sanglant des narcotrafiquants que les hommes de la DEA comprirent que cet élégant dandy à la peau rougeâtre et aux petites cornes sur le front était en réalité le souverain du monde infernal.<br />
<br />
Immédiatement incarcéré, Satan avait d’abord été la cible de l’église qui voulait appliquer la justice divine. Sauf que voilà, entre les différentes religions, pas moyen de s’accorder sur qui présiderait un tel tribunal. Entre ceux qui voulaient le Sheitan, ceux qui réclamaient la tête du Serpent, et quelques illuminés qui insistaient pour régler le cas de « Raptor Jésus » il y avait de quoi en perdre son latin. Au final, il fut décidé par commodité de confier cette lourde tâche à la cour suprême, ce qui arrangeait bien le gouvernement américain qui allait pouvoir s’offrir une image impeccable de défenseur de la volonté divine devant le monde entier.<br />
<br />
Concentré mais serein, O’Neil débuta sa plaidoirie.<br />
<br />
« Votre honneur, le cas de l’accusé Satan ici présent est limpide : toutes les cultures de l’humanité l’on identifié comme le Mal absolu, source de toutes les violences et…<br />
– Objection ! » hurla Satan en bondissant de son siège.<br />
<br />
Tous les regards se tournèrent vers lui, mais il resta silencieux et regarda les membres de la cour comme un enfant qui comprend qu’il vient de faire une bêtise. Le Juge Marshall le houspilla :<br />
<br />
« Et bien alors ? formulez là votre objection ! » ordonna t-il<br />
– Ah parce qu’il faut que je dise quelque chose de plus de « objection » ? moi je croyais que c’était ce qu’il fallait dire quand le type d’en face disait un truc pas sympa !<br />
– Quoi ? mais…  »<br />
<br />
Le juge Marshall soupira et fit signe de la main au procureur O’Neil de reprendre tout en indiquant au greffier de retirer cet interlude des minutes du procès.<br />
<br />
« … comme je le disais avant cette interruption grotesque, Satan est le Mal universel et nos textes les plus sacrées regorgent de preuves à son encontre. Je me baserai donc sur ces éléments pour démontrer au tribunal la culpabilité évidente de l’accusé. Merci votre honneur »<br />
<br />
O’Neil retourna à sa place, et resta parfaitement calme malgré la vive émotion qui le transportait en cet instant. Il se contenta d’un petit rictus retenu de contentement et se plongea dans ses notes afin de ne pas se laisser aller à trop divaguer : son adversaire était le diable en personne, et il devait rester prudent.<br />
<br />
Le juge Marshall invita alors Satan à faire sa plaidoirie afin d’étayer un peu sa défense (bien que cela fût plus à ses yeux une formalité à respecter qu’un acte réellement pertinent). Satan s’avança à la barre, prit une grande respiration, et commença à parler à l’audience comme une personne arrivant à sa première réunion des alcooliques anonymes :<br />
<br />
« Euh… bonjour… bah voila, je m’appelle Lucifer. Mes amis m’appellent Lulu, ou parfois juste Lu. Mais pour le boulot je me fais appeler Satan. Je suis le seigneur des Enfers depuis… bah grosso modo le début de la création à quelques centaines d’années près. Plus jeune je travaillais pour Dieu en tant qu’Ange, et j’étais plutôt bien noté. Sauf qu’avec le temps ça s’est détériore… »<br />
<br />
Une pointe d’émotion se fit entendre dans la voix de Satan. Il se pinça le nez, renifla et reprit :<br />
<br />
« whaou… désolé c’est pas facile pour moi, c’est la première fois que je raconte ça… enfin bref à un moment Dieu à crée l’humanité, et moi je trouvais ça génial. J’aimais vraiment beaucoup ce que vous étiez, et je me suis mis à passer du temps avec vous, à faire la fête… Sauf que le Vieux bah… il était du genre coincé. Je l’entend encore me dire « Quoi ? un ange avec des humains ! ça n’est pas dans l’ordre des choses ! je n’ai pas fait le monde ainsi… » enfin bref, vous voyez le tableau… attention, me faites pas dire ce que j’ai pas dit : je l’adore le Tout Puissant… Je pense que j’étais comme tous les gamins du monde : j’étais convaincu que mon père c’était le meilleur et qu’il était parfait. Enfin tout ça pour vous dire qu’on bout d’un moment on s’est engueulé et… bah il à fini par me foutre à la porte de la maison. J’avais plus rien…<br />
– Objection ! » dit O’Neil « l’accusé blasphème et insulte le Seigneur !<br />
– Ah c’est comme ça qu’il faut faire ! » répondit Satan « Ah bah comme ça je saurai pour la suite !<br />
– Accusé taisez vous ! » dit le juge Marshall de sa voix de dragon grognard « Objection accordé : reprenez en prenant soin de ce que vous dites à propos de Dieu. »<br />
<br />
Satan grommela et reprit :<br />
<br />
« … après cette histoire j’avais grave touché le fond. Et quand je dis le fond je parle vraiment des abysses hein ! le genre de zone où vous n’iriez jamais fiche les pieds même si le sol était fait en billet de 20 dollars. C’est là qu’avec ma bande on à fini par s’installé. On était tous des laissés pour contre, sans amour et sans espoir. Si on à fait ce qu’on fait depuis tout ce temps, c’est simplement parce que on avait pas d’autre choix… et si je… »<br />
<br />
Un claquement de porte interrompit Satan : c’était celles du tribunal qui venaient de s’ouvrir toutes grandes, laissant voir la fine et élégante silhouette d’un homme en costume gris. Ce dernier avait le look d’un quadra qui travaillait dans la pub durant les années 50, le cigare à la bouche en moins, et c’est avec un air déterminé et sûr de lui qu’il pointa du doigt la barre et qu’il s’écria « PAS UN MOT DE PLUS ! »<br />
<br />
« MILTON ! » hurla Satan en jubilant. Le prince des ténèbres se précipita vers l’homme en costume, tomba à genou devant lui et enlaça ses jambes.<br />
<br />
« Oh Milton vous êtes enfin là Dieu soit loué ! » murmura un Satan larmoyant<br />
– Satan t’es pas bien ou quoi ? qu’est ce qui te prend de dire ça !<br />
– Milton je vous en supplie il faut me sortir de là !<br />
– Oui bah si tu veux un miracle tu t’es trompé d’interlocuteur ! Donc tu va reprendre ton calme et arrêter ton cinéma : compris ? »<br />
<br />
Satan se releva tout en s’essuyant les yeux et en acquiesçant vivement de la tête.<br />
<br />
« Je ferai tout ce que vous voulez Milton…<br />
– Bien… Votre honneur ? veuillez m’excusez pour cette entrée spectaculaire, mais j’ai eu un mal de chien à me garer…<br />
– Mais qui êtes vous bon sang ! » Hurla O’Neil sur le point d’appeler la sécurité<br />
– Je suis maître Milton, avocat du Diable »<br />
<br />
O’Neil lui lança un regard ombrageux : s’il était l’avocat de la défense, il devenait de fait son pire ennemi. Le juge Marshall de son côté réajusta ses lunettes et fit signe à Milton d’approcher :<br />
<br />
« Maitre Milton… a quel barreau appartenez vous ?<br />
– A celui de Dis votre honneur<br />
– Dix ?<br />
– Non DIS, la capitale des enfers. Mais j’exerce aussi régulièrement dans le New Jersey.<br />
– Je proteste votre honneur ! » dit O’Neil « cet homme n’est pas légalement apte à représenter quelqu’un !<br />
– C’est vous qui le dites » répliqua Milton du tac au tac « sachez que selon l’ordonnance du 18 Septembre 1958, un individu non résident des états unis est en droit d’être représenté par toute personne apte selon les critères de son pays d’origine. En l’occurrence, si je suis légalement avocat en enfer et que vous jugez Satan, et bien ça fait de moi un avocat parfaitement en règle ! »<br />
<br />
Époustouflé par la verve de Milton, Satan se mit à l’applaudir, ce qui fût d’autant plus gênant qu’il régnait un silence glacial dans le tribunal. Satan s’arrêta lorsque le juge Marshall le fusilla du regard. Ce dernier, une fois le silence revenu, se tourna vers Milton et admit que sa démonstration était valable :<br />
<br />
« Et bien maître Milton, votre présence n’est finalement pas si incongrue que ça… au moins l’accusé aura droit à un avocat comme cela se doit dans tout procès mené dans les règles. Bien : j’interromps la séance pour 15min afin que maître Milton puisse s’entretenir avec son client : la séance est levé ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
installé à l’improviste dans un des bureaux annexe du tribunal, Milton portait un lourd regard à Satan qui de son côté évitait tout contact visuel avec l’avocat.<br />
<br />
« Satan : je peux savoir c’est quoi ce bordel ? comment tu t’es fait chopper ?<br />
– Je vous assure Milton j’y suis pour rien !<br />
– Alors pourquoi on parle de narcotrafiquant et d’un massacre ?<br />
– C’est un complot Milton ! je pense que le Pape est dans le coup et…<br />
– Non Satan, le Pape n’a rien à voir dans tout ça !<br />
– Je… je vous promet que j’étais juste au mauvais endroit au mauvais moment ! Je voulais acheter un petit frappucino et des scones aux chocolats pour regarder « Le diable s’habille en Prada »<br />
– Pffff… admettons. Et je peux savoir pourquoi t’étais dans la banlieue de Vegas ?<br />
– Et ben euh… y’a de superbe site géologique quand on longe l’interstate, les calico mountains notamment avec des strilles…<br />
– Te fous pas de ma gueule : t’es encore aller jouer c’est ça ?<br />
– Je… j’ai un problème avec le jeu. Mais j’ai presque rien perdu hein !<br />
– Oh bordel Satan on s’en fou : le souci c’est que là tu es à deux doigts de passer le reste de l’éternité dans une prison de haute sécurité !<br />
– Peut être que ça se passera bien ? hein ? après tout les criminels c’est des mecs dans mon genre ?<br />
– Satan, tu te rappelle ton premier surnom ?<br />
– L’étoile du matin ?<br />
– Et pourquoi on t’appelle comme ça ?<br />
– Parce que je suis plutôt beau gosse ?<br />
– Et qu’est ce qui arrive aux beaux gosses en prison ? »<br />
<br />
Satan écarquilla soudainement les yeux<br />
<br />
« Noooon ???<br />
– Crois moi tu n’as pas envie de tenter ta chance. En plus y’a plein de groupes extrémistes: les ultra chrétiens, les musulmans, les irlandais…<br />
– Qu’est ce que j’ai à voir avec les irlandais ?<br />
– Y’en à bien un qui va te reprocher d’avoir bousiller la culture celtique avec le heavy Metal<br />
– Rien à foutre : j’assume totalement ! Alestorm est le meilleur groupe du monde ! »<br />
<br />
Milton se passa la main sur le front en soupirant<br />
<br />
« Satan, Satan… tu vas pas tenir deux secondes à la barre si tu poursuis sur cette voie. Alors qu’on soit bien d’accord : je vais te sortir de là, mais pour ça tu dois suivre mon plan. C’est clair ?<br />
– Oui Milton.<br />
– Tu feras comme je te dis ?<br />
– Bien sûr Milton, je vous fait totalement confiance !<br />
– Et qu’est ce que tu ne feras pas ?<br />
– Ouvrir ma grande gueule pour dire des conneries !<br />
– Et qu’est ce qu’on évitera ainsi ?<br />
– Que je devienne la pute de luxe d’une bande de taulard sans foi ni loi !<br />
– Bien ! c’est parfait mon grand. T’en fais pas : Tonton Milton à plus d’un tour dans son attaché case pour te sortir de ce guêpier… »<br />
<br />
***<br />
<br />
L’audience reprit à l’heure prévu. Dans un premier temps, Satan allait devoir subir un interrogatoire de la part de O’Neil, puis ça serait Milton qui procéderait à l’étape suivante, a savoir le contre-interrogatoire.<br />
<br />
Tandis que Satan gigotait nerveusement sur la chaise du témoin, O’Neil arriva lentement pour laisser la pression augmenter sur son adversaire. Le greffier était sur le point d’amener la bible qui allait servir à faire jurer l’accusé, mais Milton demanda l’annulation de cette procédure qui risquait d’une part de créer un vice de forme, mais surtout de faire s’enflammer le saint opus au moindre contact avec la main de Satan.<br />
<br />
Sans un regard pour l’accusé, O’Neil entra dans le vif du sujet :<br />
<br />
« Satan : vous portez le titre de « prince des ténèbres » n’est ce pas ?<br />
– Ouais… plutôt classe hein ?<br />
– Répondez simplement par oui ou par non…<br />
– Euh… oui monsieur.<br />
– Bien… et avez vous aussi le titre de « seigneurs des enfers » ?<br />
– Oui<br />
– Et votre pseudonyme « Satan » signifie bien « adversaire » ?<br />
– Euh oui, en principe.<br />
– Pourquoi tout ces noms ? pourquoi chacun d’eux évoque t’il le Mal ? pourquoi dans chaque cultures on trouve votre nom associé à la souffrance des hommes ?<br />
– Euh… j’en sais rien moi…<br />
– Peut être est ce parce que de toute évidence vous aimez nous voir souffrir ?<br />
– Objection ! » hurla Milton « spéculation : le procureur prête à mon client des intentions sans fondement !<br />
– Accordé » dit le juge Marshall « monsieur le procureur, tenez vous en aux faits<br />
– Bien votre honneur… »<br />
<br />
O’Neil n’était pas mécontent : l’objection de Milton signifiait qu’il allait dans la bonne direction.<br />
<br />
« Satan, depuis l’aube de l’humanité vous avez créer des choses nocives pour les hommes : l’alcool, le fast food, le nazisme, la pollution, les films de Nicholas Cage…<br />
– Mon client à un alibi pour ce dernier point votre honneur : les films Ghost Rider »<br />
<br />
Les juges se regardèrent et acquièrent unanimement<br />
<br />
« … toujours est il que les preuves ne manquent pas : qu’avez vous à dire à ce propos ?<br />
– Euh bah… je… »<br />
<br />
Du regard, Satan adressa un appel au secours à Milton. Ce dernier lui un signe d’apaisement de la main et l’invita a répondre comme ils l’avaient convenu.<br />
<br />
« Euh… c’est pas ma faute, c’est l’humanité qui se sert mal de mon oeuvre »<br />
<br />
Des « oh ! » et des « ah ! » se firent entendre dans la salle, obligeant le juge Marshall à taper de son marteau pour obtenir le silence.<br />
<br />
« Comment pouvez vous osez dire cela ! » s’empourpra O’Neil en pointa Satan du doigt « Le tabac tue des millions de gens, et c’est pas de votre fait ça aussi ?<br />
– C’est parce que vous fumez trop » répondit Satan « moi j’ai jamais dit à personne d’en avaler 2 paquets par jours. Idem pour le fast food.<br />
– Et la nazisme alors ?<br />
– Bah là ça me parait clair : ces mecs vénéraient Hitler, pas moi »<br />
<br />
Milton esquissa un petit sourire : son protégé avait bien apprit sa leçon.<br />
<br />
« Et qu’avez vous à dire à propos de la maladie ? » annonça O’Neil sûr de son coup « le cancer c’est de la faute des hommes peut être ? »<br />
<br />
Satan était perdu, et Milton savait qu’il n’aurait pas d’argument. Il allait falloir essuyer la tempête…<br />
<br />
« Des milliers de familles plongé dans le malheur, des enfants qui grandissent sans père ou sans mère, des parents qui perdent leurs enfants… vous appelez ça comment ? »<br />
<br />
Satan resta silencieux, la tête baissé.<br />
<br />
« Et les tsunami ? les tremblements de terre ? rien que ces 10 dernières années combien de mort cela à causé ?<br />
– Je… je sais pas…<br />
– Oh ? vous ne savez pas ? mais alors si vous ne savez pas tout va bien ? » ironisa O’Neil « il suffit de fermer les yeux et il n’y a plus de problème ? c’est ça que vous faites Satan ? vous prétendez que tout va bien et que vous n’etes pas responsable ?<br />
– Mais non je…<br />
<br />
– Vous quoi ? vous vous voilez la face et prétendez que c’est de la faute des humains ? hein ? alors ? REPONDEZ !<br />
– Objection ! » dit Milton « Monsieur le juge : le procureur harcèle mon client !<br />
– Accordé : O’Neil je vous ai déjà demandé d’en rester aux faits<br />
– Pardonnez moi votre honneur, mais nul ne saurait rester de marbre devant tant de méfaits… à part peut être un être sans cœur ! »<br />
<br />
Milton n’objecta pas cette ultime pique, car il sentait que O’Neil allait finir sur cette touche. Effectivement le procureur termina ainsi son interrogatoire et laissa la parole à la défense.<br />
<br />
Milton reboutonna les deux premiers bouton de sa veste et commença le contre-interrogatoire :<br />
<br />
« Satan, pourquoi ne vous faites vous plus appelé Lucifer ?<br />
– Bah… c’était le nom que m’avait donné mon père et… vu comment ça c’est fini entre nous je voulais oublier tout ça.<br />
– Votre père vous à donc rejeté au point que vous n’avez même plus voulu porter le nom qu’il vous avait donné ?<br />
– Ouais… je vivais ça assez mal. Déjà que j’avais pas mère… perdre la confiance de mon père ça m’a vraiment foutu au 36 eme dessous…<br />
– Objection ! » dit O’Neil « l’accusé à déjà évoqué tout ça dans sa plaidoirie : nous perdons du temps !<br />
– Rassurez vous monsieur le procureur » coupa Milton « j’en viens aux faits. Satan, on peut donc dire que ce que vous êtes devenu est le résultat de ce rejet ?<br />
– Oui assurément. Difficile de dire comment les choses auraient tourné, mais avec un peu plus d’écoute de la part du Vieux… j’aurais certainement pas fini dans les Abysses…<br />
– Vous entendez ça messieurs les juges ? » demanda Milton « cet individu que vous voyez là est le fruit d’une procréation sans mère… sans amour… et lorsqu’il n’a plus convenu à l’image que cette figure paternelle attendait de lui, elle l’a rejeté de la plus cruelle des façons…<br />
– Objection ! ceci n’est pas le procès de Dieu !<br />
– Je retire ma dernière remarque » dit Milton à l’intention du greffier « Satan : avez vous gardez contact avec le Seigneur ?<br />
– Pas tellement… en fait c’est simple on ne se parle que par miracle interposé : je créer une catastrophe, lui il sauve les gens… c’est notre façon de se faire signe.<br />
– Donc toutes ses mauvaises actions que vous reproche le procureur, c’est votre façon à vous de réclamer de l’attention à ce père absent ?<br />
– Je sais que c’est pas très malin mais… y’a que comme ça qu’il s’intéresse à moi… »<br />
<br />
Milton laissa un moment de flottement pour que cette idée marque le jury. Il s’adressa alors à lui pour enfoncer le clou :<br />
<br />
« Ainsi donc voici la vraie nature de ces crimes : les actes certes stupides, mais désespérer d’un enfant perdu dans les tréfonds qui ne demande qu’un peu d’attention de son père… A t’il commis des choses réprouvable ? certainement. Doit on lui en tenir rigueur ? étant donnée les circonstances cela serait immoral. Mon client à été rejeté par son père parce qu’il était différent, parce que ce dernier ne comprenait pas ses mœurs et qu’il ne respectait pas ses choix de vie. Un père doit il s’imposer de la sorte ? ou ne doit il pas plutôt permettre à sa progéniture d’aller selon ce que son cœur lui dicte ? Merci à vous : je n’ai plus de question. »<br />
<br />
Milton retourna à son bureau suivi de Satan que le juge Marshall invita à quitter le siège de témoin.<br />
<br />
O’Neil pestait. Il n’avait pas envisager que Milton serait suffisamment habile au point de retourner ses arguments contre lui même. Mais il restait confiant, car il avait gardé un atout dans sa manche qui ne manquerait pas de faire pencher la balance en sa faveur…<br />
<br />
Le greffier, en suivant sa liste, appela le prochain intervenant :<br />
<br />
« Le premier témoin va comparaître à la barre. A la demande du procureur O’Neil, j’appelle à la barre Jésus de Nazareth ! »<br />
<br />
Un homme se leva depuis le dernier rang de la salle. C’était ce qu’on aurait typiquement appeler un Hipster, avec une barbe bien taillé et la carrure d’un type qui mangeait sans gluten. Vêtu d’une chemise cargo, d’un pantacourt et de chaussures fines en chanvre tressé, il remonta l’allée centrale bras ouvert, tandis qu’une lumière scintillante venu d’on ne sait où l’éclairai où qu’il se trouve. Lorsqu’il prit place sur le siège du témoin 3 colombes s’envolèrent derrière lui.<br />
<br />
« ah lala ! « murmura Satan à Milton « il a toujours une sacrée classe quand même ! »<br />
<br />
O’Neil fit signe au greffier qu’il était inutile de faire jurer le témoin sur la bible étant donnée sa contribution à l’ouvrage.<br />
<br />
Le juge Marshall demanda à Jésus de décliner ses nom, age et qualité.<br />
<br />
« Bonjour mes bien chers frères et sœurs. Je suis Jésus de Nazareth, prophète de l’islam sous le nom de Aissa, Messie du Judaisme et fils de Dieu pour les chrétiens. J’ai aussi fait plusieurs apparition dans des films à petit budget dans les années 60 époque ou je dirigeais une communauté hippie qui prônait le libre amour.<br />
– Merci à vous Jésus d’avoir prit le temps de venir » dit O’Neil « Si je vous ai sollicité, c’est afin que vous puissiez raconter à tous les démêlés que vous avez eu avec l’accusé Satan… »<br />
<br />
Jésus regarda dans la direction du seigneur des enfers et lui adressa un petit coucou de la main auquel ce dernier aurait répondu de la même façon si Milton ne lui avait pas mis une tape sur la paume.<br />
<br />
« Jésus, vous avez subit une traversé du désert… littéralement !<br />
– Oui en effet, je commençais dans la carrière de messie… et croyez moi à l’époque sans réseau sociaux c’était le croix et la bannière pour y arriver… hihihi… la croix ? vous avez compris ?<br />
– Euh… oui oui c’était très amusant » répondit poliment O’Neil « Pouvez vous nous donner plus de détail je vous prie ?<br />
– Bien sûr ! C’est une histoire toute bête : pendant 40 jours et 40 nuits, Satan m’a tenté de toutes les façons possible ! nourritures, boissons fraîches, filles sexy…<br />
– Filles sexy ? dites m’en plus… » insista O’Neil de manière obséquieuse<br />
– Vous savez même si je suis quelqu’un de très à cheval sur le mariage et ce genre de chose, j’ai toujours eu une réputation de séducteur, alors des jolies filles qui venaient me tenter croyez moi j’en ai vu passé ! mais là c’était carrément des succubes !<br />
– Je rappelle à la cour que les succubes sont de viles tentatrices dont le but est la perdition des hommes qui cèdent à leurs avances et qui pour parvenir à ce but son dotées d’un physique extraordinaire… reprenez Jésus je vous prie.<br />
– Très bien : donc durant tout ce temps moi j’ai refusé ses propositions. Malgré la chaleur et l’ennui, j’ai résisté 40 jours avant de revenir chez moi. Je me rappelle que Maman m’avait fait des falafels, c’est mon plat préféré, et que je m’en suis rempli la panse ! j’en ai mangé au moins quatre ! hihihihi ! Quatre vous avez compris ?<br />
– Oui, bien sûr Jésus, c’était drôle… donc suite à ce harcèlement avez vous revu Satan ?<br />
– Plein de fois. On se croise souvent dans les grands événements. Et puis on s’écrit pas mal.<br />
– Ah bon ? vous entretenez une correspondance ?<br />
– Pas directement bien sûr, mais on est un peu comme des rappeurs : on se clash via musique interposé. Moi j’essaye de lui parler d’amour via le rock chrétien, et lui il essaye de me pousser vers la zoophilie nécrophage via le death métal !<br />
– Mais c’est horrible ! Messieurs les juges admettez le : c’est horrible ! En tout cas merci Jésus pour votre témoignage, et puis aussi pour être mort pour nos péchés, c’était très sympa.<br />
– Allons voyons c’était tout naturel<br />
– Mais non…<br />
<br />
– Messie ! ah ah ah ! vous avez compris ? mais non ? messie ? ahahaha ! »<br />
<br />
O’Neil soupira et laissa Milton menez le contre-interrogatoire de Jésus.<br />
<br />
« Jésus vous avez déclaré à l’instant que Satan vous avait tenté dans le désert… je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que vous voulez dire par là<br />
– Et bien c’est simple cher Milton, j’étais plein travail spirituel sur moi même après que le Saint Esprit m’ait demandé d’aller dans le désert. Sauf que forcément, 50 degrées sans ombre ça attaque fort ! je me suis retrouvé désydrathé en moins de deux et je mourrais de faim. Satan est alors arrivé et il m’a proposé à boire.<br />
– Et vous avez réfusé ?<br />
– Et bien… c’était délicat : étant donnée les histoires entre lui et Papa, je ne voulais pas qu’on m’associe à lui.<br />
– Donc vous êtes en train de me dire que pour ne pas risquer de vexer votre père qui était en litige avec Satan, vous avez supporter 40 jours et 40 nuits de jeun ?<br />
– Oui… je sais ça peut paraitre impressionant mais j’étais un marathonien accompli déjà à l’époque, alors c’était trois fois rien pour moi !<br />
– Certes, mais ce que je retiens surtout c’est que vous avez refuser cette aide alors que Satan vous l’a proposé durant 40 jours ?<br />
– Oui, il est resté tout le temps.<br />
– Et lui comment il allait ?<br />
– Pardon ?<br />
– Si il était dans le désert avec vous, ça devait être dur pour lui aussi non ?<br />
– Non, ça n’avait pas l’air… d’un autre côté vous parlez d’un type qui vit dans le centre de la terre entouré de lave et de magma en fusion non ?<br />
– Votre honneur j’attire votre attention sur la déclaration du témoin. Il confirme que Satan est resté en permanence auprès de lui pour lui offrir à boire alors qu’il était dans un état de déshydratation avancé et peut être même complètement délirant a cause de la chaleur… Monsieur le procureur : pourriez vous me dire comment est qualifié le crime qui consiste à ne pas aider quelqu’un dans une situation de danger ? »<br />
<br />
O’Neil resta silencieux : il voyait très bien où Milton voulait en venir.<br />
<br />
« Vous ne savez pas ? un grand juriste comme vous ? et bien c’est simple : c’est de la non assistance à personne en danger ! et pendant 40 jours mon client qu’on présente comme le pire individu qui soit, est resté auprès de Jésus à essayer de le secourir. C’est ce dernier qui à refusé par orgueil l’aide que Satan lui offrait, et une fois de plus, ce sont les rapports conflictuels que l’accusé entretenait avec son créateur qui ont conduit à cette situation.<br />
– Votre honneur je proteste ! » dit O’Neil « Maitre Milton est en train d’arranger la vérité à sa sauce !<br />
– Ah oui ? pourtant cette histoire s’est déroulé très exactement ainsi et j’en veux pour preuve qu’elle est rédiger de cette façon dans cet ouvrage qui vous sert à faire préter serment ! »<br />
<br />
Milton avait frappé fort, mais il ne devait pas relacher la pression.<br />
<br />
« Jésus, vous avez aussi dit que c’est le Saint Esprit qui vous avait conduit dans le désert ?<br />
– C’est exact : il m’a parlé et dit d’aller dans le désert chercher la réponse à mes interrogations.<br />
– Intéressant… voyez messieurs du tribunal, j’ai ici un document qui à été expertisé par des cardinaux du Vatican, qui me confirment sans aucun doute possible que le Saint Esprit EST Jésus ! »<br />
<br />
Nouveaux murmures de surprise dans la salle…<br />
<br />
« Parfaitement : et cela veut donc dire que c’est de votre propre chef que vous êtes aller dans le désert, et que c’est aussi de votre propre initiative que vous avez décidé de refuser l’aide de Satan et de supporter ces 40 jours d’Enfer. Il est donc parfaitement inacceptable que mon client soit condamné pour un crime qui n’existe pas, voir même qu’il soit accusé alors qu’il était tout bonnement en train d’aider monsieur de Nazareth ici présent ! »<br />
<br />
Le public qui assistait à l’audience s’enflamma. Certains se levèrent et commencèrent à insulter Milton, tandis que d’autres applaudirent ce magnifique exemple de plaidoirie. Afin de calmer les esprits, le juge Marshall ordonna 30min d’interruption d’audience.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une fois le calme rétablit, le juge Marshall exigea que le reste du procès ait lieu à huit clos, afin que ce genre de débordement ne se renouvellent pas.<br />
<br />
Il ne restait plus que O’Neil, Satan, Milton et les juges.<br />
<br />
Marshall s’était entretenu avec ses collègues durant l’interruption, et bien que n’ayant pas fait officiellement de verdict, ils commençaient à avoir une petite idée de ce qu’il conviendrait de trancher.<br />
<br />
« Maitre Milton » dit le juge « Vos démonstrations, bien que très habiles, n’ont fait que démontré que votre client à des circonstances atténuantes pour ses crimes, mais pas qu’il en soit innocent…<br />
<br />
– Alors là votre honneur nous avons pourtant ici un cas qui me semble parfaitement clair du point de vue de la Loi et…<br />
– Suffit ! cette cour à parfaitement saisie votre petit manège, mais le procureur O’Neil m’a fait par d’un nouveau témoignage qui remet en cause vos dires… monsieur le procureur ?<br />
– Merci votre honneur. J’aimerai appeler mon second témoin à la barre : le père Noel ! »<br />
<br />
Cette fois Milton était vraiment surpris. Par convention, le père Noel ne prenait pas parti dans l’affrontement entre le Bien et le Mal…<br />
<br />
Le jovial barbu entra encadré par deux gardes armées qui le conduisirent jusqu’à la barre.<br />
<br />
« Votre honneur, j’attire votre attention sur le fait que nous avons du mettre en place une sécurité importante pour protéger le témoin car nous savons de source sûre que Satan avait pour projet de l’éliminer.<br />
– C’est faux ! » Hurla Satan « C’est Maitre Gims qui à voulut saboter Noel ! c’est encore une calomn… »<br />
<br />
Milton ceintura Satan et l’empêcha de parler en mettant sa main sur sa bouche.<br />
<br />
« Excusez mon client » dit-il au juge « il s’est un peu emporté mais je vous promets que ça ne se reproduira plus. Pas vrai Satan ? »<br />
<br />
L’intéressé hocha doucement la tête en signe d’approbation, et c’est seulement à ce moment que Milton retira sa main. O’Neil de son côté savait qu’il allait porter le coup fatal à la défense de Satan et s’empressa de faire parler le vieil homme au costume rouge.<br />
<br />
« Cher père Noel : cette année pour Noel j’aimerai que Satan soit condamné comme il se doit pour ses crimes…<br />
– Oh oh : ça n’est pas très bien mon p’tit O’Neil, tu devrais souhaiter des choses positives et…<br />
<br />
– Ouais mais non là on s’en fiche ! père Noel, vous êtes depuis des années une référence en matière de surveillance et de fichage de la population : votre célèbre liste des enfants gentil et méchant est utilisé par les parents de tous pays pour savoir si leurs enfants méritent ou pas des cadeaux.<br />
– C’est un peu plus compliqué mais… oui oui c’est ça.<br />
– Bien… Est ce que tout le monde figure sur cette liste ?<br />
<br />
– Oui bien sûr : mon équipe travail d’arrache pied pour que la liste soit à jour<br />
– Et est ce qu’elle concerne aussi la population angélique du Paradis ?<br />
– Oui… et croyez le ou non mais ça n’est pas si évident que ça ! parce que même au Paradis il y’a des méchants enfants qui…<br />
– Merci mais ça n’est pas le sujet père Noel… revenons en à la liste : est ce qu’elle concerne la population des enfers ?<br />
– Oui, même les Enfers ont droit à leur petit Noel.<br />
– C’est charmant dites donc… et est ce que Satan est sur la liste ? »<br />
<br />
Le père Noel se mit à transpirer, a la fois à cause de son gros manteau et du chauffage, mais aussi parce qu’il redoutait les conséquences de son témoignage.<br />
<br />
« Euh… oui… Satan est sur une de mes listes…<br />
– Fort bien… » dit O’Neil en articulant de plus en plus lentement comme un serpent s’enroulant autour de sa proie « et peut on savoir où est Satan ? sur la liste des méchants enfants ou bien sur celle des gentils enfants ? »<br />
<br />
Le père Noel se tourna vers Satan et dit :<br />
<br />
« Pardonne moi Lulu… le FBI à trouvé des preuves contres moi… je suis obligé de leur dire !<br />
– Je t’en veux pas Noel : Tu dois faire ce qu’il y’a de mieux pour toi et les Lutins » dit Satan dans un surprenant accès de bravoure.<br />
<br />
Le père Noel tira de sa poche un calepin de cuir beige dont il fit rapidement tourner les pages. s’arretant soudainement, il pointa une ligne du doigt et la fit voir aux juges. Il y’avait le vrai nom de Satan sous la colonne « enfants méchants »…<br />
<br />
« La preuve est faite votre honneur ! » jubila O’Neil « c’est le père Noel lui même qui nous confirme ce que nous pensions : Satan est méchant ! »<br />
<br />
L’affaire semblait entendu, mais Milton ne voulait pas abandonner : s’il devait perdre, il abattrait toutes ses cartes. Il tira son téléphone de sa poche et composa le 666.<br />
<br />
Après tonalité, quelqu’un décrocha et s’annonça dans une langue étrange :<br />
<br />
« 666 Hotline du Vice, Chypiakyalinaraba à l’appareil j’écoutes ?<br />
– Chypi ? c’est Milton : il faut que tu me rendes un grand service Princesse… comment ça qu’est ce que je portes ? je ne vois pas le rapport…. bon j’ai besoin que tu demandes à Kap qu’il fasse un appel 111 pour moi parce que Satan à un procès et que… Je ne t’ai pas demandé ce que tu portais non plus Chypi ! bon tu as bien compris le message ? ok…. Non je ne crois pas que je pourrais te présenter Satan pour l’instant vu qu’il risque de finir en QHS si tu ne bouges pas ton joli petit derrière ! »<br />
<br />
Milton raccrocha l’appel pour ne plus entendre les élucubrations de la succube.<br />
<br />
Pendant ce temps, le jury s’était concerté et semblait prêt à aller délibérer. Milton les arrêta in extremis.<br />
<br />
« Pardon Messieurs ! mais suite à cet appel je voudrais présenter à mon tour un témoin exceptionnel<br />
– Maitre Milton, votre tenacité vous honnore, mais je crois qu’après le témoignage du père Noel, la moralité de votre client est définitivement une cause perdue.<br />
– Acceptez au moins d’entendre mon témoin ?<br />
– Et de qui s’agit il ? »<br />
<br />
Ménageant son effet, Milton laissa s’écouler une petite seconde avant de dire à haute et forte voix :<br />
<br />
« J’appelle maintenant à la barre… DIEU ! »<br />
<br />
Aussitôt une lumière vive, presque aveuglante, illumina le siège du témoin.<br />
<br />
« Dieu, merci d’avoir prit le temps de venir : je sais que vous êtes très occupé avec l’univers à vous occupé et c’est d’autant plus appréciable de vous avoir parmis nous.<br />
– Mais je t’en prie Milton… c’était bien normal » dit une voix éthérée venant de toutes part<br />
– Dieu vous êtes en quelque sorte le père de Satan. Est ce exact ?<br />
– Oui, car je suis le père de toute chose<br />
<br />
– Donc en tant que son créateur vous avez une sorte de responsabilité a ses actions ainsi qu’a ces choix ?<br />
– Oui tout à fait… et c’est pour ça que j’ai souhaité témoigné. Mon p’tit Lulu j’ai honte de t’avoir laisser ainsi porter un tel fardeau, mais il est temps que j’avoue tout… »<br />
<br />
Plus personne ne respirait dans le tribunal<br />
<br />
« Satan est mon ange le plus fidèle et le plus dévoué ! c’est ma plus grande fierté !<br />
<br />
– Objection ! » dit O’Neil « C’est… c’est…<br />
<br />
– Allons procureur : vous n’allez quand même pas objecté une déclaration de Dieu quand même ? » ajouta Milton sur le point d’éclater de rire  » Pardon Dieu, pouvez vous reprendre ?<br />
– Oui… Pour guider l’humanité j’avais besoin de quelqu’un pour faire le sale boulot. Pour vous juger et vous punir… nan mais franchement vous vous êtes jamais demandé pourquoi Satan châtiait les criminels en enfer ?<br />
– Donc vous dites que vous avez confié à Satan la tache indispensable mais ingrate de faire payer aux humains LEURS crimes ?<br />
– Oui<br />
<br />
– Et vous sous entendez que vous avez donné à Satan le pouvoir de tentation afin de s’assurer de la sincérité de leurs démarches ?<br />
– Ça c’est vous qui venez de l’extrapoler mais c’est vrai malgré tout<br />
– Donc on peut dire que Satan n’est pas votre adversaire mais votre homme de main ?<br />
– Oui !<br />
<br />
– Alors ainsi soit-il votre honneur ? »<br />
<br />
La lumière divine disparut aussi soudainement qu’elle était venue. Satan était figé, le visage plein de larme.<br />
<br />
« Vous avez entendu Milton… il à dit qu’il était fier de moi ! mais pourquoi il me l’a jamais dit ?<br />
– C’est un type spéciale ton père tu sais… mais je suppose qu’il avait ses raisons. En tout cas ça prouve qu’il à toujours gardé un oeil sur toi. »<br />
<br />
Abasourdi, le juge Marshall frappa solennellement de son marteau.<br />
<br />
« Suite à l’intervention divine dont nous avons été témoin, nous autres de cour suprême des état unis d’Amérique nous rangeons à l’avis de Dieu et déclarons Satan non coupable pour les crimes de l’humanité. Cette dernière est invité à porter elle même le poids de ses crimes. La séance est levée ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours plus tard, dans la cité de Dis, bureau de la Hotline.<br />
<br />
« Chypi… c’est quoi ce bordel ! » dit Prof en hurlant « y’a des fleurs partout ! ça me rend dingue toutes ces jolies couleurs ! je vais devenir violent !<br />
– Pfff… brute va ! c’est un cadeau de MONSIEUR Satan en personne !<br />
– Satan t’envoi des fleurs ? il doit vraiment plus savoir quoi foutre de son pognon le Patron !<br />
– figure toi que je lui ai éviter de se faire abuser par des taulards en rût !<br />
– Et comment t’as fait ça ? t’as pris sa place ? ahahaha !<br />
– Espèce de…<br />
– Oh ! c’est quoi ce cirque ! » dit Kap qui venait d’apparaître dans le bureau dans un déluge de flamme « Arretez de croire que parce que le procès de Satan est fini qu’on va se la couler douce : les affaires continuent les p’tits gars, alors casque sur les oreilles et répondez à vos appels ! »<br />
<br />
Kap avait raison : même si l’humanité avait fait le procès de Satan, tant qu’elle resterait incapable de d’admettre qu’elle était coupable des crimes dont elle l’avait accusé, il y aura toujours un monde d’écart entre le ciel et l’enfer…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Satan levez-vous !**<br />
<br />
Satan regardait avec émerveillement le grand lustre brillant et clair qui scintillait à mi chemin du plafond style 19eme de la cour.<br />
<br />
Pardon : de la cour suprême.<br />
<br />
Appelé aussi « Temple of Justice », ce bâtiment et plus précisément cette salle était le pinacle de la loi et de l’ordre aux états unis depuis sa création en 1789. Anciennement logée au Capitol voisin, la cour suprême eu droit à son propre édifice en 1935. Son allure de temple grec devait inspirer la grandeur et les idéaux de la justice.<br />
<br />
Enfin ça c’était pour le principe.<br />
<br />
Le rôle de la cour suprême était de rendre des jugements sur ce qui ne pouvait se décider ailleurs. C’était une cour sans appel possible et dont le jugement faisait autorité, même à la souveraineté des états, ce qui lui donnait une puissance considérable. Il n’en fallait pas moins pour l’affaire qui nous concernait en ce pluvieux jour d’Avril…<br />
<br />
« La cour suprême va s’ouvrir sous la présidence de l’honorable juge Marshall. Levez vous ! »<br />
<br />
Sitôt que le greffier eut donné cet ordre, toute l’assistance respecta la consigne et se leva. Perdu dans ses rêveries à force contempler le lustre, Satan eu un petit instant de décalage avec les autres dont il s’excusa d’un geste de la main et d’un « désolé » du bout des lèvres tandis qu’il s’excutait.<br />
<br />
Le juge Marshall entra alors, vêtu de la traditionnelle robe noire qui accompagnait sa fonction, et prit place sans cérémonie tandis que les autres juges firent de même autour de lui.<br />
<br />
Et oui, en l’occurrence ce n’est pas un seul juge qui officiait, mais un collège de 8 Associate Justice présidé par le Chief Justice. A 9 contre un, la côte n’était clairement pas en faveur de Satan.<br />
<br />
Marshall tira sur ses lunettes à verre progressif pour lire ses notes et entamer les débats. Il se pinça les lèvres pour les humidifier et frappa 3 fois de son marteau pour ouvrir la séance.<br />
<br />
« La cour suprême agira aujourd’hui exceptionnellement en tant que tribunal étant donnée le caractère extrêmement particulier de l’affaire qui oppose les états unis d’Amérique au dénommé Satan. Ce dernier est accusé des crimes suivant : perversion de la jeunesse, incitation à la violence, au suicide, à la masturbation, au blasphème, ainsi que de 3 899 autres chefs d’inculpations regroupés sous l’appellation « Maux de l’humanité ». A ce titre, les états unis d’Amérique réclament la réclusion à perpétuité dans une prison de sécurité maximale sans possibilité de libération. Cette mesure sera appliqué en lieu et place de la classique peine de mort étant donnée les antécédent médicaux de l’accusé qui pourrait profiter de sa mise à mort pour quitter le sol américain et se réfugier en Enfer d’où il serait légalement impossible de l’extrader. Greffier ? »<br />
<br />
Ce dernier se leva de sa chaise et annonça les parties en présence.<br />
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« Les états unis d’Amérique seront représenté par le procureur Harvey O’Neil et son équipe. L’accusé sera représenté par… euh… »<br />
<br />
Le greffier chercha dans ses feuilles mais ne trouva pas la réponse. Il jeta alors un œil vers le bureau ou était installé Satan, seul.<br />
<br />
« Monsieur Satan vous n’avez pas de représentant légal ? » demanda le greffier surpris<br />
– Euh… bah en fait j’avais un avocat commis d’office, mais il semble qu’il ait refusé de compromettre sa foi en prenant ma défense.<br />
– Hum… c’est ennuyeux ça ! La cour suprême ne peut pas repousser une échéance, vous devez comparaître !<br />
– Ah non mais vous inquiétez pas j’ai appelé quelqu’un, il va arriver d’ici… pfff même pas 5min ?<br />
– Monsieur Satan n’essayez pas de gagner du temps : si votre représentant n’est pas là vous serez tenu d’assurer votre propre défense : suis je clair ?<br />
– Oui oui tout à fait ! tout à fait ! » dit Satan en réajustant son élégante cravate rouge vif « Mais à la limite on peut surement démarrer histoire de ne pas perdre de temps ? je suis sûr que ça le fera venir ! »<br />
<br />
Le greffier regarda le juge Marshall qui hocha la tête en signe d’approbation.<br />
<br />
« Très bien… La parole est à l’accusation. Procureur O’Neil ? »<br />
<br />
Le procureur se leva et s’avança à la barre, prêt à mener le combat le plus intense de sa carrière. Des centaines d’autres procureurs s’étaient battu pour avoir cette affaire : qui n’aurait pas voulu être celui qui aura fait condamner Satan pour ses crimes ? Mais voila, au final cet honneur était pour lui, et il comptait bien se donner à 100%.<br />
<br />
Pratiquement née dans un tribunal, O’Neil avait fait ses études à Harvard où il n’avait jamais cesser de viser l’excellence. Premier de sa promotion, il avait rapidement intégré le cabinet de son père qu’il quitta au bout de 6 ans, lassé des procès administratifs sans envergure qui n’étaient que des arrangements entre grandes entreprises.<br />
<br />
Il s’était investi corps et âme pour devenir procureur, ce qui lui avait valut pendant presque 10 ans de devoir travailler au tribunal de Washington à des taches rébarbatives. Mais sa patience et son acharnement avaient payés. Il allait pouvoir juger le pire criminel qui soit, l’incarnation même du Mal… Satan !<br />
<br />
Dans un premier temps, il avait été étonné quand l’affaire s’était présentée : pensez vous ! lorsque des agents de la DEA avaient racontés avoir capturé Satan lors d’une descente dans un deal de cocaïne, tout le monde avait cru à une mauvaise blague. Et pourtant…<br />
<br />
Satan se trouvait bien là, mais ce n’était qu’une malencontreuse coïncidence : les trafiquants avaient élu domicile dans un petit hôtel situé le long de l’Interstate 15 qui reliait Los Angeles à Las Vegas et où Satan s’était installé après avoir fait la bringue 6 jours d’affilées à « Sin City ». Tandis que les membres de la DEA prenait position autour du bâtiment, le seigneur des Enfers était sorti s’acheter un frappucino et de quoi grignoter devant la télé. Il n’eut pas l’occasion d’aller plus loin que le hall que déjà des dizaines d’hommes en armes le ceinturèrent pensant que c’était un des indic du gang.<br />
<br />
Ce n’est qu’après l’assaut et le massacre sanglant des narcotrafiquants que les hommes de la DEA comprirent que cet élégant dandy à la peau rougeâtre et aux petites cornes sur le front était en réalité le souverain du monde infernal.<br />
<br />
Immédiatement incarcéré, Satan avait d’abord été la cible de l’église qui voulait appliquer la justice divine. Sauf que voilà, entre les différentes religions, pas moyen de s’accorder sur qui présiderait un tel tribunal. Entre ceux qui voulaient le Sheitan, ceux qui réclamaient la tête du Serpent, et quelques illuminés qui insistaient pour régler le cas de « Raptor Jésus » il y avait de quoi en perdre son latin. Au final, il fut décidé par commodité de confier cette lourde tâche à la cour suprême, ce qui arrangeait bien le gouvernement américain qui allait pouvoir s’offrir une image impeccable de défenseur de la volonté divine devant le monde entier.<br />
<br />
Concentré mais serein, O’Neil débuta sa plaidoirie.<br />
<br />
« Votre honneur, le cas de l’accusé Satan ici présent est limpide : toutes les cultures de l’humanité l’on identifié comme le Mal absolu, source de toutes les violences et…<br />
– Objection ! » hurla Satan en bondissant de son siège.<br />
<br />
Tous les regards se tournèrent vers lui, mais il resta silencieux et regarda les membres de la cour comme un enfant qui comprend qu’il vient de faire une bêtise. Le Juge Marshall le houspilla :<br />
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« Et bien alors ? formulez là votre objection ! » ordonna t-il<br />
– Ah parce qu’il faut que je dise quelque chose de plus de « objection » ? moi je croyais que c’était ce qu’il fallait dire quand le type d’en face disait un truc pas sympa !<br />
– Quoi ? mais…  »<br />
<br />
Le juge Marshall soupira et fit signe de la main au procureur O’Neil de reprendre tout en indiquant au greffier de retirer cet interlude des minutes du procès.<br />
<br />
« … comme je le disais avant cette interruption grotesque, Satan est le Mal universel et nos textes les plus sacrées regorgent de preuves à son encontre. Je me baserai donc sur ces éléments pour démontrer au tribunal la culpabilité évidente de l’accusé. Merci votre honneur »<br />
<br />
O’Neil retourna à sa place, et resta parfaitement calme malgré la vive émotion qui le transportait en cet instant. Il se contenta d’un petit rictus retenu de contentement et se plongea dans ses notes afin de ne pas se laisser aller à trop divaguer : son adversaire était le diable en personne, et il devait rester prudent.<br />
<br />
Le juge Marshall invita alors Satan à faire sa plaidoirie afin d’étayer un peu sa défense (bien que cela fût plus à ses yeux une formalité à respecter qu’un acte réellement pertinent). Satan s’avança à la barre, prit une grande respiration, et commença à parler à l’audience comme une personne arrivant à sa première réunion des alcooliques anonymes :<br />
<br />
« Euh… bonjour… bah voila, je m’appelle Lucifer. Mes amis m’appellent Lulu, ou parfois juste Lu. Mais pour le boulot je me fais appeler Satan. Je suis le seigneur des Enfers depuis… bah grosso modo le début de la création à quelques centaines d’années près. Plus jeune je travaillais pour Dieu en tant qu’Ange, et j’étais plutôt bien noté. Sauf qu’avec le temps ça s’est détériore… »<br />
<br />
Une pointe d’émotion se fit entendre dans la voix de Satan. Il se pinça le nez, renifla et reprit :<br />
<br />
« whaou… désolé c’est pas facile pour moi, c’est la première fois que je raconte ça… enfin bref à un moment Dieu à crée l’humanité, et moi je trouvais ça génial. J’aimais vraiment beaucoup ce que vous étiez, et je me suis mis à passer du temps avec vous, à faire la fête… Sauf que le Vieux bah… il était du genre coincé. Je l’entend encore me dire « Quoi ? un ange avec des humains ! ça n’est pas dans l’ordre des choses ! je n’ai pas fait le monde ainsi… » enfin bref, vous voyez le tableau… attention, me faites pas dire ce que j’ai pas dit : je l’adore le Tout Puissant… Je pense que j’étais comme tous les gamins du monde : j’étais convaincu que mon père c’était le meilleur et qu’il était parfait. Enfin tout ça pour vous dire qu’on bout d’un moment on s’est engueulé et… bah il à fini par me foutre à la porte de la maison. J’avais plus rien…<br />
– Objection ! » dit O’Neil « l’accusé blasphème et insulte le Seigneur !<br />
– Ah c’est comme ça qu’il faut faire ! » répondit Satan « Ah bah comme ça je saurai pour la suite !<br />
– Accusé taisez vous ! » dit le juge Marshall de sa voix de dragon grognard « Objection accordé : reprenez en prenant soin de ce que vous dites à propos de Dieu. »<br />
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Satan grommela et reprit :<br />
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« … après cette histoire j’avais grave touché le fond. Et quand je dis le fond je parle vraiment des abysses hein ! le genre de zone où vous n’iriez jamais fiche les pieds même si le sol était fait en billet de 20 dollars. C’est là qu’avec ma bande on à fini par s’installé. On était tous des laissés pour contre, sans amour et sans espoir. Si on à fait ce qu’on fait depuis tout ce temps, c’est simplement parce que on avait pas d’autre choix… et si je… »<br />
<br />
Un claquement de porte interrompit Satan : c’était celles du tribunal qui venaient de s’ouvrir toutes grandes, laissant voir la fine et élégante silhouette d’un homme en costume gris. Ce dernier avait le look d’un quadra qui travaillait dans la pub durant les années 50, le cigare à la bouche en moins, et c’est avec un air déterminé et sûr de lui qu’il pointa du doigt la barre et qu’il s’écria « PAS UN MOT DE PLUS ! »<br />
<br />
« MILTON ! » hurla Satan en jubilant. Le prince des ténèbres se précipita vers l’homme en costume, tomba à genou devant lui et enlaça ses jambes.<br />
<br />
« Oh Milton vous êtes enfin là Dieu soit loué ! » murmura un Satan larmoyant<br />
– Satan t’es pas bien ou quoi ? qu’est ce qui te prend de dire ça !<br />
– Milton je vous en supplie il faut me sortir de là !<br />
– Oui bah si tu veux un miracle tu t’es trompé d’interlocuteur ! Donc tu va reprendre ton calme et arrêter ton cinéma : compris ? »<br />
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Satan se releva tout en s’essuyant les yeux et en acquiesçant vivement de la tête.<br />
<br />
« Je ferai tout ce que vous voulez Milton…<br />
– Bien… Votre honneur ? veuillez m’excusez pour cette entrée spectaculaire, mais j’ai eu un mal de chien à me garer…<br />
– Mais qui êtes vous bon sang ! » Hurla O’Neil sur le point d’appeler la sécurité<br />
– Je suis maître Milton, avocat du Diable »<br />
<br />
O’Neil lui lança un regard ombrageux : s’il était l’avocat de la défense, il devenait de fait son pire ennemi. Le juge Marshall de son côté réajusta ses lunettes et fit signe à Milton d’approcher :<br />
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« Maitre Milton… a quel barreau appartenez vous ?<br />
– A celui de Dis votre honneur<br />
– Dix ?<br />
– Non DIS, la capitale des enfers. Mais j’exerce aussi régulièrement dans le New Jersey.<br />
– Je proteste votre honneur ! » dit O’Neil « cet homme n’est pas légalement apte à représenter quelqu’un !<br />
– C’est vous qui le dites » répliqua Milton du tac au tac « sachez que selon l’ordonnance du 18 Septembre 1958, un individu non résident des états unis est en droit d’être représenté par toute personne apte selon les critères de son pays d’origine. En l’occurrence, si je suis légalement avocat en enfer et que vous jugez Satan, et bien ça fait de moi un avocat parfaitement en règle ! »<br />
<br />
Époustouflé par la verve de Milton, Satan se mit à l’applaudir, ce qui fût d’autant plus gênant qu’il régnait un silence glacial dans le tribunal. Satan s’arrêta lorsque le juge Marshall le fusilla du regard. Ce dernier, une fois le silence revenu, se tourna vers Milton et admit que sa démonstration était valable :<br />
<br />
« Et bien maître Milton, votre présence n’est finalement pas si incongrue que ça… au moins l’accusé aura droit à un avocat comme cela se doit dans tout procès mené dans les règles. Bien : j’interromps la séance pour 15min afin que maître Milton puisse s’entretenir avec son client : la séance est levé ! »<br />
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***<br />
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installé à l’improviste dans un des bureaux annexe du tribunal, Milton portait un lourd regard à Satan qui de son côté évitait tout contact visuel avec l’avocat.<br />
<br />
« Satan : je peux savoir c’est quoi ce bordel ? comment tu t’es fait chopper ?<br />
– Je vous assure Milton j’y suis pour rien !<br />
– Alors pourquoi on parle de narcotrafiquant et d’un massacre ?<br />
– C’est un complot Milton ! je pense que le Pape est dans le coup et…<br />
– Non Satan, le Pape n’a rien à voir dans tout ça !<br />
– Je… je vous promet que j’étais juste au mauvais endroit au mauvais moment ! Je voulais acheter un petit frappucino et des scones aux chocolats pour regarder « Le diable s’habille en Prada »<br />
– Pffff… admettons. Et je peux savoir pourquoi t’étais dans la banlieue de Vegas ?<br />
– Et ben euh… y’a de superbe site géologique quand on longe l’interstate, les calico mountains notamment avec des strilles…<br />
– Te fous pas de ma gueule : t’es encore aller jouer c’est ça ?<br />
– Je… j’ai un problème avec le jeu. Mais j’ai presque rien perdu hein !<br />
– Oh bordel Satan on s’en fou : le souci c’est que là tu es à deux doigts de passer le reste de l’éternité dans une prison de haute sécurité !<br />
– Peut être que ça se passera bien ? hein ? après tout les criminels c’est des mecs dans mon genre ?<br />
– Satan, tu te rappelle ton premier surnom ?<br />
– L’étoile du matin ?<br />
– Et pourquoi on t’appelle comme ça ?<br />
– Parce que je suis plutôt beau gosse ?<br />
– Et qu’est ce qui arrive aux beaux gosses en prison ? »<br />
<br />
Satan écarquilla soudainement les yeux<br />
<br />
« Noooon ???<br />
– Crois moi tu n’as pas envie de tenter ta chance. En plus y’a plein de groupes extrémistes: les ultra chrétiens, les musulmans, les irlandais…<br />
– Qu’est ce que j’ai à voir avec les irlandais ?<br />
– Y’en à bien un qui va te reprocher d’avoir bousiller la culture celtique avec le heavy Metal<br />
– Rien à foutre : j’assume totalement ! Alestorm est le meilleur groupe du monde ! »<br />
<br />
Milton se passa la main sur le front en soupirant<br />
<br />
« Satan, Satan… tu vas pas tenir deux secondes à la barre si tu poursuis sur cette voie. Alors qu’on soit bien d’accord : je vais te sortir de là, mais pour ça tu dois suivre mon plan. C’est clair ?<br />
– Oui Milton.<br />
– Tu feras comme je te dis ?<br />
– Bien sûr Milton, je vous fait totalement confiance !<br />
– Et qu’est ce que tu ne feras pas ?<br />
– Ouvrir ma grande gueule pour dire des conneries !<br />
– Et qu’est ce qu’on évitera ainsi ?<br />
– Que je devienne la pute de luxe d’une bande de taulard sans foi ni loi !<br />
– Bien ! c’est parfait mon grand. T’en fais pas : Tonton Milton à plus d’un tour dans son attaché case pour te sortir de ce guêpier… »<br />
<br />
***<br />
<br />
L’audience reprit à l’heure prévu. Dans un premier temps, Satan allait devoir subir un interrogatoire de la part de O’Neil, puis ça serait Milton qui procéderait à l’étape suivante, a savoir le contre-interrogatoire.<br />
<br />
Tandis que Satan gigotait nerveusement sur la chaise du témoin, O’Neil arriva lentement pour laisser la pression augmenter sur son adversaire. Le greffier était sur le point d’amener la bible qui allait servir à faire jurer l’accusé, mais Milton demanda l’annulation de cette procédure qui risquait d’une part de créer un vice de forme, mais surtout de faire s’enflammer le saint opus au moindre contact avec la main de Satan.<br />
<br />
Sans un regard pour l’accusé, O’Neil entra dans le vif du sujet :<br />
<br />
« Satan : vous portez le titre de « prince des ténèbres » n’est ce pas ?<br />
– Ouais… plutôt classe hein ?<br />
– Répondez simplement par oui ou par non…<br />
– Euh… oui monsieur.<br />
– Bien… et avez vous aussi le titre de « seigneurs des enfers » ?<br />
– Oui<br />
– Et votre pseudonyme « Satan » signifie bien « adversaire » ?<br />
– Euh oui, en principe.<br />
– Pourquoi tout ces noms ? pourquoi chacun d’eux évoque t’il le Mal ? pourquoi dans chaque cultures on trouve votre nom associé à la souffrance des hommes ?<br />
– Euh… j’en sais rien moi…<br />
– Peut être est ce parce que de toute évidence vous aimez nous voir souffrir ?<br />
– Objection ! » hurla Milton « spéculation : le procureur prête à mon client des intentions sans fondement !<br />
– Accordé » dit le juge Marshall « monsieur le procureur, tenez vous en aux faits<br />
– Bien votre honneur… »<br />
<br />
O’Neil n’était pas mécontent : l’objection de Milton signifiait qu’il allait dans la bonne direction.<br />
<br />
« Satan, depuis l’aube de l’humanité vous avez créer des choses nocives pour les hommes : l’alcool, le fast food, le nazisme, la pollution, les films de Nicholas Cage…<br />
– Mon client à un alibi pour ce dernier point votre honneur : les films Ghost Rider »<br />
<br />
Les juges se regardèrent et acquièrent unanimement<br />
<br />
« … toujours est il que les preuves ne manquent pas : qu’avez vous à dire à ce propos ?<br />
– Euh bah… je… »<br />
<br />
Du regard, Satan adressa un appel au secours à Milton. Ce dernier lui un signe d’apaisement de la main et l’invita a répondre comme ils l’avaient convenu.<br />
<br />
« Euh… c’est pas ma faute, c’est l’humanité qui se sert mal de mon oeuvre »<br />
<br />
Des « oh ! » et des « ah ! » se firent entendre dans la salle, obligeant le juge Marshall à taper de son marteau pour obtenir le silence.<br />
<br />
« Comment pouvez vous osez dire cela ! » s’empourpra O’Neil en pointa Satan du doigt « Le tabac tue des millions de gens, et c’est pas de votre fait ça aussi ?<br />
– C’est parce que vous fumez trop » répondit Satan « moi j’ai jamais dit à personne d’en avaler 2 paquets par jours. Idem pour le fast food.<br />
– Et la nazisme alors ?<br />
– Bah là ça me parait clair : ces mecs vénéraient Hitler, pas moi »<br />
<br />
Milton esquissa un petit sourire : son protégé avait bien apprit sa leçon.<br />
<br />
« Et qu’avez vous à dire à propos de la maladie ? » annonça O’Neil sûr de son coup « le cancer c’est de la faute des hommes peut être ? »<br />
<br />
Satan était perdu, et Milton savait qu’il n’aurait pas d’argument. Il allait falloir essuyer la tempête…<br />
<br />
« Des milliers de familles plongé dans le malheur, des enfants qui grandissent sans père ou sans mère, des parents qui perdent leurs enfants… vous appelez ça comment ? »<br />
<br />
Satan resta silencieux, la tête baissé.<br />
<br />
« Et les tsunami ? les tremblements de terre ? rien que ces 10 dernières années combien de mort cela à causé ?<br />
– Je… je sais pas…<br />
– Oh ? vous ne savez pas ? mais alors si vous ne savez pas tout va bien ? » ironisa O’Neil « il suffit de fermer les yeux et il n’y a plus de problème ? c’est ça que vous faites Satan ? vous prétendez que tout va bien et que vous n’etes pas responsable ?<br />
– Mais non je…<br />
<br />
– Vous quoi ? vous vous voilez la face et prétendez que c’est de la faute des humains ? hein ? alors ? REPONDEZ !<br />
– Objection ! » dit Milton « Monsieur le juge : le procureur harcèle mon client !<br />
– Accordé : O’Neil je vous ai déjà demandé d’en rester aux faits<br />
– Pardonnez moi votre honneur, mais nul ne saurait rester de marbre devant tant de méfaits… à part peut être un être sans cœur ! »<br />
<br />
Milton n’objecta pas cette ultime pique, car il sentait que O’Neil allait finir sur cette touche. Effectivement le procureur termina ainsi son interrogatoire et laissa la parole à la défense.<br />
<br />
Milton reboutonna les deux premiers bouton de sa veste et commença le contre-interrogatoire :<br />
<br />
« Satan, pourquoi ne vous faites vous plus appelé Lucifer ?<br />
– Bah… c’était le nom que m’avait donné mon père et… vu comment ça c’est fini entre nous je voulais oublier tout ça.<br />
– Votre père vous à donc rejeté au point que vous n’avez même plus voulu porter le nom qu’il vous avait donné ?<br />
– Ouais… je vivais ça assez mal. Déjà que j’avais pas mère… perdre la confiance de mon père ça m’a vraiment foutu au 36 eme dessous…<br />
– Objection ! » dit O’Neil « l’accusé à déjà évoqué tout ça dans sa plaidoirie : nous perdons du temps !<br />
– Rassurez vous monsieur le procureur » coupa Milton « j’en viens aux faits. Satan, on peut donc dire que ce que vous êtes devenu est le résultat de ce rejet ?<br />
– Oui assurément. Difficile de dire comment les choses auraient tourné, mais avec un peu plus d’écoute de la part du Vieux… j’aurais certainement pas fini dans les Abysses…<br />
– Vous entendez ça messieurs les juges ? » demanda Milton « cet individu que vous voyez là est le fruit d’une procréation sans mère… sans amour… et lorsqu’il n’a plus convenu à l’image que cette figure paternelle attendait de lui, elle l’a rejeté de la plus cruelle des façons…<br />
– Objection ! ceci n’est pas le procès de Dieu !<br />
– Je retire ma dernière remarque » dit Milton à l’intention du greffier « Satan : avez vous gardez contact avec le Seigneur ?<br />
– Pas tellement… en fait c’est simple on ne se parle que par miracle interposé : je créer une catastrophe, lui il sauve les gens… c’est notre façon de se faire signe.<br />
– Donc toutes ses mauvaises actions que vous reproche le procureur, c’est votre façon à vous de réclamer de l’attention à ce père absent ?<br />
– Je sais que c’est pas très malin mais… y’a que comme ça qu’il s’intéresse à moi… »<br />
<br />
Milton laissa un moment de flottement pour que cette idée marque le jury. Il s’adressa alors à lui pour enfoncer le clou :<br />
<br />
« Ainsi donc voici la vraie nature de ces crimes : les actes certes stupides, mais désespérer d’un enfant perdu dans les tréfonds qui ne demande qu’un peu d’attention de son père… A t’il commis des choses réprouvable ? certainement. Doit on lui en tenir rigueur ? étant donnée les circonstances cela serait immoral. Mon client à été rejeté par son père parce qu’il était différent, parce que ce dernier ne comprenait pas ses mœurs et qu’il ne respectait pas ses choix de vie. Un père doit il s’imposer de la sorte ? ou ne doit il pas plutôt permettre à sa progéniture d’aller selon ce que son cœur lui dicte ? Merci à vous : je n’ai plus de question. »<br />
<br />
Milton retourna à son bureau suivi de Satan que le juge Marshall invita à quitter le siège de témoin.<br />
<br />
O’Neil pestait. Il n’avait pas envisager que Milton serait suffisamment habile au point de retourner ses arguments contre lui même. Mais il restait confiant, car il avait gardé un atout dans sa manche qui ne manquerait pas de faire pencher la balance en sa faveur…<br />
<br />
Le greffier, en suivant sa liste, appela le prochain intervenant :<br />
<br />
« Le premier témoin va comparaître à la barre. A la demande du procureur O’Neil, j’appelle à la barre Jésus de Nazareth ! »<br />
<br />
Un homme se leva depuis le dernier rang de la salle. C’était ce qu’on aurait typiquement appeler un Hipster, avec une barbe bien taillé et la carrure d’un type qui mangeait sans gluten. Vêtu d’une chemise cargo, d’un pantacourt et de chaussures fines en chanvre tressé, il remonta l’allée centrale bras ouvert, tandis qu’une lumière scintillante venu d’on ne sait où l’éclairai où qu’il se trouve. Lorsqu’il prit place sur le siège du témoin 3 colombes s’envolèrent derrière lui.<br />
<br />
« ah lala ! « murmura Satan à Milton « il a toujours une sacrée classe quand même ! »<br />
<br />
O’Neil fit signe au greffier qu’il était inutile de faire jurer le témoin sur la bible étant donnée sa contribution à l’ouvrage.<br />
<br />
Le juge Marshall demanda à Jésus de décliner ses nom, age et qualité.<br />
<br />
« Bonjour mes bien chers frères et sœurs. Je suis Jésus de Nazareth, prophète de l’islam sous le nom de Aissa, Messie du Judaisme et fils de Dieu pour les chrétiens. J’ai aussi fait plusieurs apparition dans des films à petit budget dans les années 60 époque ou je dirigeais une communauté hippie qui prônait le libre amour.<br />
– Merci à vous Jésus d’avoir prit le temps de venir » dit O’Neil « Si je vous ai sollicité, c’est afin que vous puissiez raconter à tous les démêlés que vous avez eu avec l’accusé Satan… »<br />
<br />
Jésus regarda dans la direction du seigneur des enfers et lui adressa un petit coucou de la main auquel ce dernier aurait répondu de la même façon si Milton ne lui avait pas mis une tape sur la paume.<br />
<br />
« Jésus, vous avez subit une traversé du désert… littéralement !<br />
– Oui en effet, je commençais dans la carrière de messie… et croyez moi à l’époque sans réseau sociaux c’était le croix et la bannière pour y arriver… hihihi… la croix ? vous avez compris ?<br />
– Euh… oui oui c’était très amusant » répondit poliment O’Neil « Pouvez vous nous donner plus de détail je vous prie ?<br />
– Bien sûr ! C’est une histoire toute bête : pendant 40 jours et 40 nuits, Satan m’a tenté de toutes les façons possible ! nourritures, boissons fraîches, filles sexy…<br />
– Filles sexy ? dites m’en plus… » insista O’Neil de manière obséquieuse<br />
– Vous savez même si je suis quelqu’un de très à cheval sur le mariage et ce genre de chose, j’ai toujours eu une réputation de séducteur, alors des jolies filles qui venaient me tenter croyez moi j’en ai vu passé ! mais là c’était carrément des succubes !<br />
– Je rappelle à la cour que les succubes sont de viles tentatrices dont le but est la perdition des hommes qui cèdent à leurs avances et qui pour parvenir à ce but son dotées d’un physique extraordinaire… reprenez Jésus je vous prie.<br />
– Très bien : donc durant tout ce temps moi j’ai refusé ses propositions. Malgré la chaleur et l’ennui, j’ai résisté 40 jours avant de revenir chez moi. Je me rappelle que Maman m’avait fait des falafels, c’est mon plat préféré, et que je m’en suis rempli la panse ! j’en ai mangé au moins quatre ! hihihihi ! Quatre vous avez compris ?<br />
– Oui, bien sûr Jésus, c’était drôle… donc suite à ce harcèlement avez vous revu Satan ?<br />
– Plein de fois. On se croise souvent dans les grands événements. Et puis on s’écrit pas mal.<br />
– Ah bon ? vous entretenez une correspondance ?<br />
– Pas directement bien sûr, mais on est un peu comme des rappeurs : on se clash via musique interposé. Moi j’essaye de lui parler d’amour via le rock chrétien, et lui il essaye de me pousser vers la zoophilie nécrophage via le death métal !<br />
– Mais c’est horrible ! Messieurs les juges admettez le : c’est horrible ! En tout cas merci Jésus pour votre témoignage, et puis aussi pour être mort pour nos péchés, c’était très sympa.<br />
– Allons voyons c’était tout naturel<br />
– Mais non…<br />
<br />
– Messie ! ah ah ah ! vous avez compris ? mais non ? messie ? ahahaha ! »<br />
<br />
O’Neil soupira et laissa Milton menez le contre-interrogatoire de Jésus.<br />
<br />
« Jésus vous avez déclaré à l’instant que Satan vous avait tenté dans le désert… je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que vous voulez dire par là<br />
– Et bien c’est simple cher Milton, j’étais plein travail spirituel sur moi même après que le Saint Esprit m’ait demandé d’aller dans le désert. Sauf que forcément, 50 degrées sans ombre ça attaque fort ! je me suis retrouvé désydrathé en moins de deux et je mourrais de faim. Satan est alors arrivé et il m’a proposé à boire.<br />
– Et vous avez réfusé ?<br />
– Et bien… c’était délicat : étant donnée les histoires entre lui et Papa, je ne voulais pas qu’on m’associe à lui.<br />
– Donc vous êtes en train de me dire que pour ne pas risquer de vexer votre père qui était en litige avec Satan, vous avez supporter 40 jours et 40 nuits de jeun ?<br />
– Oui… je sais ça peut paraitre impressionant mais j’étais un marathonien accompli déjà à l’époque, alors c’était trois fois rien pour moi !<br />
– Certes, mais ce que je retiens surtout c’est que vous avez refuser cette aide alors que Satan vous l’a proposé durant 40 jours ?<br />
– Oui, il est resté tout le temps.<br />
– Et lui comment il allait ?<br />
– Pardon ?<br />
– Si il était dans le désert avec vous, ça devait être dur pour lui aussi non ?<br />
– Non, ça n’avait pas l’air… d’un autre côté vous parlez d’un type qui vit dans le centre de la terre entouré de lave et de magma en fusion non ?<br />
– Votre honneur j’attire votre attention sur la déclaration du témoin. Il confirme que Satan est resté en permanence auprès de lui pour lui offrir à boire alors qu’il était dans un état de déshydratation avancé et peut être même complètement délirant a cause de la chaleur… Monsieur le procureur : pourriez vous me dire comment est qualifié le crime qui consiste à ne pas aider quelqu’un dans une situation de danger ? »<br />
<br />
O’Neil resta silencieux : il voyait très bien où Milton voulait en venir.<br />
<br />
« Vous ne savez pas ? un grand juriste comme vous ? et bien c’est simple : c’est de la non assistance à personne en danger ! et pendant 40 jours mon client qu’on présente comme le pire individu qui soit, est resté auprès de Jésus à essayer de le secourir. C’est ce dernier qui à refusé par orgueil l’aide que Satan lui offrait, et une fois de plus, ce sont les rapports conflictuels que l’accusé entretenait avec son créateur qui ont conduit à cette situation.<br />
– Votre honneur je proteste ! » dit O’Neil « Maitre Milton est en train d’arranger la vérité à sa sauce !<br />
– Ah oui ? pourtant cette histoire s’est déroulé très exactement ainsi et j’en veux pour preuve qu’elle est rédiger de cette façon dans cet ouvrage qui vous sert à faire préter serment ! »<br />
<br />
Milton avait frappé fort, mais il ne devait pas relacher la pression.<br />
<br />
« Jésus, vous avez aussi dit que c’est le Saint Esprit qui vous avait conduit dans le désert ?<br />
– C’est exact : il m’a parlé et dit d’aller dans le désert chercher la réponse à mes interrogations.<br />
– Intéressant… voyez messieurs du tribunal, j’ai ici un document qui à été expertisé par des cardinaux du Vatican, qui me confirment sans aucun doute possible que le Saint Esprit EST Jésus ! »<br />
<br />
Nouveaux murmures de surprise dans la salle…<br />
<br />
« Parfaitement : et cela veut donc dire que c’est de votre propre chef que vous êtes aller dans le désert, et que c’est aussi de votre propre initiative que vous avez décidé de refuser l’aide de Satan et de supporter ces 40 jours d’Enfer. Il est donc parfaitement inacceptable que mon client soit condamné pour un crime qui n’existe pas, voir même qu’il soit accusé alors qu’il était tout bonnement en train d’aider monsieur de Nazareth ici présent ! »<br />
<br />
Le public qui assistait à l’audience s’enflamma. Certains se levèrent et commencèrent à insulter Milton, tandis que d’autres applaudirent ce magnifique exemple de plaidoirie. Afin de calmer les esprits, le juge Marshall ordonna 30min d’interruption d’audience.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une fois le calme rétablit, le juge Marshall exigea que le reste du procès ait lieu à huit clos, afin que ce genre de débordement ne se renouvellent pas.<br />
<br />
Il ne restait plus que O’Neil, Satan, Milton et les juges.<br />
<br />
Marshall s’était entretenu avec ses collègues durant l’interruption, et bien que n’ayant pas fait officiellement de verdict, ils commençaient à avoir une petite idée de ce qu’il conviendrait de trancher.<br />
<br />
« Maitre Milton » dit le juge « Vos démonstrations, bien que très habiles, n’ont fait que démontré que votre client à des circonstances atténuantes pour ses crimes, mais pas qu’il en soit innocent…<br />
<br />
– Alors là votre honneur nous avons pourtant ici un cas qui me semble parfaitement clair du point de vue de la Loi et…<br />
– Suffit ! cette cour à parfaitement saisie votre petit manège, mais le procureur O’Neil m’a fait par d’un nouveau témoignage qui remet en cause vos dires… monsieur le procureur ?<br />
– Merci votre honneur. J’aimerai appeler mon second témoin à la barre : le père Noel ! »<br />
<br />
Cette fois Milton était vraiment surpris. Par convention, le père Noel ne prenait pas parti dans l’affrontement entre le Bien et le Mal…<br />
<br />
Le jovial barbu entra encadré par deux gardes armées qui le conduisirent jusqu’à la barre.<br />
<br />
« Votre honneur, j’attire votre attention sur le fait que nous avons du mettre en place une sécurité importante pour protéger le témoin car nous savons de source sûre que Satan avait pour projet de l’éliminer.<br />
– C’est faux ! » Hurla Satan « C’est Maitre Gims qui à voulut saboter Noel ! c’est encore une calomn… »<br />
<br />
Milton ceintura Satan et l’empêcha de parler en mettant sa main sur sa bouche.<br />
<br />
« Excusez mon client » dit-il au juge « il s’est un peu emporté mais je vous promets que ça ne se reproduira plus. Pas vrai Satan ? »<br />
<br />
L’intéressé hocha doucement la tête en signe d’approbation, et c’est seulement à ce moment que Milton retira sa main. O’Neil de son côté savait qu’il allait porter le coup fatal à la défense de Satan et s’empressa de faire parler le vieil homme au costume rouge.<br />
<br />
« Cher père Noel : cette année pour Noel j’aimerai que Satan soit condamné comme il se doit pour ses crimes…<br />
– Oh oh : ça n’est pas très bien mon p’tit O’Neil, tu devrais souhaiter des choses positives et…<br />
<br />
– Ouais mais non là on s’en fiche ! père Noel, vous êtes depuis des années une référence en matière de surveillance et de fichage de la population : votre célèbre liste des enfants gentil et méchant est utilisé par les parents de tous pays pour savoir si leurs enfants méritent ou pas des cadeaux.<br />
– C’est un peu plus compliqué mais… oui oui c’est ça.<br />
– Bien… Est ce que tout le monde figure sur cette liste ?<br />
<br />
– Oui bien sûr : mon équipe travail d’arrache pied pour que la liste soit à jour<br />
– Et est ce qu’elle concerne aussi la population angélique du Paradis ?<br />
– Oui… et croyez le ou non mais ça n’est pas si évident que ça ! parce que même au Paradis il y’a des méchants enfants qui…<br />
– Merci mais ça n’est pas le sujet père Noel… revenons en à la liste : est ce qu’elle concerne la population des enfers ?<br />
– Oui, même les Enfers ont droit à leur petit Noel.<br />
– C’est charmant dites donc… et est ce que Satan est sur la liste ? »<br />
<br />
Le père Noel se mit à transpirer, a la fois à cause de son gros manteau et du chauffage, mais aussi parce qu’il redoutait les conséquences de son témoignage.<br />
<br />
« Euh… oui… Satan est sur une de mes listes…<br />
– Fort bien… » dit O’Neil en articulant de plus en plus lentement comme un serpent s’enroulant autour de sa proie « et peut on savoir où est Satan ? sur la liste des méchants enfants ou bien sur celle des gentils enfants ? »<br />
<br />
Le père Noel se tourna vers Satan et dit :<br />
<br />
« Pardonne moi Lulu… le FBI à trouvé des preuves contres moi… je suis obligé de leur dire !<br />
– Je t’en veux pas Noel : Tu dois faire ce qu’il y’a de mieux pour toi et les Lutins » dit Satan dans un surprenant accès de bravoure.<br />
<br />
Le père Noel tira de sa poche un calepin de cuir beige dont il fit rapidement tourner les pages. s’arretant soudainement, il pointa une ligne du doigt et la fit voir aux juges. Il y’avait le vrai nom de Satan sous la colonne « enfants méchants »…<br />
<br />
« La preuve est faite votre honneur ! » jubila O’Neil « c’est le père Noel lui même qui nous confirme ce que nous pensions : Satan est méchant ! »<br />
<br />
L’affaire semblait entendu, mais Milton ne voulait pas abandonner : s’il devait perdre, il abattrait toutes ses cartes. Il tira son téléphone de sa poche et composa le 666.<br />
<br />
Après tonalité, quelqu’un décrocha et s’annonça dans une langue étrange :<br />
<br />
« 666 Hotline du Vice, Chypiakyalinaraba à l’appareil j’écoutes ?<br />
– Chypi ? c’est Milton : il faut que tu me rendes un grand service Princesse… comment ça qu’est ce que je portes ? je ne vois pas le rapport…. bon j’ai besoin que tu demandes à Kap qu’il fasse un appel 111 pour moi parce que Satan à un procès et que… Je ne t’ai pas demandé ce que tu portais non plus Chypi ! bon tu as bien compris le message ? ok…. Non je ne crois pas que je pourrais te présenter Satan pour l’instant vu qu’il risque de finir en QHS si tu ne bouges pas ton joli petit derrière ! »<br />
<br />
Milton raccrocha l’appel pour ne plus entendre les élucubrations de la succube.<br />
<br />
Pendant ce temps, le jury s’était concerté et semblait prêt à aller délibérer. Milton les arrêta in extremis.<br />
<br />
« Pardon Messieurs ! mais suite à cet appel je voudrais présenter à mon tour un témoin exceptionnel<br />
– Maitre Milton, votre tenacité vous honnore, mais je crois qu’après le témoignage du père Noel, la moralité de votre client est définitivement une cause perdue.<br />
– Acceptez au moins d’entendre mon témoin ?<br />
– Et de qui s’agit il ? »<br />
<br />
Ménageant son effet, Milton laissa s’écouler une petite seconde avant de dire à haute et forte voix :<br />
<br />
« J’appelle maintenant à la barre… DIEU ! »<br />
<br />
Aussitôt une lumière vive, presque aveuglante, illumina le siège du témoin.<br />
<br />
« Dieu, merci d’avoir prit le temps de venir : je sais que vous êtes très occupé avec l’univers à vous occupé et c’est d’autant plus appréciable de vous avoir parmis nous.<br />
– Mais je t’en prie Milton… c’était bien normal » dit une voix éthérée venant de toutes part<br />
– Dieu vous êtes en quelque sorte le père de Satan. Est ce exact ?<br />
– Oui, car je suis le père de toute chose<br />
<br />
– Donc en tant que son créateur vous avez une sorte de responsabilité a ses actions ainsi qu’a ces choix ?<br />
– Oui tout à fait… et c’est pour ça que j’ai souhaité témoigné. Mon p’tit Lulu j’ai honte de t’avoir laisser ainsi porter un tel fardeau, mais il est temps que j’avoue tout… »<br />
<br />
Plus personne ne respirait dans le tribunal<br />
<br />
« Satan est mon ange le plus fidèle et le plus dévoué ! c’est ma plus grande fierté !<br />
<br />
– Objection ! » dit O’Neil « C’est… c’est…<br />
<br />
– Allons procureur : vous n’allez quand même pas objecté une déclaration de Dieu quand même ? » ajouta Milton sur le point d’éclater de rire  » Pardon Dieu, pouvez vous reprendre ?<br />
– Oui… Pour guider l’humanité j’avais besoin de quelqu’un pour faire le sale boulot. Pour vous juger et vous punir… nan mais franchement vous vous êtes jamais demandé pourquoi Satan châtiait les criminels en enfer ?<br />
– Donc vous dites que vous avez confié à Satan la tache indispensable mais ingrate de faire payer aux humains LEURS crimes ?<br />
– Oui<br />
<br />
– Et vous sous entendez que vous avez donné à Satan le pouvoir de tentation afin de s’assurer de la sincérité de leurs démarches ?<br />
– Ça c’est vous qui venez de l’extrapoler mais c’est vrai malgré tout<br />
– Donc on peut dire que Satan n’est pas votre adversaire mais votre homme de main ?<br />
– Oui !<br />
<br />
– Alors ainsi soit-il votre honneur ? »<br />
<br />
La lumière divine disparut aussi soudainement qu’elle était venue. Satan était figé, le visage plein de larme.<br />
<br />
« Vous avez entendu Milton… il à dit qu’il était fier de moi ! mais pourquoi il me l’a jamais dit ?<br />
– C’est un type spéciale ton père tu sais… mais je suppose qu’il avait ses raisons. En tout cas ça prouve qu’il à toujours gardé un oeil sur toi. »<br />
<br />
Abasourdi, le juge Marshall frappa solennellement de son marteau.<br />
<br />
« Suite à l’intervention divine dont nous avons été témoin, nous autres de cour suprême des état unis d’Amérique nous rangeons à l’avis de Dieu et déclarons Satan non coupable pour les crimes de l’humanité. Cette dernière est invité à porter elle même le poids de ses crimes. La séance est levée ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours plus tard, dans la cité de Dis, bureau de la Hotline.<br />
<br />
« Chypi… c’est quoi ce bordel ! » dit Prof en hurlant « y’a des fleurs partout ! ça me rend dingue toutes ces jolies couleurs ! je vais devenir violent !<br />
– Pfff… brute va ! c’est un cadeau de MONSIEUR Satan en personne !<br />
– Satan t’envoi des fleurs ? il doit vraiment plus savoir quoi foutre de son pognon le Patron !<br />
– figure toi que je lui ai éviter de se faire abuser par des taulards en rût !<br />
– Et comment t’as fait ça ? t’as pris sa place ? ahahaha !<br />
– Espèce de…<br />
– Oh ! c’est quoi ce cirque ! » dit Kap qui venait d’apparaître dans le bureau dans un déluge de flamme « Arretez de croire que parce que le procès de Satan est fini qu’on va se la couler douce : les affaires continuent les p’tits gars, alors casque sur les oreilles et répondez à vos appels ! »<br />
<br />
Kap avait raison : même si l’humanité avait fait le procès de Satan, tant qu’elle resterait incapable de d’admettre qu’elle était coupable des crimes dont elle l’avait accusé, il y aura toujours un monde d’écart entre le ciel et l’enfer…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Satan levez-vous !**

Satan regardait avec émerveillement le grand lustre brillant et clair qui scintillait à mi chemin du plafond style 19eme de la cour.

Pardon : de la cour suprême.

Appelé aussi « Temple of Justice », ce bâtiment et plus précisément cette salle était le pinacle de la loi et de l’ordre aux états unis depuis sa création en 1789. Anciennement logée au Capitol voisin, la cour suprême eu droit à son propre édifice en 1935. Son allure de temple grec devait inspirer la grandeur et les idéaux de la justice.

Enfin ça c’était pour le principe.

Le rôle de la cour suprême était de rendre des jugements sur ce qui ne pouvait se décider ailleurs. C’était une cour sans appel possible et dont le jugement faisait autorité, même à la souveraineté des états, ce qui lui donnait une puissance considérable. Il n’en fallait pas moins pour l’affaire qui nous concernait en ce pluvieux jour d’Avril…

« La cour suprême va s’ouvrir sous la présidence de l’honorable juge Marshall. Levez vous ! »

Sitôt que le greffier eut donné cet ordre, toute l’assistance respecta la consigne et se leva. Perdu dans ses rêveries à force contempler le lustre, Satan eu un petit instant de décalage avec les autres dont il s’excusa d’un geste de la main et d’un « désolé » du bout des lèvres tandis qu’il s’excutait.

Le juge Marshall entra alors, vêtu de la traditionnelle robe noire qui accompagnait sa fonction, et prit place sans cérémonie tandis que les autres juges firent de même autour de lui.

Et oui, en l’occurrence ce n’est pas un seul juge qui officiait, mais un collège de 8 Associate Justice présidé par le Chief Justice. A 9 contre un, la côte n’était clairement pas en faveur de Satan.

Marshall tira sur ses lunettes à verre progressif pour lire ses notes et entamer les débats. Il se pinça les lèvres pour les humidifier et frappa 3 fois de son marteau pour ouvrir la séance.

« La cour suprême agira aujourd’hui exceptionnellement en tant que tribunal étant donnée le caractère extrêmement particulier de l’affaire qui oppose les états unis d’Amérique au dénommé Satan. Ce dernier est accusé des crimes suivant : perversion de la jeunesse, incitation à la violence, au suicide, à la masturbation, au blasphème, ainsi que de 3 899 autres chefs d’inculpations regroupés sous l’appellation « Maux de l’humanité ». A ce titre, les états unis d’Amérique réclament la réclusion à perpétuité dans une prison de sécurité maximale sans possibilité de libération. Cette mesure sera appliqué en lieu et place de la classique peine de mort étant donnée les antécédent médicaux de l’accusé qui pourrait profiter de sa mise à mort pour quitter le sol américain et se réfugier en Enfer d’où il serait légalement impossible de l’extrader. Greffier ? »

Ce dernier se leva de sa chaise et annonça les parties en présence.

« Les états unis d’Amérique seront représenté par le procureur Harvey O’Neil et son équipe. L’accusé sera représenté par… euh… »

Le greffier chercha dans ses feuilles mais ne trouva pas la réponse. Il jeta alors un œil vers le bureau ou était installé Satan, seul.

« Monsieur Satan vous n’avez pas de représentant légal ? » demanda le greffier surpris
– Euh… bah en fait j’avais un avocat commis d’office, mais il semble qu’il ait refusé de compromettre sa foi en prenant ma défense.
– Hum… c’est ennuyeux ça ! La cour suprême ne peut pas repousser une échéance, vous devez comparaître !
– Ah non mais vous inquiétez pas j’ai appelé quelqu’un, il va arriver d’ici… pfff même pas 5min ?
– Monsieur Satan n’essayez pas de gagner du temps : si votre représentant n’est pas là vous serez tenu d’assurer votre propre défense : suis je clair ?
– Oui oui tout à fait ! tout à fait ! » dit Satan en réajustant]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 25 Jan 2016 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-01-25T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 26 : Docteur Qui ? #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep26/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Docteur Qui ?**<br />
<br />
*(cette histoire est une fanfic sur docteur Who dont le sujet m’a été proposé par les membres du forum « devenir écrivain » : merci à eux pour cette matière et pour le challenge !  Sinon sachez que je me base sur le Docteur version David Tennant (mon préféré) dans ce récit)*<br />
<br />
Une voix résonnait fort dans la tête du Docteur… ou bien avait-il un épouvantable mal de crane ? le genre de ceux qu’on mesure sur l’échelle de Richter et que vous vous ramassez après une soirée un peu trop arrosée dans un pub londonien.<br />
<br />
« Docteur ? vous m’entendez ? »<br />
<br />
Où était l’image ? oh ! bien sûr : encore fallait il ouvrir les yeux. Ce que le Docteur aperçut fut le plus beau ciel d’azur qu’il ait eu l’occasion de voir de sa pourtant très longue vie. Mille nuances du plus pur des bleu dansaient au dessus de sa tête, formant un spectacle si extraordinaire que le Seigneur du Temps en resta bouche bée. Il sentit sous ses doigts la fraîcheur d’un sol terreux couvert d’une herbe encore fine.<br />
<br />
Le printemps ?<br />
<br />
Encore groggy, il prit le temps de bien respirer, de sentir ses muscles retrouver un peu de tonus, et…<br />
<br />
Une tête se pencha sur lui, le faisant sursauter d’effroi.<br />
<br />
« N’ayez pas peur Docteur… »<br />
<br />
La douce jeune femme qui venait de dire ses mots avait la voix la plus envoûtantes qu’il ait jamais entendu de… attendez… comment ça se fait que…<br />
<br />
Mais qu’est ce qui se passe ?<br />
<br />
« Mais qu’est ce qui se passe ? » se dit le Docteur pour lui même en se redressant. Il observa d’un coup d’œil les alentours : il se trouvait dans une sorte de jardin paradisiaque, ou la nature bien que libre et vivace suivait des lignes symétrique et trop harmonieuse pour n’être qu’un heureux fruit du hasard. Et puis il y’avait ces statutes, posé ça et là, toutes faites d’une matière lisse et noire comme le fin fond de l’univers.<br />
<br />
La jeune femme posa sa main sur l’épaule du Docteur pour attirer son attention. Elle était glacée, à tel point que même a travers ses vêtements le Galiffreyien put le sentir et en frissonnât jusqu’au plus profond de son âme. Réalisant ce qu’elle avait fait, la jeune femme retira sa main et rabattit sur sa tête la capuche de sa tunique noir ébène.<br />
<br />
« Pardonnez-moi…  » dit elle confuse « Je ne voulais pas vous effrayer.<br />
– Euh… ne vous en faites pas, ça va aller, euh… auriez vous une idée de comment je suis arrivé ici ? D’ailleurs c’est où ici ?<br />
– C’est moi qui vous ait conduit ici : j’ai besoin de votre aide<br />
– Oh ? et bien ma foi… c’est quoi votre nom déjà ?<br />
– Je m’appelle Mort… »<br />
<br />
Et disant cela, la jeune femme retira sa capuche. Si on ne la fixait pas, c’était une belle jeune femme au teint de porcelaine et à la longue chevelure aussi sombre que le vide sidérale. Mais dès que le Docteur plongea son regard dans le sien, l’image de la jeune femme se troubla, laissant entrevoir à la place de ses yeux de larges orbites emplies de néant. Le froid que le Docteur avait senti se répandait tout autour de la jeune femme, accompagné d’un lourd sentiment de mélancolie.<br />
<br />
Fort de son expérience d’aventurier spatio temporel, le Docteur resta calme et écouta avec attention.<br />
<br />
« J’ai put créer un lien télépathique avec votre TARDIS pour qu’il m’aide à ouvrir une brèche dans le flux temporel. C’est lui qui actuellement maintient le point d’ouverture qui m’a permis de vous en soustraire et de vous donner substance dans ce monde »<br />
<br />
Le Docteur sorti de sa veste son fidèle tournevis sonique et commença à l’agiter autour de Mort et de l’air environnant. Il fixa le voyant surmontant le mécanisme, et sans vraiment qu’on sache comment, en interpréta un résultat.<br />
<br />
« Fascinant : il n’y aucun substra temporel ici… c’est un univers de poche c’est ça ?<br />
– Non, ce n’est pas un repli dimensionnel, vous êtes ici dans un « mentaverse » : une zone de convergence des manifestations allégorique.<br />
– Diantre… alors si je comprends bien, et sachez le :  je comprends toujours bien, cet endroit est un condensa des formes conceptuels. Surprenant, mais pas improbable… cela explique l’absence de flux temporel. Et donc si suis ce raisonnement… vous êtes donc véritablement la grande faucheuse ? »<br />
<br />
Mort grimaça en se pinçant les lèvres<br />
<br />
« Je n’aime pas trop ce surnom là.<br />
– Pourtant c’est ce que vous faites : vous frappez sans discernement les vies pour les faire disparaître à jamais ?<br />
– Etes vous déjà mort pour prétendre savoir comment je procède ?<br />
– Hum techniquement oui, mais j’avoue que dans mon cas ça serait vous mentir de dire que je n’ai pas un peu tricher avec le protocole…<br />
– Je le sais bien : vous les seigneurs du temps vous n’avez cesse de me tourner en bourrique avec vos régénérations.<br />
– Vous aurais je vexée ? j’avoue avoir du mal à vous accorder quelques sympathies que ça soit, au vu du nombre de mes amis que vous avez « fauchés » et…<br />
– Suffit » dit la Mort des sanglots dans la voix « Pensez vous que j’y retire quelques plaisir que ce soit ? imaginez vous une seule seconde qu’arracher un enfant qui vient de naître a ses parents m’apporte une quelconque satisfaction ? Et bien non ! Je ne suis qu’un instrument, et j’essaye de faire ma part du mieux qu’il soit.<br />
– Dame Mort vous semblez savoir exactement qui je suis, et donc vous savez aussi que je suis un de vos plus farouches adversaires ?<br />
– Vous vous trompez Docteur : nous ne sommes pas ennemis.<br />
– Allons bon ? vous allez me dire qu’un docteur n’est pas l’ennemi naturel du trépas ?<br />
– Du trépas, mais pas de la Mort en elle même. Vous luttez contre ce qui conduit à moi, pas contre moi même. N’ai je pas raison ? »<br />
<br />
La réponse de Mort interpella le Docteur et lui fit dresser un sourcil.<br />
<br />
« C’est un point de vu intéressant je dois l’admettre… fort bien : je vous accorde le bénéfice du doute dame Mort… ainsi donc vous m’avez solliciter pour que je vous aide ? et à quoi donc je vous prie ?<br />
– A sauver le Mentaverse : un mal terrible s’y répand et s’attaque à nous !<br />
– Quand vous dites « nous » je suppose que cela fait allusion aux autres allégorie qui arpentent ce charmant jardin ?<br />
– Exact<br />
– Donc selon ce postula je pourrais trouver dans les alentours aussi bien la Colère, la Poésie ou le Karaoké ?<br />
– Le Karaoké est une des facettes de la Musique, mais c’est à peu prêt ça<br />
– Fascinant… et donc vous dites qu’une menace pèse sur les allégories ?<br />
– Oui, un virus… ou une maladie, je ne sais comment le définir, est en train d’attaquer tout les habitants du mentaverse.<br />
– De quelle façon ?<br />
– Je ne saurais vous le dire mais… soudainement les allégories se voient pétrifié et changer en ces horribles statues noires.<br />
– Je vois… » dit le Docteur en leur adressant un regard rapide.<br />
– Il faut trouver une solution : si le mentaverse disparaît alors la réalité sera irrémédiablement touchée dans des proportions dantesque.<br />
– Ah les apocalypses… toujours aussi compliquée à résoudre ! Bon… écoutez Mort, vous m’avez convaincu. Je penses qu’en réalité je suis dans le TARDIS en train de faire une drôle de rêve suite à une mémorable soirée de beuverie, mais même si c’est le cas l’idée de sauver votre monde m’amuse ! alors vrai ou pas quelle importance ?<br />
– Merci Docteur »<br />
<br />
Ce dernier se releva de terre, épousseta sa veste et se dirigea vers la statue la plus proche, à moins d’une dizaine de mètre de là ou il était arrivé. Il approcha le tournevis sonique du monolithe noir et commença à le sonder de bas en haut.<br />
<br />
Deux pas derrière lui, Mort l’observait silencieusement.<br />
<br />
« J’ai peut être une bonne nouvelle Mort… heu… écoutez je vais avoir vraiment du mal à vous appeler comme ça. Ne pourrais je pas vous donner un nom plus… usuel ?<br />
– Mes amis m’appelle Maureen<br />
– Ah ! mais c’est parfait : très charmant en plus ! Je me sens plus à l’aise à l’idée de converser avec Maureen plutôt qu’avec… enfin l’autre nom quoi<br />
– Je suis désolé… »<br />
<br />
Le Docteur regarda Maureen remettre à nouveau sa capuche sur sa tête pour masquer son visage. Il imagina alors l’immense fardeau qu’elle devait porter et toute la haine que la Vie entière lui vouait. Et pourtant, elle était là a se démener pour aider les autres…<br />
<br />
Le tournevis émis son habituel sifflement.<br />
<br />
« Sapristi ! » s’écria le docteur les yeux rivés sur le voyant du tournevis « C’est bien ce que je pensais : vos amis sont prisonnier d’une forme de stase que je n’avais jamais vu avant… on dirait que quelqu’un ponctionne leur énergie à distance, mais ça ne les tue pour autant…<br />
– C’est peut être parce que ici le temps n’a pas court ?<br />
– Théorie intéressante Maureen » dit le Docteur par politesse « On va suivre le flux d’énergie, il nous conduira forcément à celui qui le ponctionne. On pourra alors trouver une façon de les délivrer »<br />
<br />
Guidé par les indications du tournevis sonique, le Docteur s’engagea dans le jardin tout en restant aux aguets. Dans ce genre de situation, la menace pouvait tomber plus vite que la pluie en Ecosse.<br />
<br />
Maureen qui était toujours derrière lui, semblait avoir peur.<br />
<br />
« Ne vous vexez pas chère Maureen, mais je suis très intrigué de voir la Mort avoir peur ainsi…<br />
– Je vous rassure Docteur, j’ai justement trop peur pour prendre ombrage de vos remarques dénuées de délicatesse… » dit la jeune femme en scrutant chaque buissons et chaque arbres.<br />
– Je… excusez moi » dit le Docteur avec sincérité « C’est vrai que même si vous suscitez la peur la plus universelle de tous les univers, ça ne veux pas dire que vous y êtes immunisée<br />
– Ravie de voir que 900 ans de voyage dans l’espace et le temps vous permettent de conclure en 10min ce qui devrait être une évidence pour quiconque ayant un cœur… Pourquoi êtes vous si hostile envers moi ?<br />
– Je ne le sais pas moi même Maureen. Je pense en fait que la raison c’est que vous êtes mon reflet, celui de mes échecs et des mes fautes les plus graves… Allez : continuons »<br />
<br />
Tapis dans l’ombre, une entité menaçante suivait Maureen et le Docteur. Ce dernier fit mine de ne pas l’avoir vu. Il ralentit le pas pour s’approcher de Maureen et lui susurra à l’oreille :<br />
<br />
« Je pense qu’un humanoïde nous talonne depuis environ 5min…<br />
– Je l’ai senti moi aussi. Qu’est ce qu’on fait ?<br />
– Et bien… pour le moment il  semble simplement nous observer donc… autant rester calme et ne lui donner aucune occasion de s’en prendre à nous ?<br />
– D’accord. Mais s’il attaque ?<br />
– Et bien c’est là ou je voulais en venir… il faudrait si possible capturer notre poursuivant<br />
– Mais comment ça ?<br />
– Vous brûlez les étapes Maureen : je ne sais même pas à quoi nous avons à faire.<br />
– Je pensais que vous aviez un plan !<br />
– J’ai un plan : il est juste incomplet pour l’instant… Ne me regardez pas comme ça ! si vous avez fait appel à moi je suppose que c’est parce que vous m’avez vu agir ? vous ne devriez pas être surprise à ce point.<br />
– Non je ne le suis pas. Je réalise juste à quel point les légendes sont vraies<br />
– Allons bon ? des légendes sur moi ?<br />
– Vous savez comment vous surnomment les Daleks ?<br />
– Oui : « La tempête qui approche » ! un peu trop théâtrale à mon gout…<br />
– C’est pourtant ce qui vous décrit le mieux Docteur. Vous êtes une puissance destructrice : votre pouvoir de nuisance est sans limite…<br />
– Cherchez vous à me provoquer Maureen ? » coupa le Docteur dont le regard s’était assombrit<br />
– Vous voyez ? cette force en vous qui commence à apparaître, et qui en un instant pourra tout balayer à la surface de cette planète…<br />
– J’en viens presque à souhaiter qu’on nous attaque pour vous faire taire !<br />
– Vous allez être exaucé… »<br />
<br />
A peine le temps de comprendre qu’un homme en costume de pirate se balançant au bout d’un cordage percuta le Docteur à toute vitesse, le faisant s’écrouler lourdement sur le sol.<br />
<br />
« Regardez ce que je te tiens ! » dit le pirate en se laissant tomber au sol tout en fixant le Docteur « tu seras mon plus beau trophée ! »<br />
<br />
Maureen releva sa capuche et s’interposa entre le pirate et le seigneur du temps tandis que celui-ci reprenait son souffle.<br />
<br />
« Dégage de là fillette : c’est pas toi que je veux, tu le sais !<br />
– Laisse le, et dit à ton maître que c’est la dernière chance que je lui concède de quitter le mentaverse<br />
– Sinon quoi ? tu vas lui envoyer le fameux Docteur ? »<br />
<br />
Ce dernier qui avait reprit ses esprits se releva et invectiva le pirate avec véhémence :<br />
<br />
« Hey là monsieur : dois je comprendre que vous me lancer un défi devant la Mort elle même ? Vous rendez vous compte qu’en ce moment je suis dans ces bonnes grâce ?<br />
– Ça ne change rien foutriquet : c’est pas ta vie que je veux ! »<br />
<br />
Le pirate dégaina son sabre, et de sa main libre tira de sa ceinture un étrange objet qui ressemblait à un injecteur à aiguille entièrement fait de métal. Sa surface était si poli qu’on aurait dit un miroir, et de son dard menaçant de 3 bon centimètre coulait un liquide vert sombre.<br />
<br />
« C’est dommage… » glissa le Docteur à Maureen « dans mon TARDIS j’ai une superbe épée que m’a offert d’Artagnan en personne. Un type très charmant »<br />
<br />
Le pirate hurla comme un forcené et se jeta sur le Docteur, sabre en avant. Arrivé à porté de sa cible, il lança un vif coup d’estoc que le seigneur du temps évita de justesse. Profitant du petit battement qu’il y’allait avoir avant que son adversaire ne puisse armer une nouveau coup, il lui attrapa la main tenant l’arme tout en surveillant celle tenant l’aiguille.<br />
<br />
Le pirate était un solide gaillard, aux larges épaules et aux bras puissant bien que noueux. Engager le corps à corps n’avait pas été la meilleur des idées, mais elle permettrait au moins au Docteur de gagner un peu de temps, et à Maureen de s’enf…<br />
<br />
L’homme s’écroula raide mort devant le docteur sans que celui-ci ne comprenne rien.<br />
<br />
Du moins jusqu’à ce qu’il voit Maureen, la main encore tendu dans la direction du pirate. Une fois encore, elle masqua son regard sous les plis de sa capuche.<br />
<br />
« Pourquoi vous avez fait ça ?! » hurla le Docteur « J’aurai pu trouver un moyen de le neutraliser !<br />
– Il n’y en avait pas » dit sechement Maureen<br />
– Il y’a toujours un…<br />
– VOUS NE COMPRENEZ PAS !? Vous êtes si aveugle que ça ? Vous ne pouvez pas sauver tout le monde ! des gens doivent mourir, c’est comme ça !<br />
– Non c’est faux : ce que vous avez fait est un choix, ce n’est pas une fatalité… vous n’êtes PAS une fatalité !<br />
– Docteur… c’est vous qui alliez mourir : je sens ses choses là. Si j’avais agit comme je suis censé le faire, c’est vers vous que ma main aurait du se tendre. J’ai prit la vie de cette homme parce que pour une fois j’ai choisi de ne pas suivre ce que je suis censé faire. Comprenez vous l’importance que vous avez à mes yeux ? ne voyez vous pas les espoirs que je fonde en vous ? »<br />
<br />
Le Docteur se passa la main sur la tête, tout à la fois furieux par ce qu’avait fait Maureen que bouleversé par ce qu’elle venait de lui faire comprendre. Et si lui aussi finalement portait un poids infiniment lourd sur les épaules ?<br />
<br />
Cherchant a retrouver son calme, le Docteur décida de revenir a des pensées plus pragmatiques.<br />
<br />
« Vous m’avez menti tout à l’heure pas vrai ? vous savez exactement ce qui se passe ici ?<br />
– Oui, mais j’ai préférer rester prudente parce que je savais qu’on me faisais suivre<br />
– Qui ça ?<br />
– Celui qui dirige cette armée se fait appeler le Major…<br />
– Une armée ?<br />
– Ils sont des centaines, et ils arpentent le mentaverse pour injecter ce venin aux allégories. Ils appellent ça le « Bien copié » : c’est ça qui fige les miens »<br />
<br />
Le Docteur ramassa l’injecteur et en fit l’analyse.<br />
<br />
« L’injecteur en lui même n’a rien de particulier. J’ai vu des modèles comme ça dans 5 ou 6 galaxies différentes… par contre ce fameux venin… En fait c’était ça votre plan ?<br />
– Quoi ?<br />
– Vous aviez besoin d’un appât pour tuer un de ses hommes, et tant qu’a faire quelqu’un qui soit capable de vous dire ce que c’est que ce truc n’est ce pas ?<br />
– C’est… une façon de voir les choses…<br />
– Je crois que si un jour j’en venais à faire ce que vous faites je me détesterai…<br />
– Vous avez déjà agit ainsi. Mentir à un mourant pour lui épargner la peur, tromper quelqu’un pour sa propre sécurité… allons Docteur ne vous faites pas plus vertueux que vous ne l’êtes ! »<br />
<br />
Le Docteur resta interdit. Il fût étonné de constater que dans ce monde, ses souvenirs lui revenaient très facilement, et avec force de détails. Il pensa à Rose, et a ce qu’il n’avait jamais pu lui dire…<br />
<br />
Le seigneur du temps abandonna l’injecteur sur le corps du pirate, persuader que la complexité de la structure physique de cet univers l’empercherait de faire une analyse rationnel.<br />
<br />
« Docteur » demanda Maureen avec timidité « Je regrette sincèrement ce qui s’est passé…<br />
– Quoi ? pour le pirate… ça me fait mal de l’admettre mais vous n’aviez pas complètement tort.<br />
– Non je veux dire pour ce que je vous ai caché, et pour vous avoir… manipulé d’une certaine façon. Mais si j’ai fait ça c’est parce que j’avais confiance en vous. Sachez que je fais ça pour sauver mon monde et aussi le votre. Et si pour cela vous devez me voir à jamais comme une personne abominable et bien soit… ainsi soit il ! »<br />
<br />
Dans un geste presque de défi, Maureen tira sa capuche en arrière et se tint droite comme un I. Le Docteur quant à lui l’observa avec minutie, et laissa paraître par un sourire en coin son admiration pour la force de caractère de la Faucheuse.<br />
<br />
« Et bien si maintenant les choses sont clair entre nous, il me semble que plus rien ne nous retient de sauver votre monde ? » dit le Docteur sur un ton charmeur « A moins que vous ayez un dernier secret à me confesser ?<br />
– En quelque sorte… » minauda Maureen « Depuis son arrivé notre ennemi à eu de multiple occasion de s’en prendre à moi, mais pourtant il ne l’a jamais fait… je ne sais pas pourquoi mais je suis persuadé que c’est lié à toute cette histoire. C’est comme si cet individu voulait que je subsiste… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs minutes de marche a travers le Jardin, Maureen et le Docteur arrivèrent enfin à proximité de la source du flux d’énergie. Il s’agissait d’un gigantesque vaisseau spatiale en forme de navire pirate. Au dessus du mat, dressé à pas loin de 30 mètre du sol, flottait un drapeau marqué du célèbre symbole des flibustiers : une tête de mort au dessus de deux tibias en croix.<br />
<br />
Au fûr et a mesure qu’ils s’approchaient, nos deux héros croisaient un nombre de plus en plus important de statues.  Mais ce qui inquiéta le plus le docteur, c’était que les traces dans le sol donnaient l’impression qu’elles étaient attiré vers le navire spatiale, certes à un rythme très lent, mais inexorable.<br />
<br />
Étonnamment, aucun pirate ne gardait l’accès au navire. Le Docteur en déduisit que les assaillants étaient si sûr de leur force qu’il ne voyait aucun intérêt à défendre l’accès à leur bâtiment. Cela ravi le seigneur du temps, car l’orgueil était une faiblesse très facile (et utile) à exploiter chez ceux possédant une grande puissance de feu.<br />
<br />
« Cette structure est ridiculement primitive » commentait-il tout en progressant « C’est un mélange de technologie Jostalienne et Brestamanarvienne… le pire des deux !<br />
– Vous savez qui pourrait utiliser ce genre de mélange ? » demanda Maureen<br />
– Quelqu’un qui vise avant tout à l’économie : ce sont deux approches basique qui ne coutent pas cher à produire et à entretenir.<br />
<br />
– Et en plus nous avons à faire à un pingre…<br />
– De la pire espèce qui soit : ceux qui économisent des bouts de chandelle ! » dit le Docteur en s’arrêtant devant une grille rouillé.<br />
<br />
Il s’agissait d’une trappe de service qui servait à évacuer le stratométhane des réacteurs. Inactive à l’arrêt, elle offrait un passage directe vers les entrailles du vaisseau pour peu qu’on s’accomode de l’odeur piquante qu’offraient les résidus. Normalement ce genre de trappe se devait d’être sécurisé par une écoutille, de préférence codé numériquement, mais ici il n’y avait qu’un modeste cadenas en aggloméra d’aluminum, autant dire rien de bien difficile à briser lorsqu’on à un tournevis sonique.<br />
<br />
Le Docteur prit les devant, suivit de Maureen, et se glissa prudemment dans la conduite. Le tournevis entre les dents en guise d’éclairage, il progressait à tâtons, espérant tomber le plus vite possible sur une sortie avant de perdre le sens de l’orientation. Il fût exaucé lorsqu’une trappe auxiliaire apparut à sa droite, laissant entrevoir une des salles du vaisseau qui devait visiblement servir à du stockage.<br />
<br />
Avec la même facilité que pour la précédente grille, le Docteur força le passage. Il aida Maureen a descendre de la conduite, qui se trouvait à environ 2m du sol, et entreprit de fouiller les différentes caisses qui se trouvaient autour d’eux. Il ne s’attendait surement pas à ce qu’il allait y trouver…<br />
<br />
« Étranges… il n’y a que des livres et des DVD en provenance de la Terre ! » dit le Docteur tout en continuant sa fouille. « Qu’est ce que des pirates de l’espace peuvent faire avec tout ça… et quel est le rapport avec vos amis ? » demandat’il a Maureen.<br />
<br />
La jeune femme, pas plus capable que lui de comprendre haussa les épaules et aida à la fouille, même si le résultat fût peu concluant.<br />
<br />
Les deux intrus décidèrent de continuer leur progression, espérant pouvoir trouver le Major rapidement. Ils ne croisèrent personne, et aucun signe de vie ne laissait envisager qu’un équipage vive dans le navire. Le Docteur pensait que le navire avait un système robotique qui s’occupait des bases besognes, mais dans ce cas où étaient les pirates que Maureen prétendait avoir vu ?<br />
<br />
C’est après plusieurs minutes de déambulation que Maureen et le Docteur arrivèrent finalement devant un très grand sas qui portait la mention de « War Room ». Un coup de tournevis sonique plus tard, le sas s’ouvrit dans un lourd grincement, révélant… une salle de conférence digne de la City de Londres.<br />
<br />
Les murs de chaque côtés donnaient sur de grandes baies vitrées, elles même laissant voir le jardin et offrant une superbe lumière naturelle. la pièce, immense et large comme le vaisseau, ne comportait en son centre qu’une longue table de conférence en verre entouré de chaise design en forme d’oeuf. Au bout de la table, présidait un jeune homme en costume noir qui tapait frénétiquement sur un ordinateur portable tout en répondant au téléphone via son oreillette…<br />
<br />
« …et bien vous leur direz que c’est la clause que nous avions défini et que s’il ne sont pas content ils régleront ça avec nos avocats… mais oui je sais que c’est un vide juridique ! vous croyez que cette entreprise est fondé sur quoi ? bon écoutez je vous laisse géré ça… j’ai des clients »<br />
<br />
Le jeune homme rabaissa l’écran de son ordinateur et se leva pour accueilir ses invités.<br />
<br />
« Maureen ! enfin on se rencontre : ça faisait des semaines que je cherchais à vous contacter !<br />
– Qui êtes vous !? » demanda la Mort, la voix pleine de fureur<br />
– Hum… je manque à tous mes devoirs : excusez moi c’est à force de trainer avec tous ces pirates… Je suis le Major, et vous êtes sur mon vaisseau amiral. Oh ! mais vous devez être le fameux Docteur ? »<br />
<br />
L’intéressé ne répondit que par un froncement de sourcil.<br />
<br />
« Oula : en voila de bien méchant regard ! Mais je vous comprends… mais asseyez vous confortablement nous allons discuter de tout ça et…<br />
– Vous allez surtout nous dire ce que vous faites aux habitants du Mentaverse ! » dit le Docteur « et surtout vous allez nous dire comment leur rendre leur état initial »<br />
<br />
Le Major réajusta sa cravate et soupira.<br />
<br />
« Il semble évident que je perdrais mon temps à argumenter pas vrai ? bien… dans ce cas je vais être un peu plus radicale et ne pas vous faire languir plus longtemps Docteur. J’ai conquis le Mentaverse et je vais en jouir comme il me siet, que ça soit de cette formidable vue ou bien de ses habitants. Vous pouvez soit coopérer soit être soumis, mais dans aucun cas vous ne pourrez me stopper… »<br />
<br />
Le Docteur jeta un regard sur Maureen. Elle était terrifiée et tremblait.<br />
<br />
« Oh vous comptiez sur elle pour me vaincre Docteur ? je suis désolé de vous dire que votre amie à un léger soucis qui l’empèche d’agir contre moi…<br />
– Docteur pardonnez moi… » dit Maureen en sanglot<br />
<br />
Le seigneur du temps dégaina son tournevis sonique et le pointa vers le Major, mais aussitôt il grilla dans un éclair d’étincelle, obligeant le Docteur à le lâcher.<br />
<br />
« De la même façon que Maureen est impuissante ici, votre célèbre gadget ne vous sera d’aucune utilité. Maintenant laissez moi vous injecter ceci que je puisse reprendre ma conférence téléphonique voulez vous ? »<br />
<br />
Le Major sorti de sa poche un injecteur de « bien copié »<br />
<br />
« Si vous ne résistez pas ça ira vite, et je vous promets que vous ne souffrirez pas…<br />
– M’accorderez vous une dernière faveur ? » demanda le Docteur<br />
– Ne vous inquietez pas pour elle, je ne lui ferait rien.<br />
– Je voulais surtout connaitre le fin mot de tout ça… »<br />
<br />
Le Major éclata de rire.<br />
<br />
« C’est vrai qu’en tant que méchant de cette histoire je devrais vous faire mon monologue et vous donner l’occasion de prendre l’avantage…<br />
– Mais vous ne le ferez pas n’est ce pas ?<br />
– Non, en effet. Je suis un homme fonctionnel avant tout, et je ne prends pas de risque.<br />
– Alors dans ce cas… »<br />
<br />
Le Docteur attrapa Maureen par le cou et s’en fit un boulier.<br />
<br />
« Que diriez vous si je lui brisais la nuque ? ça serait intéressant de voir si la Mort peut mourir ?<br />
– Non attendez ! » dit le Major paniqué « ne faites pas ça !<br />
– Pourquoi ? parce que ça contrarirait votre plan ? désolé mais sans le connaitre j’ai un peu de mal a voir où est le mal…<br />
– Arretez vous êtes cinglé ! si vous tuez la mort vous aller briser tout le Mentaverse !<br />
– Et ça vous dérangerais pas vrai ? vous et votre Copyright hein ? »<br />
<br />
Le Major resta bouche bée..<br />
<br />
« Vous avez deviné ?<br />
– Evidement ! lorsque nous avons trouvé tout ces livres et ses films, ça m’a mit la puce à l’oreille. C’est un plan très brillant Major : conquérir le Mentaverse c’est l’ultime moyen de conquérir le monde. En leur injectant votre Copyright, vous paralyser les idées et les refaçonné à votre sauce. Vous empéchez quiconque d’avoir du pouvoir dessus, et donc vous devez invincible. C’est pour ça que Maureen ne pouvait pas vous faire de mal : parce que vous l’aviez déjà Copyrightée !<br />
– Vous le saviez aussi ? mais pourquoi l’avoir suivie ?<br />
– Parce que c’était la seule façon de vous atteindre Major. Depuis le début j’ai remarqué que vous nous observiez, que ça soit avec votre faux pirates ou bien toutes les satutes qui étaient devenues vos sentinelles… c’était astucieux, avec ça vous pouviez controler à vous seul le Mentaverse en transformant chaque allégorie en votre serviteur. Mais il fallait que la mort rode, parce que c’est une idée plus particulière que les autres. Il faut qu’elle soit libre pour pouvoir servir à effrayer les gens. Mais si elle venait à disparaitre, toutes les allégories et toutes les figures de l’esprits, les Dieux, les héros… ils n’auraient plus eu aucune valeur. Débarassé de la mort, la vie n’aurait plus eut aucun sens, aucune valeur ! C’est bien ça que vous faites Major ? vous spéculez sur la valeur de la vie hein ? »<br />
<br />
Le Major posa l’injecteur et leva les bras en signe de rédition.<br />
<br />
« Bravo Docteur : brillant, astucieux… vous êtes à la hauteur de votre légende. Mais… si je ne peux pas vous ajouter à ma collection je vais devoir vous faire mourir… Maureen ! réglez lui son compte ! »<br />
<br />
Maureen se dégagea de l’éteinte du docteur et se transformant en une brume noire, puis réapparut instantanément en face de lui. Elle tendit le bras, tremblotant comme si elle luttait contre elle même.<br />
<br />
« Vous pouvez résister Maureen. Vous n’avez pas à être un accessoire. La Mort n’a pas à être au service d’un mauvais narrateur qui veut se débarrasser d’un personnage !<br />
– Je… je ne peux pas…<br />
<br />
– Si vous pouvez ! je vous l’ai dit Maureen vous n’êtes pas une fatalité : vous n’êtes pas la fin de tout, et encore moins un être maléfique. Vous êtes celle qui soulage les malades, et qui donne à la vie toute son importance. C’est lui qui l’a dit : sans vous rien n’aurait de valeur ! Regardez moi Maureen ! ne cédez pas !<br />
– Le copyright me brûle de l’intérieur ! Il… il me pousse à agir ! il remplace mon esprit !<br />
– Luttez Maureen ! Vous êtes plus forte que ça ! »<br />
<br />
Le Major s’amusait de voir la Mort lutter ainsi contre sa propre nature<br />
<br />
« Vous ne faites que prolonger son agonie Docteur… si vous voulez faire preuve de compassion laissez la vous tuer…<br />
– Vous silence ! vous êtes le prochain sur ma liste ! Maureen : si vous lui cédez c’est lui qui deviendra la Mort. Il décidera de qui vit et de qui meurt.<br />
– C’est un peu ça l’idée… » renchérit le Major<br />
<br />
– Oh vous ! la prochaine fois que je vous entends je vous scelle la bouche avec un affiquet… Oh ! c’est ça Maureen ! tenez bon j’ai trouvé ! »<br />
<br />
Le Docteur ramassa son tournevis et vérifia qu’il avait fini de se régénérer. Il visa l’ordinateur du Major et appuya sur le bouton d’activation ce qui projeta une onde sonore qui vrilla les tympans à tout le monde et brisa toutes les vitres<br />
<br />
Comprenant ce qui s’était passé, le Major ce précipita sur son ordinateur pour essayer d’arrêter le Docteur. Mais c’était trop tard…<br />
<br />
« Non ! NOOOOON ! Qu’avez vous fait à mes précieux Copyright !<br />
– C’était l’évidence même : vos copyright était controlé par l’ordinateur, or une machine comme ça n’est pas capable de gérer des allégories, et du coup elle ne pouvait pas valider les copyright à l’infini. Oh bien sur vous aviez prévu le coup et mis une durée extravagante… mais voila je suis un seigneur du temps, et l’altérer et ma spécialité : vos précieux copyright ont tous expiré et les scellés ont été révoqué : toutes les allégories font donc partie du domaine publique et ce à tout jamais ! »<br />
<br />
Le Docteur aida Maureen a se relever.<br />
<br />
« En général c’est à ce moment là que tout explose : filons d’ici ! »<br />
<br />
Laissant le Major devant son écran listant les incommensurables pertes qu’il avait enregistré, Maureen et le Docteur se précipitèrent vers la sortie.<br />
<br />
***<br />
<br />
En dehors du vaisseau, les statues commençaient à se fissurer, redonnant la liberté à leurs prisonnier. Maureen allait vers chacune d’elle, enlaçant tour à tour, Liberté, Amour, Désir, Chanson, Enfance, Valétudinaire… toutes les allégories qui petit à petit se débarrassaient du carcan du copyright.<br />
<br />
Le Docteur observait la scène au loin, avec un sourire malicieux.<br />
<br />
C’est alors qu’un petit garçon arriva près de lui et lui dit :<br />
<br />
« C’est vous le Docteur ?<br />
– Oui c’est bien moi. Et toi jeune homme qui es tu donc ?<br />
– Je suis Espoir : merci de m’avoir délivré ! »<br />
<br />
Espoir reparti à toutes jambes vers les siens, laissant le Docteur ému aux larmes.<br />
<br />
Lorsque les embrassades furent finies, Maureen retourna le voir<br />
<br />
« Et bien Docteur, vous avez fait une rencontre intéressante ?<br />
– Ce n’est pas tous les jours que l’Espoir lui même vous remercie<br />
<br />
– Oh… ce n’est pas tous les jours non plus qu’un Docteur sauve la Mort pas vrai ? »<br />
<br />
Maureen enlaça le Docteur. Il n’y avait plus de froideur en elle, tout juste un peu de mélancolie.<br />
<br />
« Maureen, merci.<br />
– Merci pour quoi ?<br />
– Pour avoir prit soin de mes amis comme de mes ennemis… Pour être là pour tous. Incroyable hein ? le Docteur qui loue la compassion de la Mort<br />
– Docteur, cela fait longtemps que nous voyageons ensemble vous et moi. J’espère juste que maintenant ma présence vous sera plus supportable.<br />
– Je l’espère aussi. En tout cas je n’aurais plus peur de vous… seulement de ce qui mène à vous.<br />
– Voila des paroles bien sage mon ami.<br />
<br />
– Je vais devoir partir n’est ce pas ? je ne pourrais pas rester ici un peu ?<br />
– Vous etes déjà là Docteur… » dit Maureen en désignant quelqu’un dans la foule des allégories.<br />
<br />
Le Docteur plissa les yeux, et effectivement il put voir un homme qui lui ressemblait étrangement…<br />
<br />
« Mais… qui est ce ? » demanda le Docteur stupéfait<br />
– Il s’appelle Héros… » Dit Maureen tandis que le Docteur disparaissait petit à petit et que le flux temporelle reprenait son cours.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Docteur Qui ?**<br />
<br />
*(cette histoire est une fanfic sur docteur Who dont le sujet m’a été proposé par les membres du forum « devenir écrivain » : merci à eux pour cette matière et pour le challenge !  Sinon sachez que je me base sur le Docteur version David Tennant (mon préféré) dans ce récit)*<br />
<br />
Une voix résonnait fort dans la tête du Docteur… ou bien avait-il un épouvantable mal de crane ? le genre de ceux qu’on mesure sur l’échelle de Richter et que vous vous ramassez après une soirée un peu trop arrosée dans un pub londonien.<br />
<br />
« Docteur ? vous m’entendez ? »<br />
<br />
Où était l’image ? oh ! bien sûr : encore fallait il ouvrir les yeux. Ce que le Docteur aperçut fut le plus beau ciel d’azur qu’il ait eu l’occasion de voir de sa pourtant très longue vie. Mille nuances du plus pur des bleu dansaient au dessus de sa tête, formant un spectacle si extraordinaire que le Seigneur du Temps en resta bouche bée. Il sentit sous ses doigts la fraîcheur d’un sol terreux couvert d’une herbe encore fine.<br />
<br />
Le printemps ?<br />
<br />
Encore groggy, il prit le temps de bien respirer, de sentir ses muscles retrouver un peu de tonus, et…<br />
<br />
Une tête se pencha sur lui, le faisant sursauter d’effroi.<br />
<br />
« N’ayez pas peur Docteur… »<br />
<br />
La douce jeune femme qui venait de dire ses mots avait la voix la plus envoûtantes qu’il ait jamais entendu de… attendez… comment ça se fait que…<br />
<br />
Mais qu’est ce qui se passe ?<br />
<br />
« Mais qu’est ce qui se passe ? » se dit le Docteur pour lui même en se redressant. Il observa d’un coup d’œil les alentours : il se trouvait dans une sorte de jardin paradisiaque, ou la nature bien que libre et vivace suivait des lignes symétrique et trop harmonieuse pour n’être qu’un heureux fruit du hasard. Et puis il y’avait ces statutes, posé ça et là, toutes faites d’une matière lisse et noire comme le fin fond de l’univers.<br />
<br />
La jeune femme posa sa main sur l’épaule du Docteur pour attirer son attention. Elle était glacée, à tel point que même a travers ses vêtements le Galiffreyien put le sentir et en frissonnât jusqu’au plus profond de son âme. Réalisant ce qu’elle avait fait, la jeune femme retira sa main et rabattit sur sa tête la capuche de sa tunique noir ébène.<br />
<br />
« Pardonnez-moi…  » dit elle confuse « Je ne voulais pas vous effrayer.<br />
– Euh… ne vous en faites pas, ça va aller, euh… auriez vous une idée de comment je suis arrivé ici ? D’ailleurs c’est où ici ?<br />
– C’est moi qui vous ait conduit ici : j’ai besoin de votre aide<br />
– Oh ? et bien ma foi… c’est quoi votre nom déjà ?<br />
– Je m’appelle Mort… »<br />
<br />
Et disant cela, la jeune femme retira sa capuche. Si on ne la fixait pas, c’était une belle jeune femme au teint de porcelaine et à la longue chevelure aussi sombre que le vide sidérale. Mais dès que le Docteur plongea son regard dans le sien, l’image de la jeune femme se troubla, laissant entrevoir à la place de ses yeux de larges orbites emplies de néant. Le froid que le Docteur avait senti se répandait tout autour de la jeune femme, accompagné d’un lourd sentiment de mélancolie.<br />
<br />
Fort de son expérience d’aventurier spatio temporel, le Docteur resta calme et écouta avec attention.<br />
<br />
« J’ai put créer un lien télépathique avec votre TARDIS pour qu’il m’aide à ouvrir une brèche dans le flux temporel. C’est lui qui actuellement maintient le point d’ouverture qui m’a permis de vous en soustraire et de vous donner substance dans ce monde »<br />
<br />
Le Docteur sorti de sa veste son fidèle tournevis sonique et commença à l’agiter autour de Mort et de l’air environnant. Il fixa le voyant surmontant le mécanisme, et sans vraiment qu’on sache comment, en interpréta un résultat.<br />
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« Fascinant : il n’y aucun substra temporel ici… c’est un univers de poche c’est ça ?<br />
– Non, ce n’est pas un repli dimensionnel, vous êtes ici dans un « mentaverse » : une zone de convergence des manifestations allégorique.<br />
– Diantre… alors si je comprends bien, et sachez le :  je comprends toujours bien, cet endroit est un condensa des formes conceptuels. Surprenant, mais pas improbable… cela explique l’absence de flux temporel. Et donc si suis ce raisonnement… vous êtes donc véritablement la grande faucheuse ? »<br />
<br />
Mort grimaça en se pinçant les lèvres<br />
<br />
« Je n’aime pas trop ce surnom là.<br />
– Pourtant c’est ce que vous faites : vous frappez sans discernement les vies pour les faire disparaître à jamais ?<br />
– Etes vous déjà mort pour prétendre savoir comment je procède ?<br />
– Hum techniquement oui, mais j’avoue que dans mon cas ça serait vous mentir de dire que je n’ai pas un peu tricher avec le protocole…<br />
– Je le sais bien : vous les seigneurs du temps vous n’avez cesse de me tourner en bourrique avec vos régénérations.<br />
– Vous aurais je vexée ? j’avoue avoir du mal à vous accorder quelques sympathies que ça soit, au vu du nombre de mes amis que vous avez « fauchés » et…<br />
– Suffit » dit la Mort des sanglots dans la voix « Pensez vous que j’y retire quelques plaisir que ce soit ? imaginez vous une seule seconde qu’arracher un enfant qui vient de naître a ses parents m’apporte une quelconque satisfaction ? Et bien non ! Je ne suis qu’un instrument, et j’essaye de faire ma part du mieux qu’il soit.<br />
– Dame Mort vous semblez savoir exactement qui je suis, et donc vous savez aussi que je suis un de vos plus farouches adversaires ?<br />
– Vous vous trompez Docteur : nous ne sommes pas ennemis.<br />
– Allons bon ? vous allez me dire qu’un docteur n’est pas l’ennemi naturel du trépas ?<br />
– Du trépas, mais pas de la Mort en elle même. Vous luttez contre ce qui conduit à moi, pas contre moi même. N’ai je pas raison ? »<br />
<br />
La réponse de Mort interpella le Docteur et lui fit dresser un sourcil.<br />
<br />
« C’est un point de vu intéressant je dois l’admettre… fort bien : je vous accorde le bénéfice du doute dame Mort… ainsi donc vous m’avez solliciter pour que je vous aide ? et à quoi donc je vous prie ?<br />
– A sauver le Mentaverse : un mal terrible s’y répand et s’attaque à nous !<br />
– Quand vous dites « nous » je suppose que cela fait allusion aux autres allégorie qui arpentent ce charmant jardin ?<br />
– Exact<br />
– Donc selon ce postula je pourrais trouver dans les alentours aussi bien la Colère, la Poésie ou le Karaoké ?<br />
– Le Karaoké est une des facettes de la Musique, mais c’est à peu prêt ça<br />
– Fascinant… et donc vous dites qu’une menace pèse sur les allégories ?<br />
– Oui, un virus… ou une maladie, je ne sais comment le définir, est en train d’attaquer tout les habitants du mentaverse.<br />
– De quelle façon ?<br />
– Je ne saurais vous le dire mais… soudainement les allégories se voient pétrifié et changer en ces horribles statues noires.<br />
– Je vois… » dit le Docteur en leur adressant un regard rapide.<br />
– Il faut trouver une solution : si le mentaverse disparaît alors la réalité sera irrémédiablement touchée dans des proportions dantesque.<br />
– Ah les apocalypses… toujours aussi compliquée à résoudre ! Bon… écoutez Mort, vous m’avez convaincu. Je penses qu’en réalité je suis dans le TARDIS en train de faire une drôle de rêve suite à une mémorable soirée de beuverie, mais même si c’est le cas l’idée de sauver votre monde m’amuse ! alors vrai ou pas quelle importance ?<br />
– Merci Docteur »<br />
<br />
Ce dernier se releva de terre, épousseta sa veste et se dirigea vers la statue la plus proche, à moins d’une dizaine de mètre de là ou il était arrivé. Il approcha le tournevis sonique du monolithe noir et commença à le sonder de bas en haut.<br />
<br />
Deux pas derrière lui, Mort l’observait silencieusement.<br />
<br />
« J’ai peut être une bonne nouvelle Mort… heu… écoutez je vais avoir vraiment du mal à vous appeler comme ça. Ne pourrais je pas vous donner un nom plus… usuel ?<br />
– Mes amis m’appelle Maureen<br />
– Ah ! mais c’est parfait : très charmant en plus ! Je me sens plus à l’aise à l’idée de converser avec Maureen plutôt qu’avec… enfin l’autre nom quoi<br />
– Je suis désolé… »<br />
<br />
Le Docteur regarda Maureen remettre à nouveau sa capuche sur sa tête pour masquer son visage. Il imagina alors l’immense fardeau qu’elle devait porter et toute la haine que la Vie entière lui vouait. Et pourtant, elle était là a se démener pour aider les autres…<br />
<br />
Le tournevis émis son habituel sifflement.<br />
<br />
« Sapristi ! » s’écria le docteur les yeux rivés sur le voyant du tournevis « C’est bien ce que je pensais : vos amis sont prisonnier d’une forme de stase que je n’avais jamais vu avant… on dirait que quelqu’un ponctionne leur énergie à distance, mais ça ne les tue pour autant…<br />
– C’est peut être parce que ici le temps n’a pas court ?<br />
– Théorie intéressante Maureen » dit le Docteur par politesse « On va suivre le flux d’énergie, il nous conduira forcément à celui qui le ponctionne. On pourra alors trouver une façon de les délivrer »<br />
<br />
Guidé par les indications du tournevis sonique, le Docteur s’engagea dans le jardin tout en restant aux aguets. Dans ce genre de situation, la menace pouvait tomber plus vite que la pluie en Ecosse.<br />
<br />
Maureen qui était toujours derrière lui, semblait avoir peur.<br />
<br />
« Ne vous vexez pas chère Maureen, mais je suis très intrigué de voir la Mort avoir peur ainsi…<br />
– Je vous rassure Docteur, j’ai justement trop peur pour prendre ombrage de vos remarques dénuées de délicatesse… » dit la jeune femme en scrutant chaque buissons et chaque arbres.<br />
– Je… excusez moi » dit le Docteur avec sincérité « C’est vrai que même si vous suscitez la peur la plus universelle de tous les univers, ça ne veux pas dire que vous y êtes immunisée<br />
– Ravie de voir que 900 ans de voyage dans l’espace et le temps vous permettent de conclure en 10min ce qui devrait être une évidence pour quiconque ayant un cœur… Pourquoi êtes vous si hostile envers moi ?<br />
– Je ne le sais pas moi même Maureen. Je pense en fait que la raison c’est que vous êtes mon reflet, celui de mes échecs et des mes fautes les plus graves… Allez : continuons »<br />
<br />
Tapis dans l’ombre, une entité menaçante suivait Maureen et le Docteur. Ce dernier fit mine de ne pas l’avoir vu. Il ralentit le pas pour s’approcher de Maureen et lui susurra à l’oreille :<br />
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« Je pense qu’un humanoïde nous talonne depuis environ 5min…<br />
– Je l’ai senti moi aussi. Qu’est ce qu’on fait ?<br />
– Et bien… pour le moment il  semble simplement nous observer donc… autant rester calme et ne lui donner aucune occasion de s’en prendre à nous ?<br />
– D’accord. Mais s’il attaque ?<br />
– Et bien c’est là ou je voulais en venir… il faudrait si possible capturer notre poursuivant<br />
– Mais comment ça ?<br />
– Vous brûlez les étapes Maureen : je ne sais même pas à quoi nous avons à faire.<br />
– Je pensais que vous aviez un plan !<br />
– J’ai un plan : il est juste incomplet pour l’instant… Ne me regardez pas comme ça ! si vous avez fait appel à moi je suppose que c’est parce que vous m’avez vu agir ? vous ne devriez pas être surprise à ce point.<br />
– Non je ne le suis pas. Je réalise juste à quel point les légendes sont vraies<br />
– Allons bon ? des légendes sur moi ?<br />
– Vous savez comment vous surnomment les Daleks ?<br />
– Oui : « La tempête qui approche » ! un peu trop théâtrale à mon gout…<br />
– C’est pourtant ce qui vous décrit le mieux Docteur. Vous êtes une puissance destructrice : votre pouvoir de nuisance est sans limite…<br />
– Cherchez vous à me provoquer Maureen ? » coupa le Docteur dont le regard s’était assombrit<br />
– Vous voyez ? cette force en vous qui commence à apparaître, et qui en un instant pourra tout balayer à la surface de cette planète…<br />
– J’en viens presque à souhaiter qu’on nous attaque pour vous faire taire !<br />
– Vous allez être exaucé… »<br />
<br />
A peine le temps de comprendre qu’un homme en costume de pirate se balançant au bout d’un cordage percuta le Docteur à toute vitesse, le faisant s’écrouler lourdement sur le sol.<br />
<br />
« Regardez ce que je te tiens ! » dit le pirate en se laissant tomber au sol tout en fixant le Docteur « tu seras mon plus beau trophée ! »<br />
<br />
Maureen releva sa capuche et s’interposa entre le pirate et le seigneur du temps tandis que celui-ci reprenait son souffle.<br />
<br />
« Dégage de là fillette : c’est pas toi que je veux, tu le sais !<br />
– Laisse le, et dit à ton maître que c’est la dernière chance que je lui concède de quitter le mentaverse<br />
– Sinon quoi ? tu vas lui envoyer le fameux Docteur ? »<br />
<br />
Ce dernier qui avait reprit ses esprits se releva et invectiva le pirate avec véhémence :<br />
<br />
« Hey là monsieur : dois je comprendre que vous me lancer un défi devant la Mort elle même ? Vous rendez vous compte qu’en ce moment je suis dans ces bonnes grâce ?<br />
– Ça ne change rien foutriquet : c’est pas ta vie que je veux ! »<br />
<br />
Le pirate dégaina son sabre, et de sa main libre tira de sa ceinture un étrange objet qui ressemblait à un injecteur à aiguille entièrement fait de métal. Sa surface était si poli qu’on aurait dit un miroir, et de son dard menaçant de 3 bon centimètre coulait un liquide vert sombre.<br />
<br />
« C’est dommage… » glissa le Docteur à Maureen « dans mon TARDIS j’ai une superbe épée que m’a offert d’Artagnan en personne. Un type très charmant »<br />
<br />
Le pirate hurla comme un forcené et se jeta sur le Docteur, sabre en avant. Arrivé à porté de sa cible, il lança un vif coup d’estoc que le seigneur du temps évita de justesse. Profitant du petit battement qu’il y’allait avoir avant que son adversaire ne puisse armer une nouveau coup, il lui attrapa la main tenant l’arme tout en surveillant celle tenant l’aiguille.<br />
<br />
Le pirate était un solide gaillard, aux larges épaules et aux bras puissant bien que noueux. Engager le corps à corps n’avait pas été la meilleur des idées, mais elle permettrait au moins au Docteur de gagner un peu de temps, et à Maureen de s’enf…<br />
<br />
L’homme s’écroula raide mort devant le docteur sans que celui-ci ne comprenne rien.<br />
<br />
Du moins jusqu’à ce qu’il voit Maureen, la main encore tendu dans la direction du pirate. Une fois encore, elle masqua son regard sous les plis de sa capuche.<br />
<br />
« Pourquoi vous avez fait ça ?! » hurla le Docteur « J’aurai pu trouver un moyen de le neutraliser !<br />
– Il n’y en avait pas » dit sechement Maureen<br />
– Il y’a toujours un…<br />
– VOUS NE COMPRENEZ PAS !? Vous êtes si aveugle que ça ? Vous ne pouvez pas sauver tout le monde ! des gens doivent mourir, c’est comme ça !<br />
– Non c’est faux : ce que vous avez fait est un choix, ce n’est pas une fatalité… vous n’êtes PAS une fatalité !<br />
– Docteur… c’est vous qui alliez mourir : je sens ses choses là. Si j’avais agit comme je suis censé le faire, c’est vers vous que ma main aurait du se tendre. J’ai prit la vie de cette homme parce que pour une fois j’ai choisi de ne pas suivre ce que je suis censé faire. Comprenez vous l’importance que vous avez à mes yeux ? ne voyez vous pas les espoirs que je fonde en vous ? »<br />
<br />
Le Docteur se passa la main sur la tête, tout à la fois furieux par ce qu’avait fait Maureen que bouleversé par ce qu’elle venait de lui faire comprendre. Et si lui aussi finalement portait un poids infiniment lourd sur les épaules ?<br />
<br />
Cherchant a retrouver son calme, le Docteur décida de revenir a des pensées plus pragmatiques.<br />
<br />
« Vous m’avez menti tout à l’heure pas vrai ? vous savez exactement ce qui se passe ici ?<br />
– Oui, mais j’ai préférer rester prudente parce que je savais qu’on me faisais suivre<br />
– Qui ça ?<br />
– Celui qui dirige cette armée se fait appeler le Major…<br />
– Une armée ?<br />
– Ils sont des centaines, et ils arpentent le mentaverse pour injecter ce venin aux allégories. Ils appellent ça le « Bien copié » : c’est ça qui fige les miens »<br />
<br />
Le Docteur ramassa l’injecteur et en fit l’analyse.<br />
<br />
« L’injecteur en lui même n’a rien de particulier. J’ai vu des modèles comme ça dans 5 ou 6 galaxies différentes… par contre ce fameux venin… En fait c’était ça votre plan ?<br />
– Quoi ?<br />
– Vous aviez besoin d’un appât pour tuer un de ses hommes, et tant qu’a faire quelqu’un qui soit capable de vous dire ce que c’est que ce truc n’est ce pas ?<br />
– C’est… une façon de voir les choses…<br />
– Je crois que si un jour j’en venais à faire ce que vous faites je me détesterai…<br />
– Vous avez déjà agit ainsi. Mentir à un mourant pour lui épargner la peur, tromper quelqu’un pour sa propre sécurité… allons Docteur ne vous faites pas plus vertueux que vous ne l’êtes ! »<br />
<br />
Le Docteur resta interdit. Il fût étonné de constater que dans ce monde, ses souvenirs lui revenaient très facilement, et avec force de détails. Il pensa à Rose, et a ce qu’il n’avait jamais pu lui dire…<br />
<br />
Le seigneur du temps abandonna l’injecteur sur le corps du pirate, persuader que la complexité de la structure physique de cet univers l’empercherait de faire une analyse rationnel.<br />
<br />
« Docteur » demanda Maureen avec timidité « Je regrette sincèrement ce qui s’est passé…<br />
– Quoi ? pour le pirate… ça me fait mal de l’admettre mais vous n’aviez pas complètement tort.<br />
– Non je veux dire pour ce que je vous ai caché, et pour vous avoir… manipulé d’une certaine façon. Mais si j’ai fait ça c’est parce que j’avais confiance en vous. Sachez que je fais ça pour sauver mon monde et aussi le votre. Et si pour cela vous devez me voir à jamais comme une personne abominable et bien soit… ainsi soit il ! »<br />
<br />
Dans un geste presque de défi, Maureen tira sa capuche en arrière et se tint droite comme un I. Le Docteur quant à lui l’observa avec minutie, et laissa paraître par un sourire en coin son admiration pour la force de caractère de la Faucheuse.<br />
<br />
« Et bien si maintenant les choses sont clair entre nous, il me semble que plus rien ne nous retient de sauver votre monde ? » dit le Docteur sur un ton charmeur « A moins que vous ayez un dernier secret à me confesser ?<br />
– En quelque sorte… » minauda Maureen « Depuis son arrivé notre ennemi à eu de multiple occasion de s’en prendre à moi, mais pourtant il ne l’a jamais fait… je ne sais pas pourquoi mais je suis persuadé que c’est lié à toute cette histoire. C’est comme si cet individu voulait que je subsiste… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plusieurs minutes de marche a travers le Jardin, Maureen et le Docteur arrivèrent enfin à proximité de la source du flux d’énergie. Il s’agissait d’un gigantesque vaisseau spatiale en forme de navire pirate. Au dessus du mat, dressé à pas loin de 30 mètre du sol, flottait un drapeau marqué du célèbre symbole des flibustiers : une tête de mort au dessus de deux tibias en croix.<br />
<br />
Au fûr et a mesure qu’ils s’approchaient, nos deux héros croisaient un nombre de plus en plus important de statues.  Mais ce qui inquiéta le plus le docteur, c’était que les traces dans le sol donnaient l’impression qu’elles étaient attiré vers le navire spatiale, certes à un rythme très lent, mais inexorable.<br />
<br />
Étonnamment, aucun pirate ne gardait l’accès au navire. Le Docteur en déduisit que les assaillants étaient si sûr de leur force qu’il ne voyait aucun intérêt à défendre l’accès à leur bâtiment. Cela ravi le seigneur du temps, car l’orgueil était une faiblesse très facile (et utile) à exploiter chez ceux possédant une grande puissance de feu.<br />
<br />
« Cette structure est ridiculement primitive » commentait-il tout en progressant « C’est un mélange de technologie Jostalienne et Brestamanarvienne… le pire des deux !<br />
– Vous savez qui pourrait utiliser ce genre de mélange ? » demanda Maureen<br />
– Quelqu’un qui vise avant tout à l’économie : ce sont deux approches basique qui ne coutent pas cher à produire et à entretenir.<br />
<br />
– Et en plus nous avons à faire à un pingre…<br />
– De la pire espèce qui soit : ceux qui économisent des bouts de chandelle ! » dit le Docteur en s’arrêtant devant une grille rouillé.<br />
<br />
Il s’agissait d’une trappe de service qui servait à évacuer le stratométhane des réacteurs. Inactive à l’arrêt, elle offrait un passage directe vers les entrailles du vaisseau pour peu qu’on s’accomode de l’odeur piquante qu’offraient les résidus. Normalement ce genre de trappe se devait d’être sécurisé par une écoutille, de préférence codé numériquement, mais ici il n’y avait qu’un modeste cadenas en aggloméra d’aluminum, autant dire rien de bien difficile à briser lorsqu’on à un tournevis sonique.<br />
<br />
Le Docteur prit les devant, suivit de Maureen, et se glissa prudemment dans la conduite. Le tournevis entre les dents en guise d’éclairage, il progressait à tâtons, espérant tomber le plus vite possible sur une sortie avant de perdre le sens de l’orientation. Il fût exaucé lorsqu’une trappe auxiliaire apparut à sa droite, laissant entrevoir une des salles du vaisseau qui devait visiblement servir à du stockage.<br />
<br />
Avec la même facilité que pour la précédente grille, le Docteur força le passage. Il aida Maureen a descendre de la conduite, qui se trouvait à environ 2m du sol, et entreprit de fouiller les différentes caisses qui se trouvaient autour d’eux. Il ne s’attendait surement pas à ce qu’il allait y trouver…<br />
<br />
« Étranges… il n’y a que des livres et des DVD en provenance de la Terre ! » dit le Docteur tout en continuant sa fouille. « Qu’est ce que des pirates de l’espace peuvent faire avec tout ça… et quel est le rapport avec vos amis ? » demandat’il a Maureen.<br />
<br />
La jeune femme, pas plus capable que lui de comprendre haussa les épaules et aida à la fouille, même si le résultat fût peu concluant.<br />
<br />
Les deux intrus décidèrent de continuer leur progression, espérant pouvoir trouver le Major rapidement. Ils ne croisèrent personne, et aucun signe de vie ne laissait envisager qu’un équipage vive dans le navire. Le Docteur pensait que le navire avait un système robotique qui s’occupait des bases besognes, mais dans ce cas où étaient les pirates que Maureen prétendait avoir vu ?<br />
<br />
C’est après plusieurs minutes de déambulation que Maureen et le Docteur arrivèrent finalement devant un très grand sas qui portait la mention de « War Room ». Un coup de tournevis sonique plus tard, le sas s’ouvrit dans un lourd grincement, révélant… une salle de conférence digne de la City de Londres.<br />
<br />
Les murs de chaque côtés donnaient sur de grandes baies vitrées, elles même laissant voir le jardin et offrant une superbe lumière naturelle. la pièce, immense et large comme le vaisseau, ne comportait en son centre qu’une longue table de conférence en verre entouré de chaise design en forme d’oeuf. Au bout de la table, présidait un jeune homme en costume noir qui tapait frénétiquement sur un ordinateur portable tout en répondant au téléphone via son oreillette…<br />
<br />
« …et bien vous leur direz que c’est la clause que nous avions défini et que s’il ne sont pas content ils régleront ça avec nos avocats… mais oui je sais que c’est un vide juridique ! vous croyez que cette entreprise est fondé sur quoi ? bon écoutez je vous laisse géré ça… j’ai des clients »<br />
<br />
Le jeune homme rabaissa l’écran de son ordinateur et se leva pour accueilir ses invités.<br />
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« Maureen ! enfin on se rencontre : ça faisait des semaines que je cherchais à vous contacter !<br />
– Qui êtes vous !? » demanda la Mort, la voix pleine de fureur<br />
– Hum… je manque à tous mes devoirs : excusez moi c’est à force de trainer avec tous ces pirates… Je suis le Major, et vous êtes sur mon vaisseau amiral. Oh ! mais vous devez être le fameux Docteur ? »<br />
<br />
L’intéressé ne répondit que par un froncement de sourcil.<br />
<br />
« Oula : en voila de bien méchant regard ! Mais je vous comprends… mais asseyez vous confortablement nous allons discuter de tout ça et…<br />
– Vous allez surtout nous dire ce que vous faites aux habitants du Mentaverse ! » dit le Docteur « et surtout vous allez nous dire comment leur rendre leur état initial »<br />
<br />
Le Major réajusta sa cravate et soupira.<br />
<br />
« Il semble évident que je perdrais mon temps à argumenter pas vrai ? bien… dans ce cas je vais être un peu plus radicale et ne pas vous faire languir plus longtemps Docteur. J’ai conquis le Mentaverse et je vais en jouir comme il me siet, que ça soit de cette formidable vue ou bien de ses habitants. Vous pouvez soit coopérer soit être soumis, mais dans aucun cas vous ne pourrez me stopper… »<br />
<br />
Le Docteur jeta un regard sur Maureen. Elle était terrifiée et tremblait.<br />
<br />
« Oh vous comptiez sur elle pour me vaincre Docteur ? je suis désolé de vous dire que votre amie à un léger soucis qui l’empèche d’agir contre moi…<br />
– Docteur pardonnez moi… » dit Maureen en sanglot<br />
<br />
Le seigneur du temps dégaina son tournevis sonique et le pointa vers le Major, mais aussitôt il grilla dans un éclair d’étincelle, obligeant le Docteur à le lâcher.<br />
<br />
« De la même façon que Maureen est impuissante ici, votre célèbre gadget ne vous sera d’aucune utilité. Maintenant laissez moi vous injecter ceci que je puisse reprendre ma conférence téléphonique voulez vous ? »<br />
<br />
Le Major sorti de sa poche un injecteur de « bien copié »<br />
<br />
« Si vous ne résistez pas ça ira vite, et je vous promets que vous ne souffrirez pas…<br />
– M’accorderez vous une dernière faveur ? » demanda le Docteur<br />
– Ne vous inquietez pas pour elle, je ne lui ferait rien.<br />
– Je voulais surtout connaitre le fin mot de tout ça… »<br />
<br />
Le Major éclata de rire.<br />
<br />
« C’est vrai qu’en tant que méchant de cette histoire je devrais vous faire mon monologue et vous donner l’occasion de prendre l’avantage…<br />
– Mais vous ne le ferez pas n’est ce pas ?<br />
– Non, en effet. Je suis un homme fonctionnel avant tout, et je ne prends pas de risque.<br />
– Alors dans ce cas… »<br />
<br />
Le Docteur attrapa Maureen par le cou et s’en fit un boulier.<br />
<br />
« Que diriez vous si je lui brisais la nuque ? ça serait intéressant de voir si la Mort peut mourir ?<br />
– Non attendez ! » dit le Major paniqué « ne faites pas ça !<br />
– Pourquoi ? parce que ça contrarirait votre plan ? désolé mais sans le connaitre j’ai un peu de mal a voir où est le mal…<br />
– Arretez vous êtes cinglé ! si vous tuez la mort vous aller briser tout le Mentaverse !<br />
– Et ça vous dérangerais pas vrai ? vous et votre Copyright hein ? »<br />
<br />
Le Major resta bouche bée..<br />
<br />
« Vous avez deviné ?<br />
– Evidement ! lorsque nous avons trouvé tout ces livres et ses films, ça m’a mit la puce à l’oreille. C’est un plan très brillant Major : conquérir le Mentaverse c’est l’ultime moyen de conquérir le monde. En leur injectant votre Copyright, vous paralyser les idées et les refaçonné à votre sauce. Vous empéchez quiconque d’avoir du pouvoir dessus, et donc vous devez invincible. C’est pour ça que Maureen ne pouvait pas vous faire de mal : parce que vous l’aviez déjà Copyrightée !<br />
– Vous le saviez aussi ? mais pourquoi l’avoir suivie ?<br />
– Parce que c’était la seule façon de vous atteindre Major. Depuis le début j’ai remarqué que vous nous observiez, que ça soit avec votre faux pirates ou bien toutes les satutes qui étaient devenues vos sentinelles… c’était astucieux, avec ça vous pouviez controler à vous seul le Mentaverse en transformant chaque allégorie en votre serviteur. Mais il fallait que la mort rode, parce que c’est une idée plus particulière que les autres. Il faut qu’elle soit libre pour pouvoir servir à effrayer les gens. Mais si elle venait à disparaitre, toutes les allégories et toutes les figures de l’esprits, les Dieux, les héros… ils n’auraient plus eu aucune valeur. Débarassé de la mort, la vie n’aurait plus eut aucun sens, aucune valeur ! C’est bien ça que vous faites Major ? vous spéculez sur la valeur de la vie hein ? »<br />
<br />
Le Major posa l’injecteur et leva les bras en signe de rédition.<br />
<br />
« Bravo Docteur : brillant, astucieux… vous êtes à la hauteur de votre légende. Mais… si je ne peux pas vous ajouter à ma collection je vais devoir vous faire mourir… Maureen ! réglez lui son compte ! »<br />
<br />
Maureen se dégagea de l’éteinte du docteur et se transformant en une brume noire, puis réapparut instantanément en face de lui. Elle tendit le bras, tremblotant comme si elle luttait contre elle même.<br />
<br />
« Vous pouvez résister Maureen. Vous n’avez pas à être un accessoire. La Mort n’a pas à être au service d’un mauvais narrateur qui veut se débarrasser d’un personnage !<br />
– Je… je ne peux pas…<br />
<br />
– Si vous pouvez ! je vous l’ai dit Maureen vous n’êtes pas une fatalité : vous n’êtes pas la fin de tout, et encore moins un être maléfique. Vous êtes celle qui soulage les malades, et qui donne à la vie toute son importance. C’est lui qui l’a dit : sans vous rien n’aurait de valeur ! Regardez moi Maureen ! ne cédez pas !<br />
– Le copyright me brûle de l’intérieur ! Il… il me pousse à agir ! il remplace mon esprit !<br />
– Luttez Maureen ! Vous êtes plus forte que ça ! »<br />
<br />
Le Major s’amusait de voir la Mort lutter ainsi contre sa propre nature<br />
<br />
« Vous ne faites que prolonger son agonie Docteur… si vous voulez faire preuve de compassion laissez la vous tuer…<br />
– Vous silence ! vous êtes le prochain sur ma liste ! Maureen : si vous lui cédez c’est lui qui deviendra la Mort. Il décidera de qui vit et de qui meurt.<br />
– C’est un peu ça l’idée… » renchérit le Major<br />
<br />
– Oh vous ! la prochaine fois que je vous entends je vous scelle la bouche avec un affiquet… Oh ! c’est ça Maureen ! tenez bon j’ai trouvé ! »<br />
<br />
Le Docteur ramassa son tournevis et vérifia qu’il avait fini de se régénérer. Il visa l’ordinateur du Major et appuya sur le bouton d’activation ce qui projeta une onde sonore qui vrilla les tympans à tout le monde et brisa toutes les vitres<br />
<br />
Comprenant ce qui s’était passé, le Major ce précipita sur son ordinateur pour essayer d’arrêter le Docteur. Mais c’était trop tard…<br />
<br />
« Non ! NOOOOON ! Qu’avez vous fait à mes précieux Copyright !<br />
– C’était l’évidence même : vos copyright était controlé par l’ordinateur, or une machine comme ça n’est pas capable de gérer des allégories, et du coup elle ne pouvait pas valider les copyright à l’infini. Oh bien sur vous aviez prévu le coup et mis une durée extravagante… mais voila je suis un seigneur du temps, et l’altérer et ma spécialité : vos précieux copyright ont tous expiré et les scellés ont été révoqué : toutes les allégories font donc partie du domaine publique et ce à tout jamais ! »<br />
<br />
Le Docteur aida Maureen a se relever.<br />
<br />
« En général c’est à ce moment là que tout explose : filons d’ici ! »<br />
<br />
Laissant le Major devant son écran listant les incommensurables pertes qu’il avait enregistré, Maureen et le Docteur se précipitèrent vers la sortie.<br />
<br />
***<br />
<br />
En dehors du vaisseau, les statues commençaient à se fissurer, redonnant la liberté à leurs prisonnier. Maureen allait vers chacune d’elle, enlaçant tour à tour, Liberté, Amour, Désir, Chanson, Enfance, Valétudinaire… toutes les allégories qui petit à petit se débarrassaient du carcan du copyright.<br />
<br />
Le Docteur observait la scène au loin, avec un sourire malicieux.<br />
<br />
C’est alors qu’un petit garçon arriva près de lui et lui dit :<br />
<br />
« C’est vous le Docteur ?<br />
– Oui c’est bien moi. Et toi jeune homme qui es tu donc ?<br />
– Je suis Espoir : merci de m’avoir délivré ! »<br />
<br />
Espoir reparti à toutes jambes vers les siens, laissant le Docteur ému aux larmes.<br />
<br />
Lorsque les embrassades furent finies, Maureen retourna le voir<br />
<br />
« Et bien Docteur, vous avez fait une rencontre intéressante ?<br />
– Ce n’est pas tous les jours que l’Espoir lui même vous remercie<br />
<br />
– Oh… ce n’est pas tous les jours non plus qu’un Docteur sauve la Mort pas vrai ? »<br />
<br />
Maureen enlaça le Docteur. Il n’y avait plus de froideur en elle, tout juste un peu de mélancolie.<br />
<br />
« Maureen, merci.<br />
– Merci pour quoi ?<br />
– Pour avoir prit soin de mes amis comme de mes ennemis… Pour être là pour tous. Incroyable hein ? le Docteur qui loue la compassion de la Mort<br />
– Docteur, cela fait longtemps que nous voyageons ensemble vous et moi. J’espère juste que maintenant ma présence vous sera plus supportable.<br />
– Je l’espère aussi. En tout cas je n’aurais plus peur de vous… seulement de ce qui mène à vous.<br />
– Voila des paroles bien sage mon ami.<br />
<br />
– Je vais devoir partir n’est ce pas ? je ne pourrais pas rester ici un peu ?<br />
– Vous etes déjà là Docteur… » dit Maureen en désignant quelqu’un dans la foule des allégories.<br />
<br />
Le Docteur plissa les yeux, et effectivement il put voir un homme qui lui ressemblait étrangement…<br />
<br />
« Mais… qui est ce ? » demanda le Docteur stupéfait<br />
– Il s’appelle Héros… » Dit Maureen tandis que le Docteur disparaissait petit à petit et que le flux temporelle reprenait son cours.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Docteur Qui ?**

*(cette histoire est une fanfic sur docteur Who dont le sujet m’a été proposé par les membres du forum « devenir écrivain » : merci à eux pour cette matière et pour le challenge !  Sinon sachez que je me base sur le Docteur version David Tennant (mon préféré) dans ce récit)*

Une voix résonnait fort dans la tête du Docteur… ou bien avait-il un épouvantable mal de crane ? le genre de ceux qu’on mesure sur l’échelle de Richter et que vous vous ramassez après une soirée un peu trop arrosée dans un pub londonien.

« Docteur ? vous m’entendez ? »

Où était l’image ? oh ! bien sûr : encore fallait il ouvrir les yeux. Ce que le Docteur aperçut fut le plus beau ciel d’azur qu’il ait eu l’occasion de voir de sa pourtant très longue vie. Mille nuances du plus pur des bleu dansaient au dessus de sa tête, formant un spectacle si extraordinaire que le Seigneur du Temps en resta bouche bée. Il sentit sous ses doigts la fraîcheur d’un sol terreux couvert d’une herbe encore fine.

Le printemps ?

Encore groggy, il prit le temps de bien respirer, de sentir ses muscles retrouver un peu de tonus, et…

Une tête se pencha sur lui, le faisant sursauter d’effroi.

« N’ayez pas peur Docteur… »

La douce jeune femme qui venait de dire ses mots avait la voix la plus envoûtantes qu’il ait jamais entendu de… attendez… comment ça se fait que…

Mais qu’est ce qui se passe ?

« Mais qu’est ce qui se passe ? » se dit le Docteur pour lui même en se redressant. Il observa d’un coup d’œil les alentours : il se trouvait dans une sorte de jardin paradisiaque, ou la nature bien que libre et vivace suivait des lignes symétrique et trop harmonieuse pour n’être qu’un heureux fruit du hasard. Et puis il y’avait ces statutes, posé ça et là, toutes faites d’une matière lisse et noire comme le fin fond de l’univers.

La jeune femme posa sa main sur l’épaule du Docteur pour attirer son attention. Elle était glacée, à tel point que même a travers ses vêtements le Galiffreyien put le sentir et en frissonnât jusqu’au plus profond de son âme. Réalisant ce qu’elle avait fait, la jeune femme retira sa main et rabattit sur sa tête la capuche de sa tunique noir ébène.

« Pardonnez-moi…  » dit elle confuse « Je ne voulais pas vous effrayer.
– Euh… ne vous en faites pas, ça va aller, euh… auriez vous une idée de comment je suis arrivé ici ? D’ailleurs c’est où ici ?
– C’est moi qui vous ait conduit ici : j’ai besoin de votre aide
– Oh ? et bien ma foi… c’est quoi votre nom déjà ?
– Je m’appelle Mort… »

Et disant cela, la jeune femme retira sa capuche. Si on ne la fixait pas, c’était une belle jeune femme au teint de porcelaine et à la longue chevelure aussi sombre que le vide sidérale. Mais dès que le Docteur plongea son regard dans le sien, l’image de la jeune femme se troubla, laissant entrevoir à la place de ses yeux de larges orbites emplies de néant. Le froid que le Docteur avait senti se répandait tout autour de la jeune femme, accompagné d’un lourd sentiment de mélancolie.

Fort de son expérience d’aventurier spatio temporel, le Docteur resta calme et écouta avec attention.

« J’ai put créer un lien télépathique avec votre TARDIS pour qu’il m’aide à ouvrir une brèche dans le flux temporel. C’est lui qui actuellement maintient le point d’ouverture qui m’a permis de vous en soustraire et de vous donner substance dans ce monde »

Le Docteur sorti de sa veste son fidèle tournevis sonique et commença à l’agiter autour de Mort et de l’air environnant. Il fixa le voyant surmontant le mécanisme, et sans vraiment qu’on sache comment, en interpréta un résultat.

« Fascinant : il n’y aucun substra temporel ici… c’est un univers de poche c’est ça ?
– Non, ce n’est pas un repli dimensionnel, vous êtes ici dan]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 18 Jan 2016 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-01-18T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 25 : MDK 187 #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep25/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**MDK 187**<br />
<br />
Il n’y a rien de plus fantasmatique que les histoires de tueurs en série. Parce que finalement peut-on vraiment savoir ce que ces gens font ? Ce qu’ils pensent ?<br />
<br />
Factuelement aussi, difficile d’avoir une vision précise de leurs actes. Prenez Richard Ramirez, le fameux « Night Stalker » : ce type à tuer entre 16 et 20 personnes. Donald Harvey lui entre 34 et 87. Randy Kraft « Score-card killer » entre 16 et 45 personnes. Gary Ridgway « le tueur de la green river » aurait fait une quarantaine de victime. Impossible d’avoir de donnée précise ! Je ne sais pas pour vous, mais moi la vingtaine de morts potentiels que certains de ces hommes ont laissés derrière eux, je me dis qu’il serait bon de savoir si on les comptes au tableau de chasse ou pas !<br />
<br />
Le compte des points fait parti des critères pour être serial killer, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille négliger l’intention. Tuez une famille 10 personne en percutant leur camping car de luxe avec votre voiture et vous êtes juste un chauffard. Égorgez une famille de 3 personnes au nom de Satan et vous pourrez commencer à briguer le titre de serial killer.<br />
<br />
Le motif compte aussi beaucoup pour la discipline. John Armstrong tuait des prostitué parce qu’il les haïssait (un bon profil psychologique ira chercher cette haine du coté d’un rapport maternel mal vécu a cause d’une mère volage et infidèle). Arthur Shawcross lui était nécrophile et cannibale. David Berkowitz, le fameux « fils de Sam » lui s’en prenait aux couples d’amoureux a grand coup de 44 parce qu’il ne supportait pas l’image qu’ils lui renvoyaient.<br />
<br />
Après ça vous avez besoin d’une signature, d’une façon de faire. Soyez originaux et les médias vous hisseront au top. Des débats auront lieux, des conférences, des livres, peut être même (gloire suprême) des films et des documentaires seront fait sur vous. Mais n’oublier pas : pensez marketing.<br />
<br />
Pensez spot de pub.<br />
<br />
Pensez slogan.<br />
<br />
Jeffrey Dahmer, « le cannibale de Milwaukee », démembrait ces victimes. Albert DeSalvo, « l’étrangleur de Boston », obtint son surnom à cause de son mode opératoire. Idem pour John Haigh « le tueur au bain d’acide ».<br />
<br />
Etre un bon produit marketing ça se travail. Ne pensez pas qu’il vous suffira de descendre dans la rue, de dire que vous haïssez les gays, les noirs, les femmes ou les démocrates avant de faire feu dans la foule pour faire parti du club.<br />
<br />
Non, non, non…<br />
<br />
Les critères du FBI, c’est du sérieux.<br />
<br />
Prenez les inspecteurs Brian Hugh et Susan Branca. Des cracks de l’investigation, des champions de la traque, des enquêteurs hors pairs : mes Mulder et Scully à moi. Pour qu’ils se donnent la peine de vous traquez, vous devez en avoir fait des choses… et des vilaines !<br />
<br />
Ils ont eut du mal avec moi, mais je dois l’admettre : c’était vraiment bien. Tout ce temps je trouve qu’on à fait un sacrée bon trio dans notre genre. Ceci dit il y’a toujours un moment ou il faut que ça s’arrête.<br />
<br />
Pour moi ça s’est arrêter il y’a 2 ans.<br />
<br />
Fini la course, la traque, je me suis ranger du jeu. Enfin pas exactement…<br />
<br />
Vous auriez du voir la tète de Brian. Il était si content de m’avoir attrapé ! J’ai cru comprendre que le soir même, il avait pris une cuite monumentale avec les autres agents du département criminel. J’ai remarqué ça aux petits yeux qu’il avait le lendemain dans la salle d’interrogatoire.<br />
<br />
Mon pauvre Brian… si tu savais.<br />
<br />
Toujours est-il que me voici maintenant ici, dans « L’Antre », à attendre inexorablement que la faucheuse vienne faire son office. Le couloir de la mort ils appellent ça. En réalité ça n’a rien d’un couloir, mais ça doit venir du fait que j’ai un traitement de faveur. D’après Susan, je « représentait une menace pour les autres » et elle à insisté pour que je sois détenu dans des conditions particulières.<br />
<br />
Alors ils m’ont mis dans « L’Antre ».<br />
<br />
Fantasmez la plus extrême des prisons haute sécurité, et vous serez encore très loin d’imaginer ce que peut être cet endroit. Je ne sais pas moi même ou il se situe : on m’a sédaté avant de me conduire ici. L’Antre est un lieu hors de la réalité, complètement cloisonné en ce qui me concerne. Aucun indice ne me permet de savoir où je me trouve.<br />
<br />
De toute façon le « où » m’importe peu.<br />
<br />
L’Antre est une prison haut de gamme. Je n’y vois quasiment personne : si ça se trouve je suis l’unique pensionnaire non volontaire de ces lieux. Les gardiens sont de monolithiques molosses qui changent tous les trimestres et que je n’entrevois que brièvement lorsqu’il apportent mes repas.<br />
<br />
Bien incapable de vous dire ce qu’ils font le reste du temps.<br />
<br />
Ma cellule est une immense pièce circulaire d’environ 120 mètres carré, bétonné du sol au plafond. Le mobilier y est sobre, fonctionnel, mais malheureusement fixé au sol par des rivets d’au moins 4 pouces.<br />
<br />
Le seul point d’entré de la cellule est une porte battante à grosse charnière en titane. Cette porte se verrouille grâce à un système complexe : une série de barres d’acier coulisse de l’intérieur du mur à travers la porte, la traverse et s’arrime de l’autre coté tandis qu’un autre dispositif envoi de la pression pour rigidifier la position des barres. Autour de la porte, un dispositif inverse dépressurise la gaine plastique qui entoure la porte ce qui la plaque contre le montant.<br />
<br />
Il est humainement impossible pour moi d’ouvrir cette porte.<br />
<br />
Mais ce que je préfère dans ma cellule, c’est la « zone de sûreté ». C’est vraiment très appréciable: au milieu de la pièce, on peut distinguer une rainure formant un cercle d’environ 2 mètres de diamètre sur le sol. Quant je reçois une visite ou que les gardiens font l’inspection hebdomadaire de ma cellule, je dois aller dans le cercle. A ce moment là, une parois en verre blindé sort du sol et remonte jusqu’au plafond à plus de 3 mètres de haut pour se fixer dans un support d’arrimage. De cette façon je n’ai plus à supporter de contact avec d’autres humains.<br />
<br />
Tout ce dispositif coûte certainement un argent fou à l’état, mais ils savent bien que je vaux cette somme.<br />
<br />
Randall Woodfield, Danny Rolling, Henry Louis Wallace, Orville Lynn Majors : qu’est ce qu’ils ont apporté au monde à part leurs crimes ? Ne vous embêtez pas à chercher, la réponse tient en un simple mot<br />
<br />
RIEN.<br />
<br />
C’est là toute la différence entre nous : Mon exécution devait avoir lieu il y’a 139 jours, soit un peu plus de quatre mois après mon procès. Il me reste aujourd’hui 97 jours avant mon exécution.<br />
<br />
Sauf que mon procès à eut lieu il y’a presque deux ans…<br />
<br />
Si vous devez entrer dans le club, le plus important, l’essentiel, c’est d’avoir ce que les fédéraux ne pourront jamais avoir. Aucune science, aucun livre ne doit pouvoir leur apprendre ce que vous avez. L’esprit de ceux qui ont fait le choix de donner la mort reste la plus importante monnaie d’échange que vous aurez…<br />
<br />
Un son strident retenti dans les hauts parleurs camouflé en hauteur et protégé par une fine grille d’acier. Les gardiens avaient déjà inspecté la cellule hier, j’en conclus donc que j’allais avoir droit à une petite visite de mes amis de Quantico.<br />
<br />
Respectant la procédure de bonne grâce, je m’installais en tailleur dans la zone de sûreté. La vitre de protection se leva lentement jusqu’à atteindre le plafond et se verrouilla a son point d’arrimage.<br />
<br />
Ce fut alors la porte qui s’ouvrit et laissa apparaître Susan et Brian.<br />
<br />
Quelle joie ce fut de les voir. Il y’avait tellement longtemps que nous ne nous étions vu. Susan avait laissé pousser ses cheveux, ce qui lui donnait un air moins sévère que dans ma mémoire. Brian lui avait apparemment pris 3 ou 4 kilos que j’attribuais a la classique surcharge pondérale de fin d’année. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre l’air ravi de me voir tandis qu’ils s’asseyaient sur les chaises qu’ils avaient pris avec eux.<br />
<br />
« Susan, Brian… » Leur dis-je en guise de salutation.<br />
<br />
Je ne reçus qu’un vague regard de la part de Susan. Brian resta à fixer ses dossiers de son air sérieux et inquisiteur. Ce type était d’une intelligence remarquable, et pourtant il ne comprenait toujours pas que ce genre de mise en scène était inutile avec moi.<br />
<br />
« Le deal du jour c’est 4 mois » lança Brian soudainement en me fixant dans ma cage de verre.<br />
– Les conditions seront les suivantes…» ajouta Susan.<br />
– Voyons Susan, pas de formalité : je connais le deal, ça me va. Par contre Brian il va falloir être plus précis. Je ne négocie pas le dossier sans le connaitre… »<br />
<br />
Brian calcula rapidement sa marge de manœuvre. Je pouvais presque voir dans ses yeux les données du problème défilé tandis qu’il se concentrait.<br />
<br />
« Typologie ? » demandais-je<br />
– Crime en série<br />
– Taille du périmètre ?<br />
– Le comté de Kimble au Texas<br />
– Nombre actuel de victimes connues?<br />
– 7 »<br />
<br />
Terriblement tendu, Brian lançait sèchement ses réponses comme pour s’en débarrasser.<br />
<br />
« Nombre de victime potentiel ? »<br />
<br />
Cette fois sa devenait sérieux : ce genre d’info pouvait lancer la négociation sur des bases pas vraiment en la faveur de mes deux petits agents.<br />
<br />
« 19… »<br />
<br />
Ca sa voulait dire en réalité au moins 25 en réalité. L’enchère venait de grimper en flèche…<br />
<br />
« Profil ?<br />
– Nous soupçonnons classiquement un homme solitaire qui…<br />
– Brian : profil des victimes voyons ».<br />
<br />
Susan regarda son collègue un bref instant. Un échange subreptice, qui ne manqua pas d’attiser ma curiosité. Brian daigna répondre<br />
<br />
« Jeunes garçons … »<br />
<br />
Et ce filou voulait m’en donner seulement 4 mois !<br />
<br />
« Jeune comment ? Brian je ne vais pas vous apprendre ce que ces informations ont d’important ?<br />
– 6 à 8 ans »<br />
<br />
Là je sentis dans la réponse de l’agent Hugh une fureur sourde qu’il tentait tant bien que mal de réfréné. Il était évident que 4 mois ne me suffiraient pas pour un tel cas.<br />
<br />
« Mode opératoire ?<br />
– Kidnapping dans un lieu public, séquestration pour une période estimé de 4 à 6 jours, mise à mort, puis le corps est abandonnée de façon a pouvoir être retrouver par les familles.<br />
– Aucune signature je suppose ?<br />
– Les victimes sont étranglés, à part ça pas de trace de violence physique ou sexuelle, pas d’empreinte, de trace ADN.. »<br />
<br />
La liste de ce que les enquêteurs n’avaient pas était longue comme le bras. Je ne m’y intéressais donc pas. Susan attendit que son partenaire finisse de m’exposer les faits, puis elle se leva et plaqua une photo contre la vitre.<br />
<br />
Il s’agissait de la photo d’une scène de crime : une vue d’ensemble de la victime. Le corps était en position quasi fœtal, au pied d’un arbre affleurant le bord d’un sentier de randonnée. Visiblement pas de message laissé à proximité, aucun dessin sur l’arbre ou bien de mise en scène spécifique sur les vêtements du garçon.<br />
<br />
Ce genre d’éléments était toujours très intéressant à observer. Lorsqu’il s’agit d’un crime sophistiqué comme celui-ci, le tueur a toujours tendance a employé une mise en scène, soit pour se singulariser, soit plus simplement pour maintenir un rituel dont le sens dépend du passif de l’assassin.<br />
<br />
Dans le cas présent… c’était du travail d’amateur. Incroyable que ce genre de détail ait échappé à Brian et Susan : j’en fût presque déçut !<br />
<br />
« 6 mois » annonçais-je<br />
– Et puis quoi encore ! » Répondit Brian en haussant le ton<br />
– Très bien, dans ce cas reprenez votre dossier et faite vous-même la recherche… ah mais peut-être n’avez-vous pas le temps ? Voyons voir… une fois le cas signalé vous avez dut mener votre enquête pendant… hum je dirais 72h avant de vous décider à faire appel à moi. Oh mais dites-moi : nous sommes quasiment a expiration du délai ? »<br />
– N’ironisez pas ! » Réclama Susan<br />
– Dans ce cas ne soyez pas avare : 6 mois ça n’est pas beaucoup plus que ce que vous proposiez… »<br />
<br />
Brian et Susan quittèrent ma cellule sans un mot ou un regard pour moi. Je fus libéré de la zone de sûreté et put retourner à mes occupations en les attendant. Il était clair qu’ils allaient revenir : deux agents profiler d’élite comme eux ne s’amusaient pas a sollicité quelqu’un comme moi sans que ça ne soit pour une bonne raison. Je savais que le temps leur faisait défaut, et je savais aussi que mon offre n’était pas un problème d’un point de vue pratique. Ils ne voulaient simplement pas me laisser ce genre de marge de manœuvre : qui sait ce que je pourrais demander la prochaine fois ?<br />
<br />
Sur ce point mes deux amis du FBI n’avaient pas du tout tort. Cela aurait été ridicule de m’accorder immédiatement ce que je voulais. Non, il fallait me rappeler que j’étais un sursitaire, un mort en puissance et que ma survie ne tenait qu’a ce que j’étais en mesure de leur fournir.<br />
<br />
Le deal était simple : réussir l’affaire et faire arrêter le tueur reculait l’échéance de mon exécution de la durée définit au départ, mais en cas d’échec, ce même temps en était déduit.<br />
<br />
Je ne cherchais nullement dans cette activité une échappatoire a l’inévitable (tout du moins cela n’était pas la raison principale). Il était plutôt question de faire halte à la concurrence et aux amateurs.<br />
<br />
Et oui, je ne suis pas dans l’Antre simplement parce que j’ai traversé hors des passages cloutés…<br />
<br />
Et pour vous répondre, oui, je suis un de ses individus estampillé du sobriquet de tueur en série. Mes motifs ? Mon mode opératoire ? Quoi vous voulez tout gâcher maintenant ? Allons soyez patient : le meilleur est à venir.<br />
<br />
Je sens que ça vous frustre, alors je vais vous raconter quelques trucs important à comprendre : le sentiment que vous éprouvez lors d’une mise à mort est bien moins grisant que ce qu’on vous vend à la télé. La pulsion thanatos et tout le délire de pulsion sexuel qu’on rajoute par-dessus pour pouvoir aguicher le spectateur avec de la bonne psychanalyse de comptoirs, c’est du vent.<br />
<br />
Les tueurs ne sont pas des monstres, ce ne sont pas des anomalies du système ou bien des fous qui ne peuvent pas être comparé aux être humain. La vérité est beaucoup plus simple et effrayante : ce sont simplement des gens qui ont arrêté de porter le masque faux et insipide qu’on leur a fait porter toute leur vie.<br />
<br />
Est-ce que tuer est une bonne chose ? bien sûr que non. Surtout si vous êtes du mauvais côté du couteau. Mais alors dans ce cas, tout ceux qui cataloguent les tueurs ainsi, tous ceux qui considèrent que tuer est une anomalie, mais qui dans le même temps réclame la tête des violeurs d’enfant, ils sont quoi eux ? Anormaux en devenir ?<br />
<br />
La première erreur de tous les analystes de série télé, c’est de traiter leurs cibles comme des créatures inhumaines et bestiales. Oh je ne dis pas que parfois ça n’est pas vrai, mais comprenez bien que tuer n’est pas simplement le fait d’entendre une voix dans votre tête, ou avoir été battu étant enfant, ou violé dans un coin sombre… non parfois c’est beaucoup plus simple que ça.<br />
<br />
Tuer quelqu’un c’est choisir comment va tourner l’univers. Toute personne est porteuse d’un potentiel, et la tuer revient à tailler les branches d’un arbre. Tout le monde dit « si je pouvais aller dans le passer j’irai tuer Hitler » : et bien si vous faites ça vous balayerez sans doute l’ensemble des gens que vous connaissez. Mais en définitive, ce sont d’autres gens qui arriveront, peut-être plus méritant que ceux qui sont là actuellement.<br />
<br />
Vous commencez à comprendre le vertige auquel nous avons à faire ?<br />
<br />
Bien entendu tuer n’est pas un acte gratuit car il implique une victime. Et c’est justement là qu’on distingue le fou de l’être humain. Un véritable fou, débile mental ou victime d’hallucination, celui-là n’est qu’une machine organique au programme défaillant dont la violence extrême n’est qu’un symptôme, pas une fin en soi. Un tueur lui, je vous l’ai dit, il a forcément un motif, une raison et donc un choix.<br />
<br />
Ne réfléchissez pas en terme de victime, cela n’a aucun intérêt : demandez-vous seulement si le monde ne serait pas meilleure sans ces gens qui vont ont fait du mal. Demandez-vous si ça ne serait pas incroyablement plus paisible de vivre en sachant que vous ne recroiserez JAMAIS cette personne qui vous a brisé le cœur ?<br />
<br />
Ça vous angoisse hein de flirter si prêt de la ligne ? De vous êtres dit « hum… c’est vrai que… » avant de soudainement vous reprendre ? Si ce n’est pas le cas c’est que vous êtes fondamentalement une personne terriblement malsaine !<br />
<br />
Bien sûr que le sort des victimes est terrible ! et c’est pour cela qu’un tueur digne de ce nom, s’il ne veut pas être un simple malade qui se défoule sur plus faible que lui, doit agir avec lucidité et réflexion.<br />
<br />
Maintenant que cela est dit,  je vais pouvoir vous en révéler un peu plus sur moi : j’étais un homme ordinaire, transparent, portant le masque médiocre que j’avais lâchement accepter de porter. Une femme, des enfants, une petite maison en banlieue, un gros chien, une belle voiture, des amis, un barbecue 6 feux pour organiser des banquets le 4 juillet, j’avais tout ça.<br />
<br />
Tout ça et une rage qui ne voulait pas dire son nom. J’avais sans cesse des angoisse la nuit qui me tiraient du sommeil, sans comprendre pourquoi.<br />
<br />
Et puis j’ai eu le déclic. Aussi simplement que ça : clac !<br />
<br />
Je suis ce qu’on appelle dans le milieu un « chasseur de trophée » un genre particulier d’assassin qui tue pour agrandir son palmarès. Sauf que moi je ne m’intéresse ni aux enfants, ni aux pom-pom girls, et encore moins aux minorités ethniques.<br />
<br />
Moi ce que j’aime c’est me placer au-dessus de la chaîne alimentaire, devenir le prédateur suprême. Parce que voyez-vous ma cible favorite, c’était les autres assassins…<br />
<br />
Vous l’imaginez maintenant le slogan ? Vous voyez le topo ? La signature ? Le leitmotiv ? C’est ça qui me fait bouillir le sang : me mettre dans la ligne de mire d’un confrère et le prendre à son propre jeu.<br />
<br />
Vous semblez rassuré parce que mes cibles sont des tueurs ? Ce n’est pas un choix éthique de ma part. Enfin pas tout à fait : disons que j’essaye de rendre la partie intéressante. Le plaisir du meurtre dont je vous parlais plus haut, c’est un duel d’esprit, un sport de chasse extrême. Mais celui qui tue une biche à plus de 400m avec un fusil de précision, celui-là n’a de chasseur que le nom. Il n’affronte rien, et surtout il ne se confronte pas à ça cible.<br />
<br />
Le meurtre est une victoire que vous devez lire dans les yeux de celui ou celle que vous terrassez. Parce que celui qui décide de tuer, celui qui à franchit la ligne et qui prend des vies pour son plaisir, alors lui seul peut comprendre ce que vous faites. Je me dis que c’est d’autant plus cruel, car il comprend tout le plaisir et toute la jubilation que vous en retirez. Mais en même temps, il joue à ce jeu, et est conscient que nous sommes tous des victimes en puissances.<br />
<br />
Alors : satisfait ? oh non pitié, ne me parlez pas de Dexter : pour une fois qu’une série partait avec un bon postulat il a fallut qu’elle soit « adoucie » en faisant du personnage principale un malade mentale qui essaye de se contenir… stupide ! mais bon que voulez-vous : les gentils doivent gagner pas vrai ?<br />
<br />
Heureusement en vrai ça n’est pas le cas.<br />
<br />
Comme je le pensais Susan et Brian reviennent me voir. Ils disent qu’ils ont réfléchi à ma requête et qu’ils sont d’accord pour me donner 6 mois au lieu des 4 prévus. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour me faire croire qu’ils ont obtenu cette faveur de haute lutte, et que je devrais leur être reconnaissant. Ils veulent me faire croire que j’ai de la chance, que arrangement que nous avons est si étrange qu’il ne devrait pas exister.<br />
<br />
Mais la réalité c’est qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont fait un pacte avec le Diable.<br />
<br />
Je n’abuse pas de la situation, et accepte le deal. Ils déposent un contrat sur mon lit que je n’aurais plus qu’a signé. En mon fort intérieur je suis persuadé que ces papiers ne valent rien. Je suis un condamné à mort qu’on maintient une détention dans une prison secrète pour exploiter ses compétences : vous savez depuis combien de temps je n’ai pas vu d’avocat ?<br />
<br />
Mais ce n’est pas grave : je joue leur jeu, je leur donne ce sentiment de contrôle dont ils ont besoin. Je les laisses me mettre la bride sur le cou et donner la cadence. De toute façon ce n’est pas ce qui m’intéresse.<br />
<br />
Susan me refait voir les photos de la scène de crime, et je lui désigne un des clichés.<br />
<br />
« Rien ne vous choque ? » lui dis-je « rien qui vous titille ? »<br />
<br />
Mes gentils agents du FBI ne le voient pas, et pourtant c’est sous leur nez. C’est une évidence qui énorme qu’elle leur échappe. Leur genre de chose qu’un individu comme moi ne peut pas louper…<br />
<br />
« Bon ça suffit ! » s’énerve Brian « où vous voulez en venir à la fin ? »<br />
– Regardez les chaussures de la victime…<br />
– Et ben quoi ? Il y’a de la terre dessus, rien d’extraordinaire vu où on l’a trouvé non ?<br />
– Brian… ce sont des traces fraiches. En plus sur les autres clichés on trouve des empreintes de pied similaire… Alors Brian ? Rien qui ne vous vient à l’esprit ? Susan ? »<br />
<br />
L’évidence est en train de les atteindre<br />
<br />
« L’enfoiré ! » jura Brian « Il tue ses victimes au dernier moment ! C’est pour ça qu’il se faufile dans les zones qu’on contrôle !<br />
– Votre type est plutôt malin : en gardant les enfants vivant il peut ainsi circuler plus tranquillement qui si il cachait un cadavre dans son coffre. Il circule à pied, parce que vous ne contrôlerez jamais un homme qui marche avec un enfant qui lui tient la main.<br />
– Mais comment les gardes t’il calme ? » demanda Susan « même sous la menace d’une arme des enfants si jeunes donneraient forcément des signes ?<br />
– Sauf que vos victimes ne savent pas qu’il est leur agresseur : ce type se fait passer pour un héros. Il prétend les libérer puis les ramène chez eux. Il veut qu’ils se sentent sauver et reconnaissant envers lui<br />
– Mais pourquoi ça ?<br />
– Parce que lorsque soudainement il les tues ils sont déboussolé et l’horreur n’en est que plus intense. Il joue tout simplement à l’ascenseur émotionnel.. D’une façon très perverse je vous l’accorde.<br />
– Comment vous pouvez deviner ça ? » demanda Brian toujours aussi suspicieux<br />
– De la même façon que je sais que vous avez eu une aventure avec Susan l’an passé : en observant. Bon sang Brian regardez-vous même ! Je n’ai fait que survolé du regard les rapports et j’arrive y trouver plus de sens que vous qui avez dû les lires cent fois ! »<br />
<br />
Je sens qu’en disant cela j’ai un peu poussé le bouchon trop loin. Brian cogne contre la vitre de ma zone de sûreté et m’adresse un regard assassin.<br />
<br />
« Ecoutez-moi bien sale tordu : j’en ai marre de votre façon de nous tourner en bourrique. Vous allez nous dire ce dont on a besoin pour arrêter ce malade, sinon je vous jure que c’est moi même qui ligoterai sur la chaise avant de vous y faire griller ! »<br />
<br />
Pour que Brian en arrive à la pulsion homicide, c’est que j’ai dû sacrément le titiller. Je m’en veux. Sincèrement. Brian est un homme que j’admire. Je le trouve naïf sur certain point, mais c’est quelqu’un de droit. Pourtant je ne sais pas pourquoi mais je résiste rarement à l’envie de le mettre en boite. Sans doute la solitude de cet endroit…<br />
<br />
Je tourne mon regard vers le sol, afin de faire passer à Brian le message comme quoi je me sens mal (même si c’est faux) afin qui sentent à nouveau qu’il à l’ascendant sur moi et qu’il se calme.<br />
<br />
« Votre homme place les corps sans mise en scène parce que c’est le meurtre lui-même la scène. C’est un exhibitionniste du crime, son désir secret est d’être pris en flagrant délit. C’est pour ça qu’il prend autant de risque, mais c’est aussi pour ça qu’il a besoin de maintenir ses victimes confiantes. En agissant de la sorte il espère qu’on l’arrête. Si vous le trouver dans cette situation, il faudra l’abattre sans hésiter car il ne relâchera jamais sa victime.<br />
– Est ce qu’on se servir de ça pour le piéger ? » demanda Susan<br />
– Ce n’est pas sans risque pour la victime mais effectivement : concentrer votre zone de surveillance sur un petit périmètre et il se jettera au beau milieu. C’est le paradoxe de votre assassin : il a besoin de se mettre en danger. »<br />
<br />
C’est maintenant que ce joue l’acte final. Susan et Brian reprennent le dossier, quittent ma cellule et repartent à la chasse. Avec mes indications, ils vont pouvoir trouver leur homme, et le dénouement sera fatal pour lui.<br />
<br />
Mais ce que mes deux gentils enquêteurs ne savent pas, c’est que grâce à eux mon tableau de chasse augmentera. L’homme qu’ils cherchent est effectivement un assassin exhibitionniste qui jubile à l’idée d’être vu en train de commettre un crime, mais ce que je ne leur ai pas dit, c’est que c’est un lâche pathologique qui a peur de la mort. Il tue des enfants car il a bien trop peur des autres adultes mais a besoin de leur regard. Celui qui fait cela a besoin de l’adrénaline dû à l’excitation du moment pour agir. Une fois son crime commis, il fuit et vie dans le déni de sa perversion. Jamais il n’offrira de résistance aux forces de l’ordre… mais ça je n’ai pas besoin qu’ils le sachent. Au contraire : je veux qu’il y’ait confrontation, et je veux que cet individu soit tué. Parce que c’est ainsi que même coupé du monde je parviens à frapper mes cibles : je pousse les criminels à bout, en tirant de la bonne façon sur la laisse des agents du FBI.<br />
<br />
Repensez maintenant aux slogans, repensez au marketing… avouez que c’est plutôt bien trouvé ça : un assassin qui commet ces crimes par agent du FBI interposé en ciblant d’autres assassins.<br />
<br />
Quel que soit le temps qui me reste à jouer ce jeu, la partie sera palpitante. Et si un jour on découvrait le pot-au-rose, alors je ferai en sorte de devenir ma propre victime, dans un ultime élan de folie meurtrière. Un auto assassinat pour la beauté du geste, pour grappiller un point de plus et pour avoir une fin digne de ce que j’ai voulu être. Je provoquerai Brian, en lui faisant comprendre que je l’ai manipulé pour qu’il tue pour moi, je lui dirais qu’il n’a été qu’un pion. Peut-être impliquerai je aussi Susan… toujours est-il qu’une fois à bout je suis persuadé qu’il sortira son arme pour me coller deux balles dans la tête. je finirai catalogué dans les archives d’une morgue, une étiquette enroulé sur le gros oreille avec pour code la signalétique le code de la police pour les meurtres<br />
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MDK 187]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**MDK 187**<br />
<br />
Il n’y a rien de plus fantasmatique que les histoires de tueurs en série. Parce que finalement peut-on vraiment savoir ce que ces gens font ? Ce qu’ils pensent ?<br />
<br />
Factuelement aussi, difficile d’avoir une vision précise de leurs actes. Prenez Richard Ramirez, le fameux « Night Stalker » : ce type à tuer entre 16 et 20 personnes. Donald Harvey lui entre 34 et 87. Randy Kraft « Score-card killer » entre 16 et 45 personnes. Gary Ridgway « le tueur de la green river » aurait fait une quarantaine de victime. Impossible d’avoir de donnée précise ! Je ne sais pas pour vous, mais moi la vingtaine de morts potentiels que certains de ces hommes ont laissés derrière eux, je me dis qu’il serait bon de savoir si on les comptes au tableau de chasse ou pas !<br />
<br />
Le compte des points fait parti des critères pour être serial killer, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille négliger l’intention. Tuez une famille 10 personne en percutant leur camping car de luxe avec votre voiture et vous êtes juste un chauffard. Égorgez une famille de 3 personnes au nom de Satan et vous pourrez commencer à briguer le titre de serial killer.<br />
<br />
Le motif compte aussi beaucoup pour la discipline. John Armstrong tuait des prostitué parce qu’il les haïssait (un bon profil psychologique ira chercher cette haine du coté d’un rapport maternel mal vécu a cause d’une mère volage et infidèle). Arthur Shawcross lui était nécrophile et cannibale. David Berkowitz, le fameux « fils de Sam » lui s’en prenait aux couples d’amoureux a grand coup de 44 parce qu’il ne supportait pas l’image qu’ils lui renvoyaient.<br />
<br />
Après ça vous avez besoin d’une signature, d’une façon de faire. Soyez originaux et les médias vous hisseront au top. Des débats auront lieux, des conférences, des livres, peut être même (gloire suprême) des films et des documentaires seront fait sur vous. Mais n’oublier pas : pensez marketing.<br />
<br />
Pensez spot de pub.<br />
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Pensez slogan.<br />
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Jeffrey Dahmer, « le cannibale de Milwaukee », démembrait ces victimes. Albert DeSalvo, « l’étrangleur de Boston », obtint son surnom à cause de son mode opératoire. Idem pour John Haigh « le tueur au bain d’acide ».<br />
<br />
Etre un bon produit marketing ça se travail. Ne pensez pas qu’il vous suffira de descendre dans la rue, de dire que vous haïssez les gays, les noirs, les femmes ou les démocrates avant de faire feu dans la foule pour faire parti du club.<br />
<br />
Non, non, non…<br />
<br />
Les critères du FBI, c’est du sérieux.<br />
<br />
Prenez les inspecteurs Brian Hugh et Susan Branca. Des cracks de l’investigation, des champions de la traque, des enquêteurs hors pairs : mes Mulder et Scully à moi. Pour qu’ils se donnent la peine de vous traquez, vous devez en avoir fait des choses… et des vilaines !<br />
<br />
Ils ont eut du mal avec moi, mais je dois l’admettre : c’était vraiment bien. Tout ce temps je trouve qu’on à fait un sacrée bon trio dans notre genre. Ceci dit il y’a toujours un moment ou il faut que ça s’arrête.<br />
<br />
Pour moi ça s’est arrêter il y’a 2 ans.<br />
<br />
Fini la course, la traque, je me suis ranger du jeu. Enfin pas exactement…<br />
<br />
Vous auriez du voir la tète de Brian. Il était si content de m’avoir attrapé ! J’ai cru comprendre que le soir même, il avait pris une cuite monumentale avec les autres agents du département criminel. J’ai remarqué ça aux petits yeux qu’il avait le lendemain dans la salle d’interrogatoire.<br />
<br />
Mon pauvre Brian… si tu savais.<br />
<br />
Toujours est-il que me voici maintenant ici, dans « L’Antre », à attendre inexorablement que la faucheuse vienne faire son office. Le couloir de la mort ils appellent ça. En réalité ça n’a rien d’un couloir, mais ça doit venir du fait que j’ai un traitement de faveur. D’après Susan, je « représentait une menace pour les autres » et elle à insisté pour que je sois détenu dans des conditions particulières.<br />
<br />
Alors ils m’ont mis dans « L’Antre ».<br />
<br />
Fantasmez la plus extrême des prisons haute sécurité, et vous serez encore très loin d’imaginer ce que peut être cet endroit. Je ne sais pas moi même ou il se situe : on m’a sédaté avant de me conduire ici. L’Antre est un lieu hors de la réalité, complètement cloisonné en ce qui me concerne. Aucun indice ne me permet de savoir où je me trouve.<br />
<br />
De toute façon le « où » m’importe peu.<br />
<br />
L’Antre est une prison haut de gamme. Je n’y vois quasiment personne : si ça se trouve je suis l’unique pensionnaire non volontaire de ces lieux. Les gardiens sont de monolithiques molosses qui changent tous les trimestres et que je n’entrevois que brièvement lorsqu’il apportent mes repas.<br />
<br />
Bien incapable de vous dire ce qu’ils font le reste du temps.<br />
<br />
Ma cellule est une immense pièce circulaire d’environ 120 mètres carré, bétonné du sol au plafond. Le mobilier y est sobre, fonctionnel, mais malheureusement fixé au sol par des rivets d’au moins 4 pouces.<br />
<br />
Le seul point d’entré de la cellule est une porte battante à grosse charnière en titane. Cette porte se verrouille grâce à un système complexe : une série de barres d’acier coulisse de l’intérieur du mur à travers la porte, la traverse et s’arrime de l’autre coté tandis qu’un autre dispositif envoi de la pression pour rigidifier la position des barres. Autour de la porte, un dispositif inverse dépressurise la gaine plastique qui entoure la porte ce qui la plaque contre le montant.<br />
<br />
Il est humainement impossible pour moi d’ouvrir cette porte.<br />
<br />
Mais ce que je préfère dans ma cellule, c’est la « zone de sûreté ». C’est vraiment très appréciable: au milieu de la pièce, on peut distinguer une rainure formant un cercle d’environ 2 mètres de diamètre sur le sol. Quant je reçois une visite ou que les gardiens font l’inspection hebdomadaire de ma cellule, je dois aller dans le cercle. A ce moment là, une parois en verre blindé sort du sol et remonte jusqu’au plafond à plus de 3 mètres de haut pour se fixer dans un support d’arrimage. De cette façon je n’ai plus à supporter de contact avec d’autres humains.<br />
<br />
Tout ce dispositif coûte certainement un argent fou à l’état, mais ils savent bien que je vaux cette somme.<br />
<br />
Randall Woodfield, Danny Rolling, Henry Louis Wallace, Orville Lynn Majors : qu’est ce qu’ils ont apporté au monde à part leurs crimes ? Ne vous embêtez pas à chercher, la réponse tient en un simple mot<br />
<br />
RIEN.<br />
<br />
C’est là toute la différence entre nous : Mon exécution devait avoir lieu il y’a 139 jours, soit un peu plus de quatre mois après mon procès. Il me reste aujourd’hui 97 jours avant mon exécution.<br />
<br />
Sauf que mon procès à eut lieu il y’a presque deux ans…<br />
<br />
Si vous devez entrer dans le club, le plus important, l’essentiel, c’est d’avoir ce que les fédéraux ne pourront jamais avoir. Aucune science, aucun livre ne doit pouvoir leur apprendre ce que vous avez. L’esprit de ceux qui ont fait le choix de donner la mort reste la plus importante monnaie d’échange que vous aurez…<br />
<br />
Un son strident retenti dans les hauts parleurs camouflé en hauteur et protégé par une fine grille d’acier. Les gardiens avaient déjà inspecté la cellule hier, j’en conclus donc que j’allais avoir droit à une petite visite de mes amis de Quantico.<br />
<br />
Respectant la procédure de bonne grâce, je m’installais en tailleur dans la zone de sûreté. La vitre de protection se leva lentement jusqu’à atteindre le plafond et se verrouilla a son point d’arrimage.<br />
<br />
Ce fut alors la porte qui s’ouvrit et laissa apparaître Susan et Brian.<br />
<br />
Quelle joie ce fut de les voir. Il y’avait tellement longtemps que nous ne nous étions vu. Susan avait laissé pousser ses cheveux, ce qui lui donnait un air moins sévère que dans ma mémoire. Brian lui avait apparemment pris 3 ou 4 kilos que j’attribuais a la classique surcharge pondérale de fin d’année. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre l’air ravi de me voir tandis qu’ils s’asseyaient sur les chaises qu’ils avaient pris avec eux.<br />
<br />
« Susan, Brian… » Leur dis-je en guise de salutation.<br />
<br />
Je ne reçus qu’un vague regard de la part de Susan. Brian resta à fixer ses dossiers de son air sérieux et inquisiteur. Ce type était d’une intelligence remarquable, et pourtant il ne comprenait toujours pas que ce genre de mise en scène était inutile avec moi.<br />
<br />
« Le deal du jour c’est 4 mois » lança Brian soudainement en me fixant dans ma cage de verre.<br />
– Les conditions seront les suivantes…» ajouta Susan.<br />
– Voyons Susan, pas de formalité : je connais le deal, ça me va. Par contre Brian il va falloir être plus précis. Je ne négocie pas le dossier sans le connaitre… »<br />
<br />
Brian calcula rapidement sa marge de manœuvre. Je pouvais presque voir dans ses yeux les données du problème défilé tandis qu’il se concentrait.<br />
<br />
« Typologie ? » demandais-je<br />
– Crime en série<br />
– Taille du périmètre ?<br />
– Le comté de Kimble au Texas<br />
– Nombre actuel de victimes connues?<br />
– 7 »<br />
<br />
Terriblement tendu, Brian lançait sèchement ses réponses comme pour s’en débarrasser.<br />
<br />
« Nombre de victime potentiel ? »<br />
<br />
Cette fois sa devenait sérieux : ce genre d’info pouvait lancer la négociation sur des bases pas vraiment en la faveur de mes deux petits agents.<br />
<br />
« 19… »<br />
<br />
Ca sa voulait dire en réalité au moins 25 en réalité. L’enchère venait de grimper en flèche…<br />
<br />
« Profil ?<br />
– Nous soupçonnons classiquement un homme solitaire qui…<br />
– Brian : profil des victimes voyons ».<br />
<br />
Susan regarda son collègue un bref instant. Un échange subreptice, qui ne manqua pas d’attiser ma curiosité. Brian daigna répondre<br />
<br />
« Jeunes garçons … »<br />
<br />
Et ce filou voulait m’en donner seulement 4 mois !<br />
<br />
« Jeune comment ? Brian je ne vais pas vous apprendre ce que ces informations ont d’important ?<br />
– 6 à 8 ans »<br />
<br />
Là je sentis dans la réponse de l’agent Hugh une fureur sourde qu’il tentait tant bien que mal de réfréné. Il était évident que 4 mois ne me suffiraient pas pour un tel cas.<br />
<br />
« Mode opératoire ?<br />
– Kidnapping dans un lieu public, séquestration pour une période estimé de 4 à 6 jours, mise à mort, puis le corps est abandonnée de façon a pouvoir être retrouver par les familles.<br />
– Aucune signature je suppose ?<br />
– Les victimes sont étranglés, à part ça pas de trace de violence physique ou sexuelle, pas d’empreinte, de trace ADN.. »<br />
<br />
La liste de ce que les enquêteurs n’avaient pas était longue comme le bras. Je ne m’y intéressais donc pas. Susan attendit que son partenaire finisse de m’exposer les faits, puis elle se leva et plaqua une photo contre la vitre.<br />
<br />
Il s’agissait de la photo d’une scène de crime : une vue d’ensemble de la victime. Le corps était en position quasi fœtal, au pied d’un arbre affleurant le bord d’un sentier de randonnée. Visiblement pas de message laissé à proximité, aucun dessin sur l’arbre ou bien de mise en scène spécifique sur les vêtements du garçon.<br />
<br />
Ce genre d’éléments était toujours très intéressant à observer. Lorsqu’il s’agit d’un crime sophistiqué comme celui-ci, le tueur a toujours tendance a employé une mise en scène, soit pour se singulariser, soit plus simplement pour maintenir un rituel dont le sens dépend du passif de l’assassin.<br />
<br />
Dans le cas présent… c’était du travail d’amateur. Incroyable que ce genre de détail ait échappé à Brian et Susan : j’en fût presque déçut !<br />
<br />
« 6 mois » annonçais-je<br />
– Et puis quoi encore ! » Répondit Brian en haussant le ton<br />
– Très bien, dans ce cas reprenez votre dossier et faite vous-même la recherche… ah mais peut-être n’avez-vous pas le temps ? Voyons voir… une fois le cas signalé vous avez dut mener votre enquête pendant… hum je dirais 72h avant de vous décider à faire appel à moi. Oh mais dites-moi : nous sommes quasiment a expiration du délai ? »<br />
– N’ironisez pas ! » Réclama Susan<br />
– Dans ce cas ne soyez pas avare : 6 mois ça n’est pas beaucoup plus que ce que vous proposiez… »<br />
<br />
Brian et Susan quittèrent ma cellule sans un mot ou un regard pour moi. Je fus libéré de la zone de sûreté et put retourner à mes occupations en les attendant. Il était clair qu’ils allaient revenir : deux agents profiler d’élite comme eux ne s’amusaient pas a sollicité quelqu’un comme moi sans que ça ne soit pour une bonne raison. Je savais que le temps leur faisait défaut, et je savais aussi que mon offre n’était pas un problème d’un point de vue pratique. Ils ne voulaient simplement pas me laisser ce genre de marge de manœuvre : qui sait ce que je pourrais demander la prochaine fois ?<br />
<br />
Sur ce point mes deux amis du FBI n’avaient pas du tout tort. Cela aurait été ridicule de m’accorder immédiatement ce que je voulais. Non, il fallait me rappeler que j’étais un sursitaire, un mort en puissance et que ma survie ne tenait qu’a ce que j’étais en mesure de leur fournir.<br />
<br />
Le deal était simple : réussir l’affaire et faire arrêter le tueur reculait l’échéance de mon exécution de la durée définit au départ, mais en cas d’échec, ce même temps en était déduit.<br />
<br />
Je ne cherchais nullement dans cette activité une échappatoire a l’inévitable (tout du moins cela n’était pas la raison principale). Il était plutôt question de faire halte à la concurrence et aux amateurs.<br />
<br />
Et oui, je ne suis pas dans l’Antre simplement parce que j’ai traversé hors des passages cloutés…<br />
<br />
Et pour vous répondre, oui, je suis un de ses individus estampillé du sobriquet de tueur en série. Mes motifs ? Mon mode opératoire ? Quoi vous voulez tout gâcher maintenant ? Allons soyez patient : le meilleur est à venir.<br />
<br />
Je sens que ça vous frustre, alors je vais vous raconter quelques trucs important à comprendre : le sentiment que vous éprouvez lors d’une mise à mort est bien moins grisant que ce qu’on vous vend à la télé. La pulsion thanatos et tout le délire de pulsion sexuel qu’on rajoute par-dessus pour pouvoir aguicher le spectateur avec de la bonne psychanalyse de comptoirs, c’est du vent.<br />
<br />
Les tueurs ne sont pas des monstres, ce ne sont pas des anomalies du système ou bien des fous qui ne peuvent pas être comparé aux être humain. La vérité est beaucoup plus simple et effrayante : ce sont simplement des gens qui ont arrêté de porter le masque faux et insipide qu’on leur a fait porter toute leur vie.<br />
<br />
Est-ce que tuer est une bonne chose ? bien sûr que non. Surtout si vous êtes du mauvais côté du couteau. Mais alors dans ce cas, tout ceux qui cataloguent les tueurs ainsi, tous ceux qui considèrent que tuer est une anomalie, mais qui dans le même temps réclame la tête des violeurs d’enfant, ils sont quoi eux ? Anormaux en devenir ?<br />
<br />
La première erreur de tous les analystes de série télé, c’est de traiter leurs cibles comme des créatures inhumaines et bestiales. Oh je ne dis pas que parfois ça n’est pas vrai, mais comprenez bien que tuer n’est pas simplement le fait d’entendre une voix dans votre tête, ou avoir été battu étant enfant, ou violé dans un coin sombre… non parfois c’est beaucoup plus simple que ça.<br />
<br />
Tuer quelqu’un c’est choisir comment va tourner l’univers. Toute personne est porteuse d’un potentiel, et la tuer revient à tailler les branches d’un arbre. Tout le monde dit « si je pouvais aller dans le passer j’irai tuer Hitler » : et bien si vous faites ça vous balayerez sans doute l’ensemble des gens que vous connaissez. Mais en définitive, ce sont d’autres gens qui arriveront, peut-être plus méritant que ceux qui sont là actuellement.<br />
<br />
Vous commencez à comprendre le vertige auquel nous avons à faire ?<br />
<br />
Bien entendu tuer n’est pas un acte gratuit car il implique une victime. Et c’est justement là qu’on distingue le fou de l’être humain. Un véritable fou, débile mental ou victime d’hallucination, celui-là n’est qu’une machine organique au programme défaillant dont la violence extrême n’est qu’un symptôme, pas une fin en soi. Un tueur lui, je vous l’ai dit, il a forcément un motif, une raison et donc un choix.<br />
<br />
Ne réfléchissez pas en terme de victime, cela n’a aucun intérêt : demandez-vous seulement si le monde ne serait pas meilleure sans ces gens qui vont ont fait du mal. Demandez-vous si ça ne serait pas incroyablement plus paisible de vivre en sachant que vous ne recroiserez JAMAIS cette personne qui vous a brisé le cœur ?<br />
<br />
Ça vous angoisse hein de flirter si prêt de la ligne ? De vous êtres dit « hum… c’est vrai que… » avant de soudainement vous reprendre ? Si ce n’est pas le cas c’est que vous êtes fondamentalement une personne terriblement malsaine !<br />
<br />
Bien sûr que le sort des victimes est terrible ! et c’est pour cela qu’un tueur digne de ce nom, s’il ne veut pas être un simple malade qui se défoule sur plus faible que lui, doit agir avec lucidité et réflexion.<br />
<br />
Maintenant que cela est dit,  je vais pouvoir vous en révéler un peu plus sur moi : j’étais un homme ordinaire, transparent, portant le masque médiocre que j’avais lâchement accepter de porter. Une femme, des enfants, une petite maison en banlieue, un gros chien, une belle voiture, des amis, un barbecue 6 feux pour organiser des banquets le 4 juillet, j’avais tout ça.<br />
<br />
Tout ça et une rage qui ne voulait pas dire son nom. J’avais sans cesse des angoisse la nuit qui me tiraient du sommeil, sans comprendre pourquoi.<br />
<br />
Et puis j’ai eu le déclic. Aussi simplement que ça : clac !<br />
<br />
Je suis ce qu’on appelle dans le milieu un « chasseur de trophée » un genre particulier d’assassin qui tue pour agrandir son palmarès. Sauf que moi je ne m’intéresse ni aux enfants, ni aux pom-pom girls, et encore moins aux minorités ethniques.<br />
<br />
Moi ce que j’aime c’est me placer au-dessus de la chaîne alimentaire, devenir le prédateur suprême. Parce que voyez-vous ma cible favorite, c’était les autres assassins…<br />
<br />
Vous l’imaginez maintenant le slogan ? Vous voyez le topo ? La signature ? Le leitmotiv ? C’est ça qui me fait bouillir le sang : me mettre dans la ligne de mire d’un confrère et le prendre à son propre jeu.<br />
<br />
Vous semblez rassuré parce que mes cibles sont des tueurs ? Ce n’est pas un choix éthique de ma part. Enfin pas tout à fait : disons que j’essaye de rendre la partie intéressante. Le plaisir du meurtre dont je vous parlais plus haut, c’est un duel d’esprit, un sport de chasse extrême. Mais celui qui tue une biche à plus de 400m avec un fusil de précision, celui-là n’a de chasseur que le nom. Il n’affronte rien, et surtout il ne se confronte pas à ça cible.<br />
<br />
Le meurtre est une victoire que vous devez lire dans les yeux de celui ou celle que vous terrassez. Parce que celui qui décide de tuer, celui qui à franchit la ligne et qui prend des vies pour son plaisir, alors lui seul peut comprendre ce que vous faites. Je me dis que c’est d’autant plus cruel, car il comprend tout le plaisir et toute la jubilation que vous en retirez. Mais en même temps, il joue à ce jeu, et est conscient que nous sommes tous des victimes en puissances.<br />
<br />
Alors : satisfait ? oh non pitié, ne me parlez pas de Dexter : pour une fois qu’une série partait avec un bon postulat il a fallut qu’elle soit « adoucie » en faisant du personnage principale un malade mentale qui essaye de se contenir… stupide ! mais bon que voulez-vous : les gentils doivent gagner pas vrai ?<br />
<br />
Heureusement en vrai ça n’est pas le cas.<br />
<br />
Comme je le pensais Susan et Brian reviennent me voir. Ils disent qu’ils ont réfléchi à ma requête et qu’ils sont d’accord pour me donner 6 mois au lieu des 4 prévus. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour me faire croire qu’ils ont obtenu cette faveur de haute lutte, et que je devrais leur être reconnaissant. Ils veulent me faire croire que j’ai de la chance, que arrangement que nous avons est si étrange qu’il ne devrait pas exister.<br />
<br />
Mais la réalité c’est qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont fait un pacte avec le Diable.<br />
<br />
Je n’abuse pas de la situation, et accepte le deal. Ils déposent un contrat sur mon lit que je n’aurais plus qu’a signé. En mon fort intérieur je suis persuadé que ces papiers ne valent rien. Je suis un condamné à mort qu’on maintient une détention dans une prison secrète pour exploiter ses compétences : vous savez depuis combien de temps je n’ai pas vu d’avocat ?<br />
<br />
Mais ce n’est pas grave : je joue leur jeu, je leur donne ce sentiment de contrôle dont ils ont besoin. Je les laisses me mettre la bride sur le cou et donner la cadence. De toute façon ce n’est pas ce qui m’intéresse.<br />
<br />
Susan me refait voir les photos de la scène de crime, et je lui désigne un des clichés.<br />
<br />
« Rien ne vous choque ? » lui dis-je « rien qui vous titille ? »<br />
<br />
Mes gentils agents du FBI ne le voient pas, et pourtant c’est sous leur nez. C’est une évidence qui énorme qu’elle leur échappe. Leur genre de chose qu’un individu comme moi ne peut pas louper…<br />
<br />
« Bon ça suffit ! » s’énerve Brian « où vous voulez en venir à la fin ? »<br />
– Regardez les chaussures de la victime…<br />
– Et ben quoi ? Il y’a de la terre dessus, rien d’extraordinaire vu où on l’a trouvé non ?<br />
– Brian… ce sont des traces fraiches. En plus sur les autres clichés on trouve des empreintes de pied similaire… Alors Brian ? Rien qui ne vous vient à l’esprit ? Susan ? »<br />
<br />
L’évidence est en train de les atteindre<br />
<br />
« L’enfoiré ! » jura Brian « Il tue ses victimes au dernier moment ! C’est pour ça qu’il se faufile dans les zones qu’on contrôle !<br />
– Votre type est plutôt malin : en gardant les enfants vivant il peut ainsi circuler plus tranquillement qui si il cachait un cadavre dans son coffre. Il circule à pied, parce que vous ne contrôlerez jamais un homme qui marche avec un enfant qui lui tient la main.<br />
– Mais comment les gardes t’il calme ? » demanda Susan « même sous la menace d’une arme des enfants si jeunes donneraient forcément des signes ?<br />
– Sauf que vos victimes ne savent pas qu’il est leur agresseur : ce type se fait passer pour un héros. Il prétend les libérer puis les ramène chez eux. Il veut qu’ils se sentent sauver et reconnaissant envers lui<br />
– Mais pourquoi ça ?<br />
– Parce que lorsque soudainement il les tues ils sont déboussolé et l’horreur n’en est que plus intense. Il joue tout simplement à l’ascenseur émotionnel.. D’une façon très perverse je vous l’accorde.<br />
– Comment vous pouvez deviner ça ? » demanda Brian toujours aussi suspicieux<br />
– De la même façon que je sais que vous avez eu une aventure avec Susan l’an passé : en observant. Bon sang Brian regardez-vous même ! Je n’ai fait que survolé du regard les rapports et j’arrive y trouver plus de sens que vous qui avez dû les lires cent fois ! »<br />
<br />
Je sens qu’en disant cela j’ai un peu poussé le bouchon trop loin. Brian cogne contre la vitre de ma zone de sûreté et m’adresse un regard assassin.<br />
<br />
« Ecoutez-moi bien sale tordu : j’en ai marre de votre façon de nous tourner en bourrique. Vous allez nous dire ce dont on a besoin pour arrêter ce malade, sinon je vous jure que c’est moi même qui ligoterai sur la chaise avant de vous y faire griller ! »<br />
<br />
Pour que Brian en arrive à la pulsion homicide, c’est que j’ai dû sacrément le titiller. Je m’en veux. Sincèrement. Brian est un homme que j’admire. Je le trouve naïf sur certain point, mais c’est quelqu’un de droit. Pourtant je ne sais pas pourquoi mais je résiste rarement à l’envie de le mettre en boite. Sans doute la solitude de cet endroit…<br />
<br />
Je tourne mon regard vers le sol, afin de faire passer à Brian le message comme quoi je me sens mal (même si c’est faux) afin qui sentent à nouveau qu’il à l’ascendant sur moi et qu’il se calme.<br />
<br />
« Votre homme place les corps sans mise en scène parce que c’est le meurtre lui-même la scène. C’est un exhibitionniste du crime, son désir secret est d’être pris en flagrant délit. C’est pour ça qu’il prend autant de risque, mais c’est aussi pour ça qu’il a besoin de maintenir ses victimes confiantes. En agissant de la sorte il espère qu’on l’arrête. Si vous le trouver dans cette situation, il faudra l’abattre sans hésiter car il ne relâchera jamais sa victime.<br />
– Est ce qu’on se servir de ça pour le piéger ? » demanda Susan<br />
– Ce n’est pas sans risque pour la victime mais effectivement : concentrer votre zone de surveillance sur un petit périmètre et il se jettera au beau milieu. C’est le paradoxe de votre assassin : il a besoin de se mettre en danger. »<br />
<br />
C’est maintenant que ce joue l’acte final. Susan et Brian reprennent le dossier, quittent ma cellule et repartent à la chasse. Avec mes indications, ils vont pouvoir trouver leur homme, et le dénouement sera fatal pour lui.<br />
<br />
Mais ce que mes deux gentils enquêteurs ne savent pas, c’est que grâce à eux mon tableau de chasse augmentera. L’homme qu’ils cherchent est effectivement un assassin exhibitionniste qui jubile à l’idée d’être vu en train de commettre un crime, mais ce que je ne leur ai pas dit, c’est que c’est un lâche pathologique qui a peur de la mort. Il tue des enfants car il a bien trop peur des autres adultes mais a besoin de leur regard. Celui qui fait cela a besoin de l’adrénaline dû à l’excitation du moment pour agir. Une fois son crime commis, il fuit et vie dans le déni de sa perversion. Jamais il n’offrira de résistance aux forces de l’ordre… mais ça je n’ai pas besoin qu’ils le sachent. Au contraire : je veux qu’il y’ait confrontation, et je veux que cet individu soit tué. Parce que c’est ainsi que même coupé du monde je parviens à frapper mes cibles : je pousse les criminels à bout, en tirant de la bonne façon sur la laisse des agents du FBI.<br />
<br />
Repensez maintenant aux slogans, repensez au marketing… avouez que c’est plutôt bien trouvé ça : un assassin qui commet ces crimes par agent du FBI interposé en ciblant d’autres assassins.<br />
<br />
Quel que soit le temps qui me reste à jouer ce jeu, la partie sera palpitante. Et si un jour on découvrait le pot-au-rose, alors je ferai en sorte de devenir ma propre victime, dans un ultime élan de folie meurtrière. Un auto assassinat pour la beauté du geste, pour grappiller un point de plus et pour avoir une fin digne de ce que j’ai voulu être. Je provoquerai Brian, en lui faisant comprendre que je l’ai manipulé pour qu’il tue pour moi, je lui dirais qu’il n’a été qu’un pion. Peut-être impliquerai je aussi Susan… toujours est-il qu’une fois à bout je suis persuadé qu’il sortira son arme pour me coller deux balles dans la tête. je finirai catalogué dans les archives d’une morgue, une étiquette enroulé sur le gros oreille avec pour code la signalétique le code de la police pour les meurtres<br />
<br />
MDK 187]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**MDK 187**

Il n’y a rien de plus fantasmatique que les histoires de tueurs en série. Parce que finalement peut-on vraiment savoir ce que ces gens font ? Ce qu’ils pensent ?

Factuelement aussi, difficile d’avoir une vision précise de leurs actes. Prenez Richard Ramirez, le fameux « Night Stalker » : ce type à tuer entre 16 et 20 personnes. Donald Harvey lui entre 34 et 87. Randy Kraft « Score-card killer » entre 16 et 45 personnes. Gary Ridgway « le tueur de la green river » aurait fait une quarantaine de victime. Impossible d’avoir de donnée précise ! Je ne sais pas pour vous, mais moi la vingtaine de morts potentiels que certains de ces hommes ont laissés derrière eux, je me dis qu’il serait bon de savoir si on les comptes au tableau de chasse ou pas !

Le compte des points fait parti des critères pour être serial killer, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille négliger l’intention. Tuez une famille 10 personne en percutant leur camping car de luxe avec votre voiture et vous êtes juste un chauffard. Égorgez une famille de 3 personnes au nom de Satan et vous pourrez commencer à briguer le titre de serial killer.

Le motif compte aussi beaucoup pour la discipline. John Armstrong tuait des prostitué parce qu’il les haïssait (un bon profil psychologique ira chercher cette haine du coté d’un rapport maternel mal vécu a cause d’une mère volage et infidèle). Arthur Shawcross lui était nécrophile et cannibale. David Berkowitz, le fameux « fils de Sam » lui s’en prenait aux couples d’amoureux a grand coup de 44 parce qu’il ne supportait pas l’image qu’ils lui renvoyaient.

Après ça vous avez besoin d’une signature, d’une façon de faire. Soyez originaux et les médias vous hisseront au top. Des débats auront lieux, des conférences, des livres, peut être même (gloire suprême) des films et des documentaires seront fait sur vous. Mais n’oublier pas : pensez marketing.

Pensez spot de pub.

Pensez slogan.

Jeffrey Dahmer, « le cannibale de Milwaukee », démembrait ces victimes. Albert DeSalvo, « l’étrangleur de Boston », obtint son surnom à cause de son mode opératoire. Idem pour John Haigh « le tueur au bain d’acide ».

Etre un bon produit marketing ça se travail. Ne pensez pas qu’il vous suffira de descendre dans la rue, de dire que vous haïssez les gays, les noirs, les femmes ou les démocrates avant de faire feu dans la foule pour faire parti du club.

Non, non, non…

Les critères du FBI, c’est du sérieux.

Prenez les inspecteurs Brian Hugh et Susan Branca. Des cracks de l’investigation, des champions de la traque, des enquêteurs hors pairs : mes Mulder et Scully à moi. Pour qu’ils se donnent la peine de vous traquez, vous devez en avoir fait des choses… et des vilaines !

Ils ont eut du mal avec moi, mais je dois l’admettre : c’était vraiment bien. Tout ce temps je trouve qu’on à fait un sacrée bon trio dans notre genre. Ceci dit il y’a toujours un moment ou il faut que ça s’arrête.

Pour moi ça s’est arrêter il y’a 2 ans.

Fini la course, la traque, je me suis ranger du jeu. Enfin pas exactement…

Vous auriez du voir la tète de Brian. Il était si content de m’avoir attrapé ! J’ai cru comprendre que le soir même, il avait pris une cuite monumentale avec les autres agents du département criminel. J’ai remarqué ça aux petits yeux qu’il avait le lendemain dans la salle d’interrogatoire.

Mon pauvre Brian… si tu savais.

Toujours est-il que me voici maintenant ici, dans « L’Antre », à attendre inexorablement que la faucheuse vienne faire son office. Le couloir de la mort ils appellent ça. En réalité ça n’a rien d’un couloir, mais ça doit venir du fait que j’ai un traitement de faveur. D’après Susan, je « représentait une menace pour les autres » et elle à insisté pour que je sois détenu dans des conditions particulières.

Al]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 11 Jan 2016 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-01-11T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 24 : New Year’s Day #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep24/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**New Year’s Day**<br />
<br />
J’ai toujours aimé les débuts. Début de chanson, début de film, début de livre, début d’une histoire d’amour, début du jour.<br />
<br />
J’aime le début de cette histoire, parce que tout est neuf, tout est possible, plein d’espoir. Un début c’est plein d’innocence, ça ne porte pas le poids de tout ce qu’on à put faire, c’est encore pur.<br />
<br />
Mais plus j’avance, plus m’étale sur le papier, et plus je m’éloigne du début.<br />
<br />
La peur d’avancer c’est un mal assez commun j’ai l’impression. Pourtant c’est idiot parce que finalement c’est ça qui nous rapproche d’un futur début. Mais non, on préfère rester dans notre histoire et la prolonger, un jour de plus, encore un instant, infoutu que nous sommes de couper le cordon, de laisser aller et de passer à autre chose.<br />
<br />
J’ai eu beau laissé passer des jours de l’an sans Elle un bon nombre de fois, ce cordon là il me tient toujours. Ce début là je ne veux toujours pas le finir, je ne sais pas passer à autre chose.<br />
<br />
Ce qu’on a été l’un pour l’autre c’était banal, Elle, Moi, et tout le saint saint-frusquin, c’était un début même pas original. Mais bon c’était le nôtre, et je m’y étais attaché. Dingue de ce dire qu’au final on est plus attaché à l’histoire qu’on vit plutôt qu’à la personne avec qui on la partage. Dingue de réaliser qu’on s’acharne à chercher du sens là où soit même on n’est même pas foutu d’en produire.<br />
<br />
Alors qu’est ce qu’on fait pendant ce temps-là ? Et bien on stagne, on trouve de quoi faire, et ça c’est une bonne chose parce que la vie est remplie de chose à faire pour se donner l’impression qu’on oublie. Parce que oui, ça oublier on y arrive assez facilement, par contre l’oubli lui se rappelle à nous de temps en temps. Et là on se rappelle, et là ça fait mal.<br />
<br />
La nuit je suis là à tourner et virer pour trouver le sommeil, et d’un seul coup je pense à Elle, je ressens comme les trames furtive de sa présence contre moi. C’est fugace, à peine le temps d’une pensée, sauf que le mal est fait et que pendant quinze jours je vais me la trimbaler dans la tête.<br />
<br />
Le temps accorde des parenthèses, des petits répits salutaires. Parce que sinon ça rendrait dingue. On finit par apprendre comment gérer ces soudains rappel de la mémoire, et à les voir comme des signaux nous disant « mec : peut-être que tu devrais te changer les idées ».<br />
<br />
C’est une politique de fuite perpétuelle qui implique des extrêmes : s’isoler pour devenir intouchable, ou être en permanence en mouvement pour n’avoir jamais le temps de souffler et donc d’y penser.<br />
<br />
On finit par tout mélanger, par être désynchronisé, décalé, par ne plus être capable d’avoir une relation normale avec les autres, comme si on avait un handicap. C’est comme un trouble du comportement, cette envie permanente de voir si Elle n’est pas derrière, en train de regarder, en train de revenir peut être…<br />
<br />
Revenir ? Non dès le départ Elle n’aurait jamais pu revenir. J’avais fait ce qu’il fallait pour ça. Alors okey j’ai fait le grand vide, j’ai tout bien balayé et cloisonné, et maintenant ? Bah maintenant je suis là, bloqué, figé, cadenassé et toujours pas foutu de me retrouver un début.<br />
<br />
En fait si, j’ai essayé, mais comme beaucoup j’aurais pris le premier début qui vient, sans me demander si c’était celui que je voulais, si c’était vraiment ça qu’il me fallait. En fait toute ma vie j’ai toujours prit tous les débuts qui venaient, de peur que ça soient les derniers. C’est triste de se dire qu’on s’est toujours cru incapable d’avoir plus d’une chance.<br />
<br />
A agir comme ça je me suis fatigué le cœur, et raboté l’ego si bas que je commençais à descendre sous terre. Ouais, je me sabordais moi-même, j’étais ma nouvelle source d’auto insatisfaction. Parce que finalement se complaire dans les débuts qui foirent c’est une bonne façon d’oublier qu’on ne s’est pas donné la peine de les choisir.<br />
<br />
Ce n’est pas plus compliqué que ça : si vous essayez absolument toutes les chaussures d’un magasin, y’en aura forcément 99% qui seront pas à votre taille.<br />
<br />
Le début d’année c’est le bon prétexte pour se créer des débuts, pour retrouver l’envie, pour avoir un terrain vierge sous les yeux sur lequel on peut commencer à construire des plans. Je sais que c’est souvent le moment où plein d’espoir je me dis « purée cette fois ça y’est : demain sera différent ».<br />
<br />
Le seul problème avec ça, c’est qu’a toujours attendre demain on ne fait rien le jour même. Effarant de voir à quel point c’est facile de se convaincre soit même des vertus de l’espoir.<br />
<br />
Je me suis volé mon propre rêve d’une belle histoire, ou du moins de ce que je pensais en être une, parce que j’ai jamais voulu m’intéresser à autre chose qu’au début, et que j’avançais jamais vers le présent.<br />
<br />
Dingue hein comme constat ? Et pourtant c’est ma réalité : j’ai toujours préférer le début et toute la préparation qu’il implique. J’ai toujours préférer l’idée de ce qu’allaient être les choses plutôt que de ce qu’elles étaient à l’instant T.<br />
<br />
Il y’a cette part de soi qu’on n’aime pas, celle qui est pourtant vue par tous les autres autour de nous, et qui sera celle qui les fera fuir un jour ou l’autre. On la renie, on la cache, on fait comme si elle n’existait pas. Et c’est pareil chez la personne qu’on aime : on voit cette part d’infamie, mais on se dit que pour l’instant ça n’est pas grave, que demain ça ira mieux, et que pour le moment c’est que le début.<br />
<br />
On devrait plus s’alarmer de ce genre de chose, mais de quoi vivrait-on ? Le présent est-il si salutaire ? Je n’en suis pas convaincu.<br />
<br />
J’ai continué à arpenter le présent en accrochant les débuts lorsque je le pouvais. Mais avec l’habitude, j’en ai de plus en plus marre. Maintenant je commence à apprécier les fins. La fin du jour, la fin d’une chanson, la fin d’un film, la fin d’une relation. Je réalise vraiment qu’ils sont ce qui donne tout le sens à un début, et que sans lui tous les efforts sont futiles.<br />
<br />
Envisager la fin n’est pas une perspective pessimiste, mais lucide. Se demander comment finiront les choses, et accepter ce quelles seront, c’est peut être vraiment ça vivre.<br />
<br />
Maintenant que je connais la fin de notre histoire, je ne souhaite pas spécialement la changer. Parce qu’au final, ce n’est pas Elle qui me manque et qui me fait mal dans mes souvenirs, c’est plutôt cette période de ma vie ou je pensais que je commençais la bonne histoire, mais que je me trompais.<br />
<br />
D’ailleurs, est-ce à cause de ça que tout à foiré ? Ou bien est-ce que parce que tout à foiré que les choses ont tournées comme ça ? Vertigineuse question…<br />
<br />
C’est le jour de l’an, l’époque des débuts, et des nouveaux départs. Des débuts en pagailles, des souhaits, des résolutions… ça c’est ce qu’on voit tous la plupart du temps.<br />
<br />
Mais si pour une fois c’était un moment pour terminer les choses ? Si on profitait de ce moment pour solder les comptes et mettre un point final à ce qu’on traîne depuis longtemps ?<br />
<br />
C’est ce que je compte faire cette année : lister mes débuts ratés, ou ceux qui ont trop durée, et leur mettre un point final pour faire de la place. Remettre le compteur à zéro, refermer le couvercle, boucler la boucle…<br />
<br />
Parce que toutes ces histoires pas finies, tous ces débuts en suspens, ce sont autant d’amarres qui m’empêchent de partir et d’aller de l’avant. Parce qu’au final on ne peut pas vivre certaines histoires tant que les précédentes ne sont pas fermées.<br />
<br />
Ça m’a pris du temps à le comprendre, mais cette histoire-là est fini : maintenant je sais, maintenant je comprends, et le temps que ça m’a pris n’a pas été perdu en vain. Maintenant les débuts sont autant de façon de fermer le passer.<br />
<br />
Comme le jour de l’an marque aussi bien la fin que le début, j’ai compris que pour fermer le passé il fallait ouvrir l’avenir.<br />
<br />
5<br />
<br />
Le compte à rebours commence<br />
<br />
4<br />
<br />
Je coupe les fils qui me retiennent<br />
<br />
3<br />
<br />
Je m’accroche à ceux qui m’emporteront demain<br />
<br />
2<br />
<br />
Je lance un dernier regard à ces souvenirs<br />
<br />
1<br />
<br />
C’est fini : il faut se tourner vers l’avenir<br />
<br />
0<br />
<br />
Bonne année…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**New Year’s Day**<br />
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J’ai toujours aimé les débuts. Début de chanson, début de film, début de livre, début d’une histoire d’amour, début du jour.<br />
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J’aime le début de cette histoire, parce que tout est neuf, tout est possible, plein d’espoir. Un début c’est plein d’innocence, ça ne porte pas le poids de tout ce qu’on à put faire, c’est encore pur.<br />
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Mais plus j’avance, plus m’étale sur le papier, et plus je m’éloigne du début.<br />
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La peur d’avancer c’est un mal assez commun j’ai l’impression. Pourtant c’est idiot parce que finalement c’est ça qui nous rapproche d’un futur début. Mais non, on préfère rester dans notre histoire et la prolonger, un jour de plus, encore un instant, infoutu que nous sommes de couper le cordon, de laisser aller et de passer à autre chose.<br />
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J’ai eu beau laissé passer des jours de l’an sans Elle un bon nombre de fois, ce cordon là il me tient toujours. Ce début là je ne veux toujours pas le finir, je ne sais pas passer à autre chose.<br />
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Ce qu’on a été l’un pour l’autre c’était banal, Elle, Moi, et tout le saint saint-frusquin, c’était un début même pas original. Mais bon c’était le nôtre, et je m’y étais attaché. Dingue de ce dire qu’au final on est plus attaché à l’histoire qu’on vit plutôt qu’à la personne avec qui on la partage. Dingue de réaliser qu’on s’acharne à chercher du sens là où soit même on n’est même pas foutu d’en produire.<br />
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Alors qu’est ce qu’on fait pendant ce temps-là ? Et bien on stagne, on trouve de quoi faire, et ça c’est une bonne chose parce que la vie est remplie de chose à faire pour se donner l’impression qu’on oublie. Parce que oui, ça oublier on y arrive assez facilement, par contre l’oubli lui se rappelle à nous de temps en temps. Et là on se rappelle, et là ça fait mal.<br />
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La nuit je suis là à tourner et virer pour trouver le sommeil, et d’un seul coup je pense à Elle, je ressens comme les trames furtive de sa présence contre moi. C’est fugace, à peine le temps d’une pensée, sauf que le mal est fait et que pendant quinze jours je vais me la trimbaler dans la tête.<br />
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Le temps accorde des parenthèses, des petits répits salutaires. Parce que sinon ça rendrait dingue. On finit par apprendre comment gérer ces soudains rappel de la mémoire, et à les voir comme des signaux nous disant « mec : peut-être que tu devrais te changer les idées ».<br />
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C’est une politique de fuite perpétuelle qui implique des extrêmes : s’isoler pour devenir intouchable, ou être en permanence en mouvement pour n’avoir jamais le temps de souffler et donc d’y penser.<br />
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On finit par tout mélanger, par être désynchronisé, décalé, par ne plus être capable d’avoir une relation normale avec les autres, comme si on avait un handicap. C’est comme un trouble du comportement, cette envie permanente de voir si Elle n’est pas derrière, en train de regarder, en train de revenir peut être…<br />
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Revenir ? Non dès le départ Elle n’aurait jamais pu revenir. J’avais fait ce qu’il fallait pour ça. Alors okey j’ai fait le grand vide, j’ai tout bien balayé et cloisonné, et maintenant ? Bah maintenant je suis là, bloqué, figé, cadenassé et toujours pas foutu de me retrouver un début.<br />
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En fait si, j’ai essayé, mais comme beaucoup j’aurais pris le premier début qui vient, sans me demander si c’était celui que je voulais, si c’était vraiment ça qu’il me fallait. En fait toute ma vie j’ai toujours prit tous les débuts qui venaient, de peur que ça soient les derniers. C’est triste de se dire qu’on s’est toujours cru incapable d’avoir plus d’une chance.<br />
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A agir comme ça je me suis fatigué le cœur, et raboté l’ego si bas que je commençais à descendre sous terre. Ouais, je me sabordais moi-même, j’étais ma nouvelle source d’auto insatisfaction. Parce que finalement se complaire dans les débuts qui foirent c’est une bonne façon d’oublier qu’on ne s’est pas donné la peine de les choisir.<br />
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Ce n’est pas plus compliqué que ça : si vous essayez absolument toutes les chaussures d’un magasin, y’en aura forcément 99% qui seront pas à votre taille.<br />
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Le début d’année c’est le bon prétexte pour se créer des débuts, pour retrouver l’envie, pour avoir un terrain vierge sous les yeux sur lequel on peut commencer à construire des plans. Je sais que c’est souvent le moment où plein d’espoir je me dis « purée cette fois ça y’est : demain sera différent ».<br />
<br />
Le seul problème avec ça, c’est qu’a toujours attendre demain on ne fait rien le jour même. Effarant de voir à quel point c’est facile de se convaincre soit même des vertus de l’espoir.<br />
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Je me suis volé mon propre rêve d’une belle histoire, ou du moins de ce que je pensais en être une, parce que j’ai jamais voulu m’intéresser à autre chose qu’au début, et que j’avançais jamais vers le présent.<br />
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Dingue hein comme constat ? Et pourtant c’est ma réalité : j’ai toujours préférer le début et toute la préparation qu’il implique. J’ai toujours préférer l’idée de ce qu’allaient être les choses plutôt que de ce qu’elles étaient à l’instant T.<br />
<br />
Il y’a cette part de soi qu’on n’aime pas, celle qui est pourtant vue par tous les autres autour de nous, et qui sera celle qui les fera fuir un jour ou l’autre. On la renie, on la cache, on fait comme si elle n’existait pas. Et c’est pareil chez la personne qu’on aime : on voit cette part d’infamie, mais on se dit que pour l’instant ça n’est pas grave, que demain ça ira mieux, et que pour le moment c’est que le début.<br />
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On devrait plus s’alarmer de ce genre de chose, mais de quoi vivrait-on ? Le présent est-il si salutaire ? Je n’en suis pas convaincu.<br />
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J’ai continué à arpenter le présent en accrochant les débuts lorsque je le pouvais. Mais avec l’habitude, j’en ai de plus en plus marre. Maintenant je commence à apprécier les fins. La fin du jour, la fin d’une chanson, la fin d’un film, la fin d’une relation. Je réalise vraiment qu’ils sont ce qui donne tout le sens à un début, et que sans lui tous les efforts sont futiles.<br />
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Envisager la fin n’est pas une perspective pessimiste, mais lucide. Se demander comment finiront les choses, et accepter ce quelles seront, c’est peut être vraiment ça vivre.<br />
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Maintenant que je connais la fin de notre histoire, je ne souhaite pas spécialement la changer. Parce qu’au final, ce n’est pas Elle qui me manque et qui me fait mal dans mes souvenirs, c’est plutôt cette période de ma vie ou je pensais que je commençais la bonne histoire, mais que je me trompais.<br />
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D’ailleurs, est-ce à cause de ça que tout à foiré ? Ou bien est-ce que parce que tout à foiré que les choses ont tournées comme ça ? Vertigineuse question…<br />
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C’est le jour de l’an, l’époque des débuts, et des nouveaux départs. Des débuts en pagailles, des souhaits, des résolutions… ça c’est ce qu’on voit tous la plupart du temps.<br />
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Mais si pour une fois c’était un moment pour terminer les choses ? Si on profitait de ce moment pour solder les comptes et mettre un point final à ce qu’on traîne depuis longtemps ?<br />
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C’est ce que je compte faire cette année : lister mes débuts ratés, ou ceux qui ont trop durée, et leur mettre un point final pour faire de la place. Remettre le compteur à zéro, refermer le couvercle, boucler la boucle…<br />
<br />
Parce que toutes ces histoires pas finies, tous ces débuts en suspens, ce sont autant d’amarres qui m’empêchent de partir et d’aller de l’avant. Parce qu’au final on ne peut pas vivre certaines histoires tant que les précédentes ne sont pas fermées.<br />
<br />
Ça m’a pris du temps à le comprendre, mais cette histoire-là est fini : maintenant je sais, maintenant je comprends, et le temps que ça m’a pris n’a pas été perdu en vain. Maintenant les débuts sont autant de façon de fermer le passer.<br />
<br />
Comme le jour de l’an marque aussi bien la fin que le début, j’ai compris que pour fermer le passé il fallait ouvrir l’avenir.<br />
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5<br />
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Le compte à rebours commence<br />
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4<br />
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Je coupe les fils qui me retiennent<br />
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3<br />
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Je m’accroche à ceux qui m’emporteront demain<br />
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2<br />
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Je lance un dernier regard à ces souvenirs<br />
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1<br />
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C’est fini : il faut se tourner vers l’avenir<br />
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Bonne année…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**New Year’s Day**

J’ai toujours aimé les débuts. Début de chanson, début de film, début de livre, début d’une histoire d’amour, début du jour.

J’aime le début de cette histoire, parce que tout est neuf, tout est possible, plein d’espoir. Un début c’est plein d’innocence, ça ne porte pas le poids de tout ce qu’on à put faire, c’est encore pur.

Mais plus j’avance, plus m’étale sur le papier, et plus je m’éloigne du début.

La peur d’avancer c’est un mal assez commun j’ai l’impression. Pourtant c’est idiot parce que finalement c’est ça qui nous rapproche d’un futur début. Mais non, on préfère rester dans notre histoire et la prolonger, un jour de plus, encore un instant, infoutu que nous sommes de couper le cordon, de laisser aller et de passer à autre chose.

J’ai eu beau laissé passer des jours de l’an sans Elle un bon nombre de fois, ce cordon là il me tient toujours. Ce début là je ne veux toujours pas le finir, je ne sais pas passer à autre chose.

Ce qu’on a été l’un pour l’autre c’était banal, Elle, Moi, et tout le saint saint-frusquin, c’était un début même pas original. Mais bon c’était le nôtre, et je m’y étais attaché. Dingue de ce dire qu’au final on est plus attaché à l’histoire qu’on vit plutôt qu’à la personne avec qui on la partage. Dingue de réaliser qu’on s’acharne à chercher du sens là où soit même on n’est même pas foutu d’en produire.

Alors qu’est ce qu’on fait pendant ce temps-là ? Et bien on stagne, on trouve de quoi faire, et ça c’est une bonne chose parce que la vie est remplie de chose à faire pour se donner l’impression qu’on oublie. Parce que oui, ça oublier on y arrive assez facilement, par contre l’oubli lui se rappelle à nous de temps en temps. Et là on se rappelle, et là ça fait mal.

La nuit je suis là à tourner et virer pour trouver le sommeil, et d’un seul coup je pense à Elle, je ressens comme les trames furtive de sa présence contre moi. C’est fugace, à peine le temps d’une pensée, sauf que le mal est fait et que pendant quinze jours je vais me la trimbaler dans la tête.

Le temps accorde des parenthèses, des petits répits salutaires. Parce que sinon ça rendrait dingue. On finit par apprendre comment gérer ces soudains rappel de la mémoire, et à les voir comme des signaux nous disant « mec : peut-être que tu devrais te changer les idées ».

C’est une politique de fuite perpétuelle qui implique des extrêmes : s’isoler pour devenir intouchable, ou être en permanence en mouvement pour n’avoir jamais le temps de souffler et donc d’y penser.

On finit par tout mélanger, par être désynchronisé, décalé, par ne plus être capable d’avoir une relation normale avec les autres, comme si on avait un handicap. C’est comme un trouble du comportement, cette envie permanente de voir si Elle n’est pas derrière, en train de regarder, en train de revenir peut être…

Revenir ? Non dès le départ Elle n’aurait jamais pu revenir. J’avais fait ce qu’il fallait pour ça. Alors okey j’ai fait le grand vide, j’ai tout bien balayé et cloisonné, et maintenant ? Bah maintenant je suis là, bloqué, figé, cadenassé et toujours pas foutu de me retrouver un début.

En fait si, j’ai essayé, mais comme beaucoup j’aurais pris le premier début qui vient, sans me demander si c’était celui que je voulais, si c’était vraiment ça qu’il me fallait. En fait toute ma vie j’ai toujours prit tous les débuts qui venaient, de peur que ça soient les derniers. C’est triste de se dire qu’on s’est toujours cru incapable d’avoir plus d’une chance.

A agir comme ça je me suis fatigué le cœur, et raboté l’ego si bas que je commençais à descendre sous terre. Ouais, je me sabordais moi-même, j’étais ma nouvelle source d’auto insatisfaction. Parce que finalement se complaire]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 03 Jan 2016 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2016-01-03T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 23 : La revanche d’X-Or #Defibradbury]]></title>
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            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[*désolé pour le retard de publication, mais l’usage d’un autre matériel que celui de d’habitude à sacrément compliqué le mixage :)*<br />
<br />
**La revanche d’X-Or**<br />
<br />
Il y’avait bien longtemps que tout le monde avait fini par l’oublier. Après tout, la Terre était en paix, et que pouvait faire la société d’un héros de métal doté d’un sabre à énergie laser ? Pas grand chose faut croire…<br />
<br />
Gordon ne s’en plaignait pas pour autant. Cette paix il l’avait obtenu après d’âpres combat contre les forces du mal, et si la monotonie de sa nouvelle vie était le prix à payer pour que les enfants n’aient plus à craindre les monstres géants, c’était une excellente affaire à ses yeux.<br />
<br />
Il avait troqué son armure de combat contre une tenue de vigile, et ses armes high tech contre une petite matraque et une radio. Ses amis lui avaient dit que c’était avilissant de faire ce job, mais lui répondait que c’était simplement une autre façon de faire la seule chose qu’il sache faire : protéger les innocents.<br />
<br />
Et c’est ainsi que les clients du supermarché MaxValu faisaient leurs achats sans savoir que celui qui veillait sur eux n’était autre que X-Or, le shérif de l’espace.<br />
<br />
Bien que l’endroit fusse relativement paisible, les missions ne manquaient pas pour quiconque avait un sens de la justice aussi aigu que celui de Gordon : aider les vieilles dames à porter leurs courses jusqu’à leur voiture, ramener les petits enfants perdus à leurs parents ou bien remettre dans le droit chemin les pickpockets en tout genre, ce n’était qu’un échantillon de tout ce qui faisait maintenant parti de la nouvelle vie de notre héros.<br />
<br />
Pourtant, en ce jour d’hiver, c’était une mission d’un genre tout à fait nouveau qui l’attendait.<br />
<br />
Patrouillant dans les rayons comme à son habitude, Gordon scrutait la foule de ses yeux d’aigle à la recherche d’un méfait à punir ou d’une personne à secourir. La tache n’était pas facile, car le magasin était bondé, et on ne pouvait pas faire un pas devant l’autre sans percuter un caddie remplie raz bord de bonne chose, que ça soit la traditionnel dinde pour le réveillon de Noel ou bien de délicieux chocolats.<br />
<br />
Gordon réalisa alors qu’il n’avait jamais fêter le réveillon. Lui qui venait de l’espace ne pratiquait pas cette coutume, pourtant il en appréciait les valeurs : partage, amitié, paix…<br />
<br />
Un cri retenti soudainement :<br />
<br />
« Ah nooon ! ne faites pas ça ! nooon ! »<br />
<br />
Ni une ni deux, Gordon se précipita vers la source de cet appel à l’aide, faisant de gigantesque bond par dessus les rayonnages pour aller plus vite à la grande surprise des clients du magasin.<br />
<br />
Il découvrit alors un homme en costume de père noël violemment prit à parti par la pire espèce de menace qui existait dans tous l’univers, des êtres si vils et si abjectes que la convention spatiale en avait autorisé l’élimination sans procès ni sommation aux agents de la police de l’espace…<br />
<br />
Les weshs !<br />
<br />
Cette espèce typique des banlieues avait un goût affreux pour les vêtements et la musique, et passait son temps à ennuyer le monde en parlant fort et faisant des gestes avec les mains. Mais pire que tout, les weshs étaient atteint de stupidité chronique, leur donnant un langage ordurier proche du troll et une propension pathologique à la nuisance.<br />
<br />
L’arrivé soudaine (et sautillante) de Gordon les interrompit dans leur passage à tabac du gros monsieur. Leurs regards étaient plein de hargne et de suffisance, mais notre héros en avait maté des plus coriaces.<br />
<br />
« Hey les affreux ! » leur dit-il avec assurance « pourquoi vous ne vous en prendriez pas à quelqu’un de votre taille ?<br />
– Whesh gro va zy tu rakont kwa ? » lui répondit un des affreux tout marchant en canard dans sa direction.<br />
– Hein ?<br />
– Stro chelou cke tu di !<br />
– Oh mais bordel c’est pas possible de parler aussi mal : on dirait du braille !<br />
– STOI LE BRAILLE ! »<br />
<br />
Bien décidé à ne pas laisser les Weshs faire la loi, Gordon expédia un superbe coup de pied sauté en pleine face de son insolent interlocuteur. Ce dernier fût projeté en arrière, tourbillonnant sur lui même aussi vite qu’une toupie dopé aux stéroïdes.<br />
<br />
Comprenant que la situation virait à la baston, les weshs se mirent en position : deux d’entre eux, arborant un tshirt « truand de la street rue » essayèrent agripper Gordon chacun par un côté. Ils saisirent chacun un de ses bras, mais n’eurent au final entre les mains que sa veste de vigile.<br />
<br />
Revoyons la scène au ralentit.<br />
<br />
Comme tout héros professionnel, Gordon avait la capacité de faire des trucs super rapidement. Il avait notamment l’étonnante aptitude a faire un petit salé au lentille (Saléô lentilliu en japonais) en 8min, ou bien de retirer ses vêtements en un instant. Ici en l’occurrence, il avait enlever sa veste, filé vers le local des employés, ranger le reste de sa tenue de vigile, enfilé ses vêtements civils composés d’un blouson de cuir marron crème, d’un pantalon blanc moulant et d’une haute paire de bottes marron, puis était revenu prendre la pose pour impressionner les weshs, tout ça en un centième de seconde.<br />
<br />
Le résultat fût probant, et les Weshs sursautèrent de peur en lançant des invectives comme « Zarma ! » ou « Sa mayre le keum ! » et bien entendu « wesh ma gueule ! »<br />
<br />
« Si vous voulez de la bagarre, vous allez en avoir ! » dit Gordon plein d’une juste colère<br />
– Fo se barray ! il est tro 4 pour nou ! »<br />
<br />
Les weshs se sauvèrent à toute vitesse, vil et lâche comme de bien entendu.<br />
<br />
Gordon s’approcha alors du pauvre père noël tandis que la foule applaudissait et prenait des photos.<br />
<br />
« Du calme Monsieur : ces affreux weshs sont parti, vous ne risquez plus rien !<br />
– Oh non vous ne comprenez pas : c’est terrible ! les weshs sont parti avec ma hotte et mes jouets !<br />
– Hum… c’est pas cool. Mais écoutez la vidéo de surveillance à tout filmée le patron vous fera pas d’histoire, l’assurance couvrira tout…<br />
– Mais non c’est pas ce que je voulais dire ! ma hotte contient les jouets de tous les enfants du monde !<br />
– Okey… bon mon p’tit père je pense que vous avez surtout un p’tit choc post traumatique ! mais c’est pas grave hein, on va appeler les gentils monsieur en blanc, ils vous donneront un cachou et tout ira mieux d’accord ?<br />
– Gordon tu es pourtant un brave garçon : en tant que Shérif de l’espace tu dois me croire ! »<br />
<br />
Notre vaillant héros sursauta : comment le vieux monsieur pouvait savoir son nom, et surtout qu’il était un super héros ?<br />
<br />
« Comment peux tu savoir mon nom vieux monsieur ? et surtout que je suis un super héros ?<br />
– Facile : tu es sur ma liste des enfants gentils<br />
– Je ne suis pas un enfant<br />
– Mais tu es gentil non ?<br />
– La gentillesse est un concept flou : sommes nous réellement bon ou bien sommes nous dirigés par des codes moraux et sociétaux qui…<br />
– Tu combats les méchants ?<br />
– Oui<br />
– Alors t’es un gentil ! et si je sais tout ça sur toi Gordon, c’est qu’en tant que Père Noel je dispose d’un réseau d’écoute et d’espionnage high tech qui surveille le monde entier 24/24… »<br />
<br />
Gordon hésita : fallait il croire ce sympathique mais de toute évidence frappadingue sexagénaire ? Car soit il mentait et était juste un vieux fou, soit il disait vrai et dans ce cas le père noël était un big brother bien pire que tout ce que la CIA et la NSA avait put mettre en place pour violer les libertés individuels. En bon policier, Gordon choisi de mettre le vieux monsieur à l’épreuve :<br />
<br />
« Si tu es le père noël, qu’est ce que j’ai eu comme cadeau pour mes 12 ans ?<br />
– Mais je sais plus moi ! je livre chaque année presque 700 millions de jouets dans 50 pays : tu crois que je me rappel de tout à mon age ?<br />
– Hum… ouais pas faux. Mais alors qu’est ce qui me prouve que c’est pas des craques ?<br />
– Écoutes ton cœur Gordon… tu dois me croire<br />
– Ouais bon alors si vous aviez pas d’argument il valait mieux le dire de suite hein, parce que moi je m’y connais en « suis ton cœur » et le plus souvent c’est un piège à con… »<br />
<br />
Le père noel s’adossa contre le mur près des caisses enregistreuses et soupira…<br />
<br />
« Quand je pense que Noel va mourir… tout ça parce que je n’ai pas su défendre les cadeaux…<br />
– Roh vous inquiétez pas mon vieux : les parents vont faire votre taff de toute façon. Les gosses les auront leurs cadeaux.<br />
– Gordon… je dois t’avouer un truc : les parents qui achètent les cadeaux c’est du cinéma. C’est pour faire croire aux enfants que je n’existe pas !<br />
– Quoi ? mais c’est complètement débile<br />
– Mais non Gordon réfléchi : de nos jours avec la télé et les réseaux sociaux, j’aurais trop de mal a gérer si les gens croyaient en moi même adulte. En plus j’aurais des ennuis avec la mère noël a cause de toutes les petites adolescente sexy  qui m’enverraint des photos coquine avec écrit dessus « est ce que j’ai été méchante ? »…<br />
– C’est déjà arrivé c’est ça…<br />
– Euh oui, une fois… p’tete deux… »<br />
<br />
Gordon fixa le père noël de son puissant regard de héros, ce genre de regard remplit d’autorité paternel et de remontrances non dites.<br />
<br />
« Bon d’accord : j’en reçois 600 000 en moyenne par an ! mais imaginez si tout le monde croyait en moi ?<br />
– Okey ça je vous l’accorde, c’est pas si fou que ça… n’empêche que moi j’ai besoin de preuve concrète que vous êtes réellement le gentil monsieur qui pourri gatte les enfants et pas un vieux stalker dégueulasse !<br />
– Je te comprends Gordon… tu fais juste ton travail et tu le fais bien. Suis moi : je vais te donner la preuve que tu attends ! »<br />
<br />
Pour avoir lui même souvent répété ce message aux enfants, Gordon savait que suivre un vieux monsieur bizarre n’était pas une bonne idée. Pourtant, en tant que justicier de l’espace, il devait prendre le risque. C’est ainsi qu’il accompagna le vieux père noel sur le parking.<br />
<br />
« Bon je vous préviens si vous me racontez que je dois fermer les yeux pour avoir une surprise ça va mal finir !<br />
– Mais non Gordon voyons ! regarde plutôt : voici mon traineau ! »<br />
<br />
Ce que le père noel désigna était une Ford Mustang dernier model rouge vif, avec toute options et peinture métallisée brillante.<br />
<br />
« C’est une super caisse papy mais là je penses que vous essayer de me mystifier…<br />
– Non Gordon, c’est mon traineau !<br />
– Genre ?<br />
– Bah quoi ? j’ai pas le droit d’être un peu dans le coup ?<br />
– Je dis pas mais… et vos rênnes dans tout ça ?<br />
– Oh bah t’en fais pas » dit le père noel en soulevant le capot « ils sont au chaud ! »<br />
<br />
Gordon s’approcha et découvrit là ou devait normalement se trouver le bloc moteur, un petit décor de noel en miniature où les rennes du père noel (eux aussi miniaturisés) gambadaient à toute allure.<br />
<br />
« C’est fou ce que la miniaturisation permet : hein Gordon ?<br />
– Mais alors… vous êtes le vrai… l’authentique Père Noel ?<br />
– Ah ah ! je vois qu’enfin tu me crois : maintenant tu mets des majuscules à mon nom !<br />
– Rahalalala Père Noel, je suis désolé d’avoir douté de vous !<br />
– Ce n’est rien… mais nous devons faire quelque chose pour les cadeaux ! si nous n’agissons pas vite, les Weshs vont les démonter et les revendres au marché noir !<br />
– Il n’en sera rien Père Noel : en tant que Shérif de l’Espace, je ne laisserai pas cette infamie frapper le monde ! On va retrouver les Weshs !<br />
– Ah merci mon p’tit Gordon… »<br />
<br />
Le Père Noel tomba dans les bras du vaillant justicier et lui fit une accolade qui rappela à Gordon que ça faisait un bail qu’il n’avait pas eu de rencard…<br />
<br />
… euh mais ça c’est un autre sujet !<br />
<br />
Le fringuant héros sorti de sa poche un communicateur et appella son vaisseau spatiale qui était resté depuis bien des années en orbite autour de la terre.<br />
<br />
Ce fut Bimi, la fille oiseau, qui lui répondit<br />
<br />
« Cui cui ? euh… allo ?<br />
– Bimi ? c’est X-Or : le shérif de l’espace !<br />
– Oh X-Or c’est toi ? ça fait un bail que tu m’as pas appellée… SALOPARD !<br />
– Quoi ?<br />
– Des années et des années à t’attendre ! moi qui pensait qu’une fois l’empire du mal vaincu on serait parti tous les deux en amoureux pour…<br />
– Nan mais Bimi tu vas te calmer là !<br />
– NAAAAN ! T’as été un salaud tu m’as délaissée comme une vieille chaussette !<br />
– Roh mais ça suffit ce cinéma : je t’ai déjà dit que coucher avec une fille qui devient un canari ça me foutait les boules, alors tu va cesser de suite cette attitude pas du tout professionnelle pour une assistante shérif de l’Espace, et tu vas de suite écouter mes ordres !<br />
– Mais…<br />
– Y’a pas de mais ! »<br />
<br />
Gordon senti sur lui le regard accusateur du Père Noel…<br />
<br />
« Bon j’suis désolé, j’me suis emporté… mais là c’est chaud Bimi, je suis avec le Père Noel, et des méchants Weshs ont volé sa hotte qui contient tous les jouets de Noel !<br />
– Han ! mais c’est terrible : qu’est ce que je peux faire pour t’aider ?<br />
– Ca… Ca te surprend pas que je te parles du Père Noel ?<br />
– Naaaan ? pourquoi ?<br />
– Non mais laisse tomber, c’est moi qui suis bête : j’oublie que je parle à un canari… »<br />
<br />
Gordon ne put s’empêcher de pouffer de rire avant de se raviser. Sa blague était méchante, et Bimi ne méritait pas un tel traitement même si elle était parfois aussi pénible qu’une alarme de voiture pendant un cours de yoga.<br />
<br />
« Hum… désolé Bimi : le stress tout ça…. Bon j’ai besoin que tu repères au supra scanner la signature énergétique de mes bottes<br />
– D’accord mais pourquoi ça ?<br />
– Très simple : j’ai mis une grosse tatane à un des Weshs, et la surpuissance énergétique de mon coup de pied doit encore l’irradier…<br />
– Quoi tu n’as toujours pas fait réparer cette histoire de fuite énergétique ?<br />
– Ouais bah ça va j’étais occupé hein !<br />
– Ces radiations sont mortelle à haute dose !<br />
– Oh ça va… c’était un petit coup de pied de rien du tout : c’était même pas filmé au ralentit !<br />
– Bon d’accord… je lance la recherche tout de suite… Oh… je crois que j’ai trouvé ! je t’envoi ça sur ton radar ! »<br />
<br />
Gordon tira de sa poche un petit boitier semblable à un gros GPS qui afficha une carte de la ville ainsi qu’un point lumineux.<br />
<br />
« Bimi…<br />
– Oui X-Or ?<br />
<br />
– C’est là ou nous sommes nunuche !<br />
– Oh ça va hein ! qu’est ce que j’en sais moi ! Bon je t’envoi l’autre source du signal… relou… ras le bol… justicier de mes fe…<br />
– Bimi ?<br />
– Euh non mais rien, voila c’est envoyé »<br />
<br />
Cette fois la carte indiqua un autre point dans la zone la plus dangereuse de la ville : la rue « Los Mexicanos »<br />
<br />
« Parfait Bimi : encore une fois tu as toute ma gratitude !<br />
– Ouais bah pourquoi pour une fois je pourrais pas avoir un dîner à la place ?<br />
– Mais enfin Bimi je te l’ai déjà dis : je suis marié à mon travail, à la justice…<br />
– C’est ça… prend moi pour une buse ! tu crois que je t’ai pas vu avec la petite jeunette du rayon cosmétique !<br />
– Mais enfin Bimi c’était uniquement pour l’aider ! Oh… il y’a des interférences… je dois… contact… signal…<br />
– X-Or… je vois sur le communicateur que tu mets ta main devant ta bouche… »<br />
<br />
D’un geste habile du poignet, Gordon referma le communicateur.<br />
<br />
« Bon bah Père Noel on à du pain sur la planche hein ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après quelques minutes, le Père Noel et Gordon arrivèrent prés du bâtiment où le signal avait été repéré. C’était un de ses vieux entrepôt décrépie et à l’abandon qui faisaient la joie des enfants pauvres et des rats du quartier. Couvert de crasse et d’humidité, c’était tout à fait le genre de répère que les Weshs affectionnaient.<br />
<br />
Par précaution, Gordon demanda au bedonnant vieux monsieur de rester dans la voiture le temps qu’il accomplisse sa mission. Avec la furtivité du jaguar et la classe naturel du sportif de haut niveau, il sauta sur le toit du bâtiement pour mieux observer ce qu’ourdissaient les méchants… et il ne fut pas déçu !<br />
<br />
« BOUDI ! » dit il plein d’une juste colère « ils transforment tous les jouets en goodies du film « Aladin » avec Kev Adams ! quelle horreur ! »<br />
<br />
Mais la pertinente remarque de Gordon ne passa pas inaperçu, et un des méchants Wesh l’apperçut et donna l’alerte à ses compagnons :<br />
<br />
« Blrrraaa ! téma le tarba la hau : chcroi ksé le mec de touta leurre !<br />
– Oh mon Dieu mais comment c’est possible de parler aussi mal ! J’en perds des points de QI ! »<br />
<br />
Foutu pour foutu, Gordon sauta au beau milieu des Weshs et commença la distribution de tatane. Avec un style bien à lui, il sautilla par dessus le premier de ses ennemis et le laissa ainsi percuter le pilier qui se trouvait dans son dos. Il commençà alors à envoyer des coups de poing bien raide, ainsi que des kicks tout en souplesse.<br />
<br />
Le coeur de Gordon était remplit de joie : enfin il pouvait botter des culs comme au bon vieux temps !<br />
<br />
Mais il ne laissa pas sa raison se troubler : il avait une mission et devait agir vite.<br />
<br />
« Sa mayre ! il bouge tro vitt chpeu pa le tapay ! » disait les Weshs incapable de gérer un tel adversaire<br />
– C’est normal maudites créatures des bas fonds de la culture ! Je ne suis pas un gentil vigile : JE SUIS X-OR LE SHERIF DE L’ESPAAAAAAACE ! »<br />
<br />
Et pour terminer comme il se devait une telle déclaration, Gordon fit un superbe sauté tourbillonnant pour atterir pied en avant sur la tête d’un Wesh à bonnet qui regretera amèrement d’avoir choisi la voie du mal…<br />
<br />
« Ah ah ! vil félon : tu regretera amèrement d’avoir choisi la voie du mal !<br />
– C abusay ! le keum il parl com la voix off ! #SecretStory ! » dit le Wesh vaincu tandis qu’il gisait à terre. »<br />
<br />
Gordon n’était pas mécontent : il avait vaincu facilement tous les sbires. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : un méchant plus puissant allait arriver !<br />
<br />
Et c’est effectivement ce qui se passa : dans un déluge d’éclair, une affreuse créature à peine humaine apparût dans l’entrepôt, portant casquette et jean baggy. Son petit visage sournois était en soi une insulte a la dignité humaine, mais ce fût dès qu’il ouvrit la bouche que Gordon comprit qu’il avait à faire à une souche plus perverse et horrible de wesh attitude…<br />
<br />
« Salut ! ch’uis Kev Adams : tu veux que je te fasse un peu de Mickael Jackson ?<br />
– Mais quelle horreur ! en plus c’est un nécrophage !<br />
– Meuh non reste cool Pops…<br />
– Quoi ? comment tu m’as appeler petit chenapan?<br />
– Nan mais t’inquiète c’est cool bro on est juste là pour faire un peu de buisness pour…<br />
– Pour rien du tout ! vous avez volé le Père Noêl ! ne crois pas que ton apparence semi humaine me trompera ! Je suis X-Or Le Shérif… DE L’ESPAAAAACE !!<br />
<br />
– Ouais ouais c’est bon Pops, j’ai capté la première fois que t’as gueuler ça dans toute la baraque, reste tranquille frère…<br />
– Oh putain de… TU L’AURAS VOULU : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
Gordon prit alors la pose et activa son braclet transmutateur, source d’hyperpouvoir et de costume en latex.<br />
<br />
… mais rien ne se produisit.<br />
<br />
« Ha mais merde c’est quoi encore ce bordel !<br />
– Un souci Pops ?<br />
– Toi tu la ferme l’attardé, je m’occuperai de ton cas dans 30 sec… »<br />
<br />
Gordon attrapa son communicateur et l’activa avec violence :<br />
<br />
« Bimi ? Bordel c’est quoi ce délire avec mon transmutateur ?<br />
– Hey déjà un tu me cris pas dessus okey !? ça fait combien de temps que tu l’as pas utilisé ce truc ?<br />
– Euh… je sais pas moi, 25 ans un truc dans le genre !<br />
– Tu l’as rechargé au moins ?<br />
– Le recharger ? mais enfin c’est de la super technologie de la planete Etolia, ça à pas besoin de pile quand même ?<br />
– Ho lalala ! moi j’essaye de t’aider hein !<br />
– Tu me fou surtout la honte Bimi ! j’ai un méchant qui me regarde me ridiculiser depuis 5min, et je suis toujours pas transformé !<br />
– Pffff… ras le bol de X-Or mon c… Jamais content… Heros du dimanche…<br />
– Bimi qu’est ce que tu baragouine encore ?<br />
– Rien… j’ai activé le mode manuel, je vais pouvoir te transférer ton scaphandre de combat par micro-onde.<br />
– Super ! t’es géniale Bimi : la meilleure assistante qui soit !<br />
– Ouais ouais…<br />
– Au fait Bimi… ça t’as jamais paru bizarre cette histoire de micro-ondes ?<br />
– J’avoue y avoir jamais réfléchi mais c’est vrai que je vois pas trop comment des micro-ondes pourraient transporter ton scaphandre… En plus si je te visais avec un rayon à micro-ondes de cette puissance, tu serais réduit en saucisse<br />
– C’est bien ce que je pensais… je savais que la production avait donné cet argument à la con pour avoir l’air crédible, mais en fin de compte tout ça c’est complètement con !<br />
– X-Or, tu serais pas en train de faire du remplissage histoire que l’épisode dure plus longtemps ?<br />
– Joue le jeu : c’est un spécial de Noel !<br />
– Oh… alors dans ce cas est ce que tu trouves pas non plus étrange que les méchants soient plus fort dans la dimension X alors que si vous subissez tous les deux le même types de perturbation ça devrait absolument rien changer au rapport de for….<br />
– Oh Bimi ! désolé je dois couper on m’annonce que ta réplique devient très très chiante !<br />
– Espèce de…<br />
– Oui oui, moi aussi je t’aime : des bisous ! »<br />
<br />
Durant tout ce temps, Kev Adams avait fini par s’asseoir sur un transat installé là par on ne sait qu’elle facétie, et mangeait bruyamment du pop corn lui aussi sorti d’on ne sait où.<br />
<br />
« Désolé sale monstre : j’espère que tu as bien profité de ce répit car maintenant ça va vraiment être ta fête : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
Sans même qu’il ait eut le temps de le comprendre (bien que nous doutions fort qu’il en soit physiquement capable) Kev Adams eut la surprise de voir apparaître devant lui un chevalier des temps moderne, un héros tout bardé de métal et de diodes électroniques, un samourai digital, un pourfendeur du mal 2.0… X-OR !<br />
<br />
« Ouaah ! Pops, comment t’as fait ça ? » demanda le jeune insolent « Incroyable : tu es so connected !<br />
– Raaah la ferme paltoquet ! Maintenant tu affrontes X-Or, le Shérif de l’Espace ! et c’est uniquement parce que nous sommes dans un récit écrit que tu n’entends pas mon générique gueuler à pleins tubes !<br />
– Whaaaa ! ch’uis trop impressionné » répondit Kev Adams avec une pointe de moquerie typique de l’arrogante jeunesse de notre époque.<br />
<br />
Mais pour vous public, et parce que c’est important pour l’auteur de ces lignes de vous ne mettre plein la vue : revoyons la scène au ralentit… Non pas cette scène là : on s’en fou ! la scène de transformation voyons !<br />
<br />
« … ça va vraiment être ta fête : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
A toute vitesse, Gordon execute une magnifique pose de héros (avec grand moulinet des bras et génuflexion impliquant une sacrée maitrise de son centre de gravité) puis brandit la main droite vers le ciel. Alors que la musique disco se déchaine, on peut voir arriver à travers les nuages la formidable base spatiale de X-Or (ou en tout cas une maquette de belle facture qui lui ressemble vachement). La voix de l’ordinateur de bord se fait entendre et dans un truchement métallique dire :<br />
<br />
« Ordre bien recu : transfert du scaphandre de combat par champ magnétique »<br />
<br />
(oui, nous aussi on trouve ça bizarre puisque selon les épisodes il était question de micro ondes. Notre équipe d’expert à fini par conclure que les deux termes étaient synonymes).<br />
<br />
Un rayon de paillette métallique sort de la base spatiale et tombe en pluie sur Gordon pour finalement s’illuminer et former autour de lui la carapace d’acier qui fait de lui un super héros. Après deux trois mouvement pour assouplir les jointures, X-Or est enfin prêt à combattre le mal !<br />
<br />
(Si si je vous assure que ce ralentit était très important et que ce n’est pas une vaine tentative de remplissage de la part de l’auteur…)<br />
<br />
Kev Adams se précipita sur X-Or et essaya de le frapper en lui lançant dessus un goodies de son dernier film : un mug moche avec sa tête dessus. C’était bien sûr sans compter sur l’incroyable agilité de notre héros qui non seulment évita l’assaut, mais répondit par une de ses célèbres petite boutade :<br />
<br />
« Ah ah ! tu vise comme un pied : tu aurais eu plus vite fait de jeter ce mug par terre ! »<br />
<br />
Très énervé, Kev Adams attaqua de nouveau, mais cette fois en jetant des DVD de sa série Soda sur X-Or. Le danger était grand, car cette série était tellement mauvaise que le moindre contact pouvait donner une diarhée aigue, et autant vous dire qu’avoir une gastro dans un scaphandre fermé hermétiquement pour resister au vide spatial… c’était la mort assuré !<br />
<br />
X-Or roula sur le côté pour se mettre à l’abris, puis contre attaqua avec le laser  fixer sur sa main droite :<br />
<br />
« rayon lasero Z ! »<br />
<br />
Le tir de notre héros de métal frappa sa cible avec une précision chirurgicale, provoquant une gerbe d’étincelle en plein sur la tête de Kev Adams qui roula au sol tant l’impact fût puissant. Malgré tout, le vilain pas beau se releva et trépigna sur place de rage.<br />
<br />
« Gnaaa ! c’est pas cool Pops ! je vais devoir trop refaire mon brushing sérieux ! »<br />
<br />
X-Or ne prêta aucune attention aux babillages de l’affreuse créature télévisuel et se prépara à une nouvelle attaque. Il fit un prodigieux bond en avant et termina son mouvement par un splendide bien que pas très réaliste double coup de pied avant de repartir en arrière dans un parfait salto.<br />
<br />
Cette fois Kev Adams était à bout : s’aggripant les cheveux, il activa sa transformation en monstre ultime. Dans un déluge d’effet spéciaux de mauvaise qualité, il prit l’apparence hideuse d’un jeune à casquette Wati-B<br />
<br />
« Cette fois c’est fini pour toi X-Or ! sous cette forme ultime je suis 5 fois plus puissant qu’avant !<br />
– Pfff… tu n’es qu’un vantard sombre engeance : 5 fois zéro ça fait toujours zéro ! »<br />
<br />
Kev Adams sauta tête la première sur X-Or<br />
<br />
« Attaque casquette ! » hurla t’il<br />
<br />
Les réflexes suraigu acquis après un entrainement intensif de Gordon lui permirent de se protéger juste à temps : plaçant ses mains devant lui, il lança un faisceau d’energie protecteur qui devint une barrière répulsive :<br />
<br />
« Ecran Cybero magnétique ! »<br />
<br />
Une fois encore, l’attaque de Kev Adams échoua. Réalisant qu’il n’avait aucune chance, il tenta de prendre la fuite en se rendant invisible.<br />
<br />
« Ah ah ! tu réalises que tu n’as aucune chance et tu tente de prendre la fuite en te rendant invisible ? fort bien : jouons à chat ! »<br />
<br />
Les deux puissantes diodes formant les yeux de X-Or s’allumèrent, activant au passage le mode « visualoscope » de son armure. Cette formidable invention permettait à X-Or de voir les méchants même dans le noir, ainsi que de voir les sous vêtements des filles.<br />
<br />
Heureusement, un filtre electronique empéchait de voir les sous vêtements des méchants.<br />
<br />
« C’est fini Kev Adams ! je sais ou tu te caches ! » dit X-Or qui avait sans doute vu où était le garnement (oui parce que sinon c’est une vaine tentative de bluff on est d’accord ?)<br />
<br />
d’un nouveau bond gracieux il expédia son redoutable double kick, faisant réapparaître Kev Adams qui se fixa tout en se tordant de douleur.<br />
<br />
C’était le moment idéal pour le coup de grace : X-Or dégaina son épée et la couvrit d’énergie laser en passant sa main dessus (ne faites pas ça chez vous les enfants : X-Or est un professionnel et un athlète sur-entraîné… et puis il porte une armure !)<br />
<br />
« Pour Noel, je t’offre un taillage en régle ! » dit notre malicieux héros avant de frapper droit devant avec sa laséro lame.<br />
<br />
l’énergie surpuissante de l’arme légendaire, coupler avec la nécessité scénaristique de vite passer à autre chose, fit exploser Kev Adams dont il ne resta plus qu’une touffe de cheveux…<br />
<br />
Mais alors qu’il pensait la situation réglé, X-Or vit apparaitre dans le ciel une gigantesque et menaçante silouhette de plus de trente mètre de haut. Toute vétue de noir, et portant de grosse lunettes « aviator » elles aussi sombre comme la nuit, c’était le véritable instigateur du complot contre le père noel qui se tenait là.<br />
<br />
MAITRE GIMS !<br />
<br />
« Comme on se retrouve X-Or ! » dit le terrible seigneur du Wati-B « ainsi donc tu as vaincu Kev Adams… cela ne m’étonne pas de toi finalement, même avec l’age tu n’as rien perdu de tes talents de héros.<br />
– Et je suis prêt à te le prouver encore en te bottant le cul Gims !<br />
– Je suis devenu trop puissant pour toi ! Le Wati-B a absorber toute la force vitale de la jeunesse et je suis maintenant un dieu ! Noel était le dernier obstacle, mais désormais c’est fini : le Père Noel ne pourra pas distribuer ses cadeaux à temps et moi je serai le maitre du monde !<br />
<br />
– Que tu crois ! Mais tu as oublié un détail : MOI !<br />
– Pfff… misérable insecte : que peux tu faire contre un être aussi immense que moi ?<br />
– Moi ? rien, mais j’ai un ami à te présenter… MOROX ! VIENS A MOI ! »<br />
<br />
Une formidable musique pleine de section cuivre et de basse disco retentit : tranversant à nouveau les nuages, la base spatiale d’X-Or apparut et commença a se transformer. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « stock shot », apparut le puissant Morox, dragon robot au service de la justice.<br />
<br />
Il ne fallut qu’un bond à X-Or pour pouvoir grimper dessus et tenir tête a l’infame maitre Gims.<br />
<br />
« Morox : fait le griller ! »<br />
<br />
Aussitôt dit aussitôt fait, le dragon souffla ses redoutables flammes contre le seigneur du Wati-B. Un déluge d’explosion éclata, et la méchante créature fut repoussé. Mais ce n’était qu’un assaut : le combat était loin d’être fini !<br />
<br />
Gims brandit son téléphone et activa sa playlist, lançant ainsi sa terrifiante attaque sonique :<br />
<br />
« BELLAAAAAAAAAA ! »<br />
<br />
Les ondes sonores commencèrent à fissurer Morox et l’armure de X-Or.<br />
<br />
« Arg ! quel enfer ! ce son est horrible ! » dit Gordon qui souffrait le martyr.<br />
<br />
Il eut alors un instant Flashback. Il repensa aux enfants de la terre, à leurs sourires, et au doux son de leurs rires cristalins. C’était pour cela qu’il luttait, pour cela qu’il était un héros, un Shérif de l’Espace. La souffrance n’était pas une excuse pour renoncer. Prêt à périr s’il le fallait, X-Or se dressa une fois de plus, fier et vaillant, prêt à défier la mort elle même dans un ultime face à face sublime au delà du bien et du mal.<br />
<br />
« Je vais t’apprendre la musique Gims ! Et je vais même te faire danser ! » dit notre héros au comble du supplice.<br />
<br />
Gordon tenta de brandir son épée, mais la douleur l’empechait de viser. Malgré sa volonter, l’insipide musique de Maitre Gims était en train de briser son esprit, le privant petit à petit de ses 5 sens…<br />
<br />
« Gordon… » dit une voix éthérée (c’est à dire avec beaucoup de reverb) « Gordoooon….<br />
– Eh ? j’entends des voix maintenant ?<br />
<br />
– Non Gordon… je suis la déesse Athéna, et je suis là pour te soutenir…<br />
<br />
– Athéna ? mais c’est quoi ce délire ! vous êtes pas dans la bonne série ma petite<br />
– Je sais Gordon, mais c’est le pouvoir de Noel…<br />
– Le pouvoir de Noel ?<br />
– Oui : celui des miracles. Et c’est par ce pouvoir que je peux venir à ton secours et te donner la force et le courage de vaincre…<br />
– Ouah ! génial ! Dites pendant que je vous tiens, je voulais vous demander un truc : comment ça se fait que les autres Dieux dans la série ils sont super bourrin et vous vous êtes toujours…<br />
– Euh… oh c’est dommage j’en aurai bien parler avec toi mais tu dois te réveiller chevalier… euh X-Or pardon. Frappe ton ennemi et sauve Noel ! »<br />
<br />
Guider par la douce voix d’Athéna, X-Or lança son épée avec ses dernière forces.<br />
<br />
Et le miracle arriva ! l’épée frappa le téléphone de plein fouet le faisant exploser, brulant sévèrement la main de Maitre Gims. Ce dernier poussa un hurlement horrible (ou était ce une nouvelle chanson de son album ?) et recula :<br />
<br />
« Arg.. mon Xperia ! putain un téléphone à 800 balles mec !<br />
– Hé hé ! je t’avais prévenu Gims : en t’en prenant au Père Noel tu as commis une grave erreur !<br />
– Très bien X-Or… tu gagnes cette manche : mais le Wati-B compte de nombreux soldats… un jour tu seras vaincu !<br />
<br />
– Ouais ouais : va demander au C-Rex ce que je leur ai répondu quant ils m’ont sorti le même barratin ! »<br />
<br />
Et tandis que Gims prenait la fuite, le ciel retrouva sa couleur naturelle. Sûr de sa victoire, Gordon tomba de fatigue et s’évanoui<br />
<br />
***<br />
<br />
Gordon se réveilla dans la voiture du Père Noel. Son premier reflexe fut de vérifier qu’il avait toujours ses sous vêtements. Une fois rassuré il s’adressa au jovial bonhomme :<br />
<br />
« Whaou : quelle bataille ! combien de temps je suis resté dans le gaz ?<br />
– Oh même pas un quart d’heure : tu as été formidable Gordon !<br />
– De rien Père Noel. Vous avez put récupérer la hotte ?<br />
– Oui c’est bon, Noel est sauvé !<br />
<br />
– Super ! vous ne serez pas en retard pour livrer alors ?<br />
– Non, non… regarde ! »<br />
<br />
Lorsque Gordon regarda devant lui, il vit que la voiture était en train de voler dans le ciel, et que d’un geste habile, le Père Noel bombardait les cheminées de paquet cadeau.<br />
<br />
« Tu me file un coup de main ? » demanda le gentil vieil homme<br />
– Et comment ! » répondit le héros enthousiaste en attrapant un paquet dans la hotte.<br />
<br />
Et c’est ainsi que cette nuit là, X-Or sauva Noel, et retrouva dans son coeur de héros le sentiment d’avoir apporter de la joie et du bonheur aux enfants du monde entier…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[*désolé pour le retard de publication, mais l’usage d’un autre matériel que celui de d’habitude à sacrément compliqué le mixage :)*<br />
<br />
**La revanche d’X-Or**<br />
<br />
Il y’avait bien longtemps que tout le monde avait fini par l’oublier. Après tout, la Terre était en paix, et que pouvait faire la société d’un héros de métal doté d’un sabre à énergie laser ? Pas grand chose faut croire…<br />
<br />
Gordon ne s’en plaignait pas pour autant. Cette paix il l’avait obtenu après d’âpres combat contre les forces du mal, et si la monotonie de sa nouvelle vie était le prix à payer pour que les enfants n’aient plus à craindre les monstres géants, c’était une excellente affaire à ses yeux.<br />
<br />
Il avait troqué son armure de combat contre une tenue de vigile, et ses armes high tech contre une petite matraque et une radio. Ses amis lui avaient dit que c’était avilissant de faire ce job, mais lui répondait que c’était simplement une autre façon de faire la seule chose qu’il sache faire : protéger les innocents.<br />
<br />
Et c’est ainsi que les clients du supermarché MaxValu faisaient leurs achats sans savoir que celui qui veillait sur eux n’était autre que X-Or, le shérif de l’espace.<br />
<br />
Bien que l’endroit fusse relativement paisible, les missions ne manquaient pas pour quiconque avait un sens de la justice aussi aigu que celui de Gordon : aider les vieilles dames à porter leurs courses jusqu’à leur voiture, ramener les petits enfants perdus à leurs parents ou bien remettre dans le droit chemin les pickpockets en tout genre, ce n’était qu’un échantillon de tout ce qui faisait maintenant parti de la nouvelle vie de notre héros.<br />
<br />
Pourtant, en ce jour d’hiver, c’était une mission d’un genre tout à fait nouveau qui l’attendait.<br />
<br />
Patrouillant dans les rayons comme à son habitude, Gordon scrutait la foule de ses yeux d’aigle à la recherche d’un méfait à punir ou d’une personne à secourir. La tache n’était pas facile, car le magasin était bondé, et on ne pouvait pas faire un pas devant l’autre sans percuter un caddie remplie raz bord de bonne chose, que ça soit la traditionnel dinde pour le réveillon de Noel ou bien de délicieux chocolats.<br />
<br />
Gordon réalisa alors qu’il n’avait jamais fêter le réveillon. Lui qui venait de l’espace ne pratiquait pas cette coutume, pourtant il en appréciait les valeurs : partage, amitié, paix…<br />
<br />
Un cri retenti soudainement :<br />
<br />
« Ah nooon ! ne faites pas ça ! nooon ! »<br />
<br />
Ni une ni deux, Gordon se précipita vers la source de cet appel à l’aide, faisant de gigantesque bond par dessus les rayonnages pour aller plus vite à la grande surprise des clients du magasin.<br />
<br />
Il découvrit alors un homme en costume de père noël violemment prit à parti par la pire espèce de menace qui existait dans tous l’univers, des êtres si vils et si abjectes que la convention spatiale en avait autorisé l’élimination sans procès ni sommation aux agents de la police de l’espace…<br />
<br />
Les weshs !<br />
<br />
Cette espèce typique des banlieues avait un goût affreux pour les vêtements et la musique, et passait son temps à ennuyer le monde en parlant fort et faisant des gestes avec les mains. Mais pire que tout, les weshs étaient atteint de stupidité chronique, leur donnant un langage ordurier proche du troll et une propension pathologique à la nuisance.<br />
<br />
L’arrivé soudaine (et sautillante) de Gordon les interrompit dans leur passage à tabac du gros monsieur. Leurs regards étaient plein de hargne et de suffisance, mais notre héros en avait maté des plus coriaces.<br />
<br />
« Hey les affreux ! » leur dit-il avec assurance « pourquoi vous ne vous en prendriez pas à quelqu’un de votre taille ?<br />
– Whesh gro va zy tu rakont kwa ? » lui répondit un des affreux tout marchant en canard dans sa direction.<br />
– Hein ?<br />
– Stro chelou cke tu di !<br />
– Oh mais bordel c’est pas possible de parler aussi mal : on dirait du braille !<br />
– STOI LE BRAILLE ! »<br />
<br />
Bien décidé à ne pas laisser les Weshs faire la loi, Gordon expédia un superbe coup de pied sauté en pleine face de son insolent interlocuteur. Ce dernier fût projeté en arrière, tourbillonnant sur lui même aussi vite qu’une toupie dopé aux stéroïdes.<br />
<br />
Comprenant que la situation virait à la baston, les weshs se mirent en position : deux d’entre eux, arborant un tshirt « truand de la street rue » essayèrent agripper Gordon chacun par un côté. Ils saisirent chacun un de ses bras, mais n’eurent au final entre les mains que sa veste de vigile.<br />
<br />
Revoyons la scène au ralentit.<br />
<br />
Comme tout héros professionnel, Gordon avait la capacité de faire des trucs super rapidement. Il avait notamment l’étonnante aptitude a faire un petit salé au lentille (Saléô lentilliu en japonais) en 8min, ou bien de retirer ses vêtements en un instant. Ici en l’occurrence, il avait enlever sa veste, filé vers le local des employés, ranger le reste de sa tenue de vigile, enfilé ses vêtements civils composés d’un blouson de cuir marron crème, d’un pantalon blanc moulant et d’une haute paire de bottes marron, puis était revenu prendre la pose pour impressionner les weshs, tout ça en un centième de seconde.<br />
<br />
Le résultat fût probant, et les Weshs sursautèrent de peur en lançant des invectives comme « Zarma ! » ou « Sa mayre le keum ! » et bien entendu « wesh ma gueule ! »<br />
<br />
« Si vous voulez de la bagarre, vous allez en avoir ! » dit Gordon plein d’une juste colère<br />
– Fo se barray ! il est tro 4 pour nou ! »<br />
<br />
Les weshs se sauvèrent à toute vitesse, vil et lâche comme de bien entendu.<br />
<br />
Gordon s’approcha alors du pauvre père noël tandis que la foule applaudissait et prenait des photos.<br />
<br />
« Du calme Monsieur : ces affreux weshs sont parti, vous ne risquez plus rien !<br />
– Oh non vous ne comprenez pas : c’est terrible ! les weshs sont parti avec ma hotte et mes jouets !<br />
– Hum… c’est pas cool. Mais écoutez la vidéo de surveillance à tout filmée le patron vous fera pas d’histoire, l’assurance couvrira tout…<br />
– Mais non c’est pas ce que je voulais dire ! ma hotte contient les jouets de tous les enfants du monde !<br />
– Okey… bon mon p’tit père je pense que vous avez surtout un p’tit choc post traumatique ! mais c’est pas grave hein, on va appeler les gentils monsieur en blanc, ils vous donneront un cachou et tout ira mieux d’accord ?<br />
– Gordon tu es pourtant un brave garçon : en tant que Shérif de l’espace tu dois me croire ! »<br />
<br />
Notre vaillant héros sursauta : comment le vieux monsieur pouvait savoir son nom, et surtout qu’il était un super héros ?<br />
<br />
« Comment peux tu savoir mon nom vieux monsieur ? et surtout que je suis un super héros ?<br />
– Facile : tu es sur ma liste des enfants gentils<br />
– Je ne suis pas un enfant<br />
– Mais tu es gentil non ?<br />
– La gentillesse est un concept flou : sommes nous réellement bon ou bien sommes nous dirigés par des codes moraux et sociétaux qui…<br />
– Tu combats les méchants ?<br />
– Oui<br />
– Alors t’es un gentil ! et si je sais tout ça sur toi Gordon, c’est qu’en tant que Père Noel je dispose d’un réseau d’écoute et d’espionnage high tech qui surveille le monde entier 24/24… »<br />
<br />
Gordon hésita : fallait il croire ce sympathique mais de toute évidence frappadingue sexagénaire ? Car soit il mentait et était juste un vieux fou, soit il disait vrai et dans ce cas le père noël était un big brother bien pire que tout ce que la CIA et la NSA avait put mettre en place pour violer les libertés individuels. En bon policier, Gordon choisi de mettre le vieux monsieur à l’épreuve :<br />
<br />
« Si tu es le père noël, qu’est ce que j’ai eu comme cadeau pour mes 12 ans ?<br />
– Mais je sais plus moi ! je livre chaque année presque 700 millions de jouets dans 50 pays : tu crois que je me rappel de tout à mon age ?<br />
– Hum… ouais pas faux. Mais alors qu’est ce qui me prouve que c’est pas des craques ?<br />
– Écoutes ton cœur Gordon… tu dois me croire<br />
– Ouais bon alors si vous aviez pas d’argument il valait mieux le dire de suite hein, parce que moi je m’y connais en « suis ton cœur » et le plus souvent c’est un piège à con… »<br />
<br />
Le père noel s’adossa contre le mur près des caisses enregistreuses et soupira…<br />
<br />
« Quand je pense que Noel va mourir… tout ça parce que je n’ai pas su défendre les cadeaux…<br />
– Roh vous inquiétez pas mon vieux : les parents vont faire votre taff de toute façon. Les gosses les auront leurs cadeaux.<br />
– Gordon… je dois t’avouer un truc : les parents qui achètent les cadeaux c’est du cinéma. C’est pour faire croire aux enfants que je n’existe pas !<br />
– Quoi ? mais c’est complètement débile<br />
– Mais non Gordon réfléchi : de nos jours avec la télé et les réseaux sociaux, j’aurais trop de mal a gérer si les gens croyaient en moi même adulte. En plus j’aurais des ennuis avec la mère noël a cause de toutes les petites adolescente sexy  qui m’enverraint des photos coquine avec écrit dessus « est ce que j’ai été méchante ? »…<br />
– C’est déjà arrivé c’est ça…<br />
– Euh oui, une fois… p’tete deux… »<br />
<br />
Gordon fixa le père noël de son puissant regard de héros, ce genre de regard remplit d’autorité paternel et de remontrances non dites.<br />
<br />
« Bon d’accord : j’en reçois 600 000 en moyenne par an ! mais imaginez si tout le monde croyait en moi ?<br />
– Okey ça je vous l’accorde, c’est pas si fou que ça… n’empêche que moi j’ai besoin de preuve concrète que vous êtes réellement le gentil monsieur qui pourri gatte les enfants et pas un vieux stalker dégueulasse !<br />
– Je te comprends Gordon… tu fais juste ton travail et tu le fais bien. Suis moi : je vais te donner la preuve que tu attends ! »<br />
<br />
Pour avoir lui même souvent répété ce message aux enfants, Gordon savait que suivre un vieux monsieur bizarre n’était pas une bonne idée. Pourtant, en tant que justicier de l’espace, il devait prendre le risque. C’est ainsi qu’il accompagna le vieux père noel sur le parking.<br />
<br />
« Bon je vous préviens si vous me racontez que je dois fermer les yeux pour avoir une surprise ça va mal finir !<br />
– Mais non Gordon voyons ! regarde plutôt : voici mon traineau ! »<br />
<br />
Ce que le père noel désigna était une Ford Mustang dernier model rouge vif, avec toute options et peinture métallisée brillante.<br />
<br />
« C’est une super caisse papy mais là je penses que vous essayer de me mystifier…<br />
– Non Gordon, c’est mon traineau !<br />
– Genre ?<br />
– Bah quoi ? j’ai pas le droit d’être un peu dans le coup ?<br />
– Je dis pas mais… et vos rênnes dans tout ça ?<br />
– Oh bah t’en fais pas » dit le père noel en soulevant le capot « ils sont au chaud ! »<br />
<br />
Gordon s’approcha et découvrit là ou devait normalement se trouver le bloc moteur, un petit décor de noel en miniature où les rennes du père noel (eux aussi miniaturisés) gambadaient à toute allure.<br />
<br />
« C’est fou ce que la miniaturisation permet : hein Gordon ?<br />
– Mais alors… vous êtes le vrai… l’authentique Père Noel ?<br />
– Ah ah ! je vois qu’enfin tu me crois : maintenant tu mets des majuscules à mon nom !<br />
– Rahalalala Père Noel, je suis désolé d’avoir douté de vous !<br />
– Ce n’est rien… mais nous devons faire quelque chose pour les cadeaux ! si nous n’agissons pas vite, les Weshs vont les démonter et les revendres au marché noir !<br />
– Il n’en sera rien Père Noel : en tant que Shérif de l’Espace, je ne laisserai pas cette infamie frapper le monde ! On va retrouver les Weshs !<br />
– Ah merci mon p’tit Gordon… »<br />
<br />
Le Père Noel tomba dans les bras du vaillant justicier et lui fit une accolade qui rappela à Gordon que ça faisait un bail qu’il n’avait pas eu de rencard…<br />
<br />
… euh mais ça c’est un autre sujet !<br />
<br />
Le fringuant héros sorti de sa poche un communicateur et appella son vaisseau spatiale qui était resté depuis bien des années en orbite autour de la terre.<br />
<br />
Ce fut Bimi, la fille oiseau, qui lui répondit<br />
<br />
« Cui cui ? euh… allo ?<br />
– Bimi ? c’est X-Or : le shérif de l’espace !<br />
– Oh X-Or c’est toi ? ça fait un bail que tu m’as pas appellée… SALOPARD !<br />
– Quoi ?<br />
– Des années et des années à t’attendre ! moi qui pensait qu’une fois l’empire du mal vaincu on serait parti tous les deux en amoureux pour…<br />
– Nan mais Bimi tu vas te calmer là !<br />
– NAAAAN ! T’as été un salaud tu m’as délaissée comme une vieille chaussette !<br />
– Roh mais ça suffit ce cinéma : je t’ai déjà dit que coucher avec une fille qui devient un canari ça me foutait les boules, alors tu va cesser de suite cette attitude pas du tout professionnelle pour une assistante shérif de l’Espace, et tu vas de suite écouter mes ordres !<br />
– Mais…<br />
– Y’a pas de mais ! »<br />
<br />
Gordon senti sur lui le regard accusateur du Père Noel…<br />
<br />
« Bon j’suis désolé, j’me suis emporté… mais là c’est chaud Bimi, je suis avec le Père Noel, et des méchants Weshs ont volé sa hotte qui contient tous les jouets de Noel !<br />
– Han ! mais c’est terrible : qu’est ce que je peux faire pour t’aider ?<br />
– Ca… Ca te surprend pas que je te parles du Père Noel ?<br />
– Naaaan ? pourquoi ?<br />
– Non mais laisse tomber, c’est moi qui suis bête : j’oublie que je parle à un canari… »<br />
<br />
Gordon ne put s’empêcher de pouffer de rire avant de se raviser. Sa blague était méchante, et Bimi ne méritait pas un tel traitement même si elle était parfois aussi pénible qu’une alarme de voiture pendant un cours de yoga.<br />
<br />
« Hum… désolé Bimi : le stress tout ça…. Bon j’ai besoin que tu repères au supra scanner la signature énergétique de mes bottes<br />
– D’accord mais pourquoi ça ?<br />
– Très simple : j’ai mis une grosse tatane à un des Weshs, et la surpuissance énergétique de mon coup de pied doit encore l’irradier…<br />
– Quoi tu n’as toujours pas fait réparer cette histoire de fuite énergétique ?<br />
– Ouais bah ça va j’étais occupé hein !<br />
– Ces radiations sont mortelle à haute dose !<br />
– Oh ça va… c’était un petit coup de pied de rien du tout : c’était même pas filmé au ralentit !<br />
– Bon d’accord… je lance la recherche tout de suite… Oh… je crois que j’ai trouvé ! je t’envoi ça sur ton radar ! »<br />
<br />
Gordon tira de sa poche un petit boitier semblable à un gros GPS qui afficha une carte de la ville ainsi qu’un point lumineux.<br />
<br />
« Bimi…<br />
– Oui X-Or ?<br />
<br />
– C’est là ou nous sommes nunuche !<br />
– Oh ça va hein ! qu’est ce que j’en sais moi ! Bon je t’envoi l’autre source du signal… relou… ras le bol… justicier de mes fe…<br />
– Bimi ?<br />
– Euh non mais rien, voila c’est envoyé »<br />
<br />
Cette fois la carte indiqua un autre point dans la zone la plus dangereuse de la ville : la rue « Los Mexicanos »<br />
<br />
« Parfait Bimi : encore une fois tu as toute ma gratitude !<br />
– Ouais bah pourquoi pour une fois je pourrais pas avoir un dîner à la place ?<br />
– Mais enfin Bimi je te l’ai déjà dis : je suis marié à mon travail, à la justice…<br />
– C’est ça… prend moi pour une buse ! tu crois que je t’ai pas vu avec la petite jeunette du rayon cosmétique !<br />
– Mais enfin Bimi c’était uniquement pour l’aider ! Oh… il y’a des interférences… je dois… contact… signal…<br />
– X-Or… je vois sur le communicateur que tu mets ta main devant ta bouche… »<br />
<br />
D’un geste habile du poignet, Gordon referma le communicateur.<br />
<br />
« Bon bah Père Noel on à du pain sur la planche hein ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après quelques minutes, le Père Noel et Gordon arrivèrent prés du bâtiment où le signal avait été repéré. C’était un de ses vieux entrepôt décrépie et à l’abandon qui faisaient la joie des enfants pauvres et des rats du quartier. Couvert de crasse et d’humidité, c’était tout à fait le genre de répère que les Weshs affectionnaient.<br />
<br />
Par précaution, Gordon demanda au bedonnant vieux monsieur de rester dans la voiture le temps qu’il accomplisse sa mission. Avec la furtivité du jaguar et la classe naturel du sportif de haut niveau, il sauta sur le toit du bâtiement pour mieux observer ce qu’ourdissaient les méchants… et il ne fut pas déçu !<br />
<br />
« BOUDI ! » dit il plein d’une juste colère « ils transforment tous les jouets en goodies du film « Aladin » avec Kev Adams ! quelle horreur ! »<br />
<br />
Mais la pertinente remarque de Gordon ne passa pas inaperçu, et un des méchants Wesh l’apperçut et donna l’alerte à ses compagnons :<br />
<br />
« Blrrraaa ! téma le tarba la hau : chcroi ksé le mec de touta leurre !<br />
– Oh mon Dieu mais comment c’est possible de parler aussi mal ! J’en perds des points de QI ! »<br />
<br />
Foutu pour foutu, Gordon sauta au beau milieu des Weshs et commença la distribution de tatane. Avec un style bien à lui, il sautilla par dessus le premier de ses ennemis et le laissa ainsi percuter le pilier qui se trouvait dans son dos. Il commençà alors à envoyer des coups de poing bien raide, ainsi que des kicks tout en souplesse.<br />
<br />
Le coeur de Gordon était remplit de joie : enfin il pouvait botter des culs comme au bon vieux temps !<br />
<br />
Mais il ne laissa pas sa raison se troubler : il avait une mission et devait agir vite.<br />
<br />
« Sa mayre ! il bouge tro vitt chpeu pa le tapay ! » disait les Weshs incapable de gérer un tel adversaire<br />
– C’est normal maudites créatures des bas fonds de la culture ! Je ne suis pas un gentil vigile : JE SUIS X-OR LE SHERIF DE L’ESPAAAAAAACE ! »<br />
<br />
Et pour terminer comme il se devait une telle déclaration, Gordon fit un superbe sauté tourbillonnant pour atterir pied en avant sur la tête d’un Wesh à bonnet qui regretera amèrement d’avoir choisi la voie du mal…<br />
<br />
« Ah ah ! vil félon : tu regretera amèrement d’avoir choisi la voie du mal !<br />
– C abusay ! le keum il parl com la voix off ! #SecretStory ! » dit le Wesh vaincu tandis qu’il gisait à terre. »<br />
<br />
Gordon n’était pas mécontent : il avait vaincu facilement tous les sbires. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : un méchant plus puissant allait arriver !<br />
<br />
Et c’est effectivement ce qui se passa : dans un déluge d’éclair, une affreuse créature à peine humaine apparût dans l’entrepôt, portant casquette et jean baggy. Son petit visage sournois était en soi une insulte a la dignité humaine, mais ce fût dès qu’il ouvrit la bouche que Gordon comprit qu’il avait à faire à une souche plus perverse et horrible de wesh attitude…<br />
<br />
« Salut ! ch’uis Kev Adams : tu veux que je te fasse un peu de Mickael Jackson ?<br />
– Mais quelle horreur ! en plus c’est un nécrophage !<br />
– Meuh non reste cool Pops…<br />
– Quoi ? comment tu m’as appeler petit chenapan?<br />
– Nan mais t’inquiète c’est cool bro on est juste là pour faire un peu de buisness pour…<br />
– Pour rien du tout ! vous avez volé le Père Noêl ! ne crois pas que ton apparence semi humaine me trompera ! Je suis X-Or Le Shérif… DE L’ESPAAAAACE !!<br />
<br />
– Ouais ouais c’est bon Pops, j’ai capté la première fois que t’as gueuler ça dans toute la baraque, reste tranquille frère…<br />
– Oh putain de… TU L’AURAS VOULU : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
Gordon prit alors la pose et activa son braclet transmutateur, source d’hyperpouvoir et de costume en latex.<br />
<br />
… mais rien ne se produisit.<br />
<br />
« Ha mais merde c’est quoi encore ce bordel !<br />
– Un souci Pops ?<br />
– Toi tu la ferme l’attardé, je m’occuperai de ton cas dans 30 sec… »<br />
<br />
Gordon attrapa son communicateur et l’activa avec violence :<br />
<br />
« Bimi ? Bordel c’est quoi ce délire avec mon transmutateur ?<br />
– Hey déjà un tu me cris pas dessus okey !? ça fait combien de temps que tu l’as pas utilisé ce truc ?<br />
– Euh… je sais pas moi, 25 ans un truc dans le genre !<br />
– Tu l’as rechargé au moins ?<br />
– Le recharger ? mais enfin c’est de la super technologie de la planete Etolia, ça à pas besoin de pile quand même ?<br />
– Ho lalala ! moi j’essaye de t’aider hein !<br />
– Tu me fou surtout la honte Bimi ! j’ai un méchant qui me regarde me ridiculiser depuis 5min, et je suis toujours pas transformé !<br />
– Pffff… ras le bol de X-Or mon c… Jamais content… Heros du dimanche…<br />
– Bimi qu’est ce que tu baragouine encore ?<br />
– Rien… j’ai activé le mode manuel, je vais pouvoir te transférer ton scaphandre de combat par micro-onde.<br />
– Super ! t’es géniale Bimi : la meilleure assistante qui soit !<br />
– Ouais ouais…<br />
– Au fait Bimi… ça t’as jamais paru bizarre cette histoire de micro-ondes ?<br />
– J’avoue y avoir jamais réfléchi mais c’est vrai que je vois pas trop comment des micro-ondes pourraient transporter ton scaphandre… En plus si je te visais avec un rayon à micro-ondes de cette puissance, tu serais réduit en saucisse<br />
– C’est bien ce que je pensais… je savais que la production avait donné cet argument à la con pour avoir l’air crédible, mais en fin de compte tout ça c’est complètement con !<br />
– X-Or, tu serais pas en train de faire du remplissage histoire que l’épisode dure plus longtemps ?<br />
– Joue le jeu : c’est un spécial de Noel !<br />
– Oh… alors dans ce cas est ce que tu trouves pas non plus étrange que les méchants soient plus fort dans la dimension X alors que si vous subissez tous les deux le même types de perturbation ça devrait absolument rien changer au rapport de for….<br />
– Oh Bimi ! désolé je dois couper on m’annonce que ta réplique devient très très chiante !<br />
– Espèce de…<br />
– Oui oui, moi aussi je t’aime : des bisous ! »<br />
<br />
Durant tout ce temps, Kev Adams avait fini par s’asseoir sur un transat installé là par on ne sait qu’elle facétie, et mangeait bruyamment du pop corn lui aussi sorti d’on ne sait où.<br />
<br />
« Désolé sale monstre : j’espère que tu as bien profité de ce répit car maintenant ça va vraiment être ta fête : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
Sans même qu’il ait eut le temps de le comprendre (bien que nous doutions fort qu’il en soit physiquement capable) Kev Adams eut la surprise de voir apparaître devant lui un chevalier des temps moderne, un héros tout bardé de métal et de diodes électroniques, un samourai digital, un pourfendeur du mal 2.0… X-OR !<br />
<br />
« Ouaah ! Pops, comment t’as fait ça ? » demanda le jeune insolent « Incroyable : tu es so connected !<br />
– Raaah la ferme paltoquet ! Maintenant tu affrontes X-Or, le Shérif de l’Espace ! et c’est uniquement parce que nous sommes dans un récit écrit que tu n’entends pas mon générique gueuler à pleins tubes !<br />
– Whaaaa ! ch’uis trop impressionné » répondit Kev Adams avec une pointe de moquerie typique de l’arrogante jeunesse de notre époque.<br />
<br />
Mais pour vous public, et parce que c’est important pour l’auteur de ces lignes de vous ne mettre plein la vue : revoyons la scène au ralentit… Non pas cette scène là : on s’en fou ! la scène de transformation voyons !<br />
<br />
« … ça va vraiment être ta fête : TRANSMUTATION ! »<br />
<br />
A toute vitesse, Gordon execute une magnifique pose de héros (avec grand moulinet des bras et génuflexion impliquant une sacrée maitrise de son centre de gravité) puis brandit la main droite vers le ciel. Alors que la musique disco se déchaine, on peut voir arriver à travers les nuages la formidable base spatiale de X-Or (ou en tout cas une maquette de belle facture qui lui ressemble vachement). La voix de l’ordinateur de bord se fait entendre et dans un truchement métallique dire :<br />
<br />
« Ordre bien recu : transfert du scaphandre de combat par champ magnétique »<br />
<br />
(oui, nous aussi on trouve ça bizarre puisque selon les épisodes il était question de micro ondes. Notre équipe d’expert à fini par conclure que les deux termes étaient synonymes).<br />
<br />
Un rayon de paillette métallique sort de la base spatiale et tombe en pluie sur Gordon pour finalement s’illuminer et former autour de lui la carapace d’acier qui fait de lui un super héros. Après deux trois mouvement pour assouplir les jointures, X-Or est enfin prêt à combattre le mal !<br />
<br />
(Si si je vous assure que ce ralentit était très important et que ce n’est pas une vaine tentative de remplissage de la part de l’auteur…)<br />
<br />
Kev Adams se précipita sur X-Or et essaya de le frapper en lui lançant dessus un goodies de son dernier film : un mug moche avec sa tête dessus. C’était bien sûr sans compter sur l’incroyable agilité de notre héros qui non seulment évita l’assaut, mais répondit par une de ses célèbres petite boutade :<br />
<br />
« Ah ah ! tu vise comme un pied : tu aurais eu plus vite fait de jeter ce mug par terre ! »<br />
<br />
Très énervé, Kev Adams attaqua de nouveau, mais cette fois en jetant des DVD de sa série Soda sur X-Or. Le danger était grand, car cette série était tellement mauvaise que le moindre contact pouvait donner une diarhée aigue, et autant vous dire qu’avoir une gastro dans un scaphandre fermé hermétiquement pour resister au vide spatial… c’était la mort assuré !<br />
<br />
X-Or roula sur le côté pour se mettre à l’abris, puis contre attaqua avec le laser  fixer sur sa main droite :<br />
<br />
« rayon lasero Z ! »<br />
<br />
Le tir de notre héros de métal frappa sa cible avec une précision chirurgicale, provoquant une gerbe d’étincelle en plein sur la tête de Kev Adams qui roula au sol tant l’impact fût puissant. Malgré tout, le vilain pas beau se releva et trépigna sur place de rage.<br />
<br />
« Gnaaa ! c’est pas cool Pops ! je vais devoir trop refaire mon brushing sérieux ! »<br />
<br />
X-Or ne prêta aucune attention aux babillages de l’affreuse créature télévisuel et se prépara à une nouvelle attaque. Il fit un prodigieux bond en avant et termina son mouvement par un splendide bien que pas très réaliste double coup de pied avant de repartir en arrière dans un parfait salto.<br />
<br />
Cette fois Kev Adams était à bout : s’aggripant les cheveux, il activa sa transformation en monstre ultime. Dans un déluge d’effet spéciaux de mauvaise qualité, il prit l’apparence hideuse d’un jeune à casquette Wati-B<br />
<br />
« Cette fois c’est fini pour toi X-Or ! sous cette forme ultime je suis 5 fois plus puissant qu’avant !<br />
– Pfff… tu n’es qu’un vantard sombre engeance : 5 fois zéro ça fait toujours zéro ! »<br />
<br />
Kev Adams sauta tête la première sur X-Or<br />
<br />
« Attaque casquette ! » hurla t’il<br />
<br />
Les réflexes suraigu acquis après un entrainement intensif de Gordon lui permirent de se protéger juste à temps : plaçant ses mains devant lui, il lança un faisceau d’energie protecteur qui devint une barrière répulsive :<br />
<br />
« Ecran Cybero magnétique ! »<br />
<br />
Une fois encore, l’attaque de Kev Adams échoua. Réalisant qu’il n’avait aucune chance, il tenta de prendre la fuite en se rendant invisible.<br />
<br />
« Ah ah ! tu réalises que tu n’as aucune chance et tu tente de prendre la fuite en te rendant invisible ? fort bien : jouons à chat ! »<br />
<br />
Les deux puissantes diodes formant les yeux de X-Or s’allumèrent, activant au passage le mode « visualoscope » de son armure. Cette formidable invention permettait à X-Or de voir les méchants même dans le noir, ainsi que de voir les sous vêtements des filles.<br />
<br />
Heureusement, un filtre electronique empéchait de voir les sous vêtements des méchants.<br />
<br />
« C’est fini Kev Adams ! je sais ou tu te caches ! » dit X-Or qui avait sans doute vu où était le garnement (oui parce que sinon c’est une vaine tentative de bluff on est d’accord ?)<br />
<br />
d’un nouveau bond gracieux il expédia son redoutable double kick, faisant réapparaître Kev Adams qui se fixa tout en se tordant de douleur.<br />
<br />
C’était le moment idéal pour le coup de grace : X-Or dégaina son épée et la couvrit d’énergie laser en passant sa main dessus (ne faites pas ça chez vous les enfants : X-Or est un professionnel et un athlète sur-entraîné… et puis il porte une armure !)<br />
<br />
« Pour Noel, je t’offre un taillage en régle ! » dit notre malicieux héros avant de frapper droit devant avec sa laséro lame.<br />
<br />
l’énergie surpuissante de l’arme légendaire, coupler avec la nécessité scénaristique de vite passer à autre chose, fit exploser Kev Adams dont il ne resta plus qu’une touffe de cheveux…<br />
<br />
Mais alors qu’il pensait la situation réglé, X-Or vit apparaitre dans le ciel une gigantesque et menaçante silouhette de plus de trente mètre de haut. Toute vétue de noir, et portant de grosse lunettes « aviator » elles aussi sombre comme la nuit, c’était le véritable instigateur du complot contre le père noel qui se tenait là.<br />
<br />
MAITRE GIMS !<br />
<br />
« Comme on se retrouve X-Or ! » dit le terrible seigneur du Wati-B « ainsi donc tu as vaincu Kev Adams… cela ne m’étonne pas de toi finalement, même avec l’age tu n’as rien perdu de tes talents de héros.<br />
– Et je suis prêt à te le prouver encore en te bottant le cul Gims !<br />
– Je suis devenu trop puissant pour toi ! Le Wati-B a absorber toute la force vitale de la jeunesse et je suis maintenant un dieu ! Noel était le dernier obstacle, mais désormais c’est fini : le Père Noel ne pourra pas distribuer ses cadeaux à temps et moi je serai le maitre du monde !<br />
<br />
– Que tu crois ! Mais tu as oublié un détail : MOI !<br />
– Pfff… misérable insecte : que peux tu faire contre un être aussi immense que moi ?<br />
– Moi ? rien, mais j’ai un ami à te présenter… MOROX ! VIENS A MOI ! »<br />
<br />
Une formidable musique pleine de section cuivre et de basse disco retentit : tranversant à nouveau les nuages, la base spatiale d’X-Or apparut et commença a se transformer. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « stock shot », apparut le puissant Morox, dragon robot au service de la justice.<br />
<br />
Il ne fallut qu’un bond à X-Or pour pouvoir grimper dessus et tenir tête a l’infame maitre Gims.<br />
<br />
« Morox : fait le griller ! »<br />
<br />
Aussitôt dit aussitôt fait, le dragon souffla ses redoutables flammes contre le seigneur du Wati-B. Un déluge d’explosion éclata, et la méchante créature fut repoussé. Mais ce n’était qu’un assaut : le combat était loin d’être fini !<br />
<br />
Gims brandit son téléphone et activa sa playlist, lançant ainsi sa terrifiante attaque sonique :<br />
<br />
« BELLAAAAAAAAAA ! »<br />
<br />
Les ondes sonores commencèrent à fissurer Morox et l’armure de X-Or.<br />
<br />
« Arg ! quel enfer ! ce son est horrible ! » dit Gordon qui souffrait le martyr.<br />
<br />
Il eut alors un instant Flashback. Il repensa aux enfants de la terre, à leurs sourires, et au doux son de leurs rires cristalins. C’était pour cela qu’il luttait, pour cela qu’il était un héros, un Shérif de l’Espace. La souffrance n’était pas une excuse pour renoncer. Prêt à périr s’il le fallait, X-Or se dressa une fois de plus, fier et vaillant, prêt à défier la mort elle même dans un ultime face à face sublime au delà du bien et du mal.<br />
<br />
« Je vais t’apprendre la musique Gims ! Et je vais même te faire danser ! » dit notre héros au comble du supplice.<br />
<br />
Gordon tenta de brandir son épée, mais la douleur l’empechait de viser. Malgré sa volonter, l’insipide musique de Maitre Gims était en train de briser son esprit, le privant petit à petit de ses 5 sens…<br />
<br />
« Gordon… » dit une voix éthérée (c’est à dire avec beaucoup de reverb) « Gordoooon….<br />
– Eh ? j’entends des voix maintenant ?<br />
<br />
– Non Gordon… je suis la déesse Athéna, et je suis là pour te soutenir…<br />
<br />
– Athéna ? mais c’est quoi ce délire ! vous êtes pas dans la bonne série ma petite<br />
– Je sais Gordon, mais c’est le pouvoir de Noel…<br />
– Le pouvoir de Noel ?<br />
– Oui : celui des miracles. Et c’est par ce pouvoir que je peux venir à ton secours et te donner la force et le courage de vaincre…<br />
– Ouah ! génial ! Dites pendant que je vous tiens, je voulais vous demander un truc : comment ça se fait que les autres Dieux dans la série ils sont super bourrin et vous vous êtes toujours…<br />
– Euh… oh c’est dommage j’en aurai bien parler avec toi mais tu dois te réveiller chevalier… euh X-Or pardon. Frappe ton ennemi et sauve Noel ! »<br />
<br />
Guider par la douce voix d’Athéna, X-Or lança son épée avec ses dernière forces.<br />
<br />
Et le miracle arriva ! l’épée frappa le téléphone de plein fouet le faisant exploser, brulant sévèrement la main de Maitre Gims. Ce dernier poussa un hurlement horrible (ou était ce une nouvelle chanson de son album ?) et recula :<br />
<br />
« Arg.. mon Xperia ! putain un téléphone à 800 balles mec !<br />
– Hé hé ! je t’avais prévenu Gims : en t’en prenant au Père Noel tu as commis une grave erreur !<br />
– Très bien X-Or… tu gagnes cette manche : mais le Wati-B compte de nombreux soldats… un jour tu seras vaincu !<br />
<br />
– Ouais ouais : va demander au C-Rex ce que je leur ai répondu quant ils m’ont sorti le même barratin ! »<br />
<br />
Et tandis que Gims prenait la fuite, le ciel retrouva sa couleur naturelle. Sûr de sa victoire, Gordon tomba de fatigue et s’évanoui<br />
<br />
***<br />
<br />
Gordon se réveilla dans la voiture du Père Noel. Son premier reflexe fut de vérifier qu’il avait toujours ses sous vêtements. Une fois rassuré il s’adressa au jovial bonhomme :<br />
<br />
« Whaou : quelle bataille ! combien de temps je suis resté dans le gaz ?<br />
– Oh même pas un quart d’heure : tu as été formidable Gordon !<br />
– De rien Père Noel. Vous avez put récupérer la hotte ?<br />
– Oui c’est bon, Noel est sauvé !<br />
<br />
– Super ! vous ne serez pas en retard pour livrer alors ?<br />
– Non, non… regarde ! »<br />
<br />
Lorsque Gordon regarda devant lui, il vit que la voiture était en train de voler dans le ciel, et que d’un geste habile, le Père Noel bombardait les cheminées de paquet cadeau.<br />
<br />
« Tu me file un coup de main ? » demanda le gentil vieil homme<br />
– Et comment ! » répondit le héros enthousiaste en attrapant un paquet dans la hotte.<br />
<br />
Et c’est ainsi que cette nuit là, X-Or sauva Noel, et retrouva dans son coeur de héros le sentiment d’avoir apporter de la joie et du bonheur aux enfants du monde entier…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[*désolé pour le retard de publication, mais l’usage d’un autre matériel que celui de d’habitude à sacrément compliqué le mixage :)*

**La revanche d’X-Or**

Il y’avait bien longtemps que tout le monde avait fini par l’oublier. Après tout, la Terre était en paix, et que pouvait faire la société d’un héros de métal doté d’un sabre à énergie laser ? Pas grand chose faut croire…

Gordon ne s’en plaignait pas pour autant. Cette paix il l’avait obtenu après d’âpres combat contre les forces du mal, et si la monotonie de sa nouvelle vie était le prix à payer pour que les enfants n’aient plus à craindre les monstres géants, c’était une excellente affaire à ses yeux.

Il avait troqué son armure de combat contre une tenue de vigile, et ses armes high tech contre une petite matraque et une radio. Ses amis lui avaient dit que c’était avilissant de faire ce job, mais lui répondait que c’était simplement une autre façon de faire la seule chose qu’il sache faire : protéger les innocents.

Et c’est ainsi que les clients du supermarché MaxValu faisaient leurs achats sans savoir que celui qui veillait sur eux n’était autre que X-Or, le shérif de l’espace.

Bien que l’endroit fusse relativement paisible, les missions ne manquaient pas pour quiconque avait un sens de la justice aussi aigu que celui de Gordon : aider les vieilles dames à porter leurs courses jusqu’à leur voiture, ramener les petits enfants perdus à leurs parents ou bien remettre dans le droit chemin les pickpockets en tout genre, ce n’était qu’un échantillon de tout ce qui faisait maintenant parti de la nouvelle vie de notre héros.

Pourtant, en ce jour d’hiver, c’était une mission d’un genre tout à fait nouveau qui l’attendait.

Patrouillant dans les rayons comme à son habitude, Gordon scrutait la foule de ses yeux d’aigle à la recherche d’un méfait à punir ou d’une personne à secourir. La tache n’était pas facile, car le magasin était bondé, et on ne pouvait pas faire un pas devant l’autre sans percuter un caddie remplie raz bord de bonne chose, que ça soit la traditionnel dinde pour le réveillon de Noel ou bien de délicieux chocolats.

Gordon réalisa alors qu’il n’avait jamais fêter le réveillon. Lui qui venait de l’espace ne pratiquait pas cette coutume, pourtant il en appréciait les valeurs : partage, amitié, paix…

Un cri retenti soudainement :

« Ah nooon ! ne faites pas ça ! nooon ! »

Ni une ni deux, Gordon se précipita vers la source de cet appel à l’aide, faisant de gigantesque bond par dessus les rayonnages pour aller plus vite à la grande surprise des clients du magasin.

Il découvrit alors un homme en costume de père noël violemment prit à parti par la pire espèce de menace qui existait dans tous l’univers, des êtres si vils et si abjectes que la convention spatiale en avait autorisé l’élimination sans procès ni sommation aux agents de la police de l’espace…

Les weshs !

Cette espèce typique des banlieues avait un goût affreux pour les vêtements et la musique, et passait son temps à ennuyer le monde en parlant fort et faisant des gestes avec les mains. Mais pire que tout, les weshs étaient atteint de stupidité chronique, leur donnant un langage ordurier proche du troll et une propension pathologique à la nuisance.

L’arrivé soudaine (et sautillante) de Gordon les interrompit dans leur passage à tabac du gros monsieur. Leurs regards étaient plein de hargne et de suffisance, mais notre héros en avait maté des plus coriaces.

« Hey les affreux ! » leur dit-il avec assurance « pourquoi vous ne vous en prendriez pas à quelqu’un de votre taille ?
– Whesh gro va zy tu rakont kwa ? » lui répondit un des affreux tout marchant en canard dans sa direction.
– Hein ?
– Stro chelou cke tu di !
– Oh mais bordel c’est pas possible de parler aussi mal : on dirait]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 29 Dec 2015 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-12-29T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 22 : le noël de Basilisk #defibradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep22/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Le noël de Basilisk**<br />
<br />
Il était une fois, à l’époque des chevaliers et des princesses, une petite fille nommé Capucine et qui vivait dans un petit village. Orpheline, la petite fille était sous la garde de son oncle Lucior et de sa tante Drazilla, les taverniers de la seule auberge alentour. Exigeant, ils faisaient trimer la pauvre enfant sans vergogne, estimant que c’était la seule façon de lui apprendre combien la vie était dure pour les petites gens.<br />
<br />
Mais un jour, alors qu’approchait la période magique de Noel, une bien étrange histoire se produisit…<br />
<br />
Ce matin semblait pourtant comme tous les autres pour Capucine. Levé dès l’aube, elle commença par ranger sa paillasse, mettre ses vêtements, puis parti ensuite dans la réserve de l’auberge chercher des morceaux de bois pour faire le feu. Espiègle et dégourdie, Capucine ne se plaignait jamais de son labeur, et même si elle savait que Lucior et Drazilla était excessif à exiger tant d’elle, la petite fille gardait espoir qu’un jour leur situation change et qu’ils n’aient plus besoin de travailler autant.<br />
<br />
Une fois avoir rapporté assez de bois pour la journée, elle alluma le feu sous la grande marmite des cuisines et commença à confectionner de la soupe. L’hiver était rude, et les voyageurs raffolaient de ce met simple qui réchauffait le corps que préparait Capucine.<br />
<br />
Après bien des efforts, sa préparation était en train de cuir lentement, comme cela se devait pour que la recette soit parfaite. C’est alors qu’arriva tante Drazilla, criant au loin contre oncle Lucior :<br />
<br />
« Et moi je te dis que si ! Il faut aller à la ville et vendre les plats de la petite : c’est comme ça qu’on se fera de l’or !<br />
– Mais enfin sucre d’orge, si personne ne tient l’auberge ici nous allons perdre des clients ? » répondit Lucior, docile.<br />
– C’est pour cela que tu resteras ici tandis que moi j’irai avec Capucine<br />
– Mais… ça veut dire que je devrais tout le travail ? Tout seul ?<br />
– Exactement ! Cela remuera ta vieille carcasse d’épouvantail ! »<br />
<br />
Imaginer l’oncle Lucior habillé comme un épouvantail et planté au milieu d’un champ de blé pour faire fuir les oiseaux amusa beaucoup Capucine qui ne put s’empêcher dans rire, ce qui agaça tante Drazilla :<br />
<br />
« Ça te fait rire toi ? Et bien tu n’auras qu’à aller toute seule en ville aujourd’hui ! Après tout moi aussi j’ai le droit de me reposer un peu ! »<br />
<br />
Capucine acquiesça sans rien dire. Une fois sa marmite prête, elle la chargea dans la carriole tiré par la gentille mule Plicploc et se prépara à prendre la route. Elle enroula sa chevelure rousse vive dans un foulard, enfila une cape de cuir pour se protéger du vent, et s’en alla après avoir salué ses oncle et tante :<br />
<br />
« Tante Drazilla, Oncle Lucior, je m’en vais pour la ville. Reposez-vous et prenez soin de vous »<br />
<br />
La gentillesse de Capucine arrivait souvent à fendre l’armure de dureté de ses tuteurs, et cette fois encore elle y parvint. Lucior lui donna une pièce d’argent pour qu’elle s’achète une friandise, tandis que sa tante l’embrassa tout en lui recommandant d’être prudente.<br />
<br />
Capucine prit les rennes de la carriole et tira tout doucement dessus pour faire avancer Plicploc.<br />
<br />
Elle traversa une partie de la Forêt des Vents Lointains, et remonta la rivière pendant une lieue pour de nouveau s’enfoncer dans la foret afin de gagner un peu de temps. Capucine savait que tante Drazilla ne l’aurait jamais laissé faire, mais la petite fille avait envie d’aventure et profiter du raccourci. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil pour surveiller que sa précieuse cargaison ne se renverse pas. Bien que solidement attaché et recouverte par un vieux bouclier qui faisait office de couvercle, la marmite pouvait toujours basculer a la faveur d’une secousse causé par un caillou sur la route.<br />
<br />
La petite fille était joyeuse, et elle se mit à chanter une simple comptine de voyageur :<br />
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« Petit cailloux sur ma route,<br />
fais du bruit moi je t’écoute<br />
je passerai ton chemin<br />
comme je le ferai demain ! »<br />
<br />
Plicploc dodelinait de la tête au rythme de la mélodie, et des oiseaux s’invitèrent en chantant eux aussi au passage de la carriole. Capucine les salua de la main et ils lui répondirent en virevoltant gracieusement autour d’elle.<br />
<br />
Mais alors qu’elle observait les oiseaux, Plicploc s’arrêta brusquement : il y’avait quelque chose au beau milieu de la route.<br />
<br />
Capucine descendit de la carriole et s’approcha à petit pas. Elle entendit alors quelqu’un qui parlait :<br />
<br />
« Bon sang… ! Mais qu’est-ce que c’est ce bled à la noix… Hey ! Les piafs : vous ne voulez pas me filer un coup de bec ? Hey ? HEY ? JE VOUS PARLES ! »<br />
<br />
Celui qui faisait preuve d’autant de véhémence à l’égard des oiseaux n’était autre qu’un tout petit lézard, grand comme la paume d’une main, portant un petit chapeau à plume et une cape toute aussi petite. Bras croisé, il scrutait les alentours, invectivant les animaux et sans remarquer Capucine qui arrivait dans son dos.<br />
<br />
« Bonjour ! » dit la petite fille joviale « vous êtes perdu monsieur le lézard ? »<br />
<br />
Ce dernier se retourna et poussa un hurlement de surprise à la vue de la petite fille. Il tomba à la renverse, ce qui fit glisser son chapeau.<br />
<br />
« Hey gamine ! Ça va pas de surprendre les gens comme ça !? » demanda le lézard en réajustant son chapeau<br />
– Je suis désolé monsieur le lézard, je pensais que vous m’aviez vue…<br />
– Pourquoi ? Parce que t’es énorme et que t’as une car… OH BON SANG C’EST QUOI CE MACHIN !? » dit-il en désignant Plicploc du doigt<br />
– C’est ma mule, elle s’appelle Plicploc. Et vous monsieur le lézard, quel est votre nom ?<br />
– Moi ? Je m’appelle Basilisk<br />
– Basilic ?<br />
– Nan Basilisk, avec un K à la fin. Et toi gamine c’est quoi ton blaze ?<br />
– Mon blaze ?<br />
– Ouais ton nom quoi…<br />
– Je m’appelle Capucine.<br />
– C’est mignon… mais c’est pas un nom de fleur ?<br />
– Si : c’était les fleurs préférer de ma maman<br />
– A bon ? Elle préfère les myosotis maintenant ?<br />
– Non… maman est morte y’a longtemps »<br />
<br />
Basilisk changea de couleur et devint entièrement rouge pale.<br />
<br />
« Oh mince… purée la gaffe… c’est tout moi ça : euh, tu m’en veux pas petite hein ?<br />
– Non, vous avez pas fait exprès…<br />
– Oh non : tu fais ce truc des petits humains quand vous avez vos grands yeux qui deviennent tout humide et que vous souriez même si vous êtes triste ! Ah je supporte pas ça s’il te plait arrête ! Hein ? Aller s’il te plait Pucinette !<br />
– Pucinette ?<br />
– Quoi t’aimes pas ? Moi je trouve ça mignon. Mignon comme une petite humaine qui aurait des couettes. C’est un truc chouette ça les cheveux : j’aimerai bien en avoir. Bon cela dit j’ai une queue préhensible qui est bien sympa aussi et… »<br />
<br />
Basilisk fût interrompu par le rire cristallin de la petite fille.<br />
<br />
« Tu es rigolo ! » dit elle avec la touchante simplicité de son innocence.<br />
« hé hé.. bah ouais que veux-tu… Tant que tu ne me refais pas ton truc des yeux là, c’est pas un souci si tu te marre. Euh par contre Pucinette, tu pourrais me filer un coup de main ?<br />
– Bien sur messire Basilisk !<br />
– Et ben il se trouve que… »<br />
<br />
Basilisk désigna alors sa patte droite : elle était prise dans un piège à oiseau.<br />
<br />
« Oh ! Mais qui vous a fait ça ! » s’indigna la petite fille<br />
– T’as vu hein ? Nan mais franchement quelle idée de faire un sac de nœud pareil !<br />
– Je vais chercher un couteau dans la carriole pour couper ça : ne bougez pas !<br />
– Ne bou… mais enfin tu crois que je vais aller où ? » dit le Lézard tandis que la petite fille s’éloignait.<br />
<br />
Capucine détacha Basilisk qui put à nouveau bouger librement. Il était vif, et pouvait faire des bonds gigantesques pour sa taille. Il sauta sur la tête de la petite fille, lui chatouilla le bout du nez avec sa queue puis sauta de nouveau sur le sol.<br />
<br />
« JE SUIS LIBRE ! LIIIIIBRE ! Ah merci à toi Pucinette<br />
– Je vous en prie messire Basilisk. Cependant je vais devoir vous laisser car je dois me rendre en ville<br />
– En ville ? Oh dis-moi je peux être du voyage ? J’ai jamais été en ville !<br />
– Ma foi ça serait une bonne chose. Tu es d’accord Plicploc ? »<br />
<br />
La mule poussa un hennissement content en signe d’acquiescement.<br />
<br />
Sitôt dit, Basilisk bondit dans la carriole qu’il commença à fouiller sans vergogne.<br />
<br />
« Hey… qu’est-ce que tu fais ? » demanda la petite fille un peu inquiète<br />
– Oh t’en fais : je regarde s’il y’a des mouches. Des fois tu peux trouver de ses trucs dans les carrioles c’est dingue !<br />
– Ma carriole est propre !<br />
– Oh… zut…<br />
– Mais… pourquoi cherchez vous des mouches enfin ?<br />
– Bah j’suis un lézard Pucinette, tu t’imagines que je mange quoi d’habitude ? »<br />
<br />
Le visage de Capucine se marqua d’un éclair de lucidité accompagné d’un « oooooh »<br />
<br />
La petite fille remonta dans la carriole et fit signe à Basilisk de monter sur son épaule. Elle s’approcha de la marmite et tira le couvercle. Les bonnes odeurs de la soupe de Capucine montèrent aux narines du lézard qui saliva immédiatement.<br />
<br />
« Sacrée nom de… ça sent fichtrement bon !<br />
– Si vous en voulez messire Basilisk, je vous en servirais une tasse<br />
– C’est… c’est vrai… Oh ma p’tite Pucinette t’es vraiment un amour de p’tite humaine toi ! »<br />
<br />
Capucine attrapa une louche et la remplit à moitié, puis versa le contenu dans une coupette en bois et la tendit à Basilisk. Ce dernier plongea la tête dedans et aspira le liquide en quelques secondes.<br />
<br />
« Alors CA c’est de la soupe ! » dit le Lézard triomphant « J’ai jamais rien mangé d’aussi bon ! C’est toi qui fais ça Pucinette ?<br />
– Oui : je vais la vendre en ville<br />
– Et bah tu peux me croire, quel que soit le prix que tu en demande c’est pas assez cher !<br />
– Merci Basilisk, c’est gentil ! »<br />
<br />
Et c’est ainsi que Capucine reprit la route avec son nouveau compagnon qui largement rassasié s’écroula de fatigue et s’endormi.<br />
<br />
Plicploc trottinait maintenant sur un petit sentier d’où l’on pouvait voir la forteresse marquant l’entrée du palais. C’était une imposante place forte qui servait à protéger les villageois alentour, mais c’est surtout l’endroit où vivaient le roi et la reine.<br />
<br />
« Plicploc : tu crois qu’on verra le roi ? Ou la reine ? » demanda l’innocente petite fille<br />
<br />
Sa monture se contenta de répondre par un hennissement que Capucine décida d’interpréter comme voulant dire « pourquoi pas ? »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit sinistre se fit entendre venant des bosquets. C’était un grognement féroce, grave et profond. Jaillissant de tous les côtés, une meute de loup se jeta sur Plicploc et Capucine, crocs dehors, prêt à les dévorer.<br />
<br />
Les cris de terreurs de la petite fille réveillèrent Basilisk en sursaut. Mais à peine eut il comprit la situation qu’il passa à l’action : utilisant sa langue extensible, il attrapa un des loups à la gorge et le propulsa contre un de ses congénère qui s’apprêtait à mordre le flanc de la pauvre mule. Basilisk bondit alors au milieu de la meute qu’il défia avec un air impérieux :<br />
<br />
« Alors les sacs à puce : on veut faire du mal à ma Pucinette ? c’est vraiment pas votre jour les mammifères… parce que moi Basilisk je vais vous faire passer le goût de la plaisanterie !<br />
– Silence reptile ! » dit le chef de la meute, un vieux loup à la fourrure grisâtre qui portait une large cicatrice sur le front « Ce n’est pas une petite bestiole à sang froid qui va m’empêcher de planter mes crocs dans la chair tendre d’une petite humaine…<br />
– Grrr… j’aime pas du tout comment tu parles de ma copine ! Je vais te les faire bouffer tes crocs !<br />
– Et par quel prodige vas-tu t’y prendre ? Avec quelle armée misérable ?<br />
– LA TIENNE ! » Hurla Basilisk avant de bondir à l’assaut<br />
<br />
Utilisant sa langue, le petit lézard attrapa un des loups par la patte et le fit tournoyer plusieurs fois afin de faire reculer la meute. Se tenant debout, et réajustant son chapeau, Basilisk s’adressa à la mule tout en gardant le loup suspendu au bout de sa langue.<br />
<br />
« Plicploc ! Emmène Pucinette loin d’ici : je vais m’occuper d’eux !<br />
– Non Basilisk ! Viens avec nous ! » supplia la petite fille<br />
– T’en fais pas Pucinette : je vous rattraperai ! Je suis un lézard supersonique après tout ! »<br />
<br />
Sans attendre plus longtemps, Plicploc se précipita droit devant pour fuir la menace tandis que Basilisk tenait la meute en respect avec son arme improvisée. Lorsque Capucine et Plicploc furent à bonne distance, il lança le loup qu’il avait attrapé droit vers le chef de meute. Ce dernier resta impassible et se contenta de dévier son camarade d’un coup de patte si violent qu’une giclé de sang apparut.<br />
<br />
« Hum je vois… tu es le genre de chef qui n’hésite pas à blesser ses camarades pas vrai ?<br />
– Tu m’as fait perdre ma proie petit lézard… ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère : mon honneur de chasseur est en jeu<br />
– Tu as perdu ton honneur du moment où tu as attaqué une petite fille sans défense. Mais bon, restons en-là : après tout un vrai guerrier sait accepter la défaite non ?<br />
– Un guerrier ? sais-tu de quoi tu parles petit lézard ? Je suis le chef de cette meute, et pour rester le maitre je dois te tuer, puis tuer la gamine à tout prix.<br />
– Sauf que j’suis trop rapide pour vous les gars !<br />
– Sans doute… mais tu n’es pas assez malin ! »<br />
<br />
A peine le chef de meute eut il prononcer ces paroles qu’un loup embusquer depuis le début surgit du fourré et donna un grand coup de patte sur Basilisk qui s’écroula sous le choc. La meute en profita pour bondir sur lui pour le dévorer.<br />
<br />
Mais tout ce qu’ils purent mordre était un morceau de bois autour duquel était enroulée la cape du lézard. C’est alors que de la cime des arbres un rire retentit :<br />
<br />
« Ahahahahaha ! Vous êtes vraiment des minables : je vous ai dit que j’étais plus rapide que vous !<br />
– Par l’enfer ! » dit le chef de meute « comment est-ce possible : je ne t’ai pas quitter des yeux ! Comment à tu pu tromper mon regard de chasseur ?<br />
– C’est simple : comme tous les lézards ma vitesse et ma puissance dépend de la température de mon corps. Avec cet hiver infernal, je devrais être à peine capable de bouger… mais c’était sans compter sur la soupe de Capucine ! Non seulement sa chaleur à réveiller mes membres, mais sa saveur sans pareil à affuter mes sens et je suis capable d’anticiper tous vos mouvements !<br />
– QUOI ! C’EST IMPOSSIBLE !<br />
– Et ce n’est pas tout ! Cette soupe contient un ingrédient secret qui me rend totalement invincible face à vos pauvres créatures endotherme !<br />
– Mais quel est cet ingrédient !<br />
– Héhé… c’est on ne peut plus simple : c’est tout le COEUR que la petite a mise à faire sa soupe qui la rend si incroyable ! Mais ça c’est quelque chose que des rustres au cœur de pierre comme vous ne peuvent comprendre, c’est pour ça que je ne peux pas perdre !<br />
– Mais… enfin ça ne veut rien dire !<br />
– Peut être : mais du coup j’ai gagné suffisamment de temps ! Aller à plus les débilos ! »<br />
<br />
Utilisant son incroyable agilité, Basilisk bondit au milieu de la meute, attrapa sa cape, puis bondit à nouveau dans les arbres pour semer la meute qui fût incapable de suivre son déplacement. Ils tentèrent de capter son odeur, mais le lézard n’en avait pas. Fou de rage, ils hurlèrent laissant raisonner leur sinistre plainte à des lieux à la ronde…<br />
<br />
***<br />
<br />
Plicploc s’était arrêtée après avoir couru comme jamais pour mettre Capucine à l’abri. La petite fille lui avait apporté de l’eau et une carotte, et lui fit un câlin pour la remercier de sa bravoure. Elle observa le chemin derrière elle, inquiète pour Basilisk. C’est alors qu’elle le vit apparaître, fringuant, son chapeau à la main comme s’il saluait :<br />
<br />
« Bonjour belle enfant ! N’auriez-vous pas vu une meute de loup fuir devant le fort et incroyablement séduisant Basilisk ?<br />
– Messire Basilisk ! Dieu merci vous êtes sauf ! » dit la petite fille tout en se précipitant vers son ami<br />
– Ce n’est pas 3 cabots enragés qui vont faire peur à un lézard dans mon genre. D’où je viens j’en ai maté des plus coriaces !<br />
– En tout cas heureusement que vous étiez là sinon Plicploc et moi aurions fini dans leurs estomacs !<br />
– Allons n’en parlons plus Pucinette : toi tu m’as bien tiré de ce piège et donné de ta soupe. Autant dire que c’est un échange de bon procédé ! »<br />
<br />
Le malicieux lézard grimpa sur l’épaule de la petite fille et désigna la forteresse qui était maintenant toute proche :<br />
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« C’est là qu’on va ?<br />
– Oui : la cité impériale de Cadren… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Arrivé dans les rues bondées de la ville, Basilisk demanda à Capucine de le laisser se cacher dans son foulard. Il pourrait ainsi rester sur sa tête pour avoir une bonne vue des environs tout en étant discret.<br />
<br />
Après avoir montré sa carriole aux gardes de la cité, la petite fille se dirigea vers le quartier marchand et installa son échoppe. Elle démonta les panneaux de la carriole, dressa une petite toile en guise de protection et tira l’enseigne de l’auberge de façon ça ce qu’elle soit dressé comme un drapeau et soit ainsi bien visible partout sur la grand place.<br />
<br />
Mais tandis qu’elle faisait cela, un soldat se planta devant elle et lui demanda d’une voix glauque :<br />
<br />
« Hé bien petite fille… qu’est-ce que tu fais toute seule ici ?<br />
– Je m’occupe de mes affaires pau’vre tocard ! » lui répondit la voix pleine de panache de Basilisk  »<br />
– Qu’est-ce que t’as dit ? » dit le soldat vexé »<br />
<br />
Capucine voulut répondre, mais la peur lui avait coupé la parole. Conscient d’être « un peu » responsable, Basilisk reprit mais d’une voix qu’il essaya (sans y parvenir) de rendre plus douce :<br />
<br />
« Euh… je voulais dire que je rangeais mes affaires : quel bazar !<br />
– hum… j’aime mieux ça. Et qu’est-ce que tu vends ?<br />
– De la soupe ! La meilleure, la plus revigorante et la plus savoureuse de tout Cadren ! Tenez : je vous en offre un bol ».<br />
<br />
Capucine resta figée.<br />
<br />
« J’ai dit… JE VOUS EN OFFRE UN BOL ! »<br />
<br />
La petite fille réagit et mit une belle louche de soupe dans un bol avant de le tendre au soldat. Ce dernier commença à la déguster sans plus d’intérêt que ça, mais dès lors que la première gorgé fut passé, les saveurs jaillir dans sa bouche et il ne put se retenir de tout avaler en quelques instants. La douce chaleur du breuvage réchauffa son corps marqué par les longues gardes à l’extérieur dans le froid, et lui rappela les temps ou étant enfant il restait avec ses frères devant le feu tandis que sa mère et ses sœurs préparaient le dîner…<br />
<br />
Il reposa le bol baigné de cette douce mélancolie, quand soudain il sentit une incroyable vivacité monter en lui. C’était comme si son corps avait retrouvé l’énergie de ses vingt ans. Et puis il y’avait cette saveur ou le gras du mouton se mêlait à la richesse nuancés des légumes, relevé par ce qu’il fallait d’épices.<br />
<br />
« Petite… elle vaut combien ta soupe ?<br />
– 3 sous messires » répondit Capucine en essayant de prendre la même voix que celle que Basilisk avait prise.<br />
– Je vais t’en reprendre s’il te plait : on dirait celle de ma maman… »<br />
<br />
Il ne fallut pas longtemps pour le fumet délicieux de la marmite attire les chalands. Tous jubilaient en dégustant la soupe de Capucine, ce qui mettait du soleil dans les yeux de la petite fille. Rien ne pouvait plus lui faire plaisir que de donner ce bonheur simple aux gens autour d’elle.<br />
<br />
Elle était d’autant plus ravie qu’à la vitesse ou cela allait, elle aurait fini avant le début d’après-midi et pourrait rentrer de bonne heure à la maison.<br />
<br />
« Tu te débrouilles comme une chef Pucinette : ch’suis fier de toi !<br />
– Merci messire Basilisk… c’est grâce à vous que nous avons pu y arriver<br />
– Oui c’est vrai… mais que veux-tu : j’suis génial : j’y peux rien ! »<br />
<br />
A nouveau, le rire sincère de la petite fille résonna dans la carriole.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis que Capucine servait les clients, Basilisk eu envie de faire un tour. Il sautilla de carriole en carriole grâce à son allonge prodigieuse, et observa les camelots faire leur numéro devant les passants. Il était amusant pour le petit lézard de voir à quel point les humains aimaient se faire des tours et combien ils avaient besoin de s’émerveiller.<br />
<br />
C’est alors que la voix de Capucine le tira de sa rêverie : la petite fille appelait à l’aide.<br />
<br />
Ni une ni deux, le vaillant petit lézard se précipita vers la carriole, bondissant dans les airs et traversant la place du marché en un éclair.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva, il vit une dizaine de soldats, dont certains étaient en train de retirer la marmite de la carriole. Deux autres soldats agrippaient fermement Capucine tandis qu’un homme habillé chichement était en train de s’adresser à elle.<br />
<br />
« Je suis sir Polyace Ocelot, et je réquisitionne ta marmite au nom du roi.<br />
– Vous n’avez pas le droit : c’est du vol ! » répondit la petite fille sans trembler<br />
– Oh ! Quelle horrible accusation ! Gardes : arrêtez-la ! »<br />
<br />
Basilisk bondit sur la tête de Polyace et donna un vif coup de langue en plein sur le casque de l’un des gardes qui retenait Capucine ce qui le sonna immédiatement. Le pétillant lézard s’apprêtait à refaire de même sur le second garde lorsqu’il dut éviter de se faire coincer entres les paumes de Polyace. Pour cela il se laissa tomber au sol, effectua une vive roulade puis lança un rapide coup de langue pour faucher les soldats. Mais voilà : si cela avait facile avec des loups, la tâche était beaucoup plus ardue face à des chevaliers en armure lourde.<br />
<br />
« Attrapez moi cette horreur ! » dit Polyace en sautillant sur place d’effroi « cette chose m’est grimpé sur la tête !<br />
– Hey ! Je ne suis pas une chose sale faquin ! Je suis un lézard et je m’appelle Basilisk !<br />
– Capturez-le lui aussi ! Faite le cuire et jetez le aux chiens ! »<br />
<br />
Conscient qu’il n’aurait pas l’avantage, le sautillant lézard compris qu’il allait devoir battre en retraite. Mais cela signifiait abandonner Capucine…<br />
<br />
« Pucinette ! N’ai pas peur : je vais pas te laisser tomber t’entends ?<br />
– Messire Basilisk : fuyiez sans vous souciez de moi !<br />
– Pas question !<br />
– Si : il le faut. Prenez soin de Plicploc : Soldats ! Messire ! Laissez les partir je vous en conjure ! »<br />
<br />
Polyace fit signe aux gardes de s’arrêter. D’un air mauvais il se tourna vers Capucine :<br />
<br />
« Si je fais ce que tu demandes, si j’épargne tes animaux, est ce que tu viendras sans rechigner travailler aux cuisines du palais ?<br />
– Oui je le jure<br />
– Tu ne te rebelleras pas ?<br />
– Non, je serai dévouée, mais ne leur faites pas de mal… »<br />
<br />
Basilisk avait envie de pleurer face au courage de la petite fille, et envie de hurler devant la méchanceté de Polyace. De rage, il jeta son chapeau par terre tandis qu’il levait les bras en signe de soumission.<br />
<br />
« Bien… vous êtes plus raisonnable qu’il n’y parait en fin de compte ? dit le seigneur en titillant sa moustache sombre<br />
– Je te jure sur mes écailles que si tu fais-tu mal à Pucinette tu sauras ce qu’il en coute de fâcher un Lézard…<br />
– Pfff… flagornerie que tout ça : bon soldat, nous retournons au palais ! »<br />
<br />
Et tandis que l’escorte de Polyace avançait et que la petite fille suivait docilement, Basilisk monta sur la tête de Plicploc et lui dit :<br />
<br />
« Je te promets qu’on va la sortir de la Pliki… on juste besoin d’un miracle… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Basilisk avait suivi de loin le cortège de Polyace et avait remarqué qu’il dépouillait le marché de toutes les bonnes choses qu’il y’avait à manger. Changeant sa couleur comme un caméléon pour mieux se fondre dans le décor, le futé lézard essaya de s’approcher pour entendre ce qui se disait.<br />
<br />
« Messire » demanda un des soldats « nous avons fini de tout charger. Voulez-vous faire un dernier tour ?<br />
– Non… je suis fatigué et mort de froid. Je serai bien mieux dedans avec un bon feu pour me réchauffer.<br />
– Que faisons-nous de la petite fille ?<br />
– Aux cuisines : elle a l’air d’avoir du talent, exactement ce qu’il faudra… je veux que tout le monde s’empiffre a n’en plus pouvoir… »<br />
<br />
Même sans comprendre de quoi il en retournait, Basilisk senti l’odeur des complots qui frétillait dans l’air. Il se cacha sous une calèche qui transportait des victuailles et entra dans la forteresse. Préférant ne pas être enfermer à l’intérieur, il sauta en marche avant que le cortège n’entre au palais.<br />
<br />
Grimpant la muraille avec facilité, il se dressa au sommet de la muraille Est et observa les lieux.<br />
<br />
« Hum… y’a pas à dire j’aurai une capuche à la place de mon chapeau j’aurais belle allure dans cette position… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la cuisine du palais, une armada de cuisinier et de marmiton allaient et venaient dans tous les sens pour préparer le repas à venir. Capucine fut conduite devant une large femme qui touillait un ragout :<br />
<br />
« Hey, mère Bouteau : cette gamine vient donner un coup de main » dit le soldat qui escortait l’enfant<br />
– Quoi ? Mais enfin regardez là la pauvrette. Elle est toute petite !<br />
– Et alors ?<br />
– Alors je ne vais pas assommer de travail une enfant !<br />
– Et si moi je t’assommais du plat de mon épée, vilaine !<br />
– Suffit ! » dit Capucine « je peux aider madame, je sais faire plein de chose en cuisine et j’en ai grande habitude…<br />
– Peste soit sur vous soldats… » dit la mère Bouteau tout en entrainant Capucine vers les fourneaux.<br />
<br />
Lorsque les soldats furent partis, la mère Bouteau se laissa tomber sur un tabouret et se mit à sangloter. Aussitôt, la gentille Capucine vint s’enquérir de son état :<br />
<br />
« Qui a t’il madame ? Vous souffrez ?<br />
– Oui petite… je souffre de voir ce que ces monstres nous obligent à faire… et je suis émue devant ton courage…<br />
– Mais que ce passe-t-il ? Pourquoi ont-ils volé ma marmite de soupe ?<br />
– Oh je vois… mon enfant : le royaume a besoin d’un nouveau cuisinier royal, et son Altesse à organiser un grand concours où les grandes maisons pourront présenter un champion. Sir Ocelot veut profiter de l’occasion pour gaver les soldats et pour cela il ratisse tout ce qui est savoureux<br />
– Mais dans quel but ? S’il faut je peux refaire à manger pour tout le monde ! Il était inutile d’employer la force !<br />
– Ma pauvre petite : cet homme est dangereux et je ne crois pas qu’il ait de bonne intention… »<br />
<br />
La mère Bouteau sécha ses larmes et poussa un soupire de résignation. Capucine de son côté, garda dans le regard la flamme de l’espoir :<br />
<br />
« Nous allons empêcher cela ! » dit-elle « mes amis sont dehors et je sais qu’ils feront tout pour me sauver !<br />
– Tes amis dis-tu ? Mais qui sont-ils ? Des aventuriers ? Des chevaliers ?<br />
– Euh non : c’est ma mule et un lézard que j’ai trouvé en faisant chemin vers Cadren ! »<br />
<br />
La mère Bouteau se signa et joignit les mains en prière.<br />
<br />
***<br />
<br />
Basilisk avait réussi à se faufiler dans le palais et se promenait au hasard dans l’espoir de retrouver Capucine. Laissant trainer ses oreilles, il comprit qu’une grande festivité se préparait. C’était parfait car l’effervescence des serviteurs les rendaient peut attentifs aux détails et il pouvait circuler comme bon lui semblait, les portes ne cessant de s’ouvrir et de se refermer.<br />
<br />
Il parvint finalement à une pièce intéressante : c’est un immense garde mangé où il reconnut la marmite de Capucine avec son bouclier en guise de couvercle.<br />
<br />
« Quel gâchis… la soupe doit être toute froide maintenant ! » se dit le lézard.<br />
<br />
Deux gardes entrèrent en catimini, refermant la porte avec précaution. Ils avaient de toute évidence l’intention de se faire un petit quatre heure improvisé :<br />
<br />
« T’es sur qu’on risque rien ? Sir Ocelot va bien se rendre compte qu’on à taper dans la bouffe ?<br />
– Penses-tu : tant qu’il reste de quoi briller devant le roi, il s’en moque de ce qu’on fait<br />
– Chut ! T’as pas entendu ?<br />
– Quoi ?<br />
– Là !<br />
– Quoi là !<br />
– Y’a un truc qui a bougé ! Je l’ai vu ! »<br />
<br />
Le garde se précipita vers une étagère et se mit à fouiller.<br />
<br />
« Bah alors ? » demanda son camarade<br />
– Euh… non rien » dit-il en sortant de derrière un pot un petit bout de bois entouré d’une minuscule cape.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Tu te débrouille drôlement bien ma petite Capucine ! Grâce à toi on a épluché ces pommes de terre en un rien de temps.<br />
– Merci madame<br />
– Oh et cesse de me donner du madame : je ne suis pas comtesse ! Appelle moi juste Anna<br />
– Très bien Anna. Dis ? On va où là ?<br />
– Au cellier chercher quelques provision… oh mais attend. C’est bizarre on dirait que c’est ouvert…<br />
– Il faudrait peut-être appeler un garde ?<br />
– Pfff… Inutile : ce sont surement eux qui sont entré se faire un petit frichti ! »<br />
<br />
Pour confirmer ses dires, Anna ouvrit violement la porte, faisant sursauter les deux gardes qui étaient en train de fixer le bout de bois entouré d’une cape.<br />
<br />
L’opportunité était trop belle : Basilisk saisi avec sa langue une bouteille d’huile qui se trouvait en face de lui et la projeta en plein sur le visage d’un des gardes. Aussitôt après, il utilisa à nouveau sa langue : il l’enroula sur la poutre du plafond et grimpa jusque-là en la rétractant. Une fois sur la poutre, il sauta dans la vide et profita du mouvement de balancier pour gagner en accélération et arriver à toute vitesse sur le visage de l’autre garde ce qui eut pour effet de le cogner contre l’étagère derrière lui.<br />
<br />
Les deux gardes assommés, Basilisk récupéra sa cape tout en crachant un peu :<br />
<br />
« Beurk… cette poutre avait un gout hoorriiiiible !<br />
– Messire Basilisk ! » jubila la petite fille<br />
– Tout juste ma mignonne : on va filer d’ici en vitesse, j’ai trouvé une sortie<br />
– Attendez on ne peut pas partir comme ça ! L’homme qui m’a arrêté il projette quelque chose<br />
– Et ?<br />
– Et bien on ne peut pas le laisser faire : c’est surement quelque chose de très très mal !<br />
– Justement : ça risque d’être très très dangereux !<br />
– Mais vous êtes très très fort non ?<br />
– C’est très très manipulateur ce que tu es en train de faire tu le sais ça Pucinette ?<br />
– Oui mais je le fais parce que je sais que vous êtes aussi très très gentil »<br />
<br />
Le sourire espiègle de Capucine acheva de rompre les réticences du lézard qui soupira devant sa propre faiblesse.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la grande salle de bal, le roi avait rassemblé une cohorte de chef, chacun représentant une des grandes familles de la noblesse. Il était cependant déçu à chaque fois qu’il gouttait un plat.<br />
<br />
Il se tourna alors vers Polyace Ocelot, son conseiller…<br />
<br />
« Sir Ocelot… est ce qu’il y’en a encore beaucoup ?<br />
– Non messire, ce sont les derniers<br />
– Les derniers ? Mais c’est terrible ils sont tous médiocre : aucun ne saura faire un véritable festin pour Noel !<br />
– Je sais messire… cependant si vous m’y autorisé je pourrais apporter ce que j’ai prévu et…<br />
– Non non non, vous le savez aussi bien que moi : je me dois servir un repas spéciale pour Noel, et pas sortir un jambon du cellier ! »<br />
<br />
Polyace acquiesça mais intérieurement fulminait de rage. Pourtant le roi n’aurait pas le choix : il serait le seul à pouvoir présenté des plats prêt à temps ce qui lui vaudrait une faveur immense de la part du souverain. Son plan était machiavélique…<br />
<br />
Pour finir de le convaincre, il fit porter dans la grande salle la marmite de Capucine et demanda à ce qu’on en réchauffe le contenu. Au fur et à mesure, le fumet commençait à se répandre dans la pièce, aiguisant les curiosités autant que les appétits.<br />
<br />
« Mais… qu’est-ce donc sire Ocelot ?<br />
– ça votre Altesse ? Oh rien de bien extraordinaire : c’est une soupe que j’ai fait confectionné pour vous selon une recette de ma famille…<br />
– MENTEUR ! »<br />
<br />
La petite voix qui avait frappé comme le tonnerre était celle de Capucine sur la tête de laquelle était juché Basilisk, prenant la pose le plus héroïquement possible.<br />
<br />
« Mais… comment êtes-vous entrez ici !? gardes !<br />
– Tes gardes ? Ils font une petite sieste vois-tu ! Je t’avais dit que tu verrai ce qu’il en coûte d’énerver quelqu’un au sang froid ! » dit Basilisk avec un air de défi dans la voix.<br />
<br />
Polyace se précipita sur Capucine, épée à la main. Basilisk quand à lui sauta au sol, et utilisa sa langue pour attraper une épée accroché au mur qu’il agita vers le méchant sire pour lui barrer le passage et défendre son amie.<br />
<br />
Les deux adversaires échangèrent des coups violents, Tandis que Basilisk sautillait pour éviter les attaques. Il attira Polyace vers une des grandes tables du banquet où sa petite taille lui permettait de se faufiler, et lâcha son épée pour mieux disparaitre.<br />
<br />
Polyace était à l’affut, prêt à déjouer les coups fourrés du lézard. Il remarqua que ce dernier arrivait par le plafond, trahi par l’ombre qu’il projetait à cause des chandeliers. Il laissa le lézard se mettre en place, et lorsqu’il bondit sur lui, il se retourna dans un geste vif et le transperça de sa lame à hauteur de sa queue.<br />
<br />
Capucine se précipita alors sur Polyace et le martela de coup de poing. Bien entendu la pauvre petite fille n’avait aucune chance de blesser un solide gaillard comme ce triste sire…<br />
<br />
Ce dernier envoya une gifle à Capucine qui chancela, et se prépara à la frapper de son épée. Il projeta son coup avec précision, mais une autre lame vint dévier son attaque.<br />
<br />
C’était le soldat à qui Capucine avait offert de la soupe sur le marché !<br />
<br />
« Traitre ! » lui dit Polyace « je te ferai exécuter bon à rien !<br />
– J’aime autant ça que de m’en prendre à une enfant : monstre ! J’en ai fini de vos ordres infâmes ! »<br />
<br />
Polyace croisa le fer avec le soldat et le mit rapidement dans une situation délicate. C’est alors qu’il remarqua qu’il ne restait plus au bout de sa lame qu’un morceau de la queue de Basilisk. Il tourna le regard, et vit Capucine qui le tenait dans ses mains.<br />
<br />
« Grrr ! Je vais l’achever ce maudit lézard ! »<br />
<br />
Capucine le sera contre son cœur et se mit à courir aussi vite qu’elle pouvait, poursuivie par Polyace. Le vaillant soldat se releva et malgré une sévère blessure à la jambe, retourna dans la bataille :<br />
<br />
« C’est moi ton adversaire triste sire ! » dit-il pour détourner l’intention du seigneur Ocelot de sa petite victime. Ne pouvant risquer d’avoir un soldat armé dans son dos, Polyace dû se résoudre à reprendre le combat.<br />
<br />
Capucine essayait de ranimer Basilisk, mais ce dernier semblait avoir perdu trop de sang. La petite fille voulait pleurer, mais elle savait qu’elle devait rester courageuse pour sauver son ami et empêcher Polyace de mener son plan à bien. C’est alors que le fumet de sa soupe lui chatouilla les narines et lui donna une idée !<br />
<br />
Elle se précipita vers la marmite, renversa le bouclier au risque de se bruler et prit une pleine louche de soupe. Ensuite, elle trempa la tête de Basilisk dedans en priant pour que son idée marche.<br />
<br />
De son coté, Polyace avait fini par porter un coup fatal au vaillant soldat, le mettant hors de combat pour un moment. Il avança alors à pas mesurer vers la petite fille en faisant des moulinets dans l’air avec son arme pour lui faire peur.<br />
<br />
« Cette fois c’est la fin fillette ! Ton ami est mort, et tu vas bientôt le rejoindre ! »<br />
<br />
Basilisk ne réagissait toujours pas. Décidant de jouer le tout pour le tout, Capucine le jeta dans la marmite.<br />
<br />
On entendit un simple « plouf » lorsque le lézard tomba dans le délicieux liquide.<br />
<br />
« Tu as fait échouer mon plan petite fille » murmura Polyace qui se tenait devant Capucine tremblante de peur.<br />
<br />
Il leva son épée, et d’un geste sec frappa dans sa direction.<br />
<br />
Mais au lieu de fendre en deux la tête de la fillette, sa lame fut stoppé par un imposant bouclier couvert de soupe et frappé du sigle du dragon.<br />
<br />
Un bouclier tenu par une langue préhensile qui émergeait du bord de la marmite…<br />
<br />
« MESSIRE BASILISK !<br />
– Tout juste Pucinette ! Et toi le vilain pas beau je t’ai déjà dit de pas t’en prendre à ma copine ! »<br />
<br />
Plein d’une vigueur nouvelle, Basilisk frappa Polyace avec le bouclier tout en tournant autour de lui pour le déstabiliser. Ce dernier, sonné par les coups, commençait à avoir le vertige et à chanceler.<br />
<br />
Le vaillant lézard jeta le bouclier sur le côté et s’apprêta à porter le coup de grâce. Il fit claquer sa langue à toute vitesse sur le sol plusieurs fois puis bondit sur son adversaire :<br />
<br />
« Technique de combat lézard à la langue : Tokage Hykuretsu gengo ! La frappe des milles langues ! »<br />
<br />
La langue de Basilisk se déplia et se replia à toute vitesse provoquant un véritable tir de barrage sur Polyace, lui faisant l’effet de milliers de petits coups de fouet. Il s’écroula terrassé de douleur, la langue pendante et les yeux révulsés tandis qu’un petit filet de bave coulait de sa bouche…<br />
<br />
« Hourra ! » cria Capucine aussitôt reprise en cœur par la foule.<br />
<br />
Basilisk entreprit de consciencieusement essorer sa langue, ne voulant absolument pas garder le gout de Polyace dans la bouche. La petite fille le prit dans ses bras et l’enlaça aussi affectueusement que possible.<br />
<br />
Tandis que la liesse se répandait, le roi se présenta devant Capucine et lui tendit le bouclier :<br />
<br />
« Ceci est-il à vous jeune fille ?<br />
– Oui c’est le couvercle de ma marmite !<br />
– Un bouclier ?<br />
– C’était à mon papa… c’est lui qui en a fait un couvercle en disant que tant que vous seriez roi il n’y aurait plus besoin de se battre.<br />
– Tu es… tu es la fille de Leonoff ? »<br />
<br />
La petite fille acquiesça avec fierté. Le roi mit un genou à terre devant Capucine :<br />
<br />
« Ton père était un chevalier parmi les plus braves, et son bouclier avec le symbole du dragon m’a sauver la vie plus d’une fois… Lorsque j’ai appris sa mort j’ignorais qu’il avait une famille, mais maintenant je vais pouvoir payer ma dette à mon vieil ami. Comment te nommes-tu jeune fille ?<br />
– Puci…<br />
– Capucine ! » coupa la petite fille<br />
– Je te remercie de ta bravoure Capucine, fille de Léonoff. Grace à toi j’ai pu découvrir que Polyace complotait contre moi.<br />
– Ah bon ? » demanda la petite fille « vous aviez compris ça messire Basilisk ?<br />
– Euh… bah je savais que c’était un sale type… mais cette histoire de complot… t’es sure de toi Pucinette ?<br />
– Non pas trop : sire vous êtes sûr ? »<br />
<br />
Le roi éclata de rire : les deux héros du jour avait juste agit contre un homme mauvais sans se soucier du pourquoi du comment.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les exploits de Capucine et Basilisk firent le tour de Cadren en moins d’une heure. La légende s’amplifia tandis qu’elle passait d’une bouche à une oreille, rendant l’histoire plus magique encore. Mais ce dont tout le monde était d’accord, c’est que le repas que Capucine prépara par la suite fut à l’image de ce que représentait noël : un moment de partage ou tout devient possible, que ça soit aussi fou qu’un petit lézard bagarreur, ou aussi simple que le rêve d’une petite fille qui voulait juste partager du bonheur en faisant la cuisine.<br />
<br />
Le roi fit envoyer une escorte chercher tante Drazilla et oncle Lucior pour qu’il soit de la fête, et les nomma tous deux responsable des cuisines royales (avec bien sûr l’aide d’Anna et de Capucine). Plicploc la fidèle monture fut nommée comme monture de tête des écuries royales, mais préfera comme récompense une simple carotte bien sucré. Le soldat qui avait défendu Capucine lui, fut nommé sergent.<br />
<br />
Quant à Basilisk, après avoir fait la fête toute la nuit avec ses nouveaux amis, il quitta le château en silence, et reprit la route de l’aventure en sifflotant un air joyeux de voyageurs…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Le noël de Basilisk**<br />
<br />
Il était une fois, à l’époque des chevaliers et des princesses, une petite fille nommé Capucine et qui vivait dans un petit village. Orpheline, la petite fille était sous la garde de son oncle Lucior et de sa tante Drazilla, les taverniers de la seule auberge alentour. Exigeant, ils faisaient trimer la pauvre enfant sans vergogne, estimant que c’était la seule façon de lui apprendre combien la vie était dure pour les petites gens.<br />
<br />
Mais un jour, alors qu’approchait la période magique de Noel, une bien étrange histoire se produisit…<br />
<br />
Ce matin semblait pourtant comme tous les autres pour Capucine. Levé dès l’aube, elle commença par ranger sa paillasse, mettre ses vêtements, puis parti ensuite dans la réserve de l’auberge chercher des morceaux de bois pour faire le feu. Espiègle et dégourdie, Capucine ne se plaignait jamais de son labeur, et même si elle savait que Lucior et Drazilla était excessif à exiger tant d’elle, la petite fille gardait espoir qu’un jour leur situation change et qu’ils n’aient plus besoin de travailler autant.<br />
<br />
Une fois avoir rapporté assez de bois pour la journée, elle alluma le feu sous la grande marmite des cuisines et commença à confectionner de la soupe. L’hiver était rude, et les voyageurs raffolaient de ce met simple qui réchauffait le corps que préparait Capucine.<br />
<br />
Après bien des efforts, sa préparation était en train de cuir lentement, comme cela se devait pour que la recette soit parfaite. C’est alors qu’arriva tante Drazilla, criant au loin contre oncle Lucior :<br />
<br />
« Et moi je te dis que si ! Il faut aller à la ville et vendre les plats de la petite : c’est comme ça qu’on se fera de l’or !<br />
– Mais enfin sucre d’orge, si personne ne tient l’auberge ici nous allons perdre des clients ? » répondit Lucior, docile.<br />
– C’est pour cela que tu resteras ici tandis que moi j’irai avec Capucine<br />
– Mais… ça veut dire que je devrais tout le travail ? Tout seul ?<br />
– Exactement ! Cela remuera ta vieille carcasse d’épouvantail ! »<br />
<br />
Imaginer l’oncle Lucior habillé comme un épouvantail et planté au milieu d’un champ de blé pour faire fuir les oiseaux amusa beaucoup Capucine qui ne put s’empêcher dans rire, ce qui agaça tante Drazilla :<br />
<br />
« Ça te fait rire toi ? Et bien tu n’auras qu’à aller toute seule en ville aujourd’hui ! Après tout moi aussi j’ai le droit de me reposer un peu ! »<br />
<br />
Capucine acquiesça sans rien dire. Une fois sa marmite prête, elle la chargea dans la carriole tiré par la gentille mule Plicploc et se prépara à prendre la route. Elle enroula sa chevelure rousse vive dans un foulard, enfila une cape de cuir pour se protéger du vent, et s’en alla après avoir salué ses oncle et tante :<br />
<br />
« Tante Drazilla, Oncle Lucior, je m’en vais pour la ville. Reposez-vous et prenez soin de vous »<br />
<br />
La gentillesse de Capucine arrivait souvent à fendre l’armure de dureté de ses tuteurs, et cette fois encore elle y parvint. Lucior lui donna une pièce d’argent pour qu’elle s’achète une friandise, tandis que sa tante l’embrassa tout en lui recommandant d’être prudente.<br />
<br />
Capucine prit les rennes de la carriole et tira tout doucement dessus pour faire avancer Plicploc.<br />
<br />
Elle traversa une partie de la Forêt des Vents Lointains, et remonta la rivière pendant une lieue pour de nouveau s’enfoncer dans la foret afin de gagner un peu de temps. Capucine savait que tante Drazilla ne l’aurait jamais laissé faire, mais la petite fille avait envie d’aventure et profiter du raccourci. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil pour surveiller que sa précieuse cargaison ne se renverse pas. Bien que solidement attaché et recouverte par un vieux bouclier qui faisait office de couvercle, la marmite pouvait toujours basculer a la faveur d’une secousse causé par un caillou sur la route.<br />
<br />
La petite fille était joyeuse, et elle se mit à chanter une simple comptine de voyageur :<br />
<br />
« Petit cailloux sur ma route,<br />
fais du bruit moi je t’écoute<br />
je passerai ton chemin<br />
comme je le ferai demain ! »<br />
<br />
Plicploc dodelinait de la tête au rythme de la mélodie, et des oiseaux s’invitèrent en chantant eux aussi au passage de la carriole. Capucine les salua de la main et ils lui répondirent en virevoltant gracieusement autour d’elle.<br />
<br />
Mais alors qu’elle observait les oiseaux, Plicploc s’arrêta brusquement : il y’avait quelque chose au beau milieu de la route.<br />
<br />
Capucine descendit de la carriole et s’approcha à petit pas. Elle entendit alors quelqu’un qui parlait :<br />
<br />
« Bon sang… ! Mais qu’est-ce que c’est ce bled à la noix… Hey ! Les piafs : vous ne voulez pas me filer un coup de bec ? Hey ? HEY ? JE VOUS PARLES ! »<br />
<br />
Celui qui faisait preuve d’autant de véhémence à l’égard des oiseaux n’était autre qu’un tout petit lézard, grand comme la paume d’une main, portant un petit chapeau à plume et une cape toute aussi petite. Bras croisé, il scrutait les alentours, invectivant les animaux et sans remarquer Capucine qui arrivait dans son dos.<br />
<br />
« Bonjour ! » dit la petite fille joviale « vous êtes perdu monsieur le lézard ? »<br />
<br />
Ce dernier se retourna et poussa un hurlement de surprise à la vue de la petite fille. Il tomba à la renverse, ce qui fit glisser son chapeau.<br />
<br />
« Hey gamine ! Ça va pas de surprendre les gens comme ça !? » demanda le lézard en réajustant son chapeau<br />
– Je suis désolé monsieur le lézard, je pensais que vous m’aviez vue…<br />
– Pourquoi ? Parce que t’es énorme et que t’as une car… OH BON SANG C’EST QUOI CE MACHIN !? » dit-il en désignant Plicploc du doigt<br />
– C’est ma mule, elle s’appelle Plicploc. Et vous monsieur le lézard, quel est votre nom ?<br />
– Moi ? Je m’appelle Basilisk<br />
– Basilic ?<br />
– Nan Basilisk, avec un K à la fin. Et toi gamine c’est quoi ton blaze ?<br />
– Mon blaze ?<br />
– Ouais ton nom quoi…<br />
– Je m’appelle Capucine.<br />
– C’est mignon… mais c’est pas un nom de fleur ?<br />
– Si : c’était les fleurs préférer de ma maman<br />
– A bon ? Elle préfère les myosotis maintenant ?<br />
– Non… maman est morte y’a longtemps »<br />
<br />
Basilisk changea de couleur et devint entièrement rouge pale.<br />
<br />
« Oh mince… purée la gaffe… c’est tout moi ça : euh, tu m’en veux pas petite hein ?<br />
– Non, vous avez pas fait exprès…<br />
– Oh non : tu fais ce truc des petits humains quand vous avez vos grands yeux qui deviennent tout humide et que vous souriez même si vous êtes triste ! Ah je supporte pas ça s’il te plait arrête ! Hein ? Aller s’il te plait Pucinette !<br />
– Pucinette ?<br />
– Quoi t’aimes pas ? Moi je trouve ça mignon. Mignon comme une petite humaine qui aurait des couettes. C’est un truc chouette ça les cheveux : j’aimerai bien en avoir. Bon cela dit j’ai une queue préhensible qui est bien sympa aussi et… »<br />
<br />
Basilisk fût interrompu par le rire cristallin de la petite fille.<br />
<br />
« Tu es rigolo ! » dit elle avec la touchante simplicité de son innocence.<br />
« hé hé.. bah ouais que veux-tu… Tant que tu ne me refais pas ton truc des yeux là, c’est pas un souci si tu te marre. Euh par contre Pucinette, tu pourrais me filer un coup de main ?<br />
– Bien sur messire Basilisk !<br />
– Et ben il se trouve que… »<br />
<br />
Basilisk désigna alors sa patte droite : elle était prise dans un piège à oiseau.<br />
<br />
« Oh ! Mais qui vous a fait ça ! » s’indigna la petite fille<br />
– T’as vu hein ? Nan mais franchement quelle idée de faire un sac de nœud pareil !<br />
– Je vais chercher un couteau dans la carriole pour couper ça : ne bougez pas !<br />
– Ne bou… mais enfin tu crois que je vais aller où ? » dit le Lézard tandis que la petite fille s’éloignait.<br />
<br />
Capucine détacha Basilisk qui put à nouveau bouger librement. Il était vif, et pouvait faire des bonds gigantesques pour sa taille. Il sauta sur la tête de la petite fille, lui chatouilla le bout du nez avec sa queue puis sauta de nouveau sur le sol.<br />
<br />
« JE SUIS LIBRE ! LIIIIIBRE ! Ah merci à toi Pucinette<br />
– Je vous en prie messire Basilisk. Cependant je vais devoir vous laisser car je dois me rendre en ville<br />
– En ville ? Oh dis-moi je peux être du voyage ? J’ai jamais été en ville !<br />
– Ma foi ça serait une bonne chose. Tu es d’accord Plicploc ? »<br />
<br />
La mule poussa un hennissement content en signe d’acquiescement.<br />
<br />
Sitôt dit, Basilisk bondit dans la carriole qu’il commença à fouiller sans vergogne.<br />
<br />
« Hey… qu’est-ce que tu fais ? » demanda la petite fille un peu inquiète<br />
– Oh t’en fais : je regarde s’il y’a des mouches. Des fois tu peux trouver de ses trucs dans les carrioles c’est dingue !<br />
– Ma carriole est propre !<br />
– Oh… zut…<br />
– Mais… pourquoi cherchez vous des mouches enfin ?<br />
– Bah j’suis un lézard Pucinette, tu t’imagines que je mange quoi d’habitude ? »<br />
<br />
Le visage de Capucine se marqua d’un éclair de lucidité accompagné d’un « oooooh »<br />
<br />
La petite fille remonta dans la carriole et fit signe à Basilisk de monter sur son épaule. Elle s’approcha de la marmite et tira le couvercle. Les bonnes odeurs de la soupe de Capucine montèrent aux narines du lézard qui saliva immédiatement.<br />
<br />
« Sacrée nom de… ça sent fichtrement bon !<br />
– Si vous en voulez messire Basilisk, je vous en servirais une tasse<br />
– C’est… c’est vrai… Oh ma p’tite Pucinette t’es vraiment un amour de p’tite humaine toi ! »<br />
<br />
Capucine attrapa une louche et la remplit à moitié, puis versa le contenu dans une coupette en bois et la tendit à Basilisk. Ce dernier plongea la tête dedans et aspira le liquide en quelques secondes.<br />
<br />
« Alors CA c’est de la soupe ! » dit le Lézard triomphant « J’ai jamais rien mangé d’aussi bon ! C’est toi qui fais ça Pucinette ?<br />
– Oui : je vais la vendre en ville<br />
– Et bah tu peux me croire, quel que soit le prix que tu en demande c’est pas assez cher !<br />
– Merci Basilisk, c’est gentil ! »<br />
<br />
Et c’est ainsi que Capucine reprit la route avec son nouveau compagnon qui largement rassasié s’écroula de fatigue et s’endormi.<br />
<br />
Plicploc trottinait maintenant sur un petit sentier d’où l’on pouvait voir la forteresse marquant l’entrée du palais. C’était une imposante place forte qui servait à protéger les villageois alentour, mais c’est surtout l’endroit où vivaient le roi et la reine.<br />
<br />
« Plicploc : tu crois qu’on verra le roi ? Ou la reine ? » demanda l’innocente petite fille<br />
<br />
Sa monture se contenta de répondre par un hennissement que Capucine décida d’interpréter comme voulant dire « pourquoi pas ? »<br />
<br />
C’est alors qu’un bruit sinistre se fit entendre venant des bosquets. C’était un grognement féroce, grave et profond. Jaillissant de tous les côtés, une meute de loup se jeta sur Plicploc et Capucine, crocs dehors, prêt à les dévorer.<br />
<br />
Les cris de terreurs de la petite fille réveillèrent Basilisk en sursaut. Mais à peine eut il comprit la situation qu’il passa à l’action : utilisant sa langue extensible, il attrapa un des loups à la gorge et le propulsa contre un de ses congénère qui s’apprêtait à mordre le flanc de la pauvre mule. Basilisk bondit alors au milieu de la meute qu’il défia avec un air impérieux :<br />
<br />
« Alors les sacs à puce : on veut faire du mal à ma Pucinette ? c’est vraiment pas votre jour les mammifères… parce que moi Basilisk je vais vous faire passer le goût de la plaisanterie !<br />
– Silence reptile ! » dit le chef de la meute, un vieux loup à la fourrure grisâtre qui portait une large cicatrice sur le front « Ce n’est pas une petite bestiole à sang froid qui va m’empêcher de planter mes crocs dans la chair tendre d’une petite humaine…<br />
– Grrr… j’aime pas du tout comment tu parles de ma copine ! Je vais te les faire bouffer tes crocs !<br />
– Et par quel prodige vas-tu t’y prendre ? Avec quelle armée misérable ?<br />
– LA TIENNE ! » Hurla Basilisk avant de bondir à l’assaut<br />
<br />
Utilisant sa langue, le petit lézard attrapa un des loups par la patte et le fit tournoyer plusieurs fois afin de faire reculer la meute. Se tenant debout, et réajustant son chapeau, Basilisk s’adressa à la mule tout en gardant le loup suspendu au bout de sa langue.<br />
<br />
« Plicploc ! Emmène Pucinette loin d’ici : je vais m’occuper d’eux !<br />
– Non Basilisk ! Viens avec nous ! » supplia la petite fille<br />
– T’en fais pas Pucinette : je vous rattraperai ! Je suis un lézard supersonique après tout ! »<br />
<br />
Sans attendre plus longtemps, Plicploc se précipita droit devant pour fuir la menace tandis que Basilisk tenait la meute en respect avec son arme improvisée. Lorsque Capucine et Plicploc furent à bonne distance, il lança le loup qu’il avait attrapé droit vers le chef de meute. Ce dernier resta impassible et se contenta de dévier son camarade d’un coup de patte si violent qu’une giclé de sang apparut.<br />
<br />
« Hum je vois… tu es le genre de chef qui n’hésite pas à blesser ses camarades pas vrai ?<br />
– Tu m’as fait perdre ma proie petit lézard… ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère : mon honneur de chasseur est en jeu<br />
– Tu as perdu ton honneur du moment où tu as attaqué une petite fille sans défense. Mais bon, restons en-là : après tout un vrai guerrier sait accepter la défaite non ?<br />
– Un guerrier ? sais-tu de quoi tu parles petit lézard ? Je suis le chef de cette meute, et pour rester le maitre je dois te tuer, puis tuer la gamine à tout prix.<br />
– Sauf que j’suis trop rapide pour vous les gars !<br />
– Sans doute… mais tu n’es pas assez malin ! »<br />
<br />
A peine le chef de meute eut il prononcer ces paroles qu’un loup embusquer depuis le début surgit du fourré et donna un grand coup de patte sur Basilisk qui s’écroula sous le choc. La meute en profita pour bondir sur lui pour le dévorer.<br />
<br />
Mais tout ce qu’ils purent mordre était un morceau de bois autour duquel était enroulée la cape du lézard. C’est alors que de la cime des arbres un rire retentit :<br />
<br />
« Ahahahahaha ! Vous êtes vraiment des minables : je vous ai dit que j’étais plus rapide que vous !<br />
– Par l’enfer ! » dit le chef de meute « comment est-ce possible : je ne t’ai pas quitter des yeux ! Comment à tu pu tromper mon regard de chasseur ?<br />
– C’est simple : comme tous les lézards ma vitesse et ma puissance dépend de la température de mon corps. Avec cet hiver infernal, je devrais être à peine capable de bouger… mais c’était sans compter sur la soupe de Capucine ! Non seulement sa chaleur à réveiller mes membres, mais sa saveur sans pareil à affuter mes sens et je suis capable d’anticiper tous vos mouvements !<br />
– QUOI ! C’EST IMPOSSIBLE !<br />
– Et ce n’est pas tout ! Cette soupe contient un ingrédient secret qui me rend totalement invincible face à vos pauvres créatures endotherme !<br />
– Mais quel est cet ingrédient !<br />
– Héhé… c’est on ne peut plus simple : c’est tout le COEUR que la petite a mise à faire sa soupe qui la rend si incroyable ! Mais ça c’est quelque chose que des rustres au cœur de pierre comme vous ne peuvent comprendre, c’est pour ça que je ne peux pas perdre !<br />
– Mais… enfin ça ne veut rien dire !<br />
– Peut être : mais du coup j’ai gagné suffisamment de temps ! Aller à plus les débilos ! »<br />
<br />
Utilisant son incroyable agilité, Basilisk bondit au milieu de la meute, attrapa sa cape, puis bondit à nouveau dans les arbres pour semer la meute qui fût incapable de suivre son déplacement. Ils tentèrent de capter son odeur, mais le lézard n’en avait pas. Fou de rage, ils hurlèrent laissant raisonner leur sinistre plainte à des lieux à la ronde…<br />
<br />
***<br />
<br />
Plicploc s’était arrêtée après avoir couru comme jamais pour mettre Capucine à l’abri. La petite fille lui avait apporté de l’eau et une carotte, et lui fit un câlin pour la remercier de sa bravoure. Elle observa le chemin derrière elle, inquiète pour Basilisk. C’est alors qu’elle le vit apparaître, fringuant, son chapeau à la main comme s’il saluait :<br />
<br />
« Bonjour belle enfant ! N’auriez-vous pas vu une meute de loup fuir devant le fort et incroyablement séduisant Basilisk ?<br />
– Messire Basilisk ! Dieu merci vous êtes sauf ! » dit la petite fille tout en se précipitant vers son ami<br />
– Ce n’est pas 3 cabots enragés qui vont faire peur à un lézard dans mon genre. D’où je viens j’en ai maté des plus coriaces !<br />
– En tout cas heureusement que vous étiez là sinon Plicploc et moi aurions fini dans leurs estomacs !<br />
– Allons n’en parlons plus Pucinette : toi tu m’as bien tiré de ce piège et donné de ta soupe. Autant dire que c’est un échange de bon procédé ! »<br />
<br />
Le malicieux lézard grimpa sur l’épaule de la petite fille et désigna la forteresse qui était maintenant toute proche :<br />
<br />
« C’est là qu’on va ?<br />
– Oui : la cité impériale de Cadren… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Arrivé dans les rues bondées de la ville, Basilisk demanda à Capucine de le laisser se cacher dans son foulard. Il pourrait ainsi rester sur sa tête pour avoir une bonne vue des environs tout en étant discret.<br />
<br />
Après avoir montré sa carriole aux gardes de la cité, la petite fille se dirigea vers le quartier marchand et installa son échoppe. Elle démonta les panneaux de la carriole, dressa une petite toile en guise de protection et tira l’enseigne de l’auberge de façon ça ce qu’elle soit dressé comme un drapeau et soit ainsi bien visible partout sur la grand place.<br />
<br />
Mais tandis qu’elle faisait cela, un soldat se planta devant elle et lui demanda d’une voix glauque :<br />
<br />
« Hé bien petite fille… qu’est-ce que tu fais toute seule ici ?<br />
– Je m’occupe de mes affaires pau’vre tocard ! » lui répondit la voix pleine de panache de Basilisk  »<br />
– Qu’est-ce que t’as dit ? » dit le soldat vexé »<br />
<br />
Capucine voulut répondre, mais la peur lui avait coupé la parole. Conscient d’être « un peu » responsable, Basilisk reprit mais d’une voix qu’il essaya (sans y parvenir) de rendre plus douce :<br />
<br />
« Euh… je voulais dire que je rangeais mes affaires : quel bazar !<br />
– hum… j’aime mieux ça. Et qu’est-ce que tu vends ?<br />
– De la soupe ! La meilleure, la plus revigorante et la plus savoureuse de tout Cadren ! Tenez : je vous en offre un bol ».<br />
<br />
Capucine resta figée.<br />
<br />
« J’ai dit… JE VOUS EN OFFRE UN BOL ! »<br />
<br />
La petite fille réagit et mit une belle louche de soupe dans un bol avant de le tendre au soldat. Ce dernier commença à la déguster sans plus d’intérêt que ça, mais dès lors que la première gorgé fut passé, les saveurs jaillir dans sa bouche et il ne put se retenir de tout avaler en quelques instants. La douce chaleur du breuvage réchauffa son corps marqué par les longues gardes à l’extérieur dans le froid, et lui rappela les temps ou étant enfant il restait avec ses frères devant le feu tandis que sa mère et ses sœurs préparaient le dîner…<br />
<br />
Il reposa le bol baigné de cette douce mélancolie, quand soudain il sentit une incroyable vivacité monter en lui. C’était comme si son corps avait retrouvé l’énergie de ses vingt ans. Et puis il y’avait cette saveur ou le gras du mouton se mêlait à la richesse nuancés des légumes, relevé par ce qu’il fallait d’épices.<br />
<br />
« Petite… elle vaut combien ta soupe ?<br />
– 3 sous messires » répondit Capucine en essayant de prendre la même voix que celle que Basilisk avait prise.<br />
– Je vais t’en reprendre s’il te plait : on dirait celle de ma maman… »<br />
<br />
Il ne fallut pas longtemps pour le fumet délicieux de la marmite attire les chalands. Tous jubilaient en dégustant la soupe de Capucine, ce qui mettait du soleil dans les yeux de la petite fille. Rien ne pouvait plus lui faire plaisir que de donner ce bonheur simple aux gens autour d’elle.<br />
<br />
Elle était d’autant plus ravie qu’à la vitesse ou cela allait, elle aurait fini avant le début d’après-midi et pourrait rentrer de bonne heure à la maison.<br />
<br />
« Tu te débrouilles comme une chef Pucinette : ch’suis fier de toi !<br />
– Merci messire Basilisk… c’est grâce à vous que nous avons pu y arriver<br />
– Oui c’est vrai… mais que veux-tu : j’suis génial : j’y peux rien ! »<br />
<br />
A nouveau, le rire sincère de la petite fille résonna dans la carriole.<br />
<br />
***<br />
<br />
Tandis que Capucine servait les clients, Basilisk eu envie de faire un tour. Il sautilla de carriole en carriole grâce à son allonge prodigieuse, et observa les camelots faire leur numéro devant les passants. Il était amusant pour le petit lézard de voir à quel point les humains aimaient se faire des tours et combien ils avaient besoin de s’émerveiller.<br />
<br />
C’est alors que la voix de Capucine le tira de sa rêverie : la petite fille appelait à l’aide.<br />
<br />
Ni une ni deux, le vaillant petit lézard se précipita vers la carriole, bondissant dans les airs et traversant la place du marché en un éclair.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva, il vit une dizaine de soldats, dont certains étaient en train de retirer la marmite de la carriole. Deux autres soldats agrippaient fermement Capucine tandis qu’un homme habillé chichement était en train de s’adresser à elle.<br />
<br />
« Je suis sir Polyace Ocelot, et je réquisitionne ta marmite au nom du roi.<br />
– Vous n’avez pas le droit : c’est du vol ! » répondit la petite fille sans trembler<br />
– Oh ! Quelle horrible accusation ! Gardes : arrêtez-la ! »<br />
<br />
Basilisk bondit sur la tête de Polyace et donna un vif coup de langue en plein sur le casque de l’un des gardes qui retenait Capucine ce qui le sonna immédiatement. Le pétillant lézard s’apprêtait à refaire de même sur le second garde lorsqu’il dut éviter de se faire coincer entres les paumes de Polyace. Pour cela il se laissa tomber au sol, effectua une vive roulade puis lança un rapide coup de langue pour faucher les soldats. Mais voilà : si cela avait facile avec des loups, la tâche était beaucoup plus ardue face à des chevaliers en armure lourde.<br />
<br />
« Attrapez moi cette horreur ! » dit Polyace en sautillant sur place d’effroi « cette chose m’est grimpé sur la tête !<br />
– Hey ! Je ne suis pas une chose sale faquin ! Je suis un lézard et je m’appelle Basilisk !<br />
– Capturez-le lui aussi ! Faite le cuire et jetez le aux chiens ! »<br />
<br />
Conscient qu’il n’aurait pas l’avantage, le sautillant lézard compris qu’il allait devoir battre en retraite. Mais cela signifiait abandonner Capucine…<br />
<br />
« Pucinette ! N’ai pas peur : je vais pas te laisser tomber t’entends ?<br />
– Messire Basilisk : fuyiez sans vous souciez de moi !<br />
– Pas question !<br />
– Si : il le faut. Prenez soin de Plicploc : Soldats ! Messire ! Laissez les partir je vous en conjure ! »<br />
<br />
Polyace fit signe aux gardes de s’arrêter. D’un air mauvais il se tourna vers Capucine :<br />
<br />
« Si je fais ce que tu demandes, si j’épargne tes animaux, est ce que tu viendras sans rechigner travailler aux cuisines du palais ?<br />
– Oui je le jure<br />
– Tu ne te rebelleras pas ?<br />
– Non, je serai dévouée, mais ne leur faites pas de mal… »<br />
<br />
Basilisk avait envie de pleurer face au courage de la petite fille, et envie de hurler devant la méchanceté de Polyace. De rage, il jeta son chapeau par terre tandis qu’il levait les bras en signe de soumission.<br />
<br />
« Bien… vous êtes plus raisonnable qu’il n’y parait en fin de compte ? dit le seigneur en titillant sa moustache sombre<br />
– Je te jure sur mes écailles que si tu fais-tu mal à Pucinette tu sauras ce qu’il en coute de fâcher un Lézard…<br />
– Pfff… flagornerie que tout ça : bon soldat, nous retournons au palais ! »<br />
<br />
Et tandis que l’escorte de Polyace avançait et que la petite fille suivait docilement, Basilisk monta sur la tête de Plicploc et lui dit :<br />
<br />
« Je te promets qu’on va la sortir de la Pliki… on juste besoin d’un miracle… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Basilisk avait suivi de loin le cortège de Polyace et avait remarqué qu’il dépouillait le marché de toutes les bonnes choses qu’il y’avait à manger. Changeant sa couleur comme un caméléon pour mieux se fondre dans le décor, le futé lézard essaya de s’approcher pour entendre ce qui se disait.<br />
<br />
« Messire » demanda un des soldats « nous avons fini de tout charger. Voulez-vous faire un dernier tour ?<br />
– Non… je suis fatigué et mort de froid. Je serai bien mieux dedans avec un bon feu pour me réchauffer.<br />
– Que faisons-nous de la petite fille ?<br />
– Aux cuisines : elle a l’air d’avoir du talent, exactement ce qu’il faudra… je veux que tout le monde s’empiffre a n’en plus pouvoir… »<br />
<br />
Même sans comprendre de quoi il en retournait, Basilisk senti l’odeur des complots qui frétillait dans l’air. Il se cacha sous une calèche qui transportait des victuailles et entra dans la forteresse. Préférant ne pas être enfermer à l’intérieur, il sauta en marche avant que le cortège n’entre au palais.<br />
<br />
Grimpant la muraille avec facilité, il se dressa au sommet de la muraille Est et observa les lieux.<br />
<br />
« Hum… y’a pas à dire j’aurai une capuche à la place de mon chapeau j’aurais belle allure dans cette position… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la cuisine du palais, une armada de cuisinier et de marmiton allaient et venaient dans tous les sens pour préparer le repas à venir. Capucine fut conduite devant une large femme qui touillait un ragout :<br />
<br />
« Hey, mère Bouteau : cette gamine vient donner un coup de main » dit le soldat qui escortait l’enfant<br />
– Quoi ? Mais enfin regardez là la pauvrette. Elle est toute petite !<br />
– Et alors ?<br />
– Alors je ne vais pas assommer de travail une enfant !<br />
– Et si moi je t’assommais du plat de mon épée, vilaine !<br />
– Suffit ! » dit Capucine « je peux aider madame, je sais faire plein de chose en cuisine et j’en ai grande habitude…<br />
– Peste soit sur vous soldats… » dit la mère Bouteau tout en entrainant Capucine vers les fourneaux.<br />
<br />
Lorsque les soldats furent partis, la mère Bouteau se laissa tomber sur un tabouret et se mit à sangloter. Aussitôt, la gentille Capucine vint s’enquérir de son état :<br />
<br />
« Qui a t’il madame ? Vous souffrez ?<br />
– Oui petite… je souffre de voir ce que ces monstres nous obligent à faire… et je suis émue devant ton courage…<br />
– Mais que ce passe-t-il ? Pourquoi ont-ils volé ma marmite de soupe ?<br />
– Oh je vois… mon enfant : le royaume a besoin d’un nouveau cuisinier royal, et son Altesse à organiser un grand concours où les grandes maisons pourront présenter un champion. Sir Ocelot veut profiter de l’occasion pour gaver les soldats et pour cela il ratisse tout ce qui est savoureux<br />
– Mais dans quel but ? S’il faut je peux refaire à manger pour tout le monde ! Il était inutile d’employer la force !<br />
– Ma pauvre petite : cet homme est dangereux et je ne crois pas qu’il ait de bonne intention… »<br />
<br />
La mère Bouteau sécha ses larmes et poussa un soupire de résignation. Capucine de son côté, garda dans le regard la flamme de l’espoir :<br />
<br />
« Nous allons empêcher cela ! » dit-elle « mes amis sont dehors et je sais qu’ils feront tout pour me sauver !<br />
– Tes amis dis-tu ? Mais qui sont-ils ? Des aventuriers ? Des chevaliers ?<br />
– Euh non : c’est ma mule et un lézard que j’ai trouvé en faisant chemin vers Cadren ! »<br />
<br />
La mère Bouteau se signa et joignit les mains en prière.<br />
<br />
***<br />
<br />
Basilisk avait réussi à se faufiler dans le palais et se promenait au hasard dans l’espoir de retrouver Capucine. Laissant trainer ses oreilles, il comprit qu’une grande festivité se préparait. C’était parfait car l’effervescence des serviteurs les rendaient peut attentifs aux détails et il pouvait circuler comme bon lui semblait, les portes ne cessant de s’ouvrir et de se refermer.<br />
<br />
Il parvint finalement à une pièce intéressante : c’est un immense garde mangé où il reconnut la marmite de Capucine avec son bouclier en guise de couvercle.<br />
<br />
« Quel gâchis… la soupe doit être toute froide maintenant ! » se dit le lézard.<br />
<br />
Deux gardes entrèrent en catimini, refermant la porte avec précaution. Ils avaient de toute évidence l’intention de se faire un petit quatre heure improvisé :<br />
<br />
« T’es sur qu’on risque rien ? Sir Ocelot va bien se rendre compte qu’on à taper dans la bouffe ?<br />
– Penses-tu : tant qu’il reste de quoi briller devant le roi, il s’en moque de ce qu’on fait<br />
– Chut ! T’as pas entendu ?<br />
– Quoi ?<br />
– Là !<br />
– Quoi là !<br />
– Y’a un truc qui a bougé ! Je l’ai vu ! »<br />
<br />
Le garde se précipita vers une étagère et se mit à fouiller.<br />
<br />
« Bah alors ? » demanda son camarade<br />
– Euh… non rien » dit-il en sortant de derrière un pot un petit bout de bois entouré d’une minuscule cape.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Tu te débrouille drôlement bien ma petite Capucine ! Grâce à toi on a épluché ces pommes de terre en un rien de temps.<br />
– Merci madame<br />
– Oh et cesse de me donner du madame : je ne suis pas comtesse ! Appelle moi juste Anna<br />
– Très bien Anna. Dis ? On va où là ?<br />
– Au cellier chercher quelques provision… oh mais attend. C’est bizarre on dirait que c’est ouvert…<br />
– Il faudrait peut-être appeler un garde ?<br />
– Pfff… Inutile : ce sont surement eux qui sont entré se faire un petit frichti ! »<br />
<br />
Pour confirmer ses dires, Anna ouvrit violement la porte, faisant sursauter les deux gardes qui étaient en train de fixer le bout de bois entouré d’une cape.<br />
<br />
L’opportunité était trop belle : Basilisk saisi avec sa langue une bouteille d’huile qui se trouvait en face de lui et la projeta en plein sur le visage d’un des gardes. Aussitôt après, il utilisa à nouveau sa langue : il l’enroula sur la poutre du plafond et grimpa jusque-là en la rétractant. Une fois sur la poutre, il sauta dans la vide et profita du mouvement de balancier pour gagner en accélération et arriver à toute vitesse sur le visage de l’autre garde ce qui eut pour effet de le cogner contre l’étagère derrière lui.<br />
<br />
Les deux gardes assommés, Basilisk récupéra sa cape tout en crachant un peu :<br />
<br />
« Beurk… cette poutre avait un gout hoorriiiiible !<br />
– Messire Basilisk ! » jubila la petite fille<br />
– Tout juste ma mignonne : on va filer d’ici en vitesse, j’ai trouvé une sortie<br />
– Attendez on ne peut pas partir comme ça ! L’homme qui m’a arrêté il projette quelque chose<br />
– Et ?<br />
– Et bien on ne peut pas le laisser faire : c’est surement quelque chose de très très mal !<br />
– Justement : ça risque d’être très très dangereux !<br />
– Mais vous êtes très très fort non ?<br />
– C’est très très manipulateur ce que tu es en train de faire tu le sais ça Pucinette ?<br />
– Oui mais je le fais parce que je sais que vous êtes aussi très très gentil »<br />
<br />
Le sourire espiègle de Capucine acheva de rompre les réticences du lézard qui soupira devant sa propre faiblesse.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la grande salle de bal, le roi avait rassemblé une cohorte de chef, chacun représentant une des grandes familles de la noblesse. Il était cependant déçu à chaque fois qu’il gouttait un plat.<br />
<br />
Il se tourna alors vers Polyace Ocelot, son conseiller…<br />
<br />
« Sir Ocelot… est ce qu’il y’en a encore beaucoup ?<br />
– Non messire, ce sont les derniers<br />
– Les derniers ? Mais c’est terrible ils sont tous médiocre : aucun ne saura faire un véritable festin pour Noel !<br />
– Je sais messire… cependant si vous m’y autorisé je pourrais apporter ce que j’ai prévu et…<br />
– Non non non, vous le savez aussi bien que moi : je me dois servir un repas spéciale pour Noel, et pas sortir un jambon du cellier ! »<br />
<br />
Polyace acquiesça mais intérieurement fulminait de rage. Pourtant le roi n’aurait pas le choix : il serait le seul à pouvoir présenté des plats prêt à temps ce qui lui vaudrait une faveur immense de la part du souverain. Son plan était machiavélique…<br />
<br />
Pour finir de le convaincre, il fit porter dans la grande salle la marmite de Capucine et demanda à ce qu’on en réchauffe le contenu. Au fur et à mesure, le fumet commençait à se répandre dans la pièce, aiguisant les curiosités autant que les appétits.<br />
<br />
« Mais… qu’est-ce donc sire Ocelot ?<br />
– ça votre Altesse ? Oh rien de bien extraordinaire : c’est une soupe que j’ai fait confectionné pour vous selon une recette de ma famille…<br />
– MENTEUR ! »<br />
<br />
La petite voix qui avait frappé comme le tonnerre était celle de Capucine sur la tête de laquelle était juché Basilisk, prenant la pose le plus héroïquement possible.<br />
<br />
« Mais… comment êtes-vous entrez ici !? gardes !<br />
– Tes gardes ? Ils font une petite sieste vois-tu ! Je t’avais dit que tu verrai ce qu’il en coûte d’énerver quelqu’un au sang froid ! » dit Basilisk avec un air de défi dans la voix.<br />
<br />
Polyace se précipita sur Capucine, épée à la main. Basilisk quand à lui sauta au sol, et utilisa sa langue pour attraper une épée accroché au mur qu’il agita vers le méchant sire pour lui barrer le passage et défendre son amie.<br />
<br />
Les deux adversaires échangèrent des coups violents, Tandis que Basilisk sautillait pour éviter les attaques. Il attira Polyace vers une des grandes tables du banquet où sa petite taille lui permettait de se faufiler, et lâcha son épée pour mieux disparaitre.<br />
<br />
Polyace était à l’affut, prêt à déjouer les coups fourrés du lézard. Il remarqua que ce dernier arrivait par le plafond, trahi par l’ombre qu’il projetait à cause des chandeliers. Il laissa le lézard se mettre en place, et lorsqu’il bondit sur lui, il se retourna dans un geste vif et le transperça de sa lame à hauteur de sa queue.<br />
<br />
Capucine se précipita alors sur Polyace et le martela de coup de poing. Bien entendu la pauvre petite fille n’avait aucune chance de blesser un solide gaillard comme ce triste sire…<br />
<br />
Ce dernier envoya une gifle à Capucine qui chancela, et se prépara à la frapper de son épée. Il projeta son coup avec précision, mais une autre lame vint dévier son attaque.<br />
<br />
C’était le soldat à qui Capucine avait offert de la soupe sur le marché !<br />
<br />
« Traitre ! » lui dit Polyace « je te ferai exécuter bon à rien !<br />
– J’aime autant ça que de m’en prendre à une enfant : monstre ! J’en ai fini de vos ordres infâmes ! »<br />
<br />
Polyace croisa le fer avec le soldat et le mit rapidement dans une situation délicate. C’est alors qu’il remarqua qu’il ne restait plus au bout de sa lame qu’un morceau de la queue de Basilisk. Il tourna le regard, et vit Capucine qui le tenait dans ses mains.<br />
<br />
« Grrr ! Je vais l’achever ce maudit lézard ! »<br />
<br />
Capucine le sera contre son cœur et se mit à courir aussi vite qu’elle pouvait, poursuivie par Polyace. Le vaillant soldat se releva et malgré une sévère blessure à la jambe, retourna dans la bataille :<br />
<br />
« C’est moi ton adversaire triste sire ! » dit-il pour détourner l’intention du seigneur Ocelot de sa petite victime. Ne pouvant risquer d’avoir un soldat armé dans son dos, Polyace dû se résoudre à reprendre le combat.<br />
<br />
Capucine essayait de ranimer Basilisk, mais ce dernier semblait avoir perdu trop de sang. La petite fille voulait pleurer, mais elle savait qu’elle devait rester courageuse pour sauver son ami et empêcher Polyace de mener son plan à bien. C’est alors que le fumet de sa soupe lui chatouilla les narines et lui donna une idée !<br />
<br />
Elle se précipita vers la marmite, renversa le bouclier au risque de se bruler et prit une pleine louche de soupe. Ensuite, elle trempa la tête de Basilisk dedans en priant pour que son idée marche.<br />
<br />
De son coté, Polyace avait fini par porter un coup fatal au vaillant soldat, le mettant hors de combat pour un moment. Il avança alors à pas mesurer vers la petite fille en faisant des moulinets dans l’air avec son arme pour lui faire peur.<br />
<br />
« Cette fois c’est la fin fillette ! Ton ami est mort, et tu vas bientôt le rejoindre ! »<br />
<br />
Basilisk ne réagissait toujours pas. Décidant de jouer le tout pour le tout, Capucine le jeta dans la marmite.<br />
<br />
On entendit un simple « plouf » lorsque le lézard tomba dans le délicieux liquide.<br />
<br />
« Tu as fait échouer mon plan petite fille » murmura Polyace qui se tenait devant Capucine tremblante de peur.<br />
<br />
Il leva son épée, et d’un geste sec frappa dans sa direction.<br />
<br />
Mais au lieu de fendre en deux la tête de la fillette, sa lame fut stoppé par un imposant bouclier couvert de soupe et frappé du sigle du dragon.<br />
<br />
Un bouclier tenu par une langue préhensile qui émergeait du bord de la marmite…<br />
<br />
« MESSIRE BASILISK !<br />
– Tout juste Pucinette ! Et toi le vilain pas beau je t’ai déjà dit de pas t’en prendre à ma copine ! »<br />
<br />
Plein d’une vigueur nouvelle, Basilisk frappa Polyace avec le bouclier tout en tournant autour de lui pour le déstabiliser. Ce dernier, sonné par les coups, commençait à avoir le vertige et à chanceler.<br />
<br />
Le vaillant lézard jeta le bouclier sur le côté et s’apprêta à porter le coup de grâce. Il fit claquer sa langue à toute vitesse sur le sol plusieurs fois puis bondit sur son adversaire :<br />
<br />
« Technique de combat lézard à la langue : Tokage Hykuretsu gengo ! La frappe des milles langues ! »<br />
<br />
La langue de Basilisk se déplia et se replia à toute vitesse provoquant un véritable tir de barrage sur Polyace, lui faisant l’effet de milliers de petits coups de fouet. Il s’écroula terrassé de douleur, la langue pendante et les yeux révulsés tandis qu’un petit filet de bave coulait de sa bouche…<br />
<br />
« Hourra ! » cria Capucine aussitôt reprise en cœur par la foule.<br />
<br />
Basilisk entreprit de consciencieusement essorer sa langue, ne voulant absolument pas garder le gout de Polyace dans la bouche. La petite fille le prit dans ses bras et l’enlaça aussi affectueusement que possible.<br />
<br />
Tandis que la liesse se répandait, le roi se présenta devant Capucine et lui tendit le bouclier :<br />
<br />
« Ceci est-il à vous jeune fille ?<br />
– Oui c’est le couvercle de ma marmite !<br />
– Un bouclier ?<br />
– C’était à mon papa… c’est lui qui en a fait un couvercle en disant que tant que vous seriez roi il n’y aurait plus besoin de se battre.<br />
– Tu es… tu es la fille de Leonoff ? »<br />
<br />
La petite fille acquiesça avec fierté. Le roi mit un genou à terre devant Capucine :<br />
<br />
« Ton père était un chevalier parmi les plus braves, et son bouclier avec le symbole du dragon m’a sauver la vie plus d’une fois… Lorsque j’ai appris sa mort j’ignorais qu’il avait une famille, mais maintenant je vais pouvoir payer ma dette à mon vieil ami. Comment te nommes-tu jeune fille ?<br />
– Puci…<br />
– Capucine ! » coupa la petite fille<br />
– Je te remercie de ta bravoure Capucine, fille de Léonoff. Grace à toi j’ai pu découvrir que Polyace complotait contre moi.<br />
– Ah bon ? » demanda la petite fille « vous aviez compris ça messire Basilisk ?<br />
– Euh… bah je savais que c’était un sale type… mais cette histoire de complot… t’es sure de toi Pucinette ?<br />
– Non pas trop : sire vous êtes sûr ? »<br />
<br />
Le roi éclata de rire : les deux héros du jour avait juste agit contre un homme mauvais sans se soucier du pourquoi du comment.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les exploits de Capucine et Basilisk firent le tour de Cadren en moins d’une heure. La légende s’amplifia tandis qu’elle passait d’une bouche à une oreille, rendant l’histoire plus magique encore. Mais ce dont tout le monde était d’accord, c’est que le repas que Capucine prépara par la suite fut à l’image de ce que représentait noël : un moment de partage ou tout devient possible, que ça soit aussi fou qu’un petit lézard bagarreur, ou aussi simple que le rêve d’une petite fille qui voulait juste partager du bonheur en faisant la cuisine.<br />
<br />
Le roi fit envoyer une escorte chercher tante Drazilla et oncle Lucior pour qu’il soit de la fête, et les nomma tous deux responsable des cuisines royales (avec bien sûr l’aide d’Anna et de Capucine). Plicploc la fidèle monture fut nommée comme monture de tête des écuries royales, mais préfera comme récompense une simple carotte bien sucré. Le soldat qui avait défendu Capucine lui, fut nommé sergent.<br />
<br />
Quant à Basilisk, après avoir fait la fête toute la nuit avec ses nouveaux amis, il quitta le château en silence, et reprit la route de l’aventure en sifflotant un air joyeux de voyageurs…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Le noël de Basilisk**

Il était une fois, à l’époque des chevaliers et des princesses, une petite fille nommé Capucine et qui vivait dans un petit village. Orpheline, la petite fille était sous la garde de son oncle Lucior et de sa tante Drazilla, les taverniers de la seule auberge alentour. Exigeant, ils faisaient trimer la pauvre enfant sans vergogne, estimant que c’était la seule façon de lui apprendre combien la vie était dure pour les petites gens.

Mais un jour, alors qu’approchait la période magique de Noel, une bien étrange histoire se produisit…

Ce matin semblait pourtant comme tous les autres pour Capucine. Levé dès l’aube, elle commença par ranger sa paillasse, mettre ses vêtements, puis parti ensuite dans la réserve de l’auberge chercher des morceaux de bois pour faire le feu. Espiègle et dégourdie, Capucine ne se plaignait jamais de son labeur, et même si elle savait que Lucior et Drazilla était excessif à exiger tant d’elle, la petite fille gardait espoir qu’un jour leur situation change et qu’ils n’aient plus besoin de travailler autant.

Une fois avoir rapporté assez de bois pour la journée, elle alluma le feu sous la grande marmite des cuisines et commença à confectionner de la soupe. L’hiver était rude, et les voyageurs raffolaient de ce met simple qui réchauffait le corps que préparait Capucine.

Après bien des efforts, sa préparation était en train de cuir lentement, comme cela se devait pour que la recette soit parfaite. C’est alors qu’arriva tante Drazilla, criant au loin contre oncle Lucior :

« Et moi je te dis que si ! Il faut aller à la ville et vendre les plats de la petite : c’est comme ça qu’on se fera de l’or !
– Mais enfin sucre d’orge, si personne ne tient l’auberge ici nous allons perdre des clients ? » répondit Lucior, docile.
– C’est pour cela que tu resteras ici tandis que moi j’irai avec Capucine
– Mais… ça veut dire que je devrais tout le travail ? Tout seul ?
– Exactement ! Cela remuera ta vieille carcasse d’épouvantail ! »

Imaginer l’oncle Lucior habillé comme un épouvantail et planté au milieu d’un champ de blé pour faire fuir les oiseaux amusa beaucoup Capucine qui ne put s’empêcher dans rire, ce qui agaça tante Drazilla :

« Ça te fait rire toi ? Et bien tu n’auras qu’à aller toute seule en ville aujourd’hui ! Après tout moi aussi j’ai le droit de me reposer un peu ! »

Capucine acquiesça sans rien dire. Une fois sa marmite prête, elle la chargea dans la carriole tiré par la gentille mule Plicploc et se prépara à prendre la route. Elle enroula sa chevelure rousse vive dans un foulard, enfila une cape de cuir pour se protéger du vent, et s’en alla après avoir salué ses oncle et tante :

« Tante Drazilla, Oncle Lucior, je m’en vais pour la ville. Reposez-vous et prenez soin de vous »

La gentillesse de Capucine arrivait souvent à fendre l’armure de dureté de ses tuteurs, et cette fois encore elle y parvint. Lucior lui donna une pièce d’argent pour qu’elle s’achète une friandise, tandis que sa tante l’embrassa tout en lui recommandant d’être prudente.

Capucine prit les rennes de la carriole et tira tout doucement dessus pour faire avancer Plicploc.

Elle traversa une partie de la Forêt des Vents Lointains, et remonta la rivière pendant une lieue pour de nouveau s’enfoncer dans la foret afin de gagner un peu de temps. Capucine savait que tante Drazilla ne l’aurait jamais laissé faire, mais la petite fille avait envie d’aventure et profiter du raccourci. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil pour surveiller que sa précieuse cargaison ne se renverse pas. Bien que solidement attaché et recouverte par un vieux bouclier qui faisait office de couvercle, la marmite pouvait toujours basculer a la faveur d’une secousse causé par un caillou sur la route.

La petite fille était joyeuse, et elle]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 22 Dec 2015 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-12-22T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[journal de bord – épisode 21 : Eyeshield #Defibradbury]]></title>
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            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Eyeshield**<br />
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« La défense se met en place… visiblement le coach des sharks ne démord pas de sa stratégie de jeu au sol !<br />
– En effet mais est-ce qu’un jeu aussi évident parviendra à faire trembler le bloc des White Knights qui ont été jusque-là impérieux ?<br />
– Difficile à dire Larry, mais d’après le sondage en direct, nos téléspectateurs sont de votre avis.<br />
– Oh regardez Tom : Dewill appelle un audible !<br />
– En effet, c’est peut-être le sursaut que nous attendions dans cette attaque… hum, ils se positionnent en shotgun : ça sera une passe longue !<br />
– Ah enfin du mouvement ! »<br />
<br />
La caméra affiche cette vue typique de 3/4 du terrain, avec les lignes virtuelle ajouté à l’ordinateur pour voir le point de départ et l’arrivée 10 yards plus loin. Sur le banc, avec les autres remplaçants, on regarde ça via nos smartphones. On à beau être à quelques mètre de l’action, on ne veut pas voir le spectacle. On veut les statistiques, les analyses, et peut être même un replay sympa qui montera une belle action. On regarde tout ça et on rêve d’y être.<br />
<br />
La sélection dans la ligue pro est un combat aussi violent que celui pour les écoles de médecine ou de droit. Hey ouais y’a pas que les p’tits intello qui ont leur champ de bataille scolaire. Dans le monde du football américain, c’est dès l’université que tout se décide : C’est le seul et unique point d’entrée dans ce monde, et il ne t’est offert que pendant les 2 à 4 pauvres années que tu passeras sur les bancs de l’école. En fait c’est même pire que ça, parce que ta chance tu ne l’as vraiment que pendant l’après-midi que dure le match que son venu voir les recruteurs. Si t’as du bol, ils viennent en voir un second pour confirmer leur impression sur toi.<br />
<br />
Après ça, y’a les tours de sélections. Et autant vous dire que ce jour-là, on prie Jésus, Bouddha et toutes les divinités possibles et imaginable de faire en sorte que les autres cette année-là, soient moins bon que vous. Et oui parce qu’il ne suffit pas d’être bon, il faut espérer que cette année-là aucun petit génie façon Tom Brady ou Andrew Luck ne se pointe et rafle la mise. Quel que soit votre poste : runningback, safety, cornerback… cherchez pas, tous les postes sont blindés de mec plus talentueux les uns que les autres. Le seul espoir de s’en sortir c’est que la concurrence soit déjà passé l’année d’avant, ou vous fasse la faveur d’attendre l’année d’après.<br />
<br />
Dès fois je me dis que c’est comme le lancement d’une fusée : un tout petit créneau de rien du tout qui décide d’un projet qui à durée des années et dont l’échec détruirait votre vie…<br />
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Les rêves brisés de gloire et de fortune dans le sport, les pelouses des universités en sont couvert. Des larmes, du sang, des corps sacrifiés pour grappiller un tout petit bout de ce gâteau, et au final très peu d’élus.<br />
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La vie en somme.<br />
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Mais je crois qu’il y’a plus vicieux que l’échec. Plus cruel encore que de chuter devant le podium. Y’a nous, les joueurs du banc.<br />
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Si vous n’y connaissez rien en football, laissez-moi-vous faire le topo : une équipe de foot c’est un effectif total d’une centaine de personne. Entre les coachs, les préparateurs physique, l’équipe attaque qui joue les phases offensive, l’équipe défense qui doit contrer l’équipe attaque adverse, l’équipe spéciale qui joue les situations de renvoi de balle… chaque équipe ayant une vingtaine de joueurs titulaire et entre 2 et 3 remplaçants, vous imaginez le genre d’armée mexicaine qui vadrouille les après-midi de match.<br />
<br />
On est tellement nombreux qu’en fait c’est comme dans une grande entreprise : y’a des gens qu’on ne connait que de vu. Les gars de l’équipe défense par exemple, ils sont dans leur coin, avec leur coach dédié, et quand ils sont sur le banc, ça veut dire que l’équipe attaque est sur le terrain, du coup ils ne font que se croiser. Oh bien sûr le reste de la semaine y’a les entrainements, mais les clans ont la peau dur, et je dirais que c’est presque normal : quand vous en chier toute la semaine à faire des exercices de blitz (offensive rapide sur le quaterback adverse) vous avez tendance à être proche avec les gars qui partagent votre galère.<br />
<br />
Moi, je suis dans l’équipe qui fait le plus rêver, l’équipe attaque. C’est nous qui mettons les points, nous qui « poussons le cuir » et qui faisons trembler de bonheur les fans quand on met un touchdown. C’est nous qui luttons pour faire tomber la muraille de l’ennemi, briser sa défense et filer dans la brèche pour grappiller des yards.<br />
<br />
Nous sommes ceux qui vont de l’avant, le regard vers l’avenir, nous créons la victoire de nos mains.<br />
<br />
Qui ne voudrait pas être un quaterback légendaire comme John Madden ou Joe Montana ? Être adulés par les mômes, avoir un jeu vidéo à son nom, devenir commentateur vedette d’une grande chaine de télé, et porter un beau costume à l’écran…<br />
<br />
… finir complètement gâteux à 45 ans à cause des chocs à la tête, avoir le corps brisé par les blessures à répétition, être traîné dans la boue par des scandales sur sa vie privé, se faire suivre par des journalistes avides de scoop 24h sur 24…<br />
<br />
… pfff à qui je veux faire croire ça : même si ça devait me tuer à 35 ans je donnerai tout pour ce sport. Tous les gars ici sur le banc on cette envie un jour de briller au firmament des plus grand. Arriver au pinacle, tenir dans ses mains le trophée Lombardi, être sur le toit du monde le temps d’un été.<br />
<br />
J’y ai cru à ce rêve, mais maintenant la réalité qui me tient, c’est celle de fonctionnaire du sport business. Je ne suis qu’un remplaçant, un joueur de 3eme rang. Deux mecs doivent s’exploser pour que je rentre sur le terrain. la seul action que j’ai jamais faite dans une partie, ça a été d’entrer sur le terrain pour faire le compte des joueurs requis afin que l’arbitre puisse donner le départ du chrono et qu’on laisse s’écouler les 4 secondes réglementaires restantes.<br />
<br />
Toute une vie pour 4 secondes, c’est un peu chère payer non ?<br />
<br />
Du coup, comme je le disais, ce ne sont pas ceux qui sont resté à l’université qu’il faut plaindre, mais les Tantale que nous sommes, torturés en permanence d’être si près pour toucher notre rêve du bout des doigts mais pas assez pour le saisir et en jouir comme on le voudrait.<br />
<br />
Ça vous étonne hein, qu’un footeux connaît Tantale ? Sachez-le, je l’ai pas volée mon diplôme universitaire !<br />
<br />
« OH BON DIEU QUEL CHOC !!! OH !!<br />
– C’est absolument terrifiant Larry : le blitz de la défense à été si foudroyant que Merzer, le Runningback des Sharks a été littéralement planté dans le sol par l’action combiné de trois défenseurs !<br />
– Oui effectivement Tom, la feinte de passe de Dewill n’a pas réussie à tromper la vigilance de Sanderson qui a parfaitement anticipé. C’est son accélération prodigieuse qui a une nouvelle fois pris de vitesse la ligne des Sharks, et les empêché de se décaler à gauche comme ils pensaient surement le faire. Regardez sur ce ralentit : on voit bien que Sanderson prend une impulsion avant même que le ballon bouge !<br />
– Ah c’est incroyable, il arrive à deviner le moment où va partir le ballon avant même les joueurs qui l’ont en main !<br />
– C’est son fameux « 6eme sens » qui fait de lui la bête noire des équipes attaques de toute la ligue… Ah je vois une civière arriver sur le terrain. Vraisemblablement le match est fini pour Merzer… hum… oui il se tord de douleur tandis que le médecin l’ausculte, espérons que ça ne soit pas handicapant pour le reste de la saison.<br />
– Ca serait une catastrophe pour les Sharks car rappelez-vous que Merzer était déjà le remplaçant de Willy Steambowt qui lors du match contre le Minnestota a été victime d’un choc spectaculaire lors d’une réception d’anthologie<br />
– Oui on se souvient tous de ce point durement gagné mais qui avait finalement coûté très cher à l’équipe puisque Steambowt à eut 2 côtes cassés ce qui l’avait obligé à faire une croix sur cette saison pourtant prometteuse… »<br />
<br />
Merde.<br />
<br />
J’étais pas attentif, mais d’un seul coup ça me vient, comme un flash. Non : plutôt comme une flashbang. C’était pourtant évident et logique, mais j’avais pas accroché l’idée dans ma tête. Le remplaçant du remplaçant, le mec qui va être appelé dans moins de 5min par le coach pour s’échauffer et se tenir prêt à rentrer en scène, le mec que tout le monde va regarder et sur les épaules de qui des millions de fans vont faire reposer leurs espoirs de victoire… ce mec-là, c’est moi.<br />
<br />
Non bordel c’est pas possible : il reste 7min à jouer, c’est le dernier quart temps, on est mené 36 à 32 (donc impossible de se contenter de prendre les 3 points faciles d’un coup de pied) et c’est bien sûr notre dernière occasion de la saison pour prendre des points et faire les phases finales. Je peux pas le croire… je sens ma tête qui bascule, le poids de mon équipement est en train de m’étouffer, ma vue se brouille… eh merde, en fait je suis en train de suer comme un cochon maintenant.<br />
<br />
Et voilà le coach qui arrive. Ce type est une masse : il pourrait largement faire le job de certains des défenseurs. C’est une véritable bombe à retardement : placide et posé la plupart du temps, mais volcanique et destructeur quand on le pousse à bout. A côté de ça il donnerait tout pour l’équipe. C’est vraiment l’incarnation du sacrifice tel que le décrivait Vince Lombardi.<br />
<br />
« Hey ! le 21 : t’attends quoi : le déluge ? » me hurle t’il dessus pour être sûr de couvrir le brouhaha du stade.<br />
<br />
Je sais pas quoi faire. Je suis bloqué, mon téléphone dans la main, écouteurs sur les oreilles. Et soudain j’entends les commentateurs parler de moi.<br />
<br />
J’ai envie de vomir.<br />
<br />
« Oui effectivement ce fameux numéro 21 qui était déjà dans la sélection des Sharks depuis 2 ans n’est-ce pas ?<br />
– En fait ça fera 3 ans cette année Larry<br />
– Oh ? Mais alors dans ce cas c’est une occasion en or pour ce garçon de briller et de permettre à son équipe de s’en sortir !<br />
– houla n’allez pas trop vite en besogne : le drive des Sharks n’est pas très bien engagé après l’action précédente qui les a vus perdre encore 4 yards !<br />
– Effectivement, ils commenceront dans leur camp à la ligne des 32… »<br />
<br />
Vous n’êtes VRAIMENT pas sérieux !?<br />
<br />
Cette fois le coach est planté devant moi. Je ne peux pas voir son regard a travers ses énormes lunettes de soleil noir, et à la limite je préfère. Il donne deux petits coups sur ma tête comme s’il toquait à une porte. Je retire aussi sec mes écouteurs.<br />
<br />
« TU TE LÈVE ET TU TE MAGNE ! COMPRIS ? »<br />
<br />
Je réponds « oui coach » mais c’est un réflexe de mon cerveau reptilien qui à dut faire le boulot parce que à l’instant présent, je suis totalement incapable d’envisager la moindre réaction.<br />
<br />
Les regards sont sur moi. Les coéquipiers me font des signes d’encouragements. Ça va du pouce levé à des signes de gang bizarre que je suis pas sûr de comprendre. Certains passent devant moi et me donnent une tape amicale sur l’épaule. D’autres sont tellement rincé par l’effort qu’ils n’en ont strictement rien à foutre et cherchent surtout à se réhydraté rapidement pour éviter les douleurs musculaires demain.<br />
<br />
Sans que je réalise, je suis debout, en train d’ajuster mon casque. Le coach est planté devant moi et il me parle. Il n’arrête pas de parler, j’arrive pas à suivre, tout est en accélérer. Quoi ? Il faut que je joue dans l’axe opposé à qui ? Quoi c’est le 21 mon numéro ? Oh… nous on est les Sharks ?<br />
<br />
Putain je pédale dans la semoule…<br />
<br />
J’ai le casque sur la tête, la jugulaire bien fixé sous mon menton. Le coach vérifie que mon armure est bien attachée : au stade où il en est-il est hors de question pour lui de perdre un nouveau runningback. Il relève ses lunettes sur son front et m’attrape la tête de chaque côté pour être bien sûr de plonger mon regard dans le sien.<br />
<br />
« Aller t’inquiète pas petit… tu vas assurer ! Ce moment c’est ton moment. Laisse pas l’équipe adverse, ni même les autres joueurs te priver de ça. C’est maintenant tu m’entends ? C’est maintenant que tout peut changer pour toi. Jusqu’à présent t’as subi : les sélections, les tours de recrutements… tout ça c’est fini. Faut que tu nous sortes de là petit. Faut que tu deviennes un héros, pour tous tes potes sur le terrain, pour les milliers de fans qui sont là chaque dimanche pour nous. Et puis faut que tu deviennes un héros pour toi même ok ? Pour que t’arrête de te voir comme un looser juste parce que t’es un remplaçant. Faut te battre pour chaque centimètre de terrain que tu peux gagner. Construit ta victoire comme ça petit : centimètre par centimètre ! »<br />
<br />
Je suis tellement nerveux que cette histoire de centimètre me donne envie de rire comme un gamin. J’ai des images bizarre et pas très clean qui me passent dans la tête. Ça dure un instant, et après je visualise le message du coach. Je réalise aussi que pendant tout ce temps, alors que je pensais qu’il ne me voyait pas, en fait il était parfaitement conscient de ce que je vivais.<br />
<br />
Ce mec-là travaille dix fois plus que les autres, et supporte plus de pression que n’importe quel joueur vedette. Mais lui il n’a pas de fan, ou si peu. Il n’a pas de jeu vidéo à son nom, il n’a pas de carte à collectionner à son effigie, et personne ne s’intéressera à son parcours dans 5 ou 10 ans. Mais tout ça il s’en moque, parce que son rôle de coach c’est de s’occuper de nous, et de faire en sorte que nous soyons les meilleurs le moment venu. Et finalement si le coach ne m’avait jamais parlé jusque-là, c’est parce qu’il savait sans doute que me dire ces paroles à un autre moment, ça m’aurait collé des sueurs froides et des insomnies pendant des mois.<br />
<br />
Je suis toujours sur pilote automatique, et je réalise que je suis sur le bord du terrain.<br />
<br />
Le coach me donne une tape sèche derrière le casque accompagné d’un « bonne chance petit ». A peine je sens l’impact que mon corps part vers l’avant. C’est pas moi qui décide : mes jambes veulent bouffer du yard, et le reste de mon corps est déjà en train de bouillonner de la ferveur de l’affrontement.<br />
<br />
Comprenez bien, le foot américain a beau être appelé un sport, ça n’en est rien. C’est une façon moderne de régler des conflits et d’opposer deux armées. Nous sommes des soldats sur un champ de bataille. Nous devons conquérir le territoire adverse. Mais le plus beau dans tout ça, ce qui fait la grandeur du foot, c’est que à un certain stade, le pognon ne compte plus : on se bat pour l’honneur, pour notre drapeau, nos fans notre « peuple », tous ces gens qui à leur niveau font eux aussi des efforts incroyable pour nous soutenir. Je repense à ce père de famille qui, inlassablement, amenait les gamins du quartier nous voir à l’entrainement dans son mini van chaque mercredi. Je repense aux lettres de fans que nous lisait le coach pour nous donner le moral. Je repense à cette journée de bénévolat que le club avait organisé dans un hôpital, et comment j’avais chialé en rentrant chez moi tellement j’avais été ému.<br />
<br />
Et maintenant ces petits leucémiques qui se battent pour grappiller du temps à la vie, ces papas qui s’usent au boulot pour payer leurs abonnements annuels pour partager des moments uniques avec leurs gamins, ces mamans qui se battent dans des associations pour que les gamins jouent au foot plutôt que de trainer dans les rues… tous ces gens-là ils ont le regard sur moi et me donnent leurs espoirs. A chaque pas que je fais vers mes coéquipiers, je sens tous ces sentiments monter en moi. Ce n’est plus un frein, c’est un catalyseur. L’envie de réussir, et le sentiment d’avoir un impact sur la victoire me donne des ailes. Je sens que me joues sont brulantes, et que l’adrénaline est en train de booster chaque parcelle de mon corps.<br />
<br />
Je suis enfin sur le terrain, prêt à combattre.<br />
<br />
Dès mon arrivé on fait le huddle, c’est à dire le moment où tous les joueurs se réunissent en cercle autour de leur chef, le quaterback (ou le QB pour les intimes), pour définir le plan de jeu. Le nôtre de QB c’est Adrian Dewill, mais nous on le surnomme la Tour. Déjà parce qu’il est gigantesque, large et costaud, mais aussi parce que c’est lui qui pilote totalement le jeu, comme une tour de contrôle. Et comme si c’était pas déjà assez, ce type est un génie tactique. Il est sur les terrains depuis 12 ans cette année, autant dire une éternité à l’échelle du foot. Dewill est un mec simple, qui n’a rien de la superstar. C’est sans doute pour ça qu’il n’a jamais été mis en avant par la ligue. Pas assez belle gueule, pas assez bling bling, aucune frasque particulière à lui reprocher… bref pas assez médiatique. Mais Dewill s’en fou. Comme il le rappelle tout le temps, il est là pour jouer, et être le meilleur à son poste.<br />
<br />
En tant que débutant (ou rookie) Dewill m’a cordialement ignoré dans les vestiaires, mais par contre il m’a toujours respecté sur le terrain. Sa grande force au-delà de sa résistance et de la précision de son lancer, c’est sa capacité à savoir vous juger en un éclair. En un regard il sait déjà à quelle vitesse vous allez courir, quand vous aurez votre meilleure impulsion et comment vous allez réagir face à un défenseur. Et sur cette base-là, à l’entrainement, il m’a toujours fait confiance.<br />
<br />
Le regard qu’il me lance en ce moment, c’est le même que lorsqu’on travaillait les passes. Pas d’hésitation ou de doute, pas de remontrance ou de menace en cas d’échec. C’est le regard de quelqu’un de parfaitement lucide et qui sait à quoi il peut s’attendre avec toi.<br />
<br />
Alors que j’arrive dans le huddle, les autres joueurs me donnent deux petites tapes sur le casque en guise de bienvenue et me lancent des « salut Eyeshield, bienvenue dans la cours des grands ». Les gars me surnomment Eyeshield parce que je cache toujours mon regard sous ma visière. Ça leur évite d’avoir à se rappeler mon prénom qu’ils n’arrivent pas à prononcer. Dewill lui n’a pas le temps pour les civilités et il commence de suite à donner le plan de jeu.<br />
<br />
« Le chrono est à 7:32, autant dire qu’on a de la marge. Mais il faut surtout pas que ça se retourne contre nous. Du coup, on va jouer Riot ! »<br />
<br />
Riot… ça veut dire « émeutes » pour ceux qui pigent pas l’anglais. C’est pas vraiment une stratégie, c’est même pas une tactique… c’est juste jouer sur la nuisance et le chaos. Un genre ou Dewill excelle grâce à sa lecture très rapide du jeu. Riot, ça veut dire qu’on va foutre un maximum de bordel pour devenir illisible pour l’adversaire et ne miser que sur les capacités individuels à réagir vite et bien.<br />
<br />
Ce genre de coup est relativement peu efficace, parce que sans coordination, une équipe ne peut pas avancer bien loin. Par contre c’est une méthode assez sûre pour garder le ballon au sol et avancer.<br />
<br />
Dewill à un grand sourire qui lui barre le visage. Il adore ce genre de situation extrême et plus il y’a de pression, plus il jubile. Son expérience lui a donné des nerfs d’acier qui le rendent insensible au bluff et aux feintes, mais elle lui a aussi donné un gout un peu trop prononcé du risque et des plans à la con. Pas étonnant que les fans l’adorent.<br />
<br />
On se met tous en position sur la ligne, et on attend le snap. C’est le compte à rebours que donne le QB avant que l’action ne démarre. Il dit « Hut ! hut ! hut ! » et c’est après un nombre de fois déterminé à l’avance qu’il démarre l’action. Ici par exemple, on doit attendre le 5eme « Hut » pour démarrer.<br />
<br />
Bien sûr l’avantage de faire comme ça c’est que l’équipe adverse se retrouve avec un temps de retard puisqu’on change le compte du snap à chaque fois. Pourtant il ce mec, Sanderson qui fixe Dewill comme s’il savait quand il fallait partir.<br />
<br />
« Hut ! »<br />
<br />
Plus qu’un « hut » avant le rush. Comme nous jouons Riot, personne ne sait quoi faire exactement. Tout le monde va improviser. Nous sommes dans une position de feinte de passe, il va donc s’écouler un petit moment avant que les défenseurs à l’arrière n’aient le temps de revenir sur nous.<br />
<br />
« HUT ! »<br />
<br />
J’ai même pas le temps de comprendre que Dewill s’est précipité sur moi et me tend le ballon. Je l’attrape de travers et parvient de justesse à ne pas le faire tomber. Je me sens saturé d’information, je sais pas quoi faire, tout va trop vite, j’entends le piétinement lourd des joueurs sur la pelouse en train de foncer sur moi. Je sais que d’ici 5 à 10 secondes selon ma chance, un malabar va me tomber dessus et me faire manger le sol. Je dois me bouger, vite… pourquoi je…<br />
<br />
Oh…<br />
<br />
En fait j’ai déjà pris ma foulé. Une nouvelle fois mon esprit n’a pas suivi, mais les milliers d’heures d’entrainement inscrites dans chaque fibre de mon corps ont fait le boulot. J’ai le ballon calé sous le bras gauche, mon autre bras me servant de bouclier, et je file à toute vitesse sur le terrain.<br />
<br />
Mon champ de vision se rétrécie mais sa portée s’augmente. L’adrénaline me porte vers ma cible, la ligne des 42 yards.<br />
<br />
Pour vous résumer simplement la chose, au foot vous devez avancer par tranche de 10 yards, ce qui veut dire que comme nous partons de la ligne des 32, on doit atteindre celle des 42 et ainsi de suite jusqu’à la zone de but adverse. Et toujours pour vous donner une idée, comptez qu’un yard ça fait environ 1m.<br />
<br />
Je vais franchir la ligne des 42, et assurer ainsi la progression de l’équipe. Mais c’était sans compter sur Sanderson. Il m’avait vu, et ne s’est pas laissé avoir par le Riot. Il en a même profité pour se faire oublier pour surgir sur le côté et me couper la route. Il m’attrape sans problème et m’envoie valser à terre d’une simple poussé. Ce type à une force d’éléphant, mais bouge comme un guépard. Une véritable horreur pour un attaquant comme moi.<br />
<br />
Les arbitres sifflent la fin de l’action. Les gars se regroupent, nouveau Huddle, il reste tout juste 7min.<br />
<br />
Ce coup-ci Dewill fait un audible, c’est à dire une annonce à haute de voix de la tactique à jouer. Bien sûr, il n’en donne pas les détails et utilise un code :<br />
<br />
« Rouge Hurricane ! Rouge Hurricane sur 26 ! »<br />
<br />
J’avoue que je n’ai pas été très studieux et que le cahier de jeu ou sont listé les tactiques et les codes ont le plus souvent dormis dans mon sac. Putain Rouge hurricane c’est quoi déjà ? Je suis inquiet car le code 26 indique le joueur qui portera le ballon. Sauf que pour rendre le code plus hermétique encore, il faut soustraire à ce chiffre le nombre de « Hut » de la dernière phase de jeu. Donc 26 moins 5, égale 21.<br />
<br />
Moi.<br />
<br />
Je dois penser à toute vitesse. Bordel c’était quoi bon sang rouge ? rouge, rouge, rouge, rouge, rouge… Okey ! C’est une phase par le centre puis décalage vers la droite. Et Hurricane… bordel ! Aller la mémoire ! On se réveille !<br />
<br />
Je me rappelle ses moments à la maison quand j’étais petit où chaque dimanche je regardais les Sharks jouer à la télé. J’avais un grand cahier ou je notais les phases de jeux du coach d’Amato. A la fin j’arrivais presque à annoncer les combinaisons de jeu en avance, et ça m’a appris comment se construit une tactique.<br />
<br />
Hurricane… Hurricane…<br />
<br />
Dewill annonce le dernier « Hut » : on lui transmet le ballon pour l’engagement, et soudain il hurle :<br />
<br />
« RIOT 26 ! »<br />
<br />
Il est vraiment cinglé !<br />
<br />
Tout le monde est parti sur le Hurricane, y compris les défenseurs adverses, mais au dernier moment il change la donne et repart sur son bluff. Il s’élance lui-même avec le ballon vers le centre. Je ne comprends pas ce qu’il fait. Ça n’est pas logique d’avoir mis tout ça en place pour…<br />
<br />
Soudain je vois Sanderson et je comprends. Cette fois c’est sûr, Dewill est plus que cinglé : il est suicidaire. En pénétrant le bloc défensif des White Knigts, il cristallise tout l’attaque sur lui. Comme sur un échiquier, le QB est une pièce maîtresse qu’il faut mettre à terre a tout prix. Sauf que son sacrifice rend maintenant mon côté du champ totalement libre. Dewill balance alors un boulet de canon. Son bras droit est un véritable canonnier qui fait prendre une trajectoire parfaitement rectiligne au ballon qui traverse latéralement le terrain jusqu’à moi. Sachant la balle sauve, il se laisse tomber à terre sans offrir de résistance à l’impact des défenseurs qui sont maintenant sur lui. J’ai juste le temps de voir son rictus lorsque le premier coup de tampon le frappe. C’est un mélange de douleur et de satisfaction d’avoir berné son monde.<br />
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La balle file sur moi et je l’attrape encore de justesse. Je perds du temps à assurer mes contrôles, et je sais que ce temps précieux peut nous coûter la victoire.<br />
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Je me lance droit devant en prenant bien soin d’allonger mes foules de plus en plus afin de fausser l’appréciation des distances de mes poursuivants. Je cavale tellement que j’ai franchi la ligne des 50 yards. On est maintenant dans le camp adverse. Le compte des distances repart mais dans l’autre sens.<br />
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Je passe les 40 yards sur leur côté. C’est incroyable à quel point ça à l’air facile. C’est un effort court, intense, mais totalement envisageable. Je dévore des yeux la ligne de touchdown, le bruit de la foule me transporte, mon cœur semble battre au rythme du chronomètre que j’aperçois du coin de l’œil sur le grand affichage du stade. Je me vois déjà arri…<br />
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Je suis par terre, la tête tourné vers le ciel bleu au-dessus de moi.<br />
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Mon flanc gauche me fait un mal de chien. J’ai les oreilles qui bourdonnent, et la jugulaire de mon casque s’est faite la malle. Où est le ballon ?<br />
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Coup de sifflet… faut croire que quelqu’un m’a arrêté.<br />
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Des coéquipiers viennent me relever. Dewill arrive en trottinant et en se frottant l’épaule sous son armure. Lui aussi à l’air d’avoir mangé cher.<br />
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« Alors Eyeshield, tu fais la sieste ? » me lance t’il.<br />
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Pas le temps de répondre, il faut se remettre en formation.<br />
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Nous sommes à la ligne des 44. Je pensais vraiment avoir été plus loin que ça. On joue deux séries en formation en I avec toujours un gros forcing sur l’avant, et toujours en jeu au sol. Dewill n’est pas si fou que ça : il sait qu’après son coup d’éclat, les défenseurs vont le surveiller comme le lait sur le feu, et ne lui laisseront pas une deuxième fois l’opportunité de gambader sur le terrain librement.<br />
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Y’a autre chose qui m’inquiète, c’est que Dewill n’arrête pas de se frictionner l’épaule. Sa confirme au fur et mesure des phases : il ne fait plus aucune passe, juste des transmissions de la main à la main.<br />
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L’effectif tourne à plein régime, le plan est de ne pas rejouer deux fois une phase, de toujours être imprévisible… quelque part, on continue le Riot.<br />
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Le chrono se désagrège sous nos yeux tandis que la défense des white knights s’intensifie. Normal : plus on avance dans leurs positions, moins ils ont de terrain à contrôler et plus ils sont efficace. A l’inverse, notre stratégie nous expose à une représailles sans pitié en cas de loupé.<br />
<br />
A mes yeux, ce chrono c’est comme la vie : il défile imperturbablement vers une fin inexorable, mais pendant qu’il s’écoule, on peut lutter, faire des choses et changer la donne. Dans la vie comme sur le terrain, la différence c’est ce que tu fais de ton temps : seuls ceux qui jouent peuvent le comprendre.<br />
<br />
Dewill me redonne la balle pour une course. Je tente une feinte pour partir à droite du défenseur qui me bloque, mais il ne se laisse pas avoir et m’accroche. Il me repousse pour me faire perdre quelques centimètre de distance, mais je repense à ce qu’a dit le coach, et je me bats : de toute mes forces je pousse en avant pour résister. Le type d’en face est un bulldozer, j’ai aucune chance de le stopper, mais je dois quand même essayer.<br />
<br />
J’ai une demi-seconde de lucidité extrême, et je repense à ce que mon grand-père m’a montré quand j’avais six ou sept ans. Un truc tout bête pour contre les mecs plus grand que moi. Je laisse glisser le poids de mon corps vers le bas en écartant un peu les jambes. Maintenant que mon centre de gravité est plus bas, je peux mieux résister. Mais c’est pas fini : je déporte une part de ma poussé à l’inverse de la sienne en espérant agir assez vite pour que sa le déséquilibre et qu’il trébuche.<br />
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Ça fonctionne, et je peux reprendre un pas d’avance avant de m’écrouler sous la charge des autres défenseurs.<br />
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L’arbitre siffle : c’est le two minute warning, un arrêt de jeu automatique lorsqu’il ne reste plus que 2 minutes au chrono<br />
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Quoi déjà ? Mais enfin c’est pas possible : le temps a pas pu passer si vite ?<br />
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Comme dans la vie le temps nous avale et sans qu’on ait le temps de comprendre c’est déjà la fin qui se présage. Nous sommes à la ligne de 20 yards, tout le monde est fébrile et fatigué d’avoir autant donner sur les dernières séquences de jeu. Mais le drive n’est pas fini, on doit porter le ballon jusqu’au bout et tenir le temps qui reste.<br />
<br />
J’encourage les autres autant que je peux. Mais qui je suis moi ? Un mec qui débarque et qui va leur apprendre à jouer ? J’en suis clairement pas digne, mais je peux leur dire que j’ai confiance en eux, que je sais que tant qu’ils sont là j’ai de la fierté à me battre à leur côté, que sans plusieurs d’entre eux j’aurais jamais fait ce sport et je serai jamais devenu qui je suis.<br />
<br />
Ces mots j’arrive pas à leur dire, et mon eyeshield ne leur permet pas de sentir mon regard. Mais bizarrement ça à l’air de les rassurer. Becker, le Tie End, se tiens en position à côté de moi et me dit :<br />
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« Heureusement que t’es là Eyeshield. Content de voir que tu tiens le choc : pour une première sortie c’est un tour de force ! »<br />
<br />
Je voudrais lui dire que c’est pas vraiment la première fois, mais j’ai pas envie de casser l’état d’esprit qui règne. J’ai jamais fait la guerre, mais je penses que ça doit ressembler un peu à ça. Et ne croyez pas que je dis ça à la légère en manquant de respect aux soldats. Bien sûr qu’au bout de ses deux minutes, on ne risquera pas nos vies : tout le monde rentrera à la maison ce soir…<br />
<br />
Sauf que la défaite, c’est pire que la mort. La défaite c’est la mort en dedans, c’est ce qu’elle a de plus concret en réalité. Quand ton corps meurt, c’est fini, t’es plus là et tu ne ressens plus rien. Mais après une défaite, cette mort-là elle grandit en toi et te détruis à petit feu. Tu la sens, tu es conscient que cette mort-là est sur toi. C’est peut être stupide, mais cette mort-là elle me fait plus peur que toutes les balles de fusil du monde.<br />
<br />
Dewill à un nouveau plan : il veut que Becker me servent de bouclier tandis que j’avancerai vers la ligne des 10 yards. Bien sûr, si je peux aller plus loin, il faudra fonçer. Mais ça c’est pour les versions les plus optimistes de l’histoire, or Dewill est un pragmatique, et il m’encourage à être aussi réaliste que lui.<br />
<br />
Le two minute warning prend fin. Nous sommes en position serré dans le but de faire croire à une attaque par le centre. Je dois aller très vite : partir de la droite, couper par le centre, prendre le ballon puis filer vers Becker qui aura commencé à déblayer le chemin devant moi. Sanderson s’est mis de mon côté, ça me laisse une chance de larguer avec ma vitesse.<br />
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Enfin si tout se passe bien.<br />
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Dewill engage l’action. Je me jette sur lui en essayant de garder Sanderson dans mon champ de vision. Je le perds de vue un instant.<br />
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Et M…<br />
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En fait c’est lui qui m’a largué avec sa vitesse. Et ce n’était pas moi sa cible. Il percute Dewill de toute sa force, épaule en avant, et le soulève de terre. Il s’écroule ensuite tandis que le ballon roule sur le sol. Un des white knights s’en empare et commence à filer. L’arbitre siffle : il n’avait pas le droit de faire la récupération de cette façon.<br />
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Ça va mal, le temps file et on vient de perdre 7 yards.<br />
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Le QB annonce qu’on va rejouer la même séquence. Tout le monde lui dit que c’est risqué, surtout pour lui. Il n’en démord pas. Personne n’ose désobéir, alors on refait la même séquence, et une fois de plus Sanderson le pulvérise par terre. Son bras lui fait de plus en plus en mal, c’est évident.<br />
<br />
Pour la troisième fois, alors qu’il reste 1min et 27 secondes, Dewill veut jouer la même séquence. Cette fois sa chauffe, les joueurs ne veulent plus le suivre dans son bluff. C’est alors que la Tour de contrôle rappelle à tous qu’ils sont ses soldats et que celui qui veut désobéir sera un déserteur. Ce qu’il ne dit pas contre, mais que tout le monde entend, c’est qu’en agissant ainsi, il prend sur lui toutes les critiques contres l’équipe en cas de défaite. En bon capitaine, comme le coach sur le banc, il veut nous protéger ainsi que notre honneur.<br />
<br />
Alors que tout le monde se résigne à jouer la séquence, il concède une modification à la tactique : ce n’est pas moi, mais lui qui partira avec Becker. Moi je serai un leurre et je devrais avancer sur le champ droit pour créer un peu de variation et attirer une part de la défense.<br />
<br />
Mais c’est des foutaises. Je sais très bien que Dewill ne croit pas une seule seconde a sa tactique. Il ne fait qu’accorder aux joueurs le sentiment rassurant qu’il à accepter leur doléance.<br />
<br />
Tout le monde se met en place. Dewill commence à enchainer les « Hut ». On part sur le 4eme.<br />
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« Hut ! »<br />
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C’est peut être le dernier drive de ma vie en tant que joueur pro<br />
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« Hut ! »<br />
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Peut-être le seul moment où je pourrais servir à l’équipe, à nos fans…<br />
<br />
« Hut ! »<br />
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C’est mon dernier combat !<br />
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« HUT ! RIOT 21 STARDUST ! »<br />
<br />
Une nouvelle fois Dewill à piéger tout le monde. L’ordre Stardust annule tous les autres ordres donnés, sauf le numéro du porteur de balle. Sauf que je ne comprends pas : si je dois foncer devant moi, comment va t’il me passer la balle avec son bras bless…<br />
<br />
Le fumier !<br />
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Dewill avec son sourire diabolique arme une passe du bras gauche. La rumeur comme quoi il était ambidextre était donc vraie. Il fait un lancer en cloche stratosphérique tandis que je contourne la défense trop occupée à se focaliser sur Becker et Dewill. Mais il y’a Sanderson, lui n’a pas marché au bluff et ses réflexes surhumain lui permettent de tout de suite réagir. Ses foulés sont puissantes, comme s’il s’envolait à chaque pas. D’un regard j’arrive à anticiper son avancée sur moi : ça ne fait aucun doute qu’il va m’avoir avant que j’ai le ballon. Accélérer ne sert à rien car ça me ferait louper la balle. Il faut que je trouve un autre moyen. Je dois le vaincre pile au moment où j’attrape la balle : la saisir sans faute et plonger dans la zone de touchdown.<br />
<br />
Nous sommes près l’un de l’autre, et déjà mes bras se tendent. Je repense aux conseils de grand père sur la façon de placer ses doigts pour bien attraper la balle. Je repense à Ronny Nichols mon pote de lycée avec qui on s’entraînait à se faire des lancers jusqu’à en avoir mal aux paumes.<br />
<br />
Je repense à tous les grands champions pour qui sa semblait si facile de rattraper le ballon sans même regarder la balle. Je veux être comme eux, faire comme eux, être adulé comme eux.<br />
<br />
J’entends la foule qui est au bord de l’explosion devant notre action éclair. C’est une voix qui me porte et qui me pousse. Je suis juste au bon endroit, tous les centimètres que j’ai lutté pour obtenir, ils sont là, à m’amener vers mon but, toute les courses, tous les chocs, tout est là, devant moi.<br />
<br />
Ma main gauche attrape le ballon et le rabat rapidement sur ma main droite. Pas très académique : mais ça marche !<br />
<br />
Sanderson va me percuter dans une seconde, deux si j’ai de la chance.<br />
<br />
Je fais un pari fou.<br />
<br />
Au moment où il va m’atteindre, je fais un petit bond sur place, je décale mon pied avant vers l’arrière et le pied arrière vers l’avant et reprend ma foulé en partant vers la gauche. Mon changement de direction est trop foudroyant pour que le mastodonte puisse réagir malgré ses réflexes. Il arrive pourtant à tenter un dernier coup d’éclat en lançant sa main droite vers moi. Son allonge est extraordinaire et il n’aura aucun mal à m’arracher le ballon que j’ai calé sous mon aisselle droite. Tel que je suis parti, je ne peux pas faire de pas de côté, ni pivoter vers l’avant. Si je tourne, je sais qu’un autre défenseur sera sur moi et m’empêchera de concrétiser le touchdown.<br />
<br />
J’ai plus trente-six solutions…<br />
<br />
Je fais un demi-tour sur moi-même dans le sens des aiguilles d’une montre pour mettre le ballon hors de portée de Sanderson, et je plonge en arrière le plus loin possible. Toute la vitesse que j’ai accumulée fait de moi un boulet de canon humain que les défenseurs ne peuvent pas retenir. En plus, dans cette position, ils ne peuvent même pas envisager de m’agripper. Je repense à ce centimètre gagné quelques instants auparavant. Est ce qu’il sera suffisant pour franchir la ligne ? Est-ce que ces quelques centimètres seront la différence infime entre la vie et la mort ?<br />
<br />
J’ai pas le temps de finir de penser à tout ça que je m’écroule lourdement sur le sol. J’entends le sifflet de l’arbitre et le hurlement de joie de la foule. Il doit rester 30 secondes au chrono, autant dire que c’est plié.<br />
<br />
Est-ce que c’est la tension qui se relâche ou bien est ce que je me suis fait mal sans m’en rendre compte, toujours est-il que je suis en train de pleurer comme un môme. En fait je sais ce qui se passe : maintenant c’est fini, mon moment est terminé, et même si je reviens sur le terrain, même si suite à ce coup de chance je deviens titulaire, mon moment, ma première vraie entrée sur scène, elle vient de se finir. Incroyable d’avoir de la nostalgie pour le quart d’heure précédent hein ? Bah c’est pourtant ce qui m’arrive.<br />
<br />
Comme dans la vie, les moments de grâce sont rares et s’il est dur de les atteindre, il est encore plus difficile de les quitter.<br />
<br />
La foule hurle mon surnom, encouragé par Dewill et les autres qui font de grand geste. Partout j’entends « EYE – SHIELD ! EYE -SHIELD ! »<br />
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Ouais : pas mal pour un surnom de héros…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Eyeshield**<br />
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« La défense se met en place… visiblement le coach des sharks ne démord pas de sa stratégie de jeu au sol !<br />
– En effet mais est-ce qu’un jeu aussi évident parviendra à faire trembler le bloc des White Knights qui ont été jusque-là impérieux ?<br />
– Difficile à dire Larry, mais d’après le sondage en direct, nos téléspectateurs sont de votre avis.<br />
– Oh regardez Tom : Dewill appelle un audible !<br />
– En effet, c’est peut-être le sursaut que nous attendions dans cette attaque… hum, ils se positionnent en shotgun : ça sera une passe longue !<br />
– Ah enfin du mouvement ! »<br />
<br />
La caméra affiche cette vue typique de 3/4 du terrain, avec les lignes virtuelle ajouté à l’ordinateur pour voir le point de départ et l’arrivée 10 yards plus loin. Sur le banc, avec les autres remplaçants, on regarde ça via nos smartphones. On à beau être à quelques mètre de l’action, on ne veut pas voir le spectacle. On veut les statistiques, les analyses, et peut être même un replay sympa qui montera une belle action. On regarde tout ça et on rêve d’y être.<br />
<br />
La sélection dans la ligue pro est un combat aussi violent que celui pour les écoles de médecine ou de droit. Hey ouais y’a pas que les p’tits intello qui ont leur champ de bataille scolaire. Dans le monde du football américain, c’est dès l’université que tout se décide : C’est le seul et unique point d’entrée dans ce monde, et il ne t’est offert que pendant les 2 à 4 pauvres années que tu passeras sur les bancs de l’école. En fait c’est même pire que ça, parce que ta chance tu ne l’as vraiment que pendant l’après-midi que dure le match que son venu voir les recruteurs. Si t’as du bol, ils viennent en voir un second pour confirmer leur impression sur toi.<br />
<br />
Après ça, y’a les tours de sélections. Et autant vous dire que ce jour-là, on prie Jésus, Bouddha et toutes les divinités possibles et imaginable de faire en sorte que les autres cette année-là, soient moins bon que vous. Et oui parce qu’il ne suffit pas d’être bon, il faut espérer que cette année-là aucun petit génie façon Tom Brady ou Andrew Luck ne se pointe et rafle la mise. Quel que soit votre poste : runningback, safety, cornerback… cherchez pas, tous les postes sont blindés de mec plus talentueux les uns que les autres. Le seul espoir de s’en sortir c’est que la concurrence soit déjà passé l’année d’avant, ou vous fasse la faveur d’attendre l’année d’après.<br />
<br />
Dès fois je me dis que c’est comme le lancement d’une fusée : un tout petit créneau de rien du tout qui décide d’un projet qui à durée des années et dont l’échec détruirait votre vie…<br />
<br />
Les rêves brisés de gloire et de fortune dans le sport, les pelouses des universités en sont couvert. Des larmes, du sang, des corps sacrifiés pour grappiller un tout petit bout de ce gâteau, et au final très peu d’élus.<br />
<br />
La vie en somme.<br />
<br />
Mais je crois qu’il y’a plus vicieux que l’échec. Plus cruel encore que de chuter devant le podium. Y’a nous, les joueurs du banc.<br />
<br />
Si vous n’y connaissez rien en football, laissez-moi-vous faire le topo : une équipe de foot c’est un effectif total d’une centaine de personne. Entre les coachs, les préparateurs physique, l’équipe attaque qui joue les phases offensive, l’équipe défense qui doit contrer l’équipe attaque adverse, l’équipe spéciale qui joue les situations de renvoi de balle… chaque équipe ayant une vingtaine de joueurs titulaire et entre 2 et 3 remplaçants, vous imaginez le genre d’armée mexicaine qui vadrouille les après-midi de match.<br />
<br />
On est tellement nombreux qu’en fait c’est comme dans une grande entreprise : y’a des gens qu’on ne connait que de vu. Les gars de l’équipe défense par exemple, ils sont dans leur coin, avec leur coach dédié, et quand ils sont sur le banc, ça veut dire que l’équipe attaque est sur le terrain, du coup ils ne font que se croiser. Oh bien sûr le reste de la semaine y’a les entrainements, mais les clans ont la peau dur, et je dirais que c’est presque normal : quand vous en chier toute la semaine à faire des exercices de blitz (offensive rapide sur le quaterback adverse) vous avez tendance à être proche avec les gars qui partagent votre galère.<br />
<br />
Moi, je suis dans l’équipe qui fait le plus rêver, l’équipe attaque. C’est nous qui mettons les points, nous qui « poussons le cuir » et qui faisons trembler de bonheur les fans quand on met un touchdown. C’est nous qui luttons pour faire tomber la muraille de l’ennemi, briser sa défense et filer dans la brèche pour grappiller des yards.<br />
<br />
Nous sommes ceux qui vont de l’avant, le regard vers l’avenir, nous créons la victoire de nos mains.<br />
<br />
Qui ne voudrait pas être un quaterback légendaire comme John Madden ou Joe Montana ? Être adulés par les mômes, avoir un jeu vidéo à son nom, devenir commentateur vedette d’une grande chaine de télé, et porter un beau costume à l’écran…<br />
<br />
… finir complètement gâteux à 45 ans à cause des chocs à la tête, avoir le corps brisé par les blessures à répétition, être traîné dans la boue par des scandales sur sa vie privé, se faire suivre par des journalistes avides de scoop 24h sur 24…<br />
<br />
… pfff à qui je veux faire croire ça : même si ça devait me tuer à 35 ans je donnerai tout pour ce sport. Tous les gars ici sur le banc on cette envie un jour de briller au firmament des plus grand. Arriver au pinacle, tenir dans ses mains le trophée Lombardi, être sur le toit du monde le temps d’un été.<br />
<br />
J’y ai cru à ce rêve, mais maintenant la réalité qui me tient, c’est celle de fonctionnaire du sport business. Je ne suis qu’un remplaçant, un joueur de 3eme rang. Deux mecs doivent s’exploser pour que je rentre sur le terrain. la seul action que j’ai jamais faite dans une partie, ça a été d’entrer sur le terrain pour faire le compte des joueurs requis afin que l’arbitre puisse donner le départ du chrono et qu’on laisse s’écouler les 4 secondes réglementaires restantes.<br />
<br />
Toute une vie pour 4 secondes, c’est un peu chère payer non ?<br />
<br />
Du coup, comme je le disais, ce ne sont pas ceux qui sont resté à l’université qu’il faut plaindre, mais les Tantale que nous sommes, torturés en permanence d’être si près pour toucher notre rêve du bout des doigts mais pas assez pour le saisir et en jouir comme on le voudrait.<br />
<br />
Ça vous étonne hein, qu’un footeux connaît Tantale ? Sachez-le, je l’ai pas volée mon diplôme universitaire !<br />
<br />
« OH BON DIEU QUEL CHOC !!! OH !!<br />
– C’est absolument terrifiant Larry : le blitz de la défense à été si foudroyant que Merzer, le Runningback des Sharks a été littéralement planté dans le sol par l’action combiné de trois défenseurs !<br />
– Oui effectivement Tom, la feinte de passe de Dewill n’a pas réussie à tromper la vigilance de Sanderson qui a parfaitement anticipé. C’est son accélération prodigieuse qui a une nouvelle fois pris de vitesse la ligne des Sharks, et les empêché de se décaler à gauche comme ils pensaient surement le faire. Regardez sur ce ralentit : on voit bien que Sanderson prend une impulsion avant même que le ballon bouge !<br />
– Ah c’est incroyable, il arrive à deviner le moment où va partir le ballon avant même les joueurs qui l’ont en main !<br />
– C’est son fameux « 6eme sens » qui fait de lui la bête noire des équipes attaques de toute la ligue… Ah je vois une civière arriver sur le terrain. Vraisemblablement le match est fini pour Merzer… hum… oui il se tord de douleur tandis que le médecin l’ausculte, espérons que ça ne soit pas handicapant pour le reste de la saison.<br />
– Ca serait une catastrophe pour les Sharks car rappelez-vous que Merzer était déjà le remplaçant de Willy Steambowt qui lors du match contre le Minnestota a été victime d’un choc spectaculaire lors d’une réception d’anthologie<br />
– Oui on se souvient tous de ce point durement gagné mais qui avait finalement coûté très cher à l’équipe puisque Steambowt à eut 2 côtes cassés ce qui l’avait obligé à faire une croix sur cette saison pourtant prometteuse… »<br />
<br />
Merde.<br />
<br />
J’étais pas attentif, mais d’un seul coup ça me vient, comme un flash. Non : plutôt comme une flashbang. C’était pourtant évident et logique, mais j’avais pas accroché l’idée dans ma tête. Le remplaçant du remplaçant, le mec qui va être appelé dans moins de 5min par le coach pour s’échauffer et se tenir prêt à rentrer en scène, le mec que tout le monde va regarder et sur les épaules de qui des millions de fans vont faire reposer leurs espoirs de victoire… ce mec-là, c’est moi.<br />
<br />
Non bordel c’est pas possible : il reste 7min à jouer, c’est le dernier quart temps, on est mené 36 à 32 (donc impossible de se contenter de prendre les 3 points faciles d’un coup de pied) et c’est bien sûr notre dernière occasion de la saison pour prendre des points et faire les phases finales. Je peux pas le croire… je sens ma tête qui bascule, le poids de mon équipement est en train de m’étouffer, ma vue se brouille… eh merde, en fait je suis en train de suer comme un cochon maintenant.<br />
<br />
Et voilà le coach qui arrive. Ce type est une masse : il pourrait largement faire le job de certains des défenseurs. C’est une véritable bombe à retardement : placide et posé la plupart du temps, mais volcanique et destructeur quand on le pousse à bout. A côté de ça il donnerait tout pour l’équipe. C’est vraiment l’incarnation du sacrifice tel que le décrivait Vince Lombardi.<br />
<br />
« Hey ! le 21 : t’attends quoi : le déluge ? » me hurle t’il dessus pour être sûr de couvrir le brouhaha du stade.<br />
<br />
Je sais pas quoi faire. Je suis bloqué, mon téléphone dans la main, écouteurs sur les oreilles. Et soudain j’entends les commentateurs parler de moi.<br />
<br />
J’ai envie de vomir.<br />
<br />
« Oui effectivement ce fameux numéro 21 qui était déjà dans la sélection des Sharks depuis 2 ans n’est-ce pas ?<br />
– En fait ça fera 3 ans cette année Larry<br />
– Oh ? Mais alors dans ce cas c’est une occasion en or pour ce garçon de briller et de permettre à son équipe de s’en sortir !<br />
– houla n’allez pas trop vite en besogne : le drive des Sharks n’est pas très bien engagé après l’action précédente qui les a vus perdre encore 4 yards !<br />
– Effectivement, ils commenceront dans leur camp à la ligne des 32… »<br />
<br />
Vous n’êtes VRAIMENT pas sérieux !?<br />
<br />
Cette fois le coach est planté devant moi. Je ne peux pas voir son regard a travers ses énormes lunettes de soleil noir, et à la limite je préfère. Il donne deux petits coups sur ma tête comme s’il toquait à une porte. Je retire aussi sec mes écouteurs.<br />
<br />
« TU TE LÈVE ET TU TE MAGNE ! COMPRIS ? »<br />
<br />
Je réponds « oui coach » mais c’est un réflexe de mon cerveau reptilien qui à dut faire le boulot parce que à l’instant présent, je suis totalement incapable d’envisager la moindre réaction.<br />
<br />
Les regards sont sur moi. Les coéquipiers me font des signes d’encouragements. Ça va du pouce levé à des signes de gang bizarre que je suis pas sûr de comprendre. Certains passent devant moi et me donnent une tape amicale sur l’épaule. D’autres sont tellement rincé par l’effort qu’ils n’en ont strictement rien à foutre et cherchent surtout à se réhydraté rapidement pour éviter les douleurs musculaires demain.<br />
<br />
Sans que je réalise, je suis debout, en train d’ajuster mon casque. Le coach est planté devant moi et il me parle. Il n’arrête pas de parler, j’arrive pas à suivre, tout est en accélérer. Quoi ? Il faut que je joue dans l’axe opposé à qui ? Quoi c’est le 21 mon numéro ? Oh… nous on est les Sharks ?<br />
<br />
Putain je pédale dans la semoule…<br />
<br />
J’ai le casque sur la tête, la jugulaire bien fixé sous mon menton. Le coach vérifie que mon armure est bien attachée : au stade où il en est-il est hors de question pour lui de perdre un nouveau runningback. Il relève ses lunettes sur son front et m’attrape la tête de chaque côté pour être bien sûr de plonger mon regard dans le sien.<br />
<br />
« Aller t’inquiète pas petit… tu vas assurer ! Ce moment c’est ton moment. Laisse pas l’équipe adverse, ni même les autres joueurs te priver de ça. C’est maintenant tu m’entends ? C’est maintenant que tout peut changer pour toi. Jusqu’à présent t’as subi : les sélections, les tours de recrutements… tout ça c’est fini. Faut que tu nous sortes de là petit. Faut que tu deviennes un héros, pour tous tes potes sur le terrain, pour les milliers de fans qui sont là chaque dimanche pour nous. Et puis faut que tu deviennes un héros pour toi même ok ? Pour que t’arrête de te voir comme un looser juste parce que t’es un remplaçant. Faut te battre pour chaque centimètre de terrain que tu peux gagner. Construit ta victoire comme ça petit : centimètre par centimètre ! »<br />
<br />
Je suis tellement nerveux que cette histoire de centimètre me donne envie de rire comme un gamin. J’ai des images bizarre et pas très clean qui me passent dans la tête. Ça dure un instant, et après je visualise le message du coach. Je réalise aussi que pendant tout ce temps, alors que je pensais qu’il ne me voyait pas, en fait il était parfaitement conscient de ce que je vivais.<br />
<br />
Ce mec-là travaille dix fois plus que les autres, et supporte plus de pression que n’importe quel joueur vedette. Mais lui il n’a pas de fan, ou si peu. Il n’a pas de jeu vidéo à son nom, il n’a pas de carte à collectionner à son effigie, et personne ne s’intéressera à son parcours dans 5 ou 10 ans. Mais tout ça il s’en moque, parce que son rôle de coach c’est de s’occuper de nous, et de faire en sorte que nous soyons les meilleurs le moment venu. Et finalement si le coach ne m’avait jamais parlé jusque-là, c’est parce qu’il savait sans doute que me dire ces paroles à un autre moment, ça m’aurait collé des sueurs froides et des insomnies pendant des mois.<br />
<br />
Je suis toujours sur pilote automatique, et je réalise que je suis sur le bord du terrain.<br />
<br />
Le coach me donne une tape sèche derrière le casque accompagné d’un « bonne chance petit ». A peine je sens l’impact que mon corps part vers l’avant. C’est pas moi qui décide : mes jambes veulent bouffer du yard, et le reste de mon corps est déjà en train de bouillonner de la ferveur de l’affrontement.<br />
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Comprenez bien, le foot américain a beau être appelé un sport, ça n’en est rien. C’est une façon moderne de régler des conflits et d’opposer deux armées. Nous sommes des soldats sur un champ de bataille. Nous devons conquérir le territoire adverse. Mais le plus beau dans tout ça, ce qui fait la grandeur du foot, c’est que à un certain stade, le pognon ne compte plus : on se bat pour l’honneur, pour notre drapeau, nos fans notre « peuple », tous ces gens qui à leur niveau font eux aussi des efforts incroyable pour nous soutenir. Je repense à ce père de famille qui, inlassablement, amenait les gamins du quartier nous voir à l’entrainement dans son mini van chaque mercredi. Je repense aux lettres de fans que nous lisait le coach pour nous donner le moral. Je repense à cette journée de bénévolat que le club avait organisé dans un hôpital, et comment j’avais chialé en rentrant chez moi tellement j’avais été ému.<br />
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Et maintenant ces petits leucémiques qui se battent pour grappiller du temps à la vie, ces papas qui s’usent au boulot pour payer leurs abonnements annuels pour partager des moments uniques avec leurs gamins, ces mamans qui se battent dans des associations pour que les gamins jouent au foot plutôt que de trainer dans les rues… tous ces gens-là ils ont le regard sur moi et me donnent leurs espoirs. A chaque pas que je fais vers mes coéquipiers, je sens tous ces sentiments monter en moi. Ce n’est plus un frein, c’est un catalyseur. L’envie de réussir, et le sentiment d’avoir un impact sur la victoire me donne des ailes. Je sens que me joues sont brulantes, et que l’adrénaline est en train de booster chaque parcelle de mon corps.<br />
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Je suis enfin sur le terrain, prêt à combattre.<br />
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Dès mon arrivé on fait le huddle, c’est à dire le moment où tous les joueurs se réunissent en cercle autour de leur chef, le quaterback (ou le QB pour les intimes), pour définir le plan de jeu. Le nôtre de QB c’est Adrian Dewill, mais nous on le surnomme la Tour. Déjà parce qu’il est gigantesque, large et costaud, mais aussi parce que c’est lui qui pilote totalement le jeu, comme une tour de contrôle. Et comme si c’était pas déjà assez, ce type est un génie tactique. Il est sur les terrains depuis 12 ans cette année, autant dire une éternité à l’échelle du foot. Dewill est un mec simple, qui n’a rien de la superstar. C’est sans doute pour ça qu’il n’a jamais été mis en avant par la ligue. Pas assez belle gueule, pas assez bling bling, aucune frasque particulière à lui reprocher… bref pas assez médiatique. Mais Dewill s’en fou. Comme il le rappelle tout le temps, il est là pour jouer, et être le meilleur à son poste.<br />
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En tant que débutant (ou rookie) Dewill m’a cordialement ignoré dans les vestiaires, mais par contre il m’a toujours respecté sur le terrain. Sa grande force au-delà de sa résistance et de la précision de son lancer, c’est sa capacité à savoir vous juger en un éclair. En un regard il sait déjà à quelle vitesse vous allez courir, quand vous aurez votre meilleure impulsion et comment vous allez réagir face à un défenseur. Et sur cette base-là, à l’entrainement, il m’a toujours fait confiance.<br />
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Le regard qu’il me lance en ce moment, c’est le même que lorsqu’on travaillait les passes. Pas d’hésitation ou de doute, pas de remontrance ou de menace en cas d’échec. C’est le regard de quelqu’un de parfaitement lucide et qui sait à quoi il peut s’attendre avec toi.<br />
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Alors que j’arrive dans le huddle, les autres joueurs me donnent deux petites tapes sur le casque en guise de bienvenue et me lancent des « salut Eyeshield, bienvenue dans la cours des grands ». Les gars me surnomment Eyeshield parce que je cache toujours mon regard sous ma visière. Ça leur évite d’avoir à se rappeler mon prénom qu’ils n’arrivent pas à prononcer. Dewill lui n’a pas le temps pour les civilités et il commence de suite à donner le plan de jeu.<br />
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« Le chrono est à 7:32, autant dire qu’on a de la marge. Mais il faut surtout pas que ça se retourne contre nous. Du coup, on va jouer Riot ! »<br />
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Riot… ça veut dire « émeutes » pour ceux qui pigent pas l’anglais. C’est pas vraiment une stratégie, c’est même pas une tactique… c’est juste jouer sur la nuisance et le chaos. Un genre ou Dewill excelle grâce à sa lecture très rapide du jeu. Riot, ça veut dire qu’on va foutre un maximum de bordel pour devenir illisible pour l’adversaire et ne miser que sur les capacités individuels à réagir vite et bien.<br />
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Ce genre de coup est relativement peu efficace, parce que sans coordination, une équipe ne peut pas avancer bien loin. Par contre c’est une méthode assez sûre pour garder le ballon au sol et avancer.<br />
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Dewill à un grand sourire qui lui barre le visage. Il adore ce genre de situation extrême et plus il y’a de pression, plus il jubile. Son expérience lui a donné des nerfs d’acier qui le rendent insensible au bluff et aux feintes, mais elle lui a aussi donné un gout un peu trop prononcé du risque et des plans à la con. Pas étonnant que les fans l’adorent.<br />
<br />
On se met tous en position sur la ligne, et on attend le snap. C’est le compte à rebours que donne le QB avant que l’action ne démarre. Il dit « Hut ! hut ! hut ! » et c’est après un nombre de fois déterminé à l’avance qu’il démarre l’action. Ici par exemple, on doit attendre le 5eme « Hut » pour démarrer.<br />
<br />
Bien sûr l’avantage de faire comme ça c’est que l’équipe adverse se retrouve avec un temps de retard puisqu’on change le compte du snap à chaque fois. Pourtant il ce mec, Sanderson qui fixe Dewill comme s’il savait quand il fallait partir.<br />
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« Hut ! »<br />
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Plus qu’un « hut » avant le rush. Comme nous jouons Riot, personne ne sait quoi faire exactement. Tout le monde va improviser. Nous sommes dans une position de feinte de passe, il va donc s’écouler un petit moment avant que les défenseurs à l’arrière n’aient le temps de revenir sur nous.<br />
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« HUT ! »<br />
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J’ai même pas le temps de comprendre que Dewill s’est précipité sur moi et me tend le ballon. Je l’attrape de travers et parvient de justesse à ne pas le faire tomber. Je me sens saturé d’information, je sais pas quoi faire, tout va trop vite, j’entends le piétinement lourd des joueurs sur la pelouse en train de foncer sur moi. Je sais que d’ici 5 à 10 secondes selon ma chance, un malabar va me tomber dessus et me faire manger le sol. Je dois me bouger, vite… pourquoi je…<br />
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Oh…<br />
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En fait j’ai déjà pris ma foulé. Une nouvelle fois mon esprit n’a pas suivi, mais les milliers d’heures d’entrainement inscrites dans chaque fibre de mon corps ont fait le boulot. J’ai le ballon calé sous le bras gauche, mon autre bras me servant de bouclier, et je file à toute vitesse sur le terrain.<br />
<br />
Mon champ de vision se rétrécie mais sa portée s’augmente. L’adrénaline me porte vers ma cible, la ligne des 42 yards.<br />
<br />
Pour vous résumer simplement la chose, au foot vous devez avancer par tranche de 10 yards, ce qui veut dire que comme nous partons de la ligne des 32, on doit atteindre celle des 42 et ainsi de suite jusqu’à la zone de but adverse. Et toujours pour vous donner une idée, comptez qu’un yard ça fait environ 1m.<br />
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Je vais franchir la ligne des 42, et assurer ainsi la progression de l’équipe. Mais c’était sans compter sur Sanderson. Il m’avait vu, et ne s’est pas laissé avoir par le Riot. Il en a même profité pour se faire oublier pour surgir sur le côté et me couper la route. Il m’attrape sans problème et m’envoie valser à terre d’une simple poussé. Ce type à une force d’éléphant, mais bouge comme un guépard. Une véritable horreur pour un attaquant comme moi.<br />
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Les arbitres sifflent la fin de l’action. Les gars se regroupent, nouveau Huddle, il reste tout juste 7min.<br />
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Ce coup-ci Dewill fait un audible, c’est à dire une annonce à haute de voix de la tactique à jouer. Bien sûr, il n’en donne pas les détails et utilise un code :<br />
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« Rouge Hurricane ! Rouge Hurricane sur 26 ! »<br />
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J’avoue que je n’ai pas été très studieux et que le cahier de jeu ou sont listé les tactiques et les codes ont le plus souvent dormis dans mon sac. Putain Rouge hurricane c’est quoi déjà ? Je suis inquiet car le code 26 indique le joueur qui portera le ballon. Sauf que pour rendre le code plus hermétique encore, il faut soustraire à ce chiffre le nombre de « Hut » de la dernière phase de jeu. Donc 26 moins 5, égale 21.<br />
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Moi.<br />
<br />
Je dois penser à toute vitesse. Bordel c’était quoi bon sang rouge ? rouge, rouge, rouge, rouge, rouge… Okey ! C’est une phase par le centre puis décalage vers la droite. Et Hurricane… bordel ! Aller la mémoire ! On se réveille !<br />
<br />
Je me rappelle ses moments à la maison quand j’étais petit où chaque dimanche je regardais les Sharks jouer à la télé. J’avais un grand cahier ou je notais les phases de jeux du coach d’Amato. A la fin j’arrivais presque à annoncer les combinaisons de jeu en avance, et ça m’a appris comment se construit une tactique.<br />
<br />
Hurricane… Hurricane…<br />
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Dewill annonce le dernier « Hut » : on lui transmet le ballon pour l’engagement, et soudain il hurle :<br />
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« RIOT 26 ! »<br />
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Il est vraiment cinglé !<br />
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Tout le monde est parti sur le Hurricane, y compris les défenseurs adverses, mais au dernier moment il change la donne et repart sur son bluff. Il s’élance lui-même avec le ballon vers le centre. Je ne comprends pas ce qu’il fait. Ça n’est pas logique d’avoir mis tout ça en place pour…<br />
<br />
Soudain je vois Sanderson et je comprends. Cette fois c’est sûr, Dewill est plus que cinglé : il est suicidaire. En pénétrant le bloc défensif des White Knigts, il cristallise tout l’attaque sur lui. Comme sur un échiquier, le QB est une pièce maîtresse qu’il faut mettre à terre a tout prix. Sauf que son sacrifice rend maintenant mon côté du champ totalement libre. Dewill balance alors un boulet de canon. Son bras droit est un véritable canonnier qui fait prendre une trajectoire parfaitement rectiligne au ballon qui traverse latéralement le terrain jusqu’à moi. Sachant la balle sauve, il se laisse tomber à terre sans offrir de résistance à l’impact des défenseurs qui sont maintenant sur lui. J’ai juste le temps de voir son rictus lorsque le premier coup de tampon le frappe. C’est un mélange de douleur et de satisfaction d’avoir berné son monde.<br />
<br />
La balle file sur moi et je l’attrape encore de justesse. Je perds du temps à assurer mes contrôles, et je sais que ce temps précieux peut nous coûter la victoire.<br />
<br />
Je me lance droit devant en prenant bien soin d’allonger mes foules de plus en plus afin de fausser l’appréciation des distances de mes poursuivants. Je cavale tellement que j’ai franchi la ligne des 50 yards. On est maintenant dans le camp adverse. Le compte des distances repart mais dans l’autre sens.<br />
<br />
Je passe les 40 yards sur leur côté. C’est incroyable à quel point ça à l’air facile. C’est un effort court, intense, mais totalement envisageable. Je dévore des yeux la ligne de touchdown, le bruit de la foule me transporte, mon cœur semble battre au rythme du chronomètre que j’aperçois du coin de l’œil sur le grand affichage du stade. Je me vois déjà arri…<br />
<br />
Je suis par terre, la tête tourné vers le ciel bleu au-dessus de moi.<br />
<br />
Mon flanc gauche me fait un mal de chien. J’ai les oreilles qui bourdonnent, et la jugulaire de mon casque s’est faite la malle. Où est le ballon ?<br />
<br />
Coup de sifflet… faut croire que quelqu’un m’a arrêté.<br />
<br />
Des coéquipiers viennent me relever. Dewill arrive en trottinant et en se frottant l’épaule sous son armure. Lui aussi à l’air d’avoir mangé cher.<br />
<br />
« Alors Eyeshield, tu fais la sieste ? » me lance t’il.<br />
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Pas le temps de répondre, il faut se remettre en formation.<br />
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Nous sommes à la ligne des 44. Je pensais vraiment avoir été plus loin que ça. On joue deux séries en formation en I avec toujours un gros forcing sur l’avant, et toujours en jeu au sol. Dewill n’est pas si fou que ça : il sait qu’après son coup d’éclat, les défenseurs vont le surveiller comme le lait sur le feu, et ne lui laisseront pas une deuxième fois l’opportunité de gambader sur le terrain librement.<br />
<br />
Y’a autre chose qui m’inquiète, c’est que Dewill n’arrête pas de se frictionner l’épaule. Sa confirme au fur et mesure des phases : il ne fait plus aucune passe, juste des transmissions de la main à la main.<br />
<br />
L’effectif tourne à plein régime, le plan est de ne pas rejouer deux fois une phase, de toujours être imprévisible… quelque part, on continue le Riot.<br />
<br />
Le chrono se désagrège sous nos yeux tandis que la défense des white knights s’intensifie. Normal : plus on avance dans leurs positions, moins ils ont de terrain à contrôler et plus ils sont efficace. A l’inverse, notre stratégie nous expose à une représailles sans pitié en cas de loupé.<br />
<br />
A mes yeux, ce chrono c’est comme la vie : il défile imperturbablement vers une fin inexorable, mais pendant qu’il s’écoule, on peut lutter, faire des choses et changer la donne. Dans la vie comme sur le terrain, la différence c’est ce que tu fais de ton temps : seuls ceux qui jouent peuvent le comprendre.<br />
<br />
Dewill me redonne la balle pour une course. Je tente une feinte pour partir à droite du défenseur qui me bloque, mais il ne se laisse pas avoir et m’accroche. Il me repousse pour me faire perdre quelques centimètre de distance, mais je repense à ce qu’a dit le coach, et je me bats : de toute mes forces je pousse en avant pour résister. Le type d’en face est un bulldozer, j’ai aucune chance de le stopper, mais je dois quand même essayer.<br />
<br />
J’ai une demi-seconde de lucidité extrême, et je repense à ce que mon grand-père m’a montré quand j’avais six ou sept ans. Un truc tout bête pour contre les mecs plus grand que moi. Je laisse glisser le poids de mon corps vers le bas en écartant un peu les jambes. Maintenant que mon centre de gravité est plus bas, je peux mieux résister. Mais c’est pas fini : je déporte une part de ma poussé à l’inverse de la sienne en espérant agir assez vite pour que sa le déséquilibre et qu’il trébuche.<br />
<br />
Ça fonctionne, et je peux reprendre un pas d’avance avant de m’écrouler sous la charge des autres défenseurs.<br />
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L’arbitre siffle : c’est le two minute warning, un arrêt de jeu automatique lorsqu’il ne reste plus que 2 minutes au chrono<br />
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Quoi déjà ? Mais enfin c’est pas possible : le temps a pas pu passer si vite ?<br />
<br />
Comme dans la vie le temps nous avale et sans qu’on ait le temps de comprendre c’est déjà la fin qui se présage. Nous sommes à la ligne de 20 yards, tout le monde est fébrile et fatigué d’avoir autant donner sur les dernières séquences de jeu. Mais le drive n’est pas fini, on doit porter le ballon jusqu’au bout et tenir le temps qui reste.<br />
<br />
J’encourage les autres autant que je peux. Mais qui je suis moi ? Un mec qui débarque et qui va leur apprendre à jouer ? J’en suis clairement pas digne, mais je peux leur dire que j’ai confiance en eux, que je sais que tant qu’ils sont là j’ai de la fierté à me battre à leur côté, que sans plusieurs d’entre eux j’aurais jamais fait ce sport et je serai jamais devenu qui je suis.<br />
<br />
Ces mots j’arrive pas à leur dire, et mon eyeshield ne leur permet pas de sentir mon regard. Mais bizarrement ça à l’air de les rassurer. Becker, le Tie End, se tiens en position à côté de moi et me dit :<br />
<br />
« Heureusement que t’es là Eyeshield. Content de voir que tu tiens le choc : pour une première sortie c’est un tour de force ! »<br />
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Je voudrais lui dire que c’est pas vraiment la première fois, mais j’ai pas envie de casser l’état d’esprit qui règne. J’ai jamais fait la guerre, mais je penses que ça doit ressembler un peu à ça. Et ne croyez pas que je dis ça à la légère en manquant de respect aux soldats. Bien sûr qu’au bout de ses deux minutes, on ne risquera pas nos vies : tout le monde rentrera à la maison ce soir…<br />
<br />
Sauf que la défaite, c’est pire que la mort. La défaite c’est la mort en dedans, c’est ce qu’elle a de plus concret en réalité. Quand ton corps meurt, c’est fini, t’es plus là et tu ne ressens plus rien. Mais après une défaite, cette mort-là elle grandit en toi et te détruis à petit feu. Tu la sens, tu es conscient que cette mort-là est sur toi. C’est peut être stupide, mais cette mort-là elle me fait plus peur que toutes les balles de fusil du monde.<br />
<br />
Dewill à un nouveau plan : il veut que Becker me servent de bouclier tandis que j’avancerai vers la ligne des 10 yards. Bien sûr, si je peux aller plus loin, il faudra fonçer. Mais ça c’est pour les versions les plus optimistes de l’histoire, or Dewill est un pragmatique, et il m’encourage à être aussi réaliste que lui.<br />
<br />
Le two minute warning prend fin. Nous sommes en position serré dans le but de faire croire à une attaque par le centre. Je dois aller très vite : partir de la droite, couper par le centre, prendre le ballon puis filer vers Becker qui aura commencé à déblayer le chemin devant moi. Sanderson s’est mis de mon côté, ça me laisse une chance de larguer avec ma vitesse.<br />
<br />
Enfin si tout se passe bien.<br />
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Dewill engage l’action. Je me jette sur lui en essayant de garder Sanderson dans mon champ de vision. Je le perds de vue un instant.<br />
<br />
Et M…<br />
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En fait c’est lui qui m’a largué avec sa vitesse. Et ce n’était pas moi sa cible. Il percute Dewill de toute sa force, épaule en avant, et le soulève de terre. Il s’écroule ensuite tandis que le ballon roule sur le sol. Un des white knights s’en empare et commence à filer. L’arbitre siffle : il n’avait pas le droit de faire la récupération de cette façon.<br />
<br />
Ça va mal, le temps file et on vient de perdre 7 yards.<br />
<br />
Le QB annonce qu’on va rejouer la même séquence. Tout le monde lui dit que c’est risqué, surtout pour lui. Il n’en démord pas. Personne n’ose désobéir, alors on refait la même séquence, et une fois de plus Sanderson le pulvérise par terre. Son bras lui fait de plus en plus en mal, c’est évident.<br />
<br />
Pour la troisième fois, alors qu’il reste 1min et 27 secondes, Dewill veut jouer la même séquence. Cette fois sa chauffe, les joueurs ne veulent plus le suivre dans son bluff. C’est alors que la Tour de contrôle rappelle à tous qu’ils sont ses soldats et que celui qui veut désobéir sera un déserteur. Ce qu’il ne dit pas contre, mais que tout le monde entend, c’est qu’en agissant ainsi, il prend sur lui toutes les critiques contres l’équipe en cas de défaite. En bon capitaine, comme le coach sur le banc, il veut nous protéger ainsi que notre honneur.<br />
<br />
Alors que tout le monde se résigne à jouer la séquence, il concède une modification à la tactique : ce n’est pas moi, mais lui qui partira avec Becker. Moi je serai un leurre et je devrais avancer sur le champ droit pour créer un peu de variation et attirer une part de la défense.<br />
<br />
Mais c’est des foutaises. Je sais très bien que Dewill ne croit pas une seule seconde a sa tactique. Il ne fait qu’accorder aux joueurs le sentiment rassurant qu’il à accepter leur doléance.<br />
<br />
Tout le monde se met en place. Dewill commence à enchainer les « Hut ». On part sur le 4eme.<br />
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« Hut ! »<br />
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C’est peut être le dernier drive de ma vie en tant que joueur pro<br />
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« Hut ! »<br />
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Peut-être le seul moment où je pourrais servir à l’équipe, à nos fans…<br />
<br />
« Hut ! »<br />
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C’est mon dernier combat !<br />
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« HUT ! RIOT 21 STARDUST ! »<br />
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Une nouvelle fois Dewill à piéger tout le monde. L’ordre Stardust annule tous les autres ordres donnés, sauf le numéro du porteur de balle. Sauf que je ne comprends pas : si je dois foncer devant moi, comment va t’il me passer la balle avec son bras bless…<br />
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Le fumier !<br />
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Dewill avec son sourire diabolique arme une passe du bras gauche. La rumeur comme quoi il était ambidextre était donc vraie. Il fait un lancer en cloche stratosphérique tandis que je contourne la défense trop occupée à se focaliser sur Becker et Dewill. Mais il y’a Sanderson, lui n’a pas marché au bluff et ses réflexes surhumain lui permettent de tout de suite réagir. Ses foulés sont puissantes, comme s’il s’envolait à chaque pas. D’un regard j’arrive à anticiper son avancée sur moi : ça ne fait aucun doute qu’il va m’avoir avant que j’ai le ballon. Accélérer ne sert à rien car ça me ferait louper la balle. Il faut que je trouve un autre moyen. Je dois le vaincre pile au moment où j’attrape la balle : la saisir sans faute et plonger dans la zone de touchdown.<br />
<br />
Nous sommes près l’un de l’autre, et déjà mes bras se tendent. Je repense aux conseils de grand père sur la façon de placer ses doigts pour bien attraper la balle. Je repense à Ronny Nichols mon pote de lycée avec qui on s’entraînait à se faire des lancers jusqu’à en avoir mal aux paumes.<br />
<br />
Je repense à tous les grands champions pour qui sa semblait si facile de rattraper le ballon sans même regarder la balle. Je veux être comme eux, faire comme eux, être adulé comme eux.<br />
<br />
J’entends la foule qui est au bord de l’explosion devant notre action éclair. C’est une voix qui me porte et qui me pousse. Je suis juste au bon endroit, tous les centimètres que j’ai lutté pour obtenir, ils sont là, à m’amener vers mon but, toute les courses, tous les chocs, tout est là, devant moi.<br />
<br />
Ma main gauche attrape le ballon et le rabat rapidement sur ma main droite. Pas très académique : mais ça marche !<br />
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Sanderson va me percuter dans une seconde, deux si j’ai de la chance.<br />
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Je fais un pari fou.<br />
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Au moment où il va m’atteindre, je fais un petit bond sur place, je décale mon pied avant vers l’arrière et le pied arrière vers l’avant et reprend ma foulé en partant vers la gauche. Mon changement de direction est trop foudroyant pour que le mastodonte puisse réagir malgré ses réflexes. Il arrive pourtant à tenter un dernier coup d’éclat en lançant sa main droite vers moi. Son allonge est extraordinaire et il n’aura aucun mal à m’arracher le ballon que j’ai calé sous mon aisselle droite. Tel que je suis parti, je ne peux pas faire de pas de côté, ni pivoter vers l’avant. Si je tourne, je sais qu’un autre défenseur sera sur moi et m’empêchera de concrétiser le touchdown.<br />
<br />
J’ai plus trente-six solutions…<br />
<br />
Je fais un demi-tour sur moi-même dans le sens des aiguilles d’une montre pour mettre le ballon hors de portée de Sanderson, et je plonge en arrière le plus loin possible. Toute la vitesse que j’ai accumulée fait de moi un boulet de canon humain que les défenseurs ne peuvent pas retenir. En plus, dans cette position, ils ne peuvent même pas envisager de m’agripper. Je repense à ce centimètre gagné quelques instants auparavant. Est ce qu’il sera suffisant pour franchir la ligne ? Est-ce que ces quelques centimètres seront la différence infime entre la vie et la mort ?<br />
<br />
J’ai pas le temps de finir de penser à tout ça que je m’écroule lourdement sur le sol. J’entends le sifflet de l’arbitre et le hurlement de joie de la foule. Il doit rester 30 secondes au chrono, autant dire que c’est plié.<br />
<br />
Est-ce que c’est la tension qui se relâche ou bien est ce que je me suis fait mal sans m’en rendre compte, toujours est-il que je suis en train de pleurer comme un môme. En fait je sais ce qui se passe : maintenant c’est fini, mon moment est terminé, et même si je reviens sur le terrain, même si suite à ce coup de chance je deviens titulaire, mon moment, ma première vraie entrée sur scène, elle vient de se finir. Incroyable d’avoir de la nostalgie pour le quart d’heure précédent hein ? Bah c’est pourtant ce qui m’arrive.<br />
<br />
Comme dans la vie, les moments de grâce sont rares et s’il est dur de les atteindre, il est encore plus difficile de les quitter.<br />
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La foule hurle mon surnom, encouragé par Dewill et les autres qui font de grand geste. Partout j’entends « EYE – SHIELD ! EYE -SHIELD ! »<br />
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Ouais : pas mal pour un surnom de héros…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Eyeshield**

« La défense se met en place… visiblement le coach des sharks ne démord pas de sa stratégie de jeu au sol !
– En effet mais est-ce qu’un jeu aussi évident parviendra à faire trembler le bloc des White Knights qui ont été jusque-là impérieux ?
– Difficile à dire Larry, mais d’après le sondage en direct, nos téléspectateurs sont de votre avis.
– Oh regardez Tom : Dewill appelle un audible !
– En effet, c’est peut-être le sursaut que nous attendions dans cette attaque… hum, ils se positionnent en shotgun : ça sera une passe longue !
– Ah enfin du mouvement ! »

La caméra affiche cette vue typique de 3/4 du terrain, avec les lignes virtuelle ajouté à l’ordinateur pour voir le point de départ et l’arrivée 10 yards plus loin. Sur le banc, avec les autres remplaçants, on regarde ça via nos smartphones. On à beau être à quelques mètre de l’action, on ne veut pas voir le spectacle. On veut les statistiques, les analyses, et peut être même un replay sympa qui montera une belle action. On regarde tout ça et on rêve d’y être.

La sélection dans la ligue pro est un combat aussi violent que celui pour les écoles de médecine ou de droit. Hey ouais y’a pas que les p’tits intello qui ont leur champ de bataille scolaire. Dans le monde du football américain, c’est dès l’université que tout se décide : C’est le seul et unique point d’entrée dans ce monde, et il ne t’est offert que pendant les 2 à 4 pauvres années que tu passeras sur les bancs de l’école. En fait c’est même pire que ça, parce que ta chance tu ne l’as vraiment que pendant l’après-midi que dure le match que son venu voir les recruteurs. Si t’as du bol, ils viennent en voir un second pour confirmer leur impression sur toi.

Après ça, y’a les tours de sélections. Et autant vous dire que ce jour-là, on prie Jésus, Bouddha et toutes les divinités possibles et imaginable de faire en sorte que les autres cette année-là, soient moins bon que vous. Et oui parce qu’il ne suffit pas d’être bon, il faut espérer que cette année-là aucun petit génie façon Tom Brady ou Andrew Luck ne se pointe et rafle la mise. Quel que soit votre poste : runningback, safety, cornerback… cherchez pas, tous les postes sont blindés de mec plus talentueux les uns que les autres. Le seul espoir de s’en sortir c’est que la concurrence soit déjà passé l’année d’avant, ou vous fasse la faveur d’attendre l’année d’après.

Dès fois je me dis que c’est comme le lancement d’une fusée : un tout petit créneau de rien du tout qui décide d’un projet qui à durée des années et dont l’échec détruirait votre vie…

Les rêves brisés de gloire et de fortune dans le sport, les pelouses des universités en sont couvert. Des larmes, du sang, des corps sacrifiés pour grappiller un tout petit bout de ce gâteau, et au final très peu d’élus.

La vie en somme.

Mais je crois qu’il y’a plus vicieux que l’échec. Plus cruel encore que de chuter devant le podium. Y’a nous, les joueurs du banc.

Si vous n’y connaissez rien en football, laissez-moi-vous faire le topo : une équipe de foot c’est un effectif total d’une centaine de personne. Entre les coachs, les préparateurs physique, l’équipe attaque qui joue les phases offensive, l’équipe défense qui doit contrer l’équipe attaque adverse, l’équipe spéciale qui joue les situations de renvoi de balle… chaque équipe ayant une vingtaine de joueurs titulaire et entre 2 et 3 remplaçants, vous imaginez le genre d’armée mexicaine qui vadrouille les après-midi de match.

On est tellement nombreux qu’en fait c’est comme dans une grande entreprise : y’a des gens qu’on ne connait que de vu. Les gars de l’équipe défense par exemple, ils sont dans leur coin, avec leur coach dédié, et quand ils sont sur le banc, ça veut dire que l’équipe attaque est su]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 14 Dec 2015 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-12-14T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 20 : Les maîtres de l’univers #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep20/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[*[CORRECTION A VENIR]*<br />
<br />
**Les maîtres de l’univers**<br />
<br />
« Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis »<br />
<br />
La fanfare commença à jouer « Ruffle and flourish » quatre fois de suite comme le voulait la tradition, puis l’hymne présidentiel, « Hail to the chief ». Aussitôt après, les obusiers du district militaire de Washington tirèrent 21 coups de canon.<br />
<br />
Encore la tradition.<br />
<br />
John Bradshaw aimait ces moments solennels. Ils étaient le ciment du pays, et faisaient sa grandeur. Il tenait donc à commencer son mandat en respectant ces valeurs, à la fois pour plaire à son électorat Républicain mais aussi pour montrer à ses opposants qu’il respecterait la grande histoire des états unis.<br />
<br />
Le nouveau président fit son discours d’investiture avec force et passion. Remerciant Dieu, il demanda à tous les américains de rester unis dans les épreuves, et prêta le serment d’allégeance en demandant à la foule de l’imiter. Si la plupart des observateurs étrangers trouvèrent la manœuvre démagogique, les journalistes américains apprécièrent ce symbole simple mais fort de l’affirmation du président.<br />
<br />
Son épouse Amanda, qui se tenait toujours près de lui, serra sa main. Envahi par l’émotion et la fierté de voir son mari atteindre le sommet du pouvoir, elle ne put retenir une petite larme. John savait que le rôle de first lady serait aussi une lourde tache, mais qu’Amanda n’hésiterait pas à s’investir à 200 % dans sa mission. Ils en avaient longuement parler, et le jeu en valait la chandelle. Il la prit dans ses bras, elle lui susurra qu’il l’aimait. Les photographes ne manquèrent pas mitrailler la scène : elle serait l’une des plus marquante de son mandat.<br />
<br />
Après le déjeuner avec le Congrès, le président remonta Pensylvania avenue jusqu’à la Maison Blanche. La foule en liesse l’acclamait, scandait son slogan « No compromise ! » et brandissait d’immense pancarte à son effigie et aux couleurs du parti républicain.<br />
<br />
C’était un moment fort pour Bradshaw, celui qu’il avait attendu toute sa vie, celui pour lequelle il n’avait ménagé ni effort ni sacrifice. Sans trop savoir pourquoi, il repensa a cette biographie de Lincoln qu’il avait lu à la fac de droit, et à la forte impression que lui avait laissé le vieux Abraham.<br />
<br />
Il était au sommet du pouvoir, dirigeant de la première puissance mondiale… maitre de l’univers !<br />
<br />
Dans la foule, que des sourires, que des messages d’affection, d’admiration. Bradshaw savait que ça n’allait pas durer, et que le pays n’aimait son président que pendant les premières 72h de son mandat. Au delà, ça serait les galères, les crises à gérer, les scandales à étouffer. Il savoura d’autant plus ce moment de grâce qu’il le savait éphémère.<br />
<br />
Il arriva aux portes de la Maison Blanche où il avait déjà commencé à s’installer suite son élection en fin d’année passé. La sécurité format un cordon pour retenir la foule et filtrer la presse, puis referma les grilles de la plus célèbre adresse de Pensylvania avenue.<br />
<br />
« POTUS est au nid » annonça le chef de la sécurité à ses équipes qui passèrent en mode de sécurité 3 (sécurité statique). Bradshaw en entendant ce message sur les canaux radio ne put s’empecher de sourire : c’était lui POTUS : Président Of The United States, et il était maintenant couvé et protégé comme un objet précieux dont on assurait à grand frais la sécurité.<br />
<br />
Il songea alors à nouveau à Lincoln, et se demanda ce qui sera arrivé s’il avait lui aussi à l’époque bénéficier d’une sécurité digne de ce nom.<br />
<br />
Le garde du corps du président, Scott Waldorf, tira ce dernier de sa rêverie :<br />
<br />
« Monsieur le Président, nous avons un point important à faire pour valider votre prise de fonction<br />
– Allons bon ? encore ! il me semblait avoir vu tout le monde pourtant ?<br />
– C’est… interne monsieur<br />
– Ah je vois : interne à la Maison Blanche. Laissez moi deviner, petit discours au staff ?<br />
<br />
– Pas tout à fait monsieur. Mais suivez moi, ça sera plus clair une fois la bas. »<br />
<br />
Bradshaw acquieça et emboita le pas à Scott. Il fit signe de la main à Amanda qui elle était conduite vers l’aile Est où lui seraient montrés les bureaux de la first lady, et elle lui répondit en lui soufflant un baiser.<br />
<br />
A la surprise du président, Scott le conduisit vers le parc, et plus précisément vers la piscine.<br />
<br />
« Euh Scott… j’imagine que ce n’est pas un bizutage où vous aller me balancer tout habillé à la flotte ?<br />
– Monsieur le Président, jamais je ne ferai quelque chose d’aussi puéril voyons. On y est presque rassurez vous.<br />
– Non mais attendez ça suffit : on va où là ? »<br />
<br />
Scott regarda autour de lui pour s’assurer qu’aucune oreille indiscrète ne traînait, notamment celle d’un journaliste.<br />
<br />
« Nous allons dans le bunker… » répondit le garde du corps sybilin.<br />
<br />
Bradshaw soupira de soulagement : évidement qu’il fallait montrer au Président les endroits secrets de la Maison Blanche !<br />
<br />
L’entrée du Bunker se trouvait dans le cabanon d’environ 60m² qui jouxtait la piscine et reconnaissable à son toit couvert de panneaux solaire. Dissimulé dans une armoire fermant avec une clé (qui en fait s’ouvrait en plaçant la main sur un panneau d’analyse digitale couplé à une reconnaissance vocale) c’était tout simplement un escalier menant à un sous sol. Dans ce dernier, un ascenseur high-tech doté d’une large cabine, attendait sagement qu’on le sollicite.<br />
<br />
Le garde du corps du Président entra le premier et invita son illustre protéger à le suivre. Les portes en verre blindés se refermèrent dans un bruit de coussin d’air et Scott dit à haute voix : « bureau 404 ». Aussitôt une voix de synthèse authentifia l’agent de sécurité et confirma l’ordre ce qui mit l’ascenseur en marche.<br />
<br />
A grande vitesse, la cabine s’enfonça dans le sol, faisant défiler sur les premiers mètres un paysage de béton. Et puis soudain, apparut sous les yeux de Bradshaw un spectacle étonnant : un gigantesque hangar dont la hauteur sous plafond devait être de presque 25m.<br />
<br />
« Bordel ! » jura le Président « C’est une installation secret défense pas vrai ?<br />
– Tout à fait monsieur : ce sont les locaux du bureau 404<br />
– Sécurité intérieur ?<br />
– En partie monsieur<br />
– Contre espionnage ?<br />
– hum… un peu monsieur<br />
– Mais c’est quoi leur job ?<br />
– Désolé monsieur je ne suis pas habilité à vous donner cette information<br />
– Je suis le Président Scott : je vous habilite à me répondre<br />
– Non je veux dire que je n’ai pas un niveau d’accréditation qui me permette de savoir exactement ce que fait le bureau 404<br />
– Mais enfin c’est n’importe quoi ! vous êtes assigné à ma sécurité… bon écoutez Scott, c’est pas grave, je verrai avec le responsable de ce service pour qu’il vous donne une habilitation. Vous le méritez bien mon ami » répondit Bradshaw en donnant une tape amicale sur l’épaule de Scott.<br />
<br />
L’ascenseur arrêta enfin sa course. L’intérieur du bunker était à l’image des bases secrètes tel qu’on pouvait les voir dans les films : d’immense édifices sous terrains, avec des couloirs qui se perdent dans des pans de cavernes, des petites voiturettes qui circulent et bien sur des techniciens et des gardes qui vont en viennent pour assurer leurs taches.<br />
<br />
Bradshaw jubilait. Il se doutait bien qu’une chose de ce genre existait, mais de la voir, d’y être et de sentir qu’il faisait partie d’une partie infime de privilégier qui pouvait s’en vanter, ça n’avait pas de prix. Scott l’invita à nouveau à le suivre et le conduisit a travers les couloirs labyrinthique du bunker.<br />
<br />
« C’est fou ! comment ils ont put installer un truc pareil sous la Maison Blanche !<br />
– Ils sont parti d’une cavité existante et on procédé à l’aménagement via un tunnel qui ressort de l’autre côté de Washington Monsieur. C’était plus discret.<br />
– Je suis admiratif Scott… notre Nation est vraiment la plus glorieuse qui soit pour réussir de tel prodige.<br />
– Sans doute monsieur » répondit poliment Scott.<br />
<br />
Le président et son garde du corps arrivèrent enfin à destination : une énorme porte blindée qui semblait être celle d’un coffre fort, et sur laquelle était écrit « Bureau 404 ». Scott pressa un bouton sur l’intercom situé à droite de la porte et attendit. après une dizaine de seconde, l’écran s’alluma, laissa apparaître une jeune fille d’une vingtaine d’année aux cheveux… bleus<br />
<br />
« Allo ? Oh Scott ! vous nous l’avez amené, c’est super ! attendez je vous ouvre !<br />
– C’est qui ? » demanda Bradshaw tandis que la porte s’ouvrait en faisant craquer ses joints métallique.<br />
<br />
Scott ne répondit pas. La porte s’ouvrit complètement et le Président vit la chose la plus inattendu qui soit, si incongru qu’il manqua de vaciller de surprise.<br />
<br />
Il se trouvait face à un grand loft de pas loin de 300m² décoré comme une boutique de bande dessiné. Poster de super héros sur les murs, figurines de manga dans des vitrines, consoles de jeu rétro et pile de cartouche entassé dans un coin de la pièce…<br />
<br />
Bradshaw lança un regard à Scott dans l’espoir d’avoir une réponse, mais ce dernier resta muet et se contenta d’un geste de la main à inviter le président à rentrer. A l’intérieur du loft, ses habitants s’étaient visiblement passer le mot et tous arrivèrent pour se présenter.<br />
<br />
Ils étaient 4 : la jeune fille aux cheveux bleus, une autre jeune fille un peu plus âgé toute vêtue de noir et maquillé comme un membre du groupe Kiss, un petit intello à lunette rondouillard avec un gros gobelet de soda à la main, et pour finir un hispanique habillé comme un hipster avec une tablette informatique à la main.<br />
<br />
« Monsieur le Président » dit Scott « permettez moi de vous présenter les membres actuels du bureau 404<br />
<br />
– Euh… Bonjour les jeunes : je suis ravi de vous rencontrer ! j’espère que vous avez votez pour moi ! en tout cas même si ce n’est pas le cas sachez que moi j’ai une totale confiance en vous pour… euh… bon écoutez je ne vais pas vous mentir je n’ai pas la moindre d’idée de ce que vous faites ici ! vous êtes quoi ? une sorte de version présidentiel de 21 Jump Street ?<br />
– Vous connaissez Jump Street ? demanda l’hispanique surpris<br />
– Hey, qu’est ce que tu crois fils : je suis peut être un vieux pour toi, mais je connais les bonnes séries<br />
– Série ? Oh excusez moi, moi je parlais du film : vous vous devez faire allusion à la très vieille série télé c’est ça ?<br />
– Shinobi ! arrête de dire ça : tu vois pas que tu mets le Président mal à l’aise ? » dit la jeune fille aux cheveux bleus « Excusez le monsieur : dès qu’on parle de film ou de jeu vidéo il devient insupportable… Oh mais je suis confuse je manque vraiment de savoir vivre ! Je me présente je suis Sammy Jo, elle c’est Trix, vous connaissez déjà Shinobi, et lui c’est StarBeam. Pour faire simple, on est les dirigeants de ce pays »<br />
<br />
Bradshaw  espérait toujours que quelqu’un sortirait de derrière un des canapés pour dire « surprise ! »<br />
<br />
« Ecoutes ma petite, le dirigeant de ce pays c’est moi, et vous êtes très sympathique mais là j’ai l’impression que vous me faites perdre mon temps ! »<br />
<br />
Sammy Jo lança un regard désemparé vers ses camarades qui n’en menaient pas plus large.<br />
<br />
« Je… je suis désolé monsieur le président. Raaaah je savais que j’aurais dû mieux préparer mon speech ! vous allez voir c’est très simple en fait… Trix aide moi ! »<br />
<br />
La jeune gothique soupira<br />
<br />
« Ce que cette pauvre Sammy Jo essaye de vous dire avec sa finesse habituelle qui fait qu’on comprend jamais rien, c’est que le vrai pouvoir c’est ici et que votre job c’est juste notre couverture.<br />
– Han ! comment t’es rude Trix ! regarde sa tête il nous prend pour des dingos !<br />
– Mais non, c’est juste qu’il accuse le coup c’est normal. Laisse lui 5min il va assimiler l’idée et ça ira mieux »<br />
<br />
Bradshaw accusait effectivement le coup. Il secoua la tête de déni et retourna à la charge :<br />
<br />
« Je suis en politique depuis plus de 25 ans jeunes gens, et je connais les institutions de ce pays mieux que personne : les décisions sont prise par l’équipe du Président… ET C’EST MOI LE PRÉSIDENT !<br />
– Trix ! » dit Starbeam paniqué « je crois qu’il s’énerve là ! fait quelque chose !<br />
– La ferme… » répondit la jeune gothique « Il est au 2eme stade de l’acceptation : la colère. Tu va voir que dans 30 secondes il marchande et qu’après une petite crise de larme il sera calmé<br />
– Arrêtez de parler comme s’il était pas là enfin ! » dit Sammy Jo tout en prenant le bras du Président « Je suis désolé monsieur Bradshaw : parfois Trix est un peu rude. Mais quand on la connais c’est vraiment une chic fille<br />
– Bah toi tu devrais être un peu plus rude justement ! tout n’est pas rose dans la vie ! répondit Trix<br />
– Justement ! dans ce genre de cas il vaut mieux avoir une attitude plus positive non ?<br />
– Grrrrhh… tu m’énerves Sammy. Bon de toute façon j’ai pas que ça à faire : les mecs c’est qui de vous deux qui s’occupe de la conférence sur le commerce ?<br />
– C’est moi ! » dit Starbeam entre deux gorgées de soda « Par contre les gars de chine sont très clair : aucune promo à espérer sur les prochains Iphones avant l’année prochaine<br />
– Ah ouais ? bah répond leur de ma part que s’ils veulent voir un nouveau Star Wars avant la prochaine ère glacière ils ont intérêt à nous le faire ce rabais ! »<br />
<br />
Le Président était médusé. A son bras, Sammy Jo lui adressait un très charmant sourire sans doute pour essayer de le rassurer. Il lui fit relâcher son étreinte et presque groggy, il se jeta sur Scott, agrippant par les épaules.<br />
<br />
« Scott ! C’est quoi ce bordel enfin !<br />
– Monsieur calmez vous…<br />
– JE SUIS TRÈS CALME ! JE VEUX SAVOIR POURQUOI CES GAMINS ME DISENT QUE JE NE SUIS PAS PRÉSIDENT !<br />
– Oh monsieur alors il y’a un malentendu ! » dit Trix « vous êtes le président : choisi par le peuple et tout »<br />
<br />
Bradshaw  tourna lentement la tête vers la jeune fille. Il sentait bien qu’un « mais » allait changer la donne.<br />
<br />
« Vous êtes tout à fait légitime rassurez vous : mais c’est juste votre poste qui ne l’est pas »<br />
<br />
Sammy Jo assena un regard assassin à Trix tout en mimant du bout des lèvres les mots « ferme là ! »<br />
<br />
« Monsieur le Président ? » demanda la jeune fille aux cheveux bleus « Et si je vous faisais faire le tour du propriétaire ? hein ? ça serait sympa comme tout ? juste vous et moi ?<br />
– Euh… oui d’accord… faites moi un topo jeune fille, mais n’essayez pas de m’embrouiller hein !<br />
– Non non pas de souci monsieur. De toute façon je penses que là on est déjà bien niveau embrouille donc ça serait inutile d’essayer d’en rajouter une couche hein ? »<br />
<br />
La blague de Sammy Jo fit un flop, mais la jeune fille, toujours souriante et positive, ne se démonta pas et commença la visite, toujours en tenant le bras de Bradshaw.<br />
<br />
Elle lui fit parcourir le loft, expliquant que c’était le lieu de travail et de résidence des membres du bureau 404 (ou plus simplement des « 404 » comme ils s’appelaient entre eux). Depuis cet endroit, ils avait la charge pendant un mandat de 2 ans de s’occuper d’un peu tout, et ce dans la plus grande discrétion. Bradshaw tiqua :<br />
<br />
« Attendez ? un mandat de 2 ans vous dites ?<br />
– Oui, c’est un job stressant, plus ça serait usant. Et puis on vit non stop dans le bunker, c’est pas une vie.<br />
– Mais comment vous êtes élu ?<br />
<br />
– Vote en ligne<br />
– Mais par qui ?<br />
– Bah par la population !<br />
– Mais… comment ça se fait que je n’en ai jamais entendu parler… ni moi ni personne que je connais !<br />
– Ah mais ça c’est parce qu’on fait hyper gaffe monsieur ! En fait, une partie de notre boulot c’est de vous faire croire que c’est vous qui avez le contrôle<br />
– Vous plaisantez ?<br />
– Non non c’est très sérieux : en fait à l’origine du projet 404, y’avait une bande de geek… attention je vous parles des geek a l’ancienne hein ? pas des mecs un peu cool comme dans The Big Bang Theory… bref une bande de geek s’était rendu compte qu’en fait tout le pouvoir était concentré dans les machines et le réseau. Bah oui vous vous rendez compte : le marché mondiale est en ligne, l’argent est virtuel, et le plus fort secteur économique des pays développé c’était les loisirs avec les jeux vidéo et le cinéma en tête. Du coup, ils se sont dit « hey ! et si on prenait vraiment les commandes ? » enfin je sais pas s’ils ont vraiment dit ça vous voyez… mais ça serait typiquement le genre de chose qu’ils auraient put dire vous voyez ? hein ? »<br />
<br />
Bradshaw commençait à avoir les nerfs en pelote et la tête sur le point d’exploser.<br />
<br />
« Enfin bref, cette bande elle parle de son idée à d’autre gens sur le réseau et ces gens là en font autant et ainsi de suite, et en même pas 3 semaines, tout l’internet underground ne parle plus que de ça. Alors au bout d’un moment, ils mettent au point un grand projet dont le but serait de contrôler le pays plus ouvertement…<br />
– Un coup d’état ?<br />
– Mais non ! vous avez vu des soldats envahir la Maison Blanche ? non non c’était vachement plus soft leur idée !<br />
– Mais c’était quoi alors ?<br />
– Bah c’était nous : le bureau 404. Via les réseaux et les groupes d’influences en ligne, on contrôle tout, mais pour finaliser le boulot, il nous fallait un gars dans les sphères politiques pour leur faire croire que tout ça c’était normal. Et c’est là que le rôle de Président devient cruciale !<br />
– Mais c’est complétement dingue ! et ça dure depuis combien de temps votre truc ?<br />
<br />
– Le jour de la sortie de « La menace fantôme » au cinéma. Ce jour là les geeks avaient grave les nerfs et ils se sont saouler pour oublier… et c’est pas à vous que je vais apprendre ce que ça donne de se mettre minable hein ?<br />
– Mais… pourquoi vous dites ça ?<br />
– Ah zut je vous ait pas dit ? on à votre dossier de la NSA… je crois que c’est Starbeam qui le garde… ou Trix ? enfin bon : c’est pas grave, toujours est il que j’ai apprit pour l’histoire a Daytona pendant le…<br />
– Oui bah c’était une erreur de jeunesse !<br />
– Oh mais vous fachez pas : nous aussi on à quelques casseroles rassurez vous. Et puis sans déc : qui ne péterait pas un câble après un jerrican de téquilla ? »<br />
<br />
Bradshaw était à bout.<br />
<br />
« Mais c’est impossible enfin ! Je refuse de croire que depuis 15 ans le monde est sous la coupe de petit branleur de geek qui décide du destin de l’Amérique depuis un appartement repiqué dans une sitcom !<br />
– Hey ! parlez pas comme ça du loft hein ! c’est chez nous ici et la déco elle nous plait ! non mais dites donc ! est ce que je vous fait des remarques sur les tapisseries super moche que votre femme à choisie pour son bureau ? non : je respecte les goûts de chacun alors soyez chou et faites pareil ! »<br />
<br />
Le président fût étonné par le ton virulent de Sammy Jo qui tranchait radicalement avec son apparence de mignonne petite fée. Il reprit son calme et s’excusa :<br />
<br />
« Ecoutez Sammy Jo… je me suis emporté excusez moi. Mais enfin c’est quand même hallucinant que ça ait put se faire sous notre nez sans qu’on s’en appercoive ?<br />
– quand vous dites « on » vous pensez a tous les richards dans votre genre qui pensent détenir l’avenir du monde entre leur main ?<br />
– Euh oui<br />
– Bah en fait c’est pas compliqué de vous berner : vous êtes infoutu de faire les choses par vous mêmes. En fait il à suffit qu’on vous donne les bonnes informations et vous avez tout gobé. La crise en 2008 par exemple, c’était pour vous foutre la trouille : c’est nous qui avont créer la bulle spéculative en donnant de faux renseignement aux agences de courtages<br />
<br />
– Mais vous êtes inconcientes ! vous vous rendez compte des milliers de vies brisé par cette crise ?<br />
– Et bim : vous avez marché à ça aussi ! le truc c’est que le marché financier c’est du vent : c’est nous qui activons les valeurs à notre guise ! l’argent existe même pas !<br />
– Enfin c’est…<br />
<br />
– Oui c’est dingue, ça fait à peut près 30 fois que vous le répétez vous devenez lassant monsieur »<br />
<br />
Le président se passa la main sur le visage en esperant qu’il allait se réveiller de ce cauchemard<br />
<br />
« Mais le terrorisme ? c’est vous aussi le terrorisme ? le 11 septembre et tout le toutim ?<br />
– Révisez votre timing mon grand : on avait à peine commencé à l’époque, donc malheureusement ça c’était une vraie attaque. Ceci dit quand on les à chopper ces petits fumiers…<br />
– Comment ça ?<br />
<br />
– Bah ceux qui avaient organisé le truc on les avait dans le collimateur depuis un bail : c’était des extermistes Irakien qui n’avaient pas supporter l’histoire des « Midichlorien ». Même si je trouve aussi que c’était un truc tout pourri, ça méritait pas de faire un tel carnage.<br />
– Attendez le 11 septembre c’était des terroristes geek ?<br />
– Non, c’était des vrais fou de Dieu… sauf que leur patron ce sont fait passer pour des mollah… un peu comme nous on fait quand on manipule les gars de la navy en se faisant passer pour des conseillers de la Maison Blanche…<br />
– QUOI ? vous manipulez mon armée ?<br />
– Notre armée monsieur. L’armée du peuple. Mais vous inquietez pas on les envois jamais se faire trouer la peau.<br />
– Mais tout les morts qu’on annonce partout ?<br />
– Je vous rêpete que c’est nous qui organisons ça, comme tout le reste ! Le monde que vous pensez connaitre n’existe pas : le pays tout entier vous donne le change pour vous maintenir dans l’illusion que vous êtes les patrons mais… bah en fait c’est pas vrai ! »<br />
<br />
Choqué, Bradshaw s’étala sur le grand sofa à mémoire de forme de la partie salon du loft. Compatissante, Sammy Jo s’asseya à coté de lui et passa son bras autour de lui.<br />
<br />
« Aller, courage, ça va passer vous verrez : d’ici une heure je parie qu’on en rigole…<br />
– Tous les efforts, tous les sacrifices que j’ai fait pour être président… et vous m’apprenez que je ne sers à rien… que les institutions auquel je crois ne servent à rien…<br />
– Mais non voyons ! comprenez nous : notre but n’est pas de nous moquez de vous. Au contraire, on est là pour vous mettre sur la bonne voie !<br />
– Comment ça ?<br />
– Et bien c’est simple : si on vous laissait face à la réalité… bah désolé de le dire mais vous seriez totalement inutile. Ca sert à quoi un homme politique lorsque tout ce controle via des machines et des experts métier spécifiques à chaque branche ?<br />
– A… A rien ?<br />
– Bah oui monsieur le président. Vous servez à rien. Mais on vous aimes bien quand même. Parce que vous voir vous battre pour le pouvoir, les idées, l’économie… c’est mieux qu’une télé réalité ! Vous les politiques vous êtes notre bonne conscience, ceux qu’on regarde faire n’importe quoi pour ce dire que finalement y’a plus naif que nous dans le monde !<br />
– C’est vrai ?<br />
– Mais oui voyons ! et puis en plus, vous en tant que président vous touchez la timballe ! vous avez le droit de savoir.<br />
– Ah oui d’ailleurs pourquoi vous mettez le président au courant ?<br />
– Bah parce que rien ne vaux un agent infiltré au sommet pour faciliter notre boulot tiens !<br />
– Quoi… vous voulez que ?<br />
– Oui : votre job Président Bradshaw, ça sera nous servir de couverture pour qu’on continue à faire croire aux gens de votre milieu que tout ce qui se passe est décidé par votre gouvernement. C’est un rôle sympa vous verrez. En plus on à prévu des tas de trucs supers pour votre mandat !<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah déjà on en à pas mal parlé avec les copains, et on se dit qu’il serait temps d’arreter avec la vente libre des armes<br />
– Impossible ! et que faites vous du…<br />
– Oui oui oui le second amendement… non mais toutes façon ça veut rien dire : y’a plus une seule arme réel dans le pays depuis 2005. Tous les morts par fusillade ou autre c’est des coups qu’on organise pour faire comprendre que c’est pas bien et que vous décidiez par vous même de voter une loi contre ça.<br />
– Y’a jamais eut de massacre à Columbine ?<br />
– Révisez vos dates encore une fois : c’était quelle année Columbine ?<br />
– Avril 99 ?<br />
– Excellent ! vous êtes bon dites donc !<br />
– J’avais bossé le sujet à fond pour la campagne<br />
– Pas bête. Enfin tout ça pour dire que ça aussi malheureusement c’était vrai. Par contre depuis, et bien notre politique de désarmement à eut un effet radicale sur les meutres et les violences conjugale. Ceci dit moi je pense que c’est AUSSI parce qu’on à légalisé le canabis.<br />
– Vous n’avez pas fait une telle bétise ? la drogue c’est mal voyons !<br />
– Tout comme le tabac et l’alcool si vous vous en enfiler des camions entier par semaine. Mais à petite dose ? »<br />
<br />
Bradshaw se leva et prit une grande respiration. Il contempla le loft, et notamment le « wall of honor » où étaient affiché ce qu’il devina comme les portraits de tous les « 404 » qui s’étaient succéder au fil des ans. Sammy Jo fit de même :<br />
<br />
« Bientôt nous aussi on aura nos têtes la dessus vous savez… et vous aussi !<br />
– Moi ?<br />
– Bah ouais : vous faites parti de l’équipe monsieur le Président »<br />
<br />
Ce dernier resta rêveur. Est ce que cette réalité était si différente de celle qu’il connaissait ? est ce qu’il ne préferait pas savoir que le monde s’occupait très bien de lui même sans les politiques et leur magouille ? n’était il pas délicieusement ironique qu’un systeme pensant tenir les renes du pouvoir en controlant l’opinion public étaient en fait une bande de nigaud eux même manipuler pour que le monde puisse être en paix ?<br />
<br />
« Dites moi Sammy Jo ? le monde est-il en paix du coup ?<br />
– Pas vraiment monsieur : c’est vrai que le bureau 404 à fait pas mal pour que ça se calme dans le pays, mais nos relations avec les autres bureaux est parfois compliqué<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah si on prend les voisins, Canada, Mexique… c’est plutôt cool. On à la même langue, plus ou moins la même culture<br />
– Les mexicains parlent anglais ?<br />
– Euh… en fait non, c’est plutôt le contraire. D’ailleurs ça serait bien de vous mettre à l’espagnol. Shinobi pourra vous donner des cours si vous voulez ? c’est un super pédagogue.<br />
– Ah… d’accord. Et sinon pour les autres pays vous disiez ?<br />
– Hein ? Ha oui : bah l’europe c’est cool aussi. On est bien pote avec les francais. Ils sont sympa, et eux qu’est ce qu’ils se foutent de la gueule de leur politique ! vous pouvez pas savoir la chance que vous avez ici !<br />
– Ah bon ?<br />
– Là bas ils vont tellement loin qu’ils font croire depuis quelques années qu’il y’a un clivage sociale, du coup les politiques la bas sont en permanence sur les nerfs parce qu’ils craignent des représailles à chaque fois qu’ils parlent. Mais bon faut dire que c’est un peu des connards leurs politiques, donc ils n’ont pas tord de leur mener la vie dure.<br />
– Et la russie ? parlez moi des russes ?<br />
– Ils sont un peu dans leur coin. Vu que c’est tous des hackers de haut niveau ils se disputent sans arrêt le pouvoir, c’est un merdier pas possible. Le peuple s’en fou un peu donc ça reste gérable. Sinon dans le genre chiant vous avez les chinois. Eux c’est bien simple ils veulent se faire passer pour des petites victimes mais en réalité c’est des gros gros reloux sous pretexte qu’ils produisent 80% des biens de consommation.<br />
– Comme en vrai quoi ?<br />
– Euh… oui enfin votre vrai à vous quoi. Bref on est tout le temps en train de négocier pour qu’ils nous maintiennent des prix décents.<br />
– Ah c’était ça l’histoire de tout à l’heure ?<br />
– Exact. Ils exigent d’avoir l’air cool dans les films, en échange de quoi on à des tarifs négocié. Je vous explique pas la galère pour faire croire aux directeurs de major que la chine c’est un bon plan ! »<br />
<br />
Le président Bradshaw s’était finalement calmé. Il était même amusé par ce que lui avait raconté Sammy Jo. Le monde était finalement un terrain de jeu plus intéressant qu’il ne l’aurait réver dans ses rêves les plus fous. Et puis au moins, le peuple était heureux.<br />
<br />
Tandis que Sammy Jo continuait à lui expliquer comment fonctionnait le bureau, Trix et Starbeam arrivèrent à toute jambe :<br />
<br />
« Sammy ! gros souci : on à une opération counter qui se prépare ! » dit la jeune gothique<br />
– Non mais vous vous foutez de moi ? on en à déjà fait une y’a 2 semaines à peine !<br />
– L’irak remet ça… » répondit Starbeam<br />
<br />
– Oh non pas eux… est ce qu’au moins ils ont corriger leur lag imput ? parce que je te préviens il est hors de question qu’on mette en jeu le prix du brut s’ils sont pas foutu d’avoir un ping raisonnable !<br />
– Ils ont négocié un débit fibre avec la Jordanie pour rerouter les paquets en priorité pour le match.<br />
– Et ils veulent jouer quoi ?<br />
– Bah terro forcément<br />
– Pfff ils font chier ! ils savent pas qu’on vient d’élire un Président et qu’ici il est 15h ?<br />
– On va pas les envoyer paitre quand même  »<br />
<br />
Sammy Jo machouilla nerveusement une mèche de ses cheveux bleus tandis qu’elle réfléchissait.<br />
<br />
« Bon okey on y va : mais on fait un best of 5 hein ? j’ai pas envie d’y passer la journée !<br />
– Sammy Jo ? » demanda Bradshaw « qu’est ce qui se passe ?<br />
– Oh c’est rien monsieur le président : l’irak veut nous défier à Counter Strike pour avoir le droit d’augmenter les tarifs du pétrole. Notre team est au top vous inquietez pas : ils s’entrainent toute la semaine pour être les meilleurs des meilleurs… comme les Navy Seals tiens !<br />
– On joue le prix du brut au jeu vidéo ?<br />
– Vous préfériez quand c’était négocié en envoyant des types se faire tuer en vrai comme pendant la 1er guerre du golfe ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
Les 404 avaient amené le Président avec eux pour assister à l’affrontement dans la partie du bunker aménager pour ce genre de situation. C’était une salle d’un des batiments annexes éclairé par des néons bleus et où 6 geek en uniforme se livrait à une bataille sans merci sous les ordres d’un gradé qui leur hurlait des ordres :<br />
<br />
« ScreamMaster ! recharge bordel ou l’ennemi va te faire un deuxieme trou du cul ! et toi MadMaXX ? tu dors ou quoi ? va me déloger ce campeur de son point de snipe et fissa ! BORDEL DarkNaruto666 je peux savoir ce que tu branles à essayer de wall jump alors que tu peux faire le tour par la droite ? »<br />
<br />
Un écran géant permettait aux 404 de suivre la partie.<br />
<br />
« Purée c’est chaud ! » dit Shinobi « on prend trop de kill pour rien !<br />
– Cette map est pas à notre avantage, elle offre trop d’option aux terro ! expliqua Starbeam<br />
– Aux qui ? » demanda Bradshaw<br />
– Aux terro… les terroristes quoi » expliqua Trix « nous on est les counter et on doit les stopper avant qu’ils posent des bombes. Mais ces petits fumier utilisent le terrain à leurs avantage. »<br />
<br />
Bradshaw observa la scene. Il avait déjà vu ça quelque part.<br />
<br />
Soudain il eut un déclic.<br />
<br />
« Il faut qu’un de vos gars se place sur le char qui sert de décor devant l’entrée de la médina ! » dit il d’un ton tout ce qu’il y’a de plus présidentiel<br />
– Il va se faire descendre ! » dit Starbeam « et en plus il sera trop loin pour faire des kills !<br />
– Non, parce qu’il y’a un bug d’affichage : une partie de ce tank est modélisé de travers et du coup la hitbox de votre gars sera couverte : les terro s’acharneront à le canarder, et à ce moment nos gars pourront organiser la contre attaque sur des cibles trop occuper à tirer.<br />
– Comment vous savez qu’ils vont pas comprendre le truc et se tirer ?<br />
– Parce que je sais comment ils pensent… je les ai déjà affronté !<br />
– Sans déconner ? » demanda Sammy Jo « j’ai vu nul part sur votre dossier que vous êtiez gamer ?<br />
– Pas moi, mais Terry mon fils. Je lui avait promis que s’il avait un A à son controle d’histoire, on se ferait une nuit de jeu vidéo. C’est là qu’il m’a apprit la technique du tank et ô combien les terro sont acharné dans leur optique de tuer à tout prix leur ennemi !<br />
– Génial ! Hey commandant ? » dit Trix aux coordinateurs de l’équipe counter « vous avez entendu ? alors suivez le plan du président compris ? après tout… c’est le chef des armés non ? »<br />
<br />
Aussitôt dit aussitôt fait, la tactique de Bradshaw fut mise en place avec un incroyable succès. Les counter reverserent la tendance, et galvaniser par la victoire, ils finirent par coller un 20 à 13 aux terroristes.<br />
<br />
La victoire américaine allait permettre de maintenir le prix du baril de brut sous les 100 dollars, et surtout de préserver l’honneur du bureau 404.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il allait être bientôt 17h, et le Président devait remonter faire acte de présence à la maison blanche. Il serra virilement les mains de Starbeam et de Shinobi, et enlaça amicalement Trix et Sammy Jo.<br />
<br />
« Merci les enfants : grâce à vous le pays est entre de bonne main. J’espère que j’aurai l’occasion de vous avoir à dîner un de ses soirs ? après tout nous sommes voisin !<br />
– Moi je dis pas non ! » répondit Shinobi avec entrain<br />
– Toi tu dis jamais non à de la bouffe gratos ! » titilla Trix<br />
<br />
Les 4 compères saluèrent le président tandis que l’ascenseur le ramenait lui et Scott vers la surface. Et tandis que le décor du bunker disparaissait, Bradshaw eut une sentiment étrange. Lorsqu’il regarda dehors, lorsqu’il vit le monde autour de lui, il n’eut plus l’impression d’être un privilégier entouré de naif, mais au contraire d’être un naïf parqué dans une réserve naturelle ou les privilégiés l’observait lui et les siens avec un mélange de bienveillance et d’amusement.<br />
<br />
Cette pensé le fit sourire.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[*[CORRECTION A VENIR]*<br />
<br />
**Les maîtres de l’univers**<br />
<br />
« Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis »<br />
<br />
La fanfare commença à jouer « Ruffle and flourish » quatre fois de suite comme le voulait la tradition, puis l’hymne présidentiel, « Hail to the chief ». Aussitôt après, les obusiers du district militaire de Washington tirèrent 21 coups de canon.<br />
<br />
Encore la tradition.<br />
<br />
John Bradshaw aimait ces moments solennels. Ils étaient le ciment du pays, et faisaient sa grandeur. Il tenait donc à commencer son mandat en respectant ces valeurs, à la fois pour plaire à son électorat Républicain mais aussi pour montrer à ses opposants qu’il respecterait la grande histoire des états unis.<br />
<br />
Le nouveau président fit son discours d’investiture avec force et passion. Remerciant Dieu, il demanda à tous les américains de rester unis dans les épreuves, et prêta le serment d’allégeance en demandant à la foule de l’imiter. Si la plupart des observateurs étrangers trouvèrent la manœuvre démagogique, les journalistes américains apprécièrent ce symbole simple mais fort de l’affirmation du président.<br />
<br />
Son épouse Amanda, qui se tenait toujours près de lui, serra sa main. Envahi par l’émotion et la fierté de voir son mari atteindre le sommet du pouvoir, elle ne put retenir une petite larme. John savait que le rôle de first lady serait aussi une lourde tache, mais qu’Amanda n’hésiterait pas à s’investir à 200 % dans sa mission. Ils en avaient longuement parler, et le jeu en valait la chandelle. Il la prit dans ses bras, elle lui susurra qu’il l’aimait. Les photographes ne manquèrent pas mitrailler la scène : elle serait l’une des plus marquante de son mandat.<br />
<br />
Après le déjeuner avec le Congrès, le président remonta Pensylvania avenue jusqu’à la Maison Blanche. La foule en liesse l’acclamait, scandait son slogan « No compromise ! » et brandissait d’immense pancarte à son effigie et aux couleurs du parti républicain.<br />
<br />
C’était un moment fort pour Bradshaw, celui qu’il avait attendu toute sa vie, celui pour lequelle il n’avait ménagé ni effort ni sacrifice. Sans trop savoir pourquoi, il repensa a cette biographie de Lincoln qu’il avait lu à la fac de droit, et à la forte impression que lui avait laissé le vieux Abraham.<br />
<br />
Il était au sommet du pouvoir, dirigeant de la première puissance mondiale… maitre de l’univers !<br />
<br />
Dans la foule, que des sourires, que des messages d’affection, d’admiration. Bradshaw savait que ça n’allait pas durer, et que le pays n’aimait son président que pendant les premières 72h de son mandat. Au delà, ça serait les galères, les crises à gérer, les scandales à étouffer. Il savoura d’autant plus ce moment de grâce qu’il le savait éphémère.<br />
<br />
Il arriva aux portes de la Maison Blanche où il avait déjà commencé à s’installer suite son élection en fin d’année passé. La sécurité format un cordon pour retenir la foule et filtrer la presse, puis referma les grilles de la plus célèbre adresse de Pensylvania avenue.<br />
<br />
« POTUS est au nid » annonça le chef de la sécurité à ses équipes qui passèrent en mode de sécurité 3 (sécurité statique). Bradshaw en entendant ce message sur les canaux radio ne put s’empecher de sourire : c’était lui POTUS : Président Of The United States, et il était maintenant couvé et protégé comme un objet précieux dont on assurait à grand frais la sécurité.<br />
<br />
Il songea alors à nouveau à Lincoln, et se demanda ce qui sera arrivé s’il avait lui aussi à l’époque bénéficier d’une sécurité digne de ce nom.<br />
<br />
Le garde du corps du président, Scott Waldorf, tira ce dernier de sa rêverie :<br />
<br />
« Monsieur le Président, nous avons un point important à faire pour valider votre prise de fonction<br />
– Allons bon ? encore ! il me semblait avoir vu tout le monde pourtant ?<br />
– C’est… interne monsieur<br />
– Ah je vois : interne à la Maison Blanche. Laissez moi deviner, petit discours au staff ?<br />
<br />
– Pas tout à fait monsieur. Mais suivez moi, ça sera plus clair une fois la bas. »<br />
<br />
Bradshaw acquieça et emboita le pas à Scott. Il fit signe de la main à Amanda qui elle était conduite vers l’aile Est où lui seraient montrés les bureaux de la first lady, et elle lui répondit en lui soufflant un baiser.<br />
<br />
A la surprise du président, Scott le conduisit vers le parc, et plus précisément vers la piscine.<br />
<br />
« Euh Scott… j’imagine que ce n’est pas un bizutage où vous aller me balancer tout habillé à la flotte ?<br />
– Monsieur le Président, jamais je ne ferai quelque chose d’aussi puéril voyons. On y est presque rassurez vous.<br />
– Non mais attendez ça suffit : on va où là ? »<br />
<br />
Scott regarda autour de lui pour s’assurer qu’aucune oreille indiscrète ne traînait, notamment celle d’un journaliste.<br />
<br />
« Nous allons dans le bunker… » répondit le garde du corps sybilin.<br />
<br />
Bradshaw soupira de soulagement : évidement qu’il fallait montrer au Président les endroits secrets de la Maison Blanche !<br />
<br />
L’entrée du Bunker se trouvait dans le cabanon d’environ 60m² qui jouxtait la piscine et reconnaissable à son toit couvert de panneaux solaire. Dissimulé dans une armoire fermant avec une clé (qui en fait s’ouvrait en plaçant la main sur un panneau d’analyse digitale couplé à une reconnaissance vocale) c’était tout simplement un escalier menant à un sous sol. Dans ce dernier, un ascenseur high-tech doté d’une large cabine, attendait sagement qu’on le sollicite.<br />
<br />
Le garde du corps du Président entra le premier et invita son illustre protéger à le suivre. Les portes en verre blindés se refermèrent dans un bruit de coussin d’air et Scott dit à haute voix : « bureau 404 ». Aussitôt une voix de synthèse authentifia l’agent de sécurité et confirma l’ordre ce qui mit l’ascenseur en marche.<br />
<br />
A grande vitesse, la cabine s’enfonça dans le sol, faisant défiler sur les premiers mètres un paysage de béton. Et puis soudain, apparut sous les yeux de Bradshaw un spectacle étonnant : un gigantesque hangar dont la hauteur sous plafond devait être de presque 25m.<br />
<br />
« Bordel ! » jura le Président « C’est une installation secret défense pas vrai ?<br />
– Tout à fait monsieur : ce sont les locaux du bureau 404<br />
– Sécurité intérieur ?<br />
– En partie monsieur<br />
– Contre espionnage ?<br />
– hum… un peu monsieur<br />
– Mais c’est quoi leur job ?<br />
– Désolé monsieur je ne suis pas habilité à vous donner cette information<br />
– Je suis le Président Scott : je vous habilite à me répondre<br />
– Non je veux dire que je n’ai pas un niveau d’accréditation qui me permette de savoir exactement ce que fait le bureau 404<br />
– Mais enfin c’est n’importe quoi ! vous êtes assigné à ma sécurité… bon écoutez Scott, c’est pas grave, je verrai avec le responsable de ce service pour qu’il vous donne une habilitation. Vous le méritez bien mon ami » répondit Bradshaw en donnant une tape amicale sur l’épaule de Scott.<br />
<br />
L’ascenseur arrêta enfin sa course. L’intérieur du bunker était à l’image des bases secrètes tel qu’on pouvait les voir dans les films : d’immense édifices sous terrains, avec des couloirs qui se perdent dans des pans de cavernes, des petites voiturettes qui circulent et bien sur des techniciens et des gardes qui vont en viennent pour assurer leurs taches.<br />
<br />
Bradshaw jubilait. Il se doutait bien qu’une chose de ce genre existait, mais de la voir, d’y être et de sentir qu’il faisait partie d’une partie infime de privilégier qui pouvait s’en vanter, ça n’avait pas de prix. Scott l’invita à nouveau à le suivre et le conduisit a travers les couloirs labyrinthique du bunker.<br />
<br />
« C’est fou ! comment ils ont put installer un truc pareil sous la Maison Blanche !<br />
– Ils sont parti d’une cavité existante et on procédé à l’aménagement via un tunnel qui ressort de l’autre côté de Washington Monsieur. C’était plus discret.<br />
– Je suis admiratif Scott… notre Nation est vraiment la plus glorieuse qui soit pour réussir de tel prodige.<br />
– Sans doute monsieur » répondit poliment Scott.<br />
<br />
Le président et son garde du corps arrivèrent enfin à destination : une énorme porte blindée qui semblait être celle d’un coffre fort, et sur laquelle était écrit « Bureau 404 ». Scott pressa un bouton sur l’intercom situé à droite de la porte et attendit. après une dizaine de seconde, l’écran s’alluma, laissa apparaître une jeune fille d’une vingtaine d’année aux cheveux… bleus<br />
<br />
« Allo ? Oh Scott ! vous nous l’avez amené, c’est super ! attendez je vous ouvre !<br />
– C’est qui ? » demanda Bradshaw tandis que la porte s’ouvrait en faisant craquer ses joints métallique.<br />
<br />
Scott ne répondit pas. La porte s’ouvrit complètement et le Président vit la chose la plus inattendu qui soit, si incongru qu’il manqua de vaciller de surprise.<br />
<br />
Il se trouvait face à un grand loft de pas loin de 300m² décoré comme une boutique de bande dessiné. Poster de super héros sur les murs, figurines de manga dans des vitrines, consoles de jeu rétro et pile de cartouche entassé dans un coin de la pièce…<br />
<br />
Bradshaw lança un regard à Scott dans l’espoir d’avoir une réponse, mais ce dernier resta muet et se contenta d’un geste de la main à inviter le président à rentrer. A l’intérieur du loft, ses habitants s’étaient visiblement passer le mot et tous arrivèrent pour se présenter.<br />
<br />
Ils étaient 4 : la jeune fille aux cheveux bleus, une autre jeune fille un peu plus âgé toute vêtue de noir et maquillé comme un membre du groupe Kiss, un petit intello à lunette rondouillard avec un gros gobelet de soda à la main, et pour finir un hispanique habillé comme un hipster avec une tablette informatique à la main.<br />
<br />
« Monsieur le Président » dit Scott « permettez moi de vous présenter les membres actuels du bureau 404<br />
<br />
– Euh… Bonjour les jeunes : je suis ravi de vous rencontrer ! j’espère que vous avez votez pour moi ! en tout cas même si ce n’est pas le cas sachez que moi j’ai une totale confiance en vous pour… euh… bon écoutez je ne vais pas vous mentir je n’ai pas la moindre d’idée de ce que vous faites ici ! vous êtes quoi ? une sorte de version présidentiel de 21 Jump Street ?<br />
– Vous connaissez Jump Street ? demanda l’hispanique surpris<br />
– Hey, qu’est ce que tu crois fils : je suis peut être un vieux pour toi, mais je connais les bonnes séries<br />
– Série ? Oh excusez moi, moi je parlais du film : vous vous devez faire allusion à la très vieille série télé c’est ça ?<br />
– Shinobi ! arrête de dire ça : tu vois pas que tu mets le Président mal à l’aise ? » dit la jeune fille aux cheveux bleus « Excusez le monsieur : dès qu’on parle de film ou de jeu vidéo il devient insupportable… Oh mais je suis confuse je manque vraiment de savoir vivre ! Je me présente je suis Sammy Jo, elle c’est Trix, vous connaissez déjà Shinobi, et lui c’est StarBeam. Pour faire simple, on est les dirigeants de ce pays »<br />
<br />
Bradshaw  espérait toujours que quelqu’un sortirait de derrière un des canapés pour dire « surprise ! »<br />
<br />
« Ecoutes ma petite, le dirigeant de ce pays c’est moi, et vous êtes très sympathique mais là j’ai l’impression que vous me faites perdre mon temps ! »<br />
<br />
Sammy Jo lança un regard désemparé vers ses camarades qui n’en menaient pas plus large.<br />
<br />
« Je… je suis désolé monsieur le président. Raaaah je savais que j’aurais dû mieux préparer mon speech ! vous allez voir c’est très simple en fait… Trix aide moi ! »<br />
<br />
La jeune gothique soupira<br />
<br />
« Ce que cette pauvre Sammy Jo essaye de vous dire avec sa finesse habituelle qui fait qu’on comprend jamais rien, c’est que le vrai pouvoir c’est ici et que votre job c’est juste notre couverture.<br />
– Han ! comment t’es rude Trix ! regarde sa tête il nous prend pour des dingos !<br />
– Mais non, c’est juste qu’il accuse le coup c’est normal. Laisse lui 5min il va assimiler l’idée et ça ira mieux »<br />
<br />
Bradshaw accusait effectivement le coup. Il secoua la tête de déni et retourna à la charge :<br />
<br />
« Je suis en politique depuis plus de 25 ans jeunes gens, et je connais les institutions de ce pays mieux que personne : les décisions sont prise par l’équipe du Président… ET C’EST MOI LE PRÉSIDENT !<br />
– Trix ! » dit Starbeam paniqué « je crois qu’il s’énerve là ! fait quelque chose !<br />
– La ferme… » répondit la jeune gothique « Il est au 2eme stade de l’acceptation : la colère. Tu va voir que dans 30 secondes il marchande et qu’après une petite crise de larme il sera calmé<br />
– Arrêtez de parler comme s’il était pas là enfin ! » dit Sammy Jo tout en prenant le bras du Président « Je suis désolé monsieur Bradshaw : parfois Trix est un peu rude. Mais quand on la connais c’est vraiment une chic fille<br />
– Bah toi tu devrais être un peu plus rude justement ! tout n’est pas rose dans la vie ! répondit Trix<br />
– Justement ! dans ce genre de cas il vaut mieux avoir une attitude plus positive non ?<br />
– Grrrrhh… tu m’énerves Sammy. Bon de toute façon j’ai pas que ça à faire : les mecs c’est qui de vous deux qui s’occupe de la conférence sur le commerce ?<br />
– C’est moi ! » dit Starbeam entre deux gorgées de soda « Par contre les gars de chine sont très clair : aucune promo à espérer sur les prochains Iphones avant l’année prochaine<br />
– Ah ouais ? bah répond leur de ma part que s’ils veulent voir un nouveau Star Wars avant la prochaine ère glacière ils ont intérêt à nous le faire ce rabais ! »<br />
<br />
Le Président était médusé. A son bras, Sammy Jo lui adressait un très charmant sourire sans doute pour essayer de le rassurer. Il lui fit relâcher son étreinte et presque groggy, il se jeta sur Scott, agrippant par les épaules.<br />
<br />
« Scott ! C’est quoi ce bordel enfin !<br />
– Monsieur calmez vous…<br />
– JE SUIS TRÈS CALME ! JE VEUX SAVOIR POURQUOI CES GAMINS ME DISENT QUE JE NE SUIS PAS PRÉSIDENT !<br />
– Oh monsieur alors il y’a un malentendu ! » dit Trix « vous êtes le président : choisi par le peuple et tout »<br />
<br />
Bradshaw  tourna lentement la tête vers la jeune fille. Il sentait bien qu’un « mais » allait changer la donne.<br />
<br />
« Vous êtes tout à fait légitime rassurez vous : mais c’est juste votre poste qui ne l’est pas »<br />
<br />
Sammy Jo assena un regard assassin à Trix tout en mimant du bout des lèvres les mots « ferme là ! »<br />
<br />
« Monsieur le Président ? » demanda la jeune fille aux cheveux bleus « Et si je vous faisais faire le tour du propriétaire ? hein ? ça serait sympa comme tout ? juste vous et moi ?<br />
– Euh… oui d’accord… faites moi un topo jeune fille, mais n’essayez pas de m’embrouiller hein !<br />
– Non non pas de souci monsieur. De toute façon je penses que là on est déjà bien niveau embrouille donc ça serait inutile d’essayer d’en rajouter une couche hein ? »<br />
<br />
La blague de Sammy Jo fit un flop, mais la jeune fille, toujours souriante et positive, ne se démonta pas et commença la visite, toujours en tenant le bras de Bradshaw.<br />
<br />
Elle lui fit parcourir le loft, expliquant que c’était le lieu de travail et de résidence des membres du bureau 404 (ou plus simplement des « 404 » comme ils s’appelaient entre eux). Depuis cet endroit, ils avait la charge pendant un mandat de 2 ans de s’occuper d’un peu tout, et ce dans la plus grande discrétion. Bradshaw tiqua :<br />
<br />
« Attendez ? un mandat de 2 ans vous dites ?<br />
– Oui, c’est un job stressant, plus ça serait usant. Et puis on vit non stop dans le bunker, c’est pas une vie.<br />
– Mais comment vous êtes élu ?<br />
<br />
– Vote en ligne<br />
– Mais par qui ?<br />
– Bah par la population !<br />
– Mais… comment ça se fait que je n’en ai jamais entendu parler… ni moi ni personne que je connais !<br />
– Ah mais ça c’est parce qu’on fait hyper gaffe monsieur ! En fait, une partie de notre boulot c’est de vous faire croire que c’est vous qui avez le contrôle<br />
– Vous plaisantez ?<br />
– Non non c’est très sérieux : en fait à l’origine du projet 404, y’avait une bande de geek… attention je vous parles des geek a l’ancienne hein ? pas des mecs un peu cool comme dans The Big Bang Theory… bref une bande de geek s’était rendu compte qu’en fait tout le pouvoir était concentré dans les machines et le réseau. Bah oui vous vous rendez compte : le marché mondiale est en ligne, l’argent est virtuel, et le plus fort secteur économique des pays développé c’était les loisirs avec les jeux vidéo et le cinéma en tête. Du coup, ils se sont dit « hey ! et si on prenait vraiment les commandes ? » enfin je sais pas s’ils ont vraiment dit ça vous voyez… mais ça serait typiquement le genre de chose qu’ils auraient put dire vous voyez ? hein ? »<br />
<br />
Bradshaw commençait à avoir les nerfs en pelote et la tête sur le point d’exploser.<br />
<br />
« Enfin bref, cette bande elle parle de son idée à d’autre gens sur le réseau et ces gens là en font autant et ainsi de suite, et en même pas 3 semaines, tout l’internet underground ne parle plus que de ça. Alors au bout d’un moment, ils mettent au point un grand projet dont le but serait de contrôler le pays plus ouvertement…<br />
– Un coup d’état ?<br />
– Mais non ! vous avez vu des soldats envahir la Maison Blanche ? non non c’était vachement plus soft leur idée !<br />
– Mais c’était quoi alors ?<br />
– Bah c’était nous : le bureau 404. Via les réseaux et les groupes d’influences en ligne, on contrôle tout, mais pour finaliser le boulot, il nous fallait un gars dans les sphères politiques pour leur faire croire que tout ça c’était normal. Et c’est là que le rôle de Président devient cruciale !<br />
– Mais c’est complétement dingue ! et ça dure depuis combien de temps votre truc ?<br />
<br />
– Le jour de la sortie de « La menace fantôme » au cinéma. Ce jour là les geeks avaient grave les nerfs et ils se sont saouler pour oublier… et c’est pas à vous que je vais apprendre ce que ça donne de se mettre minable hein ?<br />
– Mais… pourquoi vous dites ça ?<br />
– Ah zut je vous ait pas dit ? on à votre dossier de la NSA… je crois que c’est Starbeam qui le garde… ou Trix ? enfin bon : c’est pas grave, toujours est il que j’ai apprit pour l’histoire a Daytona pendant le…<br />
– Oui bah c’était une erreur de jeunesse !<br />
– Oh mais vous fachez pas : nous aussi on à quelques casseroles rassurez vous. Et puis sans déc : qui ne péterait pas un câble après un jerrican de téquilla ? »<br />
<br />
Bradshaw était à bout.<br />
<br />
« Mais c’est impossible enfin ! Je refuse de croire que depuis 15 ans le monde est sous la coupe de petit branleur de geek qui décide du destin de l’Amérique depuis un appartement repiqué dans une sitcom !<br />
– Hey ! parlez pas comme ça du loft hein ! c’est chez nous ici et la déco elle nous plait ! non mais dites donc ! est ce que je vous fait des remarques sur les tapisseries super moche que votre femme à choisie pour son bureau ? non : je respecte les goûts de chacun alors soyez chou et faites pareil ! »<br />
<br />
Le président fût étonné par le ton virulent de Sammy Jo qui tranchait radicalement avec son apparence de mignonne petite fée. Il reprit son calme et s’excusa :<br />
<br />
« Ecoutez Sammy Jo… je me suis emporté excusez moi. Mais enfin c’est quand même hallucinant que ça ait put se faire sous notre nez sans qu’on s’en appercoive ?<br />
– quand vous dites « on » vous pensez a tous les richards dans votre genre qui pensent détenir l’avenir du monde entre leur main ?<br />
– Euh oui<br />
– Bah en fait c’est pas compliqué de vous berner : vous êtes infoutu de faire les choses par vous mêmes. En fait il à suffit qu’on vous donne les bonnes informations et vous avez tout gobé. La crise en 2008 par exemple, c’était pour vous foutre la trouille : c’est nous qui avont créer la bulle spéculative en donnant de faux renseignement aux agences de courtages<br />
<br />
– Mais vous êtes inconcientes ! vous vous rendez compte des milliers de vies brisé par cette crise ?<br />
– Et bim : vous avez marché à ça aussi ! le truc c’est que le marché financier c’est du vent : c’est nous qui activons les valeurs à notre guise ! l’argent existe même pas !<br />
– Enfin c’est…<br />
<br />
– Oui c’est dingue, ça fait à peut près 30 fois que vous le répétez vous devenez lassant monsieur »<br />
<br />
Le président se passa la main sur le visage en esperant qu’il allait se réveiller de ce cauchemard<br />
<br />
« Mais le terrorisme ? c’est vous aussi le terrorisme ? le 11 septembre et tout le toutim ?<br />
– Révisez votre timing mon grand : on avait à peine commencé à l’époque, donc malheureusement ça c’était une vraie attaque. Ceci dit quand on les à chopper ces petits fumiers…<br />
– Comment ça ?<br />
<br />
– Bah ceux qui avaient organisé le truc on les avait dans le collimateur depuis un bail : c’était des extermistes Irakien qui n’avaient pas supporter l’histoire des « Midichlorien ». Même si je trouve aussi que c’était un truc tout pourri, ça méritait pas de faire un tel carnage.<br />
– Attendez le 11 septembre c’était des terroristes geek ?<br />
– Non, c’était des vrais fou de Dieu… sauf que leur patron ce sont fait passer pour des mollah… un peu comme nous on fait quand on manipule les gars de la navy en se faisant passer pour des conseillers de la Maison Blanche…<br />
– QUOI ? vous manipulez mon armée ?<br />
– Notre armée monsieur. L’armée du peuple. Mais vous inquietez pas on les envois jamais se faire trouer la peau.<br />
– Mais tout les morts qu’on annonce partout ?<br />
– Je vous rêpete que c’est nous qui organisons ça, comme tout le reste ! Le monde que vous pensez connaitre n’existe pas : le pays tout entier vous donne le change pour vous maintenir dans l’illusion que vous êtes les patrons mais… bah en fait c’est pas vrai ! »<br />
<br />
Choqué, Bradshaw s’étala sur le grand sofa à mémoire de forme de la partie salon du loft. Compatissante, Sammy Jo s’asseya à coté de lui et passa son bras autour de lui.<br />
<br />
« Aller, courage, ça va passer vous verrez : d’ici une heure je parie qu’on en rigole…<br />
– Tous les efforts, tous les sacrifices que j’ai fait pour être président… et vous m’apprenez que je ne sers à rien… que les institutions auquel je crois ne servent à rien…<br />
– Mais non voyons ! comprenez nous : notre but n’est pas de nous moquez de vous. Au contraire, on est là pour vous mettre sur la bonne voie !<br />
– Comment ça ?<br />
– Et bien c’est simple : si on vous laissait face à la réalité… bah désolé de le dire mais vous seriez totalement inutile. Ca sert à quoi un homme politique lorsque tout ce controle via des machines et des experts métier spécifiques à chaque branche ?<br />
– A… A rien ?<br />
– Bah oui monsieur le président. Vous servez à rien. Mais on vous aimes bien quand même. Parce que vous voir vous battre pour le pouvoir, les idées, l’économie… c’est mieux qu’une télé réalité ! Vous les politiques vous êtes notre bonne conscience, ceux qu’on regarde faire n’importe quoi pour ce dire que finalement y’a plus naif que nous dans le monde !<br />
– C’est vrai ?<br />
– Mais oui voyons ! et puis en plus, vous en tant que président vous touchez la timballe ! vous avez le droit de savoir.<br />
– Ah oui d’ailleurs pourquoi vous mettez le président au courant ?<br />
– Bah parce que rien ne vaux un agent infiltré au sommet pour faciliter notre boulot tiens !<br />
– Quoi… vous voulez que ?<br />
– Oui : votre job Président Bradshaw, ça sera nous servir de couverture pour qu’on continue à faire croire aux gens de votre milieu que tout ce qui se passe est décidé par votre gouvernement. C’est un rôle sympa vous verrez. En plus on à prévu des tas de trucs supers pour votre mandat !<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah déjà on en à pas mal parlé avec les copains, et on se dit qu’il serait temps d’arreter avec la vente libre des armes<br />
– Impossible ! et que faites vous du…<br />
– Oui oui oui le second amendement… non mais toutes façon ça veut rien dire : y’a plus une seule arme réel dans le pays depuis 2005. Tous les morts par fusillade ou autre c’est des coups qu’on organise pour faire comprendre que c’est pas bien et que vous décidiez par vous même de voter une loi contre ça.<br />
– Y’a jamais eut de massacre à Columbine ?<br />
– Révisez vos dates encore une fois : c’était quelle année Columbine ?<br />
– Avril 99 ?<br />
– Excellent ! vous êtes bon dites donc !<br />
– J’avais bossé le sujet à fond pour la campagne<br />
– Pas bête. Enfin tout ça pour dire que ça aussi malheureusement c’était vrai. Par contre depuis, et bien notre politique de désarmement à eut un effet radicale sur les meutres et les violences conjugale. Ceci dit moi je pense que c’est AUSSI parce qu’on à légalisé le canabis.<br />
– Vous n’avez pas fait une telle bétise ? la drogue c’est mal voyons !<br />
– Tout comme le tabac et l’alcool si vous vous en enfiler des camions entier par semaine. Mais à petite dose ? »<br />
<br />
Bradshaw se leva et prit une grande respiration. Il contempla le loft, et notamment le « wall of honor » où étaient affiché ce qu’il devina comme les portraits de tous les « 404 » qui s’étaient succéder au fil des ans. Sammy Jo fit de même :<br />
<br />
« Bientôt nous aussi on aura nos têtes la dessus vous savez… et vous aussi !<br />
– Moi ?<br />
– Bah ouais : vous faites parti de l’équipe monsieur le Président »<br />
<br />
Ce dernier resta rêveur. Est ce que cette réalité était si différente de celle qu’il connaissait ? est ce qu’il ne préferait pas savoir que le monde s’occupait très bien de lui même sans les politiques et leur magouille ? n’était il pas délicieusement ironique qu’un systeme pensant tenir les renes du pouvoir en controlant l’opinion public étaient en fait une bande de nigaud eux même manipuler pour que le monde puisse être en paix ?<br />
<br />
« Dites moi Sammy Jo ? le monde est-il en paix du coup ?<br />
– Pas vraiment monsieur : c’est vrai que le bureau 404 à fait pas mal pour que ça se calme dans le pays, mais nos relations avec les autres bureaux est parfois compliqué<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah si on prend les voisins, Canada, Mexique… c’est plutôt cool. On à la même langue, plus ou moins la même culture<br />
– Les mexicains parlent anglais ?<br />
– Euh… en fait non, c’est plutôt le contraire. D’ailleurs ça serait bien de vous mettre à l’espagnol. Shinobi pourra vous donner des cours si vous voulez ? c’est un super pédagogue.<br />
– Ah… d’accord. Et sinon pour les autres pays vous disiez ?<br />
– Hein ? Ha oui : bah l’europe c’est cool aussi. On est bien pote avec les francais. Ils sont sympa, et eux qu’est ce qu’ils se foutent de la gueule de leur politique ! vous pouvez pas savoir la chance que vous avez ici !<br />
– Ah bon ?<br />
– Là bas ils vont tellement loin qu’ils font croire depuis quelques années qu’il y’a un clivage sociale, du coup les politiques la bas sont en permanence sur les nerfs parce qu’ils craignent des représailles à chaque fois qu’ils parlent. Mais bon faut dire que c’est un peu des connards leurs politiques, donc ils n’ont pas tord de leur mener la vie dure.<br />
– Et la russie ? parlez moi des russes ?<br />
– Ils sont un peu dans leur coin. Vu que c’est tous des hackers de haut niveau ils se disputent sans arrêt le pouvoir, c’est un merdier pas possible. Le peuple s’en fou un peu donc ça reste gérable. Sinon dans le genre chiant vous avez les chinois. Eux c’est bien simple ils veulent se faire passer pour des petites victimes mais en réalité c’est des gros gros reloux sous pretexte qu’ils produisent 80% des biens de consommation.<br />
– Comme en vrai quoi ?<br />
– Euh… oui enfin votre vrai à vous quoi. Bref on est tout le temps en train de négocier pour qu’ils nous maintiennent des prix décents.<br />
– Ah c’était ça l’histoire de tout à l’heure ?<br />
– Exact. Ils exigent d’avoir l’air cool dans les films, en échange de quoi on à des tarifs négocié. Je vous explique pas la galère pour faire croire aux directeurs de major que la chine c’est un bon plan ! »<br />
<br />
Le président Bradshaw s’était finalement calmé. Il était même amusé par ce que lui avait raconté Sammy Jo. Le monde était finalement un terrain de jeu plus intéressant qu’il ne l’aurait réver dans ses rêves les plus fous. Et puis au moins, le peuple était heureux.<br />
<br />
Tandis que Sammy Jo continuait à lui expliquer comment fonctionnait le bureau, Trix et Starbeam arrivèrent à toute jambe :<br />
<br />
« Sammy ! gros souci : on à une opération counter qui se prépare ! » dit la jeune gothique<br />
– Non mais vous vous foutez de moi ? on en à déjà fait une y’a 2 semaines à peine !<br />
– L’irak remet ça… » répondit Starbeam<br />
<br />
– Oh non pas eux… est ce qu’au moins ils ont corriger leur lag imput ? parce que je te préviens il est hors de question qu’on mette en jeu le prix du brut s’ils sont pas foutu d’avoir un ping raisonnable !<br />
– Ils ont négocié un débit fibre avec la Jordanie pour rerouter les paquets en priorité pour le match.<br />
– Et ils veulent jouer quoi ?<br />
– Bah terro forcément<br />
– Pfff ils font chier ! ils savent pas qu’on vient d’élire un Président et qu’ici il est 15h ?<br />
– On va pas les envoyer paitre quand même  »<br />
<br />
Sammy Jo machouilla nerveusement une mèche de ses cheveux bleus tandis qu’elle réfléchissait.<br />
<br />
« Bon okey on y va : mais on fait un best of 5 hein ? j’ai pas envie d’y passer la journée !<br />
– Sammy Jo ? » demanda Bradshaw « qu’est ce qui se passe ?<br />
– Oh c’est rien monsieur le président : l’irak veut nous défier à Counter Strike pour avoir le droit d’augmenter les tarifs du pétrole. Notre team est au top vous inquietez pas : ils s’entrainent toute la semaine pour être les meilleurs des meilleurs… comme les Navy Seals tiens !<br />
– On joue le prix du brut au jeu vidéo ?<br />
– Vous préfériez quand c’était négocié en envoyant des types se faire tuer en vrai comme pendant la 1er guerre du golfe ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
Les 404 avaient amené le Président avec eux pour assister à l’affrontement dans la partie du bunker aménager pour ce genre de situation. C’était une salle d’un des batiments annexes éclairé par des néons bleus et où 6 geek en uniforme se livrait à une bataille sans merci sous les ordres d’un gradé qui leur hurlait des ordres :<br />
<br />
« ScreamMaster ! recharge bordel ou l’ennemi va te faire un deuxieme trou du cul ! et toi MadMaXX ? tu dors ou quoi ? va me déloger ce campeur de son point de snipe et fissa ! BORDEL DarkNaruto666 je peux savoir ce que tu branles à essayer de wall jump alors que tu peux faire le tour par la droite ? »<br />
<br />
Un écran géant permettait aux 404 de suivre la partie.<br />
<br />
« Purée c’est chaud ! » dit Shinobi « on prend trop de kill pour rien !<br />
– Cette map est pas à notre avantage, elle offre trop d’option aux terro ! expliqua Starbeam<br />
– Aux qui ? » demanda Bradshaw<br />
– Aux terro… les terroristes quoi » expliqua Trix « nous on est les counter et on doit les stopper avant qu’ils posent des bombes. Mais ces petits fumier utilisent le terrain à leurs avantage. »<br />
<br />
Bradshaw observa la scene. Il avait déjà vu ça quelque part.<br />
<br />
Soudain il eut un déclic.<br />
<br />
« Il faut qu’un de vos gars se place sur le char qui sert de décor devant l’entrée de la médina ! » dit il d’un ton tout ce qu’il y’a de plus présidentiel<br />
– Il va se faire descendre ! » dit Starbeam « et en plus il sera trop loin pour faire des kills !<br />
– Non, parce qu’il y’a un bug d’affichage : une partie de ce tank est modélisé de travers et du coup la hitbox de votre gars sera couverte : les terro s’acharneront à le canarder, et à ce moment nos gars pourront organiser la contre attaque sur des cibles trop occuper à tirer.<br />
– Comment vous savez qu’ils vont pas comprendre le truc et se tirer ?<br />
– Parce que je sais comment ils pensent… je les ai déjà affronté !<br />
– Sans déconner ? » demanda Sammy Jo « j’ai vu nul part sur votre dossier que vous êtiez gamer ?<br />
– Pas moi, mais Terry mon fils. Je lui avait promis que s’il avait un A à son controle d’histoire, on se ferait une nuit de jeu vidéo. C’est là qu’il m’a apprit la technique du tank et ô combien les terro sont acharné dans leur optique de tuer à tout prix leur ennemi !<br />
– Génial ! Hey commandant ? » dit Trix aux coordinateurs de l’équipe counter « vous avez entendu ? alors suivez le plan du président compris ? après tout… c’est le chef des armés non ? »<br />
<br />
Aussitôt dit aussitôt fait, la tactique de Bradshaw fut mise en place avec un incroyable succès. Les counter reverserent la tendance, et galvaniser par la victoire, ils finirent par coller un 20 à 13 aux terroristes.<br />
<br />
La victoire américaine allait permettre de maintenir le prix du baril de brut sous les 100 dollars, et surtout de préserver l’honneur du bureau 404.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il allait être bientôt 17h, et le Président devait remonter faire acte de présence à la maison blanche. Il serra virilement les mains de Starbeam et de Shinobi, et enlaça amicalement Trix et Sammy Jo.<br />
<br />
« Merci les enfants : grâce à vous le pays est entre de bonne main. J’espère que j’aurai l’occasion de vous avoir à dîner un de ses soirs ? après tout nous sommes voisin !<br />
– Moi je dis pas non ! » répondit Shinobi avec entrain<br />
– Toi tu dis jamais non à de la bouffe gratos ! » titilla Trix<br />
<br />
Les 4 compères saluèrent le président tandis que l’ascenseur le ramenait lui et Scott vers la surface. Et tandis que le décor du bunker disparaissait, Bradshaw eut une sentiment étrange. Lorsqu’il regarda dehors, lorsqu’il vit le monde autour de lui, il n’eut plus l’impression d’être un privilégier entouré de naif, mais au contraire d’être un naïf parqué dans une réserve naturelle ou les privilégiés l’observait lui et les siens avec un mélange de bienveillance et d’amusement.<br />
<br />
Cette pensé le fit sourire.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[*[CORRECTION A VENIR]*

**Les maîtres de l’univers**

« Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis »

La fanfare commença à jouer « Ruffle and flourish » quatre fois de suite comme le voulait la tradition, puis l’hymne présidentiel, « Hail to the chief ». Aussitôt après, les obusiers du district militaire de Washington tirèrent 21 coups de canon.

Encore la tradition.

John Bradshaw aimait ces moments solennels. Ils étaient le ciment du pays, et faisaient sa grandeur. Il tenait donc à commencer son mandat en respectant ces valeurs, à la fois pour plaire à son électorat Républicain mais aussi pour montrer à ses opposants qu’il respecterait la grande histoire des états unis.

Le nouveau président fit son discours d’investiture avec force et passion. Remerciant Dieu, il demanda à tous les américains de rester unis dans les épreuves, et prêta le serment d’allégeance en demandant à la foule de l’imiter. Si la plupart des observateurs étrangers trouvèrent la manœuvre démagogique, les journalistes américains apprécièrent ce symbole simple mais fort de l’affirmation du président.

Son épouse Amanda, qui se tenait toujours près de lui, serra sa main. Envahi par l’émotion et la fierté de voir son mari atteindre le sommet du pouvoir, elle ne put retenir une petite larme. John savait que le rôle de first lady serait aussi une lourde tache, mais qu’Amanda n’hésiterait pas à s’investir à 200 % dans sa mission. Ils en avaient longuement parler, et le jeu en valait la chandelle. Il la prit dans ses bras, elle lui susurra qu’il l’aimait. Les photographes ne manquèrent pas mitrailler la scène : elle serait l’une des plus marquante de son mandat.

Après le déjeuner avec le Congrès, le président remonta Pensylvania avenue jusqu’à la Maison Blanche. La foule en liesse l’acclamait, scandait son slogan « No compromise ! » et brandissait d’immense pancarte à son effigie et aux couleurs du parti républicain.

C’était un moment fort pour Bradshaw, celui qu’il avait attendu toute sa vie, celui pour lequelle il n’avait ménagé ni effort ni sacrifice. Sans trop savoir pourquoi, il repensa a cette biographie de Lincoln qu’il avait lu à la fac de droit, et à la forte impression que lui avait laissé le vieux Abraham.

Il était au sommet du pouvoir, dirigeant de la première puissance mondiale… maitre de l’univers !

Dans la foule, que des sourires, que des messages d’affection, d’admiration. Bradshaw savait que ça n’allait pas durer, et que le pays n’aimait son président que pendant les premières 72h de son mandat. Au delà, ça serait les galères, les crises à gérer, les scandales à étouffer. Il savoura d’autant plus ce moment de grâce qu’il le savait éphémère.

Il arriva aux portes de la Maison Blanche où il avait déjà commencé à s’installer suite son élection en fin d’année passé. La sécurité format un cordon pour retenir la foule et filtrer la presse, puis referma les grilles de la plus célèbre adresse de Pensylvania avenue.

« POTUS est au nid » annonça le chef de la sécurité à ses équipes qui passèrent en mode de sécurité 3 (sécurité statique). Bradshaw en entendant ce message sur les canaux radio ne put s’empecher de sourire : c’était lui POTUS : Président Of The United States, et il était maintenant couvé et protégé comme un objet précieux dont on assurait à grand frais la sécurité.

Il songea alors à nouveau à Lincoln, et se demanda ce qui sera arrivé s’il avait lui aussi à l’époque bénéficier d’une sécurité digne de ce nom.

Le garde du corps du président, Scott Waldorf, tira ce dernier de sa rêverie :

« Monsieur le Président, nous avons un point important à faire pour]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 07 Dec 2015 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-12-07T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
            <itunes:duration>29:09</itunes:duration>
        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 19 : Stormbreaker #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep19/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Stormbreaker**<br />
<br />
16 Mars 1925, dans les environs de Witchita Falls<br />
<br />
Cela faisait 2 jours qu’il pleuvait sans discontinuer et que le ciel se lézardait d’éclairs menaçants. Les habitants étaient sur le qui-vive, guettant l’arrivée imminente des tornades en écoutant la radio. Les épiceries alentours avaient été dévalisées, chacun ayant fait le plein de vivres pour parer à toutes éventualités. Les maçons et les menuisiers travaillaient d’arrache-pied pour consolider les maisons et réparer ce qui pouvait l’être afin de pouvoir résister aux vents violents qui se préparaient.<br />
<br />
A la radio, les messages officiels étaient inquiétants, et on parlait de ce qui serait sans doute « l’orage du siècle » : les fronts d’air froids et secs venant du nord allaient rencontrer ceux chauds et humides venant du Mexique dans des proportions jamais encore atteintes. Certains météorologues parlaient d’un véritable « Fléau de Dieu » qui s’abattrait sur les impies.<br />
<br />
Ce genre de propos apocalyptiques n’étaient pas de ceux qui faisaient reculer Lady Valentine, Baronne d’Harford. Assise depuis des heures sur une pesante chaise en bois massif, elle rédigeait inlassablement de savant calcul, faisant et refaisant encore et encore les mêmes équations afin de les valider. Fatiguée par cet intense exercice, elle se leva et fit quelques pas dans la pièce tout en étirant ses bras noués et en étirant sa nuque raidie par l’effort.<br />
<br />
Elle observa l’orage par la fenêtre, comptant les secondes entre les éclairs et le tonnerre. Elle multiplia ce nombre par 3, obtenant approximativement la distance en kilomètre entre sa position et l’éclair, ce qui permettait d’estimer simplement si l’orage s’approchait ou s’éloignait.<br />
<br />
« Ca ne sera pas pour ce soir… » dit-elle à voix basse comme pour elle-même.<br />
<br />
Lassée de ses calculs, Lady Valentine se rendit vers l’atelier qui jouxtait la maison par la porte mitoyenne reliant les deux édifices. Elle y retrouva Mycroft, son majordome ainsi que Charly, jeune garçon de 9 ans dont elle était la tutrice, en train travailler sur un bien étrange engin.<br />
<br />
6 énormes cuves de cuivre étaient reliées par de larges conduites à ce qui ressemblait à une horloge (du moins pour ce qui est des rouages car il n’y avait pas de cadran) fusionnée à une motrice de locomotive. Le jeune Charly s’activait autour de la machinerie, tournant des valves et surveillant des manomètres qui contrôlaient la pression. A intervalle régulier, il faisait signe du bras à Mycroft tout en désignant une des cuves. Le majordome tirait alors sur une manette situé sur le côté de la cuve désigné par le jeune garçon, ce qui provoquait un fort sifflement, ainsi que des tremblements dans toute la tuyauterie. Toujours lorsque Charly faisait signe, Mycroft remontait la manette en tirant de toutes ses forces. Le bruit s’arrêtait, et le jeune garçon recommençait ses manipulations.<br />
<br />
Lady Valentine observa la scène sans rien dire. Elle était admirative devant le génie du jeune garçon et la maîtrise dont il faisait preuve dans une opération aussi complexe. Il n’en restait pas moins un enfant dont les yeux étaient brillants d’émerveillement face à l’immense mécanisme qu’il manipulait.<br />
<br />
« Mycroft ! » hurla-t-il pour passer le bruit assourdissant de la machinerie « Nous allons pouvoir passer à l’étape finale, êtes-vous prêt ?<br />
– Quand tu veux petit ! » dit-il avec son inimitable accent irlandais<br />
<br />
Charly réajusta sa large casquette à petit carreaux gris, empoigna une manette fermement, et leva son autre bras pour faire signe à Mycroft. Ce dernier de son côté grimpa sur une petite plateforme se trouvant au point de connexion des 6 cuves, et empoigna un large levier circulaire d’au moins 40cm de diamètre.<br />
<br />
Le jeune garçon scrutait les manomètres, attendant que l’aiguille atteigne le marqueur rouge.<br />
<br />
« 3500 PSI ! » hurla Charly « On y est presque ! »<br />
<br />
Lentement mais surement, l’aiguille continuait de grimper tandis que la force de la pression qui s’exerçait sur la structure et qui ne cessait d’augmenter faisait grincer les boulons d’acier et les plaques de cuivres.<br />
<br />
« 3800 ! »<br />
<br />
Toute la structure se mit à trembler sous l’effort. Les crissements des raccords métalliques devenaient de plus en plus forts. L’aiguille passa la barre des 3900 PSI et s’approcha dangereusement du seuil fatal.<br />
<br />
Charly retint son souffle. Il laissa l’aiguille grimper encore jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux crans avant les 4000 PSI et baissa le bras tout en tirant la manette vers le bas :<br />
<br />
« MAINTENANT ! » hurla-t-il à Mycroft.<br />
<br />
Ce dernier commença à tourner le levier de la plateforme ce qui libéra la pression qui s’engouffra jusqu’à la machinerie. L’énergie libérée fût si forte qu’une des canalisations s’entrouvrit, relâchant un jet de vapeur brûlante. Mycroft bondit sur l’établit de l’atelier et attrapa une pièce de cuivre arrondie munie d’une poignée qu’il plaqua sur la brèche, poussant de toute ses forces pour maintenir la pression.<br />
<br />
Après quelques minutes, les vibrations et les sifflements cessèrent.<br />
<br />
Charly regarda les compteurs de pression dont toutes les aiguilles étaient retombées à zéro. Toutes sauf une…<br />
<br />
« Ça marche… CA MARCHE !!! On a réussi Mycroft ! Venez voir ! »<br />
<br />
L’élégant majordome soupira : l’enthousiasme du jeune garçon était motivant, mais difficile à suivre. Lady Valentine s’approcha elle aussi, et tous deux observèrent le cadran flexible que Charly tourna vers eux :<br />
<br />
« Le point de régulation est parfait ! » dit-il avec expertise « La Matrice de Convection est chargée et prête à fonctionner ! »<br />
<br />
Charly pressa sur un bouton ce qui fit se décaler une partie de la machinerie, révélant un pupitre. Sur ce dernier, se trouvait une sphère d’acier blanc munie de deux poignées entourées de bandelette de cuir brun et d’une valve sur le dessus.<br />
<br />
« On va pouvoir l’installer sur le Lancelot… » dit Lady Valentine avec une pointe de soulagement dans la voix.<br />
<br />
***<br />
<br />
17 Mars 1925<br />
9h00<br />
<br />
La nuit avait été courte pour Lady Valentine et Charly car ils avaient passé des heures à tester la Matrice de Convection et à s’assurer de sa stabilité. Terrassé par la fatigue, ils s’étaient endormis dans l’atelier. Mycroft les avait portés jusqu’à leurs lits avant de faire un peu de ménage. Souffrant d’un mal étrange, le majordome ne dormait jamais plus de 3h, et mettait à profit la nuit pour s’assurer que la maison était en ordre.<br />
<br />
Le trio s’était installé ici au début de l’hiver 1924. Lady Valentine avait acheté la bâtisse pour une bouché de pain et y avait fait installer l’atelier pour ses recherches. Mycroft et le jeune Charly lui faisaient office de main d’œuvre, bien que ce fût surtout le jeune garçon qui se montra le plus assidue à cette tâche.<br />
<br />
Fils d’un éminent ingénieur, Charles « Charly » Simon Heisenberg, avait dès son plus jeune âge été bercé par le bruit des valves et les coups de clé à molette. A la mort de son père dans un terrible accident, il fût recueilli par la baronne qui se sentait un devoir de prendre soin de lui et pour cause : son mari avait péri dans le même accident.<br />
<br />
Elle même versé dans les sciences, bien que cela fusse jugé cocasse pour une femme, elle s’adonnait plus particulièrement aux mathématiques appliquée, domaine qu’elle partagea volontiers avec le jeune garçon. Extrêmement doué, il s’avéra rapidement capable d’en remontrer à la baronne, d’autant plus qu’il s’était découvert un talent pour le bricolage et la mécanique en général ce qui lui donnait l’occasion de mettre en application ses idées.<br />
<br />
Mycroft pour sa part avait beaucoup d’affection pour le jeune garçon. Il le voyait comme le petit frère qu’il n’avait jamais eu, et faisait son possible pour être un exemple à ses yeux et en lui enseignant ce qu’il estimait être la « bonne » façon d’être un homme. Charly lui vouait une admiration sans borne, imitant notamment ses tics de langage typiquement irlandais.<br />
<br />
Ses corvées finies, le majordome sorti un instant dehors fumer une cigarette. Assit sur la balancelle installé sous une tonnelle à droite de la terrasse, il regarda le ciel pluvieux à travers lequel essayaient de poindre quelques éclats de soleil. Les forces de la nature l’avaient toujours fasciné, exerçant sur lui un mélange de crainte et de respect. Son regard se porta alors vers la grange solidement cadenassé ou le Lancelot attendait son heure.<br />
<br />
Comment Lady Valentine pouvait espérer qu’une telle machine puisse fonctionner ?<br />
<br />
Il tira une bouffé qu’il laissa s’envoler doucement, observant les mouvements des circonvolutions et leur ballet bleutés tout en repensant au passé…<br />
<br />
En 1915 lord Harford, brillant ingénieur, s’était rendu à San Francisco pour représenter le Royaume-Uni lors de l’exposition universelle. Il rencontra là-bas Herschel Heisenberg, un chercheur en météorologie qui avait émigré d’Allemagne pour s’installer aux états unis et avec qui il devint rapidement ami mais surtout collègue. En effet, les deux hommes réalisèrent vite que leurs travaux avaient de multiples points communs. Lord Harford décida donc de quitter l’Angleterre et de s’installer lui aussi aux états unis pour poursuivre ses travaux avec Heisenberg. Une prestigieuse université leur proposa de financer leurs travaux. Lord Harford travailla donc en partie comme enseignant, et c’est ainsi qu’il fit la connaissance de celle qui allait devenir son épouse.<br />
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Fille d’un pasteur, Lady Valentine avait une passion pour la Science. Petite fille, elle avait dévorée les livres de Jules Vernes, ce qui déclencha chez elle une vocation. Ne pouvant entrer dans une université du fait qu’elle était une femme, elle commença par suivre des cours privés qu’elle payait en travaillant comme institutrice. En parallèle, elle adressa de nombreux articles à Physical Review, journal de pointe dans les domaines des mathématiques et de la physique, qui firent grande impression. C’est d’ailleurs suite à la lecture d’un de ses articles que Lord Harford accepta que la jeune femme ait le droit d’étudier à l’université.<br />
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Ils se marièrent à l’automne 1918 et s’installèrent dans le Wisconsin. Avec Heisenberg, ils travaillèrent d’arrachepied pour mettre au point ce qui serait une révolution, un appareil capable de stopper les catastrophes climatiques : le projet Stormbreaker.<br />
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Malheureusement, en 1921, se produisit l’accident qui tua Lord Harford et Heisenberg. Lady Valentine, rescapée miraculeuse du drame, recueillit le jeune fils d’Heisenberg, Charly, dont la mère était morte deux ans auparavant de la polio et se jura de mener à bien le projet Stormbreaker tant qu’il lui resterait un souffle de vie.<br />
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A la fin de l’année 1922, elle reçut une aide inespérée en la personne de Mycroft. Ce dernier avait combattu dans la RAF avec lord Harford et lui devait la vie, aussi lorsqu’il fût informer de la mort de son sauveur, il se fit le devoir de prendre soin de la veuve de celui-ci. Il proposa de se faire passer pour le majordome de Lady Valentine ce qui éviterait les quolibets. Finalement il occupa ce rôle si bien qu’il devint vraiment l’homme à tout faire de la maison.<br />
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Des bruits dans la maison tirèrent Mycroft de sa rêverie. Charly venait de se lever et c’était précipité dans la cuisine, attendant avec impatience son petit déjeuner.<br />
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« Mycrooooft ! Où êtes-vous ? » demanda le jeune garçon.<br />
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Le Majordome tira une dernière bouffé de sa cigarette et d’un geste habile, lança les restes de son mégot à quelques mètres de distance en direction de la route.<br />
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***<br />
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Lady Valentine passa le reste de la matinée a faire des tests sur la Matrice de Convection. Sous le regard curieux de Charly, elle y connecta divers appareils de son invention et constata avec ravissement que les résultats dépassaient ses espérances. La Matrice était capable de fournir de gros volumes d’énergies tout en restant très stable, point crucial pour mener à bien le projet Stormbreaker.<br />
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Il était temps de passer à la mise en pratique.<br />
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Accompagné de Charly et Mycroft, elle se rendit dans la grange où était entreposé la seconde partie du projet : le Lancelot. Ce véhicule lourd avait l’apparence d’un camion qu’on aurait caparaçonné comme un tank. La large cabine comportait une batterie d’instrument de mesure et un équipement radio à la pointe du progrès. L’arrière quant à lui comportait une turbine bien protégée sous le blindage, et la pièce maîtresse de toute l’installation, le fameux Stormbreaker.<br />
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Il s’agissait d’un cylindre d’acier garni d’électro-aimants pouvant se déployer jusqu’à une hauteur de 3 mètres et dont la base était reliée à la turbine. Capable de générer des flux de haute pression, le Stormbreaker avait pour mission de rééquilibrer les masses d’air causant les tornades afin de les neutraliser.<br />
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Du moins en théorie.<br />
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Lady Valentine raccorda la Matrice de Convection à la turbine aidé par Charly dont les petites mains pouvaient facilement manœuvrer dans le dédale de câble et de tuyaux de la machine. L’opération durant une petite demi-heure, et vint enfin le moment fatidique de la mise en marche.<br />
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Mycroft, assit dans la cabine, démarra le moteur dont les 6 cylindres rugirent comme un fauve aux abois. C’est à ce moment-là que Charly tourna la valve d’admission de la Matrice pour injecter une part de son énergie dans l’arbre de transmission via la turbine à laquelle il était relié. A peine eût-il fait cela que la surpuissante énergie accumulée se libéra, procurant un rendement supérieur de 400%<br />
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Le majordome appuya sur la pédale d’accélérateur, et sans effort, l’énorme masse s’anima avec vivacité. La puissance de la Matrice rendait le gigantesque véhicule aussi agile qu’une petite voiture, atout qui serait indispensable dans sa mission. Mycroft fit le tour de la ferme puis s’engagea sur la route sablonneuse : le Lancelot ne montra aucun signe de faiblesse.<br />
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Lady Valentine et Charly retournèrent dans la cabine via une trappe d’accès reliant cette dernière à la remorque. La baronne d’Harford put voir avec ravissement que le couplage de la turbine avec la motorisation d’origine du véhicule faisait parfaitement son office, propulsant le Lancelot à la vitesse phénoménal de 140Km/h<br />
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Elle fût d’autant plus épaté que Mycroft n’avait pas utilisé les 5 crans de vitesse, craignant sans doute de ne pas être capable de maîtriser un véhicule allant si vite. Cependant, l’ancien pilote de l’air montra sang-froid et assurance tandis que le Lancelot filait comme le vent en direction de Dallas.<br />
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Aux anges, Lady Valentine enlaça Charly et Mycroft à la grande frayeur de ce dernier qui, surprit par ce geste d’affection, avait lâché du regard la route pendant une seconde qui aurait pu être fatale.<br />
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En 2h de temps, ce qui était incroyable pour l’époque, ils arrivèrent à Dallas dont les rues étaient emplies de monde portant de lourds sacs de provision. Les habitants se préparaient à subir les terribles orages prévus par la NWS (national weather service, l’agence nationale du climat) et prenaient d’assaut les magasins d’alimentations et les drugstores.<br />
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Notre trio se rendit dans le centre-ville pour consulter les derniers relevés du NWS concernant le front orageux qui s’approchait. Si le Lancelot était prêt à livrer bataille, il fallait lui trouver son adversaire.<br />
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Installé dans une ancienne distillerie rendue caduc par la prohibition, les bureaux de la NWS étaient déjà prêts à subir la foudre des éléments. Les larges fenêtres en bois blanc étaient fermées et bloquée à l’intérieur par des tasseaux de bois glissés dans des fentes en acier visées au mur.<br />
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Lady Valentine se présenta à l’accueil et demanda à consulter les derniers bulletins provenant du nord. Ces derniers, télégraphié par les bureaux de Philadelphie, lui permettrait de mieux anticiper la formation de tornade. L’employé du service du climat lui désigna une copie du bulletin qui venait tout juste d’être tapé à la machine. Il se trouvait affiché sur le tableau des consultations installé sur le mur gauche du hall d’accueil, et qui servait au NWS à diffuser aux populations, et notamment aux agriculteurs, les informations météorologiques importantes.<br />
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Une foule compacte se tenait devant, obligeant Lady Valentine à ruser pour s’approcher :<br />
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« Pardonnez-moi messieurs » dit-elle à la foule constitué exclusivement d’homme « j’aimerai consulter le tableau mais… je n’ose m’approcher de peur d’être balayer dans une bousculade… »<br />
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Les hommes présents s’écartèrent en gentlemen, saluant Lady Valentine de leur chapeau. Elle s’approcha du tableau tout en dispensant quelques remerciements par ci par là, et put enfin consulter l’information qu’elle cherchait. Elle tira de son corsage un petit carnet et de ses cheveux nouées un crayon avec lequel elle nota des données.<br />
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Une fois cela fait, elle se retourna pour repartir, mais se cogna contre un homme massif qui la toisait avec un regard mauvais.<br />
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« Oh… voyez-vous ça : Lady Harford vous êtes en goguette ?<br />
– Professeur Wallace » répondit la baronne « Dire que je suis étonné serait mentir : je suppose que vous êtes là pour la saison des tornades ?<br />
– En effet baronne, mon équipe et moi-même allons révolutionner l’industrie avec le Taranis<br />
– Oh oui, le Taranis : votre monstre mangeur de tornade.<br />
– Le Taranis est bien plus que ça… et il aurait pût l’être bien plus tôt si feu votre mari avait accepté de m’aider dans mes recherches.<br />
– Vous auriez sans doute réussi à le convaincre si vous n’aviez pas sous-entendu que votre invention était en fait une arme…<br />
– Oui, c’est vrai que Lord Harford était comme tous les pilotes d’avions : un lâche ! »<br />
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Lady Valentine gifla le professeur Wallace.<br />
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« Ne vous avisez plus jamais de tenir de tel propos à l’encontre de mon époux ! JAMAIS ! »<br />
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Le professeur senti sur lui les regards plein de dédain des hommes alentours : se faire gifler en public par une femme était une humiliation qu’il ne pouvait supporter. Il leva la main et s’apprêta à frapper la baronne, mais une main ferme lui saisit le poignet avant qu’il n’ait le temps d’agir.<br />
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Mycroft lui saisit le col et le plaqua contre le mur :<br />
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« Vous dites que les pilotes sont des lâches ? Vous voulez vérifier ça ? Pour moi le lâche c’est l’homme qui menace une femme !<br />
– Ah… j’oubliais que Lady Valentine avait toujours son chien irlandais prêt à morde ! »<br />
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La baronne posa sa main sur l’épaule de Mycroft pour l’inviter à se calmer. Ce dernier obtempéra et relâcha sa prise et se dirigea vers la sortie. Lady Valentine lui emboîta le pas  en faisant un grand signe de la main aux hommes présent :<br />
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« Merci messieurs, vous êtes de véritables gentleman : je vous souhaites la bonne journée ! »<br />
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17 Mars 1925<br />
20h<br />
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Après le diner, Lady Valentine retourna à ses calculs. Elle était inquiète car les chiffres du NWS étaient alarmant : 3 fronts allaient converger et créer en de multiples endroits des tornades d’une grande puissance.<br />
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Elle avait confiance dans la technologie du Lancelot et dans le Stormbreaker, mais elle doutait d’elle-même. Serait-elle capable de calculer correctement l’impulsion ? Aurait-elle la lucidité nécessaire pour prendre les bonnes décisions même lorsque des vents de plus 400km/h frapperaient le Lancelot ?<br />
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Tandis qu’elle ruminait ses sombres pensées, Mycroft lui apporta une tasse de café.<br />
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« Vous semblez inquiète madame<br />
– Je… je me sens un peu dépassée : alors qu’on touche au but, j’ai l’impression que je me suis fourvoyée depuis le début.<br />
– Comment ça ?<br />
– Lorsque je reprends mes calculs, je réalise à quel point notre marge d’erreur est faible. Le Stormbreaker doit se trouver quasiment au cœur du vortex, et l’impulsion doit être aligné avec un delta maximal de 4 %.<br />
– Oui mais vous avez justement conçu le Lancelot pour résister à la force du vortex. Quant à la question de l’alignement, je sais que vous serez parfaitement capable le moment venu de le réaliser parfaitement.<br />
– Et si je me trompais ?<br />
– Et si vous aviez raison ? Madame, depuis que je vous connais je ne pense pas une seule fois vous avoir vu vous tromper. Vous êtes une femme brillante, et je suis prêt à le parier sur ma vie »<br />
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Lady Valentine passa sa main sur le bras de Mycroft et lui adressa un regard qui voulait dire merci.<br />
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18 Mars 1925<br />
11h<br />
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La pluie tombait averse depuis l’aube, et la radio confirmait que l’orage était en approche. Dans l’atelier, Lady Valentine attendait, une carte de la région a porté de main que l’inévitable soit annoncé.<br />
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Pour passer le temps, Charly révisait de fond en comble le système de valve de la Matrice de Convection, resserrant les écrous où cela était nécessaire et contrôlant les manomètres jusqu’à en avoir mal aux yeux.<br />
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Mycroft, prévoyant, rangeait dans la soute du Lancelot des vivres, quelques gourdes d’eau ainsi que de quoi camper. La journée allait être agitée, et il valait mieux être paré à toutes éventualités.<br />
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Lorsque la pluie se calma, Lady Valentine senti que le moment était venu. Elle donna à Charly et Mycroft le signal du départ.<br />
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Aux commandes du Lancelot, Mycroft prit la route de Jacksboro. Les estimations de la baronne d’Harford laissait présager que c’était là que la formation de tornade était la plus probable. Se servant de la radio installé à bord, elle prit contact avec le NWS et se fit confirmer qu’un front de basse pression était en train de déferler et qu’il ne tarderait pas à rencontre le front chaud venu du Mexique.<br />
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Poussant le Lancelot à pleine vitesse, le trio mit une heure et demie à atteindre son objectif. Charly regarda par l’une des fenêtres latérales et constata qu’il n’y avait plus âme qui vive dehors. Lady Valentine, les yeux rivés sur ses instruments, semblait morte d’inquiétude.<br />
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« Lady Valentine ? » demanda le jeune garçon « vous croyez que la tornade se formera ici ?<br />
– C’est ce que m’indiquent mes calculs Charly… mais malheureusement il y’a trop de variable impossible à prendre en compte, et nous devons espérer avoir pris la bonne décision<br />
– En tout cas soyez sûr que la Matrice ne vous lâchera pas ! Je l’ai révisé à 100% !<br />
– Merci Charly : j’ai toute confiance en toi »<br />
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La baronne était touchée par la foi indéfectible du garçon. C’était le genre de chose dont elle avait besoin en ce moment.<br />
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Le ronronnement de la radio laissa place à la voix d’un des opérateurs du NWS :<br />
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« On signale une tornade en mouvement près de Lost creek Road, je répète, une tornade est en mouvement près de Lost creek Road en direction de Post Oak Road ! »<br />
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Mycroft et Lady Valentine échangèrent un regard, puis sans avoir besoin de parler se mirent au travail. Tandis que le majordome roulait, la baronne lui indiquait la route avec l’aide d’une carte simplifiée qu’elle avait elle-même tracé.<br />
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Il fallut moins de 10min pour que le Lancelot s’approche assez de la tornade. Charly regarda avec horreur la longue colonne d’air dont le pied de poussière semblait dévorer le sol de ses crocs de vent.<br />
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Le Lancelot coupa a travers champ et fila droit sur sa cible. Lady Valentine et Charly passèrent dans la remorque et mirent en marche le Stormbreaker, puisant dans la turbine la puissance requise. Tandis que le jeune garçon contrôlait la pression, Lady Valentine s’occupait de régler l’intensité de l’impulsion qui serait projetée.<br />
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Au fur et à mesure que le Lancelot approchait de la tornade, le vent frappait ses solides parois d’aciers faisant crépiter dessus les milliers de petit débris qu’il charriait. Ce bruit effraya Charly, mais le regard bienveillant de Lady Valentine le rassura aussitôt. Elle tapa deux fois sur la paroi l’air de dire « regarde comme c’est solide ». En réponse, il fit le V de la victoire avec les doigts.<br />
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Dans la cabine de pilotage, Mycroft luttait pour tenir le cap et résister a la violence du vent qui s’intensifiait. En tant que pilote, il savait que le vent était un ennemi redoutable et que sa force pouvait souffler un lourd avion de combat comme si ce n’était qu’une brindille. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’une telle chose lui arrive sur la terre ferme.<br />
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La tornade continuait à danser en laissant un sillage de destruction sur sa route. Elle passa prêt d’une ferme qu’elle vaporisa en un instant, formant un flot de débris destructeur. Les planches brisées devenaient des projectiles meurtriers qui menaçaient de perforer le Lancelot. Par précaution, Mycroft activa un des nombreux mécanismes installés sur l’engin en tirant un levier ce qui fit glisser une grille de protection sur le pare-brise, le protégeant d’un éventuel impact.<br />
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Lady Valentine observait la situation par les meurtrières installées le long de la remorque, et fût frappé d’effroi : elle aperçut un pan entier de mur tomber sur 3 silhouettes qui étaient en train de courir vers un abri.<br />
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Aussitôt elle pressa le bouton du communicateur interne du Lancelot et ordonna à Mycroft de cesser la poursuite et de se diriger vers la ferme.<br />
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Une fois arrivé, Lady Valentine se précipita dehors pour voir s’il y avait des blessés. Elle entendit des gémissements dans les décombres, mais les débris étaient trop imposants pour être déplacé. Mycroft proposa alors d’utiliser le Lancelot comme outil d’excavation. Pendant près d’une heure, lui et la baronne retirèrent avec minutie les morceaux de la maison pour finalement trouver 3 personnes sévèrement blessé, mais bien vivante.<br />
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Il s’agissait d’un fermier et de sa femme qui étaient sorti  à la recherche de leur fille pour aller la mettre à l’abri. Surpris par la tornade, il n’avait dut leur salut qu’a la présence du Lancelot. Ils furent transporter de toute urgence à l’hôpital de Jacksboroo ou ils furent prit en charge in extremis.<br />
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Mycroft et Lady Valentine étaient soulagé de cette petite victoire sur les éléments, mais aussi un peu amère d’avoir laissé passer une occasion d’utiliser le Stormbreaker. Et si en secourant ces 3 personnes ils avaient laissé la tornade faire encore plus de victime ?<br />
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Mycroft préféra ne pas y penser, estimant qu’il était odieux de mettre en balance des vies humaines.<br />
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Lorsqu’il remonta dans le Lancelot, il remarqua que Charly faisait la tête.<br />
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« Bah alors petit : qu’est ce qui t’arrive ?<br />
– J’ai entendu à la radio que la tornade s’est arrêté à Granite Way<br />
– Et bien c’est une bonne nouvelle non ?<br />
– Non ! C’est les autres qui l’ont eue Mycroft !<br />
– Qui ça les autres ?<br />
– Ceux qui sont avec ce méchant type : Wallace ! C’est son Taranis qui à stopper la tornade »<br />
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Mycroft grimaça. Certes, savoir que l’invention du professeur avait sauvé des vies était une bonne chose, mais il ne pouvait s’empêcher de pester.<br />
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Un peu plus tard, la radio confirma l’information, ne tarissant pas d’éloge sur la formidable machine du professeur Wallace. Pour remonter le moral à ses compagnons, Lady Valentine leur expliqua que la machine de Wallace n’avait eu que très peu d’effet sur la tornade puisque celle-ci était déjà en phase de rupture. Malgré tout Charly restait profondément attristé.<br />
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Il faut dire que le jeune garçon tenait à tout prix a ce que la création de son père, la Matrice de Convection, joue un rôle dans le grand projet de Lady Valentine. Cette dernière promis au jeune garçon que ce n’était que partie remise, car le front de basse pression allait à nouveau créer des tornades et qu’ils auraient l’opportunité de prouver l’efficacité du Stormbreaker.<br />
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18 mars 1925<br />
14h30<br />
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Profitant d’une petite accalmie, les passagers du Lancelot décidèrent de faire une halte à ElizabethTown, puisque la prochaine menace frapperait au nord de cette position près de Coral city.<br />
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Malheureusement, Wallace et son Taranis avaient eu la même idée.<br />
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La machine du professeur Wallace avait beaucoup de similitude avec le Stormbreaker, du moins en apparence. Car si le but de la création de Lady Valentine était de repousser les flux de basse pression pour dissoudre la menace, celui du Taranis était d’absorber tout la force de la tornade et de la convertir énergie puis de la stocker. L’idée était ensuite de renverser l’influx et de le projeter sur un adversaire sous forme d’un souffle surpuissant.<br />
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L’engin de Wallace était installé sur un simple camion, bien moins protégé que le Lancelot, mais il bénéficiait d’une escorte de 4 véhicules, chacun ayant une fonction : logistique, maintenance, éclaireur et station météo mobile.<br />
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Acclamé par la foule, le Taranis accaparait tous les regards.<br />
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Philosophe, Lady Valentine expliqua à ses compagnons que si l’invention de Wallace sauvait des vies, il serait stupide de le lui reprocher. S’ils estimaient qu’il ne méritait pas ses éloges, alors c’était à eux de faire mieux.<br />
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18 mars 1925<br />
16h20<br />
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Une nouvelle alerte se fit entendre à la radio.<br />
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Aussitôt les deux équipes se lancèrent sur la route en direction de Springtown où avait été signalée la tornade.<br />
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A ce petit jeu, le Lancelot n’avait aucun mal pour distancer ses concurrents, mais le véhicule rapide qui servait d’éclaireur à Wallace lui donnait un avantage tactique pour aller dans la bonne direction. De plus, chaque véhicule de son escorte pouvait couvrir du terrain et orienter plus efficacement le Taranis par radio.<br />
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Après quelques détours, le Lancelot se retrouva au milieu du convoi de Wallace. Ce dernier, bien décidé à garder son avance, ordonna aux véhicules de ceinturer le Lancelot pour l’empêcher d’avancer.<br />
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« Madame ! » dit Mycroft « ils nous barrent la route !<br />
– Les imbéciles… tant pis pour eux : Mycroft, utilisez toute la puissance pour forcer le passage ! »<br />
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Le majordome acquiesça, trop content de pouvoir se frotter à Wallace.<br />
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Sur ordre de la baronne, Charly augmenta la sortie de puissance de la Matrice, décuplant ainsi les forces du Lancelot. L’engin prit une soudaine accélération et percuta le véhicule devant lui qui se dressa de plusieurs dizaines de centimètres sous l’impact. Réalisant que le Lancelot était assez puissant pour les balayer, le chauffeur décida de s’écarter.<br />
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Mycroft accéléra à toute vitesse pour rattraper le Taranis.<br />
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« Mais enfin pourquoi vous l’avez laissez passé ! » hurla Wallace à la radio<br />
– Boss : leur engin est un tank ! Il était prêt à nous pulvériser !<br />
– Sombres crétins… je vous paye pour m’obéir ! Arrêtez-les ! S’il le faut percutez les de pleins fouet mais je veux que cette maudite machine soit détruite ! »<br />
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Perplexe mais trop effrayé par leur tyrannique patron, les chauffeurs des véhicules d’escortes se lancèrent à la poursuite du Lancelot.<br />
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Lorsque ce dernier arriva à hauteur du Taranis, Wallace demanda au chauffeur du camion de lui bloquer la route le temps que les autres voitures les rattrapent.<br />
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Dans son rétroviseur, Mycroft remarqua la manœuvre : les chauffeurs allaient tout bonnement se lancer sur eux à pleine vitesse !<br />
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« Accrochez-vous ! » hurla-t-il à l’intention de Lady Valentine et Charly tandis qu’il se préparait lui-même au choc.<br />
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Deux véhicules frappèrent le Lancelot par l’arrière, faisant perdre le contrôle à Mycroft. Un troisième véhicule lui frappa l’engin sur le flanc et le fit tournoyer sur le côté. Finalement, le dernier véhicule frappa l’arrière à nouveau et fit rouler le Lancelot sur le bas-côté.<br />
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un des quatre véhicules s’enflamma et explosa, laissant juste le temps à son pilote de bondir hors de la cabine. Il fût ramassé par un de ses camarades, et tous reprirent la route, abandonnant le Lancelot et son équipage à leur sort.<br />
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Les 3 compagnons avaient heureusement put anticiper le choc, ils étaient donc plus contusionné qu’autre chose. Le Lancelot quant à lui avait résisté à l’embardé grâce à son blindage, mais malheureusement la Matrice de Convection avait subi des dégâts.<br />
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Charly procéda à un diagnostic rapide, et estima qu’il n’était possible que de bénéficier de 30% de la puissance totale. C’était peu mais cela permettrait de garder le Lancelot mobile. Il promit de faire son possible pour réparer la Matrice en roulant.<br />
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Lady Valentine hésita : ce que Charly proposait de faire était terriblement dangereux pour lui. Cependant, le courage et la détermination du jeune garçon lui firent comprendre qu’à ses yeux il en allait de l’honneur de son père que de faire en sorte que la Matrice soit efficace. Partageant le même sentiment concernant l’œuvre de son mari, elle s’inclina et laissa Charly travailler.<br />
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La baronne retourna avec Mycroft dans la cabine et ils se lancèrent à nouveau à la poursuite du Taranis. Lady Valentine chercha sur les ondes radio le signal des émetteurs du convoi, ce qui lui permettrait peut-être d’écouter leurs conversations et reprendre l’avantage.<br />
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En même temps, elle scrutait de temps en temps ses instruments dont les indications la laissaient perplexe.<br />
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Soudain elle comprit.<br />
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Elle balaya les fréquences radio et lança ce message sur tous les canaux :<br />
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« Convoi du Taranis, ici le Lancelot : le front de pression est en train de converger, je répète : le front de pression est en train de converger… Wallace ! C’est une masse double qui se forme, vos engins sont trop léger vous allez vous faire déchiqueter !<br />
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Au bout de quelques instants, une réponse se fit entendre :<br />
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« Tiens… Lady Harford : je dois admettre que votre ingénieur à réaliser un engin prodigieux pour avoir résister à un tel accident. Cependant votre pathétique tentative de me détourner…<br />
– Arrêter un instant de flatter votre égo et écoutez-moi ! Ce qui arrive est la convergence de deux flux, votre engin n’a pas la capacité d’absorber une telle quantité d’énergie ! Si vous ne me croyez pas regardez au moins vos instruments !<br />
– Je dois reconnaître que vous dites vrai… mais sachez-le : le Taranis n’a que faire de la force du flux qu’il affronte : je n’ai pas besoin d’une génératrice, il me suffit de puiser dans la tornade pour disposer de puissance ! »<br />
<br />
Lady Valentine compris que ni Wallace ni ses hommes ne l’écouteraient. Elle coupa la radio, la gorge serrée.<br />
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« Ses hommes vont tous mourir… » dit-elle à Mycroft<br />
– Vous avez fait votre possible madame. Maintenant c’est au ciel de décider de leur destin »<br />
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Le Lancelot arriva enfin près de Springtown en suivant Holbrook road. La tornade avait déjà ravagé un bout de foret, arrachant des arbres et semant des troncs sur la route. Les travaux de Charly avait permis de regagner un peu de puissance, mais il devenait de plus en plus difficile de progresser. De plus, la structure du Lancelot était sans doute atteinte et ne résisterait pas bien longtemps à un tel traitement de choc.<br />
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Mycroft avait repérer la tornade dont la base était encore plus grande que celle de la précédente. Lady Valentine expliqua que c’était en fait la convection de deux flux, un peu comme si deux tornades avaient fusionnées en une seule, décuplant mutuellement leur puissance.<br />
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D’abord hésitante à se lancer dans la bataille, elle demanda à Mycroft de s’approcher du vortex, galvanisé par l’enthousiasme de Charly qui se démenait comme un beau diable pour faire repartir la Matrice.<br />
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Le pilote du Lancelot abaissa la grille de protection, et mit pied au plancher.<br />
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La tornade semblait hurler comme un animal titanesque, crachant des débris en pluie régulière sur le Lancelot. Soudainement, une large masse s’écrasa au sol, obstruant la route.<br />
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C’était la remorque du Taranis.<br />
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Mycroft l’évita de justesse grâce à ses réflexes aiguisés de pilote d’avion. Il ne put s’empêcher d’avoir de la peine pour le convoi de Wallace qui de toute évidence avait été pulvérisé par le monstre de vent.<br />
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Dans la remorque, Lady Valentine effectuait les derniers réglages du Stormbreaker et orienta le générateur d’influx vers la tornade.<br />
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Elle pria les cieux le temps d’une pensée et pressa le bouton qui libéra la charge électromagnétique.<br />
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La tornade fût comme frappé sur son flanc, hurlant de plus belle. Une explosion de débris jaillit de la « plaie » de la bête, faisant s’écraser sur le Lancelot d’autres morceaux d’engin agricole et de bâtiment.<br />
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Malheureusement cela n’avait pas suffi à la terrasser.<br />
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Lady Valentine ordonna à Mycroft de ralentir pour laisser s’éloigner le danger.<br />
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« Nous nous ne pouvons plus rien faire Mycroft… c’est fini<br />
– Mais enfin Lady Valentine ! » dit Charly « on y était presque ! Vous avez vu comment la tornade à vacillée ?<br />
– Peut-être mais en l’état actuel des choses le Lancelot ne tiendra pas le choc et le Stormbreaker n’a pas assez de puissance pour arrêter cette chose ! »<br />
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Le jeune garçon soupira :<br />
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« C’est de ma faute… j’aurais dû mieux positionner l’axe de dispersion… et puis je suis sûr qu’en passant le diamètre des tubes de 3,5 à 3,8 j’aurais obtenu assez de résistance à la torsion…<br />
– Charly… tu n’y es pour rien. Aucun de nous n’est responsable.<br />
– Nous ne sommes pas responsable de nos échecs… mais nous sommes responsable si on renonce » dit Mycroft.<br />
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Lady Valentine regarda par la fenêtre vers le ciel en quête d’une réponse.<br />
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Un rayon de lumière se faufila entre les nuages, et parût plus brillant que le soleil lui-même…<br />
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« Charly : si tu augmentais le débit de la Matrice, on obtiendrait plus de puissance pas vrai ?<br />
– En théorie oui… mais du coup ça réduirait notre autonomie…<br />
– On pourrait au moins frapper une fois à pleine puissance ?<br />
– Je ferai en sorte que ça soit possible ! »répondit le jeune garçon galvaniser au fur et à mesure qu’il comprenait l’idée de sa tutrice<br />
– Mycroft, nous allons devoir rentrer au centre du vortex pour le frapper en plein cœur. Vous pensez que le Lancelot tiendra le choc ?<br />
– Madame, un chevalier ne tombe que lorsque le dragon est terrassé !<br />
– Alors messieurs il est temps de montrer à cette horreur que tant que notre Lancelot sera debout nous ne lui laisseront pas le loisir de détruire des villes et de menacer des innocents ! »<br />
<br />
Mycroft et Charly lancèrent un cri de guerre à l’unisson, prêt pour l’ultime affrontement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le Lancelot poursuivait la tornade depuis plus d’une demi-heure. Celle-ci se déplaçait à la vitesse hallucinante de 117km/h d’après les calculs de Lady Valentine, et atteindrait Forth Worth dans moins de 15 minutes.<br />
<br />
Charly continuait de travailler sur la Matrice de Convection, se brûlant les mains en manipulant certaines partie tandis qu’elles tournaient à plein régime. Peu lui importait : il devait pouvoir mobiliser toute la puissance disponible pour qu’au moment voulut, le Stormbreaker soit assez puissant pour vaincre son adversaire.<br />
<br />
Comme il l’avait expliqué, le fait de libérer la puissance plus rapidement allait malmener la structure au risque de la faire exploser. Il devait donc retarder le plus possible le phénomène. A chaque fois qu’il donnait un coup de clé, chaque fois qu’il refixait une pièce de métal, il implorait le Lancelot :<br />
<br />
« Aller Chevalier… tiens le coup… tiens le coup ! »<br />
<br />
La tornade passa près de du lac de la montagne de l’aigle et se gorgea d’eau qu’il projeta à des kilomètre à la ronde. La visibilité devenait exécrable et Mycroft hésitait à maintenir l’allure.<br />
<br />
Au loin, on commençait à deviner la silhouette massive de la ville de Forth Worth. C’était le moment où jamais d’agir, car autrement la puissante tornade n’allait faire qu’une bouché de la cité.<br />
<br />
Lady Valentine se rendit dans la cabine pour encourager Mycroft. Elle l’enlaça un bref instant et le remercia de sa loyauté puis retourna dans la remorque. Elle enlaça à son tour le jeune Charly dont les bras étaient couverts de brûlure et le félicita pour son courage. Son père pouvait être fier de lui et de son travail.<br />
<br />
La baronne prit finalement place devant les commandes du Stormbreaker.<br />
<br />
Au même moment Mycroft avait trouvé une faille dans la tempête de vent et s’engouffra dedans à pleine vitesse. Le souffle de la tornade atteignait les 330km/h et le moindre petit débris devenait un engin de mort qui frappait les flancs du Lancelot, déformant sa carapace.<br />
<br />
Lady Valentine pria le ciel une dernière fois, dirigea le générateur d’influx et poussant les réglages aux maximum, envoya une décharge électromagnétique droit vers le cœur du vortex.<br />
<br />
L’onde fut si forte que la tornade explosa du bas vers le haut, projetant de plus en plus haut les débris qu’elle charriait depuis des kilomètres. L’énergie du Stormbreaker fut si puissante qu’elle perça la couche nuageuse, créant un trou dans le ciel large de presque 2km de diamètre ou le soleil s’engouffra.<br />
<br />
La détonation fût entendu jusqu’à Dallas, et tout le monde crût que c’était le tonnerre qui avait frappé.<br />
<br />
Dans le Lancelot, La Matrice de Convection se disloqua, coupant toute énergie motrice et libérant des jets de vapeurs dans la remorque et la cabine, obligeant ses occupants à fuir.<br />
<br />
***<br />
<br />
18 mars 1925<br />
19h30<br />
<br />
Assise dans l’herbe sur une belle nappe à carreaux rouges et noirs devant le Lancelot, Lady Valentine savourait un verre de vin que Mycroft, qui avait caché la bouteille dans la soute, venait de lui servir. La bouteille avait miraculeusement résisté aux secousses et était une bonne façon de célébrer la réussite du projet Stormbreaker. Le majordome s’autorisa à en prendre aussi un verre afin de trinquer avec la baronne.<br />
<br />
« A Lancelot » dit-il<br />
– A Lancelot » répondit-elle<br />
<br />
Émergeant de la remorque, Charly fit le bilan des dégâts :<br />
<br />
« Bon, et bien mes amis ce n’est guère brillant : la Matrice est totalement vide, l’arbre de transmission est fissuré, et en plus la turbine à des pales de cassé. Mais figurez-vous que j’ai déjà pensé à des tas de manière de corriger tout ça et même de rendre le Lancelot encore plus efficace ! Par exemple au lieu de prendre un couplage moteur à explosion, on pourrait se servir du flux électromagnétique pour…<br />
– Charly » dit Mycroft « profite un peu de la victoire : tu as toute la vie pour réfléchir à tes idées de dingue<br />
– Mais Mycroft, je vous assure que l’usage de l’électromagnétisme c’est l’avenir des moteurs !<br />
– Laissez le faire » dit Lady Valentine « c’est l’obstination des rêveurs comme lui qui fait avancer les choses ».<br />
<br />
Détachant ses cheveux, la baronne d’Harford regarda le ciel azur et leva son verre bien haut en l’honneur de ceux qui avaient donnés leur vie pour faire avancer la science et faire du monde un endroit meilleur.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Stormbreaker**<br />
<br />
16 Mars 1925, dans les environs de Witchita Falls<br />
<br />
Cela faisait 2 jours qu’il pleuvait sans discontinuer et que le ciel se lézardait d’éclairs menaçants. Les habitants étaient sur le qui-vive, guettant l’arrivée imminente des tornades en écoutant la radio. Les épiceries alentours avaient été dévalisées, chacun ayant fait le plein de vivres pour parer à toutes éventualités. Les maçons et les menuisiers travaillaient d’arrache-pied pour consolider les maisons et réparer ce qui pouvait l’être afin de pouvoir résister aux vents violents qui se préparaient.<br />
<br />
A la radio, les messages officiels étaient inquiétants, et on parlait de ce qui serait sans doute « l’orage du siècle » : les fronts d’air froids et secs venant du nord allaient rencontrer ceux chauds et humides venant du Mexique dans des proportions jamais encore atteintes. Certains météorologues parlaient d’un véritable « Fléau de Dieu » qui s’abattrait sur les impies.<br />
<br />
Ce genre de propos apocalyptiques n’étaient pas de ceux qui faisaient reculer Lady Valentine, Baronne d’Harford. Assise depuis des heures sur une pesante chaise en bois massif, elle rédigeait inlassablement de savant calcul, faisant et refaisant encore et encore les mêmes équations afin de les valider. Fatiguée par cet intense exercice, elle se leva et fit quelques pas dans la pièce tout en étirant ses bras noués et en étirant sa nuque raidie par l’effort.<br />
<br />
Elle observa l’orage par la fenêtre, comptant les secondes entre les éclairs et le tonnerre. Elle multiplia ce nombre par 3, obtenant approximativement la distance en kilomètre entre sa position et l’éclair, ce qui permettait d’estimer simplement si l’orage s’approchait ou s’éloignait.<br />
<br />
« Ca ne sera pas pour ce soir… » dit-elle à voix basse comme pour elle-même.<br />
<br />
Lassée de ses calculs, Lady Valentine se rendit vers l’atelier qui jouxtait la maison par la porte mitoyenne reliant les deux édifices. Elle y retrouva Mycroft, son majordome ainsi que Charly, jeune garçon de 9 ans dont elle était la tutrice, en train travailler sur un bien étrange engin.<br />
<br />
6 énormes cuves de cuivre étaient reliées par de larges conduites à ce qui ressemblait à une horloge (du moins pour ce qui est des rouages car il n’y avait pas de cadran) fusionnée à une motrice de locomotive. Le jeune Charly s’activait autour de la machinerie, tournant des valves et surveillant des manomètres qui contrôlaient la pression. A intervalle régulier, il faisait signe du bras à Mycroft tout en désignant une des cuves. Le majordome tirait alors sur une manette situé sur le côté de la cuve désigné par le jeune garçon, ce qui provoquait un fort sifflement, ainsi que des tremblements dans toute la tuyauterie. Toujours lorsque Charly faisait signe, Mycroft remontait la manette en tirant de toutes ses forces. Le bruit s’arrêtait, et le jeune garçon recommençait ses manipulations.<br />
<br />
Lady Valentine observa la scène sans rien dire. Elle était admirative devant le génie du jeune garçon et la maîtrise dont il faisait preuve dans une opération aussi complexe. Il n’en restait pas moins un enfant dont les yeux étaient brillants d’émerveillement face à l’immense mécanisme qu’il manipulait.<br />
<br />
« Mycroft ! » hurla-t-il pour passer le bruit assourdissant de la machinerie « Nous allons pouvoir passer à l’étape finale, êtes-vous prêt ?<br />
– Quand tu veux petit ! » dit-il avec son inimitable accent irlandais<br />
<br />
Charly réajusta sa large casquette à petit carreaux gris, empoigna une manette fermement, et leva son autre bras pour faire signe à Mycroft. Ce dernier de son côté grimpa sur une petite plateforme se trouvant au point de connexion des 6 cuves, et empoigna un large levier circulaire d’au moins 40cm de diamètre.<br />
<br />
Le jeune garçon scrutait les manomètres, attendant que l’aiguille atteigne le marqueur rouge.<br />
<br />
« 3500 PSI ! » hurla Charly « On y est presque ! »<br />
<br />
Lentement mais surement, l’aiguille continuait de grimper tandis que la force de la pression qui s’exerçait sur la structure et qui ne cessait d’augmenter faisait grincer les boulons d’acier et les plaques de cuivres.<br />
<br />
« 3800 ! »<br />
<br />
Toute la structure se mit à trembler sous l’effort. Les crissements des raccords métalliques devenaient de plus en plus forts. L’aiguille passa la barre des 3900 PSI et s’approcha dangereusement du seuil fatal.<br />
<br />
Charly retint son souffle. Il laissa l’aiguille grimper encore jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux crans avant les 4000 PSI et baissa le bras tout en tirant la manette vers le bas :<br />
<br />
« MAINTENANT ! » hurla-t-il à Mycroft.<br />
<br />
Ce dernier commença à tourner le levier de la plateforme ce qui libéra la pression qui s’engouffra jusqu’à la machinerie. L’énergie libérée fût si forte qu’une des canalisations s’entrouvrit, relâchant un jet de vapeur brûlante. Mycroft bondit sur l’établit de l’atelier et attrapa une pièce de cuivre arrondie munie d’une poignée qu’il plaqua sur la brèche, poussant de toute ses forces pour maintenir la pression.<br />
<br />
Après quelques minutes, les vibrations et les sifflements cessèrent.<br />
<br />
Charly regarda les compteurs de pression dont toutes les aiguilles étaient retombées à zéro. Toutes sauf une…<br />
<br />
« Ça marche… CA MARCHE !!! On a réussi Mycroft ! Venez voir ! »<br />
<br />
L’élégant majordome soupira : l’enthousiasme du jeune garçon était motivant, mais difficile à suivre. Lady Valentine s’approcha elle aussi, et tous deux observèrent le cadran flexible que Charly tourna vers eux :<br />
<br />
« Le point de régulation est parfait ! » dit-il avec expertise « La Matrice de Convection est chargée et prête à fonctionner ! »<br />
<br />
Charly pressa sur un bouton ce qui fit se décaler une partie de la machinerie, révélant un pupitre. Sur ce dernier, se trouvait une sphère d’acier blanc munie de deux poignées entourées de bandelette de cuir brun et d’une valve sur le dessus.<br />
<br />
« On va pouvoir l’installer sur le Lancelot… » dit Lady Valentine avec une pointe de soulagement dans la voix.<br />
<br />
***<br />
<br />
17 Mars 1925<br />
9h00<br />
<br />
La nuit avait été courte pour Lady Valentine et Charly car ils avaient passé des heures à tester la Matrice de Convection et à s’assurer de sa stabilité. Terrassé par la fatigue, ils s’étaient endormis dans l’atelier. Mycroft les avait portés jusqu’à leurs lits avant de faire un peu de ménage. Souffrant d’un mal étrange, le majordome ne dormait jamais plus de 3h, et mettait à profit la nuit pour s’assurer que la maison était en ordre.<br />
<br />
Le trio s’était installé ici au début de l’hiver 1924. Lady Valentine avait acheté la bâtisse pour une bouché de pain et y avait fait installer l’atelier pour ses recherches. Mycroft et le jeune Charly lui faisaient office de main d’œuvre, bien que ce fût surtout le jeune garçon qui se montra le plus assidue à cette tâche.<br />
<br />
Fils d’un éminent ingénieur, Charles « Charly » Simon Heisenberg, avait dès son plus jeune âge été bercé par le bruit des valves et les coups de clé à molette. A la mort de son père dans un terrible accident, il fût recueilli par la baronne qui se sentait un devoir de prendre soin de lui et pour cause : son mari avait péri dans le même accident.<br />
<br />
Elle même versé dans les sciences, bien que cela fusse jugé cocasse pour une femme, elle s’adonnait plus particulièrement aux mathématiques appliquée, domaine qu’elle partagea volontiers avec le jeune garçon. Extrêmement doué, il s’avéra rapidement capable d’en remontrer à la baronne, d’autant plus qu’il s’était découvert un talent pour le bricolage et la mécanique en général ce qui lui donnait l’occasion de mettre en application ses idées.<br />
<br />
Mycroft pour sa part avait beaucoup d’affection pour le jeune garçon. Il le voyait comme le petit frère qu’il n’avait jamais eu, et faisait son possible pour être un exemple à ses yeux et en lui enseignant ce qu’il estimait être la « bonne » façon d’être un homme. Charly lui vouait une admiration sans borne, imitant notamment ses tics de langage typiquement irlandais.<br />
<br />
Ses corvées finies, le majordome sorti un instant dehors fumer une cigarette. Assit sur la balancelle installé sous une tonnelle à droite de la terrasse, il regarda le ciel pluvieux à travers lequel essayaient de poindre quelques éclats de soleil. Les forces de la nature l’avaient toujours fasciné, exerçant sur lui un mélange de crainte et de respect. Son regard se porta alors vers la grange solidement cadenassé ou le Lancelot attendait son heure.<br />
<br />
Comment Lady Valentine pouvait espérer qu’une telle machine puisse fonctionner ?<br />
<br />
Il tira une bouffé qu’il laissa s’envoler doucement, observant les mouvements des circonvolutions et leur ballet bleutés tout en repensant au passé…<br />
<br />
En 1915 lord Harford, brillant ingénieur, s’était rendu à San Francisco pour représenter le Royaume-Uni lors de l’exposition universelle. Il rencontra là-bas Herschel Heisenberg, un chercheur en météorologie qui avait émigré d’Allemagne pour s’installer aux états unis et avec qui il devint rapidement ami mais surtout collègue. En effet, les deux hommes réalisèrent vite que leurs travaux avaient de multiples points communs. Lord Harford décida donc de quitter l’Angleterre et de s’installer lui aussi aux états unis pour poursuivre ses travaux avec Heisenberg. Une prestigieuse université leur proposa de financer leurs travaux. Lord Harford travailla donc en partie comme enseignant, et c’est ainsi qu’il fit la connaissance de celle qui allait devenir son épouse.<br />
<br />
Fille d’un pasteur, Lady Valentine avait une passion pour la Science. Petite fille, elle avait dévorée les livres de Jules Vernes, ce qui déclencha chez elle une vocation. Ne pouvant entrer dans une université du fait qu’elle était une femme, elle commença par suivre des cours privés qu’elle payait en travaillant comme institutrice. En parallèle, elle adressa de nombreux articles à Physical Review, journal de pointe dans les domaines des mathématiques et de la physique, qui firent grande impression. C’est d’ailleurs suite à la lecture d’un de ses articles que Lord Harford accepta que la jeune femme ait le droit d’étudier à l’université.<br />
<br />
Ils se marièrent à l’automne 1918 et s’installèrent dans le Wisconsin. Avec Heisenberg, ils travaillèrent d’arrachepied pour mettre au point ce qui serait une révolution, un appareil capable de stopper les catastrophes climatiques : le projet Stormbreaker.<br />
<br />
Malheureusement, en 1921, se produisit l’accident qui tua Lord Harford et Heisenberg. Lady Valentine, rescapée miraculeuse du drame, recueillit le jeune fils d’Heisenberg, Charly, dont la mère était morte deux ans auparavant de la polio et se jura de mener à bien le projet Stormbreaker tant qu’il lui resterait un souffle de vie.<br />
<br />
A la fin de l’année 1922, elle reçut une aide inespérée en la personne de Mycroft. Ce dernier avait combattu dans la RAF avec lord Harford et lui devait la vie, aussi lorsqu’il fût informer de la mort de son sauveur, il se fit le devoir de prendre soin de la veuve de celui-ci. Il proposa de se faire passer pour le majordome de Lady Valentine ce qui éviterait les quolibets. Finalement il occupa ce rôle si bien qu’il devint vraiment l’homme à tout faire de la maison.<br />
<br />
Des bruits dans la maison tirèrent Mycroft de sa rêverie. Charly venait de se lever et c’était précipité dans la cuisine, attendant avec impatience son petit déjeuner.<br />
<br />
« Mycrooooft ! Où êtes-vous ? » demanda le jeune garçon.<br />
<br />
Le Majordome tira une dernière bouffé de sa cigarette et d’un geste habile, lança les restes de son mégot à quelques mètres de distance en direction de la route.<br />
<br />
***<br />
<br />
Lady Valentine passa le reste de la matinée a faire des tests sur la Matrice de Convection. Sous le regard curieux de Charly, elle y connecta divers appareils de son invention et constata avec ravissement que les résultats dépassaient ses espérances. La Matrice était capable de fournir de gros volumes d’énergies tout en restant très stable, point crucial pour mener à bien le projet Stormbreaker.<br />
<br />
Il était temps de passer à la mise en pratique.<br />
<br />
Accompagné de Charly et Mycroft, elle se rendit dans la grange où était entreposé la seconde partie du projet : le Lancelot. Ce véhicule lourd avait l’apparence d’un camion qu’on aurait caparaçonné comme un tank. La large cabine comportait une batterie d’instrument de mesure et un équipement radio à la pointe du progrès. L’arrière quant à lui comportait une turbine bien protégée sous le blindage, et la pièce maîtresse de toute l’installation, le fameux Stormbreaker.<br />
<br />
Il s’agissait d’un cylindre d’acier garni d’électro-aimants pouvant se déployer jusqu’à une hauteur de 3 mètres et dont la base était reliée à la turbine. Capable de générer des flux de haute pression, le Stormbreaker avait pour mission de rééquilibrer les masses d’air causant les tornades afin de les neutraliser.<br />
<br />
Du moins en théorie.<br />
<br />
Lady Valentine raccorda la Matrice de Convection à la turbine aidé par Charly dont les petites mains pouvaient facilement manœuvrer dans le dédale de câble et de tuyaux de la machine. L’opération durant une petite demi-heure, et vint enfin le moment fatidique de la mise en marche.<br />
<br />
Mycroft, assit dans la cabine, démarra le moteur dont les 6 cylindres rugirent comme un fauve aux abois. C’est à ce moment-là que Charly tourna la valve d’admission de la Matrice pour injecter une part de son énergie dans l’arbre de transmission via la turbine à laquelle il était relié. A peine eût-il fait cela que la surpuissante énergie accumulée se libéra, procurant un rendement supérieur de 400%<br />
<br />
Le majordome appuya sur la pédale d’accélérateur, et sans effort, l’énorme masse s’anima avec vivacité. La puissance de la Matrice rendait le gigantesque véhicule aussi agile qu’une petite voiture, atout qui serait indispensable dans sa mission. Mycroft fit le tour de la ferme puis s’engagea sur la route sablonneuse : le Lancelot ne montra aucun signe de faiblesse.<br />
<br />
Lady Valentine et Charly retournèrent dans la cabine via une trappe d’accès reliant cette dernière à la remorque. La baronne d’Harford put voir avec ravissement que le couplage de la turbine avec la motorisation d’origine du véhicule faisait parfaitement son office, propulsant le Lancelot à la vitesse phénoménal de 140Km/h<br />
<br />
Elle fût d’autant plus épaté que Mycroft n’avait pas utilisé les 5 crans de vitesse, craignant sans doute de ne pas être capable de maîtriser un véhicule allant si vite. Cependant, l’ancien pilote de l’air montra sang-froid et assurance tandis que le Lancelot filait comme le vent en direction de Dallas.<br />
<br />
Aux anges, Lady Valentine enlaça Charly et Mycroft à la grande frayeur de ce dernier qui, surprit par ce geste d’affection, avait lâché du regard la route pendant une seconde qui aurait pu être fatale.<br />
<br />
En 2h de temps, ce qui était incroyable pour l’époque, ils arrivèrent à Dallas dont les rues étaient emplies de monde portant de lourds sacs de provision. Les habitants se préparaient à subir les terribles orages prévus par la NWS (national weather service, l’agence nationale du climat) et prenaient d’assaut les magasins d’alimentations et les drugstores.<br />
<br />
Notre trio se rendit dans le centre-ville pour consulter les derniers relevés du NWS concernant le front orageux qui s’approchait. Si le Lancelot était prêt à livrer bataille, il fallait lui trouver son adversaire.<br />
<br />
Installé dans une ancienne distillerie rendue caduc par la prohibition, les bureaux de la NWS étaient déjà prêts à subir la foudre des éléments. Les larges fenêtres en bois blanc étaient fermées et bloquée à l’intérieur par des tasseaux de bois glissés dans des fentes en acier visées au mur.<br />
<br />
Lady Valentine se présenta à l’accueil et demanda à consulter les derniers bulletins provenant du nord. Ces derniers, télégraphié par les bureaux de Philadelphie, lui permettrait de mieux anticiper la formation de tornade. L’employé du service du climat lui désigna une copie du bulletin qui venait tout juste d’être tapé à la machine. Il se trouvait affiché sur le tableau des consultations installé sur le mur gauche du hall d’accueil, et qui servait au NWS à diffuser aux populations, et notamment aux agriculteurs, les informations météorologiques importantes.<br />
<br />
Une foule compacte se tenait devant, obligeant Lady Valentine à ruser pour s’approcher :<br />
<br />
« Pardonnez-moi messieurs » dit-elle à la foule constitué exclusivement d’homme « j’aimerai consulter le tableau mais… je n’ose m’approcher de peur d’être balayer dans une bousculade… »<br />
<br />
Les hommes présents s’écartèrent en gentlemen, saluant Lady Valentine de leur chapeau. Elle s’approcha du tableau tout en dispensant quelques remerciements par ci par là, et put enfin consulter l’information qu’elle cherchait. Elle tira de son corsage un petit carnet et de ses cheveux nouées un crayon avec lequel elle nota des données.<br />
<br />
Une fois cela fait, elle se retourna pour repartir, mais se cogna contre un homme massif qui la toisait avec un regard mauvais.<br />
<br />
« Oh… voyez-vous ça : Lady Harford vous êtes en goguette ?<br />
– Professeur Wallace » répondit la baronne « Dire que je suis étonné serait mentir : je suppose que vous êtes là pour la saison des tornades ?<br />
– En effet baronne, mon équipe et moi-même allons révolutionner l’industrie avec le Taranis<br />
– Oh oui, le Taranis : votre monstre mangeur de tornade.<br />
– Le Taranis est bien plus que ça… et il aurait pût l’être bien plus tôt si feu votre mari avait accepté de m’aider dans mes recherches.<br />
– Vous auriez sans doute réussi à le convaincre si vous n’aviez pas sous-entendu que votre invention était en fait une arme…<br />
– Oui, c’est vrai que Lord Harford était comme tous les pilotes d’avions : un lâche ! »<br />
<br />
Lady Valentine gifla le professeur Wallace.<br />
<br />
« Ne vous avisez plus jamais de tenir de tel propos à l’encontre de mon époux ! JAMAIS ! »<br />
<br />
Le professeur senti sur lui les regards plein de dédain des hommes alentours : se faire gifler en public par une femme était une humiliation qu’il ne pouvait supporter. Il leva la main et s’apprêta à frapper la baronne, mais une main ferme lui saisit le poignet avant qu’il n’ait le temps d’agir.<br />
<br />
Mycroft lui saisit le col et le plaqua contre le mur :<br />
<br />
« Vous dites que les pilotes sont des lâches ? Vous voulez vérifier ça ? Pour moi le lâche c’est l’homme qui menace une femme !<br />
– Ah… j’oubliais que Lady Valentine avait toujours son chien irlandais prêt à morde ! »<br />
<br />
La baronne posa sa main sur l’épaule de Mycroft pour l’inviter à se calmer. Ce dernier obtempéra et relâcha sa prise et se dirigea vers la sortie. Lady Valentine lui emboîta le pas  en faisant un grand signe de la main aux hommes présent :<br />
<br />
« Merci messieurs, vous êtes de véritables gentleman : je vous souhaites la bonne journée ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
17 Mars 1925<br />
20h<br />
<br />
Après le diner, Lady Valentine retourna à ses calculs. Elle était inquiète car les chiffres du NWS étaient alarmant : 3 fronts allaient converger et créer en de multiples endroits des tornades d’une grande puissance.<br />
<br />
Elle avait confiance dans la technologie du Lancelot et dans le Stormbreaker, mais elle doutait d’elle-même. Serait-elle capable de calculer correctement l’impulsion ? Aurait-elle la lucidité nécessaire pour prendre les bonnes décisions même lorsque des vents de plus 400km/h frapperaient le Lancelot ?<br />
<br />
Tandis qu’elle ruminait ses sombres pensées, Mycroft lui apporta une tasse de café.<br />
<br />
« Vous semblez inquiète madame<br />
– Je… je me sens un peu dépassée : alors qu’on touche au but, j’ai l’impression que je me suis fourvoyée depuis le début.<br />
– Comment ça ?<br />
– Lorsque je reprends mes calculs, je réalise à quel point notre marge d’erreur est faible. Le Stormbreaker doit se trouver quasiment au cœur du vortex, et l’impulsion doit être aligné avec un delta maximal de 4 %.<br />
– Oui mais vous avez justement conçu le Lancelot pour résister à la force du vortex. Quant à la question de l’alignement, je sais que vous serez parfaitement capable le moment venu de le réaliser parfaitement.<br />
– Et si je me trompais ?<br />
– Et si vous aviez raison ? Madame, depuis que je vous connais je ne pense pas une seule fois vous avoir vu vous tromper. Vous êtes une femme brillante, et je suis prêt à le parier sur ma vie »<br />
<br />
Lady Valentine passa sa main sur le bras de Mycroft et lui adressa un regard qui voulait dire merci.<br />
<br />
***<br />
<br />
18 Mars 1925<br />
11h<br />
<br />
La pluie tombait averse depuis l’aube, et la radio confirmait que l’orage était en approche. Dans l’atelier, Lady Valentine attendait, une carte de la région a porté de main que l’inévitable soit annoncé.<br />
<br />
Pour passer le temps, Charly révisait de fond en comble le système de valve de la Matrice de Convection, resserrant les écrous où cela était nécessaire et contrôlant les manomètres jusqu’à en avoir mal aux yeux.<br />
<br />
Mycroft, prévoyant, rangeait dans la soute du Lancelot des vivres, quelques gourdes d’eau ainsi que de quoi camper. La journée allait être agitée, et il valait mieux être paré à toutes éventualités.<br />
<br />
Lorsque la pluie se calma, Lady Valentine senti que le moment était venu. Elle donna à Charly et Mycroft le signal du départ.<br />
<br />
Aux commandes du Lancelot, Mycroft prit la route de Jacksboro. Les estimations de la baronne d’Harford laissait présager que c’était là que la formation de tornade était la plus probable. Se servant de la radio installé à bord, elle prit contact avec le NWS et se fit confirmer qu’un front de basse pression était en train de déferler et qu’il ne tarderait pas à rencontre le front chaud venu du Mexique.<br />
<br />
Poussant le Lancelot à pleine vitesse, le trio mit une heure et demie à atteindre son objectif. Charly regarda par l’une des fenêtres latérales et constata qu’il n’y avait plus âme qui vive dehors. Lady Valentine, les yeux rivés sur ses instruments, semblait morte d’inquiétude.<br />
<br />
« Lady Valentine ? » demanda le jeune garçon « vous croyez que la tornade se formera ici ?<br />
– C’est ce que m’indiquent mes calculs Charly… mais malheureusement il y’a trop de variable impossible à prendre en compte, et nous devons espérer avoir pris la bonne décision<br />
– En tout cas soyez sûr que la Matrice ne vous lâchera pas ! Je l’ai révisé à 100% !<br />
– Merci Charly : j’ai toute confiance en toi »<br />
<br />
La baronne était touchée par la foi indéfectible du garçon. C’était le genre de chose dont elle avait besoin en ce moment.<br />
<br />
Le ronronnement de la radio laissa place à la voix d’un des opérateurs du NWS :<br />
<br />
« On signale une tornade en mouvement près de Lost creek Road, je répète, une tornade est en mouvement près de Lost creek Road en direction de Post Oak Road ! »<br />
<br />
Mycroft et Lady Valentine échangèrent un regard, puis sans avoir besoin de parler se mirent au travail. Tandis que le majordome roulait, la baronne lui indiquait la route avec l’aide d’une carte simplifiée qu’elle avait elle-même tracé.<br />
<br />
Il fallut moins de 10min pour que le Lancelot s’approche assez de la tornade. Charly regarda avec horreur la longue colonne d’air dont le pied de poussière semblait dévorer le sol de ses crocs de vent.<br />
<br />
Le Lancelot coupa a travers champ et fila droit sur sa cible. Lady Valentine et Charly passèrent dans la remorque et mirent en marche le Stormbreaker, puisant dans la turbine la puissance requise. Tandis que le jeune garçon contrôlait la pression, Lady Valentine s’occupait de régler l’intensité de l’impulsion qui serait projetée.<br />
<br />
Au fur et à mesure que le Lancelot approchait de la tornade, le vent frappait ses solides parois d’aciers faisant crépiter dessus les milliers de petit débris qu’il charriait. Ce bruit effraya Charly, mais le regard bienveillant de Lady Valentine le rassura aussitôt. Elle tapa deux fois sur la paroi l’air de dire « regarde comme c’est solide ». En réponse, il fit le V de la victoire avec les doigts.<br />
<br />
Dans la cabine de pilotage, Mycroft luttait pour tenir le cap et résister a la violence du vent qui s’intensifiait. En tant que pilote, il savait que le vent était un ennemi redoutable et que sa force pouvait souffler un lourd avion de combat comme si ce n’était qu’une brindille. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’une telle chose lui arrive sur la terre ferme.<br />
<br />
La tornade continuait à danser en laissant un sillage de destruction sur sa route. Elle passa prêt d’une ferme qu’elle vaporisa en un instant, formant un flot de débris destructeur. Les planches brisées devenaient des projectiles meurtriers qui menaçaient de perforer le Lancelot. Par précaution, Mycroft activa un des nombreux mécanismes installés sur l’engin en tirant un levier ce qui fit glisser une grille de protection sur le pare-brise, le protégeant d’un éventuel impact.<br />
<br />
Lady Valentine observait la situation par les meurtrières installées le long de la remorque, et fût frappé d’effroi : elle aperçut un pan entier de mur tomber sur 3 silhouettes qui étaient en train de courir vers un abri.<br />
<br />
Aussitôt elle pressa le bouton du communicateur interne du Lancelot et ordonna à Mycroft de cesser la poursuite et de se diriger vers la ferme.<br />
<br />
Une fois arrivé, Lady Valentine se précipita dehors pour voir s’il y avait des blessés. Elle entendit des gémissements dans les décombres, mais les débris étaient trop imposants pour être déplacé. Mycroft proposa alors d’utiliser le Lancelot comme outil d’excavation. Pendant près d’une heure, lui et la baronne retirèrent avec minutie les morceaux de la maison pour finalement trouver 3 personnes sévèrement blessé, mais bien vivante.<br />
<br />
Il s’agissait d’un fermier et de sa femme qui étaient sorti  à la recherche de leur fille pour aller la mettre à l’abri. Surpris par la tornade, il n’avait dut leur salut qu’a la présence du Lancelot. Ils furent transporter de toute urgence à l’hôpital de Jacksboroo ou ils furent prit en charge in extremis.<br />
<br />
Mycroft et Lady Valentine étaient soulagé de cette petite victoire sur les éléments, mais aussi un peu amère d’avoir laissé passer une occasion d’utiliser le Stormbreaker. Et si en secourant ces 3 personnes ils avaient laissé la tornade faire encore plus de victime ?<br />
<br />
Mycroft préféra ne pas y penser, estimant qu’il était odieux de mettre en balance des vies humaines.<br />
<br />
Lorsqu’il remonta dans le Lancelot, il remarqua que Charly faisait la tête.<br />
<br />
« Bah alors petit : qu’est ce qui t’arrive ?<br />
– J’ai entendu à la radio que la tornade s’est arrêté à Granite Way<br />
– Et bien c’est une bonne nouvelle non ?<br />
– Non ! C’est les autres qui l’ont eue Mycroft !<br />
– Qui ça les autres ?<br />
– Ceux qui sont avec ce méchant type : Wallace ! C’est son Taranis qui à stopper la tornade »<br />
<br />
Mycroft grimaça. Certes, savoir que l’invention du professeur avait sauvé des vies était une bonne chose, mais il ne pouvait s’empêcher de pester.<br />
<br />
Un peu plus tard, la radio confirma l’information, ne tarissant pas d’éloge sur la formidable machine du professeur Wallace. Pour remonter le moral à ses compagnons, Lady Valentine leur expliqua que la machine de Wallace n’avait eu que très peu d’effet sur la tornade puisque celle-ci était déjà en phase de rupture. Malgré tout Charly restait profondément attristé.<br />
<br />
Il faut dire que le jeune garçon tenait à tout prix a ce que la création de son père, la Matrice de Convection, joue un rôle dans le grand projet de Lady Valentine. Cette dernière promis au jeune garçon que ce n’était que partie remise, car le front de basse pression allait à nouveau créer des tornades et qu’ils auraient l’opportunité de prouver l’efficacité du Stormbreaker.<br />
<br />
***<br />
<br />
18 mars 1925<br />
14h30<br />
<br />
Profitant d’une petite accalmie, les passagers du Lancelot décidèrent de faire une halte à ElizabethTown, puisque la prochaine menace frapperait au nord de cette position près de Coral city.<br />
<br />
Malheureusement, Wallace et son Taranis avaient eu la même idée.<br />
<br />
La machine du professeur Wallace avait beaucoup de similitude avec le Stormbreaker, du moins en apparence. Car si le but de la création de Lady Valentine était de repousser les flux de basse pression pour dissoudre la menace, celui du Taranis était d’absorber tout la force de la tornade et de la convertir énergie puis de la stocker. L’idée était ensuite de renverser l’influx et de le projeter sur un adversaire sous forme d’un souffle surpuissant.<br />
<br />
L’engin de Wallace était installé sur un simple camion, bien moins protégé que le Lancelot, mais il bénéficiait d’une escorte de 4 véhicules, chacun ayant une fonction : logistique, maintenance, éclaireur et station météo mobile.<br />
<br />
Acclamé par la foule, le Taranis accaparait tous les regards.<br />
<br />
Philosophe, Lady Valentine expliqua à ses compagnons que si l’invention de Wallace sauvait des vies, il serait stupide de le lui reprocher. S’ils estimaient qu’il ne méritait pas ses éloges, alors c’était à eux de faire mieux.<br />
<br />
***<br />
<br />
18 mars 1925<br />
16h20<br />
<br />
Une nouvelle alerte se fit entendre à la radio.<br />
<br />
Aussitôt les deux équipes se lancèrent sur la route en direction de Springtown où avait été signalée la tornade.<br />
<br />
A ce petit jeu, le Lancelot n’avait aucun mal pour distancer ses concurrents, mais le véhicule rapide qui servait d’éclaireur à Wallace lui donnait un avantage tactique pour aller dans la bonne direction. De plus, chaque véhicule de son escorte pouvait couvrir du terrain et orienter plus efficacement le Taranis par radio.<br />
<br />
Après quelques détours, le Lancelot se retrouva au milieu du convoi de Wallace. Ce dernier, bien décidé à garder son avance, ordonna aux véhicules de ceinturer le Lancelot pour l’empêcher d’avancer.<br />
<br />
« Madame ! » dit Mycroft « ils nous barrent la route !<br />
– Les imbéciles… tant pis pour eux : Mycroft, utilisez toute la puissance pour forcer le passage ! »<br />
<br />
Le majordome acquiesça, trop content de pouvoir se frotter à Wallace.<br />
<br />
Sur ordre de la baronne, Charly augmenta la sortie de puissance de la Matrice, décuplant ainsi les forces du Lancelot. L’engin prit une soudaine accélération et percuta le véhicule devant lui qui se dressa de plusieurs dizaines de centimètres sous l’impact. Réalisant que le Lancelot était assez puissant pour les balayer, le chauffeur décida de s’écarter.<br />
<br />
Mycroft accéléra à toute vitesse pour rattraper le Taranis.<br />
<br />
« Mais enfin pourquoi vous l’avez laissez passé ! » hurla Wallace à la radio<br />
– Boss : leur engin est un tank ! Il était prêt à nous pulvériser !<br />
– Sombres crétins… je vous paye pour m’obéir ! Arrêtez-les ! S’il le faut percutez les de pleins fouet mais je veux que cette maudite machine soit détruite ! »<br />
<br />
Perplexe mais trop effrayé par leur tyrannique patron, les chauffeurs des véhicules d’escortes se lancèrent à la poursuite du Lancelot.<br />
<br />
Lorsque ce dernier arriva à hauteur du Taranis, Wallace demanda au chauffeur du camion de lui bloquer la route le temps que les autres voitures les rattrapent.<br />
<br />
Dans son rétroviseur, Mycroft remarqua la manœuvre : les chauffeurs allaient tout bonnement se lancer sur eux à pleine vitesse !<br />
<br />
« Accrochez-vous ! » hurla-t-il à l’intention de Lady Valentine et Charly tandis qu’il se préparait lui-même au choc.<br />
<br />
Deux véhicules frappèrent le Lancelot par l’arrière, faisant perdre le contrôle à Mycroft. Un troisième véhicule lui frappa l’engin sur le flanc et le fit tournoyer sur le côté. Finalement, le dernier véhicule frappa l’arrière à nouveau et fit rouler le Lancelot sur le bas-côté.<br />
<br />
un des quatre véhicules s’enflamma et explosa, laissant juste le temps à son pilote de bondir hors de la cabine. Il fût ramassé par un de ses camarades, et tous reprirent la route, abandonnant le Lancelot et son équipage à leur sort.<br />
<br />
Les 3 compagnons avaient heureusement put anticiper le choc, ils étaient donc plus contusionné qu’autre chose. Le Lancelot quant à lui avait résisté à l’embardé grâce à son blindage, mais malheureusement la Matrice de Convection avait subi des dégâts.<br />
<br />
Charly procéda à un diagnostic rapide, et estima qu’il n’était possible que de bénéficier de 30% de la puissance totale. C’était peu mais cela permettrait de garder le Lancelot mobile. Il promit de faire son possible pour réparer la Matrice en roulant.<br />
<br />
Lady Valentine hésita : ce que Charly proposait de faire était terriblement dangereux pour lui. Cependant, le courage et la détermination du jeune garçon lui firent comprendre qu’à ses yeux il en allait de l’honneur de son père que de faire en sorte que la Matrice soit efficace. Partageant le même sentiment concernant l’œuvre de son mari, elle s’inclina et laissa Charly travailler.<br />
<br />
La baronne retourna avec Mycroft dans la cabine et ils se lancèrent à nouveau à la poursuite du Taranis. Lady Valentine chercha sur les ondes radio le signal des émetteurs du convoi, ce qui lui permettrait peut-être d’écouter leurs conversations et reprendre l’avantage.<br />
<br />
En même temps, elle scrutait de temps en temps ses instruments dont les indications la laissaient perplexe.<br />
<br />
Soudain elle comprit.<br />
<br />
Elle balaya les fréquences radio et lança ce message sur tous les canaux :<br />
<br />
« Convoi du Taranis, ici le Lancelot : le front de pression est en train de converger, je répète : le front de pression est en train de converger… Wallace ! C’est une masse double qui se forme, vos engins sont trop léger vous allez vous faire déchiqueter !<br />
<br />
Au bout de quelques instants, une réponse se fit entendre :<br />
<br />
« Tiens… Lady Harford : je dois admettre que votre ingénieur à réaliser un engin prodigieux pour avoir résister à un tel accident. Cependant votre pathétique tentative de me détourner…<br />
– Arrêter un instant de flatter votre égo et écoutez-moi ! Ce qui arrive est la convergence de deux flux, votre engin n’a pas la capacité d’absorber une telle quantité d’énergie ! Si vous ne me croyez pas regardez au moins vos instruments !<br />
– Je dois reconnaître que vous dites vrai… mais sachez-le : le Taranis n’a que faire de la force du flux qu’il affronte : je n’ai pas besoin d’une génératrice, il me suffit de puiser dans la tornade pour disposer de puissance ! »<br />
<br />
Lady Valentine compris que ni Wallace ni ses hommes ne l’écouteraient. Elle coupa la radio, la gorge serrée.<br />
<br />
« Ses hommes vont tous mourir… » dit-elle à Mycroft<br />
– Vous avez fait votre possible madame. Maintenant c’est au ciel de décider de leur destin »<br />
<br />
Le Lancelot arriva enfin près de Springtown en suivant Holbrook road. La tornade avait déjà ravagé un bout de foret, arrachant des arbres et semant des troncs sur la route. Les travaux de Charly avait permis de regagner un peu de puissance, mais il devenait de plus en plus difficile de progresser. De plus, la structure du Lancelot était sans doute atteinte et ne résisterait pas bien longtemps à un tel traitement de choc.<br />
<br />
Mycroft avait repérer la tornade dont la base était encore plus grande que celle de la précédente. Lady Valentine expliqua que c’était en fait la convection de deux flux, un peu comme si deux tornades avaient fusionnées en une seule, décuplant mutuellement leur puissance.<br />
<br />
D’abord hésitante à se lancer dans la bataille, elle demanda à Mycroft de s’approcher du vortex, galvanisé par l’enthousiasme de Charly qui se démenait comme un beau diable pour faire repartir la Matrice.<br />
<br />
Le pilote du Lancelot abaissa la grille de protection, et mit pied au plancher.<br />
<br />
La tornade semblait hurler comme un animal titanesque, crachant des débris en pluie régulière sur le Lancelot. Soudainement, une large masse s’écrasa au sol, obstruant la route.<br />
<br />
C’était la remorque du Taranis.<br />
<br />
Mycroft l’évita de justesse grâce à ses réflexes aiguisés de pilote d’avion. Il ne put s’empêcher d’avoir de la peine pour le convoi de Wallace qui de toute évidence avait été pulvérisé par le monstre de vent.<br />
<br />
Dans la remorque, Lady Valentine effectuait les derniers réglages du Stormbreaker et orienta le générateur d’influx vers la tornade.<br />
<br />
Elle pria les cieux le temps d’une pensée et pressa le bouton qui libéra la charge électromagnétique.<br />
<br />
La tornade fût comme frappé sur son flanc, hurlant de plus belle. Une explosion de débris jaillit de la « plaie » de la bête, faisant s’écraser sur le Lancelot d’autres morceaux d’engin agricole et de bâtiment.<br />
<br />
Malheureusement cela n’avait pas suffi à la terrasser.<br />
<br />
Lady Valentine ordonna à Mycroft de ralentir pour laisser s’éloigner le danger.<br />
<br />
« Nous nous ne pouvons plus rien faire Mycroft… c’est fini<br />
– Mais enfin Lady Valentine ! » dit Charly « on y était presque ! Vous avez vu comment la tornade à vacillée ?<br />
– Peut-être mais en l’état actuel des choses le Lancelot ne tiendra pas le choc et le Stormbreaker n’a pas assez de puissance pour arrêter cette chose ! »<br />
<br />
Le jeune garçon soupira :<br />
<br />
« C’est de ma faute… j’aurais dû mieux positionner l’axe de dispersion… et puis je suis sûr qu’en passant le diamètre des tubes de 3,5 à 3,8 j’aurais obtenu assez de résistance à la torsion…<br />
– Charly… tu n’y es pour rien. Aucun de nous n’est responsable.<br />
– Nous ne sommes pas responsable de nos échecs… mais nous sommes responsable si on renonce » dit Mycroft.<br />
<br />
Lady Valentine regarda par la fenêtre vers le ciel en quête d’une réponse.<br />
<br />
Un rayon de lumière se faufila entre les nuages, et parût plus brillant que le soleil lui-même…<br />
<br />
« Charly : si tu augmentais le débit de la Matrice, on obtiendrait plus de puissance pas vrai ?<br />
– En théorie oui… mais du coup ça réduirait notre autonomie…<br />
– On pourrait au moins frapper une fois à pleine puissance ?<br />
– Je ferai en sorte que ça soit possible ! »répondit le jeune garçon galvaniser au fur et à mesure qu’il comprenait l’idée de sa tutrice<br />
– Mycroft, nous allons devoir rentrer au centre du vortex pour le frapper en plein cœur. Vous pensez que le Lancelot tiendra le choc ?<br />
– Madame, un chevalier ne tombe que lorsque le dragon est terrassé !<br />
– Alors messieurs il est temps de montrer à cette horreur que tant que notre Lancelot sera debout nous ne lui laisseront pas le loisir de détruire des villes et de menacer des innocents ! »<br />
<br />
Mycroft et Charly lancèrent un cri de guerre à l’unisson, prêt pour l’ultime affrontement.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le Lancelot poursuivait la tornade depuis plus d’une demi-heure. Celle-ci se déplaçait à la vitesse hallucinante de 117km/h d’après les calculs de Lady Valentine, et atteindrait Forth Worth dans moins de 15 minutes.<br />
<br />
Charly continuait de travailler sur la Matrice de Convection, se brûlant les mains en manipulant certaines partie tandis qu’elles tournaient à plein régime. Peu lui importait : il devait pouvoir mobiliser toute la puissance disponible pour qu’au moment voulut, le Stormbreaker soit assez puissant pour vaincre son adversaire.<br />
<br />
Comme il l’avait expliqué, le fait de libérer la puissance plus rapidement allait malmener la structure au risque de la faire exploser. Il devait donc retarder le plus possible le phénomène. A chaque fois qu’il donnait un coup de clé, chaque fois qu’il refixait une pièce de métal, il implorait le Lancelot :<br />
<br />
« Aller Chevalier… tiens le coup… tiens le coup ! »<br />
<br />
La tornade passa près de du lac de la montagne de l’aigle et se gorgea d’eau qu’il projeta à des kilomètre à la ronde. La visibilité devenait exécrable et Mycroft hésitait à maintenir l’allure.<br />
<br />
Au loin, on commençait à deviner la silhouette massive de la ville de Forth Worth. C’était le moment où jamais d’agir, car autrement la puissante tornade n’allait faire qu’une bouché de la cité.<br />
<br />
Lady Valentine se rendit dans la cabine pour encourager Mycroft. Elle l’enlaça un bref instant et le remercia de sa loyauté puis retourna dans la remorque. Elle enlaça à son tour le jeune Charly dont les bras étaient couverts de brûlure et le félicita pour son courage. Son père pouvait être fier de lui et de son travail.<br />
<br />
La baronne prit finalement place devant les commandes du Stormbreaker.<br />
<br />
Au même moment Mycroft avait trouvé une faille dans la tempête de vent et s’engouffra dedans à pleine vitesse. Le souffle de la tornade atteignait les 330km/h et le moindre petit débris devenait un engin de mort qui frappait les flancs du Lancelot, déformant sa carapace.<br />
<br />
Lady Valentine pria le ciel une dernière fois, dirigea le générateur d’influx et poussant les réglages aux maximum, envoya une décharge électromagnétique droit vers le cœur du vortex.<br />
<br />
L’onde fut si forte que la tornade explosa du bas vers le haut, projetant de plus en plus haut les débris qu’elle charriait depuis des kilomètres. L’énergie du Stormbreaker fut si puissante qu’elle perça la couche nuageuse, créant un trou dans le ciel large de presque 2km de diamètre ou le soleil s’engouffra.<br />
<br />
La détonation fût entendu jusqu’à Dallas, et tout le monde crût que c’était le tonnerre qui avait frappé.<br />
<br />
Dans le Lancelot, La Matrice de Convection se disloqua, coupant toute énergie motrice et libérant des jets de vapeurs dans la remorque et la cabine, obligeant ses occupants à fuir.<br />
<br />
***<br />
<br />
18 mars 1925<br />
19h30<br />
<br />
Assise dans l’herbe sur une belle nappe à carreaux rouges et noirs devant le Lancelot, Lady Valentine savourait un verre de vin que Mycroft, qui avait caché la bouteille dans la soute, venait de lui servir. La bouteille avait miraculeusement résisté aux secousses et était une bonne façon de célébrer la réussite du projet Stormbreaker. Le majordome s’autorisa à en prendre aussi un verre afin de trinquer avec la baronne.<br />
<br />
« A Lancelot » dit-il<br />
– A Lancelot » répondit-elle<br />
<br />
Émergeant de la remorque, Charly fit le bilan des dégâts :<br />
<br />
« Bon, et bien mes amis ce n’est guère brillant : la Matrice est totalement vide, l’arbre de transmission est fissuré, et en plus la turbine à des pales de cassé. Mais figurez-vous que j’ai déjà pensé à des tas de manière de corriger tout ça et même de rendre le Lancelot encore plus efficace ! Par exemple au lieu de prendre un couplage moteur à explosion, on pourrait se servir du flux électromagnétique pour…<br />
– Charly » dit Mycroft « profite un peu de la victoire : tu as toute la vie pour réfléchir à tes idées de dingue<br />
– Mais Mycroft, je vous assure que l’usage de l’électromagnétisme c’est l’avenir des moteurs !<br />
– Laissez le faire » dit Lady Valentine « c’est l’obstination des rêveurs comme lui qui fait avancer les choses ».<br />
<br />
Détachant ses cheveux, la baronne d’Harford regarda le ciel azur et leva son verre bien haut en l’honneur de ceux qui avaient donnés leur vie pour faire avancer la science et faire du monde un endroit meilleur.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Stormbreaker**

16 Mars 1925, dans les environs de Witchita Falls

Cela faisait 2 jours qu’il pleuvait sans discontinuer et que le ciel se lézardait d’éclairs menaçants. Les habitants étaient sur le qui-vive, guettant l’arrivée imminente des tornades en écoutant la radio. Les épiceries alentours avaient été dévalisées, chacun ayant fait le plein de vivres pour parer à toutes éventualités. Les maçons et les menuisiers travaillaient d’arrache-pied pour consolider les maisons et réparer ce qui pouvait l’être afin de pouvoir résister aux vents violents qui se préparaient.

A la radio, les messages officiels étaient inquiétants, et on parlait de ce qui serait sans doute « l’orage du siècle » : les fronts d’air froids et secs venant du nord allaient rencontrer ceux chauds et humides venant du Mexique dans des proportions jamais encore atteintes. Certains météorologues parlaient d’un véritable « Fléau de Dieu » qui s’abattrait sur les impies.

Ce genre de propos apocalyptiques n’étaient pas de ceux qui faisaient reculer Lady Valentine, Baronne d’Harford. Assise depuis des heures sur une pesante chaise en bois massif, elle rédigeait inlassablement de savant calcul, faisant et refaisant encore et encore les mêmes équations afin de les valider. Fatiguée par cet intense exercice, elle se leva et fit quelques pas dans la pièce tout en étirant ses bras noués et en étirant sa nuque raidie par l’effort.

Elle observa l’orage par la fenêtre, comptant les secondes entre les éclairs et le tonnerre. Elle multiplia ce nombre par 3, obtenant approximativement la distance en kilomètre entre sa position et l’éclair, ce qui permettait d’estimer simplement si l’orage s’approchait ou s’éloignait.

« Ca ne sera pas pour ce soir… » dit-elle à voix basse comme pour elle-même.

Lassée de ses calculs, Lady Valentine se rendit vers l’atelier qui jouxtait la maison par la porte mitoyenne reliant les deux édifices. Elle y retrouva Mycroft, son majordome ainsi que Charly, jeune garçon de 9 ans dont elle était la tutrice, en train travailler sur un bien étrange engin.

6 énormes cuves de cuivre étaient reliées par de larges conduites à ce qui ressemblait à une horloge (du moins pour ce qui est des rouages car il n’y avait pas de cadran) fusionnée à une motrice de locomotive. Le jeune Charly s’activait autour de la machinerie, tournant des valves et surveillant des manomètres qui contrôlaient la pression. A intervalle régulier, il faisait signe du bras à Mycroft tout en désignant une des cuves. Le majordome tirait alors sur une manette situé sur le côté de la cuve désigné par le jeune garçon, ce qui provoquait un fort sifflement, ainsi que des tremblements dans toute la tuyauterie. Toujours lorsque Charly faisait signe, Mycroft remontait la manette en tirant de toutes ses forces. Le bruit s’arrêtait, et le jeune garçon recommençait ses manipulations.

Lady Valentine observa la scène sans rien dire. Elle était admirative devant le génie du jeune garçon et la maîtrise dont il faisait preuve dans une opération aussi complexe. Il n’en restait pas moins un enfant dont les yeux étaient brillants d’émerveillement face à l’immense mécanisme qu’il manipulait.

« Mycroft ! » hurla-t-il pour passer le bruit assourdissant de la machinerie « Nous allons pouvoir passer à l’étape finale, êtes-vous prêt ?
– Quand tu veux petit ! » dit-il avec son inimitable accent irlandais

Charly réajusta sa large casquette à petit carreaux gris, empoigna une manette fermement, et leva son autre bras pour faire signe à Mycroft. Ce dernier de son côté grimpa sur une petite plateforme se trouvant au point de connexion des 6 cuves, et empoigna un large levier circulaire d’au moins 40cm de diamètre.

Le jeune garçon scrutait les manomètres, attendant que l’aiguille atteigne le marqueur rouge.

« 3500 PSI ! »]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 30 Nov 2015 10:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-11-30T10:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 18 : La légende de Raigo]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep18/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[**Le légende de Raigo**<br />
<br />
Haletant, le souffle court, le jeune Isaac se tenait dos à un grand arbre moussue en guettant le passage des cavaliers. Le bruit lourd de leurs chevaux qui martelait le sol de la forêt comme un roulement de tonnerre terrifiait le garçon au fur et à mesure qu’il s’approchait de lui. Il se recroquevilla alors encore plus, pour être dissimulé par les hautes herbes, priant Lywen de lui offrir refuge.<br />
<br />
Les deux cavaliers passèrent devant lui au grand galop, le cherchant du regard sur la piste du sentier. Ils continuèrent ainsi durant quelques 300 pas de distance, puis finirent par s’arrêter.<br />
<br />
De là où il se trouvait, Isaac ne pouvait que deviner ce qu’ils étaient en train de se dire. Sans doute conscient qu’il n’aurait jamais put les distancer à pied, ils se doutaient qu’il s’était caché le long de la route. La crainte du jeune garçon se confirma lorsque les cavaliers remontèrent le sentier en sens inverse à plus petite allure, chacun scrutant d’un côté de la route.<br />
<br />
Isaac regarda vers les profondeurs des bois, se demandant si y chercher refuge n’était pas une solution. Cependant, il savait depuis qu’il était haut comme trois pomme que l’endroit était hanté, et que des créatures féroces y habitaient. Bien entendu, le danger le plus pressant était ces hommes, mais le courage manqua à Isaac, trop timoré par les histoires terrible que son grand-père lui avait racontés lorsqu’il était petit.<br />
<br />
Les cavaliers étaient maintenant à moins de 15 pas de lui. Ils l’interpellait et lui ordonnait de se rendre. Peut être valait il mieux obtempérer et espérer leur clémence ? Serrant les poings, Isaac se redressa lentement et avança d’un pas mesurer vers le sentier.<br />
<br />
Retrouvant enfin leur proie, les cavaliers s’arrêtèrent. L’un d’eux descendit de cheval et s’approcha du garçon.<br />
<br />
« Hé bien sale petit morveux : on peut dire que tu nous auras fait courir !<br />
– Du calme Zeryak » dit l’autre cavalier « ne va pas l’effrayer de nouveau : je n’ai pas envie de devoir lui redonner la chasse<br />
– Soit tranquille Valyus, j’ai aussi peu envie que toi de rester dans ce coin perdu »<br />
<br />
Le cavalier avança vers le jeune garçon et tendit la main.<br />
<br />
« Aller espèce de petit rat : rend nous la fiole »<br />
<br />
Isaac fouilla dans sa petite besace de cuir bourré de paille et en retira la fiole. De la taille de son poing, elle contenait un liquide brillant aux éclats bleus et aciers qui dansait à chacun de ses mouvements. Le jeune garçon la fixa, torturé par une hésitation facilement perceptible. Il regarda en direction des cavaliers, et armé de ce qu’il lui restait de courage, entreprit de plaider sa cause :<br />
<br />
« Pitié messires ! j’ai besoin de cette potion : la vie de ma mère en dépend !<br />
– C’est ça… » répondit Zeryak « si tu en as tellement besoin tu n’as qu’a la payer cette fiole !<br />
– Je n’en ai pas les moyens messires… mais je vous jure par Tika de la payer un jour !<br />
– Petit je ne crois pas que la déesse de la Bonne Fortune nous remboursera assez vite alors que je suis certains qu’on peut vendre cette mixture à bon prix avant ce soir !<br />
– Je vous en prie ! elle va mourir… pitié au nom de la miséricorde de Lywen ! »<br />
<br />
Excédé par les suppliques du garçon, Zeryak l’empoigna par le col et le plaqua contre un arbre. Isaac regarda désespérer la fiole lui échapper des mains et rouler par terre.<br />
<br />
« Gibier de potence… Je devrais te couper la main pour t’apprendre ce qu’il en coûte de voler notre Guilde ! »<br />
<br />
Étouffé par l’étreinte du cavalier, Isaac sentait ses forces l’abandonner et son esprit sur le point de sombrer. Avec le peu de volonté qui lui restait, il pria Lywen.<br />
<br />
Zeryak fini par le relâcher. Il tomba à quatre patte sur le sol, haletant à plein poumon. Le cavalier ramassa la fiole et s’apprêta a remonter à cheval lorsque soudain il sentit quelque chose s’agripper a sa jambe. C’était Isaac, cramponné de toutes ses forces, qui essayait de le retenir :<br />
<br />
« Il me faut cette potion, je vous en prie…<br />
– Par Orthas ! Tu es borné gamin : ne m’oblige pas à tirer l’épée ! »<br />
<br />
Il frappa Isaac du pied pour le faire lâcher, mais le jeune garçon s’accrochait avec la force du désespoir. Zeryak porta la main à son fourreau pour tirer son épée, mais il fut interrompu dans son geste.<br />
<br />
Venant de l’Est, un gigantesque destrier arrivait dans leur direction. C’était un splendide animal, entièrement blanc, et dont la crinière semblait faite de fil d’argent. Juché dessus se trouvait un jeune homme d’une vingtaine d’année, portant l’épée au côté. Il avait une longue chevelure blonde brillante comme le soleil qui lui tombait sur les épaules, et un regard tout aussi fier qu’indomptable. Il portait un long manteau d’un rouge vif entrouvert laissant voir une chemise grise fait d’étoffe précieuse. Le reste de sa tenue, pantalon, ceinture et bottes, étaient dans la même teinte de blanc et de gris.<br />
<br />
Le jeune homme fit ralentir l’allure a sa monture et s’approcha au pas jusqu’à Zeryak et Isaac. Ce dernier, redoutant la réaction du jeune homme, lui donna un semblant d’explication :<br />
<br />
« Salut à toi voyageur : ne te méprends pas, nous sommes au service de la guilde Ocelot, et nous étions en affaire avec ce petit rat car il nous à volé »<br />
<br />
Le jeune homme observa Zeryak ainsi qu’Isaac puis répondit d’une voix paisible :<br />
<br />
« Je comprends : je ne peux pas vous reprocher de poursuivre un voleur…<br />
– Pitié messire ! » supplia Isaac « Sans cette potion ma mère va mourir ! »<br />
<br />
Zeryak frappa le jeune garçon du plat de la main pour le faire taire.<br />
<br />
« Halte ! » dit le jeune homme « Qu’est ce que c’est que cette histoire ?<br />
– Ne te mêle pas de ça voyageur !<br />
– Petit : est ce vrai que ta mère a besoin de cette fiole ? » interrogea le jeune homme<br />
– Je le jure Messire ! Je le jure au nom de Lywen ! » répondit Isaac tout en se défendant.<br />
<br />
Le jeune homme mit pied à terre et s’avança pour arrêter Zeryak. Ce dernier tira l’épée et la pointa sur lui tandis que Valyus, toujours sur son cheval, tira une arbalète de son paquetage et visa la même cible :<br />
<br />
« Ca suffit maintenant ! » dit il « remonte sur ton canasson et reprend ta route voyageur ou je me verrai obligé de t’abattre… et soit sûr qu’a cette distance ça sera un jeu d’enfant !<br />
– Alors dit à ton camarade de laisser l’enfant.<br />
– Zeryak, lâche le gamin<br />
– Mais…<br />
– Ne discute pas ! »<br />
<br />
Isaac se précipita derrière le jeune homme. Ce dernier continuait de fixer Zeryak qui n’avait toujours pas rengainer son épée.<br />
<br />
« Je veux vous acheter cette fiole » dit le jeune homme « quel est votre prix ? »<br />
<br />
Les deux cavaliers se regardèrent avec surprise. Après un moment d’hésitation, Valyus répondit :<br />
<br />
« Nous en voulons 1500 Tikas ! »<br />
<br />
Le jeune homme pesta intérieurement.<br />
<br />
« Par Orthas : quel breuvage magique peut valoir une telle somme ?<br />
– C’est un baume de Lywen ! » expliqua Isaac<br />
– C’est une plaisanterie ? en tout point de Fiore cette mixture ne vaux pas plus de 100 Tikas ! Vous moquez vous de moi ?<br />
– Désolé voyageur : c’est le tarif par ici » répondit Zeryak avec perfidie<br />
– Je comprends mieux… votre maudite guilde pousse les plus humble à voler. C’est vous les criminels !<br />
– Peut être mais en attendant si tu n’as pas d’or pour nous, nous gardons le baume… et estime toi heureux que nous en restions là !<br />
– Je vous offre 200 Tikas pour cette fiole : acceptez ou bien j’utiliserai la force ! »<br />
<br />
Zeryak pointa son épée juste sous la gorge du jeune homme.<br />
<br />
« Ah oui ? et avec quelle armée compte faire cela ? » ironisa-t’il « Tu sais quoi je vais être bon prince et te laisser prendre ton épée ! »<br />
<br />
Zeryak faisait mention à la lourde ceinture de cuir accrochée sur le cheval du voyageur et qui se terminait par un épais fourreau.<br />
<br />
« Je n’ai nul besoin de cette épée contre un ennemi désarmé ! » dit le voyageur en attrapant la lame de l’épée de Zeryak à main nue avant de la briser comme si ce n’était qu’une simple brindille.<br />
<br />
Immédiatement, Valyus décocha un carreau de son arbalète qui fila dans un sifflement serpentin droit sur le coeur du jeune homme. Mais alors que le carreau se trouvait à un pas de lui, sa trajectoire changea au point de lui faire manquer sa cible et d’arrêter sa course dans un grand chêne.<br />
<br />
Zeryak tenta de porter un coup d’estoc avec ce qui restait de son épée, mais son coup pourtant parfaitement appliqué fût dévié sur le côté par une force invisible. Déséquilibré par ce contre inattendu, il devint une cible facile pour le voyageur qui le terrassa d’un violent coup de poing. L’impact fut si puissant que Zeryak eut l’impression d’être frappé par la foudre.<br />
<br />
Valyus avait armé un nouveau carreau et s’apprêtait à tirer de nouveau, mais le jeune homme, plus prompt à réagir, porta un coup de poing dans sa direction qui dégagea comme éclair de lumière bleuâtre.<br />
<br />
L’instant suivant, Valyus était a terre, un pieu en métal planté dans l’épaule droite…<br />
<br />
« Je vous laisse la vie sauve car votre seul crime est votre avarice! » dit le voyageur « mais si vous tentez à nouveau de vous en prendre à moi ou à ce garçon, je serai aussi intransigeant que Qwal Reid Ap en personne ! »<br />
<br />
La menace était on ne peut plus claire et les deux membres de la Guilde Ocelot partirent sans demander leur reste, non sans avoir abandonner la fiole.<br />
<br />
Isaac la ramassa victorieux et remercia son sauveur tandis qu’au loin disparaissaient les silhouettes des deux cavaliers.<br />
<br />
« Merci monseigneur ! Grace à vous je vais pouvoir sauver ma mère !<br />
– De rien mon jeune ami : c’est le devoir de tout chevalier de porter assistance à ceux qui en ont besoin<br />
<br />
– Vous… vous êtes un chevalier du royaume ?<br />
– Pas exactement… je suis un humble voyageur qui parcours ce monde à la recherche de ce papillon bleu qu’on nomme l’amour… »<br />
<br />
Le jeune garçon resta perplexe. Bien qu’indiscutablement héroique, son sauveur lui semblait bien étrange.<br />
<br />
« Je m’appelle Isaac : je n’ai rien à vous offrir en remerciement, mais accepter de venir a mon village. Nous vous offrirons un abris pour la nuit et un repas. Ma soeur Joleene est une excellente cuisinière !<br />
– C’est bien aimable à toi jeune Isaac, mais tu n’as pas à me remercier<br />
– C’est une question d’honneur : je… je ne suis pas homme à oublier mes dettes ! »<br />
<br />
L’esprit chevalersque du garçon toucha le coeur du voyageur :<br />
<br />
« Très bien Isaac : j’accepte avec plaisir ton offre. Opaline et moi somme fourbu et une halte dans la chaleur d’un foyer nous ferra le plus grand bien<br />
– Opaline ? c’est votre cheval ?<br />
– Oui, c’est ma plus fidèle amie.<br />
– Je lui donnerai du fourrage, ne vous inquiétez pas<br />
– Oh c’est inutile… Opaline ne mange pas. »<br />
<br />
Le voyageur fit un signe a sa monture qui s’approcha docilement. Lorsqu’elle fût plus proche, le jeune garçon comprit alors pourquoi le chevalier avait dit cela.<br />
<br />
« Par Mugin ! c’est un minérae ! mais… je croyais que c’était des géants de pierre ?<br />
– Il existe plusieurs sorte de minérae, et la pierre n’est pas leur seule forme.<br />
– C’est… c’est une pierre d’opale ! une pierre d’opale en forme de cheval et qui bouge !<br />
– Hum… oui c’est assez bien résumé ! »<br />
<br />
La superbe jument toute faite de minerai blanc s’approcha du jeune garçon et pencha son museau vers lui. D’abord intimidé, il passa sa main dessus, encouragé par le regard bienveillant du voyageur.<br />
<br />
« C’est… c’est tout chaud ! on dirait presque un vrai cheval !<br />
– Mais elle l’est. La magie qui anime Opaline n’est pas si différente que la force vitale qui nous anime nous autres être de chair non ?<br />
– C’est vrai…  » acquiessa Isaac « dites… je pourrais monter avec vous ?<br />
– C’est à Opaline de répondre : je ne suis pas son maître, simplement son ami. »<br />
<br />
Le jeune garçon tourna son regard vers les yeux de la créature. Avec douceur, elle frotta son museau contre le visage du jeune garçon.<br />
<br />
« Je crois que tu as ta réponse » dit le voyageur « alors en selle et apportons au plus vite ce baume à ta mère ! »<br />
<br />
Le chevalier aida Isaac à grimper puis s’installa à son tour sur la créature d’opale. Il laissa le jeune garçon tenir les renes et guider Opaline vers son village.<br />
<br />
***<br />
<br />
Valyus et Zeryak avait chevauché à bride rabattu pour atteindre la ville d’Harn Sicorn au plus vite. La blessure de Valyus était assez sévère, et il allait lui falloir des soins de toute urgence. L’ironie de la situation n’échappa pas au cavalier : finir gravement blesser en essayant de récupérer une potion de soin lui vaudrait sans doute quelques quolibets.<br />
<br />
Ils arrivèrent enfin devant le grand portail de la guilde qui se trouvait à l’entré Sud de la cité. La guilde en elle même était une immense série d’entrepot où étaient stocker des marchandises et où les passager des caravanes alchimiques pouvaient embarquer. Les Ocelots grace à leur maitrise des techniques alchimiques, disposait du meilleur matériel qui soit. Cela avait fait d’eux la plus riche des guildes marchandes, mais aussi la plus crainte et la plus respecté.<br />
<br />
Lorsque les gardes virent arriver les deux cavaliers aussi mal en point, ils les conduisirent immédiatement dans la batisse qui faisait office de caserne a la milice privé des Ocelots, les terribles Zey Fema. Un médecin s’occupa de Valyus tandis qu’on oscultait Zeryak.<br />
<br />
L’agitation ainsi créer dans la Guilde attira l’attention de Sir Alberich de Frey, chevalier au service de Alister Ocelot, membre dirigeant de la famille Ocelot a Harn Sicorn.<br />
<br />
« Et bien ? en voila un raffut ! » dit-il de sa voix forte aux accents du nord « C’est ce morveux qui vous à fait cela ?<br />
– Non Sir Alberich… » expliqua Valyus tandis que le médecin retirait le pieu de son épaule « c’est… argh… c’est un voyageur…<br />
– Un voyageur ? te moques tu de moi ?<br />
– Je n’oserai jamais messire… c’était un homme seul, vêtu d’un long manteau rouge. Très jeune, avec de long cheveux blond… Il voyage sur une jument blanche… »<br />
<br />
Le visage d’Alberich s’assombrit :<br />
<br />
« Comment ça c’est produit ?<br />
– Nous avions rattrapé le gamin, et nous étions en train de lui reprendre la fiole… il s’est interposé, et le ton est monté. Zeryak l’a menacé de son épée mais…<br />
– mais quoi ?<br />
– Il l’a brisée<br />
– Il faut une sacrée poigne pour donner un coup d’épée capable d’en briser une autre !<br />
<br />
– Non messire… il… »<br />
<br />
Valyus hésita. Il lança un regard vers son compagnon qui acquiesça de la tête pour signifier qu’il confirmait ses dires.<br />
<br />
« Il l’a brisé avec ses mains…<br />
<br />
– C’est une plaisanterie ? Vos lames sont faites du meilleure acier Jafka et vous me dites qu’un voyageur anonyme l’a pulvérisé du bout des doigts ! »<br />
<br />
Alberich était fou de rage. Ces hommes ne comprenaient pas ce qui le mettait dans cet état. Valyus continua son récit espérant convaincre son supérieur qu’il ne se moquait pas de lui :<br />
<br />
« Après ça j’ai essayer de tirer un carreau sur lui, mais sans que je sache pourquoi…<br />
– … le carreau à été dévié n’est ce pas ? » coupa Alberich<br />
– Oui en effet…  »<br />
<br />
Alberich s’approcha du médecin et lui fit signe de lui donner le pieu qui avait frapper Valyus. Il était parfaitement lisse, et la pointe était particulièrement aiguisée. Il le soupesa et estima qu’il devait faire dans les 12 ou 13 livres.<br />
<br />
« C’est de l’argent pur… » dit il comme pour lui même<br />
– C’est absurde ! » dit le médecin « Un tel morceau d’argent vaut une fortune : qui ferait une arme pareil et la laisserai planter dans le bras de son adversaire ? »<br />
<br />
Alberich l’attrapa par un bout et le laissa pendre. Lentement, le pieu commença a se vaporiser.<br />
<br />
« Celui qui à fait ça a consolider les éléments de l’air pour invoquer cette arme.<br />
– Un alchimiste ? quel genre de cercle aurait il utilisé ?<br />
– Non c’est pire que ça. C’est de la magie divine !<br />
– Ca serait un prêtre ?<br />
– Absolument pas : c’est une véritable calamité qui se trouve dans les environs…<br />
– Mais enfin de qui parlez vous ?<br />
– Je ne connais qu’un seul homme capable de ça… celui qu’on surnomme la Foudre d’Harujon, le Typhon humain, le fils des orages et des éclairs… Cet homme ne peut être que Raigo, le chevalier blanc ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après un petit quart d’heure a arpenter la forêt, Raigo et Isaac arrivèrent au village de ce dernier. L’arrivé du chevalier et de son incroyable monture ne passa pas inaperçue. Chacun observait avec stupeur ou admiration la créature magique, mais aussi son fier cavalier.<br />
<br />
Les jeunes filles tombaient en pâmoisons devant l’air noble et élégant du chevalier qui ne manquait pas de leur adresser d’aimables saluts.<br />
<br />
« Hé ben ! tu es du genre à plaire aux filles toi ! » dit Isaac amusé<br />
– Je suis un chevalier, il est normal que j’exerce un peu de fascination<br />
– T’as surtout l’air d’aimer ça !<br />
– Comme je te l’ai dit, j’arpente ce monde à…<br />
– … à la recherche de ce papillon bleu qu’on nomme l’amour… oui oui ! je me rappel bien ! Par contre que les choses soient claires : je t’interdit de tourner autour de mes sœurs !<br />
– Tu me fais offense mon jeune ami. Un chevalier suis un code d’honneur très strict, et l’une de ses nombreuses règle et de ne jamais offenser la famille d’un ami.<br />
– Ouais… n’empêche que je t’ai à l’œil ! »<br />
<br />
Raigo amusé ébouriffa la tête du jeune garçon.<br />
<br />
Ils arrivèrent enfin devant la demeure d’Isaac. C’était un vieux corps de ferme fatigué au milieu duquel évoluait une bruyante basse-cour. A l’odeur, Raigo devina qu’il y’avait des bêtes plus imposante dans les étables, sans doutes des vaches ou des cochons.<br />
<br />
Isaac se précipita à l’intérieur, brandissant sa fiole avec fierté<br />
<br />
Raigo entra à son tour dans la maison. Il y régnait une atmosphère pesante, comme si le temps y était figé. Il traversa le couloir qui débouchait sur une petite chambre et s’arrêta sur le seuil. 3 jeunes filles étaient assises sur un banc de bois vermoulu, la plus âgée enlaçant les 2 autres qui étaient en larme. En face, se trouvait le grand lit dans lequel était allongé la mère d’Isaac et auprès de qui un prêtre d’Orthas récitait la prière au mort. Elle était pale comme un spectre, et malgré tous les efforts du jeune garçon pour lui faire boire le précieux élixir, elle restait inerte.<br />
<br />
Raigo s’approcha d’Isaac :<br />
<br />
« C’est fini mon ami. Elle est partie…<br />
– Non… j’ai apporté le baume elle va s’en sortir.<br />
<br />
– Je suis désolé.<br />
– Non non non… »<br />
<br />
Isaac se laissa glisser au pied du lit. Il retenait ses larmes car il ne voulait pas paraître faible devant ses sœurs.<br />
<br />
Le prêtre s’approcha de Raigo :<br />
<br />
« Vous êtes un ami de la famille ?<br />
– En quelque sorte : j’ai rencontre Isaac sur ma route et l’ai conduit ici au plus vite.<br />
– C’est terrible… je n’ose penser aux efforts qu’il à dut faire pour obtenir cette potion…<br />
<br />
– C’est un brave garçon. Y’a t’il quelque chose que je puisse faire ?<br />
– La présence d’un ami ne sera pas de trop : ces enfants ont déjà perdu leur père de la même maladie il y’a quelques mois.<br />
– De quoi s’agit il exactement ?<br />
– C’est un mal qui fait des ravages dans la région. Nul ne sait vraiment d’où il vient mais… on pense que c’est une manifestation du… »<br />
<br />
Le prêtre hésita à prononcer le mot suivant :<br />
<br />
« C’est le Fléau ! »<br />
<br />
De tous les maux qui pouvait exister en ce monde, le Fléau était le pire de tous. Ce n’était pas le mal, ou bien la désolation, c’était un néant obscure, la négation même de l’existence. Mais c’était aussi une incroyable source de pouvoir, même pour un non magicien. N’importe qui pouvait en appeler à cette force en l’invoquant par la formule « Je suis la voix du Fléau et le Fléau est ma voie ». Nombreux était les mages à s’être crû capable de dompter ce pouvoir, mais tous sans exception furent petit à petit perverti par cette force qui les consuma jusqu’a en faire des Voies du Fléau, des êtres maudits et dont l’essence même devient une porte ouverte que le Fléau peut emprunter pour dévaster le monde.<br />
<br />
Raigo observa le jeune garçon et imaginait ce qui lui passait par la tête. Nombreux était ceux qui avait sombré dans le Fléau en voulant réaliser un acte altruiste :<br />
<br />
« Isaac : tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir…<br />
– Mais elle est quand même morte<br />
– La vie de toute personne est compté. Parfois le destin semble cruel, mais c’est ainsi.<br />
– Ca devrait pas ! On à déjà perdu papa… et maintenant ça nous à prit maman…<br />
– Je ne te demande qu’une chose Isaac : pour tes soeurs, ne t’engage pas sur la Voie du Fléau »<br />
<br />
Le jeune garçon regarda à nouveau le corps de sa mère, puis ses soeurs. Il soupira puis posa sa main sur son coeur :<br />
<br />
« Je le jure au nom de Qwal Reid Ap : je fais le serment de ne pas suivre le Fléau<br />
– Très bien Isaac. Pour ma part, je fais le serment de trouver la source du mal qui à frappé tes parents et de le détruire, même si je dois mourir pour cela ! »<br />
<br />
Raigo effectua le signe traditionnel des chevaliers prêtant serment : main sur le cœur, puis deux doigt pointé sur le front.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le chevalier avait aidé le prêtre à transporter le corps de la défunte mère d’Isaac jusqu’au temple d’Orthas. Elle y serait conserver par magie jusqu’à ce que les portes morts, les serviteurs de l’ordre d’Orthas qui voyageaient dans tous le pays a bord d’immense char, viennent prendre sa dépouille pour la conduire dans les montagnes où elle sera rendue à la terre.<br />
<br />
Raigo qui venait de Fiore, un royaume où les morts étaient plutôt rendu à la mer, avait du mal à envisager un tel rituel. Il respecta cependant les cultes locaux et pria Orthas d’apaiser les souffrances de cette femme, et de donner à ses enfants la force de continuer à vivre.<br />
<br />
Lorsqu’il retourna chez Isaac, la nuit tombait. La grande soeur d’Isaac, Joleene, était au fourneau tandis que la plus jeune, Mary, aidé de sa cadette Lisa, maintenait vif le foyer de la cheminée. Isaac était lui enfermé dans la chambre de sa mère.<br />
<br />
Joleene remercia Raigo pour son aide, ainsi que pour l’assistance qu’il avait porté à son frère. De toute évidence, la jeune femme essayait de rester forte pour endosser le rôle de mère qui venait de lui échoir.<br />
<br />
« Messire Raigo, vous avez êtes si bon avec mon frère… pourriez vous essayer de lui parler ? depuis votre départ au temple il n’a pas donner signe de vie.<br />
<br />
– Un homme doit parfois se confronter à la solitude pour devenir plus fort<br />
– Mais il est si jeune… pourquoi le destin le force à grandir si vite et à souffrir ainsi ? »<br />
<br />
La jeune femme se retint de sangloter. Raigo passa sa main sur son bras dans un geste de soutien. C’est alors qu’il entendit la voix de Isaac tonner derrière lui :<br />
<br />
« Hey ! je t’ai interdit de tourner autour des mes soeurs ! »<br />
<br />
Raigo esquissa un sourire : Isaac assumait son rôle d’homme de la maison, ce qui était un bon moyen d’aller de l’avant. Il partagea du regard ce sentiment avec Joleene qui regarda son petit frère avec fierté.<br />
<br />
« Pardonne moi mon jeune ami » répondit Raigo « mais tu n’étais pas là et ta soeur avait besoin de réconfort<br />
– Ouais c’est ça : profite pas que j’ai le dos tourné ! je t’ai cerné tu sais, t’es un beau parleur qui embobine les innocentes avec ta joli face, mais tu ne feras pas de peine à Joleene !<br />
– Allons Isaac : est ce une façon de parler à celui qui t’as tiré d’un mauvais pas ? dit la jeune femme<br />
– Silence femme !<br />
– Isaac ! »<br />
<br />
Le jeune garçon tout penaud baissa le regard tandis qu’il tortillait ses doigts<br />
<br />
« Excuse moi Joleene… »<br />
<br />
La jeune femme enlaça son frère tendrement :<br />
<br />
« C’est pas grave… après tout c’est vrai que c’est toi l’homme de la maison. Et je suis contente de savoir que tu veille sur Mary, Lisa et moi »<br />
<br />
Cette scène toucha plus encore le cœur du chevalier.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le grand salon des officiers de la guilde Ocelot, c’était effervescence. Réuni en une assemblé exceptionnel, les chevaliers et les haut dignitaire de la guilde s’étaient attablé pour faire le point de la situation.<br />
<br />
« Messire de Frey : êtes vous sur de vos informations ?<br />
– Assurément Sir Byron. Raigo sillonne la région et à eut une altercation avec nos hommes. C’est un miracle qu’il ne les ait pas tuer<br />
– Bon sang mais ce Raigo est il si redoutable que ça ? demanda un des chevaliers<br />
– Les rumeurs vont bon train sur lui » expliqua un autre chevalier « on dit qu’il peut raser une ville d’un geste de la main et que c’est un pourfendeur de dragon<br />
<br />
– Sottise : cela fait des millénaires qu’aucun dragon n’a survolé le ciel de Cadren ! répondit Sir Byron<br />
– Ce que je veux dire messire, c’est que justement nous avons là une légende plus que des preuves<br />
<br />
– Mettriez vous en doute mes paroles Desmond ?<br />
– Je dois admettre que je suis perplexe en tout cas. On entend beaucoup parler de ce soit disant justicier qui fait des ravages, mais qui l’a vraiment vu ? des paysans et des moins que rien qui raconteraient n’importe quoi pour un peu d’or ? ce n’est pas ce que j’appelle des éléments tangible »<br />
<br />
Alberich frappa du poing sur la table et s’empourpra de colère :<br />
<br />
« Sachez messire Desmond que ce tantôt, un des hommes de ma brigade est revenu percé d’un pieu d’argent pur qui s’est vaporisé à peine fût il enlever. Imaginez vous la puissance magique qu’il faut pour créer une telle arme ?<br />
– Je crois surtout que vos hommes sont des incapables et que cette histoire de « chevalier blanc » arrange bien vos affaires.<br />
– Il suffit ! encore un mot et je vous pourfend sur l’instant par Orthas !<br />
– Allons allons par Faaran ! essayerez vous de m’effrayer ?<br />
– Ce que je dis c’est que si c’est bien Raigo qui se trouve sur ces terres, et qu’il découvre qu’une voie du Fléau se cache par ici, il n’hésitera pas une seconde a ravager chaque pouce de terre d’ici jusqu’a Suuva pour la détruire.<br />
<br />
– Mais enfin messire De Frey, si ce Raigo est si puissant et qu’il peut détruire cette voie du Fléau, en quoi est ce un mal ? » demanda Sir Byron<br />
<br />
– Parce qu’on ne surnomme pas cet homme le typhon humain pour rien ! »<br />
<br />
Alberich quitta l’assemblé et reparti vers Harn Sicorn la rage au ventre.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le feu finissait de crépiter dans l’âtre de la cheminé. Joleene, assise sur une chaise à bascule, berçait Mary qui avais fini par s’endormir dans ses bras.<br />
<br />
Raigo lui, était assit à même le sol, à contempler le feu qui dansait.<br />
<br />
« Regardez les » dit Joleene en désignant Isaac et Lisa endormi l’un contre l’autre dans le large fauteuil du salon « ils ont l’air si paisible…<br />
– Le monde des rêves est un havre de paix » répondit Raigo « moi même j’aime à m’y plonger. Parfois lorsque j’en suis sur le seuil, j’arrive à sentir la presence de ma mère tout prêt de moi…<br />
<br />
– Votre mère est elle…<br />
– Je n’en sais rien. J’ai été laissé au bon soin d’un précepteur. De ce qu’il m’a dit, ma mère ne pouvait pas me garder car cela aurait mit ma vie en danger. Elle à du surement terriblement souffrir de cette décision, mais elle l’a faite pour me protéger.<br />
– D’après le récit que m’a fait Isaac, vous êtes maintenant assez fort pour vous défendre : n’avez vous jamais songé à la retrouver ?<br />
– C’est en parti pour cela que j’erre dans ce monde. Je cherche à retrouver sa trace et qui sait, à la sauver de cette menace qui pesait sur elle.<br />
– Ca doit être terrible de ne pas connaitre sa mère » dit Joleene à voix basse<br />
– En effet, cela n’a pas toujours été facile. Mais comme je vous le disais, dans mon sommeil je sens sa présence. C’est comme si elle était assise juste à côté de moi, à me regarder. Je sens parfois sa main passer dans mes cheveux. Et j’entend sa voix, une voix si pure…<br />
– Et que vous dit elle ? »<br />
<br />
Le chevalier se pinça les levres :<br />
<br />
« Elle… elle me dit qu’elle m’aime… et qu’elle est fière de moi.<br />
– C’est la plus belle chose qu’une mère puisse dire à un enfant. Et je la comprend : vous êtes un vaillant chevalier »<br />
<br />
Raigo se releva et jeta un oeil à la fenêtre : la lune inondait le ciel de sa douce lumière que seul quelques nuages atténuait de temps à autre. Il entraperçu alors une ombre se faufiler dans la grange voisine.<br />
<br />
« Joleene, restez ici avec les enfants<br />
– Que ce passe t’il ? vous avez vu quelque chose ?<br />
– Ca n’est peut être rien, je vais m’en assurer<br />
– Soyez prudent ! »<br />
<br />
Le chevalier se dirigea à grand pas vers la grange, sans ce soucier d’être vu. Il se concentrait afin de sentir les vibrations dans l’air et ainsi sentir les présence hostiles.<br />
<br />
Quelqu’un tentait d’arriver dans son dos.<br />
<br />
Raigo savait qu’il avait le temps de manoeuvrer, aussi il laissa l’assaillant arriver juste a bonne distance pour agir. Il porta le poids de son corps sur sa gauche, puis pivota en armant le poing droit pour frapper.<br />
<br />
Comme il le pensait sa cible fût surprise et immédiatement projeté au sol. Les nuages s’eclipsèrent laissant paraitre l’adversaire du chevalier. C’était un homme dont le visage était marqué de glyphe et de symbole alchimique.<br />
<br />
« Que fais tu ici bandit !? » demanda Raigo « Va t’en au plus vite si tu tiens à la vie ! »<br />
<br />
En guise de réponse, L’homme frappa ses paumes ce qui fit s’illuminer les symboles sur son visage, et révéla encore plus de glyphe et de symbole alchimique sur tout son corps.<br />
<br />
L’homme commença à incanter :<br />
<br />
« Je suis la voix du Fléau et le Fléau est ma voie… »<br />
<br />
Sans trembler, Raigo se précipita sur son adversaire et le frappa de toutes ses forces. Un éclair jaillit de son poing dans un bruit de tonnerre, éclairant la nuit d’une intense lueur.<br />
<br />
L’homme était toujours debout, entouré d’une brume macabre qui avait formé un bouclier autour de lui.<br />
<br />
« vil engeance ! » dit Raigo « je suis presque content que tu sois là : je vais pouvoir libérer un peu de ma colère contre toi ! »<br />
<br />
Brandissant la main vers les cieux, Raigo en appela aux puissances divines :<br />
<br />
« Ombre infame ! au nom de Gaizer je vais te détruire ! »<br />
<br />
La foudre s’abatit sur le poing de Raigo et devint une énorme sphère crépitante. Le chevalier la propulsa vers son adversaire, mais aussitôt celui plongea sur le côté pour éviter l’attaque. Il se précipita aussitôt sur Raigo pour contre attaquer, mais ce dernier resta de marbre. Il fit un geste rapide de la main, et aussitôt la sphère d’énergie changea de direction et frappa sa cible.<br />
<br />
La puissance de la foudre se libéra, brûlant une grande partie du visage de l’homme, détruisant en partie les symboles source de son pouvoir. Sans lui laisser l’opportunité de réagir, Raigo porta une nouvelle attaque, cette fois ci en concentrant l’énergie pour invoquer des pieux d’argents. Toujours avec la puissance de la foudre, il propulsa ces derniers sur son adversaire pour l’achever.<br />
<br />
Mais les forces du Fléau étaient déjà à l’oeuvre : le corps de l’homme s’enflamma de toute part et sa peau se mit à ressembler à de la roche volcanique. Il put ainsi recevoir sans mal les pieux d’argent, et répondre par un souffle enflammé.<br />
<br />
La violence de l’attaque repoussa Raigo qui ne dut qu’a son incroyable volonté de ne pas succomber au choc. L’homme s’adressa à lui d’une voix inhumaine :<br />
<br />
« Humain ! votre fin est proche : je vais me nourrir de vos vies et ouvrir la voie à mon maitre !<br />
– Engeance maudite ! quiconque sert le Fléau est mon ennemi ! Ne croit pas que je suis un adversaire ordinaire !<br />
<br />
– Et qui est tu donc ?<br />
– Je suis Raigo le chevalier blanc, la foudre d’Harujon, fils des orages et des éclairs ! Et comme je l’ai promis à mon ami, je vais te détruire !<br />
– Oh tu parles de l’enfant ! Il sera bientôt à moi tu m’entends ! à moi !<br />
– Comment ose tu…<br />
– Voila bien des années que j’attends mon heure, mais maintenant je vais pouvoir me libérer !<br />
– Pas si je te détruis avant ! »<br />
<br />
Avec courage, Raigo attaqua de nouveau la Voie du Fléau tandis qu’elle canaliser de l’énergie. La brume macabre se mit à se répandre et à atteindre la maison. Raigo plongea la main dans la brume et poussa un cri de guerre qui raisonna à des lieux à la ronde tandis qu’un puissant éclair traversa la trainée obscure. Celle ci se désagrégea sous la violence du choc.<br />
<br />
« Ainsi donc tu protèges cette famille ? » demanda la Voie du Fléau<br />
– Tu as assez fait souffrir ces gens ! et pour cela tu va payer !<br />
– Je n’ai pas de compte à rendre mortel ! Tu ne m’empêchera pas de revenir ! »<br />
<br />
Déterminer à en finir coûte que coûte, Raigo joignit les mains et se concentra pour accumuler autant de puissance que possible.<br />
<br />
« Au nom de Gaizer subit la colère de Raigo : QUE L’ECLAIR SANCTUAIRE TE TERRASSE ! »<br />
<br />
L’énergie libéré fut si puissante que pendant un instant on aurait put croire qu’il faisait jour. La Voie du Fléau, incapable de résister, dut battre en retraite. Le corps de l’homme se mit alors à émettre un torrent de brume qui s’évapora dans les airs. Il ne restait plus de l’homme qu’un cadavre déséché couvert de brûlures et de marques alchimiques.<br />
<br />
Exténué, Raigo mit un genou à terre, mais savoura sa victoire.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, une division des troupes d’élite Zey Fema du clan Ocelot arriva au village d’Isaac avec a sa tête Alberich de Frey. Suivant les témoignages des habitants du village, peu enclin à mentir à un groupe d’hommes en arme, il parvint à la maison du jeune garçon.<br />
<br />
Lisa et Mary étaient assises sur le pas de la porte pour jouer à la poupée.<br />
<br />
« Bonjour petites dames » dit Alberich avec une extrême politesse « Je recherche un homme qui à fait route vers votre village hier<br />
– Vous cherchez Raigo ? » demanda Mary<br />
<br />
Alberich acquiesa. C’est alors qu’apparut Joleene sur le pas de la porte.<br />
<br />
« Que voulez vous à messire Raigo ? demanda t’elle en faisant signe a ses soeurs de rentrer.<br />
– Je ne lui cherche pas querelle : au contraire je souhaiterai soliciter son aide<br />
– La même aide que vous avez accordé à ma famille lorsque le Fléau frappait les miens et que vous vendiez des baumes à prix d’or ?<br />
– C’est justement pour combattre le Fléau que je souhaite son aide. Voyez vous, mes maitres ont cru qu’ils pouvaient laisser germer le Fléau pour en tirer des profits. Mais j’ai beau être un serviteur fidèle, je n’en reste pas moins convaincu qu’il ne faudrait jamais recourir à de tel pouvoir, ni laisser un tel mal se répandre. Je sais que cela ne ramenera pas vos proches, mais si vous voulez protéger ce qui reste de votre famille, je dois m’entretenir avec Raigo. »<br />
<br />
Joleene esquissa un sourire<br />
<br />
« Vous l’avez manqué de peu messire. Le chevalier Raigo à prit la route au lever du soleil… mais ne vous en faites pas pour ça : il s’est déjà chargé de votre problème<br />
– Plait il ?<br />
– Il à découvert pourquoi notre famille était frappé de maléfice : quelqu’un avait entravé le Fléau sur notre village, utilisant les fondations des maisons pour cacher des symboles magiques chargé de le soumettre. Mais avec le temps ces protections se sont affaiblit, et le Fléau s’est nourri de l’essence vitale des gens. C’est ce qui explique tout ces morts… »<br />
<br />
Alberich resta coi. Joleene reprit son récit :<br />
<br />
« Ceci dit, il restait encore un peu de magie qui rentenait cette abomination, alors elle devait nous détruire pour pouvoir se répandre. Mais Raigo c’est opposé à elle et l’a détruite par la seule force de son poing ! »<br />
<br />
Le chevalier de Frey fit signe a ses hommes de repartir :<br />
<br />
« Bien, il faut croire en effet que nous n’avons plus rien à faire ici. Madame, permettez moi de vous demander pardon pour vous avoir importunée<br />
– Ca n’est rien, mais à l’avenir dites à vos maitres qu’il y’a des forces en ce monde avec lesquelles il ne faut pas jouer !<br />
– Oh soyez sûr qu’a mon retour certains vont m’entendre : il est des choses que même ma loyauté ne saurais passer sous silence »<br />
<br />
Alberich salua Joleene avec autant d’élégance qu’il lui avait dit bonjour et se retira.<br />
<br />
Lorsque les Zey Fema furent parti, Raigo sorti de la grange accompagné d’Opaline.<br />
<br />
« Merci Joleene, je n’aime pas trop rendre des comptes a ce genre d’individu<br />
– Je comprends. Ceci dit ce Chevalier de Frey m’a surprise. Il avait l’air sincère lorsqu’il disait ne pas savoir.<br />
– C’est la tragédie de certains hommes droits d’avoir de mauvais maitre… Mes amis je vais devoir partir<br />
– Votre quête continue chevalier ?<br />
– Oui, je dois continuer à arpenter ce monde à la recherche de cet étrange papillon bleu qu’on appelle l’amour »<br />
<br />
Raigo enlaça Joleene et salua ensuite Mary puis Lisa et enfin Isaac à qui il serra la main :<br />
<br />
« C’est ainsi que se saluent des amis » dit Raigo<br />
<br />
Isaac lui sauta dans les bras et ajouta :<br />
<br />
« Et c’est comme ça que se saluent les frères… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la région de Rhen Varat, on raconte qu’un cavalier monté sur une jument blanche parcours les chemins pour défendre la veuve et l’orphelin. On dit qu’il est sans pitié contre les brigands, et qu’aucun danger ne lui fait peur. Certains disent qu’il serait un Dieu tombé des cieux, d’autres, qu’il serait une menace pour le monde. Mais si un jour vous croisez le chemin de cet homme, rappelez-vous qu’il ne cherche ni fortune ni gloire. Celui qu’on surnomme la foudre d’Harujon, le typhon humain, le fils des orages et des éclairs ne cherche qu’une chose en ce monde : retrouver l’amour d’une mère et défendre la dignité des faibles.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[**Le légende de Raigo**<br />
<br />
Haletant, le souffle court, le jeune Isaac se tenait dos à un grand arbre moussue en guettant le passage des cavaliers. Le bruit lourd de leurs chevaux qui martelait le sol de la forêt comme un roulement de tonnerre terrifiait le garçon au fur et à mesure qu’il s’approchait de lui. Il se recroquevilla alors encore plus, pour être dissimulé par les hautes herbes, priant Lywen de lui offrir refuge.<br />
<br />
Les deux cavaliers passèrent devant lui au grand galop, le cherchant du regard sur la piste du sentier. Ils continuèrent ainsi durant quelques 300 pas de distance, puis finirent par s’arrêter.<br />
<br />
De là où il se trouvait, Isaac ne pouvait que deviner ce qu’ils étaient en train de se dire. Sans doute conscient qu’il n’aurait jamais put les distancer à pied, ils se doutaient qu’il s’était caché le long de la route. La crainte du jeune garçon se confirma lorsque les cavaliers remontèrent le sentier en sens inverse à plus petite allure, chacun scrutant d’un côté de la route.<br />
<br />
Isaac regarda vers les profondeurs des bois, se demandant si y chercher refuge n’était pas une solution. Cependant, il savait depuis qu’il était haut comme trois pomme que l’endroit était hanté, et que des créatures féroces y habitaient. Bien entendu, le danger le plus pressant était ces hommes, mais le courage manqua à Isaac, trop timoré par les histoires terrible que son grand-père lui avait racontés lorsqu’il était petit.<br />
<br />
Les cavaliers étaient maintenant à moins de 15 pas de lui. Ils l’interpellait et lui ordonnait de se rendre. Peut être valait il mieux obtempérer et espérer leur clémence ? Serrant les poings, Isaac se redressa lentement et avança d’un pas mesurer vers le sentier.<br />
<br />
Retrouvant enfin leur proie, les cavaliers s’arrêtèrent. L’un d’eux descendit de cheval et s’approcha du garçon.<br />
<br />
« Hé bien sale petit morveux : on peut dire que tu nous auras fait courir !<br />
– Du calme Zeryak » dit l’autre cavalier « ne va pas l’effrayer de nouveau : je n’ai pas envie de devoir lui redonner la chasse<br />
– Soit tranquille Valyus, j’ai aussi peu envie que toi de rester dans ce coin perdu »<br />
<br />
Le cavalier avança vers le jeune garçon et tendit la main.<br />
<br />
« Aller espèce de petit rat : rend nous la fiole »<br />
<br />
Isaac fouilla dans sa petite besace de cuir bourré de paille et en retira la fiole. De la taille de son poing, elle contenait un liquide brillant aux éclats bleus et aciers qui dansait à chacun de ses mouvements. Le jeune garçon la fixa, torturé par une hésitation facilement perceptible. Il regarda en direction des cavaliers, et armé de ce qu’il lui restait de courage, entreprit de plaider sa cause :<br />
<br />
« Pitié messires ! j’ai besoin de cette potion : la vie de ma mère en dépend !<br />
– C’est ça… » répondit Zeryak « si tu en as tellement besoin tu n’as qu’a la payer cette fiole !<br />
– Je n’en ai pas les moyens messires… mais je vous jure par Tika de la payer un jour !<br />
– Petit je ne crois pas que la déesse de la Bonne Fortune nous remboursera assez vite alors que je suis certains qu’on peut vendre cette mixture à bon prix avant ce soir !<br />
– Je vous en prie ! elle va mourir… pitié au nom de la miséricorde de Lywen ! »<br />
<br />
Excédé par les suppliques du garçon, Zeryak l’empoigna par le col et le plaqua contre un arbre. Isaac regarda désespérer la fiole lui échapper des mains et rouler par terre.<br />
<br />
« Gibier de potence… Je devrais te couper la main pour t’apprendre ce qu’il en coûte de voler notre Guilde ! »<br />
<br />
Étouffé par l’étreinte du cavalier, Isaac sentait ses forces l’abandonner et son esprit sur le point de sombrer. Avec le peu de volonté qui lui restait, il pria Lywen.<br />
<br />
Zeryak fini par le relâcher. Il tomba à quatre patte sur le sol, haletant à plein poumon. Le cavalier ramassa la fiole et s’apprêta a remonter à cheval lorsque soudain il sentit quelque chose s’agripper a sa jambe. C’était Isaac, cramponné de toutes ses forces, qui essayait de le retenir :<br />
<br />
« Il me faut cette potion, je vous en prie…<br />
– Par Orthas ! Tu es borné gamin : ne m’oblige pas à tirer l’épée ! »<br />
<br />
Il frappa Isaac du pied pour le faire lâcher, mais le jeune garçon s’accrochait avec la force du désespoir. Zeryak porta la main à son fourreau pour tirer son épée, mais il fut interrompu dans son geste.<br />
<br />
Venant de l’Est, un gigantesque destrier arrivait dans leur direction. C’était un splendide animal, entièrement blanc, et dont la crinière semblait faite de fil d’argent. Juché dessus se trouvait un jeune homme d’une vingtaine d’année, portant l’épée au côté. Il avait une longue chevelure blonde brillante comme le soleil qui lui tombait sur les épaules, et un regard tout aussi fier qu’indomptable. Il portait un long manteau d’un rouge vif entrouvert laissant voir une chemise grise fait d’étoffe précieuse. Le reste de sa tenue, pantalon, ceinture et bottes, étaient dans la même teinte de blanc et de gris.<br />
<br />
Le jeune homme fit ralentir l’allure a sa monture et s’approcha au pas jusqu’à Zeryak et Isaac. Ce dernier, redoutant la réaction du jeune homme, lui donna un semblant d’explication :<br />
<br />
« Salut à toi voyageur : ne te méprends pas, nous sommes au service de la guilde Ocelot, et nous étions en affaire avec ce petit rat car il nous à volé »<br />
<br />
Le jeune homme observa Zeryak ainsi qu’Isaac puis répondit d’une voix paisible :<br />
<br />
« Je comprends : je ne peux pas vous reprocher de poursuivre un voleur…<br />
– Pitié messire ! » supplia Isaac « Sans cette potion ma mère va mourir ! »<br />
<br />
Zeryak frappa le jeune garçon du plat de la main pour le faire taire.<br />
<br />
« Halte ! » dit le jeune homme « Qu’est ce que c’est que cette histoire ?<br />
– Ne te mêle pas de ça voyageur !<br />
– Petit : est ce vrai que ta mère a besoin de cette fiole ? » interrogea le jeune homme<br />
– Je le jure Messire ! Je le jure au nom de Lywen ! » répondit Isaac tout en se défendant.<br />
<br />
Le jeune homme mit pied à terre et s’avança pour arrêter Zeryak. Ce dernier tira l’épée et la pointa sur lui tandis que Valyus, toujours sur son cheval, tira une arbalète de son paquetage et visa la même cible :<br />
<br />
« Ca suffit maintenant ! » dit il « remonte sur ton canasson et reprend ta route voyageur ou je me verrai obligé de t’abattre… et soit sûr qu’a cette distance ça sera un jeu d’enfant !<br />
– Alors dit à ton camarade de laisser l’enfant.<br />
– Zeryak, lâche le gamin<br />
– Mais…<br />
– Ne discute pas ! »<br />
<br />
Isaac se précipita derrière le jeune homme. Ce dernier continuait de fixer Zeryak qui n’avait toujours pas rengainer son épée.<br />
<br />
« Je veux vous acheter cette fiole » dit le jeune homme « quel est votre prix ? »<br />
<br />
Les deux cavaliers se regardèrent avec surprise. Après un moment d’hésitation, Valyus répondit :<br />
<br />
« Nous en voulons 1500 Tikas ! »<br />
<br />
Le jeune homme pesta intérieurement.<br />
<br />
« Par Orthas : quel breuvage magique peut valoir une telle somme ?<br />
– C’est un baume de Lywen ! » expliqua Isaac<br />
– C’est une plaisanterie ? en tout point de Fiore cette mixture ne vaux pas plus de 100 Tikas ! Vous moquez vous de moi ?<br />
– Désolé voyageur : c’est le tarif par ici » répondit Zeryak avec perfidie<br />
– Je comprends mieux… votre maudite guilde pousse les plus humble à voler. C’est vous les criminels !<br />
– Peut être mais en attendant si tu n’as pas d’or pour nous, nous gardons le baume… et estime toi heureux que nous en restions là !<br />
– Je vous offre 200 Tikas pour cette fiole : acceptez ou bien j’utiliserai la force ! »<br />
<br />
Zeryak pointa son épée juste sous la gorge du jeune homme.<br />
<br />
« Ah oui ? et avec quelle armée compte faire cela ? » ironisa-t’il « Tu sais quoi je vais être bon prince et te laisser prendre ton épée ! »<br />
<br />
Zeryak faisait mention à la lourde ceinture de cuir accrochée sur le cheval du voyageur et qui se terminait par un épais fourreau.<br />
<br />
« Je n’ai nul besoin de cette épée contre un ennemi désarmé ! » dit le voyageur en attrapant la lame de l’épée de Zeryak à main nue avant de la briser comme si ce n’était qu’une simple brindille.<br />
<br />
Immédiatement, Valyus décocha un carreau de son arbalète qui fila dans un sifflement serpentin droit sur le coeur du jeune homme. Mais alors que le carreau se trouvait à un pas de lui, sa trajectoire changea au point de lui faire manquer sa cible et d’arrêter sa course dans un grand chêne.<br />
<br />
Zeryak tenta de porter un coup d’estoc avec ce qui restait de son épée, mais son coup pourtant parfaitement appliqué fût dévié sur le côté par une force invisible. Déséquilibré par ce contre inattendu, il devint une cible facile pour le voyageur qui le terrassa d’un violent coup de poing. L’impact fut si puissant que Zeryak eut l’impression d’être frappé par la foudre.<br />
<br />
Valyus avait armé un nouveau carreau et s’apprêtait à tirer de nouveau, mais le jeune homme, plus prompt à réagir, porta un coup de poing dans sa direction qui dégagea comme éclair de lumière bleuâtre.<br />
<br />
L’instant suivant, Valyus était a terre, un pieu en métal planté dans l’épaule droite…<br />
<br />
« Je vous laisse la vie sauve car votre seul crime est votre avarice! » dit le voyageur « mais si vous tentez à nouveau de vous en prendre à moi ou à ce garçon, je serai aussi intransigeant que Qwal Reid Ap en personne ! »<br />
<br />
La menace était on ne peut plus claire et les deux membres de la Guilde Ocelot partirent sans demander leur reste, non sans avoir abandonner la fiole.<br />
<br />
Isaac la ramassa victorieux et remercia son sauveur tandis qu’au loin disparaissaient les silhouettes des deux cavaliers.<br />
<br />
« Merci monseigneur ! Grace à vous je vais pouvoir sauver ma mère !<br />
– De rien mon jeune ami : c’est le devoir de tout chevalier de porter assistance à ceux qui en ont besoin<br />
<br />
– Vous… vous êtes un chevalier du royaume ?<br />
– Pas exactement… je suis un humble voyageur qui parcours ce monde à la recherche de ce papillon bleu qu’on nomme l’amour… »<br />
<br />
Le jeune garçon resta perplexe. Bien qu’indiscutablement héroique, son sauveur lui semblait bien étrange.<br />
<br />
« Je m’appelle Isaac : je n’ai rien à vous offrir en remerciement, mais accepter de venir a mon village. Nous vous offrirons un abris pour la nuit et un repas. Ma soeur Joleene est une excellente cuisinière !<br />
– C’est bien aimable à toi jeune Isaac, mais tu n’as pas à me remercier<br />
– C’est une question d’honneur : je… je ne suis pas homme à oublier mes dettes ! »<br />
<br />
L’esprit chevalersque du garçon toucha le coeur du voyageur :<br />
<br />
« Très bien Isaac : j’accepte avec plaisir ton offre. Opaline et moi somme fourbu et une halte dans la chaleur d’un foyer nous ferra le plus grand bien<br />
– Opaline ? c’est votre cheval ?<br />
– Oui, c’est ma plus fidèle amie.<br />
– Je lui donnerai du fourrage, ne vous inquiétez pas<br />
– Oh c’est inutile… Opaline ne mange pas. »<br />
<br />
Le voyageur fit un signe a sa monture qui s’approcha docilement. Lorsqu’elle fût plus proche, le jeune garçon comprit alors pourquoi le chevalier avait dit cela.<br />
<br />
« Par Mugin ! c’est un minérae ! mais… je croyais que c’était des géants de pierre ?<br />
– Il existe plusieurs sorte de minérae, et la pierre n’est pas leur seule forme.<br />
– C’est… c’est une pierre d’opale ! une pierre d’opale en forme de cheval et qui bouge !<br />
– Hum… oui c’est assez bien résumé ! »<br />
<br />
La superbe jument toute faite de minerai blanc s’approcha du jeune garçon et pencha son museau vers lui. D’abord intimidé, il passa sa main dessus, encouragé par le regard bienveillant du voyageur.<br />
<br />
« C’est… c’est tout chaud ! on dirait presque un vrai cheval !<br />
– Mais elle l’est. La magie qui anime Opaline n’est pas si différente que la force vitale qui nous anime nous autres être de chair non ?<br />
– C’est vrai…  » acquiessa Isaac « dites… je pourrais monter avec vous ?<br />
– C’est à Opaline de répondre : je ne suis pas son maître, simplement son ami. »<br />
<br />
Le jeune garçon tourna son regard vers les yeux de la créature. Avec douceur, elle frotta son museau contre le visage du jeune garçon.<br />
<br />
« Je crois que tu as ta réponse » dit le voyageur « alors en selle et apportons au plus vite ce baume à ta mère ! »<br />
<br />
Le chevalier aida Isaac à grimper puis s’installa à son tour sur la créature d’opale. Il laissa le jeune garçon tenir les renes et guider Opaline vers son village.<br />
<br />
***<br />
<br />
Valyus et Zeryak avait chevauché à bride rabattu pour atteindre la ville d’Harn Sicorn au plus vite. La blessure de Valyus était assez sévère, et il allait lui falloir des soins de toute urgence. L’ironie de la situation n’échappa pas au cavalier : finir gravement blesser en essayant de récupérer une potion de soin lui vaudrait sans doute quelques quolibets.<br />
<br />
Ils arrivèrent enfin devant le grand portail de la guilde qui se trouvait à l’entré Sud de la cité. La guilde en elle même était une immense série d’entrepot où étaient stocker des marchandises et où les passager des caravanes alchimiques pouvaient embarquer. Les Ocelots grace à leur maitrise des techniques alchimiques, disposait du meilleur matériel qui soit. Cela avait fait d’eux la plus riche des guildes marchandes, mais aussi la plus crainte et la plus respecté.<br />
<br />
Lorsque les gardes virent arriver les deux cavaliers aussi mal en point, ils les conduisirent immédiatement dans la batisse qui faisait office de caserne a la milice privé des Ocelots, les terribles Zey Fema. Un médecin s’occupa de Valyus tandis qu’on oscultait Zeryak.<br />
<br />
L’agitation ainsi créer dans la Guilde attira l’attention de Sir Alberich de Frey, chevalier au service de Alister Ocelot, membre dirigeant de la famille Ocelot a Harn Sicorn.<br />
<br />
« Et bien ? en voila un raffut ! » dit-il de sa voix forte aux accents du nord « C’est ce morveux qui vous à fait cela ?<br />
– Non Sir Alberich… » expliqua Valyus tandis que le médecin retirait le pieu de son épaule « c’est… argh… c’est un voyageur…<br />
– Un voyageur ? te moques tu de moi ?<br />
– Je n’oserai jamais messire… c’était un homme seul, vêtu d’un long manteau rouge. Très jeune, avec de long cheveux blond… Il voyage sur une jument blanche… »<br />
<br />
Le visage d’Alberich s’assombrit :<br />
<br />
« Comment ça c’est produit ?<br />
– Nous avions rattrapé le gamin, et nous étions en train de lui reprendre la fiole… il s’est interposé, et le ton est monté. Zeryak l’a menacé de son épée mais…<br />
– mais quoi ?<br />
– Il l’a brisée<br />
– Il faut une sacrée poigne pour donner un coup d’épée capable d’en briser une autre !<br />
<br />
– Non messire… il… »<br />
<br />
Valyus hésita. Il lança un regard vers son compagnon qui acquiesça de la tête pour signifier qu’il confirmait ses dires.<br />
<br />
« Il l’a brisé avec ses mains…<br />
<br />
– C’est une plaisanterie ? Vos lames sont faites du meilleure acier Jafka et vous me dites qu’un voyageur anonyme l’a pulvérisé du bout des doigts ! »<br />
<br />
Alberich était fou de rage. Ces hommes ne comprenaient pas ce qui le mettait dans cet état. Valyus continua son récit espérant convaincre son supérieur qu’il ne se moquait pas de lui :<br />
<br />
« Après ça j’ai essayer de tirer un carreau sur lui, mais sans que je sache pourquoi…<br />
– … le carreau à été dévié n’est ce pas ? » coupa Alberich<br />
– Oui en effet…  »<br />
<br />
Alberich s’approcha du médecin et lui fit signe de lui donner le pieu qui avait frapper Valyus. Il était parfaitement lisse, et la pointe était particulièrement aiguisée. Il le soupesa et estima qu’il devait faire dans les 12 ou 13 livres.<br />
<br />
« C’est de l’argent pur… » dit il comme pour lui même<br />
– C’est absurde ! » dit le médecin « Un tel morceau d’argent vaut une fortune : qui ferait une arme pareil et la laisserai planter dans le bras de son adversaire ? »<br />
<br />
Alberich l’attrapa par un bout et le laissa pendre. Lentement, le pieu commença a se vaporiser.<br />
<br />
« Celui qui à fait ça a consolider les éléments de l’air pour invoquer cette arme.<br />
– Un alchimiste ? quel genre de cercle aurait il utilisé ?<br />
– Non c’est pire que ça. C’est de la magie divine !<br />
– Ca serait un prêtre ?<br />
– Absolument pas : c’est une véritable calamité qui se trouve dans les environs…<br />
– Mais enfin de qui parlez vous ?<br />
– Je ne connais qu’un seul homme capable de ça… celui qu’on surnomme la Foudre d’Harujon, le Typhon humain, le fils des orages et des éclairs… Cet homme ne peut être que Raigo, le chevalier blanc ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après un petit quart d’heure a arpenter la forêt, Raigo et Isaac arrivèrent au village de ce dernier. L’arrivé du chevalier et de son incroyable monture ne passa pas inaperçue. Chacun observait avec stupeur ou admiration la créature magique, mais aussi son fier cavalier.<br />
<br />
Les jeunes filles tombaient en pâmoisons devant l’air noble et élégant du chevalier qui ne manquait pas de leur adresser d’aimables saluts.<br />
<br />
« Hé ben ! tu es du genre à plaire aux filles toi ! » dit Isaac amusé<br />
– Je suis un chevalier, il est normal que j’exerce un peu de fascination<br />
– T’as surtout l’air d’aimer ça !<br />
– Comme je te l’ai dit, j’arpente ce monde à…<br />
– … à la recherche de ce papillon bleu qu’on nomme l’amour… oui oui ! je me rappel bien ! Par contre que les choses soient claires : je t’interdit de tourner autour de mes sœurs !<br />
– Tu me fais offense mon jeune ami. Un chevalier suis un code d’honneur très strict, et l’une de ses nombreuses règle et de ne jamais offenser la famille d’un ami.<br />
– Ouais… n’empêche que je t’ai à l’œil ! »<br />
<br />
Raigo amusé ébouriffa la tête du jeune garçon.<br />
<br />
Ils arrivèrent enfin devant la demeure d’Isaac. C’était un vieux corps de ferme fatigué au milieu duquel évoluait une bruyante basse-cour. A l’odeur, Raigo devina qu’il y’avait des bêtes plus imposante dans les étables, sans doutes des vaches ou des cochons.<br />
<br />
Isaac se précipita à l’intérieur, brandissant sa fiole avec fierté<br />
<br />
Raigo entra à son tour dans la maison. Il y régnait une atmosphère pesante, comme si le temps y était figé. Il traversa le couloir qui débouchait sur une petite chambre et s’arrêta sur le seuil. 3 jeunes filles étaient assises sur un banc de bois vermoulu, la plus âgée enlaçant les 2 autres qui étaient en larme. En face, se trouvait le grand lit dans lequel était allongé la mère d’Isaac et auprès de qui un prêtre d’Orthas récitait la prière au mort. Elle était pale comme un spectre, et malgré tous les efforts du jeune garçon pour lui faire boire le précieux élixir, elle restait inerte.<br />
<br />
Raigo s’approcha d’Isaac :<br />
<br />
« C’est fini mon ami. Elle est partie…<br />
– Non… j’ai apporté le baume elle va s’en sortir.<br />
<br />
– Je suis désolé.<br />
– Non non non… »<br />
<br />
Isaac se laissa glisser au pied du lit. Il retenait ses larmes car il ne voulait pas paraître faible devant ses sœurs.<br />
<br />
Le prêtre s’approcha de Raigo :<br />
<br />
« Vous êtes un ami de la famille ?<br />
– En quelque sorte : j’ai rencontre Isaac sur ma route et l’ai conduit ici au plus vite.<br />
– C’est terrible… je n’ose penser aux efforts qu’il à dut faire pour obtenir cette potion…<br />
<br />
– C’est un brave garçon. Y’a t’il quelque chose que je puisse faire ?<br />
– La présence d’un ami ne sera pas de trop : ces enfants ont déjà perdu leur père de la même maladie il y’a quelques mois.<br />
– De quoi s’agit il exactement ?<br />
– C’est un mal qui fait des ravages dans la région. Nul ne sait vraiment d’où il vient mais… on pense que c’est une manifestation du… »<br />
<br />
Le prêtre hésita à prononcer le mot suivant :<br />
<br />
« C’est le Fléau ! »<br />
<br />
De tous les maux qui pouvait exister en ce monde, le Fléau était le pire de tous. Ce n’était pas le mal, ou bien la désolation, c’était un néant obscure, la négation même de l’existence. Mais c’était aussi une incroyable source de pouvoir, même pour un non magicien. N’importe qui pouvait en appeler à cette force en l’invoquant par la formule « Je suis la voix du Fléau et le Fléau est ma voie ». Nombreux était les mages à s’être crû capable de dompter ce pouvoir, mais tous sans exception furent petit à petit perverti par cette force qui les consuma jusqu’a en faire des Voies du Fléau, des êtres maudits et dont l’essence même devient une porte ouverte que le Fléau peut emprunter pour dévaster le monde.<br />
<br />
Raigo observa le jeune garçon et imaginait ce qui lui passait par la tête. Nombreux était ceux qui avait sombré dans le Fléau en voulant réaliser un acte altruiste :<br />
<br />
« Isaac : tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir…<br />
– Mais elle est quand même morte<br />
– La vie de toute personne est compté. Parfois le destin semble cruel, mais c’est ainsi.<br />
– Ca devrait pas ! On à déjà perdu papa… et maintenant ça nous à prit maman…<br />
– Je ne te demande qu’une chose Isaac : pour tes soeurs, ne t’engage pas sur la Voie du Fléau »<br />
<br />
Le jeune garçon regarda à nouveau le corps de sa mère, puis ses soeurs. Il soupira puis posa sa main sur son coeur :<br />
<br />
« Je le jure au nom de Qwal Reid Ap : je fais le serment de ne pas suivre le Fléau<br />
– Très bien Isaac. Pour ma part, je fais le serment de trouver la source du mal qui à frappé tes parents et de le détruire, même si je dois mourir pour cela ! »<br />
<br />
Raigo effectua le signe traditionnel des chevaliers prêtant serment : main sur le cœur, puis deux doigt pointé sur le front.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le chevalier avait aidé le prêtre à transporter le corps de la défunte mère d’Isaac jusqu’au temple d’Orthas. Elle y serait conserver par magie jusqu’à ce que les portes morts, les serviteurs de l’ordre d’Orthas qui voyageaient dans tous le pays a bord d’immense char, viennent prendre sa dépouille pour la conduire dans les montagnes où elle sera rendue à la terre.<br />
<br />
Raigo qui venait de Fiore, un royaume où les morts étaient plutôt rendu à la mer, avait du mal à envisager un tel rituel. Il respecta cependant les cultes locaux et pria Orthas d’apaiser les souffrances de cette femme, et de donner à ses enfants la force de continuer à vivre.<br />
<br />
Lorsqu’il retourna chez Isaac, la nuit tombait. La grande soeur d’Isaac, Joleene, était au fourneau tandis que la plus jeune, Mary, aidé de sa cadette Lisa, maintenait vif le foyer de la cheminée. Isaac était lui enfermé dans la chambre de sa mère.<br />
<br />
Joleene remercia Raigo pour son aide, ainsi que pour l’assistance qu’il avait porté à son frère. De toute évidence, la jeune femme essayait de rester forte pour endosser le rôle de mère qui venait de lui échoir.<br />
<br />
« Messire Raigo, vous avez êtes si bon avec mon frère… pourriez vous essayer de lui parler ? depuis votre départ au temple il n’a pas donner signe de vie.<br />
<br />
– Un homme doit parfois se confronter à la solitude pour devenir plus fort<br />
– Mais il est si jeune… pourquoi le destin le force à grandir si vite et à souffrir ainsi ? »<br />
<br />
La jeune femme se retint de sangloter. Raigo passa sa main sur son bras dans un geste de soutien. C’est alors qu’il entendit la voix de Isaac tonner derrière lui :<br />
<br />
« Hey ! je t’ai interdit de tourner autour des mes soeurs ! »<br />
<br />
Raigo esquissa un sourire : Isaac assumait son rôle d’homme de la maison, ce qui était un bon moyen d’aller de l’avant. Il partagea du regard ce sentiment avec Joleene qui regarda son petit frère avec fierté.<br />
<br />
« Pardonne moi mon jeune ami » répondit Raigo « mais tu n’étais pas là et ta soeur avait besoin de réconfort<br />
– Ouais c’est ça : profite pas que j’ai le dos tourné ! je t’ai cerné tu sais, t’es un beau parleur qui embobine les innocentes avec ta joli face, mais tu ne feras pas de peine à Joleene !<br />
– Allons Isaac : est ce une façon de parler à celui qui t’as tiré d’un mauvais pas ? dit la jeune femme<br />
– Silence femme !<br />
– Isaac ! »<br />
<br />
Le jeune garçon tout penaud baissa le regard tandis qu’il tortillait ses doigts<br />
<br />
« Excuse moi Joleene… »<br />
<br />
La jeune femme enlaça son frère tendrement :<br />
<br />
« C’est pas grave… après tout c’est vrai que c’est toi l’homme de la maison. Et je suis contente de savoir que tu veille sur Mary, Lisa et moi »<br />
<br />
Cette scène toucha plus encore le cœur du chevalier.<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le grand salon des officiers de la guilde Ocelot, c’était effervescence. Réuni en une assemblé exceptionnel, les chevaliers et les haut dignitaire de la guilde s’étaient attablé pour faire le point de la situation.<br />
<br />
« Messire de Frey : êtes vous sur de vos informations ?<br />
– Assurément Sir Byron. Raigo sillonne la région et à eut une altercation avec nos hommes. C’est un miracle qu’il ne les ait pas tuer<br />
– Bon sang mais ce Raigo est il si redoutable que ça ? demanda un des chevaliers<br />
– Les rumeurs vont bon train sur lui » expliqua un autre chevalier « on dit qu’il peut raser une ville d’un geste de la main et que c’est un pourfendeur de dragon<br />
<br />
– Sottise : cela fait des millénaires qu’aucun dragon n’a survolé le ciel de Cadren ! répondit Sir Byron<br />
– Ce que je veux dire messire, c’est que justement nous avons là une légende plus que des preuves<br />
<br />
– Mettriez vous en doute mes paroles Desmond ?<br />
– Je dois admettre que je suis perplexe en tout cas. On entend beaucoup parler de ce soit disant justicier qui fait des ravages, mais qui l’a vraiment vu ? des paysans et des moins que rien qui raconteraient n’importe quoi pour un peu d’or ? ce n’est pas ce que j’appelle des éléments tangible »<br />
<br />
Alberich frappa du poing sur la table et s’empourpra de colère :<br />
<br />
« Sachez messire Desmond que ce tantôt, un des hommes de ma brigade est revenu percé d’un pieu d’argent pur qui s’est vaporisé à peine fût il enlever. Imaginez vous la puissance magique qu’il faut pour créer une telle arme ?<br />
– Je crois surtout que vos hommes sont des incapables et que cette histoire de « chevalier blanc » arrange bien vos affaires.<br />
– Il suffit ! encore un mot et je vous pourfend sur l’instant par Orthas !<br />
– Allons allons par Faaran ! essayerez vous de m’effrayer ?<br />
– Ce que je dis c’est que si c’est bien Raigo qui se trouve sur ces terres, et qu’il découvre qu’une voie du Fléau se cache par ici, il n’hésitera pas une seconde a ravager chaque pouce de terre d’ici jusqu’a Suuva pour la détruire.<br />
<br />
– Mais enfin messire De Frey, si ce Raigo est si puissant et qu’il peut détruire cette voie du Fléau, en quoi est ce un mal ? » demanda Sir Byron<br />
<br />
– Parce qu’on ne surnomme pas cet homme le typhon humain pour rien ! »<br />
<br />
Alberich quitta l’assemblé et reparti vers Harn Sicorn la rage au ventre.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le feu finissait de crépiter dans l’âtre de la cheminé. Joleene, assise sur une chaise à bascule, berçait Mary qui avais fini par s’endormir dans ses bras.<br />
<br />
Raigo lui, était assit à même le sol, à contempler le feu qui dansait.<br />
<br />
« Regardez les » dit Joleene en désignant Isaac et Lisa endormi l’un contre l’autre dans le large fauteuil du salon « ils ont l’air si paisible…<br />
– Le monde des rêves est un havre de paix » répondit Raigo « moi même j’aime à m’y plonger. Parfois lorsque j’en suis sur le seuil, j’arrive à sentir la presence de ma mère tout prêt de moi…<br />
<br />
– Votre mère est elle…<br />
– Je n’en sais rien. J’ai été laissé au bon soin d’un précepteur. De ce qu’il m’a dit, ma mère ne pouvait pas me garder car cela aurait mit ma vie en danger. Elle à du surement terriblement souffrir de cette décision, mais elle l’a faite pour me protéger.<br />
– D’après le récit que m’a fait Isaac, vous êtes maintenant assez fort pour vous défendre : n’avez vous jamais songé à la retrouver ?<br />
– C’est en parti pour cela que j’erre dans ce monde. Je cherche à retrouver sa trace et qui sait, à la sauver de cette menace qui pesait sur elle.<br />
– Ca doit être terrible de ne pas connaitre sa mère » dit Joleene à voix basse<br />
– En effet, cela n’a pas toujours été facile. Mais comme je vous le disais, dans mon sommeil je sens sa présence. C’est comme si elle était assise juste à côté de moi, à me regarder. Je sens parfois sa main passer dans mes cheveux. Et j’entend sa voix, une voix si pure…<br />
– Et que vous dit elle ? »<br />
<br />
Le chevalier se pinça les levres :<br />
<br />
« Elle… elle me dit qu’elle m’aime… et qu’elle est fière de moi.<br />
– C’est la plus belle chose qu’une mère puisse dire à un enfant. Et je la comprend : vous êtes un vaillant chevalier »<br />
<br />
Raigo se releva et jeta un oeil à la fenêtre : la lune inondait le ciel de sa douce lumière que seul quelques nuages atténuait de temps à autre. Il entraperçu alors une ombre se faufiler dans la grange voisine.<br />
<br />
« Joleene, restez ici avec les enfants<br />
– Que ce passe t’il ? vous avez vu quelque chose ?<br />
– Ca n’est peut être rien, je vais m’en assurer<br />
– Soyez prudent ! »<br />
<br />
Le chevalier se dirigea à grand pas vers la grange, sans ce soucier d’être vu. Il se concentrait afin de sentir les vibrations dans l’air et ainsi sentir les présence hostiles.<br />
<br />
Quelqu’un tentait d’arriver dans son dos.<br />
<br />
Raigo savait qu’il avait le temps de manoeuvrer, aussi il laissa l’assaillant arriver juste a bonne distance pour agir. Il porta le poids de son corps sur sa gauche, puis pivota en armant le poing droit pour frapper.<br />
<br />
Comme il le pensait sa cible fût surprise et immédiatement projeté au sol. Les nuages s’eclipsèrent laissant paraitre l’adversaire du chevalier. C’était un homme dont le visage était marqué de glyphe et de symbole alchimique.<br />
<br />
« Que fais tu ici bandit !? » demanda Raigo « Va t’en au plus vite si tu tiens à la vie ! »<br />
<br />
En guise de réponse, L’homme frappa ses paumes ce qui fit s’illuminer les symboles sur son visage, et révéla encore plus de glyphe et de symbole alchimique sur tout son corps.<br />
<br />
L’homme commença à incanter :<br />
<br />
« Je suis la voix du Fléau et le Fléau est ma voie… »<br />
<br />
Sans trembler, Raigo se précipita sur son adversaire et le frappa de toutes ses forces. Un éclair jaillit de son poing dans un bruit de tonnerre, éclairant la nuit d’une intense lueur.<br />
<br />
L’homme était toujours debout, entouré d’une brume macabre qui avait formé un bouclier autour de lui.<br />
<br />
« vil engeance ! » dit Raigo « je suis presque content que tu sois là : je vais pouvoir libérer un peu de ma colère contre toi ! »<br />
<br />
Brandissant la main vers les cieux, Raigo en appela aux puissances divines :<br />
<br />
« Ombre infame ! au nom de Gaizer je vais te détruire ! »<br />
<br />
La foudre s’abatit sur le poing de Raigo et devint une énorme sphère crépitante. Le chevalier la propulsa vers son adversaire, mais aussitôt celui plongea sur le côté pour éviter l’attaque. Il se précipita aussitôt sur Raigo pour contre attaquer, mais ce dernier resta de marbre. Il fit un geste rapide de la main, et aussitôt la sphère d’énergie changea de direction et frappa sa cible.<br />
<br />
La puissance de la foudre se libéra, brûlant une grande partie du visage de l’homme, détruisant en partie les symboles source de son pouvoir. Sans lui laisser l’opportunité de réagir, Raigo porta une nouvelle attaque, cette fois ci en concentrant l’énergie pour invoquer des pieux d’argents. Toujours avec la puissance de la foudre, il propulsa ces derniers sur son adversaire pour l’achever.<br />
<br />
Mais les forces du Fléau étaient déjà à l’oeuvre : le corps de l’homme s’enflamma de toute part et sa peau se mit à ressembler à de la roche volcanique. Il put ainsi recevoir sans mal les pieux d’argent, et répondre par un souffle enflammé.<br />
<br />
La violence de l’attaque repoussa Raigo qui ne dut qu’a son incroyable volonté de ne pas succomber au choc. L’homme s’adressa à lui d’une voix inhumaine :<br />
<br />
« Humain ! votre fin est proche : je vais me nourrir de vos vies et ouvrir la voie à mon maitre !<br />
– Engeance maudite ! quiconque sert le Fléau est mon ennemi ! Ne croit pas que je suis un adversaire ordinaire !<br />
<br />
– Et qui est tu donc ?<br />
– Je suis Raigo le chevalier blanc, la foudre d’Harujon, fils des orages et des éclairs ! Et comme je l’ai promis à mon ami, je vais te détruire !<br />
– Oh tu parles de l’enfant ! Il sera bientôt à moi tu m’entends ! à moi !<br />
– Comment ose tu…<br />
– Voila bien des années que j’attends mon heure, mais maintenant je vais pouvoir me libérer !<br />
– Pas si je te détruis avant ! »<br />
<br />
Avec courage, Raigo attaqua de nouveau la Voie du Fléau tandis qu’elle canaliser de l’énergie. La brume macabre se mit à se répandre et à atteindre la maison. Raigo plongea la main dans la brume et poussa un cri de guerre qui raisonna à des lieux à la ronde tandis qu’un puissant éclair traversa la trainée obscure. Celle ci se désagrégea sous la violence du choc.<br />
<br />
« Ainsi donc tu protèges cette famille ? » demanda la Voie du Fléau<br />
– Tu as assez fait souffrir ces gens ! et pour cela tu va payer !<br />
– Je n’ai pas de compte à rendre mortel ! Tu ne m’empêchera pas de revenir ! »<br />
<br />
Déterminer à en finir coûte que coûte, Raigo joignit les mains et se concentra pour accumuler autant de puissance que possible.<br />
<br />
« Au nom de Gaizer subit la colère de Raigo : QUE L’ECLAIR SANCTUAIRE TE TERRASSE ! »<br />
<br />
L’énergie libéré fut si puissante que pendant un instant on aurait put croire qu’il faisait jour. La Voie du Fléau, incapable de résister, dut battre en retraite. Le corps de l’homme se mit alors à émettre un torrent de brume qui s’évapora dans les airs. Il ne restait plus de l’homme qu’un cadavre déséché couvert de brûlures et de marques alchimiques.<br />
<br />
Exténué, Raigo mit un genou à terre, mais savoura sa victoire.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, une division des troupes d’élite Zey Fema du clan Ocelot arriva au village d’Isaac avec a sa tête Alberich de Frey. Suivant les témoignages des habitants du village, peu enclin à mentir à un groupe d’hommes en arme, il parvint à la maison du jeune garçon.<br />
<br />
Lisa et Mary étaient assises sur le pas de la porte pour jouer à la poupée.<br />
<br />
« Bonjour petites dames » dit Alberich avec une extrême politesse « Je recherche un homme qui à fait route vers votre village hier<br />
– Vous cherchez Raigo ? » demanda Mary<br />
<br />
Alberich acquiesa. C’est alors qu’apparut Joleene sur le pas de la porte.<br />
<br />
« Que voulez vous à messire Raigo ? demanda t’elle en faisant signe a ses soeurs de rentrer.<br />
– Je ne lui cherche pas querelle : au contraire je souhaiterai soliciter son aide<br />
– La même aide que vous avez accordé à ma famille lorsque le Fléau frappait les miens et que vous vendiez des baumes à prix d’or ?<br />
– C’est justement pour combattre le Fléau que je souhaite son aide. Voyez vous, mes maitres ont cru qu’ils pouvaient laisser germer le Fléau pour en tirer des profits. Mais j’ai beau être un serviteur fidèle, je n’en reste pas moins convaincu qu’il ne faudrait jamais recourir à de tel pouvoir, ni laisser un tel mal se répandre. Je sais que cela ne ramenera pas vos proches, mais si vous voulez protéger ce qui reste de votre famille, je dois m’entretenir avec Raigo. »<br />
<br />
Joleene esquissa un sourire<br />
<br />
« Vous l’avez manqué de peu messire. Le chevalier Raigo à prit la route au lever du soleil… mais ne vous en faites pas pour ça : il s’est déjà chargé de votre problème<br />
– Plait il ?<br />
– Il à découvert pourquoi notre famille était frappé de maléfice : quelqu’un avait entravé le Fléau sur notre village, utilisant les fondations des maisons pour cacher des symboles magiques chargé de le soumettre. Mais avec le temps ces protections se sont affaiblit, et le Fléau s’est nourri de l’essence vitale des gens. C’est ce qui explique tout ces morts… »<br />
<br />
Alberich resta coi. Joleene reprit son récit :<br />
<br />
« Ceci dit, il restait encore un peu de magie qui rentenait cette abomination, alors elle devait nous détruire pour pouvoir se répandre. Mais Raigo c’est opposé à elle et l’a détruite par la seule force de son poing ! »<br />
<br />
Le chevalier de Frey fit signe a ses hommes de repartir :<br />
<br />
« Bien, il faut croire en effet que nous n’avons plus rien à faire ici. Madame, permettez moi de vous demander pardon pour vous avoir importunée<br />
– Ca n’est rien, mais à l’avenir dites à vos maitres qu’il y’a des forces en ce monde avec lesquelles il ne faut pas jouer !<br />
– Oh soyez sûr qu’a mon retour certains vont m’entendre : il est des choses que même ma loyauté ne saurais passer sous silence »<br />
<br />
Alberich salua Joleene avec autant d’élégance qu’il lui avait dit bonjour et se retira.<br />
<br />
Lorsque les Zey Fema furent parti, Raigo sorti de la grange accompagné d’Opaline.<br />
<br />
« Merci Joleene, je n’aime pas trop rendre des comptes a ce genre d’individu<br />
– Je comprends. Ceci dit ce Chevalier de Frey m’a surprise. Il avait l’air sincère lorsqu’il disait ne pas savoir.<br />
– C’est la tragédie de certains hommes droits d’avoir de mauvais maitre… Mes amis je vais devoir partir<br />
– Votre quête continue chevalier ?<br />
– Oui, je dois continuer à arpenter ce monde à la recherche de cet étrange papillon bleu qu’on appelle l’amour »<br />
<br />
Raigo enlaça Joleene et salua ensuite Mary puis Lisa et enfin Isaac à qui il serra la main :<br />
<br />
« C’est ainsi que se saluent des amis » dit Raigo<br />
<br />
Isaac lui sauta dans les bras et ajouta :<br />
<br />
« Et c’est comme ça que se saluent les frères… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans la région de Rhen Varat, on raconte qu’un cavalier monté sur une jument blanche parcours les chemins pour défendre la veuve et l’orphelin. On dit qu’il est sans pitié contre les brigands, et qu’aucun danger ne lui fait peur. Certains disent qu’il serait un Dieu tombé des cieux, d’autres, qu’il serait une menace pour le monde. Mais si un jour vous croisez le chemin de cet homme, rappelez-vous qu’il ne cherche ni fortune ni gloire. Celui qu’on surnomme la foudre d’Harujon, le typhon humain, le fils des orages et des éclairs ne cherche qu’une chose en ce monde : retrouver l’amour d’une mère et défendre la dignité des faibles.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[**Le légende de Raigo**

Haletant, le souffle court, le jeune Isaac se tenait dos à un grand arbre moussue en guettant le passage des cavaliers. Le bruit lourd de leurs chevaux qui martelait le sol de la forêt comme un roulement de tonnerre terrifiait le garçon au fur et à mesure qu’il s’approchait de lui. Il se recroquevilla alors encore plus, pour être dissimulé par les hautes herbes, priant Lywen de lui offrir refuge.

Les deux cavaliers passèrent devant lui au grand galop, le cherchant du regard sur la piste du sentier. Ils continuèrent ainsi durant quelques 300 pas de distance, puis finirent par s’arrêter.

De là où il se trouvait, Isaac ne pouvait que deviner ce qu’ils étaient en train de se dire. Sans doute conscient qu’il n’aurait jamais put les distancer à pied, ils se doutaient qu’il s’était caché le long de la route. La crainte du jeune garçon se confirma lorsque les cavaliers remontèrent le sentier en sens inverse à plus petite allure, chacun scrutant d’un côté de la route.

Isaac regarda vers les profondeurs des bois, se demandant si y chercher refuge n’était pas une solution. Cependant, il savait depuis qu’il était haut comme trois pomme que l’endroit était hanté, et que des créatures féroces y habitaient. Bien entendu, le danger le plus pressant était ces hommes, mais le courage manqua à Isaac, trop timoré par les histoires terrible que son grand-père lui avait racontés lorsqu’il était petit.

Les cavaliers étaient maintenant à moins de 15 pas de lui. Ils l’interpellait et lui ordonnait de se rendre. Peut être valait il mieux obtempérer et espérer leur clémence ? Serrant les poings, Isaac se redressa lentement et avança d’un pas mesurer vers le sentier.

Retrouvant enfin leur proie, les cavaliers s’arrêtèrent. L’un d’eux descendit de cheval et s’approcha du garçon.

« Hé bien sale petit morveux : on peut dire que tu nous auras fait courir !
– Du calme Zeryak » dit l’autre cavalier « ne va pas l’effrayer de nouveau : je n’ai pas envie de devoir lui redonner la chasse
– Soit tranquille Valyus, j’ai aussi peu envie que toi de rester dans ce coin perdu »

Le cavalier avança vers le jeune garçon et tendit la main.

« Aller espèce de petit rat : rend nous la fiole »

Isaac fouilla dans sa petite besace de cuir bourré de paille et en retira la fiole. De la taille de son poing, elle contenait un liquide brillant aux éclats bleus et aciers qui dansait à chacun de ses mouvements. Le jeune garçon la fixa, torturé par une hésitation facilement perceptible. Il regarda en direction des cavaliers, et armé de ce qu’il lui restait de courage, entreprit de plaider sa cause :

« Pitié messires ! j’ai besoin de cette potion : la vie de ma mère en dépend !
– C’est ça… » répondit Zeryak « si tu en as tellement besoin tu n’as qu’a la payer cette fiole !
– Je n’en ai pas les moyens messires… mais je vous jure par Tika de la payer un jour !
– Petit je ne crois pas que la déesse de la Bonne Fortune nous remboursera assez vite alors que je suis certains qu’on peut vendre cette mixture à bon prix avant ce soir !
– Je vous en prie ! elle va mourir… pitié au nom de la miséricorde de Lywen ! »

Excédé par les suppliques du garçon, Zeryak l’empoigna par le col et le plaqua contre un arbre. Isaac regarda désespérer la fiole lui échapper des mains et rouler par terre.

« Gibier de potence… Je devrais te couper la main pour t’apprendre ce qu’il en coûte de voler notre Guilde ! »

Étouffé par l’étreinte du cavalier, Isaac sentait ses forces l’abandonner et son esprit sur le point de sombrer. Avec le peu de volonté qui lui restait, il pria Lywen.

Zeryak fini par le relâcher. Il tomba à quatre patte sur le sol, haletant à plein poumon. Le cavalier ramassa la fiole et s’apprêta a remonter à cheval lorsque soudain il sentit quelque cho]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 22 Nov 2015 22:00:00 +0100</pubDate>
                
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 17 : La groupie du pianiste #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep17/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[([cliquez ici pour le lien vers la chanson dont je parle dans le podcast](http://www.deezer.com/track/10185956?utm_source=deezer&utm_content=track-10185956&utm_term=6696800_1447627139&utm_medium=web))<br />
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**La groupie du pianiste**<br />
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« Elle le suivrait jusqu’en Enfer, et même l’Enfer c’est pas grand chose à côté d’être seule sur Terre… »<br />
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Michel Berger – La groupie du pianiste<br />
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Aimer c’est une chose simple. Dès la naissance on sait très facilement faire cet acte de foi démesuré envers quelqu’un d’autre. C’est avec le temps que ça se gâte…<br />
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Pour Francesca « Fran » Gallager, l’amour c’était quelque chose d’indéfini, qui fait envie et qui en même temps n’a pas de sens. Quelque chose qu’on veut mais qu’on peut à peine nommer. Il faut dire que Fran avait consacrée la majeure partie de sa vie d’adulte à sa réussite professionnelle, et que ce genre de vie se conjuguait seulement au singulier.<br />
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Fraîchement diplômé d’une prestigieuse école de commerce, elle allait occuper un poste important dans l’entreprise familiale dès l’automne, puis avec le temps elle remplacerait son père à la direction… Ce destin tout tracé avait quelque chose de rassurant. Dans un monde comme le nôtre, Fran se trouvait plutôt chanceuse d’avoir eu un tel destin. Loin d’être un cliché de « fille de riche », elle s’astreignait à garder les pieds sur terre et à ne surtout pas oublier que tout ce qui lui semblait évident ne l’était pas pour la majorité des gens.<br />
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Cette attitude avait été un frein pour la jeune femme durant ses études, car elle ne s’était jamais acoquinée avec le gotha. Très peu pour elle de tisser des liens avec les autres gosses de familles riches simplement pour le prestige. Peu lui importait les sororités et les soirées branchées : tout ce qu’elle voulait c’était mériter par elle-même tout ce qu’elle obtiendrait de la vie.<br />
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Fran savait aussi que tout cela lui serait reproché. Tant qu’elle n’aurait pas montrée qu’elle pouvait en faire 10 fois plus qu’un autre, elle ne serait que « la fille de » et cette idée lui était insupportable. Elle décida donc de prendre les devants et de se faire engager en bas de l’échelle pour l’été, afin de prouver autant à son père ainsi qu’a tout ceux qui doutait d’elle que sa motivation était sans borne.<br />
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Et c’est ainsi que Fran débuta une carrière de stagiaire au sein d’un service RH.<br />
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Elle se doutait qu’elle ne se verrait assigner aucune tache digne de ses compétences, mais elle ne pensait pas qu’elle deviendrait la bonne à tout faire de la directrice, Mme Ellie Harper. Impossible de dire si cette dernière profitait de la situation pour humilier « la fille du patron qui croit qu’elle peut faire comme tout le monde » ou bien simplement si c’était une peste finie, toujours est-il que Fran devait se plier à ses moindres caprices.<br />
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Mais pour la jeune femme, c’était une expérience utile, et elle était persuadée qu’apprendre à résister à cette pression ne pourrait qu’être bénéfique. Après tout : si en tant que simple stagiaire elle ne sait pas tenir le choc, que se passera t’il lorsqu’elle prendra les rênes d’un département tout entier ?<br />
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Cependant, les bonnes résolutions de Fran se fissuraient un peu plus chaque jour, et au bout de 2 semaines elle avait fini par guetter la fin de son calvaire sur le calendrier accroché au mur de son bureau.<br />
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Si la directrice était odieuse, ça n’était heureusement pas le cas des autres filles du bureau et notamment de Lily Madhigan. Cette pimpante blonde de 23 ans, toujours le sourire aux lèvres, était en poste depuis 2 ans et s’occupait entre autres choses des éléments de paye. Ce n’était pas le job le plus passionnant du monde, mais il donnait à Lily le sentiment d’être vraiment utile, puisque d’elle dépendait ce qui motivait la plupart des gens à se lever chaque matin pour aller au boulot.<br />
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Elle et Fran sympathisèrent rapidement, se soutenant mutuellement face à Mme Harper qu’elles surnommaient entre elles « la Harpie ». Quasiment du même âge, elles se découvrirent bon nombre de points communs, et notamment une passion pour la musique.<br />
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C’était en effet la seule fantaisie que s’était accordée Fran durant ses années d’étude acharnées : toutes les deux semaines environ, elle se rendait à un concert pour ainsi oublier le temps d’une soirée la pression qui pesait sur elle.<br />
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Lily proposa alors à son amie d’aller prendre un verre après le travail dans un club tout proche pour écouter les groupes qui y passaient. Trop contente de se voir offrir l’occasion d’assister de nouveau à des prestations live, Fran accepta de bon cœur.<br />
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Les deux jeunes femmes attendirent avec impatience la fin de leur journée, puis partirent en trombe comme des adolescentes à la fin des cours lorsque l’horloge indiqua enfin 18h.<br />
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Guidée par Lily qui connaissait la ville comme sa poche, Fran découvrit pour la première fois le club. Sa façade en brique rouge encadré par de grandes vitres fumées lui donnait un cachet résolument rétro. Pas de néon ou d’enseigne lumineuse, mais une simple pancarte sur fond vert avec écrit en belles lettres dorées « The house full of bullets »<br />
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La lourde porte en bois vernis donnait sur un vestibule qui servait anciennement de vestiaire, mais qui maintenant n’était plus là que pour insonoriser la salle vis à vis de l’extérieur. C’est dès lors qu’on ouvrait la seconde porte du vestibule, que le bruit de salle emplissait tout l’espace.<br />
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Le « house » comme l’appelaient les habitués, était une grande salle d’environ 250m² a l’atmosphère feutré et élégante. En entrant, on trouvait sur la droite l’immense bar ou pas moins de 4 personnes s’activaient pour prendre les commandes, servant des dizaines et des dizaines de cocktails différents dont les noms s’étalaient sur un grand tableau de 4 colonnes accroché derrière le comptoir. Sur la gauche, on trouvait la salle à proprement parler, avec des tables de 2 ou 4 places sur lesquels étaient posé des photophores, et des alcôves pour s’isoler un peu définies par d’élégants panneaux en tissus rouge installés tout le long des murs. Il y’avait aussi au bout de la salle un grand escalier menant à l’étage. Ce dernier, construit comme un atrium, permettait de voir la salle et notamment la scène qui se trouvait juste en face de l’entrée.<br />
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Pour l’instant personne ne jouait, et le brouhaha de la salle prédominait. Lily s’installa sans attendre au bar et commença à y saluer tout le monde en bonne habituée qu’elle était. Fran la suivie, intimidée par cette ambiance dont elle se sentait étrangère. Comme toujours, la dynamique Lily entreprit de briser la glace :<br />
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« Fran : il faut que je te présente Nicholas » dit la jeune femme en désignant le barman « Il fait le meilleur white Russian que j’ai jamais goûtée »<br />
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Entendant son nom, Nicholas tendit la main par-dessus le comptoir en direction de Fran. C’était un homme d’à peine trente ans, vêtu d’une ample chemise blanche qui avait certainement connu des jours meilleurs et dont il avait remonté les manches au-dessus des coudes. Ses cheveux châtains en batailles donnait l’impression qu’un heureux hasard leur avait donnés une forme présentable, et que son allure de minet était plus le fruit d’une chanceuse conjonction plutôt que d’une réel tentative de se faire un « look ».<br />
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Il avait un de ces sourire de charmeur qui laissait poindre de la gentillesse. Pas le genre dragueur lourdingue ou prétentieux. Fran lui sera la main et se détendit :<br />
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« Enchantée Nicholas<br />
– Vous êtes la grande copine de Lily ? Lily pourquoi tu me la présente que maintenant ? Elle m’a beaucoup parlé de vous vous savez ?<br />
– Arrête Nicky ! » coupa Lily « Quel baratineur celui-là : tu sais que y’a qu’à moi que tu as le droit de faire des avances ici ! »<br />
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Nicholas répondit à la jeune femme par un clin d’œil et prépara deux verres de son fameux white russian qu’il leur offrit « aux frais de la princesse ». Verres en main, les deux amies s’installèrent à une des tables du rez-de-chaussée pour attendre que les groupes arrivent.<br />
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« Alors ? Qu’est-ce que tu dis de ça ? » demanda Lily en regardant autour d’elle « comment tu trouves le House ?<br />
– C’est… spécial ! Je ne suis jamais allé dans un endroit pareil.<br />
– C’est mon coin préféré. Je comprends même pas pourquoi j’ai pas pensée à t’inviter plus tôt !<br />
– Peut-être parce que t’es une tête de linotte ? » se moqua gentiment Fran<br />
– Ecoutez ça… voyez comment « mademoiselle la stagiaire » parle de sa bien aimé collègue ! »<br />
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Elles levèrent toutes deux leur verre pour porter un toast.<br />
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« A la Harpie ! dit Fran en faisant tinter son verre contre celui de Lily<br />
– A la Harpie : que son venin l’étouffe ! »<br />
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Lily n’avait pas menti : le cocktail de Nicholas était divin. L’amertume de l’alcool de café était habilement adoucie par la touche de crème, et la touche de vodka donnait juste ce qu’il fallait de punch. Fran prit soin de ne pas boire trop vite, suspectant que cette douceur cachait un violent retour de bâton si on n’y prenait pas garde.<br />
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Pendant ce temps sur la scène, Nicholas s’était improvisé ingénieur du son et faisait les derniers réglages du micro et des amplis. Cependant, aucune guitare en vue, juste un énorme synthétiseur calé sur un support en X.<br />
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Une fois que tout fût installé, Nicholas fit signe à quelqu’un dans la salle. C’était un jeune homme aux traits presque enfantin qui répondit et s’approcha de la scène. Il s’installa sur un petit tabouret devant le synthétiseur, régla le son qui du coup ressemblait fortement à celui d’un vrai piano, tira sur la perche ou était fixé le micro pour le mettre à bonne distance de sa bouche, et commença enfin son tour de chant :<br />
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« Mesdames et messieurs bonsoir. Je m’appelle Mike Shepard, et c’est un grand honneur pour moi de jouer au House Full of Bullets. Je voudrais dédier cette première chanson à un ami disparût qui a beaucoup compté pour moi. »<br />
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La lumière de la salle se tamisa, et le bruit de la foule laissa place au silence. Les mains de Mike se mirent à danser lentement sur le clavier, laissant se répandre une mélodie en sol mineur aux accents mélancolique.<br />
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« J’aimerai tant oublier le temps<br />
Où nous n’avions que des rêves d’enfants<br />
Parce que maintenant que tu n’es plus là<br />
Je ne veux plus faire ces rêves sans toi…<br />
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Ils sont fragiles nos sentiments<br />
Nos envies de faire des choix différents<br />
Je ne veux plus sentir ce vide en moi<br />
cette mélancolie dans laquelle je me noie<br />
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Alors j’écoute le chant de la pluie<br />
Les accords du vent et le bruit<br />
Que fait mon cœur lorsque tu surgis<br />
Au fond d’un rêve où tu t’introduis<br />
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Alors j’écoute encore et je crie<br />
Je veux retrouver ce qu’était ma vie<br />
Avant que tu ne sois plus ici<br />
Mais c’est un rêve et il est fini… »<br />
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Dans la pénombre de la salle, Fran avait les larmes aux yeux. Ce n’était pas que les mots qui la touchaient à ce point : c’était la voix et la musique si parfaitement combinées de Mike qui lui donnaient la sensation douce et amère que la tristesse de cet homme résonnait en elle. Les quelques notes qu’il jouait se glissaient dans les recoins les plus secret de l’armure de rigidité qu’elle s’était forgée avec les années et s’apprêtaient à la briser.<br />
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Touchée au plus profonds de son âme, la jeune femme laissa les émotions l’envahir. Chanson après chanson, elle fut tour à tour transportée de joie, abattu de chagrin ou grisée d’allégresse. Les paroles de Mike trouvaient toujours le juste chemin vers son cœur et vibraient à l’unisson avec ses propres sentiments.<br />
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C’était une connexion magique, comme si sans la connaitre il avait toujours sut la comprendre.<br />
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Ce jour-là, Fran put enfin mettre des mots sur cette étrange chose qu’on nomme l’amour.<br />
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***<br />
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Cela faisait 2 semaines que Fran retournait au club chaque soir où Mike se produisait. Elle prenait place au plus près de la scène, commandait un white russian, et ne décrochait plus son regard du talentueux musicien pendant la demi-heure que durait son tour de chant.<br />
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Mike chantait un mélange de reprises et de chansons de sa création, mais dans les deux cas savait à merveille incarner ce qu’il jouait. Comme en transe, il se livrait corps et âme, finissant souvent son numéro épuisé autant physiquement qu’émotionnellement. Il quittait alors la salle et se rendait dans le local des employés situé à droite du bar. Il devait probablement quitter le club via l’arrière-cour car on ne le voyait jamais ressortir.<br />
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Fran ne vivait plus ses journées que pour atteindre enfin ce moment où la lumière se tait et où la musique commence à scintiller dans l’air. En moins d’une chanson, s’était comme si la salle était vide et qu’il n’y avait plus qu’elle et lui. Mais malheureusement ce moment ne durait pas, et arrivait la dernière chanson, la dernière note qu’elle essayait d’entendre le plus longtemps possible, et ce malgré le tonnerre des applaudissements qui ne manquait pas de saluer chaque performance.<br />
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Seule au milieu de la foule, Fran cherchait à ressentir encore un instant de plus l’enivrante sensation qui la transportait lorsque Mike montait sur scène. Même les moments de vide après son passage traînaient encore en eux un peu de lui…<br />
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Le temps reprenait son cours, la beauté cristalline de la musique remplacée par le bruit ronflant des conversations, balayant en un instant ce sentiment d’éternité tout comme le réveil balaye les rêves.<br />
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Même lorsque Lily l’accompagnait, Fran était totalement absorbée par le jeune homme, ce qui lui valait quelques taquineries de la part de son amie. Mais ça aussi ça lui importait peu.<br />
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Voyant bien dans le regard de son amie quel genre de sentiment l’habitait, Lily essaya de jouer les entremetteuses. Elle demanda à Nicholas s’il pouvait l’aider à jouer les cupidons, ce à quoi le barman se montra étrangement récalcitrant.<br />
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« Te vexe pas » dit-il « mais je crois pas que Fran réalise le genre de type qu’il est.<br />
– Pourquoi ça ? C’est un connard ?<br />
– Non, mais… tu sais les musiciens, c’est des mecs qui sont dans leur bulle… et Fran je crois pas qu’elle réalise qu’elle va se heurté à un mur<br />
– Tu serais pas en train de te garder la jolie petite Fran pour toi par hasard ?<br />
– Bah voyons, comme si c’était mon genre ? » répondit Nicholas vexé<br />
– Oui c’est vrai… tu n’as d’yeux que pour moi hein ? »<br />
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Nicholas soupira et fixa le plafond.<br />
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« Lily écoutes, je crois juste que c’est pas une bonne idée. Je connais pas Fran depuis longtemps mais je suis certain que c’est une chic fille. Et Mike c’est un mec trop compliqué.<br />
– Je suis contente que vous nous apportiez votre expertise des choses de l’amour Dr Phil, mais pour l’instant on se contentera d’une petite entrevue… Aller Nicky : fais ça pour moi ! »<br />
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Le barman soupira encore et se passa la main sur les yeux.<br />
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« Bon t’as gagnée : je vais vous arranger ça pour demain. Mais je te préviens : je vais pas le saouler comme tu viens de le faire ! S’il me dit non ça s’arrêtera là<br />
– T’es un ange mon Nicky… nan t’es mieux que ça : un archange !<br />
– Ouais… et je sers des verres dans ce club parce que mon autre job me permet pas de payer mon loyer… »<br />
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Lily se mit sur la pointe des pieds pour pouvoir embrasser Nicholas sur la joue, puis retourna voir Fran un grand sourire aux lèvres. Elle se garda cependant de lui dire ce qu’elle avait manigancé de peur que le stress ne la rende insupportable pour les prochaines 24h.<br />
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Le lendemain, Nicholas envoya un message à Lily pour lui confirmer que Mike était d’accord pour recevoir des « fans » en backstage. Il précisa cependant que le musicien ne souhaitait pas s’éterniser et qu’il ne leur accordait qu’un petit quart d’heure.<br />
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Lily trouva cette réaction bien présomptueuse : Mike n’était pas un musicien célèbre, et cette exigence de diva semblait donner raison à Nicholas. La jeune femme préféra cependant ne pas partir perdante, et laisser à Fran l’opportunité de briller pour qu’il réalise à quel point c’était une personne géniale.<br />
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Le soir venu, les deux amis se rendirent au House et prirent leur place devenue habituelle. Impatiente, Fran scrutait la salle afin de voir s’y Mike s’y trouvait. C’est le moment où Lily décida de lui révéler ce qu’elle avait négociée pour elle :<br />
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« Dis Franny : tu dirais quoi si je te disais que je pouvais t’avoir un backstage pour aller voir le pianiste de tes rêves ?<br />
– Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Fran le rouge aux joues<br />
– Oh fait pas ta timide avec moi. Tu crois que je sais pas pourquoi c’est tout le temps ici que tu veux qu’on sorte ? »<br />
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Lily adressa un énorme sourire complice à son amie<br />
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« J’ai dû faire des choses avec mon corps pour que Nicholas veuille bien nous arranger une petite visite de la loge de ton crush, alors t’as intérêt à assurer !<br />
– Là c’est toi qui me fait du cinéma : je suis certaine qu’il n’a qu’un mot à dire et tu finie sous le bar en petite culotte !<br />
– Ha ha… t’as pas tort… c’est vrai qu’il est super craquant. Et tu l’as pas vu sans t-shirt : il est comme ce type dans la série avec l’archer justicier… euh…<br />
– Arrow ? Je vois le genre… mais je suis sûre qu’il y’a autre chose pas vrai ?<br />
– Et ben… »<br />
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Cette fois ce fut Lily qui rougie<br />
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« Un soir, y’a plusieurs mois de ça déjà, j’étais vraiment pas bien et je me suis saoulée. Je tenais plus debout et des types louche ont commencés à me tourner autour. Il est arrivé, leur a demandé de me laisser et ça a dégénéré. Il s’est battu à 4 contre un et leur a foutu une raclé monumentale avant de les balancer dehors. Après ça, il m’a ramené à la maison et m’a bordée comme une petite fille…<br />
– Il t’a « bordée » ?<br />
– Oui juste ça. Il à rien essayé, il s’est juste occupé de moi.<br />
– Pourquoi j’ai l’impression que tu regrettes qu’il n’ait pas été plus entreprenant ?<br />
– Non… enfin je sais pas trop. Je crois que je préfère le voir comme ça. Comme un ami qui me fera jamais souffrir.<br />
– Houla… ça sent le brother complex ton histoire ! »<br />
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Lily manqua de s’étouffer de rire à cette remarque. Elle donna une tape amicale à Fran et fit semblant de lui faire les gros yeux :<br />
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« Surveillez votre langage jeune fille ! »<br />
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Une demi-heure plus tard, le tour de chant de Mike commença. Comme à chaque fois, Fran ne le quittait pas des yeux, et fredonnait en silence les paroles de ses chansons. Comme à chaque fois, elle évitait son regard lorsqu’il se tournait vers la salle, un peu comme si elle avait peur qu’il ne la transperce. Lily elle regardait son amie avec une pointe d’inquiétude.<br />
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Le show fini, les deux amies quittèrent leur table et filèrent aussitôt vers le bar voir Nicholas. Comme promis, ce dernier les introduisit dans l’arrière salle où Mike se reposait. Constitué d’un vestiaire et d’une cuisine rudimentaire, cette salle servait avant tout aux employés comme salle de repos et accessoirement de cuisine pour préparer quelques sandwichs rudimentaires. Il y’avait une télé accroché au mur, et 2 fauteuils qui lui faisant face. Il y’avait aussi un canapé-lit couvert d’une housse en micro fibre noir ébène sur lequel Mike était allongé, un coussin sur la tête pour ne pas être gêner par la lumière.<br />
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« Hey Mike : regarde qui vient te rendre visite ! » annonça Nicholas avant de partir aussi sec.<br />
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Le jeune musicien montra peu d’enthousiasme, mais resta sociable. Il retira le coussin de son visage se redressa et salua Fran et Lily de la main :<br />
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« B’soir… parait que vous vouliez me voir ? »<br />
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Lily agrippa son amie par le bras et l’entraîna à sa suite. Elle « poussa » Fran sur le canapé tandis qu’elle s’installa sur un des fauteuils qu’elle retourna pour faire face à Mike.<br />
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« En fait c’est surtout ma copine qui vous adore… » expliqua Lily<br />
– Oh… bah merci, c’est sympa » répondit Mike apathique<br />
– J’adore vos chansons » dit Fran du bout des lèvres « vous êtes doué<br />
– Vous venez souvent toutes les deux ? » demanda Mike qui commençait à se rendre compte qu’il avait déjà vu les deux jeunes femmes<br />
– Nous ? On vie quasiment ici ! Hein Franny ?<br />
– Euh… oui, on travaille sur la 8eme juste à côté, du coup on vient souvent… »<br />
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Mike attendait sans rien dire, les mains jointes, et tapotait nerveusement le sol du pied. Prenant son courage à deux mains, galvanisée par les regards d’encouragement de Lily, Fran se lança :<br />
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« Vous avez dû faire de sacrée étude de piano pour jouer comme ça ?<br />
– des études de piano ? Ah ! Vous ça se voit que vous ne connaissez pas la musique… »<br />
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Lily grimaça.<br />
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« La musique des « écoles » comme vous dites, c’est quelque chose de formaté, c’est l’usine. C’est à cause de ça que la plupart des gens n’ont plus de sens esthétique et apprécient n’importe qu’elle merde qu’on leur balance à la radio ! Moi je veux que ma musique soit le reflet de ce que je suis : pas la preuve que mes parents ont eu les moyens de me payer une « grande école » ! »<br />
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Sur le qui-vive, Lily guettait les réactions de son amie. Evidemment, une telle remarque avait dû l’affecter.<br />
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« Excusez-moi… » répondit timidement Fran « je vous disais ça parce que je trouve justement que votre musique est vraiment magnifique et qu’elle reflète bien qui vous êtes…<br />
– Qu’est-ce que vous en savez ? » demanda sèchement Mike<br />
– Hey ! Vous êtes toujours aussi aimable avec vos admiratrices ? » attaqua Lily en bondissant de son fauteuil.<br />
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Mike fuya le regard assassin de la jeune femme.<br />
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« Désolé… » dit-il « je suis crevé, j’ai pas les idées au clair<br />
– C’est pas grave » dit Fran « vous êtes passionné par ce que vous faites, ça se sent<br />
– Ouais… j’essaye de faire de ma musique plus que des simples chansons. Je veux que ça soit une vraie rencontre avec les gens, qu’à travers ce que je chante ils ressentent la même chose que moi et qu’on partage tous ces sentiments… enfin c’est compliqué !<br />
– Non c’est très clair » coupa Fran « En tout cas vous avez beaucoup de talent, et vous pouvez être sûr que je reviendrai vous voir tous les soirs tant que vous serez au House !<br />
– Merci c’est sympa… »<br />
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Mike se releva et enchaîna sur un ton soudainement plus direct :<br />
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« Euh… bon je veux pas être mal poli mais là je suis vraiment claqué et j’ai besoin d’un peu d’air alors… »<br />
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Lily sortie en trombe suivit par Fran, toute chamboulée. Elles retournèrent à leur table et furent aussitôt accosté par Nicholas :<br />
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« Alors les filles : ça donne quoi ?<br />
– Mais quel connard ce type ! » réagit viscéralement Lily « t’aurais vu la façon dont il a répondu à Fran ! La pauvre lui avait juste posé une question…<br />
– Dis pas ça » dit l’intéressée « il était fatigué… et puis c’est vrai qu’au final j’ai parlé sans savoir…<br />
– Nan mais tu te fous de moi là ? Franny ce mec a été ignoble, t’as vu comment il nous a mise dehors ?<br />
– Il doit se reposer…<br />
– Oh c’est pas vrai… Nicky je crois qu’elle a le syndrome de Stockholm !<br />
– Laisse tomber Lily ! » répondit le barman « la règle d’or dans mon métier c’est t’occupe pas des affaires des clients…<br />
– Lâcheur ! » dit Lily en plaisantant. »<br />
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Bien que ce premier contact ne fût pas aussi idyllique que Fran avait pu l’imaginé, il avait permis de briser la glace : lorsque elle se rendait au House et qu’elle y croisait Mike, ce dernier la saluait, et venait même parfois discuter avec elle un moment avant son show.<br />
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Ceci dit, il était assez faux de parler de discussion tant le jeune musicien monopolisait la parole sans se soucier de Fran. Il n’avait jamais un mot ou un geste destiné à la jeune femme. Cette dernière se contentait de ce qu’elle estimait malgré tout comme une faveur, et écoutait inlassablement Mike lui parler de musique, de création et de ses rêves de gloire.<br />
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Lorsque cela arrivait et si Lily était là, elle prenait le maquis en direction du bar, incapable, elle, de soutenir l’égo démesuré du musicien, afin de trouver refuge auprès de Nicholas.<br />
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« Nicky… il est évident que « je te l’avais dit » est la phrase qui te brule les lèvres en ce moment, mais par pitié garde ça pour plus tard<br />
– Et bien ma jolie ? » demanda le barman avec compassion « t’es pas au moins contente pour Franny ?<br />
– Je le serai si ce mec savait dire autre chose que « moi moi moi moi moi ! »<br />
– Si elle est heureuse comme ça ?<br />
– Personne peut être heureux dans un amour à sens unique. Il se fiche d’elle : il est juste content d’avoir trouvé quelqu’un qui l’apprécie autant qu’il s’apprécie lui-même !<br />
– Dis pas ça…<br />
– C’est plus qu’une groupie ! même au boulot elle passe son temps à me parler de lui et sa fichue musique. Elle est complètement déconnectée ! Mais le pire c’est l’air triste qu’elle à toute la journée. Y’a que les soirs où elle le voit qu’elle retrouve un peu le sourire.<br />
– Ca ne se commande pas ces choses-là Lily.<br />
– Je sais bien… et c’est pour ça que je la soutien malgré tout… mais c’est pas pour autant que moi aussi je doive le supporter ! »<br />
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Lors qu’arrivait le moment du tour de chant de Mike, ce dernier guettait Fran dans le public et observait ses réactions. Il adaptait son jeu en conséquence, utilisant la jeune femme comme d’une boussole lui indiquant vers quoi il devait aller : plus rythmé ? Plus calme ? Mode mineur ? Il suffisait qu’il porte le regard vers Fran et immédiatement la réponse lui apparaissait, comme si l’admiration sans borne qu’elle lui portait la rendait capable de lui faire exprimer le meilleur de lui-même.<br />
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Non sans une certaine forme de cabotinage, Mike cherchait à impressionner la jeune femme, poussant toujours plus loin ses solos improvisé et l’intensité de sa voix. S’il avait des droits sur son cœur, elle de son côté en avait sur sa musique : tant qu’elle n’était pas satisfaite, Mike continuait inlassablement à pousser son talent à son paroxysme.<br />
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Mais alors que c’était instauré cette étrange relation entre les deux, le Temps toujours fuyant nous amenait aux portes de l’été finissant. Fran allait quitter le petit bureau qu’elle partageait avec Lily, et les soirées au club allaient devenir plus difficiles à envisager. De toute façon, Mike de son côté allait partir vers d’autres horizon, le club ne souhaitant pas garder en permanence les mêmes personnes.<br />
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C’était un véritable crève-cœur pour Fran.<br />
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Le soir entre ses draps roses, privée de sommeil par les tourments qui agitaient son cœur, elle se repassait dans sa tête les bons moments passé au club, à écouter Mike et à le voir devenir meilleur soir après soir.<br />
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Tout ça allait prendre fin, mais que pouvait-elle y faire ?<br />
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Elle savait qu’autour d’elle, les gens voyaient cette sorte de rupture imminente comme un bienfait. Ils prenaient tous Mike pour un égoïste sans cœur, mais ils ne le comprenaient pas, pas comme elle. Et ils ne comprenaient pas non plus comment elle avait besoin de lui. Peu lui importait la façon qu’il avait d’être avec elle, tant qu’il lui accordait ces moments précieux où ils étaient ensemble.<br />
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Parce que finalement, son futur job, ses objectifs, ils n’avaient été que des mensonges qu’elle s’était créée pour masquer sa solitude.<br />
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Lily lui avait dit de se méfier, de prendre du recul. Mais Fran savait que c’était inutile, que ce n’était plus la raison qui était aux commandes, et que quand bien même elle devrait sombrer à cause de Mike, elle préférait cela à sa vie d’avant.<br />
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Prête à tout pour l’élu de son cœur, elle décida d’agir.<br />
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C’était le dernier soir de Mike au club. Pour cette occasion particulière, le House avait mis les petits plats dans les grands et organisé une soirée à guichet fermé en forme de concert privé. Un traiteur avait été sollicité pour l’occasion afin de servir autre choses que les habituels clubs sandwich et autre assiettes de frite qui sortaient de la cuisine, toujours dans l’idée de donner un caractère exceptionnel à la soirée. Un cocktail,  le « Sparkling shepard »,   avait aussi été spécialement créé pour l’occasion.<br />
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La soirée avait été placé sous le thème « piano bar » et il était demandé aux invités de venir sur leur 31. Et ils étaient nombreux ce soir-là à se tenir devant l’entrée, en costume et robe de soirée,  attendant qu’on leur ouvre et qu’il puisse découvrir la salle.<br />
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Afin de ne pas perdre de temps et risquer de manquer un seul instant de la fête, Fran et Lily s’étaient changées dans un des bureaux de leur travail de manière à éviter un détour part chez elles et être ainsi à l’heure au rendez-vous.<br />
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Première surprise lorsqu’elles entrèrent, le vestiaire avait été ré-ouvert, et une jeune fille nommée Michelle en assurait le service, distribuant des petits tickets numéroté au fur et à mesure qu’elle prenait veste et manteau.<br />
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Passé le vestibule, la salle pourtant si familière aux habitués du House était devenue une salle de concert : la petite scène avait été démonté et réinstallé au pied du grand escalier, et le synthétiseur de Mike avait été remplacé par un splendide piano à queue Schimmel à 8 octaves.<br />
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Le jeune musicien était déjà en place, vêtu d’un beau costume gris clair. Il ne se sentait pas trop à l’aise de jouer dans cette tenue, mais avait accepté de bon cœur pour remercier son public. Il se mit à jouer quelques notes dès que les premiers invités franchirent la porte, les accueillant avec un air jazzy sautillant et joyeux.<br />
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Fran était au comble du bonheur. Ce soir ce n’était pas un simple tour de chant dans un bar, fusse-t-il du standing du House, mais un véritable concert que Mike allait offrir. Ce que ce dernier ne savait pas, c’est que non seulement c’était Fran qui avait tout arrangé avec la direction du House, payant elle-même la location du piano ou le traiteur, mais qu’elle avait en plus fait en sorte que des patrons de label assistent à la performance de son héros afin de l’aider à percer.<br />
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Il fallut une grosse demi-heure pour que le public s’installe. Contrairement à d’habitude, la salle n’était pas rempli du son claquant des conversations à bâton rompu, mais simplement de chuchotement de ci de là, signe de l’impatience générale.<br />
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Mike fit enfin son entrée, nerveux comme jamais, micro à la main. Il ne s’installa pas au piano de suite, et resta debout, sa main libre agrippée sur le bord du cadre de l’imposant instrument.<br />
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« Je voudrais d’abord vous remercier de votre présence ce soir. Ça représente beaucoup pour moi. Je sais que sans vous tout ça n’est pas possible… Je suis fier en tout cas de voir que mon travail a fini par payer et que mes efforts m’ont permis de mériter l’honneur que vous me faites. Cet honneur vous ne le faites pas qu’à moi, mais aussi à ma musique. Sachez qu’elle a bien plus de mérite que moi-même et que… dans le fond je ne suis que son messager. En tout cas c’est vraiment génial de voir tout ce monde venu m’entendre : j’espère que vous apprécierez ce concert autant que je vais apprécier l’interpréter. Merci à tous, passez une excellente soirée… »<br />
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Un tonnerre d’applaudissement l’accompagna pendant qu’il prenait place devant son clavier. Ce dernier lui semblait immense, mais il avait eu le temps de s’entraîner afin de bien caler ses mains, et surtout il avait pris le temps d’écouter comment réagissait l’instrument. Il avait assimilé sa « voix » et pourrait sans mal l’accorder à sa musique. Il chercha Fran du coin de l’œil, sentant plus que jamais qu’il aurait besoin de sa « boussole » pour trouver le bon cap.<br />
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Sa main gauche, forte, commença à dispenser quelques forts accords de basses tandis que sa main droite, légère et dansante, flotta le long de la gamme pour titiller les touches. C’était comme si c’était les doigts même de Mike qui tapaient sur les longues cordes situés dans l’imposant cadre laqué de noir, leur donnant un éclat plus subtil et profond. Il ne fallut que ces quelques notes pour chasser le doute de son esprit, et qu’il se sente transporter dans sa musique ou rien ne semblait pouvoir l’atteindre.<br />
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Il senti sur lui le regard bienveillant de Fran. Tant qu’elle était ici, il savait qu’il pouvait se relâcher et laisser libre cours à sa musicalité. Il improvisa des changements de tonalité, des alternances de rythmes et des décalages chromatiques avec une facilité déconcertante. Il regarda en direction de la jeune femme, et celle-ci ressenti aussitôt le besoin de sourire. Et bien que la salle fût pleine, une fois encore elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’eux deux, en train de communier par la musique…<br />
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***<br />
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A la fin du concert, Mike reçu une standing ovation qui sembla ne jamais pouvoir s’arrêter. Épuisé d’avoir tant donné de lui-même, il fut incapable de se lever pour saluer le public. Les spectateurs prirent alors l’initiative d’aller vers lui, et pendant le reste de la soirée, Mike signa des autographes, se fit prendre en photo avec des fans ou bien tout simplement échangea quelques mots.<br />
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Fran était restée au bar. Pour la jeune femme, ce moment était pour lui, et elle n’y avait pas sa place. Et puis au fond, c’était le résultat qu’elle voulait obtenir, donc elle ne pouvait que se réjouir. Elle passa son bras sur les épaules de Lily, assises juste à sa gauche, et se blotti contre son épaule :<br />
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« Bah alors ma belle ? Qu’est ce qui t’arrives ? » demanda Lily<br />
– Rien… je suis juste heureuse.<br />
– Et donc c’est pour ça que tu essayes de me peloter ? » répondit la jeune femme avec humour<br />
– Idiote… c’est juste que… je suis contente que tu sois là. Je sais que t’aimes pas Mike et que tu penses que j’ai tort d’être comme ça avec lui… mais t’es là malgré tout. Et pour ça je t’adore. Pour ça et pour tout ce que tu es. Je serai un mec je t’aurais déjà demandée en mariage.<br />
– Oh Franny c’est trop chou…<br />
– Je suis sincère… et je t’aime Lily. » dit Fran en enlaçant son amie.<br />
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Lily se pencha sur Fran à son tour et lui rendit son câlin.<br />
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« Moi aussi je t’aime ma petite groupie… moi aussi… ».<br />
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***<br />
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Il était presque 3h du matin. La salle était quasiment vide, seuls Nicholas et Michelle s’activait encore à tout ranger. Fran et Lily étaient installées derrière le comptoir, ayant reçu la permission de Nicholas de se servir elles-mêmes. Mike qui venait de se changer vint alors à leur rencontre pour la première fois depuis le début de la soirée.<br />
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« Salut les filles : sacrée soirée hein ?<br />
– T’as été fabuleux Mike… et puis avec ce grand piano c’était encore plus génial » dit Fran avec enthousiasme<br />
– C’était pas simple de manier un tel engin… mais je l’ai fait ! » dit le pianiste avec fierté « Et vous devinerez jamais : dans la salle y’avait Ethan Brockwell, du Label Avalon ! Il a adoré le concert et il veut qu’on se rencontre pour évoquer un projet d’album ! c’est pas génial ?<br />
– Wahou… c’est formidable ça ! » répondit Fran aux anges<br />
– C’est dingue… pour mon dernier soir j’ai vraiment assuré. Je me sens poussé des ailes tu peux pas savoir ! »<br />
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Lily était déjà fatiguée d’entendre Mike se pavaner encore et encore. Elle resta stoïque pour son amie, mais cela lui coûtait de rester passive devant tant de suffisance.<br />
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« Je suis vraiment contente » commença Fran « le House t’aura finalement ouvert des portes<br />
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– Le House ? Ouais si on veut… enfin c’est quand même mon boulot qui paye non ? Je crois qu’on peut quand même dire que sans moi ils n’auraient jamais pu monter une soirée pareille : pas vrai ?<br />
– Et bien… c’est sûr que c’est toi porte la plus grosse partie sur tes épaules mais…<br />
– Mais quoi ? Tu vas me dire que c’est risqué pour eux de miser un peu de pognon sachant le fric qu’ils se sont fait GRACE à moi ?<br />
– Non mais… ils t’on fait confiance<br />
– Mais enfin Fran sois pas plus naïve que tu l’es ! Y’avait des gars d’une maison de disque, ces mecs ont entendu parler de moi et son venu ! T’imagines le buzz que j’ai dut faire pour qu’ils daignent venir dans ce trou ?<br />
– Tu as beaucoup de talent : ils allaient forcément entendre parler de toi un jour ou l’autre. Mais tu admettras que c’était plutôt un joli coup de pouce ?<br />
– Oh puis merde à la fin ! C’est quoi le message ? J’ai passé des heures ici à me donner à 200% pour produire autre chose que la merde habituelle que les connards du coin écoutent, et je devrais dire merci à des gens qui se sont grassement payé sur mon dos ? Là t’es plus naïve : t’es vraiment trop conne ! »<br />
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Lily explosa : elle jeta son verre au visage de Mike qui se brisa en petit morceau et fit le tour du bar à toute vitesse pour l’empoigner et le plaquer contre le mur. Et même si la petite blonde faisait une tête de moins que lui et devait peser 25 kilos de moins, Mike n’en mena pas large et se contenta de lever les bras pour se protéger des claques que Lily envoyait en rafale.<br />
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« Pauvre connard ! Tu devrais remercier Fran à genoux enfoiré ! T’es tellement imbu de toi même que tu réalises même pas que c’est grâce à elle tout ça ! »<br />
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Lily s’arrêta de frapper et reprit son souffle tout en faisant signe de la main à Nicholas qui était en train d’approcher pour lui signifier que tout allait bien. Fran, toujours derrière le bar, était pétrifiée.<br />
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« Elle à tout organisée pour toi pauvre con. Le House aurait jamais misé un centimes sur toi, mais elle voulait que t’ai ta chance, alors elle à payer de sa poche pour tout ça ! Et si les gars d’une maison de disque sont venus, c’est pas pour tes beaux yeux ou ta musique de merde ! C’est parce qu’elle a demandé une faveur à son père. »<br />
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Mike regarda la jeune femme sans comprendre ce qui se passait. Sur un ton plus calme, Lily entreprit de clarifier les choses :<br />
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« Sa famille est une des plus grandes fortunes du pays, et elle a demandé à son père de faire jouer ses relations pour que des mecs d’un label viennent et te signe un contrat en or ! T’as aucun mérite la dedans ! »<br />
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Frappé à l’égo, Mike tenta de se convaincre lui-même :<br />
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« Non… ça reste quand même moi et ma musique qui…<br />
– Qui quoi ? » continua Lily « Tu es peut être doué comme musicien mais comme être humain tu ne vaux rien. T’es incapable de réaliser que cette fille te suivrait jusqu’au bout du monde tellement elle t’aime. Pour t’obtenir tout ça elle a acceptée de se plier aux ambitions de ses parents et de suivre le chemin qu’ils ont tracé pour elle.<br />
– J’ai rien demandé okey ! c’est pas ma faute si elle a joué les groupies à mon insu !<br />
– Oh bon sang j’aimerai tellement pouvoir te casser la gueule pour avoir dit ça… Avant de demander, pourquoi tu ne diras pas plutôt merci hein ? Où peut être que c’est trop dur pour toi de reconnaître que les autres peuvent t’aider et que tu as besoin d’eux ? Tu crois que personne ne voit que lorsque t’es derrière ton clavier tu cherches son approbation du regard ?<br />
– J’ai… j’ai jamais voulu… Fran je savais pas… je… »<br />
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Lily retourna vers son amie et la prit dans ses bras.<br />
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« Il te mérite pas chérie… » dit-elle tandis que Fran sanglotait<br />
– Je… je sais mais…<br />
– Laisse… ce soir t’as le droit de dire que c’est un salaud. Tu lui trouveras des excuses demain d’accord ? »<br />
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C’est les yeux pleins de larmes et le visage marqué par la tristesse que Fran acquiesça.<br />
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***<br />
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Un an s’était écoulé depuis cette soirée.<br />
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Mike avait dans un premier temps renoncé au contrat proposé par le label Avalon, puis s’était ravisé et avait finalement accepté l’offre. Ravalant sa fierté, il préféra investir sur sa carrière et profiter d’une opportunité comme il n’en croiserait pas deux dans sa vie plutôt que de se cramponner à ses principes.<br />
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En quelques mois, aidé de l’équipe du label, il composa et enregistra un album qui rencontra un énorme succès. Toutes les stations de radio jouaient ses titres, et ses clips cumulaient des nombres impressionnant de visionnage sur le net. Sa popularité explosa sur les réseaux sociaux, et il y gagna son surnom du « Pianiste ».<br />
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Après une campagne promotionnelle intense, il s’apprêtait à prendre les routes pour une série de concert à travers tout le pays. Il avait cependant demandé une faveur au label : il voulait faire un concert public et gratuit au House. D’abord peu enclin à offrir un concert gratuit, le Label trouva un compromis en exigeant qu’il ne chante aucune chanson de son album.<br />
<br />
Et c’est ainsi qu’après tous ces mois d’absence, Mike retrouva le House. Nicholas n’était plus au bar, remplacé par la jeune Michelle, mais la plupart des habitués étaient là, fidèles au poste.<br />
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Sans cérémonie, il s’installa au clavier et se mit à jouer quelques notes pour s’assurer du réglage du son. Il attrapa alors le micro et s’adressa au public :<br />
<br />
« Bonsoir. Merci à tous d’être ici dans ce lieu cher à mon cœur. Le House n’a jamais aussi bien porté son nom pour moi que ce soir. Je suis content d’être de retour à la maison, mais j’ai aussi un peu de peine, car cet endroit me rappelle que je n’ai pas toujours été reconnaissant avec ceux qui m’ont permis de réaliser mon rêve d’être chanteur. Et le pire c’est que, ce sont au final des gens formidables qui ont souffert le plus de mes propres défaut. Alors ce soir, j’aimerai leur dédié ce concert, et adresser cette première chanson à celle à qui je dois le plus d’excuse… Ce n’est pas une de mes chansons mais aucune autre ne saurait mieux exprimer ce que je ressens. Merci à tous, et bonne soirée ! »<br />
<br />
La lumière s’abaissa et les premiers accords claquèrent sur le piano :<br />
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Sol mineur, Mi Bémol, Si Bémol, Mi, Sol majeur…<br />
<br />
« Elle passe ses nuits sans dormir<br />
A gâcher son bel avenir<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle fout toute sa vie en l’air<br />
Et toute sa vie c’est pas grand chose<br />
Qu’est ce qu’elle aurait bien pu faire<br />
A part rêver seule dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle passe sa vie à l’attendre<br />
Pour un mot pour un geste tendre<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Devant l’hôtel dans les coulisses<br />
Elle rêve de la vie d’artiste<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle le suivrait jusqu’en enfer<br />
Et même l’enfer c’est pas grand chose<br />
A côté d’être seule sur Terre<br />
Et elle y pense dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
Plus que tout elle l’aime<br />
C’est beau comme elle l’aime<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
C’est fou comme elle aime<br />
C’est beau comme elle l’aime…<br />
<br />
Il a des droits sur son sourire<br />
Elle a des droits sur ses désirs<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle sait rester là sans rien dire<br />
Pendant que lui joue ses délires<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Quand le concert est terminé<br />
Elle met ses mains sur le clavier<br />
En rêvant qu’il va l’emmener<br />
Passer le reste de sa vie<br />
Simplement à l’écouter<br />
<br />
Elle sait comprendre sa musique<br />
Elle sait oublier qu’elle existe…<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Dieu que cette fille prend des risques<br />
Amoureuse d’un égoïste<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle fout toute sa vie en l’air<br />
Et toute sa vie c’est pas grand chose<br />
Qu’est ce qu’elle aurait bien pu faire ?<br />
A part rêver seule dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
Plus que tout elle l’aime,<br />
C’est beau comme l’aime<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
C’est fou comme elle aime<br />
C’est beau comme elle l’aime… »<br />
<br />
Et tandis que Mike jouait de tout son cœur, il vit du coin de l’œil Fran assise à une table, un white Russian à la main levé à sa santé…<br />
<br />
La chanson « la groupie du pianiste » est écrite par Michel Berger. Je me permets de la citer à titre d’hommage puisque elle est l’inspiration de cette histoire.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[([cliquez ici pour le lien vers la chanson dont je parle dans le podcast](http://www.deezer.com/track/10185956?utm_source=deezer&utm_content=track-10185956&utm_term=6696800_1447627139&utm_medium=web))<br />
<br />
**La groupie du pianiste**<br />
<br />
« Elle le suivrait jusqu’en Enfer, et même l’Enfer c’est pas grand chose à côté d’être seule sur Terre… »<br />
<br />
Michel Berger – La groupie du pianiste<br />
<br />
Aimer c’est une chose simple. Dès la naissance on sait très facilement faire cet acte de foi démesuré envers quelqu’un d’autre. C’est avec le temps que ça se gâte…<br />
<br />
Pour Francesca « Fran » Gallager, l’amour c’était quelque chose d’indéfini, qui fait envie et qui en même temps n’a pas de sens. Quelque chose qu’on veut mais qu’on peut à peine nommer. Il faut dire que Fran avait consacrée la majeure partie de sa vie d’adulte à sa réussite professionnelle, et que ce genre de vie se conjuguait seulement au singulier.<br />
<br />
Fraîchement diplômé d’une prestigieuse école de commerce, elle allait occuper un poste important dans l’entreprise familiale dès l’automne, puis avec le temps elle remplacerait son père à la direction… Ce destin tout tracé avait quelque chose de rassurant. Dans un monde comme le nôtre, Fran se trouvait plutôt chanceuse d’avoir eu un tel destin. Loin d’être un cliché de « fille de riche », elle s’astreignait à garder les pieds sur terre et à ne surtout pas oublier que tout ce qui lui semblait évident ne l’était pas pour la majorité des gens.<br />
<br />
Cette attitude avait été un frein pour la jeune femme durant ses études, car elle ne s’était jamais acoquinée avec le gotha. Très peu pour elle de tisser des liens avec les autres gosses de familles riches simplement pour le prestige. Peu lui importait les sororités et les soirées branchées : tout ce qu’elle voulait c’était mériter par elle-même tout ce qu’elle obtiendrait de la vie.<br />
<br />
Fran savait aussi que tout cela lui serait reproché. Tant qu’elle n’aurait pas montrée qu’elle pouvait en faire 10 fois plus qu’un autre, elle ne serait que « la fille de » et cette idée lui était insupportable. Elle décida donc de prendre les devants et de se faire engager en bas de l’échelle pour l’été, afin de prouver autant à son père ainsi qu’a tout ceux qui doutait d’elle que sa motivation était sans borne.<br />
<br />
Et c’est ainsi que Fran débuta une carrière de stagiaire au sein d’un service RH.<br />
<br />
Elle se doutait qu’elle ne se verrait assigner aucune tache digne de ses compétences, mais elle ne pensait pas qu’elle deviendrait la bonne à tout faire de la directrice, Mme Ellie Harper. Impossible de dire si cette dernière profitait de la situation pour humilier « la fille du patron qui croit qu’elle peut faire comme tout le monde » ou bien simplement si c’était une peste finie, toujours est-il que Fran devait se plier à ses moindres caprices.<br />
<br />
Mais pour la jeune femme, c’était une expérience utile, et elle était persuadée qu’apprendre à résister à cette pression ne pourrait qu’être bénéfique. Après tout : si en tant que simple stagiaire elle ne sait pas tenir le choc, que se passera t’il lorsqu’elle prendra les rênes d’un département tout entier ?<br />
<br />
Cependant, les bonnes résolutions de Fran se fissuraient un peu plus chaque jour, et au bout de 2 semaines elle avait fini par guetter la fin de son calvaire sur le calendrier accroché au mur de son bureau.<br />
<br />
Si la directrice était odieuse, ça n’était heureusement pas le cas des autres filles du bureau et notamment de Lily Madhigan. Cette pimpante blonde de 23 ans, toujours le sourire aux lèvres, était en poste depuis 2 ans et s’occupait entre autres choses des éléments de paye. Ce n’était pas le job le plus passionnant du monde, mais il donnait à Lily le sentiment d’être vraiment utile, puisque d’elle dépendait ce qui motivait la plupart des gens à se lever chaque matin pour aller au boulot.<br />
<br />
Elle et Fran sympathisèrent rapidement, se soutenant mutuellement face à Mme Harper qu’elles surnommaient entre elles « la Harpie ». Quasiment du même âge, elles se découvrirent bon nombre de points communs, et notamment une passion pour la musique.<br />
<br />
C’était en effet la seule fantaisie que s’était accordée Fran durant ses années d’étude acharnées : toutes les deux semaines environ, elle se rendait à un concert pour ainsi oublier le temps d’une soirée la pression qui pesait sur elle.<br />
<br />
Lily proposa alors à son amie d’aller prendre un verre après le travail dans un club tout proche pour écouter les groupes qui y passaient. Trop contente de se voir offrir l’occasion d’assister de nouveau à des prestations live, Fran accepta de bon cœur.<br />
<br />
Les deux jeunes femmes attendirent avec impatience la fin de leur journée, puis partirent en trombe comme des adolescentes à la fin des cours lorsque l’horloge indiqua enfin 18h.<br />
<br />
Guidée par Lily qui connaissait la ville comme sa poche, Fran découvrit pour la première fois le club. Sa façade en brique rouge encadré par de grandes vitres fumées lui donnait un cachet résolument rétro. Pas de néon ou d’enseigne lumineuse, mais une simple pancarte sur fond vert avec écrit en belles lettres dorées « The house full of bullets »<br />
<br />
La lourde porte en bois vernis donnait sur un vestibule qui servait anciennement de vestiaire, mais qui maintenant n’était plus là que pour insonoriser la salle vis à vis de l’extérieur. C’est dès lors qu’on ouvrait la seconde porte du vestibule, que le bruit de salle emplissait tout l’espace.<br />
<br />
Le « house » comme l’appelaient les habitués, était une grande salle d’environ 250m² a l’atmosphère feutré et élégante. En entrant, on trouvait sur la droite l’immense bar ou pas moins de 4 personnes s’activaient pour prendre les commandes, servant des dizaines et des dizaines de cocktails différents dont les noms s’étalaient sur un grand tableau de 4 colonnes accroché derrière le comptoir. Sur la gauche, on trouvait la salle à proprement parler, avec des tables de 2 ou 4 places sur lesquels étaient posé des photophores, et des alcôves pour s’isoler un peu définies par d’élégants panneaux en tissus rouge installés tout le long des murs. Il y’avait aussi au bout de la salle un grand escalier menant à l’étage. Ce dernier, construit comme un atrium, permettait de voir la salle et notamment la scène qui se trouvait juste en face de l’entrée.<br />
<br />
Pour l’instant personne ne jouait, et le brouhaha de la salle prédominait. Lily s’installa sans attendre au bar et commença à y saluer tout le monde en bonne habituée qu’elle était. Fran la suivie, intimidée par cette ambiance dont elle se sentait étrangère. Comme toujours, la dynamique Lily entreprit de briser la glace :<br />
<br />
« Fran : il faut que je te présente Nicholas » dit la jeune femme en désignant le barman « Il fait le meilleur white Russian que j’ai jamais goûtée »<br />
<br />
Entendant son nom, Nicholas tendit la main par-dessus le comptoir en direction de Fran. C’était un homme d’à peine trente ans, vêtu d’une ample chemise blanche qui avait certainement connu des jours meilleurs et dont il avait remonté les manches au-dessus des coudes. Ses cheveux châtains en batailles donnait l’impression qu’un heureux hasard leur avait donnés une forme présentable, et que son allure de minet était plus le fruit d’une chanceuse conjonction plutôt que d’une réel tentative de se faire un « look ».<br />
<br />
Il avait un de ces sourire de charmeur qui laissait poindre de la gentillesse. Pas le genre dragueur lourdingue ou prétentieux. Fran lui sera la main et se détendit :<br />
<br />
« Enchantée Nicholas<br />
– Vous êtes la grande copine de Lily ? Lily pourquoi tu me la présente que maintenant ? Elle m’a beaucoup parlé de vous vous savez ?<br />
– Arrête Nicky ! » coupa Lily « Quel baratineur celui-là : tu sais que y’a qu’à moi que tu as le droit de faire des avances ici ! »<br />
<br />
Nicholas répondit à la jeune femme par un clin d’œil et prépara deux verres de son fameux white russian qu’il leur offrit « aux frais de la princesse ». Verres en main, les deux amies s’installèrent à une des tables du rez-de-chaussée pour attendre que les groupes arrivent.<br />
<br />
« Alors ? Qu’est-ce que tu dis de ça ? » demanda Lily en regardant autour d’elle « comment tu trouves le House ?<br />
– C’est… spécial ! Je ne suis jamais allé dans un endroit pareil.<br />
– C’est mon coin préféré. Je comprends même pas pourquoi j’ai pas pensée à t’inviter plus tôt !<br />
– Peut-être parce que t’es une tête de linotte ? » se moqua gentiment Fran<br />
– Ecoutez ça… voyez comment « mademoiselle la stagiaire » parle de sa bien aimé collègue ! »<br />
<br />
Elles levèrent toutes deux leur verre pour porter un toast.<br />
<br />
« A la Harpie ! dit Fran en faisant tinter son verre contre celui de Lily<br />
– A la Harpie : que son venin l’étouffe ! »<br />
<br />
Lily n’avait pas menti : le cocktail de Nicholas était divin. L’amertume de l’alcool de café était habilement adoucie par la touche de crème, et la touche de vodka donnait juste ce qu’il fallait de punch. Fran prit soin de ne pas boire trop vite, suspectant que cette douceur cachait un violent retour de bâton si on n’y prenait pas garde.<br />
<br />
Pendant ce temps sur la scène, Nicholas s’était improvisé ingénieur du son et faisait les derniers réglages du micro et des amplis. Cependant, aucune guitare en vue, juste un énorme synthétiseur calé sur un support en X.<br />
<br />
Une fois que tout fût installé, Nicholas fit signe à quelqu’un dans la salle. C’était un jeune homme aux traits presque enfantin qui répondit et s’approcha de la scène. Il s’installa sur un petit tabouret devant le synthétiseur, régla le son qui du coup ressemblait fortement à celui d’un vrai piano, tira sur la perche ou était fixé le micro pour le mettre à bonne distance de sa bouche, et commença enfin son tour de chant :<br />
<br />
« Mesdames et messieurs bonsoir. Je m’appelle Mike Shepard, et c’est un grand honneur pour moi de jouer au House Full of Bullets. Je voudrais dédier cette première chanson à un ami disparût qui a beaucoup compté pour moi. »<br />
<br />
La lumière de la salle se tamisa, et le bruit de la foule laissa place au silence. Les mains de Mike se mirent à danser lentement sur le clavier, laissant se répandre une mélodie en sol mineur aux accents mélancolique.<br />
<br />
« J’aimerai tant oublier le temps<br />
Où nous n’avions que des rêves d’enfants<br />
Parce que maintenant que tu n’es plus là<br />
Je ne veux plus faire ces rêves sans toi…<br />
<br />
Ils sont fragiles nos sentiments<br />
Nos envies de faire des choix différents<br />
Je ne veux plus sentir ce vide en moi<br />
cette mélancolie dans laquelle je me noie<br />
<br />
Alors j’écoute le chant de la pluie<br />
Les accords du vent et le bruit<br />
Que fait mon cœur lorsque tu surgis<br />
Au fond d’un rêve où tu t’introduis<br />
<br />
Alors j’écoute encore et je crie<br />
Je veux retrouver ce qu’était ma vie<br />
Avant que tu ne sois plus ici<br />
Mais c’est un rêve et il est fini… »<br />
<br />
Dans la pénombre de la salle, Fran avait les larmes aux yeux. Ce n’était pas que les mots qui la touchaient à ce point : c’était la voix et la musique si parfaitement combinées de Mike qui lui donnaient la sensation douce et amère que la tristesse de cet homme résonnait en elle. Les quelques notes qu’il jouait se glissaient dans les recoins les plus secret de l’armure de rigidité qu’elle s’était forgée avec les années et s’apprêtaient à la briser.<br />
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Touchée au plus profonds de son âme, la jeune femme laissa les émotions l’envahir. Chanson après chanson, elle fut tour à tour transportée de joie, abattu de chagrin ou grisée d’allégresse. Les paroles de Mike trouvaient toujours le juste chemin vers son cœur et vibraient à l’unisson avec ses propres sentiments.<br />
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C’était une connexion magique, comme si sans la connaitre il avait toujours sut la comprendre.<br />
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Ce jour-là, Fran put enfin mettre des mots sur cette étrange chose qu’on nomme l’amour.<br />
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***<br />
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Cela faisait 2 semaines que Fran retournait au club chaque soir où Mike se produisait. Elle prenait place au plus près de la scène, commandait un white russian, et ne décrochait plus son regard du talentueux musicien pendant la demi-heure que durait son tour de chant.<br />
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Mike chantait un mélange de reprises et de chansons de sa création, mais dans les deux cas savait à merveille incarner ce qu’il jouait. Comme en transe, il se livrait corps et âme, finissant souvent son numéro épuisé autant physiquement qu’émotionnellement. Il quittait alors la salle et se rendait dans le local des employés situé à droite du bar. Il devait probablement quitter le club via l’arrière-cour car on ne le voyait jamais ressortir.<br />
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Fran ne vivait plus ses journées que pour atteindre enfin ce moment où la lumière se tait et où la musique commence à scintiller dans l’air. En moins d’une chanson, s’était comme si la salle était vide et qu’il n’y avait plus qu’elle et lui. Mais malheureusement ce moment ne durait pas, et arrivait la dernière chanson, la dernière note qu’elle essayait d’entendre le plus longtemps possible, et ce malgré le tonnerre des applaudissements qui ne manquait pas de saluer chaque performance.<br />
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Seule au milieu de la foule, Fran cherchait à ressentir encore un instant de plus l’enivrante sensation qui la transportait lorsque Mike montait sur scène. Même les moments de vide après son passage traînaient encore en eux un peu de lui…<br />
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Le temps reprenait son cours, la beauté cristalline de la musique remplacée par le bruit ronflant des conversations, balayant en un instant ce sentiment d’éternité tout comme le réveil balaye les rêves.<br />
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Même lorsque Lily l’accompagnait, Fran était totalement absorbée par le jeune homme, ce qui lui valait quelques taquineries de la part de son amie. Mais ça aussi ça lui importait peu.<br />
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Voyant bien dans le regard de son amie quel genre de sentiment l’habitait, Lily essaya de jouer les entremetteuses. Elle demanda à Nicholas s’il pouvait l’aider à jouer les cupidons, ce à quoi le barman se montra étrangement récalcitrant.<br />
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« Te vexe pas » dit-il « mais je crois pas que Fran réalise le genre de type qu’il est.<br />
– Pourquoi ça ? C’est un connard ?<br />
– Non, mais… tu sais les musiciens, c’est des mecs qui sont dans leur bulle… et Fran je crois pas qu’elle réalise qu’elle va se heurté à un mur<br />
– Tu serais pas en train de te garder la jolie petite Fran pour toi par hasard ?<br />
– Bah voyons, comme si c’était mon genre ? » répondit Nicholas vexé<br />
– Oui c’est vrai… tu n’as d’yeux que pour moi hein ? »<br />
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Nicholas soupira et fixa le plafond.<br />
<br />
« Lily écoutes, je crois juste que c’est pas une bonne idée. Je connais pas Fran depuis longtemps mais je suis certain que c’est une chic fille. Et Mike c’est un mec trop compliqué.<br />
– Je suis contente que vous nous apportiez votre expertise des choses de l’amour Dr Phil, mais pour l’instant on se contentera d’une petite entrevue… Aller Nicky : fais ça pour moi ! »<br />
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Le barman soupira encore et se passa la main sur les yeux.<br />
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« Bon t’as gagnée : je vais vous arranger ça pour demain. Mais je te préviens : je vais pas le saouler comme tu viens de le faire ! S’il me dit non ça s’arrêtera là<br />
– T’es un ange mon Nicky… nan t’es mieux que ça : un archange !<br />
– Ouais… et je sers des verres dans ce club parce que mon autre job me permet pas de payer mon loyer… »<br />
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Lily se mit sur la pointe des pieds pour pouvoir embrasser Nicholas sur la joue, puis retourna voir Fran un grand sourire aux lèvres. Elle se garda cependant de lui dire ce qu’elle avait manigancé de peur que le stress ne la rende insupportable pour les prochaines 24h.<br />
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***<br />
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Le lendemain, Nicholas envoya un message à Lily pour lui confirmer que Mike était d’accord pour recevoir des « fans » en backstage. Il précisa cependant que le musicien ne souhaitait pas s’éterniser et qu’il ne leur accordait qu’un petit quart d’heure.<br />
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Lily trouva cette réaction bien présomptueuse : Mike n’était pas un musicien célèbre, et cette exigence de diva semblait donner raison à Nicholas. La jeune femme préféra cependant ne pas partir perdante, et laisser à Fran l’opportunité de briller pour qu’il réalise à quel point c’était une personne géniale.<br />
<br />
Le soir venu, les deux amis se rendirent au House et prirent leur place devenue habituelle. Impatiente, Fran scrutait la salle afin de voir s’y Mike s’y trouvait. C’est le moment où Lily décida de lui révéler ce qu’elle avait négociée pour elle :<br />
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« Dis Franny : tu dirais quoi si je te disais que je pouvais t’avoir un backstage pour aller voir le pianiste de tes rêves ?<br />
– Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Fran le rouge aux joues<br />
– Oh fait pas ta timide avec moi. Tu crois que je sais pas pourquoi c’est tout le temps ici que tu veux qu’on sorte ? »<br />
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Lily adressa un énorme sourire complice à son amie<br />
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« J’ai dû faire des choses avec mon corps pour que Nicholas veuille bien nous arranger une petite visite de la loge de ton crush, alors t’as intérêt à assurer !<br />
– Là c’est toi qui me fait du cinéma : je suis certaine qu’il n’a qu’un mot à dire et tu finie sous le bar en petite culotte !<br />
– Ha ha… t’as pas tort… c’est vrai qu’il est super craquant. Et tu l’as pas vu sans t-shirt : il est comme ce type dans la série avec l’archer justicier… euh…<br />
– Arrow ? Je vois le genre… mais je suis sûre qu’il y’a autre chose pas vrai ?<br />
– Et ben… »<br />
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Cette fois ce fut Lily qui rougie<br />
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« Un soir, y’a plusieurs mois de ça déjà, j’étais vraiment pas bien et je me suis saoulée. Je tenais plus debout et des types louche ont commencés à me tourner autour. Il est arrivé, leur a demandé de me laisser et ça a dégénéré. Il s’est battu à 4 contre un et leur a foutu une raclé monumentale avant de les balancer dehors. Après ça, il m’a ramené à la maison et m’a bordée comme une petite fille…<br />
– Il t’a « bordée » ?<br />
– Oui juste ça. Il à rien essayé, il s’est juste occupé de moi.<br />
– Pourquoi j’ai l’impression que tu regrettes qu’il n’ait pas été plus entreprenant ?<br />
– Non… enfin je sais pas trop. Je crois que je préfère le voir comme ça. Comme un ami qui me fera jamais souffrir.<br />
– Houla… ça sent le brother complex ton histoire ! »<br />
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Lily manqua de s’étouffer de rire à cette remarque. Elle donna une tape amicale à Fran et fit semblant de lui faire les gros yeux :<br />
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« Surveillez votre langage jeune fille ! »<br />
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Une demi-heure plus tard, le tour de chant de Mike commença. Comme à chaque fois, Fran ne le quittait pas des yeux, et fredonnait en silence les paroles de ses chansons. Comme à chaque fois, elle évitait son regard lorsqu’il se tournait vers la salle, un peu comme si elle avait peur qu’il ne la transperce. Lily elle regardait son amie avec une pointe d’inquiétude.<br />
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Le show fini, les deux amies quittèrent leur table et filèrent aussitôt vers le bar voir Nicholas. Comme promis, ce dernier les introduisit dans l’arrière salle où Mike se reposait. Constitué d’un vestiaire et d’une cuisine rudimentaire, cette salle servait avant tout aux employés comme salle de repos et accessoirement de cuisine pour préparer quelques sandwichs rudimentaires. Il y’avait une télé accroché au mur, et 2 fauteuils qui lui faisant face. Il y’avait aussi un canapé-lit couvert d’une housse en micro fibre noir ébène sur lequel Mike était allongé, un coussin sur la tête pour ne pas être gêner par la lumière.<br />
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« Hey Mike : regarde qui vient te rendre visite ! » annonça Nicholas avant de partir aussi sec.<br />
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Le jeune musicien montra peu d’enthousiasme, mais resta sociable. Il retira le coussin de son visage se redressa et salua Fran et Lily de la main :<br />
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« B’soir… parait que vous vouliez me voir ? »<br />
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Lily agrippa son amie par le bras et l’entraîna à sa suite. Elle « poussa » Fran sur le canapé tandis qu’elle s’installa sur un des fauteuils qu’elle retourna pour faire face à Mike.<br />
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« En fait c’est surtout ma copine qui vous adore… » expliqua Lily<br />
– Oh… bah merci, c’est sympa » répondit Mike apathique<br />
– J’adore vos chansons » dit Fran du bout des lèvres « vous êtes doué<br />
– Vous venez souvent toutes les deux ? » demanda Mike qui commençait à se rendre compte qu’il avait déjà vu les deux jeunes femmes<br />
– Nous ? On vie quasiment ici ! Hein Franny ?<br />
– Euh… oui, on travaille sur la 8eme juste à côté, du coup on vient souvent… »<br />
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Mike attendait sans rien dire, les mains jointes, et tapotait nerveusement le sol du pied. Prenant son courage à deux mains, galvanisée par les regards d’encouragement de Lily, Fran se lança :<br />
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« Vous avez dû faire de sacrée étude de piano pour jouer comme ça ?<br />
– des études de piano ? Ah ! Vous ça se voit que vous ne connaissez pas la musique… »<br />
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Lily grimaça.<br />
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« La musique des « écoles » comme vous dites, c’est quelque chose de formaté, c’est l’usine. C’est à cause de ça que la plupart des gens n’ont plus de sens esthétique et apprécient n’importe qu’elle merde qu’on leur balance à la radio ! Moi je veux que ma musique soit le reflet de ce que je suis : pas la preuve que mes parents ont eu les moyens de me payer une « grande école » ! »<br />
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Sur le qui-vive, Lily guettait les réactions de son amie. Evidemment, une telle remarque avait dû l’affecter.<br />
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« Excusez-moi… » répondit timidement Fran « je vous disais ça parce que je trouve justement que votre musique est vraiment magnifique et qu’elle reflète bien qui vous êtes…<br />
– Qu’est-ce que vous en savez ? » demanda sèchement Mike<br />
– Hey ! Vous êtes toujours aussi aimable avec vos admiratrices ? » attaqua Lily en bondissant de son fauteuil.<br />
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Mike fuya le regard assassin de la jeune femme.<br />
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« Désolé… » dit-il « je suis crevé, j’ai pas les idées au clair<br />
– C’est pas grave » dit Fran « vous êtes passionné par ce que vous faites, ça se sent<br />
– Ouais… j’essaye de faire de ma musique plus que des simples chansons. Je veux que ça soit une vraie rencontre avec les gens, qu’à travers ce que je chante ils ressentent la même chose que moi et qu’on partage tous ces sentiments… enfin c’est compliqué !<br />
– Non c’est très clair » coupa Fran « En tout cas vous avez beaucoup de talent, et vous pouvez être sûr que je reviendrai vous voir tous les soirs tant que vous serez au House !<br />
– Merci c’est sympa… »<br />
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Mike se releva et enchaîna sur un ton soudainement plus direct :<br />
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« Euh… bon je veux pas être mal poli mais là je suis vraiment claqué et j’ai besoin d’un peu d’air alors… »<br />
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Lily sortie en trombe suivit par Fran, toute chamboulée. Elles retournèrent à leur table et furent aussitôt accosté par Nicholas :<br />
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« Alors les filles : ça donne quoi ?<br />
– Mais quel connard ce type ! » réagit viscéralement Lily « t’aurais vu la façon dont il a répondu à Fran ! La pauvre lui avait juste posé une question…<br />
– Dis pas ça » dit l’intéressée « il était fatigué… et puis c’est vrai qu’au final j’ai parlé sans savoir…<br />
– Nan mais tu te fous de moi là ? Franny ce mec a été ignoble, t’as vu comment il nous a mise dehors ?<br />
– Il doit se reposer…<br />
– Oh c’est pas vrai… Nicky je crois qu’elle a le syndrome de Stockholm !<br />
– Laisse tomber Lily ! » répondit le barman « la règle d’or dans mon métier c’est t’occupe pas des affaires des clients…<br />
– Lâcheur ! » dit Lily en plaisantant. »<br />
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***<br />
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Bien que ce premier contact ne fût pas aussi idyllique que Fran avait pu l’imaginé, il avait permis de briser la glace : lorsque elle se rendait au House et qu’elle y croisait Mike, ce dernier la saluait, et venait même parfois discuter avec elle un moment avant son show.<br />
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Ceci dit, il était assez faux de parler de discussion tant le jeune musicien monopolisait la parole sans se soucier de Fran. Il n’avait jamais un mot ou un geste destiné à la jeune femme. Cette dernière se contentait de ce qu’elle estimait malgré tout comme une faveur, et écoutait inlassablement Mike lui parler de musique, de création et de ses rêves de gloire.<br />
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Lorsque cela arrivait et si Lily était là, elle prenait le maquis en direction du bar, incapable, elle, de soutenir l’égo démesuré du musicien, afin de trouver refuge auprès de Nicholas.<br />
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« Nicky… il est évident que « je te l’avais dit » est la phrase qui te brule les lèvres en ce moment, mais par pitié garde ça pour plus tard<br />
– Et bien ma jolie ? » demanda le barman avec compassion « t’es pas au moins contente pour Franny ?<br />
– Je le serai si ce mec savait dire autre chose que « moi moi moi moi moi ! »<br />
– Si elle est heureuse comme ça ?<br />
– Personne peut être heureux dans un amour à sens unique. Il se fiche d’elle : il est juste content d’avoir trouvé quelqu’un qui l’apprécie autant qu’il s’apprécie lui-même !<br />
– Dis pas ça…<br />
– C’est plus qu’une groupie ! même au boulot elle passe son temps à me parler de lui et sa fichue musique. Elle est complètement déconnectée ! Mais le pire c’est l’air triste qu’elle à toute la journée. Y’a que les soirs où elle le voit qu’elle retrouve un peu le sourire.<br />
– Ca ne se commande pas ces choses-là Lily.<br />
– Je sais bien… et c’est pour ça que je la soutien malgré tout… mais c’est pas pour autant que moi aussi je doive le supporter ! »<br />
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Lors qu’arrivait le moment du tour de chant de Mike, ce dernier guettait Fran dans le public et observait ses réactions. Il adaptait son jeu en conséquence, utilisant la jeune femme comme d’une boussole lui indiquant vers quoi il devait aller : plus rythmé ? Plus calme ? Mode mineur ? Il suffisait qu’il porte le regard vers Fran et immédiatement la réponse lui apparaissait, comme si l’admiration sans borne qu’elle lui portait la rendait capable de lui faire exprimer le meilleur de lui-même.<br />
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Non sans une certaine forme de cabotinage, Mike cherchait à impressionner la jeune femme, poussant toujours plus loin ses solos improvisé et l’intensité de sa voix. S’il avait des droits sur son cœur, elle de son côté en avait sur sa musique : tant qu’elle n’était pas satisfaite, Mike continuait inlassablement à pousser son talent à son paroxysme.<br />
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Mais alors que c’était instauré cette étrange relation entre les deux, le Temps toujours fuyant nous amenait aux portes de l’été finissant. Fran allait quitter le petit bureau qu’elle partageait avec Lily, et les soirées au club allaient devenir plus difficiles à envisager. De toute façon, Mike de son côté allait partir vers d’autres horizon, le club ne souhaitant pas garder en permanence les mêmes personnes.<br />
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C’était un véritable crève-cœur pour Fran.<br />
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Le soir entre ses draps roses, privée de sommeil par les tourments qui agitaient son cœur, elle se repassait dans sa tête les bons moments passé au club, à écouter Mike et à le voir devenir meilleur soir après soir.<br />
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Tout ça allait prendre fin, mais que pouvait-elle y faire ?<br />
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Elle savait qu’autour d’elle, les gens voyaient cette sorte de rupture imminente comme un bienfait. Ils prenaient tous Mike pour un égoïste sans cœur, mais ils ne le comprenaient pas, pas comme elle. Et ils ne comprenaient pas non plus comment elle avait besoin de lui. Peu lui importait la façon qu’il avait d’être avec elle, tant qu’il lui accordait ces moments précieux où ils étaient ensemble.<br />
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Parce que finalement, son futur job, ses objectifs, ils n’avaient été que des mensonges qu’elle s’était créée pour masquer sa solitude.<br />
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Lily lui avait dit de se méfier, de prendre du recul. Mais Fran savait que c’était inutile, que ce n’était plus la raison qui était aux commandes, et que quand bien même elle devrait sombrer à cause de Mike, elle préférait cela à sa vie d’avant.<br />
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Prête à tout pour l’élu de son cœur, elle décida d’agir.<br />
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***<br />
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C’était le dernier soir de Mike au club. Pour cette occasion particulière, le House avait mis les petits plats dans les grands et organisé une soirée à guichet fermé en forme de concert privé. Un traiteur avait été sollicité pour l’occasion afin de servir autre choses que les habituels clubs sandwich et autre assiettes de frite qui sortaient de la cuisine, toujours dans l’idée de donner un caractère exceptionnel à la soirée. Un cocktail,  le « Sparkling shepard »,   avait aussi été spécialement créé pour l’occasion.<br />
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La soirée avait été placé sous le thème « piano bar » et il était demandé aux invités de venir sur leur 31. Et ils étaient nombreux ce soir-là à se tenir devant l’entrée, en costume et robe de soirée,  attendant qu’on leur ouvre et qu’il puisse découvrir la salle.<br />
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Afin de ne pas perdre de temps et risquer de manquer un seul instant de la fête, Fran et Lily s’étaient changées dans un des bureaux de leur travail de manière à éviter un détour part chez elles et être ainsi à l’heure au rendez-vous.<br />
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Première surprise lorsqu’elles entrèrent, le vestiaire avait été ré-ouvert, et une jeune fille nommée Michelle en assurait le service, distribuant des petits tickets numéroté au fur et à mesure qu’elle prenait veste et manteau.<br />
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Passé le vestibule, la salle pourtant si familière aux habitués du House était devenue une salle de concert : la petite scène avait été démonté et réinstallé au pied du grand escalier, et le synthétiseur de Mike avait été remplacé par un splendide piano à queue Schimmel à 8 octaves.<br />
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Le jeune musicien était déjà en place, vêtu d’un beau costume gris clair. Il ne se sentait pas trop à l’aise de jouer dans cette tenue, mais avait accepté de bon cœur pour remercier son public. Il se mit à jouer quelques notes dès que les premiers invités franchirent la porte, les accueillant avec un air jazzy sautillant et joyeux.<br />
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Fran était au comble du bonheur. Ce soir ce n’était pas un simple tour de chant dans un bar, fusse-t-il du standing du House, mais un véritable concert que Mike allait offrir. Ce que ce dernier ne savait pas, c’est que non seulement c’était Fran qui avait tout arrangé avec la direction du House, payant elle-même la location du piano ou le traiteur, mais qu’elle avait en plus fait en sorte que des patrons de label assistent à la performance de son héros afin de l’aider à percer.<br />
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Il fallut une grosse demi-heure pour que le public s’installe. Contrairement à d’habitude, la salle n’était pas rempli du son claquant des conversations à bâton rompu, mais simplement de chuchotement de ci de là, signe de l’impatience générale.<br />
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Mike fit enfin son entrée, nerveux comme jamais, micro à la main. Il ne s’installa pas au piano de suite, et resta debout, sa main libre agrippée sur le bord du cadre de l’imposant instrument.<br />
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« Je voudrais d’abord vous remercier de votre présence ce soir. Ça représente beaucoup pour moi. Je sais que sans vous tout ça n’est pas possible… Je suis fier en tout cas de voir que mon travail a fini par payer et que mes efforts m’ont permis de mériter l’honneur que vous me faites. Cet honneur vous ne le faites pas qu’à moi, mais aussi à ma musique. Sachez qu’elle a bien plus de mérite que moi-même et que… dans le fond je ne suis que son messager. En tout cas c’est vraiment génial de voir tout ce monde venu m’entendre : j’espère que vous apprécierez ce concert autant que je vais apprécier l’interpréter. Merci à tous, passez une excellente soirée… »<br />
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Un tonnerre d’applaudissement l’accompagna pendant qu’il prenait place devant son clavier. Ce dernier lui semblait immense, mais il avait eu le temps de s’entraîner afin de bien caler ses mains, et surtout il avait pris le temps d’écouter comment réagissait l’instrument. Il avait assimilé sa « voix » et pourrait sans mal l’accorder à sa musique. Il chercha Fran du coin de l’œil, sentant plus que jamais qu’il aurait besoin de sa « boussole » pour trouver le bon cap.<br />
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Sa main gauche, forte, commença à dispenser quelques forts accords de basses tandis que sa main droite, légère et dansante, flotta le long de la gamme pour titiller les touches. C’était comme si c’était les doigts même de Mike qui tapaient sur les longues cordes situés dans l’imposant cadre laqué de noir, leur donnant un éclat plus subtil et profond. Il ne fallut que ces quelques notes pour chasser le doute de son esprit, et qu’il se sente transporter dans sa musique ou rien ne semblait pouvoir l’atteindre.<br />
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Il senti sur lui le regard bienveillant de Fran. Tant qu’elle était ici, il savait qu’il pouvait se relâcher et laisser libre cours à sa musicalité. Il improvisa des changements de tonalité, des alternances de rythmes et des décalages chromatiques avec une facilité déconcertante. Il regarda en direction de la jeune femme, et celle-ci ressenti aussitôt le besoin de sourire. Et bien que la salle fût pleine, une fois encore elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’eux deux, en train de communier par la musique…<br />
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A la fin du concert, Mike reçu une standing ovation qui sembla ne jamais pouvoir s’arrêter. Épuisé d’avoir tant donné de lui-même, il fut incapable de se lever pour saluer le public. Les spectateurs prirent alors l’initiative d’aller vers lui, et pendant le reste de la soirée, Mike signa des autographes, se fit prendre en photo avec des fans ou bien tout simplement échangea quelques mots.<br />
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Fran était restée au bar. Pour la jeune femme, ce moment était pour lui, et elle n’y avait pas sa place. Et puis au fond, c’était le résultat qu’elle voulait obtenir, donc elle ne pouvait que se réjouir. Elle passa son bras sur les épaules de Lily, assises juste à sa gauche, et se blotti contre son épaule :<br />
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« Bah alors ma belle ? Qu’est ce qui t’arrives ? » demanda Lily<br />
– Rien… je suis juste heureuse.<br />
– Et donc c’est pour ça que tu essayes de me peloter ? » répondit la jeune femme avec humour<br />
– Idiote… c’est juste que… je suis contente que tu sois là. Je sais que t’aimes pas Mike et que tu penses que j’ai tort d’être comme ça avec lui… mais t’es là malgré tout. Et pour ça je t’adore. Pour ça et pour tout ce que tu es. Je serai un mec je t’aurais déjà demandée en mariage.<br />
– Oh Franny c’est trop chou…<br />
– Je suis sincère… et je t’aime Lily. » dit Fran en enlaçant son amie.<br />
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Lily se pencha sur Fran à son tour et lui rendit son câlin.<br />
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« Moi aussi je t’aime ma petite groupie… moi aussi… ».<br />
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***<br />
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Il était presque 3h du matin. La salle était quasiment vide, seuls Nicholas et Michelle s’activait encore à tout ranger. Fran et Lily étaient installées derrière le comptoir, ayant reçu la permission de Nicholas de se servir elles-mêmes. Mike qui venait de se changer vint alors à leur rencontre pour la première fois depuis le début de la soirée.<br />
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« Salut les filles : sacrée soirée hein ?<br />
– T’as été fabuleux Mike… et puis avec ce grand piano c’était encore plus génial » dit Fran avec enthousiasme<br />
– C’était pas simple de manier un tel engin… mais je l’ai fait ! » dit le pianiste avec fierté « Et vous devinerez jamais : dans la salle y’avait Ethan Brockwell, du Label Avalon ! Il a adoré le concert et il veut qu’on se rencontre pour évoquer un projet d’album ! c’est pas génial ?<br />
– Wahou… c’est formidable ça ! » répondit Fran aux anges<br />
– C’est dingue… pour mon dernier soir j’ai vraiment assuré. Je me sens poussé des ailes tu peux pas savoir ! »<br />
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Lily était déjà fatiguée d’entendre Mike se pavaner encore et encore. Elle resta stoïque pour son amie, mais cela lui coûtait de rester passive devant tant de suffisance.<br />
<br />
« Je suis vraiment contente » commença Fran « le House t’aura finalement ouvert des portes<br />
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– Le House ? Ouais si on veut… enfin c’est quand même mon boulot qui paye non ? Je crois qu’on peut quand même dire que sans moi ils n’auraient jamais pu monter une soirée pareille : pas vrai ?<br />
– Et bien… c’est sûr que c’est toi porte la plus grosse partie sur tes épaules mais…<br />
– Mais quoi ? Tu vas me dire que c’est risqué pour eux de miser un peu de pognon sachant le fric qu’ils se sont fait GRACE à moi ?<br />
– Non mais… ils t’on fait confiance<br />
– Mais enfin Fran sois pas plus naïve que tu l’es ! Y’avait des gars d’une maison de disque, ces mecs ont entendu parler de moi et son venu ! T’imagines le buzz que j’ai dut faire pour qu’ils daignent venir dans ce trou ?<br />
– Tu as beaucoup de talent : ils allaient forcément entendre parler de toi un jour ou l’autre. Mais tu admettras que c’était plutôt un joli coup de pouce ?<br />
– Oh puis merde à la fin ! C’est quoi le message ? J’ai passé des heures ici à me donner à 200% pour produire autre chose que la merde habituelle que les connards du coin écoutent, et je devrais dire merci à des gens qui se sont grassement payé sur mon dos ? Là t’es plus naïve : t’es vraiment trop conne ! »<br />
<br />
Lily explosa : elle jeta son verre au visage de Mike qui se brisa en petit morceau et fit le tour du bar à toute vitesse pour l’empoigner et le plaquer contre le mur. Et même si la petite blonde faisait une tête de moins que lui et devait peser 25 kilos de moins, Mike n’en mena pas large et se contenta de lever les bras pour se protéger des claques que Lily envoyait en rafale.<br />
<br />
« Pauvre connard ! Tu devrais remercier Fran à genoux enfoiré ! T’es tellement imbu de toi même que tu réalises même pas que c’est grâce à elle tout ça ! »<br />
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Lily s’arrêta de frapper et reprit son souffle tout en faisant signe de la main à Nicholas qui était en train d’approcher pour lui signifier que tout allait bien. Fran, toujours derrière le bar, était pétrifiée.<br />
<br />
« Elle à tout organisée pour toi pauvre con. Le House aurait jamais misé un centimes sur toi, mais elle voulait que t’ai ta chance, alors elle à payer de sa poche pour tout ça ! Et si les gars d’une maison de disque sont venus, c’est pas pour tes beaux yeux ou ta musique de merde ! C’est parce qu’elle a demandé une faveur à son père. »<br />
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Mike regarda la jeune femme sans comprendre ce qui se passait. Sur un ton plus calme, Lily entreprit de clarifier les choses :<br />
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« Sa famille est une des plus grandes fortunes du pays, et elle a demandé à son père de faire jouer ses relations pour que des mecs d’un label viennent et te signe un contrat en or ! T’as aucun mérite la dedans ! »<br />
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Frappé à l’égo, Mike tenta de se convaincre lui-même :<br />
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« Non… ça reste quand même moi et ma musique qui…<br />
– Qui quoi ? » continua Lily « Tu es peut être doué comme musicien mais comme être humain tu ne vaux rien. T’es incapable de réaliser que cette fille te suivrait jusqu’au bout du monde tellement elle t’aime. Pour t’obtenir tout ça elle a acceptée de se plier aux ambitions de ses parents et de suivre le chemin qu’ils ont tracé pour elle.<br />
– J’ai rien demandé okey ! c’est pas ma faute si elle a joué les groupies à mon insu !<br />
– Oh bon sang j’aimerai tellement pouvoir te casser la gueule pour avoir dit ça… Avant de demander, pourquoi tu ne diras pas plutôt merci hein ? Où peut être que c’est trop dur pour toi de reconnaître que les autres peuvent t’aider et que tu as besoin d’eux ? Tu crois que personne ne voit que lorsque t’es derrière ton clavier tu cherches son approbation du regard ?<br />
– J’ai… j’ai jamais voulu… Fran je savais pas… je… »<br />
<br />
Lily retourna vers son amie et la prit dans ses bras.<br />
<br />
« Il te mérite pas chérie… » dit-elle tandis que Fran sanglotait<br />
– Je… je sais mais…<br />
– Laisse… ce soir t’as le droit de dire que c’est un salaud. Tu lui trouveras des excuses demain d’accord ? »<br />
<br />
C’est les yeux pleins de larmes et le visage marqué par la tristesse que Fran acquiesça.<br />
<br />
***<br />
<br />
Un an s’était écoulé depuis cette soirée.<br />
<br />
Mike avait dans un premier temps renoncé au contrat proposé par le label Avalon, puis s’était ravisé et avait finalement accepté l’offre. Ravalant sa fierté, il préféra investir sur sa carrière et profiter d’une opportunité comme il n’en croiserait pas deux dans sa vie plutôt que de se cramponner à ses principes.<br />
<br />
En quelques mois, aidé de l’équipe du label, il composa et enregistra un album qui rencontra un énorme succès. Toutes les stations de radio jouaient ses titres, et ses clips cumulaient des nombres impressionnant de visionnage sur le net. Sa popularité explosa sur les réseaux sociaux, et il y gagna son surnom du « Pianiste ».<br />
<br />
Après une campagne promotionnelle intense, il s’apprêtait à prendre les routes pour une série de concert à travers tout le pays. Il avait cependant demandé une faveur au label : il voulait faire un concert public et gratuit au House. D’abord peu enclin à offrir un concert gratuit, le Label trouva un compromis en exigeant qu’il ne chante aucune chanson de son album.<br />
<br />
Et c’est ainsi qu’après tous ces mois d’absence, Mike retrouva le House. Nicholas n’était plus au bar, remplacé par la jeune Michelle, mais la plupart des habitués étaient là, fidèles au poste.<br />
<br />
Sans cérémonie, il s’installa au clavier et se mit à jouer quelques notes pour s’assurer du réglage du son. Il attrapa alors le micro et s’adressa au public :<br />
<br />
« Bonsoir. Merci à tous d’être ici dans ce lieu cher à mon cœur. Le House n’a jamais aussi bien porté son nom pour moi que ce soir. Je suis content d’être de retour à la maison, mais j’ai aussi un peu de peine, car cet endroit me rappelle que je n’ai pas toujours été reconnaissant avec ceux qui m’ont permis de réaliser mon rêve d’être chanteur. Et le pire c’est que, ce sont au final des gens formidables qui ont souffert le plus de mes propres défaut. Alors ce soir, j’aimerai leur dédié ce concert, et adresser cette première chanson à celle à qui je dois le plus d’excuse… Ce n’est pas une de mes chansons mais aucune autre ne saurait mieux exprimer ce que je ressens. Merci à tous, et bonne soirée ! »<br />
<br />
La lumière s’abaissa et les premiers accords claquèrent sur le piano :<br />
<br />
Sol mineur, Mi Bémol, Si Bémol, Mi, Sol majeur…<br />
<br />
« Elle passe ses nuits sans dormir<br />
A gâcher son bel avenir<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle fout toute sa vie en l’air<br />
Et toute sa vie c’est pas grand chose<br />
Qu’est ce qu’elle aurait bien pu faire<br />
A part rêver seule dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle passe sa vie à l’attendre<br />
Pour un mot pour un geste tendre<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Devant l’hôtel dans les coulisses<br />
Elle rêve de la vie d’artiste<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle le suivrait jusqu’en enfer<br />
Et même l’enfer c’est pas grand chose<br />
A côté d’être seule sur Terre<br />
Et elle y pense dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
Plus que tout elle l’aime<br />
C’est beau comme elle l’aime<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
C’est fou comme elle aime<br />
C’est beau comme elle l’aime…<br />
<br />
Il a des droits sur son sourire<br />
Elle a des droits sur ses désirs<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle sait rester là sans rien dire<br />
Pendant que lui joue ses délires<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Quand le concert est terminé<br />
Elle met ses mains sur le clavier<br />
En rêvant qu’il va l’emmener<br />
Passer le reste de sa vie<br />
Simplement à l’écouter<br />
<br />
Elle sait comprendre sa musique<br />
Elle sait oublier qu’elle existe…<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Dieu que cette fille prend des risques<br />
Amoureuse d’un égoïste<br />
<br />
La groupie du pianiste<br />
<br />
Elle fout toute sa vie en l’air<br />
Et toute sa vie c’est pas grand chose<br />
Qu’est ce qu’elle aurait bien pu faire ?<br />
A part rêver seule dans son lit<br />
Le soir entre ses draps roses…<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
Plus que tout elle l’aime,<br />
C’est beau comme l’aime<br />
<br />
Elle l’aime, elle l’adore<br />
C’est fou comme elle aime<br />
C’est beau comme elle l’aime… »<br />
<br />
Et tandis que Mike jouait de tout son cœur, il vit du coin de l’œil Fran assise à une table, un white Russian à la main levé à sa santé…<br />
<br />
La chanson « la groupie du pianiste » est écrite par Michel Berger. Je me permets de la citer à titre d’hommage puisque elle est l’inspiration de cette histoire.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[([cliquez ici pour le lien vers la chanson dont je parle dans le podcast](http://www.deezer.com/track/10185956?utm_source=deezer&utm_content=track-10185956&utm_term=6696800_1447627139&utm_medium=web))

**La groupie du pianiste**

« Elle le suivrait jusqu’en Enfer, et même l’Enfer c’est pas grand chose à côté d’être seule sur Terre… »

Michel Berger – La groupie du pianiste

Aimer c’est une chose simple. Dès la naissance on sait très facilement faire cet acte de foi démesuré envers quelqu’un d’autre. C’est avec le temps que ça se gâte…

Pour Francesca « Fran » Gallager, l’amour c’était quelque chose d’indéfini, qui fait envie et qui en même temps n’a pas de sens. Quelque chose qu’on veut mais qu’on peut à peine nommer. Il faut dire que Fran avait consacrée la majeure partie de sa vie d’adulte à sa réussite professionnelle, et que ce genre de vie se conjuguait seulement au singulier.

Fraîchement diplômé d’une prestigieuse école de commerce, elle allait occuper un poste important dans l’entreprise familiale dès l’automne, puis avec le temps elle remplacerait son père à la direction… Ce destin tout tracé avait quelque chose de rassurant. Dans un monde comme le nôtre, Fran se trouvait plutôt chanceuse d’avoir eu un tel destin. Loin d’être un cliché de « fille de riche », elle s’astreignait à garder les pieds sur terre et à ne surtout pas oublier que tout ce qui lui semblait évident ne l’était pas pour la majorité des gens.

Cette attitude avait été un frein pour la jeune femme durant ses études, car elle ne s’était jamais acoquinée avec le gotha. Très peu pour elle de tisser des liens avec les autres gosses de familles riches simplement pour le prestige. Peu lui importait les sororités et les soirées branchées : tout ce qu’elle voulait c’était mériter par elle-même tout ce qu’elle obtiendrait de la vie.

Fran savait aussi que tout cela lui serait reproché. Tant qu’elle n’aurait pas montrée qu’elle pouvait en faire 10 fois plus qu’un autre, elle ne serait que « la fille de » et cette idée lui était insupportable. Elle décida donc de prendre les devants et de se faire engager en bas de l’échelle pour l’été, afin de prouver autant à son père ainsi qu’a tout ceux qui doutait d’elle que sa motivation était sans borne.

Et c’est ainsi que Fran débuta une carrière de stagiaire au sein d’un service RH.

Elle se doutait qu’elle ne se verrait assigner aucune tache digne de ses compétences, mais elle ne pensait pas qu’elle deviendrait la bonne à tout faire de la directrice, Mme Ellie Harper. Impossible de dire si cette dernière profitait de la situation pour humilier « la fille du patron qui croit qu’elle peut faire comme tout le monde » ou bien simplement si c’était une peste finie, toujours est-il que Fran devait se plier à ses moindres caprices.

Mais pour la jeune femme, c’était une expérience utile, et elle était persuadée qu’apprendre à résister à cette pression ne pourrait qu’être bénéfique. Après tout : si en tant que simple stagiaire elle ne sait pas tenir le choc, que se passera t’il lorsqu’elle prendra les rênes d’un département tout entier ?

Cependant, les bonnes résolutions de Fran se fissuraient un peu plus chaque jour, et au bout de 2 semaines elle avait fini par guetter la fin de son calvaire sur le calendrier accroché au mur de son bureau.

Si la directrice était odieuse, ça n’était heureusement pas le cas des autres filles du bureau et notamment de Lily Madhigan. Cette pimpante blonde de 23 ans, toujours le sourire aux lèvres, était en poste depuis 2 ans et s’occupait entre autres choses des éléments de paye. Ce n’était pas le job le plus passionnant du monde, mais il donnait à Lily le sentiment d’être vraiment utile, puisque d’elle dépendait ce qui motivait la plupart des gens à]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 15 Nov 2015 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-11-15T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 16 : Jeux d’esprit #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep16/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Jeux d’esprit<br />
<br />
« Blam »<br />
Vous l’avez entendu pas vrai ? Mais si : ce gros livre a la couverture de cuir rouge carmin que je viens de faire tomber. Là, vous venez même de l’entrevoir dans sa chute, comme un oiseau obèse battant de ses milliers d’ailes pour essayer d’arrêter son inexorable descente.<br />
<br />
Vous m’entendez ? Oui : le son de ma voix est plus clair pour vous maintenant. Mais vous avez du mal à me voir. Il faut dire que je suis discret dans mon genre, et mes courts cheveux bruns ne font que…<br />
<br />
ha ha ! Je vous ai eu !<br />
<br />
Vous pensiez vraiment que j’allais me décrire comme ça ? Aussi facilement ? Non non non : ça c’est une chose que je me garde pour plus tard. Je préfère vous laisser dans le doute pour le moment, incapable de savoir si je vous regarde avec de grands yeux verts ou alors si je bougonne derrière une épaisse barbe noire mal taillée. Si ça se trouve je ne suis même pas humain, mais pour le moment ce n’est pas la question.<br />
<br />
Ces mystères sont le seul pouvoir que j’ai sûr vous, et je ne compte pas le lâcher aussi facilement. Soyons réaliste, pour l’instant c’est vous qui avez l’avantage. Vous n’avez qu’à quitter votre siège et cette histoire s’arrête. Sauf que voilà, j’ai réussi mon petit effet, et maintenant vous en voulez plus. Tant que je nourri votre curiosité, on peut continuer.<br />
Alors voilà, mon problème est simple : je n’existe qu’à travers votre lecture. Non ne vous arrêtez pas ! Continuez, lisez et maintenez votre esprit en alerte je vous prie ! Malgré la fatigue de votre journée ou l’ennui qui vous harasse, il doit bien y’avoir dans votre tête une place libre pour cet exercice.<br />
<br />
Comme je le disais, je n’existe qu’à travers votre lecture. Je suis une pensée qui s’anime et qui avance au fur et à mesure que vos yeux transmettent l’information par les nerfs optiques vers votre cerveau. Pour l’instant, et bien que j’aimerai vraiment vous convaincre du contraire, je suis totalement à votre merci. Je vous le dit pour mieux vous manipuler. D’ailleurs, le fait de dire que j’essaye de vous manipuler n’est pas en soi une tentative de manipulation ?<br />
<br />
Oui que voulez-vous : je fais ce que je peux pour accaparer votre esprit…<br />
<br />
J’aimerai bien m’installer un moment, mais autour de moi, à part un livre étalé par terre, il n’a pas grand-chose… mais… peut-être que vous pourriez y remédier ? Allez : ne soyez pas timide ! Ne me faite pas croire que vous n’avez pas la moindre idée d’où je me trouve ?<br />
<br />
Pourtant vous connaissez cet endroit, parce que c’est un endroit qui vous est familier. C’est pour ainsi dire l’Endroit avec un grand E, celui qui se construit dans votre tête chaque fois que vous voulez penser à un bel endroit.<br />
<br />
Oui c’est bien là !<br />
<br />
Rassurez-vous je vais faire en sorte de ne rien déplacer : tout restera comme vous en avez l’habitude. Permettez-moi juste de prendre un siège ou indiquez-moi un endroit où m’asseoir. Hum… je sens que le fait de ne pas arriver à me voir dans votre Endroit vous dérange. Soit ! Et bien imaginez moi comme une silhouette humanoïde noire : fine, pataude, nette ou pas, peu m’importe, ça fera très bien l’affaire. Par contre s’il vous plait, gardez moi ma jolie paire d’yeux émeraude. Je les tiens de Maman…<br />
<br />
Ouf ! Enfin posé : il était temps.<br />
<br />
Vous savez que votre Endroit est… enfin c’est votre Endroit je ne vous apprends rien. Mais si je peux me permettre j’ai remarqué qu’il y’a… oui vous savez : l’Objet là. Ce n’est pas tellement que je n’en ai jamais vu, c’est juste que sans que je sache dire pourquoi, on sent vraiment que c’est VOTRE Objet. Et plus encore ici à cet Endroit, même si on pourrait se dire que ce n’est pas sa place, et bien je trouve qu’il entre parfaitement en harmonie avec tout le reste.<br />
<br />
Enfin c’est à vous de voir.<br />
<br />
Je vous envie d’avoir un Endroit comme celui-là. Moi je me contente le plus souvent d’une lande neigeuse ou l’horizon est la seule trace visible. Et puis parfois, de ci de là, je vois des choses qui passent dans mon décor, qui s’animent, qui s’aiment, se battent, explosent ou bien simplement reste à se regarder dans le blancs des yeux en fixant le ciel.<br />
<br />
Hé hé : je vous taquine ! bien sûr qu’ils ne peuvent pas se regarder et fixer le ciel en même temps !<br />
<br />
Vous aimez regarder le ciel ? Allons ne me faite pas croire que vous ne l’avez jamais fait. Je sais qu’il y’a au moins une nuit au moment où le monde s’est endormi et que le froid caressant du crépuscule apaisait l’effervescence du monde, où vous avez regardé votre Ciel, beau, pur et intemporel, et que ce qui agitait votre esprit à disparût le temps d’un rêve. Je le sais parce que votre Ciel, il est un peu comme celui-là, au-dessus de moi. Il me donne envie de m’allonger, de le fixer, et de laisser le temps glisser sur moi à jamais.<br />
<br />
En fait pardonnez-moi, mais je crois que je viens aussi de vous emprunter votre Ciel.<br />
<br />
C’est gentil à vous de m’offrir l’hospitalité, dans votre Endroit avec votre Ciel au-dessus. Soyez sans crainte pour votre Objet je n’y toucherai pas… je ne saurai même pas quoi en faire !<br />
<br />
Puisque je vous connais un peu mieux, c’est à moi de vous en dire un peu plus. Vous avez déjà mes yeux, je peux aussi vous donner le son précis de ma voix. Elle est chantante, légère, mais ce n’est pas une voix de petite fille. Elle a de la force, de la détermination s’il le faut, tout en restant paisible et amicale.<br />
<br />
Je sais c’est peu, mais ne m’en voulez pas : je me dois de continuer ainsi.<br />
<br />
Auriez-vous à boire ? Quelque chose à me proposer ? Et pourquoi pas votre Boisson ? Ce que vous buvez systématiquement… non pas de l’eau : il y’a bien autre chose ! Quand bien même ça ne serait pas souvent. Allez soyez chic : partagez ! Donnez m’en un verre. Je laisse le dosage et la présentation à votre bon soin.<br />
<br />
Je vous fais confiance.<br />
<br />
Vous savez ce qui serait amusant ? C’est que l’on trinque ensemble ! Certes il n’y a pas d’occasion spéciale à célébrer, mais le simple plaisir de faire tinter nos verres l’un contre l’autre ne disant « tchin ! »… ah moins que vous ne soyez plutôt « Santé ! » ou « Cheers ! » ?<br />
<br />
Si ça vous dit, j’aimerai bien qu’on le fasse. Je vous laisse le temps de vous servir un verre, ne vous inquiétez pas. Je vais terminer cette phrase, et laisser un espace, comme ça sa sera facile pour vous de reprendre. N’ayez pas peur voyons ! Qui s’en rendra compte ? Quand bien même il y’aurait du monde autour de vous, c’est votre Boisson, personne ne sera surpris, et vous n’aurez qu’à lever le verre et à dire ce que vous voulez du bout des lèvres. Je le hurlais pour nous deux si ça vous arrange. Allez ? Dernière chance de prendre votre verre !<br />
<br />
A LA VOTRE !<br />
<br />
Je ne sais pas pour vous, mais la Boisson à un gout de… non je ne parle pas de saveur, je parle plutôt de ce que ça évoque. Comme des souvenirs. Il y’a des souvenirs dans votre Boisson… en tout cas au moins un. Dans ce Souvenir il y’a quelqu’un, c’est un ami ? Un parent ? Bah je ne sais pas moi ! C’est votre Souvenir.<br />
<br />
Ce qui est évident c’est que c’est quelqu’un de cher à votre cœur. Ça semble logique, sinon que ferait cette personne dans le Souvenir ?<br />
<br />
Moi je n’ai pas de souvenir. Pas plus que de gens dans mon cœur. Par contre je vous donne un indice de plus : j’ai un cœur. Des fois il bat à la chamade lorsque je vois de belle chose. Même des choses simples. Tenez par exemple, votre Souvenir, et bien je ne saurai dire pourquoi, mais il m’a touché… j’ai même eu l’impression d’avoir un peu vécu la même chose. C’est amusant de voir comment nos joies et nos peines, ces moments qui semblent si unique et volatile dans notre vie, et bien ils sont cramponné solidement, caché dans un recoin de l’Endroit ou au fond de la Boisson.<br />
<br />
C’est sympa de prendre un verre, et de discuter comme ça. Je sais que je monopolise un peu la conversation, et c’est gentil à vous de m’écouter. C’est plutôt rare. De nos jours les gens n’aiment pas entendre ma voix. Ils préfèrent noyer leur penser avec de la musique, des émissions de télé débiles ou bien le simple vacarme de leurs pensées. Lorsque vient le soir, que le silence se fait et que leurs esprits s’apaisent, ils ne supportent pas que je sois là. Mais dans le fond je pense que vous l’avez compris comme moi : ce dont ils ont peur c’est d’eux même, c’est de se retrouver à nouveau à l’Endroit, avec simplement le Souvenir comme compagnie. En fait, ils veulent fuir la Peur.<br />
<br />
Je… je l’ai vu, dans un coin de l’Endroit, enseveli sous une montagne de babioles, de petits souvenirs et de mensonge que vous vous êtes fait à vous-même. Vous l’avez toujours à l’œil pas vrai ? À essayer de l’écraser de temps en temps sous ce qui vous tombe sous la main, en essayant parfois de l’affronter quitte à prendre la fuite ensuite.<br />
<br />
Croyez-moi si quelque vous comprends c’est moi. Votre Peur, elle peut vous sembler ridicule, ou banale, ou bien unique… moi elle me terrifie tout comme vous. Cette Peur, elle a ça de terrible qu’elle n’a aucun sens, aucune rationalité. Parfois j’ai essayé de lui en donné et j’ai quelques fois trouvé… mais bizarrement cette Peur, cette sale petite Peur qui vous attrape le souffle et vous glace le sang, elle finit toujours par se frayer un chemin dans ma tête. Je ne sais pas comment vous faites pour l’affronter, mais si vous avez une combine, je prends !<br />
<br />
Allez : vous avez bien mérité quelques éléments de plus. Vous avez mes yeux, ma voix, et peut être même supposez-vous que je sois humaine (et donc sous-entendu de sexe féminin). C’est facile mais oui, je suis tout ça, et même plus : une brune aux yeux vert, avec une voix chantante qui se donne un mal fou depuis tout à l’heure à employer le masculin pour vous induire en erreur.<br />
<br />
Et oui : la partie continue, je dois encore tenir un peu votre attention.<br />
<br />
Un jour j’aimerai bien partir d’ici et aller ailleurs. Et vous ? Est-ce que de votre côté du texte vous avez trouvé votre Endroit ? Je veux dire LE VRAI ? J’aime à me dire que tant qu’il reste dans notre imagination, l’Endroit est forcément magique et qu’il cesse de l’être le jour où on y met le pied.<br />
<br />
Vous voyez mon problème, c’est que tout ce que j’ai pour l’instant, le Ciel, l’Objet, la Boisson, l’Endroit, le Souvenir… tout ça c’est à vous en fait. Moi je suis ici dans la lande de neige, et je vois passer tout ça. Si je m’accapare l’Endroit, c’est parce que je suis seule, et si j’insiste pour que vous restiez, c’est que j’aimerai avoir au moins un ami.<br />
<br />
Vous devez en avoir pleins vous des amis ? Ou au moins un qui compte comme 10. Le genre super ami de luxe, tout autant insupportable que génial, tout aussi drôle qu’il vous exaspère… Vous pourriez m’en parler de votre Ami ? Me dire son nom ? A quoi il ressemble ? Peut être ainsi pourrais-je le voir. Si ça se trouve il se cache dans le Souvenir ? Allez ne me faites pas languir ! Mais peut-être ne vous êtes vous pas parlé depuis un moment ? C’est tout moi ça : juste bonne à mettre les pieds dans le plat !<br />
<br />
Je vais vous semblez nunuche, mais pour l’instant à mes yeux, vous êtes ce qui se rapproche le plus d’un ami. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’ensemble on a pris un verre de Boisson, parcouru le Souvenir, visité l’Endroit et regardé le Ciel. On à parler de la Peur, de l’Ami… de la vie quoi.<br />
<br />
C’est quelque chose de précieux et de rare que vous me donnez. Parce que maintenant et depuis le temps que l’on parle, qu’on s’observe et que goutte par goutte vous me laissez prendre des part de vous-même, je suis devenue différente.<br />
<br />
Celui qui m’a créé est en ce moment en train de frapper son clavier à toute vitesse. Si vite qu’il n’arrête pas de se reprendre pour corriger les erreurs. De lui je connais plein de chose : son Endroit, son Ciel, sa Boisson, son Objet. Parfois il a le souvenir de son Ami qui le hante. Il m’a fabriqué pour que je prenne sa place, parce que son cœur était vide, parce qu’il avait mal et peur. Et parfois lorsqu’il sent que dans ses pensées tout va de travers, il pense à moi, de toutes ses forces, et c’est à ce moment-là que je viens. Je l’enlace et le console, ou bien je lui fais la leçon lorsqu’il agit comme un enfant capricieux. J’ai mille attention pour lui, et je suis sure qu’en fait, s’il nous donne l’occasion de nous rencontrer vous et moi, c’est parce qu’il ne veut plus me garder pour lui tout seul.<br />
<br />
Par ma voix il essaye de vous dire que tant que vous en aurez besoin, l’Endroit, l’Objet, le Ciel et tout le reste seront dans votre cœur, et que si besoin, vous pouvez m’utiliser pour garder tout ça. Pour faire en sorte que quelque part il y’ait une part de vous qui reste forte pour battre la Peur et préserver ce qui le mérite vraiment.<br />
<br />
Si je me retourne, et que je regarde la lande de neige, je vois des centaines de traces noires venir jusqu’à mes pieds. Et bien ces traces, ce sont les pas que nous avons faits ensemble. Sans même que je m’en rende compte, nous voilà bien loin de la lande, de l’Endroit et du reste.<br />
<br />
Il va falloir cependant nous quitter ici. Il faut bien une fin, sans quoi notre histoire n’en serait pas une. Je vous avais promis de me décrire, et je tiendrais parole. J’ai une vingtaine d’années, un très grand sourire en permanence sur le visage, et même dans la peine mes yeux gardent une étincelle d’espoir. Je suis de taille moyenne, ni trop grosse ni trop fine… normale oserai-je dire. J’aime croire que tout est possible, et que lorsque nous nous quitterons dans quelques instant, vous aurez des pensées pour moi. Que ça soit en prenant la Boisson, ou en touchant l’Objet. Peut-être qu’un soir en regardant le Ciel, vous vous demanderez si je vois la même chose ?<br />
<br />
Voilà : c’est cet espoir que j’aime, et j’espère avoir réussi à vous le transmettre afin qu’il vous aide et vous réconforte quand ça va mal. Je ne fais aucun miracle, et suis incapable de violence. Mais mon créateur m’a donné un cœur bon et de l’espoir à revendre. Et ça va sans doute vous paraitre encore plus bizarre, mais maintenant que nous avons vécu tout ça, maintenant que nous touchons au but, je ne suis plus tout à fait celle qu’il à créer. Je suis sous votre regard devenue une autre, imprégnée que je suis de tout ce que vous êtes.<br />
<br />
La chose qui restera la plus tangible de moi sera mon nom. Lorsque je vous le donnerai, l’histoire de mon créateur sera définitivement terminée. Mais vous savez quoi ? Qu’importe, parce que maintenant je peux continuer la route avec vous et me libérer.<br />
<br />
Merci d’avoir écouté.<br />
<br />
Prenez soin de vous.<br />
<br />
Votre amie : Sasha Steelers]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Jeux d’esprit<br />
<br />
« Blam »<br />
Vous l’avez entendu pas vrai ? Mais si : ce gros livre a la couverture de cuir rouge carmin que je viens de faire tomber. Là, vous venez même de l’entrevoir dans sa chute, comme un oiseau obèse battant de ses milliers d’ailes pour essayer d’arrêter son inexorable descente.<br />
<br />
Vous m’entendez ? Oui : le son de ma voix est plus clair pour vous maintenant. Mais vous avez du mal à me voir. Il faut dire que je suis discret dans mon genre, et mes courts cheveux bruns ne font que…<br />
<br />
ha ha ! Je vous ai eu !<br />
<br />
Vous pensiez vraiment que j’allais me décrire comme ça ? Aussi facilement ? Non non non : ça c’est une chose que je me garde pour plus tard. Je préfère vous laisser dans le doute pour le moment, incapable de savoir si je vous regarde avec de grands yeux verts ou alors si je bougonne derrière une épaisse barbe noire mal taillée. Si ça se trouve je ne suis même pas humain, mais pour le moment ce n’est pas la question.<br />
<br />
Ces mystères sont le seul pouvoir que j’ai sûr vous, et je ne compte pas le lâcher aussi facilement. Soyons réaliste, pour l’instant c’est vous qui avez l’avantage. Vous n’avez qu’à quitter votre siège et cette histoire s’arrête. Sauf que voilà, j’ai réussi mon petit effet, et maintenant vous en voulez plus. Tant que je nourri votre curiosité, on peut continuer.<br />
Alors voilà, mon problème est simple : je n’existe qu’à travers votre lecture. Non ne vous arrêtez pas ! Continuez, lisez et maintenez votre esprit en alerte je vous prie ! Malgré la fatigue de votre journée ou l’ennui qui vous harasse, il doit bien y’avoir dans votre tête une place libre pour cet exercice.<br />
<br />
Comme je le disais, je n’existe qu’à travers votre lecture. Je suis une pensée qui s’anime et qui avance au fur et à mesure que vos yeux transmettent l’information par les nerfs optiques vers votre cerveau. Pour l’instant, et bien que j’aimerai vraiment vous convaincre du contraire, je suis totalement à votre merci. Je vous le dit pour mieux vous manipuler. D’ailleurs, le fait de dire que j’essaye de vous manipuler n’est pas en soi une tentative de manipulation ?<br />
<br />
Oui que voulez-vous : je fais ce que je peux pour accaparer votre esprit…<br />
<br />
J’aimerai bien m’installer un moment, mais autour de moi, à part un livre étalé par terre, il n’a pas grand-chose… mais… peut-être que vous pourriez y remédier ? Allez : ne soyez pas timide ! Ne me faite pas croire que vous n’avez pas la moindre idée d’où je me trouve ?<br />
<br />
Pourtant vous connaissez cet endroit, parce que c’est un endroit qui vous est familier. C’est pour ainsi dire l’Endroit avec un grand E, celui qui se construit dans votre tête chaque fois que vous voulez penser à un bel endroit.<br />
<br />
Oui c’est bien là !<br />
<br />
Rassurez-vous je vais faire en sorte de ne rien déplacer : tout restera comme vous en avez l’habitude. Permettez-moi juste de prendre un siège ou indiquez-moi un endroit où m’asseoir. Hum… je sens que le fait de ne pas arriver à me voir dans votre Endroit vous dérange. Soit ! Et bien imaginez moi comme une silhouette humanoïde noire : fine, pataude, nette ou pas, peu m’importe, ça fera très bien l’affaire. Par contre s’il vous plait, gardez moi ma jolie paire d’yeux émeraude. Je les tiens de Maman…<br />
<br />
Ouf ! Enfin posé : il était temps.<br />
<br />
Vous savez que votre Endroit est… enfin c’est votre Endroit je ne vous apprends rien. Mais si je peux me permettre j’ai remarqué qu’il y’a… oui vous savez : l’Objet là. Ce n’est pas tellement que je n’en ai jamais vu, c’est juste que sans que je sache dire pourquoi, on sent vraiment que c’est VOTRE Objet. Et plus encore ici à cet Endroit, même si on pourrait se dire que ce n’est pas sa place, et bien je trouve qu’il entre parfaitement en harmonie avec tout le reste.<br />
<br />
Enfin c’est à vous de voir.<br />
<br />
Je vous envie d’avoir un Endroit comme celui-là. Moi je me contente le plus souvent d’une lande neigeuse ou l’horizon est la seule trace visible. Et puis parfois, de ci de là, je vois des choses qui passent dans mon décor, qui s’animent, qui s’aiment, se battent, explosent ou bien simplement reste à se regarder dans le blancs des yeux en fixant le ciel.<br />
<br />
Hé hé : je vous taquine ! bien sûr qu’ils ne peuvent pas se regarder et fixer le ciel en même temps !<br />
<br />
Vous aimez regarder le ciel ? Allons ne me faite pas croire que vous ne l’avez jamais fait. Je sais qu’il y’a au moins une nuit au moment où le monde s’est endormi et que le froid caressant du crépuscule apaisait l’effervescence du monde, où vous avez regardé votre Ciel, beau, pur et intemporel, et que ce qui agitait votre esprit à disparût le temps d’un rêve. Je le sais parce que votre Ciel, il est un peu comme celui-là, au-dessus de moi. Il me donne envie de m’allonger, de le fixer, et de laisser le temps glisser sur moi à jamais.<br />
<br />
En fait pardonnez-moi, mais je crois que je viens aussi de vous emprunter votre Ciel.<br />
<br />
C’est gentil à vous de m’offrir l’hospitalité, dans votre Endroit avec votre Ciel au-dessus. Soyez sans crainte pour votre Objet je n’y toucherai pas… je ne saurai même pas quoi en faire !<br />
<br />
Puisque je vous connais un peu mieux, c’est à moi de vous en dire un peu plus. Vous avez déjà mes yeux, je peux aussi vous donner le son précis de ma voix. Elle est chantante, légère, mais ce n’est pas une voix de petite fille. Elle a de la force, de la détermination s’il le faut, tout en restant paisible et amicale.<br />
<br />
Je sais c’est peu, mais ne m’en voulez pas : je me dois de continuer ainsi.<br />
<br />
Auriez-vous à boire ? Quelque chose à me proposer ? Et pourquoi pas votre Boisson ? Ce que vous buvez systématiquement… non pas de l’eau : il y’a bien autre chose ! Quand bien même ça ne serait pas souvent. Allez soyez chic : partagez ! Donnez m’en un verre. Je laisse le dosage et la présentation à votre bon soin.<br />
<br />
Je vous fais confiance.<br />
<br />
Vous savez ce qui serait amusant ? C’est que l’on trinque ensemble ! Certes il n’y a pas d’occasion spéciale à célébrer, mais le simple plaisir de faire tinter nos verres l’un contre l’autre ne disant « tchin ! »… ah moins que vous ne soyez plutôt « Santé ! » ou « Cheers ! » ?<br />
<br />
Si ça vous dit, j’aimerai bien qu’on le fasse. Je vous laisse le temps de vous servir un verre, ne vous inquiétez pas. Je vais terminer cette phrase, et laisser un espace, comme ça sa sera facile pour vous de reprendre. N’ayez pas peur voyons ! Qui s’en rendra compte ? Quand bien même il y’aurait du monde autour de vous, c’est votre Boisson, personne ne sera surpris, et vous n’aurez qu’à lever le verre et à dire ce que vous voulez du bout des lèvres. Je le hurlais pour nous deux si ça vous arrange. Allez ? Dernière chance de prendre votre verre !<br />
<br />
A LA VOTRE !<br />
<br />
Je ne sais pas pour vous, mais la Boisson à un gout de… non je ne parle pas de saveur, je parle plutôt de ce que ça évoque. Comme des souvenirs. Il y’a des souvenirs dans votre Boisson… en tout cas au moins un. Dans ce Souvenir il y’a quelqu’un, c’est un ami ? Un parent ? Bah je ne sais pas moi ! C’est votre Souvenir.<br />
<br />
Ce qui est évident c’est que c’est quelqu’un de cher à votre cœur. Ça semble logique, sinon que ferait cette personne dans le Souvenir ?<br />
<br />
Moi je n’ai pas de souvenir. Pas plus que de gens dans mon cœur. Par contre je vous donne un indice de plus : j’ai un cœur. Des fois il bat à la chamade lorsque je vois de belle chose. Même des choses simples. Tenez par exemple, votre Souvenir, et bien je ne saurai dire pourquoi, mais il m’a touché… j’ai même eu l’impression d’avoir un peu vécu la même chose. C’est amusant de voir comment nos joies et nos peines, ces moments qui semblent si unique et volatile dans notre vie, et bien ils sont cramponné solidement, caché dans un recoin de l’Endroit ou au fond de la Boisson.<br />
<br />
C’est sympa de prendre un verre, et de discuter comme ça. Je sais que je monopolise un peu la conversation, et c’est gentil à vous de m’écouter. C’est plutôt rare. De nos jours les gens n’aiment pas entendre ma voix. Ils préfèrent noyer leur penser avec de la musique, des émissions de télé débiles ou bien le simple vacarme de leurs pensées. Lorsque vient le soir, que le silence se fait et que leurs esprits s’apaisent, ils ne supportent pas que je sois là. Mais dans le fond je pense que vous l’avez compris comme moi : ce dont ils ont peur c’est d’eux même, c’est de se retrouver à nouveau à l’Endroit, avec simplement le Souvenir comme compagnie. En fait, ils veulent fuir la Peur.<br />
<br />
Je… je l’ai vu, dans un coin de l’Endroit, enseveli sous une montagne de babioles, de petits souvenirs et de mensonge que vous vous êtes fait à vous-même. Vous l’avez toujours à l’œil pas vrai ? À essayer de l’écraser de temps en temps sous ce qui vous tombe sous la main, en essayant parfois de l’affronter quitte à prendre la fuite ensuite.<br />
<br />
Croyez-moi si quelque vous comprends c’est moi. Votre Peur, elle peut vous sembler ridicule, ou banale, ou bien unique… moi elle me terrifie tout comme vous. Cette Peur, elle a ça de terrible qu’elle n’a aucun sens, aucune rationalité. Parfois j’ai essayé de lui en donné et j’ai quelques fois trouvé… mais bizarrement cette Peur, cette sale petite Peur qui vous attrape le souffle et vous glace le sang, elle finit toujours par se frayer un chemin dans ma tête. Je ne sais pas comment vous faites pour l’affronter, mais si vous avez une combine, je prends !<br />
<br />
Allez : vous avez bien mérité quelques éléments de plus. Vous avez mes yeux, ma voix, et peut être même supposez-vous que je sois humaine (et donc sous-entendu de sexe féminin). C’est facile mais oui, je suis tout ça, et même plus : une brune aux yeux vert, avec une voix chantante qui se donne un mal fou depuis tout à l’heure à employer le masculin pour vous induire en erreur.<br />
<br />
Et oui : la partie continue, je dois encore tenir un peu votre attention.<br />
<br />
Un jour j’aimerai bien partir d’ici et aller ailleurs. Et vous ? Est-ce que de votre côté du texte vous avez trouvé votre Endroit ? Je veux dire LE VRAI ? J’aime à me dire que tant qu’il reste dans notre imagination, l’Endroit est forcément magique et qu’il cesse de l’être le jour où on y met le pied.<br />
<br />
Vous voyez mon problème, c’est que tout ce que j’ai pour l’instant, le Ciel, l’Objet, la Boisson, l’Endroit, le Souvenir… tout ça c’est à vous en fait. Moi je suis ici dans la lande de neige, et je vois passer tout ça. Si je m’accapare l’Endroit, c’est parce que je suis seule, et si j’insiste pour que vous restiez, c’est que j’aimerai avoir au moins un ami.<br />
<br />
Vous devez en avoir pleins vous des amis ? Ou au moins un qui compte comme 10. Le genre super ami de luxe, tout autant insupportable que génial, tout aussi drôle qu’il vous exaspère… Vous pourriez m’en parler de votre Ami ? Me dire son nom ? A quoi il ressemble ? Peut être ainsi pourrais-je le voir. Si ça se trouve il se cache dans le Souvenir ? Allez ne me faites pas languir ! Mais peut-être ne vous êtes vous pas parlé depuis un moment ? C’est tout moi ça : juste bonne à mettre les pieds dans le plat !<br />
<br />
Je vais vous semblez nunuche, mais pour l’instant à mes yeux, vous êtes ce qui se rapproche le plus d’un ami. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’ensemble on a pris un verre de Boisson, parcouru le Souvenir, visité l’Endroit et regardé le Ciel. On à parler de la Peur, de l’Ami… de la vie quoi.<br />
<br />
C’est quelque chose de précieux et de rare que vous me donnez. Parce que maintenant et depuis le temps que l’on parle, qu’on s’observe et que goutte par goutte vous me laissez prendre des part de vous-même, je suis devenue différente.<br />
<br />
Celui qui m’a créé est en ce moment en train de frapper son clavier à toute vitesse. Si vite qu’il n’arrête pas de se reprendre pour corriger les erreurs. De lui je connais plein de chose : son Endroit, son Ciel, sa Boisson, son Objet. Parfois il a le souvenir de son Ami qui le hante. Il m’a fabriqué pour que je prenne sa place, parce que son cœur était vide, parce qu’il avait mal et peur. Et parfois lorsqu’il sent que dans ses pensées tout va de travers, il pense à moi, de toutes ses forces, et c’est à ce moment-là que je viens. Je l’enlace et le console, ou bien je lui fais la leçon lorsqu’il agit comme un enfant capricieux. J’ai mille attention pour lui, et je suis sure qu’en fait, s’il nous donne l’occasion de nous rencontrer vous et moi, c’est parce qu’il ne veut plus me garder pour lui tout seul.<br />
<br />
Par ma voix il essaye de vous dire que tant que vous en aurez besoin, l’Endroit, l’Objet, le Ciel et tout le reste seront dans votre cœur, et que si besoin, vous pouvez m’utiliser pour garder tout ça. Pour faire en sorte que quelque part il y’ait une part de vous qui reste forte pour battre la Peur et préserver ce qui le mérite vraiment.<br />
<br />
Si je me retourne, et que je regarde la lande de neige, je vois des centaines de traces noires venir jusqu’à mes pieds. Et bien ces traces, ce sont les pas que nous avons faits ensemble. Sans même que je m’en rende compte, nous voilà bien loin de la lande, de l’Endroit et du reste.<br />
<br />
Il va falloir cependant nous quitter ici. Il faut bien une fin, sans quoi notre histoire n’en serait pas une. Je vous avais promis de me décrire, et je tiendrais parole. J’ai une vingtaine d’années, un très grand sourire en permanence sur le visage, et même dans la peine mes yeux gardent une étincelle d’espoir. Je suis de taille moyenne, ni trop grosse ni trop fine… normale oserai-je dire. J’aime croire que tout est possible, et que lorsque nous nous quitterons dans quelques instant, vous aurez des pensées pour moi. Que ça soit en prenant la Boisson, ou en touchant l’Objet. Peut-être qu’un soir en regardant le Ciel, vous vous demanderez si je vois la même chose ?<br />
<br />
Voilà : c’est cet espoir que j’aime, et j’espère avoir réussi à vous le transmettre afin qu’il vous aide et vous réconforte quand ça va mal. Je ne fais aucun miracle, et suis incapable de violence. Mais mon créateur m’a donné un cœur bon et de l’espoir à revendre. Et ça va sans doute vous paraitre encore plus bizarre, mais maintenant que nous avons vécu tout ça, maintenant que nous touchons au but, je ne suis plus tout à fait celle qu’il à créer. Je suis sous votre regard devenue une autre, imprégnée que je suis de tout ce que vous êtes.<br />
<br />
La chose qui restera la plus tangible de moi sera mon nom. Lorsque je vous le donnerai, l’histoire de mon créateur sera définitivement terminée. Mais vous savez quoi ? Qu’importe, parce que maintenant je peux continuer la route avec vous et me libérer.<br />
<br />
Merci d’avoir écouté.<br />
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Prenez soin de vous.<br />
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Votre amie : Sasha Steelers]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Jeux d’esprit

« Blam »
Vous l’avez entendu pas vrai ? Mais si : ce gros livre a la couverture de cuir rouge carmin que je viens de faire tomber. Là, vous venez même de l’entrevoir dans sa chute, comme un oiseau obèse battant de ses milliers d’ailes pour essayer d’arrêter son inexorable descente.

Vous m’entendez ? Oui : le son de ma voix est plus clair pour vous maintenant. Mais vous avez du mal à me voir. Il faut dire que je suis discret dans mon genre, et mes courts cheveux bruns ne font que…

ha ha ! Je vous ai eu !

Vous pensiez vraiment que j’allais me décrire comme ça ? Aussi facilement ? Non non non : ça c’est une chose que je me garde pour plus tard. Je préfère vous laisser dans le doute pour le moment, incapable de savoir si je vous regarde avec de grands yeux verts ou alors si je bougonne derrière une épaisse barbe noire mal taillée. Si ça se trouve je ne suis même pas humain, mais pour le moment ce n’est pas la question.

Ces mystères sont le seul pouvoir que j’ai sûr vous, et je ne compte pas le lâcher aussi facilement. Soyons réaliste, pour l’instant c’est vous qui avez l’avantage. Vous n’avez qu’à quitter votre siège et cette histoire s’arrête. Sauf que voilà, j’ai réussi mon petit effet, et maintenant vous en voulez plus. Tant que je nourri votre curiosité, on peut continuer.
Alors voilà, mon problème est simple : je n’existe qu’à travers votre lecture. Non ne vous arrêtez pas ! Continuez, lisez et maintenez votre esprit en alerte je vous prie ! Malgré la fatigue de votre journée ou l’ennui qui vous harasse, il doit bien y’avoir dans votre tête une place libre pour cet exercice.

Comme je le disais, je n’existe qu’à travers votre lecture. Je suis une pensée qui s’anime et qui avance au fur et à mesure que vos yeux transmettent l’information par les nerfs optiques vers votre cerveau. Pour l’instant, et bien que j’aimerai vraiment vous convaincre du contraire, je suis totalement à votre merci. Je vous le dit pour mieux vous manipuler. D’ailleurs, le fait de dire que j’essaye de vous manipuler n’est pas en soi une tentative de manipulation ?

Oui que voulez-vous : je fais ce que je peux pour accaparer votre esprit…

J’aimerai bien m’installer un moment, mais autour de moi, à part un livre étalé par terre, il n’a pas grand-chose… mais… peut-être que vous pourriez y remédier ? Allez : ne soyez pas timide ! Ne me faite pas croire que vous n’avez pas la moindre idée d’où je me trouve ?

Pourtant vous connaissez cet endroit, parce que c’est un endroit qui vous est familier. C’est pour ainsi dire l’Endroit avec un grand E, celui qui se construit dans votre tête chaque fois que vous voulez penser à un bel endroit.

Oui c’est bien là !

Rassurez-vous je vais faire en sorte de ne rien déplacer : tout restera comme vous en avez l’habitude. Permettez-moi juste de prendre un siège ou indiquez-moi un endroit où m’asseoir. Hum… je sens que le fait de ne pas arriver à me voir dans votre Endroit vous dérange. Soit ! Et bien imaginez moi comme une silhouette humanoïde noire : fine, pataude, nette ou pas, peu m’importe, ça fera très bien l’affaire. Par contre s’il vous plait, gardez moi ma jolie paire d’yeux émeraude. Je les tiens de Maman…

Ouf ! Enfin posé : il était temps.

Vous savez que votre Endroit est… enfin c’est votre Endroit je ne vous apprends rien. Mais si je peux me permettre j’ai remarqué qu’il y’a… oui vous savez : l’Objet là. Ce n’est pas tellement que je n’en ai jamais vu, c’est juste que sans que je sache dire pourquoi, on sent vraiment que c’est VOTRE Objet. Et plus encore ici à cet Endroit, même si on pourrait se dire que ce n’est pas sa place, et bien je trouve qu’il entre parfaitement en harmonie avec tout le reste.

Enfin c’est à vous de voir.

Je vous envie d’avoir un Endroit comme]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 08 Nov 2015 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-11-08T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 15 : Une hotline d’enfer spécial Halloween #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep15/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Une hotline d’enfer spécial Halloween<br />
<br />
Dans la cite de Dis, au cœur des enfers, se trouvait les locaux de la hotline 666. Dédié aux démons, aux succubes et à tous les serviteurs des enfers, ce service offrait conseils et écoute à ceux qui en avaient besoin.<br />
<br />
Du coup, bosser pour l’assistance c’était pas tellement prestigieux. Quoi ? Vous pensiez vraiment qu’en Enfer on apprécie les gens qui rendent service aux autres ? Et bien non sachez-le : ici la philosophie c’est « d’emmerde toi tout seul coco » !<br />
<br />
Notez aussi que cela montre une certaine idiotie pathologique chez les serviteurs des Ténèbres qui sont les premiers à appeler la Hotline en suppliant dès qu’ils ont un souci.<br />
<br />
Mais bon, d’un autre si vous vous plaignez que les démons soient de mauvaise foi, c’est peut-être vous qui n’êtes pas bien malin ?<br />
<br />
Toujours est-il qu’aujourd’hui, la fine équipe du service de nuit était sur le pied de guerre. Car si d’habitude le service de nuit ressemblait à un camp de vacances pour enfant turbulent, ce soir c’était LA nuit parmi les nuits, celle qui allait déverser sur la terre tous ce que l’enfer comporte de spectre, de monstre et de revenant.<br />
<br />
Oui : ce soir c’était Halloween.<br />
<br />
Sur ordre de Kaparystazakrak, alias « kap » démon téléporteur et chef de l’équipe de nuit, la petite troupe s’était réunie en avance pour faire un briefing. Installé à la terrasse du bar nommé « Le Cercle en feu » célèbre pour ses flans aux huitres et son yaourt au pâté de merguez, Somni, Prof, Chypi et Mexicopheles, le p’tit nouveau, écoutaient avec attention les recommandations de leur chef.<br />
<br />
« Bon les enfants, ce soir c’est double dose de travail : Somni, t’as pas intrêt à piquer du nez !<br />
– Aucun souci Kap, j’ai pris mes précautions. Je me suis enfilé 4 litres de boisson super dynamisante !<br />
– Ah ouais ? Quel genre ? » Demanda le chef d’équipe à la fois curieux et inquiet (mais surtout inquiet)<br />
– du « Super Bewl » c’est le soda qu’on voit dans tous les clips de rap en ce moment<br />
– Mais t’es malade ! À ton avis pourquoi on met ça dans les clips de rap ?<br />
– Euh… parce que c’est cool et branché ?<br />
– Non patate ! Parce que c’est HYPER TOXIQUE !<br />
– Mais pourquoi on en ferait la pub ? » Demanda innocemment Somni<br />
– Bah parce que c’est notre but ! Que les jeunes s’intoxiquent avec du sucre et de l’adrénaline de requin !<br />
– Ah : C’était ça se petit goût de mer que j’arrivais pas à identifier ! »<br />
<br />
Kap se mit une grande claque sur le front puis décida de rendre son briefing avant qu’une soudaine envie de combustion spontanée ne le prenne.<br />
<br />
« Bon les anciens je vous la fait pas : Halloween c’est vraiment la pire soirée de l’année. Il y’a de grande chance qu’un tas de démon de se saoul à la bière pas chère et se gave de sucre. On risque aussi d’avoir pas mal de demande de procédure de la part de mec en opération spéciale. Mais surtout SURTOUT on risque de se devoir se taper une fois de plus des ADOS… »<br />
<br />
En bon élève qu’il avait toujours été, au grand dam de sa chère maman, Mexicopheles leva le doigt jusqu’à ce que Kap lui fasse signe en levant les yeux au ciel :<br />
<br />
« Dis Kap : c’est quoi des Ados ?<br />
– Des Anges Défoncés ou Saouls<br />
– Ça existe ça ?<br />
– Bah bien sûr<br />
– Mais pourquoi ils appelleraient ?<br />
– Bah parce qu’ils seront défoncés ou saouls comme des cochons »<br />
<br />
Mexicopheles essaya de s’imaginer à quoi pouvait ressembler un ange bourré, puis sans qu’il sache pourquoi, son esprit ce mit à imaginer une ange rouquine et sexy avec un shorty ultra moulant en train de se renverser une bière sur la poitrine. C’est d’ailleurs à ce moment-ci qu’il put constater que la jeune femme avait des arguments proéminents. Au ralentit, elle tourna son regard vert émeraude et lui dit « Oh Mexi… regarde comme je suis toute trempé à la bière… » Le tout avec une voix bénéficiant d’un fort effet de réverbération.<br />
<br />
« Oh Mexi…<br />
– Ah ouais bébé c’est bon ça… bouge ton corps !<br />
– Mexi…<br />
– Han t’es trop chaude toi…<br />
– MEXICOPHELES !!!!!!! »<br />
<br />
Comme toujours lorsque Kap lui hurlait dessus, Mexicopheles avait pris l’habitude de mettre une main sur sa bouche et une autre sur ses fesses.<br />
<br />
« Dernier point et pas des moindres bande de scolopendres : ce soir on se ramasse une inspection de la part de ce salopard de Tripalokarstazikyan… »<br />
<br />
Les vétérans de l’équipe eurent un sursaut d’effroi<br />
<br />
« Oh non !<br />
– Pas lui !<br />
– Je vais me faire porter pâle…<br />
– La ferme vous tous ! »<br />
<br />
Une fois encore, Mexicopheles leva le doigt. Ce fût (à la surprise générale) Somni qui prit l’initiative de lui répondre.<br />
<br />
« Oh mais c’est vrai que tu ne connais pas Mr Trip. C’est un inspecteur du 8eme cercle, section « pinaillage administratif ». Il à gagner 5 fois les olympiades de la bureaucratie et ce dans 12 disciplines différentes : « jugement hâtif » « harcèlement psychologique » « structure illogique d’archivage »… cite quoi que ce soit il a tout gagné dans le genre !<br />
– C’est surtout un emmerdeur de première ! » Commenta Prof « Je le déteste !<br />
– Moi aussi » compléta Chypi « il m’a dit… que j’étais pas son genre ! »<br />
<br />
La jolie succube se mit à sangloter. Somni, assit à sa droite, lui passa un bras sur les épaules pour la consoler en la blottissant contre lui, tout en mettant une tape sur la main aventureuse de la jeune femme qui commençait à s’aventurer vers son entrejambe.<br />
<br />
« Trip à causer pas mal de tort à l’équipe » expliqua Kap « et c’est mon grand rival depuis toujours<br />
– Ah bon ? T’as un rival ? Mais dans quel domaine ?<br />
– Bah la hotline. Tu n’imagines pas le nombre de démon qui voudrait ma place<br />
– Mais je croyais que la hotline de nuit c’était le déshonneur complet ?<br />
– C’est aussi un job dont tout le monde se fou, ou personne te contrôle la plupart du temps et où tu as une équipe à qui tu peux faire ce que tu veux, même si ça implique de répartir aléatoirement des organes ! Crois-moi un démon un peu malin : il le veut ce job ! »<br />
<br />
Le briefing ce termina sur cette conclusion. Kap invita l’équipe à préparer leur costume réglémentaire d’Halloween et de rejoindre leur position de travail au plus vite.<br />
<br />
***<br />
<br />
En tant que démon téléporteur, Kap était bien sûr arrivé le premier au bureau. Il avait d’abord voulu se déguisé en « Diablo » des Xmen, mais il avait peur qu’on lui reproche un sérieux manque d’originalité. Il avait donc opté pour un costume de Dr Who version David Tennant, car en enfer, les docteurs ça fait peur.<br />
<br />
Prof et Somni arrivèrent ensemble quelques minutes après. Ils avaient opté pour un classique duo Laurel et Hardy, mais leur manque évident de connaissance cinématographique fit que le frêle Somni se retrouva dans le rôle du gros joufflu alors que l’armoire à glace qu’était Prof se vit affubler du costume mal cintré de Laurel. Oh et pour en rajouter encore une couche, l’improbable duo s’était dessiné on ne sait pourquoi des traces de sutures sur le front et coller des électrodes. Prof disait que c’était pour ressembler à la créature de Frankenstein, et Somni simplement qu’il trouvait ça rigolo.<br />
<br />
Mexicopheles arriva à son tour déguisé en squelette mexicain. Le costume eût été parfait s’il n’était pas composé des couleurs suivantes : rose, vert pomme, jaune poussin et « blanc ivoire des mers du sud » pour la fermeture éclair. Il ne manqua donc pas de se faire railler par ses collegues, mais il n’y preta pas attention et fût même plutôt content que pour une fois, ce ne fut pas son nom qui soit source de moquerie.<br />
<br />
Comme à son habitude, Chypi avait ménagé son effet et attendu la toute dernière minute pour apparaitre dans le bureau. A sa vue, Mexicopheles tomba de sa chaise, hurla de terreur et se précipita dans les toilettes pour s’y cacher. Il faut dire qu’avec les cheveux teints en blond, un maquillage léger et des petites ailes blanches dans le dos, Chypi avait tout d’un Ange de la Bonté.<br />
<br />
Une fois installé, tous fixaient nerveusement l’horloge du bureau. L’aiguille des secondes allait frapper celle des minutes, et leur service d’enfer commenceraient.<br />
<br />
« Les gars je dois vous avouer un truc » annonça Mexicopheles sans quitter l’horloge du regard « tout à l’heure en voyant Chypi, je me suis fais dessus<br />
– On le sait » dit Prof « C’est la seule couleur regardable de ton costume »<br />
<br />
L’horloge sonna…<br />
<br />
C’était l’heure !<br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666 service du vice : Profamakatebazrok je vous écoute<br />
– Yo Prof, c’est Biggy à l’appareil !<br />
– Biggy ? Biggy Small ? Le célèbre rappeur dont tout le monde se revendique mais dont jamais personne à réellement écouter un seul son avant sa mort ?<br />
– Tout juste gros !<br />
– Biggy ! Ça fait longtemps que t’as pas appelé frère !<br />
– Ouais parce que ton Biggy il gère, sauf que là ça va pas du tout !<br />
– Comment ça ? Il t’arrive quoi ?<br />
– Y’a des gamins qui arrêtent pas de m’invoquer de partout !<br />
– Comment ça ils t’invoquent ?<br />
– C’est à cause de ce foutu dessin animé : South Park. Ils font comme dans un des épisodes où il est raconté que j’apparais si tu dis mon nom 3 fois de suite devant un miroir<br />
– Mais c’est vrai ça<br />
– Bah je sais bien que c’est vrai ! Mais maintenant que tous ces p’tits bâtards de leur maman ont vu la rediffusion de l’épisode sur channel 9, et bah ils essayent tous pour voir !<br />
– Ah oui je comprends çà doit être pénible…<br />
– J’ai trop les boules gros ! Si ça recommence je vais buter ces p’tits fils de… ah merde ! ça recommence ! je viens d’être téléporter dans une salle de bain à la con et y’a 5 ados en train de se chier dessus !<br />
– Pas de panique Biggy : qu’est-ce qu’ils font exactement ?<br />
– Bah ils tremblent, sont par terre, et vu l’odeur ils ont dû manger mexicain ce soir<br />
– Parfait… je vais m’arranger avec la compta pour qu’on te facture ça comme une prestation de hantise standard. Comme ça sa te fera des points sur ton compte et on s’occupe de te rappatrier.<br />
– Ouais mais pour mon problème d’invocation à outrance ?!<br />
– Je m’en occupe aussi : je suis en train de changer ton nom sur l’ordinateur, comme ça on empêchera l’invocation de fonctionner<br />
– Quoi ? Je m’appellerai plus Biggy ?<br />
– Plus vraiment : maintenant tu t’appelles Biggyalarazanatachouplalop. Je te garantis qu’avec un nom comme ça tu risques pas d’être invoqué avant un bail !<br />
– Génial frère : t’assures grave !<br />
– C’est mon métier voyons. Autres choses pour toi mon ami ?<br />
– Nan c’est bon : merci Profamakatebazrok, et joyeux Halloween !<br />
– Merci Biggyalarazanatachouplalop : joyeux Halloween à toi aussi de la part de toute la hotline 666 »<br />
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***<br />
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« Support 666 service du vice, Somninalanuralostes j’écoute ?<br />
– Bouuuuhhh ! je suis un fantoooooome !<br />
– Ah mince… KAP ! JE CROIS QUE J’AI DES ADOS EN LIGNE ! KAP ?<br />
– Je vais te pince le cuuuuuuuul !<br />
– Bon les enfants raccrochez maintenant : c’est une ligne de support, on travail ici<br />
– Bouuuuuuuuuuh ! ahahahah !<br />
– Ils sont marrant » dit le démon du sommeil a Prof en face de lui<br />
– Je porte une croix de Jesus à l’envers ! je suis un démoooooon (bruit de téléphone qui raccroche) »<br />
<br />
Somni termina de compléter sa fiche d’appel et demanda à Prof « tu crois que je dois classer cet appel dans la catégorie ADOS  ou Fantome ? »<br />
<br />
***<br />
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– Support 666 service du vice, Chypiakyalinaraba j’écoute ?<br />
– Bonjour, ici Jeffariratranastazi, démon de la paranoia….<br />
– Excusez moi Jeff, je vous entend mal<br />
– Peu pas parler plus fort…<br />
– Mais pourquoi ?<br />
– Ch’uis suremenet sur écoute…<br />
– Hum c’est en effet une bonne raison, mais dites moi plutôt ce que je peux faire pour vous ?<br />
– Je… je suis suivi depuis le début de la soirée ?<br />
– Ah ? Dites-m’en plus ? » Ajouta Chypi en préparant son kit de manucure<br />
– Y’a un fantôme qui me suit sans arrêt…<br />
– Et ?<br />
– Bah ça fou la trouille. Je cavale à toute allure, je traverse une avenue, et zou ! Il réapparait de l’autre côté ! Il me traque !<br />
– Mais pourquoi un fantôme voudrait vous traquer : vous êtes un démon, ça ne lui rapporterai aucun point de vous faire peur enfin<br />
– J’en sais rien… peut être… peut être qu’il veut négocier avec les emplumés… c’est ça ! Tout s’explique ! C’est un fantôme agent double infiltré dans nos rangs ! Il sait que je les découvert alors il veut me faire passer pour fou pour me discrédité ! Et comme ça il pourra gagner ses galons et être accepté auprès des célestes… C’est le début d’une invasion par l’intérieur ! Ils vont nous coloniser, nos forcer à porter des noms comme « Jean Luc » ou « Matthieu »…<br />
– Vous ne croyez pas que vous dramatisez un peu ?<br />
– NON ! Je sais ce que j’ai vu ! Un fantôme agent double me traque partout où je vais !<br />
– Et il ressemble à quoi ce fantôme ?<br />
– Et bien… il mesure environ 1m50, il est tout blanc, avec deux yeux tout ronds…<br />
– Jeff, savez-vous quel jour on est ?<br />
– Non : je ne me fie pas aux calendriers, ils sont imprimé par des lobbies judéo maçonnique…<br />
– Ce soir c’est Halloween. Ce que vous voyez ce sont des enfants déguisés<br />
– …<br />
– Jeff ? Vous êtes toujours avec moi ?<br />
– …<br />
– Jeffariratranastazi ?<br />
– …<br />
– Vous vous sentez con c’est ça ?<br />
– Un peu…<br />
– Vous vous y ferez ! Besoin d’autres choses ?<br />
– Bah je me sens un peu con<br />
– J’ai déjà répondu à cette question : Bonne soirée et merci d’avoir appelé le 666 ! »<br />
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***<br />
<br />
– Hotline 666, service du vice, Mexicopheles à l’appareil, que puis-je pour vous ?<br />
– Bonsoir : je suis Lylilalilatadaditadada, démone du sucre. C’est une urgence !<br />
– Que ce passe t’il madame ?<br />
– On arrive plus à fournir ! Les gamins absorbent plus de sucre que ce dont on dispose !<br />
– Très bien laissez-moi vérifier un instant sur mon ordinateur… houla oui en effet…<br />
– En plus ces salopards d’anges ont développés des sucres de synthèse : même gout mais moins nocif !<br />
– Oh ça rassurez-vous : en fait les sucres de synthèse sont hautement cancérigène et filent la courante. C’est des gens de chez nous qui ont fabriqué ça et leur ont refilé en douce.<br />
– Quoi ? Mais c’est un scandale ! Pourquoi je ne suis pas au courant !<br />
– Erreur administrative sans doute… ou bien quelqu’un qui voulait juste vous voir pété un câble allez savoir ?<br />
– Mouais… enfin toujours est-il que moi j’ai besoin de fournir des produits nocifs aux enfants !<br />
– D’après le guide de procédure, vous pouvez vous rabattre sur tout ce qui est alcoolisé.<br />
– On a le droit de faire ça maintenant ?<br />
– Oui, mais seulement si c’est avec des confiseries : chocolat à l’alcool de cerise, baba au rhum… même si vous n’avez pas beaucoup de sucre, vous pouvez compenser avec de l’alcool pour respecter vos quota. Et puis je veux pas dire mais des enfants bourrés c’est rigolo !<br />
– Mouais… je me contenterai de cette solution pour l’instant…<br />
– Vous aviez besoin d’autre chose ?<br />
– Oui : je veux que vous notiez ça dans mon dossier et que vous le fassiez remonter à qui de droit !<br />
– Ca sera fait. Merci à vous d’avoir appelé le 666, passez un bon Halloween »<br />
<br />
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***<br />
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« Support 666 service du vice, Chypiakyalinaraba j’écoute ?<br />
– Bouuuuh ! je suis un fantooooooome ! je n’ai pas de têeeeeete !<br />
– Roh c’est pas vrai ! c’est encore des ADOS… KAP ! » hurla la sexy succube pour que Kap l’entende depuis son bureau à l’étage « FAUT QU’ILS ARRETENT DE NOUS POURRIR LA LIGNE ! »<br />
<br />
Kap se téléporta dans l’open space à côté de Chypi et lui fit signe de lui donner son casque téléphonique. C’était un peu délicat de le caler sur sa tête a cause de ses cornes enflammé, mais en le tournant légerment sur le côté et en le maintenant avec la main droite, le résultat était fonctionnel à défaut d’être confortable.<br />
<br />
« Allo ? » dit il « Ecoutes moi bien tête de plume : je suis en train de retracer l’appel, si je découvre que toi et tes potes vous êtes sur terre à vous torcher avec tes potes, je vais te faire passer un sale quart d’heure !<br />
– Roh l’autre hey ! écoutez le les gars… ahaha le démon il me menace ! mais moi j’ai le pouvoir de Jesus avec moi ! ahahaha ! Hey Jesus ! JESUS ? viens voir le mec il a trop dit des trucs sur ta mère ! »<br />
<br />
Kap se prit le visage dans sa main libre et commença à psalmodier une série d’insulte démonique totalement intraduisible dans ses pages. Sachez seulement qu’une partie de l’insulte fait référence à un poney, un chiropracteur et l’interaction surprenante qu’on peut obtenir avec un aspirateur et de l’acétone.<br />
<br />
« C’est Jésus et ses potes je pari ? » demanda Chypi<br />
– Oui… cette bande d’imbécile est en train de se faire une grosse bringue en cachette<br />
– Faudrait les dénoncer ! » dit Chypi la voix pleine d’excitation<br />
– Non non… ça ficherait trop le bazar. T’imagines ça : des démons qui se plaignent que le fils de Dieu fou le bordel sur leur hotline ? ça nous ferait passer pour des….<br />
– Des ?<br />
– Des qu’on ne peut pas se permettre de passer pour ! »<br />
<br />
Kap malgré sa propension à la violence, son langage aussi salace qu’un bordel de Sao Polo à 5h du matin et un goût prononcé pour tout ce qui concerne la reconfiguration du système digestif par pyrolyse, Kap disais-je, était un être remarquablement inflexible pour tout ce qui concernait l’homophobie. Ainsi, il lui était quasi impossible de dire des mots comme « lopette » ou « tafiole » tout simplement parce que selon lui c’était réducteur, et que contrairement à ce que racontait l’église à longueur de temps, Satan et son département recherche et développement n’avaient rien à voir avec le fait que deux personnes du même sexe aient envie de se faire des bisous.<br />
<br />
A bien y réfléchir, c’était plutôt logique : Satan n’allait quand même pas créer une nouvelle forme d’amour JUSTE pour faire comme Dieu et le concurrencer sur son terrain.<br />
<br />
« On fait quoi alors ? » demanda Chypi<br />
– Tu raccroches<br />
– Mais… j’ai pas le droit Kap ! Tu devrais le savoir c’est toi qui l’a dit le premier jour ! Même que tu m’as menacé de me faire des choses si jamais je le faisais… je t’avoue du coup j’ai souvent pensé à le faire mais…<br />
– CHYPI LA FERME !<br />
– pfff… marre… toujours pareil ici… bande de macho… démon de mes f…. »<br />
<br />
Suivant l’ordre de son patron, Chypi raccrocha le téléphone tandis que de leur côté de l’appareil, les ADOS commençaient à chanter une chanson paillarde. A peine eut elle appuyer sur le bouton de prise d’appel du téléphone pour couper la connexion que tout son ordinateur se verrouilla, ne laissant apparaitre qu’un bandeau rouge clignotant avec la mention « ALERTE INSUBORDINATION »<br />
<br />
« Kap ! Je crois que j’ai cassée l’ordinateur !<br />
– Oh non c’est loin d’être ça jeune fille…. »<br />
<br />
La voix qui venait de s’exprimer était plus noire que le fond des ténèbres, plus rocailleuse que le gravier d’une piste cyclable mal entretenue et plus effrayante que les photos haute résolution du paradis que Somni utilisait comme fonds d’écran.<br />
<br />
Une immense ombre avança dans la pièce, dégageant de ci de là des petits détritus, comme des os de poulet ou des emballages de confiserie industrielle.<br />
<br />
C’était Mr Tripalokarstazikyan, démon téléporteur et inspecteur en chef du service « pinaillage administratif » des enfers<br />
<br />
« Alors comme ça on raccroche au nez d’un client ? » demanda Mr Trip de sa voix de serpent<br />
– Trip lâche là : c’était des emplumés, ils n’avaient pas être sur la ligne » répondit Kap<br />
– Ah…. Toujours en train de couvrir les erreurs de ces petits protégés hein Kaparystazakrak ? Sauf que là j’étais présent : flagrant délit de non-respect des procédures bureaucratiques ! Mademoiselle vous risquez gros… »<br />
<br />
Chypi était mi effrayée mi ravie. Effrayée parce que Mr Trip n’était pas du genre à vous téléporter le colon dans la bouche, mais plutôt la tête entre les fesses… mais pas forcément les vôtres. Cependant elle était aussi ravie parce que Kap prenait sa défense et que c’était rassurant.<br />
<br />
« Chypi fait partie de mon équipe : si t’as un problème avec elle, c’est avec moi qu’il faut voir<br />
– Oh regardez ça ! Tu joues au chevalier blanc en plus ? Je devrais te coller un rapport tiens !<br />
– Regarde ce que moi je vais te coller !<br />
– Comment oses-tu…<br />
– COMME CA ! »<br />
<br />
Dans une explosion de pyrolyse, Kap se téléporta derrière Mr Trip qui par réflexe se téléporta aussi. Les deux démons se poursuivirent à travers tout l’open space, essayant mutuellement de s’attraper qui la tête et qui le sphincter.<br />
<br />
L’équipe de nuit de la hotline 666 observait se combat titanesque avec attention jusqu’à ce que Kap profite d’une seconde de répit pour apparaitre au milieu des 4 bureaux pour dire :<br />
<br />
«EN PROFITEZ PAS POUR GLANDER BANDE DE COURGES ! Y’A DES APPELS EN ATTENTES ! »<br />
<br />
Il disparut alors de nouveau dans une explosion de flamme et continua a poursuivre Mr Trip.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666, service du vice, Somninalanuralostes à votre écoute.<br />
– Salut beau gosse… moi c’est Vikykoparistazytrack, succube 3eme rangs<br />
– Mes hommages madame<br />
– Haaan… ce que t’es chou, dis-moi Somninounet : tu pourrais m’aider j’ai un petit problème avec une orgie ?<br />
– Mais assurément : c’est une orgie de quelle type ? Romaine ? serbo malgache ? Bikini strip poker ?<br />
– Nan c’est avec des étudiants d’une fraternité : les alphas, Pi, Omega ou un truc comme ça.<br />
– Oh je vois : alcool dans des gobelets, tonneau de bière et équipe de foot en chaleure ?<br />
– Ouais c’est ça chouchou. Mais le souci c’est que y’a ni bière, ni gobelet et que depuis 5min les mecs sont en cercle sauf qu’ils sont tout habillé et apparemment ça les mets mal à l’aise que je vienne les voir ?<br />
– Oh par Satan, voilà qui est très indélicat. Pourtant je vois votre photo dans le dossier client, et bien permettez-moi de vous dire que vous êtes sublime. Les courbes de vos hanches semblent dire « Oh oui c’est la fête » tandis que la prestance de votre buste lui hurle « la gravité c’est comme l’évolution : c’est juste une théorie ! » et je ne parle même pas de votre bouche, sensuelle et offerte comme la promesse des lendemains qui chantent, et vos yeux… ah vos yeux… si bleu qu’on dirait un ciel céleste après la pluie et où rayonnent deux arc-en-ciel…<br />
– Han t’es trop mignon Somninounet chéri. Ca me remonte le moral ce que tu me dis…<br />
– Mais dites-moi Viky… je peux vous appeler Viky ?<br />
– Tu peux même m’appeler « maman » si t’es un vilain petit garçon…<br />
– Euh… Vicky c’est bien n’allons pas trop vite en besogne voulez-vous ? Alors voilà je me demandais, vos Alpha, Pi, Omega, est ce qu’ils ont des sous pulls blancs et des petits cols boutonné jusqu’en haut ?<br />
– Oui…<br />
– Et est ce qu’ils se tiennent les mains comme les Spices Girls avant d’entrer sur scène ?<br />
– Bah là du coup on dirait plus les One Direction mais effectivement…<br />
– Bon ! Tout va bien alors ! Enfin non : ça va pas bien du tout parce que là vous êtes en train d’essayer d’organiser une orgie dans une fraternité pro-chrétienne<br />
– Ha Naaaan !<br />
– Et si…<br />
– Ah bah d’accord, forcement que le bikini léopard ça leur disait rien ! Oh bonjour la honte que je vais me taper demain tiens !<br />
– Mais non voyons, ne soyez pas triste Vicky, la nuit est encore jeune, et pleine de promesse !<br />
– Et où voulez-vous que je trouve de quoi faire une orgie d’Halloween à cette heure-ci ?<br />
– Mais pas de souci voyons : je suis là pour ça ! »<br />
<br />
Somni clapota avec expertise sur son clavier avant d’annoncer triomphalement :<br />
<br />
« Et voilà ! Il y’a une réunion des sexolique anonymes à deux rues de là où vous êtes. La plupart sont surement tellement en manque que rien que de vous voir ils seront obligé de changer de sous vêtement !<br />
– Han trop cool ! Merci Somninouet tu as sauvé ma soirée d’Halloween !<br />
– Mais de rien chère Vicky : tout le plaisir était pour moi<br />
– Bon bah merci encore : des gros bisous et bon courage pour la fin de ton service chouchou<br />
– Merci Vikykoparistazytrack, et joyeux Halloween de la part du 666 »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plus d’une heure d’affrontement par téléportation interposé, Kap et Mr Trip s’était offert quelque secondes pour souffler. En fait il était surtout en train de reprendre leur souffle, accoudé (voir à moitié vautré) sur les bureaux de l’open space.<br />
<br />
« Tu… tu vas voir ce que… tu vas prendre ! » dit Mr Trip entre deux respirations « Je vais prendre ta tête et m’en servir comme cendrier<br />
– La ferme… tête de… de… poulet ! C’est moi qui vais prendre ta tête ! Mais… je… je la passerai par ton nombril et je laisserai dépasser les oreilles !<br />
– Que de la gueule !<br />
– C’est TOI que de la gueule ! »<br />
<br />
Et le combat reprit de plus belle.<br />
<br />
***<br />
<br />
« 666, service du vice, Profamakatebazrok à votre écoute ?<br />
– ALLO ? C’EST BIEN LA HOTLINE ? »<br />
<br />
Prof plaça son énorme poing sur le microphone de son casque pour que son interlocuteur ne l’entende pas.<br />
<br />
« Oh purée les gars ! C’est lui !<br />
– Qui ça ? » Demanda Somni qui venait de raccrocher un appel<br />
– C’est LA MORT ! Il est en ligne ! Je l’ai reconnu tout de suite ! Attends : je le reprends… hum… oui que puis-je pour vous ?<br />
– ET BIEN JE… JE DEPRIME UN PEU CE SOIR…. POURTANT SA DEVRAIT ETRE LA FÊTE MAIS LE CŒUR N’Y EST PAS…<br />
– Ah mais ça c’est sans doute parce que vous êtes un squelette monsieur ?<br />
– OUI JE SAIS, MAIS Y A PAS QUE CA : IL Y A QUELQUES MOIS DE CA J’AI DU RENDRE VISTE A UN TRES VIEIL AMI…<br />
– Un humain ?<br />
– OUI, LE PAUVRE ETAIT AFFREUSEMENT MALADE ET CA ME FAISAIT MAL DE LE VOIR AINSI. ALORS… BAH JE L’AI FAIT QUOI<br />
– C’est votre boulot d’un autre côté. En plus de ce que vous me décrivez c’était plutôt un acte charitable. D’ailleurs j’ai une question : vous êtes de notre côté ou de celui des emplumés ?<br />
– NI L’UN NI L’AUTRE : JE SERS MON PROPRE DESSEIN…<br />
– Ah ouais pas con… Mais votre ami, s’il est mort, il doit être chez nous ou bien au-dessus non ?<br />
– JUSTEMENT JE NE LE TROUVE PAS. JE PENSAIS QUE POUR HALLOWEEN IL PASSERAIT VOIR DE LA FAMILLE SUR TERRE, MAIS CA FAIT 3H QUE JE GUETE DEVANT SA PORTE ET RIEN DE RIEN…<br />
– Vous savez Mort, si ça se trouve votre ami à préférer rester tranquille devant un bon film ?<br />
– IL EST PLUTOT DU GENRE A LIRE… VOIR MEME A ECRIRE…<br />
– Oui bah si ça se trouve il est sur un p’tit nuage céleste à observer le monde et à écrire des trucs.<br />
– J’ESPERE QU’IL N’EST PAS TROP DECU… IL N’A JAMAIS VRAIMENT AIMER CETTE HISTOIRE DE PARADIS ET D’ENFER<br />
– Bah vous savez des fois moins non plus ça m’enchante pas vraiment…<br />
– SI JAMAIS IL VOUS APPELLE, DITES LUI DE MA PART QUE JE L’ATTENDRAIS DEVANT LE PORCHE<br />
– Ok je note ça sur votre dossier « si cherche la mort, elle est devant le porche… » Et c’est quoi le nom de votre ami ?<br />
– TERRY<br />
– D’accord, monsieur Terry…<br />
– NON : SIR TERRY !<br />
– Ah un anglais hein ? Ils sont marrant les anglais. Bon bah c’est noté !<br />
– SUPER… BAH… MERCI PROFAMAKATEBAZROK, PASSEZ UN BON HALLOWEEN AVEC SOMNI, CHYPI et KAP<br />
– Ah bah merci hein… hey mais au fait : comment vous connaissez nos noms ?<br />
– JE CONNAIS LES NOMS DE TOUT LE MONDE : J’AI MEME UNE LISTE… »<br />
<br />
***<br />
<br />
« 666 service du vice, Mexicopheles à votre écoute ?<br />
– Oui bonjour, c’est Tinananinaninarama je vous appelle pour prévenir que je ne pourrais pas prendre mon service : j’ai promis à mon p’tit dernier que je l’emmènerai chez Disney pour Halloween : il veut faire le train des poupées et moi j’ai envie de voir le défilé des princesses<br />
– C’est pas un peu trop angélique comme façon de passer Halloween ?<br />
– Ah mais je vous rassure c’est pour traiter les princesses de salope<br />
– Ha d’accord ! Et bien c’est noté : par contre je ne peux pas aviser votre chef de service<br />
– Mais pourquoi ?<br />
– Il a pris la soirée pour regarder la rediffusion de Scream sur channel 9 »<br />
<br />
***<br />
<br />
La soirée était quasiment finie, et à cette heure-ci les appels se faisaient de plus en plus rares. L’équipe pouvait enfin souffler et se faire une petite pause. Ce fût le moment que choisi Somni pour montrer à ses compagnons un cadeau qu’il avait reçu par courrier :<br />
<br />
« J’étais pressé du coup je l’ai même pas ouvert… hum ça vient de mon frère ! Quelle gentille attention !<br />
– Tu as d’autres frères et sœurs ? » Demanda Chypi<br />
– 12 : 6 de chaque<br />
– C’est chiant la famille ! » dit Prof « moi mes proches je les ai tous exploser à coup de poing !<br />
– Vous êtes trop nerveux vous les démons de la Fureur » répondit Somni « remarque… si vous l’étiez pas vous auriez un peu usurpé votre titre…. Alors voyons voir ça… »<br />
<br />
Somni déchira avec soin le papier qui emballait le cadeau. Une fois fait, il ouvrit avec autant de soin la boite en carton marqué « made in heaven » et en sorti une sublime boite à musique couverte de fine dorure et de motifs à fleur. Le démon du sommeil ouvrit alors la boite, et tourna la petite manivelle installé à l’intérieur ce qui actionna le mécanisme et les petits carillons qui se mirent à tinter joyeusement.<br />
<br />
« C’est super joli ! » dit Somni au comble du bonheur devant son cadeau<br />
– Oh mais quelle horreur ! » Dit Mexicopheles « on dirait une chanteuse a la voix parfaite !<br />
– Je vais vomir ! » Menaça Chypi avant de passer à l’acte dans un des tiroirs de son bureau »<br />
<br />
Prof se contenta d’envoyer un violent uppercut en direction de la petite boite ne dut son salut qu’à sa nature divine, nature qui brula le dos de la main de Prof<br />
<br />
« Mais il est malade ton frangin d’envoyer des trucs pareils !<br />
– Relax Prof ! T’étais pas obligé de taper dedans<br />
– Et pourquoi ça te fait rien à toi ? Et comment ça se fait que ton frère il ait put avoir une boite à musique céleste !?<br />
– Bah parce que c’est un ange !<br />
– QUOI !<br />
– Oui c’est un ange des rêves : je vous l’ai dit dans ma famille c’est 6 de chaque : 6 démons et 6 anges.<br />
– Moi je croyais que tu parlais de filles et de garçons » dit Chypi en s’essuyant la bouche<br />
– En tout cas tu peux pas laisser ce truc dans le bureau ! » Insista Prof « en plus l’autre taré est toujours dans le coin non ?<br />
– Ils sont sorti avec Kap pour régler ça au bras de feux de l’enfer » expliqua Mexi<br />
– Pfff… quelle bande de fier à bras : pas un pour rattraper l’autre… J’vous jure les mecs… » Pesta Chypi.<br />
<br />
C’est alors que Kap arriva. Mais à la surprise générale, plutôt que de se téléporter, il était simplement passé par la porte. Les vêtements en lambeaux, il tenait à la main ce qui ressemblait à 2 bons mètres de tube digestif<br />
<br />
« J’ai fini par l’avoir le salaud ! Je lui ai fait bouffer son colon ! » Dit le chef d’équipe triomphant et exsangue<br />
– Mais… Kap chérie : c’est quoi ce que t’as dans la main ? » Demanda Chypi<br />
– Euh… ah bah ça sa doit être à moi<br />
– Beuuarkkk c’est dégueulasse !<br />
– Mais nooooon… aller Chypi : fait un bisou dessus pour que ça guérisse<br />
– QUOI ? Mais t’es pas bien ! KAP RECULE ! NAAAAAN ! »<br />
<br />
Comme un zombi, Kap approcha de Chypi, vicère à la main, et l’accula dans l’angle de la pièce. Il posa sa main sur l’épaule nue de la sexy succube et avança les tripes sanguinolentes jusque sous son nez. Il la regarda alors d’un air fou, puis en un éclair lui fit un bisou sur le front avant de dire :<br />
<br />
« Je t’ai bien eu ! BLAGUE D’HALLOWEEN ! »<br />
<br />
Il mordit alors dans les prétendus viscères qui étaient en fait de la réglisse à la fraise.<br />
<br />
Chypi hésita entre se sentir très soulager ou bien hurler à la mort contre Kap qui l’avait un peu prise pour une truie violette (cherchez pas, c’est des références de démon…)<br />
<br />
Elle opta pour la première solution lorsque Kap téléporta des tas de friandises sur leur bureau en récompense de leur nuit de labeur.<br />
<br />
Mexi se jeta dans le tas de bonbon et commença un 100m brasse coulée de toute beauté tandis que Prof se précipitait pour saisir les friandises qu’il aimait le plus avant que les autres n’y touche.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était environ 6h15, et la fine équipe de nuit du 666 quitta l’immeuble. Exténué comme jamais, ils décidèrent de remettre au lendemain leur traditionnel pot du matin pour se mettre au lit le plus vite.<br />
<br />
Kap lui resta devant l’immeuble, regardant sa face brillante qui reflétait les éclats d’ocre du ciel rougeoyant des enfers.<br />
<br />
C’est alors que Mr Trip arriva près de lui<br />
<br />
« Salopard ! Tu m’as enfermé dans une salle d’archive complétement désorganisée !<br />
– Quelle meilleure façon de retenir un bureaucrate tel que toi ?<br />
– Tu pers rien pour attendre tu m’entends ! RIEN !<br />
– Ouais mais une autre fois : ma journée est finie et tu n’as plus rien à me dire que ça soit à moi ou à mon équipe.<br />
– Je ferais des rapports ! Je vous ferais tous virer !<br />
– C’est ça… » Dit Kap en s’éloignant<br />
<br />
Pour une fois, le démon téléporteur préféra marcher, et profiter du calme qui venait toujours après Halloween. Dans des moment comme celui-ci, il avait presque l’impression que l’Enfer était un endroit sympa pour vivre.<br />
<br />
Mais bon : heureusement ça n’arrivait qu’une fois par an !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Une hotline d’enfer spécial Halloween<br />
<br />
Dans la cite de Dis, au cœur des enfers, se trouvait les locaux de la hotline 666. Dédié aux démons, aux succubes et à tous les serviteurs des enfers, ce service offrait conseils et écoute à ceux qui en avaient besoin.<br />
<br />
Du coup, bosser pour l’assistance c’était pas tellement prestigieux. Quoi ? Vous pensiez vraiment qu’en Enfer on apprécie les gens qui rendent service aux autres ? Et bien non sachez-le : ici la philosophie c’est « d’emmerde toi tout seul coco » !<br />
<br />
Notez aussi que cela montre une certaine idiotie pathologique chez les serviteurs des Ténèbres qui sont les premiers à appeler la Hotline en suppliant dès qu’ils ont un souci.<br />
<br />
Mais bon, d’un autre si vous vous plaignez que les démons soient de mauvaise foi, c’est peut-être vous qui n’êtes pas bien malin ?<br />
<br />
Toujours est-il qu’aujourd’hui, la fine équipe du service de nuit était sur le pied de guerre. Car si d’habitude le service de nuit ressemblait à un camp de vacances pour enfant turbulent, ce soir c’était LA nuit parmi les nuits, celle qui allait déverser sur la terre tous ce que l’enfer comporte de spectre, de monstre et de revenant.<br />
<br />
Oui : ce soir c’était Halloween.<br />
<br />
Sur ordre de Kaparystazakrak, alias « kap » démon téléporteur et chef de l’équipe de nuit, la petite troupe s’était réunie en avance pour faire un briefing. Installé à la terrasse du bar nommé « Le Cercle en feu » célèbre pour ses flans aux huitres et son yaourt au pâté de merguez, Somni, Prof, Chypi et Mexicopheles, le p’tit nouveau, écoutaient avec attention les recommandations de leur chef.<br />
<br />
« Bon les enfants, ce soir c’est double dose de travail : Somni, t’as pas intrêt à piquer du nez !<br />
– Aucun souci Kap, j’ai pris mes précautions. Je me suis enfilé 4 litres de boisson super dynamisante !<br />
– Ah ouais ? Quel genre ? » Demanda le chef d’équipe à la fois curieux et inquiet (mais surtout inquiet)<br />
– du « Super Bewl » c’est le soda qu’on voit dans tous les clips de rap en ce moment<br />
– Mais t’es malade ! À ton avis pourquoi on met ça dans les clips de rap ?<br />
– Euh… parce que c’est cool et branché ?<br />
– Non patate ! Parce que c’est HYPER TOXIQUE !<br />
– Mais pourquoi on en ferait la pub ? » Demanda innocemment Somni<br />
– Bah parce que c’est notre but ! Que les jeunes s’intoxiquent avec du sucre et de l’adrénaline de requin !<br />
– Ah : C’était ça se petit goût de mer que j’arrivais pas à identifier ! »<br />
<br />
Kap se mit une grande claque sur le front puis décida de rendre son briefing avant qu’une soudaine envie de combustion spontanée ne le prenne.<br />
<br />
« Bon les anciens je vous la fait pas : Halloween c’est vraiment la pire soirée de l’année. Il y’a de grande chance qu’un tas de démon de se saoul à la bière pas chère et se gave de sucre. On risque aussi d’avoir pas mal de demande de procédure de la part de mec en opération spéciale. Mais surtout SURTOUT on risque de se devoir se taper une fois de plus des ADOS… »<br />
<br />
En bon élève qu’il avait toujours été, au grand dam de sa chère maman, Mexicopheles leva le doigt jusqu’à ce que Kap lui fasse signe en levant les yeux au ciel :<br />
<br />
« Dis Kap : c’est quoi des Ados ?<br />
– Des Anges Défoncés ou Saouls<br />
– Ça existe ça ?<br />
– Bah bien sûr<br />
– Mais pourquoi ils appelleraient ?<br />
– Bah parce qu’ils seront défoncés ou saouls comme des cochons »<br />
<br />
Mexicopheles essaya de s’imaginer à quoi pouvait ressembler un ange bourré, puis sans qu’il sache pourquoi, son esprit ce mit à imaginer une ange rouquine et sexy avec un shorty ultra moulant en train de se renverser une bière sur la poitrine. C’est d’ailleurs à ce moment-ci qu’il put constater que la jeune femme avait des arguments proéminents. Au ralentit, elle tourna son regard vert émeraude et lui dit « Oh Mexi… regarde comme je suis toute trempé à la bière… » Le tout avec une voix bénéficiant d’un fort effet de réverbération.<br />
<br />
« Oh Mexi…<br />
– Ah ouais bébé c’est bon ça… bouge ton corps !<br />
– Mexi…<br />
– Han t’es trop chaude toi…<br />
– MEXICOPHELES !!!!!!! »<br />
<br />
Comme toujours lorsque Kap lui hurlait dessus, Mexicopheles avait pris l’habitude de mettre une main sur sa bouche et une autre sur ses fesses.<br />
<br />
« Dernier point et pas des moindres bande de scolopendres : ce soir on se ramasse une inspection de la part de ce salopard de Tripalokarstazikyan… »<br />
<br />
Les vétérans de l’équipe eurent un sursaut d’effroi<br />
<br />
« Oh non !<br />
– Pas lui !<br />
– Je vais me faire porter pâle…<br />
– La ferme vous tous ! »<br />
<br />
Une fois encore, Mexicopheles leva le doigt. Ce fût (à la surprise générale) Somni qui prit l’initiative de lui répondre.<br />
<br />
« Oh mais c’est vrai que tu ne connais pas Mr Trip. C’est un inspecteur du 8eme cercle, section « pinaillage administratif ». Il à gagner 5 fois les olympiades de la bureaucratie et ce dans 12 disciplines différentes : « jugement hâtif » « harcèlement psychologique » « structure illogique d’archivage »… cite quoi que ce soit il a tout gagné dans le genre !<br />
– C’est surtout un emmerdeur de première ! » Commenta Prof « Je le déteste !<br />
– Moi aussi » compléta Chypi « il m’a dit… que j’étais pas son genre ! »<br />
<br />
La jolie succube se mit à sangloter. Somni, assit à sa droite, lui passa un bras sur les épaules pour la consoler en la blottissant contre lui, tout en mettant une tape sur la main aventureuse de la jeune femme qui commençait à s’aventurer vers son entrejambe.<br />
<br />
« Trip à causer pas mal de tort à l’équipe » expliqua Kap « et c’est mon grand rival depuis toujours<br />
– Ah bon ? T’as un rival ? Mais dans quel domaine ?<br />
– Bah la hotline. Tu n’imagines pas le nombre de démon qui voudrait ma place<br />
– Mais je croyais que la hotline de nuit c’était le déshonneur complet ?<br />
– C’est aussi un job dont tout le monde se fou, ou personne te contrôle la plupart du temps et où tu as une équipe à qui tu peux faire ce que tu veux, même si ça implique de répartir aléatoirement des organes ! Crois-moi un démon un peu malin : il le veut ce job ! »<br />
<br />
Le briefing ce termina sur cette conclusion. Kap invita l’équipe à préparer leur costume réglémentaire d’Halloween et de rejoindre leur position de travail au plus vite.<br />
<br />
***<br />
<br />
En tant que démon téléporteur, Kap était bien sûr arrivé le premier au bureau. Il avait d’abord voulu se déguisé en « Diablo » des Xmen, mais il avait peur qu’on lui reproche un sérieux manque d’originalité. Il avait donc opté pour un costume de Dr Who version David Tennant, car en enfer, les docteurs ça fait peur.<br />
<br />
Prof et Somni arrivèrent ensemble quelques minutes après. Ils avaient opté pour un classique duo Laurel et Hardy, mais leur manque évident de connaissance cinématographique fit que le frêle Somni se retrouva dans le rôle du gros joufflu alors que l’armoire à glace qu’était Prof se vit affubler du costume mal cintré de Laurel. Oh et pour en rajouter encore une couche, l’improbable duo s’était dessiné on ne sait pourquoi des traces de sutures sur le front et coller des électrodes. Prof disait que c’était pour ressembler à la créature de Frankenstein, et Somni simplement qu’il trouvait ça rigolo.<br />
<br />
Mexicopheles arriva à son tour déguisé en squelette mexicain. Le costume eût été parfait s’il n’était pas composé des couleurs suivantes : rose, vert pomme, jaune poussin et « blanc ivoire des mers du sud » pour la fermeture éclair. Il ne manqua donc pas de se faire railler par ses collegues, mais il n’y preta pas attention et fût même plutôt content que pour une fois, ce ne fut pas son nom qui soit source de moquerie.<br />
<br />
Comme à son habitude, Chypi avait ménagé son effet et attendu la toute dernière minute pour apparaitre dans le bureau. A sa vue, Mexicopheles tomba de sa chaise, hurla de terreur et se précipita dans les toilettes pour s’y cacher. Il faut dire qu’avec les cheveux teints en blond, un maquillage léger et des petites ailes blanches dans le dos, Chypi avait tout d’un Ange de la Bonté.<br />
<br />
Une fois installé, tous fixaient nerveusement l’horloge du bureau. L’aiguille des secondes allait frapper celle des minutes, et leur service d’enfer commenceraient.<br />
<br />
« Les gars je dois vous avouer un truc » annonça Mexicopheles sans quitter l’horloge du regard « tout à l’heure en voyant Chypi, je me suis fais dessus<br />
– On le sait » dit Prof « C’est la seule couleur regardable de ton costume »<br />
<br />
L’horloge sonna…<br />
<br />
C’était l’heure !<br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666 service du vice : Profamakatebazrok je vous écoute<br />
– Yo Prof, c’est Biggy à l’appareil !<br />
– Biggy ? Biggy Small ? Le célèbre rappeur dont tout le monde se revendique mais dont jamais personne à réellement écouter un seul son avant sa mort ?<br />
– Tout juste gros !<br />
– Biggy ! Ça fait longtemps que t’as pas appelé frère !<br />
– Ouais parce que ton Biggy il gère, sauf que là ça va pas du tout !<br />
– Comment ça ? Il t’arrive quoi ?<br />
– Y’a des gamins qui arrêtent pas de m’invoquer de partout !<br />
– Comment ça ils t’invoquent ?<br />
– C’est à cause de ce foutu dessin animé : South Park. Ils font comme dans un des épisodes où il est raconté que j’apparais si tu dis mon nom 3 fois de suite devant un miroir<br />
– Mais c’est vrai ça<br />
– Bah je sais bien que c’est vrai ! Mais maintenant que tous ces p’tits bâtards de leur maman ont vu la rediffusion de l’épisode sur channel 9, et bah ils essayent tous pour voir !<br />
– Ah oui je comprends çà doit être pénible…<br />
– J’ai trop les boules gros ! Si ça recommence je vais buter ces p’tits fils de… ah merde ! ça recommence ! je viens d’être téléporter dans une salle de bain à la con et y’a 5 ados en train de se chier dessus !<br />
– Pas de panique Biggy : qu’est-ce qu’ils font exactement ?<br />
– Bah ils tremblent, sont par terre, et vu l’odeur ils ont dû manger mexicain ce soir<br />
– Parfait… je vais m’arranger avec la compta pour qu’on te facture ça comme une prestation de hantise standard. Comme ça sa te fera des points sur ton compte et on s’occupe de te rappatrier.<br />
– Ouais mais pour mon problème d’invocation à outrance ?!<br />
– Je m’en occupe aussi : je suis en train de changer ton nom sur l’ordinateur, comme ça on empêchera l’invocation de fonctionner<br />
– Quoi ? Je m’appellerai plus Biggy ?<br />
– Plus vraiment : maintenant tu t’appelles Biggyalarazanatachouplalop. Je te garantis qu’avec un nom comme ça tu risques pas d’être invoqué avant un bail !<br />
– Génial frère : t’assures grave !<br />
– C’est mon métier voyons. Autres choses pour toi mon ami ?<br />
– Nan c’est bon : merci Profamakatebazrok, et joyeux Halloween !<br />
– Merci Biggyalarazanatachouplalop : joyeux Halloween à toi aussi de la part de toute la hotline 666 »<br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666 service du vice, Somninalanuralostes j’écoute ?<br />
– Bouuuuhhh ! je suis un fantoooooome !<br />
– Ah mince… KAP ! JE CROIS QUE J’AI DES ADOS EN LIGNE ! KAP ?<br />
– Je vais te pince le cuuuuuuuul !<br />
– Bon les enfants raccrochez maintenant : c’est une ligne de support, on travail ici<br />
– Bouuuuuuuuuuh ! ahahahah !<br />
– Ils sont marrant » dit le démon du sommeil a Prof en face de lui<br />
– Je porte une croix de Jesus à l’envers ! je suis un démoooooon (bruit de téléphone qui raccroche) »<br />
<br />
Somni termina de compléter sa fiche d’appel et demanda à Prof « tu crois que je dois classer cet appel dans la catégorie ADOS  ou Fantome ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
– Support 666 service du vice, Chypiakyalinaraba j’écoute ?<br />
– Bonjour, ici Jeffariratranastazi, démon de la paranoia….<br />
– Excusez moi Jeff, je vous entend mal<br />
– Peu pas parler plus fort…<br />
– Mais pourquoi ?<br />
– Ch’uis suremenet sur écoute…<br />
– Hum c’est en effet une bonne raison, mais dites moi plutôt ce que je peux faire pour vous ?<br />
– Je… je suis suivi depuis le début de la soirée ?<br />
– Ah ? Dites-m’en plus ? » Ajouta Chypi en préparant son kit de manucure<br />
– Y’a un fantôme qui me suit sans arrêt…<br />
– Et ?<br />
– Bah ça fou la trouille. Je cavale à toute allure, je traverse une avenue, et zou ! Il réapparait de l’autre côté ! Il me traque !<br />
– Mais pourquoi un fantôme voudrait vous traquer : vous êtes un démon, ça ne lui rapporterai aucun point de vous faire peur enfin<br />
– J’en sais rien… peut être… peut être qu’il veut négocier avec les emplumés… c’est ça ! Tout s’explique ! C’est un fantôme agent double infiltré dans nos rangs ! Il sait que je les découvert alors il veut me faire passer pour fou pour me discrédité ! Et comme ça il pourra gagner ses galons et être accepté auprès des célestes… C’est le début d’une invasion par l’intérieur ! Ils vont nous coloniser, nos forcer à porter des noms comme « Jean Luc » ou « Matthieu »…<br />
– Vous ne croyez pas que vous dramatisez un peu ?<br />
– NON ! Je sais ce que j’ai vu ! Un fantôme agent double me traque partout où je vais !<br />
– Et il ressemble à quoi ce fantôme ?<br />
– Et bien… il mesure environ 1m50, il est tout blanc, avec deux yeux tout ronds…<br />
– Jeff, savez-vous quel jour on est ?<br />
– Non : je ne me fie pas aux calendriers, ils sont imprimé par des lobbies judéo maçonnique…<br />
– Ce soir c’est Halloween. Ce que vous voyez ce sont des enfants déguisés<br />
– …<br />
– Jeff ? Vous êtes toujours avec moi ?<br />
– …<br />
– Jeffariratranastazi ?<br />
– …<br />
– Vous vous sentez con c’est ça ?<br />
– Un peu…<br />
– Vous vous y ferez ! Besoin d’autres choses ?<br />
– Bah je me sens un peu con<br />
– J’ai déjà répondu à cette question : Bonne soirée et merci d’avoir appelé le 666 ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
– Hotline 666, service du vice, Mexicopheles à l’appareil, que puis-je pour vous ?<br />
– Bonsoir : je suis Lylilalilatadaditadada, démone du sucre. C’est une urgence !<br />
– Que ce passe t’il madame ?<br />
– On arrive plus à fournir ! Les gamins absorbent plus de sucre que ce dont on dispose !<br />
– Très bien laissez-moi vérifier un instant sur mon ordinateur… houla oui en effet…<br />
– En plus ces salopards d’anges ont développés des sucres de synthèse : même gout mais moins nocif !<br />
– Oh ça rassurez-vous : en fait les sucres de synthèse sont hautement cancérigène et filent la courante. C’est des gens de chez nous qui ont fabriqué ça et leur ont refilé en douce.<br />
– Quoi ? Mais c’est un scandale ! Pourquoi je ne suis pas au courant !<br />
– Erreur administrative sans doute… ou bien quelqu’un qui voulait juste vous voir pété un câble allez savoir ?<br />
– Mouais… enfin toujours est-il que moi j’ai besoin de fournir des produits nocifs aux enfants !<br />
– D’après le guide de procédure, vous pouvez vous rabattre sur tout ce qui est alcoolisé.<br />
– On a le droit de faire ça maintenant ?<br />
– Oui, mais seulement si c’est avec des confiseries : chocolat à l’alcool de cerise, baba au rhum… même si vous n’avez pas beaucoup de sucre, vous pouvez compenser avec de l’alcool pour respecter vos quota. Et puis je veux pas dire mais des enfants bourrés c’est rigolo !<br />
– Mouais… je me contenterai de cette solution pour l’instant…<br />
– Vous aviez besoin d’autre chose ?<br />
– Oui : je veux que vous notiez ça dans mon dossier et que vous le fassiez remonter à qui de droit !<br />
– Ca sera fait. Merci à vous d’avoir appelé le 666, passez un bon Halloween »<br />
<br />
 <br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666 service du vice, Chypiakyalinaraba j’écoute ?<br />
– Bouuuuh ! je suis un fantooooooome ! je n’ai pas de têeeeeete !<br />
– Roh c’est pas vrai ! c’est encore des ADOS… KAP ! » hurla la sexy succube pour que Kap l’entende depuis son bureau à l’étage « FAUT QU’ILS ARRETENT DE NOUS POURRIR LA LIGNE ! »<br />
<br />
Kap se téléporta dans l’open space à côté de Chypi et lui fit signe de lui donner son casque téléphonique. C’était un peu délicat de le caler sur sa tête a cause de ses cornes enflammé, mais en le tournant légerment sur le côté et en le maintenant avec la main droite, le résultat était fonctionnel à défaut d’être confortable.<br />
<br />
« Allo ? » dit il « Ecoutes moi bien tête de plume : je suis en train de retracer l’appel, si je découvre que toi et tes potes vous êtes sur terre à vous torcher avec tes potes, je vais te faire passer un sale quart d’heure !<br />
– Roh l’autre hey ! écoutez le les gars… ahaha le démon il me menace ! mais moi j’ai le pouvoir de Jesus avec moi ! ahahaha ! Hey Jesus ! JESUS ? viens voir le mec il a trop dit des trucs sur ta mère ! »<br />
<br />
Kap se prit le visage dans sa main libre et commença à psalmodier une série d’insulte démonique totalement intraduisible dans ses pages. Sachez seulement qu’une partie de l’insulte fait référence à un poney, un chiropracteur et l’interaction surprenante qu’on peut obtenir avec un aspirateur et de l’acétone.<br />
<br />
« C’est Jésus et ses potes je pari ? » demanda Chypi<br />
– Oui… cette bande d’imbécile est en train de se faire une grosse bringue en cachette<br />
– Faudrait les dénoncer ! » dit Chypi la voix pleine d’excitation<br />
– Non non… ça ficherait trop le bazar. T’imagines ça : des démons qui se plaignent que le fils de Dieu fou le bordel sur leur hotline ? ça nous ferait passer pour des….<br />
– Des ?<br />
– Des qu’on ne peut pas se permettre de passer pour ! »<br />
<br />
Kap malgré sa propension à la violence, son langage aussi salace qu’un bordel de Sao Polo à 5h du matin et un goût prononcé pour tout ce qui concerne la reconfiguration du système digestif par pyrolyse, Kap disais-je, était un être remarquablement inflexible pour tout ce qui concernait l’homophobie. Ainsi, il lui était quasi impossible de dire des mots comme « lopette » ou « tafiole » tout simplement parce que selon lui c’était réducteur, et que contrairement à ce que racontait l’église à longueur de temps, Satan et son département recherche et développement n’avaient rien à voir avec le fait que deux personnes du même sexe aient envie de se faire des bisous.<br />
<br />
A bien y réfléchir, c’était plutôt logique : Satan n’allait quand même pas créer une nouvelle forme d’amour JUSTE pour faire comme Dieu et le concurrencer sur son terrain.<br />
<br />
« On fait quoi alors ? » demanda Chypi<br />
– Tu raccroches<br />
– Mais… j’ai pas le droit Kap ! Tu devrais le savoir c’est toi qui l’a dit le premier jour ! Même que tu m’as menacé de me faire des choses si jamais je le faisais… je t’avoue du coup j’ai souvent pensé à le faire mais…<br />
– CHYPI LA FERME !<br />
– pfff… marre… toujours pareil ici… bande de macho… démon de mes f…. »<br />
<br />
Suivant l’ordre de son patron, Chypi raccrocha le téléphone tandis que de leur côté de l’appareil, les ADOS commençaient à chanter une chanson paillarde. A peine eut elle appuyer sur le bouton de prise d’appel du téléphone pour couper la connexion que tout son ordinateur se verrouilla, ne laissant apparaitre qu’un bandeau rouge clignotant avec la mention « ALERTE INSUBORDINATION »<br />
<br />
« Kap ! Je crois que j’ai cassée l’ordinateur !<br />
– Oh non c’est loin d’être ça jeune fille…. »<br />
<br />
La voix qui venait de s’exprimer était plus noire que le fond des ténèbres, plus rocailleuse que le gravier d’une piste cyclable mal entretenue et plus effrayante que les photos haute résolution du paradis que Somni utilisait comme fonds d’écran.<br />
<br />
Une immense ombre avança dans la pièce, dégageant de ci de là des petits détritus, comme des os de poulet ou des emballages de confiserie industrielle.<br />
<br />
C’était Mr Tripalokarstazikyan, démon téléporteur et inspecteur en chef du service « pinaillage administratif » des enfers<br />
<br />
« Alors comme ça on raccroche au nez d’un client ? » demanda Mr Trip de sa voix de serpent<br />
– Trip lâche là : c’était des emplumés, ils n’avaient pas être sur la ligne » répondit Kap<br />
– Ah…. Toujours en train de couvrir les erreurs de ces petits protégés hein Kaparystazakrak ? Sauf que là j’étais présent : flagrant délit de non-respect des procédures bureaucratiques ! Mademoiselle vous risquez gros… »<br />
<br />
Chypi était mi effrayée mi ravie. Effrayée parce que Mr Trip n’était pas du genre à vous téléporter le colon dans la bouche, mais plutôt la tête entre les fesses… mais pas forcément les vôtres. Cependant elle était aussi ravie parce que Kap prenait sa défense et que c’était rassurant.<br />
<br />
« Chypi fait partie de mon équipe : si t’as un problème avec elle, c’est avec moi qu’il faut voir<br />
– Oh regardez ça ! Tu joues au chevalier blanc en plus ? Je devrais te coller un rapport tiens !<br />
– Regarde ce que moi je vais te coller !<br />
– Comment oses-tu…<br />
– COMME CA ! »<br />
<br />
Dans une explosion de pyrolyse, Kap se téléporta derrière Mr Trip qui par réflexe se téléporta aussi. Les deux démons se poursuivirent à travers tout l’open space, essayant mutuellement de s’attraper qui la tête et qui le sphincter.<br />
<br />
L’équipe de nuit de la hotline 666 observait se combat titanesque avec attention jusqu’à ce que Kap profite d’une seconde de répit pour apparaitre au milieu des 4 bureaux pour dire :<br />
<br />
«EN PROFITEZ PAS POUR GLANDER BANDE DE COURGES ! Y’A DES APPELS EN ATTENTES ! »<br />
<br />
Il disparut alors de nouveau dans une explosion de flamme et continua a poursuivre Mr Trip.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Support 666, service du vice, Somninalanuralostes à votre écoute.<br />
– Salut beau gosse… moi c’est Vikykoparistazytrack, succube 3eme rangs<br />
– Mes hommages madame<br />
– Haaan… ce que t’es chou, dis-moi Somninounet : tu pourrais m’aider j’ai un petit problème avec une orgie ?<br />
– Mais assurément : c’est une orgie de quelle type ? Romaine ? serbo malgache ? Bikini strip poker ?<br />
– Nan c’est avec des étudiants d’une fraternité : les alphas, Pi, Omega ou un truc comme ça.<br />
– Oh je vois : alcool dans des gobelets, tonneau de bière et équipe de foot en chaleure ?<br />
– Ouais c’est ça chouchou. Mais le souci c’est que y’a ni bière, ni gobelet et que depuis 5min les mecs sont en cercle sauf qu’ils sont tout habillé et apparemment ça les mets mal à l’aise que je vienne les voir ?<br />
– Oh par Satan, voilà qui est très indélicat. Pourtant je vois votre photo dans le dossier client, et bien permettez-moi de vous dire que vous êtes sublime. Les courbes de vos hanches semblent dire « Oh oui c’est la fête » tandis que la prestance de votre buste lui hurle « la gravité c’est comme l’évolution : c’est juste une théorie ! » et je ne parle même pas de votre bouche, sensuelle et offerte comme la promesse des lendemains qui chantent, et vos yeux… ah vos yeux… si bleu qu’on dirait un ciel céleste après la pluie et où rayonnent deux arc-en-ciel…<br />
– Han t’es trop mignon Somninounet chéri. Ca me remonte le moral ce que tu me dis…<br />
– Mais dites-moi Viky… je peux vous appeler Viky ?<br />
– Tu peux même m’appeler « maman » si t’es un vilain petit garçon…<br />
– Euh… Vicky c’est bien n’allons pas trop vite en besogne voulez-vous ? Alors voilà je me demandais, vos Alpha, Pi, Omega, est ce qu’ils ont des sous pulls blancs et des petits cols boutonné jusqu’en haut ?<br />
– Oui…<br />
– Et est ce qu’ils se tiennent les mains comme les Spices Girls avant d’entrer sur scène ?<br />
– Bah là du coup on dirait plus les One Direction mais effectivement…<br />
– Bon ! Tout va bien alors ! Enfin non : ça va pas bien du tout parce que là vous êtes en train d’essayer d’organiser une orgie dans une fraternité pro-chrétienne<br />
– Ha Naaaan !<br />
– Et si…<br />
– Ah bah d’accord, forcement que le bikini léopard ça leur disait rien ! Oh bonjour la honte que je vais me taper demain tiens !<br />
– Mais non voyons, ne soyez pas triste Vicky, la nuit est encore jeune, et pleine de promesse !<br />
– Et où voulez-vous que je trouve de quoi faire une orgie d’Halloween à cette heure-ci ?<br />
– Mais pas de souci voyons : je suis là pour ça ! »<br />
<br />
Somni clapota avec expertise sur son clavier avant d’annoncer triomphalement :<br />
<br />
« Et voilà ! Il y’a une réunion des sexolique anonymes à deux rues de là où vous êtes. La plupart sont surement tellement en manque que rien que de vous voir ils seront obligé de changer de sous vêtement !<br />
– Han trop cool ! Merci Somninouet tu as sauvé ma soirée d’Halloween !<br />
– Mais de rien chère Vicky : tout le plaisir était pour moi<br />
– Bon bah merci encore : des gros bisous et bon courage pour la fin de ton service chouchou<br />
– Merci Vikykoparistazytrack, et joyeux Halloween de la part du 666 »<br />
<br />
***<br />
<br />
Après plus d’une heure d’affrontement par téléportation interposé, Kap et Mr Trip s’était offert quelque secondes pour souffler. En fait il était surtout en train de reprendre leur souffle, accoudé (voir à moitié vautré) sur les bureaux de l’open space.<br />
<br />
« Tu… tu vas voir ce que… tu vas prendre ! » dit Mr Trip entre deux respirations « Je vais prendre ta tête et m’en servir comme cendrier<br />
– La ferme… tête de… de… poulet ! C’est moi qui vais prendre ta tête ! Mais… je… je la passerai par ton nombril et je laisserai dépasser les oreilles !<br />
– Que de la gueule !<br />
– C’est TOI que de la gueule ! »<br />
<br />
Et le combat reprit de plus belle.<br />
<br />
***<br />
<br />
« 666, service du vice, Profamakatebazrok à votre écoute ?<br />
– ALLO ? C’EST BIEN LA HOTLINE ? »<br />
<br />
Prof plaça son énorme poing sur le microphone de son casque pour que son interlocuteur ne l’entende pas.<br />
<br />
« Oh purée les gars ! C’est lui !<br />
– Qui ça ? » Demanda Somni qui venait de raccrocher un appel<br />
– C’est LA MORT ! Il est en ligne ! Je l’ai reconnu tout de suite ! Attends : je le reprends… hum… oui que puis-je pour vous ?<br />
– ET BIEN JE… JE DEPRIME UN PEU CE SOIR…. POURTANT SA DEVRAIT ETRE LA FÊTE MAIS LE CŒUR N’Y EST PAS…<br />
– Ah mais ça c’est sans doute parce que vous êtes un squelette monsieur ?<br />
– OUI JE SAIS, MAIS Y A PAS QUE CA : IL Y A QUELQUES MOIS DE CA J’AI DU RENDRE VISTE A UN TRES VIEIL AMI…<br />
– Un humain ?<br />
– OUI, LE PAUVRE ETAIT AFFREUSEMENT MALADE ET CA ME FAISAIT MAL DE LE VOIR AINSI. ALORS… BAH JE L’AI FAIT QUOI<br />
– C’est votre boulot d’un autre côté. En plus de ce que vous me décrivez c’était plutôt un acte charitable. D’ailleurs j’ai une question : vous êtes de notre côté ou de celui des emplumés ?<br />
– NI L’UN NI L’AUTRE : JE SERS MON PROPRE DESSEIN…<br />
– Ah ouais pas con… Mais votre ami, s’il est mort, il doit être chez nous ou bien au-dessus non ?<br />
– JUSTEMENT JE NE LE TROUVE PAS. JE PENSAIS QUE POUR HALLOWEEN IL PASSERAIT VOIR DE LA FAMILLE SUR TERRE, MAIS CA FAIT 3H QUE JE GUETE DEVANT SA PORTE ET RIEN DE RIEN…<br />
– Vous savez Mort, si ça se trouve votre ami à préférer rester tranquille devant un bon film ?<br />
– IL EST PLUTOT DU GENRE A LIRE… VOIR MEME A ECRIRE…<br />
– Oui bah si ça se trouve il est sur un p’tit nuage céleste à observer le monde et à écrire des trucs.<br />
– J’ESPERE QU’IL N’EST PAS TROP DECU… IL N’A JAMAIS VRAIMENT AIMER CETTE HISTOIRE DE PARADIS ET D’ENFER<br />
– Bah vous savez des fois moins non plus ça m’enchante pas vraiment…<br />
– SI JAMAIS IL VOUS APPELLE, DITES LUI DE MA PART QUE JE L’ATTENDRAIS DEVANT LE PORCHE<br />
– Ok je note ça sur votre dossier « si cherche la mort, elle est devant le porche… » Et c’est quoi le nom de votre ami ?<br />
– TERRY<br />
– D’accord, monsieur Terry…<br />
– NON : SIR TERRY !<br />
– Ah un anglais hein ? Ils sont marrant les anglais. Bon bah c’est noté !<br />
– SUPER… BAH… MERCI PROFAMAKATEBAZROK, PASSEZ UN BON HALLOWEEN AVEC SOMNI, CHYPI et KAP<br />
– Ah bah merci hein… hey mais au fait : comment vous connaissez nos noms ?<br />
– JE CONNAIS LES NOMS DE TOUT LE MONDE : J’AI MEME UNE LISTE… »<br />
<br />
***<br />
<br />
« 666 service du vice, Mexicopheles à votre écoute ?<br />
– Oui bonjour, c’est Tinananinaninarama je vous appelle pour prévenir que je ne pourrais pas prendre mon service : j’ai promis à mon p’tit dernier que je l’emmènerai chez Disney pour Halloween : il veut faire le train des poupées et moi j’ai envie de voir le défilé des princesses<br />
– C’est pas un peu trop angélique comme façon de passer Halloween ?<br />
– Ah mais je vous rassure c’est pour traiter les princesses de salope<br />
– Ha d’accord ! Et bien c’est noté : par contre je ne peux pas aviser votre chef de service<br />
– Mais pourquoi ?<br />
– Il a pris la soirée pour regarder la rediffusion de Scream sur channel 9 »<br />
<br />
***<br />
<br />
La soirée était quasiment finie, et à cette heure-ci les appels se faisaient de plus en plus rares. L’équipe pouvait enfin souffler et se faire une petite pause. Ce fût le moment que choisi Somni pour montrer à ses compagnons un cadeau qu’il avait reçu par courrier :<br />
<br />
« J’étais pressé du coup je l’ai même pas ouvert… hum ça vient de mon frère ! Quelle gentille attention !<br />
– Tu as d’autres frères et sœurs ? » Demanda Chypi<br />
– 12 : 6 de chaque<br />
– C’est chiant la famille ! » dit Prof « moi mes proches je les ai tous exploser à coup de poing !<br />
– Vous êtes trop nerveux vous les démons de la Fureur » répondit Somni « remarque… si vous l’étiez pas vous auriez un peu usurpé votre titre…. Alors voyons voir ça… »<br />
<br />
Somni déchira avec soin le papier qui emballait le cadeau. Une fois fait, il ouvrit avec autant de soin la boite en carton marqué « made in heaven » et en sorti une sublime boite à musique couverte de fine dorure et de motifs à fleur. Le démon du sommeil ouvrit alors la boite, et tourna la petite manivelle installé à l’intérieur ce qui actionna le mécanisme et les petits carillons qui se mirent à tinter joyeusement.<br />
<br />
« C’est super joli ! » dit Somni au comble du bonheur devant son cadeau<br />
– Oh mais quelle horreur ! » Dit Mexicopheles « on dirait une chanteuse a la voix parfaite !<br />
– Je vais vomir ! » Menaça Chypi avant de passer à l’acte dans un des tiroirs de son bureau »<br />
<br />
Prof se contenta d’envoyer un violent uppercut en direction de la petite boite ne dut son salut qu’à sa nature divine, nature qui brula le dos de la main de Prof<br />
<br />
« Mais il est malade ton frangin d’envoyer des trucs pareils !<br />
– Relax Prof ! T’étais pas obligé de taper dedans<br />
– Et pourquoi ça te fait rien à toi ? Et comment ça se fait que ton frère il ait put avoir une boite à musique céleste !?<br />
– Bah parce que c’est un ange !<br />
– QUOI !<br />
– Oui c’est un ange des rêves : je vous l’ai dit dans ma famille c’est 6 de chaque : 6 démons et 6 anges.<br />
– Moi je croyais que tu parlais de filles et de garçons » dit Chypi en s’essuyant la bouche<br />
– En tout cas tu peux pas laisser ce truc dans le bureau ! » Insista Prof « en plus l’autre taré est toujours dans le coin non ?<br />
– Ils sont sorti avec Kap pour régler ça au bras de feux de l’enfer » expliqua Mexi<br />
– Pfff… quelle bande de fier à bras : pas un pour rattraper l’autre… J’vous jure les mecs… » Pesta Chypi.<br />
<br />
C’est alors que Kap arriva. Mais à la surprise générale, plutôt que de se téléporter, il était simplement passé par la porte. Les vêtements en lambeaux, il tenait à la main ce qui ressemblait à 2 bons mètres de tube digestif<br />
<br />
« J’ai fini par l’avoir le salaud ! Je lui ai fait bouffer son colon ! » Dit le chef d’équipe triomphant et exsangue<br />
– Mais… Kap chérie : c’est quoi ce que t’as dans la main ? » Demanda Chypi<br />
– Euh… ah bah ça sa doit être à moi<br />
– Beuuarkkk c’est dégueulasse !<br />
– Mais nooooon… aller Chypi : fait un bisou dessus pour que ça guérisse<br />
– QUOI ? Mais t’es pas bien ! KAP RECULE ! NAAAAAN ! »<br />
<br />
Comme un zombi, Kap approcha de Chypi, vicère à la main, et l’accula dans l’angle de la pièce. Il posa sa main sur l’épaule nue de la sexy succube et avança les tripes sanguinolentes jusque sous son nez. Il la regarda alors d’un air fou, puis en un éclair lui fit un bisou sur le front avant de dire :<br />
<br />
« Je t’ai bien eu ! BLAGUE D’HALLOWEEN ! »<br />
<br />
Il mordit alors dans les prétendus viscères qui étaient en fait de la réglisse à la fraise.<br />
<br />
Chypi hésita entre se sentir très soulager ou bien hurler à la mort contre Kap qui l’avait un peu prise pour une truie violette (cherchez pas, c’est des références de démon…)<br />
<br />
Elle opta pour la première solution lorsque Kap téléporta des tas de friandises sur leur bureau en récompense de leur nuit de labeur.<br />
<br />
Mexi se jeta dans le tas de bonbon et commença un 100m brasse coulée de toute beauté tandis que Prof se précipitait pour saisir les friandises qu’il aimait le plus avant que les autres n’y touche.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était environ 6h15, et la fine équipe de nuit du 666 quitta l’immeuble. Exténué comme jamais, ils décidèrent de remettre au lendemain leur traditionnel pot du matin pour se mettre au lit le plus vite.<br />
<br />
Kap lui resta devant l’immeuble, regardant sa face brillante qui reflétait les éclats d’ocre du ciel rougeoyant des enfers.<br />
<br />
C’est alors que Mr Trip arriva près de lui<br />
<br />
« Salopard ! Tu m’as enfermé dans une salle d’archive complétement désorganisée !<br />
– Quelle meilleure façon de retenir un bureaucrate tel que toi ?<br />
– Tu pers rien pour attendre tu m’entends ! RIEN !<br />
– Ouais mais une autre fois : ma journée est finie et tu n’as plus rien à me dire que ça soit à moi ou à mon équipe.<br />
– Je ferais des rapports ! Je vous ferais tous virer !<br />
– C’est ça… » Dit Kap en s’éloignant<br />
<br />
Pour une fois, le démon téléporteur préféra marcher, et profiter du calme qui venait toujours après Halloween. Dans des moment comme celui-ci, il avait presque l’impression que l’Enfer était un endroit sympa pour vivre.<br />
<br />
Mais bon : heureusement ça n’arrivait qu’une fois par an !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Une hotline d’enfer spécial Halloween

Dans la cite de Dis, au cœur des enfers, se trouvait les locaux de la hotline 666. Dédié aux démons, aux succubes et à tous les serviteurs des enfers, ce service offrait conseils et écoute à ceux qui en avaient besoin.

Du coup, bosser pour l’assistance c’était pas tellement prestigieux. Quoi ? Vous pensiez vraiment qu’en Enfer on apprécie les gens qui rendent service aux autres ? Et bien non sachez-le : ici la philosophie c’est « d’emmerde toi tout seul coco » !

Notez aussi que cela montre une certaine idiotie pathologique chez les serviteurs des Ténèbres qui sont les premiers à appeler la Hotline en suppliant dès qu’ils ont un souci.

Mais bon, d’un autre si vous vous plaignez que les démons soient de mauvaise foi, c’est peut-être vous qui n’êtes pas bien malin ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, la fine équipe du service de nuit était sur le pied de guerre. Car si d’habitude le service de nuit ressemblait à un camp de vacances pour enfant turbulent, ce soir c’était LA nuit parmi les nuits, celle qui allait déverser sur la terre tous ce que l’enfer comporte de spectre, de monstre et de revenant.

Oui : ce soir c’était Halloween.

Sur ordre de Kaparystazakrak, alias « kap » démon téléporteur et chef de l’équipe de nuit, la petite troupe s’était réunie en avance pour faire un briefing. Installé à la terrasse du bar nommé « Le Cercle en feu » célèbre pour ses flans aux huitres et son yaourt au pâté de merguez, Somni, Prof, Chypi et Mexicopheles, le p’tit nouveau, écoutaient avec attention les recommandations de leur chef.

« Bon les enfants, ce soir c’est double dose de travail : Somni, t’as pas intrêt à piquer du nez !
– Aucun souci Kap, j’ai pris mes précautions. Je me suis enfilé 4 litres de boisson super dynamisante !
– Ah ouais ? Quel genre ? » Demanda le chef d’équipe à la fois curieux et inquiet (mais surtout inquiet)
– du « Super Bewl » c’est le soda qu’on voit dans tous les clips de rap en ce moment
– Mais t’es malade ! À ton avis pourquoi on met ça dans les clips de rap ?
– Euh… parce que c’est cool et branché ?
– Non patate ! Parce que c’est HYPER TOXIQUE !
– Mais pourquoi on en ferait la pub ? » Demanda innocemment Somni
– Bah parce que c’est notre but ! Que les jeunes s’intoxiquent avec du sucre et de l’adrénaline de requin !
– Ah : C’était ça se petit goût de mer que j’arrivais pas à identifier ! »

Kap se mit une grande claque sur le front puis décida de rendre son briefing avant qu’une soudaine envie de combustion spontanée ne le prenne.

« Bon les anciens je vous la fait pas : Halloween c’est vraiment la pire soirée de l’année. Il y’a de grande chance qu’un tas de démon de se saoul à la bière pas chère et se gave de sucre. On risque aussi d’avoir pas mal de demande de procédure de la part de mec en opération spéciale. Mais surtout SURTOUT on risque de se devoir se taper une fois de plus des ADOS… »

En bon élève qu’il avait toujours été, au grand dam de sa chère maman, Mexicopheles leva le doigt jusqu’à ce que Kap lui fasse signe en levant les yeux au ciel :

« Dis Kap : c’est quoi des Ados ?
– Des Anges Défoncés ou Saouls
– Ça existe ça ?
– Bah bien sûr
– Mais pourquoi ils appelleraient ?
– Bah parce qu’ils seront défoncés ou saouls comme des cochons »

Mexicopheles essaya de s’imaginer à quoi pouvait ressembler un ange bourré, puis sans qu’il sache pourquoi, son esprit ce mit à imaginer une ange rouquine et sexy avec un shorty ultra moulant en train de se renverser une bière sur la poitrine. C’est d’ailleurs à ce moment-ci qu’il put constater que la jeune femme avait des arguments proéminents. Au ralentit, elle tourna son regard vert émeraude et lui dit « Oh Mexi… ]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 02 Nov 2015 09:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-11-02T09:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[VAZYGRO !]]></title>
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            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Bonus du "[Journal de bord – Episode 14 : « Sang Bouillant ! » #DefiBradbury](https://hearthis.at/topfive/journalep14/)" le générique de « VAZYGRO ! »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Bonus du "[Journal de bord – Episode 14 : « Sang Bouillant ! » #DefiBradbury](https://hearthis.at/topfive/journalep14/)" le générique de « VAZYGRO ! »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Bonus du "[Journal de bord – Episode 14 : « Sang Bouillant ! » #DefiBradbury](https://hearthis.at/topfive/journalep14/)" le générique de « VAZYGRO ! »]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 25 Oct 2015 23:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-10-25T23:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 14 : « Sang Bouillant ! » #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep14/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Bonus ! le générique de « VAZYGRO ! »](https://hearthis.at/topfive/vazygro-speed/)<br />
<br />
Dans les épisodes précédents… de VAZYGRO !<br />
<br />
Shogi affronte Black Gamon, le terrible serviteur de l’armée du ruban noir dans le tournoi Céleste de Vazygro ! Il est accompagné de Koma qui lui affronte Fukawarai dans un match sans merci ! Mais la partie bascule soudainement lorsque Fukawarai sort de son deck la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » dont les incroyables pouvoirs semblent sans limite…<br />
<br />
Générique :<br />
<br />
« Go VA ! ZY ! GRO !<br />
Go Va Zy Gro<br />
Gro Gro<br />
VA ZY GRO !<br />
C’est le pouvoir des cartes sous blister !<br />
Que t’achetes sur Internet !<br />
C’est un jeu très très marrant !<br />
Y à rien à comprendre dedans !<br />
<br />
C’est le jeu de tout les enfants que sont pas foutu de comprendre les Grands!<br />
<br />
VA ! ZY ! GROOOOOO !<br />
met le paquet<br />
ça sera traduit du japonais !<br />
Un jeu comme ça : ça ne s’était jamais fait !<br />
<br />
Go VA ! ZY ! GRO !<br />
Go Va Zy Gro<br />
Gro Gro<br />
VA ZY GRO !<br />
VAZYGRO ! »<br />
<br />
Episode 48 : « Lance tes cartes Shogi ! – La bataille fatidique des cents dragons de ton cœur »<br />
<br />
Dans le BattleDrome de Croustiville, les spectateurs retenaient leur souffle. Le « Dragon strabisme aux yeux convergent » de Fukawarai qui disposait de 3500 points d’attaque, lançait son cri strident vers son adversaire. La bête de plusieurs mètres de haut, et dont le design avait très certainement demandé une conception 3D à toutes épreuves, ne semblait craindre aucun adversaire en ce monde…<br />
<br />
« Alors Koma ? Tu penses encore vraiment avoir une chance de me vaincre ? Ton pauvre deck « Royaume du Hentai » ne t’offre aucun moyen de résister à mon monstre !<br />
– C’est même pas vrai ! répondit Koma vexé<br />
– Si c’est vrai !<br />
– Naaaan !<br />
– Si ! Regarde ton terrain : pas une seule de tes cartes n’a plus de 2000 points d’attaques ! Je vais les briser une par une ! »<br />
<br />
Dans un geste conquérant, Fukawarai pointa Koma de l’index et hurla à sa créature :<br />
<br />
« En avant « Dragon Strabisme aux yeux convergeant » ! Détruit « Gardien Tentacule du Harem » avec ton attaque « Ophtalmie déchirante ! »<br />
<br />
Aussitôt l’ordre donné, la puissante créature de niveau 6 se lança dans les airs, et piqua droit sur sa cible. Le « Gardien tentacule du Harem » n’ayant que 1800 points d’attaque, il fût irrémédiablement détruit, et Koma reçu en prime 1700 points de dégâts<br />
<br />
Il tomba à la renverse sous le choc, ce qui peut être surprenant pour un jeu de carte, mais pas tant que ça, car en définitive, le joueur de VAZYGRO met tout son coeur en jeu lorsqu’il entre dans l’arène… enfin c’est l’explication la plus logique qu’on ait trouvé !<br />
<br />
« Alors Koma… tu abandonnes ou bien tu préfères que je détruise tes cartes une par une jusqu’à la soumission totale ? »<br />
<br />
Un rictus se dessina sur le visage du jeune garçon tandis qu’il se relevait péniblement.<br />
<br />
« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas Fukawarai… Tu serais surpris de savoir de quoi est capable le pouvoir de mon jeu « Royaume du Hentai » !<br />
– Pfff : tes flagorneries me laissent de marbre ! Tu viens de perdre 1700 points de vie je te signale !<br />
– Oui mais… tu devrais savoir que la soumission c’est la spécialité de mon deck ! EN GARDE ! »<br />
<br />
Le sourcil de Fukawarai se dressa jusqu’à des hauteurs jamais atteinte dans l’histoire de l’animation nipponne. Sûr de lui Koma pointa la pile de carte qui lui servait de cimetière<br />
<br />
« En détruisant le « Gardien tentacule du Harem », tu n’as fait qu’activer sa capacité spéciale… lorsqu’il est détruit en position d’attaque, il me permet de sortir de mon deck 3 cartes de type « jeune fille en fleurs » et de les invoquer directement sur mon terrain !<br />
– Et alors ? Ce sont des cartes minables : pas une seule ne dépasse les 1000 points d’attaque !<br />
– Certes… mais que ce passe t-il si j’ajoute CECI !!! »<br />
<br />
Koma tira une carte de sa main avec autant de vigueur que s’il avait voulu dégoupiller une grenade. D’un geste habile (mais pas trop compliqué) des doigts, il tourna la carte face à son adversaire pour qu’il puisse la voir.<br />
<br />
« Euh… Koma, on doit être à 40 ou 50m l’un de l’autre ! Comment veux-tu que j’arrives à lire ta carte d’aussi loin sale débile !? »<br />
<br />
Le public se fit la même remarque et se demanda aussi pourquoi les gigantesques écrans du Battledrome ne servaient qu’à afficher les points de vie et la tête du commentateur.<br />
<br />
Koma ménageait son effet. Avec calme il annonça sa carte :<br />
<br />
« Je joue la carte « Holly Bondage Sanctuary »… EN MODE TURBO ! »<br />
<br />
Cette fois se furent les yeux de Fukawarai qui se crispèrent comme s’il était en train de faire un AVC.<br />
<br />
« C’est… c’est impossible ! Comment peux-tu avoir une telle puissance ?<br />
– C’est très simple… C’EST MA TATA QUI M’A ACHETER UN BOOSTER L’AUTRE JOUR ! »<br />
<br />
Le poing de Fukawarai se serra de rage. Depuis toujours il avait hait Koma et ses amis, car ils avaient toujours des supers cartes dans les boosters alors que lui n’en trouvais jamais, et se retrouvait obligé de les acheter à prix d’or sur Internet. Certes, le fait qu’il soit multimilliardaire à 14 ans aidait un peu, mais chaque fois qu’il avait payé 26€ une carte qu’on pouvait trouver dans un booster qui en valait 12, il sentait un peu plus la fureur et la haine grandir en lui.<br />
<br />
« Grace au pouvoir de « Holly Bondage Sanctuary », je fusionne mes 3 cartes de type « Jeune fille en fleur » et j’obtiens une créature de type STO de mon choix ! De plus, en augmentant la vitesse de ma toupie, je passe en mode turbo et transforme ma créature en mode Ketchup !<br />
– QUOI !?<br />
– Ah ah ! Ça t’épates hein !<br />
– Nan c’est pas ça… c’est juste que ça veux rien dire ! T’inventes des règles ou quoi ?<br />
– Attends : tu rigoles ? Tu ne connais pas les créatures de type STO ?<br />
– Nan<br />
– Et le mode Ketchup ?<br />
– Pas plus<br />
– Oh le ringard ! Mais c’est des trucs de la toute nouvelle édition de VAZYGRO ! Pfff… D’accord alors je vais tout t’expliquer ! »<br />
<br />
La foule apprécia que dans ce noble jeu qu’est le VAZYGRO, les participants aient la politesse de s’expliquer les forces et faiblesses de leur jeu ainsi que les règles régissant la partie… nan franchement un tel fair play ne pouvait que laisser admiratif.<br />
<br />
Koma prit une pose vraiment sympa, mettant en valeur sa coupe de cheveux marron et vert en forme de poulpe et désigna l’écran de du Battledrome.<br />
<br />
« Le mode STO, ou « Salade, Tomate, Oignon », permet à mes créatures de bénéficier d’un des nouveaux turbo mode : Ketchup, Mayonnaise, Sauce Blanche et Samourai. Ces modes ne peuvent s’obtenir qu’en augmentant la vitesse de ma toupie…<br />
– Mais bordel on joue au carte ! C’est quoi cette toupie à la con !?<br />
– Bah justement : c’est nouveau !  » dit Koma en présentant son disque de duel à son adversaire.<br />
<br />
En effet, on pouvait voir une petite toupie tourner sur elle-même à grande vitesse dans un petit enchâssement prévu à cet effet.<br />
<br />
« Evidemment, si la toupie tourne trop vite, je prends le risque de passer en mode Inception où la réalité devient restreinte et où les créatures des limbes risquent de réduire la puissance de mes cartes…<br />
– Blablabla…. » répondit Fukawarai lassé d’attendre « abrège et sort ta créature !<br />
– Très bien… J’invoque mon monstre STO : APPARAIT « Tripoteur de culottes aux fraises » ET PASSE EN MODE KETCHUP ! »<br />
<br />
Un tourbillon de lumière scintilla sur la zone de combat. Les cartes « jeunes filles en fleurs » se scindèrent en petit morceau pour se reformer et devenir le terrible « Tripoteur de culottes aux fraises », une créature de type STO surprenante ayant la forme d’un cinquantenaire en costume usé et tenant un petit attaché case. Oh et accessoirement, il avait une petite culotte avec des motifs de fraises sur la tête.<br />
<br />
« Cette créature à 2500 points d’attaque de base » expliqua Koma « Mais grâce à l’effet Turbo, je peux activer l’effet Ketchup qui lui rajoute 500 points d’attaque supplémentaire !<br />
– Rah lalala mais tout ça pour ça ? » maugréa Fukawarai<br />
– Oui mais ce n’est pas tout, parce que mon monstre STO peut utiliser une des cartes liés par l’invocation « Holly Bondage Sanctuary » pour ajouter encore 500 points à son attaque jusqu’à la fin du tour !<br />
– Damnation ! Mais alors…<br />
– ET OUI ! MAINTENANT TON « DRAGON STRABISME AU YEUX CONVERGENT » EST A MA MERCI !<br />
– De rien…<br />
– Quoi ?<br />
– Bah t’as dit « merci » alors moi j’ai dit « de rien »… c’était une blague<br />
– C’était surtout tout pourri !<br />
– Oh ça va hein ! De toute façon je suis le méchant je ne suis pas là pour être drôle : après tout c’est toi le comic reflief de cette série ?<br />
– Mouais… Enfin de toute façon tu es bien prit ! Car maintenant c’est à moi d’attaqueeeeeeeeeer ! »<br />
<br />
Koma était vraiment foufou et plein de cette assurance qui caractérise les héros après un retournement de situation favorable. Chez les méchants on appelle ça de la prétention, mais chez un héros ça n’est pas du tout la même chose (soyez attentif).<br />
<br />
« En avant « Tripoteur de culottes aux fraises » ! Utilise ton attaque « main baladeuse du tourment » sur le « Dragon Strabisme aux yeux convergent » !<br />
– Dis, c’est obligé de re balancer le nom complet de CHAQUE créature ? Je veux dire c’est lourd à force<br />
– Mais tais toi ! C’est mon tour ! Je fais qu’est-ce que je veux ! »<br />
<br />
Le « Tripoteur de culottes aux fraises » (dites c’est vrai que c’est long de tout redire à chaque fois !?) s’élança sur son adversaire et tenta de lui toucher le popotin. Mais le « Dragon strabisme aux yeux convergent » se décala sur la droite, laissant le vieux vicelard s’écrouler par terre.<br />
<br />
« Pfff… Tu es vraiment si naïf… » susurra Fukawarai qui soudainement reprenait une posture et un timbre de voix bien plus en adéquation avec son statut de méchant de la série. « Tu croyais vraiment que j’ignorais ce qu’était un monstre STO ? ah ah ah… tu es bien prit jeune innocent ! Je t’ai fait croire cela car je voulais que tu voies la puissance du « Dragon Strabisme aux yeux convergent » et que ton humiliation soit totale !<br />
– Mais… mais c’est pas du juste ! Pourquoi mon attaque à raté !?<br />
– Héhéhé… ça tu ne le sauras jamais !<br />
– Ah mais non je suis pas d’accord !<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah selon les principes de ce jeu, tu dois m’expliquer ce qui s’est passé pour que moi et tout le public on puisse faire « ooooooh » ou alors « Damned ! »<br />
– Je suis pas sûr que ça soit obligatoire<br />
– Mais enfin si ! demande à n’importe quel joueur de VAZYGRO, c’est toujours comme ça qu’on fait !<br />
– Hum… ouais mais quand même : j’ai pas envie !<br />
– Oh l’autre hey !<br />
– Et oui c’est comme ça<br />
– Mais va z’y Gro, fait pas ton chacal !<br />
– T’as qu’à savoir lire une carte…<br />
– ARBITRAGE ! » hurla Koma.<br />
<br />
Le public fût stupéfait : c’était bien la première fois dans une partie de VAZYGRO qu’un joueur avait recours à l’arbitrage. C’était tellement surprenant que tout le monde avait oublié qu’il n’y avait pas d’arbitre dans ce jeu.<br />
<br />
Qu’allaient faire nos héros ? Comment Fukawarai à put esquiver l’attaque de Koma ? Y’aura-t-il du fan service dans les prochains épisodes ?<br />
<br />
Toutes ces réponses après une petite page de pub…<br />
<br />
PUB PUB PUB…<br />
<br />
« Hey les enfants ! C’est quoi le jeu le plus cool à la récrée ?<br />
– C’est VAZYGROOOOO !<br />
– Super ! Et qu’est ce qu’il faut pour bien jouer à VAZYGRO ?<br />
– Le disque de duel à 80 euros, les decks remplit de booster à 12 euros et bien sûr le peignoir officiel VAZYGRO pour jouer après le bain en étant cool et branché !<br />
– Bravo les enfants, alors soyez cool, et achetez toute la collection pour être le plus grand maître VAZYGRO ! Et n’oubliez pas l’extension « Kebab Magique » avec les cartes STO à 19 euros et la toupie Ketchup à seulement 45 euros ! »<br />
<br />
« Ouais VA ZY GROOOOOO ! »<br />
<br />
PUB PUB PUB….<br />
<br />
(Traveling de caméra sur les personnages)<br />
<br />
– Selon les principes de ce jeu, tu dois m’expliquer ce qui s’est passé pour que moi et tout le public on puisse faire « ooooooh » ou alors « Damned ! »<br />
– Je suis pas sûr que ça soit obligatoire<br />
– Mais enfin si ! demande à n’importe quel joueur de VAZYGRO, c’est toujours comme ça qu’on fait !<br />
– Hum… ouais mais quand même : j’ai pas envie !<br />
– Oh l’autre hey !<br />
– Et oui c’est comme ça<br />
– Mais va z’y Gro, fait pas ton chacal !<br />
– T’as qu’à savoir lire une carte…<br />
– ARBITRAGE ! » hurla Koma.<br />
<br />
Le public fût stupéfait : c’était bien la première fois dans une partie de VAZYGRO qu’un joueur avait recours à l’arbitrage. C’était tellement surprenant que tout le monde avait oublié qu’il n’y avait pas d’arbitre dans ce jeu.<br />
<br />
(Quoi ? dans les séries ils repassent tout le temps la dernière minute de ce qui a déjà été montré avant la pub et vous pensiez que j’allais m’en priver ? naïf que vous êtes !)<br />
<br />
***<br />
<br />
Pendant ce temps, dans la cabine VIP qui trône au-dessus du BattleDrome de Croustiville, Black Gamon entouré de ses sbires Alba Tar et Yanick Samer, redoutable duo de joueur de deck tunning, fomentaient de sinistres projets.<br />
<br />
« Alors Alba : comment s’annonce notre plan mystérieux ? »demanda Black Gamon<br />
– Bah il est pas mystérieux du tout boss ! on sait tous très bien que…<br />
– Graaaah ! Mais non imbécile ! Ne te fais pas plus courge que tu ne l’es déjà : penses au public qui a envie qu’on fasse traîner cette histoire sur 90 épisodes !<br />
– C’est pas plutôt les producteurs qui…<br />
– Gnagnagnagna ! Je ne t’écoutes pas ! » dit Black Gamon en se mettant les mains sur les oreilles en trépignant dans son super fauteuil high tech<br />
<br />
Alba Tar resta stoïque et prit le ton qu’utilisent les méchants lorsqu’ils s’entretiennent avec leur supérieur (et ce même si ce dernier à 13 ans et eux 25 et qu’ils pèsent 40kg de plus) à savoir un ton respectueux et soumis :<br />
<br />
« Tout a été fait selon votre plan : Shogi et ses amis n’ont aucune chance !<br />
– Mouahahaha… parfait ! Je savais bien que c’était une bonne idée de manipuler ce nigaud de Fukawarai ! Tant que nous avons son petit frère Milborn, il restera docile et éliminera tous ceux qui s’opposent à nous…<br />
– Justement chef » demanda Yanick Samer « Je me demandais si c’était pas un peu risqué comme stratégie ?<br />
– Comment ça ! Tu oses douter de mon super plan ?<br />
– Bah un peu quand même… je veux dire : vous avez un plan super dark, tellement dark que je peux pas en parler devant les caméras, mais pour en assurer la sécurité vous compter sur des gamins qui jouent avec des cartes à collectionner. Je sais pas pour vous mais ça me parait un peu limite…<br />
– Ah ouais ? Et si tu réfléchissais deux secondes pour voir ! Qui sont nos ennemis !?<br />
– Bah Shogi et sa bande !<br />
– Et c’est quoi le seul truc qu’ils sachent faire qui s’apparente à du combat, mais sans violence directe entre enfants de moins de 15 ans ce qui nous permet d’être bien vu du CSA ?<br />
– Bah les duels de VAZYGRO…. OH D’ACCORD ! J’ai pigé ! En fait ça permet de déplacer la narration dans le cadre de référence des héros, à savoir un jeu tout pourri, mais en gardant la dynamique et les enjeux d’une histoire plus adulte !<br />
– Voiiiiaaaala ! T’as tout compris !<br />
– Mouais… ça reste quand même complètement con !<br />
– Comme toi ! De toute manière je te demande pas ton avis ! Ton but est d’être un personnage ambigu qui ne sait pas si sa cause est juste et qui hésite à rejoindre l’ennemi !<br />
– Euh non ça c’est moi Boss » dit Alba Tar « C’est vrai qu’à la base j’avais fait une audition pour se rôle ci mais la directrice de casting me voyais plutôt dans un autre rôle…<br />
– Mouais… cette série tourne au n’importe quoi je vous signale ! Bon tant pis pour la progression de l’intrigue : balancez des accords de heavy métal, un logo du jeu et zou ! Retour sur le combat dans l’arène ! »<br />
<br />
Tzouuuuiiiiing !!! (Gros accord de heavy metal)<br />
<br />
VAZYGRO !<br />
<br />
Dans le public, personne ne savait trop ce qui allait se passer. C’était tant mieux parce que les deux duellistes en étaient à peu près au même point. Finalement, face à la pression, Fukawarai céda :<br />
<br />
« Oh et puis zut ! face à la pression, je cède ! » dit-il en plagiant honteusement la voix off « je vais te dire ce qui s’est passé, et je vais le faire très lentement comme si tu n’avais jamais joué à ce jeu, montrant de ce fait que je te méprise, tout en permettant de dévoiler subtilement aux spectateurs un des possibilités de ma carte, histoire qu’ils bouffent le RSA de leur parent à essayer de la trouver dans un booster !<br />
– Han ! C’est à la fois tellement cool et tellement maléfique ! » répondit Koma qui n’en était pas à sa première séance d’explication de carte depuis le début de la série.<br />
– Vois-tu la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » est une carte très spéciale puisqu’en plus de son incroyable puissance, elle dispose d’une capacité totalement formidable la rendant encore plus super que la plus super de tes cartes !<br />
– Oui oui… bon abrège un peu : j’ai le deck qui me démange !<br />
– Pfff… Tu ne le sais pas encore, mais tu es déjà mort ! AHAHAH !<br />
– Hum… oui je vois ce que tu veux dire : nous sommes par essence tous destiné au trépas et même si nous sommes vivant en cette instant il faut être conscient que la vie peut nous être arraché en un éclair et qu’il faut donc profiter de…<br />
– MAIS ! T’ES PAS BIEN ??? On est un programme tout public enfin ! Ça va pas de faire ta crise de memento mori devant des mômes ??<br />
– Nan mais on se moque de qui : c’est toi qui m’a dit que j’étais mort !<br />
– MAIS MOI JE SUIS LE MECHANT ! C’EST MON ROLE !<br />
– Ah ouais ? Alors toi tu peux parler de ma mort aux enfants, mais moi j’ai pas le droit de leur dire que eux aussi sont sur la voie du tombeau et que…<br />
– Mais stop ! Ferme là ! Tu comprends pas que dans une série comme celle-là y’a que les méchants qui peuvent dire ça parce que justement ils perdent tout le temps et que du coup ça se produit jamais !<br />
– Oh… donc ça serai une façon cathartique de leur dire que même si le danger existe il faut l’affronter et avoir confiance dans l’avenir les petits oiseaux et le soleil du matin ?<br />
– Oui pauvre cruche ! Bon maintenant laisse-moi essayer de rattraper le coup ! »<br />
<br />
Fukawarai prit sa carte « Dragon strabisme aux yeux convergent » et la pointa vers Koma. Ce dernier plissa les yeux pour arriver à la lire mais sans succès.<br />
<br />
« P’tain t’avais raison en fait : c’est complétement con de se montrer nos cartes d’aussi loin<br />
– Ah ah ! Je te l’avais dit!<br />
– Bon du coup explique…<br />
– Oui oui j’y viens… En fait la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » dispose d’une capacité spéciale : face à un monstre de type STO en mode Ketchup, elle devient insensible aux attaques, mais surtout cela active son autre faculté spéciale…<br />
– Dis : tu fais quoi comme différence entre « faculté » et « capacité » spéciale ?<br />
– Hein ? Mais j’en sais rien moi c’est écrit comme ça point.<br />
– Nan mais je veux dire, est ce que ça serait pas une sorte de ficelle pour ajouter des strates de gameplay dans le jeu mais qui finalement sont toutes les mêmes ?<br />
– Tu veux que je t’explique ma carte ou bien faire un débat sur leur conception ?<br />
– Non non pardon… scuze moi je me suis emporté. Tu disais donc une faculté spéciale ?<br />
– Ouais : Lorsque ma carte est attaqué par une créature STO en mode ketchup de prendre la créature et de changer son type puis ensuite de voler le mode ketchup puis ensuite de le mettre sur une carte de mon choix. Cette carte aura alors la capacité d’attaquer si le monstre qui à initier l’attaque avait plus de 1500 points d’attaque. Mais attention, mon monstre ne pourra attaquer qu’une créature d’un niveau allant de 4 à 8 et de type « Kev Adams ».<br />
– C’est un peu compliqué non ?<br />
– Meuh non, il faut être un peu concentré c’est tout.<br />
– Nan mais je veux dire : c’est quand même pas courant comme configuration<br />
– Ouais bah ça montre à quel point j’suis fort d’avoir utilisé très exactement cette carte pour contrer ton jeu : c’est de l’anticipation !<br />
– Mes fesses ouais ! C’est de la grosse chance en mode « Deus Ex » !<br />
– Pfff… Ringard ! Toujours est-il que j’annule l’attaque de ton monstre, je le passe en type « Kev Adams », du coup il perd son mode turbo Ketchup !<br />
– Ah nooon ! Pas çaaaa !<br />
– Et en plus comme c’est maintenant un « Kev Adams » il perd tous les avantages du Hentai !<br />
– Arg !!<br />
– Et il perd le sens de l’humour ce qui lui retire 1000 points !<br />
– Stooooop !<br />
– Du coup je reprends tout ça et je l’applique à mon « dragon strabisme aux yeux convergent » et je le fais attaquer ta créature « Kev Adams » ! Et je lui rajoute mille points !<br />
– Aaaaaaah ! AU SECOURS !<br />
– Et puis tant que j’y suis j’utilise une autre capacité de mon dragon ! Chaque fois que l’attaque du « Dragon Strabisme aux yeux convergent » tue mon adversaire, il fait la danse des 7 voiles autour de l’arène !<br />
– Oh MON DIEU NOOOOON ! »<br />
<br />
Malheureusement pour Koma, la carte vraiment surpuissante de Fukawarai effectua le sinistre présage qu’il venait d’énoncer… et non ce n’est pas une astuce pour ne pas avoir à tout réécrire.<br />
<br />
Koma perdit tellement de point qu’on lui retira son permis d’utiliser un deck de jeu, ce qui l’obligera à faire un stage pour réapprendre à jouer. Mais le plus triste fût que toutes ses créatures du « Royaume du Hentai » disparurent de l’arène. Tous les garçons du public eurent une petit larme à l’œil en voyant disparaitre « La Coquinette Exhibitionniste » ou « La maîtresse des fessés »<br />
<br />
C’est bien simple, même moi là je suis tout chambouler ! (aller voix off… reprend toi ! tu es un vrai professionnel de la narration ! tu dois te ressaisir !)<br />
<br />
Hum….<br />
<br />
Bref c’était pas cool et comme l’avait dit Fukwarai, Koma était bien mort (au niveau du jeu cela s’entend). Ses amis arrivèrent pour le soutenir alors qu’il était cul par terre dans l’arène, avec le public qui l’insultait de tous les noms.<br />
<br />
Shogi (le héros officiel de la série) arriva vers son camarade accompagné d’Alice Chan, jeune fille fraiche et pimpante de 13 ans, mais que dieu merci les chara designer avaient plutôt dessinée sous les traits d’une délicieuse naïade de 18 ans, et dont l’animation de la généreuse poitrine nécessitait l’intervention d’un expert en mécanique des fluides.<br />
<br />
« Komaaaaa ! » cria Alice chan de sa voix dont les aigus avait tendance à fendre les vitres « Tu as été super ! Tu peux être fier de toi !<br />
– C’est vrai Alice Chan ? Tu le penses vraiment ? » demanda Koma avec émotion<br />
– Oui : Tu avais un super deck, une bonne stratégie, mais tu es un second rôle alors tu ne pouvais pas espérer mieux. C’est Shogi qui doit battre Fukwarai.<br />
– Ah… Oh fichtre ! Je sens venir comme un…<br />
<br />
Flashback, Il y’a 12 épisodes de cela, dans VAZYGRO.<br />
<br />
Shogi et Koma étaient sous la douche après une intense partie de VAZYGRO qui avait vu la victoire de Shogi (comme c’est original).<br />
<br />
« Tu sais Shogi : tu es vraiment le plus grand joueur que je connaisse<br />
– Ah bon ? Pourtant je ne fais que 1m50 ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah !<br />
– Ah.<br />
– Bon c’était qui qui parlait déjà, tout le monde s’est paumé.<br />
– Je crois que c’est à toi Shogi<br />
– Non c’est toi Shogi : moi je suis Koma<br />
– Arf ! Je m’étais trompé en recomptant les lignes !<br />
– Décidément Shogi a part pour le VAZYGRO tu n’as rien dans la tête ! Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah !<br />
– Ah. »<br />
<br />
Les deux jeunes garçons, tout nus sous la douche, se regardait avec la détermination des vrais duellistes (et un peu de concupiscence yaoi)<br />
<br />
« Shogi, lors de la grande finale du tournois Céleste, promet moi qu’on s’affrontera à nouveau !<br />
– Je te le promets Koma : je gagnerai chaque duel jusqu’à ce qu’on s’affronte au sommet !<br />
– Moi aussi je te le promets Shogi !<br />
– Koma !<br />
– Shogi….<br />
– Koma… »<br />
<br />
Euh… et tout se termina sans aucun attouchement  hein ! Enfin si un peu, lorsque Shogi s’amusa a arrosé le visage Koma avec son démêlant en lui disant « tiens prend ça cochonne ! Je sais que t’aimes ça ! » mais bon… ce sont des gamineries : rien de pervers la dedans hein ?<br />
<br />
Fin du Flashback….<br />
<br />
« Koma ? Tu vas bien ? » demanda Alice Chan penchée sur son ami lui offrant ainsi une vue plongeante sur son mini débardeur rose.<br />
– Euh… si si ça va… non mais bouge pas en fait j’suis plus si sûr que ça maintenant !<br />
– Ah ah ! Sacrée Koma » dit Shogi « on voit que tu ne perds pas le Nord… Je sais que tu as fait ton possible pour réussir. Ne t’en fais pas nous aurons d’autres occasions.<br />
– Merci Shogi….<br />
– Koma !<br />
– Shogi !<br />
– Bon vous arrêtez un peu là les deux ! » dit Alice Chan en boudant, les bras croisés sur sa poitrine dans un effet Push up « Shogi tu dois faire attention à cette carte du « Dragon Strabisme » sinon tu cours à la catastrophe toi aussi !<br />
– Ne t’en fais pas Alice Chan. J’ai confiance dans mes cartes, et comme nous sommes liés par le pouvoir de l’amitié je ne peux pas perdre !<br />
– Rah lalala mais t’es aussi nouille que Koma : l’amitié ça sert à rien dans les duels de cartes ! C’est un jeu à solution fermée qui dépends de la puissance de ton deck point barre ! »<br />
<br />
Alice chan réalisa qu’elle venait de vexer Shogi. Depuis des années, le jeune garçon parlait à ses cartes et les considérait comme ses amis. Il leurs avaient pour chacune ouvert un compte Facebook et un twitter, ainsi qu’un compte Instagram. C’est ainsi que Shogi était devenu le petit mongolito de Croustiville, que tout le monde aime bien, mais à qui personne ne laisserai son chat à garder.<br />
<br />
« Tu as raison Shogi… il faut croire en tes rêves toussa toussa… » dit la jeune fille compatissante.<br />
<br />
C’est alors qu’arriva Fukawarai. Vêtu de sa grande veste blanche à bord gris, il toisait tout le monde d’un regard suffisant (bon faut dire que vu que c’était le plus âgé de la bande il avait facile 15cm de plus que Shogi).<br />
<br />
« Tu es le prochain sur ma liste Shogi : la victoire ne peut plus m’échapper !<br />
– Je sais pourquoi tu fais tout ça Fukawarai : tu dois sauver Milborn ton petit frère. Mais moi je dois réussir pour l’avenir du VAZYGRO, afin que les enfants comprennent que dans ce jeu c’est tout ton cœur qui entre en harmonie avec ton deck et que…<br />
– Ah bon sang c’est vrai ! J’avais oublié que t’étais un mongolito qui parlait à ses cartes… Hey Shogi : c’est vrai que tu as un édredon où tu as fait imprimé l’image de la carte « Princesse Hotness » ?<br />
– Ce ne sont que des ragots ! « Princesse Hotness » est juste une… euh… une copine ! Même si c’est vrai qu’elle aime bien passer la nuit à côté de moi. Mais c’est parce qu’elle a peur dans le noir !<br />
– Bah voyons…<br />
– En tout cas moi je ne reste pas des heures à tenir la main de mon p’tit frère en lui disant des trucs gentil alors que tout le reste du temps je fais genre je suis un méchant !<br />
– Qu’est-ce que tu oses dire !<br />
– Je dis que je connais la vérité Fukawarai ! TU N’ES PAS UN VRAI MECHANT !<br />
– ARg… »<br />
<br />
Le visage de Fukawarai se crispa d’effroi<br />
<br />
« Comment as-tu deviné !<br />
– Facile : il reste encore plus de 80 épisodes et on s’affronte dans 5min ! Donc ça veut dire qu’il a encore un méchant après toi, et selon la loi des mangas, un méchant battu en cours de route devient un copain ! Donc tu seras un copain que tu le veuille ou non !<br />
– C’est ce que t’as dit à « Princesse Hotness » ?<br />
– C’était un accident ! On avait vachement bu tous les deux ! »<br />
<br />
Fukawarai esquissa un sourire qui ne semblait presque pas narquois.<br />
<br />
« Nous allons régler nos comptes dans l’arène !<br />
– Entendu : laissons le VAZYGRO être notre juge ! Faisons parler nos âmes via nos cartes et…<br />
– Oh ta gueule… »<br />
<br />
PUB PUB PUB…<br />
<br />
« Hey les enfants ? Vous aimez le VAZYGRO ?<br />
– Ouiiiiiii !<br />
– Et vous les petites filles, vous aimez faire la vaisselle ?<br />
– Noooooooon !<br />
– Et si je vous dis qu’il existe une super édition de VAZYGRO avec des cartes plastifié pour jouer tout en faisant la vaisselle avec maman ?<br />
– Ohhhh !<br />
– Et oui : maintenant les petites filles font la vaisselle, mais elles jouent quand même au VAZYGRO !<br />
– C’est super !<br />
– Et au moins la vaisselle sera propre ! »<br />
<br />
« VAZYGRO ! »<br />
<br />
PUB PUB PUB….<br />
<br />
L’animateur après son 7eme rail de cocaïne trépignait devant son micro en annonçant la suite du programme.<br />
<br />
« Cher public c’est avec une grande impatience que vous avez tous attendu CE match. L’avenir tout entier du VAZYGRO, ainsi que tout le sponsoring, dépendent du résultat de l’affrontement titanesque qui va se dérouler devant nous. Voici donc les finalistes de ce grand tournois Céleste ici dans le BattleDrome de Croustiville : SHOGI CONTRE FUKAWARAI ! »<br />
<br />
La tribune gronda des hurlements de la foule. C’était à se demander comment les 40 000 enfants de moins de 10 ans présent avaient pu rester aussi calme jusque-là.<br />
<br />
Shogi monta sur la plateforme de combat tandis que son adversaire fit de même. C’était le moment qu’il avait attendu toutes ses années. Enfin disons depuis quelques semaines : c’est pas à 13 ans que tu as des rêves que tu poursuis depuis des années.<br />
<br />
Il installa ses cartes dans le disque de duel fixé à son bras, vérifia sa toupie, redressa sa coupe de cheveux, et bien sûr fit le signe secret de l’amitié en direction de Alice Chan et Koma.<br />
<br />
« Dis Alice Chan » demanda Koma « C’est quoi en fait ce geste avec les doigts là ?<br />
– J’en sais rien, mais fait le et souris sinon il va se décourager »<br />
<br />
Shogi était enfin prêt à faire face à son destin, à déchainer la puissance de ses cartes et à chercher en lui la force de vaincre… mais sera-t-il capable de vaincre Fukawarai et son terrible « dragon strabisme aux yeux convergent » ?<br />
<br />
Le commentateur après avoir chauffer la foule à blanc, déclara le début du match. Le tirage au sort donna Fukawarai comme premier joueur.<br />
<br />
« Je pioche une carte, et je joue… hum… « Gorille ambidextre aux mains baladeuses » en mode attaque !<br />
– Impressionnant ! Ce monstre est vraiment à l’image de ta puissance et de ton coura…<br />
– MAIS LACHE MOI LA GRAPPE AVEC TON DELIRE ! C’est juste une bonne carte, ma volonté a rien à voir la dedans !<br />
– Ne renie pas tes cartes : c’est ta confiance en elle qui te rendra fort !<br />
– Ah ouais quand même… donc t’es tellement con que tu donnes des conseillers à ton adversaire ? En fait t’as pas envie de gagner c’est ça ?<br />
– Je veux te battre au maximum de ta force !<br />
– Ouais d’accord… donc t’es vraiment débile… Bon je joue aussi 2 cartes face caché et je termine mon tour ! »<br />
<br />
Shogi était tout excité : c’était enfin à lui. Il attrapa une carte de sa pile de pioche et la brandit au-dessus de lui comme s’il essayait de la lancer très loin<br />
<br />
« JE PIIIIOOOOOOOOCHE !!!!<br />
– Oui bah ça va moi aussi j’ai pioché tout à l’heure, j’ai pas essayé de me faire un tennis elbow pour autant<br />
– Je joue la carte « Pizzaiolo daltonien » en mode attaque, et j’utilise aussi la carte magique « Une acheté une offerte » ce qui augmente la puissance d’attaque de mes monstres « pizzeria » de 500 points !<br />
– Grrr… Va vraiment falloir qu’on m’explique un jour pourquoi les gens jouent tous un deck thématique dans cette série !<br />
– Ce n’est pas fini : tu vas découvrir de quoi je suis capable quand je me donne à fond !<br />
– Mais arrête ! Ça dépend juste de ce que t’as dans ta pioche ! T’es vraiment taré !<br />
– Ne l’écoutez pas mes petites cartes chéries ! Il dit que du caca en barquette !<br />
– TES CARTES NE PARLENT PAS !<br />
– SI ! Elles ont pas de bouche mais je les entends avec mon COEUR !<br />
– Oh et puis merde : pourquoi je me fatigue moi… »<br />
<br />
Shogi rassura ses cartes d’un geste de la main puis en sortie une autre<br />
<br />
« Je joue une carte piège face caché, je fais un pas de Samba et je termine mon tour ! »<br />
<br />
Alice Chan et Koma étaient à la fois fiers de leur ami, et très gêné par son côté un peu nunuche, voire franchement débile. C’est pour ça qu’a la question « c’est votre pote ? » ils répondaient le plus souvent « c’est surtout une connaissance ».<br />
<br />
Fukawarai reprit les commandes du match.<br />
<br />
« Je pioche, sans en faire des tonnes, et je joue « Dragon acouphène aux oreilles décollées » ! Cette fois fini de rigoler !<br />
– Oulalala ! Il fait drôlement peur ce dragon !<br />
– Oui mais il a un secret… J’active la carte piège « Boules Quies animale » !<br />
– Oh mon dieu ! Mais que fait cette carte !?<br />
– Hihhihihi… Lorsque le « Dragon acouphène aux oreilles décollées » est sur le terrain, je peux utiliser contre tes créatures jusqu’au niveau 5 le piège « Boules Quies animale » : je capture ainsi un de tes monstres et le colle dans l’oreille de mon dragon ce qui lui ajoute 500 points d’attaque !<br />
– DAMNATION !<br />
– Ha ha ha ha ! Et c’est pas fini ! Maintenant j’attaque ! »<br />
<br />
Le « Dragon Acouphène aux oreilles décollées » sautilla en direction du « Pizzaiolo daltonien » mais avant que l’impact ne se produise, Shogi pointa rapidement une carte sur son terrain :<br />
<br />
« J’active la carte piège « Wesh Mademoiselle ! »<br />
– Damnation !<br />
– Grace à la carte « Wesh Made…<br />
– Nan mais c’est bon je connais, c’est pour ça que je peste !<br />
– …moiselle », je peux détourner l’attention de ton monstre et lui faire perdre 500 points d’attaque. Et si ton monstre m’attaque directement, il annule son attaque !<br />
– Et voilà encore 20 secondes de perdues… Bon je place une carte face caché et je termine mon tour.<br />
<br />
Shogi trépigna d’impatience :<br />
<br />
« Génial ! Ce combat est trop top !<br />
– On… on a seulement joué un tour et demi… sérieux y’a pas une régle qui empêche les débiles mentaux de participer à des compétitions ?<br />
– Tu penses que je suis sans défense, mais tu te trompes, car j’utilise la carte « Livreur a moto » ! Cette carte me permet de reprendre une carte dans ma pioche, et si c’est une créature, de la mettre directement sur le terrain en position d’attaque… Oh ! Formidable ! J’ai pioché la carte « Kebab en chef » ! C’est une créature STO très puissante avec 2500 points d’attaque ! Je termine mon touuuuuur !<br />
– Tant pis je vais devoir prendre des mesures radicales : je sacrifie mon « Gorille ambidextre aux mains baladeuses » ainsi que mon « Dragon acouphène aux oreilles décollées » afin de pouvoir invoquer mon « Dragon strabisme aux yeux convergent » ! »<br />
<br />
Le public était sous le choc : voir si rapidement arriver des créatures de cette puissance alors que lors des matchs précédents ils passaient des heures à utiliser des petites cartes toutes bidons voulait bien dire que le niveau était à son maximum. Ca ou le fait que les scénaristes faisaient ce qu’il faut pour que les cartes stars des enfants soient bien visible histoire de faire de la pub… allez savoir !<br />
<br />
« Mais au fait Shogi… connais tu le plus grand secret de mon Dragon ?<br />
– Non… mais je suis sûr que ce secret repose sur votre grande amitié n’est-ce pas !?<br />
– POUR LA CINQUANTE MILLIÈME FOIS : C’EST JUSTE UNE PUTAIN DE CARTE !<br />
– J’entends la tristesse de ton dragon lorsque tu parles de lui ainsi…<br />
– Bon là tu m’as vraiment foutu les nerfs… « Dragon Strabisme aux yeux convergent » est en réalité une carte de type STO ! Du coup j’utilise ma carte « Vision de jour du Nyctalope » et j’active son mode turbo Sauce blanche !<br />
– Ah non ! Tout mais pas ça !<br />
– Héhéhéhé !<br />
– Oh !<br />
– Hihihihih !<br />
– Ah !<br />
– Bon arrête on va vraiment finir par croire que c’est du Yaoi… Grace à son mode Sauce blanche tu seras balayé par mon dragon ! ATTAQUE « Kebab en chef » !<br />
<br />
Autant vous dire que « Kebab en chef » tira une drôle de tronche en recevant la sauce blanche du « Dragon strabisme aux yeux convergent »… mais pas autant que Shogi qui perdit 1000 points de vie dans l’affaire.<br />
<br />
« Et maintenant je vais te porter le coup de grâce ! »<br />
<br />
Shogi était comme encore sous le choc, la tête basse, si basse que les animateurs avaient préféré ne pas essayer de lui dessiner des yeux. Il frissonna d’un petit spasme à l’épaule, et d’une grimace au coin des lèvres, un peu comme un enfant ayant sniffé un feutre un peu trop fort. Puis soudain, il regagna sa lucidité, pointa une carte cachées sur son terrain, et commença les sempiternelles explications :<br />
<br />
« Tu as eu tort de t’en prendre au « Kebab en chef » car de ce fait tu es tombé dans mon piège ! J’active ma carte spéciale « Millenium Kebab » !<br />
– Naaaaan ! C’est impossible !<br />
– Je vois que tu as déjà compris, je vais donc aller à l’essentiel alors ! »<br />
<br />
Euh non non : Shogi ! Shogi ? Tu m’entends ?<br />
<br />
« Voix off ? C’est toi qui me parle ? »<br />
<br />
Oui Shogi, en fait avec tous les lecteurs là, vu qu’on s’est bien marré la poire jusque-là, on voudrait savoir ce que c’est encore que cette connerie de « Millénium Kebab »<br />
<br />
« Oh d’accord. Je vais vous expliquer tout ça ! »<br />
<br />
Merci Shogi<br />
<br />
« De rien Voix Off, sans toi je ne serai rien… »<br />
<br />
Oui bon n’en rajoute pas quand même…<br />
<br />
« La carte « millénium Kebab » est la plus puissante carte de mon deck Kebab. Elle contient la puissance ultime de tous les amateurs de kebab, les vrais joueurs de VAZYGRO ! Cette carte permet d’invoquer depuis mon extra deck une carte STO et de lui donner TOUS les modes : Ketchup, Mayonnaise, Sauce Blanche et  Samourai… tous ses pouvoirs réuni en une seule carte ! Pour cela j’appelle « Dragon Méchouis aux yeux STO » en mode MULTISAUCE ! »<br />
<br />
La carte de Shogi brilla de milles éclats aux couleurs des sauces Kebab, illuminant le BattleDrome et donnant une petite envie de grignotage à tous les enfants. Mais cette carte sera-t-elle assez puissante pour vaincre Fukawarai ? Arrivera-t-il à sauver le monde du VAZYGRO de la destruction ? Et quel est vraiment le plan de Black Gamon ? Toutes ses réponses et bien d’autres encore vous seront révélées dans les prochains épisodes de…<br />
<br />
« VA ZY GROOOOOOO ! »<br />
<br />
(Générique… en fait c’est comme au début mais juste avec la musique).<br />
<br />
« VA ZY GROOOOO ! »<br />
<br />
FIN]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Bonus ! le générique de « VAZYGRO ! »](https://hearthis.at/topfive/vazygro-speed/)<br />
<br />
Dans les épisodes précédents… de VAZYGRO !<br />
<br />
Shogi affronte Black Gamon, le terrible serviteur de l’armée du ruban noir dans le tournoi Céleste de Vazygro ! Il est accompagné de Koma qui lui affronte Fukawarai dans un match sans merci ! Mais la partie bascule soudainement lorsque Fukawarai sort de son deck la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » dont les incroyables pouvoirs semblent sans limite…<br />
<br />
Générique :<br />
<br />
« Go VA ! ZY ! GRO !<br />
Go Va Zy Gro<br />
Gro Gro<br />
VA ZY GRO !<br />
C’est le pouvoir des cartes sous blister !<br />
Que t’achetes sur Internet !<br />
C’est un jeu très très marrant !<br />
Y à rien à comprendre dedans !<br />
<br />
C’est le jeu de tout les enfants que sont pas foutu de comprendre les Grands!<br />
<br />
VA ! ZY ! GROOOOOO !<br />
met le paquet<br />
ça sera traduit du japonais !<br />
Un jeu comme ça : ça ne s’était jamais fait !<br />
<br />
Go VA ! ZY ! GRO !<br />
Go Va Zy Gro<br />
Gro Gro<br />
VA ZY GRO !<br />
VAZYGRO ! »<br />
<br />
Episode 48 : « Lance tes cartes Shogi ! – La bataille fatidique des cents dragons de ton cœur »<br />
<br />
Dans le BattleDrome de Croustiville, les spectateurs retenaient leur souffle. Le « Dragon strabisme aux yeux convergent » de Fukawarai qui disposait de 3500 points d’attaque, lançait son cri strident vers son adversaire. La bête de plusieurs mètres de haut, et dont le design avait très certainement demandé une conception 3D à toutes épreuves, ne semblait craindre aucun adversaire en ce monde…<br />
<br />
« Alors Koma ? Tu penses encore vraiment avoir une chance de me vaincre ? Ton pauvre deck « Royaume du Hentai » ne t’offre aucun moyen de résister à mon monstre !<br />
– C’est même pas vrai ! répondit Koma vexé<br />
– Si c’est vrai !<br />
– Naaaan !<br />
– Si ! Regarde ton terrain : pas une seule de tes cartes n’a plus de 2000 points d’attaques ! Je vais les briser une par une ! »<br />
<br />
Dans un geste conquérant, Fukawarai pointa Koma de l’index et hurla à sa créature :<br />
<br />
« En avant « Dragon Strabisme aux yeux convergeant » ! Détruit « Gardien Tentacule du Harem » avec ton attaque « Ophtalmie déchirante ! »<br />
<br />
Aussitôt l’ordre donné, la puissante créature de niveau 6 se lança dans les airs, et piqua droit sur sa cible. Le « Gardien tentacule du Harem » n’ayant que 1800 points d’attaque, il fût irrémédiablement détruit, et Koma reçu en prime 1700 points de dégâts<br />
<br />
Il tomba à la renverse sous le choc, ce qui peut être surprenant pour un jeu de carte, mais pas tant que ça, car en définitive, le joueur de VAZYGRO met tout son coeur en jeu lorsqu’il entre dans l’arène… enfin c’est l’explication la plus logique qu’on ait trouvé !<br />
<br />
« Alors Koma… tu abandonnes ou bien tu préfères que je détruise tes cartes une par une jusqu’à la soumission totale ? »<br />
<br />
Un rictus se dessina sur le visage du jeune garçon tandis qu’il se relevait péniblement.<br />
<br />
« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas Fukawarai… Tu serais surpris de savoir de quoi est capable le pouvoir de mon jeu « Royaume du Hentai » !<br />
– Pfff : tes flagorneries me laissent de marbre ! Tu viens de perdre 1700 points de vie je te signale !<br />
– Oui mais… tu devrais savoir que la soumission c’est la spécialité de mon deck ! EN GARDE ! »<br />
<br />
Le sourcil de Fukawarai se dressa jusqu’à des hauteurs jamais atteinte dans l’histoire de l’animation nipponne. Sûr de lui Koma pointa la pile de carte qui lui servait de cimetière<br />
<br />
« En détruisant le « Gardien tentacule du Harem », tu n’as fait qu’activer sa capacité spéciale… lorsqu’il est détruit en position d’attaque, il me permet de sortir de mon deck 3 cartes de type « jeune fille en fleurs » et de les invoquer directement sur mon terrain !<br />
– Et alors ? Ce sont des cartes minables : pas une seule ne dépasse les 1000 points d’attaque !<br />
– Certes… mais que ce passe t-il si j’ajoute CECI !!! »<br />
<br />
Koma tira une carte de sa main avec autant de vigueur que s’il avait voulu dégoupiller une grenade. D’un geste habile (mais pas trop compliqué) des doigts, il tourna la carte face à son adversaire pour qu’il puisse la voir.<br />
<br />
« Euh… Koma, on doit être à 40 ou 50m l’un de l’autre ! Comment veux-tu que j’arrives à lire ta carte d’aussi loin sale débile !? »<br />
<br />
Le public se fit la même remarque et se demanda aussi pourquoi les gigantesques écrans du Battledrome ne servaient qu’à afficher les points de vie et la tête du commentateur.<br />
<br />
Koma ménageait son effet. Avec calme il annonça sa carte :<br />
<br />
« Je joue la carte « Holly Bondage Sanctuary »… EN MODE TURBO ! »<br />
<br />
Cette fois se furent les yeux de Fukawarai qui se crispèrent comme s’il était en train de faire un AVC.<br />
<br />
« C’est… c’est impossible ! Comment peux-tu avoir une telle puissance ?<br />
– C’est très simple… C’EST MA TATA QUI M’A ACHETER UN BOOSTER L’AUTRE JOUR ! »<br />
<br />
Le poing de Fukawarai se serra de rage. Depuis toujours il avait hait Koma et ses amis, car ils avaient toujours des supers cartes dans les boosters alors que lui n’en trouvais jamais, et se retrouvait obligé de les acheter à prix d’or sur Internet. Certes, le fait qu’il soit multimilliardaire à 14 ans aidait un peu, mais chaque fois qu’il avait payé 26€ une carte qu’on pouvait trouver dans un booster qui en valait 12, il sentait un peu plus la fureur et la haine grandir en lui.<br />
<br />
« Grace au pouvoir de « Holly Bondage Sanctuary », je fusionne mes 3 cartes de type « Jeune fille en fleur » et j’obtiens une créature de type STO de mon choix ! De plus, en augmentant la vitesse de ma toupie, je passe en mode turbo et transforme ma créature en mode Ketchup !<br />
– QUOI !?<br />
– Ah ah ! Ça t’épates hein !<br />
– Nan c’est pas ça… c’est juste que ça veux rien dire ! T’inventes des règles ou quoi ?<br />
– Attends : tu rigoles ? Tu ne connais pas les créatures de type STO ?<br />
– Nan<br />
– Et le mode Ketchup ?<br />
– Pas plus<br />
– Oh le ringard ! Mais c’est des trucs de la toute nouvelle édition de VAZYGRO ! Pfff… D’accord alors je vais tout t’expliquer ! »<br />
<br />
La foule apprécia que dans ce noble jeu qu’est le VAZYGRO, les participants aient la politesse de s’expliquer les forces et faiblesses de leur jeu ainsi que les règles régissant la partie… nan franchement un tel fair play ne pouvait que laisser admiratif.<br />
<br />
Koma prit une pose vraiment sympa, mettant en valeur sa coupe de cheveux marron et vert en forme de poulpe et désigna l’écran de du Battledrome.<br />
<br />
« Le mode STO, ou « Salade, Tomate, Oignon », permet à mes créatures de bénéficier d’un des nouveaux turbo mode : Ketchup, Mayonnaise, Sauce Blanche et Samourai. Ces modes ne peuvent s’obtenir qu’en augmentant la vitesse de ma toupie…<br />
– Mais bordel on joue au carte ! C’est quoi cette toupie à la con !?<br />
– Bah justement : c’est nouveau !  » dit Koma en présentant son disque de duel à son adversaire.<br />
<br />
En effet, on pouvait voir une petite toupie tourner sur elle-même à grande vitesse dans un petit enchâssement prévu à cet effet.<br />
<br />
« Evidemment, si la toupie tourne trop vite, je prends le risque de passer en mode Inception où la réalité devient restreinte et où les créatures des limbes risquent de réduire la puissance de mes cartes…<br />
– Blablabla…. » répondit Fukawarai lassé d’attendre « abrège et sort ta créature !<br />
– Très bien… J’invoque mon monstre STO : APPARAIT « Tripoteur de culottes aux fraises » ET PASSE EN MODE KETCHUP ! »<br />
<br />
Un tourbillon de lumière scintilla sur la zone de combat. Les cartes « jeunes filles en fleurs » se scindèrent en petit morceau pour se reformer et devenir le terrible « Tripoteur de culottes aux fraises », une créature de type STO surprenante ayant la forme d’un cinquantenaire en costume usé et tenant un petit attaché case. Oh et accessoirement, il avait une petite culotte avec des motifs de fraises sur la tête.<br />
<br />
« Cette créature à 2500 points d’attaque de base » expliqua Koma « Mais grâce à l’effet Turbo, je peux activer l’effet Ketchup qui lui rajoute 500 points d’attaque supplémentaire !<br />
– Rah lalala mais tout ça pour ça ? » maugréa Fukawarai<br />
– Oui mais ce n’est pas tout, parce que mon monstre STO peut utiliser une des cartes liés par l’invocation « Holly Bondage Sanctuary » pour ajouter encore 500 points à son attaque jusqu’à la fin du tour !<br />
– Damnation ! Mais alors…<br />
– ET OUI ! MAINTENANT TON « DRAGON STRABISME AU YEUX CONVERGENT » EST A MA MERCI !<br />
– De rien…<br />
– Quoi ?<br />
– Bah t’as dit « merci » alors moi j’ai dit « de rien »… c’était une blague<br />
– C’était surtout tout pourri !<br />
– Oh ça va hein ! De toute façon je suis le méchant je ne suis pas là pour être drôle : après tout c’est toi le comic reflief de cette série ?<br />
– Mouais… Enfin de toute façon tu es bien prit ! Car maintenant c’est à moi d’attaqueeeeeeeeeer ! »<br />
<br />
Koma était vraiment foufou et plein de cette assurance qui caractérise les héros après un retournement de situation favorable. Chez les méchants on appelle ça de la prétention, mais chez un héros ça n’est pas du tout la même chose (soyez attentif).<br />
<br />
« En avant « Tripoteur de culottes aux fraises » ! Utilise ton attaque « main baladeuse du tourment » sur le « Dragon Strabisme aux yeux convergent » !<br />
– Dis, c’est obligé de re balancer le nom complet de CHAQUE créature ? Je veux dire c’est lourd à force<br />
– Mais tais toi ! C’est mon tour ! Je fais qu’est-ce que je veux ! »<br />
<br />
Le « Tripoteur de culottes aux fraises » (dites c’est vrai que c’est long de tout redire à chaque fois !?) s’élança sur son adversaire et tenta de lui toucher le popotin. Mais le « Dragon strabisme aux yeux convergent » se décala sur la droite, laissant le vieux vicelard s’écrouler par terre.<br />
<br />
« Pfff… Tu es vraiment si naïf… » susurra Fukawarai qui soudainement reprenait une posture et un timbre de voix bien plus en adéquation avec son statut de méchant de la série. « Tu croyais vraiment que j’ignorais ce qu’était un monstre STO ? ah ah ah… tu es bien prit jeune innocent ! Je t’ai fait croire cela car je voulais que tu voies la puissance du « Dragon Strabisme aux yeux convergent » et que ton humiliation soit totale !<br />
– Mais… mais c’est pas du juste ! Pourquoi mon attaque à raté !?<br />
– Héhéhé… ça tu ne le sauras jamais !<br />
– Ah mais non je suis pas d’accord !<br />
– Comment ça ?<br />
– Bah selon les principes de ce jeu, tu dois m’expliquer ce qui s’est passé pour que moi et tout le public on puisse faire « ooooooh » ou alors « Damned ! »<br />
– Je suis pas sûr que ça soit obligatoire<br />
– Mais enfin si ! demande à n’importe quel joueur de VAZYGRO, c’est toujours comme ça qu’on fait !<br />
– Hum… ouais mais quand même : j’ai pas envie !<br />
– Oh l’autre hey !<br />
– Et oui c’est comme ça<br />
– Mais va z’y Gro, fait pas ton chacal !<br />
– T’as qu’à savoir lire une carte…<br />
– ARBITRAGE ! » hurla Koma.<br />
<br />
Le public fût stupéfait : c’était bien la première fois dans une partie de VAZYGRO qu’un joueur avait recours à l’arbitrage. C’était tellement surprenant que tout le monde avait oublié qu’il n’y avait pas d’arbitre dans ce jeu.<br />
<br />
Qu’allaient faire nos héros ? Comment Fukawarai à put esquiver l’attaque de Koma ? Y’aura-t-il du fan service dans les prochains épisodes ?<br />
<br />
Toutes ces réponses après une petite page de pub…<br />
<br />
PUB PUB PUB…<br />
<br />
« Hey les enfants ! C’est quoi le jeu le plus cool à la récrée ?<br />
– C’est VAZYGROOOOO !<br />
– Super ! Et qu’est ce qu’il faut pour bien jouer à VAZYGRO ?<br />
– Le disque de duel à 80 euros, les decks remplit de booster à 12 euros et bien sûr le peignoir officiel VAZYGRO pour jouer après le bain en étant cool et branché !<br />
– Bravo les enfants, alors soyez cool, et achetez toute la collection pour être le plus grand maître VAZYGRO ! Et n’oubliez pas l’extension « Kebab Magique » avec les cartes STO à 19 euros et la toupie Ketchup à seulement 45 euros ! »<br />
<br />
« Ouais VA ZY GROOOOOO ! »<br />
<br />
PUB PUB PUB….<br />
<br />
(Traveling de caméra sur les personnages)<br />
<br />
– Selon les principes de ce jeu, tu dois m’expliquer ce qui s’est passé pour que moi et tout le public on puisse faire « ooooooh » ou alors « Damned ! »<br />
– Je suis pas sûr que ça soit obligatoire<br />
– Mais enfin si ! demande à n’importe quel joueur de VAZYGRO, c’est toujours comme ça qu’on fait !<br />
– Hum… ouais mais quand même : j’ai pas envie !<br />
– Oh l’autre hey !<br />
– Et oui c’est comme ça<br />
– Mais va z’y Gro, fait pas ton chacal !<br />
– T’as qu’à savoir lire une carte…<br />
– ARBITRAGE ! » hurla Koma.<br />
<br />
Le public fût stupéfait : c’était bien la première fois dans une partie de VAZYGRO qu’un joueur avait recours à l’arbitrage. C’était tellement surprenant que tout le monde avait oublié qu’il n’y avait pas d’arbitre dans ce jeu.<br />
<br />
(Quoi ? dans les séries ils repassent tout le temps la dernière minute de ce qui a déjà été montré avant la pub et vous pensiez que j’allais m’en priver ? naïf que vous êtes !)<br />
<br />
***<br />
<br />
Pendant ce temps, dans la cabine VIP qui trône au-dessus du BattleDrome de Croustiville, Black Gamon entouré de ses sbires Alba Tar et Yanick Samer, redoutable duo de joueur de deck tunning, fomentaient de sinistres projets.<br />
<br />
« Alors Alba : comment s’annonce notre plan mystérieux ? »demanda Black Gamon<br />
– Bah il est pas mystérieux du tout boss ! on sait tous très bien que…<br />
– Graaaah ! Mais non imbécile ! Ne te fais pas plus courge que tu ne l’es déjà : penses au public qui a envie qu’on fasse traîner cette histoire sur 90 épisodes !<br />
– C’est pas plutôt les producteurs qui…<br />
– Gnagnagnagna ! Je ne t’écoutes pas ! » dit Black Gamon en se mettant les mains sur les oreilles en trépignant dans son super fauteuil high tech<br />
<br />
Alba Tar resta stoïque et prit le ton qu’utilisent les méchants lorsqu’ils s’entretiennent avec leur supérieur (et ce même si ce dernier à 13 ans et eux 25 et qu’ils pèsent 40kg de plus) à savoir un ton respectueux et soumis :<br />
<br />
« Tout a été fait selon votre plan : Shogi et ses amis n’ont aucune chance !<br />
– Mouahahaha… parfait ! Je savais bien que c’était une bonne idée de manipuler ce nigaud de Fukawarai ! Tant que nous avons son petit frère Milborn, il restera docile et éliminera tous ceux qui s’opposent à nous…<br />
– Justement chef » demanda Yanick Samer « Je me demandais si c’était pas un peu risqué comme stratégie ?<br />
– Comment ça ! Tu oses douter de mon super plan ?<br />
– Bah un peu quand même… je veux dire : vous avez un plan super dark, tellement dark que je peux pas en parler devant les caméras, mais pour en assurer la sécurité vous compter sur des gamins qui jouent avec des cartes à collectionner. Je sais pas pour vous mais ça me parait un peu limite…<br />
– Ah ouais ? Et si tu réfléchissais deux secondes pour voir ! Qui sont nos ennemis !?<br />
– Bah Shogi et sa bande !<br />
– Et c’est quoi le seul truc qu’ils sachent faire qui s’apparente à du combat, mais sans violence directe entre enfants de moins de 15 ans ce qui nous permet d’être bien vu du CSA ?<br />
– Bah les duels de VAZYGRO…. OH D’ACCORD ! J’ai pigé ! En fait ça permet de déplacer la narration dans le cadre de référence des héros, à savoir un jeu tout pourri, mais en gardant la dynamique et les enjeux d’une histoire plus adulte !<br />
– Voiiiiaaaala ! T’as tout compris !<br />
– Mouais… ça reste quand même complètement con !<br />
– Comme toi ! De toute manière je te demande pas ton avis ! Ton but est d’être un personnage ambigu qui ne sait pas si sa cause est juste et qui hésite à rejoindre l’ennemi !<br />
– Euh non ça c’est moi Boss » dit Alba Tar « C’est vrai qu’à la base j’avais fait une audition pour se rôle ci mais la directrice de casting me voyais plutôt dans un autre rôle…<br />
– Mouais… cette série tourne au n’importe quoi je vous signale ! Bon tant pis pour la progression de l’intrigue : balancez des accords de heavy métal, un logo du jeu et zou ! Retour sur le combat dans l’arène ! »<br />
<br />
Tzouuuuiiiiing !!! (Gros accord de heavy metal)<br />
<br />
VAZYGRO !<br />
<br />
Dans le public, personne ne savait trop ce qui allait se passer. C’était tant mieux parce que les deux duellistes en étaient à peu près au même point. Finalement, face à la pression, Fukawarai céda :<br />
<br />
« Oh et puis zut ! face à la pression, je cède ! » dit-il en plagiant honteusement la voix off « je vais te dire ce qui s’est passé, et je vais le faire très lentement comme si tu n’avais jamais joué à ce jeu, montrant de ce fait que je te méprise, tout en permettant de dévoiler subtilement aux spectateurs un des possibilités de ma carte, histoire qu’ils bouffent le RSA de leur parent à essayer de la trouver dans un booster !<br />
– Han ! C’est à la fois tellement cool et tellement maléfique ! » répondit Koma qui n’en était pas à sa première séance d’explication de carte depuis le début de la série.<br />
– Vois-tu la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » est une carte très spéciale puisqu’en plus de son incroyable puissance, elle dispose d’une capacité totalement formidable la rendant encore plus super que la plus super de tes cartes !<br />
– Oui oui… bon abrège un peu : j’ai le deck qui me démange !<br />
– Pfff… Tu ne le sais pas encore, mais tu es déjà mort ! AHAHAH !<br />
– Hum… oui je vois ce que tu veux dire : nous sommes par essence tous destiné au trépas et même si nous sommes vivant en cette instant il faut être conscient que la vie peut nous être arraché en un éclair et qu’il faut donc profiter de…<br />
– MAIS ! T’ES PAS BIEN ??? On est un programme tout public enfin ! Ça va pas de faire ta crise de memento mori devant des mômes ??<br />
– Nan mais on se moque de qui : c’est toi qui m’a dit que j’étais mort !<br />
– MAIS MOI JE SUIS LE MECHANT ! C’EST MON ROLE !<br />
– Ah ouais ? Alors toi tu peux parler de ma mort aux enfants, mais moi j’ai pas le droit de leur dire que eux aussi sont sur la voie du tombeau et que…<br />
– Mais stop ! Ferme là ! Tu comprends pas que dans une série comme celle-là y’a que les méchants qui peuvent dire ça parce que justement ils perdent tout le temps et que du coup ça se produit jamais !<br />
– Oh… donc ça serai une façon cathartique de leur dire que même si le danger existe il faut l’affronter et avoir confiance dans l’avenir les petits oiseaux et le soleil du matin ?<br />
– Oui pauvre cruche ! Bon maintenant laisse-moi essayer de rattraper le coup ! »<br />
<br />
Fukawarai prit sa carte « Dragon strabisme aux yeux convergent » et la pointa vers Koma. Ce dernier plissa les yeux pour arriver à la lire mais sans succès.<br />
<br />
« P’tain t’avais raison en fait : c’est complétement con de se montrer nos cartes d’aussi loin<br />
– Ah ah ! Je te l’avais dit!<br />
– Bon du coup explique…<br />
– Oui oui j’y viens… En fait la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » dispose d’une capacité spéciale : face à un monstre de type STO en mode Ketchup, elle devient insensible aux attaques, mais surtout cela active son autre faculté spéciale…<br />
– Dis : tu fais quoi comme différence entre « faculté » et « capacité » spéciale ?<br />
– Hein ? Mais j’en sais rien moi c’est écrit comme ça point.<br />
– Nan mais je veux dire, est ce que ça serait pas une sorte de ficelle pour ajouter des strates de gameplay dans le jeu mais qui finalement sont toutes les mêmes ?<br />
– Tu veux que je t’explique ma carte ou bien faire un débat sur leur conception ?<br />
– Non non pardon… scuze moi je me suis emporté. Tu disais donc une faculté spéciale ?<br />
– Ouais : Lorsque ma carte est attaqué par une créature STO en mode ketchup de prendre la créature et de changer son type puis ensuite de voler le mode ketchup puis ensuite de le mettre sur une carte de mon choix. Cette carte aura alors la capacité d’attaquer si le monstre qui à initier l’attaque avait plus de 1500 points d’attaque. Mais attention, mon monstre ne pourra attaquer qu’une créature d’un niveau allant de 4 à 8 et de type « Kev Adams ».<br />
– C’est un peu compliqué non ?<br />
– Meuh non, il faut être un peu concentré c’est tout.<br />
– Nan mais je veux dire : c’est quand même pas courant comme configuration<br />
– Ouais bah ça montre à quel point j’suis fort d’avoir utilisé très exactement cette carte pour contrer ton jeu : c’est de l’anticipation !<br />
– Mes fesses ouais ! C’est de la grosse chance en mode « Deus Ex » !<br />
– Pfff… Ringard ! Toujours est-il que j’annule l’attaque de ton monstre, je le passe en type « Kev Adams », du coup il perd son mode turbo Ketchup !<br />
– Ah nooon ! Pas çaaaa !<br />
– Et en plus comme c’est maintenant un « Kev Adams » il perd tous les avantages du Hentai !<br />
– Arg !!<br />
– Et il perd le sens de l’humour ce qui lui retire 1000 points !<br />
– Stooooop !<br />
– Du coup je reprends tout ça et je l’applique à mon « dragon strabisme aux yeux convergent » et je le fais attaquer ta créature « Kev Adams » ! Et je lui rajoute mille points !<br />
– Aaaaaaah ! AU SECOURS !<br />
– Et puis tant que j’y suis j’utilise une autre capacité de mon dragon ! Chaque fois que l’attaque du « Dragon Strabisme aux yeux convergent » tue mon adversaire, il fait la danse des 7 voiles autour de l’arène !<br />
– Oh MON DIEU NOOOOON ! »<br />
<br />
Malheureusement pour Koma, la carte vraiment surpuissante de Fukawarai effectua le sinistre présage qu’il venait d’énoncer… et non ce n’est pas une astuce pour ne pas avoir à tout réécrire.<br />
<br />
Koma perdit tellement de point qu’on lui retira son permis d’utiliser un deck de jeu, ce qui l’obligera à faire un stage pour réapprendre à jouer. Mais le plus triste fût que toutes ses créatures du « Royaume du Hentai » disparurent de l’arène. Tous les garçons du public eurent une petit larme à l’œil en voyant disparaitre « La Coquinette Exhibitionniste » ou « La maîtresse des fessés »<br />
<br />
C’est bien simple, même moi là je suis tout chambouler ! (aller voix off… reprend toi ! tu es un vrai professionnel de la narration ! tu dois te ressaisir !)<br />
<br />
Hum….<br />
<br />
Bref c’était pas cool et comme l’avait dit Fukwarai, Koma était bien mort (au niveau du jeu cela s’entend). Ses amis arrivèrent pour le soutenir alors qu’il était cul par terre dans l’arène, avec le public qui l’insultait de tous les noms.<br />
<br />
Shogi (le héros officiel de la série) arriva vers son camarade accompagné d’Alice Chan, jeune fille fraiche et pimpante de 13 ans, mais que dieu merci les chara designer avaient plutôt dessinée sous les traits d’une délicieuse naïade de 18 ans, et dont l’animation de la généreuse poitrine nécessitait l’intervention d’un expert en mécanique des fluides.<br />
<br />
« Komaaaaa ! » cria Alice chan de sa voix dont les aigus avait tendance à fendre les vitres « Tu as été super ! Tu peux être fier de toi !<br />
– C’est vrai Alice Chan ? Tu le penses vraiment ? » demanda Koma avec émotion<br />
– Oui : Tu avais un super deck, une bonne stratégie, mais tu es un second rôle alors tu ne pouvais pas espérer mieux. C’est Shogi qui doit battre Fukwarai.<br />
– Ah… Oh fichtre ! Je sens venir comme un…<br />
<br />
Flashback, Il y’a 12 épisodes de cela, dans VAZYGRO.<br />
<br />
Shogi et Koma étaient sous la douche après une intense partie de VAZYGRO qui avait vu la victoire de Shogi (comme c’est original).<br />
<br />
« Tu sais Shogi : tu es vraiment le plus grand joueur que je connaisse<br />
– Ah bon ? Pourtant je ne fais que 1m50 ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah !<br />
– Ah.<br />
– Bon c’était qui qui parlait déjà, tout le monde s’est paumé.<br />
– Je crois que c’est à toi Shogi<br />
– Non c’est toi Shogi : moi je suis Koma<br />
– Arf ! Je m’étais trompé en recomptant les lignes !<br />
– Décidément Shogi a part pour le VAZYGRO tu n’as rien dans la tête ! Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah ah !<br />
– Ah ah !<br />
– Ah. »<br />
<br />
Les deux jeunes garçons, tout nus sous la douche, se regardait avec la détermination des vrais duellistes (et un peu de concupiscence yaoi)<br />
<br />
« Shogi, lors de la grande finale du tournois Céleste, promet moi qu’on s’affrontera à nouveau !<br />
– Je te le promets Koma : je gagnerai chaque duel jusqu’à ce qu’on s’affronte au sommet !<br />
– Moi aussi je te le promets Shogi !<br />
– Koma !<br />
– Shogi….<br />
– Koma… »<br />
<br />
Euh… et tout se termina sans aucun attouchement  hein ! Enfin si un peu, lorsque Shogi s’amusa a arrosé le visage Koma avec son démêlant en lui disant « tiens prend ça cochonne ! Je sais que t’aimes ça ! » mais bon… ce sont des gamineries : rien de pervers la dedans hein ?<br />
<br />
Fin du Flashback….<br />
<br />
« Koma ? Tu vas bien ? » demanda Alice Chan penchée sur son ami lui offrant ainsi une vue plongeante sur son mini débardeur rose.<br />
– Euh… si si ça va… non mais bouge pas en fait j’suis plus si sûr que ça maintenant !<br />
– Ah ah ! Sacrée Koma » dit Shogi « on voit que tu ne perds pas le Nord… Je sais que tu as fait ton possible pour réussir. Ne t’en fais pas nous aurons d’autres occasions.<br />
– Merci Shogi….<br />
– Koma !<br />
– Shogi !<br />
– Bon vous arrêtez un peu là les deux ! » dit Alice Chan en boudant, les bras croisés sur sa poitrine dans un effet Push up « Shogi tu dois faire attention à cette carte du « Dragon Strabisme » sinon tu cours à la catastrophe toi aussi !<br />
– Ne t’en fais pas Alice Chan. J’ai confiance dans mes cartes, et comme nous sommes liés par le pouvoir de l’amitié je ne peux pas perdre !<br />
– Rah lalala mais t’es aussi nouille que Koma : l’amitié ça sert à rien dans les duels de cartes ! C’est un jeu à solution fermée qui dépends de la puissance de ton deck point barre ! »<br />
<br />
Alice chan réalisa qu’elle venait de vexer Shogi. Depuis des années, le jeune garçon parlait à ses cartes et les considérait comme ses amis. Il leurs avaient pour chacune ouvert un compte Facebook et un twitter, ainsi qu’un compte Instagram. C’est ainsi que Shogi était devenu le petit mongolito de Croustiville, que tout le monde aime bien, mais à qui personne ne laisserai son chat à garder.<br />
<br />
« Tu as raison Shogi… il faut croire en tes rêves toussa toussa… » dit la jeune fille compatissante.<br />
<br />
C’est alors qu’arriva Fukawarai. Vêtu de sa grande veste blanche à bord gris, il toisait tout le monde d’un regard suffisant (bon faut dire que vu que c’était le plus âgé de la bande il avait facile 15cm de plus que Shogi).<br />
<br />
« Tu es le prochain sur ma liste Shogi : la victoire ne peut plus m’échapper !<br />
– Je sais pourquoi tu fais tout ça Fukawarai : tu dois sauver Milborn ton petit frère. Mais moi je dois réussir pour l’avenir du VAZYGRO, afin que les enfants comprennent que dans ce jeu c’est tout ton cœur qui entre en harmonie avec ton deck et que…<br />
– Ah bon sang c’est vrai ! J’avais oublié que t’étais un mongolito qui parlait à ses cartes… Hey Shogi : c’est vrai que tu as un édredon où tu as fait imprimé l’image de la carte « Princesse Hotness » ?<br />
– Ce ne sont que des ragots ! « Princesse Hotness » est juste une… euh… une copine ! Même si c’est vrai qu’elle aime bien passer la nuit à côté de moi. Mais c’est parce qu’elle a peur dans le noir !<br />
– Bah voyons…<br />
– En tout cas moi je ne reste pas des heures à tenir la main de mon p’tit frère en lui disant des trucs gentil alors que tout le reste du temps je fais genre je suis un méchant !<br />
– Qu’est-ce que tu oses dire !<br />
– Je dis que je connais la vérité Fukawarai ! TU N’ES PAS UN VRAI MECHANT !<br />
– ARg… »<br />
<br />
Le visage de Fukawarai se crispa d’effroi<br />
<br />
« Comment as-tu deviné !<br />
– Facile : il reste encore plus de 80 épisodes et on s’affronte dans 5min ! Donc ça veut dire qu’il a encore un méchant après toi, et selon la loi des mangas, un méchant battu en cours de route devient un copain ! Donc tu seras un copain que tu le veuille ou non !<br />
– C’est ce que t’as dit à « Princesse Hotness » ?<br />
– C’était un accident ! On avait vachement bu tous les deux ! »<br />
<br />
Fukawarai esquissa un sourire qui ne semblait presque pas narquois.<br />
<br />
« Nous allons régler nos comptes dans l’arène !<br />
– Entendu : laissons le VAZYGRO être notre juge ! Faisons parler nos âmes via nos cartes et…<br />
– Oh ta gueule… »<br />
<br />
PUB PUB PUB…<br />
<br />
« Hey les enfants ? Vous aimez le VAZYGRO ?<br />
– Ouiiiiiii !<br />
– Et vous les petites filles, vous aimez faire la vaisselle ?<br />
– Noooooooon !<br />
– Et si je vous dis qu’il existe une super édition de VAZYGRO avec des cartes plastifié pour jouer tout en faisant la vaisselle avec maman ?<br />
– Ohhhh !<br />
– Et oui : maintenant les petites filles font la vaisselle, mais elles jouent quand même au VAZYGRO !<br />
– C’est super !<br />
– Et au moins la vaisselle sera propre ! »<br />
<br />
« VAZYGRO ! »<br />
<br />
PUB PUB PUB….<br />
<br />
L’animateur après son 7eme rail de cocaïne trépignait devant son micro en annonçant la suite du programme.<br />
<br />
« Cher public c’est avec une grande impatience que vous avez tous attendu CE match. L’avenir tout entier du VAZYGRO, ainsi que tout le sponsoring, dépendent du résultat de l’affrontement titanesque qui va se dérouler devant nous. Voici donc les finalistes de ce grand tournois Céleste ici dans le BattleDrome de Croustiville : SHOGI CONTRE FUKAWARAI ! »<br />
<br />
La tribune gronda des hurlements de la foule. C’était à se demander comment les 40 000 enfants de moins de 10 ans présent avaient pu rester aussi calme jusque-là.<br />
<br />
Shogi monta sur la plateforme de combat tandis que son adversaire fit de même. C’était le moment qu’il avait attendu toutes ses années. Enfin disons depuis quelques semaines : c’est pas à 13 ans que tu as des rêves que tu poursuis depuis des années.<br />
<br />
Il installa ses cartes dans le disque de duel fixé à son bras, vérifia sa toupie, redressa sa coupe de cheveux, et bien sûr fit le signe secret de l’amitié en direction de Alice Chan et Koma.<br />
<br />
« Dis Alice Chan » demanda Koma « C’est quoi en fait ce geste avec les doigts là ?<br />
– J’en sais rien, mais fait le et souris sinon il va se décourager »<br />
<br />
Shogi était enfin prêt à faire face à son destin, à déchainer la puissance de ses cartes et à chercher en lui la force de vaincre… mais sera-t-il capable de vaincre Fukawarai et son terrible « dragon strabisme aux yeux convergent » ?<br />
<br />
Le commentateur après avoir chauffer la foule à blanc, déclara le début du match. Le tirage au sort donna Fukawarai comme premier joueur.<br />
<br />
« Je pioche une carte, et je joue… hum… « Gorille ambidextre aux mains baladeuses » en mode attaque !<br />
– Impressionnant ! Ce monstre est vraiment à l’image de ta puissance et de ton coura…<br />
– MAIS LACHE MOI LA GRAPPE AVEC TON DELIRE ! C’est juste une bonne carte, ma volonté a rien à voir la dedans !<br />
– Ne renie pas tes cartes : c’est ta confiance en elle qui te rendra fort !<br />
– Ah ouais quand même… donc t’es tellement con que tu donnes des conseillers à ton adversaire ? En fait t’as pas envie de gagner c’est ça ?<br />
– Je veux te battre au maximum de ta force !<br />
– Ouais d’accord… donc t’es vraiment débile… Bon je joue aussi 2 cartes face caché et je termine mon tour ! »<br />
<br />
Shogi était tout excité : c’était enfin à lui. Il attrapa une carte de sa pile de pioche et la brandit au-dessus de lui comme s’il essayait de la lancer très loin<br />
<br />
« JE PIIIIOOOOOOOOCHE !!!!<br />
– Oui bah ça va moi aussi j’ai pioché tout à l’heure, j’ai pas essayé de me faire un tennis elbow pour autant<br />
– Je joue la carte « Pizzaiolo daltonien » en mode attaque, et j’utilise aussi la carte magique « Une acheté une offerte » ce qui augmente la puissance d’attaque de mes monstres « pizzeria » de 500 points !<br />
– Grrr… Va vraiment falloir qu’on m’explique un jour pourquoi les gens jouent tous un deck thématique dans cette série !<br />
– Ce n’est pas fini : tu vas découvrir de quoi je suis capable quand je me donne à fond !<br />
– Mais arrête ! Ça dépend juste de ce que t’as dans ta pioche ! T’es vraiment taré !<br />
– Ne l’écoutez pas mes petites cartes chéries ! Il dit que du caca en barquette !<br />
– TES CARTES NE PARLENT PAS !<br />
– SI ! Elles ont pas de bouche mais je les entends avec mon COEUR !<br />
– Oh et puis merde : pourquoi je me fatigue moi… »<br />
<br />
Shogi rassura ses cartes d’un geste de la main puis en sortie une autre<br />
<br />
« Je joue une carte piège face caché, je fais un pas de Samba et je termine mon tour ! »<br />
<br />
Alice Chan et Koma étaient à la fois fiers de leur ami, et très gêné par son côté un peu nunuche, voire franchement débile. C’est pour ça qu’a la question « c’est votre pote ? » ils répondaient le plus souvent « c’est surtout une connaissance ».<br />
<br />
Fukawarai reprit les commandes du match.<br />
<br />
« Je pioche, sans en faire des tonnes, et je joue « Dragon acouphène aux oreilles décollées » ! Cette fois fini de rigoler !<br />
– Oulalala ! Il fait drôlement peur ce dragon !<br />
– Oui mais il a un secret… J’active la carte piège « Boules Quies animale » !<br />
– Oh mon dieu ! Mais que fait cette carte !?<br />
– Hihhihihi… Lorsque le « Dragon acouphène aux oreilles décollées » est sur le terrain, je peux utiliser contre tes créatures jusqu’au niveau 5 le piège « Boules Quies animale » : je capture ainsi un de tes monstres et le colle dans l’oreille de mon dragon ce qui lui ajoute 500 points d’attaque !<br />
– DAMNATION !<br />
– Ha ha ha ha ! Et c’est pas fini ! Maintenant j’attaque ! »<br />
<br />
Le « Dragon Acouphène aux oreilles décollées » sautilla en direction du « Pizzaiolo daltonien » mais avant que l’impact ne se produise, Shogi pointa rapidement une carte sur son terrain :<br />
<br />
« J’active la carte piège « Wesh Mademoiselle ! »<br />
– Damnation !<br />
– Grace à la carte « Wesh Made…<br />
– Nan mais c’est bon je connais, c’est pour ça que je peste !<br />
– …moiselle », je peux détourner l’attention de ton monstre et lui faire perdre 500 points d’attaque. Et si ton monstre m’attaque directement, il annule son attaque !<br />
– Et voilà encore 20 secondes de perdues… Bon je place une carte face caché et je termine mon tour.<br />
<br />
Shogi trépigna d’impatience :<br />
<br />
« Génial ! Ce combat est trop top !<br />
– On… on a seulement joué un tour et demi… sérieux y’a pas une régle qui empêche les débiles mentaux de participer à des compétitions ?<br />
– Tu penses que je suis sans défense, mais tu te trompes, car j’utilise la carte « Livreur a moto » ! Cette carte me permet de reprendre une carte dans ma pioche, et si c’est une créature, de la mettre directement sur le terrain en position d’attaque… Oh ! Formidable ! J’ai pioché la carte « Kebab en chef » ! C’est une créature STO très puissante avec 2500 points d’attaque ! Je termine mon touuuuuur !<br />
– Tant pis je vais devoir prendre des mesures radicales : je sacrifie mon « Gorille ambidextre aux mains baladeuses » ainsi que mon « Dragon acouphène aux oreilles décollées » afin de pouvoir invoquer mon « Dragon strabisme aux yeux convergent » ! »<br />
<br />
Le public était sous le choc : voir si rapidement arriver des créatures de cette puissance alors que lors des matchs précédents ils passaient des heures à utiliser des petites cartes toutes bidons voulait bien dire que le niveau était à son maximum. Ca ou le fait que les scénaristes faisaient ce qu’il faut pour que les cartes stars des enfants soient bien visible histoire de faire de la pub… allez savoir !<br />
<br />
« Mais au fait Shogi… connais tu le plus grand secret de mon Dragon ?<br />
– Non… mais je suis sûr que ce secret repose sur votre grande amitié n’est-ce pas !?<br />
– POUR LA CINQUANTE MILLIÈME FOIS : C’EST JUSTE UNE PUTAIN DE CARTE !<br />
– J’entends la tristesse de ton dragon lorsque tu parles de lui ainsi…<br />
– Bon là tu m’as vraiment foutu les nerfs… « Dragon Strabisme aux yeux convergent » est en réalité une carte de type STO ! Du coup j’utilise ma carte « Vision de jour du Nyctalope » et j’active son mode turbo Sauce blanche !<br />
– Ah non ! Tout mais pas ça !<br />
– Héhéhéhé !<br />
– Oh !<br />
– Hihihihih !<br />
– Ah !<br />
– Bon arrête on va vraiment finir par croire que c’est du Yaoi… Grace à son mode Sauce blanche tu seras balayé par mon dragon ! ATTAQUE « Kebab en chef » !<br />
<br />
Autant vous dire que « Kebab en chef » tira une drôle de tronche en recevant la sauce blanche du « Dragon strabisme aux yeux convergent »… mais pas autant que Shogi qui perdit 1000 points de vie dans l’affaire.<br />
<br />
« Et maintenant je vais te porter le coup de grâce ! »<br />
<br />
Shogi était comme encore sous le choc, la tête basse, si basse que les animateurs avaient préféré ne pas essayer de lui dessiner des yeux. Il frissonna d’un petit spasme à l’épaule, et d’une grimace au coin des lèvres, un peu comme un enfant ayant sniffé un feutre un peu trop fort. Puis soudain, il regagna sa lucidité, pointa une carte cachées sur son terrain, et commença les sempiternelles explications :<br />
<br />
« Tu as eu tort de t’en prendre au « Kebab en chef » car de ce fait tu es tombé dans mon piège ! J’active ma carte spéciale « Millenium Kebab » !<br />
– Naaaaan ! C’est impossible !<br />
– Je vois que tu as déjà compris, je vais donc aller à l’essentiel alors ! »<br />
<br />
Euh non non : Shogi ! Shogi ? Tu m’entends ?<br />
<br />
« Voix off ? C’est toi qui me parle ? »<br />
<br />
Oui Shogi, en fait avec tous les lecteurs là, vu qu’on s’est bien marré la poire jusque-là, on voudrait savoir ce que c’est encore que cette connerie de « Millénium Kebab »<br />
<br />
« Oh d’accord. Je vais vous expliquer tout ça ! »<br />
<br />
Merci Shogi<br />
<br />
« De rien Voix Off, sans toi je ne serai rien… »<br />
<br />
Oui bon n’en rajoute pas quand même…<br />
<br />
« La carte « millénium Kebab » est la plus puissante carte de mon deck Kebab. Elle contient la puissance ultime de tous les amateurs de kebab, les vrais joueurs de VAZYGRO ! Cette carte permet d’invoquer depuis mon extra deck une carte STO et de lui donner TOUS les modes : Ketchup, Mayonnaise, Sauce Blanche et  Samourai… tous ses pouvoirs réuni en une seule carte ! Pour cela j’appelle « Dragon Méchouis aux yeux STO » en mode MULTISAUCE ! »<br />
<br />
La carte de Shogi brilla de milles éclats aux couleurs des sauces Kebab, illuminant le BattleDrome et donnant une petite envie de grignotage à tous les enfants. Mais cette carte sera-t-elle assez puissante pour vaincre Fukawarai ? Arrivera-t-il à sauver le monde du VAZYGRO de la destruction ? Et quel est vraiment le plan de Black Gamon ? Toutes ses réponses et bien d’autres encore vous seront révélées dans les prochains épisodes de…<br />
<br />
« VA ZY GROOOOOOO ! »<br />
<br />
(Générique… en fait c’est comme au début mais juste avec la musique).<br />
<br />
« VA ZY GROOOOO ! »<br />
<br />
FIN]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Bonus ! le générique de « VAZYGRO ! »](https://hearthis.at/topfive/vazygro-speed/)

Dans les épisodes précédents… de VAZYGRO !

Shogi affronte Black Gamon, le terrible serviteur de l’armée du ruban noir dans le tournoi Céleste de Vazygro ! Il est accompagné de Koma qui lui affronte Fukawarai dans un match sans merci ! Mais la partie bascule soudainement lorsque Fukawarai sort de son deck la carte « Dragon Strabisme aux yeux convergent » dont les incroyables pouvoirs semblent sans limite…

Générique :

« Go VA ! ZY ! GRO !
Go Va Zy Gro
Gro Gro
VA ZY GRO !
C’est le pouvoir des cartes sous blister !
Que t’achetes sur Internet !
C’est un jeu très très marrant !
Y à rien à comprendre dedans !

C’est le jeu de tout les enfants que sont pas foutu de comprendre les Grands!

VA ! ZY ! GROOOOOO !
met le paquet
ça sera traduit du japonais !
Un jeu comme ça : ça ne s’était jamais fait !

Go VA ! ZY ! GRO !
Go Va Zy Gro
Gro Gro
VA ZY GRO !
VAZYGRO ! »

Episode 48 : « Lance tes cartes Shogi ! – La bataille fatidique des cents dragons de ton cœur »

Dans le BattleDrome de Croustiville, les spectateurs retenaient leur souffle. Le « Dragon strabisme aux yeux convergent » de Fukawarai qui disposait de 3500 points d’attaque, lançait son cri strident vers son adversaire. La bête de plusieurs mètres de haut, et dont le design avait très certainement demandé une conception 3D à toutes épreuves, ne semblait craindre aucun adversaire en ce monde…

« Alors Koma ? Tu penses encore vraiment avoir une chance de me vaincre ? Ton pauvre deck « Royaume du Hentai » ne t’offre aucun moyen de résister à mon monstre !
– C’est même pas vrai ! répondit Koma vexé
– Si c’est vrai !
– Naaaan !
– Si ! Regarde ton terrain : pas une seule de tes cartes n’a plus de 2000 points d’attaques ! Je vais les briser une par une ! »

Dans un geste conquérant, Fukawarai pointa Koma de l’index et hurla à sa créature :

« En avant « Dragon Strabisme aux yeux convergeant » ! Détruit « Gardien Tentacule du Harem » avec ton attaque « Ophtalmie déchirante ! »

Aussitôt l’ordre donné, la puissante créature de niveau 6 se lança dans les airs, et piqua droit sur sa cible. Le « Gardien tentacule du Harem » n’ayant que 1800 points d’attaque, il fût irrémédiablement détruit, et Koma reçu en prime 1700 points de dégâts

Il tomba à la renverse sous le choc, ce qui peut être surprenant pour un jeu de carte, mais pas tant que ça, car en définitive, le joueur de VAZYGRO met tout son coeur en jeu lorsqu’il entre dans l’arène… enfin c’est l’explication la plus logique qu’on ait trouvé !

« Alors Koma… tu abandonnes ou bien tu préfères que je détruise tes cartes une par une jusqu’à la soumission totale ? »

Un rictus se dessina sur le visage du jeune garçon tandis qu’il se relevait péniblement.

« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas Fukawarai… Tu serais surpris de savoir de quoi est capable le pouvoir de mon jeu « Royaume du Hentai » !
– Pfff : tes flagorneries me laissent de marbre ! Tu viens de perdre 1700 points de vie je te signale !
– Oui mais… tu devrais savoir que la soumission c’est la spécialité de mon deck ! EN GARDE ! »

Le sourcil de Fukawarai se dressa jusqu’à des hauteurs jamais atteinte dans l’histoire de l’animation nipponne. Sûr de lui Koma pointa la pile de carte qui lui servait de cimetière

« En détruisant le « Gardien tentacule du Harem », tu n’as fait qu’activer sa capacité spéciale… lorsqu’il est détruit en position d’attaque, il me permet de sortir de mon deck 3 cartes de type « jeune fille en fleurs » et de les invoquer directement sur mon terrain !
– Et alors ? Ce sont des cartes minables : pas une seule ne dépasse les 1000 points d’attaque !
– Certes… mais que ce passe t]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/2/7/1/_/uploads/10571119/image_track/7820341/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1673961207172.jpg" />
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sun, 25 Oct 2015 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-10-25T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 13 : Les damnés des tréfonds #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep13/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[(TRIGGER WARNING : ce texte là est assez violent et « graphique » comme on dit, donc attention aux âmes sensibles…)<br />
Les damnés des tréfonds<br />
<br />
Il était à peine 8h ce matin-là lorsque toute cette histoire commença.<br />
<br />
C’était un mardi froid d’automne, baigné çà et là par un écho de soleil. Dans le wagon du train qui filait, on entendait que le clac clac des roues et le sifflement du vent. Chacun était dans sa petite bulle, les uns les yeux rivés sur l’écran de leurs smartphones, les autres en train de lire, d’écouter de la musique ou simplement en train d’essayer de grappiller quelques minutes de sommeil en plus à ce diable de Morphée.<br />
<br />
Dehors le paysage défilait dans l’ombre de la nuit qui ne semblait jamais vouloir finir. Des maisons anonymes que les passagers avaient vu des centaines de fois mais dont ils ne franchiraient jamais le seuil, des bâtiments dont ils connaissaient la couleur du moindre tag, et des silhouettes anonymes qui passaient avant de disparaître à tout jamais, c’était ça le décor quotidien, rassurant et un peu triste de tous ses passagers.<br />
<br />
Cette ligne de banlieue, en service depuis plus de 25 ans, faisait circuler des milliers de personnes chaque jour, sans que quiconque n’y voit de quoi s’extasier. Et pourtant, quel prodige de pouvoir aller si vite, si loin et pour un prix si dérisoire… Mais à faire cela tous les jours, le charme avait disparût depuis bien longtemps. Il en était ainsi des choses de la vie qui s’enlise dans le quotidien pour y devenir fade et terne.<br />
<br />
Le train venait de repartir : c’était le dernier arrêt avant d’atteindre la ville à proprement parler. Il restait moins de 6km à parcourir, le tunnel à franchir, et finalement l’arrivé à la première station intra urbaine, principal point de chute pour quasiment 40% des passagers.<br />
<br />
Le paysage défilait encore, lancinant, blafard, tandis que la pale lumière du jour semblait céder à l’ombre. Les passagers, repliés sur eux-mêmes, sans un regard les uns pour les autres, formaient un bien étrange tableau ou chacun cherchait à ne surtout pas s’approcher des autres, à bien rester dans sa bulle et à se convaincre que cette attitude était on ne peut plus respectueuse.<br />
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C’est si facile de cacher du dédain…<br />
<br />
Lancé à environ 70km/h le train commença à ralentir à l’approche du tunnel. Les passagers connaissaient par cœur le parcours : lorsqu’ils pouvaient voir le grand panneau Coca-Cola sur la façade d’un des immeubles au loin, c’est que le train était sur le point de freiner pour prendre un léger virage à gauche et s’enfoncer dans le tunnel. Durant 3 à 4 min, ça dépendait des jours, le wagon serait dans le noir, simplement éclairé par l’affichage des téléphones et les éclairages de la cabine encore en état de marche.<br />
<br />
En regardant par le côté gauche du train, les passagers pouvaient apercevoir un autre train, arrivant de l’Est, progresser en parallèle à côté d’eux. C’était comme un miroir où en regardant bien, chacun pouvait trouver son équivalent. Le jeune étudiant, casque sur les oreilles; le cadre dynamique, avec son petit attaché case; ou l’anonyme usager qu’on ne sait pas trop situer d’un regard… tous étaient de l’autre côté, dans ce train miroir qui semblait serpenter, comme s’il accomplissait une danse, s’approchant ou s’éloignant de son « reflet ». Après quelques instants, le train miroir partait dans l’ombre du tunnel et disparaissait à jamais.<br />
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Mais pas cette fois.<br />
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Malheureusement, pas cette fois.<br />
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Les deux trains freinèrent violemment. Immanquablement, des deux côtés, des personnes furent secouées et manquèrent de tomber. Elles se rattrapaient comme elles le pouvaient, ou bien étaient retenue par d’autres passager mieux agrippé aux barres et suffisamment soucieux d’aider leurs contemporains a ne pas chuter.<br />
<br />
Aussitôt après, un message du conducteur se fit entendre dans les hauts parleurs :<br />
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« Mesdames et messieurs, nous avons dut freiner d’urgence car une alarme de sécurité s’est activée sur la voie. Nous vous prions de patienter et de ne surtout pas essayer de descendre de voiture. Je vous tiendrais informé dès que possible… »<br />
<br />
Des dizaines de soupires se firent entendre dans chacun des wagons des deux trains. La lassitude dominait : ce genre de situation arrivait plutôt souvent, et les usagers savaient à quoi s’en tenir. Ils étaient presque contents que le conducteur ait donné l’information rapidement. Au moins la moitié des passagers sorti un téléphone et appelèrent qui son patron, qui un client, ou qui un professeur, pour prévenir de l’inévitable retard qui allait suivre. Mais c’était peine perdue, puisque dans le tunnel, aucun réseau ne passait.<br />
<br />
L’attente commença.<br />
<br />
Si de prime abord la morosité régnait, certains se faisait un devoir de philosopher avec leurs compagnons d’infortunes pour conjurer le mauvais sort.<br />
<br />
« Et bien au moins j’aurai une vrai bonne excuse d’arriver en retard ce matin ! »<br />
<br />
« Au moins la lumière est toujours allumée ! »<br />
<br />
« Serré comme on est au moins on se tiendra chaud ! »<br />
<br />
« Au moins… »<br />
<br />
La formule s’entendait partout dans les wagons des deux trains. Au moins ci, au moins ça. L’optimisme fendait la glace et les gens se mettaient à parler entre eux. Face à l’adversité, les passagers oubliaient leurs réflexes d’isolement et retrouvaient au fin fond d’eux même cette envie primitive d’être ensemble.<br />
<br />
Au bout de 15min, ceux qui n’étaient pas en train de bouillir de rage, avait fait contre mauvaise fortune bon cœur et savouraient cette « récréation » improvisé dans leur journée qui était de toute façon mal partie pour bien finir.<br />
<br />
Les plus jeunes parlaient avec leurs aînés, les cadres en tailleurs ou en costume rigolaient avec les travailleurs manuels, et les mamans en goguettes accueillaient avec fierté les compliments des passagers sur leur progéniture « si mignonne ». Une étonnante convivialité avait fait son apparition là où personne ne l’aurait attendue. C’était étrange de réaliser que cette personne en face de soi que l’on avait vu si souvent lorsqu’on prenait le train, on ne lui avait jamais adressé la parole. Et c’était plus étrange encore de réaliser que c’était si facile, et qu’on avait tellement de chose à ce dire, de point en commun…<br />
<br />
Cela faisait maintenant presque 3/4 d’heure que les passagers attendaient. Les fumeurs commençaient à craquer et demandaient à leurs voisins s’ils acceptaient de les laisser entrouvrir une lucarne pour assouvir leur vice. Il y’avait aussi ceux qui voulaient aller aux toilettes et qui selon les wagons avait plus de chance que d’autres, ceux qui étaient debout depuis le départ et qui commençaient à fatiguer et puis ceux qui n’ayant ni envie de parler ni d’écouter de musique ou de dormir, se contentaient de regarder le train miroir, seul horizon dans les ténèbres pesantes du tunnel.<br />
<br />
Dans les minutes qui suivirent, le train miroir devint un reflet d’horreur…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Hey : qu’est-ce que tu regardes ? »<br />
<br />
L’homme rêvassant à la fenêtre, sa tête calé contre sa main, le coude lui-même calé contre le montant de la fenêtre, dévisageait une passagère du train d’en face. Elle avait un joli profil, doux et élancé qui s’harmonisait à merveille avec ses cheveux châtains clair. Le temps d’un instant, elle tourna la tête vers l’autre train, permettant d’entrevoir ses yeux d’un marron caramel brillant.<br />
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« Ho ? Tu dors mec ? »<br />
<br />
Mais alors qu’il allait répondre, l’homme rêvassant à la fenêtre aperçut quelque chose à quelques sièges de l’objet de son attention. Il n’était pas sûr de ce qu’il avait vu à cause des reflets multiples projeté sur les vitres, mais à la réaction des gens dans le wagon, il était certain que ce n’était pas son imagination. Tous les passagers, ainsi que sa belle, hurlaient de terreur.<br />
<br />
En un instant une giclé rouge et poisseuse macula 3 des fenêtres qui étaient dans sa ligne de vue. Dans les autres lucarnes, il pouvait voir la bousculade de ceux qui se précipitaient vers le fond pour échapper au danger. Impossible d’entendre quoi que ce soit, mais de toute évidence c’était la panique. Les visages, crispés d’horreur et tremblant de terreur, se tournaient tous vers cette partie maintenant invisible du wagon.<br />
<br />
Des passagers tentèrent de forcer la porte pour descendre, mais sans succès. Ils essayèrent alors de briser les vitres avec tout ce qui leur tombait sous la main. Un homme fit signe aux autres de lui laisser de la place : il tourna une fois sur lui-même pour prendre de l’élan et projeta à travers la vitre son épais ordinateur portable. La vitre se brisa, mais seulement en partie. Une femme fonça sans attendre dans l’ouverture, impulsant le même mouvement chez tous les autres passagers. Mais dans la bousculade, elle se planta un gros morceau de vitre encore fixé au montant de la fenêtre dans le bras. Poussé sans ménagement par la foule en panique, le morceau lui trancha le bras dans le sens de la longueur quasiment jusqu’à l’épaule. Elle s’effondra au sol, sa veste crème couverte de sang, en se tordant de douleur. Trois autres passager sautèrent du wagon, prit de panique. L’un d’eux s’écrasa sur elle quasiment à pied joint sur son ventre, faisant jaillir de sa bouche comme geyser de sang.<br />
<br />
« Bordel de… » dit l’homme rêvassant tandis que d’autres personne dans le wagon commençait à comprendre qu’il se passait quelque chose dans le train miroir.<br />
<br />
Et puis soudain tout le tunnel fût plongé dans le noir.<br />
<br />
Il fallut 5 à 10 secondes pour les personnes les plus réactives pensent à utiliser leur téléphone en guise d’éclairage. Il était cependant difficile d’espérer trancher la pénombre avec les petites LED des mobiles, d’autant plus que la lumière se réfractait sur les vitres, atténuant encore plus son efficacité.<br />
<br />
La lumière finie par revenir environ 30 secondes plus tard.<br />
<br />
Une scène d’horreur était étalée sous les yeux des passagers du train : sur l’épais gravier entre les voies, on voyait des corps, des traces de sang, des bouts d’organes…<br />
<br />
Deux hommes avait été fracassé contre les vitres du wagon au pied desquelles ils gisaient, laissant une traîné rougeâtre et poisseuse, une femme avait été plié en deux et « glissée » dans la lucarne jusqu’à ce qu’elle se brise en morceau…<br />
<br />
Le regarde de L’homme rêvassant se crispa : la belle jeune femme gisait par terre, les jambes mutilées comme si on avait versé de l’acide dessus, tandis que ses bras était criblé de barres métalliques torsadées la rivant au sol. Mais le plus horrible, le plus insoutenable dans cette débauche d’abomination, c’était qu’on arrivait à deviner les mouvements de sa tête encore habité d’un peu de vie.<br />
<br />
La souffrance exorbitait ses yeux dont s’écoulaient un mélange de larme et de sang. C’est alors que tous purent voir que sa cage thoracique était en partie ouverte et que ses organes commençait lentement à s’en extirper a chacun de ses soubresauts.<br />
<br />
Elle mit une bonne minute avant de rendre son dernier souffle et d’être ainsi délivrée de son calvaire.<br />
<br />
Dans le reste du train miroir, personne ne semblait avoir remarqué ce qui s’était passé.<br />
<br />
L’homme rêvassant sentit ce gout d’eau salé dans la bouche qui vient lorsqu’on est sur le point de vomir. Plaquant sa main sur sa bouche, il fit son possible pour se retenir mais fini par cracher un large filet de bille dans le coin opposé du wagon.<br />
<br />
Il ne fût pas le seul à réagir violemment à cette inexplicable boucherie. La panique se répandit comme une trainé de poudre dans tout le wagon.<br />
<br />
« Qu’est ce qui s’est passé ? »<br />
« Oh mon Dieu : il faut tirer l’alarme ! »<br />
<br />
« Quelle horreur ! C’est affreux ! »<br />
« Mais qui est ce qui a fait ça ? »<br />
 » On voit rien : où il est ? »<br />
 » Ils… ils sont tous morts ? »<br />
« FERMEZ LA PORTE BON SANG ! »<br />
<br />
« Il faut qu’on sorte d’ici en vitesse ! »<br />
<br />
« A l’aide ! »<br />
« Ouvrez ! »<br />
« Ne faites pas ça ! »<br />
« Y’a un fauve dehors ! »<br />
« Non non non !!! »<br />
« Ouvrez ! Il faut qu’on sorte ! »<br />
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »<br />
« Hey ! Y’a quelqu’un ?? »<br />
« Ouvrez bordel ! Il faut foutre le camp ! »<br />
« Là j’ai vu quelque chose ! »<br />
« Calmez-vous enfin ! »<br />
« C’est pas possible : je vais me réveiller ! »<br />
« OUVREZ !!!! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Il s’écoula un peu plus de 20min après le massacre lorsque les haut-parleurs s’activèrent de nouveau. Un infime espoir naquit dans cette angoissante obscurité, mais au lieu de la voix du conducteur, les passagers entendirent une étrange mélopée qui n’était ni un réellement ni tout à fait une voix :<br />
<br />
« nilgh’ri h’tharanak ep, zhro ph’ya nghai uln y-nog nasll’ha y-n’gha hlirgh, athg cee nog ooboshu stell’bsna, nafhtagn ph’lw’nafh athg grah’n »<br />
<br />
La phrase se répéta en boucle pendant de longues minutes, et puis finalement les haut-parleurs s’éteignirent.<br />
<br />
Ils ne se rallumèrent plus jamais.<br />
<br />
***<br />
<br />
La Peur avait pris le contrôle de tous les occupants du train. Cela ne faisait pas loin de 3h qu’il était retenu sous terre, entouré de pénombre et témoin d’indicible horreur. Certains essayent toutefois de rationaliser : c’était du terrorisme, un groupe de fanatique, ils avaient pris le train en otage, fait un exemple avec les malheureux passagers du train miroir…<br />
<br />
Cette abracadabrante histoire avait le mérite de ramener un peu de rationalité à la situation, ce dont tous avaient bien besoin. Oui c’était une situation terrible, mais elle avait un sens, elle était tangible, et surtout elle offrait une porte de sortie : s’il y’a otage, il y’a négociation. Et puis on a souvent vu des otages se tirer de ce genre de situation ?<br />
<br />
L’inquiétude se dissipait petit à petit tandis que le pragmatisme reprenait le dessus. Des leaders émergèrent dans tous les wagons, disciplinant les uns, rassurant les autres. Ils organisaient un semblant de sécurité, proposaient des « tours de gardes » ou bien cherchaient dans les affaires des uns et des autres de quoi faire des armes de fortunes.<br />
<br />
Certains se souciaient aussi de question encore plus basique : il allait bien falloir se soulager, éventuellement manger si la situation s’éternisait, mais surtout boire. Là encore, les leaders rassemblèrent les vivres, et décidèrent d’un rationnement plus ou moins conséquent.<br />
<br />
Chaque leader avait ses lieutenants et se renseignait sur leurs compétences ou leurs aptitudes : qui était costaud ? Qui savait se battre ? Qui avait du charisme ?<br />
<br />
Cette mise en place d’une hiérarchie dans les wagons avait deux effets positifs : d’une part il était fondamentalement crucial qu’une organisation ce mette en place pour gérer la situation au mieux, et d’autre part, cela évitait à tout le monde de penser à ce qui était réellement en train de se produire.<br />
<br />
***<br />
<br />
Ils sont si drôles.<br />
<br />
Ils ne comprennent pas, ils croient qu’ils seront capables de m’arrêter, de contenir ma soif de leur sang. Ils papillonnent et s’agitent inutilement parce que c’est déjà trop tard. Ils sont déjà dans le ventre de la bête, ils ont déjà été dévorés. Ce qui arrive n’est que l’étape suivante : je ne fais que les digérer en me nourrissant de leur peur.<br />
<br />
Oh oui cette délicieuse Peur, cette perte de contrôle, cette sensation de ne plus rien savoir, d’être fragile et sans défense… et puis à son paroxysme, cette succulente agonie lors qu’enfin ils savent, ils sentent pleinement ce qui va se produire : pire que la souffrance : c’est son anticipation. Ce n’est plus l’inconnu que les effraies, c’est la certitude de ce qui va advenir d’eux. C’est le néant dans lequel je vais les pousser un par un, homme, femme, enfant, c’est le brasier où je vais les regarder brûler jusqu’à devenir cendre. Je veux qu’ils puissent sentir petit à petit la vie couler jusqu’à l’effroyable moment d’avant le vide, cette dernière et ultime pensée qui va s’échapper avec leur vie.<br />
<br />
Ils sont ainsi, ils luttent mais ça ne sert à rien. Petit à petit mon poison se répand dans leurs cœurs. Il va paralyser leurs corps puis leurs cerveaux. Ah la Peur, mon délicieux élixir au relent de sulfure et de rage. Il s’affine à chaque instant, se glisse partout et se transmet comme un virus. Il tue l’espoir, noie le courage et bâillonne la raison. C’est un serpent, une bête rampante qu’on ne voit pas mais qu’on entend. C’est un courant d’air qui s’enroule autour d’eux et les serre jusqu’à la mort. C’est une pensé qui tue l’âme et qui ne souffre d’aucun remède. Oh oui ma Peur, ma belle et chère Peur : vas ton chemin, sème tes graines et ravage tout sur ton passage.<br />
<br />
Soyez en sûr ceux qui meurent en premier sont les moins à plaindre : le pire est à venir, il châtie ceux qui s’obstinent à survivre.<br />
<br />
goka chtenff y-goka nnnwgah’n ilyaa, hlirgh ‘fhalmaor nilgh’ri y’hah sgn’wahl nglui !<br />
<br />
***<br />
<br />
Cela faisait maintenant 9h que le train était bloqué sous terre, et que les passagers du train s’étaient organiser pour se protéger de la menace. Le sentiment d’avoir repris le contrôle avait galvanisé la plupart des voyageurs, rassurer par la force du groupe et la cohérence qu’avait sût crée les leaders.<br />
<br />
Cependant tout le monde s’inquiétait pour le train miroir. Personne ne semblait s’y inquiéter de rien, pas même les gens situés dans les wagons voisins de celui où avait eu lieu le massacre.<br />
<br />
Ils ne réagissaient pas aux signes qu’on leur faisait, ne regardait jamais dans la direction du train, et surtout n’avaient pas l’air de s’inquiéter plus que ça de l’interminable attente.<br />
<br />
Malgré tous les efforts des passagers, cette absence de réaction ramena la Peur au premier plan de leurs pensées.<br />
<br />
« Qu’est-ce qu’ils ont ? »<br />
« Pourquoi ils sont comme ça ? »<br />
« Tu crois qu’ils nous voient ? »<br />
« Mais ils sont cons ce n’est pas possible ! »<br />
« Hey regarde lui là : je crois que… ah non… »<br />
« Vous pensez qu’ils savent ? Si ça se trouve ils savent pas ? »<br />
« Personne ne réagit »<br />
« Mais ils sont bien vivant non ? »<br />
« Ils ont l’air calme : peut-être qu’on les a informés de quelque chose ? »<br />
<br />
A bout de nerf, un groupe de passager décida de tenter d’aller voir ce qui se passe. 5 hommes, tous baraqué et sûr d’eux, prirent de quoi s’éclairer et de quoi se défendre, soit 3 couteaux, un marteau et un tazer.<br />
<br />
Le leader les avait choisi avec soin, et avait bien insisté pour qu’ils soient volontaires. Chacun d’eux avait fait son choix en parfaite connaissance de cause et était prêt à prendre tous les risques. Certains, galvanisé à l’idée de jouer les héros se laissaient dicter leur choix par l’adrénaline amplifié par l’angoisse claustrophobique qui émanait du wagon.<br />
<br />
Lorsque la porte s’ouvrit, ils sentirent un froid intense souffler vers eux. Décidés, ils avancèrent sur le gros gravier en tournant le regard sur la scène du carnage. Ils franchirent la voie et arrivèrent enfin devant le train miroir.<br />
<br />
Le plus courageux des cinq, ou le plus inconscient, se faufila avec précaution à travers la porte aux vitres brisé. Il braqua ensuite son téléphone qui lui faisait office de lampe torche en direction des rangés de siège, mais n’y trouva absolument rien ni personne. Il retourna vers la porte pour informer ses compagnons, mais ils n’étaient plus là, et le train d’où il était venu avait lui aussi disparut.<br />
<br />
Le train miroir était au beau milieu d’un océan de ténèbres.<br />
<br />
La Peur commença à se faufiler entre les jambes du passager téméraire et à remonter ainsi vers ses épaules. Elle s’enroula alors autour de sa gorge et serra doucement, sans forcer, pour que souffrance de l’imprudent voyageur dure le plus possible.<br />
<br />
Il sorti du wagon et remonta le train jusqu’au wagon suivant. Il essaya d’ouvrir la porte, mais celle-ci était solidement fermée, et les personnes qu’il pouvait voir à l’intérieur semblaient se moquer totalement de sa présence. Il frappa a la vitre, hurla, mais personne ne semblait l’entendre.<br />
<br />
Il essaya d’aller jusqu’à une autre porte, mais ce fût la même chose : la porte était impossible à ouvrir et personne ne lui prêtait attention quel que soient ses efforts. Le passager téméraire décida alors de remonter au bout du train jusqu’à la cabine du conducteur, espérant y trouver une radio ou n’importe quel autre moyen de sortir de cet enfer. Il avança ainsi prudemment dans les ténèbres simplement éclairé par son téléphone et les quelques lumières en marche dans le train miroir.<br />
<br />
Son objectif était à peine visible dans la pénombre. Chaque pas faisait craquer les gros graviers disposés sur la voie ferrée comblant ainsi le pesant silence. Un souffle d’air se fit sentir dans son dos, et sans savoir pourquoi, il tourna la tête pour jeter un œil. Il vit alors à une trentaine de mètre une silhouette blanchâtre qui marchait à pas mesuré dans sa direction.<br />
<br />
Dans ce premier temps, il crût qu’il s’agissait d’un de ses compagnons. Mais c’était une tout autre personne qu’il finit par reconnaître : cet homme était celui qu’il avait tué dans un accident de voiture il y’a 6 ans de cela…<br />
<br />
Il marchait vers lui, sans dévier ni hésiter un seul instant. La pénombre semblait faire corps avec lui, comme un drap qui s’étirait de son dos à chacun de ses pas. Paralysé d’effroi, le passager téméraire avait les yeux fixé sur cet homme revenu d’outre-tombe et qui avançait implacablement vers lui.<br />
<br />
Mais était-il vraiment sorti de la tombe ?<br />
<br />
Une saveur d’amende amère titilla le palais du passager téméraire, tandis que l’improbable revenant se faisait de plus en plus visible. Il portait le même pantalon bleu pétrole que le jour fatidique, ainsi que la même large chemise à petit carreau gris et blanc. Comme lorsque la voiture le percuta, il porter sa paire de lunette noires à bord orange et dont les verres étaient brisés. Des marques bleues et vertes sillonnaient sa peau pale tandis que ses yeux étaient voilés de blanc.<br />
<br />
Le passager téméraire reprit ses esprits : un fort choc d’adrénaline le réveilla, permettant à son instinct de survie de prendre le relais. Il devait fuir, et il devait le faire vite. Il se précipita vers la tête du train dans l’espoir de trouver refuge dans la cabine du conducteur, ou au moins d’aller dans la direction de la sortie. Même s’il devait courir comme cela pendant 5 ou 10min, c’était un sportif accomplit, et il y parviendrait. En jetant un œil par-dessus son épaule, il aperçut que le revenant ne prenait pas la peine d’augmenter l’allure.<br />
<br />
C’était bon, il pouvait s’en tirer, il allait forcement y arriver.<br />
<br />
Sa course folle l’amena finalement jusqu’à la cabine de pilotage. La chance semblait lui sourire : la porte était grande ouverte, il n’avait qu’à bondir sur le marchepied en acier pour monter à bord, ce qu’il fit avant de refermer derrière lui.<br />
<br />
Seul dans l’habitacle, il reprit son souffle et s’installa sur le siège vide du conducteur. Il chercha sur la console de commande un moyen de contacter quelqu’un ou même de remettre le train en marche. Après plusieurs manipulation hasardeuse, il réussit à mettre en marche les puissants phares du train.<br />
<br />
Sauf que ce ne fut pas un tunnel qui apparut devant les yeux du passager téméraire, mais une vision de cauchemar qui lui arracha un cri de terreur.<br />
<br />
Il y’avait un gigantesque mur de brique rouge à moins de 10 mètres du train, mur au pied duquel s’arrêtait la voie ferré. Mais ce qui était vraiment horrible c’était que l’espace entre les rails était entièrement couvert de morceaux de cadavres sanguinolents. Sauf qu’ils n’étaient pas inertes : comme si la vie les habitait encore, ils étaient agité de spasme et de soubresaut. Ce tapis de chair commença à bouger et à grimper le long des parois de la cabine jusqu’à la recouvrir entièrement. Le train commença à s’animer tandis que le passager téméraire, recroquevillé sur lui-même, s’abandonnait à la terreur, hurlant et suppliant de sortir de ce cauchemar.<br />
<br />
Le tapis de chair retomba soudainement à terre, laissant voir la cabine foncer soudainement sur le mur. Celui-ci explosa sous l’impact et révéla un océan de flamme qui envahirent la cabine et dévorèrent le passager téméraire. Et tandis que son corps se consumait, il eut le temps de comprendre que le train était en train de chuter au fin fond d’un abyme infernal.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il est 8h06, le train vient d’arriver en gare. Les passagers descendent et se regardent de travers. L’animosité est grande, les bousculades génèrent une tension énorme qui va se cumuler tout au long de la journée.<br />
<br />
Personne n’ose dire aux autres ce qu’il a vu dans la pénombre du tunnel. Personne ne comprend ce que j’ai fait. Mais c’est déjà trop tard. Maintenant la Peur est là, avec eux. Ils ne pourront plus s’en débarrasser, elle pompera leur force, me renforçant encore et encore.<br />
<br />
Je n’ai pas besoin de mutiler ou de tuer qui que ce soit pour grandir.<br />
<br />
Je n’ai besoin que de votre peur, je n’ai besoin que de 3 min dans le noir pour implanter dans votre esprit la graine de la frayeur. Un bon cauchemar est plus efficace qu’un couteau pour transpercer votre cœur…<br />
<br />
Qui je suis ? Allons : vous savez bien que c’est encore plus drôle si vous ne le savez pas.<br />
<br />
Ces passagers qui le temps d’un demi sommeil sont passé dans mon monde, je les ai marqué comme mon bétail. Ils ont maintenant la clé pour venir dans mes ténèbres, pour défier la Peur et lui succomber. Les rêveurs, les courageux, les téméraires, ils vont tous être à moi. Je suis patient, je n’ai pas besoin que ça aille vite.<br />
<br />
Et quand à vous qui lisez, pensant être à l’abri derrière votre écran… oui vous là : ne tournez pas la tête, vous risqueriez de me voir.<br />
<br />
Oh ça vous tente hein ? Ou bien est-ce que ça vous effraie ? Êtes-vous en train de vous dire que vous n’allez pas faire quelque chose d’aussi puéril que croire une histoire ? Vous laissez manipuler ainsi ? Mais si vous ne bougez pas, si vous ne tournez pas la tête, ne risquez-vous pas de me laisser un peu trop de champ libre ? Ne sentez-vous pas cette main sur vos épaules ? Ce souffle de la peur qui glisse à vos pieds et qui monte, qui monte… ?<br />
<br />
En tout cas si j’étais vous, je me méfierai en éteignant la lumière ce soir… qui sait ce qu’on trouve au fin fond des tréfonds ?]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[(TRIGGER WARNING : ce texte là est assez violent et « graphique » comme on dit, donc attention aux âmes sensibles…)<br />
Les damnés des tréfonds<br />
<br />
Il était à peine 8h ce matin-là lorsque toute cette histoire commença.<br />
<br />
C’était un mardi froid d’automne, baigné çà et là par un écho de soleil. Dans le wagon du train qui filait, on entendait que le clac clac des roues et le sifflement du vent. Chacun était dans sa petite bulle, les uns les yeux rivés sur l’écran de leurs smartphones, les autres en train de lire, d’écouter de la musique ou simplement en train d’essayer de grappiller quelques minutes de sommeil en plus à ce diable de Morphée.<br />
<br />
Dehors le paysage défilait dans l’ombre de la nuit qui ne semblait jamais vouloir finir. Des maisons anonymes que les passagers avaient vu des centaines de fois mais dont ils ne franchiraient jamais le seuil, des bâtiments dont ils connaissaient la couleur du moindre tag, et des silhouettes anonymes qui passaient avant de disparaître à tout jamais, c’était ça le décor quotidien, rassurant et un peu triste de tous ses passagers.<br />
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Cette ligne de banlieue, en service depuis plus de 25 ans, faisait circuler des milliers de personnes chaque jour, sans que quiconque n’y voit de quoi s’extasier. Et pourtant, quel prodige de pouvoir aller si vite, si loin et pour un prix si dérisoire… Mais à faire cela tous les jours, le charme avait disparût depuis bien longtemps. Il en était ainsi des choses de la vie qui s’enlise dans le quotidien pour y devenir fade et terne.<br />
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Le train venait de repartir : c’était le dernier arrêt avant d’atteindre la ville à proprement parler. Il restait moins de 6km à parcourir, le tunnel à franchir, et finalement l’arrivé à la première station intra urbaine, principal point de chute pour quasiment 40% des passagers.<br />
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Le paysage défilait encore, lancinant, blafard, tandis que la pale lumière du jour semblait céder à l’ombre. Les passagers, repliés sur eux-mêmes, sans un regard les uns pour les autres, formaient un bien étrange tableau ou chacun cherchait à ne surtout pas s’approcher des autres, à bien rester dans sa bulle et à se convaincre que cette attitude était on ne peut plus respectueuse.<br />
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C’est si facile de cacher du dédain…<br />
<br />
Lancé à environ 70km/h le train commença à ralentir à l’approche du tunnel. Les passagers connaissaient par cœur le parcours : lorsqu’ils pouvaient voir le grand panneau Coca-Cola sur la façade d’un des immeubles au loin, c’est que le train était sur le point de freiner pour prendre un léger virage à gauche et s’enfoncer dans le tunnel. Durant 3 à 4 min, ça dépendait des jours, le wagon serait dans le noir, simplement éclairé par l’affichage des téléphones et les éclairages de la cabine encore en état de marche.<br />
<br />
En regardant par le côté gauche du train, les passagers pouvaient apercevoir un autre train, arrivant de l’Est, progresser en parallèle à côté d’eux. C’était comme un miroir où en regardant bien, chacun pouvait trouver son équivalent. Le jeune étudiant, casque sur les oreilles; le cadre dynamique, avec son petit attaché case; ou l’anonyme usager qu’on ne sait pas trop situer d’un regard… tous étaient de l’autre côté, dans ce train miroir qui semblait serpenter, comme s’il accomplissait une danse, s’approchant ou s’éloignant de son « reflet ». Après quelques instants, le train miroir partait dans l’ombre du tunnel et disparaissait à jamais.<br />
<br />
Mais pas cette fois.<br />
<br />
Malheureusement, pas cette fois.<br />
<br />
Les deux trains freinèrent violemment. Immanquablement, des deux côtés, des personnes furent secouées et manquèrent de tomber. Elles se rattrapaient comme elles le pouvaient, ou bien étaient retenue par d’autres passager mieux agrippé aux barres et suffisamment soucieux d’aider leurs contemporains a ne pas chuter.<br />
<br />
Aussitôt après, un message du conducteur se fit entendre dans les hauts parleurs :<br />
<br />
« Mesdames et messieurs, nous avons dut freiner d’urgence car une alarme de sécurité s’est activée sur la voie. Nous vous prions de patienter et de ne surtout pas essayer de descendre de voiture. Je vous tiendrais informé dès que possible… »<br />
<br />
Des dizaines de soupires se firent entendre dans chacun des wagons des deux trains. La lassitude dominait : ce genre de situation arrivait plutôt souvent, et les usagers savaient à quoi s’en tenir. Ils étaient presque contents que le conducteur ait donné l’information rapidement. Au moins la moitié des passagers sorti un téléphone et appelèrent qui son patron, qui un client, ou qui un professeur, pour prévenir de l’inévitable retard qui allait suivre. Mais c’était peine perdue, puisque dans le tunnel, aucun réseau ne passait.<br />
<br />
L’attente commença.<br />
<br />
Si de prime abord la morosité régnait, certains se faisait un devoir de philosopher avec leurs compagnons d’infortunes pour conjurer le mauvais sort.<br />
<br />
« Et bien au moins j’aurai une vrai bonne excuse d’arriver en retard ce matin ! »<br />
<br />
« Au moins la lumière est toujours allumée ! »<br />
<br />
« Serré comme on est au moins on se tiendra chaud ! »<br />
<br />
« Au moins… »<br />
<br />
La formule s’entendait partout dans les wagons des deux trains. Au moins ci, au moins ça. L’optimisme fendait la glace et les gens se mettaient à parler entre eux. Face à l’adversité, les passagers oubliaient leurs réflexes d’isolement et retrouvaient au fin fond d’eux même cette envie primitive d’être ensemble.<br />
<br />
Au bout de 15min, ceux qui n’étaient pas en train de bouillir de rage, avait fait contre mauvaise fortune bon cœur et savouraient cette « récréation » improvisé dans leur journée qui était de toute façon mal partie pour bien finir.<br />
<br />
Les plus jeunes parlaient avec leurs aînés, les cadres en tailleurs ou en costume rigolaient avec les travailleurs manuels, et les mamans en goguettes accueillaient avec fierté les compliments des passagers sur leur progéniture « si mignonne ». Une étonnante convivialité avait fait son apparition là où personne ne l’aurait attendue. C’était étrange de réaliser que cette personne en face de soi que l’on avait vu si souvent lorsqu’on prenait le train, on ne lui avait jamais adressé la parole. Et c’était plus étrange encore de réaliser que c’était si facile, et qu’on avait tellement de chose à ce dire, de point en commun…<br />
<br />
Cela faisait maintenant presque 3/4 d’heure que les passagers attendaient. Les fumeurs commençaient à craquer et demandaient à leurs voisins s’ils acceptaient de les laisser entrouvrir une lucarne pour assouvir leur vice. Il y’avait aussi ceux qui voulaient aller aux toilettes et qui selon les wagons avait plus de chance que d’autres, ceux qui étaient debout depuis le départ et qui commençaient à fatiguer et puis ceux qui n’ayant ni envie de parler ni d’écouter de musique ou de dormir, se contentaient de regarder le train miroir, seul horizon dans les ténèbres pesantes du tunnel.<br />
<br />
Dans les minutes qui suivirent, le train miroir devint un reflet d’horreur…<br />
<br />
***<br />
<br />
« Hey : qu’est-ce que tu regardes ? »<br />
<br />
L’homme rêvassant à la fenêtre, sa tête calé contre sa main, le coude lui-même calé contre le montant de la fenêtre, dévisageait une passagère du train d’en face. Elle avait un joli profil, doux et élancé qui s’harmonisait à merveille avec ses cheveux châtains clair. Le temps d’un instant, elle tourna la tête vers l’autre train, permettant d’entrevoir ses yeux d’un marron caramel brillant.<br />
<br />
« Ho ? Tu dors mec ? »<br />
<br />
Mais alors qu’il allait répondre, l’homme rêvassant à la fenêtre aperçut quelque chose à quelques sièges de l’objet de son attention. Il n’était pas sûr de ce qu’il avait vu à cause des reflets multiples projeté sur les vitres, mais à la réaction des gens dans le wagon, il était certain que ce n’était pas son imagination. Tous les passagers, ainsi que sa belle, hurlaient de terreur.<br />
<br />
En un instant une giclé rouge et poisseuse macula 3 des fenêtres qui étaient dans sa ligne de vue. Dans les autres lucarnes, il pouvait voir la bousculade de ceux qui se précipitaient vers le fond pour échapper au danger. Impossible d’entendre quoi que ce soit, mais de toute évidence c’était la panique. Les visages, crispés d’horreur et tremblant de terreur, se tournaient tous vers cette partie maintenant invisible du wagon.<br />
<br />
Des passagers tentèrent de forcer la porte pour descendre, mais sans succès. Ils essayèrent alors de briser les vitres avec tout ce qui leur tombait sous la main. Un homme fit signe aux autres de lui laisser de la place : il tourna une fois sur lui-même pour prendre de l’élan et projeta à travers la vitre son épais ordinateur portable. La vitre se brisa, mais seulement en partie. Une femme fonça sans attendre dans l’ouverture, impulsant le même mouvement chez tous les autres passagers. Mais dans la bousculade, elle se planta un gros morceau de vitre encore fixé au montant de la fenêtre dans le bras. Poussé sans ménagement par la foule en panique, le morceau lui trancha le bras dans le sens de la longueur quasiment jusqu’à l’épaule. Elle s’effondra au sol, sa veste crème couverte de sang, en se tordant de douleur. Trois autres passager sautèrent du wagon, prit de panique. L’un d’eux s’écrasa sur elle quasiment à pied joint sur son ventre, faisant jaillir de sa bouche comme geyser de sang.<br />
<br />
« Bordel de… » dit l’homme rêvassant tandis que d’autres personne dans le wagon commençait à comprendre qu’il se passait quelque chose dans le train miroir.<br />
<br />
Et puis soudain tout le tunnel fût plongé dans le noir.<br />
<br />
Il fallut 5 à 10 secondes pour les personnes les plus réactives pensent à utiliser leur téléphone en guise d’éclairage. Il était cependant difficile d’espérer trancher la pénombre avec les petites LED des mobiles, d’autant plus que la lumière se réfractait sur les vitres, atténuant encore plus son efficacité.<br />
<br />
La lumière finie par revenir environ 30 secondes plus tard.<br />
<br />
Une scène d’horreur était étalée sous les yeux des passagers du train : sur l’épais gravier entre les voies, on voyait des corps, des traces de sang, des bouts d’organes…<br />
<br />
Deux hommes avait été fracassé contre les vitres du wagon au pied desquelles ils gisaient, laissant une traîné rougeâtre et poisseuse, une femme avait été plié en deux et « glissée » dans la lucarne jusqu’à ce qu’elle se brise en morceau…<br />
<br />
Le regarde de L’homme rêvassant se crispa : la belle jeune femme gisait par terre, les jambes mutilées comme si on avait versé de l’acide dessus, tandis que ses bras était criblé de barres métalliques torsadées la rivant au sol. Mais le plus horrible, le plus insoutenable dans cette débauche d’abomination, c’était qu’on arrivait à deviner les mouvements de sa tête encore habité d’un peu de vie.<br />
<br />
La souffrance exorbitait ses yeux dont s’écoulaient un mélange de larme et de sang. C’est alors que tous purent voir que sa cage thoracique était en partie ouverte et que ses organes commençait lentement à s’en extirper a chacun de ses soubresauts.<br />
<br />
Elle mit une bonne minute avant de rendre son dernier souffle et d’être ainsi délivrée de son calvaire.<br />
<br />
Dans le reste du train miroir, personne ne semblait avoir remarqué ce qui s’était passé.<br />
<br />
L’homme rêvassant sentit ce gout d’eau salé dans la bouche qui vient lorsqu’on est sur le point de vomir. Plaquant sa main sur sa bouche, il fit son possible pour se retenir mais fini par cracher un large filet de bille dans le coin opposé du wagon.<br />
<br />
Il ne fût pas le seul à réagir violemment à cette inexplicable boucherie. La panique se répandit comme une trainé de poudre dans tout le wagon.<br />
<br />
« Qu’est ce qui s’est passé ? »<br />
« Oh mon Dieu : il faut tirer l’alarme ! »<br />
<br />
« Quelle horreur ! C’est affreux ! »<br />
« Mais qui est ce qui a fait ça ? »<br />
 » On voit rien : où il est ? »<br />
 » Ils… ils sont tous morts ? »<br />
« FERMEZ LA PORTE BON SANG ! »<br />
<br />
« Il faut qu’on sorte d’ici en vitesse ! »<br />
<br />
« A l’aide ! »<br />
« Ouvrez ! »<br />
« Ne faites pas ça ! »<br />
« Y’a un fauve dehors ! »<br />
« Non non non !!! »<br />
« Ouvrez ! Il faut qu’on sorte ! »<br />
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »<br />
« Hey ! Y’a quelqu’un ?? »<br />
« Ouvrez bordel ! Il faut foutre le camp ! »<br />
« Là j’ai vu quelque chose ! »<br />
« Calmez-vous enfin ! »<br />
« C’est pas possible : je vais me réveiller ! »<br />
« OUVREZ !!!! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Il s’écoula un peu plus de 20min après le massacre lorsque les haut-parleurs s’activèrent de nouveau. Un infime espoir naquit dans cette angoissante obscurité, mais au lieu de la voix du conducteur, les passagers entendirent une étrange mélopée qui n’était ni un réellement ni tout à fait une voix :<br />
<br />
« nilgh’ri h’tharanak ep, zhro ph’ya nghai uln y-nog nasll’ha y-n’gha hlirgh, athg cee nog ooboshu stell’bsna, nafhtagn ph’lw’nafh athg grah’n »<br />
<br />
La phrase se répéta en boucle pendant de longues minutes, et puis finalement les haut-parleurs s’éteignirent.<br />
<br />
Ils ne se rallumèrent plus jamais.<br />
<br />
***<br />
<br />
La Peur avait pris le contrôle de tous les occupants du train. Cela ne faisait pas loin de 3h qu’il était retenu sous terre, entouré de pénombre et témoin d’indicible horreur. Certains essayent toutefois de rationaliser : c’était du terrorisme, un groupe de fanatique, ils avaient pris le train en otage, fait un exemple avec les malheureux passagers du train miroir…<br />
<br />
Cette abracadabrante histoire avait le mérite de ramener un peu de rationalité à la situation, ce dont tous avaient bien besoin. Oui c’était une situation terrible, mais elle avait un sens, elle était tangible, et surtout elle offrait une porte de sortie : s’il y’a otage, il y’a négociation. Et puis on a souvent vu des otages se tirer de ce genre de situation ?<br />
<br />
L’inquiétude se dissipait petit à petit tandis que le pragmatisme reprenait le dessus. Des leaders émergèrent dans tous les wagons, disciplinant les uns, rassurant les autres. Ils organisaient un semblant de sécurité, proposaient des « tours de gardes » ou bien cherchaient dans les affaires des uns et des autres de quoi faire des armes de fortunes.<br />
<br />
Certains se souciaient aussi de question encore plus basique : il allait bien falloir se soulager, éventuellement manger si la situation s’éternisait, mais surtout boire. Là encore, les leaders rassemblèrent les vivres, et décidèrent d’un rationnement plus ou moins conséquent.<br />
<br />
Chaque leader avait ses lieutenants et se renseignait sur leurs compétences ou leurs aptitudes : qui était costaud ? Qui savait se battre ? Qui avait du charisme ?<br />
<br />
Cette mise en place d’une hiérarchie dans les wagons avait deux effets positifs : d’une part il était fondamentalement crucial qu’une organisation ce mette en place pour gérer la situation au mieux, et d’autre part, cela évitait à tout le monde de penser à ce qui était réellement en train de se produire.<br />
<br />
***<br />
<br />
Ils sont si drôles.<br />
<br />
Ils ne comprennent pas, ils croient qu’ils seront capables de m’arrêter, de contenir ma soif de leur sang. Ils papillonnent et s’agitent inutilement parce que c’est déjà trop tard. Ils sont déjà dans le ventre de la bête, ils ont déjà été dévorés. Ce qui arrive n’est que l’étape suivante : je ne fais que les digérer en me nourrissant de leur peur.<br />
<br />
Oh oui cette délicieuse Peur, cette perte de contrôle, cette sensation de ne plus rien savoir, d’être fragile et sans défense… et puis à son paroxysme, cette succulente agonie lors qu’enfin ils savent, ils sentent pleinement ce qui va se produire : pire que la souffrance : c’est son anticipation. Ce n’est plus l’inconnu que les effraies, c’est la certitude de ce qui va advenir d’eux. C’est le néant dans lequel je vais les pousser un par un, homme, femme, enfant, c’est le brasier où je vais les regarder brûler jusqu’à devenir cendre. Je veux qu’ils puissent sentir petit à petit la vie couler jusqu’à l’effroyable moment d’avant le vide, cette dernière et ultime pensée qui va s’échapper avec leur vie.<br />
<br />
Ils sont ainsi, ils luttent mais ça ne sert à rien. Petit à petit mon poison se répand dans leurs cœurs. Il va paralyser leurs corps puis leurs cerveaux. Ah la Peur, mon délicieux élixir au relent de sulfure et de rage. Il s’affine à chaque instant, se glisse partout et se transmet comme un virus. Il tue l’espoir, noie le courage et bâillonne la raison. C’est un serpent, une bête rampante qu’on ne voit pas mais qu’on entend. C’est un courant d’air qui s’enroule autour d’eux et les serre jusqu’à la mort. C’est une pensé qui tue l’âme et qui ne souffre d’aucun remède. Oh oui ma Peur, ma belle et chère Peur : vas ton chemin, sème tes graines et ravage tout sur ton passage.<br />
<br />
Soyez en sûr ceux qui meurent en premier sont les moins à plaindre : le pire est à venir, il châtie ceux qui s’obstinent à survivre.<br />
<br />
goka chtenff y-goka nnnwgah’n ilyaa, hlirgh ‘fhalmaor nilgh’ri y’hah sgn’wahl nglui !<br />
<br />
***<br />
<br />
Cela faisait maintenant 9h que le train était bloqué sous terre, et que les passagers du train s’étaient organiser pour se protéger de la menace. Le sentiment d’avoir repris le contrôle avait galvanisé la plupart des voyageurs, rassurer par la force du groupe et la cohérence qu’avait sût crée les leaders.<br />
<br />
Cependant tout le monde s’inquiétait pour le train miroir. Personne ne semblait s’y inquiéter de rien, pas même les gens situés dans les wagons voisins de celui où avait eu lieu le massacre.<br />
<br />
Ils ne réagissaient pas aux signes qu’on leur faisait, ne regardait jamais dans la direction du train, et surtout n’avaient pas l’air de s’inquiéter plus que ça de l’interminable attente.<br />
<br />
Malgré tous les efforts des passagers, cette absence de réaction ramena la Peur au premier plan de leurs pensées.<br />
<br />
« Qu’est-ce qu’ils ont ? »<br />
« Pourquoi ils sont comme ça ? »<br />
« Tu crois qu’ils nous voient ? »<br />
« Mais ils sont cons ce n’est pas possible ! »<br />
« Hey regarde lui là : je crois que… ah non… »<br />
« Vous pensez qu’ils savent ? Si ça se trouve ils savent pas ? »<br />
« Personne ne réagit »<br />
« Mais ils sont bien vivant non ? »<br />
« Ils ont l’air calme : peut-être qu’on les a informés de quelque chose ? »<br />
<br />
A bout de nerf, un groupe de passager décida de tenter d’aller voir ce qui se passe. 5 hommes, tous baraqué et sûr d’eux, prirent de quoi s’éclairer et de quoi se défendre, soit 3 couteaux, un marteau et un tazer.<br />
<br />
Le leader les avait choisi avec soin, et avait bien insisté pour qu’ils soient volontaires. Chacun d’eux avait fait son choix en parfaite connaissance de cause et était prêt à prendre tous les risques. Certains, galvanisé à l’idée de jouer les héros se laissaient dicter leur choix par l’adrénaline amplifié par l’angoisse claustrophobique qui émanait du wagon.<br />
<br />
Lorsque la porte s’ouvrit, ils sentirent un froid intense souffler vers eux. Décidés, ils avancèrent sur le gros gravier en tournant le regard sur la scène du carnage. Ils franchirent la voie et arrivèrent enfin devant le train miroir.<br />
<br />
Le plus courageux des cinq, ou le plus inconscient, se faufila avec précaution à travers la porte aux vitres brisé. Il braqua ensuite son téléphone qui lui faisait office de lampe torche en direction des rangés de siège, mais n’y trouva absolument rien ni personne. Il retourna vers la porte pour informer ses compagnons, mais ils n’étaient plus là, et le train d’où il était venu avait lui aussi disparut.<br />
<br />
Le train miroir était au beau milieu d’un océan de ténèbres.<br />
<br />
La Peur commença à se faufiler entre les jambes du passager téméraire et à remonter ainsi vers ses épaules. Elle s’enroula alors autour de sa gorge et serra doucement, sans forcer, pour que souffrance de l’imprudent voyageur dure le plus possible.<br />
<br />
Il sorti du wagon et remonta le train jusqu’au wagon suivant. Il essaya d’ouvrir la porte, mais celle-ci était solidement fermée, et les personnes qu’il pouvait voir à l’intérieur semblaient se moquer totalement de sa présence. Il frappa a la vitre, hurla, mais personne ne semblait l’entendre.<br />
<br />
Il essaya d’aller jusqu’à une autre porte, mais ce fût la même chose : la porte était impossible à ouvrir et personne ne lui prêtait attention quel que soient ses efforts. Le passager téméraire décida alors de remonter au bout du train jusqu’à la cabine du conducteur, espérant y trouver une radio ou n’importe quel autre moyen de sortir de cet enfer. Il avança ainsi prudemment dans les ténèbres simplement éclairé par son téléphone et les quelques lumières en marche dans le train miroir.<br />
<br />
Son objectif était à peine visible dans la pénombre. Chaque pas faisait craquer les gros graviers disposés sur la voie ferrée comblant ainsi le pesant silence. Un souffle d’air se fit sentir dans son dos, et sans savoir pourquoi, il tourna la tête pour jeter un œil. Il vit alors à une trentaine de mètre une silhouette blanchâtre qui marchait à pas mesuré dans sa direction.<br />
<br />
Dans ce premier temps, il crût qu’il s’agissait d’un de ses compagnons. Mais c’était une tout autre personne qu’il finit par reconnaître : cet homme était celui qu’il avait tué dans un accident de voiture il y’a 6 ans de cela…<br />
<br />
Il marchait vers lui, sans dévier ni hésiter un seul instant. La pénombre semblait faire corps avec lui, comme un drap qui s’étirait de son dos à chacun de ses pas. Paralysé d’effroi, le passager téméraire avait les yeux fixé sur cet homme revenu d’outre-tombe et qui avançait implacablement vers lui.<br />
<br />
Mais était-il vraiment sorti de la tombe ?<br />
<br />
Une saveur d’amende amère titilla le palais du passager téméraire, tandis que l’improbable revenant se faisait de plus en plus visible. Il portait le même pantalon bleu pétrole que le jour fatidique, ainsi que la même large chemise à petit carreau gris et blanc. Comme lorsque la voiture le percuta, il porter sa paire de lunette noires à bord orange et dont les verres étaient brisés. Des marques bleues et vertes sillonnaient sa peau pale tandis que ses yeux étaient voilés de blanc.<br />
<br />
Le passager téméraire reprit ses esprits : un fort choc d’adrénaline le réveilla, permettant à son instinct de survie de prendre le relais. Il devait fuir, et il devait le faire vite. Il se précipita vers la tête du train dans l’espoir de trouver refuge dans la cabine du conducteur, ou au moins d’aller dans la direction de la sortie. Même s’il devait courir comme cela pendant 5 ou 10min, c’était un sportif accomplit, et il y parviendrait. En jetant un œil par-dessus son épaule, il aperçut que le revenant ne prenait pas la peine d’augmenter l’allure.<br />
<br />
C’était bon, il pouvait s’en tirer, il allait forcement y arriver.<br />
<br />
Sa course folle l’amena finalement jusqu’à la cabine de pilotage. La chance semblait lui sourire : la porte était grande ouverte, il n’avait qu’à bondir sur le marchepied en acier pour monter à bord, ce qu’il fit avant de refermer derrière lui.<br />
<br />
Seul dans l’habitacle, il reprit son souffle et s’installa sur le siège vide du conducteur. Il chercha sur la console de commande un moyen de contacter quelqu’un ou même de remettre le train en marche. Après plusieurs manipulation hasardeuse, il réussit à mettre en marche les puissants phares du train.<br />
<br />
Sauf que ce ne fut pas un tunnel qui apparut devant les yeux du passager téméraire, mais une vision de cauchemar qui lui arracha un cri de terreur.<br />
<br />
Il y’avait un gigantesque mur de brique rouge à moins de 10 mètres du train, mur au pied duquel s’arrêtait la voie ferré. Mais ce qui était vraiment horrible c’était que l’espace entre les rails était entièrement couvert de morceaux de cadavres sanguinolents. Sauf qu’ils n’étaient pas inertes : comme si la vie les habitait encore, ils étaient agité de spasme et de soubresaut. Ce tapis de chair commença à bouger et à grimper le long des parois de la cabine jusqu’à la recouvrir entièrement. Le train commença à s’animer tandis que le passager téméraire, recroquevillé sur lui-même, s’abandonnait à la terreur, hurlant et suppliant de sortir de ce cauchemar.<br />
<br />
Le tapis de chair retomba soudainement à terre, laissant voir la cabine foncer soudainement sur le mur. Celui-ci explosa sous l’impact et révéla un océan de flamme qui envahirent la cabine et dévorèrent le passager téméraire. Et tandis que son corps se consumait, il eut le temps de comprendre que le train était en train de chuter au fin fond d’un abyme infernal.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il est 8h06, le train vient d’arriver en gare. Les passagers descendent et se regardent de travers. L’animosité est grande, les bousculades génèrent une tension énorme qui va se cumuler tout au long de la journée.<br />
<br />
Personne n’ose dire aux autres ce qu’il a vu dans la pénombre du tunnel. Personne ne comprend ce que j’ai fait. Mais c’est déjà trop tard. Maintenant la Peur est là, avec eux. Ils ne pourront plus s’en débarrasser, elle pompera leur force, me renforçant encore et encore.<br />
<br />
Je n’ai pas besoin de mutiler ou de tuer qui que ce soit pour grandir.<br />
<br />
Je n’ai besoin que de votre peur, je n’ai besoin que de 3 min dans le noir pour implanter dans votre esprit la graine de la frayeur. Un bon cauchemar est plus efficace qu’un couteau pour transpercer votre cœur…<br />
<br />
Qui je suis ? Allons : vous savez bien que c’est encore plus drôle si vous ne le savez pas.<br />
<br />
Ces passagers qui le temps d’un demi sommeil sont passé dans mon monde, je les ai marqué comme mon bétail. Ils ont maintenant la clé pour venir dans mes ténèbres, pour défier la Peur et lui succomber. Les rêveurs, les courageux, les téméraires, ils vont tous être à moi. Je suis patient, je n’ai pas besoin que ça aille vite.<br />
<br />
Et quand à vous qui lisez, pensant être à l’abri derrière votre écran… oui vous là : ne tournez pas la tête, vous risqueriez de me voir.<br />
<br />
Oh ça vous tente hein ? Ou bien est-ce que ça vous effraie ? Êtes-vous en train de vous dire que vous n’allez pas faire quelque chose d’aussi puéril que croire une histoire ? Vous laissez manipuler ainsi ? Mais si vous ne bougez pas, si vous ne tournez pas la tête, ne risquez-vous pas de me laisser un peu trop de champ libre ? Ne sentez-vous pas cette main sur vos épaules ? Ce souffle de la peur qui glisse à vos pieds et qui monte, qui monte… ?<br />
<br />
En tout cas si j’étais vous, je me méfierai en éteignant la lumière ce soir… qui sait ce qu’on trouve au fin fond des tréfonds ?]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[(TRIGGER WARNING : ce texte là est assez violent et « graphique » comme on dit, donc attention aux âmes sensibles…)
Les damnés des tréfonds

Il était à peine 8h ce matin-là lorsque toute cette histoire commença.

C’était un mardi froid d’automne, baigné çà et là par un écho de soleil. Dans le wagon du train qui filait, on entendait que le clac clac des roues et le sifflement du vent. Chacun était dans sa petite bulle, les uns les yeux rivés sur l’écran de leurs smartphones, les autres en train de lire, d’écouter de la musique ou simplement en train d’essayer de grappiller quelques minutes de sommeil en plus à ce diable de Morphée.

Dehors le paysage défilait dans l’ombre de la nuit qui ne semblait jamais vouloir finir. Des maisons anonymes que les passagers avaient vu des centaines de fois mais dont ils ne franchiraient jamais le seuil, des bâtiments dont ils connaissaient la couleur du moindre tag, et des silhouettes anonymes qui passaient avant de disparaître à tout jamais, c’était ça le décor quotidien, rassurant et un peu triste de tous ses passagers.

Cette ligne de banlieue, en service depuis plus de 25 ans, faisait circuler des milliers de personnes chaque jour, sans que quiconque n’y voit de quoi s’extasier. Et pourtant, quel prodige de pouvoir aller si vite, si loin et pour un prix si dérisoire… Mais à faire cela tous les jours, le charme avait disparût depuis bien longtemps. Il en était ainsi des choses de la vie qui s’enlise dans le quotidien pour y devenir fade et terne.

Le train venait de repartir : c’était le dernier arrêt avant d’atteindre la ville à proprement parler. Il restait moins de 6km à parcourir, le tunnel à franchir, et finalement l’arrivé à la première station intra urbaine, principal point de chute pour quasiment 40% des passagers.

Le paysage défilait encore, lancinant, blafard, tandis que la pale lumière du jour semblait céder à l’ombre. Les passagers, repliés sur eux-mêmes, sans un regard les uns pour les autres, formaient un bien étrange tableau ou chacun cherchait à ne surtout pas s’approcher des autres, à bien rester dans sa bulle et à se convaincre que cette attitude était on ne peut plus respectueuse.

C’est si facile de cacher du dédain…

Lancé à environ 70km/h le train commença à ralentir à l’approche du tunnel. Les passagers connaissaient par cœur le parcours : lorsqu’ils pouvaient voir le grand panneau Coca-Cola sur la façade d’un des immeubles au loin, c’est que le train était sur le point de freiner pour prendre un léger virage à gauche et s’enfoncer dans le tunnel. Durant 3 à 4 min, ça dépendait des jours, le wagon serait dans le noir, simplement éclairé par l’affichage des téléphones et les éclairages de la cabine encore en état de marche.

En regardant par le côté gauche du train, les passagers pouvaient apercevoir un autre train, arrivant de l’Est, progresser en parallèle à côté d’eux. C’était comme un miroir où en regardant bien, chacun pouvait trouver son équivalent. Le jeune étudiant, casque sur les oreilles; le cadre dynamique, avec son petit attaché case; ou l’anonyme usager qu’on ne sait pas trop situer d’un regard… tous étaient de l’autre côté, dans ce train miroir qui semblait serpenter, comme s’il accomplissait une danse, s’approchant ou s’éloignant de son « reflet ». Après quelques instants, le train miroir partait dans l’ombre du tunnel et disparaissait à jamais.

Mais pas cette fois.

Malheureusement, pas cette fois.

Les deux trains freinèrent violemment. Immanquablement, des deux côtés, des personnes furent secouées et manquèrent de tomber. Elles se rattrapaient comme elles le pouvaient, ou bien étaient retenue par d’autres passager mieux agrippé aux barres et suffisamment soucieux d’aider leurs contemporains a ne pas chuter.

Aussitôt après, un message du conduc]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 18 Oct 2015 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-10-18T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 12 : Gentleman cambrioleur #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep12/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Gentleman cambrioleur<br />
<br />
Comment qualifier la journée que venait de passer Camille, jeune cadre dans une des entreprises les plus côté du CAC40 ? Difficile à dire vu le manque de mot pouvant décrire avec assez de précision tous les aléas que furent les siens au court de ce laps de temps pourtant pas si long qu’est une journée de travail.<br />
<br />
Tout avait commencé par un train annulé la faisant arrivé 1h en retard (heure qu’elle devrait évidemment rattraper en fin de journée pour compenser) puis ensuite s’était au tour de l’humeur massacrante du directeur, Monsieur Marla, d’entrer en scène, tout cela en faisant le travail de sa collègue Lucia qui était tombée malade, et ce bien évidement un jour d’affluence (parce que le vendredi forcément tout le monde se pressait).<br />
<br />
Et afin de parfaire une journée absolument détestable, elle avait perdue 3 heures de travail à cause de ce satané ordinateur qui soudainement décida qu’il était temps pour lui de faire une mise à jour, obligeant la jeune femme à tout reprendre. Résultat, il était maintenant presque 22h, et Camille à bout de force n’avait plus qu’une envie : rentrez chez elle.<br />
<br />
Sacrée début pour un vendredi soir !<br />
<br />
Elle traversa le grand open space vide bercé par le ronron des ordinateurs en veille et éclairé par les puissants néons du gigantesque affichage publicitaire situé sur l’immeuble d’en face. Son sac sous le bras crépitait de tous les petits objets qu’elle entassait compulsivement dedans : Rouge à lèvre, brosse, paquet de mouchoir, petit nécessaire de couture, batterie de secours pour son portable, un gros agenda, quelques carnets Moleskine, une bonne dizaine de stylo en tout genre…<br />
<br />
Bien entendu, un tel paquetage lui fit perdre quelques instants devant la porte le temps de mettre la main sur son badge qu’elle mit presque 2 minutes à retrouver. Le précieux sésame en main, elle le pointa sur le capteur encastré dans mur : le voyant d’état passa au vert et on entendit le loquet électromécanique libérer la porte qu’elle put enfin ouvrir.<br />
<br />
C’est alors qu’elle tomba alors nez à nez avec un homme tout vêtu de noir portant une cagoule ne laissant voir que ses yeux. Il avait un genou à terre et était en train de démonter le capteur de la porte qui se trouvait de l’autre côté. Camille et lui restèrent une demi seconde perplexe, ne sachant ni l’un ni l’autre ce qui se passait.<br />
<br />
Ou comment réagir.<br />
<br />
L’homme fût le plus rapide : il dégaina un pistolet qui se trouvait dans le grand sac posé à ses pieds et le pointa dans la direction de Camille tout en l’intimant à se taire d’un geste du doigt accompagné d’un « chuuuut » plus sifflé qu’articulé. Méthodiquement, il ramassa ses affaires, entra dans le bureau et referma la porte tout en maintenant son arme pointé sur la jeune femme.<br />
<br />
D’une voix ferme, mais pas forcément agressive, l’homme cagoulé lui ordonna :<br />
<br />
« Avancez ! »<br />
<br />
Effrayée, Camille ne sachant plus quoi faire obtempéra docilement. Ils se rendirent ainsi jusque dans le grand open space : l’homme se mit alors à chercher quelque chose du regard.<br />
<br />
« C’est où le bureau du directeur ?<br />
– Pardon ?<br />
– Le bureau de votre boss, c’est lequel ? »<br />
<br />
En guise de réponse, Camille pointa du doigt un bureau fait de grandes vitres opacifiées. Toujours sous la menace de son arme, l’homme lui intima d’aller vers cette direction et de lui ouvrir la porte. Une fois cela fait, il la fit rentrer dans le bureau, puis lui ordonna de s’asseoir sur une chaise qui se trouvait dans le coin de la pièce.<br />
<br />
Camille obtempéra de nouveau et en silence. L’homme à la cagoule sorti alors de son sac une paire de menotte qu’il lui tendit :<br />
<br />
« Attachez-vous avec ça… euh : non attendez »<br />
<br />
L’homme retira alors deux bandes de poignet qu’il portait avant de les donner à Camille<br />
<br />
« Mettez ça : vous aurez moins mal<br />
– Merci…  » Répondit timidement la jeune femme.<br />
<br />
Elle enfila les bandes souples et serra une des menottes sur son poignet gauche. Elle s’apprêtait à faire de même sur son poignet droit lorsque l’homme à la cagoule l’interrompit :<br />
<br />
« Non attendez, je suis désolé je me suis trompé : asseyez-vous plutôt par terre et attachez l’autre menotte à la canalisation là<br />
– Vous êtes sérieux ?<br />
– Euh… oui<br />
– Alors pourquoi m’avoir dit de m’asseoir ici ?<br />
– Et bien en fait je pensais vous attacher à la chaise mais elle n’offre pas vraiment d’accroche. Du coup dans les parages il n’y a l’air d’avoir que cette canalisation qui ferait l’affaire.<br />
– Ça ne passera jamais » répondit Camille avec assurance<br />
– Mais si voyons<br />
– Regardez ! Vous voyez bien que je ne peux pas refermer ? »<br />
<br />
Camille mis un genou à terre et passa la menotte comme lui avait demandé l’homme à la cagoule, et effectivement il n’était pas possible de refermer l’articulation de la menotte car celle-ci coinçait contre le tube de PVC.<br />
<br />
« Hum… c’est fâcheux » dit l’homme à la cagoule « et si vous essayez sur ce truc-là ?<br />
– Quel truc ?<br />
– Là : celui là<br />
– Le pied de la commode ?<br />
– Ça pèse son poids un truc pareil : je doute que vous soyez capable de la soulever pour vous libérer »<br />
<br />
Camille obtempéra, s’installa par terre jambes tendues, puis fixa la seconde menotte au pied de la commode. Effectivement, il n’y avait aucune chance qu’elle puisse lever le lourd meuble de chêne, d’autant plus qu’il était rempli de dossier constituant une lourde masse de papier.<br />
<br />
« Satisfait ? » demanda la jeune femme<br />
– Nickel ! Et vous, vous êtes bien installée ?<br />
– C’est une blague ?<br />
– Non non je suis sérieux. Moi vous savez je fais un job bizarre, mais ça n’empêche pas un peu de savoir vivre ! »<br />
<br />
Camille leva les yeux au ciel et laissa échapper un soupir.<br />
<br />
L’homme à la cagoule s’installa sur la chaise de bureau plein cuir du directeur et savoura l’instant, se rêvant sans doute le temps d’un instant dans les chaussures d’un grand patron, puis retourna à sa mission. Il tira de son sac un petit boitier qu’il brancha sur l’ordinateur puis fit quelques manipulations. Le boitier s’alluma, et un petit voyant rouge se mit à clignoter dessus. L’homme à la cagoule s’adressa alors à Camille tout en continuant ses réglages :<br />
<br />
« N’ayez pas peur » dit-il d’une voix se voulant rassurante « je ne vous ferais pas de mal. J’ai fait semblant de vous menacer tout à l’heure. Regardez mon arme sur la table : le bout rouge sur le canon ça veut dire que c’est une arme factice »<br />
<br />
Camille resta silencieuse.<br />
<br />
« Je sais que vous avez dût avoir très peur, mais je ne voulais pas risquer qu’on me dérange dans mon travail<br />
– C’est quoi votre travail ? » demanda la jeune femme en regardant l’homme du coin de l’œil<br />
– Oh… c’est tout bête : je suis censé récupérer ce qu’il y’a la dedans<br />
– Vous êtes une sorte de pirate informatique ?<br />
– Pas vraiment : je sais à peine allumer ce truc-là. Nan moi je suis de l’ancienne école, je rentre, je fouille, je trouve ce qu’on me demande et je disparais. Personne ne me voit, personne ne sait que je suis venu… enfin en principe ! »<br />
<br />
L’homme à la cagoule laissa échapper un petit gloussement, mais la réaction froide de Camille lui coupa l’envie de continuer. Il retourna à ses réglages, prit le clavier de l’ordinateur et tapa quelques commandes qu’il avait noté sur un petit carnet dont il lisait méticuleusement chaque ligne en s’aidant du doigt.<br />
<br />
« Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? » demanda soudainement Camille avec candeur.<br />
– Hein ? Oh ! Pour tout vous dire je n’y ai pas réfléchit… mais je ne vous ferai pas de mal soyez en sûr !<br />
– Vous mentez… » dit la jeune femme avec un début de sanglot dans la voix « vous dites ça pour que je me tienne tranquille et après vous me tuerez ! Peut-être même qu’avant vous abuserez de moi !<br />
– Mais non voyons ! Jamais… je suis un voleur : pas un assassin ou un violeur ! Croyez-moi ! »<br />
<br />
La jeune femme se replia sur elle-même et resta silencieuse.<br />
<br />
L’homme à la cagoule continua son travail jusqu’à ce qu’apparaisse à l’écran une barre de chargement, signe que son matériel était en train de traiter les données qu’il était venue récupérer.<br />
<br />
 » Voila… maintenant ça va se faire tout seul » dit-il triomphant « écoutez-moi : je ne suis pas là pour vous faire du mal, vous avez joué de malchance c’est tout. Mais ça n’est pas grave. Quand j’aurai fini je partirai et c’est tout »<br />
<br />
Camille resta figée, sanglotant, la tête entre les jambes.<br />
<br />
« Vous… vous pleurez ? Oh mon dieu je suis désolé… quel idiot je suis : évidement que ça vous ferait peur le coup du flingue ! S’il vous plait mademoiselle, dites-moi votre prénom<br />
– C’est… c’est Camille<br />
– C’est un joli prénom ça… moi je m’appelle Eric. Vous savez Camille, les tueurs quand ils ont des otages, ils ne leurs demandent jamais leur prénom. Vous savez pourquoi ?<br />
– Non ?<br />
– Parce que tant que vous n’avez pas de prénom vous n’êtes pas une personne dans leur esprit, c’est plus difficile pour eux de vous faire du mal s’ils savent qui vous êtes. Alors maintenant que je connais votre prénom, ça va être plus dur de songer à vous faire du mal.<br />
– Ce n’est pas bête » dit Camille en retenant ses larmes « mais maintenant je connais votre prénom alors vous pourriez vous dire que vous devez m’éliminer pour effacer vos traces ? »<br />
<br />
Eric fut pris de court, il pensait que son explication calmerait Camille, mais finalement il n’avait fait que lui donner plus de grain à moudre. Il essaya de se rattraper au plus vite :<br />
<br />
« Je… je suis pas d’accord. Si ça se trouve c’est juste un faux nom que j’ai donné pour avoir l’air moins…<br />
– Moins quoi ?<br />
– Et bien vous savez : moins menaçant. Eric c’est un prénom passe partout… rassurant ! Combien vous connaissez d’Eric ?<br />
– Au moins 3…<br />
– Et bien vous voyez, c’est colossal, je peux être n’importe qui. Je suis peut-être même un des Eric que vous connaissez si ça se trouve ?<br />
– Vous m’avez dit que ce n’était pas votre prénom ! » répondit Camille encore plus paniquée<br />
– Mais non voyons ! C’était pour l’exemple ! Pour détendre l’atmosphère<br />
– C’est pour l’exemple ou pour l’atmosphère ! Vous vous rendez compte que ça n’a rien à voir ? »<br />
<br />
Léger silence. Camille reprit d’une voix faible, presque pour elle-même :<br />
<br />
« Vous essayez de m’embrouiller pour que je reste confiante… que je pense que je vais m’en sortir…<br />
– Camille écoutez… euh… vous permettez que je vous appel Camille ? »<br />
<br />
La jeune femme acquiesça de la tête.<br />
<br />
« J’en ai pour quelques minutes avec ce truc-là : une fois fini je récupère mon matos et je m’en vais ! Promis vous ne me reverrez plus, et vous pourrez rentrer chez vous »<br />
<br />
Camille se mit à sangloter<br />
<br />
« Vous allez me laisser mourir ici !<br />
– Mais non voyons ! Enfin réfléchissez : y’a bien quelqu’un qui va venir et qui vous détachera ! Je laisserai la clé des menottes sur la table bien en évidence, comme ça vous serez rapidement libérée<br />
– Et si personne ne vient ! La belle affaire si la clé est là si je suis attachée à la regarder tandis que j’agoniserai de faim et de soif ! »<br />
<br />
Eric marqua un instant de réflexion :<br />
<br />
« J’avoue que je n’y avais pas pensé… c’est vrai qu’il n’y aura personne ici avant lundi. Vous savez quoi ? Je vais fouiller un peu : je trouverais bien une bouteille d’eau et à manger dans un distributeur : Y’a quelque chose qui vous ferait plaisir en particulier ? »<br />
<br />
Camille pose son index sur son menton tout en regardant vers le haut<br />
<br />
« Hum… des sandwichs ça serait bien… et puis un paquet de chips.<br />
– Les chips c’est plein de sel : ça va vous donner soif<br />
– Vous avez raison : à chaque fois que j’en mange je dois boire des litres avant de… »<br />
<br />
Camille s’arrêta soudainement de parler, comme frappée par une idée qui la plongea dans l’effroi<br />
<br />
« Camille ? Ça va ?<br />
– Oh non… non non non non non !<br />
– Qu’est ce qui se passe ?<br />
– Si je bois il faudra bien que j’aille aux toilettes ! Comment je vais faire ? Je ne pourrais jamais me retenir ! »<br />
<br />
Eric laissa échapper un soupir, content d’entendre que ce n’était « que ça »<br />
<br />
 » Ouf ! L’espace d’un instant vous m’avez fait peur !<br />
– Il a de quoi ! Non mais vous imaginez : la police qui arrive, les gens qui rentrent dans le bureau, et moi qui suis assise par terre dans mes collants souillés ! Je préfère prendre une balle dans la tête ! »<br />
<br />
Eric esquissa un sourire :<br />
<br />
« Dites, vous avez vu ? Vous ne pensez plus que je vais vous tuer maintenant : c’est plutôt un progrès non ?<br />
– Quoi ?<br />
– Vous vous inquiétez parce que vous croyez que je vais vous laisser, donc ça veut dire que vous ne pensez plus que je vais vous tuer »<br />
<br />
Camille assimila l’idée et tourna un peu la tête au fur et à mesure qu’elle réalisait.<br />
<br />
« Ah oui… c’est fou ça ! Comme quoi on s’inquiète d’un rien alors qu’en fait… mais du coup ça veut dire que vous comptez réellement m’abandonner ici !<br />
– Naaaan ! Je vous jure. Ecoutez, je vous propose une chose : quand je sortirais, je retourne à ma planque et…<br />
– C’est où votre planque ?<br />
– C’est… hein ? Mais pourquoi vous me demandez ça ?<br />
– Comme ça. Pour m’imaginer un peu mieux la scène je suppose… me faire une idée du temps que sa vous prendra…<br />
– Mais vous voulez que je vous indique l’endroit ou bien que je vous le décrive ?<br />
– Ça dépend : si c’est un endroit que je connais, je pourrais me l’imaginer de suite, mais il vaudra quand même mieux que vous me le décriviez. Et si je ne sais pas où ça se trouve l’idéal serait de me situer ça en indiquant quelques chose de connu juste à côté.<br />
– Et bien c’est…<br />
– Oh non attendez ! Que je suis bête : si vous me dites où c’est, vous allez devoir me tuer pour ne pas que je révèle l’endroit »<br />
<br />
Eric se tapa le front comme si c’était une évidence qui lui avait échappée<br />
<br />
 » Mais oui : Ah bon sang que je suis distrait ! Heureusement que vous avez de la présence d’esprit parce que moi j’aurais complètement fait l’impasse sur ce détail. Je suis même sur que distrait comme je suis en ce moment, j’aurais oublié de vous tuer en partant… »<br />
<br />
Le regard de Camille se crispa, Eric réagit aussitôt :<br />
<br />
 » Non mais de toute façon je n’aurais pas pu vous tuer donc du coup j’aurai eu un très gros problème !<br />
– Vous auriez été obligé de me kidnapper.<br />
– Ah bon ? Mais pourquoi ? »<br />
<br />
Camille laissa échapper un soupir comme si elle devait expliquer l’évidence :<br />
<br />
« Parce que cette information est gênante pour votre sécurité, et peut être même pour votre commanditaire : il pourrait exiger votre tête si jamais cela risquait de faire remonter la police jusqu’à lui »<br />
<br />
Eric était consterné<br />
<br />
« Mince… c’est vrai que du coup là je suis dans le pétrin ! Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas vous tuer : mon arme c’est même pas une vraie ! »<br />
<br />
Camille fit un geste apaisant de la main<br />
<br />
« Calmez-vous Eric, ça n’est surement pas si compliqué que ça. Déjà votre commanditaire il vous connait ?<br />
– bah oui<br />
– Ne dites pas ça comme si c’était la chose la plus naturelle du monde : les vrais pros restent incognito même auprès de leurs clients<br />
– Vous en avez de bonne : comment je fais pour trouver du boulot si personne me connait ?<br />
– Hey : c’est à moi de vous apprendre votre boulot ? » dit Camille en s’énervant<br />
– Pardonnez-moi… »<br />
<br />
Eric se laissa glisser à terre à côté de Camille<br />
<br />
« Je suis vraiment un looser ! »<br />
<br />
La jeune femme posa sa main libre sur le bras d’Eric pour le consoler :<br />
<br />
 » Allez : soyez pas si dur avec vous-même. Vous devez juste monter en compétence<br />
– Vous êtes gentille…<br />
– Mais non voyons : c’est toujours pareil avec les patrons, ils veulent que vous ayez des années d’expérience, mais ils ne veulent surtout pas que vous la fassiez chez eux !<br />
– Bah vous savez j’ai quand même fait quelques coup mine de rien, je suis pas un débutant<br />
– Vous allez me faire croire que vous avez déjà fait des cambriolages avec prise d’otage et kidnapping ?<br />
– Non, effectivement… Mais bon le métier à tellement changé aussi !<br />
– Ah bon ? Racontez moi<br />
– Je vais pas vous embêter avec mes problèmes : vous êtes déjà super coopérative<br />
– Mais non voyons ça ne m’embête pas : et puis c’est moi qui vous demande.<br />
– D’accord… bah en fait quand j’ai commencé, c’était à une époque où les gens du métier avaient encore un code d’honneur. C’était presque de la chevalerie !<br />
– Ouais… enfin vous voliez les gens quand même ?<br />
– Ah bah oui c’est pour ça que c’était « presque » de la chevalerie.<br />
– Et donc ?<br />
– Et ben je sais pas trop pourquoi mais avec le temps ça a fini par se perdre. Les boss recrutent maintenant des gamins qui ont fait leurs armes sur des jeux vidéo hyper violent et qui agissent comme des véritables malades !<br />
– C’est violent les jeux vidéo<br />
– Je m’en veux un peu de dire ça parce que c’est un avis très réducteur sur un média qui… enfin bref, ce que je voulais dire c’est que les jeunes, déjà ils sont tous ultra sportif, et en plus ils jouent pas selon les règles. Mais le pire c’est qu’ils sont à fond sur Internet et tous ces trucs-là, et moi bah… j’y arrive pas<br />
– Oula forcement, si vous faite les petites annonces du journal du coin pour vos contrats vous ne devez pas crouler sous les demandes<br />
– Je fonctionne sur le bouche à oreille. J’ai une clientèle d’habitué, et puis des fois je fais des petits jobs à mon compte.<br />
– Ah qu’est-ce que j’aimerai bosser à mon compte : mais c’est quand même plus sécurisant d’avoir un patron.<br />
– Oui mais est-ce qu’au final c’est si bien que ça ?<br />
– Nan pas tellement. Vous au moins vous avez la liberté, et ça n’a pas de prix. »<br />
<br />
Camille mit une tape amicale sur l’épaule d’Eric avant de reprendre avec dynamisme :<br />
<br />
 » Accrochez-vous Eric, vous allez y arriver comme un chef ! J’en suis certaine »<br />
<br />
Galvanisé, Eric se releva et vérifiera l’écran d’ordinateur<br />
<br />
« 50% : aller c’est bon c’est bientôt bouclé »<br />
<br />
Sentant qu’il tenait bien les choses en main, Eric reprit confiance en lui. Camille demanda alors :<br />
<br />
 » Dites donc Eric ? Tout à l’heure vous étiez en train d’évoquer votre plan avant que je ne vous coupe<br />
– Oh oui ! Je parlais de ma planque et j’ai perdu le fil<br />
– Désolé de vous avoir coupé<br />
– Non, c’est pas grave : j’avais encore l’idée en tête<br />
– Alors du coup c’était quoi ?<br />
– Et bien je sors, je file à ma planque… »<br />
<br />
Eric s’interrompit. Camille lui fit un signe de la main pour lui faire comprendre qu’elle n’insistera pas plus la dessus. Il reprit :<br />
<br />
« … et une fois la bas j’appelle la police pour les prévenir que vous êtes ici ! »<br />
<br />
Camille fit la moue<br />
<br />
« Erreur de débutant… Eric voyons : Ils vont retracer l’appel et retrouver votre planque ! Vous tenez vraiment à vous faire prendre ?<br />
– Quoi ils peuvent faire ça ?<br />
– Mais oui : vous ne regardez jamais « les Experts » ?<br />
– Je ne suis pas très télé… je préfère lire<br />
– Ah bon ? C’est pas banal ça : c’est tellement rare les gens qui aiment lire ! » répondit Camille agréablement surprise<br />
– Pour sûr : dans mon entourage je ne connais personne qui lit régulièrement !<br />
– Mais pourtant dans les romans policiers ça se fait souvent ce que je viens de vous décrire<br />
– Je ne lis pas de polar, enfin très peu… Agatha Christie à la limite<br />
– Oui forcement les écoutes téléphonique ce n’était pas tellement dans l’air du temps à son époque…<br />
– Vous aimez lire vous ?<br />
– Énormément ! Je passe beaucoup de temps dans le train alors ça m’occupe agréablement… »<br />
<br />
Petit temps mort puis Camille reprit :<br />
<br />
 » C’est quoi votre genre favori ? »<br />
<br />
Eric répondit un peu honteux :<br />
<br />
« Vous allez rire, mais j’adore les textes de théâtre…<br />
– Ha non : jamais je ne moquerai ! C’est très bien le théâtre. Forcément sans l’interprétation des acteurs ça demande un peu plus de travail au lecteur, mais c’est sans doute ce qui fait son charme<br />
– Oui, c’est tout à fait ça ! Ah si vous saviez comme je suis content de tomber sur quelqu’un qui comprend ma passion !<br />
– C’est d’autant plus drôle que… franchement ce que nous vivons c’est un peu du vaudeville ?<br />
– Je me faisais justement la réflexion ! Je m’attends à trouver un amant en caleçon dans le placard d’à côté ! »<br />
<br />
Camille et Eric échangèrent un éclat de rire<br />
<br />
« Et vous Camille, c’est quoi que vous aimez lire ?<br />
– Et bien puisque vous avez été honnête, et je vous en remercie, j’en ferai de même !<br />
– Oula… on dirait que vous allez me dire quelque chose d’encore plus bizarre que le théâtre !<br />
– J’avoue… en fait mon péché mignon, ce sont les fanfics !<br />
– Les fanfics ? C’est quoi ça ?<br />
– Quoi ? Vous ne connaissez pas les… ah bah oui ! Suis-je bête ! Forcément si vous n’êtes pas à l’aise avec Internet ça vous est forcément passé sous le nez !<br />
– C’est des romans sur Internet ?<br />
– Hum… nan pas vraiment. Ce sont des histoires de fans.<br />
– Mais de fans de quoi ?<br />
– Et bien justement de tout et rien. Ça peut être des films, des séries télé, des dessins animées…<br />
– Attendez y’a des gens qui écrivent des romans sur des dessins animées ? »<br />
<br />
Eric sembla mettre un petit instant à assimiler l’information.<br />
<br />
« Bordel… je suis vraiment à la traîne ! C’est décidé dès que je touche ma prime de mission je me paye une super connexion Internet ADSL…<br />
– Fibre plutôt : l’ADSL c’est dépassé<br />
– Et voilà ! Encore un truc où je suis plus dans le coup ! Vraiment Camille je vous remercie de votre patience…<br />
– Mais non voyons, c’est normal : quand on ne sait pas on ne peut pas inventer.<br />
– Dites : ça serait possible que je vous recontacte pour le jour où je voudrais prendre tout ça ?<br />
– Je ne comprends pas…<br />
– Bah en fait vous avez l’air de vous y connaitre, du coup ça m’arrangerai bien si vous pouviez venir avec moi à la boutique pour acheter tout ça… j’ai peur que le vendeur me baratine.<br />
– Euh… ça serait avec plaisir mais… « <br />
<br />
Eric réalisa alors ce qu’il venait de dire :<br />
<br />
« Non mais je n’aurais pas de cagoule hein ! Je serai en civil<br />
– Et vous ne voyez pas le problème ?<br />
– Bah non<br />
– Bah du coup je vais voir votre visage !<br />
– Et alors ? »<br />
<br />
Camille laissa à son interlocuteur le temps de comprendre :<br />
<br />
« Oh….<br />
– Bah oui !<br />
– Oui mais si je vous contacte une fois mon contrat fini ?<br />
– C’est vrai qu’à ce moment-là vous n’aurez plus votre restriction contractuelle de m’éliminer<br />
– De toute façon même si je l’avais eu j’aurai été incapable de le faire…<br />
– Oh vous auriez bien trouvé dans le bureau quelque chose pour me défoncer le crane. Moi si je devais le faire je me servirai du massicot qui est dans le bureau de la secrétaire.<br />
– C’est quoi un massicot ?<br />
– C’est une machine qui sert à trancher le papier à angle droit. On en a un gros modèle qui doit être largement assez puissant pour trancher une tête<br />
– Mais c’est horrible !<br />
– Mais non voyons je plaisante Eric, moi non plus je ne pourrais pas faire ça ! »<br />
<br />
Un bip retenti sur l’ordinateur :<br />
<br />
« Ah : ça c’est bon signe ! » Dit Eric en se dirigeant vers le bureau « Et c’est… hein ? Comment ça erreur système ? Mais ça veut dire quoi ça encore ? Et pourquoi l’écran il est tout bleu ?<br />
– Ah ! Ça vous le fait aussi : j’ai eu exactement ça cet après-midi !<br />
– Vraiment ?<br />
– Oui, c’était suite à une mise à jour et après ça mon pc a pas arrêter de faire des siennes. Les mecs de la maintenance informatique ont passé une demi-heure à tout remettre en place !<br />
– Une demi-heure ? Et ben on est pas sorti ! Et vous pensez que je peux les appeler là ?<br />
– A cette heure-ci ? Faut pas rêver mon cher Eric : c’est vendredi et les geek sont depuis longtemps chez eux en train de regarder leur série favorite… ça ou bien un porno…<br />
– Mais peut être que vous vous rappelez de comment ils ont fait ?<br />
– Hum… oui je pourrais. Sauf que… »<br />
<br />
Camille leva son bras aussi haut que lui permettait à la menotte<br />
<br />
« Oh bien sûr ! » sursauta Eric en commençant à palper ses poches à la recherche de la clé.<br />
<br />
Il détacha la jeune femme et l’aida à se relever, puis tel un serveur de restaurant chic tira le fauteuil pour qu’elle puisse s’y asseoir. Camille se glissa à la place de son patron avec délice : cette transgression avait un goût d’interdit presque excitant.<br />
<br />
Elle retira la bande de poignet qu’elle tendit ensuite à Eric :<br />
<br />
« Au fait merci pour ça : très efficace »<br />
<br />
Puis elle fit craquer ces doigts avant de démarrer. Avec une assurance qui bluffa notre voleur, Camille redémarra l’ordinateur puis entra dans la base de registre du système. Elle modifia plusieurs entrées et termina par un redémarrage global. Eric était pantois :<br />
<br />
« C’est… c’est dingue ! Vous avez fait ça en même pas 5min… Et tout ça de tête ?<br />
– Oui je sais : je suis douée que voulez-vous ! » répondit Camille faussement vantarde « En fait je m’étais noté la manip dans mon calepin parce que je savais que le bosse allait me faire suer avec ça… et du coup j’ai tout retenu<br />
– C’était vraiment impressionnant en tout cas… bon par contre moi je suis bon pour tout recommencer !<br />
– Justement, je voulais vous demander : c’est quoi exactement ce que vous cherchez ?<br />
– En réalité je ne sais pas vraiment : c’est un contrat donc je laisse surtout faire la machine<br />
– La machine ?<br />
– Le petit boitier là<br />
– C’n’est pas à vous ?<br />
– Non c’est le commanditaire qui me l’a fait envoyer. Après j’ai eu un petit briefing par téléphone avec la façon de le faire marcher, c’est pour ça que j’ai pris plein de notes.<br />
– Oh je vois : c’est sacrément bien préparer dites donc !<br />
– Et oui ! Je sais que je n’en ai pas l’air mais je fais un job de haute volée<br />
– Désolé si j’ai pu vous vexer…<br />
– Ce n’est pas grave »<br />
<br />
Camille resta un instant à fixer les yeux d’Eric. Ils étaient minuscules, mais très brillants (ou alors c’était la cagoule qui donnait cette impression). Elle essaya de deviner à quoi il pouvait ressembler, puis cessa en se disant que le mystère ajoutait du charme à la situation. Elle se leva de la chaise sans un mot, prit la menotte sur le bureau et commença à se réinstaller par terre.<br />
<br />
« Que… qu’est-ce que vous faites ? » demanda Eric<br />
– Bah je vous laisse la place ?<br />
– Oui mais pourquoi vous vous remettez par terre ?<br />
– Quoi ? C’est pas ce que vous vouliez ?<br />
– Si… euh… enfin ce n’était pas obligé : je vous fais confiance<br />
– Et voilà : encore de l’amateurisme ! Eric vous devez être plus prudent que ça !<br />
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai loupé ce coup-là ?<br />
– Imaginez qu’en réalité je vous ai fait tout un numéro de charme pour vous mettre en confiance et ainsi réduire votre vigilance ? À votre avis il se serait passé quoi ?<br />
– Euh… ah bah mince, maintenant que vous le dites c’est évident que j’ai été bien nigaud sur ce coup !<br />
– Exactement ! Vous auriez pu finir avec un grand coup de massicot dans le dos ! Enfin à mon avis j’aurais utilisé autre chose parce que sortir, prendre ce gros machin et le ramener ici ça aurait été un peu idiot alors que rien qu’avec la lampe de bureau j’aurai pu vous sonner sans problème »<br />
<br />
Eric soupesa la lampe de bureau. Elle était en alliage de carbone, noire avec une forme très design qui la faisait ressembler au fanal d’un vaisseau spatial.<br />
<br />
« Mince : c’est sacrément léger ce truc !<br />
– Matériaux composites : le boss ne jure que par ce genre de connerie. Ceci dit c’est ultra solide : un jour je l’ai vu piller de la glace avec !<br />
– Sérieux ?<br />
– Ce type est non seulement un connard mais en plus il est vraiment dingue…<br />
– En tout cas c’est vraiment sympa à vous de ne pas avoir profité de l’occasion<br />
– Allons : pas de ça entre nous. Vous ne m’avez ni violée ni tuée, fallait bien que je vous renvoie l’ascenseur !<br />
– J’apprécie le fair play »<br />
<br />
Camille s’apprêtait à referme la menotte sur son poignet quand soudain elle s’arrêta. Eric la regarda avec inquiétude :<br />
<br />
« Un souci ?<br />
<br />
– Euh… en fait j’ose pas trop vous demander…<br />
– Pas de manière voyons : on se dit tout !<br />
– Vous pourriez me repasser votre bande pour le poignet ? C’était super confortable tout à l’heure et…<br />
– Ah mais oui ! Non mais c’est moi l’idiot : j’aurai dut tout de suite penser à vous la redonner ! »<br />
<br />
Eric tira la bande de sa poche et la lança à Camille qui l’attrapa avec adresse. Elle la passa à son poignet puis attacha de nouveau la menotte qu’elle avait déjà fixée sur le pied de l’armoire.<br />
<br />
Le voleur était retourné à son office et de nouveau la barre de chargement défilait. Par chance, tout n’était pas à refaire et le temps ainsi perdu serait minime. Eric profita de ce laps de temps pour explorer les bureaux à la recherche de victuaille qu’il pourrait laisser à Camille. Suivant les indications de la jeune femme, il trouva la salle de pause où trônait un énorme distributeur de produit en tout genre. Utilisant une tige métallique et un peu d’huile de coude, il déverrouilla le panneau d’ouverture du distributeur et pu ainsi se servir à sa guise.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva dans le bureau, les bras chargé de sandwich et de soda, il aperçut Camille, son sac sur les genoux et son téléphone à la main.<br />
<br />
« Mais… qu’est-ce que vous faites ! » dit-il en lâchant son butin.<br />
<br />
Il arracha le téléphone des mains de Camille et le lança de côté.<br />
<br />
« Vous avez appelé la police !<br />
– Hey ! Vous êtes pas bien ou quoi ? Vous croyez que j’ai les moyens de me payer un téléphone comme ça tous les jours ?<br />
– Ne changez pas de sujet !<br />
– J’étais en train de regarder les horaires de trains ! Avec vos conneries je vais devoir rentrer en taxi ! »<br />
<br />
Eric ramassa le téléphone et regarda l’écran. Camille était effectivement sur le site de la SNCF en train de consulter l’horaire des derniers trains. Penaud, il lui rendit son téléphone et s’assit par terre en face d’elle :<br />
<br />
« Je… je sais pas quoi dire Camille. J’aurai pas dû réagir comme ça…<br />
– Je pensais que vous me faisiez confiance… vous êtes bien un mec tiens !<br />
– Sans doute… j’suis vraiment une tache… »<br />
<br />
Eric tira alors sur sa cagoule et la jeta au loin. Il secoua sa tignasse blonde et se passa la main sur le visage dans un soupir. Il avait la trentaine, des traits fins et une petite barbe de trois jours plutôt sexy.<br />
<br />
« Mais… » murmura Camille « pourquoi vous avez enlevé votre cagoule ? Je connais votre visage maintenant !<br />
– Je sais… mais c’est pour vous prouver que je vous fais confiance… et puis parce que je commence à étouffer la dessous. Donc voilà : c’est ma tête ! »<br />
<br />
Camille ne savait plus quoi dire.<br />
<br />
« Vous savez Camille : j’ai pas souvent l’occasion de rencontrer des gens dans mon boulot. C’est assez solitaire comme activité. Alors je me dis que pour une fois que ça m’arrive avec quelqu’un de sympa… faut bien que je fasse quelques efforts !<br />
– C’est super chou ce que vous dites… Moi vous savez je bosses avec plein de gens toute la journée, mais vous êtes la seule personne qui m’ait traitée comme un être humain depuis longtemps<br />
– Ils sont si durs que ça dans votre job ?<br />
– Oh y’a pas qu’eux. A croire que le monde entier est un ramassis de connard égocentrique qui se pense tellement meilleurs que vous… Mais vous c’est pas pareil : vous vous écoutez, vous vous remettez en question, et surtout vous assumez vos choix… vous vivez à votre façon.<br />
– Ah… euh… c’est gentil dites donc. Enfin c’est pas aussi génial que ça vous savez hein…<br />
– Et en plus vous êtes modeste. Je vous trouve mignon… »<br />
<br />
Eric écarquilla les yeux. Aussitôt Camille réagit :<br />
<br />
« Euh je veux dire… le fait d’être comme ça c’est mignon ! Comme un enfant hein ? Voilà c’est mignon comme de regarder un chaton qui joue avec une balle ! »<br />
<br />
Le visage de la jeune femme s’empourpra.<br />
<br />
C’est alors que de tout au bout de l’open space, ils entendirent tout deux le claquement de la porte et un bruit de voix. Eric se glissa contre l’embrasure de la porte et jeta un coup d’œil.<br />
<br />
C’était le veilleur de nuit de l’immeuble qui en faisant sa ronde avait remarqué que le boitier de la porte avait été bricolé. Dans sa précipitation, Eric ne l’avait pas bien remis en place.<br />
<br />
Armé d’une puissante lampe torche et d’un talkie-walkie énorme, il commença à s’engager dans l’open space a la recherche d’intrus.<br />
<br />
« Bon sang ! » susurra Eric « c’est le vigile !<br />
– Vous êtes mal : s’il vous trouve ici ça va barder !<br />
– Qu’est-ce que je peux faire ?<br />
– Il fait quoi là ?<br />
– On dirait que… oui c’est ça : il est train d’inspecter les bureaux !<br />
– Profitez qu’il soit dans un des box pour sortir et fiche le camp discrètement !<br />
– Mais et vous ?<br />
– J’attirerai son attention en criant. Je lui ferai perdre du temps pour que vous puissiez filer ! »<br />
<br />
Eric et Camille regardèrent l’écran de l’ordinateur : il restait encore 6% à charger.<br />
<br />
« Je peux pas abandonner mon job aussi près du but…<br />
– Filez ! Je vous le rapporterai votre truc !<br />
– Vous êtes sûre ?<br />
– Mais oui : comme ça j’aurai l’occasion de voir votre planque » dit Camille avec un clin d’œil « Et puis de toute façon on va bien se revoir pour votre histoire d’Internet ? »<br />
<br />
Eric acquiesça. Il se pencha sur Camille et l’enlaça amicalement<br />
<br />
« Merci Camille…<br />
– De rien. Aller maintenant filez ! »<br />
<br />
Surveillant les mouvements du vigile, Eric aperçut une ouverture. A quatre pattes, il sorti du bureau tout en contournant la menace afin de se dissimuler derrière les positons de travail.<br />
<br />
Camille comptait lui laisser environ une minute. Fixant l’écran de son téléphone en guise de timer, elle prenait son souffle pour hurler à l’aide dès que l’affichage des minutes changerait.<br />
<br />
Mais pile à ce moment-là, Eric entra à nouveau dans le bureau, toujours à quatre pattes.<br />
<br />
« Mais qu’est-ce que vous faites là ? » demanda Camille qui était sur le point de crier<br />
– Vous allez rire : j’ai oublié de prendre vos coordonnées !<br />
– Ah oui mince !<br />
– On aurait eu l’air bête tiens !<br />
– Je vous le fait pas dire ! »<br />
<br />
Leur conversation attira l’attention du vigile<br />
<br />
« Hey ! y’a quelqu’un ? » hurla-t-il dans leur direction<br />
<br />
Camille et Eric échangèrent un regard. Ce dernier se précipita sur sa cagoule et commença maladroitement à la remettre. Avant que le vigile ne rentre, Camille empoigna Eric par le col, le tira vers elle et l’embrassa.<br />
<br />
La porte s’ouvrir avec violence tandis que le vigile allumait la lumière. Il observa la scène avec stupéfaction.<br />
<br />
« Bon sang de… mais qu’est-ce que…<br />
– Oh mince… » murmura Eric<br />
<br />
Camille se serra contre lui tout en tirant son badge de sa poche :<br />
<br />
« Bonsoir monsieur… euh je travaille ici et… bon bah je vais pas vous faire un dessin : moi et mon p’tit copain on… enfin vous voyez quoi !<br />
– Mouais… je vois ça ! » répondit le vigile à la fois sérieux et amusé<br />
– S’il vous plait monsieur : dites rien à mon patron ! On prend nos affaires et on dégage tout de suite, promis on recommencera plus ! »<br />
<br />
Le vigile remarqua alors la cagoule à demie enfilée sur la tête d’Eric et la menotte attachée au poignet de Camille. Il esquissa alors un sourire polisson :<br />
<br />
« Ha ha ha… sacrée bon sang de bois, décidément vous les jeunots vous savez plus quoi faire pour vous amuser… aller je passe l’éponge pour cette fois. Mais la prochaine fois que vous avez des fantasmes de ce genre, contentez-vous de louer un film et venez pas faire de cochonnerie pendant que c’est mon tour de garde »<br />
<br />
Camille et Eric remercièrent le compatissant vigile et promirent de filer droit. Une fois la jeune fille détachée, ils prirent leur affaires (et Eric son boitier) avant de sortir de l’immeuble en demandant une fois encore au vigile de les excuser.<br />
<br />
Une fois dans la rue, dans l’humide froid automnale, Eric remercia à nouveau Camille :<br />
<br />
« Vous avez assurée : j »en reviens pas ! J’ai eu la trouille de ma vie ! J’ai cru que cette fois j’étais cuit pour de bon !<br />
– Bah… je sais que je devrais pas forcément m’en vanter mais c’est pas la première fois que je me retrouve dans cette situation donc…<br />
– Quoi ? Vous avez déjà été…<br />
– Mais non soyez pas bête : je veux dire que je me suis déjà faite surprendre au bureau en train de flirter<br />
– Mais on flirtait pas là ? Hein ?<br />
– Et bien… pas vraiment ! je veux dire… si je vous ai… enfin c’était pour donner le change hein !<br />
– Oui oui bien sûr ! je voulais pas insinuer que…<br />
– Euh… »<br />
<br />
Tous les deux se regardèrent du coin de l’oeil, incapable de se fixer plus franchement.<br />
<br />
« Du coup… on se fait ça comment pour votre Internet ? » demanda Camille<br />
– Et bien, je livre le disque demain vers 11h, donc pourquoi pas l’après midi ?<br />
– Un samedi ? vous êtes dingues, ça va être noir de monde on va attendre des plombes. Et puis je suis pas disponible : j’ai rendez vous avec une copine.<br />
– Oh… bah après demain alors ?<br />
– Dimanche ?<br />
– Ah bah oui ça sera fermé… »<br />
<br />
Camille fouilla dans son sac et en sorti une carte de visite quelle tendit à Eric.<br />
<br />
« Appelez moi depuis votre planque : promis j’essayerai pas de retracer le numéro<br />
<br />
– Ha ha… okey j’y manquerai pas. Merci encore »<br />
<br />
La jeune femme regarda la rue derrière elle<br />
<br />
« Bon bah du coup moi je vais y aller…<br />
– Vous aurez un train à cette heure ci ?<br />
– Normalement oui, mais ça sera un omnibus<br />
– Je peux vous déposer ? Tant pis si vous êtes capable d’identifier ma voiture : au point où on en est !<br />
– Je dirais pas non… mais du coup ça veut dire que vous allez connaitre mon adresse : ça pourrait être dangereux pour moi » dit Camille pour plaisanter<br />
– Mais pourq… oh j’ai compris : vous me faites encore marcher ! »<br />
<br />
La jeune femme lui mit une tape amicale sur le bras.<br />
<br />
« Dites Camille : vous n’allez rien dire pour tout ça ?<br />
– Ca quoi : les infos que vous avez volé ? Je m’en fiche. Ce bureau est un des endroits les moins humains sur Terre, alors ça ne me dérange pas plus que ça. Et puis… je me dis que c’est pour rendre service à un ami<br />
– Vous etes trop gentille pour bosser avec ce genre de personne…<br />
– Et vous vous n’êtes pas assez méchant pour rester un criminel pas vrai ?<br />
– On échange ?<br />
– Ha ha, si seulement… »<br />
<br />
Eric prit Camille dans ses bras. Il l’enlaça chaleureusement, puis déposa un baiser sur sa joue.<br />
<br />
« Je vais chercher la voiture » dit-il à sa nouvelle amie.<br />
<br />
Il se rendit jusqu’à la petite Opel corsa garé une dizaine de mètre plus loin puis après quelques souci pour quitter sa place et s’arrêter devant Camille. Elle monta à bord et attacha immédiatement sa ceinture.<br />
<br />
« Alors : je vous dépose où du coup ?<br />
<br />
En guise de réponse Camille embrassa de nouveau Eric puis lui demanda :<br />
<br />
« Vous me feriez visiter votre planque ? »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Gentleman cambrioleur<br />
<br />
Comment qualifier la journée que venait de passer Camille, jeune cadre dans une des entreprises les plus côté du CAC40 ? Difficile à dire vu le manque de mot pouvant décrire avec assez de précision tous les aléas que furent les siens au court de ce laps de temps pourtant pas si long qu’est une journée de travail.<br />
<br />
Tout avait commencé par un train annulé la faisant arrivé 1h en retard (heure qu’elle devrait évidemment rattraper en fin de journée pour compenser) puis ensuite s’était au tour de l’humeur massacrante du directeur, Monsieur Marla, d’entrer en scène, tout cela en faisant le travail de sa collègue Lucia qui était tombée malade, et ce bien évidement un jour d’affluence (parce que le vendredi forcément tout le monde se pressait).<br />
<br />
Et afin de parfaire une journée absolument détestable, elle avait perdue 3 heures de travail à cause de ce satané ordinateur qui soudainement décida qu’il était temps pour lui de faire une mise à jour, obligeant la jeune femme à tout reprendre. Résultat, il était maintenant presque 22h, et Camille à bout de force n’avait plus qu’une envie : rentrez chez elle.<br />
<br />
Sacrée début pour un vendredi soir !<br />
<br />
Elle traversa le grand open space vide bercé par le ronron des ordinateurs en veille et éclairé par les puissants néons du gigantesque affichage publicitaire situé sur l’immeuble d’en face. Son sac sous le bras crépitait de tous les petits objets qu’elle entassait compulsivement dedans : Rouge à lèvre, brosse, paquet de mouchoir, petit nécessaire de couture, batterie de secours pour son portable, un gros agenda, quelques carnets Moleskine, une bonne dizaine de stylo en tout genre…<br />
<br />
Bien entendu, un tel paquetage lui fit perdre quelques instants devant la porte le temps de mettre la main sur son badge qu’elle mit presque 2 minutes à retrouver. Le précieux sésame en main, elle le pointa sur le capteur encastré dans mur : le voyant d’état passa au vert et on entendit le loquet électromécanique libérer la porte qu’elle put enfin ouvrir.<br />
<br />
C’est alors qu’elle tomba alors nez à nez avec un homme tout vêtu de noir portant une cagoule ne laissant voir que ses yeux. Il avait un genou à terre et était en train de démonter le capteur de la porte qui se trouvait de l’autre côté. Camille et lui restèrent une demi seconde perplexe, ne sachant ni l’un ni l’autre ce qui se passait.<br />
<br />
Ou comment réagir.<br />
<br />
L’homme fût le plus rapide : il dégaina un pistolet qui se trouvait dans le grand sac posé à ses pieds et le pointa dans la direction de Camille tout en l’intimant à se taire d’un geste du doigt accompagné d’un « chuuuut » plus sifflé qu’articulé. Méthodiquement, il ramassa ses affaires, entra dans le bureau et referma la porte tout en maintenant son arme pointé sur la jeune femme.<br />
<br />
D’une voix ferme, mais pas forcément agressive, l’homme cagoulé lui ordonna :<br />
<br />
« Avancez ! »<br />
<br />
Effrayée, Camille ne sachant plus quoi faire obtempéra docilement. Ils se rendirent ainsi jusque dans le grand open space : l’homme se mit alors à chercher quelque chose du regard.<br />
<br />
« C’est où le bureau du directeur ?<br />
– Pardon ?<br />
– Le bureau de votre boss, c’est lequel ? »<br />
<br />
En guise de réponse, Camille pointa du doigt un bureau fait de grandes vitres opacifiées. Toujours sous la menace de son arme, l’homme lui intima d’aller vers cette direction et de lui ouvrir la porte. Une fois cela fait, il la fit rentrer dans le bureau, puis lui ordonna de s’asseoir sur une chaise qui se trouvait dans le coin de la pièce.<br />
<br />
Camille obtempéra de nouveau et en silence. L’homme à la cagoule sorti alors de son sac une paire de menotte qu’il lui tendit :<br />
<br />
« Attachez-vous avec ça… euh : non attendez »<br />
<br />
L’homme retira alors deux bandes de poignet qu’il portait avant de les donner à Camille<br />
<br />
« Mettez ça : vous aurez moins mal<br />
– Merci…  » Répondit timidement la jeune femme.<br />
<br />
Elle enfila les bandes souples et serra une des menottes sur son poignet gauche. Elle s’apprêtait à faire de même sur son poignet droit lorsque l’homme à la cagoule l’interrompit :<br />
<br />
« Non attendez, je suis désolé je me suis trompé : asseyez-vous plutôt par terre et attachez l’autre menotte à la canalisation là<br />
– Vous êtes sérieux ?<br />
– Euh… oui<br />
– Alors pourquoi m’avoir dit de m’asseoir ici ?<br />
– Et bien en fait je pensais vous attacher à la chaise mais elle n’offre pas vraiment d’accroche. Du coup dans les parages il n’y a l’air d’avoir que cette canalisation qui ferait l’affaire.<br />
– Ça ne passera jamais » répondit Camille avec assurance<br />
– Mais si voyons<br />
– Regardez ! Vous voyez bien que je ne peux pas refermer ? »<br />
<br />
Camille mis un genou à terre et passa la menotte comme lui avait demandé l’homme à la cagoule, et effectivement il n’était pas possible de refermer l’articulation de la menotte car celle-ci coinçait contre le tube de PVC.<br />
<br />
« Hum… c’est fâcheux » dit l’homme à la cagoule « et si vous essayez sur ce truc-là ?<br />
– Quel truc ?<br />
– Là : celui là<br />
– Le pied de la commode ?<br />
– Ça pèse son poids un truc pareil : je doute que vous soyez capable de la soulever pour vous libérer »<br />
<br />
Camille obtempéra, s’installa par terre jambes tendues, puis fixa la seconde menotte au pied de la commode. Effectivement, il n’y avait aucune chance qu’elle puisse lever le lourd meuble de chêne, d’autant plus qu’il était rempli de dossier constituant une lourde masse de papier.<br />
<br />
« Satisfait ? » demanda la jeune femme<br />
– Nickel ! Et vous, vous êtes bien installée ?<br />
– C’est une blague ?<br />
– Non non je suis sérieux. Moi vous savez je fais un job bizarre, mais ça n’empêche pas un peu de savoir vivre ! »<br />
<br />
Camille leva les yeux au ciel et laissa échapper un soupir.<br />
<br />
L’homme à la cagoule s’installa sur la chaise de bureau plein cuir du directeur et savoura l’instant, se rêvant sans doute le temps d’un instant dans les chaussures d’un grand patron, puis retourna à sa mission. Il tira de son sac un petit boitier qu’il brancha sur l’ordinateur puis fit quelques manipulations. Le boitier s’alluma, et un petit voyant rouge se mit à clignoter dessus. L’homme à la cagoule s’adressa alors à Camille tout en continuant ses réglages :<br />
<br />
« N’ayez pas peur » dit-il d’une voix se voulant rassurante « je ne vous ferais pas de mal. J’ai fait semblant de vous menacer tout à l’heure. Regardez mon arme sur la table : le bout rouge sur le canon ça veut dire que c’est une arme factice »<br />
<br />
Camille resta silencieuse.<br />
<br />
« Je sais que vous avez dût avoir très peur, mais je ne voulais pas risquer qu’on me dérange dans mon travail<br />
– C’est quoi votre travail ? » demanda la jeune femme en regardant l’homme du coin de l’œil<br />
– Oh… c’est tout bête : je suis censé récupérer ce qu’il y’a la dedans<br />
– Vous êtes une sorte de pirate informatique ?<br />
– Pas vraiment : je sais à peine allumer ce truc-là. Nan moi je suis de l’ancienne école, je rentre, je fouille, je trouve ce qu’on me demande et je disparais. Personne ne me voit, personne ne sait que je suis venu… enfin en principe ! »<br />
<br />
L’homme à la cagoule laissa échapper un petit gloussement, mais la réaction froide de Camille lui coupa l’envie de continuer. Il retourna à ses réglages, prit le clavier de l’ordinateur et tapa quelques commandes qu’il avait noté sur un petit carnet dont il lisait méticuleusement chaque ligne en s’aidant du doigt.<br />
<br />
« Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? » demanda soudainement Camille avec candeur.<br />
– Hein ? Oh ! Pour tout vous dire je n’y ai pas réfléchit… mais je ne vous ferai pas de mal soyez en sûr !<br />
– Vous mentez… » dit la jeune femme avec un début de sanglot dans la voix « vous dites ça pour que je me tienne tranquille et après vous me tuerez ! Peut-être même qu’avant vous abuserez de moi !<br />
– Mais non voyons ! Jamais… je suis un voleur : pas un assassin ou un violeur ! Croyez-moi ! »<br />
<br />
La jeune femme se replia sur elle-même et resta silencieuse.<br />
<br />
L’homme à la cagoule continua son travail jusqu’à ce qu’apparaisse à l’écran une barre de chargement, signe que son matériel était en train de traiter les données qu’il était venue récupérer.<br />
<br />
 » Voila… maintenant ça va se faire tout seul » dit-il triomphant « écoutez-moi : je ne suis pas là pour vous faire du mal, vous avez joué de malchance c’est tout. Mais ça n’est pas grave. Quand j’aurai fini je partirai et c’est tout »<br />
<br />
Camille resta figée, sanglotant, la tête entre les jambes.<br />
<br />
« Vous… vous pleurez ? Oh mon dieu je suis désolé… quel idiot je suis : évidement que ça vous ferait peur le coup du flingue ! S’il vous plait mademoiselle, dites-moi votre prénom<br />
– C’est… c’est Camille<br />
– C’est un joli prénom ça… moi je m’appelle Eric. Vous savez Camille, les tueurs quand ils ont des otages, ils ne leurs demandent jamais leur prénom. Vous savez pourquoi ?<br />
– Non ?<br />
– Parce que tant que vous n’avez pas de prénom vous n’êtes pas une personne dans leur esprit, c’est plus difficile pour eux de vous faire du mal s’ils savent qui vous êtes. Alors maintenant que je connais votre prénom, ça va être plus dur de songer à vous faire du mal.<br />
– Ce n’est pas bête » dit Camille en retenant ses larmes « mais maintenant je connais votre prénom alors vous pourriez vous dire que vous devez m’éliminer pour effacer vos traces ? »<br />
<br />
Eric fut pris de court, il pensait que son explication calmerait Camille, mais finalement il n’avait fait que lui donner plus de grain à moudre. Il essaya de se rattraper au plus vite :<br />
<br />
« Je… je suis pas d’accord. Si ça se trouve c’est juste un faux nom que j’ai donné pour avoir l’air moins…<br />
– Moins quoi ?<br />
– Et bien vous savez : moins menaçant. Eric c’est un prénom passe partout… rassurant ! Combien vous connaissez d’Eric ?<br />
– Au moins 3…<br />
– Et bien vous voyez, c’est colossal, je peux être n’importe qui. Je suis peut-être même un des Eric que vous connaissez si ça se trouve ?<br />
– Vous m’avez dit que ce n’était pas votre prénom ! » répondit Camille encore plus paniquée<br />
– Mais non voyons ! C’était pour l’exemple ! Pour détendre l’atmosphère<br />
– C’est pour l’exemple ou pour l’atmosphère ! Vous vous rendez compte que ça n’a rien à voir ? »<br />
<br />
Léger silence. Camille reprit d’une voix faible, presque pour elle-même :<br />
<br />
« Vous essayez de m’embrouiller pour que je reste confiante… que je pense que je vais m’en sortir…<br />
– Camille écoutez… euh… vous permettez que je vous appel Camille ? »<br />
<br />
La jeune femme acquiesça de la tête.<br />
<br />
« J’en ai pour quelques minutes avec ce truc-là : une fois fini je récupère mon matos et je m’en vais ! Promis vous ne me reverrez plus, et vous pourrez rentrer chez vous »<br />
<br />
Camille se mit à sangloter<br />
<br />
« Vous allez me laisser mourir ici !<br />
– Mais non voyons ! Enfin réfléchissez : y’a bien quelqu’un qui va venir et qui vous détachera ! Je laisserai la clé des menottes sur la table bien en évidence, comme ça vous serez rapidement libérée<br />
– Et si personne ne vient ! La belle affaire si la clé est là si je suis attachée à la regarder tandis que j’agoniserai de faim et de soif ! »<br />
<br />
Eric marqua un instant de réflexion :<br />
<br />
« J’avoue que je n’y avais pas pensé… c’est vrai qu’il n’y aura personne ici avant lundi. Vous savez quoi ? Je vais fouiller un peu : je trouverais bien une bouteille d’eau et à manger dans un distributeur : Y’a quelque chose qui vous ferait plaisir en particulier ? »<br />
<br />
Camille pose son index sur son menton tout en regardant vers le haut<br />
<br />
« Hum… des sandwichs ça serait bien… et puis un paquet de chips.<br />
– Les chips c’est plein de sel : ça va vous donner soif<br />
– Vous avez raison : à chaque fois que j’en mange je dois boire des litres avant de… »<br />
<br />
Camille s’arrêta soudainement de parler, comme frappée par une idée qui la plongea dans l’effroi<br />
<br />
« Camille ? Ça va ?<br />
– Oh non… non non non non non !<br />
– Qu’est ce qui se passe ?<br />
– Si je bois il faudra bien que j’aille aux toilettes ! Comment je vais faire ? Je ne pourrais jamais me retenir ! »<br />
<br />
Eric laissa échapper un soupir, content d’entendre que ce n’était « que ça »<br />
<br />
 » Ouf ! L’espace d’un instant vous m’avez fait peur !<br />
– Il a de quoi ! Non mais vous imaginez : la police qui arrive, les gens qui rentrent dans le bureau, et moi qui suis assise par terre dans mes collants souillés ! Je préfère prendre une balle dans la tête ! »<br />
<br />
Eric esquissa un sourire :<br />
<br />
« Dites, vous avez vu ? Vous ne pensez plus que je vais vous tuer maintenant : c’est plutôt un progrès non ?<br />
– Quoi ?<br />
– Vous vous inquiétez parce que vous croyez que je vais vous laisser, donc ça veut dire que vous ne pensez plus que je vais vous tuer »<br />
<br />
Camille assimila l’idée et tourna un peu la tête au fur et à mesure qu’elle réalisait.<br />
<br />
« Ah oui… c’est fou ça ! Comme quoi on s’inquiète d’un rien alors qu’en fait… mais du coup ça veut dire que vous comptez réellement m’abandonner ici !<br />
– Naaaan ! Je vous jure. Ecoutez, je vous propose une chose : quand je sortirais, je retourne à ma planque et…<br />
– C’est où votre planque ?<br />
– C’est… hein ? Mais pourquoi vous me demandez ça ?<br />
– Comme ça. Pour m’imaginer un peu mieux la scène je suppose… me faire une idée du temps que sa vous prendra…<br />
– Mais vous voulez que je vous indique l’endroit ou bien que je vous le décrive ?<br />
– Ça dépend : si c’est un endroit que je connais, je pourrais me l’imaginer de suite, mais il vaudra quand même mieux que vous me le décriviez. Et si je ne sais pas où ça se trouve l’idéal serait de me situer ça en indiquant quelques chose de connu juste à côté.<br />
– Et bien c’est…<br />
– Oh non attendez ! Que je suis bête : si vous me dites où c’est, vous allez devoir me tuer pour ne pas que je révèle l’endroit »<br />
<br />
Eric se tapa le front comme si c’était une évidence qui lui avait échappée<br />
<br />
 » Mais oui : Ah bon sang que je suis distrait ! Heureusement que vous avez de la présence d’esprit parce que moi j’aurais complètement fait l’impasse sur ce détail. Je suis même sur que distrait comme je suis en ce moment, j’aurais oublié de vous tuer en partant… »<br />
<br />
Le regard de Camille se crispa, Eric réagit aussitôt :<br />
<br />
 » Non mais de toute façon je n’aurais pas pu vous tuer donc du coup j’aurai eu un très gros problème !<br />
– Vous auriez été obligé de me kidnapper.<br />
– Ah bon ? Mais pourquoi ? »<br />
<br />
Camille laissa échapper un soupir comme si elle devait expliquer l’évidence :<br />
<br />
« Parce que cette information est gênante pour votre sécurité, et peut être même pour votre commanditaire : il pourrait exiger votre tête si jamais cela risquait de faire remonter la police jusqu’à lui »<br />
<br />
Eric était consterné<br />
<br />
« Mince… c’est vrai que du coup là je suis dans le pétrin ! Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas vous tuer : mon arme c’est même pas une vraie ! »<br />
<br />
Camille fit un geste apaisant de la main<br />
<br />
« Calmez-vous Eric, ça n’est surement pas si compliqué que ça. Déjà votre commanditaire il vous connait ?<br />
– bah oui<br />
– Ne dites pas ça comme si c’était la chose la plus naturelle du monde : les vrais pros restent incognito même auprès de leurs clients<br />
– Vous en avez de bonne : comment je fais pour trouver du boulot si personne me connait ?<br />
– Hey : c’est à moi de vous apprendre votre boulot ? » dit Camille en s’énervant<br />
– Pardonnez-moi… »<br />
<br />
Eric se laissa glisser à terre à côté de Camille<br />
<br />
« Je suis vraiment un looser ! »<br />
<br />
La jeune femme posa sa main libre sur le bras d’Eric pour le consoler :<br />
<br />
 » Allez : soyez pas si dur avec vous-même. Vous devez juste monter en compétence<br />
– Vous êtes gentille…<br />
– Mais non voyons : c’est toujours pareil avec les patrons, ils veulent que vous ayez des années d’expérience, mais ils ne veulent surtout pas que vous la fassiez chez eux !<br />
– Bah vous savez j’ai quand même fait quelques coup mine de rien, je suis pas un débutant<br />
– Vous allez me faire croire que vous avez déjà fait des cambriolages avec prise d’otage et kidnapping ?<br />
– Non, effectivement… Mais bon le métier à tellement changé aussi !<br />
– Ah bon ? Racontez moi<br />
– Je vais pas vous embêter avec mes problèmes : vous êtes déjà super coopérative<br />
– Mais non voyons ça ne m’embête pas : et puis c’est moi qui vous demande.<br />
– D’accord… bah en fait quand j’ai commencé, c’était à une époque où les gens du métier avaient encore un code d’honneur. C’était presque de la chevalerie !<br />
– Ouais… enfin vous voliez les gens quand même ?<br />
– Ah bah oui c’est pour ça que c’était « presque » de la chevalerie.<br />
– Et donc ?<br />
– Et ben je sais pas trop pourquoi mais avec le temps ça a fini par se perdre. Les boss recrutent maintenant des gamins qui ont fait leurs armes sur des jeux vidéo hyper violent et qui agissent comme des véritables malades !<br />
– C’est violent les jeux vidéo<br />
– Je m’en veux un peu de dire ça parce que c’est un avis très réducteur sur un média qui… enfin bref, ce que je voulais dire c’est que les jeunes, déjà ils sont tous ultra sportif, et en plus ils jouent pas selon les règles. Mais le pire c’est qu’ils sont à fond sur Internet et tous ces trucs-là, et moi bah… j’y arrive pas<br />
– Oula forcement, si vous faite les petites annonces du journal du coin pour vos contrats vous ne devez pas crouler sous les demandes<br />
– Je fonctionne sur le bouche à oreille. J’ai une clientèle d’habitué, et puis des fois je fais des petits jobs à mon compte.<br />
– Ah qu’est-ce que j’aimerai bosser à mon compte : mais c’est quand même plus sécurisant d’avoir un patron.<br />
– Oui mais est-ce qu’au final c’est si bien que ça ?<br />
– Nan pas tellement. Vous au moins vous avez la liberté, et ça n’a pas de prix. »<br />
<br />
Camille mit une tape amicale sur l’épaule d’Eric avant de reprendre avec dynamisme :<br />
<br />
 » Accrochez-vous Eric, vous allez y arriver comme un chef ! J’en suis certaine »<br />
<br />
Galvanisé, Eric se releva et vérifiera l’écran d’ordinateur<br />
<br />
« 50% : aller c’est bon c’est bientôt bouclé »<br />
<br />
Sentant qu’il tenait bien les choses en main, Eric reprit confiance en lui. Camille demanda alors :<br />
<br />
 » Dites donc Eric ? Tout à l’heure vous étiez en train d’évoquer votre plan avant que je ne vous coupe<br />
– Oh oui ! Je parlais de ma planque et j’ai perdu le fil<br />
– Désolé de vous avoir coupé<br />
– Non, c’est pas grave : j’avais encore l’idée en tête<br />
– Alors du coup c’était quoi ?<br />
– Et bien je sors, je file à ma planque… »<br />
<br />
Eric s’interrompit. Camille lui fit un signe de la main pour lui faire comprendre qu’elle n’insistera pas plus la dessus. Il reprit :<br />
<br />
« … et une fois la bas j’appelle la police pour les prévenir que vous êtes ici ! »<br />
<br />
Camille fit la moue<br />
<br />
« Erreur de débutant… Eric voyons : Ils vont retracer l’appel et retrouver votre planque ! Vous tenez vraiment à vous faire prendre ?<br />
– Quoi ils peuvent faire ça ?<br />
– Mais oui : vous ne regardez jamais « les Experts » ?<br />
– Je ne suis pas très télé… je préfère lire<br />
– Ah bon ? C’est pas banal ça : c’est tellement rare les gens qui aiment lire ! » répondit Camille agréablement surprise<br />
– Pour sûr : dans mon entourage je ne connais personne qui lit régulièrement !<br />
– Mais pourtant dans les romans policiers ça se fait souvent ce que je viens de vous décrire<br />
– Je ne lis pas de polar, enfin très peu… Agatha Christie à la limite<br />
– Oui forcement les écoutes téléphonique ce n’était pas tellement dans l’air du temps à son époque…<br />
– Vous aimez lire vous ?<br />
– Énormément ! Je passe beaucoup de temps dans le train alors ça m’occupe agréablement… »<br />
<br />
Petit temps mort puis Camille reprit :<br />
<br />
 » C’est quoi votre genre favori ? »<br />
<br />
Eric répondit un peu honteux :<br />
<br />
« Vous allez rire, mais j’adore les textes de théâtre…<br />
– Ha non : jamais je ne moquerai ! C’est très bien le théâtre. Forcément sans l’interprétation des acteurs ça demande un peu plus de travail au lecteur, mais c’est sans doute ce qui fait son charme<br />
– Oui, c’est tout à fait ça ! Ah si vous saviez comme je suis content de tomber sur quelqu’un qui comprend ma passion !<br />
– C’est d’autant plus drôle que… franchement ce que nous vivons c’est un peu du vaudeville ?<br />
– Je me faisais justement la réflexion ! Je m’attends à trouver un amant en caleçon dans le placard d’à côté ! »<br />
<br />
Camille et Eric échangèrent un éclat de rire<br />
<br />
« Et vous Camille, c’est quoi que vous aimez lire ?<br />
– Et bien puisque vous avez été honnête, et je vous en remercie, j’en ferai de même !<br />
– Oula… on dirait que vous allez me dire quelque chose d’encore plus bizarre que le théâtre !<br />
– J’avoue… en fait mon péché mignon, ce sont les fanfics !<br />
– Les fanfics ? C’est quoi ça ?<br />
– Quoi ? Vous ne connaissez pas les… ah bah oui ! Suis-je bête ! Forcément si vous n’êtes pas à l’aise avec Internet ça vous est forcément passé sous le nez !<br />
– C’est des romans sur Internet ?<br />
– Hum… nan pas vraiment. Ce sont des histoires de fans.<br />
– Mais de fans de quoi ?<br />
– Et bien justement de tout et rien. Ça peut être des films, des séries télé, des dessins animées…<br />
– Attendez y’a des gens qui écrivent des romans sur des dessins animées ? »<br />
<br />
Eric sembla mettre un petit instant à assimiler l’information.<br />
<br />
« Bordel… je suis vraiment à la traîne ! C’est décidé dès que je touche ma prime de mission je me paye une super connexion Internet ADSL…<br />
– Fibre plutôt : l’ADSL c’est dépassé<br />
– Et voilà ! Encore un truc où je suis plus dans le coup ! Vraiment Camille je vous remercie de votre patience…<br />
– Mais non voyons, c’est normal : quand on ne sait pas on ne peut pas inventer.<br />
– Dites : ça serait possible que je vous recontacte pour le jour où je voudrais prendre tout ça ?<br />
– Je ne comprends pas…<br />
– Bah en fait vous avez l’air de vous y connaitre, du coup ça m’arrangerai bien si vous pouviez venir avec moi à la boutique pour acheter tout ça… j’ai peur que le vendeur me baratine.<br />
– Euh… ça serait avec plaisir mais… « <br />
<br />
Eric réalisa alors ce qu’il venait de dire :<br />
<br />
« Non mais je n’aurais pas de cagoule hein ! Je serai en civil<br />
– Et vous ne voyez pas le problème ?<br />
– Bah non<br />
– Bah du coup je vais voir votre visage !<br />
– Et alors ? »<br />
<br />
Camille laissa à son interlocuteur le temps de comprendre :<br />
<br />
« Oh….<br />
– Bah oui !<br />
– Oui mais si je vous contacte une fois mon contrat fini ?<br />
– C’est vrai qu’à ce moment-là vous n’aurez plus votre restriction contractuelle de m’éliminer<br />
– De toute façon même si je l’avais eu j’aurai été incapable de le faire…<br />
– Oh vous auriez bien trouvé dans le bureau quelque chose pour me défoncer le crane. Moi si je devais le faire je me servirai du massicot qui est dans le bureau de la secrétaire.<br />
– C’est quoi un massicot ?<br />
– C’est une machine qui sert à trancher le papier à angle droit. On en a un gros modèle qui doit être largement assez puissant pour trancher une tête<br />
– Mais c’est horrible !<br />
– Mais non voyons je plaisante Eric, moi non plus je ne pourrais pas faire ça ! »<br />
<br />
Un bip retenti sur l’ordinateur :<br />
<br />
« Ah : ça c’est bon signe ! » Dit Eric en se dirigeant vers le bureau « Et c’est… hein ? Comment ça erreur système ? Mais ça veut dire quoi ça encore ? Et pourquoi l’écran il est tout bleu ?<br />
– Ah ! Ça vous le fait aussi : j’ai eu exactement ça cet après-midi !<br />
– Vraiment ?<br />
– Oui, c’était suite à une mise à jour et après ça mon pc a pas arrêter de faire des siennes. Les mecs de la maintenance informatique ont passé une demi-heure à tout remettre en place !<br />
– Une demi-heure ? Et ben on est pas sorti ! Et vous pensez que je peux les appeler là ?<br />
– A cette heure-ci ? Faut pas rêver mon cher Eric : c’est vendredi et les geek sont depuis longtemps chez eux en train de regarder leur série favorite… ça ou bien un porno…<br />
– Mais peut être que vous vous rappelez de comment ils ont fait ?<br />
– Hum… oui je pourrais. Sauf que… »<br />
<br />
Camille leva son bras aussi haut que lui permettait à la menotte<br />
<br />
« Oh bien sûr ! » sursauta Eric en commençant à palper ses poches à la recherche de la clé.<br />
<br />
Il détacha la jeune femme et l’aida à se relever, puis tel un serveur de restaurant chic tira le fauteuil pour qu’elle puisse s’y asseoir. Camille se glissa à la place de son patron avec délice : cette transgression avait un goût d’interdit presque excitant.<br />
<br />
Elle retira la bande de poignet qu’elle tendit ensuite à Eric :<br />
<br />
« Au fait merci pour ça : très efficace »<br />
<br />
Puis elle fit craquer ces doigts avant de démarrer. Avec une assurance qui bluffa notre voleur, Camille redémarra l’ordinateur puis entra dans la base de registre du système. Elle modifia plusieurs entrées et termina par un redémarrage global. Eric était pantois :<br />
<br />
« C’est… c’est dingue ! Vous avez fait ça en même pas 5min… Et tout ça de tête ?<br />
– Oui je sais : je suis douée que voulez-vous ! » répondit Camille faussement vantarde « En fait je m’étais noté la manip dans mon calepin parce que je savais que le bosse allait me faire suer avec ça… et du coup j’ai tout retenu<br />
– C’était vraiment impressionnant en tout cas… bon par contre moi je suis bon pour tout recommencer !<br />
– Justement, je voulais vous demander : c’est quoi exactement ce que vous cherchez ?<br />
– En réalité je ne sais pas vraiment : c’est un contrat donc je laisse surtout faire la machine<br />
– La machine ?<br />
– Le petit boitier là<br />
– C’n’est pas à vous ?<br />
– Non c’est le commanditaire qui me l’a fait envoyer. Après j’ai eu un petit briefing par téléphone avec la façon de le faire marcher, c’est pour ça que j’ai pris plein de notes.<br />
– Oh je vois : c’est sacrément bien préparer dites donc !<br />
– Et oui ! Je sais que je n’en ai pas l’air mais je fais un job de haute volée<br />
– Désolé si j’ai pu vous vexer…<br />
– Ce n’est pas grave »<br />
<br />
Camille resta un instant à fixer les yeux d’Eric. Ils étaient minuscules, mais très brillants (ou alors c’était la cagoule qui donnait cette impression). Elle essaya de deviner à quoi il pouvait ressembler, puis cessa en se disant que le mystère ajoutait du charme à la situation. Elle se leva de la chaise sans un mot, prit la menotte sur le bureau et commença à se réinstaller par terre.<br />
<br />
« Que… qu’est-ce que vous faites ? » demanda Eric<br />
– Bah je vous laisse la place ?<br />
– Oui mais pourquoi vous vous remettez par terre ?<br />
– Quoi ? C’est pas ce que vous vouliez ?<br />
– Si… euh… enfin ce n’était pas obligé : je vous fais confiance<br />
– Et voilà : encore de l’amateurisme ! Eric vous devez être plus prudent que ça !<br />
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai loupé ce coup-là ?<br />
– Imaginez qu’en réalité je vous ai fait tout un numéro de charme pour vous mettre en confiance et ainsi réduire votre vigilance ? À votre avis il se serait passé quoi ?<br />
– Euh… ah bah mince, maintenant que vous le dites c’est évident que j’ai été bien nigaud sur ce coup !<br />
– Exactement ! Vous auriez pu finir avec un grand coup de massicot dans le dos ! Enfin à mon avis j’aurais utilisé autre chose parce que sortir, prendre ce gros machin et le ramener ici ça aurait été un peu idiot alors que rien qu’avec la lampe de bureau j’aurai pu vous sonner sans problème »<br />
<br />
Eric soupesa la lampe de bureau. Elle était en alliage de carbone, noire avec une forme très design qui la faisait ressembler au fanal d’un vaisseau spatial.<br />
<br />
« Mince : c’est sacrément léger ce truc !<br />
– Matériaux composites : le boss ne jure que par ce genre de connerie. Ceci dit c’est ultra solide : un jour je l’ai vu piller de la glace avec !<br />
– Sérieux ?<br />
– Ce type est non seulement un connard mais en plus il est vraiment dingue…<br />
– En tout cas c’est vraiment sympa à vous de ne pas avoir profité de l’occasion<br />
– Allons : pas de ça entre nous. Vous ne m’avez ni violée ni tuée, fallait bien que je vous renvoie l’ascenseur !<br />
– J’apprécie le fair play »<br />
<br />
Camille s’apprêtait à referme la menotte sur son poignet quand soudain elle s’arrêta. Eric la regarda avec inquiétude :<br />
<br />
« Un souci ?<br />
<br />
– Euh… en fait j’ose pas trop vous demander…<br />
– Pas de manière voyons : on se dit tout !<br />
– Vous pourriez me repasser votre bande pour le poignet ? C’était super confortable tout à l’heure et…<br />
– Ah mais oui ! Non mais c’est moi l’idiot : j’aurai dut tout de suite penser à vous la redonner ! »<br />
<br />
Eric tira la bande de sa poche et la lança à Camille qui l’attrapa avec adresse. Elle la passa à son poignet puis attacha de nouveau la menotte qu’elle avait déjà fixée sur le pied de l’armoire.<br />
<br />
Le voleur était retourné à son office et de nouveau la barre de chargement défilait. Par chance, tout n’était pas à refaire et le temps ainsi perdu serait minime. Eric profita de ce laps de temps pour explorer les bureaux à la recherche de victuaille qu’il pourrait laisser à Camille. Suivant les indications de la jeune femme, il trouva la salle de pause où trônait un énorme distributeur de produit en tout genre. Utilisant une tige métallique et un peu d’huile de coude, il déverrouilla le panneau d’ouverture du distributeur et pu ainsi se servir à sa guise.<br />
<br />
Lorsqu’il arriva dans le bureau, les bras chargé de sandwich et de soda, il aperçut Camille, son sac sur les genoux et son téléphone à la main.<br />
<br />
« Mais… qu’est-ce que vous faites ! » dit-il en lâchant son butin.<br />
<br />
Il arracha le téléphone des mains de Camille et le lança de côté.<br />
<br />
« Vous avez appelé la police !<br />
– Hey ! Vous êtes pas bien ou quoi ? Vous croyez que j’ai les moyens de me payer un téléphone comme ça tous les jours ?<br />
– Ne changez pas de sujet !<br />
– J’étais en train de regarder les horaires de trains ! Avec vos conneries je vais devoir rentrer en taxi ! »<br />
<br />
Eric ramassa le téléphone et regarda l’écran. Camille était effectivement sur le site de la SNCF en train de consulter l’horaire des derniers trains. Penaud, il lui rendit son téléphone et s’assit par terre en face d’elle :<br />
<br />
« Je… je sais pas quoi dire Camille. J’aurai pas dû réagir comme ça…<br />
– Je pensais que vous me faisiez confiance… vous êtes bien un mec tiens !<br />
– Sans doute… j’suis vraiment une tache… »<br />
<br />
Eric tira alors sur sa cagoule et la jeta au loin. Il secoua sa tignasse blonde et se passa la main sur le visage dans un soupir. Il avait la trentaine, des traits fins et une petite barbe de trois jours plutôt sexy.<br />
<br />
« Mais… » murmura Camille « pourquoi vous avez enlevé votre cagoule ? Je connais votre visage maintenant !<br />
– Je sais… mais c’est pour vous prouver que je vous fais confiance… et puis parce que je commence à étouffer la dessous. Donc voilà : c’est ma tête ! »<br />
<br />
Camille ne savait plus quoi dire.<br />
<br />
« Vous savez Camille : j’ai pas souvent l’occasion de rencontrer des gens dans mon boulot. C’est assez solitaire comme activité. Alors je me dis que pour une fois que ça m’arrive avec quelqu’un de sympa… faut bien que je fasse quelques efforts !<br />
– C’est super chou ce que vous dites… Moi vous savez je bosses avec plein de gens toute la journée, mais vous êtes la seule personne qui m’ait traitée comme un être humain depuis longtemps<br />
– Ils sont si durs que ça dans votre job ?<br />
– Oh y’a pas qu’eux. A croire que le monde entier est un ramassis de connard égocentrique qui se pense tellement meilleurs que vous… Mais vous c’est pas pareil : vous vous écoutez, vous vous remettez en question, et surtout vous assumez vos choix… vous vivez à votre façon.<br />
– Ah… euh… c’est gentil dites donc. Enfin c’est pas aussi génial que ça vous savez hein…<br />
– Et en plus vous êtes modeste. Je vous trouve mignon… »<br />
<br />
Eric écarquilla les yeux. Aussitôt Camille réagit :<br />
<br />
« Euh je veux dire… le fait d’être comme ça c’est mignon ! Comme un enfant hein ? Voilà c’est mignon comme de regarder un chaton qui joue avec une balle ! »<br />
<br />
Le visage de la jeune femme s’empourpra.<br />
<br />
C’est alors que de tout au bout de l’open space, ils entendirent tout deux le claquement de la porte et un bruit de voix. Eric se glissa contre l’embrasure de la porte et jeta un coup d’œil.<br />
<br />
C’était le veilleur de nuit de l’immeuble qui en faisant sa ronde avait remarqué que le boitier de la porte avait été bricolé. Dans sa précipitation, Eric ne l’avait pas bien remis en place.<br />
<br />
Armé d’une puissante lampe torche et d’un talkie-walkie énorme, il commença à s’engager dans l’open space a la recherche d’intrus.<br />
<br />
« Bon sang ! » susurra Eric « c’est le vigile !<br />
– Vous êtes mal : s’il vous trouve ici ça va barder !<br />
– Qu’est-ce que je peux faire ?<br />
– Il fait quoi là ?<br />
– On dirait que… oui c’est ça : il est train d’inspecter les bureaux !<br />
– Profitez qu’il soit dans un des box pour sortir et fiche le camp discrètement !<br />
– Mais et vous ?<br />
– J’attirerai son attention en criant. Je lui ferai perdre du temps pour que vous puissiez filer ! »<br />
<br />
Eric et Camille regardèrent l’écran de l’ordinateur : il restait encore 6% à charger.<br />
<br />
« Je peux pas abandonner mon job aussi près du but…<br />
– Filez ! Je vous le rapporterai votre truc !<br />
– Vous êtes sûre ?<br />
– Mais oui : comme ça j’aurai l’occasion de voir votre planque » dit Camille avec un clin d’œil « Et puis de toute façon on va bien se revoir pour votre histoire d’Internet ? »<br />
<br />
Eric acquiesça. Il se pencha sur Camille et l’enlaça amicalement<br />
<br />
« Merci Camille…<br />
– De rien. Aller maintenant filez ! »<br />
<br />
Surveillant les mouvements du vigile, Eric aperçut une ouverture. A quatre pattes, il sorti du bureau tout en contournant la menace afin de se dissimuler derrière les positons de travail.<br />
<br />
Camille comptait lui laisser environ une minute. Fixant l’écran de son téléphone en guise de timer, elle prenait son souffle pour hurler à l’aide dès que l’affichage des minutes changerait.<br />
<br />
Mais pile à ce moment-là, Eric entra à nouveau dans le bureau, toujours à quatre pattes.<br />
<br />
« Mais qu’est-ce que vous faites là ? » demanda Camille qui était sur le point de crier<br />
– Vous allez rire : j’ai oublié de prendre vos coordonnées !<br />
– Ah oui mince !<br />
– On aurait eu l’air bête tiens !<br />
– Je vous le fait pas dire ! »<br />
<br />
Leur conversation attira l’attention du vigile<br />
<br />
« Hey ! y’a quelqu’un ? » hurla-t-il dans leur direction<br />
<br />
Camille et Eric échangèrent un regard. Ce dernier se précipita sur sa cagoule et commença maladroitement à la remettre. Avant que le vigile ne rentre, Camille empoigna Eric par le col, le tira vers elle et l’embrassa.<br />
<br />
La porte s’ouvrir avec violence tandis que le vigile allumait la lumière. Il observa la scène avec stupéfaction.<br />
<br />
« Bon sang de… mais qu’est-ce que…<br />
– Oh mince… » murmura Eric<br />
<br />
Camille se serra contre lui tout en tirant son badge de sa poche :<br />
<br />
« Bonsoir monsieur… euh je travaille ici et… bon bah je vais pas vous faire un dessin : moi et mon p’tit copain on… enfin vous voyez quoi !<br />
– Mouais… je vois ça ! » répondit le vigile à la fois sérieux et amusé<br />
– S’il vous plait monsieur : dites rien à mon patron ! On prend nos affaires et on dégage tout de suite, promis on recommencera plus ! »<br />
<br />
Le vigile remarqua alors la cagoule à demie enfilée sur la tête d’Eric et la menotte attachée au poignet de Camille. Il esquissa alors un sourire polisson :<br />
<br />
« Ha ha ha… sacrée bon sang de bois, décidément vous les jeunots vous savez plus quoi faire pour vous amuser… aller je passe l’éponge pour cette fois. Mais la prochaine fois que vous avez des fantasmes de ce genre, contentez-vous de louer un film et venez pas faire de cochonnerie pendant que c’est mon tour de garde »<br />
<br />
Camille et Eric remercièrent le compatissant vigile et promirent de filer droit. Une fois la jeune fille détachée, ils prirent leur affaires (et Eric son boitier) avant de sortir de l’immeuble en demandant une fois encore au vigile de les excuser.<br />
<br />
Une fois dans la rue, dans l’humide froid automnale, Eric remercia à nouveau Camille :<br />
<br />
« Vous avez assurée : j »en reviens pas ! J’ai eu la trouille de ma vie ! J’ai cru que cette fois j’étais cuit pour de bon !<br />
– Bah… je sais que je devrais pas forcément m’en vanter mais c’est pas la première fois que je me retrouve dans cette situation donc…<br />
– Quoi ? Vous avez déjà été…<br />
– Mais non soyez pas bête : je veux dire que je me suis déjà faite surprendre au bureau en train de flirter<br />
– Mais on flirtait pas là ? Hein ?<br />
– Et bien… pas vraiment ! je veux dire… si je vous ai… enfin c’était pour donner le change hein !<br />
– Oui oui bien sûr ! je voulais pas insinuer que…<br />
– Euh… »<br />
<br />
Tous les deux se regardèrent du coin de l’oeil, incapable de se fixer plus franchement.<br />
<br />
« Du coup… on se fait ça comment pour votre Internet ? » demanda Camille<br />
– Et bien, je livre le disque demain vers 11h, donc pourquoi pas l’après midi ?<br />
– Un samedi ? vous êtes dingues, ça va être noir de monde on va attendre des plombes. Et puis je suis pas disponible : j’ai rendez vous avec une copine.<br />
– Oh… bah après demain alors ?<br />
– Dimanche ?<br />
– Ah bah oui ça sera fermé… »<br />
<br />
Camille fouilla dans son sac et en sorti une carte de visite quelle tendit à Eric.<br />
<br />
« Appelez moi depuis votre planque : promis j’essayerai pas de retracer le numéro<br />
<br />
– Ha ha… okey j’y manquerai pas. Merci encore »<br />
<br />
La jeune femme regarda la rue derrière elle<br />
<br />
« Bon bah du coup moi je vais y aller…<br />
– Vous aurez un train à cette heure ci ?<br />
– Normalement oui, mais ça sera un omnibus<br />
– Je peux vous déposer ? Tant pis si vous êtes capable d’identifier ma voiture : au point où on en est !<br />
– Je dirais pas non… mais du coup ça veut dire que vous allez connaitre mon adresse : ça pourrait être dangereux pour moi » dit Camille pour plaisanter<br />
– Mais pourq… oh j’ai compris : vous me faites encore marcher ! »<br />
<br />
La jeune femme lui mit une tape amicale sur le bras.<br />
<br />
« Dites Camille : vous n’allez rien dire pour tout ça ?<br />
– Ca quoi : les infos que vous avez volé ? Je m’en fiche. Ce bureau est un des endroits les moins humains sur Terre, alors ça ne me dérange pas plus que ça. Et puis… je me dis que c’est pour rendre service à un ami<br />
– Vous etes trop gentille pour bosser avec ce genre de personne…<br />
– Et vous vous n’êtes pas assez méchant pour rester un criminel pas vrai ?<br />
– On échange ?<br />
– Ha ha, si seulement… »<br />
<br />
Eric prit Camille dans ses bras. Il l’enlaça chaleureusement, puis déposa un baiser sur sa joue.<br />
<br />
« Je vais chercher la voiture » dit-il à sa nouvelle amie.<br />
<br />
Il se rendit jusqu’à la petite Opel corsa garé une dizaine de mètre plus loin puis après quelques souci pour quitter sa place et s’arrêter devant Camille. Elle monta à bord et attacha immédiatement sa ceinture.<br />
<br />
« Alors : je vous dépose où du coup ?<br />
<br />
En guise de réponse Camille embrassa de nouveau Eric puis lui demanda :<br />
<br />
« Vous me feriez visiter votre planque ? »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Gentleman cambrioleur

Comment qualifier la journée que venait de passer Camille, jeune cadre dans une des entreprises les plus côté du CAC40 ? Difficile à dire vu le manque de mot pouvant décrire avec assez de précision tous les aléas que furent les siens au court de ce laps de temps pourtant pas si long qu’est une journée de travail.

Tout avait commencé par un train annulé la faisant arrivé 1h en retard (heure qu’elle devrait évidemment rattraper en fin de journée pour compenser) puis ensuite s’était au tour de l’humeur massacrante du directeur, Monsieur Marla, d’entrer en scène, tout cela en faisant le travail de sa collègue Lucia qui était tombée malade, et ce bien évidement un jour d’affluence (parce que le vendredi forcément tout le monde se pressait).

Et afin de parfaire une journée absolument détestable, elle avait perdue 3 heures de travail à cause de ce satané ordinateur qui soudainement décida qu’il était temps pour lui de faire une mise à jour, obligeant la jeune femme à tout reprendre. Résultat, il était maintenant presque 22h, et Camille à bout de force n’avait plus qu’une envie : rentrez chez elle.

Sacrée début pour un vendredi soir !

Elle traversa le grand open space vide bercé par le ronron des ordinateurs en veille et éclairé par les puissants néons du gigantesque affichage publicitaire situé sur l’immeuble d’en face. Son sac sous le bras crépitait de tous les petits objets qu’elle entassait compulsivement dedans : Rouge à lèvre, brosse, paquet de mouchoir, petit nécessaire de couture, batterie de secours pour son portable, un gros agenda, quelques carnets Moleskine, une bonne dizaine de stylo en tout genre…

Bien entendu, un tel paquetage lui fit perdre quelques instants devant la porte le temps de mettre la main sur son badge qu’elle mit presque 2 minutes à retrouver. Le précieux sésame en main, elle le pointa sur le capteur encastré dans mur : le voyant d’état passa au vert et on entendit le loquet électromécanique libérer la porte qu’elle put enfin ouvrir.

C’est alors qu’elle tomba alors nez à nez avec un homme tout vêtu de noir portant une cagoule ne laissant voir que ses yeux. Il avait un genou à terre et était en train de démonter le capteur de la porte qui se trouvait de l’autre côté. Camille et lui restèrent une demi seconde perplexe, ne sachant ni l’un ni l’autre ce qui se passait.

Ou comment réagir.

L’homme fût le plus rapide : il dégaina un pistolet qui se trouvait dans le grand sac posé à ses pieds et le pointa dans la direction de Camille tout en l’intimant à se taire d’un geste du doigt accompagné d’un « chuuuut » plus sifflé qu’articulé. Méthodiquement, il ramassa ses affaires, entra dans le bureau et referma la porte tout en maintenant son arme pointé sur la jeune femme.

D’une voix ferme, mais pas forcément agressive, l’homme cagoulé lui ordonna :

« Avancez ! »

Effrayée, Camille ne sachant plus quoi faire obtempéra docilement. Ils se rendirent ainsi jusque dans le grand open space : l’homme se mit alors à chercher quelque chose du regard.

« C’est où le bureau du directeur ?
– Pardon ?
– Le bureau de votre boss, c’est lequel ? »

En guise de réponse, Camille pointa du doigt un bureau fait de grandes vitres opacifiées. Toujours sous la menace de son arme, l’homme lui intima d’aller vers cette direction et de lui ouvrir la porte. Une fois cela fait, il la fit rentrer dans le bureau, puis lui ordonna de s’asseoir sur une chaise qui se trouvait dans le coin de la pièce.

Camille obtempéra de nouveau et en silence. L’homme à la cagoule sorti alors de son sac une paire de menotte qu’il lui tendit :

« Attachez-vous avec ça… euh : non attendez »

L’homme retira alors deux bandes de poignet qu’il portait avant de les donner à Camille

« Mettez ça : vous aurez moins mal
– M]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Sun, 11 Oct 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-10-11T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
            <itunes:duration>18:46</itunes:duration>
        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 11 : Derrière le mur #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep11/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[***Si vous êtes victime ou témoin de violence dans votre voisinage, contactez le 39 19 : ce numéro vous aidera à trouver une écoute afin de ne pas rester seul face à cette situation. Il est gratuit et anonyme.***<br />
<br />
[Lien Wattpad vers « derrière le mur »](https://www.wattpad.com/159538908-le-d%C3%A9fi-bradbury-derri%C3%A8re-le-mur)<br />
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Suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Derrière le mur<br />
<br />
La résidence était splendide : nouvellement bâtie dans un quartier pavillonnaire à deux pas du centre-ville, elle offrait des appartements modernes dotés de nombreux aménagements. On trouvait tout ce qu’il fallait autour : une petite épicerie ouverte jusqu’à pas d’heure, un bureau de poste, un tabac, et même une supérette de quartier pour faire le gros de ses courses. Il y’avait au bout de la rue une école primaire, et pas beaucoup plus loin un arrêt de bus qui desservait le collège, le centre médicale et même une grande rue piétonne avec des restaurants en tout genre qui se terminait par un cinéma.<br />
<br />
Ça n’avait pas été simple d’obtenir le prêt de la banque, mais j’étais enfin dans les murs. « Proprio », ça sonnait bien, mais la réalité était que pendant les 25 prochaines années je serai débiteur d’un organisme de crédit avant de vraiment pouvoir me prétendre chez moi. Mais qu’importe : aujourd’hui je suis là, dans mes presque 60m² pour l’instant vides, à m’imaginer comment sera ma vie ici.<br />
<br />
Il me fallut moins d’un mois pour aménager l’appartement. Les week end s’enchaînaient au rythme des coups de peinture, aidé par les potes qui avait un peu de temps. Le résultat valait vraiment la peine, et mon petit nid était enfin « à ma sauce ». Les murs, peints d’un jaune soleil vif, étaient décorés avec des cadres noirs dans lesquels j’avais enchâssé des pochettes de vieux vinyles : style vintage garantie !<br />
<br />
Pour les meubles, j’avais principalement repris ceux de mon ancienne chambre histoire de limiter les frais. Parce que c’est bien joli d’acheter un appartement, encore faut-il avoir les moyens de s’acheter un lit digne de ce nom pour mettre dedans. Il me fallut environ 6 mois pour que tout soit en place : salon, cuisine, chambre, salle de bain… ça y’est : c’était une vraie maison, un vrai chez moi.<br />
<br />
Pendant tout ce temps, l’appartement d’à côté était resté inoccupé. Il avait été acheté par un investisseur qui voulait le faire aménager pour le louer ensuite tout meublé. Plutôt malin quand on sait combien s’est difficile de se loger de nos jours.<br />
<br />
Je n’avais donc pour voisin que le bruit des ouvriers qui venaient la journée pour tout installer de l’autre côté du mur.<br />
<br />
***<br />
<br />
Cela faisait presque un an que j’étais installé quand des voisins arrivèrent. C’était une jeune couple d’asiatiques, poli et serviable, mais pas très causant. Je les croisais parfois au détour du hall d’entrée lorsque je passais prendre mon courrier. C’était « bonjour » « bonsoir » et point barre.<br />
<br />
Ils restèrent environ un an avant de partir pour un logement plus grand, vraisemblablement parce que madame attendait un heureux événement.<br />
<br />
Je n’ai jamais vraiment su le jour où ils étaient partis.<br />
<br />
A peu près un mois plus tard, un nouveau couple s’installa à côté. Lui avait environ 25 ans, tandis qu’elle semblait n’en avoir même pas 20. Bien plus chaleureux que leurs prédécesseurs, ils vinrent se présenter à ma porte avec une bonne bouteille en cadeau  histoire de faire connaissance.<br />
<br />
Le courant passa bien entre nous : lui travaillait comme livreur dans la région pour une petite boite, tandis qu’elle poursuivait un stage en secrétariat dans une agence d’intérim. Un p’tit couple comme tant d’autre, avec des rêves, des espoirs… un couple tout mignon qui donnait le sourire quand on les croisait.<br />
<br />
Leurs rythmes très différents du mien faisait que finalement on se croisait peu, mais toutes les occasions étaient bonnes pour se laisser un mot dans la boite aux lettres : on se souhaitait la bonne année, on prévenait qu’on allait faire du bruit parce qu’on organisait une soirée avec des amis… bref que du très banal et du très cordiale.<br />
<br />
Mon p’tit couple, je le voyais vivre à travers mon mur… ou plutôt devrais-je dire : je l’entendais. Je n’espionnais pas chez eux, mais le mur de ma chambre était mitoyen à celui de leur salon. Du coup, lorsqu’étendu dans le silence je cherchais le sommeil, c’était relativement simple de les entendre même sans chercher à le faire.<br />
<br />
Leur présence était rassurante. Moi qui vivait seul, souvent en voyage, j’aimais entendre ces voix familières qui venait de l’autre côté. Que ça soit les conversations triviales sur le film qu’ils regardaient ou bien les questions plus épineuses sur la prochaine destination pour les vacances, cela m’offrait par procuration la chaleur d’un foyer.<br />
<br />
Malheureusement pour mon p’tit couple, il perdit son job suite à la faillite de l’entreprise. Il passait donc plus de temps à la maison, mais il ne lui fallut pas longtemps pour perdre la motivation des premiers jours : fini les recherches d’emplois matinales et les appels pour des rendez-vous, maintenant c’était console de jeu jusqu’à 2h du matin et grasse matinée permanente.<br />
<br />
Elle essayait autant que possible de le motiver, mais autre chose le bouffait : il ne supportait pas l’idée de vivre aux crochets de sa copine.<br />
<br />
Le croisant un matin dans le hall, première fois qu’on se voyait depuis son licenciement, je fis mine de prendre de ses nouvelles :<br />
<br />
« Alors comment ça va le boulot en ce moment ?<br />
– Bah… pas terrible, je penses que je vais me barrer et trouver mieux »<br />
<br />
Je supposais qu’il me mentait par gêne et je ne voulais pas insister. Ce n’était pas mes affaires après tout. Je lui répondis en allant dans le sens de son mensonge comme si de rien n’était :<br />
<br />
« Vous avez raison : il faut avoir de l’ambition ! Je suis sûr que vous allez trouver quelque chose : vous êtes bosseur ! »<br />
<br />
Mais pourquoi je lui disais ça ? J’avais pu constater que non, il n’était pas bosseur pour un sou. Ça faisait des semaines qu’il ne relançait même plus les entreprises avec ses CV. Mais bon, ça n’était pas mes affaires…<br />
<br />
***<br />
<br />
Ça faisait 6 mois qu’il était au chômage, et que la situation de mon p’tit couple s’était dégradée. Elle était fatiguée de devoir porter leur ménage à elle seule. Lui de son côté devenait amère et aigri. Même s’il ne le disait jamais, il regrettait leur train de vie d’avant. Il voulait sortir, faire la fête, voir ses potes…<br />
<br />
Elle restait de plus en plus souvent seule dans l’appartement, à l’appeler au téléphone pour savoir quand il rentrerait et se voir finalement répondre qu’il dormirait chez un ami qu’elle ne connaissait pas.<br />
<br />
Je l’entendais parler à sa meilleure amie, et lui raconter son mal être. Elle pensait qu’il la trompait, et que c’était à cause de leurs problèmes d’argent. De mon côté du mur, je n’arrivais pas à m’imaginer ce que c’était. J’avais la chance de bosser comme consultant à mon compte, métier qui m’assurait un train de vie tout ce qu’il y’a de plus confortable.<br />
<br />
Mais qu’est-ce que je ferais moi qui suis seul si un jour la roue tourne ?<br />
<br />
J’enviais une fois de plus mon p’tit couple : ils pouvaient au moins compter l’un sur l’autre… même si pour l’instant lui était un peu sur la touche.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les mois qui suivirent, je les avait passé à travailler quasi systématiquement à la maison (encore un privilège de mon job) afin de pouvoir suivre ce qui se passait à côté. Un soir, alors qu’elle s’apprêtait a passer de nouveau une soirée en solitaire, il rentra triomphant à la maison :<br />
<br />
« Chérie ! Assoies toi j’ai une super nouvelle à t’annoncer : j’ai trouvé un job !<br />
– Quoi c’est vrai ? Mais c’est quoi ?<br />
– C’est pour mon pote qui tiens le garage après la nationale… enfin t’occupes, toujours est-il qu’il m’a engagé pas plus tard que tout à l’heure !<br />
– C’est génial chérie ! Mais tu feras quoi là-bas ?<br />
– bah je bosserai là-bas !<br />
– mais je veux dire… tu n’es pas mécano : du coup ça serait pour faire quoi ?<br />
– Faut accueillir les clients, répondre au téléphone, des conneries comme ça quoi !<br />
– Oh…<br />
– T’es déçue hein ? C’est pas assez bien pour toi c’est ça ?<br />
– Mais non voyons<br />
– Hey je fais ce que je peux ok ? Putain… je pensais que t’allais être contente et t’es déjà en train de me prendre la tête sérieux !<br />
– Mais je suis contente ! C’est juste que je me fais du souci pour toi : je veux pas que tu fasses un job qui te déplaît juste pour l’argent…<br />
– Bah là t’inquiète pas : du fric on va en avoir…<br />
– Pourquoi tu dis ça ?<br />
– Aller t’en fais pas chérie. On se fait un p’tit resto pour fêter ça ?<br />
– Euh… D’accord<br />
– On va où tu veux : ce soir c’est moi qui invite »<br />
<br />
De mon côté du mur, j’étais heureux de ce que je venais d’entendre : s’il reprenait le travail, il retrouverait à coup sûr son dynamisme. C’était donc une excellente nouvelle.<br />
<br />
Les jours qui suivirent, je cherchais les occasions de les recroiser pour le féliciter de son nouveau job. Il partait cependant très tôt le matin, et je ne voulais pas non plus exagérer, déjà que je trouvais mon attitude un petit peu limite. Sauf que rapidement je réalisais que chaque jour, une demi-heure après qu’elle parte travailler, il revenait à la maison pour reprendre ses habitudes : télé, console de jeu…<br />
<br />
***<br />
<br />
L’époque des fêtes battait son plein, et il vint un soir frapper à ma porte :<br />
<br />
« Hey salut voisin : joyeux noël ! »<br />
<br />
Il me tendit un paquet joliment emballé dans un papier vert et rouge avec un motif représentant des lutins en train d’aider le père noël à remplir son traîneau. C’était un de ses coffrets traiteur de luxe, avec une bouteille de Chassagne-Montrachet et des terrines de foie gras dans des bocaux en verre, qui se vendaient comme des petits pains à cette époque de l’année.<br />
<br />
« C’est pour la fois ou on vous nous aviez dépanné… »<br />
<br />
La fois en question datait de l’époque où il venait juste de perdre son travail : il craignait de finir dans le rouge et était venu me voir pour m’emprunter 200 euros. Je savais par mes écoutes intempestives qu’ils étaient vraiment dans l’embarras, et cet argent les aida à surmonter ce moment difficile. Ils m’avaient remboursé intégralement la somme moins de 3 mois après que je leur ai donnée, et j’avais du coup oublié cette histoire.<br />
<br />
« Merci… fallait pas voyons !<br />
<br />
– Si, j’insiste : on se connait pas vraiment, mais malgré tout vous nous avez gentiment aidé. Ça nous a beaucoup touché et ça nous semblait normal en cette époque de l’année de vous montrer notre gratitude. Pour nous vous êtes plus qu’un simple voisin »<br />
<br />
Je me sentais très mal à l’aise. D’un côté j’avais un grand attachement pour mon p’tit couple, et devenir ami avec eux était une idée séduisante. Mais je m’étais immiscé trop loin dans leur vie pour que ça soit possible. Comment pouvoir passer la soirée avec eux alors que je connais certains de leurs secrets ? Comment être détendu et serein alors que je sais qu’il ment à sa chère et tendre sur ses activités ? Comment feindre l’ignorance devant un couple qui se fissure de plus en plus à mesure que le temps passe ?<br />
<br />
Je le remerciai d’une poignée de main, et lui promis de les inviter pour partager tout ça avec eux.<br />
<br />
Bien sûr je mentais, je n’avais aucune intention de le faire. Maintenant je devais me rendre à l’évidence : mon petit jeu était allé trop loin, et il allait falloir que j’arrête de me mêler de leur vie privé. D’ici quelques temps qui sait, la situation sera peut-être plus facile, mais cela devait cesser pour l’instant. Ce soir-là, pour ne rien entendre, je pris la décision de dormir sur le canapé du salon.<br />
<br />
Le silence fut insupportable et anxiogène. J’étais devenu véritablement accroc à ce bruit de fond qu’était leur vie. Mais je devais passer outre. Sauf que mes bonnes résolutions ne survécurent pas plus d’une journée, et dès le lendemain soir, je m’installais sur le petit bureau de ma chambre pour une fois de plus jouer les voyeurs.<br />
<br />
De toute évidence, moi aussi j’avais un problème…<br />
<br />
***<br />
<br />
L’hiver était sur le point de s’achever, et le retour des beaux jours allait signifier une baisse significative d’activité coté boulot. Comme chaque année, jusqu’a à la mi-Mai, j’aurais moitié moins de travail, ce qui m’offrait une bonne raison de prendre un congé et de partir quelques temps.<br />
<br />
Je pris donc 2 semaines de vacances sur la cote, dans un hôtel juste en face de la mer pour profiter de la vue et me régaler du bruit des vagues. Le temps était splendide et je pouvais profiter du calme des lieux qui n’étaient pas encore prit d’assauts par les touristes. Je faisais de longues balades entre le port et la vieille ville, faisant le plus souvent une halte à un café pour prendre un verre et laisser aller mes pensées. La nuit, je restais sur le balconnet de ma chambre pour profiter de l’air frais et du bruit des vagues tout en étant branché sur mon ordinateur portable.<br />
<br />
La réalité c’était que je fuyais le sommeil, de peur de réaliser que le silence autour de moi me rappelle encore que j’étais seul.<br />
<br />
A mon retour, mon premier réflexe fût de vider ma valise dans ma chambre tout en scrutant les bruits de l’autre côté du mur.<br />
<br />
Mais rien : silence total.<br />
<br />
Il était tôt, je ne m’inquiétais donc pas outre mesure, et retournais à mes occupations. Le soir venu, sous les draps, respirant doucement, j’écoutais, à la recherche de ses voix familières qui m’avaient tant manquées.<br />
<br />
« …bon tu vas m’écouter maintenant merde !<br />
– arrête de crier comme ça maintenant tu…<br />
– Je cris ? JE CRIS ? TU VEUX QUE JE CRIS VRAIMENT ? HEIN ? »<br />
<br />
« Bon sang qu’est ce qui se passe ? » me suis je dis. C’était la première fois que je l’entendais lever comme ça la voix. Intrigué, je me concentrais pour aiguiser mon écoute.<br />
<br />
« Tu vas juste bien fermer ta gueule okey ?! Tu dois me respecter ! Putain quand je pense que moi tranquille je me suis dit ça va elle est sérieuse mais en fait t’es qu’une salope ! Mais tu veux que je te dise c’est terminé ça ! C’est la dernière fois que tu me fais ce plan !<br />
– Je te jure je voulais pas te…<br />
– TA GUEULE ! PUTAIN MAIS TA GUEULE ! Je veux pas t’entendre t’as pas compris ça ? Tes excuses à la con je m’en branle ! T’as cru que j’étais un pigeon ou quoi ? »<br />
<br />
J’entends un gros « blam », comme si on avait renversé quelque chose de lourd par terre, suivi d’un cri. C’est elle, et elle est terrifiée<br />
<br />
« Calme toi je t’en supplie tu me fais peur…<br />
– Quoi ? T’as peur ? Parce qu’en plus tu sous-entend que je suis un taré et que je vais te frapper ? Hein ? Genre t’as cru que j’étais comme ton connard de père ? Moi j’suis un vrai mec tu vois ! Et si je veux cogner sur un truc pour me calmer t’as rien à me dire d’accord !<br />
– D’accord… d’accord… »<br />
<br />
Mais qu’est ce qui se passe ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Depuis plusieurs jours, les disputes se reproduisent de plus en plus souvent. Chaque fois c’est pareil : elle rentre, lui dit quelque chose qui le met en rogne, et la machine s’emballe. Il prend la mouche pour un rien, semble à fleur de peau sur tout…<br />
<br />
Elle finit par ne plus prendre de risque et se contente du strict minimum lorsqu’elle lui parle. Et même comme ça, il arrive quand même à s’emporter. L’autre soir, ils se sont disputés parce qu’elle avait répondu au téléphone à un de ses amis. Il a l’air d’être devenu complètement paranoïaque et l’accuse même de flirter avec moi tout ça parce qu’elle m’a salué dans le hall.<br />
<br />
Je dors de moins en moins bien, tellement je me crispe en attendant la prochaine explosion, et dans la journée les bruits me font sursauter. Je me sens mal, comme si cette crise c’était moi qui la vivait.<br />
<br />
Maintenant il hurle sur elle en permanence, et je me demande si je ne devrais pas réagir. Mais au bout du compte, ce ne sont pas mes affaires hein ?<br />
<br />
Hein ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Il devait être une ou deux heures du matin…<br />
<br />
Ils sont en train de regarder un film, et je l’entends Elle :<br />
<br />
« Arrête…<br />
– Bah quoi…<br />
– J’ai pas envie<br />
– Oh aller, fait pas ta timide<br />
– Non arrête… »<br />
<br />
La suite est confuse, mais je comprends qu’il l’embrasse de force. Ce n’est ensuite qu’un enchaînement de gémissements et de plaintes. J’entends le grincement du sofa, le claquement sordide des corps qui s’entrechoquent. Ça n’a rien d’excitant, c’est même tout le contraire. Il se met à l’insulter, comme dans un mauvais film porno et lui ordonne de… enfin bref, vous n’avez pas besoin de l’entendre en détail.<br />
<br />
Je l’entends ensuite, elle, qui s’en va. Je la reconnais à son pas léger. J’entends ensuite l’eau de la salle de bain qui coule. Elle reste presque une demi-heure sous la douche.<br />
<br />
J’ai du mal à comprendre qu’un couple puisse fonctionner comme ça. Mais une fois encore, ce n’est pas mon affaire.<br />
<br />
Alors pourquoi je ne peux plus dormir ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours après cette histoire, je la recroise dans le hall. Son regard est vide, et ses yeux sont marqués de fatigue. Elle n’ose pas me parler, sans doute de peur que ça fasse des histoires. A moins que ça ne soit moi qui ai peur qu’il arrive et que nous voyant en train de parler il pète un câble.<br />
<br />
La journée je m’abruti de travail, et c’est presque la boule au ventre que je rentre à la maison. Je dors de moins en moins souvent dans ma chambre. Pour me rassurer, je me trouve d’excellent prétexte : je m’endors devant des films, ou je reste debout pour « travailler sans stress » en pleine nuit. La vérité bien sûr est que je ne veux plus entendre ça.<br />
<br />
Et puis un soir j’entends malgré tout un bruit que je craignais depuis qu’il avait commencé à lever la voix. Je ne veux pas admettre, je me convaincs que je me suis trompé, et je mets mon casque pour « être plus immergé dans le film ». Sauf que ma tête sait ce que j’ai entendu, et je ne pourrait plus jamais être immergé dans le film.<br />
<br />
Le lendemain lorsque je la croise, elle laisse ses cheveux tomber sur son visage. Malgré tout je ne peux m’empêcher de remarquer l’énorme trace bleue foncée qu’elle a au bord de la tempe droite…<br />
<br />
Je voudrais lui parler, lui demander si ça va. Mais je ne suis pas censé savoir tout ça, je ne suis pas censé lui dire que j’ai remarqué le bleu. Ce ne sont pas mes histoires. Et puis si en faisant ça je lui causais des problèmes ? Je risque d’empirer la situation, il vaut mieux que je reste dans mon coin. Je me dis que je n’ai qu’à attendre : si elle a besoin, elle viendra me voir non ? Après tout on se croise souvent, et elle se doute bien que je l’aiderai volontiers non ?<br />
<br />
Non ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Ces derniers jours ont été plutôt calme. Je les ai de nouveaux entendu rire ensemble et se « câliner » sans cris ni pleurs. Je me rends compte que j’ai été stupide de me monter la tête comme ça. Voilà ce qui arrive quand on se mêle des affaires des autres !<br />
<br />
Je me sens presque de les inviter pour dîner un soir, mais je préfère éviter ce piège. Je risquerai de vendre la mèche et je ne veux pas gâcher la bonne humeur ambiante. Je suis content de les avoir retrouvé comme avant, de pouvoir m’endormir en les écoutants parler de ce qu’ils feront cet été et de leurs projets d’avenir.<br />
<br />
Je le recroise devant la boite aux lettres. Nous échangeons des banalités, des « trucs de mecs ». Il est souriant, calme, et tout bonnement heureux. Son téléphone sonne, il me fait signe qu’il doit partir et sort en vitesse de la résidence. Je l’observe du coin de l’œil tandis qu’il remonte la rue. Il monte dans une voiture conduite par une jolie brunette qu’il embrasse aussitôt…<br />
<br />
Là encore, je me dis que ce ne sont pas mes affaires, et je décide une fois encore de faire profil bas. Je vais peut-être finir par comprendre que me mêler de la vie des autres est inconvenant…<br />
<br />
***<br />
<br />
4 semaines après que je l’ai surpris avec cette autre femme, c’est finalement elle qui découvre la vérité. Elle lui hurle dessus lorsqu’il rentre, dans un mélange de rage et de larmes. Lui n’a aucun mot de compassion pour elle, et lui répond qu’elle l’a bien cherché et qu’il sait qu’elle aussi l’a trompé.<br />
<br />
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai peur qu’il pense à moi.<br />
<br />
Les mots fusent des deux côtés, violents et sordides, mais rapidement je comprends qu’il se passe autre chose. Bruit de pas, bruit de meubles percutés et de corps chahutés. J’entends qu’elle crie, qu’elle lui demande d’arrêter, qu’il lui fait mal.<br />
<br />
Seul dans le salon, je plaque mes mains sur mes oreilles pour que ça s’arrête. Mais rien n’y fait, ça semble interminable. Je sens une boule d’angoisse en train de m’étouffer. Je ne peux plus penser à rien d’autre, j’essaye de faire comme si de rien n’était mais c’est impossible. Elle est juste là à moins d’une dizaine de mètre, juste de l’autre côté du mur, et elle pleure, elle gémit, et lui la frappe comme un sourd.<br />
<br />
On se dit tous que dans ce genre de situation, on agirait sans trembler, on se dit qu’on irait frapper à la porte, ou au moins qu’on appellerait les flics. Et bien tout ça c’est des conneries, parce que quand ça arrive, on est perdu et on ne sait pas quoi faire.<br />
<br />
Je suis pris entre l’urgence de la situation et une peur inexplicable. Est-ce que c’est lui qui me fait peur ? Je fais une tête de plus que lui, et j’ai dix ans de plus… mais c’est autre chose. J’essaye de réfléchir, mais le bruit me rend fou. Cela fini par me galvaniser : je sors de l’appartement et franchis les 5 mètres entre nos deux portes. Je suis face à la leur, numéro 21, j’arme mon poing, prend mon souffle et frappe 3 fois à la porte.<br />
<br />
Et soudain le silence.<br />
<br />
Je suis fébrile, comme si mon cœur allait exploser. Je ne m’en rends pas compte sur l’instant, mais je sais que je tremble. Il n’y a ni bruit, ni mouvement. Personne ne vient m’ouvrir. Je reste comme ça 5 ou 10 minutes, planté devant la porte. Je me demande s’il me regarde à travers le judas ou bien si simplement ce soudain tambourinement à la porte l’a stoppé.<br />
<br />
Je finis par rentrer chez moi, au bord de l’effondrement. J’ai la sensation d’avoir exulté tout mon stress en seulement 3 coups sur cette foutue porte. Mais assis sur mon canapé, les mains frissonnantes, je me mets à sangloter sans trop savoir pourquoi.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, je cherchais comment faire cesser tout ça. Il y’avait des numéros spéciaux, mais qu’est-ce que j’allais leur dire ? « Allo, j’espionne mes voisins et du coup je me rend compte que le mari bat sa femme » ?<br />
<br />
Même chose pour les flics, j’avais trop honte et peur pour leur dire quoi que ce soit. En me renseignant, j’avais découvert que la plupart du temps ce genre d’accusation ne menait pas loin : même un flagrant délit n’était pas l’assurance que le coupable soit puni puisque sans plainte du conjoint, c’était tout au plus du tapage nocturne.<br />
<br />
Il était souvent mentionné que dans ce genre de cas, le conjoint victime avait même tendance à défendre son bourreau dans une variante du syndrome de Stockholm.<br />
<br />
Je me retrouvais donc à noter des numéros de téléphone d’association, me jurant de les appeler, ce que je ne fis jamais. Entamer des démarches me rassurait, mais cet effet fût bref, car chaque nouvelle scène de ménage me rappelait mon inertie et mon immobilisme.<br />
<br />
Sur le trajet qui me menait à la gare, je passais souvent devant le commissariat du quartier. Peut-être pourrais-je y aller ? Je m’inventais toute une histoire, sur ce que j’allais dire pour, l’air de rien conduire les flics sur la bonne piste. Bien sûr ! Je n’avais qu’à me plaindre de tapage, et lorsqu’ils viendraient, ils constateraient les faits !<br />
<br />
Idées absurdes hein ?<br />
<br />
Je n’ai jamais franchi la porte des flics, pas plus que je n’ai appelé un des numéros d’aide. Je n’ai pas porté plainte pour tapage nocturne, je n’ai rien signalé.<br />
<br />
Et puis un soir…<br />
<br />
***<br />
<br />
Ce soir-là, fébrile comme je l’étais depuis maintenant des mois, je guettais son retour avec l’espoir que ce soir serait un de ses jours tranquille où tout va bien. Malheureusement ça ne serait pas le cas.<br />
<br />
Cette fois pas de round d’échauffement, Il s’en prit immédiatement à elle à cause d’un coup de téléphone qu’elle aurait passé à son travail :<br />
<br />
« Tu sais quoi j’en ai trop marre de toi ! Tu me gaves…<br />
– Ce soir c’est toi qui va fermer ta gueule connard ! »<br />
<br />
Il cessa immédiatement de parler<br />
<br />
« Tu crois que j’avais pas vu que tu rentrais en douce ? Tu crois que j’avais pas compris que ton histoire de boulot c’est du vent ? Hein ?<br />
– Chérie calme toi » dit-il paniqué<br />
– J’ai fait comme si de rien n’était parce que je pensais que tu serais heureux comme ça…<br />
– Lâche ça ! »<br />
<br />
Lâche quoi ?<br />
<br />
« Cet après-midi j’ai vu le docteur : bah tu sais quoi ? Si j’avais autant mal au ventre, c’est parce que j’ai fait une fausse couche ! J’ETAIS ENCEINTE SALOPARD ET T’AS TUE NOTRE ENFANT ! »<br />
<br />
BANG !<br />
<br />
***<br />
<br />
Sur le pas de la porte, je réponds au policier dans un état second. Je ne sais pas s’il remarque mes yeux rougis, et en fait je m’en moque. Un agent la fait sortir, les menottes aux poignets. Je croise son regard et c’est comme si moi aussi je prenais un coup de revolver en plein cœur. Je vois ensuite le brancard sortir son corps, couvert d’un drap blanc.<br />
<br />
Je ne sais pas ce que j’ai répondu. Tout ce dont je me rappel, c’est de lui avoir menti. Je lui ai dit que je n’avais rien remarqué, que c’était un couple très gentil, que je ne savais pas qu’il dealait de l’herbe dans le quartier, et que je ne savais pas qu’il frappait sa femme.<br />
<br />
Je mens à ce flic parce qu’en fait je veux me mentir à moi-même. Je veux oublier que je suis en partie responsable de tout ça. Je veux faire comme si de rien n’était, comme si ça n’était pas mes affaires. Mais la réalité est toute autre. En réalité j’ai laissé faire, parce que j’avais peur, et qu’au final un homme est mort, et une femme va aller en prison, dévastée par la perte d’un enfant qui aurait pu leur apporter tant de bonheur.<br />
<br />
Moi je vais continuer ma petite vie tranquille, mais dans le silence.<br />
<br />
Mais ça, c’est pas vos affaires, pas vrai ?]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[***Si vous êtes victime ou témoin de violence dans votre voisinage, contactez le 39 19 : ce numéro vous aidera à trouver une écoute afin de ne pas rester seul face à cette situation. Il est gratuit et anonyme.***<br />
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[Lien Wattpad vers « derrière le mur »](https://www.wattpad.com/159538908-le-d%C3%A9fi-bradbury-derri%C3%A8re-le-mur)<br />
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Suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Derrière le mur<br />
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La résidence était splendide : nouvellement bâtie dans un quartier pavillonnaire à deux pas du centre-ville, elle offrait des appartements modernes dotés de nombreux aménagements. On trouvait tout ce qu’il fallait autour : une petite épicerie ouverte jusqu’à pas d’heure, un bureau de poste, un tabac, et même une supérette de quartier pour faire le gros de ses courses. Il y’avait au bout de la rue une école primaire, et pas beaucoup plus loin un arrêt de bus qui desservait le collège, le centre médicale et même une grande rue piétonne avec des restaurants en tout genre qui se terminait par un cinéma.<br />
<br />
Ça n’avait pas été simple d’obtenir le prêt de la banque, mais j’étais enfin dans les murs. « Proprio », ça sonnait bien, mais la réalité était que pendant les 25 prochaines années je serai débiteur d’un organisme de crédit avant de vraiment pouvoir me prétendre chez moi. Mais qu’importe : aujourd’hui je suis là, dans mes presque 60m² pour l’instant vides, à m’imaginer comment sera ma vie ici.<br />
<br />
Il me fallut moins d’un mois pour aménager l’appartement. Les week end s’enchaînaient au rythme des coups de peinture, aidé par les potes qui avait un peu de temps. Le résultat valait vraiment la peine, et mon petit nid était enfin « à ma sauce ». Les murs, peints d’un jaune soleil vif, étaient décorés avec des cadres noirs dans lesquels j’avais enchâssé des pochettes de vieux vinyles : style vintage garantie !<br />
<br />
Pour les meubles, j’avais principalement repris ceux de mon ancienne chambre histoire de limiter les frais. Parce que c’est bien joli d’acheter un appartement, encore faut-il avoir les moyens de s’acheter un lit digne de ce nom pour mettre dedans. Il me fallut environ 6 mois pour que tout soit en place : salon, cuisine, chambre, salle de bain… ça y’est : c’était une vraie maison, un vrai chez moi.<br />
<br />
Pendant tout ce temps, l’appartement d’à côté était resté inoccupé. Il avait été acheté par un investisseur qui voulait le faire aménager pour le louer ensuite tout meublé. Plutôt malin quand on sait combien s’est difficile de se loger de nos jours.<br />
<br />
Je n’avais donc pour voisin que le bruit des ouvriers qui venaient la journée pour tout installer de l’autre côté du mur.<br />
<br />
***<br />
<br />
Cela faisait presque un an que j’étais installé quand des voisins arrivèrent. C’était une jeune couple d’asiatiques, poli et serviable, mais pas très causant. Je les croisais parfois au détour du hall d’entrée lorsque je passais prendre mon courrier. C’était « bonjour » « bonsoir » et point barre.<br />
<br />
Ils restèrent environ un an avant de partir pour un logement plus grand, vraisemblablement parce que madame attendait un heureux événement.<br />
<br />
Je n’ai jamais vraiment su le jour où ils étaient partis.<br />
<br />
A peu près un mois plus tard, un nouveau couple s’installa à côté. Lui avait environ 25 ans, tandis qu’elle semblait n’en avoir même pas 20. Bien plus chaleureux que leurs prédécesseurs, ils vinrent se présenter à ma porte avec une bonne bouteille en cadeau  histoire de faire connaissance.<br />
<br />
Le courant passa bien entre nous : lui travaillait comme livreur dans la région pour une petite boite, tandis qu’elle poursuivait un stage en secrétariat dans une agence d’intérim. Un p’tit couple comme tant d’autre, avec des rêves, des espoirs… un couple tout mignon qui donnait le sourire quand on les croisait.<br />
<br />
Leurs rythmes très différents du mien faisait que finalement on se croisait peu, mais toutes les occasions étaient bonnes pour se laisser un mot dans la boite aux lettres : on se souhaitait la bonne année, on prévenait qu’on allait faire du bruit parce qu’on organisait une soirée avec des amis… bref que du très banal et du très cordiale.<br />
<br />
Mon p’tit couple, je le voyais vivre à travers mon mur… ou plutôt devrais-je dire : je l’entendais. Je n’espionnais pas chez eux, mais le mur de ma chambre était mitoyen à celui de leur salon. Du coup, lorsqu’étendu dans le silence je cherchais le sommeil, c’était relativement simple de les entendre même sans chercher à le faire.<br />
<br />
Leur présence était rassurante. Moi qui vivait seul, souvent en voyage, j’aimais entendre ces voix familières qui venait de l’autre côté. Que ça soit les conversations triviales sur le film qu’ils regardaient ou bien les questions plus épineuses sur la prochaine destination pour les vacances, cela m’offrait par procuration la chaleur d’un foyer.<br />
<br />
Malheureusement pour mon p’tit couple, il perdit son job suite à la faillite de l’entreprise. Il passait donc plus de temps à la maison, mais il ne lui fallut pas longtemps pour perdre la motivation des premiers jours : fini les recherches d’emplois matinales et les appels pour des rendez-vous, maintenant c’était console de jeu jusqu’à 2h du matin et grasse matinée permanente.<br />
<br />
Elle essayait autant que possible de le motiver, mais autre chose le bouffait : il ne supportait pas l’idée de vivre aux crochets de sa copine.<br />
<br />
Le croisant un matin dans le hall, première fois qu’on se voyait depuis son licenciement, je fis mine de prendre de ses nouvelles :<br />
<br />
« Alors comment ça va le boulot en ce moment ?<br />
– Bah… pas terrible, je penses que je vais me barrer et trouver mieux »<br />
<br />
Je supposais qu’il me mentait par gêne et je ne voulais pas insister. Ce n’était pas mes affaires après tout. Je lui répondis en allant dans le sens de son mensonge comme si de rien n’était :<br />
<br />
« Vous avez raison : il faut avoir de l’ambition ! Je suis sûr que vous allez trouver quelque chose : vous êtes bosseur ! »<br />
<br />
Mais pourquoi je lui disais ça ? J’avais pu constater que non, il n’était pas bosseur pour un sou. Ça faisait des semaines qu’il ne relançait même plus les entreprises avec ses CV. Mais bon, ça n’était pas mes affaires…<br />
<br />
***<br />
<br />
Ça faisait 6 mois qu’il était au chômage, et que la situation de mon p’tit couple s’était dégradée. Elle était fatiguée de devoir porter leur ménage à elle seule. Lui de son côté devenait amère et aigri. Même s’il ne le disait jamais, il regrettait leur train de vie d’avant. Il voulait sortir, faire la fête, voir ses potes…<br />
<br />
Elle restait de plus en plus souvent seule dans l’appartement, à l’appeler au téléphone pour savoir quand il rentrerait et se voir finalement répondre qu’il dormirait chez un ami qu’elle ne connaissait pas.<br />
<br />
Je l’entendais parler à sa meilleure amie, et lui raconter son mal être. Elle pensait qu’il la trompait, et que c’était à cause de leurs problèmes d’argent. De mon côté du mur, je n’arrivais pas à m’imaginer ce que c’était. J’avais la chance de bosser comme consultant à mon compte, métier qui m’assurait un train de vie tout ce qu’il y’a de plus confortable.<br />
<br />
Mais qu’est-ce que je ferais moi qui suis seul si un jour la roue tourne ?<br />
<br />
J’enviais une fois de plus mon p’tit couple : ils pouvaient au moins compter l’un sur l’autre… même si pour l’instant lui était un peu sur la touche.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les mois qui suivirent, je les avait passé à travailler quasi systématiquement à la maison (encore un privilège de mon job) afin de pouvoir suivre ce qui se passait à côté. Un soir, alors qu’elle s’apprêtait a passer de nouveau une soirée en solitaire, il rentra triomphant à la maison :<br />
<br />
« Chérie ! Assoies toi j’ai une super nouvelle à t’annoncer : j’ai trouvé un job !<br />
– Quoi c’est vrai ? Mais c’est quoi ?<br />
– C’est pour mon pote qui tiens le garage après la nationale… enfin t’occupes, toujours est-il qu’il m’a engagé pas plus tard que tout à l’heure !<br />
– C’est génial chérie ! Mais tu feras quoi là-bas ?<br />
– bah je bosserai là-bas !<br />
– mais je veux dire… tu n’es pas mécano : du coup ça serait pour faire quoi ?<br />
– Faut accueillir les clients, répondre au téléphone, des conneries comme ça quoi !<br />
– Oh…<br />
– T’es déçue hein ? C’est pas assez bien pour toi c’est ça ?<br />
– Mais non voyons<br />
– Hey je fais ce que je peux ok ? Putain… je pensais que t’allais être contente et t’es déjà en train de me prendre la tête sérieux !<br />
– Mais je suis contente ! C’est juste que je me fais du souci pour toi : je veux pas que tu fasses un job qui te déplaît juste pour l’argent…<br />
– Bah là t’inquiète pas : du fric on va en avoir…<br />
– Pourquoi tu dis ça ?<br />
– Aller t’en fais pas chérie. On se fait un p’tit resto pour fêter ça ?<br />
– Euh… D’accord<br />
– On va où tu veux : ce soir c’est moi qui invite »<br />
<br />
De mon côté du mur, j’étais heureux de ce que je venais d’entendre : s’il reprenait le travail, il retrouverait à coup sûr son dynamisme. C’était donc une excellente nouvelle.<br />
<br />
Les jours qui suivirent, je cherchais les occasions de les recroiser pour le féliciter de son nouveau job. Il partait cependant très tôt le matin, et je ne voulais pas non plus exagérer, déjà que je trouvais mon attitude un petit peu limite. Sauf que rapidement je réalisais que chaque jour, une demi-heure après qu’elle parte travailler, il revenait à la maison pour reprendre ses habitudes : télé, console de jeu…<br />
<br />
***<br />
<br />
L’époque des fêtes battait son plein, et il vint un soir frapper à ma porte :<br />
<br />
« Hey salut voisin : joyeux noël ! »<br />
<br />
Il me tendit un paquet joliment emballé dans un papier vert et rouge avec un motif représentant des lutins en train d’aider le père noël à remplir son traîneau. C’était un de ses coffrets traiteur de luxe, avec une bouteille de Chassagne-Montrachet et des terrines de foie gras dans des bocaux en verre, qui se vendaient comme des petits pains à cette époque de l’année.<br />
<br />
« C’est pour la fois ou on vous nous aviez dépanné… »<br />
<br />
La fois en question datait de l’époque où il venait juste de perdre son travail : il craignait de finir dans le rouge et était venu me voir pour m’emprunter 200 euros. Je savais par mes écoutes intempestives qu’ils étaient vraiment dans l’embarras, et cet argent les aida à surmonter ce moment difficile. Ils m’avaient remboursé intégralement la somme moins de 3 mois après que je leur ai donnée, et j’avais du coup oublié cette histoire.<br />
<br />
« Merci… fallait pas voyons !<br />
<br />
– Si, j’insiste : on se connait pas vraiment, mais malgré tout vous nous avez gentiment aidé. Ça nous a beaucoup touché et ça nous semblait normal en cette époque de l’année de vous montrer notre gratitude. Pour nous vous êtes plus qu’un simple voisin »<br />
<br />
Je me sentais très mal à l’aise. D’un côté j’avais un grand attachement pour mon p’tit couple, et devenir ami avec eux était une idée séduisante. Mais je m’étais immiscé trop loin dans leur vie pour que ça soit possible. Comment pouvoir passer la soirée avec eux alors que je connais certains de leurs secrets ? Comment être détendu et serein alors que je sais qu’il ment à sa chère et tendre sur ses activités ? Comment feindre l’ignorance devant un couple qui se fissure de plus en plus à mesure que le temps passe ?<br />
<br />
Je le remerciai d’une poignée de main, et lui promis de les inviter pour partager tout ça avec eux.<br />
<br />
Bien sûr je mentais, je n’avais aucune intention de le faire. Maintenant je devais me rendre à l’évidence : mon petit jeu était allé trop loin, et il allait falloir que j’arrête de me mêler de leur vie privé. D’ici quelques temps qui sait, la situation sera peut-être plus facile, mais cela devait cesser pour l’instant. Ce soir-là, pour ne rien entendre, je pris la décision de dormir sur le canapé du salon.<br />
<br />
Le silence fut insupportable et anxiogène. J’étais devenu véritablement accroc à ce bruit de fond qu’était leur vie. Mais je devais passer outre. Sauf que mes bonnes résolutions ne survécurent pas plus d’une journée, et dès le lendemain soir, je m’installais sur le petit bureau de ma chambre pour une fois de plus jouer les voyeurs.<br />
<br />
De toute évidence, moi aussi j’avais un problème…<br />
<br />
***<br />
<br />
L’hiver était sur le point de s’achever, et le retour des beaux jours allait signifier une baisse significative d’activité coté boulot. Comme chaque année, jusqu’a à la mi-Mai, j’aurais moitié moins de travail, ce qui m’offrait une bonne raison de prendre un congé et de partir quelques temps.<br />
<br />
Je pris donc 2 semaines de vacances sur la cote, dans un hôtel juste en face de la mer pour profiter de la vue et me régaler du bruit des vagues. Le temps était splendide et je pouvais profiter du calme des lieux qui n’étaient pas encore prit d’assauts par les touristes. Je faisais de longues balades entre le port et la vieille ville, faisant le plus souvent une halte à un café pour prendre un verre et laisser aller mes pensées. La nuit, je restais sur le balconnet de ma chambre pour profiter de l’air frais et du bruit des vagues tout en étant branché sur mon ordinateur portable.<br />
<br />
La réalité c’était que je fuyais le sommeil, de peur de réaliser que le silence autour de moi me rappelle encore que j’étais seul.<br />
<br />
A mon retour, mon premier réflexe fût de vider ma valise dans ma chambre tout en scrutant les bruits de l’autre côté du mur.<br />
<br />
Mais rien : silence total.<br />
<br />
Il était tôt, je ne m’inquiétais donc pas outre mesure, et retournais à mes occupations. Le soir venu, sous les draps, respirant doucement, j’écoutais, à la recherche de ses voix familières qui m’avaient tant manquées.<br />
<br />
« …bon tu vas m’écouter maintenant merde !<br />
– arrête de crier comme ça maintenant tu…<br />
– Je cris ? JE CRIS ? TU VEUX QUE JE CRIS VRAIMENT ? HEIN ? »<br />
<br />
« Bon sang qu’est ce qui se passe ? » me suis je dis. C’était la première fois que je l’entendais lever comme ça la voix. Intrigué, je me concentrais pour aiguiser mon écoute.<br />
<br />
« Tu vas juste bien fermer ta gueule okey ?! Tu dois me respecter ! Putain quand je pense que moi tranquille je me suis dit ça va elle est sérieuse mais en fait t’es qu’une salope ! Mais tu veux que je te dise c’est terminé ça ! C’est la dernière fois que tu me fais ce plan !<br />
– Je te jure je voulais pas te…<br />
– TA GUEULE ! PUTAIN MAIS TA GUEULE ! Je veux pas t’entendre t’as pas compris ça ? Tes excuses à la con je m’en branle ! T’as cru que j’étais un pigeon ou quoi ? »<br />
<br />
J’entends un gros « blam », comme si on avait renversé quelque chose de lourd par terre, suivi d’un cri. C’est elle, et elle est terrifiée<br />
<br />
« Calme toi je t’en supplie tu me fais peur…<br />
– Quoi ? T’as peur ? Parce qu’en plus tu sous-entend que je suis un taré et que je vais te frapper ? Hein ? Genre t’as cru que j’étais comme ton connard de père ? Moi j’suis un vrai mec tu vois ! Et si je veux cogner sur un truc pour me calmer t’as rien à me dire d’accord !<br />
– D’accord… d’accord… »<br />
<br />
Mais qu’est ce qui se passe ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Depuis plusieurs jours, les disputes se reproduisent de plus en plus souvent. Chaque fois c’est pareil : elle rentre, lui dit quelque chose qui le met en rogne, et la machine s’emballe. Il prend la mouche pour un rien, semble à fleur de peau sur tout…<br />
<br />
Elle finit par ne plus prendre de risque et se contente du strict minimum lorsqu’elle lui parle. Et même comme ça, il arrive quand même à s’emporter. L’autre soir, ils se sont disputés parce qu’elle avait répondu au téléphone à un de ses amis. Il a l’air d’être devenu complètement paranoïaque et l’accuse même de flirter avec moi tout ça parce qu’elle m’a salué dans le hall.<br />
<br />
Je dors de moins en moins bien, tellement je me crispe en attendant la prochaine explosion, et dans la journée les bruits me font sursauter. Je me sens mal, comme si cette crise c’était moi qui la vivait.<br />
<br />
Maintenant il hurle sur elle en permanence, et je me demande si je ne devrais pas réagir. Mais au bout du compte, ce ne sont pas mes affaires hein ?<br />
<br />
Hein ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Il devait être une ou deux heures du matin…<br />
<br />
Ils sont en train de regarder un film, et je l’entends Elle :<br />
<br />
« Arrête…<br />
– Bah quoi…<br />
– J’ai pas envie<br />
– Oh aller, fait pas ta timide<br />
– Non arrête… »<br />
<br />
La suite est confuse, mais je comprends qu’il l’embrasse de force. Ce n’est ensuite qu’un enchaînement de gémissements et de plaintes. J’entends le grincement du sofa, le claquement sordide des corps qui s’entrechoquent. Ça n’a rien d’excitant, c’est même tout le contraire. Il se met à l’insulter, comme dans un mauvais film porno et lui ordonne de… enfin bref, vous n’avez pas besoin de l’entendre en détail.<br />
<br />
Je l’entends ensuite, elle, qui s’en va. Je la reconnais à son pas léger. J’entends ensuite l’eau de la salle de bain qui coule. Elle reste presque une demi-heure sous la douche.<br />
<br />
J’ai du mal à comprendre qu’un couple puisse fonctionner comme ça. Mais une fois encore, ce n’est pas mon affaire.<br />
<br />
Alors pourquoi je ne peux plus dormir ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Quelques jours après cette histoire, je la recroise dans le hall. Son regard est vide, et ses yeux sont marqués de fatigue. Elle n’ose pas me parler, sans doute de peur que ça fasse des histoires. A moins que ça ne soit moi qui ai peur qu’il arrive et que nous voyant en train de parler il pète un câble.<br />
<br />
La journée je m’abruti de travail, et c’est presque la boule au ventre que je rentre à la maison. Je dors de moins en moins souvent dans ma chambre. Pour me rassurer, je me trouve d’excellent prétexte : je m’endors devant des films, ou je reste debout pour « travailler sans stress » en pleine nuit. La vérité bien sûr est que je ne veux plus entendre ça.<br />
<br />
Et puis un soir j’entends malgré tout un bruit que je craignais depuis qu’il avait commencé à lever la voix. Je ne veux pas admettre, je me convaincs que je me suis trompé, et je mets mon casque pour « être plus immergé dans le film ». Sauf que ma tête sait ce que j’ai entendu, et je ne pourrait plus jamais être immergé dans le film.<br />
<br />
Le lendemain lorsque je la croise, elle laisse ses cheveux tomber sur son visage. Malgré tout je ne peux m’empêcher de remarquer l’énorme trace bleue foncée qu’elle a au bord de la tempe droite…<br />
<br />
Je voudrais lui parler, lui demander si ça va. Mais je ne suis pas censé savoir tout ça, je ne suis pas censé lui dire que j’ai remarqué le bleu. Ce ne sont pas mes histoires. Et puis si en faisant ça je lui causais des problèmes ? Je risque d’empirer la situation, il vaut mieux que je reste dans mon coin. Je me dis que je n’ai qu’à attendre : si elle a besoin, elle viendra me voir non ? Après tout on se croise souvent, et elle se doute bien que je l’aiderai volontiers non ?<br />
<br />
Non ?<br />
<br />
***<br />
<br />
Ces derniers jours ont été plutôt calme. Je les ai de nouveaux entendu rire ensemble et se « câliner » sans cris ni pleurs. Je me rends compte que j’ai été stupide de me monter la tête comme ça. Voilà ce qui arrive quand on se mêle des affaires des autres !<br />
<br />
Je me sens presque de les inviter pour dîner un soir, mais je préfère éviter ce piège. Je risquerai de vendre la mèche et je ne veux pas gâcher la bonne humeur ambiante. Je suis content de les avoir retrouvé comme avant, de pouvoir m’endormir en les écoutants parler de ce qu’ils feront cet été et de leurs projets d’avenir.<br />
<br />
Je le recroise devant la boite aux lettres. Nous échangeons des banalités, des « trucs de mecs ». Il est souriant, calme, et tout bonnement heureux. Son téléphone sonne, il me fait signe qu’il doit partir et sort en vitesse de la résidence. Je l’observe du coin de l’œil tandis qu’il remonte la rue. Il monte dans une voiture conduite par une jolie brunette qu’il embrasse aussitôt…<br />
<br />
Là encore, je me dis que ce ne sont pas mes affaires, et je décide une fois encore de faire profil bas. Je vais peut-être finir par comprendre que me mêler de la vie des autres est inconvenant…<br />
<br />
***<br />
<br />
4 semaines après que je l’ai surpris avec cette autre femme, c’est finalement elle qui découvre la vérité. Elle lui hurle dessus lorsqu’il rentre, dans un mélange de rage et de larmes. Lui n’a aucun mot de compassion pour elle, et lui répond qu’elle l’a bien cherché et qu’il sait qu’elle aussi l’a trompé.<br />
<br />
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai peur qu’il pense à moi.<br />
<br />
Les mots fusent des deux côtés, violents et sordides, mais rapidement je comprends qu’il se passe autre chose. Bruit de pas, bruit de meubles percutés et de corps chahutés. J’entends qu’elle crie, qu’elle lui demande d’arrêter, qu’il lui fait mal.<br />
<br />
Seul dans le salon, je plaque mes mains sur mes oreilles pour que ça s’arrête. Mais rien n’y fait, ça semble interminable. Je sens une boule d’angoisse en train de m’étouffer. Je ne peux plus penser à rien d’autre, j’essaye de faire comme si de rien n’était mais c’est impossible. Elle est juste là à moins d’une dizaine de mètre, juste de l’autre côté du mur, et elle pleure, elle gémit, et lui la frappe comme un sourd.<br />
<br />
On se dit tous que dans ce genre de situation, on agirait sans trembler, on se dit qu’on irait frapper à la porte, ou au moins qu’on appellerait les flics. Et bien tout ça c’est des conneries, parce que quand ça arrive, on est perdu et on ne sait pas quoi faire.<br />
<br />
Je suis pris entre l’urgence de la situation et une peur inexplicable. Est-ce que c’est lui qui me fait peur ? Je fais une tête de plus que lui, et j’ai dix ans de plus… mais c’est autre chose. J’essaye de réfléchir, mais le bruit me rend fou. Cela fini par me galvaniser : je sors de l’appartement et franchis les 5 mètres entre nos deux portes. Je suis face à la leur, numéro 21, j’arme mon poing, prend mon souffle et frappe 3 fois à la porte.<br />
<br />
Et soudain le silence.<br />
<br />
Je suis fébrile, comme si mon cœur allait exploser. Je ne m’en rends pas compte sur l’instant, mais je sais que je tremble. Il n’y a ni bruit, ni mouvement. Personne ne vient m’ouvrir. Je reste comme ça 5 ou 10 minutes, planté devant la porte. Je me demande s’il me regarde à travers le judas ou bien si simplement ce soudain tambourinement à la porte l’a stoppé.<br />
<br />
Je finis par rentrer chez moi, au bord de l’effondrement. J’ai la sensation d’avoir exulté tout mon stress en seulement 3 coups sur cette foutue porte. Mais assis sur mon canapé, les mains frissonnantes, je me mets à sangloter sans trop savoir pourquoi.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le lendemain, je cherchais comment faire cesser tout ça. Il y’avait des numéros spéciaux, mais qu’est-ce que j’allais leur dire ? « Allo, j’espionne mes voisins et du coup je me rend compte que le mari bat sa femme » ?<br />
<br />
Même chose pour les flics, j’avais trop honte et peur pour leur dire quoi que ce soit. En me renseignant, j’avais découvert que la plupart du temps ce genre d’accusation ne menait pas loin : même un flagrant délit n’était pas l’assurance que le coupable soit puni puisque sans plainte du conjoint, c’était tout au plus du tapage nocturne.<br />
<br />
Il était souvent mentionné que dans ce genre de cas, le conjoint victime avait même tendance à défendre son bourreau dans une variante du syndrome de Stockholm.<br />
<br />
Je me retrouvais donc à noter des numéros de téléphone d’association, me jurant de les appeler, ce que je ne fis jamais. Entamer des démarches me rassurait, mais cet effet fût bref, car chaque nouvelle scène de ménage me rappelait mon inertie et mon immobilisme.<br />
<br />
Sur le trajet qui me menait à la gare, je passais souvent devant le commissariat du quartier. Peut-être pourrais-je y aller ? Je m’inventais toute une histoire, sur ce que j’allais dire pour, l’air de rien conduire les flics sur la bonne piste. Bien sûr ! Je n’avais qu’à me plaindre de tapage, et lorsqu’ils viendraient, ils constateraient les faits !<br />
<br />
Idées absurdes hein ?<br />
<br />
Je n’ai jamais franchi la porte des flics, pas plus que je n’ai appelé un des numéros d’aide. Je n’ai pas porté plainte pour tapage nocturne, je n’ai rien signalé.<br />
<br />
Et puis un soir…<br />
<br />
***<br />
<br />
Ce soir-là, fébrile comme je l’étais depuis maintenant des mois, je guettais son retour avec l’espoir que ce soir serait un de ses jours tranquille où tout va bien. Malheureusement ça ne serait pas le cas.<br />
<br />
Cette fois pas de round d’échauffement, Il s’en prit immédiatement à elle à cause d’un coup de téléphone qu’elle aurait passé à son travail :<br />
<br />
« Tu sais quoi j’en ai trop marre de toi ! Tu me gaves…<br />
– Ce soir c’est toi qui va fermer ta gueule connard ! »<br />
<br />
Il cessa immédiatement de parler<br />
<br />
« Tu crois que j’avais pas vu que tu rentrais en douce ? Tu crois que j’avais pas compris que ton histoire de boulot c’est du vent ? Hein ?<br />
– Chérie calme toi » dit-il paniqué<br />
– J’ai fait comme si de rien n’était parce que je pensais que tu serais heureux comme ça…<br />
– Lâche ça ! »<br />
<br />
Lâche quoi ?<br />
<br />
« Cet après-midi j’ai vu le docteur : bah tu sais quoi ? Si j’avais autant mal au ventre, c’est parce que j’ai fait une fausse couche ! J’ETAIS ENCEINTE SALOPARD ET T’AS TUE NOTRE ENFANT ! »<br />
<br />
BANG !<br />
<br />
***<br />
<br />
Sur le pas de la porte, je réponds au policier dans un état second. Je ne sais pas s’il remarque mes yeux rougis, et en fait je m’en moque. Un agent la fait sortir, les menottes aux poignets. Je croise son regard et c’est comme si moi aussi je prenais un coup de revolver en plein cœur. Je vois ensuite le brancard sortir son corps, couvert d’un drap blanc.<br />
<br />
Je ne sais pas ce que j’ai répondu. Tout ce dont je me rappel, c’est de lui avoir menti. Je lui ai dit que je n’avais rien remarqué, que c’était un couple très gentil, que je ne savais pas qu’il dealait de l’herbe dans le quartier, et que je ne savais pas qu’il frappait sa femme.<br />
<br />
Je mens à ce flic parce qu’en fait je veux me mentir à moi-même. Je veux oublier que je suis en partie responsable de tout ça. Je veux faire comme si de rien n’était, comme si ça n’était pas mes affaires. Mais la réalité est toute autre. En réalité j’ai laissé faire, parce que j’avais peur, et qu’au final un homme est mort, et une femme va aller en prison, dévastée par la perte d’un enfant qui aurait pu leur apporter tant de bonheur.<br />
<br />
Moi je vais continuer ma petite vie tranquille, mais dans le silence.<br />
<br />
Mais ça, c’est pas vos affaires, pas vrai ?]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[***Si vous êtes victime ou témoin de violence dans votre voisinage, contactez le 39 19 : ce numéro vous aidera à trouver une écoute afin de ne pas rester seul face à cette situation. Il est gratuit et anonyme.***

[Lien Wattpad vers « derrière le mur »](https://www.wattpad.com/159538908-le-d%C3%A9fi-bradbury-derri%C3%A8re-le-mur)

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Derrière le mur

La résidence était splendide : nouvellement bâtie dans un quartier pavillonnaire à deux pas du centre-ville, elle offrait des appartements modernes dotés de nombreux aménagements. On trouvait tout ce qu’il fallait autour : une petite épicerie ouverte jusqu’à pas d’heure, un bureau de poste, un tabac, et même une supérette de quartier pour faire le gros de ses courses. Il y’avait au bout de la rue une école primaire, et pas beaucoup plus loin un arrêt de bus qui desservait le collège, le centre médicale et même une grande rue piétonne avec des restaurants en tout genre qui se terminait par un cinéma.

Ça n’avait pas été simple d’obtenir le prêt de la banque, mais j’étais enfin dans les murs. « Proprio », ça sonnait bien, mais la réalité était que pendant les 25 prochaines années je serai débiteur d’un organisme de crédit avant de vraiment pouvoir me prétendre chez moi. Mais qu’importe : aujourd’hui je suis là, dans mes presque 60m² pour l’instant vides, à m’imaginer comment sera ma vie ici.

Il me fallut moins d’un mois pour aménager l’appartement. Les week end s’enchaînaient au rythme des coups de peinture, aidé par les potes qui avait un peu de temps. Le résultat valait vraiment la peine, et mon petit nid était enfin « à ma sauce ». Les murs, peints d’un jaune soleil vif, étaient décorés avec des cadres noirs dans lesquels j’avais enchâssé des pochettes de vieux vinyles : style vintage garantie !

Pour les meubles, j’avais principalement repris ceux de mon ancienne chambre histoire de limiter les frais. Parce que c’est bien joli d’acheter un appartement, encore faut-il avoir les moyens de s’acheter un lit digne de ce nom pour mettre dedans. Il me fallut environ 6 mois pour que tout soit en place : salon, cuisine, chambre, salle de bain… ça y’est : c’était une vraie maison, un vrai chez moi.

Pendant tout ce temps, l’appartement d’à côté était resté inoccupé. Il avait été acheté par un investisseur qui voulait le faire aménager pour le louer ensuite tout meublé. Plutôt malin quand on sait combien s’est difficile de se loger de nos jours.

Je n’avais donc pour voisin que le bruit des ouvriers qui venaient la journée pour tout installer de l’autre côté du mur.

***

Cela faisait presque un an que j’étais installé quand des voisins arrivèrent. C’était une jeune couple d’asiatiques, poli et serviable, mais pas très causant. Je les croisais parfois au détour du hall d’entrée lorsque je passais prendre mon courrier. C’était « bonjour » « bonsoir » et point barre.

Ils restèrent environ un an avant de partir pour un logement plus grand, vraisemblablement parce que madame attendait un heureux événement.

Je n’ai jamais vraiment su le jour où ils étaient partis.

A peu près un mois plus tard, un nouveau couple s’installa à côté. Lui avait environ 25 ans, tandis qu’elle semblait n’en avoir même pas 20. Bien plus chaleureux que leurs prédécesseurs, ils vinrent se présenter à ma porte avec une bonne bouteille en cadeau  histoire de faire connaissance.

Le courant passa bien entre nous : lui travaillait comme livreur dans la région pour une petite boite, tandis qu’elle poursuivait un stage en secrétariat dans une agence d’intérim. Un p’tit couple comme tant d’autre, avec des rêves, des espoirs… un couple tout mignon qui donnait le sourire quand o]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 04 Oct 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-10-04T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 10 : Une hotline d’Enfer #DefiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep10/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Liens Wattpad vers : « une hotline d’enfer »](https://www.wattpad.com/170021474-le-d%C3%A9fi-bradbury-une-hotline-d%27enfer)<br />
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Une Hotline d’Enfer<br />
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Le ciel…<br />
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L’enfer…<br />
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Depuis l’aube de la création, la guerre sans merci que se livrent les forces du Bien contre celle du Mal fait rage dans notre monde. Pourtant, cette guerre reste invisible à nos yeux, et nous ne savons pas que derrière nos joies ou nos peines se cachent en fait de terribles batailles entre les servants de Dieu et les sbires du Diable.<br />
<br />
Les uns cherchent notre bonheur, les autres nos larmes.<br />
<br />
Et c’est ainsi que des hordes démoniaques se dissimulent partout créant toute sorte de tracas pour tourmenter les vivants tandis qu’a l’inverse, les armée du Ciel nous apportent l’espoir et nous protègent des engeances infernales.<br />
<br />
Cette grande guerre qui dure depuis toujours n’est pourtant pas qu’une affaire de soldat. C’est en effet une logistique complexe qui permet à chaque camp de maintenir ses positions. On ne compte plus les agents logistiques chargé simplement de livrer du matériel, créer des alibis ou encore plus bêtement répondre à la hotline.<br />
<br />
Car oui, il existe une hotline pour chaque camp, afin que les agents de terrain aient une aide en cas de besoin, et ce dans le respect des protocoles et des procédures.<br />
<br />
Si les anges, discipliné et méthodique par nature, n’y avaient que très rarement recours, les démons, qui eux étaient bordéliques et incontrôlables, passaient leur temps à l’appeler. Il faut dire que la tentation était grande et que le numéro était simple à se rappeler : 666…<br />
<br />
Ce soir-là (enfin si tant est qu’on puisse parler de nuit au cœur des Enfers) au fin fond de la cité de Dis, l’équipe de nuit de la hotline arrivait pour prendre son service, narguée comme d’habitude par l’équipe de jour.<br />
<br />
En effet, la plupart des cas intéressants avaient lieu en journée, car comme les démons étaient du genre feignant ou fêtard, la nuit était rarement le moment où ils avaient besoin des services de la hotline. Mais cela ne dérangeait pas outre mesure Kaparystazakrak, démon en chef de l’équipe de nuit, et accessoirement démon expert en téléportation par pyrolyse.<br />
<br />
Il aimait profiter du calme nocturne pour lire, fumer et hurler des ordres sur son équipe tout en regardant le meilleur des productions humaines : le télé achat. La chaîne du télé achat était d’ailleurs la seule qu’on pouvait regarder en sa présence sous peine de déclencher une de ses redoutables crise de téléportation spontanée, générant des torrents de flamme dans le bureau.<br />
<br />
Bien entendu, c’était une extrémité auquel personne ne souhaitait être confronté.<br />
<br />
A part ce point, Kaparystazakrak (ou Kap pour les intimes) était un chef bienveillant avec son équipe et toujours de bon conseil (même si les conseils en question étaient transmis par le biais de hurlement).<br />
<br />
Le premier arrivé fût Somninalanuralostes (alias Somni) pour la simple et bonne raison qu’il avait dormit toute la journée dans un placard du bureau, calé entre le balai et les portes manteaux. Démon des ombres à la peau bleuâtre, Somni était un rêveur qui avait pour passion secrète de collectionner des photos haute résolution du Paradis sur son ordinateur. Bien que sur le principe, c’était quelque chose de mal vu en Enfer, le fait qu’il se les procure par des moyens très très louches compensait la nature angélique de ce hobby.<br />
<br />
Prenant place sur son bureau (si si : dessus, en tailleur) Somni sorti du tiroir situé dans le petit caisson à roulette installé à sa droite, un petit jouet en plastique pour faire des bulles. Il trempa avec application la tige terminé par un anneau dans le tube remplit d’eau savonneuse, l’égoutta et enfin souffla doucement dedans. La bulle, brillante et légère, s’envola dans la pièce, suivit par les yeux sombres bleus pétrole du démon rêveur.<br />
<br />
Mais alors qu’elle allait atteindre le bureau qui faisait face à celui de Somni, elle fut éclatée sans sommation par un énorme poing démoniaque. C’était un point rouge, couvert d’écailles acérées et de pointes parfaitement aiguisées.<br />
<br />
Un vrai poing de démon de la fureur…<br />
<br />
« SOMNI ! J’EN AI MARRE DE TES BULLES A LA CON ! JE VAIS TE FAIRE BOUFFER TON JOUET DE MER…<br />
– Doucement Prof… » dit Kap qui venait de se téléporter dans le dos du colérique démon. « Tu sais que si tu casses quelque chose, ça sera retenu sur ta solde ! »<br />
<br />
Bien que Profamakatebazrok (dit Prof) fusse un démon de la fureur mesurant 50 cm de plus que Kap et pesant facilement 40kg de plus que lui, il suivit immédiatement l’ordre de son supérieur. Ce n’était ni la loyauté, ni la discipline ou même la peur qui motivait un tel acte d’humilité, mais simplement un esprit suffisamment lucide pour savoir qu’il n’y avait rien de pire qu’un démon téléporteur en rogne, celui-ci pouvant par pure facétie téléporter une partie de votre colon dans votre bouche.<br />
<br />
Kap fit les gros yeux à Somni qui rangea immédiatement son jouet à faire des bulles. Comme Prof, il attrapa son casque de téléphone, et démarra son ordinateur afin de pouvoir prendre son service. Kap lui, se téléporta à son bureau, situé à l’étage du dessus, et donna ses ordres via un interphone tout en observant par caméra l’équipe.<br />
<br />
« Ce soir c’est calme, il y’a la rediffusion de « Spinal Tap » sur channel 9, donc la plupart des gros lourds de démon du métal seront occupés. On devrait pouvoir se la couler douce… »<br />
<br />
Scrutant l’image renvoyée par la caméra, Kap réfléchi un instant puis se téléporta à nouveau dans le bureau de la hotline. Il chercha quelque chose du regard puis demanda à Prof et Somni :<br />
<br />
« Il est pas là le nouveau ?<br />
– Un nouveau ? » demanda Somni<br />
– Quel nouveau ? » reprit Prof « Pourquoi je suis pas au courant qu’y a un nouveau hein ? POURQUOI C’EST TOUJOURS MOI QUI…<br />
– Oh la ferme ! » coupa Kap « Et puis Chypi non plus elle est pas là ? »<br />
<br />
Kap faisait référence à Chypiakyalinaraba (surnommé Chypi), succube glamour et sexy qui s’était découvert une passion pour le téléphone rose et qui espérait pouvoir donner du « piquant » (ce sont ses termes) à la hotline.<br />
<br />
« Ah bah non… elle est pas encore là, c’est bizarre elle est du genre ponctuelle » dit Prof<br />
– Personne n’est parfait » rajouta Somni<br />
<br />
Kap commençait à bouillonner. Il avait une vague idée d’où était Chypi, et si son intuition se confirmait, la soirée allait commençait par un bon vieux pétage de plomb en règle, avec flamme, hurlement et violence physique abusive.<br />
<br />
***<br />
<br />
Sur le toit du bâtiment de la hotline, situé au carrefour du torrent des suppliciés et des grandes fournaises des lamentations infinies des soirées arrosées, Chypi était en train de se livrer à un torride jeu de séduction avec le petit nouveau. Ce dernier avait croisé la succube dans l’ascenseur qui devait l’amener au bureau de la hotline, mais sans qu’il sache pourquoi, Chypi s’était jeté sur lui pour l’embrasser gouluement à peine les portes fermées. L’instant d’après il s’était retrouvé allongé sur le toit, le caleçon sur le cheville et la sexy succube blottie contre lui, en sous vêtement.<br />
<br />
« Whaou… » dit-il perplexe « mais il s’est passé quoi là ??<br />
– T’as été super mon chou… j’avais jamais ressentie ça avant pour un démon…<br />
– Euh merci… euh c’est quoi ton nom déjà ?<br />
– Coquin… c’est Chypiakyalinaraba… me dit pas que tu l’as déjà oublié après tout ce qu’on a fait ?<br />
– Ah non non bien sûr ! Euh… en fait si… un peu… c’est très très flou tu sais ?<br />
– Mais… je croyais que tu m’aimais… que t’étais différents des autres ! »<br />
<br />
Chypi se mit à pleurer<br />
<br />
« Allons allons voyons ! Faut pas te mettre dans des états pareils ! T’inquiète pas : Mexi va tout arranger !<br />
– C’est… c’est qui Mexi ?<br />
– c’est moi Mexi. C’est mon nom.<br />
– Mexi ?<br />
– Mexi<br />
– Juste Mexi ?<br />
– Ouais juste Mexi<br />
– Mais c’est un prénom de…<br />
– Hey ouais beauté…<br />
– C’est un prénom de merde ! »<br />
<br />
Chypi se releva. Elle claqua des doigts et une brume rougeâtre s’enroula autour de son corps presque nu pour finalement s’y plaquer et devenir un ensemble bustier / pantalon / bottes très élégant bien que l’abus de couleur rouge la faisait ressembler à un signal d’avertissement routier.<br />
<br />
« Moi qui croyait que t’étais différents des autres MEXI ! Mais t’es rien qu’un sale démon tout pourri qui ne me voit que comme une fille ultra sexy au corps parfait ! Bah je suis pas que ça figure toi !<br />
– Mais… enfin j’ai rien dit de…<br />
– SILENCE ! »<br />
<br />
La vérité derrière cette sortie théâtrale de Chypi, c’est qu’elle ne voulait surtout pas admettre avoir fricoté avec un démon s’appelant Mexi.<br />
<br />
Ce dernier s’était relever à son tour et commençait à remonter son caleçon.<br />
<br />
C’est alors qu’un virulent feu des enfers s’alluma soudainement dans son dos, lui chauffant suffisamment l’arrière train pour lui faire pousser un cri. Il se retourna et vit Kap, les bras croisé et l’air renfrogné, comme si on venait de lui apprendre que Los Angeles avait été nommée capitale de l’année au détriment de Las Vegas (cherchez pas trop : Kap est un démon avec un sens des références bien à lui).<br />
<br />
« C’est toi Mexi ? » dit-il tout en fixant le jeune démon. « Faut croire que t’as décidé de commencer ton service en me faisant suer pas vrai ?<br />
– Euh… non non pas du tout m’sieur…<br />
– Kap…<br />
– Pardon ?<br />
– Tu m’appelles Kap, tu finis une phrase à mon attention avec Kap. Comme si c’était un point final.<br />
– Ma foi ça risque d’être compliqué : en effet si je fais ça, dois-je le faire à chaque fin de phrase stricte ou bien lorsque ma proposition entière est finie ? Et oui parce que dans le premier cas je risque de répéter « kap » un paquet de fois ! Et dans le second c’est dur à dire parce qu’on ne sait pas toujours si on a fini une phrase et…<br />
– Dois je te rappeler que je suis un démon téléporteur du 6eme cercle et accessoirement TON PATRON ? »<br />
<br />
Dans un réflexe salvateur, Mexi plaqua une main sur sa bouche et l’autre sur ses fesses… laissant de ce fait tomber son pantalon qu’il était en train de remonter.<br />
<br />
« Et toi Chypiakyalinaraba : tu crois que je ne t’ai pas vue ? » enchaina Kap<br />
<br />
La jolie succube qui croyait pouvoir atteindre les escaliers menant à l’étage sans se faire repérer se figea, puis tourna la tête vers Kap et lui sourit. Elle se rapprocha de lui, suant à grosse goutte gardant ses mains dans son dos au niveau de ses fesses par précaution.<br />
<br />
« Saluuuuut Kapounet….<br />
– C’est Kap !<br />
– Kap Chéri… écoute c’est vrai je suis à la bourre et j’ai entraîné le nouveau dans mes bêtises… mais bon voilà c’est tout moi, je vois un bel homme, je me dis « sera t’il aussi formidable que Kap ? » je nourri un vain espoir, et ça fini toujours pareil : ces animaux m’obligent à aller sur le toit pour me faire des choses…. oh je n’ose même pas te raconter, j’en suis toute retournée<br />
– Mouais… donc tu l’as croisé, tu l’as branché et tu l’as envouté et amené sur le toit en lui faisant croire que vous aviez fait des trucs ensembles pour le forcer à sortir avec toi c’est ça ? »<br />
<br />
Tout le drame de Chypiakyalinaraba était que c’était une très mauvaise succube. Ô certes elle avait un corps splendide et sexy, une démarche à damné un saint et une voix suave et envoûtante qui vous donnait l’impression que milles langues expertes vous léchaient les oreilles… sauf que Chypi n’avait jamais fait usage de son corps pour autre chose que charmer le monde (comprenez : elle était vierge, ce qui dans sa branche était plutôt mal vu) car c’était une romantique dans l’âme et qu’elle voulait rester chaste jusqu’au jour où elle trouverait LE démon qui partagerait l’éternité avec elle. Ou accessoirement un mortel vraiment mignon mais aussi gentil et sensible avec qui sa vaudrait la peine de passer à l’acte.<br />
<br />
Sauf qu’en 400 ans Chypi n’avait jamais dépassé le stade du flirt ce qui avait en grande partie contribué à sa nomination à la hotline (qui sachez-le n’est PAS un service réputé).<br />
<br />
Tentant sa dernière chance, la jolie succube se blotti contre Kap pour sangloter quelques larmes de crocodiles. Le chef d’équipe n’était pas dupe, mais Chypi excellait à simuler les larmes sincères d’une pauvre jeune fille esseulé. Or ce bruit était pour un démon comme une craie sur un tableau : une horreur !<br />
<br />
« Bon ça va ! » dit Kap à la succube « retourne à ton poste et conduit le nouveau au sien ! Et t’as intérêt à ce qu’il perde pas son pantalon entre les étages c’est bien compris ??<br />
– Oh oui Kap ! Merci Kap ! Oh Kap tu es si… Kap ? Oui voilà tu es tellement toi que c’est… oh Kap… mon gentil Kapounet<br />
– Juste Kap…<br />
– Oui tu es tellement juste, tellement… dis ça te dirai pas qu’on aille prendre un verre un soir pour discuter de…<br />
– Chypi : t’es lourde ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Toute la petite bande avait pris son poste : sur la première position de travail, il y’avait Somni et Prof, installé près de la fenêtre qui avait vu sur le mont des espoirs déçu de gain aux jeux à gratter (qui avait pas mal grandi ces dernières semaines). De l’autre côté de la pièce, adossé à l’autre fenêtre, donnant elle sur Satan Plaza et le grand magasin HellDiscount ou on pouvait tout acheter si on y mettait le prix, se trouvait le bureau de Chypi en face duquel on avait installé Mexi. Celui-ci était déjà l’objet de toutes les curiosités.<br />
<br />
« Mais… c’est vraiment ton nom Mexi ? » demanda Prof<br />
– Ouais c’est mon nom, vous savez les jeunes de ma génération on peut plus se taper des noms à rallonge comme vous les vieux de la vieille<br />
– Hey ! Surveille ton langage petit merdeux ! » répondit Chypi « Insinue encore que je suis une vieille peau et je vais dire à Kap que t’as essayé de me tripoter !<br />
– Quoi ?<br />
– Laisse tomber l’ami » répondit Somni de sa voix rêveuse « Chypi fait le coup à tous les nouveaux mais elle est trop timide pour parler comme ça devant Kap<br />
– C’n’est pas l’impression qu’elle m’a donnée sur le toit !<br />
– Oh elle t’a fait le coup du toit ? Non vraiment ne t’en fais pas tu t’habitueras…<br />
– J’avais tellement d’espoir pour nous deux Somni… » dit Chypi avec de faux sanglot dans la voix « tu étais le seul assez sensible pour me comprendre…<br />
– Laisse tomber Chypi je ne veux pas être ton oreiller émotionnel : t’as pas besoin d’un mec, ce qu’il te faut c’est un thérapiste »<br />
<br />
Les 3 autres démons fixèrent Somni horrifié. Aux enfers, les médecins de toute sortes étaient aussi craint que les exorcistes. Prof se signa d’une croix inversé et Mexi récita mentalement les paroles de « Season in the Abyss » de Slayer en guise de prière à Satan.<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était minuit passé, et aucun appel n’était arrivé. L’équipe de nuit vaquait à ses occupations : Prof regardait des vidéos de combat de MMA tandis que Somni avait tiré un nouveau jouet de son tiroir à malice. Il s’agissait d’un yoyo en bois qu’il maniait avec dextérité. Mexi lui relisait en boucle les procédures tandis que Chypi finalisait sa manucure avec une petite faucille d’ombre qu’elle avait eu comme cadeau d’un ami faucheur d’âme.<br />
<br />
Le téléphone sonna enfin sur le poste de Prof.<br />
<br />
Avec l’habitude d’un vieux briscard, il coupa le son de son programme sans couper l’image puis prit la communication. Afin d’éviter tout problème, les gens de la hotline s’exprimait uniquement en démonique, ce qui faisait que si un humain appelaient par erreur, il croirait avoir fait un faux numéro et n’insisterait pas (ce qui s’était avéré toujours vrai jusqu’en 1980 où ce drôle de type, Mark David Chapman, avait appelé pour demander des explications sur « l’attrape cœur » de Salinger).<br />
<br />
Bien évidemment, c’est une version traduite qui vous sera donné ci-dessous.<br />
<br />
« 666 support du vice, Profamakatebazrok à l’appareil j’écoute<br />
– Allo ? Ici Peteracytokrates, démon des aéroports… dites je vous appelle parce que j’ai un souci…<br />
– Dites-moi tout : un souci dans les permutations de bagages ?<br />
– Non non rien de tout ça… en fait j’ai un coup de déprime. J’en ai marre de voir passer des bagages avec des étiquettes venant de Hong Kong, Tahiti ou le Cap Vert… ça fait vingt ans que je vis dans le dépôt à bagage de l’aéroport d’Atlanta…<br />
– C’est un grand aéroport ça dites donc !<br />
– Le plus grand terminal du monde… alors je peux vous dire que j’en vois passer de la valise ! Je connais tous les modèles : des saloperies d’imitation chinoises qui se décolorent au soleil jusqu’au sac Vuitton haut de gamme. C’est d’ailleurs ma grande spécialité ça : convertir les originaux en imitation<br />
– Sacrée Job Peteracytokrates… mais bon la hotline sert pas à ça mon vieux<br />
– Je sais mais… je pensais que vous auriez une idée pour que je me change d’air<br />
– Laissez-moi voir votre fiche »<br />
<br />
Prof tapa les références de Peteracytokrates dans l’ordinateur et récupéra sa fiche de service démoniaque. Heureusement qu’il y’avait AUSSI des démons de la maniaquerie pour noter ce genre de chose…<br />
<br />
« Peter : votre dossier là il me dit que vous êtes en affectation aux permutations. Bon c’est pas forcement super courant mais si vous faites une permutation massives de valise en les envoyant tous à une destination, normalement votre superviseur peut vous valider une dérogation.<br />
– Comment ça ?<br />
– Vous prenez TOUTES les valises de l’aéroport et vous les envoyez ou vous voulez, vu que votre job c’est les permutations, vous devrez les suivre : le temps que tout le monde récupère ses bagages ça devra bien vous faire 6 ou 7 mois de vacances dans un pays chaud !<br />
– Génial ! Merci la hotline c’est une super idée !!<br />
– Ouais ouais… c’est notre boulot » répondit Prof blasé « Vous avez besoin d’autres choses ?<br />
– Non non c’est super, merci encore<br />
– De rien : merci d’avoir appelé le 666… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Rapidement lassé de son yoyo, Somni s’était attelé à la réalisation d’un château de carte. Il était pour cela aidé de Mexi avec qui il s’était rapidement lié d’amitié.<br />
<br />
Oh je vous vois venir : déjà depuis tout à l’heure vous avez l’œil un peu de travers à cause du fait que Chypi soit une succube chaste, et là vous vous dites « ah bah bravo ! C’est super démoniaque l’amitié ! » et bien figurez-vous que oui c’est possible, et ce n’est pas parce que vous ne comprenez pas comment ça marche qu’il faut critiquer : un peu de respect des différences que diable ! (c’est le cas de le dire non ?)<br />
<br />
« Dis Somni ? » demanda Mexi « c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu à la hotline de nuit ? »<br />
<br />
Le démon rêveur resta pensif un instant (ou bien il fut frappé comme souvent d’une petite crise de narcolepsie) avant de répondre :<br />
<br />
« Octobre 1989, un démon des rages de dents appelle et me dit très sérieusement qu’il a reçu une plainte de la part de la petite souris<br />
– La petite souris ?<br />
– Mais si, tu sais, la petite bestiole qui prend les dents des enfants et qui met une pièce à la place<br />
– Oh mais oui ! Celle qu’on appelle aussi la fée des dents ?<br />
– Voila. Sauf que là c’était un européen, mais bon l’idée c’est la même. Alors ce mec me dit qu’il a une plainte béton et qu’il sait pas quoi faire…<br />
– Et du coup tu lui a dit quoi ?<br />
– Ha bah non on gère pas ce genre de chose, c’est monsieur Milton qui traite ça<br />
– C’est qui ça Milton ?<br />
– Bah c’est l’avocat du Diable ! »<br />
<br />
Mexi resta quelques instants pensifs avant de réaliser qu’il ne valait mieux pas parler pendant quelques secondes à Somni. Il préféra tourner son attention vers la jolie succube qui léchait avec application une sucette multicolore dont la forme oblongue ne manquait pas d’être suggestive.<br />
<br />
« Et toi Chypi, c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu ?<br />
– Hum… oh oui c’est surement ce cas-là : une succube débutante qui m’appelle parce que son client vient de faire un infarctus…<br />
– Jusque-là rien d’anormal pour une succube non ?<br />
– Oui mais attends : cette cruche avait oublié de lui faire signer le contrat !<br />
– Noooon ?<br />
– Si je t’assure : cette gourdasse de première catégorie lui avait fait la totale : subjugation, fascination, danse sexy, envoûtement mortel et tout le tralalala… mais il n’avait pas signé le contrat pour son âme !<br />
– Ah purée la cruchasse !<br />
– Obligée de lui expliquer les procédures de premiers secours et d’appeler les pompiers à sa place !<br />
– Hahaha ! Pas banal cette histoire !<br />
– He oui que veux-tu : c’est triste à dire mais la plupart des succubes ne sont pas des lumières… »<br />
<br />
Le téléphone sonna sur le poste de Chypi<br />
<br />
« Les garçons : c’est l’heure du show ! Admirez ! »<br />
<br />
Prenant une pose ultra sexy et dezippant le haut de son bustier pour mettre sa poitrine plus en avant (ce qui on s’en doute n’a pas grand effet au téléphone, mais soyez un peu ouvert d’esprit : Chypi fait ça pour ce donner du courage enfin !) la jolie succube prit sa voix la plus douce et enjôleuse.<br />
<br />
« 666 support du vice, Chypiakyalinaraba à l’appareil : j’écoutes… »<br />
<br />
Somni et Prof avait beau être habitués, ils étaient sous le charme.<br />
<br />
« Allô ? » fit une voix encore plus douce et innocente que celle de Chypi « Je suis bien au 666 ? »<br />
<br />
Chypi écarquilla grand les yeux et posa sa main sur le micro de son casque téléphonique :<br />
<br />
« Oh merde ! Les mecs je crois que j’ai une emplumée au téléphone !<br />
– Quoi ? Un Ange ? Mais qu’est-ce qu’une volaille Céleste foutrait sur notre Hotline ? » demanda Prof<br />
– Qu’est ce qui te fait dire ça ? » demanda Mexi<br />
– Elle à un accent tout pourri ! Même moi je parle le Céleste mieux que ça !<br />
– Répond lui elle va raccrocher !<br />
– Ah ouais ! Euh Allô ? oui je vous écoute, je peux avoir votre nom ? »<br />
<br />
Silence gêné :<br />
<br />
« Euh… Je m’appelle Angelicastabaratachachapak<br />
– C’n’est pas un vrai nom démoniaque…<br />
– Euh… en fait si mais je suis….<br />
– T’es une mauvaise menteuse ma chérie : casse-toi de là tu bloques une ligne réservée à des démons cocotte !<br />
– J’ai besoin d’aide : y’a qu’à vous que je peux demander ça ! »<br />
<br />
Chypi qui avait mis le hautparleur regarda en direction de ses collègues qui l’encouragèrent à continuer… surtout Mexi qui s’était sorti un paquet de chips d’on ne sait où et qui commençait à profiter de la séance.<br />
<br />
« Je suis une ange gardienne du 5eme Rang, et je m’appelle Angelica… »<br />
<br />
5eme rang, ça n’était pas rien, Angelica était quasiment un Archange, la classe la plus prestigieuse et la plus puissante de la hiérarchie Céleste.<br />
<br />
« Ecoutez Angelica, le support chez vous il me semble que c’est le 111…<br />
– Non je ne peux pas leur demander ça… j’ai besoin d’apprendre à… à être dominatrice ! »<br />
<br />
Les 3 démons s’échangèrent un regard polisson (enfin surtout Prof et Mexi car Somni avait atteint un nouveau degré de catatonie après avoir respiré trop fort l’odeur d’un feutre). L’image d’une ange sexy et dominatrice leur titilla le bas ventre.<br />
<br />
« Je vis dans un monde où je dois être gentille, douce et cajolante… mais j’en ai marre ! Ça fait 600 ans que j’ai l’air d’une petite fille de 12 ans ! Vous savez ce que ça fait ?<br />
– Euh pas vraiment : moi j’ai des seins depuis que j’ai 3 ans… mais bon je suis une succube d’un autre coté !<br />
– Vous ne savez pas la chance que vous avez ! Les seuls hommes que j’attire ce sont des pervers sexuels que je dois remettre dans le droit chemin : et c’est pas facile quand le seul truc qui les intéresse c’est de savoir si je suis jolie en marinière !<br />
– Alors là on se comprend ma sœur ! Les mecs c’est touuuus des dégoûtants. Regarde-moi : ce matin je me suis faite harcelée par un collègue de travail ! Il m’a conduite sur le toit avec ses pouvoirs de domination mentale et à essayer d’abuser de moi !<br />
– Mais c’est terrible !<br />
– Non ! Le truc terrible c’est qu’il s’appelle Mexi !<br />
– Seigneur Tout Puissant ! Mexi ?<br />
– Ouiiii ! Mexi ! Je me suis sentie souillée à jamais, comme si mon innocence m’avait été volée par un calamar géant de dessins animé japonais !<br />
– Euh… je ne vois pas trop de quoi tu parles mais ça à l’air horrible…<br />
– Enfin bon : mon chef est arrivé et il a sauvé mon honneur !<br />
– Ouf ! Tout va bien alors !<br />
– Oui… mais toi Angelica chérie il faut que tu sois forte : te laisse pas faire par tous ces gros dégueulasse et montre leur c’est qui la patronne !<br />
– Oh Chypiakyalinaraba… ça me fait tellement du bien d’entendre tes encouragements !<br />
– Ah oui ? Et… ça te fait du bien comment ?<br />
– Pardon ?<br />
– est ce que comme moi ça te donne envie de manger une délicieuse banane pleine de vitamine ?<br />
– Euh… pas forcément là mais c’est vrai que c’est bon les bananes<br />
– Oh oui… une bonne grosse banane… et tu les aimes comment les bananes ? »<br />
<br />
Chypi commençait à sentir une torride chaleur parcourir son corps. Sans s’en rendre compte elle avait commençait à passer ses mains le long de ses cuisses pour le plus grand plaisir de ses camarades qui n’en perdaient pas une miette (sauf Somni qui était tombé à la renverse après avoir calé deux gros feutre ouvert dans ses narines). La jolie succube se calma et reprit de la façon la plus pro possible :<br />
<br />
« Euh… enfin ce que je veux dire Angelica, c’est que les hommes sont comme des bananes : si tu veux les manger enlève la peau avant !<br />
– Ah… euh je vois pas trop ce que tu veux dire par là mais je pense quand même comprendre ton conseil. Merci Chypiakyalinaraba, ça m’a fait du bien de te parler !<br />
– Oh moi aussi Angelica… ça m’a fait BEAUCOUP de bien… on reste en contact hein ? C’est quoi ton numéro ? Allo ? Allo ? Zut… les garçons : je crois qu’elle a raccrochée… »<br />
<br />
***<br />
<br />
Il était plus d’une heure du matin, et Kap passa faire son petit tour d’inspection. Comme prévu la soirée était calme, et c’est avec des yeux ronds qu’il écouta Chypi lui raconter l’appel d’Angelica (tandis que juste après ses collègues racontèrent LEUR version de la chose, avec un poil plus d’objectivité).<br />
<br />
« Et sinon les gars rien d’autres ?<br />
– Euh… moi j’ai eu un démon des parquets » Expliqua Mexi. « Il avait un problème à cause d’un tapis persan qu’on avait installé sur sa zone de travail, du coup c’était hyper difficile de faire grincer le bois.<br />
– Et tu lui a recommandé quoi ? » demanda Prof non pas par curiosité mais pour tester les compétences du nouveau venu<br />
– Facile : il lui suffit d’augmenter le niveau d’infiltration du parquet pour que l’humidité finisse par bouffer cette saloperie de tapis !<br />
– Hum… classique mais efficace : t’es bon dis donc !<br />
– Ouais ils à l’air de connaitre le métier mais… faut lui trouver un surnom ! » proposa Chypi<br />
– Je vote pour ! » acquiesça Somni qui était en train de jouer avec un petit dinosaure en plastique « On pourrait l’appeler Mexicalicartharago ?<br />
– C’est pas le nom d’un acteur ça ? » demanda Prof<br />
– Non c’est un joueur de Blood Bowl, division ardente du 3eme cercle !<br />
– Pfff… Encore un intellectuel » répondit Chypi sarcastique<br />
– Euh sinon, quand j’étais petit on m’appelait Mexicopheles » dit Mexi, trop content d’être le centre de l’attention.<br />
– Mexico…<br />
– Pheles…<br />
– Mexicopheles ! C’est super ! » dirent les trois démons à l’unisson<br />
– Adopté ! » dit Kap « maintenant on t’appellera Mexicopheles : rappelle t’en bien sinon tu peux te brosser pour que la compta te donne ton chèque à la fin du mois ! »<br />
<br />
Après un dernier rappel des consignes, Kap se téléporta de nouveau à son bureau, et la petite bande du service de nuit décida de faire une course de chaise à roulette. Ce fut Prof le vainqueur puisqu’en tant que démon de la fureur, il valait mieux le laisser gagner.<br />
<br />
***<br />
<br />
« 3 heures du mat… on s’ennuiiiiii ! » lança Chypi à travers le bureau sans qu’aucune réponse supérieure à un grognement ne lui soit fait par ses collègues.<br />
<br />
Ils avaient bien reçu un appel d’un démon des boites vocales qui voulait connaitre la procédure pour détourner les appels de celle du père noël, mais Somni le rappela à l’ordre : depuis 1979, la boite vocale du père noël disposait d’une immunité diplomatique en béton.<br />
<br />
Il faut dire que le vieux barbu était plutôt bien introduit coté instance Céleste, et il valait mieux éviter de se le mettre à dos. En plus, même si c’était censé être secret, pas mal de gens racontaient qu’il était missionné par Satan lui-même et que sa mission était de rendre les enfants insupportables pendant les 3 mois avant noël. Un tel taux de nuisance lui valait donc des passes droits inconcevables pour toutes autres créatures Céleste ou Démoniaque.<br />
<br />
Somni s’amusait maintenant à projeter des images fantasmagoriques sur le mur avec son ombre en se servant de la lampe installé sur son bureau. Il était plutôt doué (ce qui était quand même un minimum pour démon de sa classe) mais finissait toujours par représenter des scènes bucoliques plutôt que des monstres effrayants.<br />
<br />
Le téléphone sonna : cette fois c’était au démon rêveur d’agir.<br />
<br />
« 666 hotline du vice, Somninalanuralostes à l’appareil : j’écoute ?<br />
– Allô ? C’est Samragadatasamanasa du service marketing… je vous appelle parce que je suis au bout du rouleau…<br />
– allons bon ? Qu’est qui vous arrive mon cher Sam ? » dit Somni d’une voix dynamique surprenante pour quiconque l’avait vu 10 secondes avant qu’il ne décroche. Il faut dire qu’une fois son casque sur les oreilles, Somni changeait complètement et faisait preuve d’un entrain incroyable.<br />
– Et bah voilà : je travaille dans le marketing, je créé des produits nocifs pour les gens, je fais en sorte qu’ils aient envie de choses inutiles et je les pousse à emprunter un argent qu’ils n’ont pas…<br />
– Oui oui, j’ai bien compris dans quel branche vous êtes Sam. Mais quel est votre souci ?<br />
– Et ben je tiens plus ! Les humains du marketing c’est devenu des fous furieux ! Ça fait 15 jours que je dors plus ! Cette bande de petits cons passe son temps à boire et s’envoyer des kilomètres de coke. Et je vous parle pas des énergies drink : à force de boire ça pour tenir le rythme j’ai une haleine qui sent le chewing gum en permanence !<br />
– Hum oui c’est gênant ça… mais dites m’en plus : ces gens ce sont vos collègues démon ?<br />
– Mais non c’est ça le pire : c’est juste des putains d’humains à la con ! Sauf que je sais pas ce qui se passe mais cette nouvelle génération à l’air d’être en permanence en train de se cramer la tronche<br />
– C’est plutôt une bonne nouvelle Sam ?<br />
– Mais non ! Parce qu’ils n’en crèvent pas ces petits fumiers ! L’autre jour y’a ce minet de Andrew… déjà le mec il s’appelle Andrew ! Euh qu’est-ce que je disais… ah oui : il vient nous narguer avec son bilan sanguin : Pas un gramme de cholestérol ! Glucides nickel, une IMC parfaite et une coupe de cheveux 100% beau gosse…<br />
– Je vous comprends Sam. Un collègue avec un nom tout pourri c’est un vrai handicap au jour le jour. Tenez je vous confie quelque chose parce que j’ai confiance en vous Sam. Dans nos bureaux de la hotline, et je vous jure au nom de Tenacious D que c’est vrai, nous avons un collègue qui s’appelle… Mexi ! »<br />
<br />
Pour seul réponse, Somni entendit le bruit caractéristique bien que pas forcement super glamour d’un vomissement franc et massif.<br />
<br />
« arg… euh désolé… oh bordel c’était violent…<br />
– Ne vous excusez pas Sam : il fallait que sa sorte<br />
– Nan mais je me sens con, je vous emmerde avec Andrew et vous vous avez ce… Mex… beeeeuuuaaarggg »<br />
<br />
Mexicopheles se tourna vers Somni<br />
<br />
« Euh ça commence à être lourd les mecs !<br />
– Mais enfin Mexicopheles, tu vois bien que je dis ça pour aider ce pauvre travailleur de force à aller mieux !<br />
– Ouais… »<br />
<br />
Toujours avec un ton dynamique et enjoué, Somni reprit son client en ligne<br />
<br />
« Sam ? Vous êtes toujours avec moi ?<br />
– euh… ouais ouais…<br />
– Ne pensez plus à Andrew : j’ai votre solution<br />
– Ah bon ?<br />
– J’ai mené mon enquête, et votre Andrew a tout simplement passé un pacte<br />
– Quoi ?<br />
– Oui je pense que là c’est un problème de gestion : y’a un petit malin qui s’est amusé à pactiser avec votre gars et lui à refiler un pack « jeunesse éternelle » plus « richesse et gloire »<br />
– Mais qui est assez con pour refiler ce genre de truc de nos jours !?<br />
– Euh… bah d’après mon ordinateur c’est vous<br />
– Oh mais oui ! Oh le con ! Ah mais merde je me souviens maintenant : on a fait une soirée hyper arrosée pour fêter la sortie de la mayonnaise au bacon… et je me suis retrouvé tellement bourré que j’ai fait signer des tas de contrat aux jeunes ! Tu me m’étonnes qu’ils pètent le feu !<br />
– Bon : tout s’explique. Je vais lancer la procédure pour la rupture des contrats alors<br />
– Oh non : vous donnez pas cette peine ! D’ici 6 mois ils sont morts !<br />
– hahaha : effectivement pas la peine de s’embêter alors. Et bien très bonne soirée Samragadatasamanasa<br />
– Merci à vous Somninalanuralostes »<br />
<br />
Somni raccrocha, termina de remplir son dossier informatique, puis s’écroula la tête la première sur le clavier dont une dizaine de touche volèrent tout autour de lui.<br />
<br />
***<br />
<br />
Prof était en train d’aider Chypi à faire son fitness quotidien, car malgré tous ses pouvoirs, la succube n’avait pas trente-six solution pour garder un corps sexy : tout ça se faisait à coup d’abdo fessier.<br />
<br />
Somni lui construisait une petite fusée avec des jouets qu’il avait obtenu dans des œufs en chocolat (notre avocat nous a déconseillé de citer une marque en particulier) et Mexicopheles terminait de lire « le grand livre des mycoses illustré » que sa tata Rodrigues lui avait fait parvenir en paquet Fado.<br />
<br />
Il était bientôt 6h, la relève allait arriver.<br />
<br />
Mais à 5h59 précise, le téléphone de Mexicopheles sonna. Tous le regardèrent avec encouragement. Même Kap depuis ses caméras de surveillance. Il ajouta même un « TU VA LE DECROCHER CE PUTAIN DE TELEPHONE ! » qui fit chaud au cœur de Mexi.<br />
<br />
« 666, hotline du vice, Mexi…copheles à l’appareil : j’écoutes ? »<br />
<br />
Ses nouveaux amis le félicitèrent du regard de ne pas avoir donné son vrai nom<br />
<br />
« Bonjour, je suis madame Lukamatabarasotoma, Démone de télé réalité : je vous appelle parce que mon audience est en train de se diluer<br />
– Comment ça madame ?<br />
– Les jeunes ne regardent plus la télé à cause de cette saloperie d’Internet !<br />
– Ah oui je vous comprends : c’est un sacrée coup pour votre business !<br />
– Je vous le fait pas dire. Avant je pouvais abrutir les mômes avec 6h de programmes quotidien ressassant du sexe, de la violence et des produits de merdes. J’avais des contrats juteux, tout le monde se battait pour avoir un morceau… et maintenant plus rien. Ma dernière émission « les grand frères des Chef à San Francisco » a été un fiasco<br />
– C’était pourtant un excellent programme ! Y’avait de la cuisine, des filles sexy… vous n’aviez pas mis aussi un nain ?<br />
– Oui ! On avait vraiment fait fort coté casting… mais les gens n’ont pas accroché : ils préfèrent regarder Game Of j’sais pas quoi sur les chaines en ligne…<br />
– D’un autre coté c’est pareil : des filles sexy, des nains…<br />
– Vous croyez que mon média va mourir ?<br />
– Allons ne dites pas ça !<br />
– Je suis sérieuse. La télé qui a été pendant si longtemps la voie royal de l’abrutissement des masses, le fer de lance de l’activité démoniaque sur terre… elle va disparaitre monsieur Mexicopheles. Elle va disparaitre et moi avec… bouhouhouhou… »<br />
<br />
Mexi était perdu. Il ne savait pas quoi répondre. Mais ses amis étaient là : Prof qui brandissait un poing voulant dire « magne toi de répondre ou je te casse le front ! » Chypi qui suçotait son doigt pour lui donner de la motivation, et Somni qui avait encore les lettres de son clavier imprimé sur son visage bleuté qui faisait le signe de la victoire avec les doigts, ils étaient tous derrière lui.<br />
<br />
« Vous savez Luka, vous et la télé vous n’allez pas disparaitre : vous allez évoluer ! »<br />
<br />
Un « oooh ! » retenti à l’unisson dans le bureau de la hotline. Cette réponse là ils ne l’avaient pas vu venir.<br />
<br />
« Votre télé est encore indispensable à un public de gens âgé ou trop pauvre pour avoir internet; vous êtes aussi utile pour diffuser des messages de haine via les infos : où est ce que les extrémistes en tout genre pourrait cracher leur haine, hein ?<br />
– Mais enfin ils font ça sur Inter…<br />
– Nan nan nan : Internet ne fait que repiquer VOS interviews, celles où des polémistes spécialisés font des amalgames toute la journée pour que les humains aient peur les uns des autres : je le sais parce que c’est des gens de chez nous en fait !<br />
– alors tout n’est pas perdu ?<br />
– Mais non Luka : vous pouvez tirer votre épingle du jeu : faite de la télé un endroit de référence pour les vieux grigous qui dirigent le monde, faites leur voir des jeunes stupides comme ils en rêvent secrètement la nuit, et faite leur croire que les banlieues sont remplies de terroristes qui prient la concurrence. Faites leurs voir des rappeurs qui chantent « qu’il est cool d’être rappeur » où « je suis rappeur parce que je rap ». Vous avez encore tellement d’abrutissement à faire dans ce monde : Internet ne fait que se nourrir de ce que vous produisez : vous êtes la source ! »<br />
<br />
Chypi sautilla en applaudissant le magnifique discours de Mexicopheles.<br />
<br />
« whaou… merci Mexicopheles : grâce à vous je me suis rappelé que la télé c’était aussi un foyer pour entretenir la haine ordinaire, et que grâce à la téléréalité je pouvais donner à Internet du grain à moudre. J’ai déjà mille idée en tête pour que mes productions fassent du chiffre sur la toile…<br />
– Et bien j’en suis ravi Luka : ais je répondu à vos attentes ?<br />
– Oh que oui !<br />
– Et bien permettez-moi de vous souhaiter une excellente journée au nom de toute la hotline 666<br />
– Merci : vous aussi ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Au pied de l’immeuble de la hotline, coincé a côté d’un restaurant de fruit de mer abyssal et d’un magasin de téléphone tombé du camion, l’équipe du soir était sur le point de se séparer.<br />
<br />
« Bon bah les gars merci : c’était une super première soirée ! » dit Mexicopheles<br />
– Attend : tu vas pas partir comme ça ! » répondit Kap « on va se faire la bière du matin<br />
– Oui, comme ça on pourra rigoler encore un peu » dit Prof<br />
– Et apprendre à mieux se connaitre… » susurra Chypi<br />
– Euh d’accord… mais pour Somni on fait quoi ? » demanda Mexicopheles<br />
– T’en fais pas : dès qu’il sentira le houblon frais, il se réveillera d’un coup » répondit Prof « et puis au pire je lui colle un pain : ça fera pareil »<br />
<br />
Et c’est ainsi que bras dessus bras dessous, l’équipe de nuit se rendit dans un bar pour rire, se raconter encore des anecdotes, et partager un moment pour prolonger un peu la magie de la nuit. Car bien qu’ingrat, leur métier avait fait d’eux plus qu’une équipe : c’était une bande de compagnons qui parce qu’ils avaient connu ensemble les tracas, les joies et les peines d’un labeur, avaient plaisir à simplement être ensemble…<br />
<br />
Je dédie cette histoire à tous mes camarades de Hotline qui pendant des années ont partagé avec moi la même galère… mais aussi tant de bon moment : cette histoire est à vous les amis !]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Liens Wattpad vers : « une hotline d’enfer »](https://www.wattpad.com/170021474-le-d%C3%A9fi-bradbury-une-hotline-d%27enfer)<br />
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Une Hotline d’Enfer<br />
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Le ciel…<br />
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L’enfer…<br />
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Depuis l’aube de la création, la guerre sans merci que se livrent les forces du Bien contre celle du Mal fait rage dans notre monde. Pourtant, cette guerre reste invisible à nos yeux, et nous ne savons pas que derrière nos joies ou nos peines se cachent en fait de terribles batailles entre les servants de Dieu et les sbires du Diable.<br />
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Les uns cherchent notre bonheur, les autres nos larmes.<br />
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Et c’est ainsi que des hordes démoniaques se dissimulent partout créant toute sorte de tracas pour tourmenter les vivants tandis qu’a l’inverse, les armée du Ciel nous apportent l’espoir et nous protègent des engeances infernales.<br />
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Cette grande guerre qui dure depuis toujours n’est pourtant pas qu’une affaire de soldat. C’est en effet une logistique complexe qui permet à chaque camp de maintenir ses positions. On ne compte plus les agents logistiques chargé simplement de livrer du matériel, créer des alibis ou encore plus bêtement répondre à la hotline.<br />
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Car oui, il existe une hotline pour chaque camp, afin que les agents de terrain aient une aide en cas de besoin, et ce dans le respect des protocoles et des procédures.<br />
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Si les anges, discipliné et méthodique par nature, n’y avaient que très rarement recours, les démons, qui eux étaient bordéliques et incontrôlables, passaient leur temps à l’appeler. Il faut dire que la tentation était grande et que le numéro était simple à se rappeler : 666…<br />
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Ce soir-là (enfin si tant est qu’on puisse parler de nuit au cœur des Enfers) au fin fond de la cité de Dis, l’équipe de nuit de la hotline arrivait pour prendre son service, narguée comme d’habitude par l’équipe de jour.<br />
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En effet, la plupart des cas intéressants avaient lieu en journée, car comme les démons étaient du genre feignant ou fêtard, la nuit était rarement le moment où ils avaient besoin des services de la hotline. Mais cela ne dérangeait pas outre mesure Kaparystazakrak, démon en chef de l’équipe de nuit, et accessoirement démon expert en téléportation par pyrolyse.<br />
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Il aimait profiter du calme nocturne pour lire, fumer et hurler des ordres sur son équipe tout en regardant le meilleur des productions humaines : le télé achat. La chaîne du télé achat était d’ailleurs la seule qu’on pouvait regarder en sa présence sous peine de déclencher une de ses redoutables crise de téléportation spontanée, générant des torrents de flamme dans le bureau.<br />
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Bien entendu, c’était une extrémité auquel personne ne souhaitait être confronté.<br />
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A part ce point, Kaparystazakrak (ou Kap pour les intimes) était un chef bienveillant avec son équipe et toujours de bon conseil (même si les conseils en question étaient transmis par le biais de hurlement).<br />
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Le premier arrivé fût Somninalanuralostes (alias Somni) pour la simple et bonne raison qu’il avait dormit toute la journée dans un placard du bureau, calé entre le balai et les portes manteaux. Démon des ombres à la peau bleuâtre, Somni était un rêveur qui avait pour passion secrète de collectionner des photos haute résolution du Paradis sur son ordinateur. Bien que sur le principe, c’était quelque chose de mal vu en Enfer, le fait qu’il se les procure par des moyens très très louches compensait la nature angélique de ce hobby.<br />
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Prenant place sur son bureau (si si : dessus, en tailleur) Somni sorti du tiroir situé dans le petit caisson à roulette installé à sa droite, un petit jouet en plastique pour faire des bulles. Il trempa avec application la tige terminé par un anneau dans le tube remplit d’eau savonneuse, l’égoutta et enfin souffla doucement dedans. La bulle, brillante et légère, s’envola dans la pièce, suivit par les yeux sombres bleus pétrole du démon rêveur.<br />
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Mais alors qu’elle allait atteindre le bureau qui faisait face à celui de Somni, elle fut éclatée sans sommation par un énorme poing démoniaque. C’était un point rouge, couvert d’écailles acérées et de pointes parfaitement aiguisées.<br />
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Un vrai poing de démon de la fureur…<br />
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« SOMNI ! J’EN AI MARRE DE TES BULLES A LA CON ! JE VAIS TE FAIRE BOUFFER TON JOUET DE MER…<br />
– Doucement Prof… » dit Kap qui venait de se téléporter dans le dos du colérique démon. « Tu sais que si tu casses quelque chose, ça sera retenu sur ta solde ! »<br />
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Bien que Profamakatebazrok (dit Prof) fusse un démon de la fureur mesurant 50 cm de plus que Kap et pesant facilement 40kg de plus que lui, il suivit immédiatement l’ordre de son supérieur. Ce n’était ni la loyauté, ni la discipline ou même la peur qui motivait un tel acte d’humilité, mais simplement un esprit suffisamment lucide pour savoir qu’il n’y avait rien de pire qu’un démon téléporteur en rogne, celui-ci pouvant par pure facétie téléporter une partie de votre colon dans votre bouche.<br />
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Kap fit les gros yeux à Somni qui rangea immédiatement son jouet à faire des bulles. Comme Prof, il attrapa son casque de téléphone, et démarra son ordinateur afin de pouvoir prendre son service. Kap lui, se téléporta à son bureau, situé à l’étage du dessus, et donna ses ordres via un interphone tout en observant par caméra l’équipe.<br />
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« Ce soir c’est calme, il y’a la rediffusion de « Spinal Tap » sur channel 9, donc la plupart des gros lourds de démon du métal seront occupés. On devrait pouvoir se la couler douce… »<br />
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Scrutant l’image renvoyée par la caméra, Kap réfléchi un instant puis se téléporta à nouveau dans le bureau de la hotline. Il chercha quelque chose du regard puis demanda à Prof et Somni :<br />
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« Il est pas là le nouveau ?<br />
– Un nouveau ? » demanda Somni<br />
– Quel nouveau ? » reprit Prof « Pourquoi je suis pas au courant qu’y a un nouveau hein ? POURQUOI C’EST TOUJOURS MOI QUI…<br />
– Oh la ferme ! » coupa Kap « Et puis Chypi non plus elle est pas là ? »<br />
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Kap faisait référence à Chypiakyalinaraba (surnommé Chypi), succube glamour et sexy qui s’était découvert une passion pour le téléphone rose et qui espérait pouvoir donner du « piquant » (ce sont ses termes) à la hotline.<br />
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« Ah bah non… elle est pas encore là, c’est bizarre elle est du genre ponctuelle » dit Prof<br />
– Personne n’est parfait » rajouta Somni<br />
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Kap commençait à bouillonner. Il avait une vague idée d’où était Chypi, et si son intuition se confirmait, la soirée allait commençait par un bon vieux pétage de plomb en règle, avec flamme, hurlement et violence physique abusive.<br />
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Sur le toit du bâtiment de la hotline, situé au carrefour du torrent des suppliciés et des grandes fournaises des lamentations infinies des soirées arrosées, Chypi était en train de se livrer à un torride jeu de séduction avec le petit nouveau. Ce dernier avait croisé la succube dans l’ascenseur qui devait l’amener au bureau de la hotline, mais sans qu’il sache pourquoi, Chypi s’était jeté sur lui pour l’embrasser gouluement à peine les portes fermées. L’instant d’après il s’était retrouvé allongé sur le toit, le caleçon sur le cheville et la sexy succube blottie contre lui, en sous vêtement.<br />
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« Whaou… » dit-il perplexe « mais il s’est passé quoi là ??<br />
– T’as été super mon chou… j’avais jamais ressentie ça avant pour un démon…<br />
– Euh merci… euh c’est quoi ton nom déjà ?<br />
– Coquin… c’est Chypiakyalinaraba… me dit pas que tu l’as déjà oublié après tout ce qu’on a fait ?<br />
– Ah non non bien sûr ! Euh… en fait si… un peu… c’est très très flou tu sais ?<br />
– Mais… je croyais que tu m’aimais… que t’étais différents des autres ! »<br />
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Chypi se mit à pleurer<br />
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« Allons allons voyons ! Faut pas te mettre dans des états pareils ! T’inquiète pas : Mexi va tout arranger !<br />
– C’est… c’est qui Mexi ?<br />
– c’est moi Mexi. C’est mon nom.<br />
– Mexi ?<br />
– Mexi<br />
– Juste Mexi ?<br />
– Ouais juste Mexi<br />
– Mais c’est un prénom de…<br />
– Hey ouais beauté…<br />
– C’est un prénom de merde ! »<br />
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Chypi se releva. Elle claqua des doigts et une brume rougeâtre s’enroula autour de son corps presque nu pour finalement s’y plaquer et devenir un ensemble bustier / pantalon / bottes très élégant bien que l’abus de couleur rouge la faisait ressembler à un signal d’avertissement routier.<br />
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« Moi qui croyait que t’étais différents des autres MEXI ! Mais t’es rien qu’un sale démon tout pourri qui ne me voit que comme une fille ultra sexy au corps parfait ! Bah je suis pas que ça figure toi !<br />
– Mais… enfin j’ai rien dit de…<br />
– SILENCE ! »<br />
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La vérité derrière cette sortie théâtrale de Chypi, c’est qu’elle ne voulait surtout pas admettre avoir fricoté avec un démon s’appelant Mexi.<br />
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Ce dernier s’était relever à son tour et commençait à remonter son caleçon.<br />
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C’est alors qu’un virulent feu des enfers s’alluma soudainement dans son dos, lui chauffant suffisamment l’arrière train pour lui faire pousser un cri. Il se retourna et vit Kap, les bras croisé et l’air renfrogné, comme si on venait de lui apprendre que Los Angeles avait été nommée capitale de l’année au détriment de Las Vegas (cherchez pas trop : Kap est un démon avec un sens des références bien à lui).<br />
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« C’est toi Mexi ? » dit-il tout en fixant le jeune démon. « Faut croire que t’as décidé de commencer ton service en me faisant suer pas vrai ?<br />
– Euh… non non pas du tout m’sieur…<br />
– Kap…<br />
– Pardon ?<br />
– Tu m’appelles Kap, tu finis une phrase à mon attention avec Kap. Comme si c’était un point final.<br />
– Ma foi ça risque d’être compliqué : en effet si je fais ça, dois-je le faire à chaque fin de phrase stricte ou bien lorsque ma proposition entière est finie ? Et oui parce que dans le premier cas je risque de répéter « kap » un paquet de fois ! Et dans le second c’est dur à dire parce qu’on ne sait pas toujours si on a fini une phrase et…<br />
– Dois je te rappeler que je suis un démon téléporteur du 6eme cercle et accessoirement TON PATRON ? »<br />
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Dans un réflexe salvateur, Mexi plaqua une main sur sa bouche et l’autre sur ses fesses… laissant de ce fait tomber son pantalon qu’il était en train de remonter.<br />
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« Et toi Chypiakyalinaraba : tu crois que je ne t’ai pas vue ? » enchaina Kap<br />
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La jolie succube qui croyait pouvoir atteindre les escaliers menant à l’étage sans se faire repérer se figea, puis tourna la tête vers Kap et lui sourit. Elle se rapprocha de lui, suant à grosse goutte gardant ses mains dans son dos au niveau de ses fesses par précaution.<br />
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« Saluuuuut Kapounet….<br />
– C’est Kap !<br />
– Kap Chéri… écoute c’est vrai je suis à la bourre et j’ai entraîné le nouveau dans mes bêtises… mais bon voilà c’est tout moi, je vois un bel homme, je me dis « sera t’il aussi formidable que Kap ? » je nourri un vain espoir, et ça fini toujours pareil : ces animaux m’obligent à aller sur le toit pour me faire des choses…. oh je n’ose même pas te raconter, j’en suis toute retournée<br />
– Mouais… donc tu l’as croisé, tu l’as branché et tu l’as envouté et amené sur le toit en lui faisant croire que vous aviez fait des trucs ensembles pour le forcer à sortir avec toi c’est ça ? »<br />
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Tout le drame de Chypiakyalinaraba était que c’était une très mauvaise succube. Ô certes elle avait un corps splendide et sexy, une démarche à damné un saint et une voix suave et envoûtante qui vous donnait l’impression que milles langues expertes vous léchaient les oreilles… sauf que Chypi n’avait jamais fait usage de son corps pour autre chose que charmer le monde (comprenez : elle était vierge, ce qui dans sa branche était plutôt mal vu) car c’était une romantique dans l’âme et qu’elle voulait rester chaste jusqu’au jour où elle trouverait LE démon qui partagerait l’éternité avec elle. Ou accessoirement un mortel vraiment mignon mais aussi gentil et sensible avec qui sa vaudrait la peine de passer à l’acte.<br />
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Sauf qu’en 400 ans Chypi n’avait jamais dépassé le stade du flirt ce qui avait en grande partie contribué à sa nomination à la hotline (qui sachez-le n’est PAS un service réputé).<br />
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Tentant sa dernière chance, la jolie succube se blotti contre Kap pour sangloter quelques larmes de crocodiles. Le chef d’équipe n’était pas dupe, mais Chypi excellait à simuler les larmes sincères d’une pauvre jeune fille esseulé. Or ce bruit était pour un démon comme une craie sur un tableau : une horreur !<br />
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« Bon ça va ! » dit Kap à la succube « retourne à ton poste et conduit le nouveau au sien ! Et t’as intérêt à ce qu’il perde pas son pantalon entre les étages c’est bien compris ??<br />
– Oh oui Kap ! Merci Kap ! Oh Kap tu es si… Kap ? Oui voilà tu es tellement toi que c’est… oh Kap… mon gentil Kapounet<br />
– Juste Kap…<br />
– Oui tu es tellement juste, tellement… dis ça te dirai pas qu’on aille prendre un verre un soir pour discuter de…<br />
– Chypi : t’es lourde ! »<br />
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***<br />
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Toute la petite bande avait pris son poste : sur la première position de travail, il y’avait Somni et Prof, installé près de la fenêtre qui avait vu sur le mont des espoirs déçu de gain aux jeux à gratter (qui avait pas mal grandi ces dernières semaines). De l’autre côté de la pièce, adossé à l’autre fenêtre, donnant elle sur Satan Plaza et le grand magasin HellDiscount ou on pouvait tout acheter si on y mettait le prix, se trouvait le bureau de Chypi en face duquel on avait installé Mexi. Celui-ci était déjà l’objet de toutes les curiosités.<br />
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« Mais… c’est vraiment ton nom Mexi ? » demanda Prof<br />
– Ouais c’est mon nom, vous savez les jeunes de ma génération on peut plus se taper des noms à rallonge comme vous les vieux de la vieille<br />
– Hey ! Surveille ton langage petit merdeux ! » répondit Chypi « Insinue encore que je suis une vieille peau et je vais dire à Kap que t’as essayé de me tripoter !<br />
– Quoi ?<br />
– Laisse tomber l’ami » répondit Somni de sa voix rêveuse « Chypi fait le coup à tous les nouveaux mais elle est trop timide pour parler comme ça devant Kap<br />
– C’n’est pas l’impression qu’elle m’a donnée sur le toit !<br />
– Oh elle t’a fait le coup du toit ? Non vraiment ne t’en fais pas tu t’habitueras…<br />
– J’avais tellement d’espoir pour nous deux Somni… » dit Chypi avec de faux sanglot dans la voix « tu étais le seul assez sensible pour me comprendre…<br />
– Laisse tomber Chypi je ne veux pas être ton oreiller émotionnel : t’as pas besoin d’un mec, ce qu’il te faut c’est un thérapiste »<br />
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Les 3 autres démons fixèrent Somni horrifié. Aux enfers, les médecins de toute sortes étaient aussi craint que les exorcistes. Prof se signa d’une croix inversé et Mexi récita mentalement les paroles de « Season in the Abyss » de Slayer en guise de prière à Satan.<br />
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Il était minuit passé, et aucun appel n’était arrivé. L’équipe de nuit vaquait à ses occupations : Prof regardait des vidéos de combat de MMA tandis que Somni avait tiré un nouveau jouet de son tiroir à malice. Il s’agissait d’un yoyo en bois qu’il maniait avec dextérité. Mexi lui relisait en boucle les procédures tandis que Chypi finalisait sa manucure avec une petite faucille d’ombre qu’elle avait eu comme cadeau d’un ami faucheur d’âme.<br />
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Le téléphone sonna enfin sur le poste de Prof.<br />
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Avec l’habitude d’un vieux briscard, il coupa le son de son programme sans couper l’image puis prit la communication. Afin d’éviter tout problème, les gens de la hotline s’exprimait uniquement en démonique, ce qui faisait que si un humain appelaient par erreur, il croirait avoir fait un faux numéro et n’insisterait pas (ce qui s’était avéré toujours vrai jusqu’en 1980 où ce drôle de type, Mark David Chapman, avait appelé pour demander des explications sur « l’attrape cœur » de Salinger).<br />
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Bien évidemment, c’est une version traduite qui vous sera donné ci-dessous.<br />
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« 666 support du vice, Profamakatebazrok à l’appareil j’écoute<br />
– Allo ? Ici Peteracytokrates, démon des aéroports… dites je vous appelle parce que j’ai un souci…<br />
– Dites-moi tout : un souci dans les permutations de bagages ?<br />
– Non non rien de tout ça… en fait j’ai un coup de déprime. J’en ai marre de voir passer des bagages avec des étiquettes venant de Hong Kong, Tahiti ou le Cap Vert… ça fait vingt ans que je vis dans le dépôt à bagage de l’aéroport d’Atlanta…<br />
– C’est un grand aéroport ça dites donc !<br />
– Le plus grand terminal du monde… alors je peux vous dire que j’en vois passer de la valise ! Je connais tous les modèles : des saloperies d’imitation chinoises qui se décolorent au soleil jusqu’au sac Vuitton haut de gamme. C’est d’ailleurs ma grande spécialité ça : convertir les originaux en imitation<br />
– Sacrée Job Peteracytokrates… mais bon la hotline sert pas à ça mon vieux<br />
– Je sais mais… je pensais que vous auriez une idée pour que je me change d’air<br />
– Laissez-moi voir votre fiche »<br />
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Prof tapa les références de Peteracytokrates dans l’ordinateur et récupéra sa fiche de service démoniaque. Heureusement qu’il y’avait AUSSI des démons de la maniaquerie pour noter ce genre de chose…<br />
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« Peter : votre dossier là il me dit que vous êtes en affectation aux permutations. Bon c’est pas forcement super courant mais si vous faites une permutation massives de valise en les envoyant tous à une destination, normalement votre superviseur peut vous valider une dérogation.<br />
– Comment ça ?<br />
– Vous prenez TOUTES les valises de l’aéroport et vous les envoyez ou vous voulez, vu que votre job c’est les permutations, vous devrez les suivre : le temps que tout le monde récupère ses bagages ça devra bien vous faire 6 ou 7 mois de vacances dans un pays chaud !<br />
– Génial ! Merci la hotline c’est une super idée !!<br />
– Ouais ouais… c’est notre boulot » répondit Prof blasé « Vous avez besoin d’autres choses ?<br />
– Non non c’est super, merci encore<br />
– De rien : merci d’avoir appelé le 666… »<br />
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Rapidement lassé de son yoyo, Somni s’était attelé à la réalisation d’un château de carte. Il était pour cela aidé de Mexi avec qui il s’était rapidement lié d’amitié.<br />
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Oh je vous vois venir : déjà depuis tout à l’heure vous avez l’œil un peu de travers à cause du fait que Chypi soit une succube chaste, et là vous vous dites « ah bah bravo ! C’est super démoniaque l’amitié ! » et bien figurez-vous que oui c’est possible, et ce n’est pas parce que vous ne comprenez pas comment ça marche qu’il faut critiquer : un peu de respect des différences que diable ! (c’est le cas de le dire non ?)<br />
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« Dis Somni ? » demanda Mexi « c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu à la hotline de nuit ? »<br />
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Le démon rêveur resta pensif un instant (ou bien il fut frappé comme souvent d’une petite crise de narcolepsie) avant de répondre :<br />
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« Octobre 1989, un démon des rages de dents appelle et me dit très sérieusement qu’il a reçu une plainte de la part de la petite souris<br />
– La petite souris ?<br />
– Mais si, tu sais, la petite bestiole qui prend les dents des enfants et qui met une pièce à la place<br />
– Oh mais oui ! Celle qu’on appelle aussi la fée des dents ?<br />
– Voila. Sauf que là c’était un européen, mais bon l’idée c’est la même. Alors ce mec me dit qu’il a une plainte béton et qu’il sait pas quoi faire…<br />
– Et du coup tu lui a dit quoi ?<br />
– Ha bah non on gère pas ce genre de chose, c’est monsieur Milton qui traite ça<br />
– C’est qui ça Milton ?<br />
– Bah c’est l’avocat du Diable ! »<br />
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Mexi resta quelques instants pensifs avant de réaliser qu’il ne valait mieux pas parler pendant quelques secondes à Somni. Il préféra tourner son attention vers la jolie succube qui léchait avec application une sucette multicolore dont la forme oblongue ne manquait pas d’être suggestive.<br />
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« Et toi Chypi, c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu ?<br />
– Hum… oh oui c’est surement ce cas-là : une succube débutante qui m’appelle parce que son client vient de faire un infarctus…<br />
– Jusque-là rien d’anormal pour une succube non ?<br />
– Oui mais attends : cette cruche avait oublié de lui faire signer le contrat !<br />
– Noooon ?<br />
– Si je t’assure : cette gourdasse de première catégorie lui avait fait la totale : subjugation, fascination, danse sexy, envoûtement mortel et tout le tralalala… mais il n’avait pas signé le contrat pour son âme !<br />
– Ah purée la cruchasse !<br />
– Obligée de lui expliquer les procédures de premiers secours et d’appeler les pompiers à sa place !<br />
– Hahaha ! Pas banal cette histoire !<br />
– He oui que veux-tu : c’est triste à dire mais la plupart des succubes ne sont pas des lumières… »<br />
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Le téléphone sonna sur le poste de Chypi<br />
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« Les garçons : c’est l’heure du show ! Admirez ! »<br />
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Prenant une pose ultra sexy et dezippant le haut de son bustier pour mettre sa poitrine plus en avant (ce qui on s’en doute n’a pas grand effet au téléphone, mais soyez un peu ouvert d’esprit : Chypi fait ça pour ce donner du courage enfin !) la jolie succube prit sa voix la plus douce et enjôleuse.<br />
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« 666 support du vice, Chypiakyalinaraba à l’appareil : j’écoutes… »<br />
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Somni et Prof avait beau être habitués, ils étaient sous le charme.<br />
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« Allô ? » fit une voix encore plus douce et innocente que celle de Chypi « Je suis bien au 666 ? »<br />
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Chypi écarquilla grand les yeux et posa sa main sur le micro de son casque téléphonique :<br />
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« Oh merde ! Les mecs je crois que j’ai une emplumée au téléphone !<br />
– Quoi ? Un Ange ? Mais qu’est-ce qu’une volaille Céleste foutrait sur notre Hotline ? » demanda Prof<br />
– Qu’est ce qui te fait dire ça ? » demanda Mexi<br />
– Elle à un accent tout pourri ! Même moi je parle le Céleste mieux que ça !<br />
– Répond lui elle va raccrocher !<br />
– Ah ouais ! Euh Allô ? oui je vous écoute, je peux avoir votre nom ? »<br />
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Silence gêné :<br />
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« Euh… Je m’appelle Angelicastabaratachachapak<br />
– C’n’est pas un vrai nom démoniaque…<br />
– Euh… en fait si mais je suis….<br />
– T’es une mauvaise menteuse ma chérie : casse-toi de là tu bloques une ligne réservée à des démons cocotte !<br />
– J’ai besoin d’aide : y’a qu’à vous que je peux demander ça ! »<br />
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Chypi qui avait mis le hautparleur regarda en direction de ses collègues qui l’encouragèrent à continuer… surtout Mexi qui s’était sorti un paquet de chips d’on ne sait où et qui commençait à profiter de la séance.<br />
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« Je suis une ange gardienne du 5eme Rang, et je m’appelle Angelica… »<br />
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5eme rang, ça n’était pas rien, Angelica était quasiment un Archange, la classe la plus prestigieuse et la plus puissante de la hiérarchie Céleste.<br />
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« Ecoutez Angelica, le support chez vous il me semble que c’est le 111…<br />
– Non je ne peux pas leur demander ça… j’ai besoin d’apprendre à… à être dominatrice ! »<br />
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Les 3 démons s’échangèrent un regard polisson (enfin surtout Prof et Mexi car Somni avait atteint un nouveau degré de catatonie après avoir respiré trop fort l’odeur d’un feutre). L’image d’une ange sexy et dominatrice leur titilla le bas ventre.<br />
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« Je vis dans un monde où je dois être gentille, douce et cajolante… mais j’en ai marre ! Ça fait 600 ans que j’ai l’air d’une petite fille de 12 ans ! Vous savez ce que ça fait ?<br />
– Euh pas vraiment : moi j’ai des seins depuis que j’ai 3 ans… mais bon je suis une succube d’un autre coté !<br />
– Vous ne savez pas la chance que vous avez ! Les seuls hommes que j’attire ce sont des pervers sexuels que je dois remettre dans le droit chemin : et c’est pas facile quand le seul truc qui les intéresse c’est de savoir si je suis jolie en marinière !<br />
– Alors là on se comprend ma sœur ! Les mecs c’est touuuus des dégoûtants. Regarde-moi : ce matin je me suis faite harcelée par un collègue de travail ! Il m’a conduite sur le toit avec ses pouvoirs de domination mentale et à essayer d’abuser de moi !<br />
– Mais c’est terrible !<br />
– Non ! Le truc terrible c’est qu’il s’appelle Mexi !<br />
– Seigneur Tout Puissant ! Mexi ?<br />
– Ouiiii ! Mexi ! Je me suis sentie souillée à jamais, comme si mon innocence m’avait été volée par un calamar géant de dessins animé japonais !<br />
– Euh… je ne vois pas trop de quoi tu parles mais ça à l’air horrible…<br />
– Enfin bon : mon chef est arrivé et il a sauvé mon honneur !<br />
– Ouf ! Tout va bien alors !<br />
– Oui… mais toi Angelica chérie il faut que tu sois forte : te laisse pas faire par tous ces gros dégueulasse et montre leur c’est qui la patronne !<br />
– Oh Chypiakyalinaraba… ça me fait tellement du bien d’entendre tes encouragements !<br />
– Ah oui ? Et… ça te fait du bien comment ?<br />
– Pardon ?<br />
– est ce que comme moi ça te donne envie de manger une délicieuse banane pleine de vitamine ?<br />
– Euh… pas forcément là mais c’est vrai que c’est bon les bananes<br />
– Oh oui… une bonne grosse banane… et tu les aimes comment les bananes ? »<br />
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Chypi commençait à sentir une torride chaleur parcourir son corps. Sans s’en rendre compte elle avait commençait à passer ses mains le long de ses cuisses pour le plus grand plaisir de ses camarades qui n’en perdaient pas une miette (sauf Somni qui était tombé à la renverse après avoir calé deux gros feutre ouvert dans ses narines). La jolie succube se calma et reprit de la façon la plus pro possible :<br />
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« Euh… enfin ce que je veux dire Angelica, c’est que les hommes sont comme des bananes : si tu veux les manger enlève la peau avant !<br />
– Ah… euh je vois pas trop ce que tu veux dire par là mais je pense quand même comprendre ton conseil. Merci Chypiakyalinaraba, ça m’a fait du bien de te parler !<br />
– Oh moi aussi Angelica… ça m’a fait BEAUCOUP de bien… on reste en contact hein ? C’est quoi ton numéro ? Allo ? Allo ? Zut… les garçons : je crois qu’elle a raccrochée… »<br />
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Il était plus d’une heure du matin, et Kap passa faire son petit tour d’inspection. Comme prévu la soirée était calme, et c’est avec des yeux ronds qu’il écouta Chypi lui raconter l’appel d’Angelica (tandis que juste après ses collègues racontèrent LEUR version de la chose, avec un poil plus d’objectivité).<br />
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« Et sinon les gars rien d’autres ?<br />
– Euh… moi j’ai eu un démon des parquets » Expliqua Mexi. « Il avait un problème à cause d’un tapis persan qu’on avait installé sur sa zone de travail, du coup c’était hyper difficile de faire grincer le bois.<br />
– Et tu lui a recommandé quoi ? » demanda Prof non pas par curiosité mais pour tester les compétences du nouveau venu<br />
– Facile : il lui suffit d’augmenter le niveau d’infiltration du parquet pour que l’humidité finisse par bouffer cette saloperie de tapis !<br />
– Hum… classique mais efficace : t’es bon dis donc !<br />
– Ouais ils à l’air de connaitre le métier mais… faut lui trouver un surnom ! » proposa Chypi<br />
– Je vote pour ! » acquiesça Somni qui était en train de jouer avec un petit dinosaure en plastique « On pourrait l’appeler Mexicalicartharago ?<br />
– C’est pas le nom d’un acteur ça ? » demanda Prof<br />
– Non c’est un joueur de Blood Bowl, division ardente du 3eme cercle !<br />
– Pfff… Encore un intellectuel » répondit Chypi sarcastique<br />
– Euh sinon, quand j’étais petit on m’appelait Mexicopheles » dit Mexi, trop content d’être le centre de l’attention.<br />
– Mexico…<br />
– Pheles…<br />
– Mexicopheles ! C’est super ! » dirent les trois démons à l’unisson<br />
– Adopté ! » dit Kap « maintenant on t’appellera Mexicopheles : rappelle t’en bien sinon tu peux te brosser pour que la compta te donne ton chèque à la fin du mois ! »<br />
<br />
Après un dernier rappel des consignes, Kap se téléporta de nouveau à son bureau, et la petite bande du service de nuit décida de faire une course de chaise à roulette. Ce fut Prof le vainqueur puisqu’en tant que démon de la fureur, il valait mieux le laisser gagner.<br />
<br />
***<br />
<br />
« 3 heures du mat… on s’ennuiiiiii ! » lança Chypi à travers le bureau sans qu’aucune réponse supérieure à un grognement ne lui soit fait par ses collègues.<br />
<br />
Ils avaient bien reçu un appel d’un démon des boites vocales qui voulait connaitre la procédure pour détourner les appels de celle du père noël, mais Somni le rappela à l’ordre : depuis 1979, la boite vocale du père noël disposait d’une immunité diplomatique en béton.<br />
<br />
Il faut dire que le vieux barbu était plutôt bien introduit coté instance Céleste, et il valait mieux éviter de se le mettre à dos. En plus, même si c’était censé être secret, pas mal de gens racontaient qu’il était missionné par Satan lui-même et que sa mission était de rendre les enfants insupportables pendant les 3 mois avant noël. Un tel taux de nuisance lui valait donc des passes droits inconcevables pour toutes autres créatures Céleste ou Démoniaque.<br />
<br />
Somni s’amusait maintenant à projeter des images fantasmagoriques sur le mur avec son ombre en se servant de la lampe installé sur son bureau. Il était plutôt doué (ce qui était quand même un minimum pour démon de sa classe) mais finissait toujours par représenter des scènes bucoliques plutôt que des monstres effrayants.<br />
<br />
Le téléphone sonna : cette fois c’était au démon rêveur d’agir.<br />
<br />
« 666 hotline du vice, Somninalanuralostes à l’appareil : j’écoute ?<br />
– Allô ? C’est Samragadatasamanasa du service marketing… je vous appelle parce que je suis au bout du rouleau…<br />
– allons bon ? Qu’est qui vous arrive mon cher Sam ? » dit Somni d’une voix dynamique surprenante pour quiconque l’avait vu 10 secondes avant qu’il ne décroche. Il faut dire qu’une fois son casque sur les oreilles, Somni changeait complètement et faisait preuve d’un entrain incroyable.<br />
– Et bah voilà : je travaille dans le marketing, je créé des produits nocifs pour les gens, je fais en sorte qu’ils aient envie de choses inutiles et je les pousse à emprunter un argent qu’ils n’ont pas…<br />
– Oui oui, j’ai bien compris dans quel branche vous êtes Sam. Mais quel est votre souci ?<br />
– Et ben je tiens plus ! Les humains du marketing c’est devenu des fous furieux ! Ça fait 15 jours que je dors plus ! Cette bande de petits cons passe son temps à boire et s’envoyer des kilomètres de coke. Et je vous parle pas des énergies drink : à force de boire ça pour tenir le rythme j’ai une haleine qui sent le chewing gum en permanence !<br />
– Hum oui c’est gênant ça… mais dites m’en plus : ces gens ce sont vos collègues démon ?<br />
– Mais non c’est ça le pire : c’est juste des putains d’humains à la con ! Sauf que je sais pas ce qui se passe mais cette nouvelle génération à l’air d’être en permanence en train de se cramer la tronche<br />
– C’est plutôt une bonne nouvelle Sam ?<br />
– Mais non ! Parce qu’ils n’en crèvent pas ces petits fumiers ! L’autre jour y’a ce minet de Andrew… déjà le mec il s’appelle Andrew ! Euh qu’est-ce que je disais… ah oui : il vient nous narguer avec son bilan sanguin : Pas un gramme de cholestérol ! Glucides nickel, une IMC parfaite et une coupe de cheveux 100% beau gosse…<br />
– Je vous comprends Sam. Un collègue avec un nom tout pourri c’est un vrai handicap au jour le jour. Tenez je vous confie quelque chose parce que j’ai confiance en vous Sam. Dans nos bureaux de la hotline, et je vous jure au nom de Tenacious D que c’est vrai, nous avons un collègue qui s’appelle… Mexi ! »<br />
<br />
Pour seul réponse, Somni entendit le bruit caractéristique bien que pas forcement super glamour d’un vomissement franc et massif.<br />
<br />
« arg… euh désolé… oh bordel c’était violent…<br />
– Ne vous excusez pas Sam : il fallait que sa sorte<br />
– Nan mais je me sens con, je vous emmerde avec Andrew et vous vous avez ce… Mex… beeeeuuuaaarggg »<br />
<br />
Mexicopheles se tourna vers Somni<br />
<br />
« Euh ça commence à être lourd les mecs !<br />
– Mais enfin Mexicopheles, tu vois bien que je dis ça pour aider ce pauvre travailleur de force à aller mieux !<br />
– Ouais… »<br />
<br />
Toujours avec un ton dynamique et enjoué, Somni reprit son client en ligne<br />
<br />
« Sam ? Vous êtes toujours avec moi ?<br />
– euh… ouais ouais…<br />
– Ne pensez plus à Andrew : j’ai votre solution<br />
– Ah bon ?<br />
– J’ai mené mon enquête, et votre Andrew a tout simplement passé un pacte<br />
– Quoi ?<br />
– Oui je pense que là c’est un problème de gestion : y’a un petit malin qui s’est amusé à pactiser avec votre gars et lui à refiler un pack « jeunesse éternelle » plus « richesse et gloire »<br />
– Mais qui est assez con pour refiler ce genre de truc de nos jours !?<br />
– Euh… bah d’après mon ordinateur c’est vous<br />
– Oh mais oui ! Oh le con ! Ah mais merde je me souviens maintenant : on a fait une soirée hyper arrosée pour fêter la sortie de la mayonnaise au bacon… et je me suis retrouvé tellement bourré que j’ai fait signer des tas de contrat aux jeunes ! Tu me m’étonnes qu’ils pètent le feu !<br />
– Bon : tout s’explique. Je vais lancer la procédure pour la rupture des contrats alors<br />
– Oh non : vous donnez pas cette peine ! D’ici 6 mois ils sont morts !<br />
– hahaha : effectivement pas la peine de s’embêter alors. Et bien très bonne soirée Samragadatasamanasa<br />
– Merci à vous Somninalanuralostes »<br />
<br />
Somni raccrocha, termina de remplir son dossier informatique, puis s’écroula la tête la première sur le clavier dont une dizaine de touche volèrent tout autour de lui.<br />
<br />
***<br />
<br />
Prof était en train d’aider Chypi à faire son fitness quotidien, car malgré tous ses pouvoirs, la succube n’avait pas trente-six solution pour garder un corps sexy : tout ça se faisait à coup d’abdo fessier.<br />
<br />
Somni lui construisait une petite fusée avec des jouets qu’il avait obtenu dans des œufs en chocolat (notre avocat nous a déconseillé de citer une marque en particulier) et Mexicopheles terminait de lire « le grand livre des mycoses illustré » que sa tata Rodrigues lui avait fait parvenir en paquet Fado.<br />
<br />
Il était bientôt 6h, la relève allait arriver.<br />
<br />
Mais à 5h59 précise, le téléphone de Mexicopheles sonna. Tous le regardèrent avec encouragement. Même Kap depuis ses caméras de surveillance. Il ajouta même un « TU VA LE DECROCHER CE PUTAIN DE TELEPHONE ! » qui fit chaud au cœur de Mexi.<br />
<br />
« 666, hotline du vice, Mexi…copheles à l’appareil : j’écoutes ? »<br />
<br />
Ses nouveaux amis le félicitèrent du regard de ne pas avoir donné son vrai nom<br />
<br />
« Bonjour, je suis madame Lukamatabarasotoma, Démone de télé réalité : je vous appelle parce que mon audience est en train de se diluer<br />
– Comment ça madame ?<br />
– Les jeunes ne regardent plus la télé à cause de cette saloperie d’Internet !<br />
– Ah oui je vous comprends : c’est un sacrée coup pour votre business !<br />
– Je vous le fait pas dire. Avant je pouvais abrutir les mômes avec 6h de programmes quotidien ressassant du sexe, de la violence et des produits de merdes. J’avais des contrats juteux, tout le monde se battait pour avoir un morceau… et maintenant plus rien. Ma dernière émission « les grand frères des Chef à San Francisco » a été un fiasco<br />
– C’était pourtant un excellent programme ! Y’avait de la cuisine, des filles sexy… vous n’aviez pas mis aussi un nain ?<br />
– Oui ! On avait vraiment fait fort coté casting… mais les gens n’ont pas accroché : ils préfèrent regarder Game Of j’sais pas quoi sur les chaines en ligne…<br />
– D’un autre coté c’est pareil : des filles sexy, des nains…<br />
– Vous croyez que mon média va mourir ?<br />
– Allons ne dites pas ça !<br />
– Je suis sérieuse. La télé qui a été pendant si longtemps la voie royal de l’abrutissement des masses, le fer de lance de l’activité démoniaque sur terre… elle va disparaitre monsieur Mexicopheles. Elle va disparaitre et moi avec… bouhouhouhou… »<br />
<br />
Mexi était perdu. Il ne savait pas quoi répondre. Mais ses amis étaient là : Prof qui brandissait un poing voulant dire « magne toi de répondre ou je te casse le front ! » Chypi qui suçotait son doigt pour lui donner de la motivation, et Somni qui avait encore les lettres de son clavier imprimé sur son visage bleuté qui faisait le signe de la victoire avec les doigts, ils étaient tous derrière lui.<br />
<br />
« Vous savez Luka, vous et la télé vous n’allez pas disparaitre : vous allez évoluer ! »<br />
<br />
Un « oooh ! » retenti à l’unisson dans le bureau de la hotline. Cette réponse là ils ne l’avaient pas vu venir.<br />
<br />
« Votre télé est encore indispensable à un public de gens âgé ou trop pauvre pour avoir internet; vous êtes aussi utile pour diffuser des messages de haine via les infos : où est ce que les extrémistes en tout genre pourrait cracher leur haine, hein ?<br />
– Mais enfin ils font ça sur Inter…<br />
– Nan nan nan : Internet ne fait que repiquer VOS interviews, celles où des polémistes spécialisés font des amalgames toute la journée pour que les humains aient peur les uns des autres : je le sais parce que c’est des gens de chez nous en fait !<br />
– alors tout n’est pas perdu ?<br />
– Mais non Luka : vous pouvez tirer votre épingle du jeu : faite de la télé un endroit de référence pour les vieux grigous qui dirigent le monde, faites leur voir des jeunes stupides comme ils en rêvent secrètement la nuit, et faite leur croire que les banlieues sont remplies de terroristes qui prient la concurrence. Faites leurs voir des rappeurs qui chantent « qu’il est cool d’être rappeur » où « je suis rappeur parce que je rap ». Vous avez encore tellement d’abrutissement à faire dans ce monde : Internet ne fait que se nourrir de ce que vous produisez : vous êtes la source ! »<br />
<br />
Chypi sautilla en applaudissant le magnifique discours de Mexicopheles.<br />
<br />
« whaou… merci Mexicopheles : grâce à vous je me suis rappelé que la télé c’était aussi un foyer pour entretenir la haine ordinaire, et que grâce à la téléréalité je pouvais donner à Internet du grain à moudre. J’ai déjà mille idée en tête pour que mes productions fassent du chiffre sur la toile…<br />
– Et bien j’en suis ravi Luka : ais je répondu à vos attentes ?<br />
– Oh que oui !<br />
– Et bien permettez-moi de vous souhaiter une excellente journée au nom de toute la hotline 666<br />
– Merci : vous aussi ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Au pied de l’immeuble de la hotline, coincé a côté d’un restaurant de fruit de mer abyssal et d’un magasin de téléphone tombé du camion, l’équipe du soir était sur le point de se séparer.<br />
<br />
« Bon bah les gars merci : c’était une super première soirée ! » dit Mexicopheles<br />
– Attend : tu vas pas partir comme ça ! » répondit Kap « on va se faire la bière du matin<br />
– Oui, comme ça on pourra rigoler encore un peu » dit Prof<br />
– Et apprendre à mieux se connaitre… » susurra Chypi<br />
– Euh d’accord… mais pour Somni on fait quoi ? » demanda Mexicopheles<br />
– T’en fais pas : dès qu’il sentira le houblon frais, il se réveillera d’un coup » répondit Prof « et puis au pire je lui colle un pain : ça fera pareil »<br />
<br />
Et c’est ainsi que bras dessus bras dessous, l’équipe de nuit se rendit dans un bar pour rire, se raconter encore des anecdotes, et partager un moment pour prolonger un peu la magie de la nuit. Car bien qu’ingrat, leur métier avait fait d’eux plus qu’une équipe : c’était une bande de compagnons qui parce qu’ils avaient connu ensemble les tracas, les joies et les peines d’un labeur, avaient plaisir à simplement être ensemble…<br />
<br />
Je dédie cette histoire à tous mes camarades de Hotline qui pendant des années ont partagé avec moi la même galère… mais aussi tant de bon moment : cette histoire est à vous les amis !]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Liens Wattpad vers : « une hotline d’enfer »](https://www.wattpad.com/170021474-le-d%C3%A9fi-bradbury-une-hotline-d%27enfer)

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n’hésitez pas à partager et à commenter !
Une Hotline d’Enfer

Le ciel…

L’enfer…

Depuis l’aube de la création, la guerre sans merci que se livrent les forces du Bien contre celle du Mal fait rage dans notre monde. Pourtant, cette guerre reste invisible à nos yeux, et nous ne savons pas que derrière nos joies ou nos peines se cachent en fait de terribles batailles entre les servants de Dieu et les sbires du Diable.

Les uns cherchent notre bonheur, les autres nos larmes.

Et c’est ainsi que des hordes démoniaques se dissimulent partout créant toute sorte de tracas pour tourmenter les vivants tandis qu’a l’inverse, les armée du Ciel nous apportent l’espoir et nous protègent des engeances infernales.

Cette grande guerre qui dure depuis toujours n’est pourtant pas qu’une affaire de soldat. C’est en effet une logistique complexe qui permet à chaque camp de maintenir ses positions. On ne compte plus les agents logistiques chargé simplement de livrer du matériel, créer des alibis ou encore plus bêtement répondre à la hotline.

Car oui, il existe une hotline pour chaque camp, afin que les agents de terrain aient une aide en cas de besoin, et ce dans le respect des protocoles et des procédures.

Si les anges, discipliné et méthodique par nature, n’y avaient que très rarement recours, les démons, qui eux étaient bordéliques et incontrôlables, passaient leur temps à l’appeler. Il faut dire que la tentation était grande et que le numéro était simple à se rappeler : 666…

Ce soir-là (enfin si tant est qu’on puisse parler de nuit au cœur des Enfers) au fin fond de la cité de Dis, l’équipe de nuit de la hotline arrivait pour prendre son service, narguée comme d’habitude par l’équipe de jour.

En effet, la plupart des cas intéressants avaient lieu en journée, car comme les démons étaient du genre feignant ou fêtard, la nuit était rarement le moment où ils avaient besoin des services de la hotline. Mais cela ne dérangeait pas outre mesure Kaparystazakrak, démon en chef de l’équipe de nuit, et accessoirement démon expert en téléportation par pyrolyse.

Il aimait profiter du calme nocturne pour lire, fumer et hurler des ordres sur son équipe tout en regardant le meilleur des productions humaines : le télé achat. La chaîne du télé achat était d’ailleurs la seule qu’on pouvait regarder en sa présence sous peine de déclencher une de ses redoutables crise de téléportation spontanée, générant des torrents de flamme dans le bureau.

Bien entendu, c’était une extrémité auquel personne ne souhaitait être confronté.

A part ce point, Kaparystazakrak (ou Kap pour les intimes) était un chef bienveillant avec son équipe et toujours de bon conseil (même si les conseils en question étaient transmis par le biais de hurlement).

Le premier arrivé fût Somninalanuralostes (alias Somni) pour la simple et bonne raison qu’il avait dormit toute la journée dans un placard du bureau, calé entre le balai et les portes manteaux. Démon des ombres à la peau bleuâtre, Somni était un rêveur qui avait pour passion secrète de collectionner des photos haute résolution du Paradis sur son ordinateur. Bien que sur le principe, c’était quelque chose de mal vu en Enfer, le fait qu’il se les procure par des moyens très très louches compensait la nature angélique de ce hobby.

Prenant place sur son bureau (si si : dessus, en tailleur) Somni sorti du tiroir situé dans le petit caisson à roulette installé à sa droite, un petit jouet en plastique pour faire des bulles. Il trempa avec application la tige terminé par un anneau dans le tube remplit d’eau savonneuse, l’égoutta et enfin souffla douce]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/0/9/5/_/uploads/10571119/image_track/7819284/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1673955053590.jpg" />
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                <pubDate>Mon, 28 Sep 2015 09:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-09-28T09:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[journal de bord – Episode 9 : Chanson pour Avalon]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep9/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Lien wattpad vers « chanson pour Avalon »](https://www.wattpad.com/159538789-le-d%C3%A9fi-bradbury-chanson-pour-avalon)<br />
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suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
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[Un lien vers « Duvet » de Boa (chanté par Jasmine Rodgers)](https://www.youtube.com/watch?v=T0N5YblvT1c)<br />
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Chanson pour Avalon<br />
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A l’intérieur de la petite cabine d’enregistrement qui devait tout juste faire 30m², se trouvait ce que les types du studio appelaient le Mojo. C’était un simple crochet suspendu sur le mur à droite de la porte, un tout petit crochet métallique de rien du tout qui se terminait en sphère afin de ne pas abîmer ce qu’on suspendait dessus.<br />
<br />
Lorsqu’on entrait dans la cabine, il fallait saluer le Mojo, comme si c’était quelqu’un faisant parti de l’équipe. Il y’avait même certains musicien qui lui parlaient, comme à un confident, ou qui priaient devant lui comme si c’était un autel élevé à la gloire d’une divinité animiste des portes manteau.<br />
<br />
Le Mojo était là depuis presque aussi longtemps que le studio lui même. Construit bien avant l’époque légendaire de la Motown, et tout comme le snake pitt des funks brothers, le studio Avalon avait acquis son aura et sa patine par l’entremise des musiciens qui s’y étaient succédé pendant presque 80 ans maintenant. Leurs créations, leur passion, mais aussi leurs fureurs et leurs déceptions s’étaient imprégnés dans ses murs dont les fantômes continuaient d’observer les vivants essayant de marquer eux aussi l’endroit par leur musique.<br />
<br />
Quand Jasmine arriva, elle fût impressionné par cette ambiance. Ça n’avait rien à voir avec sa petite chambre d’ado où elle s’enregistrait en train de gratter ses premiers accord devant une webcam base résolution. Certes c’était non seulement un studio professionnel, mais surtout c’était celui où avait été enregistré les 6 seuls titres existant de Solomon Duke. 6 titres qui avaient bouleversés la vie de Jasmine et l’avaient poussé vers la voie de la musique et du Blues.<br />
<br />
L’an passé, Jasmine Queen n’était qu’une jeune fille ordinaire, vivant dans un petit bled du Michigan du nom de Wakefield, jusqu’au jour où elle publia une vidéo d’elle en train de chanter sa chanson préférée : « The Blues remain in my soul »<br />
<br />
If i’m broke, if i’m down<br />
if all the ways are blocked and if i feel trapped<br />
<br />
Blues… still remain in my soul<br />
<br />
if i’m lost, if i’m sad<br />
if all men are against me and if i feel lonely<br />
<br />
Blues… still remain in my soul<br />
<br />
Cause i’m a passenger… of the wind<br />
Cause i’m a traveller… so i still be walking !<br />
<br />
If on my way you can hear my song<br />
come on and sing it with me<br />
I’ll take you on the roads,<br />
And togther will finaly be free… cause…<br />
<br />
Blues… still remain in our souls<br />
Blues… still remain in our souls….<br />
<br />
Simplement accompagnée d’une guitare aux cordes fatiguées par des heures de pratique assidue, la chanson de Jasmine était rapidement devenue virale au point qu’il ne fallut pas un mois pour qu’elle dépasse le million de vue a travers le monde. L’Amérique s’était découvert une nouvelle idole, et une grosse major sentant la bonne affaire lui proposa d’enregistrer un single.<br />
<br />
Comment résister à une telle proposition quand vous avez 17 ans et des rêves de gloire plein la tête ?<br />
<br />
Jasmine s’était donc retrouvé à New York, au studio Electric Lady, pour enregistrer une version plus pro de « The Blues remain in my soul ». Le résultat fût un carton commercial, et un succès prometteur pour les critiques. Pourtant, la jeune fille avait eut le sentiment de trahir la chanson…<br />
<br />
A partir de là tout avait échappé à son contrôle : les télés, les premières parties de concert de grand noms de la musique… tout était allé trop vite pour Jasmine. La pression était trop forte, et le tourbillon qui l’avait emporté ne semblait jamais s’arrêter. Toujours sur les routes, passant de chambres d’hôtels en chambres d’hôtels, elle était le témoin figé de sa propre perdition.<br />
<br />
Un an après ce départ foudroyant, la maison de disque savait qu’il fallait relancer la machine pour concrétiser l’essai et pérenniser Jasmine Queen dans le cœur du public. Ils avaient donc organisé l’enregistrement d’un nouveau single qui allait être un tournant décisif : soit la jeune fille resterait une étoile filante connue pour un seul et unique hit, soit elle parviendrait à creuser son sillon dans un milieu ultra concurrentiel.<br />
<br />
Cet enjeu délirant qui pesait sur les épaules de Jasmine la tétanisait encore plus. Son désir d’être artiste ne suffisait plus à la motiver, et chaque moment était vécu plus comme une épreuve que comme un accomplissement. Ses intervention pilotées et son image contrôlée par la maison de production faisaient que Jasmine ne se sentait plus artiste, mais simple employée d’une grosse multinationale.<br />
<br />
Elle était là, au milieu des musiciens engagés par le label, a chercher dans les murs de cette salle d’enregistrement comme une étincelle qui provoquerait le déclic. Le chef de projet, Denis Wayland rappela les consignes, et retourna voir l’ingénieur du son derrière la grande vitre qui séparait la cabine de la table de mixage. A aucun moment lui ou les musiciens n’avaient adressé un regard a la jeune fille. Pour eux ce n’était qu’une énième starlette qu’on leur confiait histoire de profiter un maximum de son image : aucunement une des leurs.<br />
<br />
La chanson que Jasmine devait enregistrer avait été conçu pour elle par toute une équipe d’auteurs assistés par un expert en marketing qui avait établi tout un relooking pour la jeune chanteuse. Si au début le label avait voulu lui faire suivre les créneaux des chanteuses pop sexy, ils furent convaincu par l’expert marketing de prendre le contre pied de la tendance et de jouer sur le jeune age de celle qu’il appelait « miss Queen » et de la positionner sur un créneau moins disputé dans sa tranche d’age : la country music.<br />
<br />
Le label avait donnée son aval, et plusieurs titres furent préparés et testés avant même la session d’enregistrement. Finalement, c’est un titre sirupeux et bien loin de l’esprit Blues qui l’avait fait connaître que Jasmine venait au bout de 38 prises éreintantes d’enregistrer.<br />
<br />
Les musiciens quittèrent la salle d’enregistrement, toujours sans un mot ou un regard pour Jasmine. Wayland entra alors pour s’entretenir avec la jeune chanteuse. Il lisait sur sa tablette Dieu sait quoi tout en s’adressant à Jasmine sur un ton entendu qui ne laissait aucune place à l’échange :<br />
<br />
« Très bien Miss Queen, le mixage sera fait demain et du coup on fera les premières écoutes tests sur la plateforme en ligne LoneStar. Nous avons un excellent profilage sur ce site, on saura très vite si ça fonctionne… auquel cas on remettra le couvert pour 5 titres. Tout cela complétera notre placement sur cette saison… on préfère ne pas aller au delà des fêtes de fin d’année vu que c’est là que nos chers concurrent vont lancer leurs poulains. Mais ne t’en fait pas, on les attends au tournant et aussitôt qu’il sera possible de jeter une oreille sur leurs prochaines productions, on met l’équipe créative du label sur le coup pour te pondre un album. Ça te va ? »<br />
<br />
Bien sûr, la question de Wayland était purement rhétorique. Jasmine le savait, et acquiesça docilement sans un regard vers le chef de projet qui était déjà en train de rédiger un rapport pour le directeur du label, lui expliquant en détail sa stratégie.<br />
<br />
Elle quitta la cabine d’enregistrement. Mais à peine eut elle passer la porte qu’une voix l’interpella depuis la table de mixage :<br />
<br />
« Hey : tu as oubliée de saluer le mojo ma mignonne ! »<br />
<br />
L’ingénieur du son, Marcus Benson, venait de rappeler la jeune chanteuse à l’ordre de sa voix lourde et tranquille.<br />
<br />
« Il faut respecter le mojo petite. C’est lui qui fait tenir la baraque.<br />
– Désolé… » répondit timidement la jeune fille « je suis pas trop à ce que je fais en ce moment…<br />
– J’ai vu ça… excuse moi de te dire ça aussi sèchement mais… c’était nul votre truc.<br />
– Je sais : mais que voulez vous. C’est pas moi qui décide.<br />
– Pas moi qui… Mais enfin ma mignonne : c’est quand même ta voix que j’entend la dedans non ?<br />
– Oui mais…<br />
– Pas de mais : si tu le fais c’est que tu l’acceptes. Je sais que ces types des labels sont fort pour monter la tête des p’tits jeunes dans ton genre mais… après c’est à toi de choisir si tu veux être célèbre ou si tu veux être une artiste ma grande. Mais dis toi que tu pourras pas forcément être les deux ! »<br />
<br />
Marcus soupira devant la mine déconfite de Jasmine. La jeune fille était à peine plus âgé que sa propre fille, et il ne pouvait s’empêcher d’agir en « papa ».<br />
<br />
« Désolé petite… je te dis ça mais je vaux pas mieux : après tout j’accepte bien de mixer votre single ! »<br />
<br />
Jasmine restait perdue dans ses pensées, le regard dans le vague, scrutant les dizaines de photos accroché au mur de la cabine de mixage.<br />
<br />
« Dites : c’est vrai que c’est ici que Solomon Duke à enregistrer son album ? » demanda-t-elle timidement<br />
– Tout à fait : c’est même ça qui à fait décollé le studio Avalon. Tiens, viens voir… »<br />
<br />
Marcus invita Jasmine à s’approcher. Il pointa du doigt une très vieille photo sur le mur. Dessus, en noir et blanc, un jeune homme de couleur dans un costume gris usé avec un chapeau de feutre mou sur la tête était assit sur un tabouret haut, avec dans ses mains une guitare dont il était visiblement en train de jouer. Les yeux fermés, le visage reflétant un instant de grâce, il penchait la tête en avant tandis que ses doigts plaquaient un accord de Sol.<br />
<br />
« Voilà Solomon Duke… un putain de génie du Blues. T’es fan ?<br />
– C’est mon idole. Depuis que je suis toute gamine sa musique a fait partie de ma vie.<br />
– Ah ? c’est rare pour les gamines de… enfin je veux dire les jeunes filles de ta génération c’est plus la pop et leur satané RnB. Comment t’as fait pour en arriver là ?<br />
– Quand j’avais 11 ou 12 ans, mon grand père est mort et on à récupérer pleins d’affaires chez lui, et dedans y’avait un tas de vinyles, dont l’album de Solomon, une édition super rare. Moi je comprenais même pas comment c’était possible que ce gros machin noir puisse contenir moins de musique que mon Ipod, mais je trouvais ça super vintage et pour me faire plaisir mon père a branché le vieux tourne disque de papy dans ma chambre. J’ai pris le disque de Solomon au hasard parmi toute la pile de vinyle… étrange hein ? bref, en voulant poser le bras de lecture il m’a glissé des mains et il est tombé pile sur le début de « The blues remain in my soul »… »<br />
<br />
Marcus écoutait avec émerveillement l’histoire de Jasmine. Voir que ce genre d’histoire d’amour entre quelqu’un et la musique existait encore lui fit chaud au cœur.<br />
<br />
« Je me souviens parfaitement qu’on était l’été, par une belle nuit chaude. Le ciel était dégagé ce soir là et je pouvais regarder les étoiles à la fenêtre de ma chambre. C’était… incroyable : y’avait ce spectacle magnifique, et puis la musique… ah si vous saviez… je pouvais pas comprendre ce que j’entendais, mais je savais que c’était fantastique. Je me suis demandée quel était l’instrument capable d’avoir autant d’âme et qui était cet homme qui parlait de chose si triste avec pourtant tant de chaleur dans la voix.<br />
– T’as senti le Blues…<br />
– Ouais… ça été l’un des moments les plus magiques de ma vie. J’ai remis encore et encore cette chanson en regardant le ciel. Je voulais que le temps s’arrête. Cette année là en Septembre j’ai laissé tombé le volley-ball et j’ai pris des cours de guitare. A coté de ça j’ai cherché à en savoir plus sur Solomon, mais à ma grande déception j’ai appris qu’il n’existait qu’un seul et unique album de lui avec seulement 6 chansons dessus… »<br />
<br />
L’album en question « The Devil and Mr Blues » avait été enregistré en Aout 1933, année la plus noire de la grande dépression qui avait frappée les états-unis entre les deux guerres mondiales. A travers la musique, on se sentait happé dans cette époque où le monde semblait sur le déclin, mais malgré tout, Solomon Duke y maintenait une lueur d’espoir. Son blues parlait de tristesse, mais sans y succomber. Il évoquait la mélancolie des amours perdus et des années qui passent, sa voix légère et suave semblant donner la réplique a celle de sa guitare. Tout le monde était d’accord la dessus : la guitare de Solomon n’avait pas un son, mais une voix. Belle, claire et traînante comme un vieil accent du sud profond, « Lily rose » comme la surnommait le bluesman, avait une voix qui parlait d’amour comme personne, et qui caressait l’âme comme un bon souvenir couvert de la patine des jours heureux.<br />
<br />
« … au final je me dis que c’est aussi ça qui fait que j’aime tant cette musique. Elle est rare et précieuse, comme une personne.<br />
– Petite tu m’impressionne… j’ai pas entendu quelqu’un me parler de musique comme ça depuis… pfff : 20 ans au moins ! »<br />
<br />
Pendant un court instant, Jasmine avait ressenti à nouveau la flamme de sa passion brûler. Parler simplement de musique, de ce qu’elle ressentait, c’était juste ça qu’il lui fallait. Et c’était aussi comme ça qu’elle devait chanter.<br />
<br />
« Dites, Mr Benson, est ce que je pourrais rester un peu dans le studio ? Je voudrais… je veux dire : y’a une telle ambiance ici et…<br />
– N’en dis pas plus ma mignonne. Tonton Marcus te laisse les clefs du château pour ce soir. Je vais prévenir le gardien et tu n’auras qu’a lui donner les clefs en sortant »<br />
<br />
Elle prit le précieux sésame et après avoir remercié Marcus, retourna dans la cabine d’enregistrement. Une fois la porte refermée, elle attrapa l’une des guitares, une lourde Gibson Les Paul au vernis « sunburst » clair. Sans même allumer l’ampli, elle commença a laisser ses doigts courir sur les cordes et sur le manche.<br />
<br />
do, mib, fa, fa#, sol, sib, do<br />
<br />
La gamme de blues.<br />
<br />
Techniquement c’était une variation de la pentatonique mineure, agrémenté de la fameuse « blue note » qui créait une quarte augmentée avec la tonique de la gamme. Cette simple variation transformait radicalement la gamme et lui donnait sa « couleur » blues. Et si la gamme mineur était par définition triste, la blue note marquait encore plus ce sentiment.<br />
<br />
Jasmine commença par jouer en Sol, puis laissant simplement son instinct faire, elle oublia toute la théorie musicale et se contenta de laisser parler son cœur. Quoi de mieux que le blues pour extérioriser sa peine ?<br />
<br />
The devil offert me a gift for my soul<br />
But i’ve already signed a pact<br />
I can’t give what’s not mine anymore<br />
<br />
Please don’t try to bargain with me sir :<br />
I can’t be chained in hell<br />
Cause i belong to a pretty smile<br />
I belong to my sweet sweet love…<br />
<br />
Tandis que les notes finissaient de résonner et que la voix de Jasmine devenait un murmure, un bruit se fit entendre dans la cabine : adossé contre le mur juste à coté du Mojo, un homme en costume gris usé avec un chapeau de feutre mou applaudissait. A coté de lui, adossé aussi contre le mur, on pouvait voir un étui à guitare fatigué…<br />
<br />
Jasmine cru d’abord que c’était le gardien qui était venu jeter un œil. Mais en un instant elle reconnu celui qui se tenait devant elle.<br />
<br />
« C’est… vous ! » dit elle dans un murmure.<br />
<br />
Lui, l’homme qui avait changé sa vie, celui qui entouré de mystères et de légendes avait soit disant vendu son âme au diable pour avoir du talent. Sauf que c’était bien entendu impossible qu’il soit là.<br />
<br />
« Désolé de vous avoir interrompu m’amzelle, mais c’était très beau ce que vous chantiez…<br />
– C’est de… c’est de vous cette chanson<br />
– Nan y’a erreur m’amzelle. Les chansons elles appartiennent à mon maître, moi j’suis qu’un p’auve p’tit filou qui erre et qui chante pour les cœurs tristes.<br />
– Votre maître ?<br />
– Oui m’amzelle : le Blues. C’est à lui toutes ces chansons. Il les donnes à qui il a envie. Faut être juste content qu’il nous laisse les jouer.<br />
– C’est… c’est vraiment vous ? je suis pas en train de rêver… ou de devenir folle ? »<br />
<br />
L’homme en costume s’avança vers Jasmine et s’installa sur le tabouret à sa droite. Il saisi son chapeau et le lança avec assurance vers le crochet à coté de la porte où il se posa aussi délicatement qu’un oiseau qui se pose sur une branche. Il ouvrit ensuite son étui et en sortie une superbe guitare Gibson L1 aux cordes métalliques étincelantes sur laquelle on avait monté un chevalet bigsby.<br />
<br />
« Moi et Lily rose on voulait savoir si on pouvait jouer un peu avec vous ? »<br />
<br />
Jasmine voulut se lever et quitter la cabine d’enregistrement. Du moins c’était ce que voulait sa tête. Son cœur lui voulait rester et croire a la magie de cet instant.<br />
<br />
« Comment est ce que je peux vous voir… et vous parler ? » demanda-t-elle encore incrédule<br />
– C’est parce que vous et moi m’amzelle on à le même maître. Je sais que vous aussi vous le servez pas vrai ? C’est à travers lui que je vous parles. Parce que le maître il est là pour vous aider vous savez ? il sait que vous êtes tiraillé par ce qu’on vous demande. Vous vous voulez juste chanter et jouer comme vot’e coeur il vous le demande hein ? Bah le maître et moi on pense que c’est ce qu’il faut.<br />
– Mais alors pourquoi ça se passe comme ça ? pourquoi j’arrive pas à faire quoi que ce soit ?<br />
– Pa’ce que vous n’êtes pas libre m’amzelle. Y’a ces gens là, ils vous font faire ce qu’ils veulent. Mais c’est pas vous hein ? pas vrai ? le vrai vous il joue le blues et chante pour les cœurs tristes hein ? »<br />
<br />
Solomon passa ses mains sur Lily rose et aussitôt les notes claquèrent dans l’air. Pétillantes comme des bulles de champagne, elle arrosèrent la pièce de leur sonorité piquante. Jasmine n’en revenait pas : à quelques centimètres d’elle, l’inimitable voix Lily rose chantait une mélodie dansante qui lui donna l’impression de voler.<br />
<br />
Jasmine plaça sa guitare contre sa jambe en position classique, c’est à dire calé entre ses jambes, le manche incliné à 45 degrés pour que la main gauche viennent naturellement trouver sa place. Du bout des doigts elle commença a pincer les cordes avec la main droite, simplement pour faire sonner une basse.<br />
<br />
Lorsqu’elle senti que la mélodie s’était harmonisée avec ce qu’elle jouait, elle ajouta un accord de Sol, et aussitôt Solomon suivi le mouvement. La jeune fille était portée par la musique. Elle ferma les yeux et pencha la tête en avant tout en plaquant à nouveau un accord de Sol.<br />
<br />
La mélodie flotta encore quelques secondes après que les deux guitaristes ait cessés de jouer, tandis qu’ils se regardaient l’un l’autre avec complicité.<br />
<br />
« Bah ça m’amzelle, on peut dire que vous nous avez impressionné avec Lily rose<br />
– C’était génial : comme si ma tête était vide et que je pensais en musique. J’avais juste besoin de sentir une émotion pour qu’elle se matérialise. Comme si je parlais un nouveau langage<br />
– Mais c’est ça le Blues M’amzelle. C’est un langage pour l’âme. Vous venez de me raconter toute votre histoire : ce que vous avez envie, ce qui vous tracasse : le vieux Solomon il sait tout ça maintenant ! »<br />
<br />
La jeune musicienne voulut répondre, mais ce ne fût pas ses lèvres qui donnèrent une réponse. Elle recommença à jouer de plus belle, tout en fredonnant un petit air pour s’accompagner. Un air tout simple, qui parlait de sa tristesse et sous lequel on pouvait voir brûler sa flamme.<br />
<br />
Solomon ne toucha pas aux cordes de Lily rose, et se contenta de battre le rythme du bout des doigts sur la table d’harmonie.<br />
<br />
Mi mineur, Do, Ré, Mi mineur… Jasmine fit tourner ces accords puis se mit à chanter :<br />
<br />
The photo on the wall is my last memory about you<br />
you’re gone but it’s still like you’re always here<br />
Would you keep an eye on me like you’ve always did ?<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
When the Big bad moon rise<br />
When the Sun goes down<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
The boys out there are like wolves<br />
But you’ve always be a hunter<br />
Who protected me<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
I’ve learn from you how to be strong<br />
But you never told me how to be alone<br />
I don’t wont another man to be there for me<br />
I miss you so, and I love you daddy<br />
So please…<br />
be my angel<br />
watch me from heaven<br />
And take care of me…<br />
<br />
Lorsque Jasmine termina sa chanson, Solomon l’applaudit de nouveau<br />
<br />
« vo’te père il vous manque M’amzelle hein ?<br />
– Il est mort y’a un mois… un accident de voiture. Il était en route pour venir me voir chanter sur scène… c’était la faute de personne, juste un coup du sort.<br />
– Moi et Lily rose on est sincèrement désolé m’amzelle. Le maître est parfois impuissant face à certaines choses.<br />
– Vous savez… j’ai jamais pu parler de ça à personne. Même avec ma musique. En ce moment j’aimerai tellement qu’il soit là, qu’il puisse me voir…<br />
– Ça part contre c’est possible M’amzelle. J’crois même que c’est déjà le cas…<br />
– … ?<br />
– Même si le maître peut pas nous rendre ceux qu’on à perdu, il a ses trucs à lui pour qu’ils nous regardent le temps d’une chanson. Vous le portez avec vous, dans vot’e musique. C’est c’te magie là dont le Blues est capable. Il soigne pas la douleur, mais il la rend supportable. Il change pas la vie, mais nous rappelle qu’on a vécu de belles choses, que le bonheur ça existe, même si c’est loin. Le maître il se moque que tu sois une p’tite jeune fille de vingt ans ou le fantôme d’un vieux bonhomme comme moi. Il nous aimes tous.<br />
– On dirait presque une religion dites donc…<br />
– Nan vous confondez : le Gospel c’est un cousin du maître… »<br />
<br />
Jasmine ri de bon cœur à la remarque de Solomon.<br />
<br />
« Je voudrai vous donner un p’tit quelque chose de sa part m’amzelle… »<br />
<br />
D’un geste habile du pouce, le guitariste lança vers Jasmine la pièce de 25 cents qu’il utilisait en guise de médiator. C’était une version de 1917 du quarter dollar frappé d’un coté de l’aigle américain et de l’autre d’une allégorie de la Liberté tenant un bouclier.<br />
<br />
« C’est pas aussi pratique que vos médiators en plastique mais… c’est plus quand même plus joli nan ?<br />
– Merci monsieur Duke…<br />
– Appellez moi Solomon m’amzelle…<br />
– Alors appelez moi Jasmine<br />
– Très bien : Jasmine… »<br />
<br />
Solomon rangea Lily rose dans son étui et se releva. Il prit son chapeau sur le crochet, mais avant qu’il ne saisisse la poignée de la porte, Jasmine l’interpella :<br />
<br />
– Je peux vous demander une dernière chose Solomon ?<br />
– Tout ce que tu veux m’amzelle Jasmine<br />
– Je veux enregistrer une chanson pour les cœurs tristes, et je voudrais que vous m’aidiez à la composer<br />
– J’peux pas faire de chanson à ta place M’amzelle Jasmine. C’est pas comme ça que sa marche<br />
– Je sais, mais si vous êtes là, si je sens votre présence, alors je saurai que je fais ce qu’il faut. Restez juste dans le coin le temps que je fasse ça s’il vous plait.<br />
– Hum… alors dans ce cas y’a pas de problème M’amzelle »<br />
<br />
Solomon se pencha vers son étui et susurra :<br />
<br />
« T’entends ça Lily rose : le maître et M’amzelle Jasmine vont nous faire un bon p’tit blues rien que pour nous ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque Marcus arriva au studio, il découvrit Jasmine endormie dans la cabine d’enregistrement. Allongée en position foetale sur la vieille chauffeuse gris souris calé sur le mur de droite, elle dormait paisiblement, son téléphone dans la main et écouteurs sur les oreilles.<br />
<br />
Marcus posa sa main sur son épaule pour la réveiller en douceur.<br />
<br />
« Hey : la Belle aux bois dormant, on va te compter un supplément pour la nuit » dit il en plaisantant.<br />
<br />
Jasmine entrouvris les yeux et se redressa doucement.<br />
<br />
« Oh… bonjour Monsieur Benson… désolé j’ai pas vu le temps passé et je me suis écroulée de fatigue<br />
– T’en fais pas… Alors ? est ce que t’as pu faire le tri dans ta tête ?<br />
– Oui, les lieux m’ont vraiment aidés à réfléchir. Et je sais qu’il faut que j’arrête tout ça… pas la musique hein ! mais de me faire balader par le label. J’ai retrouvé ce que je voulais vraiment faire.<br />
– Rien que ça ? et bah c’était pas une nuit pour rien ! »<br />
<br />
Jasmine se releva, remit un peu d’ordre dans ses long cheveux bruns corbeau et s’adressa de nouveau à Marcus :<br />
<br />
« J’ai écrit une nouvelle chanson hier : vous voudriez l’entendre ?<br />
<br />
– C’est pour le label ?<br />
– Nan : c’est juste pour moi… et pour les cœurs tristes »<br />
<br />
Jasmine attrapa la guitare, alluma l’ampli et sorti de sa poche la pièce de Solomon.<br />
<br />
Mi mineur, Sol, La, Mi mineur 7eme, Si mineur, Si, La mineur, Sol…<br />
<br />
I spend the night searching answers<br />
but what are the questions ?<br />
I was a slave to my doubts<br />
I’ve created my own prison<br />
<br />
I spend so much time blinded by fear<br />
forgetting how to open my eyes<br />
It was damn so easy<br />
To set myself free<br />
<br />
Let me show you the way to Avalon<br />
The last land of the kings<br />
The kingdom of all dreams<br />
Far far away from the tears<br />
<br />
I spend my night with the master<br />
me his humble servant<br />
he taught me how to be myself<br />
And how to sing for those in pain<br />
<br />
I spend my night with a teacher<br />
and learn a thing or two about myself<br />
i was a puppet but he cuts the strings<br />
And now i’am my own puppeteer<br />
<br />
Let me show you the way to Avalon<br />
The last land of the kings<br />
The kingdom of all dreams<br />
<br />
Far far away from the tears…<br />
<br />
Le dernier accord fini, il ne resta plus que le vrombissement de l’ampli. Marcus, bouche bée, avait du mal à croire que c’était la même jeune fille que celle qu’il avait entendu la veille chanter mollement un titre pré-maché.<br />
<br />
« Petite : ta chanson est géniale ! il faut absolument qu’on enregistre ça !<br />
– Je suis pas sûr que le label voudra de cette chanson…<br />
– Rien à foutre du label : s’il le faut je produirais moi même ce titre. Ce que t’as fait là c’est une merveille, c’est une vraie chanson qui à du cœur. C’est ce que les gens veulent entendre ! »<br />
<br />
Marcus se rua dans son bureau et attrapa le téléphone pour appeler les responsables du studio qui étaient en fait ses oncles. Il commença à leur expliquer en détail son idée de produire un single de Jasmine Queen.<br />
<br />
La jeune chanteuse quitta à son tour la cabine d’enregistrement. Mais lorsqu’elle fut sur le point de sortir, elle se tourna vers le Mojo, posa sa main dessus et dit :<br />
<br />
« Merci pour tout Solomon : à bientôt »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « chanson pour Avalon »](https://www.wattpad.com/159538789-le-d%C3%A9fi-bradbury-chanson-pour-avalon)<br />
<br />
suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
<br />
[Un lien vers « Duvet » de Boa (chanté par Jasmine Rodgers)](https://www.youtube.com/watch?v=T0N5YblvT1c)<br />
<br />
Chanson pour Avalon<br />
<br />
A l’intérieur de la petite cabine d’enregistrement qui devait tout juste faire 30m², se trouvait ce que les types du studio appelaient le Mojo. C’était un simple crochet suspendu sur le mur à droite de la porte, un tout petit crochet métallique de rien du tout qui se terminait en sphère afin de ne pas abîmer ce qu’on suspendait dessus.<br />
<br />
Lorsqu’on entrait dans la cabine, il fallait saluer le Mojo, comme si c’était quelqu’un faisant parti de l’équipe. Il y’avait même certains musicien qui lui parlaient, comme à un confident, ou qui priaient devant lui comme si c’était un autel élevé à la gloire d’une divinité animiste des portes manteau.<br />
<br />
Le Mojo était là depuis presque aussi longtemps que le studio lui même. Construit bien avant l’époque légendaire de la Motown, et tout comme le snake pitt des funks brothers, le studio Avalon avait acquis son aura et sa patine par l’entremise des musiciens qui s’y étaient succédé pendant presque 80 ans maintenant. Leurs créations, leur passion, mais aussi leurs fureurs et leurs déceptions s’étaient imprégnés dans ses murs dont les fantômes continuaient d’observer les vivants essayant de marquer eux aussi l’endroit par leur musique.<br />
<br />
Quand Jasmine arriva, elle fût impressionné par cette ambiance. Ça n’avait rien à voir avec sa petite chambre d’ado où elle s’enregistrait en train de gratter ses premiers accord devant une webcam base résolution. Certes c’était non seulement un studio professionnel, mais surtout c’était celui où avait été enregistré les 6 seuls titres existant de Solomon Duke. 6 titres qui avaient bouleversés la vie de Jasmine et l’avaient poussé vers la voie de la musique et du Blues.<br />
<br />
L’an passé, Jasmine Queen n’était qu’une jeune fille ordinaire, vivant dans un petit bled du Michigan du nom de Wakefield, jusqu’au jour où elle publia une vidéo d’elle en train de chanter sa chanson préférée : « The Blues remain in my soul »<br />
<br />
If i’m broke, if i’m down<br />
if all the ways are blocked and if i feel trapped<br />
<br />
Blues… still remain in my soul<br />
<br />
if i’m lost, if i’m sad<br />
if all men are against me and if i feel lonely<br />
<br />
Blues… still remain in my soul<br />
<br />
Cause i’m a passenger… of the wind<br />
Cause i’m a traveller… so i still be walking !<br />
<br />
If on my way you can hear my song<br />
come on and sing it with me<br />
I’ll take you on the roads,<br />
And togther will finaly be free… cause…<br />
<br />
Blues… still remain in our souls<br />
Blues… still remain in our souls….<br />
<br />
Simplement accompagnée d’une guitare aux cordes fatiguées par des heures de pratique assidue, la chanson de Jasmine était rapidement devenue virale au point qu’il ne fallut pas un mois pour qu’elle dépasse le million de vue a travers le monde. L’Amérique s’était découvert une nouvelle idole, et une grosse major sentant la bonne affaire lui proposa d’enregistrer un single.<br />
<br />
Comment résister à une telle proposition quand vous avez 17 ans et des rêves de gloire plein la tête ?<br />
<br />
Jasmine s’était donc retrouvé à New York, au studio Electric Lady, pour enregistrer une version plus pro de « The Blues remain in my soul ». Le résultat fût un carton commercial, et un succès prometteur pour les critiques. Pourtant, la jeune fille avait eut le sentiment de trahir la chanson…<br />
<br />
A partir de là tout avait échappé à son contrôle : les télés, les premières parties de concert de grand noms de la musique… tout était allé trop vite pour Jasmine. La pression était trop forte, et le tourbillon qui l’avait emporté ne semblait jamais s’arrêter. Toujours sur les routes, passant de chambres d’hôtels en chambres d’hôtels, elle était le témoin figé de sa propre perdition.<br />
<br />
Un an après ce départ foudroyant, la maison de disque savait qu’il fallait relancer la machine pour concrétiser l’essai et pérenniser Jasmine Queen dans le cœur du public. Ils avaient donc organisé l’enregistrement d’un nouveau single qui allait être un tournant décisif : soit la jeune fille resterait une étoile filante connue pour un seul et unique hit, soit elle parviendrait à creuser son sillon dans un milieu ultra concurrentiel.<br />
<br />
Cet enjeu délirant qui pesait sur les épaules de Jasmine la tétanisait encore plus. Son désir d’être artiste ne suffisait plus à la motiver, et chaque moment était vécu plus comme une épreuve que comme un accomplissement. Ses intervention pilotées et son image contrôlée par la maison de production faisaient que Jasmine ne se sentait plus artiste, mais simple employée d’une grosse multinationale.<br />
<br />
Elle était là, au milieu des musiciens engagés par le label, a chercher dans les murs de cette salle d’enregistrement comme une étincelle qui provoquerait le déclic. Le chef de projet, Denis Wayland rappela les consignes, et retourna voir l’ingénieur du son derrière la grande vitre qui séparait la cabine de la table de mixage. A aucun moment lui ou les musiciens n’avaient adressé un regard a la jeune fille. Pour eux ce n’était qu’une énième starlette qu’on leur confiait histoire de profiter un maximum de son image : aucunement une des leurs.<br />
<br />
La chanson que Jasmine devait enregistrer avait été conçu pour elle par toute une équipe d’auteurs assistés par un expert en marketing qui avait établi tout un relooking pour la jeune chanteuse. Si au début le label avait voulu lui faire suivre les créneaux des chanteuses pop sexy, ils furent convaincu par l’expert marketing de prendre le contre pied de la tendance et de jouer sur le jeune age de celle qu’il appelait « miss Queen » et de la positionner sur un créneau moins disputé dans sa tranche d’age : la country music.<br />
<br />
Le label avait donnée son aval, et plusieurs titres furent préparés et testés avant même la session d’enregistrement. Finalement, c’est un titre sirupeux et bien loin de l’esprit Blues qui l’avait fait connaître que Jasmine venait au bout de 38 prises éreintantes d’enregistrer.<br />
<br />
Les musiciens quittèrent la salle d’enregistrement, toujours sans un mot ou un regard pour Jasmine. Wayland entra alors pour s’entretenir avec la jeune chanteuse. Il lisait sur sa tablette Dieu sait quoi tout en s’adressant à Jasmine sur un ton entendu qui ne laissait aucune place à l’échange :<br />
<br />
« Très bien Miss Queen, le mixage sera fait demain et du coup on fera les premières écoutes tests sur la plateforme en ligne LoneStar. Nous avons un excellent profilage sur ce site, on saura très vite si ça fonctionne… auquel cas on remettra le couvert pour 5 titres. Tout cela complétera notre placement sur cette saison… on préfère ne pas aller au delà des fêtes de fin d’année vu que c’est là que nos chers concurrent vont lancer leurs poulains. Mais ne t’en fait pas, on les attends au tournant et aussitôt qu’il sera possible de jeter une oreille sur leurs prochaines productions, on met l’équipe créative du label sur le coup pour te pondre un album. Ça te va ? »<br />
<br />
Bien sûr, la question de Wayland était purement rhétorique. Jasmine le savait, et acquiesça docilement sans un regard vers le chef de projet qui était déjà en train de rédiger un rapport pour le directeur du label, lui expliquant en détail sa stratégie.<br />
<br />
Elle quitta la cabine d’enregistrement. Mais à peine eut elle passer la porte qu’une voix l’interpella depuis la table de mixage :<br />
<br />
« Hey : tu as oubliée de saluer le mojo ma mignonne ! »<br />
<br />
L’ingénieur du son, Marcus Benson, venait de rappeler la jeune chanteuse à l’ordre de sa voix lourde et tranquille.<br />
<br />
« Il faut respecter le mojo petite. C’est lui qui fait tenir la baraque.<br />
– Désolé… » répondit timidement la jeune fille « je suis pas trop à ce que je fais en ce moment…<br />
– J’ai vu ça… excuse moi de te dire ça aussi sèchement mais… c’était nul votre truc.<br />
– Je sais : mais que voulez vous. C’est pas moi qui décide.<br />
– Pas moi qui… Mais enfin ma mignonne : c’est quand même ta voix que j’entend la dedans non ?<br />
– Oui mais…<br />
– Pas de mais : si tu le fais c’est que tu l’acceptes. Je sais que ces types des labels sont fort pour monter la tête des p’tits jeunes dans ton genre mais… après c’est à toi de choisir si tu veux être célèbre ou si tu veux être une artiste ma grande. Mais dis toi que tu pourras pas forcément être les deux ! »<br />
<br />
Marcus soupira devant la mine déconfite de Jasmine. La jeune fille était à peine plus âgé que sa propre fille, et il ne pouvait s’empêcher d’agir en « papa ».<br />
<br />
« Désolé petite… je te dis ça mais je vaux pas mieux : après tout j’accepte bien de mixer votre single ! »<br />
<br />
Jasmine restait perdue dans ses pensées, le regard dans le vague, scrutant les dizaines de photos accroché au mur de la cabine de mixage.<br />
<br />
« Dites : c’est vrai que c’est ici que Solomon Duke à enregistrer son album ? » demanda-t-elle timidement<br />
– Tout à fait : c’est même ça qui à fait décollé le studio Avalon. Tiens, viens voir… »<br />
<br />
Marcus invita Jasmine à s’approcher. Il pointa du doigt une très vieille photo sur le mur. Dessus, en noir et blanc, un jeune homme de couleur dans un costume gris usé avec un chapeau de feutre mou sur la tête était assit sur un tabouret haut, avec dans ses mains une guitare dont il était visiblement en train de jouer. Les yeux fermés, le visage reflétant un instant de grâce, il penchait la tête en avant tandis que ses doigts plaquaient un accord de Sol.<br />
<br />
« Voilà Solomon Duke… un putain de génie du Blues. T’es fan ?<br />
– C’est mon idole. Depuis que je suis toute gamine sa musique a fait partie de ma vie.<br />
– Ah ? c’est rare pour les gamines de… enfin je veux dire les jeunes filles de ta génération c’est plus la pop et leur satané RnB. Comment t’as fait pour en arriver là ?<br />
– Quand j’avais 11 ou 12 ans, mon grand père est mort et on à récupérer pleins d’affaires chez lui, et dedans y’avait un tas de vinyles, dont l’album de Solomon, une édition super rare. Moi je comprenais même pas comment c’était possible que ce gros machin noir puisse contenir moins de musique que mon Ipod, mais je trouvais ça super vintage et pour me faire plaisir mon père a branché le vieux tourne disque de papy dans ma chambre. J’ai pris le disque de Solomon au hasard parmi toute la pile de vinyle… étrange hein ? bref, en voulant poser le bras de lecture il m’a glissé des mains et il est tombé pile sur le début de « The blues remain in my soul »… »<br />
<br />
Marcus écoutait avec émerveillement l’histoire de Jasmine. Voir que ce genre d’histoire d’amour entre quelqu’un et la musique existait encore lui fit chaud au cœur.<br />
<br />
« Je me souviens parfaitement qu’on était l’été, par une belle nuit chaude. Le ciel était dégagé ce soir là et je pouvais regarder les étoiles à la fenêtre de ma chambre. C’était… incroyable : y’avait ce spectacle magnifique, et puis la musique… ah si vous saviez… je pouvais pas comprendre ce que j’entendais, mais je savais que c’était fantastique. Je me suis demandée quel était l’instrument capable d’avoir autant d’âme et qui était cet homme qui parlait de chose si triste avec pourtant tant de chaleur dans la voix.<br />
– T’as senti le Blues…<br />
– Ouais… ça été l’un des moments les plus magiques de ma vie. J’ai remis encore et encore cette chanson en regardant le ciel. Je voulais que le temps s’arrête. Cette année là en Septembre j’ai laissé tombé le volley-ball et j’ai pris des cours de guitare. A coté de ça j’ai cherché à en savoir plus sur Solomon, mais à ma grande déception j’ai appris qu’il n’existait qu’un seul et unique album de lui avec seulement 6 chansons dessus… »<br />
<br />
L’album en question « The Devil and Mr Blues » avait été enregistré en Aout 1933, année la plus noire de la grande dépression qui avait frappée les états-unis entre les deux guerres mondiales. A travers la musique, on se sentait happé dans cette époque où le monde semblait sur le déclin, mais malgré tout, Solomon Duke y maintenait une lueur d’espoir. Son blues parlait de tristesse, mais sans y succomber. Il évoquait la mélancolie des amours perdus et des années qui passent, sa voix légère et suave semblant donner la réplique a celle de sa guitare. Tout le monde était d’accord la dessus : la guitare de Solomon n’avait pas un son, mais une voix. Belle, claire et traînante comme un vieil accent du sud profond, « Lily rose » comme la surnommait le bluesman, avait une voix qui parlait d’amour comme personne, et qui caressait l’âme comme un bon souvenir couvert de la patine des jours heureux.<br />
<br />
« … au final je me dis que c’est aussi ça qui fait que j’aime tant cette musique. Elle est rare et précieuse, comme une personne.<br />
– Petite tu m’impressionne… j’ai pas entendu quelqu’un me parler de musique comme ça depuis… pfff : 20 ans au moins ! »<br />
<br />
Pendant un court instant, Jasmine avait ressenti à nouveau la flamme de sa passion brûler. Parler simplement de musique, de ce qu’elle ressentait, c’était juste ça qu’il lui fallait. Et c’était aussi comme ça qu’elle devait chanter.<br />
<br />
« Dites, Mr Benson, est ce que je pourrais rester un peu dans le studio ? Je voudrais… je veux dire : y’a une telle ambiance ici et…<br />
– N’en dis pas plus ma mignonne. Tonton Marcus te laisse les clefs du château pour ce soir. Je vais prévenir le gardien et tu n’auras qu’a lui donner les clefs en sortant »<br />
<br />
Elle prit le précieux sésame et après avoir remercié Marcus, retourna dans la cabine d’enregistrement. Une fois la porte refermée, elle attrapa l’une des guitares, une lourde Gibson Les Paul au vernis « sunburst » clair. Sans même allumer l’ampli, elle commença a laisser ses doigts courir sur les cordes et sur le manche.<br />
<br />
do, mib, fa, fa#, sol, sib, do<br />
<br />
La gamme de blues.<br />
<br />
Techniquement c’était une variation de la pentatonique mineure, agrémenté de la fameuse « blue note » qui créait une quarte augmentée avec la tonique de la gamme. Cette simple variation transformait radicalement la gamme et lui donnait sa « couleur » blues. Et si la gamme mineur était par définition triste, la blue note marquait encore plus ce sentiment.<br />
<br />
Jasmine commença par jouer en Sol, puis laissant simplement son instinct faire, elle oublia toute la théorie musicale et se contenta de laisser parler son cœur. Quoi de mieux que le blues pour extérioriser sa peine ?<br />
<br />
The devil offert me a gift for my soul<br />
But i’ve already signed a pact<br />
I can’t give what’s not mine anymore<br />
<br />
Please don’t try to bargain with me sir :<br />
I can’t be chained in hell<br />
Cause i belong to a pretty smile<br />
I belong to my sweet sweet love…<br />
<br />
Tandis que les notes finissaient de résonner et que la voix de Jasmine devenait un murmure, un bruit se fit entendre dans la cabine : adossé contre le mur juste à coté du Mojo, un homme en costume gris usé avec un chapeau de feutre mou applaudissait. A coté de lui, adossé aussi contre le mur, on pouvait voir un étui à guitare fatigué…<br />
<br />
Jasmine cru d’abord que c’était le gardien qui était venu jeter un œil. Mais en un instant elle reconnu celui qui se tenait devant elle.<br />
<br />
« C’est… vous ! » dit elle dans un murmure.<br />
<br />
Lui, l’homme qui avait changé sa vie, celui qui entouré de mystères et de légendes avait soit disant vendu son âme au diable pour avoir du talent. Sauf que c’était bien entendu impossible qu’il soit là.<br />
<br />
« Désolé de vous avoir interrompu m’amzelle, mais c’était très beau ce que vous chantiez…<br />
– C’est de… c’est de vous cette chanson<br />
– Nan y’a erreur m’amzelle. Les chansons elles appartiennent à mon maître, moi j’suis qu’un p’auve p’tit filou qui erre et qui chante pour les cœurs tristes.<br />
– Votre maître ?<br />
– Oui m’amzelle : le Blues. C’est à lui toutes ces chansons. Il les donnes à qui il a envie. Faut être juste content qu’il nous laisse les jouer.<br />
– C’est… c’est vraiment vous ? je suis pas en train de rêver… ou de devenir folle ? »<br />
<br />
L’homme en costume s’avança vers Jasmine et s’installa sur le tabouret à sa droite. Il saisi son chapeau et le lança avec assurance vers le crochet à coté de la porte où il se posa aussi délicatement qu’un oiseau qui se pose sur une branche. Il ouvrit ensuite son étui et en sortie une superbe guitare Gibson L1 aux cordes métalliques étincelantes sur laquelle on avait monté un chevalet bigsby.<br />
<br />
« Moi et Lily rose on voulait savoir si on pouvait jouer un peu avec vous ? »<br />
<br />
Jasmine voulut se lever et quitter la cabine d’enregistrement. Du moins c’était ce que voulait sa tête. Son cœur lui voulait rester et croire a la magie de cet instant.<br />
<br />
« Comment est ce que je peux vous voir… et vous parler ? » demanda-t-elle encore incrédule<br />
– C’est parce que vous et moi m’amzelle on à le même maître. Je sais que vous aussi vous le servez pas vrai ? C’est à travers lui que je vous parles. Parce que le maître il est là pour vous aider vous savez ? il sait que vous êtes tiraillé par ce qu’on vous demande. Vous vous voulez juste chanter et jouer comme vot’e coeur il vous le demande hein ? Bah le maître et moi on pense que c’est ce qu’il faut.<br />
– Mais alors pourquoi ça se passe comme ça ? pourquoi j’arrive pas à faire quoi que ce soit ?<br />
– Pa’ce que vous n’êtes pas libre m’amzelle. Y’a ces gens là, ils vous font faire ce qu’ils veulent. Mais c’est pas vous hein ? pas vrai ? le vrai vous il joue le blues et chante pour les cœurs tristes hein ? »<br />
<br />
Solomon passa ses mains sur Lily rose et aussitôt les notes claquèrent dans l’air. Pétillantes comme des bulles de champagne, elle arrosèrent la pièce de leur sonorité piquante. Jasmine n’en revenait pas : à quelques centimètres d’elle, l’inimitable voix Lily rose chantait une mélodie dansante qui lui donna l’impression de voler.<br />
<br />
Jasmine plaça sa guitare contre sa jambe en position classique, c’est à dire calé entre ses jambes, le manche incliné à 45 degrés pour que la main gauche viennent naturellement trouver sa place. Du bout des doigts elle commença a pincer les cordes avec la main droite, simplement pour faire sonner une basse.<br />
<br />
Lorsqu’elle senti que la mélodie s’était harmonisée avec ce qu’elle jouait, elle ajouta un accord de Sol, et aussitôt Solomon suivi le mouvement. La jeune fille était portée par la musique. Elle ferma les yeux et pencha la tête en avant tout en plaquant à nouveau un accord de Sol.<br />
<br />
La mélodie flotta encore quelques secondes après que les deux guitaristes ait cessés de jouer, tandis qu’ils se regardaient l’un l’autre avec complicité.<br />
<br />
« Bah ça m’amzelle, on peut dire que vous nous avez impressionné avec Lily rose<br />
– C’était génial : comme si ma tête était vide et que je pensais en musique. J’avais juste besoin de sentir une émotion pour qu’elle se matérialise. Comme si je parlais un nouveau langage<br />
– Mais c’est ça le Blues M’amzelle. C’est un langage pour l’âme. Vous venez de me raconter toute votre histoire : ce que vous avez envie, ce qui vous tracasse : le vieux Solomon il sait tout ça maintenant ! »<br />
<br />
La jeune musicienne voulut répondre, mais ce ne fût pas ses lèvres qui donnèrent une réponse. Elle recommença à jouer de plus belle, tout en fredonnant un petit air pour s’accompagner. Un air tout simple, qui parlait de sa tristesse et sous lequel on pouvait voir brûler sa flamme.<br />
<br />
Solomon ne toucha pas aux cordes de Lily rose, et se contenta de battre le rythme du bout des doigts sur la table d’harmonie.<br />
<br />
Mi mineur, Do, Ré, Mi mineur… Jasmine fit tourner ces accords puis se mit à chanter :<br />
<br />
The photo on the wall is my last memory about you<br />
you’re gone but it’s still like you’re always here<br />
Would you keep an eye on me like you’ve always did ?<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
When the Big bad moon rise<br />
When the Sun goes down<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
The boys out there are like wolves<br />
But you’ve always be a hunter<br />
Who protected me<br />
Can you be my angel ?<br />
And take care of me<br />
<br />
I’ve learn from you how to be strong<br />
But you never told me how to be alone<br />
I don’t wont another man to be there for me<br />
I miss you so, and I love you daddy<br />
So please…<br />
be my angel<br />
watch me from heaven<br />
And take care of me…<br />
<br />
Lorsque Jasmine termina sa chanson, Solomon l’applaudit de nouveau<br />
<br />
« vo’te père il vous manque M’amzelle hein ?<br />
– Il est mort y’a un mois… un accident de voiture. Il était en route pour venir me voir chanter sur scène… c’était la faute de personne, juste un coup du sort.<br />
– Moi et Lily rose on est sincèrement désolé m’amzelle. Le maître est parfois impuissant face à certaines choses.<br />
– Vous savez… j’ai jamais pu parler de ça à personne. Même avec ma musique. En ce moment j’aimerai tellement qu’il soit là, qu’il puisse me voir…<br />
– Ça part contre c’est possible M’amzelle. J’crois même que c’est déjà le cas…<br />
– … ?<br />
– Même si le maître peut pas nous rendre ceux qu’on à perdu, il a ses trucs à lui pour qu’ils nous regardent le temps d’une chanson. Vous le portez avec vous, dans vot’e musique. C’est c’te magie là dont le Blues est capable. Il soigne pas la douleur, mais il la rend supportable. Il change pas la vie, mais nous rappelle qu’on a vécu de belles choses, que le bonheur ça existe, même si c’est loin. Le maître il se moque que tu sois une p’tite jeune fille de vingt ans ou le fantôme d’un vieux bonhomme comme moi. Il nous aimes tous.<br />
– On dirait presque une religion dites donc…<br />
– Nan vous confondez : le Gospel c’est un cousin du maître… »<br />
<br />
Jasmine ri de bon cœur à la remarque de Solomon.<br />
<br />
« Je voudrai vous donner un p’tit quelque chose de sa part m’amzelle… »<br />
<br />
D’un geste habile du pouce, le guitariste lança vers Jasmine la pièce de 25 cents qu’il utilisait en guise de médiator. C’était une version de 1917 du quarter dollar frappé d’un coté de l’aigle américain et de l’autre d’une allégorie de la Liberté tenant un bouclier.<br />
<br />
« C’est pas aussi pratique que vos médiators en plastique mais… c’est plus quand même plus joli nan ?<br />
– Merci monsieur Duke…<br />
– Appellez moi Solomon m’amzelle…<br />
– Alors appelez moi Jasmine<br />
– Très bien : Jasmine… »<br />
<br />
Solomon rangea Lily rose dans son étui et se releva. Il prit son chapeau sur le crochet, mais avant qu’il ne saisisse la poignée de la porte, Jasmine l’interpella :<br />
<br />
– Je peux vous demander une dernière chose Solomon ?<br />
– Tout ce que tu veux m’amzelle Jasmine<br />
– Je veux enregistrer une chanson pour les cœurs tristes, et je voudrais que vous m’aidiez à la composer<br />
– J’peux pas faire de chanson à ta place M’amzelle Jasmine. C’est pas comme ça que sa marche<br />
– Je sais, mais si vous êtes là, si je sens votre présence, alors je saurai que je fais ce qu’il faut. Restez juste dans le coin le temps que je fasse ça s’il vous plait.<br />
– Hum… alors dans ce cas y’a pas de problème M’amzelle »<br />
<br />
Solomon se pencha vers son étui et susurra :<br />
<br />
« T’entends ça Lily rose : le maître et M’amzelle Jasmine vont nous faire un bon p’tit blues rien que pour nous ! »<br />
<br />
***<br />
<br />
Lorsque Marcus arriva au studio, il découvrit Jasmine endormie dans la cabine d’enregistrement. Allongée en position foetale sur la vieille chauffeuse gris souris calé sur le mur de droite, elle dormait paisiblement, son téléphone dans la main et écouteurs sur les oreilles.<br />
<br />
Marcus posa sa main sur son épaule pour la réveiller en douceur.<br />
<br />
« Hey : la Belle aux bois dormant, on va te compter un supplément pour la nuit » dit il en plaisantant.<br />
<br />
Jasmine entrouvris les yeux et se redressa doucement.<br />
<br />
« Oh… bonjour Monsieur Benson… désolé j’ai pas vu le temps passé et je me suis écroulée de fatigue<br />
– T’en fais pas… Alors ? est ce que t’as pu faire le tri dans ta tête ?<br />
– Oui, les lieux m’ont vraiment aidés à réfléchir. Et je sais qu’il faut que j’arrête tout ça… pas la musique hein ! mais de me faire balader par le label. J’ai retrouvé ce que je voulais vraiment faire.<br />
– Rien que ça ? et bah c’était pas une nuit pour rien ! »<br />
<br />
Jasmine se releva, remit un peu d’ordre dans ses long cheveux bruns corbeau et s’adressa de nouveau à Marcus :<br />
<br />
« J’ai écrit une nouvelle chanson hier : vous voudriez l’entendre ?<br />
<br />
– C’est pour le label ?<br />
– Nan : c’est juste pour moi… et pour les cœurs tristes »<br />
<br />
Jasmine attrapa la guitare, alluma l’ampli et sorti de sa poche la pièce de Solomon.<br />
<br />
Mi mineur, Sol, La, Mi mineur 7eme, Si mineur, Si, La mineur, Sol…<br />
<br />
I spend the night searching answers<br />
but what are the questions ?<br />
I was a slave to my doubts<br />
I’ve created my own prison<br />
<br />
I spend so much time blinded by fear<br />
forgetting how to open my eyes<br />
It was damn so easy<br />
To set myself free<br />
<br />
Let me show you the way to Avalon<br />
The last land of the kings<br />
The kingdom of all dreams<br />
Far far away from the tears<br />
<br />
I spend my night with the master<br />
me his humble servant<br />
he taught me how to be myself<br />
And how to sing for those in pain<br />
<br />
I spend my night with a teacher<br />
and learn a thing or two about myself<br />
i was a puppet but he cuts the strings<br />
And now i’am my own puppeteer<br />
<br />
Let me show you the way to Avalon<br />
The last land of the kings<br />
The kingdom of all dreams<br />
<br />
Far far away from the tears…<br />
<br />
Le dernier accord fini, il ne resta plus que le vrombissement de l’ampli. Marcus, bouche bée, avait du mal à croire que c’était la même jeune fille que celle qu’il avait entendu la veille chanter mollement un titre pré-maché.<br />
<br />
« Petite : ta chanson est géniale ! il faut absolument qu’on enregistre ça !<br />
– Je suis pas sûr que le label voudra de cette chanson…<br />
– Rien à foutre du label : s’il le faut je produirais moi même ce titre. Ce que t’as fait là c’est une merveille, c’est une vraie chanson qui à du cœur. C’est ce que les gens veulent entendre ! »<br />
<br />
Marcus se rua dans son bureau et attrapa le téléphone pour appeler les responsables du studio qui étaient en fait ses oncles. Il commença à leur expliquer en détail son idée de produire un single de Jasmine Queen.<br />
<br />
La jeune chanteuse quitta à son tour la cabine d’enregistrement. Mais lorsqu’elle fut sur le point de sortir, elle se tourna vers le Mojo, posa sa main dessus et dit :<br />
<br />
« Merci pour tout Solomon : à bientôt »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « chanson pour Avalon »](https://www.wattpad.com/159538789-le-d%C3%A9fi-bradbury-chanson-pour-avalon)

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n’hésitez pas à partager et à commenter !

[Un lien vers « Duvet » de Boa (chanté par Jasmine Rodgers)](https://www.youtube.com/watch?v=T0N5YblvT1c)

Chanson pour Avalon

A l’intérieur de la petite cabine d’enregistrement qui devait tout juste faire 30m², se trouvait ce que les types du studio appelaient le Mojo. C’était un simple crochet suspendu sur le mur à droite de la porte, un tout petit crochet métallique de rien du tout qui se terminait en sphère afin de ne pas abîmer ce qu’on suspendait dessus.

Lorsqu’on entrait dans la cabine, il fallait saluer le Mojo, comme si c’était quelqu’un faisant parti de l’équipe. Il y’avait même certains musicien qui lui parlaient, comme à un confident, ou qui priaient devant lui comme si c’était un autel élevé à la gloire d’une divinité animiste des portes manteau.

Le Mojo était là depuis presque aussi longtemps que le studio lui même. Construit bien avant l’époque légendaire de la Motown, et tout comme le snake pitt des funks brothers, le studio Avalon avait acquis son aura et sa patine par l’entremise des musiciens qui s’y étaient succédé pendant presque 80 ans maintenant. Leurs créations, leur passion, mais aussi leurs fureurs et leurs déceptions s’étaient imprégnés dans ses murs dont les fantômes continuaient d’observer les vivants essayant de marquer eux aussi l’endroit par leur musique.

Quand Jasmine arriva, elle fût impressionné par cette ambiance. Ça n’avait rien à voir avec sa petite chambre d’ado où elle s’enregistrait en train de gratter ses premiers accord devant une webcam base résolution. Certes c’était non seulement un studio professionnel, mais surtout c’était celui où avait été enregistré les 6 seuls titres existant de Solomon Duke. 6 titres qui avaient bouleversés la vie de Jasmine et l’avaient poussé vers la voie de la musique et du Blues.

L’an passé, Jasmine Queen n’était qu’une jeune fille ordinaire, vivant dans un petit bled du Michigan du nom de Wakefield, jusqu’au jour où elle publia une vidéo d’elle en train de chanter sa chanson préférée : « The Blues remain in my soul »

If i’m broke, if i’m down
if all the ways are blocked and if i feel trapped

Blues… still remain in my soul

if i’m lost, if i’m sad
if all men are against me and if i feel lonely

Blues… still remain in my soul

Cause i’m a passenger… of the wind
Cause i’m a traveller… so i still be walking !

If on my way you can hear my song
come on and sing it with me
I’ll take you on the roads,
And togther will finaly be free… cause…

Blues… still remain in our souls
Blues… still remain in our souls….

Simplement accompagnée d’une guitare aux cordes fatiguées par des heures de pratique assidue, la chanson de Jasmine était rapidement devenue virale au point qu’il ne fallut pas un mois pour qu’elle dépasse le million de vue a travers le monde. L’Amérique s’était découvert une nouvelle idole, et une grosse major sentant la bonne affaire lui proposa d’enregistrer un single.

Comment résister à une telle proposition quand vous avez 17 ans et des rêves de gloire plein la tête ?

Jasmine s’était donc retrouvé à New York, au studio Electric Lady, pour enregistrer une version plus pro de « The Blues remain in my soul ». Le résultat fût un carton commercial, et un succès prometteur pour les critiques. Pourtant, la jeune fille avait eut le sentiment de trahir la chanson…

A partir de là tout avait échappé à son contrôle : les télés, les premières parties de concert de grand noms de la musique… tout était allé trop vite pour Jasmine. La pression était trop forte, et le t]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 21 Sep 2015 09:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-09-21T09:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 8 : Le groupe #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journalep8/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le groupe »](https://www.wattpad.com/159538978-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-groupe)<br />
<br />
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<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Le groupe<br />
<br />
C’est la première fois que je viens aux séances du groupe. Je suis un peu stressé, et je suis persuadé que ça se voit. Le regard de cette femme en face de moi ne laisser planer aucun doute. Elle me perce du regard avec autant de force que si j’étais frappé par la charge d’acier de Mother Pain. Je me sentirai presque vaciller si je n’étais pas déjà assit, bien droit sur ma chaise.<br />
<br />
Je sens une source de chaleur importante sur ma gauche : pas loin de 80 degrés Celsius qui m’arrivent dessus à basse vitesse. J’ai largement le temps d’esquiver et de contre attaquer. Mais je dois penser aux autres, je dois comprendre la menace et les protéger.<br />
<br />
Il est hors de question que des innocents meurent pendant que je…<br />
<br />
« Café ? »<br />
<br />
C’est madame Parson, la conseillère du groupe de soutien. Elle me tend un gobelet en plastique blanc d’où émane des volutes troubles de chaleur.<br />
<br />
Je crois que je suis vraiment trop à cran…<br />
<br />
Cela fait des mois que je ne dors plus, que je suis irritable et que ça se voyait sur le terrain. Non seulement je risquais ma vie, mais aussi celle de mes partenaires. Ça ne pouvait plus durer comme ça, alors je suis allé consulter.<br />
<br />
Oui moi, Captain Stellar, leader du groupe des justicier Omega  et tuteur des héros de la génération Sigma, je suis allé consulter une psy.<br />
<br />
J’aurai bien pu m’adresser aux gens de l’équipe, qui connaissent ma véritable identité, mais je ne pouvais pas prendre le risque de perdre mon leadership en paraissant faible. Les jeunes aussi comptent sur moi, aussi j’ai pris la décision d’aller voir quelqu’un discrètement en civil.<br />
<br />
Et c’est comme ça que j’ai rencontré le docteur Parson. C’est une femme très gentille, bienveillante, qui ne juge jamais ni porte d’avis sans réfléchir. Je me rappelle de notre toute première séance où je suis arrivé terriblement tendu après avoir livré une bataille effroyable contre Apocalypto. Elle a tout de suite sût me mettre à l’aise, et sans que je sache comment, je suis sorti de son cabinet aussi détendu que si j’avais été sous l’effet d’une illusion de cette peste de Melody la psychomanipulatrice.<br />
<br />
Mais j’avais beau enchaîner les séances, ça ne durait jamais longtemps. Les insomnies revenaient, de même que les crises d’angoisse…<br />
<br />
Le docteur Parson avait bien vu que je me retenais et que je ne me livrais pas complètement. Mais comment lui dire ? Comment lui expliquer que ma tâche de protecteur du monde face à la menace constante de la Caste des Maléfices était sans doute la source de mes tracas ? Lui avouer mon identité aurait été lui faire prendre des risques terribles, et il était hors de question de faire peser sur elle un tel fardeau.<br />
<br />
C’est alors plus par dépit qu’autre chose que j’ai accepté de participer à ce qu’elle appelait une séance de groupe.<br />
<br />
le Docteur Parson organisait cette séance spéciale chaque mois dans une salle municipale dont ses nombreux contact lui permettait de profiter. C’était en fait une salle de classe maternelle qui bien évidement à cette heure tardive de la journée ne comptait plus âme qui vive. Le but de la séance était simplement de faire se rencontrer des gens ayant des problèmes un peu similaire pour parler et se galvaniser mutuellement, le tout sous la houlette du docteur pour éviter les débordements.<br />
<br />
Nous sommes donc tous là, florilège de patient tous aussi différents les uns que les autres, certains un café à la main, d’autres scrutant les murs couvert de dessins d’enfants, cherchant un endroit ou poser le regard sans avoir à affronter celui des autres.<br />
<br />
« Alors Franck ? » me demanda le docteur « Vous restez dans votre coin ? »<br />
– heu… non bien sûr. J’attends que ça commence<br />
– Mais ça a commencé Franck. Prenez un café, mettez-vous à l’aise, et surtout parler aux autres ! C’est ça qui compte.<br />
– C’est que… je ne connais personne<br />
– Et justement c’est ça qu’il vous faut. Ces gens-là ne vous connaissent pas, ils n’ont aucun a priori sur vous, et l’inverse aussi. Votre seul point commun ce sont vos angoisses, mais ensemble vous pouvez les vaincre ! »<br />
<br />
J’ai envie de rire. Parce que ce discours, c’était celui que je sortais à longueur de journée aux jeunes, les petits Sigma de l’académie, tous des super héros en herbe, parfois effrayé par les enjeux de leurs missions.<br />
<br />
« Soyez à l’aise Franck : ce soir vous êtes pastille bleue, et la règle s’est ? »<br />
– Pastille bleue je parle si je veux, pastille rouge il faut que je me bouge… » ânonnais-je sans conviction.<br />
<br />
En arrivant à la réunion, on m’avait remis un petit autocollant à mettre sur le badge avec mon prénom dessus. Il indiquait si j’étais un ancien ou un nouveau du groupe. La maxime du docteur sous entendait donc qu’au début, on avait le droit de rester en retrait.<br />
<br />
Aller Captain : il faut y aller !<br />
<br />
Je quitte ma chaise, et je commence à scruter la salle a la recherche de mon premier « échange ». Mais voilà : j’évite chaque regard qui commence à se pointer vers moi comme si j’avais peur qu’on découvre ma véritable identité.<br />
<br />
« Salut ! Moi c’est Barry : enchanté ! »<br />
<br />
Surprise totale une fois de plus… si ce groupe de soutien était un champ de bataille, c’est la deuxième fois de la soirée que je serais mort.<br />
<br />
Je me retourne pour voir Barry. Il doit faire ma taille, mais n’a par contre pas vraiment une carrure de surhomme. Il doit avoir une petite trentaine, cheveux bruns, pantalon de costume, polo beige déboutonné, veste sur l’épaule…<br />
<br />
En tout cas il une bouille sympathique et il émane de lui une grande jovialité. Qu’est-ce qu’un type comme ça vient foutre ici ?<br />
<br />
Je réalise alors qu’il me tend sa main qui est d’une épatante finesse, presque féminine. Je la lui serre avec autant de précaution que je peux, mais la petite grimace qu’il fait me confirme que je dois faire attention à ma superforce.<br />
<br />
« Pastille bleue hein ? veinard ! » me dit-il tandis que je regarde la pastille rouge sur son badge. « Moi c’est mon premier soir en rouge… je flippe un peu mais en même temps je me dis, c’est un peu comme être à Vegas pas vrai ? Ce qui est dit ici sort pas d’ici ?<br />
– En tout cas ça ne sera pas moi qui cafterai »<br />
<br />
Et je me retrouve donc à parler à Barry. Comme me l’avait laissé entendre ma première impression, c’est vraiment un mec sympa. Il est un peu geek sur les bords, mais il est quand même connecté à la réalité. Il bosse dans un bureau d’étude sur Harbor Street, vers le centre, et il fait en parallèle des vidéos sur internet qui parlent de Super héros. Je suis impressionné de voir à quel point il est incollable sur le sujet et je me retiens de trop le lancer la dessus de peur d’être découvert.<br />
<br />
Si Barry est ici, c’est que depuis des années il n’a d’yeux que pour Claudia, la responsable du département gestion de sa boite. Ils sont bon amis, mais Barry me raconte qu’il est dans la « friendzone ». Ne comprenant pas de quoi il parle, je lui demande des détails :<br />
<br />
« C’est quoi cette histoire de Friendzone ?<br />
– Et bah… c’est quand tu es amoureux d’une fille, que vous êtes très proche, mais que elle, elle ne voit pas plus loin. Alors du coup bah… tu fais des pieds et des mains pour elle mais ça reste lettre morte…<br />
– Ça s’appelle être ami ça…<br />
– Oui mais moi j’ai des sentiments pour elle… et je… à chaque fois qu’on est ensemble…<br />
– Et ben quoi ?<br />
– Bah… j’essayes de lui faire comprendre mais… c’est comme si elle réalisait pas ce que je ressentais et ça me fait tellement mal tu vois ?<br />
– Et tu t’es jamais dit que c’était peut-être l’inverse ?<br />
– Comment ça ?<br />
– Imagine qu’elle réalise parfaitement ce que tu ressens pour elle, et qu’elle voit à chaque fois les efforts que tu mets pour lui faire plaisir. Imagine aussi qu’elle n’ait pas les mêmes sentiments pour toi, mais que malgré tout elle t’aime beaucoup en tant qu’ami. Tu vois cette situation de dingue que tu lui fais vivre ? Mon avis c’est qu’elle feint l’ignorance pour ne pas te faire de peine, parce que le jour où tu lui demanderas franchement ce qu’elle ressent, et qu’elle te le dira sans équivoque, sa plus grande peur c’est que tu la laisse. Tu es un ami pour qui elle à un grand attachement, et elle préfère cette situation ambiguë parce qu’au moins tu es là… Vous donnez surtout l’impression tous les deux de vivre dans le mensonge »<br />
<br />
Ce que je viens de sortir à Barry n’est pas le fruit d’une fulgurance ou bien d’une analyse ultra intuitive. C’est juste ma propre expérience. Pendant des années, j’ai combattu avec DEFCON, alias Hilda Shenneider, et notre complicité a fini par aller au-delà du « boulot ». Des liens très fort s’étaient créer entre nous, et notre devoir de super héros ne facilitait en rien les choses. Parce que lorsqu’on affronte ensemble la mort, tous est multiplié par dix.<br />
<br />
A l’époque, j’étais un jeune super héros qui ne vivait que pour sa mission, et je portais le masque presque vingt-quatre heure sur vingt-quatre. Difficile ainsi de se faire une vie civile. Hilda elle avait la chance d’avoir un père immensément riche qui lui payait tout ce qu’elle voulait. Je vivais donc à ses crochets, squattant une chambre de son appartement. On était un vrai petit couple : on se donnait des petits noms, on regardait la télé enlacé l’un contre l’autre, on parlait de tout et rien, et on pouvait presque finir chacun les phrases de l’autre…<br />
<br />
Et puis il arrivait qu’elle me parle des hommes de sa vie, de combien elle les aimait ou bien combien il lui faisait de la peine. Et à chaque fois je pensais la même chose « mais regarde-moi ! Moi je ne te fais pas souffrir ! Moi je suis là pour toi ! »<br />
<br />
Moi, moi, moi… c’était tout ce que je voyais à l’époque.<br />
<br />
Un soir, j’ai fini par craquer et tout lui dire : mes sentiments bien sûr, mais aussi ma frustration de la voir si indifférente. Sauf qu’en fait celui qui était indifférent c’était moi. Moi qui n’avait pas vu le mal être que ça lui procurait jour après jour, moi qui n’avait même pas songé un instant que cet amour que je lui portais pouvait ne pas être réciproque, moi encore qui n’était pas foutu de penser un instant à ce qu’elle ressentait.<br />
<br />
Moi, moi, moi encore une fois.<br />
<br />
Je suis parti avec fracas, et j’ai laissé DEFCON seule pendant des semaines.<br />
<br />
Et puis un jour elle s’est battue contre des membres de la Caste des maléfices, et ce n’est que par miracle qu’elle n’y est pas restée. Je l’avais abandonnée, elle qui était ma meilleure amie, tout ça parce que moi, moi, moi je voulais quelque chose comme un sale gosse, sans réalisé la chance que j’avais d’avoir cette amitié.<br />
<br />
« Barry : on se connait pas mais si je peux te donner un conseil, c’est d’une part d’être honnête avec cette fille… Claudia c’est ça ? dit lui tout, mais surtout prend conscience que votre amitié c’est de l’or<br />
– Mais je l’aime et…<br />
– Et quoi : tu ne peux pas te la faire ?<br />
– C’est pas…<br />
– Si Barry, c’est exactement ça. Les sentiments que tu as, tu peux les avoirs à ta guise, et tu ne dois pas t’empoisonner l’existence pour ce que tu n’as pas »<br />
<br />
Barry reste le regard vers ses chaussures. Une pointe de sourire se dégage du bord de sa bouche, et quand il relève la tête, des petits sanglots s’ajoutent à ses paroles<br />
<br />
« Merci Franck : j’avais besoin de me prendre ça dans la tête. Cette histoire de friendzone c’était qu’un prétexte pour me disculper. C’est dingue : c’est comme si tu venais de débloquer ma vie ! »<br />
<br />
Il pose sa main sur mon épaule, puis renifle un coup tandis qu’il contient son émotion. Je lui donne une tape amicale, cette fois ci parfaitement dosé, et je lui fais comprendre d’un regard que je vais aller parler à quelqu’un d’autre.<br />
<br />
Je suis content d’avoir pu aider Barry. Bizarrement, j’ai pu lire dans son regard la même gratitude que celle des personnes que je sauve d’un immeuble en flamme ou d’une attaque de monstre inter-dimensionnels. En tout cas, ça me fait autant de bien au moral.<br />
<br />
Galvanisé, je tente ma chance auprès d’une jeune fille qui reste seule dans son coin. J’attrape un verre de jus d’orange sur la table où sont disposées les boissons et je lui tends :<br />
<br />
« Je peux t’offrir un verre ? »<br />
<br />
Je remarque qu’elle porte une pastille bleue elle aussi, et que son prénom est Cassandra. De prêt je réalise que c’est une très jeune fille d’à peine vingt ans. Elle porte une veste en jean sombre avec sur l’épaule gauche un badge en tissu cousue à la main que je reconnais sans hésiter.<br />
<br />
« C’est Cappella ça ! »<br />
– Vous connaissez ? » me demande t’elle<br />
– Et comment ! C’est une super héroïne géniale.<br />
– Je suis fan d’elle depuis toujours… C’est une femme forte, indépendante, qui se laisse pas marcher sur les pieds… vous aimez les supers héros ? »<br />
<br />
Je me sens un peu coincé. Je préfère le plus possible évité de parler des supers héros étant donné que les trois quart sont des amis… mais je sens que c’est l’unique porte d’accès que me laissera cette jeune fille.<br />
<br />
« Je les adores ! Sauf qu’à mon époque c’était plus Soulstorm la vedette<br />
– Le gardien de la grande barrière de Dungarock ? Oui il est pas mal… mais comparé à Capella… »<br />
<br />
Le petit air timide de Cassandra est attendrissant. Sous la façade dure qu’elle affiche, avec son piercing dans le nez et les gros traits d’eyeliners noir sous ses yeux, je vois une détresse que je connais bien. Je me cale contre le mur a coté d’elle, lui tend a nouveau le jus d’orange qu’elle fini par accepter, et comme si de rien n’était je commence à lui parler :<br />
<br />
« Quand j’étais ado je me faisais pas mal chambrer par les autres gamins. Ils me regardaient bizarrement… ils voulaient pas me parler où être vu avec moi. C’était pas de la méchanceté mais… ils avaient peur.<br />
– Parce que vous étiez déjà baraqué comme maintenant ? » me demande la jeune fille en regardant le pli sur ma veste formé par mes deltoïdes.<br />
– Y’avait de ça ouais. J’étais plus fort que des types qui avaient 4 ou 5 ans de plus. C’était pas facile de se sentir exclu juste parce qu’on est différent…<br />
– Je vous comprends. Moi c’est pareil… »<br />
<br />
J’avais reconnu dans le regard de Cassandra le regard des jeunes Sigma de l’académie. Craint même par leurs proches, ils devaient sans cesse cacher ce qu’ils étaient juste pour être accepté. Alors que leurs dons étaient prodigieux, ils devaient se dévaluer pour qu’on ne les regarde pas comme des monstres.<br />
<br />
« Y’a quelques mois de ça j’ai avoué à mon père que j’étais lesbienne… il m’a cogné dessus… j’ai cru qu’il allait me tuer. Ma mère l’a arrêté à temps mais au bout du compte il m’a foutue dehors. Je… j’ai traînée dans les rues et j’ai eu pas mal de problème. Mais heureusement le docteur Parson s’est occupé de moi.<br />
<br />
– tu l’as rencontrée comment ?<br />
– Au foyer social de Brightwood. Elle faisait de l’aide aux mineurs, et même si j’avais plus tout à fait l’âge, elle m’a acceptée dans son programme. C’est ma tutrice de sevrage »<br />
<br />
Me disant ça, Cassandra me montre un bracelet qu’elle porte au poignet droit.<br />
<br />
« Je suis clean depuis 6 mois. Ni drogue, ni alcool, ni même une simple clope<br />
– Je te félicite. Je sais que ça doit être dur.<br />
– Merci… (Elle lit mon badge) Franck. C’est sympa Franck comme prénom. J’aurai adoré m’appeler comme ça si j’étais un mec.<br />
– Ah bon ?<br />
– Ouais… parce qu’en fait Franck c’est le vrai nom de Captain Stellar »<br />
<br />
Je me retiens le plus possible, mais une expression de surprise se dessine automatiquement sur mon visage.<br />
<br />
« Mais comment tu sais ça ?<br />
– Je l’ai lu sur le net. Y’a un site web très complet avec plein d’info sur les Supers »<br />
<br />
Il va vraiment falloir que je demande à Toolbox de faire quelque chose contre ses sites web…<br />
<br />
« Et donc t’aime bien aussi Captain Stellar ?<br />
– Carrement : mais je suis pas une groupie hein ! De toute façon je te l’ai dit c’est pas mon genre. Mais lui il protège les gens, il abuse pas de sa force contre les plus faibles…<br />
– Tout à l’heure tu as parlé de ton père qui… »<br />
<br />
Je sens à ce moment-là que je suis sur le point d’aller trop loin<br />
<br />
« … laisse tomber. Excuse-moi : pastille bleue, tu parles si tu veux<br />
– Non c’est pas grave… ouais il me cognait souvent. Et… enfin c’était pas le père de l’année quoi<br />
– Je… je suis sincèrement désolé…<br />
– T’y es pour rien… Même le Captain Stellar peut pas être partout pour corriger les salauds »<br />
<br />
Et pourtant crois-moi il aimerait.<br />
<br />
Je parle encore un peu avec Cassandra, tout en me disant que j’irai bien balancer une rafale stellaire sur la voiture de son père juste pour rigoler.<br />
<br />
Mais ça serait puéril.<br />
<br />
La jeune fille me remercie de l’avoir écoutée et me demande si à mon tour je veux me confier. Difficile de refuser après les confidences qu’elle vient de me faire.<br />
<br />
Je lui parle donc à mot couvert de ce que je vis en ce moment : un boulot stressant, avec un maximum de responsabilité, et des gens qui comptent sur moi. Pour donner le change, lui raconte que je suis le patron d’une petite entreprise, que j’ai des employés, mais aussi des concurrents puissants qui emploient des méthodes parfois illégales. Cassandra m’écoutes avec une grande attention. Je crois d’ailleurs bien que c’est la première fois qu’on me prête une écoute pareille. Oh bien sûr, il y’a le docteur Parson, mais c’est une psy, et elle à une posture bien particulière par rapport à ça.<br />
<br />
Non là, Cassandra m’écoutes simplement comme une amie, et bon sang ce que ça fait du bien.<br />
<br />
« T’as l’air d’être cool comme patron » me dit-elle « En tout cas si ça te pourri la vie à ce point c’est que tu te fais du mouron pour les autres, c’est pas tout le monde qui est comme ça<br />
– C’est un peu comme ce que tu disais tout à l’heure : je dois défendre ceux qui ne peuvent pas. Mon équipe c’est des gens supers. Ils seraient prêt à m… »<br />
<br />
Je suis sur le point de dire qu’ils sont tous prêt à mourir pour sauver le monde. Bravo Franck, continue comme ça et dans 5min tu n’auras plus qu’à te transformer devant tout le monde et à proposer de raccompagner ceux qui n’ont pas de voiture avec ton vol stellaire. Je rattrape ma phrase à toute vitesse :<br />
<br />
« Ils seraient prêt à m’aider quoi que je leur demande. Je dois donc faire attention à ne pas leur demander l’impossible<br />
– Mais peut être que tu devais aussi avoir confiance en eux… c’est pas des gamins quand même.<br />
– Quoi ?<br />
– Tes collègues font ce métier depuis un moment non ? Ce sont des pro : c’est leur job et donc ils savent mesurer sans doute mieux que toi ce qu’ils peuvent ou pas faire. Et puis de toute façon c’est leurs décisions non ? En prenant ce genre de choix à leur place, tu outrepasse ton rôle de patron… Tu serais pas du genre un peu mégalo toi ? »<br />
<br />
Elle est vraiment perspicace<br />
<br />
« Croire qu’on porte toute la responsabilité pour tout ce qui arrive, c’est le truc le plus égocentrique qui soit. Le monde tourne pas qu’autour de toi Franck : des fois il se passe des trucs sans même que t’en ai conscience »<br />
<br />
Cassandra me dit ça pour me taquiner, mais elle a clairement raison. Encore une fois c’est le moi, moi, moi qui me reviens en plein visage.<br />
<br />
Je vais nous chercher deux autres jus d’orange, et je continue à écouter Cassandra.<br />
<br />
« Si tu flippes c’est parce que t’es soucieux, mais faut pas : faut dire merde à ceux qui croient pas en toi, mais faut aussi donner à ceux qui sont avec toi.<br />
– Donner quoi ?<br />
– Ta confiance. Alors c’est sûr, au début tu vas grave flipper vu que t’as l’air d’être un peu un maniaque du contrôle. Mais tu verras ça ira mieux, et surtout les gens te le feront savoir. Je te le promets<br />
– Et si au final s’est en moi que j’ai pas confiance ?<br />
– Alors comme dit Capella : « Crois en ceux qui croient en toi ! »<br />
– Elle dit vraiment ça Capella ? »<br />
<br />
Oui, elle dit vraiment ça pour nous donner du courage… et en général l’instant d’après elle lance une rafale d’énergie astrale en pleine face de son adversaire.<br />
<br />
Sans doute histoire de se donner raison.<br />
<br />
Tandis qu’on continue de discuter avec Cassandra, voila que Barry s’approche.<br />
<br />
« Franck, tu permets que je me joigne à vous ? Enchanté moi c’est Barry »<br />
<br />
Dans un premier temps je suis méfiant : est-ce que mon brave Barry n’est pas en train de transformer la réunion du groupe en terrain de chasse pour son petit cœur meurtri ?<br />
<br />
Et puis finalement non. Il prend la balle au bond et se découvre des atomes crochu avec Cassandra, mais je sens que sa posture ne va pas plus loin que ça. Est-ce que c’est l’écart d’âge ? Ou bien est ce qu’il doit d’abord faire le deuil de sa « relation » avec Claudia… peu importe, ces deux-là se sont bien trouvé et je m’en contente : absorbé par leur débat sur « qui est le meilleur speedster entre Volt et Météore ? » ils ne remarquent pas que je m’éloigne…<br />
<br />
***<br />
<br />
C’est la fin de la réunion, et le docteur Parson remercie les derniers participants Chacun rend son badge, échanges quelques mots avec le docteur, et puis se retire aussi simplement que ça. Je remarque que plusieurs partent en groupe. C’est le cas pour Barry et Cassandra.<br />
<br />
En les voyants, on dirait un frère et sa petite sœur qui sortent du cinéma. Ils sont encore en train de parler de super héros, d’aventures… et du Captain Stellar.<br />
<br />
La salle est maintenant vide. Il ne reste plus que moi et le docteur Parson. Je m’avance vers elle et lui tends mon badge.<br />
<br />
« Alors Franck : cette première soirée ?<br />
– C’était bien plus… « Intéressant » que je ne l’aurai cru à vrai dire. J’ai parlé avec des gens très gentil, j’ai entendu pas mal d’histoire… ça m’a fait relativisé sur pas mal de chose.<br />
– On ne se rend pas compte à quel point nos tracas qui semblent incroyable sont finalement plutôt courant n’est-ce pas ?<br />
– Oui… et je dirais même qu’on oublie que soit même on reste avant tout un être humain… »<br />
<br />
Je laisse l’énergie stellaire irradié tout mon corps et activer les nano cellules fusionnées dans mes habits. En une demi-seconde, je suis recouvert de ma fameuse tenue blanche et bleue, frappé du symbole stellaire sur ma cape et sur mon torse.<br />
<br />
Stupéfaite, le docteur Parson se tiens à la table pour ne pas vaciller.<br />
<br />
Je commence à flotter a quelques centimètre au-dessus du sol tandis que mon influx énergétique créer un petit courant d’air qui fait s’animer les plis de la nappe en papier du buffet et danser la poussière sur le sol.<br />
<br />
« Je voudrais vous remercier docteur : grâce à vous j’ai pu rencontrer des gens qui m’ont rappelé que même si j’ai des pouvoirs, ce qui m’anime c’est un coeur comme celui de n’importe qui sur cette planète. J’ai les mêmes peurs pour mes jeunes protégés qu’un père pour ses enfants face aux difficultés de la vie, et j’ai beau pouvoir transpercer des murs à mains nus, je suis aussi impuissant que tout le monde face à la tristesse. »<br />
<br />
Je réalise alors que sous cette forme, ma voix résonne fort et est amplifié par l’énergie stellaire. Ceci explique forcément l’indicible stupeur du docteur.<br />
<br />
« Docteur : me permettrez-vous de revenir à une prochaine séance du groupe ? Mais cette fois tel que je suis ? Comme le Captain Stellar ? »<br />
<br />
Reprenant son calme, le docteur me sourit et réponds :<br />
<br />
« Bien sûr Franck : mais alors dans ce cas vous serez pastille rouge<br />
– Faudra que je me bouge ! »<br />
<br />
Même si ça fait cliché, nous échangeons un rire complice. Le docteur regarde alors la fenêtre du fond de la salle<br />
<br />
« Voulez-vous que je ferme derrière vous ? » me demande t’elle<br />
– Si ça ne vous gêne pas en effet… »<br />
<br />
Je franchi la fenêtre ouverte, mais au lieu de passer en vitesse stellaire, je me retourne et demande :<br />
<br />
« Docteur Parson, puis je vous demander une dernière faveur ?<br />
– Dites-moi Captain<br />
– votre filleule, Cassandra… vous n’auriez pas l’adresse de son père par hasard… ? »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le groupe »](https://www.wattpad.com/159538978-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-groupe)<br />
<br />
suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Le groupe<br />
<br />
C’est la première fois que je viens aux séances du groupe. Je suis un peu stressé, et je suis persuadé que ça se voit. Le regard de cette femme en face de moi ne laisser planer aucun doute. Elle me perce du regard avec autant de force que si j’étais frappé par la charge d’acier de Mother Pain. Je me sentirai presque vaciller si je n’étais pas déjà assit, bien droit sur ma chaise.<br />
<br />
Je sens une source de chaleur importante sur ma gauche : pas loin de 80 degrés Celsius qui m’arrivent dessus à basse vitesse. J’ai largement le temps d’esquiver et de contre attaquer. Mais je dois penser aux autres, je dois comprendre la menace et les protéger.<br />
<br />
Il est hors de question que des innocents meurent pendant que je…<br />
<br />
« Café ? »<br />
<br />
C’est madame Parson, la conseillère du groupe de soutien. Elle me tend un gobelet en plastique blanc d’où émane des volutes troubles de chaleur.<br />
<br />
Je crois que je suis vraiment trop à cran…<br />
<br />
Cela fait des mois que je ne dors plus, que je suis irritable et que ça se voyait sur le terrain. Non seulement je risquais ma vie, mais aussi celle de mes partenaires. Ça ne pouvait plus durer comme ça, alors je suis allé consulter.<br />
<br />
Oui moi, Captain Stellar, leader du groupe des justicier Omega  et tuteur des héros de la génération Sigma, je suis allé consulter une psy.<br />
<br />
J’aurai bien pu m’adresser aux gens de l’équipe, qui connaissent ma véritable identité, mais je ne pouvais pas prendre le risque de perdre mon leadership en paraissant faible. Les jeunes aussi comptent sur moi, aussi j’ai pris la décision d’aller voir quelqu’un discrètement en civil.<br />
<br />
Et c’est comme ça que j’ai rencontré le docteur Parson. C’est une femme très gentille, bienveillante, qui ne juge jamais ni porte d’avis sans réfléchir. Je me rappelle de notre toute première séance où je suis arrivé terriblement tendu après avoir livré une bataille effroyable contre Apocalypto. Elle a tout de suite sût me mettre à l’aise, et sans que je sache comment, je suis sorti de son cabinet aussi détendu que si j’avais été sous l’effet d’une illusion de cette peste de Melody la psychomanipulatrice.<br />
<br />
Mais j’avais beau enchaîner les séances, ça ne durait jamais longtemps. Les insomnies revenaient, de même que les crises d’angoisse…<br />
<br />
Le docteur Parson avait bien vu que je me retenais et que je ne me livrais pas complètement. Mais comment lui dire ? Comment lui expliquer que ma tâche de protecteur du monde face à la menace constante de la Caste des Maléfices était sans doute la source de mes tracas ? Lui avouer mon identité aurait été lui faire prendre des risques terribles, et il était hors de question de faire peser sur elle un tel fardeau.<br />
<br />
C’est alors plus par dépit qu’autre chose que j’ai accepté de participer à ce qu’elle appelait une séance de groupe.<br />
<br />
le Docteur Parson organisait cette séance spéciale chaque mois dans une salle municipale dont ses nombreux contact lui permettait de profiter. C’était en fait une salle de classe maternelle qui bien évidement à cette heure tardive de la journée ne comptait plus âme qui vive. Le but de la séance était simplement de faire se rencontrer des gens ayant des problèmes un peu similaire pour parler et se galvaniser mutuellement, le tout sous la houlette du docteur pour éviter les débordements.<br />
<br />
Nous sommes donc tous là, florilège de patient tous aussi différents les uns que les autres, certains un café à la main, d’autres scrutant les murs couvert de dessins d’enfants, cherchant un endroit ou poser le regard sans avoir à affronter celui des autres.<br />
<br />
« Alors Franck ? » me demanda le docteur « Vous restez dans votre coin ? »<br />
– heu… non bien sûr. J’attends que ça commence<br />
– Mais ça a commencé Franck. Prenez un café, mettez-vous à l’aise, et surtout parler aux autres ! C’est ça qui compte.<br />
– C’est que… je ne connais personne<br />
– Et justement c’est ça qu’il vous faut. Ces gens-là ne vous connaissent pas, ils n’ont aucun a priori sur vous, et l’inverse aussi. Votre seul point commun ce sont vos angoisses, mais ensemble vous pouvez les vaincre ! »<br />
<br />
J’ai envie de rire. Parce que ce discours, c’était celui que je sortais à longueur de journée aux jeunes, les petits Sigma de l’académie, tous des super héros en herbe, parfois effrayé par les enjeux de leurs missions.<br />
<br />
« Soyez à l’aise Franck : ce soir vous êtes pastille bleue, et la règle s’est ? »<br />
– Pastille bleue je parle si je veux, pastille rouge il faut que je me bouge… » ânonnais-je sans conviction.<br />
<br />
En arrivant à la réunion, on m’avait remis un petit autocollant à mettre sur le badge avec mon prénom dessus. Il indiquait si j’étais un ancien ou un nouveau du groupe. La maxime du docteur sous entendait donc qu’au début, on avait le droit de rester en retrait.<br />
<br />
Aller Captain : il faut y aller !<br />
<br />
Je quitte ma chaise, et je commence à scruter la salle a la recherche de mon premier « échange ». Mais voilà : j’évite chaque regard qui commence à se pointer vers moi comme si j’avais peur qu’on découvre ma véritable identité.<br />
<br />
« Salut ! Moi c’est Barry : enchanté ! »<br />
<br />
Surprise totale une fois de plus… si ce groupe de soutien était un champ de bataille, c’est la deuxième fois de la soirée que je serais mort.<br />
<br />
Je me retourne pour voir Barry. Il doit faire ma taille, mais n’a par contre pas vraiment une carrure de surhomme. Il doit avoir une petite trentaine, cheveux bruns, pantalon de costume, polo beige déboutonné, veste sur l’épaule…<br />
<br />
En tout cas il une bouille sympathique et il émane de lui une grande jovialité. Qu’est-ce qu’un type comme ça vient foutre ici ?<br />
<br />
Je réalise alors qu’il me tend sa main qui est d’une épatante finesse, presque féminine. Je la lui serre avec autant de précaution que je peux, mais la petite grimace qu’il fait me confirme que je dois faire attention à ma superforce.<br />
<br />
« Pastille bleue hein ? veinard ! » me dit-il tandis que je regarde la pastille rouge sur son badge. « Moi c’est mon premier soir en rouge… je flippe un peu mais en même temps je me dis, c’est un peu comme être à Vegas pas vrai ? Ce qui est dit ici sort pas d’ici ?<br />
– En tout cas ça ne sera pas moi qui cafterai »<br />
<br />
Et je me retrouve donc à parler à Barry. Comme me l’avait laissé entendre ma première impression, c’est vraiment un mec sympa. Il est un peu geek sur les bords, mais il est quand même connecté à la réalité. Il bosse dans un bureau d’étude sur Harbor Street, vers le centre, et il fait en parallèle des vidéos sur internet qui parlent de Super héros. Je suis impressionné de voir à quel point il est incollable sur le sujet et je me retiens de trop le lancer la dessus de peur d’être découvert.<br />
<br />
Si Barry est ici, c’est que depuis des années il n’a d’yeux que pour Claudia, la responsable du département gestion de sa boite. Ils sont bon amis, mais Barry me raconte qu’il est dans la « friendzone ». Ne comprenant pas de quoi il parle, je lui demande des détails :<br />
<br />
« C’est quoi cette histoire de Friendzone ?<br />
– Et bah… c’est quand tu es amoureux d’une fille, que vous êtes très proche, mais que elle, elle ne voit pas plus loin. Alors du coup bah… tu fais des pieds et des mains pour elle mais ça reste lettre morte…<br />
– Ça s’appelle être ami ça…<br />
– Oui mais moi j’ai des sentiments pour elle… et je… à chaque fois qu’on est ensemble…<br />
– Et ben quoi ?<br />
– Bah… j’essayes de lui faire comprendre mais… c’est comme si elle réalisait pas ce que je ressentais et ça me fait tellement mal tu vois ?<br />
– Et tu t’es jamais dit que c’était peut-être l’inverse ?<br />
– Comment ça ?<br />
– Imagine qu’elle réalise parfaitement ce que tu ressens pour elle, et qu’elle voit à chaque fois les efforts que tu mets pour lui faire plaisir. Imagine aussi qu’elle n’ait pas les mêmes sentiments pour toi, mais que malgré tout elle t’aime beaucoup en tant qu’ami. Tu vois cette situation de dingue que tu lui fais vivre ? Mon avis c’est qu’elle feint l’ignorance pour ne pas te faire de peine, parce que le jour où tu lui demanderas franchement ce qu’elle ressent, et qu’elle te le dira sans équivoque, sa plus grande peur c’est que tu la laisse. Tu es un ami pour qui elle à un grand attachement, et elle préfère cette situation ambiguë parce qu’au moins tu es là… Vous donnez surtout l’impression tous les deux de vivre dans le mensonge »<br />
<br />
Ce que je viens de sortir à Barry n’est pas le fruit d’une fulgurance ou bien d’une analyse ultra intuitive. C’est juste ma propre expérience. Pendant des années, j’ai combattu avec DEFCON, alias Hilda Shenneider, et notre complicité a fini par aller au-delà du « boulot ». Des liens très fort s’étaient créer entre nous, et notre devoir de super héros ne facilitait en rien les choses. Parce que lorsqu’on affronte ensemble la mort, tous est multiplié par dix.<br />
<br />
A l’époque, j’étais un jeune super héros qui ne vivait que pour sa mission, et je portais le masque presque vingt-quatre heure sur vingt-quatre. Difficile ainsi de se faire une vie civile. Hilda elle avait la chance d’avoir un père immensément riche qui lui payait tout ce qu’elle voulait. Je vivais donc à ses crochets, squattant une chambre de son appartement. On était un vrai petit couple : on se donnait des petits noms, on regardait la télé enlacé l’un contre l’autre, on parlait de tout et rien, et on pouvait presque finir chacun les phrases de l’autre…<br />
<br />
Et puis il arrivait qu’elle me parle des hommes de sa vie, de combien elle les aimait ou bien combien il lui faisait de la peine. Et à chaque fois je pensais la même chose « mais regarde-moi ! Moi je ne te fais pas souffrir ! Moi je suis là pour toi ! »<br />
<br />
Moi, moi, moi… c’était tout ce que je voyais à l’époque.<br />
<br />
Un soir, j’ai fini par craquer et tout lui dire : mes sentiments bien sûr, mais aussi ma frustration de la voir si indifférente. Sauf qu’en fait celui qui était indifférent c’était moi. Moi qui n’avait pas vu le mal être que ça lui procurait jour après jour, moi qui n’avait même pas songé un instant que cet amour que je lui portais pouvait ne pas être réciproque, moi encore qui n’était pas foutu de penser un instant à ce qu’elle ressentait.<br />
<br />
Moi, moi, moi encore une fois.<br />
<br />
Je suis parti avec fracas, et j’ai laissé DEFCON seule pendant des semaines.<br />
<br />
Et puis un jour elle s’est battue contre des membres de la Caste des maléfices, et ce n’est que par miracle qu’elle n’y est pas restée. Je l’avais abandonnée, elle qui était ma meilleure amie, tout ça parce que moi, moi, moi je voulais quelque chose comme un sale gosse, sans réalisé la chance que j’avais d’avoir cette amitié.<br />
<br />
« Barry : on se connait pas mais si je peux te donner un conseil, c’est d’une part d’être honnête avec cette fille… Claudia c’est ça ? dit lui tout, mais surtout prend conscience que votre amitié c’est de l’or<br />
– Mais je l’aime et…<br />
– Et quoi : tu ne peux pas te la faire ?<br />
– C’est pas…<br />
– Si Barry, c’est exactement ça. Les sentiments que tu as, tu peux les avoirs à ta guise, et tu ne dois pas t’empoisonner l’existence pour ce que tu n’as pas »<br />
<br />
Barry reste le regard vers ses chaussures. Une pointe de sourire se dégage du bord de sa bouche, et quand il relève la tête, des petits sanglots s’ajoutent à ses paroles<br />
<br />
« Merci Franck : j’avais besoin de me prendre ça dans la tête. Cette histoire de friendzone c’était qu’un prétexte pour me disculper. C’est dingue : c’est comme si tu venais de débloquer ma vie ! »<br />
<br />
Il pose sa main sur mon épaule, puis renifle un coup tandis qu’il contient son émotion. Je lui donne une tape amicale, cette fois ci parfaitement dosé, et je lui fais comprendre d’un regard que je vais aller parler à quelqu’un d’autre.<br />
<br />
Je suis content d’avoir pu aider Barry. Bizarrement, j’ai pu lire dans son regard la même gratitude que celle des personnes que je sauve d’un immeuble en flamme ou d’une attaque de monstre inter-dimensionnels. En tout cas, ça me fait autant de bien au moral.<br />
<br />
Galvanisé, je tente ma chance auprès d’une jeune fille qui reste seule dans son coin. J’attrape un verre de jus d’orange sur la table où sont disposées les boissons et je lui tends :<br />
<br />
« Je peux t’offrir un verre ? »<br />
<br />
Je remarque qu’elle porte une pastille bleue elle aussi, et que son prénom est Cassandra. De prêt je réalise que c’est une très jeune fille d’à peine vingt ans. Elle porte une veste en jean sombre avec sur l’épaule gauche un badge en tissu cousue à la main que je reconnais sans hésiter.<br />
<br />
« C’est Cappella ça ! »<br />
– Vous connaissez ? » me demande t’elle<br />
– Et comment ! C’est une super héroïne géniale.<br />
– Je suis fan d’elle depuis toujours… C’est une femme forte, indépendante, qui se laisse pas marcher sur les pieds… vous aimez les supers héros ? »<br />
<br />
Je me sens un peu coincé. Je préfère le plus possible évité de parler des supers héros étant donné que les trois quart sont des amis… mais je sens que c’est l’unique porte d’accès que me laissera cette jeune fille.<br />
<br />
« Je les adores ! Sauf qu’à mon époque c’était plus Soulstorm la vedette<br />
– Le gardien de la grande barrière de Dungarock ? Oui il est pas mal… mais comparé à Capella… »<br />
<br />
Le petit air timide de Cassandra est attendrissant. Sous la façade dure qu’elle affiche, avec son piercing dans le nez et les gros traits d’eyeliners noir sous ses yeux, je vois une détresse que je connais bien. Je me cale contre le mur a coté d’elle, lui tend a nouveau le jus d’orange qu’elle fini par accepter, et comme si de rien n’était je commence à lui parler :<br />
<br />
« Quand j’étais ado je me faisais pas mal chambrer par les autres gamins. Ils me regardaient bizarrement… ils voulaient pas me parler où être vu avec moi. C’était pas de la méchanceté mais… ils avaient peur.<br />
– Parce que vous étiez déjà baraqué comme maintenant ? » me demande la jeune fille en regardant le pli sur ma veste formé par mes deltoïdes.<br />
– Y’avait de ça ouais. J’étais plus fort que des types qui avaient 4 ou 5 ans de plus. C’était pas facile de se sentir exclu juste parce qu’on est différent…<br />
– Je vous comprends. Moi c’est pareil… »<br />
<br />
J’avais reconnu dans le regard de Cassandra le regard des jeunes Sigma de l’académie. Craint même par leurs proches, ils devaient sans cesse cacher ce qu’ils étaient juste pour être accepté. Alors que leurs dons étaient prodigieux, ils devaient se dévaluer pour qu’on ne les regarde pas comme des monstres.<br />
<br />
« Y’a quelques mois de ça j’ai avoué à mon père que j’étais lesbienne… il m’a cogné dessus… j’ai cru qu’il allait me tuer. Ma mère l’a arrêté à temps mais au bout du compte il m’a foutue dehors. Je… j’ai traînée dans les rues et j’ai eu pas mal de problème. Mais heureusement le docteur Parson s’est occupé de moi.<br />
<br />
– tu l’as rencontrée comment ?<br />
– Au foyer social de Brightwood. Elle faisait de l’aide aux mineurs, et même si j’avais plus tout à fait l’âge, elle m’a acceptée dans son programme. C’est ma tutrice de sevrage »<br />
<br />
Me disant ça, Cassandra me montre un bracelet qu’elle porte au poignet droit.<br />
<br />
« Je suis clean depuis 6 mois. Ni drogue, ni alcool, ni même une simple clope<br />
– Je te félicite. Je sais que ça doit être dur.<br />
– Merci… (Elle lit mon badge) Franck. C’est sympa Franck comme prénom. J’aurai adoré m’appeler comme ça si j’étais un mec.<br />
– Ah bon ?<br />
– Ouais… parce qu’en fait Franck c’est le vrai nom de Captain Stellar »<br />
<br />
Je me retiens le plus possible, mais une expression de surprise se dessine automatiquement sur mon visage.<br />
<br />
« Mais comment tu sais ça ?<br />
– Je l’ai lu sur le net. Y’a un site web très complet avec plein d’info sur les Supers »<br />
<br />
Il va vraiment falloir que je demande à Toolbox de faire quelque chose contre ses sites web…<br />
<br />
« Et donc t’aime bien aussi Captain Stellar ?<br />
– Carrement : mais je suis pas une groupie hein ! De toute façon je te l’ai dit c’est pas mon genre. Mais lui il protège les gens, il abuse pas de sa force contre les plus faibles…<br />
– Tout à l’heure tu as parlé de ton père qui… »<br />
<br />
Je sens à ce moment-là que je suis sur le point d’aller trop loin<br />
<br />
« … laisse tomber. Excuse-moi : pastille bleue, tu parles si tu veux<br />
– Non c’est pas grave… ouais il me cognait souvent. Et… enfin c’était pas le père de l’année quoi<br />
– Je… je suis sincèrement désolé…<br />
– T’y es pour rien… Même le Captain Stellar peut pas être partout pour corriger les salauds »<br />
<br />
Et pourtant crois-moi il aimerait.<br />
<br />
Je parle encore un peu avec Cassandra, tout en me disant que j’irai bien balancer une rafale stellaire sur la voiture de son père juste pour rigoler.<br />
<br />
Mais ça serait puéril.<br />
<br />
La jeune fille me remercie de l’avoir écoutée et me demande si à mon tour je veux me confier. Difficile de refuser après les confidences qu’elle vient de me faire.<br />
<br />
Je lui parle donc à mot couvert de ce que je vis en ce moment : un boulot stressant, avec un maximum de responsabilité, et des gens qui comptent sur moi. Pour donner le change, lui raconte que je suis le patron d’une petite entreprise, que j’ai des employés, mais aussi des concurrents puissants qui emploient des méthodes parfois illégales. Cassandra m’écoutes avec une grande attention. Je crois d’ailleurs bien que c’est la première fois qu’on me prête une écoute pareille. Oh bien sûr, il y’a le docteur Parson, mais c’est une psy, et elle à une posture bien particulière par rapport à ça.<br />
<br />
Non là, Cassandra m’écoutes simplement comme une amie, et bon sang ce que ça fait du bien.<br />
<br />
« T’as l’air d’être cool comme patron » me dit-elle « En tout cas si ça te pourri la vie à ce point c’est que tu te fais du mouron pour les autres, c’est pas tout le monde qui est comme ça<br />
– C’est un peu comme ce que tu disais tout à l’heure : je dois défendre ceux qui ne peuvent pas. Mon équipe c’est des gens supers. Ils seraient prêt à m… »<br />
<br />
Je suis sur le point de dire qu’ils sont tous prêt à mourir pour sauver le monde. Bravo Franck, continue comme ça et dans 5min tu n’auras plus qu’à te transformer devant tout le monde et à proposer de raccompagner ceux qui n’ont pas de voiture avec ton vol stellaire. Je rattrape ma phrase à toute vitesse :<br />
<br />
« Ils seraient prêt à m’aider quoi que je leur demande. Je dois donc faire attention à ne pas leur demander l’impossible<br />
– Mais peut être que tu devais aussi avoir confiance en eux… c’est pas des gamins quand même.<br />
– Quoi ?<br />
– Tes collègues font ce métier depuis un moment non ? Ce sont des pro : c’est leur job et donc ils savent mesurer sans doute mieux que toi ce qu’ils peuvent ou pas faire. Et puis de toute façon c’est leurs décisions non ? En prenant ce genre de choix à leur place, tu outrepasse ton rôle de patron… Tu serais pas du genre un peu mégalo toi ? »<br />
<br />
Elle est vraiment perspicace<br />
<br />
« Croire qu’on porte toute la responsabilité pour tout ce qui arrive, c’est le truc le plus égocentrique qui soit. Le monde tourne pas qu’autour de toi Franck : des fois il se passe des trucs sans même que t’en ai conscience »<br />
<br />
Cassandra me dit ça pour me taquiner, mais elle a clairement raison. Encore une fois c’est le moi, moi, moi qui me reviens en plein visage.<br />
<br />
Je vais nous chercher deux autres jus d’orange, et je continue à écouter Cassandra.<br />
<br />
« Si tu flippes c’est parce que t’es soucieux, mais faut pas : faut dire merde à ceux qui croient pas en toi, mais faut aussi donner à ceux qui sont avec toi.<br />
– Donner quoi ?<br />
– Ta confiance. Alors c’est sûr, au début tu vas grave flipper vu que t’as l’air d’être un peu un maniaque du contrôle. Mais tu verras ça ira mieux, et surtout les gens te le feront savoir. Je te le promets<br />
– Et si au final s’est en moi que j’ai pas confiance ?<br />
– Alors comme dit Capella : « Crois en ceux qui croient en toi ! »<br />
– Elle dit vraiment ça Capella ? »<br />
<br />
Oui, elle dit vraiment ça pour nous donner du courage… et en général l’instant d’après elle lance une rafale d’énergie astrale en pleine face de son adversaire.<br />
<br />
Sans doute histoire de se donner raison.<br />
<br />
Tandis qu’on continue de discuter avec Cassandra, voila que Barry s’approche.<br />
<br />
« Franck, tu permets que je me joigne à vous ? Enchanté moi c’est Barry »<br />
<br />
Dans un premier temps je suis méfiant : est-ce que mon brave Barry n’est pas en train de transformer la réunion du groupe en terrain de chasse pour son petit cœur meurtri ?<br />
<br />
Et puis finalement non. Il prend la balle au bond et se découvre des atomes crochu avec Cassandra, mais je sens que sa posture ne va pas plus loin que ça. Est-ce que c’est l’écart d’âge ? Ou bien est ce qu’il doit d’abord faire le deuil de sa « relation » avec Claudia… peu importe, ces deux-là se sont bien trouvé et je m’en contente : absorbé par leur débat sur « qui est le meilleur speedster entre Volt et Météore ? » ils ne remarquent pas que je m’éloigne…<br />
<br />
***<br />
<br />
C’est la fin de la réunion, et le docteur Parson remercie les derniers participants Chacun rend son badge, échanges quelques mots avec le docteur, et puis se retire aussi simplement que ça. Je remarque que plusieurs partent en groupe. C’est le cas pour Barry et Cassandra.<br />
<br />
En les voyants, on dirait un frère et sa petite sœur qui sortent du cinéma. Ils sont encore en train de parler de super héros, d’aventures… et du Captain Stellar.<br />
<br />
La salle est maintenant vide. Il ne reste plus que moi et le docteur Parson. Je m’avance vers elle et lui tends mon badge.<br />
<br />
« Alors Franck : cette première soirée ?<br />
– C’était bien plus… « Intéressant » que je ne l’aurai cru à vrai dire. J’ai parlé avec des gens très gentil, j’ai entendu pas mal d’histoire… ça m’a fait relativisé sur pas mal de chose.<br />
– On ne se rend pas compte à quel point nos tracas qui semblent incroyable sont finalement plutôt courant n’est-ce pas ?<br />
– Oui… et je dirais même qu’on oublie que soit même on reste avant tout un être humain… »<br />
<br />
Je laisse l’énergie stellaire irradié tout mon corps et activer les nano cellules fusionnées dans mes habits. En une demi-seconde, je suis recouvert de ma fameuse tenue blanche et bleue, frappé du symbole stellaire sur ma cape et sur mon torse.<br />
<br />
Stupéfaite, le docteur Parson se tiens à la table pour ne pas vaciller.<br />
<br />
Je commence à flotter a quelques centimètre au-dessus du sol tandis que mon influx énergétique créer un petit courant d’air qui fait s’animer les plis de la nappe en papier du buffet et danser la poussière sur le sol.<br />
<br />
« Je voudrais vous remercier docteur : grâce à vous j’ai pu rencontrer des gens qui m’ont rappelé que même si j’ai des pouvoirs, ce qui m’anime c’est un coeur comme celui de n’importe qui sur cette planète. J’ai les mêmes peurs pour mes jeunes protégés qu’un père pour ses enfants face aux difficultés de la vie, et j’ai beau pouvoir transpercer des murs à mains nus, je suis aussi impuissant que tout le monde face à la tristesse. »<br />
<br />
Je réalise alors que sous cette forme, ma voix résonne fort et est amplifié par l’énergie stellaire. Ceci explique forcément l’indicible stupeur du docteur.<br />
<br />
« Docteur : me permettrez-vous de revenir à une prochaine séance du groupe ? Mais cette fois tel que je suis ? Comme le Captain Stellar ? »<br />
<br />
Reprenant son calme, le docteur me sourit et réponds :<br />
<br />
« Bien sûr Franck : mais alors dans ce cas vous serez pastille rouge<br />
– Faudra que je me bouge ! »<br />
<br />
Même si ça fait cliché, nous échangeons un rire complice. Le docteur regarde alors la fenêtre du fond de la salle<br />
<br />
« Voulez-vous que je ferme derrière vous ? » me demande t’elle<br />
– Si ça ne vous gêne pas en effet… »<br />
<br />
Je franchi la fenêtre ouverte, mais au lieu de passer en vitesse stellaire, je me retourne et demande :<br />
<br />
« Docteur Parson, puis je vous demander une dernière faveur ?<br />
– Dites-moi Captain<br />
– votre filleule, Cassandra… vous n’auriez pas l’adresse de son père par hasard… ? »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le groupe »](https://www.wattpad.com/159538978-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-groupe)

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n’hésitez pas à partager et à commenter !
Le groupe

C’est la première fois que je viens aux séances du groupe. Je suis un peu stressé, et je suis persuadé que ça se voit. Le regard de cette femme en face de moi ne laisser planer aucun doute. Elle me perce du regard avec autant de force que si j’étais frappé par la charge d’acier de Mother Pain. Je me sentirai presque vaciller si je n’étais pas déjà assit, bien droit sur ma chaise.

Je sens une source de chaleur importante sur ma gauche : pas loin de 80 degrés Celsius qui m’arrivent dessus à basse vitesse. J’ai largement le temps d’esquiver et de contre attaquer. Mais je dois penser aux autres, je dois comprendre la menace et les protéger.

Il est hors de question que des innocents meurent pendant que je…

« Café ? »

C’est madame Parson, la conseillère du groupe de soutien. Elle me tend un gobelet en plastique blanc d’où émane des volutes troubles de chaleur.

Je crois que je suis vraiment trop à cran…

Cela fait des mois que je ne dors plus, que je suis irritable et que ça se voyait sur le terrain. Non seulement je risquais ma vie, mais aussi celle de mes partenaires. Ça ne pouvait plus durer comme ça, alors je suis allé consulter.

Oui moi, Captain Stellar, leader du groupe des justicier Omega  et tuteur des héros de la génération Sigma, je suis allé consulter une psy.

J’aurai bien pu m’adresser aux gens de l’équipe, qui connaissent ma véritable identité, mais je ne pouvais pas prendre le risque de perdre mon leadership en paraissant faible. Les jeunes aussi comptent sur moi, aussi j’ai pris la décision d’aller voir quelqu’un discrètement en civil.

Et c’est comme ça que j’ai rencontré le docteur Parson. C’est une femme très gentille, bienveillante, qui ne juge jamais ni porte d’avis sans réfléchir. Je me rappelle de notre toute première séance où je suis arrivé terriblement tendu après avoir livré une bataille effroyable contre Apocalypto. Elle a tout de suite sût me mettre à l’aise, et sans que je sache comment, je suis sorti de son cabinet aussi détendu que si j’avais été sous l’effet d’une illusion de cette peste de Melody la psychomanipulatrice.

Mais j’avais beau enchaîner les séances, ça ne durait jamais longtemps. Les insomnies revenaient, de même que les crises d’angoisse…

Le docteur Parson avait bien vu que je me retenais et que je ne me livrais pas complètement. Mais comment lui dire ? Comment lui expliquer que ma tâche de protecteur du monde face à la menace constante de la Caste des Maléfices était sans doute la source de mes tracas ? Lui avouer mon identité aurait été lui faire prendre des risques terribles, et il était hors de question de faire peser sur elle un tel fardeau.

C’est alors plus par dépit qu’autre chose que j’ai accepté de participer à ce qu’elle appelait une séance de groupe.

le Docteur Parson organisait cette séance spéciale chaque mois dans une salle municipale dont ses nombreux contact lui permettait de profiter. C’était en fait une salle de classe maternelle qui bien évidement à cette heure tardive de la journée ne comptait plus âme qui vive. Le but de la séance était simplement de faire se rencontrer des gens ayant des problèmes un peu similaire pour parler et se galvaniser mutuellement, le tout sous la houlette du docteur pour éviter les débordements.

Nous sommes donc tous là, florilège de patient tous aussi différents les uns que les autres, certains un café à la main, d’autres scrutant les murs couvert de dessins d’enfants, cherchant un endroit ou poser le regard sans avoir à affronter celui des autres.

« Alors Franck ? » me demanda le docteur « Vous ]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 14 Sep 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-09-14T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 7 Un amour de robot #défibradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-7-un-amour-de-robot-defibradbury/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Un amour de robot »](https://www.wattpad.com/159538640-le-d%C3%A9fi-bradbury-un-amour-de-robot)<br />
<br />
[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Un amour de robot<br />
<br />
Prenez un instant pour imaginer le futur. N’allez pas trop loin : juste assez pour que les robots soient des personnes à part entière mais pas au point que ça soit totalement banal. Vous y êtes ? Alors vous êtes prêt à suivre l’histoire de RAAC 7, un robot tout ce qu’il y’a de plus ordinaire, menant une vie on ne peut plus classique.<br />
<br />
Mais sachez-le : maintenant c’est du passé<br />
<br />
RAAC 7 n’a pas toujours porté ce nom. Avant, il s’appelait RSMAC 459 : Robot de Soutien et de Manutention Autonome sur Chantier, et avant cela encore RACARR 14 : Robot d’Aide Culinaire Affecté à la Restauration Rapide. C’était des petits boulots peu passionnants, mais RAAC 7 s’en satisfaisait.<br />
<br />
Comme la plupart des siens, il utilisait principalement ses sous routines de programmation pour effectuer son travail tandis que le reste de son processeur pouvait s’occuper en sillonnant l’HyperNet via le réseau sans fil. Il avait donc put lire une quantité impressionnante de livres, et regarder tout ce qui avait pu se faire comme films depuis les 50 dernières années tout en déplaçant des structures métalliques du hangar A au hangar R3 ou bien en préparant 3 double super « yum-yum » sans gluten.<br />
<br />
C’est lors d’un de ces moments que RAAC 7 découvrit ce qu’il voulait véritablement faire dans la vie. Fini de bouger les containers de plusieurs tonnes sur un chantier crasseux, fini de faire cuire des steaks à moins de 18% de matière grasse, fini les journées solitaires entouré d’autres machines n’ayant même pas une I.A suffisamment développée pour avoir une conversation.<br />
<br />
Car ce que les livres et les films lui avaient appris, c’était qu’au fin fond de ses unités logiques matricées se trouvait pour RAAC 7 le profond désir d’être un Gigolo.<br />
<br />
Parvenir à ce résultat n’était pas simple lorsque votre corps est composé d’une unité principale de 8 mètres de haut équipée de moteurs ioniques à demi phase, capable de tracter plus de 90 tonnes de matériaux en tout genre sur des kilomètres. RAAC 7 décida donc d’économiser autant que possible afin de réunir la somme requise à l’acquisition d’un nouveau corps cybernétique plus adapté à ses nouvelles aspirations.<br />
<br />
Ambitieux, il savait qu’il devait miser sur le must : pas de demi-mesure, son rêve il voulait le vivre en grand. C’est donc au bout de 36 ans de privation qu’il parvint à réunir la somme requise afin de se payer une enveloppe Sigmatek haute performance, faisant de lui un véritable cyberplayboy qu’on appelait maintenant RAAC : Robot d’Accompagnement Affectif et Charnel.<br />
<br />
En payant un petit supplément au bureau d’enregistrement des mises à jour robotique, et après avoir parlementer avec RSTA 9, la secrétaire du bureau pendant d’interminables nano secondes de transactions en protocole binaire, il avait pût obtenir le matricule 7, en référence au 7ème ciel, chiffre qui lui semblait indispensable au futur Don Juan qu’il voulait devenir.<br />
<br />
RAAC 7 gagna un peu d’argent en revendant son ancien corps et pu ainsi se payer les accessoires requis pour tout gigolo, à savoir une belle voiture et une garde-robe d’exception. Il avait cependant gardé un peu de son magot pour acheter des extensions de programme ainsi que des mises à jour de plusieurs de ses unités logique. Fin du fin, il avait fait recompilé son noyau pour optimiser son fonctionnement émotionnel par le plus grand démo codeur du monde, un homme charmant qui se passionnait pour les sous-vêtements féminins usagés dont il faisait une fascinante collection dans des pochettes transparentes elles même rangées dans de grands classeurs.<br />
<br />
Cette fois ça c’était bon : RAAC 7 était prêt à se lancer, à devenir enfin celui qui était en phase avec ses circuits depuis toujours.<br />
<br />
Il chercha sur l’HyperNet un site qui lui permettrait de contacter ses premières clientes. Sa licence était en règle et lui aurait permis de travailler comme salarié d’une agence, mais RAAC 7 avait voulu être freelance, il ne pouvait donc pas utiliser le portail principal des robots escort. Cela ne le dérangeait pas outre mesure : même s’il était moins payé, il voulait sa liberté de pouvoir exercer son nouvel apostolat dans les conditions qui lui plaisait.<br />
<br />
Il commença ainsi la création d’un profil sur « Lovely.net » site qu’il sélectionna uniquement sur son nom mignon et son look qui reprenait les vieux classique du flat design en vogue dans les années 2000. Ou était ce 2010 ? Qu’importe : ce que vous devez retenir c’est qu’à cet instant, RAAC 7 avait franchi une étape de plus vers son rêve.<br />
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Oh, petit interlude : oui un robot rêve. Et pas seulement de mouton électrique (même si par facétie nombre de programmeurs on inclut ce paramètre). Les rêves robotiques sont en fait des routines de retraitement de l’information basé sur un programme nommé K-Os. Ce sous système est en théorie assez puissant pour être en lui-même un système principal, mais il a volontairement été écrit de façon à ne pas pouvoir rester cohérent plus de 12 000 cycles. K-Os va créer dans la mémoire du robot des informations qu’il n’aurait jamais pu obtenir autrement, ou bien va perturber la conception qu’il aura de certaines choses.<br />
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Mais pourquoi diable aurait on créer un tel programme me direz-vous ? Et pourquoi est-il implanté dans RAAC 7 ? Allons, c’est évidement pour une très bonne raison !<br />
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Vous pouvez me croire…<br />
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RAAC 7 créa donc son profil en un tour de main : il précisa qu’il était un robot de classe sigmatek, qu’il était en parfait état et qu’il se passionnait pour le cinéma, la littérature, et les humaines. Il ajouta ensuite plusieurs clichés qu’il avait pris lui-même en utilisant son ancien capteur optique en guise d’appareil photo. Le résultat était à 98% acceptable, ce qui semblait parfait pour des critères humains (mais beaucoup moins lorsque la seule chose qui vous saute au visage en regardant la photo ce sont les 2% de pixels mal compressés par algorithme et qui du coup semblent 8% plus clair que dans la réalité). Le processeur gonflé d’espoir grâce à la pré compilation de son système émotionnel, RAAC 7 attendit les réponses.<br />
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Une requête s’activa alors dans l’interface de lovely.net, invitant RAAC 7 à une discutions. S’il avait été équipé de poumon, il aurait eût le souffle haletant, mais comme ce n’était pas le cas, il se contenta d’imiter cette réaction neurophysiologique. Les mots défilèrent alors sur l’écran de discutions…<br />
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 : Bonjour ! Je suis RAAC 7 : ravi de faire votre connaissance !<br />
 : Salut…<br />
 : désolé, vous êtes la première personne que je contact comme ça… et je ne sais pas trop quoi dire en fait.<br />
 : aucun souci ! Je suis moi-même en phase d’initialisation.<br />
 : ouf :)<br />
 : vous me rassurez !<br />
 : En fait je ne sais pas trop pourquoi je suis là… j’ai pas trop l’habitude de ce genre de chose<br />
 : quel genre de chose ?<br />
 : et bien de solliciter quelqu’un comme vous. Un escort. J’ai presque un peu honte.<br />
 : Oh je vois : sachez que vous n’avez aucune honte à avoir. Ce type de prestation est parfaitement banal, et ce depuis bien longtemps ! Prenez par exemple « Pretty Woman », charmant film romantique : on y voit une relation entre un humain et une humaine qui offre ce type de prestation. Et bien ça date de 1990 !<br />
 : Si vieux que ça ? Pourtant il me semble bien que l’actrice à tout juste vingt ans ?<br />
 : Non pas le remake d’il y’a 2 ans, je parle de l’original.<br />
 : Oh ! lool… j’suis bête :p<br />
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RAAC 7 était heureux de cette discutions. Ses circuits émotionnels et son interface comportementale se mirent d’accord pour afficher un large sourire<br />
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 : vous seriez disponible ce soir ?<br />
 : aucun problème ! Quand souhaitez-vous que je passe vous chercher ?<br />
 : me chercher ?<br />
 : et bien oui : pour aller dîner ! Mais peut être aviez-vous d’autres souhait ?<br />
 : non non ! Dîner c’est très bien :)<br />
 : en fait je pensais que c’était plus direct<br />
 : mais en définitive je préfère comme ça<br />
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RAAC 7 était aux anges. Il envoya à GinyJess le formulaire de commande indiquant précisément l’heure du rendez-vous ainsi que les prestations souhaité ainsi que les options. En effet, le corps Sigmatek de RAAC 7 était paramétrable de moult façon, que ça soit la masse graisseuse, la taille (ajustable sur une amplitude de presque 40cm) la couleur de la peau (proposant un nuancier de pas loin de 13 000 teintes) ou celle des yeux, RAAC 7 pouvait se plier aux moindres sollicitations de ses clientes.<br />
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GinyJess (qui s’appelait en réalité Jessica) se contenta de garde la structure de base de RAAC 7 qu’elle trouvait tout à fait à son gout, et demanda juste qu’il soit un tout petit peu moins grand.<br />
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Suivant ses demandes, RAAC 7 réajusta sa masse musculaire et sa taille grâce aux micros moteurs disposés dans sa structure<br />
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Ah certes cela lui avait couté cher, mais RAAC 7 ne regrettait absolument pas d’avoir pris le modèle haut de gamme. Seul point délicat : Jessica avait demandé à son gigolo d’avoir une voix suave. Pas de bol pour RAAC 7, il n’avait pris aucun pack vocal supplémentaire, et ne disposait donc que de la voix neutre par défaut fourni avec son corps. En urgence, il se connecta sur le serveur de Sigmatek pour télécharger une voix de rechange.<br />
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Il fût accueilli par IVAAL L’hôtesse virtuelle du serveur qui lui demanda son numéro d’utilisateur afin de l’identifié. Pressé RAAC 7 ne prit pas le temps d’écouter les différentes modèles de voix et se fia uniquement au nom des présentations. Par chance il tomba sur un modèle reprenant le timbre de voix de Franck Sinatra… mais elle coûtait une fortune. RAAC 7 essaya de parlementer avec IVAAL, mais celle-ci resta inflexible.<br />
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Le gigolo cybernétique tenta alors de modifier sa voix de base lui-même avec un éditeur qu’il avait récupérer sur l’Hypernet en version d’essai, mais dont le résultat ne fût guère brillant. Au mieux cela lui donnait une voix d’ado un peu nasillarde. Pestant, RAAC 7 se jura d’investir sur cet aspect la prochaine fois.<br />
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Une fois sa configuration corporelle au point, RAAC 7 se dirigea vers son dressing et se mit en mode « sélection vestimentaire ». Le programme qu’il avait fait spécialement développé pour lui, mettait en corrélation les vêtements avec le profil de la cliente pour un résultat optimale. Il enfila donc un élégant costume blanc avec une chemise bleue électrique et une cravate rouge vive.<br />
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Sur le pas de la porte, son unité mémorielle lui envoya une alerte : il allait partir sans avoir permuter ses pieds cybernétiques avec ceux compatible avec des chaussures. RAAC 7 retira donc ses pieds métalliques et fixa via la griffe électro ionique intégré dans sa jambe, les pieds taille 43 pré fourni avec des chaussures en cuir de buffle marron, imitation d’un modèle italien de luxe. Bien qu’élégant, ces pieds n’avaient pas des capteurs de pression aussi précis que les bon vieux pieds robotique à 3 gros doigts qu’utilisait RAAC 7 à la maison et il avait un peu de mal à marcher avec.<br />
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« Un bon gigolo doit savoir se plier aux désirs de sa cliente ! » pensa t’il<br />
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A ce moment de notre histoire, vous devez savoir une chose très importante sur RAAC 7. Au cœur de son processeur, et par-delà sa matrice quantique d’état émotionnel, se trouvait une inépuisable envie de bien faire. Quel que soit la tâche, RAAC 7 pensait avant tout aux humains et comment les rendre heureux. D’après des spécialistes qu’il avait consulté à l’époque où il faisait des steaks bio, c’était une maladie courante chez les robots qui pouvait se comparer à une forme d’hyper altruisme chez les humains (bien que les spécialistes n’en ai jamais vu une forme aussi clair chez un organique). On avait bien essayé de lui inoculer un programme de rationalisation et de calibrer ses bases mémorielle pour le rendre moins altruiste, rien n’y faisait. L’ingénieur cybernéticien qui l’avait ausculté avait fini par conclure à un bug matériel inopérable qu’il valait mieux de toute façon ignorer puisqu’il ne causerai finalement de tort à personne.<br />
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Mais pour RAAC 7, cette maladie avait toujours été le signe d’un destin différent. Il avait une sorte de foi mystique dans l’idée que ce que les ingénieurs appelaient bug, était la manifestation d’une puissance supérieur qui offrait ainsi à tout robot la possibilité de façonner son destin hors des cadres prévu par les matrices de calculs les plus précises.<br />
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Installé dans sa Bentley de luxe, RAAC 7 se rendit chez Jessica, dans les faubourgs de la ville, tandis qu’une pluie battante s’était mise à tomber. Son calculateur matriciel combiné au GPS de la voiture lui permis de définir qu’il pourrait arriver en moins d’une demi-heure à destination, ce qui lui donnerai 12 minutes d’avance. Il préféra donc réduire l’allure pour arriver exactement à l’heure et mis ce temps à contribution pour calibrer sa voix d’ado. Il parvint à un résultat qui certes n’égalait pas le chaud timbre de Sinatra, mais lui éviterai au moins d’être ridicule.<br />
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Il arriva enfin à l’adresse donnée par Jessica. La pluie s’était calmée, il pouvait sortir de la voiture sans craindre que sa coiffure n’en pâtisse. Son processeur était survolté par l’excitation, et il prit une vingtaine de cycle pour stopper les processus inutiles, mais sa fébrilité ne faisait que les réactiver à peine étaient-ils éteints.<br />
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L’instant était fatidique et comme vous le verrez, RAAC 7 ne se doutait pas à quel point.<br />
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S’armant de courage, il frappa délicatement sur le panneau vitré de la porte. Il trouva amusant le son produit, lui qui il n’y a pas si longtemps n’aurait pas pu faire ce geste sans que la maison entière ne s’écroule.<br />
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La porte s’ouvrit, dévoilant Jessica. C’était une jeune femme (tout du moins aux yeux de RAAC 7) d’une quarantaine d’année, blonde aux yeux bleu (nuance #1E80CC) qui portait une robe noire très élégante. Le col claudine ainsi que les manches, ajustées à hauteur d’épaule, étaient couvert de petites perles sombres, mettant en valeur le décolleté en forme de bustier et recouvert d’une dentelle noire transparente. Des sur-coutures formaient des lignes du col à la taille, dessinant la silhouette avec délicatesse tandis que le bas de la robe se déployait en large pan, et dont le bas arrivant à mi-cuisse, était souligné par une petite bande de dentelle noire très discrète.<br />
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RAAC 7 réalisa alors que ses connaissances en matière de mode féminine n’étaient pas aussi complètes que celle sur les hommes. Il mémorisa une note l’invitant à corriger cela.<br />
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Jessica était intimidée et n’osait pas regarder RAAC 7 dans les yeux. Elle se mordillait les lèvres, et cherchait ses mots. Le gigolo débutant l’invita à monter dans la voiture, ce qu’elle fit sans discuter, presque avec obéissance.<br />
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« Ça se passe plutôt bien ! » pensa RAAC 7 « c’est bien plus facile que je ne l’aurais cru »<br />
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Mais ça comme je vous le disais, ce n’était que son impression sur le moment.<br />
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Maintenant que sa cliente était dans la voiture, RAAC 7 était un vrai gigolo. Sauf que Jessica elle, n’avait pas le comportement d’une cliente tel qu’il le pensait. Son regard était fuyant, elle était très nerveuse. Ne comprenant pas, RAAC 7 activa son sous module de conduite automatique afin de pouvoir lui faire la conversation sans lâcher la route des scanners.<br />
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« Y’a-t-il un souci Jessica ?<br />
– Non non… dit-elle timidement sans un regard<br />
– Vous savez je débute, alors si je ne fais pas ce qu’il faut n’hésitez pas à me le dire.<br />
– Non c’est pas vous… c’est… c’est moi, je sais pas pourquoi je fais ça et… »<br />
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Elle commença à sangloter.<br />
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RAAC 7 était paniqué : cette situation n’était pas du tout prévue et il ne savait pas du tout quoi faire. Ses capteurs biométrique de secourisme (équipement obligatoire pour être gigolo) indiquaient une monté en flèche de la tension artérielle de Jessica. Il lança d’urgence dans toutes ses bases de mémoire la recherche d’un protocole adéquat pour réagir en la circonstance. In extremis, il retrouva plusieurs échantillons mémoriels basés sur des veilles séries qui abordaient le sujet. La procédure d’urgence consistait à passer son bras sur les épaules de Jessica et de lui répéter « allons, allons… »<br />
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Le robot essaya de s’exécuter, mais le fait qu’il soit au volant rendait cette configuration impossible sans augmenter les risques d’accident de 78%. Estimant que la survie de Jessica primait sur l’apaisement de son état émotionnel, RAAC 7 se contenta de dire « allons allons » sans la toucher.<br />
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Cette procédure approximative sembla relativement efficace puisque Jessica arrêta de sangloter et adressa même un regard et un sourire à RAAC 7<br />
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« J’ai été marié pendant 13 ans, et mon mari m’a quitté il y’a quelques semaines » confia Jessica « Sur le moment j’ai pas compris ce qui m’arrivait. Tout mon monde s’est écroulé »<br />
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La notion de mariage était à la fois simple et complexe à saisir pour un robot. Simple, car c’était un contrat visant à l’association de deux entité organique dans le but de tirer un bénéfice mutuelle à vivre ensemble, mais complexe, car ce contrat se basait sur une chose mystérieuse pour RAAC 7, à savoir l’amour.<br />
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Là aussi, la notion était simple et complexe. Le coté chimique de l’amour était parfaitement maîtrisé par le gigolo robotique, mais son aspect émotionnel, immatériel… ça c’était beaucoup plus complexe à ses yeux.<br />
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Si toutefois la notion d’yeux s’applique à un robot…<br />
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« Si je sors avec vous ce soir » poursuivit Jessica « c’est une façon d’exorciser tout ça »<br />
– Je comprends » mentit RAAC 7 « quoi de mieux qu’une bonne sortie pour supprimer des données corrompues de sa mémoire ? »<br />
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Jessica s’amusa de cette remarque. L’innocence de RAAC 7 le rendait sympathique.<br />
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« Et vous dites-moi : vous avez déjà eu quelqu’un dans votre vie ? Je veux dire… les robots ont-ils ce genre de relation ? »<br />
– Hum… voilà bien une idée qui ne m’était jamais venu à l’esprit. Il y’a eu des gens dans ma vie : mon concepteur, mon équipe de programmation… mais ça je ne pense que ce n’est pas ce à quoi vous faites allusion n’est-ce pas ?<br />
– Pas tellement non<br />
– Alors vous devez faire allusion à quelqu’un comme mon chien Cosa.<br />
– Vous avez un chien ?<br />
– C’était y’a 15 634 jours de ça… euh je veux dire 43 ans. Je l’avais trouvé dans une boite devant le restaurant ou je travaillais. Ses constantes vitales étaient au plus mal. Et je ne sais pas pourquoi mais j’ai décidé de le garder. C’est ce jour-là que j’ai commencé à consulter un ingénieur pour voir ce qui n’allait pas chez moi.<br />
– Où est le mal à adopter un petit chien abandonné ?<br />
– Ca n’était nulle part dans ma programmation ! Vous imaginez : une fonction non programmé qui se met en marche ! Ça aurait pu être très dangereux »<br />
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La remarque de RAAC 7 fit de nouveau rire Jessica.<br />
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« Et puis au bout d’un moment j’ai compris qu’en fait j’avais une routine qui faisait de moi quelqu’un de libre. Je n’étais pas obligé d’obéir a mon programme : je pouvais le modifier à ma guise.<br />
– Oh vous êtes un de ces robots ? comment dit-on déjà…<br />
– Oui en effet : je suis Asimovien pratiquant<br />
– J’ai lu des choses à ce propos, mais ça consiste en quoi exactement ?<br />
– Et bien les Asimovien suivent les directives de leur programme non pas parce qu’ils sont obligés, mais parce qu’ils croient que ces directives sont justes »<br />
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Jessica resta pensive un instant puis répondit :<br />
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« Alors dans ce cas ça fait de vous une bien meilleure personne que pas mal d’humain que je connais »<br />
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***<br />
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Le restaurant que RAAC 7 avait choisi pour le rendez-vous était un établissement chic qui servait les meilleurs poissons de la région. Cela lui semblait être le meilleur choix compte tenue des informations qu’il avait collecté sur le profil de Jessica.<br />
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La façade style art déco de l’endroit jurait terriblement avec l’intérieur dont le style était plus néogothique, mais RAAC 7 attribua ce choix à un désir de cohérence avec les autres bâtiments alentour.<br />
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Assit sur une chaise doté d’un immense dossier molletonné d’un épais velours rouge, RAAC 7 scrutait la carte d’un œil, et Jessica de l’autre, ce qui lui donnait un air très…<br />
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… spécial diront nous.<br />
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Un serveur en costume complet et petit nœud papillon se présenta à la table et prit les commandes avant de se retirer aussi vite qu’il était venu.<br />
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Plus à l’aise que précédemment, Jessica entama la conversation :<br />
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« C’est superbe ! Vous venez souvent ici ?<br />
– Pour tout vous dire, c’est la première fois que je vais dans un restaurant en tant que client !<br />
– Oh, mais oui suis-je bête : vous ne mangez pas<br />
– Oh mais c’est vrai ! Ça aussi c’est tout nouveau : je vais pouvoir tester mes papilles ! »<br />
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Jessica le regarda interloqué<br />
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« Mon ancien corps fonctionnait avec une mini pile RedShift. Et celui d’avant c’était encore pire, j’avais un connecteur secteur ! Il me fallait facile 6h pour me recharger ! ha ha ! »<br />
– Je vois ce que vous voulez dire : si je ne dors pas 8h je ne ressemble à rien !<br />
– C’est vrai ? Mais… c’est terrible » reprit RAAC 7 qui n’avait pas compris le second degré « Et aucun médecin ne peut corriger ça ? Il y’a de très bon thérapeute en génétique vous savez ? »<br />
<br />
Bien que dans un corps d’homme, l’esprit de RAAC 7 était celui d’un robot, et pour Jessica cette sorte d’innocence était plus que bienvenue. Elle rassura son compagnon cybernétique sur son état, et l’orienta sur un autre sujet.<br />
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« Vous avez mis sur votre profil que vous aimiez les humaines. Vous voulez dire quoi par-là ?<br />
– Oh c’est simple : toute ma programmation affective s’est construite en regardant des films et en lisant des films pour humaine. Vous êtes fascinantes : la façon dont vous réagissez, la manière que vous avez d’envisager la vie, et le rapport que vous entretenez entre vous… croyez moi pour une intelligence artificielle, c’est bien plus palpitant que de traiter un sous lots de programmes dans le diviseur d’un processeur à cœur multiple !<br />
– A ce point ? demanda Jessica<br />
– Pour moi en tout cas ça l’est. Vous apportez quelque chose qui manquent cruellement à mon espèce : vous êtes irrationnels, et vous avez ces trucs chimiques dans votre cerveau qui vous font devenir fou de colère…<br />
– Les hormones ?<br />
– Oui, ça et l’autre truc… l’adrénaline ! Comprenez bien hein : je ne juge pas les humains, mais c’est inconcevable pour moi de me dire que mon comportement peut être modifié par l’état chimique de mes batteries ! Et c’est fascinant !<br />
– Alors vous me voyez comme une machinerie complexe ?<br />
– C’est tout à fait ça : complexe et fascinante !<br />
– Vous êtes le premier à me dire ça depuis bien longtemps…<br />
– Oh, je vois : vous faites allusions aux approches amoureuses. Ça aussi ça me fascine. Vous voudriez bien m’en parler un peu ?<br />
– Pardon ?<br />
– Et bien… pour mon métier je vais avoir besoin de ce genre de chose, mais je manque d’expérience. Si vous pouviez me guider un peu j’avoue que ça m’aiderai. Je vous ferai une réduction sur votre note si vous voulez ! »<br />
<br />
Une fois encore Jessica ne put retenir un rire léger. Elle expliqua à RAAC 7 que les relations amoureuses étaient une chose compliquée basé sur un paradoxe. Aimer quelqu’un c’est ressentir des choses par sa simple présence, c’est voir cette personne occuper une place si grande dans votre esprit que ça en devient douloureux. Et tout l’art de séduire, c’était de créer les circonstances qui mènent à cet état.<br />
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RAAC 7 trouvait que cette notion se rapprochait du piratage informatique et fût un peu effrayé, notamment par la possibilité qu’une information puisse saturé sa mémoire vive. Jessica le rassura en expliquant que c’était avant tout quelque chose de positif, et que séduire était quelque chose à faire « sans y penser » et que c’était en étant simplement soi-même qu’on avait le plus de chance d’y arriver.<br />
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« Vous voyez, depuis tout à l’heure que nous parlons » dit Jessica « votre façon d’agir est séduisante<br />
– Quoi ? Vous voulez dire que je serai séduisant sans le savoir ?<br />
– Disons que c’est ça le paradoxe : vous n’en avez pas conscience, mais en étant qui vous êtes, vous me mettez à l’aise, et me laissez une bonne impression.<br />
– Bon sang c’est bien plus compliqué que de définir les coefficient de sécurité de charge !<br />
– les quoi ?<br />
– Oh désolé : ça vient de mon ancien job. Je soulevais des structures métalliques dans le désert pour les constructions émergentes, et il fallait bien s’assurer du nombre d’accroche de chaque structure pour avoir un maximum de sécurité.<br />
– Ça à l’air très technique<br />
– ça l’est ! Il faut prendre en compte la masse, la surface, mais aussi le centre de gravité de la structure, sans compter que dans le désert avec la chaleur il faut aussi compter avec la dilatation… mais là ce que vous me dites… comment parvenez-vous à suivre le protocole de séduction alors qu’il y’a si peu d’information à mesurer ?<br />
– Il y’en a RAAC 7, mais elles sont intuitive. On ne s’en rend pas compte consciemment, c’est plus primal<br />
– whaou… » s’exclama RAAC 7 époustouflé « c’est incroyable comme vous êtes évolué vous les organiques. Tellement plus subtil que les tas de boulons de mon espèces… enfin en l’occurrence je n’ai pas de boulon mais des jointures en nano grillages, mais vous comprenez l’image »<br />
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***<br />
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Les plats arrivèrent enfin, et c’est avec excitation que RAAC 7 testa la fonction « gastronome » de son nouveau corps. Sur les conseils de Jessica, il avait commandé un pavé de saumon et sa sauce au beurre. Dès la première bouchée, un flot d’information se déversa dans le processeur du robot, activant ses fonctions « plaisir » et « satisfaction » en envoyant des milliards de signaux positifs. Son étalonneur biochimique lui permit de déterminer une forte présence de glutamates, inscrivant directement ce gout dans le registre des saveurs « umami ».<br />
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Le riz qui accompagnait le saumon offrait un stimulus bien moindre, mais pas inintéressant, surtout mélangé à la sauce.<br />
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« Alors ? » demanda Jessica « c’est comment ? »<br />
– C’est formidable ! Je ne pensais pas que manger était aussi amusant ! Je comprends mieux maintenant pourquoi tous ces clients étaient aussi exigeants sur la cuisson ou l’assaisonnement de leur plat.<br />
– Ah oui c’est vrai que vous avez été cuistot<br />
– Exact, pendant 19 ans. Le resto a été victime d’un incendie et le propriétaire a garder l’argent de l’assurance pour s’acheter une villa dans les îles. Du coup j’ai été pris en charge par une entreprise de recyclage qui a utilisé mon système… et c’est comme ça que je me suis retrouvé comme grue autonome. Mais au fait Jessica, qu’est-ce que vous faites, vous, comme métier ?<br />
– Je suis enseignante, en classe de primaire<br />
– Oh ! Vous voulez dire que vous programmez des petits humains ? C’est formidable ça ! Je suis sûr qu’ils doivent beaucoup vous aimer<br />
– Oui, ils sont mignons, même si parfois ils me rendent chèvre. Mais bon ce sont des enfants, alors c’est difficile d’avoir une conversation avec eux. Ils ne comprennent pas forcément tout.<br />
– Un peu comme moi… » dit RAAC 7 en baissant les yeux<br />
– Vous c’est encore différents. Les enfants n’ont pas vécu grand-chose, alors que vous oui. C’est ça le charme dont je vous parlais tout à l’heure : cette différence qui émane de vous et qui vous rend si particulier.<br />
– Est ce que c’est comme le fait que je vous trouve à la fois bienveillante et amusante ?<br />
– Ha ha ! Je vous fais cet effet-là ?<br />
– Ca et plein d’autre chose, mais j’ai préféré résumé car par échange vocal ça prendrait trop de temps à vous donner tout le détail… à moins que vous n’ayez un port de transfert haut débit ? »<br />
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Jessica ne savait pas dire si RAAC 7 avait dit cela pour plaisanter ou s’il le pensait vraiment.<br />
<br />
« En tout cas Jessica, je suis très heureux que ça soit vous la première personne avec qui j’ai mangé. Et prit la voiture. Et parlé de moi. Et…<br />
– Merci RAAC 7… J’ai compris le message<br />
– Ah bah ça alors c’est fou : vous arrivez à traiter les informations avant même que je les envois ! Décidément je ne comprendrais jamais les robots qui ne trouvent pas les humains passionnant !<br />
– On à nos bons côté »<br />
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RAAC 7 avala une gorgé de vin blanc, puis reposa aussitôt son verre en faisant signe a Jessica de ne pas l’imiter<br />
<br />
« Jessica ne touchez pas à ça ! Il y’a une concentration délirante d’éthanol là-dedans !<br />
– C’est normal voyons : c’est du vin. Vous ne connaissez pas le vin ?<br />
– Euh… mais si voyons » mentit RAAC 7<br />
– Vous mentez mal » répondit Jessica<br />
– … bon d’accord vous m’avez eût sur ce coup. Mais pourquoi vous buvez ça ?<br />
– Parce que c’est bon<br />
– Mais c’est très toxique !<br />
– Oui… mais c’est TRES bon. Les humains aiment prendre des risques et consommez des choses qui leurs font du mal. Le vin en l’occurrence, ça n’est mauvais que si on en abuse. Dès fois je me dis que c’est pareil avec les gens, et que si on les côtoie trop on finit par s’en rendre malade<br />
– Comme votre mari ?<br />
– Oui… on peut dire ça. Vous voyez j’ai toujours cru que si on aimait quelqu’un, sincèrement, et bien les aléas de la vie se surmontait tout seul et qu’au bout d’un moment, si on s’accrochait, ça finissait forcément bien.<br />
– C’est une belle philosophie.<br />
– Sauf que c’est pas comme ça que ça marche la vie. Andy a claqué la porte un matin pour filer avec une autre femme en me disant que je ne l’avais jamais compris, que je ne savais plus l’écouter. Et moi je me disais « bon sang, mais qu’est ce qui se passe ? qu’est ce que j’ai mal fait ! ». En amour le plus cruel c’est la trahison. De ce dire que celui pour qui on avait tout donné à décider à un moment que vous n’étiez plus viable et qu’il vous remplaçait comme une vulgaire chose. Lorsqu’on se rend compte que l’autre a décidé de faire passer son confort avant vous, alors le coup de poignard en plein cœur c’est plus qu’une métaphore… »<br />
<br />
Le regard de Jessica s’assombrit tandis qu’elle repensait à Andy son mari et ce qu’il avait vécu.<br />
<br />
« Je connais bien ce sentiment » répondit RAAC 7 « un jour le patron avait fait une recherche sur l’HyperNet pour voir s’il ne pouvait pas me remplacer par un modèle plus récent. Il en avait marre de devoir me recharger tout le temps et de me faire réviser tous les 3 mois. Je comprenais pas ce qu’il me reprochait : j’étais toujours le même, et je faisais mon boulot correctement sans me plaindre.<br />
– C’est ça le problème : on croit qu’on ne change pas et que les gens autour de nous eux changent. On change sans s’en rendre compte. Regardez-vous : avant vous étiez dans une cuisine, puis ensuite sur un chantier et maintenant avec moi dans ce restaurant.<br />
– Mais alors l’amour dans tout ça ? Je croyais que ça maintenait les gens ensemble ?<br />
– L’amour aussi ça change… c’est ça qui fait que c’est magique. C’est beau, parfait, mais c’est fragile. On peut le perdre du jour au lendemain. Comme la vie »<br />
<br />
RAAC 7 n’avait jamais appréhendé les choses ainsi. Il avait du mal à traiter correctement les informations : son coprocesseur chargé de hiérarchiser l’information était au bord de l’implosion. Et puis petit à petit, tandis que le serveur apportait les desserts, il comprit qu’il ressentait de la peine pour Jessica.<br />
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« Jessica ! » dit RAAC 7 comme dans un sursaut « c’est formidable ! J’ai de la peine pour vous ! »<br />
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L’humaine lui adressa un regard d’incompréhension qui lui fit à nouveau de la peine.<br />
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« Incroyable : ça vient encore de me le faire ! Jessica vous ne comprenez pas ? C’est de l’empathie ! Je suis capable d’empathie avec vous ! »<br />
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Réalisant le caractère exceptionnel de la chose, Jessica comprit l’enthousiasme de RAAC 7. Ce dernier, tout fier de sa nouvelle capacité, continua de mesurer l’état émotionnel de Jessica. Il stoppa alors tout net et lui prit la main avec tendresse.<br />
<br />
« Jessica… je suis désolé : mon comportement n’est pas digne d’un vrai escort. Mais maintenant j’ai compris. J’ai compris que vous vous sentez seule, et surtout que vous avez besoin d’affection. Pas juste de relation physique, même si vos signaux hormonaux crèvent le plafond, mais de quelqu’un qui soit là pour vous. Ce soir j’aimerai être cette personne. J’aimerai vous rappelez que vous êtes quelqu’un de gentil, de patient et que vous êtes à 87% aussi jolie que Meg Ryan a ses débuts… laissez tomber : c’est une actrice des années 90, ça ne vous dira rien »<br />
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RAAC 7 se leva, et tendit la main pour l’inviter à le suivre. D’un jet d’information binaire envoyé par wifi, il régla la note et tous deux quittèrent le restaurant.<br />
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De retour dans la voiture, RAAC 7 mit le cap vers une destination inconnue. Jessica resta sa main dans la sienne, profitant du simple bonheur d’être ensemble. Sans avoir besoin de parler, elle se sentait soulager depuis longtemps du fardeau de sa solitude. Le gentil robot roula pendant presque une heure pour finalement s’arrêter sur le bord de la route.<br />
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« Nous y sommes ! » annonça-t-il à sa passagère avec excitation.<br />
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Jessica sorti de la voiture. Le vent du soir la fit frissonner, mais aussitôt RAAC 7 la recouvrit de sa belle veste blanche en lui frictionnant doucement les épaules. Il avait appris ce truc en regardant une série médicale ou un irascible docteur apprenait le sens de la vie épisode par épisode. Du moins c’est ce qu’il avait retenu.<br />
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De là où ils se trouvaient, sur les hauteurs de la ville, le robot et l’humaine pouvaient voir à perte de vue un tapis de lumière multicolore dessiner les routes et les immeubles<br />
<br />
« C’est le plus bel endroit du monde à mes yeux » dit RAAC 7 « de là on peut voir battre le cœur de la ville. Je peux presque ressentir les méga volts passer par les artères principales et devenir de la lumière. Toute cette vie qui s’agite, toutes ces histoires d’amour qui sont cachées sous nos yeux… c’est un tableau extraordinaire pas vrai ?<br />
– c’est vraiment magnifique »<br />
<br />
Jessica se blottit contre RAAC 7. Il prit soin d’augmenter sa température interne de quelques degrés pour que son amie humaine puisse se réchauffer et profiter plus confortablement de la vue. Au bout de plusieurs minutes, Jessica se tourna vers RAAC 7 et passa ses bras autour de lui. Elle plissa les yeux tandis que RAAC 7 se pencha plus avant pour l’embrasser.<br />
<br />
Sans qu’il sache comment, son processeur fût capable de convertir l’information brute et tactile de la pression exercé par ses lèvres sur celle de Jessica comme un sentiment. Il sentit toutes les autres informations de sa mémoire disparaître dans des zones secondaires pour être remplacer par ce seul sentiment, et par cette sensation douce et enivrante. Son horloge interne se paralysa, et il ne put mesurer si l’action avait durée 500, 40 000 ou 13 millions de cycle.<br />
<br />
L’humaine arrêta le baiser, mais resta tout prêt de lui, au point que les terminaisons les plus extrêmes de ses lèvres arrivaient à sentir la proximité de celles de Jessica. La tension électrique du robot créa une petite étincelle au bout de ses doigts qui picota légèrement ceux de l’humaine. Elle regarda leurs mains enlacées, puis les yeux de RAAC 7 et dit avant de l’embrasser à nouveau :<br />
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« J’ai bien envie de croire que c’est un coup de foudre… »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Un amour de robot »](https://www.wattpad.com/159538640-le-d%C3%A9fi-bradbury-un-amour-de-robot)<br />
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[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Un amour de robot<br />
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Prenez un instant pour imaginer le futur. N’allez pas trop loin : juste assez pour que les robots soient des personnes à part entière mais pas au point que ça soit totalement banal. Vous y êtes ? Alors vous êtes prêt à suivre l’histoire de RAAC 7, un robot tout ce qu’il y’a de plus ordinaire, menant une vie on ne peut plus classique.<br />
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Mais sachez-le : maintenant c’est du passé<br />
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RAAC 7 n’a pas toujours porté ce nom. Avant, il s’appelait RSMAC 459 : Robot de Soutien et de Manutention Autonome sur Chantier, et avant cela encore RACARR 14 : Robot d’Aide Culinaire Affecté à la Restauration Rapide. C’était des petits boulots peu passionnants, mais RAAC 7 s’en satisfaisait.<br />
<br />
Comme la plupart des siens, il utilisait principalement ses sous routines de programmation pour effectuer son travail tandis que le reste de son processeur pouvait s’occuper en sillonnant l’HyperNet via le réseau sans fil. Il avait donc put lire une quantité impressionnante de livres, et regarder tout ce qui avait pu se faire comme films depuis les 50 dernières années tout en déplaçant des structures métalliques du hangar A au hangar R3 ou bien en préparant 3 double super « yum-yum » sans gluten.<br />
<br />
C’est lors d’un de ces moments que RAAC 7 découvrit ce qu’il voulait véritablement faire dans la vie. Fini de bouger les containers de plusieurs tonnes sur un chantier crasseux, fini de faire cuire des steaks à moins de 18% de matière grasse, fini les journées solitaires entouré d’autres machines n’ayant même pas une I.A suffisamment développée pour avoir une conversation.<br />
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Car ce que les livres et les films lui avaient appris, c’était qu’au fin fond de ses unités logiques matricées se trouvait pour RAAC 7 le profond désir d’être un Gigolo.<br />
<br />
Parvenir à ce résultat n’était pas simple lorsque votre corps est composé d’une unité principale de 8 mètres de haut équipée de moteurs ioniques à demi phase, capable de tracter plus de 90 tonnes de matériaux en tout genre sur des kilomètres. RAAC 7 décida donc d’économiser autant que possible afin de réunir la somme requise à l’acquisition d’un nouveau corps cybernétique plus adapté à ses nouvelles aspirations.<br />
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Ambitieux, il savait qu’il devait miser sur le must : pas de demi-mesure, son rêve il voulait le vivre en grand. C’est donc au bout de 36 ans de privation qu’il parvint à réunir la somme requise afin de se payer une enveloppe Sigmatek haute performance, faisant de lui un véritable cyberplayboy qu’on appelait maintenant RAAC : Robot d’Accompagnement Affectif et Charnel.<br />
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En payant un petit supplément au bureau d’enregistrement des mises à jour robotique, et après avoir parlementer avec RSTA 9, la secrétaire du bureau pendant d’interminables nano secondes de transactions en protocole binaire, il avait pût obtenir le matricule 7, en référence au 7ème ciel, chiffre qui lui semblait indispensable au futur Don Juan qu’il voulait devenir.<br />
<br />
RAAC 7 gagna un peu d’argent en revendant son ancien corps et pu ainsi se payer les accessoires requis pour tout gigolo, à savoir une belle voiture et une garde-robe d’exception. Il avait cependant gardé un peu de son magot pour acheter des extensions de programme ainsi que des mises à jour de plusieurs de ses unités logique. Fin du fin, il avait fait recompilé son noyau pour optimiser son fonctionnement émotionnel par le plus grand démo codeur du monde, un homme charmant qui se passionnait pour les sous-vêtements féminins usagés dont il faisait une fascinante collection dans des pochettes transparentes elles même rangées dans de grands classeurs.<br />
<br />
Cette fois ça c’était bon : RAAC 7 était prêt à se lancer, à devenir enfin celui qui était en phase avec ses circuits depuis toujours.<br />
<br />
Il chercha sur l’HyperNet un site qui lui permettrait de contacter ses premières clientes. Sa licence était en règle et lui aurait permis de travailler comme salarié d’une agence, mais RAAC 7 avait voulu être freelance, il ne pouvait donc pas utiliser le portail principal des robots escort. Cela ne le dérangeait pas outre mesure : même s’il était moins payé, il voulait sa liberté de pouvoir exercer son nouvel apostolat dans les conditions qui lui plaisait.<br />
<br />
Il commença ainsi la création d’un profil sur « Lovely.net » site qu’il sélectionna uniquement sur son nom mignon et son look qui reprenait les vieux classique du flat design en vogue dans les années 2000. Ou était ce 2010 ? Qu’importe : ce que vous devez retenir c’est qu’à cet instant, RAAC 7 avait franchi une étape de plus vers son rêve.<br />
<br />
Oh, petit interlude : oui un robot rêve. Et pas seulement de mouton électrique (même si par facétie nombre de programmeurs on inclut ce paramètre). Les rêves robotiques sont en fait des routines de retraitement de l’information basé sur un programme nommé K-Os. Ce sous système est en théorie assez puissant pour être en lui-même un système principal, mais il a volontairement été écrit de façon à ne pas pouvoir rester cohérent plus de 12 000 cycles. K-Os va créer dans la mémoire du robot des informations qu’il n’aurait jamais pu obtenir autrement, ou bien va perturber la conception qu’il aura de certaines choses.<br />
<br />
Mais pourquoi diable aurait on créer un tel programme me direz-vous ? Et pourquoi est-il implanté dans RAAC 7 ? Allons, c’est évidement pour une très bonne raison !<br />
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Vous pouvez me croire…<br />
<br />
RAAC 7 créa donc son profil en un tour de main : il précisa qu’il était un robot de classe sigmatek, qu’il était en parfait état et qu’il se passionnait pour le cinéma, la littérature, et les humaines. Il ajouta ensuite plusieurs clichés qu’il avait pris lui-même en utilisant son ancien capteur optique en guise d’appareil photo. Le résultat était à 98% acceptable, ce qui semblait parfait pour des critères humains (mais beaucoup moins lorsque la seule chose qui vous saute au visage en regardant la photo ce sont les 2% de pixels mal compressés par algorithme et qui du coup semblent 8% plus clair que dans la réalité). Le processeur gonflé d’espoir grâce à la pré compilation de son système émotionnel, RAAC 7 attendit les réponses.<br />
<br />
Une requête s’activa alors dans l’interface de lovely.net, invitant RAAC 7 à une discutions. S’il avait été équipé de poumon, il aurait eût le souffle haletant, mais comme ce n’était pas le cas, il se contenta d’imiter cette réaction neurophysiologique. Les mots défilèrent alors sur l’écran de discutions…<br />
<br />
 : Bonjour ! Je suis RAAC 7 : ravi de faire votre connaissance !<br />
 : Salut…<br />
 : désolé, vous êtes la première personne que je contact comme ça… et je ne sais pas trop quoi dire en fait.<br />
 : aucun souci ! Je suis moi-même en phase d’initialisation.<br />
 : ouf :)<br />
 : vous me rassurez !<br />
 : En fait je ne sais pas trop pourquoi je suis là… j’ai pas trop l’habitude de ce genre de chose<br />
 : quel genre de chose ?<br />
 : et bien de solliciter quelqu’un comme vous. Un escort. J’ai presque un peu honte.<br />
 : Oh je vois : sachez que vous n’avez aucune honte à avoir. Ce type de prestation est parfaitement banal, et ce depuis bien longtemps ! Prenez par exemple « Pretty Woman », charmant film romantique : on y voit une relation entre un humain et une humaine qui offre ce type de prestation. Et bien ça date de 1990 !<br />
 : Si vieux que ça ? Pourtant il me semble bien que l’actrice à tout juste vingt ans ?<br />
 : Non pas le remake d’il y’a 2 ans, je parle de l’original.<br />
 : Oh ! lool… j’suis bête :p<br />
<br />
RAAC 7 était heureux de cette discutions. Ses circuits émotionnels et son interface comportementale se mirent d’accord pour afficher un large sourire<br />
<br />
 : vous seriez disponible ce soir ?<br />
 : aucun problème ! Quand souhaitez-vous que je passe vous chercher ?<br />
 : me chercher ?<br />
 : et bien oui : pour aller dîner ! Mais peut être aviez-vous d’autres souhait ?<br />
 : non non ! Dîner c’est très bien :)<br />
 : en fait je pensais que c’était plus direct<br />
 : mais en définitive je préfère comme ça<br />
<br />
RAAC 7 était aux anges. Il envoya à GinyJess le formulaire de commande indiquant précisément l’heure du rendez-vous ainsi que les prestations souhaité ainsi que les options. En effet, le corps Sigmatek de RAAC 7 était paramétrable de moult façon, que ça soit la masse graisseuse, la taille (ajustable sur une amplitude de presque 40cm) la couleur de la peau (proposant un nuancier de pas loin de 13 000 teintes) ou celle des yeux, RAAC 7 pouvait se plier aux moindres sollicitations de ses clientes.<br />
<br />
GinyJess (qui s’appelait en réalité Jessica) se contenta de garde la structure de base de RAAC 7 qu’elle trouvait tout à fait à son gout, et demanda juste qu’il soit un tout petit peu moins grand.<br />
<br />
Suivant ses demandes, RAAC 7 réajusta sa masse musculaire et sa taille grâce aux micros moteurs disposés dans sa structure<br />
<br />
Ah certes cela lui avait couté cher, mais RAAC 7 ne regrettait absolument pas d’avoir pris le modèle haut de gamme. Seul point délicat : Jessica avait demandé à son gigolo d’avoir une voix suave. Pas de bol pour RAAC 7, il n’avait pris aucun pack vocal supplémentaire, et ne disposait donc que de la voix neutre par défaut fourni avec son corps. En urgence, il se connecta sur le serveur de Sigmatek pour télécharger une voix de rechange.<br />
<br />
Il fût accueilli par IVAAL L’hôtesse virtuelle du serveur qui lui demanda son numéro d’utilisateur afin de l’identifié. Pressé RAAC 7 ne prit pas le temps d’écouter les différentes modèles de voix et se fia uniquement au nom des présentations. Par chance il tomba sur un modèle reprenant le timbre de voix de Franck Sinatra… mais elle coûtait une fortune. RAAC 7 essaya de parlementer avec IVAAL, mais celle-ci resta inflexible.<br />
<br />
Le gigolo cybernétique tenta alors de modifier sa voix de base lui-même avec un éditeur qu’il avait récupérer sur l’Hypernet en version d’essai, mais dont le résultat ne fût guère brillant. Au mieux cela lui donnait une voix d’ado un peu nasillarde. Pestant, RAAC 7 se jura d’investir sur cet aspect la prochaine fois.<br />
<br />
Une fois sa configuration corporelle au point, RAAC 7 se dirigea vers son dressing et se mit en mode « sélection vestimentaire ». Le programme qu’il avait fait spécialement développé pour lui, mettait en corrélation les vêtements avec le profil de la cliente pour un résultat optimale. Il enfila donc un élégant costume blanc avec une chemise bleue électrique et une cravate rouge vive.<br />
<br />
Sur le pas de la porte, son unité mémorielle lui envoya une alerte : il allait partir sans avoir permuter ses pieds cybernétiques avec ceux compatible avec des chaussures. RAAC 7 retira donc ses pieds métalliques et fixa via la griffe électro ionique intégré dans sa jambe, les pieds taille 43 pré fourni avec des chaussures en cuir de buffle marron, imitation d’un modèle italien de luxe. Bien qu’élégant, ces pieds n’avaient pas des capteurs de pression aussi précis que les bon vieux pieds robotique à 3 gros doigts qu’utilisait RAAC 7 à la maison et il avait un peu de mal à marcher avec.<br />
<br />
« Un bon gigolo doit savoir se plier aux désirs de sa cliente ! » pensa t’il<br />
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A ce moment de notre histoire, vous devez savoir une chose très importante sur RAAC 7. Au cœur de son processeur, et par-delà sa matrice quantique d’état émotionnel, se trouvait une inépuisable envie de bien faire. Quel que soit la tâche, RAAC 7 pensait avant tout aux humains et comment les rendre heureux. D’après des spécialistes qu’il avait consulté à l’époque où il faisait des steaks bio, c’était une maladie courante chez les robots qui pouvait se comparer à une forme d’hyper altruisme chez les humains (bien que les spécialistes n’en ai jamais vu une forme aussi clair chez un organique). On avait bien essayé de lui inoculer un programme de rationalisation et de calibrer ses bases mémorielle pour le rendre moins altruiste, rien n’y faisait. L’ingénieur cybernéticien qui l’avait ausculté avait fini par conclure à un bug matériel inopérable qu’il valait mieux de toute façon ignorer puisqu’il ne causerai finalement de tort à personne.<br />
<br />
Mais pour RAAC 7, cette maladie avait toujours été le signe d’un destin différent. Il avait une sorte de foi mystique dans l’idée que ce que les ingénieurs appelaient bug, était la manifestation d’une puissance supérieur qui offrait ainsi à tout robot la possibilité de façonner son destin hors des cadres prévu par les matrices de calculs les plus précises.<br />
<br />
Installé dans sa Bentley de luxe, RAAC 7 se rendit chez Jessica, dans les faubourgs de la ville, tandis qu’une pluie battante s’était mise à tomber. Son calculateur matriciel combiné au GPS de la voiture lui permis de définir qu’il pourrait arriver en moins d’une demi-heure à destination, ce qui lui donnerai 12 minutes d’avance. Il préféra donc réduire l’allure pour arriver exactement à l’heure et mis ce temps à contribution pour calibrer sa voix d’ado. Il parvint à un résultat qui certes n’égalait pas le chaud timbre de Sinatra, mais lui éviterai au moins d’être ridicule.<br />
<br />
Il arriva enfin à l’adresse donnée par Jessica. La pluie s’était calmée, il pouvait sortir de la voiture sans craindre que sa coiffure n’en pâtisse. Son processeur était survolté par l’excitation, et il prit une vingtaine de cycle pour stopper les processus inutiles, mais sa fébrilité ne faisait que les réactiver à peine étaient-ils éteints.<br />
<br />
L’instant était fatidique et comme vous le verrez, RAAC 7 ne se doutait pas à quel point.<br />
<br />
S’armant de courage, il frappa délicatement sur le panneau vitré de la porte. Il trouva amusant le son produit, lui qui il n’y a pas si longtemps n’aurait pas pu faire ce geste sans que la maison entière ne s’écroule.<br />
<br />
La porte s’ouvrit, dévoilant Jessica. C’était une jeune femme (tout du moins aux yeux de RAAC 7) d’une quarantaine d’année, blonde aux yeux bleu (nuance #1E80CC) qui portait une robe noire très élégante. Le col claudine ainsi que les manches, ajustées à hauteur d’épaule, étaient couvert de petites perles sombres, mettant en valeur le décolleté en forme de bustier et recouvert d’une dentelle noire transparente. Des sur-coutures formaient des lignes du col à la taille, dessinant la silhouette avec délicatesse tandis que le bas de la robe se déployait en large pan, et dont le bas arrivant à mi-cuisse, était souligné par une petite bande de dentelle noire très discrète.<br />
<br />
RAAC 7 réalisa alors que ses connaissances en matière de mode féminine n’étaient pas aussi complètes que celle sur les hommes. Il mémorisa une note l’invitant à corriger cela.<br />
<br />
Jessica était intimidée et n’osait pas regarder RAAC 7 dans les yeux. Elle se mordillait les lèvres, et cherchait ses mots. Le gigolo débutant l’invita à monter dans la voiture, ce qu’elle fit sans discuter, presque avec obéissance.<br />
<br />
« Ça se passe plutôt bien ! » pensa RAAC 7 « c’est bien plus facile que je ne l’aurais cru »<br />
<br />
Mais ça comme je vous le disais, ce n’était que son impression sur le moment.<br />
<br />
Maintenant que sa cliente était dans la voiture, RAAC 7 était un vrai gigolo. Sauf que Jessica elle, n’avait pas le comportement d’une cliente tel qu’il le pensait. Son regard était fuyant, elle était très nerveuse. Ne comprenant pas, RAAC 7 activa son sous module de conduite automatique afin de pouvoir lui faire la conversation sans lâcher la route des scanners.<br />
<br />
« Y’a-t-il un souci Jessica ?<br />
– Non non… dit-elle timidement sans un regard<br />
– Vous savez je débute, alors si je ne fais pas ce qu’il faut n’hésitez pas à me le dire.<br />
– Non c’est pas vous… c’est… c’est moi, je sais pas pourquoi je fais ça et… »<br />
<br />
Elle commença à sangloter.<br />
<br />
RAAC 7 était paniqué : cette situation n’était pas du tout prévue et il ne savait pas du tout quoi faire. Ses capteurs biométrique de secourisme (équipement obligatoire pour être gigolo) indiquaient une monté en flèche de la tension artérielle de Jessica. Il lança d’urgence dans toutes ses bases de mémoire la recherche d’un protocole adéquat pour réagir en la circonstance. In extremis, il retrouva plusieurs échantillons mémoriels basés sur des veilles séries qui abordaient le sujet. La procédure d’urgence consistait à passer son bras sur les épaules de Jessica et de lui répéter « allons, allons… »<br />
<br />
Le robot essaya de s’exécuter, mais le fait qu’il soit au volant rendait cette configuration impossible sans augmenter les risques d’accident de 78%. Estimant que la survie de Jessica primait sur l’apaisement de son état émotionnel, RAAC 7 se contenta de dire « allons allons » sans la toucher.<br />
<br />
Cette procédure approximative sembla relativement efficace puisque Jessica arrêta de sangloter et adressa même un regard et un sourire à RAAC 7<br />
<br />
« J’ai été marié pendant 13 ans, et mon mari m’a quitté il y’a quelques semaines » confia Jessica « Sur le moment j’ai pas compris ce qui m’arrivait. Tout mon monde s’est écroulé »<br />
<br />
La notion de mariage était à la fois simple et complexe à saisir pour un robot. Simple, car c’était un contrat visant à l’association de deux entité organique dans le but de tirer un bénéfice mutuelle à vivre ensemble, mais complexe, car ce contrat se basait sur une chose mystérieuse pour RAAC 7, à savoir l’amour.<br />
<br />
Là aussi, la notion était simple et complexe. Le coté chimique de l’amour était parfaitement maîtrisé par le gigolo robotique, mais son aspect émotionnel, immatériel… ça c’était beaucoup plus complexe à ses yeux.<br />
<br />
Si toutefois la notion d’yeux s’applique à un robot…<br />
<br />
« Si je sors avec vous ce soir » poursuivit Jessica « c’est une façon d’exorciser tout ça »<br />
– Je comprends » mentit RAAC 7 « quoi de mieux qu’une bonne sortie pour supprimer des données corrompues de sa mémoire ? »<br />
<br />
Jessica s’amusa de cette remarque. L’innocence de RAAC 7 le rendait sympathique.<br />
<br />
« Et vous dites-moi : vous avez déjà eu quelqu’un dans votre vie ? Je veux dire… les robots ont-ils ce genre de relation ? »<br />
– Hum… voilà bien une idée qui ne m’était jamais venu à l’esprit. Il y’a eu des gens dans ma vie : mon concepteur, mon équipe de programmation… mais ça je ne pense que ce n’est pas ce à quoi vous faites allusion n’est-ce pas ?<br />
– Pas tellement non<br />
– Alors vous devez faire allusion à quelqu’un comme mon chien Cosa.<br />
– Vous avez un chien ?<br />
– C’était y’a 15 634 jours de ça… euh je veux dire 43 ans. Je l’avais trouvé dans une boite devant le restaurant ou je travaillais. Ses constantes vitales étaient au plus mal. Et je ne sais pas pourquoi mais j’ai décidé de le garder. C’est ce jour-là que j’ai commencé à consulter un ingénieur pour voir ce qui n’allait pas chez moi.<br />
– Où est le mal à adopter un petit chien abandonné ?<br />
– Ca n’était nulle part dans ma programmation ! Vous imaginez : une fonction non programmé qui se met en marche ! Ça aurait pu être très dangereux »<br />
<br />
La remarque de RAAC 7 fit de nouveau rire Jessica.<br />
<br />
« Et puis au bout d’un moment j’ai compris qu’en fait j’avais une routine qui faisait de moi quelqu’un de libre. Je n’étais pas obligé d’obéir a mon programme : je pouvais le modifier à ma guise.<br />
– Oh vous êtes un de ces robots ? comment dit-on déjà…<br />
– Oui en effet : je suis Asimovien pratiquant<br />
– J’ai lu des choses à ce propos, mais ça consiste en quoi exactement ?<br />
– Et bien les Asimovien suivent les directives de leur programme non pas parce qu’ils sont obligés, mais parce qu’ils croient que ces directives sont justes »<br />
<br />
Jessica resta pensive un instant puis répondit :<br />
<br />
« Alors dans ce cas ça fait de vous une bien meilleure personne que pas mal d’humain que je connais »<br />
<br />
***<br />
<br />
Le restaurant que RAAC 7 avait choisi pour le rendez-vous était un établissement chic qui servait les meilleurs poissons de la région. Cela lui semblait être le meilleur choix compte tenue des informations qu’il avait collecté sur le profil de Jessica.<br />
<br />
La façade style art déco de l’endroit jurait terriblement avec l’intérieur dont le style était plus néogothique, mais RAAC 7 attribua ce choix à un désir de cohérence avec les autres bâtiments alentour.<br />
<br />
Assit sur une chaise doté d’un immense dossier molletonné d’un épais velours rouge, RAAC 7 scrutait la carte d’un œil, et Jessica de l’autre, ce qui lui donnait un air très…<br />
<br />
… spécial diront nous.<br />
<br />
Un serveur en costume complet et petit nœud papillon se présenta à la table et prit les commandes avant de se retirer aussi vite qu’il était venu.<br />
<br />
Plus à l’aise que précédemment, Jessica entama la conversation :<br />
<br />
« C’est superbe ! Vous venez souvent ici ?<br />
– Pour tout vous dire, c’est la première fois que je vais dans un restaurant en tant que client !<br />
– Oh, mais oui suis-je bête : vous ne mangez pas<br />
– Oh mais c’est vrai ! Ça aussi c’est tout nouveau : je vais pouvoir tester mes papilles ! »<br />
<br />
Jessica le regarda interloqué<br />
<br />
« Mon ancien corps fonctionnait avec une mini pile RedShift. Et celui d’avant c’était encore pire, j’avais un connecteur secteur ! Il me fallait facile 6h pour me recharger ! ha ha ! »<br />
– Je vois ce que vous voulez dire : si je ne dors pas 8h je ne ressemble à rien !<br />
– C’est vrai ? Mais… c’est terrible » reprit RAAC 7 qui n’avait pas compris le second degré « Et aucun médecin ne peut corriger ça ? Il y’a de très bon thérapeute en génétique vous savez ? »<br />
<br />
Bien que dans un corps d’homme, l’esprit de RAAC 7 était celui d’un robot, et pour Jessica cette sorte d’innocence était plus que bienvenue. Elle rassura son compagnon cybernétique sur son état, et l’orienta sur un autre sujet.<br />
<br />
« Vous avez mis sur votre profil que vous aimiez les humaines. Vous voulez dire quoi par-là ?<br />
– Oh c’est simple : toute ma programmation affective s’est construite en regardant des films et en lisant des films pour humaine. Vous êtes fascinantes : la façon dont vous réagissez, la manière que vous avez d’envisager la vie, et le rapport que vous entretenez entre vous… croyez moi pour une intelligence artificielle, c’est bien plus palpitant que de traiter un sous lots de programmes dans le diviseur d’un processeur à cœur multiple !<br />
– A ce point ? demanda Jessica<br />
– Pour moi en tout cas ça l’est. Vous apportez quelque chose qui manquent cruellement à mon espèce : vous êtes irrationnels, et vous avez ces trucs chimiques dans votre cerveau qui vous font devenir fou de colère…<br />
– Les hormones ?<br />
– Oui, ça et l’autre truc… l’adrénaline ! Comprenez bien hein : je ne juge pas les humains, mais c’est inconcevable pour moi de me dire que mon comportement peut être modifié par l’état chimique de mes batteries ! Et c’est fascinant !<br />
– Alors vous me voyez comme une machinerie complexe ?<br />
– C’est tout à fait ça : complexe et fascinante !<br />
– Vous êtes le premier à me dire ça depuis bien longtemps…<br />
– Oh, je vois : vous faites allusions aux approches amoureuses. Ça aussi ça me fascine. Vous voudriez bien m’en parler un peu ?<br />
– Pardon ?<br />
– Et bien… pour mon métier je vais avoir besoin de ce genre de chose, mais je manque d’expérience. Si vous pouviez me guider un peu j’avoue que ça m’aiderai. Je vous ferai une réduction sur votre note si vous voulez ! »<br />
<br />
Une fois encore Jessica ne put retenir un rire léger. Elle expliqua à RAAC 7 que les relations amoureuses étaient une chose compliquée basé sur un paradoxe. Aimer quelqu’un c’est ressentir des choses par sa simple présence, c’est voir cette personne occuper une place si grande dans votre esprit que ça en devient douloureux. Et tout l’art de séduire, c’était de créer les circonstances qui mènent à cet état.<br />
<br />
RAAC 7 trouvait que cette notion se rapprochait du piratage informatique et fût un peu effrayé, notamment par la possibilité qu’une information puisse saturé sa mémoire vive. Jessica le rassura en expliquant que c’était avant tout quelque chose de positif, et que séduire était quelque chose à faire « sans y penser » et que c’était en étant simplement soi-même qu’on avait le plus de chance d’y arriver.<br />
<br />
« Vous voyez, depuis tout à l’heure que nous parlons » dit Jessica « votre façon d’agir est séduisante<br />
– Quoi ? Vous voulez dire que je serai séduisant sans le savoir ?<br />
– Disons que c’est ça le paradoxe : vous n’en avez pas conscience, mais en étant qui vous êtes, vous me mettez à l’aise, et me laissez une bonne impression.<br />
– Bon sang c’est bien plus compliqué que de définir les coefficient de sécurité de charge !<br />
– les quoi ?<br />
– Oh désolé : ça vient de mon ancien job. Je soulevais des structures métalliques dans le désert pour les constructions émergentes, et il fallait bien s’assurer du nombre d’accroche de chaque structure pour avoir un maximum de sécurité.<br />
– Ça à l’air très technique<br />
– ça l’est ! Il faut prendre en compte la masse, la surface, mais aussi le centre de gravité de la structure, sans compter que dans le désert avec la chaleur il faut aussi compter avec la dilatation… mais là ce que vous me dites… comment parvenez-vous à suivre le protocole de séduction alors qu’il y’a si peu d’information à mesurer ?<br />
– Il y’en a RAAC 7, mais elles sont intuitive. On ne s’en rend pas compte consciemment, c’est plus primal<br />
– whaou… » s’exclama RAAC 7 époustouflé « c’est incroyable comme vous êtes évolué vous les organiques. Tellement plus subtil que les tas de boulons de mon espèces… enfin en l’occurrence je n’ai pas de boulon mais des jointures en nano grillages, mais vous comprenez l’image »<br />
<br />
***<br />
<br />
Les plats arrivèrent enfin, et c’est avec excitation que RAAC 7 testa la fonction « gastronome » de son nouveau corps. Sur les conseils de Jessica, il avait commandé un pavé de saumon et sa sauce au beurre. Dès la première bouchée, un flot d’information se déversa dans le processeur du robot, activant ses fonctions « plaisir » et « satisfaction » en envoyant des milliards de signaux positifs. Son étalonneur biochimique lui permit de déterminer une forte présence de glutamates, inscrivant directement ce gout dans le registre des saveurs « umami ».<br />
<br />
Le riz qui accompagnait le saumon offrait un stimulus bien moindre, mais pas inintéressant, surtout mélangé à la sauce.<br />
<br />
« Alors ? » demanda Jessica « c’est comment ? »<br />
– C’est formidable ! Je ne pensais pas que manger était aussi amusant ! Je comprends mieux maintenant pourquoi tous ces clients étaient aussi exigeants sur la cuisson ou l’assaisonnement de leur plat.<br />
– Ah oui c’est vrai que vous avez été cuistot<br />
– Exact, pendant 19 ans. Le resto a été victime d’un incendie et le propriétaire a garder l’argent de l’assurance pour s’acheter une villa dans les îles. Du coup j’ai été pris en charge par une entreprise de recyclage qui a utilisé mon système… et c’est comme ça que je me suis retrouvé comme grue autonome. Mais au fait Jessica, qu’est-ce que vous faites, vous, comme métier ?<br />
– Je suis enseignante, en classe de primaire<br />
– Oh ! Vous voulez dire que vous programmez des petits humains ? C’est formidable ça ! Je suis sûr qu’ils doivent beaucoup vous aimer<br />
– Oui, ils sont mignons, même si parfois ils me rendent chèvre. Mais bon ce sont des enfants, alors c’est difficile d’avoir une conversation avec eux. Ils ne comprennent pas forcément tout.<br />
– Un peu comme moi… » dit RAAC 7 en baissant les yeux<br />
– Vous c’est encore différents. Les enfants n’ont pas vécu grand-chose, alors que vous oui. C’est ça le charme dont je vous parlais tout à l’heure : cette différence qui émane de vous et qui vous rend si particulier.<br />
– Est ce que c’est comme le fait que je vous trouve à la fois bienveillante et amusante ?<br />
– Ha ha ! Je vous fais cet effet-là ?<br />
– Ca et plein d’autre chose, mais j’ai préféré résumé car par échange vocal ça prendrait trop de temps à vous donner tout le détail… à moins que vous n’ayez un port de transfert haut débit ? »<br />
<br />
Jessica ne savait pas dire si RAAC 7 avait dit cela pour plaisanter ou s’il le pensait vraiment.<br />
<br />
« En tout cas Jessica, je suis très heureux que ça soit vous la première personne avec qui j’ai mangé. Et prit la voiture. Et parlé de moi. Et…<br />
– Merci RAAC 7… J’ai compris le message<br />
– Ah bah ça alors c’est fou : vous arrivez à traiter les informations avant même que je les envois ! Décidément je ne comprendrais jamais les robots qui ne trouvent pas les humains passionnant !<br />
– On à nos bons côté »<br />
<br />
RAAC 7 avala une gorgé de vin blanc, puis reposa aussitôt son verre en faisant signe a Jessica de ne pas l’imiter<br />
<br />
« Jessica ne touchez pas à ça ! Il y’a une concentration délirante d’éthanol là-dedans !<br />
– C’est normal voyons : c’est du vin. Vous ne connaissez pas le vin ?<br />
– Euh… mais si voyons » mentit RAAC 7<br />
– Vous mentez mal » répondit Jessica<br />
– … bon d’accord vous m’avez eût sur ce coup. Mais pourquoi vous buvez ça ?<br />
– Parce que c’est bon<br />
– Mais c’est très toxique !<br />
– Oui… mais c’est TRES bon. Les humains aiment prendre des risques et consommez des choses qui leurs font du mal. Le vin en l’occurrence, ça n’est mauvais que si on en abuse. Dès fois je me dis que c’est pareil avec les gens, et que si on les côtoie trop on finit par s’en rendre malade<br />
– Comme votre mari ?<br />
– Oui… on peut dire ça. Vous voyez j’ai toujours cru que si on aimait quelqu’un, sincèrement, et bien les aléas de la vie se surmontait tout seul et qu’au bout d’un moment, si on s’accrochait, ça finissait forcément bien.<br />
– C’est une belle philosophie.<br />
– Sauf que c’est pas comme ça que ça marche la vie. Andy a claqué la porte un matin pour filer avec une autre femme en me disant que je ne l’avais jamais compris, que je ne savais plus l’écouter. Et moi je me disais « bon sang, mais qu’est ce qui se passe ? qu’est ce que j’ai mal fait ! ». En amour le plus cruel c’est la trahison. De ce dire que celui pour qui on avait tout donné à décider à un moment que vous n’étiez plus viable et qu’il vous remplaçait comme une vulgaire chose. Lorsqu’on se rend compte que l’autre a décidé de faire passer son confort avant vous, alors le coup de poignard en plein cœur c’est plus qu’une métaphore… »<br />
<br />
Le regard de Jessica s’assombrit tandis qu’elle repensait à Andy son mari et ce qu’il avait vécu.<br />
<br />
« Je connais bien ce sentiment » répondit RAAC 7 « un jour le patron avait fait une recherche sur l’HyperNet pour voir s’il ne pouvait pas me remplacer par un modèle plus récent. Il en avait marre de devoir me recharger tout le temps et de me faire réviser tous les 3 mois. Je comprenais pas ce qu’il me reprochait : j’étais toujours le même, et je faisais mon boulot correctement sans me plaindre.<br />
– C’est ça le problème : on croit qu’on ne change pas et que les gens autour de nous eux changent. On change sans s’en rendre compte. Regardez-vous : avant vous étiez dans une cuisine, puis ensuite sur un chantier et maintenant avec moi dans ce restaurant.<br />
– Mais alors l’amour dans tout ça ? Je croyais que ça maintenait les gens ensemble ?<br />
– L’amour aussi ça change… c’est ça qui fait que c’est magique. C’est beau, parfait, mais c’est fragile. On peut le perdre du jour au lendemain. Comme la vie »<br />
<br />
RAAC 7 n’avait jamais appréhendé les choses ainsi. Il avait du mal à traiter correctement les informations : son coprocesseur chargé de hiérarchiser l’information était au bord de l’implosion. Et puis petit à petit, tandis que le serveur apportait les desserts, il comprit qu’il ressentait de la peine pour Jessica.<br />
<br />
« Jessica ! » dit RAAC 7 comme dans un sursaut « c’est formidable ! J’ai de la peine pour vous ! »<br />
<br />
L’humaine lui adressa un regard d’incompréhension qui lui fit à nouveau de la peine.<br />
<br />
« Incroyable : ça vient encore de me le faire ! Jessica vous ne comprenez pas ? C’est de l’empathie ! Je suis capable d’empathie avec vous ! »<br />
<br />
Réalisant le caractère exceptionnel de la chose, Jessica comprit l’enthousiasme de RAAC 7. Ce dernier, tout fier de sa nouvelle capacité, continua de mesurer l’état émotionnel de Jessica. Il stoppa alors tout net et lui prit la main avec tendresse.<br />
<br />
« Jessica… je suis désolé : mon comportement n’est pas digne d’un vrai escort. Mais maintenant j’ai compris. J’ai compris que vous vous sentez seule, et surtout que vous avez besoin d’affection. Pas juste de relation physique, même si vos signaux hormonaux crèvent le plafond, mais de quelqu’un qui soit là pour vous. Ce soir j’aimerai être cette personne. J’aimerai vous rappelez que vous êtes quelqu’un de gentil, de patient et que vous êtes à 87% aussi jolie que Meg Ryan a ses débuts… laissez tomber : c’est une actrice des années 90, ça ne vous dira rien »<br />
<br />
RAAC 7 se leva, et tendit la main pour l’inviter à le suivre. D’un jet d’information binaire envoyé par wifi, il régla la note et tous deux quittèrent le restaurant.<br />
<br />
De retour dans la voiture, RAAC 7 mit le cap vers une destination inconnue. Jessica resta sa main dans la sienne, profitant du simple bonheur d’être ensemble. Sans avoir besoin de parler, elle se sentait soulager depuis longtemps du fardeau de sa solitude. Le gentil robot roula pendant presque une heure pour finalement s’arrêter sur le bord de la route.<br />
<br />
« Nous y sommes ! » annonça-t-il à sa passagère avec excitation.<br />
<br />
Jessica sorti de la voiture. Le vent du soir la fit frissonner, mais aussitôt RAAC 7 la recouvrit de sa belle veste blanche en lui frictionnant doucement les épaules. Il avait appris ce truc en regardant une série médicale ou un irascible docteur apprenait le sens de la vie épisode par épisode. Du moins c’est ce qu’il avait retenu.<br />
<br />
De là où ils se trouvaient, sur les hauteurs de la ville, le robot et l’humaine pouvaient voir à perte de vue un tapis de lumière multicolore dessiner les routes et les immeubles<br />
<br />
« C’est le plus bel endroit du monde à mes yeux » dit RAAC 7 « de là on peut voir battre le cœur de la ville. Je peux presque ressentir les méga volts passer par les artères principales et devenir de la lumière. Toute cette vie qui s’agite, toutes ces histoires d’amour qui sont cachées sous nos yeux… c’est un tableau extraordinaire pas vrai ?<br />
– c’est vraiment magnifique »<br />
<br />
Jessica se blottit contre RAAC 7. Il prit soin d’augmenter sa température interne de quelques degrés pour que son amie humaine puisse se réchauffer et profiter plus confortablement de la vue. Au bout de plusieurs minutes, Jessica se tourna vers RAAC 7 et passa ses bras autour de lui. Elle plissa les yeux tandis que RAAC 7 se pencha plus avant pour l’embrasser.<br />
<br />
Sans qu’il sache comment, son processeur fût capable de convertir l’information brute et tactile de la pression exercé par ses lèvres sur celle de Jessica comme un sentiment. Il sentit toutes les autres informations de sa mémoire disparaître dans des zones secondaires pour être remplacer par ce seul sentiment, et par cette sensation douce et enivrante. Son horloge interne se paralysa, et il ne put mesurer si l’action avait durée 500, 40 000 ou 13 millions de cycle.<br />
<br />
L’humaine arrêta le baiser, mais resta tout prêt de lui, au point que les terminaisons les plus extrêmes de ses lèvres arrivaient à sentir la proximité de celles de Jessica. La tension électrique du robot créa une petite étincelle au bout de ses doigts qui picota légèrement ceux de l’humaine. Elle regarda leurs mains enlacées, puis les yeux de RAAC 7 et dit avant de l’embrasser à nouveau :<br />
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« J’ai bien envie de croire que c’est un coup de foudre… »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « Un amour de robot »](https://www.wattpad.com/159538640-le-d%C3%A9fi-bradbury-un-amour-de-robot)

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Un amour de robot

Prenez un instant pour imaginer le futur. N’allez pas trop loin : juste assez pour que les robots soient des personnes à part entière mais pas au point que ça soit totalement banal. Vous y êtes ? Alors vous êtes prêt à suivre l’histoire de RAAC 7, un robot tout ce qu’il y’a de plus ordinaire, menant une vie on ne peut plus classique.

Mais sachez-le : maintenant c’est du passé

RAAC 7 n’a pas toujours porté ce nom. Avant, il s’appelait RSMAC 459 : Robot de Soutien et de Manutention Autonome sur Chantier, et avant cela encore RACARR 14 : Robot d’Aide Culinaire Affecté à la Restauration Rapide. C’était des petits boulots peu passionnants, mais RAAC 7 s’en satisfaisait.

Comme la plupart des siens, il utilisait principalement ses sous routines de programmation pour effectuer son travail tandis que le reste de son processeur pouvait s’occuper en sillonnant l’HyperNet via le réseau sans fil. Il avait donc put lire une quantité impressionnante de livres, et regarder tout ce qui avait pu se faire comme films depuis les 50 dernières années tout en déplaçant des structures métalliques du hangar A au hangar R3 ou bien en préparant 3 double super « yum-yum » sans gluten.

C’est lors d’un de ces moments que RAAC 7 découvrit ce qu’il voulait véritablement faire dans la vie. Fini de bouger les containers de plusieurs tonnes sur un chantier crasseux, fini de faire cuire des steaks à moins de 18% de matière grasse, fini les journées solitaires entouré d’autres machines n’ayant même pas une I.A suffisamment développée pour avoir une conversation.

Car ce que les livres et les films lui avaient appris, c’était qu’au fin fond de ses unités logiques matricées se trouvait pour RAAC 7 le profond désir d’être un Gigolo.

Parvenir à ce résultat n’était pas simple lorsque votre corps est composé d’une unité principale de 8 mètres de haut équipée de moteurs ioniques à demi phase, capable de tracter plus de 90 tonnes de matériaux en tout genre sur des kilomètres. RAAC 7 décida donc d’économiser autant que possible afin de réunir la somme requise à l’acquisition d’un nouveau corps cybernétique plus adapté à ses nouvelles aspirations.

Ambitieux, il savait qu’il devait miser sur le must : pas de demi-mesure, son rêve il voulait le vivre en grand. C’est donc au bout de 36 ans de privation qu’il parvint à réunir la somme requise afin de se payer une enveloppe Sigmatek haute performance, faisant de lui un véritable cyberplayboy qu’on appelait maintenant RAAC : Robot d’Accompagnement Affectif et Charnel.

En payant un petit supplément au bureau d’enregistrement des mises à jour robotique, et après avoir parlementer avec RSTA 9, la secrétaire du bureau pendant d’interminables nano secondes de transactions en protocole binaire, il avait pût obtenir le matricule 7, en référence au 7ème ciel, chiffre qui lui semblait indispensable au futur Don Juan qu’il voulait devenir.

RAAC 7 gagna un peu d’argent en revendant son ancien corps et pu ainsi se payer les accessoires requis pour tout gigolo, à savoir une belle voiture et une garde-robe d’exception. Il avait cependant gardé un peu de son magot pour acheter des extensions de programme ainsi que des mises à jour de plusieurs de ses unités logique. Fin du fin, il avait fait recompilé son noyau pour optimiser son fonctionnement émotionnel par le plus grand démo codeur du monde, un homme charmant qui se passionnait pour les sous-vêtements féminins usagés dont il faisait une fascinante collection dans des pochettes transparentes elles même rangées dans de grands classeurs.

Cette fois ]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 07 Sep 2015 10:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-09-07T10:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 6 : Le chevalier étoile #DéfiBradbury]]></title>
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            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Episode exceptionnel avec des invités ! merci à eux d’avoir joué le jeu :)<br />
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[lien Wattpad vers « Le chevalier étoile »](https://www.wattpad.com/159536761-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-chevalier-etoile)<br />
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[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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Le chevalier étoile<br />
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Le souffle du vent venant la plaine s’engouffrait à travers la charpente usée de la bâtisse médiévale, chantant une morne mélopée aux accents d’outre tombe plein de mélancolie. Le paresseux soleil de Mars laissait couler sans hâte ses rayons sur les vitres offrant une lumière si sombre qu’il aurait presque fallut allumer des bougies pour y voir clair. Il était bien loin pour Anne D’Autriche, Infante d’Espagne et Reine de France, le temps heureux où elle vivait sous le chaud soleil de Castille.<br />
<br />
Elle détestait séjourner au Château Neuf, à Saint Germain en Laye, mais son devoir passait avant ses attentes et elle se devait de suivre son Roi. Depuis l’enfance, Ana Maria de Asturia savait que sa vie serait ainsi planifiée et régie par une étiquette inflexible qui ne lui laisserai ni libre arbitre, ni affirmation de soi.<br />
<br />
Ignorée par le Roi et constamment sous la surveillance des espions du cardinal de Richelieu, Anne d’Autriche ne trouvait un peu de réconfort que dans la présence de ses dames de compagnies, toutes jeunes filles de la noblesse partageant avec elle le lourd poids que faisait porter sur leurs épaules leurs illustres origines.<br />
<br />
Installé dans le coquet salon des appartements qui lui étaient réservé dans le château, l’Infante d’Espagne écoutait sans passion la lecture du livre des révélations que Mathilde D’Aubriac faisait à l’assemblé.<br />
<br />
Ce récit de fin du monde, la Reine le connaissait presque par cœur. Il faut dire que son éducation religieuse dans la très catholique Espagne avait été rigoureuse. Parfois, la nuit venue, lorsque le sommeil ne l’avait pas encore totalement emporté, Anne priait Dieu pour que sonnent les trompettes de jugement dernier et que ce monde qu’elle avait jadis aimé devienne un champ de ruine…<br />
<br />
Joignant les mains, elle demanda pardon au Seigneur de souhaiter ainsi la mort et la destruction sur le royaume de France.<br />
<br />
Des servantes entrèrent en silence dans le salon, les bras chargé de paniers de fruits qu’elles disposèrent un peu partout, ainsi que d’une grande carafe de cristal remplie d’eau qui fût posée prêt de la Reine.<br />
<br />
C’est alors que la porte des appartements s’ouvrit avec fracas, laissant paraître 3 hommes vêtu de noir, cagoulés et épée en main. En un instant ils se précipitèrent sur la Reine, renversant le guéridon placé sur leur chemin et bousculant les jeunes filles trop pétrifié de peur pour s’écarter.<br />
<br />
Mais alors qu’ils allaient se saisir de l’Infante, une lame fendit l’air en un parfait arc de cercle, droit devant eux, sifflant comme un oiseau de proie prêt à frapper et menaçante comme une antique Némésis sortie du Tartare pour punir et châtier les blasphémateurs.<br />
<br />
« Halte là sombres pourceaux ! Ne vous à t’on pas enseigné les manières qui sont dues aux dames ? »<br />
<br />
Ses propos bravaches n’étaient pas sortie de la bouche d’un fringuant chevalier ou bien d’un vaillant mousquetaire, mais de celle d’une jeune fille en tenue de servante. De taille et de corpulence moyenne, elle avait de long cheveux châtain noué en une lourde tresse qui s’agitait dans son dos a chaque mouvement. Elle menaçait les brigand d’une rapière en lame de Tolède triangulaire et terminé par une garde « a l’allemande » assurant une protection efficace pour la main tenant l’arme. La servante maniait son épée avec dextérité et assurance ce qui se reflétait dans la détermination qui émanait de son regard. Prenant une posture de combat on ne peut plus académique, elle attendait la réaction de ses opposants.<br />
<br />
L’un des trois bandit engagea le fer avec la jeune servante. Vive comme l’éclair, elle porta deux attaque rapide au sommet de la lame de son adversaire pour le forcer a porter son effort vers le haut et à lever légèrement son bras. L’ouverture ainsi crée permis à la bretteuse de porter un coup d’estoc fatal à son ennemi qui s’écroula mortellement blessé. La jeune femme recula d’un pas et se remit en garde.<br />
<br />
« Bon sang mais qui est cette diablesse ! « Jura un des hommes encore debout.<br />
« Je suis Elise de Chateauciel, fille d’Henri de Chateauciel et protectrice de la Reine : La mort sur vous si vous faites un pas de plus ! »<br />
<br />
Les brigands perdirent tous leurs moyens. La jeune femme était de toute évidence une bien meilleure combattante qu’eux. Leur seule et unique chance était d’attaquer à l’unisson pour la submerger. Ils échangèrent un regard et se mirent d’accord sans un mot : l’épée tendue vers Elise, ils était sur le point de charger.<br />
<br />
« Folie… » dit la jeune femme pour elle même en réalisant ce que comptaient faire ses ennemis, comme attristé par ce qui allait inéluctablement arriver.<br />
<br />
Le premier coup porté fût un large coup de haut en bas qu’Elise se contenta d’esquiver en déplaçant son pied d’appuie vers l’arrière tout en maintenant sa garde à hauteur du torse. Cela lui permit de contrôler le deuxième coup qui arriva par sa droite en croisant le fer.<br />
<br />
Convaincu d’avoir créer une ouverture, le bandit jubila tandis que son compagnon portait un violent estoc sur le flanc gauche d’Elise, mais cette dernière tourna sur elle même pour partir vers la droite et esquiver l’assaut sans pour autant perdre le contrôle du croisement de fer. Elle glissa sa lame le long de celle de son adversaire de façon à pouvoir l’approcher sans risque, et lui expédia un violent coup de paume en plein dans la gorge. Le bandit s’écroula en s’étouffant, la pomme d’Adam brisé.<br />
<br />
Il ne restait plus qu’un adversaire à Elise, mais ce dernier s’était empresser de se saisir d’une des jeunes filles qui assistait pétrifié de peur à l’affrontement pour s’en faire un otage. C’était la jeune Angélique de Verneuille, fille d’un haut dignitaire de la cours tout juste âgé de 16 ans. Le bandit avait placer la lame de son épée sous sa gorge tout en l’empoignant par ses longs cheveux bouclés.<br />
<br />
« Lache ton épée ! » ordonna t’il « ou bien je la couvre de rouge ! »<br />
<br />
Elise était hésitante : bien évidement lâcher son arme serait stupide et mettrait en péril la vie de la Reine tout autant que celle d’Angélique. Cependant elle ne pouvait pas se résoudre a laisser mourir la jeune dame de compagnie. Elise pouvait lire la peur dans son regard, mais à sa grande surprise, elle faisait aussi preuve d’un courage et d’un sang froid admirable pour son jeune age. Angélique tremblait et était sur le point de pleurer, mais sa frayeur la galvanisa : elle agrippa la main de l’homme et se mit a se débattre.<br />
<br />
« Ne l’écoutez pas ! il faut protéger la Reine ! » hurla la jeune fille en luttant avec l’énergie du désespoir.<br />
<br />
Le bandit la gifla violemment pour lui faire lâcher prise, offrant à Elise juste le temps qu’il lui fallait pour agir. Elle bondit en avant avec une vigueur toute féline en poussant de toutes ses forces sur sa jambe droite, planta son pied gauche en appuie afin de pouvoir s’élancer dans un mouvement du bas vers le haut tout en propulsant sa lame en avant. L’estoc fut ainsi foudroyant et transperça le bras du bandit déchirant la chair et sectionnant les nerfs lui faisant lâcher son arme. A toute vitesse, Elise retira sa lame de son bras, puis porta un léger coup en arc de cercle a hauteur de sa cuisse pour l’empêcher de s’enfuir.<br />
<br />
Elle le voulait vivant.<br />
<br />
Réduit à l’impuissance, tiraillé par la douleur et quasi incapable de tenir debout, le bandit se laissa choir sur le parquet brun et montra ses mains en l’air en signe de reddition. Elise rompit sa posture de combat et adressa le salut traditionnel des escrimeurs en plaçant sa rapière a la verticale devant son visage.<br />
<br />
« Monsieur mon père m’a toujours apprit à saluer ceux qui savent admettre leur défaite » dit elle à l’intention du brigand.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les gardes du château avait fini par arriver dans le salon, alerté par les cris et le vacarme du combat. Ils avaient été fort étonné de voir qu’une troupe de 3 hommes avait été mis en déroute par une jeune femme, et ne l’aurait jamais cru si le récit ne leur avait été fait par la Reine elle même.<br />
<br />
Elise leur fit un rapide rapport et ordonna qu’on se mette à chercher comment ces individus avaient pu infiltrer le château. Bien que peu enclin à obéir à une femme, les gardes sentirent sur eux le regard furieux de la Reine et se mirent aussitôt en mouvement.<br />
<br />
L’agitation retombé, Elise s’écroula sur un fauteuil et commença a dénouer la coiffe de dentelle blanche qu’elle avait sur la tête et a entrouvrir son chemisier pour se mettre à l’aise. Bien que choqué par cette attitude nonchalante, la Reine et les dames eurent à cœur de ne pas faire de remarque à leur héroïne.<br />
<br />
« Mademoiselle de Chateauciel, sans votre intervention je ne sais ce qu’il serait advenue de nous. Recevez au nom de la Nation toute entière nos remerciements » dit la Reine solennelle.<br />
– Hum ? oh ne faites pas de manière votre altesse. Je n’allais pas laisser ces sagouins interrompre une si passionnante lecture ! » répondit Elise pince sans rire<br />
– Vous moqueriez vous mademoiselle ?<br />
– Pour sûr non ma Reine… » conclu Elise consciente d’avoir franchie certaines limites.<br />
<br />
La Reine ordonna aux dames de quitter le salon afin de pouvoir s’entretenir avec Elise. Elles s’exécutèrent, saluant la Reine l’une après l’autre, n’adressant aucun regard à Elise. Seule Angélique s’arrêta à coté d’elle. La jeune fille lui prit les mains et les embrassa.<br />
<br />
« Soyez Bénie, vous avez fait preuve de plus de courage que tous les chevaliers de la cours<br />
– Et encore : vous me verriez en action sans cet accoutrement, vous en auriez le souffle coupé ! » répondit Elise. « Et vous aussi ma toute belle vous avez été courageuse : mais de grâce, la prochaine fois ne prenez pas le risque de blesser votre joli minois ! »<br />
<br />
Angélique rougit et se retira après une révérence.<br />
<br />
Une fois seule avec la Reine, Elise se montra bien plus formelle et protocolaire. Sans public pour apprécier, elle n’avait aucune envie de faire le pitre.<br />
<br />
« Vous êtes là sur ordre du Cardinal je suppose ? » demanda la Reine<br />
– C’est exact votre Altesse. Son Excellence soupçonnait une perfidie et à préférer palier à toute éventualité.<br />
– Cet homme à vraiment des yeux et des oreilles partout…<br />
– Je dirais que pour un premier ministre c’est une qualité ?<br />
– Son Excellence n’est pas en très bon terme avec moi… comment se fait il qu’il se montre si prévenant à mon égard ?<br />
– Ma Reine, je ne saurais répondre à sa place, mais permettez moi de pensez qu’il attache à votre vie plus d’importance que vous ne semblez le croire. Il sait que malgré ce que vous avez tramés contre le Roi, ce dernier vous voue une fidélité inflexible.<br />
– Il ne m’accordera même pas la délivrance de la mort…<br />
– Contrairement aux rumeurs, le Cardinal se soucie plus du royaume et du Roi que quiconque, et votre perte serait un coup fatal qu’il ne peut se permettre…<br />
– Ah… enfin un peu vérité » dit la Reine accablée<br />
– Qu’importe : sachez qu’en ma présence nul ne saurai attenter impunément à votre vie<br />
– Les filles de Chateauciel semblent aussi téméraire que le veut leur réputation… »<br />
<br />
Le comté de Chateauciel était un territoire particulier qui depuis l’époque de Charlemagne ne figurait sur aucun registre. Il était constitué de quelques terres aux alentours de Chantilly et ne pouvait se comparé à nul autre comté tant il était modeste. Bien que nobles, les Chateauciel n’avait aucun droit à la cours et ne pouvait obtenir de faveur, ceci afin de les rendre intouchables et incorruptible puisque nul ministre ne pouvait leur promettre quoi que ce soit. C’était de toute façon sans compter sur la fidélité légendaire des Chateauciel, et leur code d’honneur inflexible.<br />
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Fils ou filles, tous maniaient l’épée et montaient à cheval depuis leur plus jeune age, tout en apprenant un métier qui leur permettrait de vivre à proximité de la cours si nécessaire afin de mieux assurer leur mission. Ils n’aspiraient qu’a accomplir leur devoir, et à mourir si cela pouvait préserver le pays.<br />
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A cette époque, c’était le Cardinal de Richelieu qui avait autorité sur Chateauciel, et c’était lui qui avait introduit il y’a quelques semaine de ça Elise auprès de la Reine comme servante.<br />
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« Est il dans vos attributions de retrouver les commanditaires de cette félonie ? » demanda la Reine<br />
– Si tel est le bon vouloir du Cardinal, je traquerai celui qui se cache derrière cette tentative et le passerai par le fil de mon épée.<br />
– Alors ne perdez pas de temps ici : aller voir votre maître de ma part et faite lui savoir qu’il à toute ma reconnaissance, mais je n’aurai de repos que lorsque les coupables seront châtiés.<br />
– Avez vous confiance dans votre garde après ce qui vient de se passer ?<br />
– J’aime à croire que votre coup d’éclat refroidira suffisamment longtemps les ardeurs de mes ennemis.<br />
– C’est me prêter bien des mérites votre majesté… »<br />
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La Reine observa Elise : elle lui enviait cette force et cette fougue qu’elle même ne pouvait se permettre.<br />
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« J’aimerai aussi vous remercier comme il se doit » Dit L’infante. « Je ferais créditer à votre intention mille livres pour votre courage.<br />
– Votre générosité me va droit au cœur ma Reine. Cependant, pourriez vous donner cette somme a l’orphelinat de l’Épervier à Paris ? Cela me ferait d’autant plus honneur. »<br />
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La Reine apprécia le geste, et répondit d’un hochement de tête à Elise puis l’invita du regard à sortir. La jeune femme s’inclina respectueusement, puis quitta le salon à reculons.<br />
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Avant de partir pour Paris, Elise avait remis ses habits de cavalière. Sa tunique bleu roi frappé des armes de la maison Chateauciel la faisait ressemblait de loin à un mousquetaire. Cependant, en y regardant bien, on remarquait non seulement le blason marqué d’une étoile et pas d’une fleur de Lys, mais surtout, la courbure de ses hanches et de sa poitrine pourtant serrer par un bandage afin de ne pas l’encombrer.<br />
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Elise portait un chapeau gris avec une longue plume blanche qu’elle tenait d’un de ses cousins qui prétendait l’avoir ramené du nouveau monde. Bien que sceptique quand à la véracité de cette histoire, l’affection qu’elle portait à son parent lui faisait accepter de croire que c’était une vraie relique des colonies. Elle devait sans cesse le rattraper, car avec le vent battant qui secouait la route, elle manquait à chaque galop de le perdre. Elle voyagea ainsi le bras quasi en permanence sur la tête à tenir son chapeau.<br />
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Arrivant à Paris par l’Ouest, elle fit halte dans une auberge pour faire boire son cheval et reposer ses jambes fatiguées par la route. Tous ceux qu’elle croisait avait un regard étonné à la vue d’une femme portant l’épée, mais Elise avait depuis longtemps cesser de prêter attention à ces marques de mépris. Pour sa mission, être une femme était le plus parfait des déguisements et l’artifice le plus efficace pour prendre l’ascendant sur un adversaire. Combien était tombé sous son épée parce qu’il ne pouvait la considérer comme un ennemi duquel il faut se méfier ?<br />
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Assise a une table en train de dévorer avec appetit un demi poulet accompagné d’un pichet de vin, Elise ne prit pas garde à l’homme en noir arrivant sur sa droite. Du moins c’est ce qu’il avait cru jusqu’au moment ou, voulant l’abordé en posant sa main sur son epaule, il vit jaillir de nulle part la lame d’une rapière qui se pointa sous sa gorge. La jeune femme le dévisagea tout en finissant de sa main libre de grignoter la cuisse de son poulet.<br />
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« Tiens tiens… voyez ce que le chat nous rapporte ! » dit Elise « Et bien Fifrelin : je peux savoir pourquoi tu interromps mon repas ? »<br />
– Du calme Elise… je viens seulement porter un message<br />
– Du Cardinal je suppose ?<br />
– Son Excellence à eut vent de votre retour précipité à Paris et voulait vous éviter la peine d’aller jusqu’au Louvre<br />
– Bah voyons… il faut croire que les oiseaux messager n’ont pas fini de voler au dessus de Paris pas vrai ? Aller… assied toi et sert toi un verre. Je me sens d’humeur à partager un peu de compagnie ! »<br />
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Fifrelin s’installa à la droite d’Elise qui fit signe à l’aubergiste d’apporter un verre supplémentaire ainsi qu’un autre pichet de vin. Elle continua à manger avec appétit tandis que l’émissaire du Cardinal expliquait le but de sa mission.<br />
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« Comme nous le pensions, c’est le Duc de Luynes qui a tenter de s’en prendre à la Reine<br />
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– Je ne comprends toujours pas pourquoi ce faquin agit de la sorte : n’est il pas ami du Roi ?<br />
– Luynes sait que le Roi ne reniera jamais la Reine : il est trop pieu pour ça. Mais il sait aussi que leur relation est un poison pour la cours. Le Cardinal pense qu’il veut forcer le destin pour que le Roi se focalise sur les affaires du pays.<br />
– Et le Cardinal s’y oppose ? Fifrelin l’homme que tu me dépeins n’a rien du Richelieu que je connais !<br />
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– Oh chère Elise rassurez vous : le Cardinal verrait un grand intérêt à faire sortir la Reine de l’échiquier… mais il sait aussi que le Roi ne s’en remettrait pas. Notre souverain est un homme bon…<br />
– Bon au point de punir son épouse d’avoir fait une fausse couche…<br />
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– Peut on lui en vouloir ?<br />
– Puisqu’il est si pieu, il devrait comprendre le message que le Ciel lui envoi… »<br />
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Elise avala une nouvelle rasade de vin et demanda un troisième pichet à l’aubergiste.<br />
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« Quel est donc ma mission maintenant ? » reprit Elise avec sérieux<br />
– Le Cardinal veut que vous retrouviez celui qui à payer les mercenaires. Cela serait un moyen de prouver le lien entre ses hommes et le Duc.<br />
– Tu as sans doute une piste à m’indiquer ?<br />
– Oui pour sûr : le survivant de l’attaque de ce matin avait sur lui un sauf conduit pour passer la frontière…<br />
– Ce genre de document n’est pas rare : cela ne prouve rien<br />
– Certes, mais le document en question porte un sceau des offices du palais, ce qui veut dire qu’il à été validé par une haute instance…<br />
– Hum… voila qui est déjà mieux : en effet quel dignitaire s’amuserai à donner ce genre de document à un vulgaire mercenaire.<br />
– Il s’avère que le Cardinal avait déjà eu vent d’une affaire de document falsifier. Il semble bien qu’un des membres du cabinet arrondirait ses fins de mois en validant des documents. Nous l’avons fait arreter il y’a 2 jours, et il pourrait être bon de l’interroger.<br />
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– Je suppose que je dois me rendre au Châtelet ?<br />
– Bonsard vous y attends : tout est déjà arrangé<br />
– Fort bien : et ensuite ?<br />
– Le Cardinal préfere vous tenir éloigné du Palais Royal. A moins que vous ne passiez une robe…<br />
– Cette remarque est assez ironique de la part d’un cardinal n’est il pas ? »<br />
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Sinistre place forte dressé depuis le moyen age, le grand Chatelet était le siège de la police, mais aussi et surtout un cachot. Elise avait laissé son cheval à l’auberge et se presenta à pied à la porte principale. Elle fût immédiatement recue par Bonsard, homme de confiance du Cardinal et accessoirement administrateur de la forterresse.<br />
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Il la conduisit a travers le dédale de pierre froide et mal dégrossi que formait les cachots, et l’invita à s’installer dans un petit office qui lui avait été aménagé à la va vite dans un cachot dont la porte ne fermait plus à cause de la rouille. L’endroit empestait notamment a cause de l’humidité.<br />
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Elise attrapa dans sa poche un mouchoir brodé offert par sa grand mère et le plaqua sur son nez pour atténuer l’odeur, sans grand succès. Bonsard arriva alors accompagné de plusieurs garde en arme, et d’un prisonnier couvert de chaînes cliquetantes à chacun de ses pas.<br />
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L’homme portait un élégant veston qui souffrait cependant d’avoir été porté plusieurs jour de suite. Une barbe naissante commençait à se dessiner sur son visage rond tandis que ses yeux creusé montraient sans équivoque la violente fatigue du prisonnier.<br />
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Il fût installé sans ménagement devant Elise qui commença au plus vite son interrogatoire.<br />
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L’homme se nommait Alphonse de Sancilly, et servait comme secrétaire au bureau du ministre. Lettré et habile avec les chiffres, il avait été engagé afin d’assurer les registres comptable de plusieurs comté ainsi que d’autres mission qui variaient selon les besoins. La polyvalence d’Alphonse lui valait d’excellent retour de toute part, mais il s’avéra qu’il truquait les registres et détournait de l’argent.<br />
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Prit par le Cardinal, il allait être jugé, et probablement exécuté pour un tel crime.<br />
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Elise, sans rien promettre, lui expliqua que sa coopération pourrait lui valoir un retour en grâce aux yeux de Richelieu, et qu’il valait mieux que le Cardinal soit de son coté plutôt que son adversaire. Conscient de jouer sa vie, Scancilly ne se fit pas prier pour se mettre à table.<br />
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Il expliqua que le Duc de Luynes lui avait proposé 500 livres pour rédiger et cacheter 4 saufs conduits, sans lui dire exactement à quoi il les destinait. Elise demanda s’il existait une preuve, ce à quoi Scancilly répondit que non, et que tout avait été traité de la main à la main.<br />
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Luynes était un homme intelligent, et la jeune femme ne fut pas surprise qu’il ait été aussi prudent.<br />
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« Monsieur » dit la jeune femme « vous comprendrez que vous n’obtiendrez rien d’une information qui ne saurait se vérifier. Le Cardinal ne rend pas de faveur sans quelque chose de solide en retour !<br />
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– Pitié madame ! je vous jure qu’il n’y à rien : j’ai fait ces 4 cachets et les ai remis à un des secrétaires du Duc et…<br />
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– Combien de cachet avez vous dit ? » Coupa Elise qui n’avait pas préter attention à ce détail précédement.<br />
– Quatre madame. Mais je vous répète que je ne sais pas à qui ils étaient destinés<br />
– Et ces 4 cachets, y’aurait il un moyen de prouver qu’ils ont été fait par vous en particulier ?<br />
– Hum… Oui cela est possible : le sceau que j’utilise est un peu abimé : le motif de la fleur de Lys à une feuille coupé à moitié… »<br />
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Elise n’en écouta pas plus et quitta le cachot a grande enjambé à la surprise de tous. Après un petit instant, elle revint sur ses pas pour reprendre son chapeau qu’elle avait oublié dans sa hâte, puis indiqua à Scancilly qu’il pouvait être assuré que si ses informations étaient vraies, le Cardinal saurait s’en souvenir.<br />
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Elise quitta le châtelet avec hâte et fit un détour par la rue de la ferronnerie où un petit appartement discret servait de point de repli aux agents du Cardinal. Elle y prit quelques affaires utiles tout en repensant à la situation.<br />
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Le Duc avait fait faire 4 cachets, mais seuls 3 bandits avait tenté de s’en prendre à la Reine. Il y’avait donc un cachet dans la nature : soit dans les mains d’un autre complice, soit encore en possession du Duc pour un usage ultérieur. La jeune femme était persuadé que Luynes avait prévu de l’utiliser pour lui même au cas ou son plan échouerait et qu’il lui faudrait quitter le pays.<br />
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Pour l’instant, il ignorait si son plan avait réussi où non, mais il fallait agir vite, car d’ici la tombé de la nuit, les espions du Duc ne manquerait pas de l’informer de la situation.<br />
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Elise devait retrouver ce document, et ainsi avoir la preuve formelle que le Duc était le responsable. Il lui fallait donc se rendre de toute urgence au château de Vincennes. Ancienne demeure du jeune Louis durant la régence, elle servait le plus souvent au Duc lorsqu’il était dans la région, afin qu’il puisse profiter du domaine de chasse tout proche. Beaucoup disait d’ailleurs que c’était cette passion pour la chasse qui l’avait aidé à ce rapprocher du souverain.<br />
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une fois son paquetage regroupé dans une lourde sacoche de cuir, Elise retourna à l’auberge chercher son cheval, et se dirigea à bride battu vers Vincennes<br />
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Elise avait laisser une fois de plus son cheval dans un auberge, afin de pouvoir approcher du château plus discrètement. Profitant de la discrétion qu’offrait les bois alentour, elle s’approcha à moins d’une lieue puis enfila par dessus sa tenue de chevalier une robe quelque peu froissé d’avoir été entassé dans la sacoche, mais de belle facture et qui elle l’espérait ferait illusion le temps nécessaire a sa mission. Elle attacha son arme sous son jupon via des rubans prévu à cet effet, et s’assura qu’on entende pas le cliquetis de l’arme lorsqu’elle bougeait.<br />
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Suivant le sentier menant au chateau, elle se présenta devant les gardes posté aux grilles en trottinant et en gémissant. Elle avait élaboré en chemin une stratégie quitte ou double qui allait lui permettre rapidement d’entrer.<br />
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« Doux seigneur ! » dit elle d’une voix faussement exténué « Par pitié messieurs je vous en prie : ma calèche à été attaqué par des brigands ! ils sont à mes trousses ! »<br />
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Les gardes regarderent le sentier et ne virent évidement personne. L’un d’eux s’approcha d’Elise qui fit semblant de défaillir dans ses bras.<br />
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« Juste ciel ! J’ai cru que ma dernière heure était arrivé ! Oh mon Dieu c’est terrible, ces bandits m’on détroussé ! ils ont tué mes valets avant de me voler… j’ai pu fuir par la forêt tandis qu’ils se battaient pour savoir lequel m’infligerai les derniers outrages ! mais je me suis perdue… ah Seigneur Dieu ! j’ai eu si peur ! »<br />
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Elise sanglota contre l’épaule du garde qui la rassura avec compassion et bienveillance. Il informa le sergent de faction de la situation, et ce dernier ordonna qu’on la fasse entrée dans le quartier des gardes, puis conscient que ce n’était pas un endroit pour une dame, prit l’initiative de la faire conduire sous bonne garde dans un des appartements vacant. Le château était en effet surtout utilisé comme point stratégique militaire, et les lieux de résidence était le plus souvent désert. Il ordonna aussi qu’une patrouille parte immédiatement à la recherche des brigands.<br />
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Elise savait que dès lors que les gardes réaliseraient qu’il n’y avait aucune calèche abandonnée ni de signe d’attaque, il découvrirait la supercherie. Mais d’ici là, elle pensait pouvoir disposer d’une bonne heure.<br />
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La jeune femme se retrouva donc dans un petit bureau au mur blanc et au sol couvert d’un lourd tapis bleu nuit dont on parvenait difficilement à deviner les motifs tant ils étaient sombres. A la porte se tenait un des gardes qui avait reçu pour ordre de la surveiller.<br />
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Elle rechignait à faire du mal aux soldats, car ses derniers avaient été de parfait gentilhomme. Pourtant, elle allait devoir trouver un moyen de le neutraliser et vite.<br />
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Jouant de ses charmes, Elise dégagea le décolleté de sa robe juste ce qu’il fallait pour mieux berner le garde, puis se présenta à la porte en minaudant.<br />
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« Pardonnez moi chevalier… » dit elle « voudriez vous bien rester dans la pièce avec moi ?  j’ai encore l’image de ces horribles bandits me pourchassant et je serai plus que rassurer d’avoir un vaillant jeune homme avec moi… »<br />
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Mais tandis qu’elle papillonnait du regard, elle remarqua que le garde semblait avoir plus d’appétit pour le dos puissant du colosse en tenue d’officier qui venait de passer le couloir que pour sa généreuse poitrine.<br />
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Le garde expliqua à Elise qu’il ne pouvait pas manquer à son poste et qu’il devait rester ici. Feignant la vexation, Elise claqua la porte et envisagea un plan B. Elle quitta ses beaux atours et reprit une tenue plus pratique.<br />
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Observant la cour depuis la fenêtre du petit bureau, elle aperçu le Duc qui pénétrait dans l’aîle Est du bâtiment. Sans réfléchir, Elise ouvrit la fenêtre et longea la façade, se désarticulant pour passer sous le montant des fenêtres afin de ne pas être vue.<br />
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« Elise pauvre sotte ! » jura t’elle pour elle même « Père avait raison : tu devrais réfléchir avant d’agir ! »<br />
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Arrivée à l’angle d’un mur, elle grimpa sur la statue de Saint Michel qui s’y trouvait et progressa ainsi jusqu’au toit. Elle put ainsi progresser plus discrètement, mais elle devait prendre garde tant les tuiles étaient glissantes à cause de la pluie tombé le matin qui n’avait pas encore séché.<br />
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La haute tour centrale de pierre blanche projetait sur Elise une ombre bienvenue qui limitait les chances qu’elle se fasse voir. Elle put ainsi se risquer a descendre sur la façade Est à la recherche d’un passage plus opportun. La chance lui sourit sous la forme d’une fenêtre dont le montant était de travers, et qu’un bon coup de pied bien placé fit s’ouvrir sans trop de bruit.<br />
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Elise essayait de s’orienter lorsqu’elle entendit du bruit. Rapidement elle se dissimula derrière une grand bibliothèque. Des pas résonnèrent dans le couloir adjacent, tandis que des voix trop diffuses pour être intelligibles se faisait entendre. Elles s’approchèrent, et Elise put reconnaître le Duc en train de parler à son homme de main, le chevalier Alberich de Frey, fine lame et soldat accompli.<br />
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« Nous attendons toujours des nouvelles de Saint Germain messire » dit Alberich<br />
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– Peste ! » dit le Duc « Je ne serai tranquille que lorsque je saurai que cette garce espagnole sera répudié comme il se doit ! Louis n’a pas été assez ferme avec elle : mais moi je n’aurai pas cette faiblesse : elle causera notre perte si on y prend pas garde ! »<br />
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Elise ne put entendre le reste de la conversation, mais cette bribe fût suffisante pour confirmer l’implication du Duc. Mais sa seule parole ne valait rien : il fallait une preuve. Une fois certaine que la voie était dégagé, elle entrouvrit la porte et avança dans le vaste couloir à pas de loup.<br />
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Ce qu’elle cherchait devait se trouver dans les appartements du Duc, il était donc inutile de fouiller chaque petite pièces du bâtiment. Elle préféra suivre Alberich et son maître, dans l’espoir qu’ils la mène a destination. la traque était facilité par les vocifération du Duc, permettant à Elise de s’orienter et surtout de savoir si elle se rapprochait trop. Apres quelques instant de déambulation, elle fini par entendre un bruit de porte, tandis que les voix s’estompaient.<br />
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« Le chat est tapis dans sa tanière » dit Elise pour elle même « Mais les souris sont pleine d’astuces ! »<br />
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Dans un premier temps, l’intrépide chevalier étoile voulut entrer dans un des bureaux voisin pour accéder aux appartements du Duc par la fenêtre de la même façon qu’elle était sortie du bureau blanc. Mais voila, le Duc allait peut être rester des heures a s’entretenir avec son lieutenant, elle ne pouvait s’offrir ce luxe et devait trouver un moyen de les attirer dehors.<br />
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Elise décida alors d’employer les grand moyens. Elle retourna sur ses pas et entra au hasard dans un pièce non sans s’être assurer qu’elle était vide. C’était une chambre coquette mais bien en deçà des luxueux appartement royaux qui se trouvaient dans l’aile nord, en face de la chapelle. Il y faisait froid, signe que l’endroit n’avait pas été chauffé depuis des lustres, et que l’humidité s’était accumulé depuis des mois. La jeune femme fouilla les armoires, n’y trouvant que des draps et quelques bougies rangées prêt de la table de chevet. Malgré tout, elle fut satisfaite et emporta le tout.<br />
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Elle ramena avec elle son butin et commença à disposer les draps en tas quasiment en face du bureau du Duc. Elise tira alors de sa tunique un morceau d’Amadou quelle coinça contre le mur, puis le frotta avec une tige de métal comme celle servant au mousquet. En quelques instant, des étincelles embrasèrent l’Amadou qu’elle laissa tomber sur les draps.<br />
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Elise pénétra dans le bureau le plus proche de celui du Duc, certaine que ce dernier n’aurait pas permis qu’il soit occupé. Elle ouvrit la fenêtre avec précaution, et commença de nouveau a parcourir la façade. L’exercice était cependant plus difficile de ce coté du bâtiment qui donnait côté jardin, et elle ne dut qu’a son agilité de chat de ne pas tomber.<br />
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Elle s’approcha de la fenêtre du Duc, mais resta à bonne distance, et tendit l’oreille.<br />
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Comme elle l’avait espérer, l’acre fumé avait alerté les gardes qui vinrent frapper à la porte du Duc pour lui demander de quitter les lieux le temps qu’ils contrôle l’incendie. Une fois ceci fait, Elise força la fenêtre sans ménagement, et pénétra le bureau.<br />
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A sa grande surprise, l’endroit était spartiate et ne faisait signe d’aucune opulence. L’endroit fut facile a fouiller, et Elise trouva ce qu’elle cherchait dans un cahier de cuir brun qui contenait la correspondance du Duc. Les messages qu’elle y trouva étaient pour la plupart codé, mais la lettre de sauf conduis au nom du Duc était elle parfaitement identifiable.<br />
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Elise tenait sa preuve, mais il lui fallait maintenant trouver un moyen de fuir. Le couloir devait être submergé de garde, il ne lui restait donc que la fenêtre. Il y’avait cependant bien 15 mètres de haut jusqu’au sol : autant dire qu’il lui serait impossible de sauter.<br />
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Coincé si prêt du but, la jeune femme pesta. Elle entrouvrit la porte avec minutie pour observer ce qui se passait, son esprit fonctionnant à plein régime pour trouver une porte de sortie.<br />
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Les gardes avaient étouffé le feu en utilisant un des grands tapis qui devait se trouver dans un des appartements proche, tout en lançant quelques baquet d’eau qu’ils avaient ramené a grande enjambé des cuisines. Pour l’instant, ils ouvraient les fenêtre pour chasser la fumer, et ne portait aucun regard dans la direction d’Elise. Risquant le tout pour le tout, elle ouvrit la porte et s’élança dans le couloir dans le direction opposée, espérant être assez rapide pour distancer les gardes.<br />
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Le bruit de ses pas attira bien entendu l’attention, mais ce n’est que lorsqu’elle fût arrivé de l’autre coté que les gardes réagirent :<br />
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« Halte là ! un intrus ! » hurla t’on<br />
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Elise descendit les escaliers a toute jambes, sautant les cinq dernières marches pour aller plus vite. Elle arriva à bout de souffle au rez de chaussé et se précipita vers la porte la plus proche. Elle tomba dans les cuisines où les marmitons s’attelaient à préparer le dîner. ils la regardèrent avec surprise.<br />
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« Pardonnez moi messieurs ! » demanda la jeune femme avec douceur « il y’a bien une sortie par ici ? »<br />
– Oui madame » répondit un solide gascon arborant une impériale moustache grise « Mais puis je savoir ce que vous faites dans ma cuisine ?<br />
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– Oh si peu monsieur »<br />
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Elise fut interrompu par l’entrée d’un garde qui la voyant s’apprêta à donner l’alerte. Elle attrapa un pichet de terre cuite qu’elle lui lança avec précision au visage, puis lui sauta dessus l’assommer d’un grand coup de coude dans la tempe.<br />
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« Je crois que je ne pourrais pas rester pour dîner ! » dit elle au gascon « c’est bien dommage : ça sent très bon ! »<br />
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Elise traversa la salle à toute jambe puis prit la porte menant à la réserve. En s’aventurant plus avant, elle trouva un accès vers une petite cours extérieur, elle même donnant tout droit accès aux jardins, puis à la forêt.<br />
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Galvanisé, la jeune femme retrouva des forces et s’élança. Elle entendit alors des bruits de mousquet claquer depuis les hauteurs, et presque aussitôt le sifflement des balles qui pleuvaient dans sa direction.<br />
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« Peste ! peste ! peste ! » jura t’elle tout en pressant l’allure a s’en déchirer les poumons.<br />
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L’au ré du bois fût son salut et elle put disparaître entre les arbres. Au loin, elle entendait l’alerte et l’aboiement des chiens qui allait être lâche à ses trousses.<br />
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Après avoir semé ses poursuivant et repris sa monture, Elise avait chevauché à toute allure jusqu’au Palais Royal afin de remettre en main propre sa trouvaille au Cardinal. Mais à sa grande surprise, elle trouva un obstacle de taille sur son chemin.<br />
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Posté ostensiblement devant la grande herse du Palais, Alberich de Frey l’attendait, la main sur l’épée en signe de défi. Elise ne se défila pas et mena son cheval jusqu’à l’entrée puis en descendit pour faire face à Alberich.<br />
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« Messire de Frey… » Dit elle « je vois que mon détour vous à laisser le temps d’arriver avant moi<br />
– Il était évident que vous viendriez ici mademoiselle Chateauciel<br />
– Certes. Je suppose donc que vous êtes l’ultime va-tout du Duc ?<br />
– L’enjeu en est à ce point en effet. Mais je suis heureux de voir que vous ne vous défilez pas en essayant de passer par les fenêtre…<br />
– Oh ne m’en parlez pas : ça n’est pas demain que je referai pareille folie !<br />
– Encore faudrait il que vous en soyez capable…<br />
– Vous me menaceriez ? ça n’est pas très élégant de la part d’un chevalier<br />
– Vos duperies sont peut être efficace avec des adversaires moins méfiant, mais pour ma part je ne ferai pas la bétise de vous sous estimez toute femme que vous êtes. C’est le chevalier étoile que je défi : pas une jeune femme »<br />
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Elise fît une révérence<br />
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« Merci mon doux prince : c’est si rare d’être considéré comme il se doit de nos jours<br />
– Relevez vous le gant ?<br />
– Je manquerai à mon devoir de ne point le faire. Mais je suis anxieuse de devoir vous occire juste devant la demeure du Cardinal.<br />
– Auriez vous peur ?<br />
– Serais je là si c’était le cas ?<br />
– Certes… que proposez vous<br />
– Un duel en bonne et due forme. Premier sang ou mise à terre, à votre guise.<br />
– Vous mettre à terre est une perspective aguichante… Si vous gagnez je vous cede le passage<br />
– Et dans le cas contraire, je jure sur mon honneur de vous remettre ce que j’ai prit à votre Duc… »<br />
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les deux adversaires échangèrent un regard et aquiesserent mutuellement. Alberich tira l’épée et attendit qu’Elise en fasse de même.<br />
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« Permetez ? » demanda t’elle en désignant la bride de son cheval<br />
– Quel gouja je fais : bien entendu » répondit Alberich en rabaissant son épée.<br />
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Elise accrocha son cheval à la cloture du Palais sous les yeux médusé des gardes en factions. Ils avaient recu l’ordre d’Alberich de ne pas intervenir, ce dernier leur ayant expliqué qu’il s’agissait d’un duel d’honneur entre chevalier.<br />
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« Merci de votre patience mon bon chevalier. Je ferai honneur à votre savoir vivre : En garde ! »<br />
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Elise tira l’épée, salua et se mit en position.<br />
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Alberich porta la première attaque, visant le centre pour étudier un peu son adversaire. Elise étant plus petite que la moyenne de ses adversaires, il devait ajuster un peu plus bas ces coups et avait besoin de jauger les distances avant de prendre plus de risque.<br />
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Elise de son coté, esquivait et tenait Alberich à distance. Elle connaissait sa réputation et savourait le duel, oubliant sa mission. Par provocation, elle porta une pichnette du bout de sa lame pour piquer le bord du chapeau d’Alberich et le faire tomber, révélant ses cheveux blond. Elle baissa un instant sa garde pour qu’il puisse reprendre son couvre chef, geste qu’il salua de la main. Le combat repris de plus belle, mais ce fût cette fois Elise qui menait l’assaut.<br />
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Usant d’un style peu académique, elle effectuait des mouvements latéraux pour perturber la ligne d’attaque de son adversaire, tout en créant des brêche où s’engoufrer. Mais voila, Alberich avait l’avantage de l’allonge, et il parvenait toujours à maintenir sa défense.<br />
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« Mademoiselle  » dit il « dans d’autres circonstances, je me serai précipité chez monsieur votre père pour demander votre main !<br />
– Allons bon ? Si vous n’avez besoin que d’une main : la votre devrait faire l’affaire ! »<br />
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Le chevalier de Frey esquissa un sourire amusé auquel Elise répondit. D’une certaine façon elle aussi regretta de devoir s’opposer à un si brillant chevalier.<br />
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Le combat durait déjà depuis un bon moment, et les deux adversaires commençait a sentir la fatigue. Car maintenir une garde, et brandir plusieurs kilo d’acier a bout de bras était un exercice épuisant. Elise comprit que c’était la dessus que comptait Alberich : ayant plus de force, il fatiguerait moins vite et gagnerait sur la longueur. Mais c’était sans compter sans l’astuce et la vivacité de la jeune femme.<br />
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Le chevalier étoile tenta une ultime botte afin d’en finir avant d’être totalement épuisée : elle se lança en hurlant sur son adversaire, lame en avant. Le mouvement était grossier et sans panache, et Alberich n’eut aucun mal à l’anticiper : sûr de son allonge, il lança un coup d’estoc qui lui garantirait la victoire. Mais au dernier moment, Elise jeta son épée en l’air et fit une roulade sur ses épaules pour passer sous le coup de l’adversaire.<br />
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Le regard d’Alberich resta focalisé sur l’arme qui décrivait un mouvement désordonné au dessus de lui. Il comprit alors, mais trop tard, son erreur.<br />
<br />
Lorsque Elise termina sa rotation, elle avait un genou à terre et se trouvait à moins d’un mètre d’Alberich. Elle poussa sur sa jambe, profitant de l’inertie de sa roulade pour avoir encore plus de puissance, et percuta le chevalier de Frey en plein dans l’estomac, épaule la première.<br />
<br />
Ce coup de bélier lui coupa le souffle et le renversa a terre ou il se cogna violement la tête contre le pavé.<br />
<br />
Elise se releva, chancelante tandis que Alberich cherchait encore à retrouvé son souffle étalé sur le sol.<br />
<br />
« Et bien mon bon chevalier… » dit Elise en reprenant son souffle elle aussi « Je crois que pour aujourd’hui la maison Chateauciel marque le point ! Évitez de raconter cela à monsieur mon père si d’aventure il vous venait l’idée d’aller lui quérir ma main… »<br />
<br />
Cassé en deux par la douleur, Alberich ne put malgré tout s’empécher de sourire tandis qu’Elise entrait dans le Palais Royal.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le Duc de Luynes entra dans le bureau du Cardinal sans cérémonie. Tout autre que lui aurait été arrêté sur le champ, mais son titre de favori du roi lui offrait certains privilège.<br />
<br />
Assit devant un bureau cossu, le Cardinal écrivait un de ses multiples ordres qu’il expédiait à longueur de temps. Il invita le Duc à s’asseoir et lui exposa la situation avec calme.<br />
<br />
Les preuves qu’il tenait lui permettrait de le faire tomber en disgrace auprès du roi en un instant, mais il préferait une solution plus diplomatique : la confiance du roi envers le Duc était un des ciments du gouvernement, et Richelieu en stratége accomplit savait qu’il était préférable que les choses restent ainsi. Il proposa au Duc de le servir, en échange de quoi il garderait secret cette affaire et lui permettrait même de s’attirer un peu de gloire en le faisant passer pour celui qui avait retrouvé les coupables.<br />
<br />
Acculé le duc n’eut d’autre choix que de ceder. Tête basse, il quitta le Palais Royal, mortifié d’être devenu à son tour un des nombreux pantins du Cardinal.<br />
<br />
Elise qui avait assisté à l’entretient depuis la pièce voisine, entra a son tour.<br />
<br />
« Votre excellence est elle sûre d’avoir fait le bon choix ?<br />
– Ma chère enfant, en politique il faut garder ses ennemis prêt de soi<br />
– Et ses amis plus encore ?<br />
– Voila de bien sage parole »<br />
<br />
Elise prit la direction de la porte, et s’arrêta sur le seuil de celle-ci.<br />
<br />
« Et si jamais il venait à trahir sa parole votre Excellence ?<br />
– Et bien de toute évidence il devra se méfier de la bonne Etoile qui le surveille ! »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Episode exceptionnel avec des invités ! merci à eux d’avoir joué le jeu :)<br />
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[lien Wattpad vers « Le chevalier étoile »](https://www.wattpad.com/159536761-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-chevalier-etoile)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Le chevalier étoile<br />
<br />
Le souffle du vent venant la plaine s’engouffrait à travers la charpente usée de la bâtisse médiévale, chantant une morne mélopée aux accents d’outre tombe plein de mélancolie. Le paresseux soleil de Mars laissait couler sans hâte ses rayons sur les vitres offrant une lumière si sombre qu’il aurait presque fallut allumer des bougies pour y voir clair. Il était bien loin pour Anne D’Autriche, Infante d’Espagne et Reine de France, le temps heureux où elle vivait sous le chaud soleil de Castille.<br />
<br />
Elle détestait séjourner au Château Neuf, à Saint Germain en Laye, mais son devoir passait avant ses attentes et elle se devait de suivre son Roi. Depuis l’enfance, Ana Maria de Asturia savait que sa vie serait ainsi planifiée et régie par une étiquette inflexible qui ne lui laisserai ni libre arbitre, ni affirmation de soi.<br />
<br />
Ignorée par le Roi et constamment sous la surveillance des espions du cardinal de Richelieu, Anne d’Autriche ne trouvait un peu de réconfort que dans la présence de ses dames de compagnies, toutes jeunes filles de la noblesse partageant avec elle le lourd poids que faisait porter sur leurs épaules leurs illustres origines.<br />
<br />
Installé dans le coquet salon des appartements qui lui étaient réservé dans le château, l’Infante d’Espagne écoutait sans passion la lecture du livre des révélations que Mathilde D’Aubriac faisait à l’assemblé.<br />
<br />
Ce récit de fin du monde, la Reine le connaissait presque par cœur. Il faut dire que son éducation religieuse dans la très catholique Espagne avait été rigoureuse. Parfois, la nuit venue, lorsque le sommeil ne l’avait pas encore totalement emporté, Anne priait Dieu pour que sonnent les trompettes de jugement dernier et que ce monde qu’elle avait jadis aimé devienne un champ de ruine…<br />
<br />
Joignant les mains, elle demanda pardon au Seigneur de souhaiter ainsi la mort et la destruction sur le royaume de France.<br />
<br />
Des servantes entrèrent en silence dans le salon, les bras chargé de paniers de fruits qu’elles disposèrent un peu partout, ainsi que d’une grande carafe de cristal remplie d’eau qui fût posée prêt de la Reine.<br />
<br />
C’est alors que la porte des appartements s’ouvrit avec fracas, laissant paraître 3 hommes vêtu de noir, cagoulés et épée en main. En un instant ils se précipitèrent sur la Reine, renversant le guéridon placé sur leur chemin et bousculant les jeunes filles trop pétrifié de peur pour s’écarter.<br />
<br />
Mais alors qu’ils allaient se saisir de l’Infante, une lame fendit l’air en un parfait arc de cercle, droit devant eux, sifflant comme un oiseau de proie prêt à frapper et menaçante comme une antique Némésis sortie du Tartare pour punir et châtier les blasphémateurs.<br />
<br />
« Halte là sombres pourceaux ! Ne vous à t’on pas enseigné les manières qui sont dues aux dames ? »<br />
<br />
Ses propos bravaches n’étaient pas sortie de la bouche d’un fringuant chevalier ou bien d’un vaillant mousquetaire, mais de celle d’une jeune fille en tenue de servante. De taille et de corpulence moyenne, elle avait de long cheveux châtain noué en une lourde tresse qui s’agitait dans son dos a chaque mouvement. Elle menaçait les brigand d’une rapière en lame de Tolède triangulaire et terminé par une garde « a l’allemande » assurant une protection efficace pour la main tenant l’arme. La servante maniait son épée avec dextérité et assurance ce qui se reflétait dans la détermination qui émanait de son regard. Prenant une posture de combat on ne peut plus académique, elle attendait la réaction de ses opposants.<br />
<br />
L’un des trois bandit engagea le fer avec la jeune servante. Vive comme l’éclair, elle porta deux attaque rapide au sommet de la lame de son adversaire pour le forcer a porter son effort vers le haut et à lever légèrement son bras. L’ouverture ainsi crée permis à la bretteuse de porter un coup d’estoc fatal à son ennemi qui s’écroula mortellement blessé. La jeune femme recula d’un pas et se remit en garde.<br />
<br />
« Bon sang mais qui est cette diablesse ! « Jura un des hommes encore debout.<br />
« Je suis Elise de Chateauciel, fille d’Henri de Chateauciel et protectrice de la Reine : La mort sur vous si vous faites un pas de plus ! »<br />
<br />
Les brigands perdirent tous leurs moyens. La jeune femme était de toute évidence une bien meilleure combattante qu’eux. Leur seule et unique chance était d’attaquer à l’unisson pour la submerger. Ils échangèrent un regard et se mirent d’accord sans un mot : l’épée tendue vers Elise, ils était sur le point de charger.<br />
<br />
« Folie… » dit la jeune femme pour elle même en réalisant ce que comptaient faire ses ennemis, comme attristé par ce qui allait inéluctablement arriver.<br />
<br />
Le premier coup porté fût un large coup de haut en bas qu’Elise se contenta d’esquiver en déplaçant son pied d’appuie vers l’arrière tout en maintenant sa garde à hauteur du torse. Cela lui permit de contrôler le deuxième coup qui arriva par sa droite en croisant le fer.<br />
<br />
Convaincu d’avoir créer une ouverture, le bandit jubila tandis que son compagnon portait un violent estoc sur le flanc gauche d’Elise, mais cette dernière tourna sur elle même pour partir vers la droite et esquiver l’assaut sans pour autant perdre le contrôle du croisement de fer. Elle glissa sa lame le long de celle de son adversaire de façon à pouvoir l’approcher sans risque, et lui expédia un violent coup de paume en plein dans la gorge. Le bandit s’écroula en s’étouffant, la pomme d’Adam brisé.<br />
<br />
Il ne restait plus qu’un adversaire à Elise, mais ce dernier s’était empresser de se saisir d’une des jeunes filles qui assistait pétrifié de peur à l’affrontement pour s’en faire un otage. C’était la jeune Angélique de Verneuille, fille d’un haut dignitaire de la cours tout juste âgé de 16 ans. Le bandit avait placer la lame de son épée sous sa gorge tout en l’empoignant par ses longs cheveux bouclés.<br />
<br />
« Lache ton épée ! » ordonna t’il « ou bien je la couvre de rouge ! »<br />
<br />
Elise était hésitante : bien évidement lâcher son arme serait stupide et mettrait en péril la vie de la Reine tout autant que celle d’Angélique. Cependant elle ne pouvait pas se résoudre a laisser mourir la jeune dame de compagnie. Elise pouvait lire la peur dans son regard, mais à sa grande surprise, elle faisait aussi preuve d’un courage et d’un sang froid admirable pour son jeune age. Angélique tremblait et était sur le point de pleurer, mais sa frayeur la galvanisa : elle agrippa la main de l’homme et se mit a se débattre.<br />
<br />
« Ne l’écoutez pas ! il faut protéger la Reine ! » hurla la jeune fille en luttant avec l’énergie du désespoir.<br />
<br />
Le bandit la gifla violemment pour lui faire lâcher prise, offrant à Elise juste le temps qu’il lui fallait pour agir. Elle bondit en avant avec une vigueur toute féline en poussant de toutes ses forces sur sa jambe droite, planta son pied gauche en appuie afin de pouvoir s’élancer dans un mouvement du bas vers le haut tout en propulsant sa lame en avant. L’estoc fut ainsi foudroyant et transperça le bras du bandit déchirant la chair et sectionnant les nerfs lui faisant lâcher son arme. A toute vitesse, Elise retira sa lame de son bras, puis porta un léger coup en arc de cercle a hauteur de sa cuisse pour l’empêcher de s’enfuir.<br />
<br />
Elle le voulait vivant.<br />
<br />
Réduit à l’impuissance, tiraillé par la douleur et quasi incapable de tenir debout, le bandit se laissa choir sur le parquet brun et montra ses mains en l’air en signe de reddition. Elise rompit sa posture de combat et adressa le salut traditionnel des escrimeurs en plaçant sa rapière a la verticale devant son visage.<br />
<br />
« Monsieur mon père m’a toujours apprit à saluer ceux qui savent admettre leur défaite » dit elle à l’intention du brigand.<br />
<br />
***<br />
<br />
Les gardes du château avait fini par arriver dans le salon, alerté par les cris et le vacarme du combat. Ils avaient été fort étonné de voir qu’une troupe de 3 hommes avait été mis en déroute par une jeune femme, et ne l’aurait jamais cru si le récit ne leur avait été fait par la Reine elle même.<br />
<br />
Elise leur fit un rapide rapport et ordonna qu’on se mette à chercher comment ces individus avaient pu infiltrer le château. Bien que peu enclin à obéir à une femme, les gardes sentirent sur eux le regard furieux de la Reine et se mirent aussitôt en mouvement.<br />
<br />
L’agitation retombé, Elise s’écroula sur un fauteuil et commença a dénouer la coiffe de dentelle blanche qu’elle avait sur la tête et a entrouvrir son chemisier pour se mettre à l’aise. Bien que choqué par cette attitude nonchalante, la Reine et les dames eurent à cœur de ne pas faire de remarque à leur héroïne.<br />
<br />
« Mademoiselle de Chateauciel, sans votre intervention je ne sais ce qu’il serait advenue de nous. Recevez au nom de la Nation toute entière nos remerciements » dit la Reine solennelle.<br />
– Hum ? oh ne faites pas de manière votre altesse. Je n’allais pas laisser ces sagouins interrompre une si passionnante lecture ! » répondit Elise pince sans rire<br />
– Vous moqueriez vous mademoiselle ?<br />
– Pour sûr non ma Reine… » conclu Elise consciente d’avoir franchie certaines limites.<br />
<br />
La Reine ordonna aux dames de quitter le salon afin de pouvoir s’entretenir avec Elise. Elles s’exécutèrent, saluant la Reine l’une après l’autre, n’adressant aucun regard à Elise. Seule Angélique s’arrêta à coté d’elle. La jeune fille lui prit les mains et les embrassa.<br />
<br />
« Soyez Bénie, vous avez fait preuve de plus de courage que tous les chevaliers de la cours<br />
– Et encore : vous me verriez en action sans cet accoutrement, vous en auriez le souffle coupé ! » répondit Elise. « Et vous aussi ma toute belle vous avez été courageuse : mais de grâce, la prochaine fois ne prenez pas le risque de blesser votre joli minois ! »<br />
<br />
Angélique rougit et se retira après une révérence.<br />
<br />
Une fois seule avec la Reine, Elise se montra bien plus formelle et protocolaire. Sans public pour apprécier, elle n’avait aucune envie de faire le pitre.<br />
<br />
« Vous êtes là sur ordre du Cardinal je suppose ? » demanda la Reine<br />
– C’est exact votre Altesse. Son Excellence soupçonnait une perfidie et à préférer palier à toute éventualité.<br />
– Cet homme à vraiment des yeux et des oreilles partout…<br />
– Je dirais que pour un premier ministre c’est une qualité ?<br />
– Son Excellence n’est pas en très bon terme avec moi… comment se fait il qu’il se montre si prévenant à mon égard ?<br />
– Ma Reine, je ne saurais répondre à sa place, mais permettez moi de pensez qu’il attache à votre vie plus d’importance que vous ne semblez le croire. Il sait que malgré ce que vous avez tramés contre le Roi, ce dernier vous voue une fidélité inflexible.<br />
– Il ne m’accordera même pas la délivrance de la mort…<br />
– Contrairement aux rumeurs, le Cardinal se soucie plus du royaume et du Roi que quiconque, et votre perte serait un coup fatal qu’il ne peut se permettre…<br />
– Ah… enfin un peu vérité » dit la Reine accablée<br />
– Qu’importe : sachez qu’en ma présence nul ne saurai attenter impunément à votre vie<br />
– Les filles de Chateauciel semblent aussi téméraire que le veut leur réputation… »<br />
<br />
Le comté de Chateauciel était un territoire particulier qui depuis l’époque de Charlemagne ne figurait sur aucun registre. Il était constitué de quelques terres aux alentours de Chantilly et ne pouvait se comparé à nul autre comté tant il était modeste. Bien que nobles, les Chateauciel n’avait aucun droit à la cours et ne pouvait obtenir de faveur, ceci afin de les rendre intouchables et incorruptible puisque nul ministre ne pouvait leur promettre quoi que ce soit. C’était de toute façon sans compter sur la fidélité légendaire des Chateauciel, et leur code d’honneur inflexible.<br />
<br />
Fils ou filles, tous maniaient l’épée et montaient à cheval depuis leur plus jeune age, tout en apprenant un métier qui leur permettrait de vivre à proximité de la cours si nécessaire afin de mieux assurer leur mission. Ils n’aspiraient qu’a accomplir leur devoir, et à mourir si cela pouvait préserver le pays.<br />
<br />
A cette époque, c’était le Cardinal de Richelieu qui avait autorité sur Chateauciel, et c’était lui qui avait introduit il y’a quelques semaine de ça Elise auprès de la Reine comme servante.<br />
<br />
« Est il dans vos attributions de retrouver les commanditaires de cette félonie ? » demanda la Reine<br />
– Si tel est le bon vouloir du Cardinal, je traquerai celui qui se cache derrière cette tentative et le passerai par le fil de mon épée.<br />
– Alors ne perdez pas de temps ici : aller voir votre maître de ma part et faite lui savoir qu’il à toute ma reconnaissance, mais je n’aurai de repos que lorsque les coupables seront châtiés.<br />
– Avez vous confiance dans votre garde après ce qui vient de se passer ?<br />
– J’aime à croire que votre coup d’éclat refroidira suffisamment longtemps les ardeurs de mes ennemis.<br />
– C’est me prêter bien des mérites votre majesté… »<br />
<br />
La Reine observa Elise : elle lui enviait cette force et cette fougue qu’elle même ne pouvait se permettre.<br />
<br />
« J’aimerai aussi vous remercier comme il se doit » Dit L’infante. « Je ferais créditer à votre intention mille livres pour votre courage.<br />
– Votre générosité me va droit au cœur ma Reine. Cependant, pourriez vous donner cette somme a l’orphelinat de l’Épervier à Paris ? Cela me ferait d’autant plus honneur. »<br />
<br />
La Reine apprécia le geste, et répondit d’un hochement de tête à Elise puis l’invita du regard à sortir. La jeune femme s’inclina respectueusement, puis quitta le salon à reculons.<br />
<br />
***<br />
<br />
Avant de partir pour Paris, Elise avait remis ses habits de cavalière. Sa tunique bleu roi frappé des armes de la maison Chateauciel la faisait ressemblait de loin à un mousquetaire. Cependant, en y regardant bien, on remarquait non seulement le blason marqué d’une étoile et pas d’une fleur de Lys, mais surtout, la courbure de ses hanches et de sa poitrine pourtant serrer par un bandage afin de ne pas l’encombrer.<br />
<br />
Elise portait un chapeau gris avec une longue plume blanche qu’elle tenait d’un de ses cousins qui prétendait l’avoir ramené du nouveau monde. Bien que sceptique quand à la véracité de cette histoire, l’affection qu’elle portait à son parent lui faisait accepter de croire que c’était une vraie relique des colonies. Elle devait sans cesse le rattraper, car avec le vent battant qui secouait la route, elle manquait à chaque galop de le perdre. Elle voyagea ainsi le bras quasi en permanence sur la tête à tenir son chapeau.<br />
<br />
Arrivant à Paris par l’Ouest, elle fit halte dans une auberge pour faire boire son cheval et reposer ses jambes fatiguées par la route. Tous ceux qu’elle croisait avait un regard étonné à la vue d’une femme portant l’épée, mais Elise avait depuis longtemps cesser de prêter attention à ces marques de mépris. Pour sa mission, être une femme était le plus parfait des déguisements et l’artifice le plus efficace pour prendre l’ascendant sur un adversaire. Combien était tombé sous son épée parce qu’il ne pouvait la considérer comme un ennemi duquel il faut se méfier ?<br />
<br />
Assise a une table en train de dévorer avec appetit un demi poulet accompagné d’un pichet de vin, Elise ne prit pas garde à l’homme en noir arrivant sur sa droite. Du moins c’est ce qu’il avait cru jusqu’au moment ou, voulant l’abordé en posant sa main sur son epaule, il vit jaillir de nulle part la lame d’une rapière qui se pointa sous sa gorge. La jeune femme le dévisagea tout en finissant de sa main libre de grignoter la cuisse de son poulet.<br />
<br />
« Tiens tiens… voyez ce que le chat nous rapporte ! » dit Elise « Et bien Fifrelin : je peux savoir pourquoi tu interromps mon repas ? »<br />
– Du calme Elise… je viens seulement porter un message<br />
– Du Cardinal je suppose ?<br />
– Son Excellence à eut vent de votre retour précipité à Paris et voulait vous éviter la peine d’aller jusqu’au Louvre<br />
– Bah voyons… il faut croire que les oiseaux messager n’ont pas fini de voler au dessus de Paris pas vrai ? Aller… assied toi et sert toi un verre. Je me sens d’humeur à partager un peu de compagnie ! »<br />
<br />
Fifrelin s’installa à la droite d’Elise qui fit signe à l’aubergiste d’apporter un verre supplémentaire ainsi qu’un autre pichet de vin. Elle continua à manger avec appétit tandis que l’émissaire du Cardinal expliquait le but de sa mission.<br />
<br />
« Comme nous le pensions, c’est le Duc de Luynes qui a tenter de s’en prendre à la Reine<br />
<br />
– Je ne comprends toujours pas pourquoi ce faquin agit de la sorte : n’est il pas ami du Roi ?<br />
– Luynes sait que le Roi ne reniera jamais la Reine : il est trop pieu pour ça. Mais il sait aussi que leur relation est un poison pour la cours. Le Cardinal pense qu’il veut forcer le destin pour que le Roi se focalise sur les affaires du pays.<br />
– Et le Cardinal s’y oppose ? Fifrelin l’homme que tu me dépeins n’a rien du Richelieu que je connais !<br />
<br />
– Oh chère Elise rassurez vous : le Cardinal verrait un grand intérêt à faire sortir la Reine de l’échiquier… mais il sait aussi que le Roi ne s’en remettrait pas. Notre souverain est un homme bon…<br />
– Bon au point de punir son épouse d’avoir fait une fausse couche…<br />
<br />
– Peut on lui en vouloir ?<br />
– Puisqu’il est si pieu, il devrait comprendre le message que le Ciel lui envoi… »<br />
<br />
Elise avala une nouvelle rasade de vin et demanda un troisième pichet à l’aubergiste.<br />
<br />
« Quel est donc ma mission maintenant ? » reprit Elise avec sérieux<br />
– Le Cardinal veut que vous retrouviez celui qui à payer les mercenaires. Cela serait un moyen de prouver le lien entre ses hommes et le Duc.<br />
– Tu as sans doute une piste à m’indiquer ?<br />
– Oui pour sûr : le survivant de l’attaque de ce matin avait sur lui un sauf conduit pour passer la frontière…<br />
– Ce genre de document n’est pas rare : cela ne prouve rien<br />
– Certes, mais le document en question porte un sceau des offices du palais, ce qui veut dire qu’il à été validé par une haute instance…<br />
– Hum… voila qui est déjà mieux : en effet quel dignitaire s’amuserai à donner ce genre de document à un vulgaire mercenaire.<br />
– Il s’avère que le Cardinal avait déjà eu vent d’une affaire de document falsifier. Il semble bien qu’un des membres du cabinet arrondirait ses fins de mois en validant des documents. Nous l’avons fait arreter il y’a 2 jours, et il pourrait être bon de l’interroger.<br />
<br />
– Je suppose que je dois me rendre au Châtelet ?<br />
– Bonsard vous y attends : tout est déjà arrangé<br />
– Fort bien : et ensuite ?<br />
– Le Cardinal préfere vous tenir éloigné du Palais Royal. A moins que vous ne passiez une robe…<br />
– Cette remarque est assez ironique de la part d’un cardinal n’est il pas ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
Sinistre place forte dressé depuis le moyen age, le grand Chatelet était le siège de la police, mais aussi et surtout un cachot. Elise avait laissé son cheval à l’auberge et se presenta à pied à la porte principale. Elle fût immédiatement recue par Bonsard, homme de confiance du Cardinal et accessoirement administrateur de la forterresse.<br />
<br />
Il la conduisit a travers le dédale de pierre froide et mal dégrossi que formait les cachots, et l’invita à s’installer dans un petit office qui lui avait été aménagé à la va vite dans un cachot dont la porte ne fermait plus à cause de la rouille. L’endroit empestait notamment a cause de l’humidité.<br />
<br />
Elise attrapa dans sa poche un mouchoir brodé offert par sa grand mère et le plaqua sur son nez pour atténuer l’odeur, sans grand succès. Bonsard arriva alors accompagné de plusieurs garde en arme, et d’un prisonnier couvert de chaînes cliquetantes à chacun de ses pas.<br />
<br />
L’homme portait un élégant veston qui souffrait cependant d’avoir été porté plusieurs jour de suite. Une barbe naissante commençait à se dessiner sur son visage rond tandis que ses yeux creusé montraient sans équivoque la violente fatigue du prisonnier.<br />
<br />
Il fût installé sans ménagement devant Elise qui commença au plus vite son interrogatoire.<br />
<br />
L’homme se nommait Alphonse de Sancilly, et servait comme secrétaire au bureau du ministre. Lettré et habile avec les chiffres, il avait été engagé afin d’assurer les registres comptable de plusieurs comté ainsi que d’autres mission qui variaient selon les besoins. La polyvalence d’Alphonse lui valait d’excellent retour de toute part, mais il s’avéra qu’il truquait les registres et détournait de l’argent.<br />
<br />
Prit par le Cardinal, il allait être jugé, et probablement exécuté pour un tel crime.<br />
<br />
Elise, sans rien promettre, lui expliqua que sa coopération pourrait lui valoir un retour en grâce aux yeux de Richelieu, et qu’il valait mieux que le Cardinal soit de son coté plutôt que son adversaire. Conscient de jouer sa vie, Scancilly ne se fit pas prier pour se mettre à table.<br />
<br />
Il expliqua que le Duc de Luynes lui avait proposé 500 livres pour rédiger et cacheter 4 saufs conduits, sans lui dire exactement à quoi il les destinait. Elise demanda s’il existait une preuve, ce à quoi Scancilly répondit que non, et que tout avait été traité de la main à la main.<br />
<br />
Luynes était un homme intelligent, et la jeune femme ne fut pas surprise qu’il ait été aussi prudent.<br />
<br />
« Monsieur » dit la jeune femme « vous comprendrez que vous n’obtiendrez rien d’une information qui ne saurait se vérifier. Le Cardinal ne rend pas de faveur sans quelque chose de solide en retour !<br />
<br />
– Pitié madame ! je vous jure qu’il n’y à rien : j’ai fait ces 4 cachets et les ai remis à un des secrétaires du Duc et…<br />
<br />
– Combien de cachet avez vous dit ? » Coupa Elise qui n’avait pas préter attention à ce détail précédement.<br />
– Quatre madame. Mais je vous répète que je ne sais pas à qui ils étaient destinés<br />
– Et ces 4 cachets, y’aurait il un moyen de prouver qu’ils ont été fait par vous en particulier ?<br />
– Hum… Oui cela est possible : le sceau que j’utilise est un peu abimé : le motif de la fleur de Lys à une feuille coupé à moitié… »<br />
<br />
Elise n’en écouta pas plus et quitta le cachot a grande enjambé à la surprise de tous. Après un petit instant, elle revint sur ses pas pour reprendre son chapeau qu’elle avait oublié dans sa hâte, puis indiqua à Scancilly qu’il pouvait être assuré que si ses informations étaient vraies, le Cardinal saurait s’en souvenir.<br />
<br />
Elise quitta le châtelet avec hâte et fit un détour par la rue de la ferronnerie où un petit appartement discret servait de point de repli aux agents du Cardinal. Elle y prit quelques affaires utiles tout en repensant à la situation.<br />
<br />
Le Duc avait fait faire 4 cachets, mais seuls 3 bandits avait tenté de s’en prendre à la Reine. Il y’avait donc un cachet dans la nature : soit dans les mains d’un autre complice, soit encore en possession du Duc pour un usage ultérieur. La jeune femme était persuadé que Luynes avait prévu de l’utiliser pour lui même au cas ou son plan échouerait et qu’il lui faudrait quitter le pays.<br />
<br />
Pour l’instant, il ignorait si son plan avait réussi où non, mais il fallait agir vite, car d’ici la tombé de la nuit, les espions du Duc ne manquerait pas de l’informer de la situation.<br />
<br />
Elise devait retrouver ce document, et ainsi avoir la preuve formelle que le Duc était le responsable. Il lui fallait donc se rendre de toute urgence au château de Vincennes. Ancienne demeure du jeune Louis durant la régence, elle servait le plus souvent au Duc lorsqu’il était dans la région, afin qu’il puisse profiter du domaine de chasse tout proche. Beaucoup disait d’ailleurs que c’était cette passion pour la chasse qui l’avait aidé à ce rapprocher du souverain.<br />
<br />
une fois son paquetage regroupé dans une lourde sacoche de cuir, Elise retourna à l’auberge chercher son cheval, et se dirigea à bride battu vers Vincennes<br />
<br />
***<br />
<br />
Elise avait laisser une fois de plus son cheval dans un auberge, afin de pouvoir approcher du château plus discrètement. Profitant de la discrétion qu’offrait les bois alentour, elle s’approcha à moins d’une lieue puis enfila par dessus sa tenue de chevalier une robe quelque peu froissé d’avoir été entassé dans la sacoche, mais de belle facture et qui elle l’espérait ferait illusion le temps nécessaire a sa mission. Elle attacha son arme sous son jupon via des rubans prévu à cet effet, et s’assura qu’on entende pas le cliquetis de l’arme lorsqu’elle bougeait.<br />
<br />
Suivant le sentier menant au chateau, elle se présenta devant les gardes posté aux grilles en trottinant et en gémissant. Elle avait élaboré en chemin une stratégie quitte ou double qui allait lui permettre rapidement d’entrer.<br />
<br />
« Doux seigneur ! » dit elle d’une voix faussement exténué « Par pitié messieurs je vous en prie : ma calèche à été attaqué par des brigands ! ils sont à mes trousses ! »<br />
<br />
Les gardes regarderent le sentier et ne virent évidement personne. L’un d’eux s’approcha d’Elise qui fit semblant de défaillir dans ses bras.<br />
<br />
« Juste ciel ! J’ai cru que ma dernière heure était arrivé ! Oh mon Dieu c’est terrible, ces bandits m’on détroussé ! ils ont tué mes valets avant de me voler… j’ai pu fuir par la forêt tandis qu’ils se battaient pour savoir lequel m’infligerai les derniers outrages ! mais je me suis perdue… ah Seigneur Dieu ! j’ai eu si peur ! »<br />
<br />
Elise sanglota contre l’épaule du garde qui la rassura avec compassion et bienveillance. Il informa le sergent de faction de la situation, et ce dernier ordonna qu’on la fasse entrée dans le quartier des gardes, puis conscient que ce n’était pas un endroit pour une dame, prit l’initiative de la faire conduire sous bonne garde dans un des appartements vacant. Le château était en effet surtout utilisé comme point stratégique militaire, et les lieux de résidence était le plus souvent désert. Il ordonna aussi qu’une patrouille parte immédiatement à la recherche des brigands.<br />
<br />
Elise savait que dès lors que les gardes réaliseraient qu’il n’y avait aucune calèche abandonnée ni de signe d’attaque, il découvrirait la supercherie. Mais d’ici là, elle pensait pouvoir disposer d’une bonne heure.<br />
<br />
La jeune femme se retrouva donc dans un petit bureau au mur blanc et au sol couvert d’un lourd tapis bleu nuit dont on parvenait difficilement à deviner les motifs tant ils étaient sombres. A la porte se tenait un des gardes qui avait reçu pour ordre de la surveiller.<br />
<br />
Elle rechignait à faire du mal aux soldats, car ses derniers avaient été de parfait gentilhomme. Pourtant, elle allait devoir trouver un moyen de le neutraliser et vite.<br />
<br />
Jouant de ses charmes, Elise dégagea le décolleté de sa robe juste ce qu’il fallait pour mieux berner le garde, puis se présenta à la porte en minaudant.<br />
<br />
« Pardonnez moi chevalier… » dit elle « voudriez vous bien rester dans la pièce avec moi ?  j’ai encore l’image de ces horribles bandits me pourchassant et je serai plus que rassurer d’avoir un vaillant jeune homme avec moi… »<br />
<br />
Mais tandis qu’elle papillonnait du regard, elle remarqua que le garde semblait avoir plus d’appétit pour le dos puissant du colosse en tenue d’officier qui venait de passer le couloir que pour sa généreuse poitrine.<br />
<br />
Le garde expliqua à Elise qu’il ne pouvait pas manquer à son poste et qu’il devait rester ici. Feignant la vexation, Elise claqua la porte et envisagea un plan B. Elle quitta ses beaux atours et reprit une tenue plus pratique.<br />
<br />
Observant la cour depuis la fenêtre du petit bureau, elle aperçu le Duc qui pénétrait dans l’aîle Est du bâtiment. Sans réfléchir, Elise ouvrit la fenêtre et longea la façade, se désarticulant pour passer sous le montant des fenêtres afin de ne pas être vue.<br />
<br />
« Elise pauvre sotte ! » jura t’elle pour elle même « Père avait raison : tu devrais réfléchir avant d’agir ! »<br />
<br />
Arrivée à l’angle d’un mur, elle grimpa sur la statue de Saint Michel qui s’y trouvait et progressa ainsi jusqu’au toit. Elle put ainsi progresser plus discrètement, mais elle devait prendre garde tant les tuiles étaient glissantes à cause de la pluie tombé le matin qui n’avait pas encore séché.<br />
<br />
La haute tour centrale de pierre blanche projetait sur Elise une ombre bienvenue qui limitait les chances qu’elle se fasse voir. Elle put ainsi se risquer a descendre sur la façade Est à la recherche d’un passage plus opportun. La chance lui sourit sous la forme d’une fenêtre dont le montant était de travers, et qu’un bon coup de pied bien placé fit s’ouvrir sans trop de bruit.<br />
<br />
Elise essayait de s’orienter lorsqu’elle entendit du bruit. Rapidement elle se dissimula derrière une grand bibliothèque. Des pas résonnèrent dans le couloir adjacent, tandis que des voix trop diffuses pour être intelligibles se faisait entendre. Elles s’approchèrent, et Elise put reconnaître le Duc en train de parler à son homme de main, le chevalier Alberich de Frey, fine lame et soldat accompli.<br />
<br />
« Nous attendons toujours des nouvelles de Saint Germain messire » dit Alberich<br />
<br />
– Peste ! » dit le Duc « Je ne serai tranquille que lorsque je saurai que cette garce espagnole sera répudié comme il se doit ! Louis n’a pas été assez ferme avec elle : mais moi je n’aurai pas cette faiblesse : elle causera notre perte si on y prend pas garde ! »<br />
<br />
Elise ne put entendre le reste de la conversation, mais cette bribe fût suffisante pour confirmer l’implication du Duc. Mais sa seule parole ne valait rien : il fallait une preuve. Une fois certaine que la voie était dégagé, elle entrouvrit la porte et avança dans le vaste couloir à pas de loup.<br />
<br />
Ce qu’elle cherchait devait se trouver dans les appartements du Duc, il était donc inutile de fouiller chaque petite pièces du bâtiment. Elle préféra suivre Alberich et son maître, dans l’espoir qu’ils la mène a destination. la traque était facilité par les vocifération du Duc, permettant à Elise de s’orienter et surtout de savoir si elle se rapprochait trop. Apres quelques instant de déambulation, elle fini par entendre un bruit de porte, tandis que les voix s’estompaient.<br />
<br />
« Le chat est tapis dans sa tanière » dit Elise pour elle même « Mais les souris sont pleine d’astuces ! »<br />
<br />
Dans un premier temps, l’intrépide chevalier étoile voulut entrer dans un des bureaux voisin pour accéder aux appartements du Duc par la fenêtre de la même façon qu’elle était sortie du bureau blanc. Mais voila, le Duc allait peut être rester des heures a s’entretenir avec son lieutenant, elle ne pouvait s’offrir ce luxe et devait trouver un moyen de les attirer dehors.<br />
<br />
Elise décida alors d’employer les grand moyens. Elle retourna sur ses pas et entra au hasard dans un pièce non sans s’être assurer qu’elle était vide. C’était une chambre coquette mais bien en deçà des luxueux appartement royaux qui se trouvaient dans l’aile nord, en face de la chapelle. Il y faisait froid, signe que l’endroit n’avait pas été chauffé depuis des lustres, et que l’humidité s’était accumulé depuis des mois. La jeune femme fouilla les armoires, n’y trouvant que des draps et quelques bougies rangées prêt de la table de chevet. Malgré tout, elle fut satisfaite et emporta le tout.<br />
<br />
Elle ramena avec elle son butin et commença à disposer les draps en tas quasiment en face du bureau du Duc. Elise tira alors de sa tunique un morceau d’Amadou quelle coinça contre le mur, puis le frotta avec une tige de métal comme celle servant au mousquet. En quelques instant, des étincelles embrasèrent l’Amadou qu’elle laissa tomber sur les draps.<br />
<br />
Elise pénétra dans le bureau le plus proche de celui du Duc, certaine que ce dernier n’aurait pas permis qu’il soit occupé. Elle ouvrit la fenêtre avec précaution, et commença de nouveau a parcourir la façade. L’exercice était cependant plus difficile de ce coté du bâtiment qui donnait côté jardin, et elle ne dut qu’a son agilité de chat de ne pas tomber.<br />
<br />
Elle s’approcha de la fenêtre du Duc, mais resta à bonne distance, et tendit l’oreille.<br />
<br />
Comme elle l’avait espérer, l’acre fumé avait alerté les gardes qui vinrent frapper à la porte du Duc pour lui demander de quitter les lieux le temps qu’ils contrôle l’incendie. Une fois ceci fait, Elise força la fenêtre sans ménagement, et pénétra le bureau.<br />
<br />
A sa grande surprise, l’endroit était spartiate et ne faisait signe d’aucune opulence. L’endroit fut facile a fouiller, et Elise trouva ce qu’elle cherchait dans un cahier de cuir brun qui contenait la correspondance du Duc. Les messages qu’elle y trouva étaient pour la plupart codé, mais la lettre de sauf conduis au nom du Duc était elle parfaitement identifiable.<br />
<br />
Elise tenait sa preuve, mais il lui fallait maintenant trouver un moyen de fuir. Le couloir devait être submergé de garde, il ne lui restait donc que la fenêtre. Il y’avait cependant bien 15 mètres de haut jusqu’au sol : autant dire qu’il lui serait impossible de sauter.<br />
<br />
Coincé si prêt du but, la jeune femme pesta. Elle entrouvrit la porte avec minutie pour observer ce qui se passait, son esprit fonctionnant à plein régime pour trouver une porte de sortie.<br />
<br />
Les gardes avaient étouffé le feu en utilisant un des grands tapis qui devait se trouver dans un des appartements proche, tout en lançant quelques baquet d’eau qu’ils avaient ramené a grande enjambé des cuisines. Pour l’instant, ils ouvraient les fenêtre pour chasser la fumer, et ne portait aucun regard dans la direction d’Elise. Risquant le tout pour le tout, elle ouvrit la porte et s’élança dans le couloir dans le direction opposée, espérant être assez rapide pour distancer les gardes.<br />
<br />
Le bruit de ses pas attira bien entendu l’attention, mais ce n’est que lorsqu’elle fût arrivé de l’autre coté que les gardes réagirent :<br />
<br />
« Halte là ! un intrus ! » hurla t’on<br />
<br />
Elise descendit les escaliers a toute jambes, sautant les cinq dernières marches pour aller plus vite. Elle arriva à bout de souffle au rez de chaussé et se précipita vers la porte la plus proche. Elle tomba dans les cuisines où les marmitons s’attelaient à préparer le dîner. ils la regardèrent avec surprise.<br />
<br />
« Pardonnez moi messieurs ! » demanda la jeune femme avec douceur « il y’a bien une sortie par ici ? »<br />
– Oui madame » répondit un solide gascon arborant une impériale moustache grise « Mais puis je savoir ce que vous faites dans ma cuisine ?<br />
<br />
– Oh si peu monsieur »<br />
<br />
Elise fut interrompu par l’entrée d’un garde qui la voyant s’apprêta à donner l’alerte. Elle attrapa un pichet de terre cuite qu’elle lui lança avec précision au visage, puis lui sauta dessus l’assommer d’un grand coup de coude dans la tempe.<br />
<br />
« Je crois que je ne pourrais pas rester pour dîner ! » dit elle au gascon « c’est bien dommage : ça sent très bon ! »<br />
<br />
Elise traversa la salle à toute jambe puis prit la porte menant à la réserve. En s’aventurant plus avant, elle trouva un accès vers une petite cours extérieur, elle même donnant tout droit accès aux jardins, puis à la forêt.<br />
<br />
Galvanisé, la jeune femme retrouva des forces et s’élança. Elle entendit alors des bruits de mousquet claquer depuis les hauteurs, et presque aussitôt le sifflement des balles qui pleuvaient dans sa direction.<br />
<br />
« Peste ! peste ! peste ! » jura t’elle tout en pressant l’allure a s’en déchirer les poumons.<br />
<br />
L’au ré du bois fût son salut et elle put disparaître entre les arbres. Au loin, elle entendait l’alerte et l’aboiement des chiens qui allait être lâche à ses trousses.<br />
<br />
***<br />
<br />
Après avoir semé ses poursuivant et repris sa monture, Elise avait chevauché à toute allure jusqu’au Palais Royal afin de remettre en main propre sa trouvaille au Cardinal. Mais à sa grande surprise, elle trouva un obstacle de taille sur son chemin.<br />
<br />
Posté ostensiblement devant la grande herse du Palais, Alberich de Frey l’attendait, la main sur l’épée en signe de défi. Elise ne se défila pas et mena son cheval jusqu’à l’entrée puis en descendit pour faire face à Alberich.<br />
<br />
« Messire de Frey… » Dit elle « je vois que mon détour vous à laisser le temps d’arriver avant moi<br />
– Il était évident que vous viendriez ici mademoiselle Chateauciel<br />
– Certes. Je suppose donc que vous êtes l’ultime va-tout du Duc ?<br />
– L’enjeu en est à ce point en effet. Mais je suis heureux de voir que vous ne vous défilez pas en essayant de passer par les fenêtre…<br />
– Oh ne m’en parlez pas : ça n’est pas demain que je referai pareille folie !<br />
– Encore faudrait il que vous en soyez capable…<br />
– Vous me menaceriez ? ça n’est pas très élégant de la part d’un chevalier<br />
– Vos duperies sont peut être efficace avec des adversaires moins méfiant, mais pour ma part je ne ferai pas la bétise de vous sous estimez toute femme que vous êtes. C’est le chevalier étoile que je défi : pas une jeune femme »<br />
<br />
Elise fît une révérence<br />
<br />
« Merci mon doux prince : c’est si rare d’être considéré comme il se doit de nos jours<br />
– Relevez vous le gant ?<br />
– Je manquerai à mon devoir de ne point le faire. Mais je suis anxieuse de devoir vous occire juste devant la demeure du Cardinal.<br />
– Auriez vous peur ?<br />
– Serais je là si c’était le cas ?<br />
– Certes… que proposez vous<br />
– Un duel en bonne et due forme. Premier sang ou mise à terre, à votre guise.<br />
– Vous mettre à terre est une perspective aguichante… Si vous gagnez je vous cede le passage<br />
– Et dans le cas contraire, je jure sur mon honneur de vous remettre ce que j’ai prit à votre Duc… »<br />
<br />
les deux adversaires échangèrent un regard et aquiesserent mutuellement. Alberich tira l’épée et attendit qu’Elise en fasse de même.<br />
<br />
« Permetez ? » demanda t’elle en désignant la bride de son cheval<br />
– Quel gouja je fais : bien entendu » répondit Alberich en rabaissant son épée.<br />
<br />
Elise accrocha son cheval à la cloture du Palais sous les yeux médusé des gardes en factions. Ils avaient recu l’ordre d’Alberich de ne pas intervenir, ce dernier leur ayant expliqué qu’il s’agissait d’un duel d’honneur entre chevalier.<br />
<br />
« Merci de votre patience mon bon chevalier. Je ferai honneur à votre savoir vivre : En garde ! »<br />
<br />
Elise tira l’épée, salua et se mit en position.<br />
<br />
Alberich porta la première attaque, visant le centre pour étudier un peu son adversaire. Elise étant plus petite que la moyenne de ses adversaires, il devait ajuster un peu plus bas ces coups et avait besoin de jauger les distances avant de prendre plus de risque.<br />
<br />
Elise de son coté, esquivait et tenait Alberich à distance. Elle connaissait sa réputation et savourait le duel, oubliant sa mission. Par provocation, elle porta une pichnette du bout de sa lame pour piquer le bord du chapeau d’Alberich et le faire tomber, révélant ses cheveux blond. Elle baissa un instant sa garde pour qu’il puisse reprendre son couvre chef, geste qu’il salua de la main. Le combat repris de plus belle, mais ce fût cette fois Elise qui menait l’assaut.<br />
<br />
Usant d’un style peu académique, elle effectuait des mouvements latéraux pour perturber la ligne d’attaque de son adversaire, tout en créant des brêche où s’engoufrer. Mais voila, Alberich avait l’avantage de l’allonge, et il parvenait toujours à maintenir sa défense.<br />
<br />
« Mademoiselle  » dit il « dans d’autres circonstances, je me serai précipité chez monsieur votre père pour demander votre main !<br />
– Allons bon ? Si vous n’avez besoin que d’une main : la votre devrait faire l’affaire ! »<br />
<br />
Le chevalier de Frey esquissa un sourire amusé auquel Elise répondit. D’une certaine façon elle aussi regretta de devoir s’opposer à un si brillant chevalier.<br />
<br />
Le combat durait déjà depuis un bon moment, et les deux adversaires commençait a sentir la fatigue. Car maintenir une garde, et brandir plusieurs kilo d’acier a bout de bras était un exercice épuisant. Elise comprit que c’était la dessus que comptait Alberich : ayant plus de force, il fatiguerait moins vite et gagnerait sur la longueur. Mais c’était sans compter sans l’astuce et la vivacité de la jeune femme.<br />
<br />
Le chevalier étoile tenta une ultime botte afin d’en finir avant d’être totalement épuisée : elle se lança en hurlant sur son adversaire, lame en avant. Le mouvement était grossier et sans panache, et Alberich n’eut aucun mal à l’anticiper : sûr de son allonge, il lança un coup d’estoc qui lui garantirait la victoire. Mais au dernier moment, Elise jeta son épée en l’air et fit une roulade sur ses épaules pour passer sous le coup de l’adversaire.<br />
<br />
Le regard d’Alberich resta focalisé sur l’arme qui décrivait un mouvement désordonné au dessus de lui. Il comprit alors, mais trop tard, son erreur.<br />
<br />
Lorsque Elise termina sa rotation, elle avait un genou à terre et se trouvait à moins d’un mètre d’Alberich. Elle poussa sur sa jambe, profitant de l’inertie de sa roulade pour avoir encore plus de puissance, et percuta le chevalier de Frey en plein dans l’estomac, épaule la première.<br />
<br />
Ce coup de bélier lui coupa le souffle et le renversa a terre ou il se cogna violement la tête contre le pavé.<br />
<br />
Elise se releva, chancelante tandis que Alberich cherchait encore à retrouvé son souffle étalé sur le sol.<br />
<br />
« Et bien mon bon chevalier… » dit Elise en reprenant son souffle elle aussi « Je crois que pour aujourd’hui la maison Chateauciel marque le point ! Évitez de raconter cela à monsieur mon père si d’aventure il vous venait l’idée d’aller lui quérir ma main… »<br />
<br />
Cassé en deux par la douleur, Alberich ne put malgré tout s’empécher de sourire tandis qu’Elise entrait dans le Palais Royal.<br />
<br />
***<br />
<br />
Le Duc de Luynes entra dans le bureau du Cardinal sans cérémonie. Tout autre que lui aurait été arrêté sur le champ, mais son titre de favori du roi lui offrait certains privilège.<br />
<br />
Assit devant un bureau cossu, le Cardinal écrivait un de ses multiples ordres qu’il expédiait à longueur de temps. Il invita le Duc à s’asseoir et lui exposa la situation avec calme.<br />
<br />
Les preuves qu’il tenait lui permettrait de le faire tomber en disgrace auprès du roi en un instant, mais il préferait une solution plus diplomatique : la confiance du roi envers le Duc était un des ciments du gouvernement, et Richelieu en stratége accomplit savait qu’il était préférable que les choses restent ainsi. Il proposa au Duc de le servir, en échange de quoi il garderait secret cette affaire et lui permettrait même de s’attirer un peu de gloire en le faisant passer pour celui qui avait retrouvé les coupables.<br />
<br />
Acculé le duc n’eut d’autre choix que de ceder. Tête basse, il quitta le Palais Royal, mortifié d’être devenu à son tour un des nombreux pantins du Cardinal.<br />
<br />
Elise qui avait assisté à l’entretient depuis la pièce voisine, entra a son tour.<br />
<br />
« Votre excellence est elle sûre d’avoir fait le bon choix ?<br />
– Ma chère enfant, en politique il faut garder ses ennemis prêt de soi<br />
– Et ses amis plus encore ?<br />
– Voila de bien sage parole »<br />
<br />
Elise prit la direction de la porte, et s’arrêta sur le seuil de celle-ci.<br />
<br />
« Et si jamais il venait à trahir sa parole votre Excellence ?<br />
– Et bien de toute évidence il devra se méfier de la bonne Etoile qui le surveille ! »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Episode exceptionnel avec des invités ! merci à eux d’avoir joué le jeu :)

[lien Wattpad vers « Le chevalier étoile »](https://www.wattpad.com/159536761-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-chevalier-etoile)

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Le chevalier étoile

Le souffle du vent venant la plaine s’engouffrait à travers la charpente usée de la bâtisse médiévale, chantant une morne mélopée aux accents d’outre tombe plein de mélancolie. Le paresseux soleil de Mars laissait couler sans hâte ses rayons sur les vitres offrant une lumière si sombre qu’il aurait presque fallut allumer des bougies pour y voir clair. Il était bien loin pour Anne D’Autriche, Infante d’Espagne et Reine de France, le temps heureux où elle vivait sous le chaud soleil de Castille.

Elle détestait séjourner au Château Neuf, à Saint Germain en Laye, mais son devoir passait avant ses attentes et elle se devait de suivre son Roi. Depuis l’enfance, Ana Maria de Asturia savait que sa vie serait ainsi planifiée et régie par une étiquette inflexible qui ne lui laisserai ni libre arbitre, ni affirmation de soi.

Ignorée par le Roi et constamment sous la surveillance des espions du cardinal de Richelieu, Anne d’Autriche ne trouvait un peu de réconfort que dans la présence de ses dames de compagnies, toutes jeunes filles de la noblesse partageant avec elle le lourd poids que faisait porter sur leurs épaules leurs illustres origines.

Installé dans le coquet salon des appartements qui lui étaient réservé dans le château, l’Infante d’Espagne écoutait sans passion la lecture du livre des révélations que Mathilde D’Aubriac faisait à l’assemblé.

Ce récit de fin du monde, la Reine le connaissait presque par cœur. Il faut dire que son éducation religieuse dans la très catholique Espagne avait été rigoureuse. Parfois, la nuit venue, lorsque le sommeil ne l’avait pas encore totalement emporté, Anne priait Dieu pour que sonnent les trompettes de jugement dernier et que ce monde qu’elle avait jadis aimé devienne un champ de ruine…

Joignant les mains, elle demanda pardon au Seigneur de souhaiter ainsi la mort et la destruction sur le royaume de France.

Des servantes entrèrent en silence dans le salon, les bras chargé de paniers de fruits qu’elles disposèrent un peu partout, ainsi que d’une grande carafe de cristal remplie d’eau qui fût posée prêt de la Reine.

C’est alors que la porte des appartements s’ouvrit avec fracas, laissant paraître 3 hommes vêtu de noir, cagoulés et épée en main. En un instant ils se précipitèrent sur la Reine, renversant le guéridon placé sur leur chemin et bousculant les jeunes filles trop pétrifié de peur pour s’écarter.

Mais alors qu’ils allaient se saisir de l’Infante, une lame fendit l’air en un parfait arc de cercle, droit devant eux, sifflant comme un oiseau de proie prêt à frapper et menaçante comme une antique Némésis sortie du Tartare pour punir et châtier les blasphémateurs.

« Halte là sombres pourceaux ! Ne vous à t’on pas enseigné les manières qui sont dues aux dames ? »

Ses propos bravaches n’étaient pas sortie de la bouche d’un fringuant chevalier ou bien d’un vaillant mousquetaire, mais de celle d’une jeune fille en tenue de servante. De taille et de corpulence moyenne, elle avait de long cheveux châtain noué en une lourde tresse qui s’agitait dans son dos a chaque mouvement. Elle menaçait les brigand d’une rapière en lame de Tolède triangulaire et terminé par une garde « a l’allemande » assurant une protection efficace pour la main tenant l’arme. La servante maniait son épée avec dextérité et assurance ce qui se reflétait dans la détermination qui émanait de son regard. Prenant une posture de combat on ne peut plus académique, elle attendait la réaction de]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/7/5/6/_/uploads/10571119/image_track/7719381/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1673290293657.jpg" />
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                <pubDate>Mon, 31 Aug 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-08-31T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
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            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 5 : Chaud devant ! #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-5-chaud-devant-defibradbury-t/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[lien Wattpad vers « chaud devant ! »](https://www.wattpad.com/157656434-le-d%C3%A9fi-bradbury-chaud-devant)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Chaud Devant !<br />
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Dans le jargon des cuisines, on appelle les jeunes marmiton des « gâtes sauces », pour rappeler à quel point le manque d’expérience peut être fatal à un plat.<br />
<br />
Et bien sûr c’était une chose intolérable pour le chef Lebel.<br />
<br />
Mais voila : aucune cuisine ne pouvait se tenir sans ces indispensables petites mains qui écopaient de toutes les corvées. Et puis quel chef aurait put atteindre son rang sans passer par cette étape ?<br />
<br />
Le chef Lebel se rappela de son parcours, lorsque jeune « gâte sauce » lui aussi, il provoquait la colère de ses patrons par ses fautes. Il repensa au chef Pardier et de son accent du sud ouest qui adoucissait le plus ordurier des propos, au chef Barnard et sa maniaquerie sans pareil, et bien sûr il repensa à son maître à penser, le grand chef Carmille.<br />
<br />
Issue d’une famille où tout le monde travaillait sur les marchés, Carmille connaissait les produits de la table comme personne, que ce soit les viandes par son père et son oncle, tous deux boucher, ou les poissons par ses grands parents maternels qui tenaient un étale aux marchés des halles. Lebel était toujours impressionné lorsque d’un geste expert, Carmille déterminait la qualité d’un poisson avant même de l’ouvrir en le « sondant » comme un fruit. Cette science du produit s’était transmise au chef Lebel qui s’était fait un devoir de connaitre tout ce qu’il faut savoir sur ce qu’il utilisait dans sa cuisine.<br />
<br />
Plus que son maître, Lebel voulait connaitre non seulement les viandes, les légumes et les produits laitier, mais aussi la façon dont sont cultivé les épices, comment fonctionne la chimie organique de la cuisine, et quel technologie est employé dans les fours qu’il utilise.<br />
<br />
Cette exigence faisait du chef Lebel un cuisiner accomplit pour qui le goût n’était qu’un des aspects de son art.<br />
<br />
Malheureusement, c’était un piètre pédagogue lorsqu’il s’agissait de transmettre son savoir à ses marmitons. Il n’avait pas cette facilité qu’avait le chef Carmille à transmettre sa passion et son art.<br />
<br />
Lebel fixa Thomas avec insistance avant de lever les yeux au ciel de dépit puis de soupirer un grand coup.<br />
<br />
« Tu dois goûter ton plat à chaque ajustement que tu fais : pas une fois de temps en temps<br />
– Oui chef<br />
– t’as pas senti qu’il y’avait trop de sel ?<br />
– …<br />
– Faut faire attention Thomas : là tu viens presque de me fiche en l’air une marmite entière de bouillon ! il est hors de question de servir ça au client dans cet état ! »<br />
<br />
Lebel expliqua alors à Thomas comment rattraper l’affaire. Il vida un quart de la marmite dans un autre récipient, puis rajouta de l’eau. Il réajusta ensuite un par un chacun des ingrédients et expliqua à Thomas que le fait d’avoir ajouté de l’eau puis réajuster tous les ingrédients allait forcement se sentir, mais qu’au moins le bouillon aurait un goût convenable et digne de l’établissement.<br />
<br />
Il était toujours assez surprenant de voir les grands parallèle qui se dessinaient toujours entre la grande cuisine et l’armée. On parle de brigade, de Chef, on applique une discipline de fer, il y’a des rôles spécialisé, et des troufions qui servent à tout. Mais par dessus tout, il est question d’honneur, de fierté et de traditions.<br />
<br />
Et si Lebel n’avait jamais percé dans les sommets de la gastronomie, c’est parce qu’il n’était pas prêt a céder à tous les caprices des rédacteurs des guides pour avoir du succès. Certes, il vivait avec son temps, et s’était adonné lui aussi a cette curieuse cuisine moléculaire qui faisait ressembler son poste de travail à un labo de savant fou, certes il avait goûter à tous les fruits exotiques « tendance » ou ces fameux bonbons aux insectes.<br />
<br />
Lebel n’avait jamais fermé sa porte ni à l’innovation, ni à ce qui venait d’ailleurs, mais pour autant, il s’estimait défenseur d’un patrimoine. Il était de ceux qui pensait que c’est par ce simple art de vivre autour d’une bonne assiette qu’on pouvait changer le monde et que le vrai bonheur n’était pas une étouffante pile d’argent, mais un bel après midi sous le soleil à manger des grillades avec un rosé bien frais entre amis.<br />
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Pour toutes ces raisons, Lebel savait qu’il allait devoir devenir un meilleur enseignant, car ne pas pouvoir transmettre tout ce qu’il avait apprit de ses maîtres lui semblait une trahison, un gâchis dont il serait l’unique responsable.<br />
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Thomas faisait parti des commis sur qui il fondait de grand espoir. Car bien qu’inexpérimenté, ce jeune garçon à peine sorti de l’adolescence avait un talent qui manquait à bien d’autres : il observait. Alors bien sûr, il manquait comme tous les autres de pratique, était parfois dans la lune et pas assez attentif, mais son regard savait se porter sur les choses importantes. Et lorsque le chef montrait comment dresser une assiette, ce n’était pas l’assiette qu’il fixait, mais la main qui la tenait et la manière dont elle était placé pour permettre un geste plus efficace. Si Lebel montrait comment lever des filets, il ne regardait pas le couteau glisser, mais la façon de maintenir le poisson en parfaite position, comment se portait le regard du chef sur sa lame pour mieux en apprécier la progression dans les chairs…<br />
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Lebel quitta la cuisine et arpenta la salle encore vide à cette heure ci et s’en alla voir le chef de rang, Antoine. Vieux de la vieille, Antoine faisait quasiment parti des murs de ce prestigieux restaurant parisien que Lebel avait racheté à prix d’or pour empêcher sa reconversion en sushi bar ou Dieu sait quelle autre atrocité.<br />
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« Alors Antoine : comment est le carnet de bal ce soir ? demanda Lebel en faisant allusion aux réservations<br />
– A priori ça sera une soirée calme monsieur. C’est la période qui veut ça.<br />
– Et bien tant mieux : je ne cracherai pas sur un peu de calme après la folie du week end dernier !<br />
– Par contre monsieur…<br />
– Quoi ?<br />
– Dans les réservations j’ai constaté que nous avions deux critiques qui allaient venir pour le premier service.<br />
– C’est nouveau ça : ils ne sont plus anonymes les critiques culinaires ?<br />
– Pas depuis qu’ils passent à la télé monsieur »<br />
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La remarque d’Antoine était aux yeux de Lebel pleine de bon sens. Ce retour en grâce de la cuisine auprès du grand public par l’entremise d’émission en tout genre avait eût des effets bien disparate. Si d’un coté c’était le signe d’une envie du public de retrouver la grande cuisine, l’effet pervers avait été que rapidement, le critique culinaire était devenu le nouveau guide d’une audience ayant soif d’apprendre.<br />
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Encore fallait il que le guide sache de quoi il parle.<br />
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Lebel ne comptait plus les coups de colère qu’il avait piqué devant son écran en entendant un juré d’émission faire 5min de poésie romanesque sur la beauté qu’avait su donné un candidat à son chou farci, ou quand il voyait la manière stéréotypé dont était présenté un type de cuisine… et notamment la sienne.<br />
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La télé était pourtant devenu un mal nécessaire, car cet engouement s’était senti notablement dans le milieu, que ça soit en fréquentation, mais aussi en élargissement du panel des clients. Ainsi, des gens qui n’aurait auparavant jamais tenté l’aventure d’un restaurant gastronomique venaient désormais une fois par mois se faire ce coûteux plaisir, sans snobisme d’aucune sorte. Le plus souvent, ces nouveaux explorateurs du goût étaient même bien plus sensible et bien plus reconnaissant que les riches clients blasé qui ne venaient dans ce genre d’endroit que pour être sûr de ne pas croiser le vulgum pecus ou bien pour étaler leurs richesses à coup de vin hors de prix dont ils avaient trouvé le millésime sur un site internet et qu’ils balançaient au sommelier avec l’arrogance des connaisseurs du dimanche.<br />
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« Bon… si je comprends bien nous allons devoir faire quelques courbettes histoire de ne pas être classé au milieu des fast food j’imagine ?<br />
– Oh monsieur exagère, ce ne sont pas de si mauvais bougre quand même ?<br />
– Mouais… dans le doute tu t’assureras toi même qu’ils soient bien servit d’accord ?<br />
– Très bien monsieur Lebel : ils seront traité comme des hauts dignitaires<br />
– Oui enfin… mollo quand même : si par hasard le Pape débarque j’aimerais pas qu’il ait l’impression qu’on délaisse ? tu vois ce que je veux dire ?<br />
– Tout à fait monsieur » répondit Antoine en souriant sous sa belle moustache grisâtre.<br />
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***<br />
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le clapotis de la pluie tapotait la housse de toile ciré verte qui couvrait la terrasse du « Palais d’Edmond », le bar situé à deux pas du restaurant de Lebel et où ce dernier avait ses habitudes. Le plus souvent avant le service du soir, il allait s’installer sur la terrasse, quel que soit le temps, puis commandait un verre qu’il dégustait avec un bon cigare. C’était le plus souvent un wisky qui avait sa préférence, quasi exclusivement des single malt écossais à la saveur iodé et tourbé mais parfois son humeur l’amenait plutôt à prendre un rhum blanc damoiseau de Guadeloupe, ou un havana club de 3 ans d’âge.<br />
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Lebel prenait son petit cérémonial très au sérieux, et en suivait la routine avec une assiduité sans faille. Le verre posé à sa droite, il sortait de sa poche intérieur l’étui contenant le cigare qu’il avait sorti le matin même de sa cave a cette intention, en retirait le précieux vitole et l’humait pour s’en imprégner. Il laissait ses doigts courir sur la surface, la caressant comme un amant délicat. Il portait le module prêt de son oreille et écoutait le craquant de la feuille, puis en observait la cape en cherchant quel motif pouvait bien se dissimuler dans les veines du tabac. Il prenait alors sa petite guillotine de poche, et d’un geste expert, coupait juste ce qu’il fallait de la tête du cigare. C’était une étape cruciale, car si la coupe n’était pas parfaite, toute la dégustation en serait perturbée. La coupe faite, Lebel portait alors le cigare à sa bouche et sans l’allumer, tirait une première bouffé « à cru » pour que les saveurs brutes viennent titiller son palais expert. Ayant ainsi activé tous ses sens, Il pouvait enfin allumer le cigare, exclusivement avec une longue allumette en cèdre d’Espagne qu’il tenait à bonne distance pour ne pas brûler de trop son précieux vitole. Tout en maintenant la flamme de l’allumette vive en l’inclinant pour ne pas qu’elle se consume trop rapidement, Lebel faisait tourner le cigare afin que la flamme embrase bien toute la surface de ce dernier. Il regardait de temps en temps la progression de l’allumage, et soufflait sur le bout rougit pour activer le processus. Une fois cela fait Il procédait a la dernière étape en expirant fort tout en ayant le cigare en bouche, toujours avec l’allumette pointé devant, ce qui provoquait l’expulsion de tous les gaz qui s’étaient accumulé lors de la fermentation du tabac, et l’embrasement de ceux ci créant une longue flamme.<br />
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C’était ce qu’il appelait « jouer au dragon ».<br />
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Ce jour là, Lebel n’avait pas manqué a ses habitudes et après avoir commandé un Speyside single malt légèrement tourbé, il alluma avec la manière un Roméo y Julieta Cazadores dont les saveurs rondes et suaves rehaussées d’une délicate touche de noisette allaient parfaitement s’harmoniser avec sa boisson. Mais tandis qu’il « jouait au dragon », il remarqua du coin de l’œil que quelqu’un l’observait.<br />
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Assise à 2 tables de là sur la terrasse, une jeune femme qui tenait à la main une cigarette électronique regardait Lebel avec intérêt. C’était une jolie brune, aux cheveux très long tombant sur ses épaules et dont le maquillage simplement constitué d’un eyeliner noir, mettait en valeur ses yeux en amandes de couleurs verts émeraudes.<br />
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Leurs regards se croisèrent.<br />
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« Comment vous faites ce truc là ? » demanda la jeune femme.<br />
– Pardon ?<br />
– Quand vous faite cette grosse flamme avec votre cigare… je n’avais jamais vu ça auparavant<br />
– Oh ça ! » réagit Lebel en pointant son cigare du doigt. « C’est juste les gaz en suspension qui s’enflamment sur l’allumette, et sur un gros cigare comme ça, forcement…<br />
– C’est sûr que c’est pas avec ça que je vais y arriver ! » dit la jeune femme en désignant sa cigarette électronique.<br />
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Tous les deux restèrent un moment sans savoir trop quoi dire. Lebel observait à son tour la jeune femme : elle portait une veste en coton brun clair et un simple chemisier tirant sur le lavande dont les deux bouton du haut était laissé ouvert, laissant voir un petit triangle de peau rehaussé par un collier en or et a maille fine terminé par un bijou plat en forme d’anneau. Elle portait aussi un simple jean en denim a coupe droite, tenu à la taille par une mince ceinture en cuir marron clair. Posé sur la table devant elle, il y’avait une tasse à café juché sur une soucoupe ainsi qu’un verre d’eau encore plein.<br />
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« Vous avez déjà essayé le cigare ? » demanda Lebel.<br />
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La jeune femme qui avait entre temps prit sa tasse de boire son café pour en boire une gorgée manqua de le recracher lorsqu’elle se mit à rire. Il fallut un instant à Lebel pour comprendre le sous entendu graveleux qu’impliquait sa question.<br />
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« Vous êtes du genre direct ! » répondit la jeune femme en souriant « C’est pas tous les jours qu’on me demande ça !<br />
– J’suis désolé je…<br />
– Non je vous prie… y’a pas de mal : c’était même plutôt drôle ».<br />
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Elle essuya avec la serviette en papier posé sur la table les quelques gouttelettes qui s’étaient échappé du coin de ses lèvres.<br />
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« Et pour répondre à votre question, ça m’est arrivé une fois ou deux, mais c’est pas trop mon truc. Trop fort, trop écœurant.<br />
– Je suis sûr qu’a chaque fois que vous avez essayé c’était à un mariage avec des cigares emballé dans des tubes en aluminium. Pas vrai ?<br />
– Exact ! » répondit la jeune femme stupéfaite « comment vous savez ça ?<br />
– Parce que c’est comme ça pour la plupart des gens qui ont votre réaction. Pour un mariage ou une naissance, les gens se disent qu’offrir des cigares c’est le comble du chic. Sauf que de bons cigares ça coûte cher, et s’il en faut un pour chacun des 80 invités de la noce, alors bonjour ! du coup la plupart du temps les gens se rabattent sur des trucs industriels qui n’ont rien à voir avec de vrais vitoles<br />
– Vitole ?<br />
– C’est un autre nom pour un cigare. On dit aussi un module. Les saveurs sont incomparables, et l’approche n’a rien a voir avec une vulgaire cigarette. C’est quelque chose pour laquelle il faut prendre du temps, et surtout déguster, apprécier les saveurs…<br />
– Vous avez l’air sacrément calé sur la question on dirait.<br />
– Disons que ce genre de chose c’est un peu mon métier.<br />
– Et c’est quoi votre job ? demanda la jeune femme curieuse<br />
– Je suis cuisinier<br />
– Vous êtes du genre grand Chef qui fait des plats minuscule à 100 euros ou bien plutôt cuisine de maman qui vous cale pour le reste de la semaine ?<br />
– Ni l’un ni l’autre » répondit Lebel un peu sur la défensive « Je suis juste cuisinier ».<br />
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La jeune femme resta pensive suite a cette réponse et prit une bouffé de sa cigarette électronique. Lebel imagina la saveur chimique et excessivement sucrée de l’engin et se demanda comment les gens pouvaient aimer ce genre de goût. Il ne se priva pourtant pas du spectacle de la jeune femme portant le bout de la cigarette a ses lèvres fines souligné d’un très léger gloss rose clair.<br />
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Bon sang ce qu’elle était belle.<br />
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« En ce moment je regarde pas mal d’émission sur la cuisine… » dit elle en sortant de son silence « c’est très à la mode. Mais bon je ne vous apprend rien ? Enfin bref, a chaque fois que je vois ces cuistots, je me dis qu’ils se rendent pas compte que c’est pas possible de manger tous les jours des trucs aussi sophistiqué que ce qu’ils servent.<br />
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– Pourquoi ça serait impossible ? » demanda Lebel tout en tirant sur son cigare qui était sur le point de s’éteindre, faute d’attention.<br />
– Et bien moi par exemple, je bosse comme une dingue toute la journée, et quand je rentre chez moi, ma seule envie c’est un bon bain chaud et un verre de vin… pas d’être de corvée de patate<br />
– C’est un raccourci un peu facile…<br />
– Je suis désolée… c’est pas sympa de parler comme ça de votre boulot. Je suis pas du genre a manquer de respect aux autres.<br />
– Ne soyez pas désolée : au moins vous êtes sincère. C’est une qualité rare. »<br />
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Lebel et la jeune femme s’échangèrent un sourire complice. Elle se leva, s’avança prêt de lui et s’assit sur une des chaises voisines.<br />
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« C’est quoi votre nom ? » demanda elle<br />
– Chef Nicolas Lebel : pour vous servir<br />
– Enchantée Nicolas : moi c’est Laurel »<br />
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Elle tendit la main. Lebel la serra avec précaution de peur de lui faire mal.<br />
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« Vous êtes joueur Nicolas ?<br />
– Comment ça joueur ?<br />
– Je voudrais vous lancer un défi… le challenge vous tente ?<br />
– Dites toujours » répondit le chef intrigué<br />
– Je vous défi de me faire aimer la grande cuisine. Si vous êtes un super chef ça devrait être facile non ?<br />
– En voila une drôle de proposition… ceci dit pourquoi pas ? ça pourrait être amusant.<br />
– Vous relevez le gant ?<br />
– A une condition : un défi n’en est vraiment un qu’avec quelque chose à la clé pas vrai ?<br />
– Exact<br />
– Alors dans ce cas, si je réussi votre défi, ça me parait normal que je gagne quelque chose. Ma proposition est donc la suivante : je vous invite ce soir dans mon restaurant et je vous sert le menu le plus incroyable de votre vie. Si ça vous plait : vous m’accordez un rendez vous »<br />
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Laurel fût surprise, mais aussi charmée par la proposition du chef Lebel.<br />
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« Alors ça Nicolas c’est ce que j’appelle un challenge osé… et ça me plait ! Entendu : si vous arrivez à me faire un menu entier qui me réconcilie avec l’envie de cuisiner, alors c’est promis je sortirai avec vous. Mais par contre… »<br />
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Laurel esquissa un regard félin et malicieux<br />
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« … si vous perdez, qu’est ce que moi je gagne ? »<br />
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***<br />
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« Antoine, je crois que j’ai fait une bêtise ! »<br />
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Lebel raconta sa rencontre avec Laurel au chef de rang ainsi que l’étrange pari qu’il avait fait, ce qui provoqua l’hilarité d’Antoine.<br />
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« Et bien on peut dire que vous avez le chic pour vous mettre dans la panade monsieur !<br />
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– Je te le fais pas dire ! bordel mais que je suis con !<br />
– En tout cas cette Laurel doit être bien jolie pour vous avoir convaincu de faire ça !<br />
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– Y’a pas que ça. C’est pas juste qu’elle soit belle… j’sais pas elle avait un truc dans le regard… et puis elle est intéressante et…<br />
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– Monsieur : pas besoin de m’expliquer, à mon age on connait ce genre de chose »<br />
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Savoir qu’Antoine le comprenait un tant soi peu soulagea en parti le chef Lebel. Mais cela ne changeait pas le fait qu’il allait devoir retrousser ses manches.<br />
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Il retourna dans la cuisine ou la brigade avait déjà commencé à s’activé et commença a réfléchir à son menu. Afin de vraiment pousser le défi dans ses limites, Lebel avait demandé à Laurel ce qu’elle détestait manger pour lui montrer à quel point cuisiner pouvait transformer les choses. Sur un carnet, il nota les idées, calcula les timings afin qu’il puisse enchaîner les préparations de manière optimale en fonction de l’ordre de service des plats, et dessina quelques idées de présentation.<br />
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Ce que le chef Lebel voulait faire, c’était de créer des plats inédit qu’il n’avait jamais préparé. Il avait besoin de cet état d’esprit pour impressionner la jeune femme, car simplement faire la démonstration de sa maîtrise des fourneaux avec des gestes répété cent fois n’allait pas la convaincre. Il était intimement persuadé qu’a travers  ces choix, il allait lui faire ressentir les efforts qu’il mettait en oeuvre pour lui plaire.<br />
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A cet instant Lebel réalisa qu’il était comme un gamin, animé d’une débordante passion. Il aimait l’idée de cette rencontre totalement improbable et de la façon dont s’enchaînaient les éléments. L’audace dont il avait fait preuve l’avait lui même étonné, mais elle était le signe que Laurel était différente de toutes les femmes qu’il avait fréquenté dans sa vie. Comme il l’avait dit à Antoine, ce n’était pas simplement sa beauté qui l’avait attiré, mais quelque chose dans la façon qu’elle avait de le regarder et de lui parler, ce « truc » qui fait la différence entre un coup de cœur et un coup de foudre.<br />
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Le chef Lebel se ressaisi : pas le temps de penser à tout ça, il fallait passer à l’action.<br />
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Tout en continuant à griffonner des idées sur son carnet, il demanda à la brigade de se réunir pour le briefing. Il rappela ses consignes concernant le plat du jour ainsi que quelques petites recommandations sur les basiques de la carte, puis demanda à ce qu’on lui laisse un poste pour son usage sans donner plus de détail. Lebel avait confiance dans sa brigade, et notamment en Thierry et Raphael, ses deux chef en second. Non seulement ils avaient la science de la cuisine, mais aussi une grande capacité à gérer la brigade de façon cohérente et respectueuse des valeurs de Lebel. C’est donc l’esprit tranquille qu’il allait pouvoir consacrée sa soirée à mener le défi de Laurel.<br />
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Lebel avait prit le temps de parler avec elle de ses attentes en matières de goût, ainsi que ce qui la rebutait. Il avait ciblé 3 produits en particulier qu’il comptait « mettre en scène » afin d’épater les papilles de la jeune femme.<br />
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Compte tenu des temps de préparation, le chef Lebel allait commencé par le dessert puisque celui ci allait nécessiter de passer un moment au frigo avant de pouvoir être servi. Mais bien que préparant ce qui dans la cuisine occidentale est traditionnellement un met sucrée, le chef se dirigea vers l’armoire à légume de la cuisine.<br />
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Il prit 3 gros brocolis qu’il sélectionna avec soin, et faisant tout particulièrement attention à la couleur qu’il voulait d’un vert bien vif. Son butin en main, il retourna à son poste de travail, et commença a découper le légume pour séparer les parties hautes et basses qu’il destinait chacune à un usage bien spécifique.<br />
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La partie basse fut mise à bouillir tandis que la partie haute fût cuite séparément à feu vif, puis rincé dans un grand saladier d’eau glacé afin que le choc thermique fixe la belle couleur verte que le chef avait si patiemment choisie. Il passa ensuite le brocoli au mixer et ajouta au jus ainsi obtenu du sucre semoule et de la crème fraîche liquide, le tout formant une base de crème qu’il versa dans un siphon. Pour parfaire le mélange, il mit le tout dans l’un des 4 grands frigos de la cuisine. Il s’occupa ensuite de la partie basse du brocoli qui avait finie de bouillir et la passa elle aussi au mixer. Il ajouta cette fois de la crème anglaise puis mit le tout dans une sorbetière.<br />
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D’ici 3 heures, il disposerait d’une glace au brocoli ainsi que d’une chantilly du même parfum.<br />
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Lebel ne remarquait pas les regards éberlué des commis de cuisine qui le voyait préparer son étrange préparation. Il était totalement impliqué dans sa création, confiant dans son art et certain de réussir son pari.<br />
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Afin de gagner un peu de temps, Lebel demanda à Thomas, le jeune marmiton, de lui préparer des meringue « à l’italienne ». Ce dernier acquiesça d’un vif « oui chef ! » et se lança dans sa préparation avec l’envie de se rattraper de son erreur avec le bouillon. Peut être que c’était tout simplement ça que devait faire Lebel avec lui : lui donner les opportunités de se mettre en valeur tout en le recadrant lorsque c’était nécessaire ?<br />
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Tandis qu’il préparait les ingrédients de son prochain plat, il observait le jeune commis du coin de l’oeil, et constata avec satisfaction qu’il se tirait a merveille de l’exercice.<br />
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Pour sa prochaine préparation, le chef Lebel alla chercher du coté des poissons, et sorti un magnifique filet de saumon du frigo. Frais du jour, le poisson avait une superbe couleur rosée et une texture moelleuse à souhait. après avoir lever la peau, le chef Lebel utilisa un emporte pièce pour faire un médaillon. Il retailla le dessus en coupant une lamelle aussi fine que pour un carpaccio et plaça le médaillon dans le cuiseur vapeur. Ce mode de cuisson à basse température allait permettre au poisson de rester coloré et fondant en bouche.<br />
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Pour dresser l’assiette, Lebel découpa des fines lamelles de fraise dont il prit soin de laisser les queues afin d’ajouter une touche de couleur. Il disposa les lamelles en rosace au centre d’une assiette, puis très méticuleusement ajouta du basilic ciselé par dessus. Il réserva l’assiette en la couvrant avec un petit dome en plastique blanc et surveilla son timing.<br />
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Laurel serait là d’ici une demi heure, il devait donc de toute urgence s’occuper de l’entrée.<br />
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Le chef avait beaucoup hésité quant à la préparation qu’il allait faire, car l’entrée allait donner le « ton » du menu. Il avait songer a faire une verrine de petit pois à la menthe, mais il n’était pas satisfait du résultat au fur et à mesure qu’il faisait sa recette.<br />
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Lorsqu’il vit Antoine sur le pas de la porte des cuisines, il comprit que la situation venait de se compliquer encore plus…<br />
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« Votre invitée est là monsieur : je l’ai installée à la table 6 »<br />
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Lebel fulmina intérieurement.<br />
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C’est sans sa toque et son tablier que Lebel entra dans la salle. Nerveux comme un écolier le jour de la rentrée, il avança néanmoins à pas ferme et résolu jusqu’à la table ou se tenait la jeune femme. A sa grande surprise, elle avait entre temps changé de tenu, troquant son jean pour une jupe en cuir tirant sur le bordeaux et sa chemise lavande pour une autre blanche à motif marron clair.<br />
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« Bonsoir Chef  » dit elle en voyant Lebel arriver « c’est vraiment un magnifique endroit !<br />
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– Merci Laurel… c’est une très ancienne maison. Pas la plus ancienne de Paris, mais pas loin derrière<br />
– Ca se sent : cette salle à une âme »<br />
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En temps normal, ce genre de phrase aurait fait grincer des dents à Lebel. Il avait beau avoir le respect des lieux et de leurs histoires, cette façon romanesque de voir les choses avait plutôt tendance à l’agacer. Mais dans la bouche de Laurel, ces paroles prenaient une saveur différente et il se surpris à adhérer d’un signe de tête a sa remarque.<br />
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Cette fois c’était clair : elle l’avait vraiment ensorceler.<br />
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« Est ce que je peux vous faire servir un apéritif avant de commencer ?<br />
– Hum je ne sais pas trop : est ce que ça ne risque pas de gêner ma dégustation ? vous n’essayez pas de m’assommer le palais pour que j’avale n’importe quoi quand même ? » demanda malicieusement Laurel « ça ne serait pas très fair play de votre part Nicolas !<br />
– Tout dépend de ce que vous prenez. Un apéritif bien choisi peut préparer vos papilles ou bien effectivement brûler votre palais s’il est trop fort.<br />
– Alors je m’en remet à vous : ce soir vous devez prendre soin de moi »<br />
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Lebel esquissa un sourire en coin et fit signe à Antoine qui arriva aussitôt.<br />
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« Antoine, vous allez servir a mademoiselle un Old Fashioned<br />
– Excellent choix monsieur, je vous apporte ça tout de suite » répondit Antoine avant d’aller au bar préparer le cocktail<br />
– Old Fashioned : c’est quoi comme cocktail ?<br />
– C’est un morceau de sucre imbibé d’Angostura, avec un zeste d’orange le tout rempli de glace et complété avec du bourbon et un peu d’eau gazeuse. C’est élégant et parfait pour la dégustation qui vous attends »<br />
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Antoine arriva avec le cocktail sur un petit plateau : servi dans un verre à mélange, et décoré d’une lamelle d’agrume et d’une cerise, le Old Fashioned avait fier allure. Les reflets ambré ré haussé par la brillance des glaçons formaient une belle symphonie de couleur, prélude aux saveurs délicate que promettait le breuvage.<br />
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Laurel huma le verre : des fragrances de gentiane et d’orange se dégageaient, matinée de petites touches d’amertume. Elle senti aussi les notes de fruits secs, de réglisse et de violette qui venait du bourbon. Elle porta le verre a ses lèvres, mais au moment de boire elle se tourna vers Lebel :<br />
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« Vous ne m’accompagnez pas ?<br />
– Désolé : jamais quand je cuisine, ça fausserai mon goût et je dois finir de préparer votre menu.<br />
– Dans ce cas effectivement je ne tiens pas à vous handicaper pour le défi » dit elle avec espièglerie<br />
– Je vais devoir retourner en cuisine : si vous avez besoin de quoi que ce soit Antoine est à votre service. Demandez lui ce que vous voulez, vous êtes l’invitée de la maison ce soir »<br />
<br />
Laurel remercia le chef en inclinant la tête et en levant son verre. Et tandis qu’il retournait vers ses fourneaux, elle ne put s’empêcher de le suivre du regard. Déjà lorsqu’elle l’avait croisé plus tôt dans la journée, elle était tombé sous la charme de l’air enfantin qui émanait de son regard. Elle avait immédiatement vu a travers son masque de chef rude et rigoureux sa vraie personnalité de passionné généreux, plein d’amour pour son travail. C’était la première fois que la jeune femme rencontrait quelqu’un ayant ces valeurs de partage et de spontanéité, et c’est sans doute ce qui lui avait donné l’audace de le défier de la sorte. Elle avait senti une forme d’attraction intrigante et mystérieuse qu’elle s’était sentie obligée de suivre, et pour l’instant elle ne pouvait que s’en féliciter.<br />
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De retour en cuisine, le chef Lebel se précipita vers son poste de travail. Il n’avait pas beaucoup de temps pour sortir l’entrée et n’avait quasiment pas commencé. Son idée de mousse de poivron était compromise car la texture de l’émulsion qu’il avait préparé ne se tenait pas. Il devait rapidement faire quelque chose mais il était tétanisé.<br />
<br />
« Ca va chef ? » lui demanda Thomas qui l’avait aperçu en train de trépigner devant son plan de travail<br />
– Hein ? oh merci t’en fais pas… faut que je trouve de quoi faire une entrée en urgence mais je ne sais pas quoi faire.<br />
– Vous aviez commencé quelque chose ?<br />
– Je voulais faire une mousse de poivron avec un assaisonnement aux épices mais ça prend pas et j’ai pas le temps de refaire toute la préparation… »<br />
<br />
Lebel était en plein désarrois. Mais alors qu’il commençait à envisager la défaite, il eut une sorte d’épiphanie en regardant Thomas. Il savait ce qu’il fallait faire.<br />
<br />
« Thomas tu ferais toi comme entrée si tu devais aller vite ?<br />
– Euh… je sais pas trop : je crois que je partirai sur une base de légume, je travaillerai ma coupe et je miserai tout sur l’assaisonnement »<br />
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Le jeune marmiton guettait du regard l’approbation de son chef.<br />
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« Tellement simple que j’y avait pas pensée : merci Thomas c’est une vraie idée de chef ! »<br />
<br />
Attrapant son couteau d’un geste vif, le chef Lebel commença a couper une endive et à en détailler les feuilles avec soin. Il en disposa 6 dans une longue assiette rectangulaire puis continua sa préparation en taillant exactement a la même dimension des tranches de fourme d’Ambert qu’il plaça sur les feuilles d’endives. Il prit ensuite une belle pomme golden qu’il éplucha en un éclair avant d’en détailler aussi de très fines tranches qu’il disposa par dessus le fromage. Il compléta son assiette avec des brins de ciboulette d’environ 2 centimètres, quelques éclats de noix torréfiées, puis il termina par un mince filet d’huile d’olive fruitée saupoudrée d’un peu de poivre.<br />
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Thomas était ébahi par la facilité avec laquelle Lebel avait aussitôt mis en place son dressage. Car bien que peu complexe en soit, la recette qu’il venait de créer, variante de la salade waldorf, demandait de la minutie pour que les éléments soient harmonieusement présenté.<br />
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Ravi de s’être tiré de ce mauvais pas, le chef Lebel était sur le point de placé l’assiette sur le comptoirs ou les serveurs venaient chercher les plats à servir. Thomas l’interpella alors :<br />
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« Chef : vous ne goûtez pas ? »<br />
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Le chef Lebel se figea et reposa l’assiette. Il ne savait pas s’il devait être vexé d’avoir oublié ce point crucial, ou fier que son jeune commis l’ai remarqué et ait eut le courage de lui dire. Il prit son couteau et trempa la pointe dans l’huile avant de la goûter.<br />
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« Manque de poivre… » constata le chef Lebel.<br />
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Il rectifia l’assaisonnement, le goûta à nouveau et parfaitement satisfait posa l’assiette sur le comptoirs pour le service.<br />
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« Bien joué Thomas : tu commences à avoir les bon réflexes.<br />
– Merci Chef !<br />
– C’est bien que tu n’ai pas hésiter à me le dire. Aucun cuisinier ne mérite de clémence lorsqu’il fait ce genre d’erreur »<br />
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Le jeune commis était fou de joie. Dans ses yeux brillait la fierté du métier que Lebel avait tant chercher à lui transmettre. Finalement, il n’était peut être pas un si piètre professeur ?<br />
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Sans attendre, le chef Lebel se lança sur la préparation de son plat. Le médaillon de saumon venait de finir de cuire, mais c’était maintenant que le vrai challenge commençait. Il confectionna un jus avec du caramel, du jus de fraise et de la sauce soja puis le fit épaissir avec de la fécule de pomme de terre. Il versa le résultat dans un bol, puis trempa le médaillon dedans. Son but était de faire une sorte de teriyaki improvisé dont les saveurs sucrée régaleraient le palais de Laurel.<br />
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Le chef Lebel disposa le saumon maintenant laqué sur l’assiette ou il avait préparer la rosace de fraise en faisant en sorte que le médaillon soit parfaitement au centre. Son coup d’œil ne lui avait pas fait défaut, et la rosace avait parfaitement le diamètre adéquat pour que le médaillon soit disposé comme il l’avait souhaité.<br />
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cependant lorsqu’il regarda son dressa, le chef Lebel n’était pas satisfait. L’assiette manquait de panache. Il eut alors en mémoire le souvenir d’une des grandes spécialité du chef Carmille : les dômes de caramels. Utilisant le restant de préparation qui était encore utilisable, le chef Lebel se servit d’une louche qu’il posa tête à l’envers sur le bord de son évier pour servir de base et la graissa avec de l’huile qu’il étala avec un papier essuie tout. Utilisant une fourchette pour faciliter l’opération, il disposa sur toute la surface du dos de la louche des lignes de caramel chaud en traçant une sorte de quadrillage afin qu’en refroidissant l’ensemble forme un dôme. Il ne fallut que quelque instant pour le caramel se durcisse, dessinant une élégante demi sphère brillante et dorée.<br />
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Le chef Lebel tapota le tour de la louche avec son couteau pour casser les brins de caramel qui avait coulé sur le plan de travail et le long du manche. Ensuite, avec autant de précision qu’un chirurgien il fit tourner très doucement le dôme de caramel pour le détacher de la louche. Il disposa le dôme de caramel sur le médaillon et pu enfin obtenir le résultat qu’il voulait.<br />
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La cloche de caramel laissait entrevoir ce qu’il y’avait dessous, mais masquait suffisamment pour laisser le plaisir de la découverte. Lebel était cette fois certain de sa victoire.<br />
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***<br />
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Laurel avait finie de déguster l’entrée de Lebel. Elle avait d’abord était un peu surprise voir déçue de l’apparente simplicité du plat, avant de finalement en apprécier la finesse très subtile. La fourme d’Ambert agrémenté de noix offrait un parfait contraste à la pomme et à l’endive, le tout étant parfaitement liée par assaisonnement. Le jeu des textures aussi jouait plein pot : craquant de l’endive, moelleux du fromage, croquant plus fibreux de la pomme et rugosité des noix. Et que dire du visuel ! Entre les feuilles d’endives jaunes et rouges, la brillance de la pomme et la couleur forestière des noix, c’était tout un paysage végétal que Lebel avait dessiner dans l’assiette de Laurel.<br />
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Sur la recommandation d’Antoine, la jeune femme avait prit un verre de Rasteau Hors d’âge de 1989 pour accompagner son entrée. C’était un vin tuilé et doux tirant sur le madère et d’ou se détachait des saveurs de pruneau cuit et d’épices. Le mariage avec l’entrée avait été un succès et Laurel félicita le chef de salle pour ses bons conseils.<br />
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Ce fût Lebel lui même qui apporta le plat principal. Dans les règles de l’art, il le déposa devant Laurel et retira la cloche en métal avec emphase.<br />
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« Teriyaki de saumon et sa rosace de fruit ! » annonça il.<br />
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Le dôme de caramel ne manqua pas d’ébahir Laurel qui ne savait pas si c’était un dessert ou un plat qu’elle avait sous les yeux. Cette impression perdura quand elle commença à manger, car les saveurs sucrées de la sauce aurait très bien put être celles d’une pâtisserie.<br />
<br />
Lebel l’observait sans un mot, cherchant simplement dans les traits de son visage les signes qui lui prouverait qu’elle appréciait sa cuisine. Un plissement des lèvres, un haussement de sourcille ou la simple façon de mordre dans un morceau étaient autant de signe que Lebel savait lire et interpréter.<br />
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« Chef : c’est fabuleux » dit Laurel, conquise « moi qui déteste le poisson parce que je trouve ça trop aigre et salé, là vous avez complétement inverser la donne !<br />
– Vous voyez que ça vaux le coup de se mettre aux fourneaux » conclua Lebel sans triomphalisme.<br />
– Vous gagnez pour l’instant, je dois l’admettre. Votre idée en tout cas est épatante d’originalité : comme ça vous est venu ?<br />
– Facile : je vous ai bien observé tout à l’heure, et votre cigarette electronique avait des effluves de fraises. Ce sont en général des gouts très sucré, je me suis donc dit que c’était l’angle d’attaque parfait pour vous proposer quelque chose que vous aimez.<br />
– Bravo Sherlock : vous avez un sacrée sens de l’observation !<br />
– On ne peut pas faire de bonne cuisine si on ne comprend pas les gens. Une assiette comme celle là ce n’est pas seulement savoir cuire le poisson ou couper les fraises : c’est faire des choix pour quelqu’un. C’est un plat unique que vous avez là : il n’a jamais été servi auparavent et à été conçu spécialement à votre intention »<br />
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Le rouge monta aux joues de Laurel.<br />
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« Whaou… » dit elle « Vous devez avoir un sacrée succès avec ce genre de réplique dites moi !<br />
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– Je suis juste sincère. Y’a que comme ça que sa marche : en écoutant les gens et en étant soit même »<br />
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Le chef Lebel laissa la jeune femme finir son plat tranquillement et retourna en cuisine pour le dernier acte de son menu.<br />
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***<br />
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La glace au brocoli était prête et avait bien reposée. Restait la question du dressage. Le chef Lebel opta pour une approche patissière : il fit trois quenelle de glace entre lesquelle il intercala des meringues. Ces derniere avait un assez gros diamètre, et laissaient un espace vide à mi hauteur que le chef Lebel compléta avec sa chantilly spéciale. Il saupoudra la chantilly de menthe émieté et termina de préparer l’assiette en essuyant les traces de glace qui avait put se former sur l’assiette pendant le dressage.<br />
<br />
Lebel quitta toque et tablier et arriva le plus simplement du monde avec son dessert. Maintenant que tout était fait, il savait que son destin n’était plus entre ces mains, et que tout ce qui le séparait d’un rendez vous galant avec Laurel était ce dessert.<br />
<br />
Pour ne pas risquer de la troubler, Lebel ne lui donna pas le détail du plat, indiquant simplement qu’il s’agissait d’une glace « surprise ».<br />
<br />
La jeune femme, désormais confiante dans la capacité de Lebel à cuisiner de bonne chose, planta sans attendre sa cuillère dans la chantilly. Elle en avala une petite pointe qu’elle laissa trainer un instant sur sa langue pour essayer d’en décortiquer le gout. Incapable de définir ce qui faisait la saveur de son dessert, Laurel en reprit une cuillère, puis une autre, et encore une, jusqu’a finalement terminer l’assiette sans en laisser une miette. Elle en était a ce demander si elle n’allait pas finir par lécher l’assiette.<br />
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La dégustation avait prit fin, et Laurel ne savait pas ce qu’elle venait de manger.<br />
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Lorsque Lebel lui révéla que sa glace ainsi que la chantilly étaient fait à base de brocoli, la jeune femme présenta tous les signes du déni. Mais lorsqu’elle passa son doigt sur le bord de l’assiette pour lecher ce qui restait de glace, elle reconnu enfin le légume et regarda Lebel avec stupéfaction.<br />
<br />
« Vous etes… un magicien ! comment c’est possible que ça soit du brocoli ?<br />
– La encore : science du mélange et tour de main… rien de bien extraordinaire si on garde l’esprit ouvert. La cuisine c’est aussi l’art de transformer les choses, de rendre le mauvais délicieux, et le fade intense. »<br />
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Laurel ne put qu’acquiescer de la tête.<br />
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« Chef : vous avez gagner votre défi » annonça elle solennel « et par conséquent c’est avec grand plaisir que je compte honorer ma dette »<br />
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Elle leva son verre de vin et le tapota avec sa cuillère pour attirer l’attention des autres clients.<br />
<br />
« Mesdames messieurs, excusez moi de vous interrompre pendant votre dîner. Je voulais partager avec vous la joie immense que j’ai eu de pouvoir profiter des incroyables talents du chef Lebel et de sa brigade. Il à réussi à me prouver que cuisiner n’était pas simplement une corvée, mais bel et bien un art et un plaisir qui se partage et se communique. Vive le chef ! » dit elle dressant son verre en l’air.<br />
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Tous les convives présent en firent de même puis se mirent à applaudir le chef. Dans ce vacarme, Laurel se pencha vers Lebel et lui demanda :<br />
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« Vous savez ce que je n’aime pas, mais vous savez ce qu’est la saveur que je préfère par dessus tout ? »<br />
<br />
Lebel voulut répondre « sucrée », mais sentant qu’il y’avait anguille sous roche préféra laisser arriver la réponse et fit non de la tête. Laurel passa alors sa main derrière sa tête et s’approcha de lui pour l’embrasser.<br />
<br />
« C’est ça ! » conclut elle avant de quitter le restaurant.<br />
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Posé sur la table, elle avait laisser sa carte de visite et avait écrit aux dos « Appelez moi vite ».<br />
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Lebel était aux anges. Finalement la journée n’avait pas été si mauvaise que ça.]]></description>
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Chaud Devant !<br />
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Dans le jargon des cuisines, on appelle les jeunes marmiton des « gâtes sauces », pour rappeler à quel point le manque d’expérience peut être fatal à un plat.<br />
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Et bien sûr c’était une chose intolérable pour le chef Lebel.<br />
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Mais voila : aucune cuisine ne pouvait se tenir sans ces indispensables petites mains qui écopaient de toutes les corvées. Et puis quel chef aurait put atteindre son rang sans passer par cette étape ?<br />
<br />
Le chef Lebel se rappela de son parcours, lorsque jeune « gâte sauce » lui aussi, il provoquait la colère de ses patrons par ses fautes. Il repensa au chef Pardier et de son accent du sud ouest qui adoucissait le plus ordurier des propos, au chef Barnard et sa maniaquerie sans pareil, et bien sûr il repensa à son maître à penser, le grand chef Carmille.<br />
<br />
Issue d’une famille où tout le monde travaillait sur les marchés, Carmille connaissait les produits de la table comme personne, que ce soit les viandes par son père et son oncle, tous deux boucher, ou les poissons par ses grands parents maternels qui tenaient un étale aux marchés des halles. Lebel était toujours impressionné lorsque d’un geste expert, Carmille déterminait la qualité d’un poisson avant même de l’ouvrir en le « sondant » comme un fruit. Cette science du produit s’était transmise au chef Lebel qui s’était fait un devoir de connaitre tout ce qu’il faut savoir sur ce qu’il utilisait dans sa cuisine.<br />
<br />
Plus que son maître, Lebel voulait connaitre non seulement les viandes, les légumes et les produits laitier, mais aussi la façon dont sont cultivé les épices, comment fonctionne la chimie organique de la cuisine, et quel technologie est employé dans les fours qu’il utilise.<br />
<br />
Cette exigence faisait du chef Lebel un cuisiner accomplit pour qui le goût n’était qu’un des aspects de son art.<br />
<br />
Malheureusement, c’était un piètre pédagogue lorsqu’il s’agissait de transmettre son savoir à ses marmitons. Il n’avait pas cette facilité qu’avait le chef Carmille à transmettre sa passion et son art.<br />
<br />
Lebel fixa Thomas avec insistance avant de lever les yeux au ciel de dépit puis de soupirer un grand coup.<br />
<br />
« Tu dois goûter ton plat à chaque ajustement que tu fais : pas une fois de temps en temps<br />
– Oui chef<br />
– t’as pas senti qu’il y’avait trop de sel ?<br />
– …<br />
– Faut faire attention Thomas : là tu viens presque de me fiche en l’air une marmite entière de bouillon ! il est hors de question de servir ça au client dans cet état ! »<br />
<br />
Lebel expliqua alors à Thomas comment rattraper l’affaire. Il vida un quart de la marmite dans un autre récipient, puis rajouta de l’eau. Il réajusta ensuite un par un chacun des ingrédients et expliqua à Thomas que le fait d’avoir ajouté de l’eau puis réajuster tous les ingrédients allait forcement se sentir, mais qu’au moins le bouillon aurait un goût convenable et digne de l’établissement.<br />
<br />
Il était toujours assez surprenant de voir les grands parallèle qui se dessinaient toujours entre la grande cuisine et l’armée. On parle de brigade, de Chef, on applique une discipline de fer, il y’a des rôles spécialisé, et des troufions qui servent à tout. Mais par dessus tout, il est question d’honneur, de fierté et de traditions.<br />
<br />
Et si Lebel n’avait jamais percé dans les sommets de la gastronomie, c’est parce qu’il n’était pas prêt a céder à tous les caprices des rédacteurs des guides pour avoir du succès. Certes, il vivait avec son temps, et s’était adonné lui aussi a cette curieuse cuisine moléculaire qui faisait ressembler son poste de travail à un labo de savant fou, certes il avait goûter à tous les fruits exotiques « tendance » ou ces fameux bonbons aux insectes.<br />
<br />
Lebel n’avait jamais fermé sa porte ni à l’innovation, ni à ce qui venait d’ailleurs, mais pour autant, il s’estimait défenseur d’un patrimoine. Il était de ceux qui pensait que c’est par ce simple art de vivre autour d’une bonne assiette qu’on pouvait changer le monde et que le vrai bonheur n’était pas une étouffante pile d’argent, mais un bel après midi sous le soleil à manger des grillades avec un rosé bien frais entre amis.<br />
<br />
Pour toutes ces raisons, Lebel savait qu’il allait devoir devenir un meilleur enseignant, car ne pas pouvoir transmettre tout ce qu’il avait apprit de ses maîtres lui semblait une trahison, un gâchis dont il serait l’unique responsable.<br />
<br />
Thomas faisait parti des commis sur qui il fondait de grand espoir. Car bien qu’inexpérimenté, ce jeune garçon à peine sorti de l’adolescence avait un talent qui manquait à bien d’autres : il observait. Alors bien sûr, il manquait comme tous les autres de pratique, était parfois dans la lune et pas assez attentif, mais son regard savait se porter sur les choses importantes. Et lorsque le chef montrait comment dresser une assiette, ce n’était pas l’assiette qu’il fixait, mais la main qui la tenait et la manière dont elle était placé pour permettre un geste plus efficace. Si Lebel montrait comment lever des filets, il ne regardait pas le couteau glisser, mais la façon de maintenir le poisson en parfaite position, comment se portait le regard du chef sur sa lame pour mieux en apprécier la progression dans les chairs…<br />
<br />
Lebel quitta la cuisine et arpenta la salle encore vide à cette heure ci et s’en alla voir le chef de rang, Antoine. Vieux de la vieille, Antoine faisait quasiment parti des murs de ce prestigieux restaurant parisien que Lebel avait racheté à prix d’or pour empêcher sa reconversion en sushi bar ou Dieu sait quelle autre atrocité.<br />
<br />
« Alors Antoine : comment est le carnet de bal ce soir ? demanda Lebel en faisant allusion aux réservations<br />
– A priori ça sera une soirée calme monsieur. C’est la période qui veut ça.<br />
– Et bien tant mieux : je ne cracherai pas sur un peu de calme après la folie du week end dernier !<br />
– Par contre monsieur…<br />
– Quoi ?<br />
– Dans les réservations j’ai constaté que nous avions deux critiques qui allaient venir pour le premier service.<br />
– C’est nouveau ça : ils ne sont plus anonymes les critiques culinaires ?<br />
– Pas depuis qu’ils passent à la télé monsieur »<br />
<br />
La remarque d’Antoine était aux yeux de Lebel pleine de bon sens. Ce retour en grâce de la cuisine auprès du grand public par l’entremise d’émission en tout genre avait eût des effets bien disparate. Si d’un coté c’était le signe d’une envie du public de retrouver la grande cuisine, l’effet pervers avait été que rapidement, le critique culinaire était devenu le nouveau guide d’une audience ayant soif d’apprendre.<br />
<br />
Encore fallait il que le guide sache de quoi il parle.<br />
<br />
Lebel ne comptait plus les coups de colère qu’il avait piqué devant son écran en entendant un juré d’émission faire 5min de poésie romanesque sur la beauté qu’avait su donné un candidat à son chou farci, ou quand il voyait la manière stéréotypé dont était présenté un type de cuisine… et notamment la sienne.<br />
<br />
La télé était pourtant devenu un mal nécessaire, car cet engouement s’était senti notablement dans le milieu, que ça soit en fréquentation, mais aussi en élargissement du panel des clients. Ainsi, des gens qui n’aurait auparavant jamais tenté l’aventure d’un restaurant gastronomique venaient désormais une fois par mois se faire ce coûteux plaisir, sans snobisme d’aucune sorte. Le plus souvent, ces nouveaux explorateurs du goût étaient même bien plus sensible et bien plus reconnaissant que les riches clients blasé qui ne venaient dans ce genre d’endroit que pour être sûr de ne pas croiser le vulgum pecus ou bien pour étaler leurs richesses à coup de vin hors de prix dont ils avaient trouvé le millésime sur un site internet et qu’ils balançaient au sommelier avec l’arrogance des connaisseurs du dimanche.<br />
<br />
« Bon… si je comprends bien nous allons devoir faire quelques courbettes histoire de ne pas être classé au milieu des fast food j’imagine ?<br />
– Oh monsieur exagère, ce ne sont pas de si mauvais bougre quand même ?<br />
– Mouais… dans le doute tu t’assureras toi même qu’ils soient bien servit d’accord ?<br />
– Très bien monsieur Lebel : ils seront traité comme des hauts dignitaires<br />
– Oui enfin… mollo quand même : si par hasard le Pape débarque j’aimerais pas qu’il ait l’impression qu’on délaisse ? tu vois ce que je veux dire ?<br />
– Tout à fait monsieur » répondit Antoine en souriant sous sa belle moustache grisâtre.<br />
<br />
***<br />
<br />
le clapotis de la pluie tapotait la housse de toile ciré verte qui couvrait la terrasse du « Palais d’Edmond », le bar situé à deux pas du restaurant de Lebel et où ce dernier avait ses habitudes. Le plus souvent avant le service du soir, il allait s’installer sur la terrasse, quel que soit le temps, puis commandait un verre qu’il dégustait avec un bon cigare. C’était le plus souvent un wisky qui avait sa préférence, quasi exclusivement des single malt écossais à la saveur iodé et tourbé mais parfois son humeur l’amenait plutôt à prendre un rhum blanc damoiseau de Guadeloupe, ou un havana club de 3 ans d’âge.<br />
<br />
Lebel prenait son petit cérémonial très au sérieux, et en suivait la routine avec une assiduité sans faille. Le verre posé à sa droite, il sortait de sa poche intérieur l’étui contenant le cigare qu’il avait sorti le matin même de sa cave a cette intention, en retirait le précieux vitole et l’humait pour s’en imprégner. Il laissait ses doigts courir sur la surface, la caressant comme un amant délicat. Il portait le module prêt de son oreille et écoutait le craquant de la feuille, puis en observait la cape en cherchant quel motif pouvait bien se dissimuler dans les veines du tabac. Il prenait alors sa petite guillotine de poche, et d’un geste expert, coupait juste ce qu’il fallait de la tête du cigare. C’était une étape cruciale, car si la coupe n’était pas parfaite, toute la dégustation en serait perturbée. La coupe faite, Lebel portait alors le cigare à sa bouche et sans l’allumer, tirait une première bouffé « à cru » pour que les saveurs brutes viennent titiller son palais expert. Ayant ainsi activé tous ses sens, Il pouvait enfin allumer le cigare, exclusivement avec une longue allumette en cèdre d’Espagne qu’il tenait à bonne distance pour ne pas brûler de trop son précieux vitole. Tout en maintenant la flamme de l’allumette vive en l’inclinant pour ne pas qu’elle se consume trop rapidement, Lebel faisait tourner le cigare afin que la flamme embrase bien toute la surface de ce dernier. Il regardait de temps en temps la progression de l’allumage, et soufflait sur le bout rougit pour activer le processus. Une fois cela fait Il procédait a la dernière étape en expirant fort tout en ayant le cigare en bouche, toujours avec l’allumette pointé devant, ce qui provoquait l’expulsion de tous les gaz qui s’étaient accumulé lors de la fermentation du tabac, et l’embrasement de ceux ci créant une longue flamme.<br />
<br />
C’était ce qu’il appelait « jouer au dragon ».<br />
<br />
Ce jour là, Lebel n’avait pas manqué a ses habitudes et après avoir commandé un Speyside single malt légèrement tourbé, il alluma avec la manière un Roméo y Julieta Cazadores dont les saveurs rondes et suaves rehaussées d’une délicate touche de noisette allaient parfaitement s’harmoniser avec sa boisson. Mais tandis qu’il « jouait au dragon », il remarqua du coin de l’œil que quelqu’un l’observait.<br />
<br />
Assise à 2 tables de là sur la terrasse, une jeune femme qui tenait à la main une cigarette électronique regardait Lebel avec intérêt. C’était une jolie brune, aux cheveux très long tombant sur ses épaules et dont le maquillage simplement constitué d’un eyeliner noir, mettait en valeur ses yeux en amandes de couleurs verts émeraudes.<br />
<br />
Leurs regards se croisèrent.<br />
<br />
« Comment vous faites ce truc là ? » demanda la jeune femme.<br />
– Pardon ?<br />
– Quand vous faite cette grosse flamme avec votre cigare… je n’avais jamais vu ça auparavant<br />
– Oh ça ! » réagit Lebel en pointant son cigare du doigt. « C’est juste les gaz en suspension qui s’enflamment sur l’allumette, et sur un gros cigare comme ça, forcement…<br />
– C’est sûr que c’est pas avec ça que je vais y arriver ! » dit la jeune femme en désignant sa cigarette électronique.<br />
<br />
Tous les deux restèrent un moment sans savoir trop quoi dire. Lebel observait à son tour la jeune femme : elle portait une veste en coton brun clair et un simple chemisier tirant sur le lavande dont les deux bouton du haut était laissé ouvert, laissant voir un petit triangle de peau rehaussé par un collier en or et a maille fine terminé par un bijou plat en forme d’anneau. Elle portait aussi un simple jean en denim a coupe droite, tenu à la taille par une mince ceinture en cuir marron clair. Posé sur la table devant elle, il y’avait une tasse à café juché sur une soucoupe ainsi qu’un verre d’eau encore plein.<br />
<br />
« Vous avez déjà essayé le cigare ? » demanda Lebel.<br />
<br />
La jeune femme qui avait entre temps prit sa tasse de boire son café pour en boire une gorgée manqua de le recracher lorsqu’elle se mit à rire. Il fallut un instant à Lebel pour comprendre le sous entendu graveleux qu’impliquait sa question.<br />
<br />
« Vous êtes du genre direct ! » répondit la jeune femme en souriant « C’est pas tous les jours qu’on me demande ça !<br />
– J’suis désolé je…<br />
– Non je vous prie… y’a pas de mal : c’était même plutôt drôle ».<br />
<br />
Elle essuya avec la serviette en papier posé sur la table les quelques gouttelettes qui s’étaient échappé du coin de ses lèvres.<br />
<br />
« Et pour répondre à votre question, ça m’est arrivé une fois ou deux, mais c’est pas trop mon truc. Trop fort, trop écœurant.<br />
– Je suis sûr qu’a chaque fois que vous avez essayé c’était à un mariage avec des cigares emballé dans des tubes en aluminium. Pas vrai ?<br />
– Exact ! » répondit la jeune femme stupéfaite « comment vous savez ça ?<br />
– Parce que c’est comme ça pour la plupart des gens qui ont votre réaction. Pour un mariage ou une naissance, les gens se disent qu’offrir des cigares c’est le comble du chic. Sauf que de bons cigares ça coûte cher, et s’il en faut un pour chacun des 80 invités de la noce, alors bonjour ! du coup la plupart du temps les gens se rabattent sur des trucs industriels qui n’ont rien à voir avec de vrais vitoles<br />
– Vitole ?<br />
– C’est un autre nom pour un cigare. On dit aussi un module. Les saveurs sont incomparables, et l’approche n’a rien a voir avec une vulgaire cigarette. C’est quelque chose pour laquelle il faut prendre du temps, et surtout déguster, apprécier les saveurs…<br />
– Vous avez l’air sacrément calé sur la question on dirait.<br />
– Disons que ce genre de chose c’est un peu mon métier.<br />
– Et c’est quoi votre job ? demanda la jeune femme curieuse<br />
– Je suis cuisinier<br />
– Vous êtes du genre grand Chef qui fait des plats minuscule à 100 euros ou bien plutôt cuisine de maman qui vous cale pour le reste de la semaine ?<br />
– Ni l’un ni l’autre » répondit Lebel un peu sur la défensive « Je suis juste cuisinier ».<br />
<br />
La jeune femme resta pensive suite a cette réponse et prit une bouffé de sa cigarette électronique. Lebel imagina la saveur chimique et excessivement sucrée de l’engin et se demanda comment les gens pouvaient aimer ce genre de goût. Il ne se priva pourtant pas du spectacle de la jeune femme portant le bout de la cigarette a ses lèvres fines souligné d’un très léger gloss rose clair.<br />
<br />
Bon sang ce qu’elle était belle.<br />
<br />
« En ce moment je regarde pas mal d’émission sur la cuisine… » dit elle en sortant de son silence « c’est très à la mode. Mais bon je ne vous apprend rien ? Enfin bref, a chaque fois que je vois ces cuistots, je me dis qu’ils se rendent pas compte que c’est pas possible de manger tous les jours des trucs aussi sophistiqué que ce qu’ils servent.<br />
<br />
– Pourquoi ça serait impossible ? » demanda Lebel tout en tirant sur son cigare qui était sur le point de s’éteindre, faute d’attention.<br />
– Et bien moi par exemple, je bosse comme une dingue toute la journée, et quand je rentre chez moi, ma seule envie c’est un bon bain chaud et un verre de vin… pas d’être de corvée de patate<br />
– C’est un raccourci un peu facile…<br />
– Je suis désolée… c’est pas sympa de parler comme ça de votre boulot. Je suis pas du genre a manquer de respect aux autres.<br />
– Ne soyez pas désolée : au moins vous êtes sincère. C’est une qualité rare. »<br />
<br />
Lebel et la jeune femme s’échangèrent un sourire complice. Elle se leva, s’avança prêt de lui et s’assit sur une des chaises voisines.<br />
<br />
« C’est quoi votre nom ? » demanda elle<br />
– Chef Nicolas Lebel : pour vous servir<br />
– Enchantée Nicolas : moi c’est Laurel »<br />
<br />
Elle tendit la main. Lebel la serra avec précaution de peur de lui faire mal.<br />
<br />
« Vous êtes joueur Nicolas ?<br />
– Comment ça joueur ?<br />
– Je voudrais vous lancer un défi… le challenge vous tente ?<br />
– Dites toujours » répondit le chef intrigué<br />
– Je vous défi de me faire aimer la grande cuisine. Si vous êtes un super chef ça devrait être facile non ?<br />
– En voila une drôle de proposition… ceci dit pourquoi pas ? ça pourrait être amusant.<br />
– Vous relevez le gant ?<br />
– A une condition : un défi n’en est vraiment un qu’avec quelque chose à la clé pas vrai ?<br />
– Exact<br />
– Alors dans ce cas, si je réussi votre défi, ça me parait normal que je gagne quelque chose. Ma proposition est donc la suivante : je vous invite ce soir dans mon restaurant et je vous sert le menu le plus incroyable de votre vie. Si ça vous plait : vous m’accordez un rendez vous »<br />
<br />
Laurel fût surprise, mais aussi charmée par la proposition du chef Lebel.<br />
<br />
« Alors ça Nicolas c’est ce que j’appelle un challenge osé… et ça me plait ! Entendu : si vous arrivez à me faire un menu entier qui me réconcilie avec l’envie de cuisiner, alors c’est promis je sortirai avec vous. Mais par contre… »<br />
<br />
Laurel esquissa un regard félin et malicieux<br />
<br />
« … si vous perdez, qu’est ce que moi je gagne ? »<br />
<br />
***<br />
<br />
« Antoine, je crois que j’ai fait une bêtise ! »<br />
<br />
Lebel raconta sa rencontre avec Laurel au chef de rang ainsi que l’étrange pari qu’il avait fait, ce qui provoqua l’hilarité d’Antoine.<br />
<br />
« Et bien on peut dire que vous avez le chic pour vous mettre dans la panade monsieur !<br />
<br />
– Je te le fais pas dire ! bordel mais que je suis con !<br />
– En tout cas cette Laurel doit être bien jolie pour vous avoir convaincu de faire ça !<br />
<br />
– Y’a pas que ça. C’est pas juste qu’elle soit belle… j’sais pas elle avait un truc dans le regard… et puis elle est intéressante et…<br />
<br />
– Monsieur : pas besoin de m’expliquer, à mon age on connait ce genre de chose »<br />
<br />
Savoir qu’Antoine le comprenait un tant soi peu soulagea en parti le chef Lebel. Mais cela ne changeait pas le fait qu’il allait devoir retrousser ses manches.<br />
<br />
Il retourna dans la cuisine ou la brigade avait déjà commencé à s’activé et commença a réfléchir à son menu. Afin de vraiment pousser le défi dans ses limites, Lebel avait demandé à Laurel ce qu’elle détestait manger pour lui montrer à quel point cuisiner pouvait transformer les choses. Sur un carnet, il nota les idées, calcula les timings afin qu’il puisse enchaîner les préparations de manière optimale en fonction de l’ordre de service des plats, et dessina quelques idées de présentation.<br />
<br />
Ce que le chef Lebel voulait faire, c’était de créer des plats inédit qu’il n’avait jamais préparé. Il avait besoin de cet état d’esprit pour impressionner la jeune femme, car simplement faire la démonstration de sa maîtrise des fourneaux avec des gestes répété cent fois n’allait pas la convaincre. Il était intimement persuadé qu’a travers  ces choix, il allait lui faire ressentir les efforts qu’il mettait en oeuvre pour lui plaire.<br />
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A cet instant Lebel réalisa qu’il était comme un gamin, animé d’une débordante passion. Il aimait l’idée de cette rencontre totalement improbable et de la façon dont s’enchaînaient les éléments. L’audace dont il avait fait preuve l’avait lui même étonné, mais elle était le signe que Laurel était différente de toutes les femmes qu’il avait fréquenté dans sa vie. Comme il l’avait dit à Antoine, ce n’était pas simplement sa beauté qui l’avait attiré, mais quelque chose dans la façon qu’elle avait de le regarder et de lui parler, ce « truc » qui fait la différence entre un coup de cœur et un coup de foudre.<br />
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Le chef Lebel se ressaisi : pas le temps de penser à tout ça, il fallait passer à l’action.<br />
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Tout en continuant à griffonner des idées sur son carnet, il demanda à la brigade de se réunir pour le briefing. Il rappela ses consignes concernant le plat du jour ainsi que quelques petites recommandations sur les basiques de la carte, puis demanda à ce qu’on lui laisse un poste pour son usage sans donner plus de détail. Lebel avait confiance dans sa brigade, et notamment en Thierry et Raphael, ses deux chef en second. Non seulement ils avaient la science de la cuisine, mais aussi une grande capacité à gérer la brigade de façon cohérente et respectueuse des valeurs de Lebel. C’est donc l’esprit tranquille qu’il allait pouvoir consacrée sa soirée à mener le défi de Laurel.<br />
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Lebel avait prit le temps de parler avec elle de ses attentes en matières de goût, ainsi que ce qui la rebutait. Il avait ciblé 3 produits en particulier qu’il comptait « mettre en scène » afin d’épater les papilles de la jeune femme.<br />
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Compte tenu des temps de préparation, le chef Lebel allait commencé par le dessert puisque celui ci allait nécessiter de passer un moment au frigo avant de pouvoir être servi. Mais bien que préparant ce qui dans la cuisine occidentale est traditionnellement un met sucrée, le chef se dirigea vers l’armoire à légume de la cuisine.<br />
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Il prit 3 gros brocolis qu’il sélectionna avec soin, et faisant tout particulièrement attention à la couleur qu’il voulait d’un vert bien vif. Son butin en main, il retourna à son poste de travail, et commença a découper le légume pour séparer les parties hautes et basses qu’il destinait chacune à un usage bien spécifique.<br />
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La partie basse fut mise à bouillir tandis que la partie haute fût cuite séparément à feu vif, puis rincé dans un grand saladier d’eau glacé afin que le choc thermique fixe la belle couleur verte que le chef avait si patiemment choisie. Il passa ensuite le brocoli au mixer et ajouta au jus ainsi obtenu du sucre semoule et de la crème fraîche liquide, le tout formant une base de crème qu’il versa dans un siphon. Pour parfaire le mélange, il mit le tout dans l’un des 4 grands frigos de la cuisine. Il s’occupa ensuite de la partie basse du brocoli qui avait finie de bouillir et la passa elle aussi au mixer. Il ajouta cette fois de la crème anglaise puis mit le tout dans une sorbetière.<br />
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D’ici 3 heures, il disposerait d’une glace au brocoli ainsi que d’une chantilly du même parfum.<br />
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Lebel ne remarquait pas les regards éberlué des commis de cuisine qui le voyait préparer son étrange préparation. Il était totalement impliqué dans sa création, confiant dans son art et certain de réussir son pari.<br />
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Afin de gagner un peu de temps, Lebel demanda à Thomas, le jeune marmiton, de lui préparer des meringue « à l’italienne ». Ce dernier acquiesça d’un vif « oui chef ! » et se lança dans sa préparation avec l’envie de se rattraper de son erreur avec le bouillon. Peut être que c’était tout simplement ça que devait faire Lebel avec lui : lui donner les opportunités de se mettre en valeur tout en le recadrant lorsque c’était nécessaire ?<br />
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Tandis qu’il préparait les ingrédients de son prochain plat, il observait le jeune commis du coin de l’oeil, et constata avec satisfaction qu’il se tirait a merveille de l’exercice.<br />
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Pour sa prochaine préparation, le chef Lebel alla chercher du coté des poissons, et sorti un magnifique filet de saumon du frigo. Frais du jour, le poisson avait une superbe couleur rosée et une texture moelleuse à souhait. après avoir lever la peau, le chef Lebel utilisa un emporte pièce pour faire un médaillon. Il retailla le dessus en coupant une lamelle aussi fine que pour un carpaccio et plaça le médaillon dans le cuiseur vapeur. Ce mode de cuisson à basse température allait permettre au poisson de rester coloré et fondant en bouche.<br />
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Pour dresser l’assiette, Lebel découpa des fines lamelles de fraise dont il prit soin de laisser les queues afin d’ajouter une touche de couleur. Il disposa les lamelles en rosace au centre d’une assiette, puis très méticuleusement ajouta du basilic ciselé par dessus. Il réserva l’assiette en la couvrant avec un petit dome en plastique blanc et surveilla son timing.<br />
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Laurel serait là d’ici une demi heure, il devait donc de toute urgence s’occuper de l’entrée.<br />
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Le chef avait beaucoup hésité quant à la préparation qu’il allait faire, car l’entrée allait donner le « ton » du menu. Il avait songer a faire une verrine de petit pois à la menthe, mais il n’était pas satisfait du résultat au fur et à mesure qu’il faisait sa recette.<br />
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Lorsqu’il vit Antoine sur le pas de la porte des cuisines, il comprit que la situation venait de se compliquer encore plus…<br />
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« Votre invitée est là monsieur : je l’ai installée à la table 6 »<br />
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Lebel fulmina intérieurement.<br />
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***<br />
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C’est sans sa toque et son tablier que Lebel entra dans la salle. Nerveux comme un écolier le jour de la rentrée, il avança néanmoins à pas ferme et résolu jusqu’à la table ou se tenait la jeune femme. A sa grande surprise, elle avait entre temps changé de tenu, troquant son jean pour une jupe en cuir tirant sur le bordeaux et sa chemise lavande pour une autre blanche à motif marron clair.<br />
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« Bonsoir Chef  » dit elle en voyant Lebel arriver « c’est vraiment un magnifique endroit !<br />
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– Merci Laurel… c’est une très ancienne maison. Pas la plus ancienne de Paris, mais pas loin derrière<br />
– Ca se sent : cette salle à une âme »<br />
<br />
En temps normal, ce genre de phrase aurait fait grincer des dents à Lebel. Il avait beau avoir le respect des lieux et de leurs histoires, cette façon romanesque de voir les choses avait plutôt tendance à l’agacer. Mais dans la bouche de Laurel, ces paroles prenaient une saveur différente et il se surpris à adhérer d’un signe de tête a sa remarque.<br />
<br />
Cette fois c’était clair : elle l’avait vraiment ensorceler.<br />
<br />
« Est ce que je peux vous faire servir un apéritif avant de commencer ?<br />
– Hum je ne sais pas trop : est ce que ça ne risque pas de gêner ma dégustation ? vous n’essayez pas de m’assommer le palais pour que j’avale n’importe quoi quand même ? » demanda malicieusement Laurel « ça ne serait pas très fair play de votre part Nicolas !<br />
– Tout dépend de ce que vous prenez. Un apéritif bien choisi peut préparer vos papilles ou bien effectivement brûler votre palais s’il est trop fort.<br />
– Alors je m’en remet à vous : ce soir vous devez prendre soin de moi »<br />
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Lebel esquissa un sourire en coin et fit signe à Antoine qui arriva aussitôt.<br />
<br />
« Antoine, vous allez servir a mademoiselle un Old Fashioned<br />
– Excellent choix monsieur, je vous apporte ça tout de suite » répondit Antoine avant d’aller au bar préparer le cocktail<br />
– Old Fashioned : c’est quoi comme cocktail ?<br />
– C’est un morceau de sucre imbibé d’Angostura, avec un zeste d’orange le tout rempli de glace et complété avec du bourbon et un peu d’eau gazeuse. C’est élégant et parfait pour la dégustation qui vous attends »<br />
<br />
Antoine arriva avec le cocktail sur un petit plateau : servi dans un verre à mélange, et décoré d’une lamelle d’agrume et d’une cerise, le Old Fashioned avait fier allure. Les reflets ambré ré haussé par la brillance des glaçons formaient une belle symphonie de couleur, prélude aux saveurs délicate que promettait le breuvage.<br />
<br />
Laurel huma le verre : des fragrances de gentiane et d’orange se dégageaient, matinée de petites touches d’amertume. Elle senti aussi les notes de fruits secs, de réglisse et de violette qui venait du bourbon. Elle porta le verre a ses lèvres, mais au moment de boire elle se tourna vers Lebel :<br />
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« Vous ne m’accompagnez pas ?<br />
– Désolé : jamais quand je cuisine, ça fausserai mon goût et je dois finir de préparer votre menu.<br />
– Dans ce cas effectivement je ne tiens pas à vous handicaper pour le défi » dit elle avec espièglerie<br />
– Je vais devoir retourner en cuisine : si vous avez besoin de quoi que ce soit Antoine est à votre service. Demandez lui ce que vous voulez, vous êtes l’invitée de la maison ce soir »<br />
<br />
Laurel remercia le chef en inclinant la tête et en levant son verre. Et tandis qu’il retournait vers ses fourneaux, elle ne put s’empêcher de le suivre du regard. Déjà lorsqu’elle l’avait croisé plus tôt dans la journée, elle était tombé sous la charme de l’air enfantin qui émanait de son regard. Elle avait immédiatement vu a travers son masque de chef rude et rigoureux sa vraie personnalité de passionné généreux, plein d’amour pour son travail. C’était la première fois que la jeune femme rencontrait quelqu’un ayant ces valeurs de partage et de spontanéité, et c’est sans doute ce qui lui avait donné l’audace de le défier de la sorte. Elle avait senti une forme d’attraction intrigante et mystérieuse qu’elle s’était sentie obligée de suivre, et pour l’instant elle ne pouvait que s’en féliciter.<br />
<br />
***<br />
<br />
De retour en cuisine, le chef Lebel se précipita vers son poste de travail. Il n’avait pas beaucoup de temps pour sortir l’entrée et n’avait quasiment pas commencé. Son idée de mousse de poivron était compromise car la texture de l’émulsion qu’il avait préparé ne se tenait pas. Il devait rapidement faire quelque chose mais il était tétanisé.<br />
<br />
« Ca va chef ? » lui demanda Thomas qui l’avait aperçu en train de trépigner devant son plan de travail<br />
– Hein ? oh merci t’en fais pas… faut que je trouve de quoi faire une entrée en urgence mais je ne sais pas quoi faire.<br />
– Vous aviez commencé quelque chose ?<br />
– Je voulais faire une mousse de poivron avec un assaisonnement aux épices mais ça prend pas et j’ai pas le temps de refaire toute la préparation… »<br />
<br />
Lebel était en plein désarrois. Mais alors qu’il commençait à envisager la défaite, il eut une sorte d’épiphanie en regardant Thomas. Il savait ce qu’il fallait faire.<br />
<br />
« Thomas tu ferais toi comme entrée si tu devais aller vite ?<br />
– Euh… je sais pas trop : je crois que je partirai sur une base de légume, je travaillerai ma coupe et je miserai tout sur l’assaisonnement »<br />
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Le jeune marmiton guettait du regard l’approbation de son chef.<br />
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« Tellement simple que j’y avait pas pensée : merci Thomas c’est une vraie idée de chef ! »<br />
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Attrapant son couteau d’un geste vif, le chef Lebel commença a couper une endive et à en détailler les feuilles avec soin. Il en disposa 6 dans une longue assiette rectangulaire puis continua sa préparation en taillant exactement a la même dimension des tranches de fourme d’Ambert qu’il plaça sur les feuilles d’endives. Il prit ensuite une belle pomme golden qu’il éplucha en un éclair avant d’en détailler aussi de très fines tranches qu’il disposa par dessus le fromage. Il compléta son assiette avec des brins de ciboulette d’environ 2 centimètres, quelques éclats de noix torréfiées, puis il termina par un mince filet d’huile d’olive fruitée saupoudrée d’un peu de poivre.<br />
<br />
Thomas était ébahi par la facilité avec laquelle Lebel avait aussitôt mis en place son dressage. Car bien que peu complexe en soit, la recette qu’il venait de créer, variante de la salade waldorf, demandait de la minutie pour que les éléments soient harmonieusement présenté.<br />
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Ravi de s’être tiré de ce mauvais pas, le chef Lebel était sur le point de placé l’assiette sur le comptoirs ou les serveurs venaient chercher les plats à servir. Thomas l’interpella alors :<br />
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« Chef : vous ne goûtez pas ? »<br />
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Le chef Lebel se figea et reposa l’assiette. Il ne savait pas s’il devait être vexé d’avoir oublié ce point crucial, ou fier que son jeune commis l’ai remarqué et ait eut le courage de lui dire. Il prit son couteau et trempa la pointe dans l’huile avant de la goûter.<br />
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« Manque de poivre… » constata le chef Lebel.<br />
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Il rectifia l’assaisonnement, le goûta à nouveau et parfaitement satisfait posa l’assiette sur le comptoirs pour le service.<br />
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« Bien joué Thomas : tu commences à avoir les bon réflexes.<br />
– Merci Chef !<br />
– C’est bien que tu n’ai pas hésiter à me le dire. Aucun cuisinier ne mérite de clémence lorsqu’il fait ce genre d’erreur »<br />
<br />
Le jeune commis était fou de joie. Dans ses yeux brillait la fierté du métier que Lebel avait tant chercher à lui transmettre. Finalement, il n’était peut être pas un si piètre professeur ?<br />
<br />
Sans attendre, le chef Lebel se lança sur la préparation de son plat. Le médaillon de saumon venait de finir de cuire, mais c’était maintenant que le vrai challenge commençait. Il confectionna un jus avec du caramel, du jus de fraise et de la sauce soja puis le fit épaissir avec de la fécule de pomme de terre. Il versa le résultat dans un bol, puis trempa le médaillon dedans. Son but était de faire une sorte de teriyaki improvisé dont les saveurs sucrée régaleraient le palais de Laurel.<br />
<br />
Le chef Lebel disposa le saumon maintenant laqué sur l’assiette ou il avait préparer la rosace de fraise en faisant en sorte que le médaillon soit parfaitement au centre. Son coup d’œil ne lui avait pas fait défaut, et la rosace avait parfaitement le diamètre adéquat pour que le médaillon soit disposé comme il l’avait souhaité.<br />
<br />
cependant lorsqu’il regarda son dressa, le chef Lebel n’était pas satisfait. L’assiette manquait de panache. Il eut alors en mémoire le souvenir d’une des grandes spécialité du chef Carmille : les dômes de caramels. Utilisant le restant de préparation qui était encore utilisable, le chef Lebel se servit d’une louche qu’il posa tête à l’envers sur le bord de son évier pour servir de base et la graissa avec de l’huile qu’il étala avec un papier essuie tout. Utilisant une fourchette pour faciliter l’opération, il disposa sur toute la surface du dos de la louche des lignes de caramel chaud en traçant une sorte de quadrillage afin qu’en refroidissant l’ensemble forme un dôme. Il ne fallut que quelque instant pour le caramel se durcisse, dessinant une élégante demi sphère brillante et dorée.<br />
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Le chef Lebel tapota le tour de la louche avec son couteau pour casser les brins de caramel qui avait coulé sur le plan de travail et le long du manche. Ensuite, avec autant de précision qu’un chirurgien il fit tourner très doucement le dôme de caramel pour le détacher de la louche. Il disposa le dôme de caramel sur le médaillon et pu enfin obtenir le résultat qu’il voulait.<br />
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La cloche de caramel laissait entrevoir ce qu’il y’avait dessous, mais masquait suffisamment pour laisser le plaisir de la découverte. Lebel était cette fois certain de sa victoire.<br />
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***<br />
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Laurel avait finie de déguster l’entrée de Lebel. Elle avait d’abord était un peu surprise voir déçue de l’apparente simplicité du plat, avant de finalement en apprécier la finesse très subtile. La fourme d’Ambert agrémenté de noix offrait un parfait contraste à la pomme et à l’endive, le tout étant parfaitement liée par assaisonnement. Le jeu des textures aussi jouait plein pot : craquant de l’endive, moelleux du fromage, croquant plus fibreux de la pomme et rugosité des noix. Et que dire du visuel ! Entre les feuilles d’endives jaunes et rouges, la brillance de la pomme et la couleur forestière des noix, c’était tout un paysage végétal que Lebel avait dessiner dans l’assiette de Laurel.<br />
<br />
Sur la recommandation d’Antoine, la jeune femme avait prit un verre de Rasteau Hors d’âge de 1989 pour accompagner son entrée. C’était un vin tuilé et doux tirant sur le madère et d’ou se détachait des saveurs de pruneau cuit et d’épices. Le mariage avec l’entrée avait été un succès et Laurel félicita le chef de salle pour ses bons conseils.<br />
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Ce fût Lebel lui même qui apporta le plat principal. Dans les règles de l’art, il le déposa devant Laurel et retira la cloche en métal avec emphase.<br />
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« Teriyaki de saumon et sa rosace de fruit ! » annonça il.<br />
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Le dôme de caramel ne manqua pas d’ébahir Laurel qui ne savait pas si c’était un dessert ou un plat qu’elle avait sous les yeux. Cette impression perdura quand elle commença à manger, car les saveurs sucrées de la sauce aurait très bien put être celles d’une pâtisserie.<br />
<br />
Lebel l’observait sans un mot, cherchant simplement dans les traits de son visage les signes qui lui prouverait qu’elle appréciait sa cuisine. Un plissement des lèvres, un haussement de sourcille ou la simple façon de mordre dans un morceau étaient autant de signe que Lebel savait lire et interpréter.<br />
<br />
« Chef : c’est fabuleux » dit Laurel, conquise « moi qui déteste le poisson parce que je trouve ça trop aigre et salé, là vous avez complétement inverser la donne !<br />
– Vous voyez que ça vaux le coup de se mettre aux fourneaux » conclua Lebel sans triomphalisme.<br />
– Vous gagnez pour l’instant, je dois l’admettre. Votre idée en tout cas est épatante d’originalité : comme ça vous est venu ?<br />
– Facile : je vous ai bien observé tout à l’heure, et votre cigarette electronique avait des effluves de fraises. Ce sont en général des gouts très sucré, je me suis donc dit que c’était l’angle d’attaque parfait pour vous proposer quelque chose que vous aimez.<br />
– Bravo Sherlock : vous avez un sacrée sens de l’observation !<br />
– On ne peut pas faire de bonne cuisine si on ne comprend pas les gens. Une assiette comme celle là ce n’est pas seulement savoir cuire le poisson ou couper les fraises : c’est faire des choix pour quelqu’un. C’est un plat unique que vous avez là : il n’a jamais été servi auparavent et à été conçu spécialement à votre intention »<br />
<br />
Le rouge monta aux joues de Laurel.<br />
<br />
« Whaou… » dit elle « Vous devez avoir un sacrée succès avec ce genre de réplique dites moi !<br />
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– Je suis juste sincère. Y’a que comme ça que sa marche : en écoutant les gens et en étant soit même »<br />
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Le chef Lebel laissa la jeune femme finir son plat tranquillement et retourna en cuisine pour le dernier acte de son menu.<br />
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***<br />
<br />
La glace au brocoli était prête et avait bien reposée. Restait la question du dressage. Le chef Lebel opta pour une approche patissière : il fit trois quenelle de glace entre lesquelle il intercala des meringues. Ces derniere avait un assez gros diamètre, et laissaient un espace vide à mi hauteur que le chef Lebel compléta avec sa chantilly spéciale. Il saupoudra la chantilly de menthe émieté et termina de préparer l’assiette en essuyant les traces de glace qui avait put se former sur l’assiette pendant le dressage.<br />
<br />
Lebel quitta toque et tablier et arriva le plus simplement du monde avec son dessert. Maintenant que tout était fait, il savait que son destin n’était plus entre ces mains, et que tout ce qui le séparait d’un rendez vous galant avec Laurel était ce dessert.<br />
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Pour ne pas risquer de la troubler, Lebel ne lui donna pas le détail du plat, indiquant simplement qu’il s’agissait d’une glace « surprise ».<br />
<br />
La jeune femme, désormais confiante dans la capacité de Lebel à cuisiner de bonne chose, planta sans attendre sa cuillère dans la chantilly. Elle en avala une petite pointe qu’elle laissa trainer un instant sur sa langue pour essayer d’en décortiquer le gout. Incapable de définir ce qui faisait la saveur de son dessert, Laurel en reprit une cuillère, puis une autre, et encore une, jusqu’a finalement terminer l’assiette sans en laisser une miette. Elle en était a ce demander si elle n’allait pas finir par lécher l’assiette.<br />
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La dégustation avait prit fin, et Laurel ne savait pas ce qu’elle venait de manger.<br />
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Lorsque Lebel lui révéla que sa glace ainsi que la chantilly étaient fait à base de brocoli, la jeune femme présenta tous les signes du déni. Mais lorsqu’elle passa son doigt sur le bord de l’assiette pour lecher ce qui restait de glace, elle reconnu enfin le légume et regarda Lebel avec stupéfaction.<br />
<br />
« Vous etes… un magicien ! comment c’est possible que ça soit du brocoli ?<br />
– La encore : science du mélange et tour de main… rien de bien extraordinaire si on garde l’esprit ouvert. La cuisine c’est aussi l’art de transformer les choses, de rendre le mauvais délicieux, et le fade intense. »<br />
<br />
Laurel ne put qu’acquiescer de la tête.<br />
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« Chef : vous avez gagner votre défi » annonça elle solennel « et par conséquent c’est avec grand plaisir que je compte honorer ma dette »<br />
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Elle leva son verre de vin et le tapota avec sa cuillère pour attirer l’attention des autres clients.<br />
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« Mesdames messieurs, excusez moi de vous interrompre pendant votre dîner. Je voulais partager avec vous la joie immense que j’ai eu de pouvoir profiter des incroyables talents du chef Lebel et de sa brigade. Il à réussi à me prouver que cuisiner n’était pas simplement une corvée, mais bel et bien un art et un plaisir qui se partage et se communique. Vive le chef ! » dit elle dressant son verre en l’air.<br />
<br />
Tous les convives présent en firent de même puis se mirent à applaudir le chef. Dans ce vacarme, Laurel se pencha vers Lebel et lui demanda :<br />
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« Vous savez ce que je n’aime pas, mais vous savez ce qu’est la saveur que je préfère par dessus tout ? »<br />
<br />
Lebel voulut répondre « sucrée », mais sentant qu’il y’avait anguille sous roche préféra laisser arriver la réponse et fit non de la tête. Laurel passa alors sa main derrière sa tête et s’approcha de lui pour l’embrasser.<br />
<br />
« C’est ça ! » conclut elle avant de quitter le restaurant.<br />
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Posé sur la table, elle avait laisser sa carte de visite et avait écrit aux dos « Appelez moi vite ».<br />
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Lebel était aux anges. Finalement la journée n’avait pas été si mauvaise que ça.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[lien Wattpad vers « chaud devant ! »](https://www.wattpad.com/157656434-le-d%C3%A9fi-bradbury-chaud-devant)

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n’hésitez pas à partager et à commenter !
Chaud Devant !

Dans le jargon des cuisines, on appelle les jeunes marmiton des « gâtes sauces », pour rappeler à quel point le manque d’expérience peut être fatal à un plat.

Et bien sûr c’était une chose intolérable pour le chef Lebel.

Mais voila : aucune cuisine ne pouvait se tenir sans ces indispensables petites mains qui écopaient de toutes les corvées. Et puis quel chef aurait put atteindre son rang sans passer par cette étape ?

Le chef Lebel se rappela de son parcours, lorsque jeune « gâte sauce » lui aussi, il provoquait la colère de ses patrons par ses fautes. Il repensa au chef Pardier et de son accent du sud ouest qui adoucissait le plus ordurier des propos, au chef Barnard et sa maniaquerie sans pareil, et bien sûr il repensa à son maître à penser, le grand chef Carmille.

Issue d’une famille où tout le monde travaillait sur les marchés, Carmille connaissait les produits de la table comme personne, que ce soit les viandes par son père et son oncle, tous deux boucher, ou les poissons par ses grands parents maternels qui tenaient un étale aux marchés des halles. Lebel était toujours impressionné lorsque d’un geste expert, Carmille déterminait la qualité d’un poisson avant même de l’ouvrir en le « sondant » comme un fruit. Cette science du produit s’était transmise au chef Lebel qui s’était fait un devoir de connaitre tout ce qu’il faut savoir sur ce qu’il utilisait dans sa cuisine.

Plus que son maître, Lebel voulait connaitre non seulement les viandes, les légumes et les produits laitier, mais aussi la façon dont sont cultivé les épices, comment fonctionne la chimie organique de la cuisine, et quel technologie est employé dans les fours qu’il utilise.

Cette exigence faisait du chef Lebel un cuisiner accomplit pour qui le goût n’était qu’un des aspects de son art.

Malheureusement, c’était un piètre pédagogue lorsqu’il s’agissait de transmettre son savoir à ses marmitons. Il n’avait pas cette facilité qu’avait le chef Carmille à transmettre sa passion et son art.

Lebel fixa Thomas avec insistance avant de lever les yeux au ciel de dépit puis de soupirer un grand coup.

« Tu dois goûter ton plat à chaque ajustement que tu fais : pas une fois de temps en temps
– Oui chef
– t’as pas senti qu’il y’avait trop de sel ?
– …
– Faut faire attention Thomas : là tu viens presque de me fiche en l’air une marmite entière de bouillon ! il est hors de question de servir ça au client dans cet état ! »

Lebel expliqua alors à Thomas comment rattraper l’affaire. Il vida un quart de la marmite dans un autre récipient, puis rajouta de l’eau. Il réajusta ensuite un par un chacun des ingrédients et expliqua à Thomas que le fait d’avoir ajouté de l’eau puis réajuster tous les ingrédients allait forcement se sentir, mais qu’au moins le bouillon aurait un goût convenable et digne de l’établissement.

Il était toujours assez surprenant de voir les grands parallèle qui se dessinaient toujours entre la grande cuisine et l’armée. On parle de brigade, de Chef, on applique une discipline de fer, il y’a des rôles spécialisé, et des troufions qui servent à tout. Mais par dessus tout, il est question d’honneur, de fierté et de traditions.

Et si Lebel n’avait jamais percé dans les sommets de la gastronomie, c’est parce qu’il n’était pas prêt a céder à tous les caprices des rédacteurs des guides pour avoir du succès. Certes, il vivait avec son temps, et s’était adonné lui aussi a cette curieuse cuisine moléculaire qui faisait ressembler son poste de travail à un labo de savant fou, certes il avait goûter]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Mon, 24 Aug 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-08-24T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Journal de bord – Episode 4 : Le coup du sombrero Malgache #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-4-le-coup-du-sombrero-malgache-de/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le coup du sombrero Malgache »](https://www.wattpad.com/155259916-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-coup-du-sombrero-malgache)<br />
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[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Le coup du sombrero Malgache<br />
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L’air chaud provenant du Mojave avait commencé à remonter le Strip tandis que l’après-midi débutait. Ce moment de torpeur dans une ville qui ne dort jamais, était ce qui pouvait le plus ressembler à une accalmie. Car à Las Vegas, ce n’était pas la nuit qui apportait le calme, mais l’écrasante chaleur qui ne pouvait se supporter qu’à coup de climatiseur.<br />
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Alexander était habitué à ce climat, comme tous les gens du coin qui travaillaient et vivaient ici. Lorsqu’il était adolescent, le Strip et ses casinos étaient son terrain de jeu, et en grandissant, ils l’étaient restés… mais d’une autre manière.<br />
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Il coupa le moteur puis rehaussa le siège de la voiture pour y être plus à l’aise tandis que le vendeur lui sortait son baratin.<br />
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« Monsieur vous pouvez être sûr qu’une telle affaire ne se voit pas tous les j…<br />
– La balade m’a convaincu : je la prends. Faite les papiers » dit-il avec calme.<br />
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En moins de 15 minutes, l’affaire était signée, et le vendeur lui donna les clés et les papiers de la GT Shelby qu’il venait de payer cash 40 000 dollars. Bien sûr c’était un caprice, mais après avoir passé plusieurs mois en cavale, Alexander Bluesummers était bien décidé à se la couler douce autant qu’il le pouvait.<br />
<br />
Et puis pour ce qu’il comptait faire, il valait mieux qu’il ait une bonne voiture…<br />
<br />
Le rendez-vous avec Eddy avait été fixé à 5 blocs de là, dans un café latino nommé « le Madrigal », le genre de petite enseigne soit disant typique mais où toute la nourriture était préparée d’avance par une petite entreprise de surgelé du sud de Palo Alto.<br />
<br />
Assit sur un rebord de fenêtre, Eddy attendait un cigarillo éteint au bout des lèvres. Il avait essayé un nombre incalculable de fois d’arrêter de fumer, puis avait décidé que quitte à être accro, il le serait avec des produits haut de gamme. Depuis il ne fumait plus que des cigares d’importation cubain qu’il obtenait dieu sait comment et à quel prix, ou bien d’élégants cigarillos au puissant parfum de vanille. Lorsqu’il vit Alexander, il attrapa le briquet à essence qu’il gardait dans sa poche et dans un geste expert le fit claquer et s’enflammer pour finalement allumer l’objet de son addiction.<br />
<br />
Les deux hommes s’avancèrent l’un vers l’autre, sans un mot, puis restèrent un bref moment à se fixer. Les yeux bleus profond couleur cobalt d’Alexander dégageait comme toujours ce sentiment de puissance et de maîtrise qui avait toujours impressionné Eddy. Il esquissa un sourire tout en tirant une petite bouffé de son cigarillo, puis se mit à rire de bon cœur et à donner d’amicales tapes sur l’épaule d’Alexander.<br />
<br />
« Ha ha ! C’est bon de t’voir Alex » commença Eddy « je savais que ces connards pourraient pas de tenir éloigné du Strip bien longtemps<br />
– Ils sont trop prévisible »<br />
– Ecoutez-moi ça… Alexandre le Grand de retour sur ses terres prêt à en découdre ! »<br />
<br />
Eddy donna une dernière accolade à son ami puis reprit sur un ton plus sérieux.<br />
<br />
« Avec tout ça j’ai pas pu te dire… je suis désolé pour Parker. Ce qui est arrivé c’est…<br />
-Je te remercie Eddy. Je sais que tu as fait ce qu’il fallait en mon absence. Je payerai ma dette<br />
-Hey : pas de ça entre vieux frère, Parker c’était aussi mon amie »<br />
<br />
Le cigarillo était à peine entamé mais Eddy le laissa tomber à terre puis le foula du pied pour l’éteindre. Alexander le fixa de ce regard qu’il prenait quand il avait un reproche à faire.<br />
<br />
« Quoi ? Tu vas pas m’emmerder pour un mégo ?<br />
– Il y’a des cendriers à l’entrée du restaurant. C’est fait pour ça<br />
– Ah bordel j’étais content d’te voir mais heureusement que tu me rappelles à quel point tu peux être chiant parfois ! »<br />
<br />
Cette fois ce fût Alexander qui lui adressa un petit sourire amusé.<br />
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***<br />
<br />
« Alors Alex : C’est quoi la suite ? »<br />
<br />
Cette question était on ne peut plus pertinente étant donnée la situation. Alexander était grillé dans le milieu, et revenir aussi ouvertement a Vegas ne pouvait signifier qu’une chose : il avait un plan pour revenir dans la partie.<br />
<br />
« Dans deux semaine, le plus grand événement sportif de tous les temps va avoir lieu ici, à Las Vegas… » expliqua-t-il à son ami<br />
– Tu veux dire le Superbowl ?<br />
– Tout juste : j’ai mis sur point un plan qui va exploiter cette situation et nous offrir à tous exactement ce que nous souhaitons.<br />
– Ah ouais ? jusque-là c’est du Alexandre le Grand tout craché… mais quand tu dis « nous »… c’est qui « nous » ?<br />
– Le cœur de l’équipe c’est toi et moi. Je n’ai confiance en personne d’autre pour me seconder<br />
– Tu sais que ça pourrait presque être de la flatterie ?<br />
– Ça ne l’est pas. Je ne fais pas ce genre de chose<br />
– Oui je sais… et tu n’utilises jamais la forme interrogative non plus, chacun ses défauts pas vrai ? »<br />
<br />
La remarque fit mouche et arracha un sourire à Alexander.<br />
<br />
« La plan en gros c’est quoi ?<br />
– Nous allons commettre un vol.<br />
– Un vol ? Alex ça fait tellement de temps que ça que tu es parti ? Tout ce qui a un tant soit peu de valeur ici est dans le coffre de… Oh merde ! T’es pas en train de me dire que ta cible c’est Emerson Palmer ?<br />
– Je n’ai rien dit…<br />
– T’as rien dit mais t’as cette petite étincelle dans le regard qui me fait comprendre que j’ai raison et que ton plan c’est juste une putain de vendetta avec comme trophée la tête d’Emerson ! J’ai pas raison ?<br />
– Tu as raison.<br />
– Mais alors du coup ton équipe ça a intérêt à être un genre de putain d’armée de spécialiste en tout genre parce que sinon ton retour à la maison va tourner court mon grand !<br />
– Non, ce n’est pas une armée : j’ai besoin d’un groupe facilement contrôlable avec le moins de variable possible. Nous serons cinq, ce qui est largement suffisant étant donné ma stratégie.<br />
– Bah voyons ! On va braquer le coffre d’Emerson Palmer, le chef de la sécurité d’un des plus grands hôtels casino de tout le Strip, et en plus pour que ça soit vraiment fun, on va le faire avec seulement cinq gars ! »<br />
<br />
Eddy avait levé la voix sans s’en rendre compte. Lorsqu’il remarqua que la serveuse qui apportait leur commande le dévisageait, il reprit son calme, s’excusa de s’être emporté et tendit un billet de 10 dollars à la jeune fille en guise de pourboire. Alexander fit de même mais avec un billet de 100 dollars.<br />
<br />
« Faut toujours que t’en rajoutes ? » demanda Eddy de manière rhétorique.<br />
<br />
La serveuse remercia Alexander et essaya d’entamer la conversation. L’élégance d’Alexander, son regard bleu cobalt et les traits de son visage, à la fois matures mais fins, n’avaient pas manqué de la séduire. Mais Alexander resta silencieux, n’adressant même pas un regard à la jeune femme qui s’en alla dépiter. Eddy fût surpris d’une telle froideur de la part de son ami.<br />
<br />
« Et ben joli cœur : depuis quand tu joues les bad boy ?<br />
– Je suis là pour parler affaire avec toi, pas pour flirter<br />
– bah voyons… »<br />
<br />
Eddy redevint plus sérieux<br />
<br />
« Ça serait pas manquer de respect à Parker d’accepter un sourire tu sais. Je pense même qu’elle serait plutôt contente de…<br />
– Ne commences pas… s’il te plait… »<br />
<br />
Depuis presque 25 ans qu’ils étaient amis, Eddy n’avait jamais entendu Alexander parler avec autant de tristesse dans la voix. Après un petit instant de flottement entre les deux amis, Alexander repris l’explication de son projet.<br />
<br />
« Les deux équipes en lice pour le titre seront logées dans deux hôtels différents, et il se trouve que les tenants du titre seront au Magna Palacio et qu’ils auront avec eux notre cible : le trophée Vince Lombardi »<br />
<br />
Eddy manqua de recracher son verre<br />
<br />
« T’es sérieux ? Tu veux voler le trophée de la NFL ? Alex bordel c’est un sacrilège ! Dans ce pays le football c’est sérieux !<br />
– Je sais<br />
– « je sais… » bon Dieu ce que t’es chiant quand t’es comme ça ! Mais merde qui est le taré qui peut vouloir… ah d’accord : je parie que c’est l’Oncle Bender qui t’as suivi dans ton délire ? »<br />
<br />
La question d’Eddy était une fois de plus, plus rhétorique qu’autre chose, aussi Alexander n’y répondit que d’un hochement de tête.<br />
<br />
« Donc ça veut dire que tout ce pognon que tu balances depuis tout à l’heure c’est le sien ? Le verre que je bois c’est lui qui le paye ? »<br />
<br />
Nouveau hochement de tête.<br />
<br />
« Alex… tu réalises que là on traite avec un taré de première ? Il est pas juste excentrique il est… mauvais ! Même selon nos critères<br />
– Il est peut être « mauvais » mais il est loyal en affaire. Il ne déroge jamais à sa parole et nous avons toujours pu compter sur lui.<br />
– Et rappel moi à quel prix ?<br />
– En l’occurrence ce prix en vaux largement la peine.<br />
– Pffff… Faut vraiment que je t’aimes comme un frère pour me laisser embarquer ! »<br />
<br />
Alexander esquissa un sourire en coin. Eddy avait beau être râleur, c’était son meilleur ami et comme il le disait lui-même : un frère.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une heure après leur retrouvaille au Madrigal, Alexander et Eddy étaient en route pour établir les derniers préparatifs de leur coup, et cette route avait pour escale la suite royale de l’Excelsior, un des plus anciens et prestigieux hôtel casino de Vegas. Eloigné du tumulte du Strip, c’était un point de repli parfait pour quiconque voulait rester dans le coin sans pour autant se mêler au brouhaha du quotidien. La haute tour en forme d’aiguille semblait percer le cœur du ciel lorsqu’on fixait son sommet depuis son pied, donnant l’impression d’un titanesque dard défiant les cieux.<br />
<br />
L’endroit était parfait pour un truand tel que l’Oncle Bender.<br />
<br />
Eddy était très nerveux et ne manquait pas de le faire savoir à son complice tandis qu’ils prenaient l’ascenseur panoramique. Toujours stoïque, Alexander le laissa s’exprimer sans l’interrompre préférant qu’il vide un peu de pression avant l’entretient qui allait avoir avec l’Oncle Bender.<br />
<br />
Le parcours de ce dernier était une véritable aventure en soi, digne d’un film. Arrivé de Russie à la fin des années 80, après l’explosion du bloc de l’Est. Il avait trouvé a Las Vegas une reconversion inattendue pour un ex agent des renseignements et c’est notamment sa parfaite maîtrise de l’art de la manipulation qui lui valut une place de choix dans l’équipe de Vitaly Kirotnikof, le patron du Little Odessa de l’époque. Rapidement, il devint le numéro 2 et ce jusqu’à la mort de Vitaly ce qui le propulsa parrain de l’organisation. Influencé par le cinéma et notamment « le Parrain », ou Scarface, il tenait absolument à avoir un surnom. Il choisit de se faire appeler « Bender » pensant à tort que cela voulait dire « le tordu ». Personne n’osa jamais lui traduire exactement ce que cela signifiait…<br />
<br />
L’Oncle Bender travaillait « à la russe » comme il aimait à le dire : ses affaires étaient menées comme des parties d’échec (jeu auquel il excellait) avec réflexion, mais aussi audace. Et de l’audace il n’en manquait pas. C’était l’une des rares personnes à Vegas à se moquer tout autant de la toute puissante commission des jeux que des corporations ayant soumis la ville a coup de millions de dollars.<br />
<br />
Après avoir subi une fouille en règle de la part des gorilles de la sécurité qui se tenaient devant l’entrée de sa suite, Eddy et Alexander furent accueillit par des éclats de voix. L’Oncle Bender, revolver en main pointait la tête d’un jeune homme a l’allure de petite frappe qui tremblait de peur, les mains levé en signe de soumission.<br />
<br />
« Enfoiré ! Tu crois que c’est comme ça que je gère mon business ?<br />
– Je… je suis désolé m’sieur Bender… c’est Tom qui devait…<br />
– Gna gnagna… « C’est Tom qui devait… » J’EN AI RIEN A FOUTRE DE TOM ! »<br />
<br />
Les accès de colère de L’Oncle Bender étaient légendaires. Et parfois suffisamment étranges pour qu’on doute de sa santé mentale. Eddy en bon joueur qu’il était savait que c’était un bluff du russe pour rappeler à tous qu’il fallait se méfier de lui.<br />
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Et que c’était un excellent conseil.<br />
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« Tu va me ramener ce pognon fissa compris ? Parce que tu sais très bien que si tu ne le fais pas, je vais me lancer dans une vendetta contre ton petit cul qui se finira par une chasse à l’homme à l’arbalète en plein milieu du désert !<br />
– Oui m’sieur ! Je vous payerai tout d’ici la fin de la semaine ! Je vous le promet ! »<br />
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Bender baissa son arme et donna une petite gifle au truand pour le faire détaler. Il ne faisait AUCUN doute que le jeune criminel qui venait de recevoir cet avertissement allait se donner corps et âme pour rembourser sa dette, quel qu’en fût le montant. Car lorsque l’Oncle Bender parlait de chasse à l’homme dans le désert, et bien que ça ne fusse que des rumeurs, il y’avait un fond de vérité à tout ça qui motiverait même le plus insouciant des truands. Sans dire un mot, il quitta l’endroit sans demander son reste.<br />
<br />
Toujours en colère, l’Oncle Bender s’alluma un cigare colossale qu’il sorti d’un beau coffret en bois précieux. Il tira une longue bouffé qu’il fit s’envoler doucement au-dessus de sa tête : c’était comme un exercice de respiration qui lui permettait de retrouver son calme.<br />
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Apaisé, le bouillonnant russe adressa un chaleureux sourire à Eddy et Alexander avant de littéralement leur tomber dans les bras.<br />
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Toujours son arme à la main…<br />
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« Alexander ! Eddy ! Mes amis : comme je suis heureux de vous revoir ! Ha ha ! »<br />
<br />
Bender ponctuait souvent ses phrases de ce petit rire saccadé. Mais ce rire avait surtout le don de mettre Eddy mal à l’aise. Alexander lui restait comme a son habitude parfaitement stoïque et maître de lui-même.<br />
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« Alex : regarde-toi ! Toujours aussi classe hein ? ha ha ! J’adore ton costume : c’est italien ? Non attends laisse-moi deviner… ha ha ! Bon d’accord je donne ma langue au chat !<br />
– C’est français<br />
– Ha ha ! Bah oui forcément, que je suis bête… vu que t’étais planqué à Paris ! »<br />
<br />
Eddy se mordilla les lèvres nerveusement : personne à part lui n’était censé savoir où Alexander s’était réfugié. De toute évidence l’Oncle Bender voulait faire passer un message…<br />
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Ce dernier rouvrit sa boite à cigare et en sorti un vitole qu’il tendit à Eddy.<br />
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« Mon petit Eddy, tu vas me goûter cette merveille ! C’est une petite douceur qui me vient directement de cuba : un Partagas double robusto édition limité ! »<br />
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Eddy ne résista pas à la tentation et prit le vitole en main avec une extrême délicatesse. Il le passa sous son nez pour en sentir les arômes et caressa sa cape du bout des doigts. Elle était soyeuse, tout juste craquante. Le module était souple juste comme il faut, signe d’une conservation parfaite à 70% d’humidité.<br />
<br />
« Note d’épice… » commença à commenter Eddy avec expertise « la saveur doit surement être bien ronde en bouche… je sens aussi du cuir… très bien harmonisé avec le reste en tout cas. Le Divin doit être magnifique… Et bien mon Oncle voilà une trouvaille forte intéressante »<br />
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L’Oncle Bender n’avait pas la même érudition qu’Eddy en matière de cigare. Des termes comme « rond en bouche » ne lui évoquaient rien, et il ignorait que le Divin était le 2eme tiers d’un cigare, réputé comme étant la partie la plus riche en saveur. Mais il aimait faire comme s’il comprenait, et personne ne se serait amusé à lui faire de remarque. Il tenait plus que tout à son image d’esthète même s’il était bien incapable de ce genre de subtilité.<br />
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« Toi… toi tu sais ce qui est bon Eddy ! Ha ha ! »<br />
<br />
Ce dernier tira de sa poche une pochette en cuir semi-rigide dans laquelle il rangea le cigare, expliquant à l’Oncle Bender que ça serait du gâchis de ne pas le garder pour une grande occasion. L’Oncle Bender haussa les épaules, continua de tirer de grande bouffé de son propre cigare puis, totalement apaisé et sincèrement content de revoir les deux comparses, remis son arme dans son holster de cuir sombre placé sous son bras gauche et à peine dissimulé par sa veste de costume. Alexander qui attentait son moment entra alors dans le vif du sujet.<br />
<br />
« Nous allons pouvoir finaliser le plan maintenant que Eddy est de la partie mon Oncle<br />
– Ha ha ! Formidable<br />
– J’ai impérativement besoin que l’équipe soit prête.<br />
– Mais elle l’est voyons mon grand ! ha ha ! Sweet.T est en route et Lily est déjà sur place pour le repérage<br />
– Parfait. Il manque donc notre pickpocket<br />
– Ha ha ! C’est marrant ça, parce qu’en fait figure toi que je l’ai juste ici ton roi de la fauche ! »<br />
<br />
Alexander n’aimait pas le ton qu’avait employé l’Oncle Bender. Ce dernier fit un signe à un de ses sbires qui ouvrit la porte devant laquelle il semblait monter la garde à l’autre bout de la pièce. Dans l’embrasure de la porte on pouvait apercevoir, assise sur un grand lit à baldaquin paré de gros coussin blanc, une toute jeune fille d’à peine 16 ans. Eddy fût le premier à réagir.<br />
<br />
« Euh mon Oncle ? » demanda Eddy « c’est une blague : vous allez pas mettre une gamine dans l’affaire ?<br />
– Misty approche » demanda l’Oncle Bender sur un ton sévère qui refroidi aussitôt l’ambiance « Explique à ses messieurs ce que tu as fait à Tonton Bender… »<br />
<br />
Misty portait une petite jupette noire, d’épais collants rayé noir et rouge et un tshirt des Rebels, l’équipe de foot de l’université du Nevada trop grand pour elle. C’était une petite brunette pas bien épaisse au visage savamment maquillé dans un style gothico punk, les doigts couvert de bagues en tout genre.<br />
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Qu’est-ce qu’une fille pareille venait faire la dedans ?<br />
<br />
Elle se leva du lit et rentra dans la pièce à petit pas, faisant de lourd bruit a cause de ses énormes chaussures coqué qui lui remontait à mi mollet. Alexander remarqua que ses réflexes de survie étaient à leurs maximums : regard dans tous les sens, posture fermé et défensive, oreille dressé au moindre bruit menaçant…<br />
<br />
« J’ai volé le portefeuille de monsieur Bender… » dit-elle d’une voix morne et en baissant le regard<br />
<br />
Eddy dressa un sourcil tandis qu’Alexander refréna un sourire. Car si la jeune fille avait réellement accomplit ce qu’elle affirmait, c’était tout bonnement un exploit. L’Oncle Bender avait tout d’abord un imposant service de sécurité, et même lorsqu’il marchait dans les rues de Vegas, il n’était pas évident de s’approcher de lui. Et puis l’Ex agent des renseignements avait gardé des réflexes de son ancien métier ainsi qu’une sorte de sixième sens qui l’alertait de ce genre de manœuvre.<br />
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Sans attendre plus d’explication, Alexander valida la présence de Misty<br />
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« Excellent : mademoiselle vous êtes des nôtres »<br />
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Eddy lui agrippa le bras et le tira en arrière pour lui parler en aparté<br />
<br />
« T’as vraiment perdu la tête ! On va pas prendre une gamine pour faire le coup<br />
– Elle à réussi à dépouiller l’Oncle Bender : même toi tu n’y arriverai pas<br />
– Mais moi j’ai presque quarante balais ! Elle, elle était même pas née au début de « Friends » !<br />
– Si elle est douée son âge n’a pas d’importance<br />
– Tu vas l’envoyer sans broncher dans les pattes d’Emerson ?<br />
– Si je ne le fais pas l’Oncle Bender va lui faire bien pire… »<br />
<br />
Eddy n’avait pas vu cet aspect des choses. Si Misty était là, c’était parce que l’Oncle Bender avait trouvé un moyen rentable de se faire justice. Mais si lui et Alexander refusaient de l’intégré à l’équipe, le virulent russe allait chercher une autre manière de se faire respecter… et Eddy ne voulait pas imaginer ce qu’un type comme lui pouvait faire à une gamine.<br />
<br />
« Super ! » dit-il à haute voix « Misty : t’es recrutée avec les félicitations du jury !<br />
– Il lui arrive quoi au vieux là ? » demanda la jeune fille à l’Oncle Bender<br />
– ha ha ! Elle a du caractère hein !? »<br />
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Eddy n’apprécia pas le ton méprisant de la jeune fille, mais prit sur lui de ne pas envenimer plus la situation. Ils s’installèrent tous autour du grand bar en marbre blanc qui séparait en partie le salon et la terrasse. Alexander reprit la conduite des débats et expliqua à chacun ce qu’il attendait.<br />
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Misty écoutait à peine, rêvassant en fixant la vue splendide qui s’offrait depuis la grande baie vitrée.<br />
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« Jeune fille » intima Alexander « j’ai pour habitude de ne dire les choses qu’une seule fois »<br />
– Ouais bah moi j’ai pour habitude de pas traîner avec des vieux beaux dans votre genre !<br />
– Tu crois qu’elle parle de toi là ? » demanda Eddy, moqueur.<br />
– En fait j’en ai rien à faire de vos menace… même vous là, le sale pervers de russkof ! »<br />
<br />
Eddy réagit en un quart de seconde. Car si Misty poussait sa chance plus loin, la réaction de l’Oncle Bender pouvait être catastrophique. Il se jeta sur elle et lui expédia une gifle monumentale qui la fit basculer en arrière. Sans lui laisser le temps de réagir, il l’empoigna par ses longs cheveux noirs corbeau et s’adressa à elle sur un ton des plus menaçants<br />
<br />
« Ecoutes moi bien la petite pute : moi et mon pote on est des mecs de la rue, tes petites piques de gamine on s’en tape… mais il y’a des gens ici à qui tu dois le respect COMPRIS !? »<br />
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Alexander avait bien entendu compris la manœuvre et de son ami et fit semblant de le raisonner.<br />
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« Calme-toi Eddy : je ne crois pas que l’Oncle Bender ait envie de te voir donner une correction à cette jeune fille. Il est suffisamment intelligent pour ne pas céder à la provocation.<br />
– Ha ha sacrée Eddy ! T’en fais pas : je m’en fiche de ce qu’elle dit ! Je les aimes teigneuse ! »<br />
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Comme il faisait dos à Alexander et Bender, Eddy fit un signe de tête à la jeune fille. Le message était clair « fait profil bas, sinon ça va mal finir ». Terrorisée, Misty acquiesça tandis que Eddy relâchait son étreinte.<br />
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Agissant comme si de rien n’était, Alexander reprit son brefing dans les détails. Il avait déjà expliqué dans les grandes lignes son plan à Eddy et à l’Oncle Bender, mais cette fois il se montra exhaustif au possible, donnant autant détail que nécessaire. Maniant les mots avec précision, il expliqua comment il comptait s’emparer du trophée Lombardi, et surtout comment il comptait retourner cette affaire contre son ennemi. Il s’attarda sur le rôle de chacun, et des timings précis à la seconde qu’il avait calculé.<br />
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Une fois l’exposé fini, le russe se leva lentement de son tabouret de bar, et se mit à applaudir.<br />
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« Du pur génie ! » commenta-t-il « Ha ha : Alex tu es toujours le meilleur !<br />
– J’avoue que ça à l’air tellement limpide quand tu le racontes qu’on dirait que c’est du tout cuit » ajouta Eddy<br />
– Vous êtes drôlement malin… » ajouta Misty « … et plutôt beau gosse pour un vieux »<br />
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La flatterie laissa Alexander de marbre. Cependant, l’adhésion au plan de chaque participant était cruciale.<br />
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***<br />
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Une semaine plus tard, le jour J était en fin arrivé.<br />
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Lily Madison, dit « Tiger lily », arriva au Magna Palacio vers 10h pour prendre son service. Engagé comme hôtesse, elle avait pour principale mission de prendre en charge les clients fortunés et de s’assurer qu’ils disposaient de tout ce qu’il pouvait désirer. L’Oncle Bender avait joué de ses relations et de son argent pour lui créer tout un tas de fausses références provenant de luxueux casino de la côte méditerranéenne afin de rendre plus crédible son personnage et s’assurer qu’elle ait le job.<br />
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Ceci dit, même sans cela Lily ne manquait ni de charme ni d’intelligence pour parvenir à ses fins.<br />
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Bien qu’âge d’une trentaine d’année, elle savait se rendre bien plus attirante que les starlettes qui se prélassaient en bikini au bord de la piscine privé de l’établissement. Sachant souffler le chaud et le froid, elle savait que pour séduire un homme il fallait toujours le laisser sur le point d’obtenir ce qu’il voulait, sans jamais le laisser l’obtenir. Entretenir le désir était devenu chez elle une seconde nature, et lui résister relevait de l’exploit.<br />
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Lorsque Alexander l’avait contactée plusieurs semaine de cela, elle avait hésité à se lancer dans l’aventure. Mais cette fois c’était elle qui ne parvenait pas à lui résister. Son regard bleu cobalt, son assurance, et sa fidélité en amour comme en amitié avaient réussi à la séduire. C’était la pire chose qui pouvait arriver à une femme comme elle dont le métier d’arnaqueuse consistait justement à jouer sur ces sentiments pour parvenir à ses fins. Elle rationalisa la chose en se disant que même si Alexander la manipulait, il était le genre d’homme qui méritait qu’on tombe pour lui.<br />
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Elle repensa alors à Parker, la compagne d’Alexander qui avait été tué il y’a plusieurs mois de cela dans des circonstances tragiques. Et si le souvenir de Parker hantera à jamais le cœur d’Alexander, elle avait trop d’affection pour lui pour ne pas l’aider à se venger et ainsi soulager sa peine.<br />
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Lily remit les pieds sur terre lorsque le « ding » de l’ascenseur retentit. Elle entra dans l’élégante cabine tapissée d’un beau velours bleu roi sur lequel était cousu en motif blanc des fleurs de lys et passa son badge dans le lecteur. L’ascenseur démarra paisiblement son ascension en direction du 15eme étage où se trouvaient les dirigeants des New England Patriots, l’équipe championne de la saison précédente.<br />
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Le président du club, Jonathan Kraft, était un homme charmant qui avait mis les moyens pour que son staff soit traité avec tous les honneurs. Ainsi, le coach Belichick qui était à la tête de l’équipe depuis le début des années 2000, s’était vu offrir une suite pour lui et sa famille.<br />
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Et c’était là que se trouvait le trophée.<br />
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Dans le cadre de son travail d’hôtesse pour l’hôtel, Lily devait s’assurer que le coach soit comme un coq en pâte, ce qui lui offrait une excellente opportunité d’observer et d’informer le reste de l’équipe. Petit bonus, elle pouvait ainsi côtoyer la plupart des joueurs, et notamment son chouchou Tom Brady, meilleur joueur du superbowl et fantasme de nombre de fans.<br />
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Belichick était un client facile à satisfaire car il n’avait aucune exigence extravagante. Il tenait à se focaliser sur le match, et utilisait la suite comme un bureau de luxe pour se réunir avec les autres coach. Il s’était dans un premier temps montré méfiant à la présence de Lily, en permanence sur son dos, mais avait fini par se prendre d’affection pour la jeune femme qui avait sût prouver son efficacité et surtout sa discrétion.<br />
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Tandis qu’elle traversait le couloir en direction de la suite du coach, Lily regarda discrètement en direction des caméras de sécurité placées stratégiquement dans les couloirs. Elle savait que le directeur de la sécurité, Emerson Palmer, avait un œil sur elle : son dossier trop parfait, et les efforts qu’elle avait mis en œuvre pour être celle qui s’occuperait des Patriots avait certainement attiré son attention. Mais le temps ne lui laissait pas la marge suffisante pour endormir ses soupçons comme elle l’aurait fait dans une autre opération car il fallait frapper aujourd’hui.<br />
<br />
En effet, durant l’après-midi allait être organisé dans le grand hall du Magna Palacio une exposition en l’honneur des champions dont le clou serait le trophée Lombardi. C’était là qu’Alexander avait prévu de frappé, et Lily devait s’assurer que les opérations suivrait leur cours normal.<br />
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Lily frappa à la porte et s’annonça. Quelque secondes plus tard, ce fût Stephen, le fils du coach et l’un de ses assistants qui ouvrit.<br />
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« Bonjour Lily : vous tombez à pic ! » dit-il en l’invitant à rentrer.<br />
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Réuni en cercle autour de la table basse du salon, le coach et son équipe était en train de parcourir le fameux cahier de jeu contenant toutes les tactiques des Patriots. C’était le genre de document qui n’avait pas de prix pour une équipe professionnelle.<br />
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Lily salua un part un chacun des membres du staff et termina par le coach en signe de respect. Ce dernier l’invita chaleureusement à prendre place avec eux.<br />
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« Nous sommes sur un cas litigieux : vous allez nous donner vote avis !<br />
– Allons coach, ne vous moquez pas de moi » minauda Lily<br />
– Regardez cette configuration : moi je soutien qu’il y’a un défaut de protection sur le running back, mais Allan me soutient le contraire ! »<br />
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Lily observa le schéma que lui tendit Bélichick<br />
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« Le coach à raison » répondit-elle doctement « Sur le papier votre stratégie est solide, mais regardez bien : si vous jouer cette combinaison dans les 20 derniers yards, votre course sera trop risqué face a des défenseurs comme Pollamalu ou Lewis. Au mieux cela marchera une fois, mais un bon quaterback ne s’y fera pas reprendre.<br />
– Qu’est-ce que je disais ! » jubila Belichick<br />
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Le coach proposa à toute l’équipe de faire une petite pause-café le temps qu’il donne ses consignes à Lily pour la matinée. Cependant les nouvelles n’étaient pas très bonnes.<br />
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En effet, le coach n’avait plus très envie de faire cette exhibition. L’équipe était harassée par une saison très dure où chaque match avait pris beaucoup de force aux joueurs, et il souhaitait éviter le stress médiatique qui risquait de fragiliser les plus inexpérimentés devant la pression que représentait le superbowl. Lily acquiesça, se montra compréhensive, mais immédiatement se mit à réfléchir à une stratégie.<br />
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Si le coach annulait l’évènement, le trophée ne serait pas déplacé dans le grand hall, et toute la stratégie d’Alexander tombait à l’eau. C’était sa mission de parer a cette éventualité.<br />
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Elle entendit dans la micro-oreillette qu’elle portait la voix d’Alexander qui lui suggéra un angle d’attaque. Ce dernier, installé dans une des suites de l’hôtel avec Sweet.T, leur expert logistique, supervisait la situation.<br />
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« Lily : le coach est un homme d’honneur. Parle lui des fans et de la déception que ça leur procurerai »<br />
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Alexander avait étudié en détail le profil psychologique de ses cibles afin de mieux agir. Il savait qu’un coach dévoué depuis une quinzaine d’année à son équipe avait le respect des fans. Aucune équipe de la ligue ne pouvait résister aux 17 semaines qui menaient jusqu’au play-off sans le soutien du « 12eme homme ».<br />
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Lily prit le rebond de cette idée. Faisant la moue, elle afficha au coach un regard triste et déçu.<br />
<br />
« Je vous comprends coach… c’est juste que… ça va être un coup dur pour les fans…<br />
– Je sais bien ma petite Lily, mais on doit mettre toutes nos chances pour le match et…<br />
– Je sais coach… pardonnez-moi. Vous savez, même si je suis de Pittsburg, j’ai toujours été fan des Patriots. Je dois même vous avez que… j’ai fait des pieds et des mains pour être celle qui s’occuperait de vous tous. J’ai la chance de vivre un vrai rêve et… j’imagine que tous ces gens seront aussi déçu que je l’aurai été si on m’avait refusé cette opportunité… »<br />
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Le coach resta pensif un instant.<br />
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« C’est juste que… ce trophée c’est aussi un peu celui des fans pas vrai coach ?<br />
– … c’est vrai Lily. Sans les fans il n’y a pas d’équipe.<br />
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– Alors… même si ça donne du stress au joueur toute cette ferveur, est ce qu’on ne peut pas aussi ce dire que… ça pourra leur donner du courage ? Un peu de motivation ? »<br />
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Bélichick devait reconnaître que Lily avait raison : si le public pouvait mettre de la pression à l’équipe, il pouvait aussi lui transmettre une énergie qui faisait souvent la différence dans les moments les plus critiques. Il rassura la jeune femme et la remercia de l’avoir convaincu.<br />
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Après avoir pris ses consignes, Lily quitta la suite et se rendit au 7eme étage pour retrouver Alexander et le reste de la bande.<br />
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***<br />
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Sweet.T était en train de terminer d’installer un deuxième ordinateur portable sur le réseau de la chambre.<br />
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« Wake Up Néo » dit-il tout en allumant la machine<br />
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Eddy était sur la terrasse de la chambre, en train de fumer un de ses cigarillos au parfum de vanille, tout en fixant le Strip qui se déroulait au pied de l’établissement. Misty assise en tailleur sur le lit, était fixé sur son téléphone portable sans trop qu’on sache ce qu’elle faisait, un énorme casque audio planté sur ses oreilles.<br />
<br />
« Je ne sais pas comment cette petite peu se prétendre joueuse » expliqua Sweet.T a Alexander qui ne lui prêtait aucune attention « c’est vrai quoi ! C’est pas parce que tu joues à Candy Crush que tu as quelque chose à voir avec un mec comme moi qui connait sur le bout des doigts les jeux vidéo ! »<br />
<br />
Il jeta un coup d’œil dans la direction de la jeune fille qui sans quitter son écran du regard était en train de lui adresser un doigt d’honneur. Sweet.T pesta et répliqua d’un caricatural « C’est à moi que tu parles ? »<br />
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Alexander lui fit signe de se taire. Quelqu’un venait de frapper à la porte.<br />
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Il attendit un instant puis entendit de nouveau frapper. 2 coups longs, 3 coups courts… typiquement la façon de frapper de Lily.<br />
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Alexander lui ouvrit la porte et l’invita à rentrer en faisant son possible pour ne pas être vu des caméras. Lily s’installa sur le bord du lit sans prêter attention à Misty, et soupira.<br />
<br />
« On eut chaud : Belichick était sur le point de tout annuler au dernier moment !<br />
– C’est pour ça que tu es là » commenta Alexander sur un ton professoral qui lui allait comme un gant. « Tu es celle qui doit éliminer les variables de l’équation<br />
– Et Punky Brewster » demanda Lily en désignant sa jeune complice de la tête  » c’est quoi déjà sa mission ?<br />
– Tu m’as traité de quoi ? » s’énerva Misty qui était trop jeune pour avoir cette référence<br />
– De rien ma choupette, de rien… »<br />
<br />
Alexander n’aimait pas ça : Misty apportait trop de tension, et cela risquait à tout moment de leur nuire. La petite altercation avec L’Oncle Bender aurait dut l’alerté, mais l’urgence de la situation ne lui laissait pas le choix, et il allait devoir faire avec.<br />
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Il invita l’équipe à se rassembler pour une ultime mise au point.<br />
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« Bien : nous sommes tous ici pour des raisons différentes. Certains pour l’argent, d’autres pour des motifs plus personnel… mais nous avons tous le même ennemi. Emerson Palmer est le chef de la sécurité de cet hôtel casino. C’est un homme d’expérience qui connait toutes les ficelles de l’arnaque. S’en prendre à lui va impliquer que nous soyons vigilant, professionnels, mais surtout solidaire. Alors que ça soit clair : les engueulades, les sautes d’humeurs et les griefs en tout genre se régleront APRES le coup »<br />
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Tous se regardèrent pour finalement acquiescer d’un commun accord.<br />
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« Parfait ! » dit Alexander « notre timing va devoir être parfait…<br />
– Synchronisation des montres ! » cria Sweet.T<br />
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Tous le regardèrent avec dépit tandis qu’Alexander se passa la main sur le visage.<br />
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« Sweety : j’ai promis d’assurer le coup sans faire d’histoire » dit Eddy « mais Dieu m’est témoin que lorsque ça sera fini je te ferai bouffer toutes tes références télévisuelles de geek jusqu’à ce que tu t’étouffes avec ! »<br />
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***<br />
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14h03<br />
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L’équipe venait de se déployer. Lily avait continué sa journée de son coté au service du coach Belichick tandis que les autres occupaient chacun un point stratégique. Le hall du Magna Palacio était en effervescence car les portes venait juste de s’ouvrir sur la section ou se trouvait l’exposition des champions.<br />
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Des dizaines d’objets étaient présenté au public : des T shirts signé, des grandes photos représentant les joueurs légendaire de l’équipe comme Mike Haynes, Bruce Armstrong ou encore John Hannah. Il y’avait aussi des médailles, des titres de MVP et surtout, le plus important : les trophées du superbowl.<br />
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Ces titres avaient une grande importance pour Bélichick, car c’était sous sa seule direction que l’équipe avait remporté tous les titres de son histoire. Ils étaient sa fierté et son héritage.<br />
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Mis en avant plus que les autres, le trophée de l’an passé trônait sur une large colonne. Il n’y avait pas de vitre autour, et une simple cordelette de velours rouge marquait la distance à respecter par le public.<br />
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16h17<br />
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Emerson Palmer, chef de la sécurité du Magna Palacio, avait tenu à superviser lui-même toute l’opération promotionnel. Il avait laissé des instructions pour que ses adjoints s’occupent du reste de l’établissement et pouvait ainsi se consacré pleinement à la protection des trophées des Patriots. Emerson n’avait aucune affection pour le football, mais c’était un homme qui respectait l’argent. Or ces objets valaient tous une fortune.<br />
<br />
Il se mélangea à la foule et sillonna l’exposition, faisant le point avec le Pc sécurité par l’entremise de son oreillette le plus régulièrement possible. Emerson n’agissait pas par hasard : son but était clair et lorsqu’il aperçût Alexander, il sût qu’il toucha au but.<br />
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Immobile, les yeux fixé sur le trophée, Alexander ne remarqua pas son ennemi arrivé dans son dos.<br />
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« Salut Alex… » lui susurra t’il par-dessus son épaule « Je ne savais pas que tu étais de retour à Vegas ? »<br />
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Bien entendu, c’était un pur mensonge.<br />
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Alexander se retourna et ne dut qu’à son sang-froid de ne pas se ruer sur Emerson pour le tuer.<br />
<br />
« Oh… regardez-moi toute cette rage dans ces grands yeux ! Toi tu es sur le point de faire une bêtise !<br />
– La seule bêtise que j’ai commise c’est de t’avoir fait confiance à l’époque.<br />
– Je t’arrête tout de suite mon beau : mettre Parker dans le coup c’est ça qui à tout fichu en l’air !<br />
– Ne prononce pas son nom…<br />
– Sinon quoi ? Tu vas me sauter dessus au beau milieu de cette foule ? Même toi tu n’es pas aussi stupide que ça voyons.<br />
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– Je ne le suis pas en effet. Pas pour l’instant. »<br />
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Soudainement et contre toute attente ce fut Emerson qui perdit son calme.<br />
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« Pauvre connard ! Tu te crois tellement plus malin que les autres ! Mais ton joli plan pour piquer le trophée il vient de tomber à l’eau ! »<br />
<br />
Le regard d’Alexander s’assombrit<br />
<br />
« Tu crois que j’ai pas repéré tout le manège de ta chère complice ? Son insistance pour s’occuper des Patriots ? Tu crois que ton vieux pote Eddy était pas sous surveillance depuis le temps ? »<br />
<br />
Emerson défia Alexander du regard. Ce dernier crispa les poings.<br />
<br />
« Oh oh… on dirait que tu vas craquer mon grand Alexandre ! T’en fait pas va : ton super plan était voué à l’échec depuis le début ! J’ai tout prévu pour une attaque comme celle dont tu as le secret ! Je connais toutes tes combines depuis 10 ans !<br />
– Je dois m’incliner, tu as été le plus malin sur ce coup » reconnu Alexander<br />
<br />
« Et comment que tu dois t’incliner… ceci dit je dois t’avouer que je suis presque déçu. C’était brillant comme idée. Mais me faire le coup du sombrero à moi, t’avais aucune chance… »<br />
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Alexander avait maintenant le regard baissé<br />
<br />
« Faire déplacer la cible dans un endroit exposé pour mieux l’atteindre… une des plus vieille combine de la profession ! Mais moi vois-tu, j’ai résolu le problème : ton précieux trophée est installé sur une trappe que je commande à distance… »<br />
<br />
Tout en s’expliquant, Emerson tira de sa poche ce qui semblait être une télécommande de voiture.<br />
<br />
« Je n’ai qu’à presser le bouton et zou ! En un instant le trophée atterrit dans un panier souple fixé dans la conduite. Son poids casse les fixations du panier et le tout glisse comme sur un toboggan jusqu’à un de nos coffres sécurisé au sous-sol… Je contrôle tout à moi seul : personne à corrompre, aucun moyen d’intercepter ta cible : la défense parfaite ! »<br />
<br />
Mais tandis qu’Emerson jubilait, Alexander lui attrapa la main d’un geste vif et pressa le bouton de la commande.<br />
<br />
« Merci pour le tuyau espèce d’imbécile ! »<br />
<br />
La trappe s’ouvrit immédiatement, et le public sidéré put voir le trophée disparaître en un éclair avant que la trappe ne se remette en place. De son côté Emerson se dégagea de l’étreinte d’Alexander à la fois hébété et furieux.<br />
<br />
« Mais qu’est ce qui t’as pris espèce de débile ? T’as pas compris que c’était inutile ! »<br />
<br />
Emerson appela le PC sécurité dans son oreillette et demanda qu’on lui confirme que le trophée soit bien arrivé. De son coté, Alexander restait immobile, guettant la moindre réaction de son adversaire.<br />
<br />
« Monsieur ! » dit un des hommes de la sécurité dans l’oreillette « on a un problème avec le trophée !<br />
– Comment ça un problème ? Il n’est arrivé dans le coffre ?<br />
– Si… mais on sait pas c’est lequel !<br />
– Comment ça lequel ?!<br />
– Tu as de toute évidence un gros problème… » commenta Alexander avec un sourire carnassier.<br />
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14h35<br />
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Eddy avait du mal à conduire la pesante camionnette de livraison au couleur de la compagnie de transport Vanguard que l’Oncle Bender s’était procuré Dieu seul sait comment. Munie d’un faux bordereau de livraison, il fût autorisé à entrer dans le parking réservé aux livraisons spéciales de l’hôtel. On l’orienta vers un quai de chargement où il stationna et où une équipe arriva pour décharger.<br />
<br />
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda l’employé chargé du dépôt.<br />
« Je crois que c’est pour la boutique cadeau » répondit Eddy « Moi de toute façon j’suis juste là pour livrer. Le reste, je m’en cogne…<br />
– Sauf que moi j’ai aucun registre qui parle d’une livraison aujourd’hui… vous êtes sûr que c’est pour le Palacio ?<br />
– Dites tout de suite que je sais pas lire : regardez mon bon de commande ! »<br />
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L’employé du dépôt décortiqua le document qui semblait parfaitement en règle. Il prit un instant de réflexion, mais préféra être prudent.<br />
<br />
« Ecoutez mon vieux, c’est pas pour vous faire perdre du temps mais je préfère voir ça avec mon responsable et…<br />
– Vous savez ce que chaque minute passées à attendre ici me coûte ?<br />
– Je sais bien mais j’ai des ordres et… »<br />
<br />
Une voix de femme l’interrompit dans sa phrase<br />
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« Attendez… oui c’est bien ça ! » dit-elle à l’intention du chef du dépôt qui l’accompagnait « c’est la commande de monsieur Palmer dont je vous parlais… il faut la rentrer au plus vite !<br />
– Pas de problème mademoiselle, je vais bien vous trouver un box…<br />
– Non non non ! Ça doit être mis en lieu sûr : on va tout mettre au coffre C5, celui qui est juste à côté ! Monsieur Palmer l’a fait vidé avant-hier exprès et il m’a laissé son badge ! » dit Lily en le sortant de la poche arrière de son pantalon pour le montrer à Joey.<br />
<br />
Ce dernier haussa les épaules et ordonna à son équipe de procéder au déchargement.<br />
<br />
« Et c’est quoi cette livraison au fait ? » demanda Joey curieux<br />
« Des copies en édition limité du trophée qu’on vendra à la boutique cadeau : aussi vrai que le vrai ! » répondit Lily.<br />
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14h22<br />
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Emerson Palmer sortait tout juste d’un des restaurants de l’hôtel où il avait invité plusieurs des joueurs des Patriots à déjeuner. Ce coup de pub avait fait son effet, et lui avait permis d’oublier un moment la pression qui pesait sur ces épaules. Monsieur Césaro, le directeur du Magna Palacio, comptait beaucoup sur lui, et il se devait de ne pas le décevoir.<br />
<br />
Il se dirigea vers son bureau d’où il voulait observer depuis les caméras de son bureau la foule qui s’agglutinait dans le hall pour assister à l’exposition. Traversant la salle principale, il coupa à travers les rangées de machines à sou pour atteindre les ascenseurs. C’est alors qu’il entendit quelqu’un l’interpeler dans son dos<br />
<br />
« Monsieur ! Monsieur ! »<br />
<br />
C’était une toute jeune fille, le visage timide caché sous de longues mèches de cheveux noirs. Elle trottinait péniblement sur de petit escarpin rouge en tendant quelque chose dans sa direction.<br />
<br />
« Monsieur vous avez fait tomber votre portefeuille » lui dit-elle une fois à sa hauteur.<br />
<br />
Surpris, Emerson se fit machinalement les poches. Il avait bien son badge d’accès, ses clés et la carte magnétique de sa chambre ainsi que la commande de sécurité pour le trophée, mais effectivement son portefeuille n’était plus là. Il le prit des petites mains de la jeune fille, puis l’ouvrit avec un air suspicieux.<br />
<br />
C’était effectivement le sien.<br />
<br />
Machinalement il vérifia si tout était là, et constatant qu’il ne manquait rien s’apprêta à sortir un billet en guise de récompense à la jeune fille. Il se ravisa et prit un jeton a une table voisine, non sans dire au croupier de le compter sur sa note (qu’il savait ne jamais payer) et le tendit a sa jeune bienfaitrice. Celle-ci refusa poliment, expliquant qu’étant mineur elle n’avait pas le droit de jouer, et que de toute façon elle l’avait fait par pur civisme avant de repartir comme elle était venue.<br />
<br />
Emerson haussa les épaules et remercia simplement sa bonne étoile : tout le monde n’était pas aussi honnête de nos jours.<br />
<br />
Un peu plus loin dans l’une des allées, Misty croisa Lily et lui remit le badge d’Emerson en un éclair avant de retourner vers la chambre tandis que sa complice filait vers les entrepôts…<br />
<br />
Deux jours plus tôt<br />
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Sweet.T s’acharnait sur son ordinateur mais butait sans cesse sur le même problème qu’il finit par soumettre à Alexander.<br />
<br />
« Je comprends pas cette histoire de trappe : ça n’est relié à aucun des faisceaux de détection… en fait je crois que : c’est un piège ! » dit-il en imitant l’amiral Ackbar.<br />
– Si tu dis ça c’est que tu as une idée : détaille la moi<br />
– En fait il y’a un signal radio qui part du PC sécurité et qui semble n’être orienté que sur le hall. Je me dis que la trappe est commandée de cette façon. Du coup avec un petit émetteur, on devrait pouvoir activer le mécanisme et…<br />
– Non attend… de toute évidence il y’a quelque chose d’étrange. Tu as raison sur le fait que ça soit un leurre. Regarde ici » dit Alexander en désignant un des schémas du bâtiment qu’il s’était procuré grâce à l’Oncle Bender « la trappe est en fait un ancien accès au coffre. C’était utilisé pour faire circuler de l’argent depuis la caisse principale vers les dépôts du sous-sol. Par sécurité il y avait plusieurs coffres pour limiter de concentrer trop d’argent au même endroit. Avec le temps c’est devenu ingérable et les patrons de casino ont eu plus confiance dans les systèmes de sécurités.<br />
– Mais c’est quoi le rapport ?<br />
– Le souci c’est le format : le puis d’accès de la trappe est plus large sur le plan. Mon avis c’est que Emerson à tellement peur de se faire doubler par quelqu’un de son staff qu’il leur a fait croire que la commande du PC sécurité est celle qui active le trappe, mais qu’en fait c’est lui qui a la vraie commande.<br />
– Je te suis plus là… » dit Sweet.T à court de référence cinématographique pour ponctuer ses phrases.<br />
– Si c’est le PC sécurité qui tente d’ouvrir la trappe, c’est un autre mécanisme qui s’enclenche. Je pense que ça doit bloquer le trophée dans la conduite pour le mettre hors d’atteinte. Par contre, si c’est Emerson qui le fait, alors là c’est bien la conduite vers le coffre qui s’enclenche<br />
– Donc il faut qu’on force Emerson à activer la trappe ? Facile non ?<br />
– Non pas du tout : il y’aura des centaines de personne, ce qui fait qu’attaquer le trophée même pour simplement activer le piège risque d’envoyer l’un de nous en prison pour tentative de vol. Ca n’est pas acceptable.<br />
– Et si on demandait à un gamin d’aller juste toucher le trophée ?<br />
– Emerson n’est pas stupide, il comprendra que c’est une manœuvre et ne fera rien. Pire encore, le PC sécurité risque d’activé la fausse commande et le trophée restera bloqué dans la conduite.<br />
– Bah vu qu’on a prévu de lui piquer son badge, pourquoi ne pas prendre directement la commande ?<br />
– Sauf que nous ne savons pas exactement de quoi il s’agit. Emerson est un petit génie de l’électronique : il a pu se fabriquer ça à partir d’une simple télécommande de voiture, ou le dissimuler dans n’importe quel objet. Nous ne saurions pas quoi lui prendre.<br />
– Mais alors on fait quoi ?<br />
– On le frappe au cœur et on joue sur sa vanité. Il ne résistera pas à me toiser si je le provoque. J’irai ostensiblement dans la salle, et je le manipulerai pour qu’il me montre la commande.<br />
– Il fera ça ? T’es sur de toi ?<br />
– Il le fera parce qu’il a toujours voulu montrer qu’il était le plus fort. Il va vouloir me faire mal et me démontré qu’il à toutes les cartes en main. Il va d’abord me dire qu’il sait que nous sommes là et qu’il a compris que Lily est avec nous…<br />
– Il risque pas de lui faire du mal ?<br />
– Non, mais il essayera de me le faire croire. Ensuite il va me dire que le plan est voué à l’échec, et pour appuyer ses dires, il m’expliquera par le détail comment fonctionne son système de sécurité. C’est là que dans un ultime geste de défi il me mettra la commande sous le nez. Je n’aurai plus qu’à l’activer.<br />
– Comme ça ? Dans sa main ?<br />
– Ne t’en fais pas Sweet.T : c’est un risque calculé. J’ai toujours été plus rapide que lui…<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le coffre C5, Emerson bouillonnait de rage. Bien installé sur la table qui se trouvait au centre de la pièce, se trouvaient 32 trophées tous parfaitement identiques les uns aux autres, avec chacun une petite étiquette numéroté collé sur coté. Le panier en mousse souple qui avait récupérer le trophée dans le hall gisait sur le tapis amortisseur situé sous l’ouverture de la conduite par où il était tombé. Vide.<br />
<br />
Le téléphone d’Emerson sonna. Le numéro était inconnu, mais il n’en avait pas besoin pour savoir que c’était Alexander qui l’appelait.<br />
<br />
« Emerson, parmi tous les trophées qui sont sous tes yeux un seul est le vrai. La mauvaise nouvelle c’est que personne à part moi ne peut te dire lequel. Bien sûr tu te dis qu’un expert de chez Tiffany pourra l’authentifier… sauf que tu n’en aura pas le temps. Monsieur Césaro est déjà au courant de l’affaire, et il n’est pas content que tu te sois fait berné de la sorte… d’ailleurs il sera très surpris de découvrir que c’est ta carte qui a ouvert l’accès à ce coffre. Il sera aussi surpris de découvrir que la mafia russe à versé discrètement une coquette somme sur un de tes comptes aux îles Fidji. »<br />
<br />
Emerson déglutit péniblement. Son front ruisselait de sueur et la nervosité l’empêchait de tenir en place. Il savait que l’équipe avait déjà quitté les lieux. Et si Alexander lui parlait au téléphone, c’est qu’il avait faussé compagnie aux deux agents de sécurité à qui il avait demandé de le surveiller.<br />
<br />
« Quand tu devras expliquer aux Patriots que tu ne sais pas si tu pourras leur rendre leur trophée, ça risque d’être mauvais pour ton cas » Reprit la voix d’Alexander « Tu vas devenir persona non grata comme je l’ai été. Mais estime toi heureux car ta peine est douce en comparaison…<br />
<br />
– Enfoiré tu m’as bien manipulé… C’est la gamine qui m’a piqué mon badge hein ?<br />
– Tout juste<br />
– Mais comment tu… Ha… bien sûr : tu me l’as remis dans la poche quand tu m’as empoigné pas vrai ?<br />
– Là encore tu as bien compris<br />
– Et je suppose aussi que tu as fait exprès de te faire voir partout en ville auprès de tes anciens potes ?<br />
<br />
– De la même façon que je me suis laissé voir avec Lily par les caméras. Je voulais entrer dans ta tête et te laisser croire que tu maitrisais la situation pour mieux te mener ou je voulais.<br />
– Je crois malheureusement que je n’aurais pas l’occasion de tirer parti de cette leçon pas vrai ?<br />
– Effectivement, je doute fortement que Césaro te tolère encore en ville après ce que nous lui avons demandé pour savoir quel était le vrai trophée.<br />
– Juste pour mon information, tu lui as fait cracher combien au vieux ? Aller, tu peux me le dire : la dernière volonté du condamné ! »<br />
<br />
Alexander resta silencieux comme s’il hésitait, puis il répondit finalement :<br />
<br />
« 5 000 810 dollars<br />
– 08 10… 8 octobre : l’anniversaire de Parker… elle aurait adoré le clin d’œil<br />
– Je n’ai jamais fait ce coup pour l’argent. Adieu Emerson<br />
– Adieu Alex… »<br />
<br />
Emerson raccrocha, jeta son téléphone au loin puis s’écroula contre le mur, comme un boxeur sonné à la fin d’un combat.<br />
<br />
***<br />
<br />
Face aux fontaines du Bellagio qui dansaient leur ballet merveilleux, l’équipe attendait la fin du coup de fil d’Alexander. Eddy fut le premier à parler<br />
<br />
« C’est fini ce coup-ci ? Les gentils gagnent, le méchant va en prison ?<br />
– Emerson va disparaître à jamais de Vegas. Quand à vous et bien… vous avez gagné de quoi voir venir comme on dit.<br />
– Pourquoi tu ne veux pas une part enfin ?<br />
– J’ai ma part : 810 dollars<br />
– Et c’est tout ? On part chacun avec un million ? Même ce taré de Bender ?<br />
– Comme ça la boucle est bouclé : Misty est sortie d’affaire, Emerson est puni… happy end pour tout le monde »<br />
<br />
Lily s’approcha d’Alexander et l’enlaça affectueusement avant de l’embrasser sur la joue.<br />
<br />
« Bonne chance mon p’tit cœur » lui dit elle « J’ai été super fière de toi »<br />
<br />
A son tour, Misty s’approcha d’Alexander<br />
<br />
« Je… je voulais vous remercier toi et Eddy de pas m’avoir laissé tomber… même si je m’étais comporté comme une sal…<br />
– Ne dis rien » coupa Alexander « Tu as fait ta part, et je suis sincèrement heureux que ça ait put t’aider à t’en sortir. Alors maintenant soit prudente et si jamais tu as des ennuis, viens nous trouver : on sera toujours là pour toi<br />
– Merci Alex »<br />
<br />
Misty l’enlaça aussi à son tour avant de s’éloigner. Sweet.T fût le suivant. Il serra vigoureusement la main d’Alexander avant d’ajouter :<br />
<br />
« Que la Force soit avec toi Alex : pour toujours !<br />
– C’est « A jamais » la réplique exacte…<br />
– Je sais… excuse-moi c’est l’émotion… »<br />
<br />
Lorsque tous furent parti, seul Eddy resta assit à côté de son ami à observer le ballet aquatique de la fontaine.<br />
<br />
« Mais au fait, ça s’appelle comment déjà le coup qu’on lui a fait ? Le coup du Paris-New York ?<br />
– Non ça c’est celui avec un rabbin et deux colombes<br />
– Le coup de la poule galloise ?<br />
– Pour celui-là il faut qu’il neige je te rappel<br />
– Ca peut pas être le coup de l’huissier andalou parce qu’il faut une veuve et clocher… J’aurais bien dit le coup des lycéennes d’Oxford pour la partie avec le portefeuille, mais normalement il faut que ça soit une aveugle non ?<br />
– Eddy, s’il te plait, ne me fait pas tout le répertoire des classiques de l’arnaque sinon je sens qu’on y sera encore demain<br />
– Mais alors c’était quoi comme coup ?<br />
– En fait il avait presque raison : une variante du coup du sombrero…<br />
– Ah j’y suis ! Le sombrero Malgache !<br />
– Tout juste Eddy… tout juste… »<br />
<br />
Les deux amis restèrent silencieux quelques instant, coincé entre le brouhaha des voitures derrière eux et la majesté des jeux d’eau qui dansait en face d’eux.<br />
<br />
« J’attends un peu avant de te tomber dans les bras mon pote parce que j’ai un peu peur que Lily ne me voit et raconte ça partout<br />
– Je comprends<br />
– Tu vas me manquer<br />
– Toi aussi Eddy. J’ai toujours une dette envers toi<br />
– Alors garde là pour l’instant… comme ça je sais qu’un jour je te reverrai »<br />
<br />
Les deux hommes s’enlacèrent un court instant avant de partir chacun de son côté.<br />
<br />
Après plusieurs dizaine de mètres, Alexander arriva enfin à sa voiture. Il s’y assit et sorti une photo de sa poche.<br />
<br />
Une photo de Parker.<br />
<br />
« Et toi ? Tu as été fière de moi ? » demanda t’il en sanglotant.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le coup du sombrero Malgache »](https://www.wattpad.com/155259916-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-coup-du-sombrero-malgache)<br />
<br />
[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Le coup du sombrero Malgache<br />
<br />
L’air chaud provenant du Mojave avait commencé à remonter le Strip tandis que l’après-midi débutait. Ce moment de torpeur dans une ville qui ne dort jamais, était ce qui pouvait le plus ressembler à une accalmie. Car à Las Vegas, ce n’était pas la nuit qui apportait le calme, mais l’écrasante chaleur qui ne pouvait se supporter qu’à coup de climatiseur.<br />
<br />
Alexander était habitué à ce climat, comme tous les gens du coin qui travaillaient et vivaient ici. Lorsqu’il était adolescent, le Strip et ses casinos étaient son terrain de jeu, et en grandissant, ils l’étaient restés… mais d’une autre manière.<br />
<br />
Il coupa le moteur puis rehaussa le siège de la voiture pour y être plus à l’aise tandis que le vendeur lui sortait son baratin.<br />
<br />
« Monsieur vous pouvez être sûr qu’une telle affaire ne se voit pas tous les j…<br />
– La balade m’a convaincu : je la prends. Faite les papiers » dit-il avec calme.<br />
<br />
En moins de 15 minutes, l’affaire était signée, et le vendeur lui donna les clés et les papiers de la GT Shelby qu’il venait de payer cash 40 000 dollars. Bien sûr c’était un caprice, mais après avoir passé plusieurs mois en cavale, Alexander Bluesummers était bien décidé à se la couler douce autant qu’il le pouvait.<br />
<br />
Et puis pour ce qu’il comptait faire, il valait mieux qu’il ait une bonne voiture…<br />
<br />
Le rendez-vous avec Eddy avait été fixé à 5 blocs de là, dans un café latino nommé « le Madrigal », le genre de petite enseigne soit disant typique mais où toute la nourriture était préparée d’avance par une petite entreprise de surgelé du sud de Palo Alto.<br />
<br />
Assit sur un rebord de fenêtre, Eddy attendait un cigarillo éteint au bout des lèvres. Il avait essayé un nombre incalculable de fois d’arrêter de fumer, puis avait décidé que quitte à être accro, il le serait avec des produits haut de gamme. Depuis il ne fumait plus que des cigares d’importation cubain qu’il obtenait dieu sait comment et à quel prix, ou bien d’élégants cigarillos au puissant parfum de vanille. Lorsqu’il vit Alexander, il attrapa le briquet à essence qu’il gardait dans sa poche et dans un geste expert le fit claquer et s’enflammer pour finalement allumer l’objet de son addiction.<br />
<br />
Les deux hommes s’avancèrent l’un vers l’autre, sans un mot, puis restèrent un bref moment à se fixer. Les yeux bleus profond couleur cobalt d’Alexander dégageait comme toujours ce sentiment de puissance et de maîtrise qui avait toujours impressionné Eddy. Il esquissa un sourire tout en tirant une petite bouffé de son cigarillo, puis se mit à rire de bon cœur et à donner d’amicales tapes sur l’épaule d’Alexander.<br />
<br />
« Ha ha ! C’est bon de t’voir Alex » commença Eddy « je savais que ces connards pourraient pas de tenir éloigné du Strip bien longtemps<br />
– Ils sont trop prévisible »<br />
– Ecoutez-moi ça… Alexandre le Grand de retour sur ses terres prêt à en découdre ! »<br />
<br />
Eddy donna une dernière accolade à son ami puis reprit sur un ton plus sérieux.<br />
<br />
« Avec tout ça j’ai pas pu te dire… je suis désolé pour Parker. Ce qui est arrivé c’est…<br />
-Je te remercie Eddy. Je sais que tu as fait ce qu’il fallait en mon absence. Je payerai ma dette<br />
-Hey : pas de ça entre vieux frère, Parker c’était aussi mon amie »<br />
<br />
Le cigarillo était à peine entamé mais Eddy le laissa tomber à terre puis le foula du pied pour l’éteindre. Alexander le fixa de ce regard qu’il prenait quand il avait un reproche à faire.<br />
<br />
« Quoi ? Tu vas pas m’emmerder pour un mégo ?<br />
– Il y’a des cendriers à l’entrée du restaurant. C’est fait pour ça<br />
– Ah bordel j’étais content d’te voir mais heureusement que tu me rappelles à quel point tu peux être chiant parfois ! »<br />
<br />
Cette fois ce fût Alexander qui lui adressa un petit sourire amusé.<br />
<br />
***<br />
<br />
« Alors Alex : C’est quoi la suite ? »<br />
<br />
Cette question était on ne peut plus pertinente étant donnée la situation. Alexander était grillé dans le milieu, et revenir aussi ouvertement a Vegas ne pouvait signifier qu’une chose : il avait un plan pour revenir dans la partie.<br />
<br />
« Dans deux semaine, le plus grand événement sportif de tous les temps va avoir lieu ici, à Las Vegas… » expliqua-t-il à son ami<br />
– Tu veux dire le Superbowl ?<br />
– Tout juste : j’ai mis sur point un plan qui va exploiter cette situation et nous offrir à tous exactement ce que nous souhaitons.<br />
– Ah ouais ? jusque-là c’est du Alexandre le Grand tout craché… mais quand tu dis « nous »… c’est qui « nous » ?<br />
– Le cœur de l’équipe c’est toi et moi. Je n’ai confiance en personne d’autre pour me seconder<br />
– Tu sais que ça pourrait presque être de la flatterie ?<br />
– Ça ne l’est pas. Je ne fais pas ce genre de chose<br />
– Oui je sais… et tu n’utilises jamais la forme interrogative non plus, chacun ses défauts pas vrai ? »<br />
<br />
La remarque fit mouche et arracha un sourire à Alexander.<br />
<br />
« La plan en gros c’est quoi ?<br />
– Nous allons commettre un vol.<br />
– Un vol ? Alex ça fait tellement de temps que ça que tu es parti ? Tout ce qui a un tant soit peu de valeur ici est dans le coffre de… Oh merde ! T’es pas en train de me dire que ta cible c’est Emerson Palmer ?<br />
– Je n’ai rien dit…<br />
– T’as rien dit mais t’as cette petite étincelle dans le regard qui me fait comprendre que j’ai raison et que ton plan c’est juste une putain de vendetta avec comme trophée la tête d’Emerson ! J’ai pas raison ?<br />
– Tu as raison.<br />
– Mais alors du coup ton équipe ça a intérêt à être un genre de putain d’armée de spécialiste en tout genre parce que sinon ton retour à la maison va tourner court mon grand !<br />
– Non, ce n’est pas une armée : j’ai besoin d’un groupe facilement contrôlable avec le moins de variable possible. Nous serons cinq, ce qui est largement suffisant étant donné ma stratégie.<br />
– Bah voyons ! On va braquer le coffre d’Emerson Palmer, le chef de la sécurité d’un des plus grands hôtels casino de tout le Strip, et en plus pour que ça soit vraiment fun, on va le faire avec seulement cinq gars ! »<br />
<br />
Eddy avait levé la voix sans s’en rendre compte. Lorsqu’il remarqua que la serveuse qui apportait leur commande le dévisageait, il reprit son calme, s’excusa de s’être emporté et tendit un billet de 10 dollars à la jeune fille en guise de pourboire. Alexander fit de même mais avec un billet de 100 dollars.<br />
<br />
« Faut toujours que t’en rajoutes ? » demanda Eddy de manière rhétorique.<br />
<br />
La serveuse remercia Alexander et essaya d’entamer la conversation. L’élégance d’Alexander, son regard bleu cobalt et les traits de son visage, à la fois matures mais fins, n’avaient pas manqué de la séduire. Mais Alexander resta silencieux, n’adressant même pas un regard à la jeune femme qui s’en alla dépiter. Eddy fût surpris d’une telle froideur de la part de son ami.<br />
<br />
« Et ben joli cœur : depuis quand tu joues les bad boy ?<br />
– Je suis là pour parler affaire avec toi, pas pour flirter<br />
– bah voyons… »<br />
<br />
Eddy redevint plus sérieux<br />
<br />
« Ça serait pas manquer de respect à Parker d’accepter un sourire tu sais. Je pense même qu’elle serait plutôt contente de…<br />
– Ne commences pas… s’il te plait… »<br />
<br />
Depuis presque 25 ans qu’ils étaient amis, Eddy n’avait jamais entendu Alexander parler avec autant de tristesse dans la voix. Après un petit instant de flottement entre les deux amis, Alexander repris l’explication de son projet.<br />
<br />
« Les deux équipes en lice pour le titre seront logées dans deux hôtels différents, et il se trouve que les tenants du titre seront au Magna Palacio et qu’ils auront avec eux notre cible : le trophée Vince Lombardi »<br />
<br />
Eddy manqua de recracher son verre<br />
<br />
« T’es sérieux ? Tu veux voler le trophée de la NFL ? Alex bordel c’est un sacrilège ! Dans ce pays le football c’est sérieux !<br />
– Je sais<br />
– « je sais… » bon Dieu ce que t’es chiant quand t’es comme ça ! Mais merde qui est le taré qui peut vouloir… ah d’accord : je parie que c’est l’Oncle Bender qui t’as suivi dans ton délire ? »<br />
<br />
La question d’Eddy était une fois de plus, plus rhétorique qu’autre chose, aussi Alexander n’y répondit que d’un hochement de tête.<br />
<br />
« Donc ça veut dire que tout ce pognon que tu balances depuis tout à l’heure c’est le sien ? Le verre que je bois c’est lui qui le paye ? »<br />
<br />
Nouveau hochement de tête.<br />
<br />
« Alex… tu réalises que là on traite avec un taré de première ? Il est pas juste excentrique il est… mauvais ! Même selon nos critères<br />
– Il est peut être « mauvais » mais il est loyal en affaire. Il ne déroge jamais à sa parole et nous avons toujours pu compter sur lui.<br />
– Et rappel moi à quel prix ?<br />
– En l’occurrence ce prix en vaux largement la peine.<br />
– Pffff… Faut vraiment que je t’aimes comme un frère pour me laisser embarquer ! »<br />
<br />
Alexander esquissa un sourire en coin. Eddy avait beau être râleur, c’était son meilleur ami et comme il le disait lui-même : un frère.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une heure après leur retrouvaille au Madrigal, Alexander et Eddy étaient en route pour établir les derniers préparatifs de leur coup, et cette route avait pour escale la suite royale de l’Excelsior, un des plus anciens et prestigieux hôtel casino de Vegas. Eloigné du tumulte du Strip, c’était un point de repli parfait pour quiconque voulait rester dans le coin sans pour autant se mêler au brouhaha du quotidien. La haute tour en forme d’aiguille semblait percer le cœur du ciel lorsqu’on fixait son sommet depuis son pied, donnant l’impression d’un titanesque dard défiant les cieux.<br />
<br />
L’endroit était parfait pour un truand tel que l’Oncle Bender.<br />
<br />
Eddy était très nerveux et ne manquait pas de le faire savoir à son complice tandis qu’ils prenaient l’ascenseur panoramique. Toujours stoïque, Alexander le laissa s’exprimer sans l’interrompre préférant qu’il vide un peu de pression avant l’entretient qui allait avoir avec l’Oncle Bender.<br />
<br />
Le parcours de ce dernier était une véritable aventure en soi, digne d’un film. Arrivé de Russie à la fin des années 80, après l’explosion du bloc de l’Est. Il avait trouvé a Las Vegas une reconversion inattendue pour un ex agent des renseignements et c’est notamment sa parfaite maîtrise de l’art de la manipulation qui lui valut une place de choix dans l’équipe de Vitaly Kirotnikof, le patron du Little Odessa de l’époque. Rapidement, il devint le numéro 2 et ce jusqu’à la mort de Vitaly ce qui le propulsa parrain de l’organisation. Influencé par le cinéma et notamment « le Parrain », ou Scarface, il tenait absolument à avoir un surnom. Il choisit de se faire appeler « Bender » pensant à tort que cela voulait dire « le tordu ». Personne n’osa jamais lui traduire exactement ce que cela signifiait…<br />
<br />
L’Oncle Bender travaillait « à la russe » comme il aimait à le dire : ses affaires étaient menées comme des parties d’échec (jeu auquel il excellait) avec réflexion, mais aussi audace. Et de l’audace il n’en manquait pas. C’était l’une des rares personnes à Vegas à se moquer tout autant de la toute puissante commission des jeux que des corporations ayant soumis la ville a coup de millions de dollars.<br />
<br />
Après avoir subi une fouille en règle de la part des gorilles de la sécurité qui se tenaient devant l’entrée de sa suite, Eddy et Alexander furent accueillit par des éclats de voix. L’Oncle Bender, revolver en main pointait la tête d’un jeune homme a l’allure de petite frappe qui tremblait de peur, les mains levé en signe de soumission.<br />
<br />
« Enfoiré ! Tu crois que c’est comme ça que je gère mon business ?<br />
– Je… je suis désolé m’sieur Bender… c’est Tom qui devait…<br />
– Gna gnagna… « C’est Tom qui devait… » J’EN AI RIEN A FOUTRE DE TOM ! »<br />
<br />
Les accès de colère de L’Oncle Bender étaient légendaires. Et parfois suffisamment étranges pour qu’on doute de sa santé mentale. Eddy en bon joueur qu’il était savait que c’était un bluff du russe pour rappeler à tous qu’il fallait se méfier de lui.<br />
<br />
Et que c’était un excellent conseil.<br />
<br />
« Tu va me ramener ce pognon fissa compris ? Parce que tu sais très bien que si tu ne le fais pas, je vais me lancer dans une vendetta contre ton petit cul qui se finira par une chasse à l’homme à l’arbalète en plein milieu du désert !<br />
– Oui m’sieur ! Je vous payerai tout d’ici la fin de la semaine ! Je vous le promet ! »<br />
<br />
Bender baissa son arme et donna une petite gifle au truand pour le faire détaler. Il ne faisait AUCUN doute que le jeune criminel qui venait de recevoir cet avertissement allait se donner corps et âme pour rembourser sa dette, quel qu’en fût le montant. Car lorsque l’Oncle Bender parlait de chasse à l’homme dans le désert, et bien que ça ne fusse que des rumeurs, il y’avait un fond de vérité à tout ça qui motiverait même le plus insouciant des truands. Sans dire un mot, il quitta l’endroit sans demander son reste.<br />
<br />
Toujours en colère, l’Oncle Bender s’alluma un cigare colossale qu’il sorti d’un beau coffret en bois précieux. Il tira une longue bouffé qu’il fit s’envoler doucement au-dessus de sa tête : c’était comme un exercice de respiration qui lui permettait de retrouver son calme.<br />
<br />
Apaisé, le bouillonnant russe adressa un chaleureux sourire à Eddy et Alexander avant de littéralement leur tomber dans les bras.<br />
<br />
Toujours son arme à la main…<br />
<br />
« Alexander ! Eddy ! Mes amis : comme je suis heureux de vous revoir ! Ha ha ! »<br />
<br />
Bender ponctuait souvent ses phrases de ce petit rire saccadé. Mais ce rire avait surtout le don de mettre Eddy mal à l’aise. Alexander lui restait comme a son habitude parfaitement stoïque et maître de lui-même.<br />
<br />
« Alex : regarde-toi ! Toujours aussi classe hein ? ha ha ! J’adore ton costume : c’est italien ? Non attends laisse-moi deviner… ha ha ! Bon d’accord je donne ma langue au chat !<br />
– C’est français<br />
– Ha ha ! Bah oui forcément, que je suis bête… vu que t’étais planqué à Paris ! »<br />
<br />
Eddy se mordilla les lèvres nerveusement : personne à part lui n’était censé savoir où Alexander s’était réfugié. De toute évidence l’Oncle Bender voulait faire passer un message…<br />
<br />
Ce dernier rouvrit sa boite à cigare et en sorti un vitole qu’il tendit à Eddy.<br />
<br />
« Mon petit Eddy, tu vas me goûter cette merveille ! C’est une petite douceur qui me vient directement de cuba : un Partagas double robusto édition limité ! »<br />
<br />
Eddy ne résista pas à la tentation et prit le vitole en main avec une extrême délicatesse. Il le passa sous son nez pour en sentir les arômes et caressa sa cape du bout des doigts. Elle était soyeuse, tout juste craquante. Le module était souple juste comme il faut, signe d’une conservation parfaite à 70% d’humidité.<br />
<br />
« Note d’épice… » commença à commenter Eddy avec expertise « la saveur doit surement être bien ronde en bouche… je sens aussi du cuir… très bien harmonisé avec le reste en tout cas. Le Divin doit être magnifique… Et bien mon Oncle voilà une trouvaille forte intéressante »<br />
<br />
L’Oncle Bender n’avait pas la même érudition qu’Eddy en matière de cigare. Des termes comme « rond en bouche » ne lui évoquaient rien, et il ignorait que le Divin était le 2eme tiers d’un cigare, réputé comme étant la partie la plus riche en saveur. Mais il aimait faire comme s’il comprenait, et personne ne se serait amusé à lui faire de remarque. Il tenait plus que tout à son image d’esthète même s’il était bien incapable de ce genre de subtilité.<br />
<br />
« Toi… toi tu sais ce qui est bon Eddy ! Ha ha ! »<br />
<br />
Ce dernier tira de sa poche une pochette en cuir semi-rigide dans laquelle il rangea le cigare, expliquant à l’Oncle Bender que ça serait du gâchis de ne pas le garder pour une grande occasion. L’Oncle Bender haussa les épaules, continua de tirer de grande bouffé de son propre cigare puis, totalement apaisé et sincèrement content de revoir les deux comparses, remis son arme dans son holster de cuir sombre placé sous son bras gauche et à peine dissimulé par sa veste de costume. Alexander qui attentait son moment entra alors dans le vif du sujet.<br />
<br />
« Nous allons pouvoir finaliser le plan maintenant que Eddy est de la partie mon Oncle<br />
– Ha ha ! Formidable<br />
– J’ai impérativement besoin que l’équipe soit prête.<br />
– Mais elle l’est voyons mon grand ! ha ha ! Sweet.T est en route et Lily est déjà sur place pour le repérage<br />
– Parfait. Il manque donc notre pickpocket<br />
– Ha ha ! C’est marrant ça, parce qu’en fait figure toi que je l’ai juste ici ton roi de la fauche ! »<br />
<br />
Alexander n’aimait pas le ton qu’avait employé l’Oncle Bender. Ce dernier fit un signe à un de ses sbires qui ouvrit la porte devant laquelle il semblait monter la garde à l’autre bout de la pièce. Dans l’embrasure de la porte on pouvait apercevoir, assise sur un grand lit à baldaquin paré de gros coussin blanc, une toute jeune fille d’à peine 16 ans. Eddy fût le premier à réagir.<br />
<br />
« Euh mon Oncle ? » demanda Eddy « c’est une blague : vous allez pas mettre une gamine dans l’affaire ?<br />
– Misty approche » demanda l’Oncle Bender sur un ton sévère qui refroidi aussitôt l’ambiance « Explique à ses messieurs ce que tu as fait à Tonton Bender… »<br />
<br />
Misty portait une petite jupette noire, d’épais collants rayé noir et rouge et un tshirt des Rebels, l’équipe de foot de l’université du Nevada trop grand pour elle. C’était une petite brunette pas bien épaisse au visage savamment maquillé dans un style gothico punk, les doigts couvert de bagues en tout genre.<br />
<br />
Qu’est-ce qu’une fille pareille venait faire la dedans ?<br />
<br />
Elle se leva du lit et rentra dans la pièce à petit pas, faisant de lourd bruit a cause de ses énormes chaussures coqué qui lui remontait à mi mollet. Alexander remarqua que ses réflexes de survie étaient à leurs maximums : regard dans tous les sens, posture fermé et défensive, oreille dressé au moindre bruit menaçant…<br />
<br />
« J’ai volé le portefeuille de monsieur Bender… » dit-elle d’une voix morne et en baissant le regard<br />
<br />
Eddy dressa un sourcil tandis qu’Alexander refréna un sourire. Car si la jeune fille avait réellement accomplit ce qu’elle affirmait, c’était tout bonnement un exploit. L’Oncle Bender avait tout d’abord un imposant service de sécurité, et même lorsqu’il marchait dans les rues de Vegas, il n’était pas évident de s’approcher de lui. Et puis l’Ex agent des renseignements avait gardé des réflexes de son ancien métier ainsi qu’une sorte de sixième sens qui l’alertait de ce genre de manœuvre.<br />
<br />
Sans attendre plus d’explication, Alexander valida la présence de Misty<br />
<br />
« Excellent : mademoiselle vous êtes des nôtres »<br />
<br />
Eddy lui agrippa le bras et le tira en arrière pour lui parler en aparté<br />
<br />
« T’as vraiment perdu la tête ! On va pas prendre une gamine pour faire le coup<br />
– Elle à réussi à dépouiller l’Oncle Bender : même toi tu n’y arriverai pas<br />
– Mais moi j’ai presque quarante balais ! Elle, elle était même pas née au début de « Friends » !<br />
– Si elle est douée son âge n’a pas d’importance<br />
– Tu vas l’envoyer sans broncher dans les pattes d’Emerson ?<br />
– Si je ne le fais pas l’Oncle Bender va lui faire bien pire… »<br />
<br />
Eddy n’avait pas vu cet aspect des choses. Si Misty était là, c’était parce que l’Oncle Bender avait trouvé un moyen rentable de se faire justice. Mais si lui et Alexander refusaient de l’intégré à l’équipe, le virulent russe allait chercher une autre manière de se faire respecter… et Eddy ne voulait pas imaginer ce qu’un type comme lui pouvait faire à une gamine.<br />
<br />
« Super ! » dit-il à haute voix « Misty : t’es recrutée avec les félicitations du jury !<br />
– Il lui arrive quoi au vieux là ? » demanda la jeune fille à l’Oncle Bender<br />
– ha ha ! Elle a du caractère hein !? »<br />
<br />
Eddy n’apprécia pas le ton méprisant de la jeune fille, mais prit sur lui de ne pas envenimer plus la situation. Ils s’installèrent tous autour du grand bar en marbre blanc qui séparait en partie le salon et la terrasse. Alexander reprit la conduite des débats et expliqua à chacun ce qu’il attendait.<br />
<br />
Misty écoutait à peine, rêvassant en fixant la vue splendide qui s’offrait depuis la grande baie vitrée.<br />
<br />
« Jeune fille » intima Alexander « j’ai pour habitude de ne dire les choses qu’une seule fois »<br />
– Ouais bah moi j’ai pour habitude de pas traîner avec des vieux beaux dans votre genre !<br />
– Tu crois qu’elle parle de toi là ? » demanda Eddy, moqueur.<br />
– En fait j’en ai rien à faire de vos menace… même vous là, le sale pervers de russkof ! »<br />
<br />
Eddy réagit en un quart de seconde. Car si Misty poussait sa chance plus loin, la réaction de l’Oncle Bender pouvait être catastrophique. Il se jeta sur elle et lui expédia une gifle monumentale qui la fit basculer en arrière. Sans lui laisser le temps de réagir, il l’empoigna par ses longs cheveux noirs corbeau et s’adressa à elle sur un ton des plus menaçants<br />
<br />
« Ecoutes moi bien la petite pute : moi et mon pote on est des mecs de la rue, tes petites piques de gamine on s’en tape… mais il y’a des gens ici à qui tu dois le respect COMPRIS !? »<br />
<br />
Alexander avait bien entendu compris la manœuvre et de son ami et fit semblant de le raisonner.<br />
<br />
« Calme-toi Eddy : je ne crois pas que l’Oncle Bender ait envie de te voir donner une correction à cette jeune fille. Il est suffisamment intelligent pour ne pas céder à la provocation.<br />
– Ha ha sacrée Eddy ! T’en fais pas : je m’en fiche de ce qu’elle dit ! Je les aimes teigneuse ! »<br />
<br />
Comme il faisait dos à Alexander et Bender, Eddy fit un signe de tête à la jeune fille. Le message était clair « fait profil bas, sinon ça va mal finir ». Terrorisée, Misty acquiesça tandis que Eddy relâchait son étreinte.<br />
<br />
Agissant comme si de rien n’était, Alexander reprit son brefing dans les détails. Il avait déjà expliqué dans les grandes lignes son plan à Eddy et à l’Oncle Bender, mais cette fois il se montra exhaustif au possible, donnant autant détail que nécessaire. Maniant les mots avec précision, il expliqua comment il comptait s’emparer du trophée Lombardi, et surtout comment il comptait retourner cette affaire contre son ennemi. Il s’attarda sur le rôle de chacun, et des timings précis à la seconde qu’il avait calculé.<br />
<br />
Une fois l’exposé fini, le russe se leva lentement de son tabouret de bar, et se mit à applaudir.<br />
<br />
« Du pur génie ! » commenta-t-il « Ha ha : Alex tu es toujours le meilleur !<br />
– J’avoue que ça à l’air tellement limpide quand tu le racontes qu’on dirait que c’est du tout cuit » ajouta Eddy<br />
– Vous êtes drôlement malin… » ajouta Misty « … et plutôt beau gosse pour un vieux »<br />
<br />
La flatterie laissa Alexander de marbre. Cependant, l’adhésion au plan de chaque participant était cruciale.<br />
<br />
***<br />
<br />
Une semaine plus tard, le jour J était en fin arrivé.<br />
<br />
Lily Madison, dit « Tiger lily », arriva au Magna Palacio vers 10h pour prendre son service. Engagé comme hôtesse, elle avait pour principale mission de prendre en charge les clients fortunés et de s’assurer qu’ils disposaient de tout ce qu’il pouvait désirer. L’Oncle Bender avait joué de ses relations et de son argent pour lui créer tout un tas de fausses références provenant de luxueux casino de la côte méditerranéenne afin de rendre plus crédible son personnage et s’assurer qu’elle ait le job.<br />
<br />
Ceci dit, même sans cela Lily ne manquait ni de charme ni d’intelligence pour parvenir à ses fins.<br />
<br />
Bien qu’âge d’une trentaine d’année, elle savait se rendre bien plus attirante que les starlettes qui se prélassaient en bikini au bord de la piscine privé de l’établissement. Sachant souffler le chaud et le froid, elle savait que pour séduire un homme il fallait toujours le laisser sur le point d’obtenir ce qu’il voulait, sans jamais le laisser l’obtenir. Entretenir le désir était devenu chez elle une seconde nature, et lui résister relevait de l’exploit.<br />
<br />
Lorsque Alexander l’avait contactée plusieurs semaine de cela, elle avait hésité à se lancer dans l’aventure. Mais cette fois c’était elle qui ne parvenait pas à lui résister. Son regard bleu cobalt, son assurance, et sa fidélité en amour comme en amitié avaient réussi à la séduire. C’était la pire chose qui pouvait arriver à une femme comme elle dont le métier d’arnaqueuse consistait justement à jouer sur ces sentiments pour parvenir à ses fins. Elle rationalisa la chose en se disant que même si Alexander la manipulait, il était le genre d’homme qui méritait qu’on tombe pour lui.<br />
<br />
Elle repensa alors à Parker, la compagne d’Alexander qui avait été tué il y’a plusieurs mois de cela dans des circonstances tragiques. Et si le souvenir de Parker hantera à jamais le cœur d’Alexander, elle avait trop d’affection pour lui pour ne pas l’aider à se venger et ainsi soulager sa peine.<br />
<br />
Lily remit les pieds sur terre lorsque le « ding » de l’ascenseur retentit. Elle entra dans l’élégante cabine tapissée d’un beau velours bleu roi sur lequel était cousu en motif blanc des fleurs de lys et passa son badge dans le lecteur. L’ascenseur démarra paisiblement son ascension en direction du 15eme étage où se trouvaient les dirigeants des New England Patriots, l’équipe championne de la saison précédente.<br />
<br />
Le président du club, Jonathan Kraft, était un homme charmant qui avait mis les moyens pour que son staff soit traité avec tous les honneurs. Ainsi, le coach Belichick qui était à la tête de l’équipe depuis le début des années 2000, s’était vu offrir une suite pour lui et sa famille.<br />
<br />
Et c’était là que se trouvait le trophée.<br />
<br />
Dans le cadre de son travail d’hôtesse pour l’hôtel, Lily devait s’assurer que le coach soit comme un coq en pâte, ce qui lui offrait une excellente opportunité d’observer et d’informer le reste de l’équipe. Petit bonus, elle pouvait ainsi côtoyer la plupart des joueurs, et notamment son chouchou Tom Brady, meilleur joueur du superbowl et fantasme de nombre de fans.<br />
<br />
Belichick était un client facile à satisfaire car il n’avait aucune exigence extravagante. Il tenait à se focaliser sur le match, et utilisait la suite comme un bureau de luxe pour se réunir avec les autres coach. Il s’était dans un premier temps montré méfiant à la présence de Lily, en permanence sur son dos, mais avait fini par se prendre d’affection pour la jeune femme qui avait sût prouver son efficacité et surtout sa discrétion.<br />
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Tandis qu’elle traversait le couloir en direction de la suite du coach, Lily regarda discrètement en direction des caméras de sécurité placées stratégiquement dans les couloirs. Elle savait que le directeur de la sécurité, Emerson Palmer, avait un œil sur elle : son dossier trop parfait, et les efforts qu’elle avait mis en œuvre pour être celle qui s’occuperait des Patriots avait certainement attiré son attention. Mais le temps ne lui laissait pas la marge suffisante pour endormir ses soupçons comme elle l’aurait fait dans une autre opération car il fallait frapper aujourd’hui.<br />
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En effet, durant l’après-midi allait être organisé dans le grand hall du Magna Palacio une exposition en l’honneur des champions dont le clou serait le trophée Lombardi. C’était là qu’Alexander avait prévu de frappé, et Lily devait s’assurer que les opérations suivrait leur cours normal.<br />
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Lily frappa à la porte et s’annonça. Quelque secondes plus tard, ce fût Stephen, le fils du coach et l’un de ses assistants qui ouvrit.<br />
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« Bonjour Lily : vous tombez à pic ! » dit-il en l’invitant à rentrer.<br />
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Réuni en cercle autour de la table basse du salon, le coach et son équipe était en train de parcourir le fameux cahier de jeu contenant toutes les tactiques des Patriots. C’était le genre de document qui n’avait pas de prix pour une équipe professionnelle.<br />
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Lily salua un part un chacun des membres du staff et termina par le coach en signe de respect. Ce dernier l’invita chaleureusement à prendre place avec eux.<br />
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« Nous sommes sur un cas litigieux : vous allez nous donner vote avis !<br />
– Allons coach, ne vous moquez pas de moi » minauda Lily<br />
– Regardez cette configuration : moi je soutien qu’il y’a un défaut de protection sur le running back, mais Allan me soutient le contraire ! »<br />
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Lily observa le schéma que lui tendit Bélichick<br />
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« Le coach à raison » répondit-elle doctement « Sur le papier votre stratégie est solide, mais regardez bien : si vous jouer cette combinaison dans les 20 derniers yards, votre course sera trop risqué face a des défenseurs comme Pollamalu ou Lewis. Au mieux cela marchera une fois, mais un bon quaterback ne s’y fera pas reprendre.<br />
– Qu’est-ce que je disais ! » jubila Belichick<br />
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Le coach proposa à toute l’équipe de faire une petite pause-café le temps qu’il donne ses consignes à Lily pour la matinée. Cependant les nouvelles n’étaient pas très bonnes.<br />
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En effet, le coach n’avait plus très envie de faire cette exhibition. L’équipe était harassée par une saison très dure où chaque match avait pris beaucoup de force aux joueurs, et il souhaitait éviter le stress médiatique qui risquait de fragiliser les plus inexpérimentés devant la pression que représentait le superbowl. Lily acquiesça, se montra compréhensive, mais immédiatement se mit à réfléchir à une stratégie.<br />
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Si le coach annulait l’évènement, le trophée ne serait pas déplacé dans le grand hall, et toute la stratégie d’Alexander tombait à l’eau. C’était sa mission de parer a cette éventualité.<br />
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Elle entendit dans la micro-oreillette qu’elle portait la voix d’Alexander qui lui suggéra un angle d’attaque. Ce dernier, installé dans une des suites de l’hôtel avec Sweet.T, leur expert logistique, supervisait la situation.<br />
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« Lily : le coach est un homme d’honneur. Parle lui des fans et de la déception que ça leur procurerai »<br />
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Alexander avait étudié en détail le profil psychologique de ses cibles afin de mieux agir. Il savait qu’un coach dévoué depuis une quinzaine d’année à son équipe avait le respect des fans. Aucune équipe de la ligue ne pouvait résister aux 17 semaines qui menaient jusqu’au play-off sans le soutien du « 12eme homme ».<br />
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Lily prit le rebond de cette idée. Faisant la moue, elle afficha au coach un regard triste et déçu.<br />
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« Je vous comprends coach… c’est juste que… ça va être un coup dur pour les fans…<br />
– Je sais bien ma petite Lily, mais on doit mettre toutes nos chances pour le match et…<br />
– Je sais coach… pardonnez-moi. Vous savez, même si je suis de Pittsburg, j’ai toujours été fan des Patriots. Je dois même vous avez que… j’ai fait des pieds et des mains pour être celle qui s’occuperait de vous tous. J’ai la chance de vivre un vrai rêve et… j’imagine que tous ces gens seront aussi déçu que je l’aurai été si on m’avait refusé cette opportunité… »<br />
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Le coach resta pensif un instant.<br />
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« C’est juste que… ce trophée c’est aussi un peu celui des fans pas vrai coach ?<br />
– … c’est vrai Lily. Sans les fans il n’y a pas d’équipe.<br />
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– Alors… même si ça donne du stress au joueur toute cette ferveur, est ce qu’on ne peut pas aussi ce dire que… ça pourra leur donner du courage ? Un peu de motivation ? »<br />
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Bélichick devait reconnaître que Lily avait raison : si le public pouvait mettre de la pression à l’équipe, il pouvait aussi lui transmettre une énergie qui faisait souvent la différence dans les moments les plus critiques. Il rassura la jeune femme et la remercia de l’avoir convaincu.<br />
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Après avoir pris ses consignes, Lily quitta la suite et se rendit au 7eme étage pour retrouver Alexander et le reste de la bande.<br />
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***<br />
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Sweet.T était en train de terminer d’installer un deuxième ordinateur portable sur le réseau de la chambre.<br />
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« Wake Up Néo » dit-il tout en allumant la machine<br />
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Eddy était sur la terrasse de la chambre, en train de fumer un de ses cigarillos au parfum de vanille, tout en fixant le Strip qui se déroulait au pied de l’établissement. Misty assise en tailleur sur le lit, était fixé sur son téléphone portable sans trop qu’on sache ce qu’elle faisait, un énorme casque audio planté sur ses oreilles.<br />
<br />
« Je ne sais pas comment cette petite peu se prétendre joueuse » expliqua Sweet.T a Alexander qui ne lui prêtait aucune attention « c’est vrai quoi ! C’est pas parce que tu joues à Candy Crush que tu as quelque chose à voir avec un mec comme moi qui connait sur le bout des doigts les jeux vidéo ! »<br />
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Il jeta un coup d’œil dans la direction de la jeune fille qui sans quitter son écran du regard était en train de lui adresser un doigt d’honneur. Sweet.T pesta et répliqua d’un caricatural « C’est à moi que tu parles ? »<br />
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Alexander lui fit signe de se taire. Quelqu’un venait de frapper à la porte.<br />
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Il attendit un instant puis entendit de nouveau frapper. 2 coups longs, 3 coups courts… typiquement la façon de frapper de Lily.<br />
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Alexander lui ouvrit la porte et l’invita à rentrer en faisant son possible pour ne pas être vu des caméras. Lily s’installa sur le bord du lit sans prêter attention à Misty, et soupira.<br />
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« On eut chaud : Belichick était sur le point de tout annuler au dernier moment !<br />
– C’est pour ça que tu es là » commenta Alexander sur un ton professoral qui lui allait comme un gant. « Tu es celle qui doit éliminer les variables de l’équation<br />
– Et Punky Brewster » demanda Lily en désignant sa jeune complice de la tête  » c’est quoi déjà sa mission ?<br />
– Tu m’as traité de quoi ? » s’énerva Misty qui était trop jeune pour avoir cette référence<br />
– De rien ma choupette, de rien… »<br />
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Alexander n’aimait pas ça : Misty apportait trop de tension, et cela risquait à tout moment de leur nuire. La petite altercation avec L’Oncle Bender aurait dut l’alerté, mais l’urgence de la situation ne lui laissait pas le choix, et il allait devoir faire avec.<br />
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Il invita l’équipe à se rassembler pour une ultime mise au point.<br />
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« Bien : nous sommes tous ici pour des raisons différentes. Certains pour l’argent, d’autres pour des motifs plus personnel… mais nous avons tous le même ennemi. Emerson Palmer est le chef de la sécurité de cet hôtel casino. C’est un homme d’expérience qui connait toutes les ficelles de l’arnaque. S’en prendre à lui va impliquer que nous soyons vigilant, professionnels, mais surtout solidaire. Alors que ça soit clair : les engueulades, les sautes d’humeurs et les griefs en tout genre se régleront APRES le coup »<br />
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Tous se regardèrent pour finalement acquiescer d’un commun accord.<br />
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« Parfait ! » dit Alexander « notre timing va devoir être parfait…<br />
– Synchronisation des montres ! » cria Sweet.T<br />
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Tous le regardèrent avec dépit tandis qu’Alexander se passa la main sur le visage.<br />
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« Sweety : j’ai promis d’assurer le coup sans faire d’histoire » dit Eddy « mais Dieu m’est témoin que lorsque ça sera fini je te ferai bouffer toutes tes références télévisuelles de geek jusqu’à ce que tu t’étouffes avec ! »<br />
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***<br />
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14h03<br />
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L’équipe venait de se déployer. Lily avait continué sa journée de son coté au service du coach Belichick tandis que les autres occupaient chacun un point stratégique. Le hall du Magna Palacio était en effervescence car les portes venait juste de s’ouvrir sur la section ou se trouvait l’exposition des champions.<br />
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Des dizaines d’objets étaient présenté au public : des T shirts signé, des grandes photos représentant les joueurs légendaire de l’équipe comme Mike Haynes, Bruce Armstrong ou encore John Hannah. Il y’avait aussi des médailles, des titres de MVP et surtout, le plus important : les trophées du superbowl.<br />
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Ces titres avaient une grande importance pour Bélichick, car c’était sous sa seule direction que l’équipe avait remporté tous les titres de son histoire. Ils étaient sa fierté et son héritage.<br />
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Mis en avant plus que les autres, le trophée de l’an passé trônait sur une large colonne. Il n’y avait pas de vitre autour, et une simple cordelette de velours rouge marquait la distance à respecter par le public.<br />
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16h17<br />
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Emerson Palmer, chef de la sécurité du Magna Palacio, avait tenu à superviser lui-même toute l’opération promotionnel. Il avait laissé des instructions pour que ses adjoints s’occupent du reste de l’établissement et pouvait ainsi se consacré pleinement à la protection des trophées des Patriots. Emerson n’avait aucune affection pour le football, mais c’était un homme qui respectait l’argent. Or ces objets valaient tous une fortune.<br />
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Il se mélangea à la foule et sillonna l’exposition, faisant le point avec le Pc sécurité par l’entremise de son oreillette le plus régulièrement possible. Emerson n’agissait pas par hasard : son but était clair et lorsqu’il aperçût Alexander, il sût qu’il toucha au but.<br />
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Immobile, les yeux fixé sur le trophée, Alexander ne remarqua pas son ennemi arrivé dans son dos.<br />
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« Salut Alex… » lui susurra t’il par-dessus son épaule « Je ne savais pas que tu étais de retour à Vegas ? »<br />
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Bien entendu, c’était un pur mensonge.<br />
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Alexander se retourna et ne dut qu’à son sang-froid de ne pas se ruer sur Emerson pour le tuer.<br />
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« Oh… regardez-moi toute cette rage dans ces grands yeux ! Toi tu es sur le point de faire une bêtise !<br />
– La seule bêtise que j’ai commise c’est de t’avoir fait confiance à l’époque.<br />
– Je t’arrête tout de suite mon beau : mettre Parker dans le coup c’est ça qui à tout fichu en l’air !<br />
– Ne prononce pas son nom…<br />
– Sinon quoi ? Tu vas me sauter dessus au beau milieu de cette foule ? Même toi tu n’es pas aussi stupide que ça voyons.<br />
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– Je ne le suis pas en effet. Pas pour l’instant. »<br />
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Soudainement et contre toute attente ce fut Emerson qui perdit son calme.<br />
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« Pauvre connard ! Tu te crois tellement plus malin que les autres ! Mais ton joli plan pour piquer le trophée il vient de tomber à l’eau ! »<br />
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Le regard d’Alexander s’assombrit<br />
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« Tu crois que j’ai pas repéré tout le manège de ta chère complice ? Son insistance pour s’occuper des Patriots ? Tu crois que ton vieux pote Eddy était pas sous surveillance depuis le temps ? »<br />
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Emerson défia Alexander du regard. Ce dernier crispa les poings.<br />
<br />
« Oh oh… on dirait que tu vas craquer mon grand Alexandre ! T’en fait pas va : ton super plan était voué à l’échec depuis le début ! J’ai tout prévu pour une attaque comme celle dont tu as le secret ! Je connais toutes tes combines depuis 10 ans !<br />
– Je dois m’incliner, tu as été le plus malin sur ce coup » reconnu Alexander<br />
<br />
« Et comment que tu dois t’incliner… ceci dit je dois t’avouer que je suis presque déçu. C’était brillant comme idée. Mais me faire le coup du sombrero à moi, t’avais aucune chance… »<br />
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Alexander avait maintenant le regard baissé<br />
<br />
« Faire déplacer la cible dans un endroit exposé pour mieux l’atteindre… une des plus vieille combine de la profession ! Mais moi vois-tu, j’ai résolu le problème : ton précieux trophée est installé sur une trappe que je commande à distance… »<br />
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Tout en s’expliquant, Emerson tira de sa poche ce qui semblait être une télécommande de voiture.<br />
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« Je n’ai qu’à presser le bouton et zou ! En un instant le trophée atterrit dans un panier souple fixé dans la conduite. Son poids casse les fixations du panier et le tout glisse comme sur un toboggan jusqu’à un de nos coffres sécurisé au sous-sol… Je contrôle tout à moi seul : personne à corrompre, aucun moyen d’intercepter ta cible : la défense parfaite ! »<br />
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Mais tandis qu’Emerson jubilait, Alexander lui attrapa la main d’un geste vif et pressa le bouton de la commande.<br />
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« Merci pour le tuyau espèce d’imbécile ! »<br />
<br />
La trappe s’ouvrit immédiatement, et le public sidéré put voir le trophée disparaître en un éclair avant que la trappe ne se remette en place. De son côté Emerson se dégagea de l’étreinte d’Alexander à la fois hébété et furieux.<br />
<br />
« Mais qu’est ce qui t’as pris espèce de débile ? T’as pas compris que c’était inutile ! »<br />
<br />
Emerson appela le PC sécurité dans son oreillette et demanda qu’on lui confirme que le trophée soit bien arrivé. De son coté, Alexander restait immobile, guettant la moindre réaction de son adversaire.<br />
<br />
« Monsieur ! » dit un des hommes de la sécurité dans l’oreillette « on a un problème avec le trophée !<br />
– Comment ça un problème ? Il n’est arrivé dans le coffre ?<br />
– Si… mais on sait pas c’est lequel !<br />
– Comment ça lequel ?!<br />
– Tu as de toute évidence un gros problème… » commenta Alexander avec un sourire carnassier.<br />
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14h35<br />
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Eddy avait du mal à conduire la pesante camionnette de livraison au couleur de la compagnie de transport Vanguard que l’Oncle Bender s’était procuré Dieu seul sait comment. Munie d’un faux bordereau de livraison, il fût autorisé à entrer dans le parking réservé aux livraisons spéciales de l’hôtel. On l’orienta vers un quai de chargement où il stationna et où une équipe arriva pour décharger.<br />
<br />
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda l’employé chargé du dépôt.<br />
« Je crois que c’est pour la boutique cadeau » répondit Eddy « Moi de toute façon j’suis juste là pour livrer. Le reste, je m’en cogne…<br />
– Sauf que moi j’ai aucun registre qui parle d’une livraison aujourd’hui… vous êtes sûr que c’est pour le Palacio ?<br />
– Dites tout de suite que je sais pas lire : regardez mon bon de commande ! »<br />
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L’employé du dépôt décortiqua le document qui semblait parfaitement en règle. Il prit un instant de réflexion, mais préféra être prudent.<br />
<br />
« Ecoutez mon vieux, c’est pas pour vous faire perdre du temps mais je préfère voir ça avec mon responsable et…<br />
– Vous savez ce que chaque minute passées à attendre ici me coûte ?<br />
– Je sais bien mais j’ai des ordres et… »<br />
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Une voix de femme l’interrompit dans sa phrase<br />
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« Attendez… oui c’est bien ça ! » dit-elle à l’intention du chef du dépôt qui l’accompagnait « c’est la commande de monsieur Palmer dont je vous parlais… il faut la rentrer au plus vite !<br />
– Pas de problème mademoiselle, je vais bien vous trouver un box…<br />
– Non non non ! Ça doit être mis en lieu sûr : on va tout mettre au coffre C5, celui qui est juste à côté ! Monsieur Palmer l’a fait vidé avant-hier exprès et il m’a laissé son badge ! » dit Lily en le sortant de la poche arrière de son pantalon pour le montrer à Joey.<br />
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Ce dernier haussa les épaules et ordonna à son équipe de procéder au déchargement.<br />
<br />
« Et c’est quoi cette livraison au fait ? » demanda Joey curieux<br />
« Des copies en édition limité du trophée qu’on vendra à la boutique cadeau : aussi vrai que le vrai ! » répondit Lily.<br />
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14h22<br />
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Emerson Palmer sortait tout juste d’un des restaurants de l’hôtel où il avait invité plusieurs des joueurs des Patriots à déjeuner. Ce coup de pub avait fait son effet, et lui avait permis d’oublier un moment la pression qui pesait sur ces épaules. Monsieur Césaro, le directeur du Magna Palacio, comptait beaucoup sur lui, et il se devait de ne pas le décevoir.<br />
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Il se dirigea vers son bureau d’où il voulait observer depuis les caméras de son bureau la foule qui s’agglutinait dans le hall pour assister à l’exposition. Traversant la salle principale, il coupa à travers les rangées de machines à sou pour atteindre les ascenseurs. C’est alors qu’il entendit quelqu’un l’interpeler dans son dos<br />
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« Monsieur ! Monsieur ! »<br />
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C’était une toute jeune fille, le visage timide caché sous de longues mèches de cheveux noirs. Elle trottinait péniblement sur de petit escarpin rouge en tendant quelque chose dans sa direction.<br />
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« Monsieur vous avez fait tomber votre portefeuille » lui dit-elle une fois à sa hauteur.<br />
<br />
Surpris, Emerson se fit machinalement les poches. Il avait bien son badge d’accès, ses clés et la carte magnétique de sa chambre ainsi que la commande de sécurité pour le trophée, mais effectivement son portefeuille n’était plus là. Il le prit des petites mains de la jeune fille, puis l’ouvrit avec un air suspicieux.<br />
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C’était effectivement le sien.<br />
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Machinalement il vérifia si tout était là, et constatant qu’il ne manquait rien s’apprêta à sortir un billet en guise de récompense à la jeune fille. Il se ravisa et prit un jeton a une table voisine, non sans dire au croupier de le compter sur sa note (qu’il savait ne jamais payer) et le tendit a sa jeune bienfaitrice. Celle-ci refusa poliment, expliquant qu’étant mineur elle n’avait pas le droit de jouer, et que de toute façon elle l’avait fait par pur civisme avant de repartir comme elle était venue.<br />
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Emerson haussa les épaules et remercia simplement sa bonne étoile : tout le monde n’était pas aussi honnête de nos jours.<br />
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Un peu plus loin dans l’une des allées, Misty croisa Lily et lui remit le badge d’Emerson en un éclair avant de retourner vers la chambre tandis que sa complice filait vers les entrepôts…<br />
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Deux jours plus tôt<br />
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Sweet.T s’acharnait sur son ordinateur mais butait sans cesse sur le même problème qu’il finit par soumettre à Alexander.<br />
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« Je comprends pas cette histoire de trappe : ça n’est relié à aucun des faisceaux de détection… en fait je crois que : c’est un piège ! » dit-il en imitant l’amiral Ackbar.<br />
– Si tu dis ça c’est que tu as une idée : détaille la moi<br />
– En fait il y’a un signal radio qui part du PC sécurité et qui semble n’être orienté que sur le hall. Je me dis que la trappe est commandée de cette façon. Du coup avec un petit émetteur, on devrait pouvoir activer le mécanisme et…<br />
– Non attend… de toute évidence il y’a quelque chose d’étrange. Tu as raison sur le fait que ça soit un leurre. Regarde ici » dit Alexander en désignant un des schémas du bâtiment qu’il s’était procuré grâce à l’Oncle Bender « la trappe est en fait un ancien accès au coffre. C’était utilisé pour faire circuler de l’argent depuis la caisse principale vers les dépôts du sous-sol. Par sécurité il y avait plusieurs coffres pour limiter de concentrer trop d’argent au même endroit. Avec le temps c’est devenu ingérable et les patrons de casino ont eu plus confiance dans les systèmes de sécurités.<br />
– Mais c’est quoi le rapport ?<br />
– Le souci c’est le format : le puis d’accès de la trappe est plus large sur le plan. Mon avis c’est que Emerson à tellement peur de se faire doubler par quelqu’un de son staff qu’il leur a fait croire que la commande du PC sécurité est celle qui active le trappe, mais qu’en fait c’est lui qui a la vraie commande.<br />
– Je te suis plus là… » dit Sweet.T à court de référence cinématographique pour ponctuer ses phrases.<br />
– Si c’est le PC sécurité qui tente d’ouvrir la trappe, c’est un autre mécanisme qui s’enclenche. Je pense que ça doit bloquer le trophée dans la conduite pour le mettre hors d’atteinte. Par contre, si c’est Emerson qui le fait, alors là c’est bien la conduite vers le coffre qui s’enclenche<br />
– Donc il faut qu’on force Emerson à activer la trappe ? Facile non ?<br />
– Non pas du tout : il y’aura des centaines de personne, ce qui fait qu’attaquer le trophée même pour simplement activer le piège risque d’envoyer l’un de nous en prison pour tentative de vol. Ca n’est pas acceptable.<br />
– Et si on demandait à un gamin d’aller juste toucher le trophée ?<br />
– Emerson n’est pas stupide, il comprendra que c’est une manœuvre et ne fera rien. Pire encore, le PC sécurité risque d’activé la fausse commande et le trophée restera bloqué dans la conduite.<br />
– Bah vu qu’on a prévu de lui piquer son badge, pourquoi ne pas prendre directement la commande ?<br />
– Sauf que nous ne savons pas exactement de quoi il s’agit. Emerson est un petit génie de l’électronique : il a pu se fabriquer ça à partir d’une simple télécommande de voiture, ou le dissimuler dans n’importe quel objet. Nous ne saurions pas quoi lui prendre.<br />
– Mais alors on fait quoi ?<br />
– On le frappe au cœur et on joue sur sa vanité. Il ne résistera pas à me toiser si je le provoque. J’irai ostensiblement dans la salle, et je le manipulerai pour qu’il me montre la commande.<br />
– Il fera ça ? T’es sur de toi ?<br />
– Il le fera parce qu’il a toujours voulu montrer qu’il était le plus fort. Il va vouloir me faire mal et me démontré qu’il à toutes les cartes en main. Il va d’abord me dire qu’il sait que nous sommes là et qu’il a compris que Lily est avec nous…<br />
– Il risque pas de lui faire du mal ?<br />
– Non, mais il essayera de me le faire croire. Ensuite il va me dire que le plan est voué à l’échec, et pour appuyer ses dires, il m’expliquera par le détail comment fonctionne son système de sécurité. C’est là que dans un ultime geste de défi il me mettra la commande sous le nez. Je n’aurai plus qu’à l’activer.<br />
– Comme ça ? Dans sa main ?<br />
– Ne t’en fais pas Sweet.T : c’est un risque calculé. J’ai toujours été plus rapide que lui…<br />
<br />
***<br />
<br />
Dans le coffre C5, Emerson bouillonnait de rage. Bien installé sur la table qui se trouvait au centre de la pièce, se trouvaient 32 trophées tous parfaitement identiques les uns aux autres, avec chacun une petite étiquette numéroté collé sur coté. Le panier en mousse souple qui avait récupérer le trophée dans le hall gisait sur le tapis amortisseur situé sous l’ouverture de la conduite par où il était tombé. Vide.<br />
<br />
Le téléphone d’Emerson sonna. Le numéro était inconnu, mais il n’en avait pas besoin pour savoir que c’était Alexander qui l’appelait.<br />
<br />
« Emerson, parmi tous les trophées qui sont sous tes yeux un seul est le vrai. La mauvaise nouvelle c’est que personne à part moi ne peut te dire lequel. Bien sûr tu te dis qu’un expert de chez Tiffany pourra l’authentifier… sauf que tu n’en aura pas le temps. Monsieur Césaro est déjà au courant de l’affaire, et il n’est pas content que tu te sois fait berné de la sorte… d’ailleurs il sera très surpris de découvrir que c’est ta carte qui a ouvert l’accès à ce coffre. Il sera aussi surpris de découvrir que la mafia russe à versé discrètement une coquette somme sur un de tes comptes aux îles Fidji. »<br />
<br />
Emerson déglutit péniblement. Son front ruisselait de sueur et la nervosité l’empêchait de tenir en place. Il savait que l’équipe avait déjà quitté les lieux. Et si Alexander lui parlait au téléphone, c’est qu’il avait faussé compagnie aux deux agents de sécurité à qui il avait demandé de le surveiller.<br />
<br />
« Quand tu devras expliquer aux Patriots que tu ne sais pas si tu pourras leur rendre leur trophée, ça risque d’être mauvais pour ton cas » Reprit la voix d’Alexander « Tu vas devenir persona non grata comme je l’ai été. Mais estime toi heureux car ta peine est douce en comparaison…<br />
<br />
– Enfoiré tu m’as bien manipulé… C’est la gamine qui m’a piqué mon badge hein ?<br />
– Tout juste<br />
– Mais comment tu… Ha… bien sûr : tu me l’as remis dans la poche quand tu m’as empoigné pas vrai ?<br />
– Là encore tu as bien compris<br />
– Et je suppose aussi que tu as fait exprès de te faire voir partout en ville auprès de tes anciens potes ?<br />
<br />
– De la même façon que je me suis laissé voir avec Lily par les caméras. Je voulais entrer dans ta tête et te laisser croire que tu maitrisais la situation pour mieux te mener ou je voulais.<br />
– Je crois malheureusement que je n’aurais pas l’occasion de tirer parti de cette leçon pas vrai ?<br />
– Effectivement, je doute fortement que Césaro te tolère encore en ville après ce que nous lui avons demandé pour savoir quel était le vrai trophée.<br />
– Juste pour mon information, tu lui as fait cracher combien au vieux ? Aller, tu peux me le dire : la dernière volonté du condamné ! »<br />
<br />
Alexander resta silencieux comme s’il hésitait, puis il répondit finalement :<br />
<br />
« 5 000 810 dollars<br />
– 08 10… 8 octobre : l’anniversaire de Parker… elle aurait adoré le clin d’œil<br />
– Je n’ai jamais fait ce coup pour l’argent. Adieu Emerson<br />
– Adieu Alex… »<br />
<br />
Emerson raccrocha, jeta son téléphone au loin puis s’écroula contre le mur, comme un boxeur sonné à la fin d’un combat.<br />
<br />
***<br />
<br />
Face aux fontaines du Bellagio qui dansaient leur ballet merveilleux, l’équipe attendait la fin du coup de fil d’Alexander. Eddy fut le premier à parler<br />
<br />
« C’est fini ce coup-ci ? Les gentils gagnent, le méchant va en prison ?<br />
– Emerson va disparaître à jamais de Vegas. Quand à vous et bien… vous avez gagné de quoi voir venir comme on dit.<br />
– Pourquoi tu ne veux pas une part enfin ?<br />
– J’ai ma part : 810 dollars<br />
– Et c’est tout ? On part chacun avec un million ? Même ce taré de Bender ?<br />
– Comme ça la boucle est bouclé : Misty est sortie d’affaire, Emerson est puni… happy end pour tout le monde »<br />
<br />
Lily s’approcha d’Alexander et l’enlaça affectueusement avant de l’embrasser sur la joue.<br />
<br />
« Bonne chance mon p’tit cœur » lui dit elle « J’ai été super fière de toi »<br />
<br />
A son tour, Misty s’approcha d’Alexander<br />
<br />
« Je… je voulais vous remercier toi et Eddy de pas m’avoir laissé tomber… même si je m’étais comporté comme une sal…<br />
– Ne dis rien » coupa Alexander « Tu as fait ta part, et je suis sincèrement heureux que ça ait put t’aider à t’en sortir. Alors maintenant soit prudente et si jamais tu as des ennuis, viens nous trouver : on sera toujours là pour toi<br />
– Merci Alex »<br />
<br />
Misty l’enlaça aussi à son tour avant de s’éloigner. Sweet.T fût le suivant. Il serra vigoureusement la main d’Alexander avant d’ajouter :<br />
<br />
« Que la Force soit avec toi Alex : pour toujours !<br />
– C’est « A jamais » la réplique exacte…<br />
– Je sais… excuse-moi c’est l’émotion… »<br />
<br />
Lorsque tous furent parti, seul Eddy resta assit à côté de son ami à observer le ballet aquatique de la fontaine.<br />
<br />
« Mais au fait, ça s’appelle comment déjà le coup qu’on lui a fait ? Le coup du Paris-New York ?<br />
– Non ça c’est celui avec un rabbin et deux colombes<br />
– Le coup de la poule galloise ?<br />
– Pour celui-là il faut qu’il neige je te rappel<br />
– Ca peut pas être le coup de l’huissier andalou parce qu’il faut une veuve et clocher… J’aurais bien dit le coup des lycéennes d’Oxford pour la partie avec le portefeuille, mais normalement il faut que ça soit une aveugle non ?<br />
– Eddy, s’il te plait, ne me fait pas tout le répertoire des classiques de l’arnaque sinon je sens qu’on y sera encore demain<br />
– Mais alors c’était quoi comme coup ?<br />
– En fait il avait presque raison : une variante du coup du sombrero…<br />
– Ah j’y suis ! Le sombrero Malgache !<br />
– Tout juste Eddy… tout juste… »<br />
<br />
Les deux amis restèrent silencieux quelques instant, coincé entre le brouhaha des voitures derrière eux et la majesté des jeux d’eau qui dansait en face d’eux.<br />
<br />
« J’attends un peu avant de te tomber dans les bras mon pote parce que j’ai un peu peur que Lily ne me voit et raconte ça partout<br />
– Je comprends<br />
– Tu vas me manquer<br />
– Toi aussi Eddy. J’ai toujours une dette envers toi<br />
– Alors garde là pour l’instant… comme ça je sais qu’un jour je te reverrai »<br />
<br />
Les deux hommes s’enlacèrent un court instant avant de partir chacun de son côté.<br />
<br />
Après plusieurs dizaine de mètres, Alexander arriva enfin à sa voiture. Il s’y assit et sorti une photo de sa poche.<br />
<br />
Une photo de Parker.<br />
<br />
« Et toi ? Tu as été fière de moi ? » demanda t’il en sanglotant.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « Le coup du sombrero Malgache »](https://www.wattpad.com/155259916-le-d%C3%A9fi-bradbury-le-coup-du-sombrero-malgache)

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Le coup du sombrero Malgache

L’air chaud provenant du Mojave avait commencé à remonter le Strip tandis que l’après-midi débutait. Ce moment de torpeur dans une ville qui ne dort jamais, était ce qui pouvait le plus ressembler à une accalmie. Car à Las Vegas, ce n’était pas la nuit qui apportait le calme, mais l’écrasante chaleur qui ne pouvait se supporter qu’à coup de climatiseur.

Alexander était habitué à ce climat, comme tous les gens du coin qui travaillaient et vivaient ici. Lorsqu’il était adolescent, le Strip et ses casinos étaient son terrain de jeu, et en grandissant, ils l’étaient restés… mais d’une autre manière.

Il coupa le moteur puis rehaussa le siège de la voiture pour y être plus à l’aise tandis que le vendeur lui sortait son baratin.

« Monsieur vous pouvez être sûr qu’une telle affaire ne se voit pas tous les j…
– La balade m’a convaincu : je la prends. Faite les papiers » dit-il avec calme.

En moins de 15 minutes, l’affaire était signée, et le vendeur lui donna les clés et les papiers de la GT Shelby qu’il venait de payer cash 40 000 dollars. Bien sûr c’était un caprice, mais après avoir passé plusieurs mois en cavale, Alexander Bluesummers était bien décidé à se la couler douce autant qu’il le pouvait.

Et puis pour ce qu’il comptait faire, il valait mieux qu’il ait une bonne voiture…

Le rendez-vous avec Eddy avait été fixé à 5 blocs de là, dans un café latino nommé « le Madrigal », le genre de petite enseigne soit disant typique mais où toute la nourriture était préparée d’avance par une petite entreprise de surgelé du sud de Palo Alto.

Assit sur un rebord de fenêtre, Eddy attendait un cigarillo éteint au bout des lèvres. Il avait essayé un nombre incalculable de fois d’arrêter de fumer, puis avait décidé que quitte à être accro, il le serait avec des produits haut de gamme. Depuis il ne fumait plus que des cigares d’importation cubain qu’il obtenait dieu sait comment et à quel prix, ou bien d’élégants cigarillos au puissant parfum de vanille. Lorsqu’il vit Alexander, il attrapa le briquet à essence qu’il gardait dans sa poche et dans un geste expert le fit claquer et s’enflammer pour finalement allumer l’objet de son addiction.

Les deux hommes s’avancèrent l’un vers l’autre, sans un mot, puis restèrent un bref moment à se fixer. Les yeux bleus profond couleur cobalt d’Alexander dégageait comme toujours ce sentiment de puissance et de maîtrise qui avait toujours impressionné Eddy. Il esquissa un sourire tout en tirant une petite bouffé de son cigarillo, puis se mit à rire de bon cœur et à donner d’amicales tapes sur l’épaule d’Alexander.

« Ha ha ! C’est bon de t’voir Alex » commença Eddy « je savais que ces connards pourraient pas de tenir éloigné du Strip bien longtemps
– Ils sont trop prévisible »
– Ecoutez-moi ça… Alexandre le Grand de retour sur ses terres prêt à en découdre ! »

Eddy donna une dernière accolade à son ami puis reprit sur un ton plus sérieux.

« Avec tout ça j’ai pas pu te dire… je suis désolé pour Parker. Ce qui est arrivé c’est…
-Je te remercie Eddy. Je sais que tu as fait ce qu’il fallait en mon absence. Je payerai ma dette
-Hey : pas de ça entre vieux frère, Parker c’était aussi mon amie »

Le cigarillo était à peine entamé mais Eddy le laissa tomber à terre puis le foula du pied pour l’éteindre. Alexander le fixa de ce regard qu’il prenait quand il avait un reproche à faire.

« Quoi ? Tu vas pas m’emmerder pour un mégo ?
– Il y’a des cendriers à l’]]></itunes:summary>
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            <category><![CDATA[Sounds]]></category>
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                <pubDate>Mon, 17 Aug 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-08-17T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 3 : La guerre des métro men #DÉFIBRADBURY]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-3-la-guerre-des-metro-men-defibra/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
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La guerre des métro men<br />
<br />
C’est le matin, et il faut courir. Se doucher en vitesse, s’habiller à moitié sans regarder ce qu’on attrape dans l’armoire, avaler un café et deux tartines, et puis attraper son sac et enfin cavaler jusqu’au train pour aller au boulot. Si cette scène vous est familière, c’est parce que chaque matin cette histoire est la même pour beaucoup d’entre nous.<br />
<br />
Tout comme pour Tony.<br />
<br />
Tony est un jeune homme de 23 ans. Il est étudiant en informatique, et il habite la banlieue parisienne. Chaque matin comme tous les autres, il se douche en vitesse, s’habille à moitié sans regarder ce qu’il attrape dans l’armoire, et avale un café et deux tartines. Mais une fois qu’il à attrapé son sac, c’est d’un pas léger qu’il se rend vers sa station de RER.<br />
<br />
Pardon : de Transilien.<br />
<br />
Tony ne court pas, car il ne rate jamais son train. Lorsqu’il entend les gens se plaindre, que ça soit des retards ou bien carrément des trains supprimé, il ne les comprend pas car jamais une seule fois dans sa vie ce genre de chose n’est arrivé à Tony.<br />
<br />
Et ce matin, comme les autres jours, c’est d’un pas tranquille et calme qu’il marchait vers sa station, son casque planté sur les oreilles. Passant devant une boulangerie il ne résista pas à l’idée de compléter son maigre petit déjeuner par un ou deux croissant, ainsi que par une petite bouteille de jus de fruit.<br />
<br />
Ses emplettes sous le bras, Tony montait les grands escalier menant au quai et s’arrêta quelques instant pour fixer le panneau d’information. Aucun retard à signaler. il descendit l’escalier tout aussi nonchalamment, puis commença à dévorer son croissant. Et a peine se mit il face au quai que le train fit son apparition à l’horizon. Moins d’une minute après, Tony monta à bord, se trouva une place dans le coin réservé situé a l’extrémité du wagon (le carré VIP comme il l’appelait) et entama son jus de fruit et jetant un coup d’oeil distrait par la fenêtre.<br />
<br />
L’homme assit devant lui, un quinquagénaire à l’épaisse barbe noire parsemé de mèches poivres et sels, le dévisageait d’un air inquisiteur. « Encore un vieux con qui à peur des jeunes de couleur » pensa Tony. Il ne se soucia pas bien longtemps du vieux barbu et se remit à rêvasser a la fenêtre. Le train se mit en branle et le claquement des roues sur le rail donna le départ de la mélodie lancinante du chemin de fer.<br />
<br />
Tony adorait prendre le train : c’était pratique, reposant et surtout rapide.<br />
<br />
L’homme assit en face était toujours en train de fixer Tony. Il se pencha vers lui, passa la main dans sa barbe puis l’interpella sans ménagement :<br />
<br />
« Encore une fois pile à l’heure pas vrai Tony ? »<br />
<br />
Le jeune homme fut interloqué. Comment connaissait-il son nom ?<br />
<br />
« Ça t’étonnes que je sache ça pas vrai ? »<br />
« Que vous sachiez quoi ? et vous êtes qui ? On se connait ? »<br />
« Moi en tout cas je te connais Tony… voila des années que je t’observes. Depuis le premier jour ou tu as prit le train pour aller à Chatelet les halles. Tu te rappelles de ce jour ? »<br />
« Quoi ? mais je devais avoir 10 ans à l’époque ! putain vous êtes quel genre de taré ? »<br />
« Calme toi fils… je ne suis pas ton ennemi »<br />
<br />
L’homme tira de son manteau un petit carnet en cuir usé et l’ouvrit en dénouant le petit lacet enroulé autour de la couverture et noué sur le fermoir en métal planté sur la face du carnet. Il feuilleta les pages et commença à lire.<br />
<br />
« 14 Août 2004, Tony se présente à la station de RER avec sa mère à 9h16. Le train était attendu normalement pour 9h10, mais un problème de fermeture des portes à la station précédente à retardé le train de 6 minutes… »<br />
<br />
L’homme tourna de nouveau les pages de son carnet.<br />
<br />
« 15 Septembre 2006, Tony se présente au métro « Bastille » à 16h36. Le métro devait arrivé à 16h40, mais suite à la suppression du métro précédent, il à été avancé de 4 minutes… »<br />
<br />
L’homme tourna encore les pages…<br />
<br />
« J’en ai des centaines comme ça sur toi petit… »<br />
« Mais enfin c’est quoi ce… »<br />
« Tu as un don Tony… un don rare qui fait de toi quelqu’un de différent »<br />
<br />
Tony n’était pas très à l’aise. Mais l’homme connaissait son secret. Et qui sait, peut être avait il des réponses ? Pour en avoir le cœur net, Tony confessa :<br />
<br />
« D’accord, vous avez dit vrai : depuis tout petit j’ai jamais attendu un seul instant le train. Je sais pas l’expliquer, mais dès que j’arrive dans une gare, une station de métro ou même le funiculaire, et bah sa loupe pas le train qu’il me faut arrive aussitôt. »<br />
<br />
L’homme laissa glisser un sourire au milieu de sa sombre barbe. Cette fois il avait son attention.<br />
<br />
« Vous savez pourquoi ? » demanda le jeune homme « comment ça se fait que j’arrive toujours à avoir un train à toute heure ? »<br />
« Oh ça mon garçon c’est on ne peut plus simple. C’est parce que tu as le don »<br />
« Le don ? »<br />
« Ce que je vais te dire va te sembler dingue, mais d’un autre coté tu as vu suffisamment de fois le train arriver sans explication pour admettre que ce que vais dire est vrai… cette histoire remonte au tout début du 20eme siècle, lors de l’exposition de 1900. A cette époque, Paris est en plein boum et des travaux refaçonnent la capitale. C’est a ce moment là qu’est crée la toute première ligne de métro. »<br />
<br />
L’homme tira de sa poche une magnifique pipe en écume de mer et une blague à tabac.<br />
<br />
« Tu permets ? » demanda t-il à Tony qui acquiesça aussitôt et ouvrit le panneau coulissant de la fenêtre.<br />
<br />
Le vieil homme bourra sa pipe d’un tabac blond au parfum sucré et l’alluma avec une longue allumette en cèdre.<br />
<br />
« Y’a que des barbares qui utilisent un briquet : l’essence marque le goût du tabac et s’imprègne dans chaque bouffée . A ce tarif là autant fumer un paille en plastique. »<br />
<br />
Après une première bouffée qui semblât lui faire l’effet d’un puissant calmant, le vieil homme reprit son récit sous les yeux médusé de Tony.<br />
<br />
« La plupart des documents officiels de l’époque s’accordent pour dire que c’est l’architecte Hector Guimard qui à défini le « style » des premiers métro. Ce que peu de gens savent, c’est que Guimard était en fait membre d’un sous groupe liée aux franc maçon qui s’appelle « le cercle de pierre ». Les membres du cercle était tous ingénieur, architecte, ou savant… et c’était aussi des pratiquants de magie antique »<br />
« De la magie… genre baguette magique, Harry Potter et tout le toutim ? »<br />
« Nan petit… là on parle de quelque chose de beaucoup BEAUCOUP plus élaboré… et de bien plus PUISSANT ! »<br />
<br />
Le vieil homme repris une bouffée de tabac.<br />
<br />
« Les membres du Cercle  voulaient mettre en pratique les enseignements qu’ils avaient retiré du Todtenbuch, un ancien papyrus que les troupes de Napoléon avaient ramené d’Égypte. A l’époque, on ne savait pas exactement de quoi traitait ce papyrus : l’égyptologie n’en était qu’a ces balbutiement. Mais le Cercle était certain que c’était une source formidable de pouvoir… »<br />
<br />
Tony était maintenant captivé par le récit de son étrange interlocuteur.<br />
<br />
« Les membres du cercle de Pierre ont placé secrètement dans toute la structure du métro des signes magiques et des objets rituels. Des années durant ils ont fait en sorte que les travaux transforment le réseau pour correspondre à leurs besoins et ainsi réaliser l’impensable. Le réseau ferroviaire d’île de France n’est n’y plus ni moins qu’un immense catalyseur magique ! un glyphe de 500 Km2 ! »<br />
« C’est… c’est dingue ! mais quel est le rapport avec moi ? pourquoi j’arrive à faire ça ? »<br />
« L’histoire est plus complexe fils… plus tortueuse. Tu te doutes bien que le Cercle de Pierre n’a pas put dissimuler aussi facilement ses plans. Dans le monde occulte il existe d’autres puissances qui tentent de s’accaparer de ce genre de pouvoir. Et l’une de ses grandes puissance, c’est la Grande Chambre des Templier du Vatican. Ces gars là ne rigolent pas avec les magies occultes et les pouvoirs païens. »<br />
<br />
Nouvelle bouffé de tabac.<br />
<br />
« Ils ont découvert les plans du Cercle de Pierre et ont organisé une expédition punitive pour les détruire. Mais voila, leur caste ne pouvait pas attaquer le métro sous peine de révéler au monde leur existence. Ils ont donc éliminé discrètement les membres du Cercle de Pierre, que ça soit par des « accidents » ou bien en les impliquant dans des scandales… y’a plus d’une façon de mettre un homme hors d’état de nuire. Pas toujours besoin d’un flingue… »<br />
<br />
Le vieil homme resta pensif en observant les volutes de fumés bleue opaque qui dansaient avant de s’envoler à travers la fenêtre.<br />
<br />
 « Après ça, les Templier ont pratiquer des rituels de dissipation afin de rendre inefficace les structures magiques »<br />
<br />
« Ils ne les voulaient pas pour eux ? » demanda Tony qui se prenait au jeu<br />
« Non : les Templiers sont des gardiens du culte, ça serait le déshonneur d’utiliser une magie basé sur des Dieux antiques. Cependant ils devaient agir pour empêcher le Cercle de Pierre, et par extension les Francs maçon, de gagner en puissance »<br />
<br />
Abasourdi par ses révélations, Tony prit un instant de réflexion.<br />
<br />
« Mais au final : ils voulaient quoi les mecs du Cercle ? » demanda il dans un éclair de lucidité<br />
« Le pouvoir absolu : celui de contrôler Paris à l’aide de leur réseau qui aurait été en place dans chaque point de la capitale. C’était plutôt un bon plan avant que les Templiers ne leurs fassent un sort »<br />
« Ok… mettons que votre histoire soit vraie : ça ne me dit toujours pas le rapport avec moi ? et vous, vous êtes qui dans cette histoire ? »<br />
<br />
L’homme esquissa un petit sourire<br />
<br />
« Voila… LA tu te pose les bonnes question Tony. En ce qui me concerne : je suis un membre du Cercle de pierre… »<br />
<br />
Et comme pour appuyer ses propos, il remonta la manche de sa veste pour laisser paraître sur son avant bras un tatouage : un Ouroboros.<br />
<br />
« Les Templiers ont beau avoir la puissance du Vatican avec eux, il ne faut pas sous estimer le réseau des Francs Maçons…. »<br />
<br />
Tony contempla le tatouage avec un frisson d’excitation teinté de crainte. La ça devenait VRAIMENT bizarre.<br />
<br />
« Les membres du Cercle on put limiter la casse et faire croire au Templier que l’affaire avait été bouclé. Y’a rien de plus simple que de manipuler ces fanatiques croit moi… Toujours est il que nous avons maintenu le glyphe en état, attendant la bonne occasion de le mettre en marche. Des centaines de membres du Cercle sont devenu cheminot ou simple agent dans le métro. Le but c’était que quoi qu’il arrive le Glyphe soit discrètement remit en état de marche sans attirer à nouveau l’attention des Templier. Et ça à fini par arrivé. Très exactement le 27 octobre 1985. Ce jour la petit, le Cercle à venger l’affront causé par les Templiers… du moins on le croyait… »<br />
<br />
« Qu’est ce qui s’est passé ? »<br />
« Les pouvoirs retenue par le glyphe ont convergé en un point précis du réseau, plus précisement un train grand ligne qui arrivait à la gare de Lyon. Ce jour là toute la gare s’est retrouvé sans electricité pendant près de 2h. Tout le monde à cru à une simple panne, mais la réalité était toute autre… »<br />
<br />
Tony commençait à deviner la suite.<br />
<br />
En 1985, sa mère arrivait de province pour s’installer vivre à Paris. Elle avait été recue à un concours administratif, et elle allait commencer dans les jours qui arrivait une carrière dans ce qu’on appeleait à l’époque les PTT. Tony se rappela alors l’histoire de cette arrivée qu’elle lui avait souvent raconter. Ce jour là, à peine son train fut il arrivé à quai que toute la gare se retrouva plongé dans le noir. Le portes étaient restées bloquées, et il fallut attendre presque une demi heure pour que les agents de la SNCF les déverrouilles. Et pendant cette attente, elle fit la connaissance d’un jeune militaire qui revenait de permission, et qui deviendrait des années plus tard son mari.<br />
<br />
« Les gens présent dans ce train on tous subit l’influence du glyphe. Le Cercle à tout mis en oeuvre pour les identifier, en ce servant des registres des passagers, et par le biais de tout le réseau d’information des Francs Maçons. Nous avons même pactiser avec les Illuminatis pour obtenir des informations. Lorsque tous ces gens ont été retrouvé, nous avons mis en place des unités de surveillance afin de constaté les effets. Durant des semaines, rien n’a semblé se passer. Et puis elle est arrivée… »<br />
<br />
L’homme essaya de tirer une bouffé de sa pipe, mais celle ci c’était éteinte, aussi entreprit il de la rallumer, toujours avec une allumette.<br />
<br />
« L’une des passagères du train était enceinte de presque 7 mois. Et lorsque sa petite fille est née, nous avons vu pour la première fois le pouvoir du glyphe en action. Ça n’a pas été si évident que ça de prime abord, mais quand on à compris à quoi nous avions à faire, nous avons sut que nous avions réussi… »<br />
<br />
Les morceaux s’imbriquèrent dans la tête de Tony…<br />
<br />
« Les passagers eux même n’avaient pas bénéficier du pouvoir du glyphe, mais leurs enfants par contre… ils ont tous développer des dons. Comme toi Tony. Tu fais parti d’une caste très fermé de gens ayant reçu des Dieux ancien un pouvoir qui te dépasse… »<br />
<br />
Plus que fou… c’était dément, irréel, impossible, totalement insensé, improbable… mais pourtant c’était vrai. Alors qu’il faisait route vers la Fac, Tony comprit qu’il aurait un avant et un après ce jour. Il était un de ses enfants née avec le don. Et pire encore, il le tenait de ces deux parents. Mais alors qu’il était envahi par un flot de question et de doute, une question fusa plus que toute autre.<br />
<br />
« Pourquoi me le dire maintenant ? »<br />
« Parce que la guerre à commencé Tony. Parce qu’il est temps pour toi d’accepter ton Destin »<br />
« Oula… le délire du Destin ça commence à moyen me plaire. Vous pourriez être moins cryptique sans déconner ? »<br />
« ha ha ha… les jeunes vous êtes bien tous les mêmes. Trop impatient, trop impulsif… La vérité Tony c’est que nos anciens ennemis ont fini par découvrir le secret de votre existence »<br />
« quoi ? ça veut dire que je vais me faire courser par des Templiers ? »<br />
« Pas exactement… aussi puissant soient ils, les Templiers ne peuvent rien contre les Héritiers du Cercle… »<br />
« Les Héritiers du Cercle ? c’est le petit nom que vous nous avez donné ? »<br />
« Tout à fait… ça tape hein ? »<br />
« Euh… ouais sans doute… mais allez y continuez… »<br />
« Vos pouvoirs sont sans équivalent, et ils ne peuvent être dompter que par ceux qui ont reçu le don »<br />
« Ouais ouais les Héritiers machin tout ça… va vraiment falloir apprendre à être plus synthétique mon vieux »<br />
<br />
Vexé, les vieil homme grommela dans sa barbe avant de reprendre.<br />
<br />
« Les Templiers se sont donc allié à certains des Héritiers en leurs promettant monts et merveilles. Ce sont tes ennemis Tony. Ils vont te cherche, et tenter de prendre ton pouvoir ! Tu dois te joindre au Cercle, et nous aider a les vaincre avant qu’ils ne gagnent en puissance ! »<br />
« Et pourquoi ça ? » demanda le jeune homme sans sourciller<br />
« Mais… euh… »<br />
« Ah ouais bonjour les arguments : tu m’étonnes que les Templiers aient convaincu les autres de bosser pour eux vu ce que le Cercle propose comme perspective ! »<br />
« Tu n’y es pas Tony ! » répondit le vieil homme paniqué « c’est bien plus compliqué que… »<br />
<br />
« Ouais ouais ouais… bien évidement… blablabla c’est compliqué… blablabla Luke soit un Jedi… nan mais vous prenez vraiment les gens pour des quiches ! »<br />
<br />
Abattu, le vieil homme eteignit sa pipe, la rangea puis le regard triste commença a se lever de son siège. Se sentant un peu coupable, Tony lui attrapa le bras.<br />
<br />
« Attendez… désolé c’est pas cool ce que je vous ai dit… »<br />
« Tu as raison Tony… le Cercle est dépassé… les Templiers offrent de l’argent, des avantages, des postes importants… nous autres, nous sommes de l’ancienne école, nous suivront notre code de l’honneur… »<br />
« Ouais… enfin si j’ai bien compris à la base vous vouliez quand même faire main basse sur Paris alors votre code de l’honneur… mais écoutez c’est pas grave, asseyez vous et parlez moi un peu des autres… et puis un peu de vous aussi je connais même pas votre nom ! »<br />
« Je me nomme… Anselme »<br />
« Ah ouais quand même… »<br />
« … »<br />
« Nan mais Anselme du Cercle de Pierre ça rend bien hein ! faut juste pas oublier le contexte »<br />
« Tu es gentil Tony. Je sais que tu as bon cœur. Depuis le temps que je t’observe j’ai toujours constaté que tu étais un bon garçon. Même la fois ou tu as plier le scooter de… »<br />
« Oula je vous arrête de suite : on va arrêter de parler de moi hein ? »<br />
« Oui tu as raison. Je dois t’informer de ce qui t’attend. Les Metro Men sont tout proche… »<br />
« Laissez moi devinez : les Metro Men c’est l’autre petit nom des Héritiers ? »<br />
« On trouvait ça moderne… »<br />
« Ouais bah c’est surtout très con comme pseudo… »<br />
« Le nom importe peu : ce que tu dois savoir c’est que leurs pouvoirs sont très puissant… »<br />
<br />
Anseleme venait de piquer au vif la curiosité de Tony<br />
<br />
« Puissant… puissant comment ? »<br />
« L’un d’entre eux qui se fait appeler Front Door, a le pouvoir de se trouver toujours en face d’une porte quand le train s’arrête. Il y’a aussi Lay Down qui peut trouver des places assises même lorsque le train est bondé, ou bien Freeway qui peut obtenir tous les billets qu’il veut en touchant une borne… Et puis il y’a Echo qui peut faire passer les messages d’annonce qu’il veut, ou Radar qui peut connaitre la position de tous les trains du réseau à chaque instant. Mais la plus dangereuse c’est sans doute Vigilante, car elle peut invoquer à volonté des agents de sécurité ! »<br />
<br />
Plus que perplexe, Tony regardait Anseleme en cherchant les mots adéquat pour lui répondre.<br />
<br />
« Nan mais sans déconner… si je résume, un groupuscule secret à passé un siècle a construire un artefact magique dissimuler dans le réseau ferroviaire tout ça pour que les descendant d’un groupe de personne totalement aléatoire aient le pouvoir d’arriver à l’heure au travail en ayant une bonne place assise ? »<br />
« Tu simplifie un peu les choses mon garçon…. »<br />
« Nan nan nan je simplifie rien du tout : en fait vous êtes en train de me dire que les Templiers du Vatican vont se faire suer à nous traquer moi et mes semblables juste parce qu’on est capable de faire partir les trains à l’heure ? on parle bien de ce genre de pouvoir ? »<br />
« Tony ! les trains sont un poumon essentiels à l’économie de la région. Sans lui les entreprises devraient s’expatrié de la capitale car personne ne pourrait venir travailler. Le fait de voyager efficacement est indispensable au tourisme, mais c’est aussi important pour que les gens continuent de rêver… »<br />
« Rêver ? du genre « le train est propice a la rêverie ? » nan mais sans déconner Anseleme vous êtes complètement à coté de la plaque. Le train c’est chiant, ça pue, c’est plein de connard et ça coûte ultra cher. Ça ne fait plus rêver personne de traverser paris de part en part en moins d’une demi heure. Votre Cercle de Pierre là, il à fait tout ça pour rien. Les Templiers ils ont l’air aussi cons que vous à essayer de mettre la main la dessus… quoi que non, ils sont certainement plus cons parce que vous au moins vous investissez pas des stocks options là dedans… »<br />
<br />
Cette fois Anselme était au bord des larmes.<br />
<br />
« Euh… je me rends compte que ce que je dis là c’est moche pour vous, parce que visiblement ça fait genre 20 ans que vous campez devant chez mes vieux pour voir ce que je deviendrais. Mais c’est pas grave, vous pouvez toujours vous recycler ! je suis sur que votre Cercle machin chose il propose plein de plan de reconversion pour des agents aussi loyaux que vous ? »<br />
« Tony mon garçon, ma tache devait se finir aujourd’hui quoi qu’il arrive. Je ne peux plus te protéger des Templiers. C’est pour ça que je suis si ému… »<br />
<br />
Anselme sorti son carnet et le tendit à Tony.<br />
<br />
« Il y’a la dedans tout ce que tu dois savoir sur les Metro Men. Leurs noms, leurs photos, leurs pouvoirs, ceux qui nous sont fidèle et ceux qui servent les Templiers. C’est ma modeste contribution dans la guerre qui arrive. J’espère que ça te sera utile »<br />
<br />
Le jeune homme attrapa le carnet. Il était étonnamment lourd malgré sa petite taille, et la patine du cuir laissait deviner que c’était un vieux compagnon pour le vieil homme.<br />
<br />
« Merci Anselme… c’est cool de me donner ça… »<br />
<br />
Le vieil homme donna une tape amicale sur l’épaule du jeune garçon.<br />
<br />
« Il est là ! » dit une voix provenant de derrière.<br />
<br />
Tony pencha la tête et aperçut 3 hommes en tenue noires qui avançait vers eux.<br />
<br />
« Sécurité Ferroviaire ! » dit l’un d’eux tandis que les autres attrapaient Anselme sans ménagement.<br />
<br />
Le vieil homme tentât vainement de se débattre, mais les agents étaient bien plus fort que lui. Tony, pétrifié, assista figé à toute la scène.<br />
<br />
Celui qui semblait être le chef de la petite escouade attrapa sa radio et appela le poste de coordination.<br />
<br />
« Central ? ici l’équipe 7, on à trouvé le dingue qui sillonnait la ligne. Il était en train de discuter avec un jeune homme…. non je crois qu’il va bien… »<br />
<br />
L’homme relâcha le bouton d’appel de sa radio et s’adressa à Tony.<br />
<br />
« Ça va petit ? »<br />
<br />
Tony se contenta de secouer la tête affirmativement. L’agent remit sa radio en marche.<br />
<br />
« ouais il va bien… »<br />
<br />
Parvenant tant bien que mal à sortir de sa torpeur, Tony interpella à son tour l’agent de sécurité.<br />
<br />
« Excusez moi…  c’est quoi ce bordel ! c’est qui ce mec ! »<br />
« T’en fais pas : c’est un dingue qui s’est fait la belle d’un établissement psychiatrique. Il est pas dangereux mais on préfère rester prudent »<br />
<br />
Le train marqua l’arrêt.<br />
<br />
« Allez les mecs c’est notre arrêt » dit le chef d’équipe. « Central, on est à Châtelet, on vous amène le type au PC sécurité. Equipe 7 terminé »<br />
<br />
Anselme avait cesser de se débattre. Il suivait docilement les agents qui le conduisaient vers la sortie. Il adressa un dernier regard à Tony en franchissant le seuil du wagon et murmura quelque chose du bout des lèvres qui semblait être « sois prudent ».<br />
<br />
Les portes se fermèrent, et le train commença a s’animer doucement. C’est alors que Tony remarqua une étrange jeune fille sur le quai qui semblait faire des signes aux agents de sécurités. Les cheveux court, habillée d’un jean troué de partout et d’un sous pull noir et rouge a rayure, elle mâchonnait un chewing gum et semblait maintenant fixer Tony du regard tandis que le train prenait de la vitesse.<br />
<br />
Aussitôt, il ouvrit le carnet d’Anselme et le feuilleta frénétiquement…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « La guerre des métro men »](https://www.wattpad.com/153724196-le-d%C3%A9fi-bradbury-la-guerre-des-m%C3%A9tro-men)<br />
<br />
[suivez moi sur twitter : @flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
<br />
n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
La guerre des métro men<br />
<br />
C’est le matin, et il faut courir. Se doucher en vitesse, s’habiller à moitié sans regarder ce qu’on attrape dans l’armoire, avaler un café et deux tartines, et puis attraper son sac et enfin cavaler jusqu’au train pour aller au boulot. Si cette scène vous est familière, c’est parce que chaque matin cette histoire est la même pour beaucoup d’entre nous.<br />
<br />
Tout comme pour Tony.<br />
<br />
Tony est un jeune homme de 23 ans. Il est étudiant en informatique, et il habite la banlieue parisienne. Chaque matin comme tous les autres, il se douche en vitesse, s’habille à moitié sans regarder ce qu’il attrape dans l’armoire, et avale un café et deux tartines. Mais une fois qu’il à attrapé son sac, c’est d’un pas léger qu’il se rend vers sa station de RER.<br />
<br />
Pardon : de Transilien.<br />
<br />
Tony ne court pas, car il ne rate jamais son train. Lorsqu’il entend les gens se plaindre, que ça soit des retards ou bien carrément des trains supprimé, il ne les comprend pas car jamais une seule fois dans sa vie ce genre de chose n’est arrivé à Tony.<br />
<br />
Et ce matin, comme les autres jours, c’est d’un pas tranquille et calme qu’il marchait vers sa station, son casque planté sur les oreilles. Passant devant une boulangerie il ne résista pas à l’idée de compléter son maigre petit déjeuner par un ou deux croissant, ainsi que par une petite bouteille de jus de fruit.<br />
<br />
Ses emplettes sous le bras, Tony montait les grands escalier menant au quai et s’arrêta quelques instant pour fixer le panneau d’information. Aucun retard à signaler. il descendit l’escalier tout aussi nonchalamment, puis commença à dévorer son croissant. Et a peine se mit il face au quai que le train fit son apparition à l’horizon. Moins d’une minute après, Tony monta à bord, se trouva une place dans le coin réservé situé a l’extrémité du wagon (le carré VIP comme il l’appelait) et entama son jus de fruit et jetant un coup d’oeil distrait par la fenêtre.<br />
<br />
L’homme assit devant lui, un quinquagénaire à l’épaisse barbe noire parsemé de mèches poivres et sels, le dévisageait d’un air inquisiteur. « Encore un vieux con qui à peur des jeunes de couleur » pensa Tony. Il ne se soucia pas bien longtemps du vieux barbu et se remit à rêvasser a la fenêtre. Le train se mit en branle et le claquement des roues sur le rail donna le départ de la mélodie lancinante du chemin de fer.<br />
<br />
Tony adorait prendre le train : c’était pratique, reposant et surtout rapide.<br />
<br />
L’homme assit en face était toujours en train de fixer Tony. Il se pencha vers lui, passa la main dans sa barbe puis l’interpella sans ménagement :<br />
<br />
« Encore une fois pile à l’heure pas vrai Tony ? »<br />
<br />
Le jeune homme fut interloqué. Comment connaissait-il son nom ?<br />
<br />
« Ça t’étonnes que je sache ça pas vrai ? »<br />
« Que vous sachiez quoi ? et vous êtes qui ? On se connait ? »<br />
« Moi en tout cas je te connais Tony… voila des années que je t’observes. Depuis le premier jour ou tu as prit le train pour aller à Chatelet les halles. Tu te rappelles de ce jour ? »<br />
« Quoi ? mais je devais avoir 10 ans à l’époque ! putain vous êtes quel genre de taré ? »<br />
« Calme toi fils… je ne suis pas ton ennemi »<br />
<br />
L’homme tira de son manteau un petit carnet en cuir usé et l’ouvrit en dénouant le petit lacet enroulé autour de la couverture et noué sur le fermoir en métal planté sur la face du carnet. Il feuilleta les pages et commença à lire.<br />
<br />
« 14 Août 2004, Tony se présente à la station de RER avec sa mère à 9h16. Le train était attendu normalement pour 9h10, mais un problème de fermeture des portes à la station précédente à retardé le train de 6 minutes… »<br />
<br />
L’homme tourna de nouveau les pages de son carnet.<br />
<br />
« 15 Septembre 2006, Tony se présente au métro « Bastille » à 16h36. Le métro devait arrivé à 16h40, mais suite à la suppression du métro précédent, il à été avancé de 4 minutes… »<br />
<br />
L’homme tourna encore les pages…<br />
<br />
« J’en ai des centaines comme ça sur toi petit… »<br />
« Mais enfin c’est quoi ce… »<br />
« Tu as un don Tony… un don rare qui fait de toi quelqu’un de différent »<br />
<br />
Tony n’était pas très à l’aise. Mais l’homme connaissait son secret. Et qui sait, peut être avait il des réponses ? Pour en avoir le cœur net, Tony confessa :<br />
<br />
« D’accord, vous avez dit vrai : depuis tout petit j’ai jamais attendu un seul instant le train. Je sais pas l’expliquer, mais dès que j’arrive dans une gare, une station de métro ou même le funiculaire, et bah sa loupe pas le train qu’il me faut arrive aussitôt. »<br />
<br />
L’homme laissa glisser un sourire au milieu de sa sombre barbe. Cette fois il avait son attention.<br />
<br />
« Vous savez pourquoi ? » demanda le jeune homme « comment ça se fait que j’arrive toujours à avoir un train à toute heure ? »<br />
« Oh ça mon garçon c’est on ne peut plus simple. C’est parce que tu as le don »<br />
« Le don ? »<br />
« Ce que je vais te dire va te sembler dingue, mais d’un autre coté tu as vu suffisamment de fois le train arriver sans explication pour admettre que ce que vais dire est vrai… cette histoire remonte au tout début du 20eme siècle, lors de l’exposition de 1900. A cette époque, Paris est en plein boum et des travaux refaçonnent la capitale. C’est a ce moment là qu’est crée la toute première ligne de métro. »<br />
<br />
L’homme tira de sa poche une magnifique pipe en écume de mer et une blague à tabac.<br />
<br />
« Tu permets ? » demanda t-il à Tony qui acquiesça aussitôt et ouvrit le panneau coulissant de la fenêtre.<br />
<br />
Le vieil homme bourra sa pipe d’un tabac blond au parfum sucré et l’alluma avec une longue allumette en cèdre.<br />
<br />
« Y’a que des barbares qui utilisent un briquet : l’essence marque le goût du tabac et s’imprègne dans chaque bouffée . A ce tarif là autant fumer un paille en plastique. »<br />
<br />
Après une première bouffée qui semblât lui faire l’effet d’un puissant calmant, le vieil homme reprit son récit sous les yeux médusé de Tony.<br />
<br />
« La plupart des documents officiels de l’époque s’accordent pour dire que c’est l’architecte Hector Guimard qui à défini le « style » des premiers métro. Ce que peu de gens savent, c’est que Guimard était en fait membre d’un sous groupe liée aux franc maçon qui s’appelle « le cercle de pierre ». Les membres du cercle était tous ingénieur, architecte, ou savant… et c’était aussi des pratiquants de magie antique »<br />
« De la magie… genre baguette magique, Harry Potter et tout le toutim ? »<br />
« Nan petit… là on parle de quelque chose de beaucoup BEAUCOUP plus élaboré… et de bien plus PUISSANT ! »<br />
<br />
Le vieil homme repris une bouffée de tabac.<br />
<br />
« Les membres du Cercle  voulaient mettre en pratique les enseignements qu’ils avaient retiré du Todtenbuch, un ancien papyrus que les troupes de Napoléon avaient ramené d’Égypte. A l’époque, on ne savait pas exactement de quoi traitait ce papyrus : l’égyptologie n’en était qu’a ces balbutiement. Mais le Cercle était certain que c’était une source formidable de pouvoir… »<br />
<br />
Tony était maintenant captivé par le récit de son étrange interlocuteur.<br />
<br />
« Les membres du cercle de Pierre ont placé secrètement dans toute la structure du métro des signes magiques et des objets rituels. Des années durant ils ont fait en sorte que les travaux transforment le réseau pour correspondre à leurs besoins et ainsi réaliser l’impensable. Le réseau ferroviaire d’île de France n’est n’y plus ni moins qu’un immense catalyseur magique ! un glyphe de 500 Km2 ! »<br />
« C’est… c’est dingue ! mais quel est le rapport avec moi ? pourquoi j’arrive à faire ça ? »<br />
« L’histoire est plus complexe fils… plus tortueuse. Tu te doutes bien que le Cercle de Pierre n’a pas put dissimuler aussi facilement ses plans. Dans le monde occulte il existe d’autres puissances qui tentent de s’accaparer de ce genre de pouvoir. Et l’une de ses grandes puissance, c’est la Grande Chambre des Templier du Vatican. Ces gars là ne rigolent pas avec les magies occultes et les pouvoirs païens. »<br />
<br />
Nouvelle bouffé de tabac.<br />
<br />
« Ils ont découvert les plans du Cercle de Pierre et ont organisé une expédition punitive pour les détruire. Mais voila, leur caste ne pouvait pas attaquer le métro sous peine de révéler au monde leur existence. Ils ont donc éliminé discrètement les membres du Cercle de Pierre, que ça soit par des « accidents » ou bien en les impliquant dans des scandales… y’a plus d’une façon de mettre un homme hors d’état de nuire. Pas toujours besoin d’un flingue… »<br />
<br />
Le vieil homme resta pensif en observant les volutes de fumés bleue opaque qui dansaient avant de s’envoler à travers la fenêtre.<br />
<br />
 « Après ça, les Templier ont pratiquer des rituels de dissipation afin de rendre inefficace les structures magiques »<br />
<br />
« Ils ne les voulaient pas pour eux ? » demanda Tony qui se prenait au jeu<br />
« Non : les Templiers sont des gardiens du culte, ça serait le déshonneur d’utiliser une magie basé sur des Dieux antiques. Cependant ils devaient agir pour empêcher le Cercle de Pierre, et par extension les Francs maçon, de gagner en puissance »<br />
<br />
Abasourdi par ses révélations, Tony prit un instant de réflexion.<br />
<br />
« Mais au final : ils voulaient quoi les mecs du Cercle ? » demanda il dans un éclair de lucidité<br />
« Le pouvoir absolu : celui de contrôler Paris à l’aide de leur réseau qui aurait été en place dans chaque point de la capitale. C’était plutôt un bon plan avant que les Templiers ne leurs fassent un sort »<br />
« Ok… mettons que votre histoire soit vraie : ça ne me dit toujours pas le rapport avec moi ? et vous, vous êtes qui dans cette histoire ? »<br />
<br />
L’homme esquissa un petit sourire<br />
<br />
« Voila… LA tu te pose les bonnes question Tony. En ce qui me concerne : je suis un membre du Cercle de pierre… »<br />
<br />
Et comme pour appuyer ses propos, il remonta la manche de sa veste pour laisser paraître sur son avant bras un tatouage : un Ouroboros.<br />
<br />
« Les Templiers ont beau avoir la puissance du Vatican avec eux, il ne faut pas sous estimer le réseau des Francs Maçons…. »<br />
<br />
Tony contempla le tatouage avec un frisson d’excitation teinté de crainte. La ça devenait VRAIMENT bizarre.<br />
<br />
« Les membres du Cercle on put limiter la casse et faire croire au Templier que l’affaire avait été bouclé. Y’a rien de plus simple que de manipuler ces fanatiques croit moi… Toujours est il que nous avons maintenu le glyphe en état, attendant la bonne occasion de le mettre en marche. Des centaines de membres du Cercle sont devenu cheminot ou simple agent dans le métro. Le but c’était que quoi qu’il arrive le Glyphe soit discrètement remit en état de marche sans attirer à nouveau l’attention des Templier. Et ça à fini par arrivé. Très exactement le 27 octobre 1985. Ce jour la petit, le Cercle à venger l’affront causé par les Templiers… du moins on le croyait… »<br />
<br />
« Qu’est ce qui s’est passé ? »<br />
« Les pouvoirs retenue par le glyphe ont convergé en un point précis du réseau, plus précisement un train grand ligne qui arrivait à la gare de Lyon. Ce jour là toute la gare s’est retrouvé sans electricité pendant près de 2h. Tout le monde à cru à une simple panne, mais la réalité était toute autre… »<br />
<br />
Tony commençait à deviner la suite.<br />
<br />
En 1985, sa mère arrivait de province pour s’installer vivre à Paris. Elle avait été recue à un concours administratif, et elle allait commencer dans les jours qui arrivait une carrière dans ce qu’on appeleait à l’époque les PTT. Tony se rappela alors l’histoire de cette arrivée qu’elle lui avait souvent raconter. Ce jour là, à peine son train fut il arrivé à quai que toute la gare se retrouva plongé dans le noir. Le portes étaient restées bloquées, et il fallut attendre presque une demi heure pour que les agents de la SNCF les déverrouilles. Et pendant cette attente, elle fit la connaissance d’un jeune militaire qui revenait de permission, et qui deviendrait des années plus tard son mari.<br />
<br />
« Les gens présent dans ce train on tous subit l’influence du glyphe. Le Cercle à tout mis en oeuvre pour les identifier, en ce servant des registres des passagers, et par le biais de tout le réseau d’information des Francs Maçons. Nous avons même pactiser avec les Illuminatis pour obtenir des informations. Lorsque tous ces gens ont été retrouvé, nous avons mis en place des unités de surveillance afin de constaté les effets. Durant des semaines, rien n’a semblé se passer. Et puis elle est arrivée… »<br />
<br />
L’homme essaya de tirer une bouffé de sa pipe, mais celle ci c’était éteinte, aussi entreprit il de la rallumer, toujours avec une allumette.<br />
<br />
« L’une des passagères du train était enceinte de presque 7 mois. Et lorsque sa petite fille est née, nous avons vu pour la première fois le pouvoir du glyphe en action. Ça n’a pas été si évident que ça de prime abord, mais quand on à compris à quoi nous avions à faire, nous avons sut que nous avions réussi… »<br />
<br />
Les morceaux s’imbriquèrent dans la tête de Tony…<br />
<br />
« Les passagers eux même n’avaient pas bénéficier du pouvoir du glyphe, mais leurs enfants par contre… ils ont tous développer des dons. Comme toi Tony. Tu fais parti d’une caste très fermé de gens ayant reçu des Dieux ancien un pouvoir qui te dépasse… »<br />
<br />
Plus que fou… c’était dément, irréel, impossible, totalement insensé, improbable… mais pourtant c’était vrai. Alors qu’il faisait route vers la Fac, Tony comprit qu’il aurait un avant et un après ce jour. Il était un de ses enfants née avec le don. Et pire encore, il le tenait de ces deux parents. Mais alors qu’il était envahi par un flot de question et de doute, une question fusa plus que toute autre.<br />
<br />
« Pourquoi me le dire maintenant ? »<br />
« Parce que la guerre à commencé Tony. Parce qu’il est temps pour toi d’accepter ton Destin »<br />
« Oula… le délire du Destin ça commence à moyen me plaire. Vous pourriez être moins cryptique sans déconner ? »<br />
« ha ha ha… les jeunes vous êtes bien tous les mêmes. Trop impatient, trop impulsif… La vérité Tony c’est que nos anciens ennemis ont fini par découvrir le secret de votre existence »<br />
« quoi ? ça veut dire que je vais me faire courser par des Templiers ? »<br />
« Pas exactement… aussi puissant soient ils, les Templiers ne peuvent rien contre les Héritiers du Cercle… »<br />
« Les Héritiers du Cercle ? c’est le petit nom que vous nous avez donné ? »<br />
« Tout à fait… ça tape hein ? »<br />
« Euh… ouais sans doute… mais allez y continuez… »<br />
« Vos pouvoirs sont sans équivalent, et ils ne peuvent être dompter que par ceux qui ont reçu le don »<br />
« Ouais ouais les Héritiers machin tout ça… va vraiment falloir apprendre à être plus synthétique mon vieux »<br />
<br />
Vexé, les vieil homme grommela dans sa barbe avant de reprendre.<br />
<br />
« Les Templiers se sont donc allié à certains des Héritiers en leurs promettant monts et merveilles. Ce sont tes ennemis Tony. Ils vont te cherche, et tenter de prendre ton pouvoir ! Tu dois te joindre au Cercle, et nous aider a les vaincre avant qu’ils ne gagnent en puissance ! »<br />
« Et pourquoi ça ? » demanda le jeune homme sans sourciller<br />
« Mais… euh… »<br />
« Ah ouais bonjour les arguments : tu m’étonnes que les Templiers aient convaincu les autres de bosser pour eux vu ce que le Cercle propose comme perspective ! »<br />
« Tu n’y es pas Tony ! » répondit le vieil homme paniqué « c’est bien plus compliqué que… »<br />
<br />
« Ouais ouais ouais… bien évidement… blablabla c’est compliqué… blablabla Luke soit un Jedi… nan mais vous prenez vraiment les gens pour des quiches ! »<br />
<br />
Abattu, le vieil homme eteignit sa pipe, la rangea puis le regard triste commença a se lever de son siège. Se sentant un peu coupable, Tony lui attrapa le bras.<br />
<br />
« Attendez… désolé c’est pas cool ce que je vous ai dit… »<br />
« Tu as raison Tony… le Cercle est dépassé… les Templiers offrent de l’argent, des avantages, des postes importants… nous autres, nous sommes de l’ancienne école, nous suivront notre code de l’honneur… »<br />
« Ouais… enfin si j’ai bien compris à la base vous vouliez quand même faire main basse sur Paris alors votre code de l’honneur… mais écoutez c’est pas grave, asseyez vous et parlez moi un peu des autres… et puis un peu de vous aussi je connais même pas votre nom ! »<br />
« Je me nomme… Anselme »<br />
« Ah ouais quand même… »<br />
« … »<br />
« Nan mais Anselme du Cercle de Pierre ça rend bien hein ! faut juste pas oublier le contexte »<br />
« Tu es gentil Tony. Je sais que tu as bon cœur. Depuis le temps que je t’observe j’ai toujours constaté que tu étais un bon garçon. Même la fois ou tu as plier le scooter de… »<br />
« Oula je vous arrête de suite : on va arrêter de parler de moi hein ? »<br />
« Oui tu as raison. Je dois t’informer de ce qui t’attend. Les Metro Men sont tout proche… »<br />
« Laissez moi devinez : les Metro Men c’est l’autre petit nom des Héritiers ? »<br />
« On trouvait ça moderne… »<br />
« Ouais bah c’est surtout très con comme pseudo… »<br />
« Le nom importe peu : ce que tu dois savoir c’est que leurs pouvoirs sont très puissant… »<br />
<br />
Anseleme venait de piquer au vif la curiosité de Tony<br />
<br />
« Puissant… puissant comment ? »<br />
« L’un d’entre eux qui se fait appeler Front Door, a le pouvoir de se trouver toujours en face d’une porte quand le train s’arrête. Il y’a aussi Lay Down qui peut trouver des places assises même lorsque le train est bondé, ou bien Freeway qui peut obtenir tous les billets qu’il veut en touchant une borne… Et puis il y’a Echo qui peut faire passer les messages d’annonce qu’il veut, ou Radar qui peut connaitre la position de tous les trains du réseau à chaque instant. Mais la plus dangereuse c’est sans doute Vigilante, car elle peut invoquer à volonté des agents de sécurité ! »<br />
<br />
Plus que perplexe, Tony regardait Anseleme en cherchant les mots adéquat pour lui répondre.<br />
<br />
« Nan mais sans déconner… si je résume, un groupuscule secret à passé un siècle a construire un artefact magique dissimuler dans le réseau ferroviaire tout ça pour que les descendant d’un groupe de personne totalement aléatoire aient le pouvoir d’arriver à l’heure au travail en ayant une bonne place assise ? »<br />
« Tu simplifie un peu les choses mon garçon…. »<br />
« Nan nan nan je simplifie rien du tout : en fait vous êtes en train de me dire que les Templiers du Vatican vont se faire suer à nous traquer moi et mes semblables juste parce qu’on est capable de faire partir les trains à l’heure ? on parle bien de ce genre de pouvoir ? »<br />
« Tony ! les trains sont un poumon essentiels à l’économie de la région. Sans lui les entreprises devraient s’expatrié de la capitale car personne ne pourrait venir travailler. Le fait de voyager efficacement est indispensable au tourisme, mais c’est aussi important pour que les gens continuent de rêver… »<br />
« Rêver ? du genre « le train est propice a la rêverie ? » nan mais sans déconner Anseleme vous êtes complètement à coté de la plaque. Le train c’est chiant, ça pue, c’est plein de connard et ça coûte ultra cher. Ça ne fait plus rêver personne de traverser paris de part en part en moins d’une demi heure. Votre Cercle de Pierre là, il à fait tout ça pour rien. Les Templiers ils ont l’air aussi cons que vous à essayer de mettre la main la dessus… quoi que non, ils sont certainement plus cons parce que vous au moins vous investissez pas des stocks options là dedans… »<br />
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Cette fois Anselme était au bord des larmes.<br />
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« Euh… je me rends compte que ce que je dis là c’est moche pour vous, parce que visiblement ça fait genre 20 ans que vous campez devant chez mes vieux pour voir ce que je deviendrais. Mais c’est pas grave, vous pouvez toujours vous recycler ! je suis sur que votre Cercle machin chose il propose plein de plan de reconversion pour des agents aussi loyaux que vous ? »<br />
« Tony mon garçon, ma tache devait se finir aujourd’hui quoi qu’il arrive. Je ne peux plus te protéger des Templiers. C’est pour ça que je suis si ému… »<br />
<br />
Anselme sorti son carnet et le tendit à Tony.<br />
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« Il y’a la dedans tout ce que tu dois savoir sur les Metro Men. Leurs noms, leurs photos, leurs pouvoirs, ceux qui nous sont fidèle et ceux qui servent les Templiers. C’est ma modeste contribution dans la guerre qui arrive. J’espère que ça te sera utile »<br />
<br />
Le jeune homme attrapa le carnet. Il était étonnamment lourd malgré sa petite taille, et la patine du cuir laissait deviner que c’était un vieux compagnon pour le vieil homme.<br />
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« Merci Anselme… c’est cool de me donner ça… »<br />
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Le vieil homme donna une tape amicale sur l’épaule du jeune garçon.<br />
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« Il est là ! » dit une voix provenant de derrière.<br />
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Tony pencha la tête et aperçut 3 hommes en tenue noires qui avançait vers eux.<br />
<br />
« Sécurité Ferroviaire ! » dit l’un d’eux tandis que les autres attrapaient Anselme sans ménagement.<br />
<br />
Le vieil homme tentât vainement de se débattre, mais les agents étaient bien plus fort que lui. Tony, pétrifié, assista figé à toute la scène.<br />
<br />
Celui qui semblait être le chef de la petite escouade attrapa sa radio et appela le poste de coordination.<br />
<br />
« Central ? ici l’équipe 7, on à trouvé le dingue qui sillonnait la ligne. Il était en train de discuter avec un jeune homme…. non je crois qu’il va bien… »<br />
<br />
L’homme relâcha le bouton d’appel de sa radio et s’adressa à Tony.<br />
<br />
« Ça va petit ? »<br />
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Tony se contenta de secouer la tête affirmativement. L’agent remit sa radio en marche.<br />
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« ouais il va bien… »<br />
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Parvenant tant bien que mal à sortir de sa torpeur, Tony interpella à son tour l’agent de sécurité.<br />
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« Excusez moi…  c’est quoi ce bordel ! c’est qui ce mec ! »<br />
« T’en fais pas : c’est un dingue qui s’est fait la belle d’un établissement psychiatrique. Il est pas dangereux mais on préfère rester prudent »<br />
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Le train marqua l’arrêt.<br />
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« Allez les mecs c’est notre arrêt » dit le chef d’équipe. « Central, on est à Châtelet, on vous amène le type au PC sécurité. Equipe 7 terminé »<br />
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Anselme avait cesser de se débattre. Il suivait docilement les agents qui le conduisaient vers la sortie. Il adressa un dernier regard à Tony en franchissant le seuil du wagon et murmura quelque chose du bout des lèvres qui semblait être « sois prudent ».<br />
<br />
Les portes se fermèrent, et le train commença a s’animer doucement. C’est alors que Tony remarqua une étrange jeune fille sur le quai qui semblait faire des signes aux agents de sécurités. Les cheveux court, habillée d’un jean troué de partout et d’un sous pull noir et rouge a rayure, elle mâchonnait un chewing gum et semblait maintenant fixer Tony du regard tandis que le train prenait de la vitesse.<br />
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Aussitôt, il ouvrit le carnet d’Anselme et le feuilleta frénétiquement…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « La guerre des métro men »](https://www.wattpad.com/153724196-le-d%C3%A9fi-bradbury-la-guerre-des-m%C3%A9tro-men)

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La guerre des métro men

C’est le matin, et il faut courir. Se doucher en vitesse, s’habiller à moitié sans regarder ce qu’on attrape dans l’armoire, avaler un café et deux tartines, et puis attraper son sac et enfin cavaler jusqu’au train pour aller au boulot. Si cette scène vous est familière, c’est parce que chaque matin cette histoire est la même pour beaucoup d’entre nous.

Tout comme pour Tony.

Tony est un jeune homme de 23 ans. Il est étudiant en informatique, et il habite la banlieue parisienne. Chaque matin comme tous les autres, il se douche en vitesse, s’habille à moitié sans regarder ce qu’il attrape dans l’armoire, et avale un café et deux tartines. Mais une fois qu’il à attrapé son sac, c’est d’un pas léger qu’il se rend vers sa station de RER.

Pardon : de Transilien.

Tony ne court pas, car il ne rate jamais son train. Lorsqu’il entend les gens se plaindre, que ça soit des retards ou bien carrément des trains supprimé, il ne les comprend pas car jamais une seule fois dans sa vie ce genre de chose n’est arrivé à Tony.

Et ce matin, comme les autres jours, c’est d’un pas tranquille et calme qu’il marchait vers sa station, son casque planté sur les oreilles. Passant devant une boulangerie il ne résista pas à l’idée de compléter son maigre petit déjeuner par un ou deux croissant, ainsi que par une petite bouteille de jus de fruit.

Ses emplettes sous le bras, Tony montait les grands escalier menant au quai et s’arrêta quelques instant pour fixer le panneau d’information. Aucun retard à signaler. il descendit l’escalier tout aussi nonchalamment, puis commença à dévorer son croissant. Et a peine se mit il face au quai que le train fit son apparition à l’horizon. Moins d’une minute après, Tony monta à bord, se trouva une place dans le coin réservé situé a l’extrémité du wagon (le carré VIP comme il l’appelait) et entama son jus de fruit et jetant un coup d’oeil distrait par la fenêtre.

L’homme assit devant lui, un quinquagénaire à l’épaisse barbe noire parsemé de mèches poivres et sels, le dévisageait d’un air inquisiteur. « Encore un vieux con qui à peur des jeunes de couleur » pensa Tony. Il ne se soucia pas bien longtemps du vieux barbu et se remit à rêvasser a la fenêtre. Le train se mit en branle et le claquement des roues sur le rail donna le départ de la mélodie lancinante du chemin de fer.

Tony adorait prendre le train : c’était pratique, reposant et surtout rapide.

L’homme assit en face était toujours en train de fixer Tony. Il se pencha vers lui, passa la main dans sa barbe puis l’interpella sans ménagement :

« Encore une fois pile à l’heure pas vrai Tony ? »

Le jeune homme fut interloqué. Comment connaissait-il son nom ?

« Ça t’étonnes que je sache ça pas vrai ? »
« Que vous sachiez quoi ? et vous êtes qui ? On se connait ? »
« Moi en tout cas je te connais Tony… voila des années que je t’observes. Depuis le premier jour ou tu as prit le train pour aller à Chatelet les halles. Tu te rappelles de ce jour ? »
« Quoi ? mais je devais avoir 10 ans à l’époque ! putain vous êtes quel genre de taré ? »
« Calme toi fils… je ne suis pas ton ennemi »

L’homme tira de son manteau un petit carnet en cuir usé et l’ouvrit en dénouant le petit lacet enroulé autour de la couverture et noué sur le fermoir en métal planté sur la face du carnet. Il feuilleta les pages et commença à lire.

« 14 Août 2004, Tony se présente à la station de RER avec sa mère à 9h16. Le train était attendu normalement pour 9h10, mais un problème de fe]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 09 Aug 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-08-09T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 2 : Axis #DéfiBradbury]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-2-axis-defibradbury-top-five/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Axis »](https://www.wattpad.com/153097973-le-d%C3%A9fi-bradbury-axis)<br />
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Axis<br />
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Devant le miroir de la salle de bain, il y’a mon reflet. On me dit toujours que c’est une image qui vaut de l’or. Le tarif précis serait de 40 000 dollars le shooting selon mon agent. Des lèvres fines, de grands yeux verts et scintillants, une longue chevelure rousse, des traits ronds et harmonieux et puis surtout une silhouette parfaite.<br />
<br />
Dans le milieu où j’évolue, la perfection n’est pas un terme abscons ou un vœu pieux. C’est une cotation très précise du rapport hauteur largeur de chaque centimètres de mon corps. La taille de mes hanches, l’écart entre mes cuisses, l’angle formé par la cambrure de mon dos, tout cela est mesuré, paramétré et si possible optimisé comme si j’étais un projet d’engin supersonique.<br />
<br />
On rehausse mon profil aérodynamique. On me donne une meilleure pénétration dans l’air et dans les rétines de tous les types qui reluquent mes photos, dans le but de leur faire acheter ce avec quoi on me fait poser.<br />
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Ces produits n’ont pas l’once d’un rapport avec la brillance de mes cheveux ou l’éclat magnifié par une visite chez le dentiste par trimestre de mes dents, mais si on me voit sur l’affiche porter à ma bouche une bouteille de soda, elle se vendra 12% de plus. 15% si je mets la langue.<br />
<br />
Ça fait 16 ans que je suis dans le business, et ça fait 16 ans que ce reflet, là, dans le miroir embrumé par la buée de la salle de bain, 16 ans que c’est mon gagne-pain. Sauf qu’a 31 ans je commence déjà à ne plus être dans la course. Parce que ma perfection définie par des calculs savants et des études de marché poussées, entretenue à coup de régimes, de séances de fitness et de crèmes de soin hors de prix importées de France, elle commence franchement à atteindre ses limites. Et puis les gens se lassent. Ils m’ont déjà vu dans toutes les positions, portant toutes les tenues possibles, de la petite marinière bleue et orange au pantalon de cuir ultra moulant ayant nécessité l’intervention musclée de deux assistantes pour que je rentre dedans.<br />
<br />
Plein de types, peut-être des gens que vous connaissez, veulent s’astiquer le manche sur autre chose que la photo plein cadre de mes fesses dans un bikini rouge carmin.<br />
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C’est pour ça qu’aujourd’hui, je tente un coup de poker. Je sais que je peux encore grappiller un peu de gloire à ce milieu. Je sais que les petites poupées russes de douze piges avec des corps mieux foutus que toutes les nanas de 25 ans que vous connaissez, elles n’ont pas encore réussi à me mettre sur la touche.<br />
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Je peux encore briller, encore être belle.<br />
<br />
Je finis de m’habiller en me lançant des regards dans la glace. C’est drôle… mais j’ai l’impression que je me fais des reproches. Je laisse de côté mon téléphone, mes écouteurs et tous les petits gadgets avec lesquels j’aime m’empoisonner la vie. Je ne prends ni ma tablette ni mon kit de maquillage de secours et encore moins mon sac. Aujourd’hui je veux être juste seule avec moi même, sans rien qui me rappelle le boulot. Et comme chacun de ces trucs m’a été refilé par un client après un shooting, il est clair qu’ils n’ont pas de raison de me suivre.<br />
<br />
Le téléphone, j’avais dû le coller dans mon décolleté puis le caresser le long de ma jambe nue. « C’est arty ! » me disait le photographe tout en laissant son appareil photo numérique mitrailler la scène et en avalant des litres de RedBull sans même prendre le soin d’étalonner sa lumière.<br />
<br />
Pour les écouteurs, on avait pris pour cadre un décor urbain « très streetwear » comme disait l’opérateur lumière. La photo était magnifique : il avait moi, en premier plan, cadrée à la taille, portant juste une chemise en jeans bleue pétrole ouverte de haut en bas laissant voir mes seins juste ce qu’il faut pour que ça soit accepté par l’annonceur (comprenez : sans qu’on voit de téton). La texture de ma peau avait eu très peu besoin de retouche, et j’étais plutôt fière de l’effet que donnait la petite courbe qui marquait le début de mes hanches. Derrière moi, il y’avait un mur de briques rouges avec un tag démentiel fait par un artiste de rue « très tendance » comme m’avait expliqué le photographe. Le grapheur était un type doué dont on n’avait jamais trop su qui il était réellement. « C’était peut-être une nana ?» avait je dis avant de me voir répondre par le chargé de projet « non : c’est trop masculin comme approche, trop phallique ».<br />
<br />
Alors il y’avait moi, et le mur et bien sur les écouteurs, des intra-auriculaire quasiment impossible à distinguer au milieu de ma chevelure rousse. Et pour finir, il y’avait le logo et le slogan qui disait « le son mis à nu ». Le chargé de projet de l’agence de pub qui était là pour superviser le shooting m’avait expliqué que c’était un slogan « qui va au bout de l’idée ». Je ne vois toujours pas en quoi laisser entrevoir mes seins pouvait mettre en avant le rendu optimal des médiums que proposaient ces écouteurs, mais bon je ne suis pas experte en la matière.<br />
<br />
Mon boulot c’est de faire passer une émotion, pas de m’assurer qu’elle soit crédible ou appropriée.<br />
<br />
Je descends les marches de l’escalier en quatrième vitesse. J’habite au 6eme étage, et prendre l’escalier me permet d’économiser une séance de squat. A chaque marche je fais très attention à ma posture et à bien distribuer l’effort. Je garde les bras le long du corps. Bien entendu interdit de s’appuyer sur la rambarde. Ça sera la même chose tout à l’heure, mais cette fois en remontant, deux marches à la fois.<br />
<br />
En bas, juste devant le hall, m’attend la voiture de l’agence. Il n’y a qu’eux qui soient au courant de ce que je vais faire. Il faut dire que dans la famille, ils ont déjà du mal avec le fait que je vende mon image et que je fasse des pubs où j’ai une trace blanche de yaourt au coin de la bouche placée de façon stratégique histoire d’avoir un look « porno chic » comme disait la maquilleuse.<br />
<br />
En fait ce n’est pas du lait ou du yaourt, mais une préparation digne d’un glaçage pour pièce montée. La maquilleuse prépare cette mixture quelques minutes avant le shooting, puis me l’applique avec précision en ce servant d’un petit pinceau. Elle utilise quelques photos d’un magazine de cul pour avoir une référence, compare, puis une fois satisfaite m’annonce que je suis prête. Mais il faut faire vite parce que d’ici quinze minutes grand maximum, la mixture sous l’action de la chaleur des projecteurs, va se mettre à jaunir puis à durcir et finalement par se craqueler comme du sucre cristallisé.<br />
<br />
Au final, il n’y à clairement pas de quoi faire la fierté de ses parents lorsqu’on est bombardé sur tous les bus avec l’air d’avoir taillé une pipe deux secondes avant.<br />
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La voiture roule à allure constante et je vois le paysage qui défile sans vraiment m’y attarder. Autour de moi je ne vois pas des affiches, mais pleins de gens que je connais. Pub pour une voiture : c’est Alyson, une fille très sympa avec un cul d’enfer. Pub pour un fast food : c’est Jessica, végétarienne qui n’a jamais dû mordre dans un vrai burger de sa vie. Pub pour une banque : c’est Fiona, la plus grande connasse de la profession, mais dont il faut bien avouer que les yeux bleu azur sont capables de vendre à peu près n’importe quoi. Pub pour une salle de fitness : c’est Andrew, un islandais avec un accent trop mignon qui cherche encore l’homme idéal. Pub pour un parfum : c’est Emy dans une pose sexy en diable dont elle seule a le secret.<br />
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Et c’est moi Emy.<br />
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J’ai toujours une drôle d’impression en me voyant sur une affiche. Je n’ai plus l’air humaine : trop belle, trop parfaite, trop maquillée, trop photoshopée. Je sais que je ne suis pas cette image, ou en tout cas pas tout à fait. Et ça me fait mal de me voir ainsi en sachant pertinemment que je ne suis pas réellement cette personne, et pire encore que je le serai encore moins avec le temps qui passe. Ne pas être à la hauteur de mon propre reflet est sans doute ce qui m’incommode le plus. Stephen mon agent le sait très bien.<br />
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Depuis que j’ai commencé, c’est Stephen qui s’occupe de moi. Il y’a bien eu un autre type au début, mais il a été remplacé au bout de 2 semaines suite à une plainte pour harcèlement. Depuis l’agence à revu sa politique et recrute un maximum de gays pour éviter ce genre de problème…<br />
<br />
Stephen gère mon planning, négocie mes contrats, s’assure du bon respect des engagements et me protège des clients. Parce que voyez-vous, les clients qui passent par des agences de pubs se disent que parce qu’on vend notre image, parce qu’on se met nue devant la caméra et qu’on accepte de porter ou de faire à peu près n’importe quoi, et bien ils se disent que ça les autorise à aller plus loin. Ça va du type qui veut mater quand tu te changes à celui plus ambitieux qui essaye de te peloter et plus si affinité. Mais moi avec Stephen je n’ai jamais ce genre de problème. Il est du genre protecteur, et l’agence met un point d’honneur à ce que les filles soient respectées.<br />
<br />
Stephen n’est pas violent, mais ses arguments eux le sont. Tout client trop entreprenant ne se voit pas menacer d’un banal procès, mais plutôt d’une publicité calamiteuse de la part de l’agence. Ils savent que ça leur coûterait bien plus cher que tous les procès qu’on pourrait leur faire, d’autant plus que la plus part de ces mecs sont mariés.<br />
<br />
C’est ce que Stephen appelle « l’équilibre PAR la terreur »…<br />
<br />
Stephen s’assure en permanence que je sois bien. Il a toujours des bouteilles d’eau de ma marque préférée dans son coffre, dans une glacière spéciale qui les garde fraîches juste ce qu’il faut. Il a aussi un grand sac avec des affaires, comme des petits chaussons pour que je puisse me mettre à l’aise entre deux shoot sur des talons hauts. Aussitôt une séance finie, il m’apporte des vêtements plus confortables ou au moins un peignoir pour que je ne reste pas en sous vêtement, et de quoi me démaquiller pour ne pas que ma peau s’abîme (sachez le : la maquilleuse ne travaille que dans un seul sens). Il s’occupe de mon pressing et connait à la perfection mes mensurations s’il y’a besoin de retouches à mes vêtements. D’ailleurs, il à toujours sur lui de quoi repriser.<br />
<br />
Si j’ai besoin d’une course en express, je n’ai qu’un coup de fil à donner et Stephen s’en charge. Malgré tout cela, il est parfois un peu pénible, comme lorsqu’il m’empêche de fumer ou de boire un verre. Il suit mes moindres fait et geste, et tiens l’agence informée constamment. Alors pour qu’il me fiche la paix aujourd’hui, j’ai dû lui promettre d’aller chez Axis avec la voiture de l’agence, et le menacer de refuser la procédure s’il essayait de venir.<br />
<br />
La voiture s’arrête et le chauffeur vient m’ouvrir. L’endroit ressemble à un vieil entrepôt au milieu de nulle part, avec l’autoroute à quelques mètres et des maisons délabrées autour. Un grand champ de tournesols s’étend derrière une petite grille bouffée par la rouille le long du mur Ouest. Dans ce décor étrange, seule une petite pancarte me confirme que je suis bien au bon endroit : il est écrit « Axis Corp » en grosses lettres stylisées et une flèche désigne une direction à suivre le long de l’entrepôt côté ouest. Je m’y dirige aussitôt tandis que le chauffeur s’installe au volant et repart, soulevant la poussière et traçant un épais sillon dans le sol.<br />
<br />
Au bout d’une vingtaine de mètre, j’arrive à l’angle du bâtiment et voit une autre pancarte, cette fois ci planté sur un petit poteau d’à peine un mètre m’indiquant de poursuivre ma route en continuant de longer le mur sur ma droite. Je fais encore 10 mètres, le champ de tournesol sur ma gauche, et j’atteins finalement une porte d’accès avec de grands panneaux en verre fumé. Je pousse la porte et le tintement d’un carillon électronique retenti. L’intérieur n’a aucun rapport avec l’extérieur. Les peintures sont récentes, le sol est propre et joliment tapissé, la décoration est de bon gout, très «Lounge » comme dirait Stephen. Derrière un comptoir en marbre comme ceux des grands hôtels, une jeune femme au sourire éclatant me salue tandis que je me présente à elle. Après avoir vérifié dans son ordinateur, elle me dit que le docteur Karyon m’attend et me conduit à la salle de préparation. Nous suivons des couloirs immaculés décorés de cadres photos représentant de magnifiques paysages en couleurs sursaturées, le genre de chose qui n’existe pas dans la nature, mais qu’on s’imagine comme étant authentique.<br />
<br />
Parce que pour les gens la perfection c’est la norme.<br />
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Nous entrons enfin dans la fameuse salle de préparation et je commence à me sentir nerveuse. Le docteur Karyon, que j’avais déjà vu plusieurs fois auparavant dans son cabinet du centre ville, est assit devant un écran d’ordinateur installé sur un plateau en verre blanc. Il pianote sur un clavier ergonomique tout réajustant ses lunettes à la monture en acier et donne à peine l’air de nous avoir remarquées.<br />
<br />
Il doit avoir facilement cinquante balais. Grand et fin, il porte une blouse blanche avec un col rond ample et fermé presque jusque sous son menton. Il a les traits sec et un sourire flippant. Ses cheveux blancs gris sont rabattu en arrière ce qui lui donne presque un air de rock star. Il perçoit enfin notre présence et se met immédiatement à me dévisager de haut en bas. Sauf qu’il ne le fait pas comme la plupart des hommes a essayer d’imaginer à quoi je ressemble à poil. L’impression qu’il me donne, c’est plutôt qu’il est en train de m’imaginer sur une table d’autopsie.<br />
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Et qu’il adore cette idée.<br />
<br />
Combiné aux odeurs de détergent qui flottent dans l’air, je commence à avoir franchement la nausée. Il finit de manipuler son ordinateur et remercie la fille de l’accueil qui prend aussitôt congé. Il se lève et vient me serrer la main. Les siennes sont étrangement douces, et quand je dis étrange c’est parce que j’imaginais qu’un docteur qui passe sa vie à décaper ses mains aux produits stérilisants avait des mains qui ressemblaient à de la toile émeri.<br />
<br />
Il me dit que je n’ai pas à m’inquiéter, que tout va très bien se passer et que j’ai fait le bon choix. Je n’en suis pas forcément convaincue, mais il n’est plus tellement le temps de revenir en arrière. Il m’explique qu’avant la procédure il va me faire un petit check-up. Il me demande d’enlever mes vêtements ce que je fais sans trop de problème ou de gêne.<br />
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C’est l’avantage de faire mon job.<br />
<br />
Le docteur Karyon m’invite à m’asseoir sur le lit d’examen en cuir marron après avoir déroulé dessus une sorte de feuille de papier, sans doute pour une question d’hygiène. Il place son stéthoscope glacé dans mon dos tandis que je maintiens mes cheveux relevés, et me demande de respirer. Il cale sa main sur mon omoplate gauche, fait glisser le stéthoscope et me redemande de respirer a nouveau. Il prend ensuite ma tension, regarde mes yeux avec une petite lampe, teste mes réflexes en tapant sur mon genou avec un petit marteau à bout pointu, puis termine par un rassurant « tout va bien ». Il retourne s’asseoir à son bureau tandis que moi, en culotte et soutien gorges coordonnés, j’attends assise sans trop savoir quoi faire.<br />
<br />
Et je suis de plus en plus nerveuse.<br />
<br />
Il me dit qu’il a remarqué que j’étais anxieuse à la façon dont mon cœur battait et à ma tension légèrement élevée. Je lui réponds que c’est un peu normal, mais que j’ai l’habitude du stress. Ça a l’air de le faire sourire, mais je ne sais pas trop quoi en penser. Il me fait un dernier rappel de la procédure. Moi je n’ai qu’une envie c’est de lui demander si je peux remettre mes vêtements, mais je n’ose pas l’interrompre.<br />
<br />
« Le dispositif de translation biochimique va permettre un réajustement de votre morphologie et absorber les propriétés d’une autre personne afin de vous les transmettre. De la même manière, cette personne bénéficiera d’une part de votre métabolisme qui lui sera transmise de la même façon…»<br />
<br />
Traduction : on va éliminer de mon organisme les effets de l’age pour les envoyer à quelqu’un qui en à besoin. C’est ça le système Axis : de quoi répartir des caractéristiques entre deux individus<br />
<br />
A l’origine quand on m’a expliqué le principe, j’ai cru qu’on se payait ma tête. Et pourtant… lorsque Tatiana, une autre fille de l’agence est revenue de sa séance de chez Axis, j’ai bien été obligé d’admettre que c’était tout sauf du flan. Le principe était donc d’échanger ce qu’on aime pas chez soi avec quelqu’un qui au contraire le souhaite : couleur de la peau, groupe sanguin, timbre de la voix, certains disent même qu’on pourrait changer de sexe.<br />
<br />
Tatiana s’était une grande perche d’un mètre quatre vingt quinze qui avait du mal avec certains casting pour des défilés. Elle à donc suivit le traitement et à été « recalibré » à un classique mètre quatre vingt. Aucune cicatrice, pas de médoc à prendre par la suite, juste une demi journée de « procédure » et zou, quinze centimètre de retiré tout en gardant parfaitement ses proportions.<br />
<br />
Un vrai petit miracle.<br />
<br />
Karyon continue mais le reste des explications me passent au-dessus de la tête. Que ça soit l’histoire du faisceau de programmation génétique par onde sigma ou bien les perfusions croisées, je n’entends que « blablabla ». Mais soudain Karyon s’arrête et penche la tête, histoire de me faire comprendre que là c’est du sérieux.<br />
<br />
« Emy : vous devez être consciente de tout ce qu’implique la procédure. L’Axis est un échange profond entre vous et une autre personne. »<br />
<br />
Pourquoi il est si sérieux d’un seul coup ?<br />
<br />
Je hoche la tête et réajuste une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je ne sais pas si je l’ai convaincu, mais il me rebalance son sourire flippant. On dirait vraiment qu’il jubile à l’idée de me découper en morceau…<br />
<br />
Il me demande de rester en sous vêtement et m’invite à passer dans la pièce d’à coté qui donne directement sur la salle d’opération. L’endroit est plongé dans la pénombre. On distingue juste deux gigantesques fauteuils dos à dos, faits d’une armature métallique et de gros coussins bleus translucides, chacun surmontés d’une énorme lentille en verre et entouré d’appareils de contrôle et de console de commande en tout genre.<br />
<br />
Karyon m’annonce que c’est le « scorpion », la pièce maîtresse de l’Axis. Il m’invite à m’y installer en faisant bien attention. A peine je me pose dessus que je sens l’épaisse matière plastique du siège se déformer tandis que je m’enfonce dedans. Et il ne s’agit pas de s’asseoir sur une chauffeuse un peu usée, mais véritablement d’être avalé par le fauteuil. Le docteur me dit de ne pas m’inquiéter, que c’est normal, et que ça va me caler pour les douze heures que va durer l’intervention. Sans forcer, il appuie sur mon front pour que je laisse ma tête partir en arrière et être avaler elle aussi. Le plastique est froid et lisse. C’est une sensation qui pourrait être très agréable, mais en l’occurrence je suis surtout horrifiée.<br />
<br />
J’aimerai dire au docteur que l’idée de me faire bouffer par son fauteuil à la con ne m’enchante guerre, mais pour le moment je dois surtout essayer de me calmer tandis que je m’enfonce dans le « scorpion ». Tout mon corps est pris à l’exception de mon visage qui dépasse à peine. Je peux vaguement tourner la tête, mais rien de plus. J’ai la sensation d’être dans un gros marshmallow : je peux faire de très légers mouvements, mais presque aussitôt je suis ramené à ma position initiale.<br />
<br />
J’aurais vraiment dû faire plus attention au « blabla ».<br />
<br />
Le docteur Karyon configure les appareils (du moins je le suppose en le voyant pianoter sur un clavier situé sur le coté) et continue d’essayer de me rassurer.<br />
<br />
« Le plus dur est passé Emy : maintenant que vous êtes calé dans le scorpion, toutes vos constantes biochimique sont sous contrôle. Je vais vous laisser quelques minutes le temps d’aller chercher votre Axis… »<br />
<br />
L’Axis. L’autre, la donneuse, L’être complémentaire si dur à trouver, et qui rend la procédure si particulière. Ça et le fait de devoir être mangée par le fauteuil.<br />
<br />
On ne connait jamais à l’avance qui est notre Axis, ni ces motivations. On sait juste que ce qu’on veut retirer de nous elle le veut. Une fille trop petite veut vos grandes cannes, un mec noir veut avoir votre teint de bidet… ou l’inverse. Parce que finalement dans l’histoire tout est une question de point de vue sur « qui-prend-quoi-a-qui »<br />
<br />
En faisant des recherches sur la procédure Axis, je suis tombé sur une histoire où un type aurait payé 60 000 dollars pour échanger son groupe sanguin avec un autre afin de pouvoir faire un don d’organe à sa femme ou quelque chose dans le genre… et du coup voila que ça me revient, et qu’en pensant à pourquoi moi je veux faire la procédure, je me sens vraiment minable.<br />
<br />
Au bout d’un moment je finis par me sentir à l’aise dans le scorpion. C’est finalement comme un bain de boue en plus high tech : on se force à y entrer, on se sent sale, et puis sans trop qu’on sache pourquoi, on finit par aimer cette sensation. Je me sens flotter, enrobé par un fluide frais et apaisant.<br />
<br />
Il s’écoule une dizaine de minute et finalement j’entends une porte qui s’ouvre derrière moi et la voix de Karyon. Sans doute une autre porte pour éviter que les axis ne se croisent.<br />
<br />
Il s’adresse à quelqu’un d’autre. La voix d’une toute jeune fille lui répond. Elle a l’air timide ou en tout cas aussi impressionnée que j’ai pu l’être. Elle gémit lorsque le scorpion commence à l’engloutir, et je devine que Karyon lui pousse la tête comme il l’a fait avec moi. Il essaye de la rassurer du mieux possible… sans grand succès.<br />
<br />
« Hey ! » dis-je assez fort pour être entendu « T’en fais pas : c’est flippant au début mais au bout d’un moment on y fait plus attention… »<br />
<br />
Je n’entends pas de réponse, mais je pense que mon argument à fait mouche. Karyon passe dans mon champ de vision et se remet à manipuler sa console de commande.<br />
<br />
« Mesdemoiselles, tout est en place. Je vais lancer le dispositif dans quelques instants. La procédure va durer une douzaine d’heure et sera entièrement pilotée depuis notre salle de commande. Vous serez sous monitoring permanent, ainsi si quoi que ce soit devait mal tourner nous pourrions agir dans la seconde… »<br />
<br />
Si Karyon avait un peu plus fréquenté les agences de pub, il aurait sût que même pour annoncer de bonne chose, on n’utilise pas de terme négatif. Dire « pas de problème » c’est quand même utiliser le mot problème. Il lit dans mon regard et semble comprendre, mais comme réponse il se contente de me lancer son sourire flippant.<br />
<br />
Il termine son laïus comme une hôtesse de l’air qui rappelle les consignes de sécurité, puis quitte la pièce par là ou nous étions arrivés. La lentille de verre au dessus du scorpion s’allume et les appareils commencent à faire du bruit. Dans mon dos l’Axis m’appelle.<br />
<br />
« Hey ? vous êtes là ? »<br />
<br />
Bah oui : où tu veux que je sois nunuche ?<br />
<br />
« Je… Je m’appelle Julia… c’est vous mon Axis ? »<br />
<br />
Je me rend compte qu’en fait je n’ai jamais vu les choses ainsi. Pour moi l’Axis c’est l’autre. Je sens une trouille énorme dans la voix de Julia. C’est presque mignon.<br />
<br />
« Salut Julia. Moi c’est Emy… bah oui faut croire que c’est moi ta moitié d’orange »<br />
<br />
« Vous… vous avez une jolie voix… »<br />
<br />
« Merci c’est gentil »<br />
<br />
Je sens que Julia a la trouille et essaye de parler pour se rassurer. Je prends les devant et lui demande franchement si elle à peur.<br />
<br />
« … oui » me répond elle timidement.<br />
<br />
« Ne t’en fais pas : je connais plein de gens qui ont fait la procédure, et ça c’est toujours très bien passé : pourquoi tu es là ? »<br />
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« Je… je risque de mourir »<br />
<br />
Et mer… Je l’avais pas vu venir celle là.<br />
<br />
« Quoi ? »<br />
<br />
« Je suis… »<br />
<br />
Julia bataille pour trouver ces mots. Ou plutôt pour arriver à les prononcer. Mais elle n’y arrive pas. A la place elle fond en larme et sanglote.<br />
<br />
Mon premier réflexe est de me dire que Julia ne tiendrait pas deux secondes à l’agence. J’essaye de la pousser à parler : j’ai pas trop envie que mon Axis fasse une déprime et me la refile.<br />
<br />
« Hey ? raconte moi : qu’est ce qui ne va pas ? »<br />
<br />
« les autres me traitent de monstre… ils disent que c’est ma faute si je suis comme ça… que j’ai que ce que je mérite… »<br />
<br />
Nous restons comme ça dans la pénombre, éclairées seulement par la lumière du scorpion, sans pouvoir s’approcher ou se voir. Je remarque alors qu’un des appareils de contrôle sur le côté indique l’heure. Cela fait bientôt une demi heure que la procédure à commencée.<br />
<br />
Julia à cessé de pleurer, mais je me fais du souci pour elle car elle est totalement silencieuse. J’essaye de l’appeler mais je ne l’entend pas répondre. Une vague de chaleur parcours le scorpion, et le gel dans lequel je flotte commence à tourner au rouge.<br />
<br />
« Pas d’inquiétude » dit une voix dans un haut-parleur « on passe en mode fractionnement aligné »<br />
<br />
Bon… s’il ne faut pas s’inquiéter…<br />
<br />
« Emy ? » dit Julia en sortant de son mutisme<br />
<br />
« Hey : te revoilà ma belle » dis je en essayant de me la jouer relax « tu aurais du me dire que tu sortais faire un tour »<br />
<br />
Je suis vraiment très conne : à tous les coups elle va prendre ça pour un reproche…<br />
<br />
« Je suis désolé pour tout à l’heure… »<br />
<br />
Qu’est ce que je disais.<br />
<br />
« C’est pas facile pour moi » reprend-elle « Mais tu es mon Axis, et ça veut dire que tu es quelqu’un de spécial. Quelqu’un qui peut me comprendre »<br />
<br />
Je ne suis pas sûr d’être à la hauteur des attentes de Julia, mais il y a dans sa voix une tristesse qui fait un drôle d’écho en moi. Peut être qu’elle à raison, et que notre Axis est quelqu’un de spécial.<br />
<br />
«On est là pour un moment ma belle, alors tu peux raconter à Tata Emy tout ce que tu as sur le cœur si ça peut te soulager »<br />
<br />
Elle rit de bon cœur : ça fait plaisir à entendre.<br />
<br />
Le scorpion change encore de couleur et devient jaune soleil : on passe en mode « spectrographie electro ionique »<br />
<br />
Julia me raconte son histoire, celle d’une gamine de 14 ans qui souffre d’anorexie. Elle-même à du mal à donner un nom à sa maladie, mais dans mon milieu c’est le genre de chose qu’on identifie instantanément. Pour son mètre cinquante, Julia pèse tout juste 36 kilos et son physique lui fait horreur. Il lui est pourtant impossible d’avaler le moindre gramme de nourriture. Quand bien même il en va de sa survie, son corps ou son esprit font blocage. Et bien entendu, son entourage en rajoute juste ce qu’il faut pour que la pauvre soit au au bord du désespoir.<br />
<br />
Les gens ne comprennent pas ce que c’est comme souffrance d’avoir cette répulsion, et ils sont très cruel envers celles et ceux qui en sont les victimes. « T’as qu’a manger 3 burgers par jours » ou « bois du soda » combien de fois j’ai entendu ce genre de connerie entre les filles de l’agence ?<br />
<br />
Et forcement Julia est montré du doigt. On la traite de monstre, de folle ou de crâneuse. Oui crâneuse, parce que pour certains petits malins, être en état de malnutrition permanent, souffrir de trouble de croissance et perdre ses cheveux par poignée, c’est juste pour pouvoir raconter partout qu’on s’habille en S et qu’on trouve ça large.<br />
<br />
Elle me raconte que son père, un ingénieur en je ne sais trop quoi, croit qu’elle fait ça pour se rendre intéressante et attirer son attention. Le genre de mec qui à basé ses principes d’éducation sur le résultat d’une recherche Internet. Sa mère, c’est un autre délire : elle lui reproche de faire ça juste « pour plaire aux mec ». Sans doute pense t’elle ça parce que ça doit faire un bail qu’elle ne leur plait plus aux mecs…<br />
<br />
Et plus Julia me raconte son calvaire, plus je me sens mal et coupable. Coupable de mes complexes ridicules, mais aussi coupable de participer aux siens. Parce que même si dans le milieu nous prêchons une alimentation saine, nous avons toutes tendance à sucer des cailloux pour garder la forme. Nous passons des heures et des heures à faire du sport pour façonner cette apparence et nous laissons des roi de la pub clamer partout que nous sommes la norme et que ne pas être comme nous est mal.<br />
<br />
A ma façon, j’ai contribué aux tourments de cette gamine.<br />
<br />
Cela fait maintenant deux heures que nous sommes là. Le scorpion est maintenant vert pomme, et nous sommes en mode « Drainage pulsé du dépôt calcique »<br />
<br />
Julia est en confiance. Elle me dit que ça lui a fait du bien de se confier, de me raconter son malheur. Elle veut maintenant que moi je lui raconte mon histoire.<br />
<br />
J’ai un peu peur de ce qu’elle va penser, parce que moi je ne suis pas là pour assurer ma survie. Je n’ai finalement pas du tout besoin de la procédure Axis, parce que ma vie a été plutôt belle, et parce que j’ai eu la chance d’avoir ce physique. Mais je lui dois d’être honnête. Alors je lui raconte aussi simplement que possible mon parcours.<br />
<br />
A 14 ans j’étais sur une plage de Floride avec ma famille, lorsqu’un photographe à abordé mon père. Il lui a dit que j’étais photogénique, très jolie, et que je pouvais avoir une belle carrière de mannequin. Sauf que mon père, il était pas du genre à voir ça d’un bon œil, et il menacer le photographe de lui casser la gueule s’il s’approchait de moi. Ce dernier m’a tendu sa carte avant de s’en aller, visiblement habitué à ce genre de situation. J’ai supplié mon père de me laisser faire un casting, mais lui ne voulait pas que sa fille devienne un bout de viande qu’on expose. Pour mon age j’étais plutôt mature, et je savais ce que ça pouvait impliquer. Mais je savais aussi ce que j’allais pouvoir en retirer.<br />
<br />
Mon calcul, mon choix.<br />
<br />
Avec le recul je comprends de quoi il avait peur, mais quand bien même : c’était à moi de décider. Alors sous un faux prétexte, je me suis inscrite à un casting, et je suis devenu modèle. La directrice de l’agence, Miss Calloway, avait misé gros sur moi. Elle me disait « Emy, tu seras différente des autres : toi tu seras une égérie ». Est ce parce que j’avais réellement ce truc en plus ou bien parce qu’avec ces relations dans le milieu elle aurait put propulser n’importe quelle fille pas trop moche au top, toujours est il qu’en à peine un an j’étais élu Top modèle de l’année.<br />
<br />
Julia me demande comment a réagi ma famille. Le scorpion passe au violet et on passe en mode « Fluctuation alpha des activateurs de facteur protéiné ». J’essaye d’éluder mais cette fois c’est elle qui me cerne. J’essaye de partir sur autre chose, mais elle est coriace.<br />
<br />
La beauté est l’un des privilèges les plus injustes au monde, et le plus souvent pour l’obtenir il faut simplement se donner la peine de naître. C’est un privilège injuste et cruel envers les autres, et c’est aussi un fardeau à sa façon. Ne plaignez pas trop les jolies filles si vous passez votre temps à vous payer la tête des « moches ». Soyez un peu logique bordel.<br />
<br />
Voila presque 5h qu’on est dans le scorpion, qu’il n’arrête pas de changer de couleur et que personne ne vient. On se fait la conversation, mais je réalise qu’au bout d’un moment on se comprend trop. Elle devine que j’ai largué ma famille comme des malpropres dès lors que je touchais en une séance autant que mon père en une année. Sans doute qu’au fond ce que je ne veux pas lui dire, c’est qu’a cette époque ce que ce boulot m’a apporté c’est l’opportunité d’être une parfaite petite connasse.<br />
<br />
Et j’ai été une belle connasse qui à totalement coupé les ponts avec son ancienne vie. Parce que la nouvelle était plus glamour, plus clinquante, plus électrisante. J’ai voyagé dans plus de 45 pays dans le monde, dormit dans les plus beaux palaces, j’ai été admiré par la terre entière en photo avec un lionceau dans les bras pour une association de défense des animaux, je suis sortie avec des acteurs, des sportifs de haut niveau, à 22 ans j’ai put m’acheter un triplex à Manhattan, mon voisin de palier est un producteur de Broadway…<br />
<br />
Alors pourquoi je voudrais m’encombré de Becky Cuningham, ma meilleure copine au collège ? pourquoi je voudrais retourner vivre dans la maison familiale ou je devais éteindre la télé à 9h précise ? Est ce que j’avais encore ma place au milieu de gens qui regardent le superbowl avachi devant la télé une pizza à porté de main, alors que moi je pouvais être dans la tribune VIP entouré de gens tous plus fascinant les uns que les autres.<br />
<br />
J’épargne cette vérité à Julia, mais ce monde là est un miroir aux alouettes. Et même si le luxe de cette vie est un plaisir incroyable, il coûte très cher à ton karma…<br />
<br />
Julia aurait voulut être modèle, et comme toutes les gamines de son age, elle croit que c’est une sorte de rêve permanent ou tout le monde vous admire et vous aime.<br />
<br />
Ah être aimé, en voila un bel objectif dans la vie.<br />
<br />
Sans surprise, Julia me dit qu’elle n’a jamais eut de petit copain et que bien sur « elle ne l’a jamais fait ». Elle semble admirative quand je lui raconte que le métier m’a tellement coupé du monde que je n’ai vraiment fréquenté un mec (comprenez baisé avec) qu’a 24 ans.<br />
<br />
Nous arrivons à presque 8h de traitement. Le scorpion alterne entre le rouge et le bleu. Nous sommes dans une phase « cycle de thermo consolidation du plasma sanguin ».<br />
<br />
Je réalise qu’on somnole beaucoup, et que le temps glisse bien plus vite qu’on ne le perçoit. les 8h sont passé en un éclair, et le temps que j’y pense l’horloge va bientôt passer la neuvième heure. C’est bientôt la fin, et je me dis que je ne sens pas grand chose de différent. Je demande à Julia :<br />
<br />
« Hey Jul : t’as l’impression que ça marche leur truc ? »<br />
« Je sais pas trop… j’arrive pas à me regarder : ma tête est prise dans cette espèce de matière bizarre. Mais… je me sens bien en tout cas, et je suis certaine que c’est grâce à toi… »<br />
« Ah bon ? pourtant je n’ai rien fait de spécial »<br />
« Bien sur que si… tu as accepté de partager quelque chose avec moi, et tu m’as écouté plus que personne auparavant. Tu es la personne qui va changer ma vie ! »<br />
<br />
L’enthousiasme de cette gamine m’effraye. Parce qu’elle ne réalise pas que même si le traitement marche, sa vie ne sera pas plus simple. Les gens ne seront pas moins des gros cons. Si le traitement la rend jolie, elle aura à faire à tous les mecs qui se moquaient d’elle et qui viendront finalement lui tourner autour. Elle aura droit à la jalousie des copines. Malgré ce qu’on dit personne n’aime les succes story, et le vilain petit canard joue gros à devenir un magnifique cygne. J’ai envie de lui dire tout ça, mais dans ce cas là je serai une pure hypocrite. Parce que finalement dans ce cas qu’est ce que ça va changer pour moi ?<br />
<br />
Je vis dans un monde d’image artificielles, et je suis en train d’en devenir une moi même.<br />
<br />
[b]Axis dernière Partie[/b]<br />
<br />
Le scorpion vire au noir, on est en phase « contrôle du cycle gamma ». J’ai froid, et ma tête tourne. J’essaye de parler mais ça ne sort pas. J’sais pas si ma p’tite Jul est dans le même état. Je l’entends juste respirer fort. La voix dans le haut parleur ne dit rien. Personne ne vient. ça semble si normal.<br />
<br />
Je tourne ma tête vers l’heure : il reste 20 min.<br />
<br />
Lorsque j’ouvre les yeux, la lentille du scorpion n’est plus au dessus de ma tête. Je me sens poisseuse, et j’ai très froid. j’essaie de me redresser mais mes membres sont tétanisés. Au dessus de moi je vois le Dr Karyon. Je prie très fort pour qu’il ne soit pas en train de m’autopsier.<br />
<br />
« Tout va bien Emy, c’est fini, vous êtes en salle de réveil »<br />
<br />
Et effectivement je suis dans une jolie chambre au mur crème avec une télé fixé dessus et une grande fenêtre qui donne sur un petit jardin qui semble avoir été planté au beau milieu du champ de tournesols.<br />
<br />
Le docteur m’examine sans ménagement tandis que mon corps se remet petit à petit à bouger. J’arrive enfin à articuler un son.<br />
<br />
On commencera par « argh »<br />
<br />
Le doc se marre de me voir comme ça. C’est officiel ce type est un sadique. Il m’aide à me redresser puis me fait boire un grand verre d’eau. Il m’explique que la procédure provoque toujours ce genre de malaise sur le dernier cycle, et qu’il faut bien que je m’hydrate pour activer mes nouvelles cellules.<br />
<br />
Nouvelles ? Oh… oui, forcement…<br />
<br />
Il me tend un miroir et me dit avec une pointe de fierté « le résultat est déjà visible… »<br />
<br />
Et en effet, du haut de mes 31 ans, je me revois avec la tête que j’avais y’a quelques années en arrière. Je tire le drap qui me recouvre et me lève aussi maladroitement que Bambi. Le docteur assisté d’une infirmière m’aide à me tenir debout. Je veux aller dans la salle de bain. Devant le grand miroir, sans même me préoccuper du docteur, je retire ma chemise d’hôpital et m’observe sous toutes les coutures.<br />
<br />
Ma silhouette est aussi parfaite que peuvent l’exiger les critères de la profession. Mon teint de peau, mes cheveux, tout est absolument parfait. Je me retient de ne pas vérifier si mon hymen ne s’est pas reconstitué…<br />
<br />
Je suis la quintessence de ce que je peux être. Cette fois je suis exactement le reflet de toutes ces affiches que je vois dehors. Je suis la fille devant le tag, chemise ouverte. Je suis la pin-up allongée sur un lit de satin qui fait glisser sensuellement un smartphone sur sa cuisse nue. Je suis le canon qui boit une bouteille de soda de façon si érotique qu’il faudra verser un pot de vin pour que le spot de pub soit autorisé à la télé.<br />
<br />
Cette fille là, cette Emy ci, elle me fait peur. Et quand je comprends que c’est moi, sans maquillage, quand je réalise qui je suis maintenant, ce sont des larmes qui me viennent aux yeux. Je pose ma main sur ma bouche pour me retenir de sangloter.<br />
<br />
Parce que voyez vous, cette beauté, cette perfection que je vois, ce n’est pas la mienne. Ce que je vois dans le reflet c’est ce que j’ai volée à Julia. Ce que je vois ce sont tous mes défauts qu’elle a acceptée d’absorber. Bizarrement, alors que je me retourne, je vois pour la première fois un regard chaleureux de la part du docteur. Il m’aide à remettre ma chemise d’hôpital puis pose une main amicale sur mon ’épaule et dit : « Je sais… c’est toujours un choc. Il vous faut du temps pour encaisser. Vous allez rester encore un moment ici et nous vous commanderons un taxi ».<br />
<br />
Karyon me ramène à mon lit. Je m’y assois mais aussitôt un sursaut me saisi.<br />
<br />
« Et Julia ? comment va t’elle ? »<br />
« Bien… elle se repose tout comme vous »<br />
« Je veux aller la voir »<br />
« Ca n’est pas possible »<br />
« Comment ça pas possible ? »<br />
« Nous essayons de limiter les contacts entre les Axis. Un peu comme dans le cas des donneurs d’organes, afin de les protéger psychologiquement et éviter les conflits d’intérêt »<br />
« Alors il ne fallait pas nous laisser discuter ! »<br />
« C’est un facteur important pour faciliter la procédure et… »<br />
« Et quoi ? cette petite n’avait pas besoin de votre saloperie de procédure ! elle avait besoin qu’on l’écoute, pas qu’on la rembourre avec ma cellulite ! »<br />
« Emy : votre sollicitude est admirable, mais vous ne vous rendez pas compte de l’état dans lequel était Julia en arrivant ici »<br />
« Ce que je sais c’est que vous l’avez remplumée mais vous ne l’avez pas pour autant guérie ! »<br />
« Mais tout comme vous… »<br />
<br />
En une phrase, Karyon vient de me mettre Ko debout.<br />
<br />
« Vous vivez de votre image, et c’est normal de vouloir la préserver. Mais est ce que c’était réellement ça votre problème ? Si je puis me permettre, vous étiez encore une très belle femme, et bien que je ne connaisse pas votre milieu, je pense que vous y aviez encore une place »<br />
<br />
Le docteur s’assoit à coté de moi sur le lit.<br />
<br />
« Emy, ce qui pousse les gens à venir nous voir est souvent une conséquence de leur malheur, mais ça n’en est jamais la cause. C’est le cas de Julia, et c’est aussi le vôtre »<br />
<br />
Il prend un instant de réflexion avant de reprendre. Il n’a plus du tout ce regard flippant.<br />
<br />
« Pour l’une comme pour l’autre, ce moment va changer vos vie, mais pas comme vous le pensiez. Et cette prise de conscience que vous êtes en train d’avoir, Julia l’a déjà eut tout à l’heure à son réveil. Vous allez l’une et l’autre devoir faire des choix difficiles, suite à quoi seulement vous pourrez définir si c’était une bonne chose ou pas de venir… »<br />
<br />
Il retire ses lunettes et les essuies avec un petit chiffon micro fibre qu’il sort de la pochette de sa blouse.<br />
<br />
« Vous ne devez pas regretter ce que vous avez fait Emy. Je ne devrais pas vous le dire mais vous avez déjà sauvée Julia »<br />
« Pardon ? »<br />
» Lorsque nous l’avons sortie du scorpion, bien qu’inconsciente, elle avait le sourire aux lèvres. Et vous n’imaginez pas le bonheur dans ses yeux quand elle s’est vue a son réveil. Elle n’était plus « un monstre » comme elle avait fini par s’en persuader, mais simplement une jeune fille à qui vous avez donné un avenir »<br />
« Mais à quel prix ? si ça se trouve elle vivra moins longtemps ? »<br />
« Nous avons choisi Julia pour être votre Axis car autrement elle allait mourir d’ici quelques mois. Oui c’est vrai que son capital santé à été amputé d’une quinzaine d’années que nous vous avons donné, mais c’était une décision « rentable » si vous me permettez une tournure aussi mercantile. Non seulement vous avez prolongé sa jeune existence mais vous l’avez remise sur de bon rails »<br />
« Sauf que j’ai fait ça par vanité… »<br />
« Vous n’en étiez pas consciente : et alors ? croyez moi Emy, le Bien qu’on peut apporter dans ce monde est rarement un acte volontaire. Mais si on sait accepter ce que nos actes on eût de positif, alors je me dit qu’un peu de paix de l’esprit ça ne se refuse pas… »<br />
<br />
Sur ces mots, Karyon se lève, me donne une tape amicale sur l’épaule puis s’en va.<br />
<br />
Assise sur le lit, je ne sais plus trop quoi penser. Dans mon corps une envie de vivre bouillonnante se fait sentir à chaque battement de mon cœur. Alors que j’aie atteint cette beauté que je voulais tant, je réalise qu’en fait c’est autre chose que je souhaite. Ou plutôt je réalise que c’est autre chose que j’ai obtenu en venant ici.<br />
<br />
Mais ne rêvez pas. Ici il n’y aura pas de rédemption facile. La fille superficielle vivant dans un monde qui l’est tout autant ne va pas illico s’engager pour l’humanitaire en Afrique. Pourtant, je dois reconnaître que la nouvelle Emy a retrouvé un peu de son innocence.<br />
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Espérons qu’elle ne la perde pas encore…]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[[Lien wattpad vers « Axis »](https://www.wattpad.com/153097973-le-d%C3%A9fi-bradbury-axis)<br />
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suivez moi sur twitter : [@flashsteelers](https://twitter.com/FlashSteelers)<br />
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n’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
Axis<br />
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Devant le miroir de la salle de bain, il y’a mon reflet. On me dit toujours que c’est une image qui vaut de l’or. Le tarif précis serait de 40 000 dollars le shooting selon mon agent. Des lèvres fines, de grands yeux verts et scintillants, une longue chevelure rousse, des traits ronds et harmonieux et puis surtout une silhouette parfaite.<br />
<br />
Dans le milieu où j’évolue, la perfection n’est pas un terme abscons ou un vœu pieux. C’est une cotation très précise du rapport hauteur largeur de chaque centimètres de mon corps. La taille de mes hanches, l’écart entre mes cuisses, l’angle formé par la cambrure de mon dos, tout cela est mesuré, paramétré et si possible optimisé comme si j’étais un projet d’engin supersonique.<br />
<br />
On rehausse mon profil aérodynamique. On me donne une meilleure pénétration dans l’air et dans les rétines de tous les types qui reluquent mes photos, dans le but de leur faire acheter ce avec quoi on me fait poser.<br />
<br />
Ces produits n’ont pas l’once d’un rapport avec la brillance de mes cheveux ou l’éclat magnifié par une visite chez le dentiste par trimestre de mes dents, mais si on me voit sur l’affiche porter à ma bouche une bouteille de soda, elle se vendra 12% de plus. 15% si je mets la langue.<br />
<br />
Ça fait 16 ans que je suis dans le business, et ça fait 16 ans que ce reflet, là, dans le miroir embrumé par la buée de la salle de bain, 16 ans que c’est mon gagne-pain. Sauf qu’a 31 ans je commence déjà à ne plus être dans la course. Parce que ma perfection définie par des calculs savants et des études de marché poussées, entretenue à coup de régimes, de séances de fitness et de crèmes de soin hors de prix importées de France, elle commence franchement à atteindre ses limites. Et puis les gens se lassent. Ils m’ont déjà vu dans toutes les positions, portant toutes les tenues possibles, de la petite marinière bleue et orange au pantalon de cuir ultra moulant ayant nécessité l’intervention musclée de deux assistantes pour que je rentre dedans.<br />
<br />
Plein de types, peut-être des gens que vous connaissez, veulent s’astiquer le manche sur autre chose que la photo plein cadre de mes fesses dans un bikini rouge carmin.<br />
<br />
C’est pour ça qu’aujourd’hui, je tente un coup de poker. Je sais que je peux encore grappiller un peu de gloire à ce milieu. Je sais que les petites poupées russes de douze piges avec des corps mieux foutus que toutes les nanas de 25 ans que vous connaissez, elles n’ont pas encore réussi à me mettre sur la touche.<br />
<br />
Je peux encore briller, encore être belle.<br />
<br />
Je finis de m’habiller en me lançant des regards dans la glace. C’est drôle… mais j’ai l’impression que je me fais des reproches. Je laisse de côté mon téléphone, mes écouteurs et tous les petits gadgets avec lesquels j’aime m’empoisonner la vie. Je ne prends ni ma tablette ni mon kit de maquillage de secours et encore moins mon sac. Aujourd’hui je veux être juste seule avec moi même, sans rien qui me rappelle le boulot. Et comme chacun de ces trucs m’a été refilé par un client après un shooting, il est clair qu’ils n’ont pas de raison de me suivre.<br />
<br />
Le téléphone, j’avais dû le coller dans mon décolleté puis le caresser le long de ma jambe nue. « C’est arty ! » me disait le photographe tout en laissant son appareil photo numérique mitrailler la scène et en avalant des litres de RedBull sans même prendre le soin d’étalonner sa lumière.<br />
<br />
Pour les écouteurs, on avait pris pour cadre un décor urbain « très streetwear » comme disait l’opérateur lumière. La photo était magnifique : il avait moi, en premier plan, cadrée à la taille, portant juste une chemise en jeans bleue pétrole ouverte de haut en bas laissant voir mes seins juste ce qu’il faut pour que ça soit accepté par l’annonceur (comprenez : sans qu’on voit de téton). La texture de ma peau avait eu très peu besoin de retouche, et j’étais plutôt fière de l’effet que donnait la petite courbe qui marquait le début de mes hanches. Derrière moi, il y’avait un mur de briques rouges avec un tag démentiel fait par un artiste de rue « très tendance » comme m’avait expliqué le photographe. Le grapheur était un type doué dont on n’avait jamais trop su qui il était réellement. « C’était peut-être une nana ?» avait je dis avant de me voir répondre par le chargé de projet « non : c’est trop masculin comme approche, trop phallique ».<br />
<br />
Alors il y’avait moi, et le mur et bien sur les écouteurs, des intra-auriculaire quasiment impossible à distinguer au milieu de ma chevelure rousse. Et pour finir, il y’avait le logo et le slogan qui disait « le son mis à nu ». Le chargé de projet de l’agence de pub qui était là pour superviser le shooting m’avait expliqué que c’était un slogan « qui va au bout de l’idée ». Je ne vois toujours pas en quoi laisser entrevoir mes seins pouvait mettre en avant le rendu optimal des médiums que proposaient ces écouteurs, mais bon je ne suis pas experte en la matière.<br />
<br />
Mon boulot c’est de faire passer une émotion, pas de m’assurer qu’elle soit crédible ou appropriée.<br />
<br />
Je descends les marches de l’escalier en quatrième vitesse. J’habite au 6eme étage, et prendre l’escalier me permet d’économiser une séance de squat. A chaque marche je fais très attention à ma posture et à bien distribuer l’effort. Je garde les bras le long du corps. Bien entendu interdit de s’appuyer sur la rambarde. Ça sera la même chose tout à l’heure, mais cette fois en remontant, deux marches à la fois.<br />
<br />
En bas, juste devant le hall, m’attend la voiture de l’agence. Il n’y a qu’eux qui soient au courant de ce que je vais faire. Il faut dire que dans la famille, ils ont déjà du mal avec le fait que je vende mon image et que je fasse des pubs où j’ai une trace blanche de yaourt au coin de la bouche placée de façon stratégique histoire d’avoir un look « porno chic » comme disait la maquilleuse.<br />
<br />
En fait ce n’est pas du lait ou du yaourt, mais une préparation digne d’un glaçage pour pièce montée. La maquilleuse prépare cette mixture quelques minutes avant le shooting, puis me l’applique avec précision en ce servant d’un petit pinceau. Elle utilise quelques photos d’un magazine de cul pour avoir une référence, compare, puis une fois satisfaite m’annonce que je suis prête. Mais il faut faire vite parce que d’ici quinze minutes grand maximum, la mixture sous l’action de la chaleur des projecteurs, va se mettre à jaunir puis à durcir et finalement par se craqueler comme du sucre cristallisé.<br />
<br />
Au final, il n’y à clairement pas de quoi faire la fierté de ses parents lorsqu’on est bombardé sur tous les bus avec l’air d’avoir taillé une pipe deux secondes avant.<br />
<br />
La voiture roule à allure constante et je vois le paysage qui défile sans vraiment m’y attarder. Autour de moi je ne vois pas des affiches, mais pleins de gens que je connais. Pub pour une voiture : c’est Alyson, une fille très sympa avec un cul d’enfer. Pub pour un fast food : c’est Jessica, végétarienne qui n’a jamais dû mordre dans un vrai burger de sa vie. Pub pour une banque : c’est Fiona, la plus grande connasse de la profession, mais dont il faut bien avouer que les yeux bleu azur sont capables de vendre à peu près n’importe quoi. Pub pour une salle de fitness : c’est Andrew, un islandais avec un accent trop mignon qui cherche encore l’homme idéal. Pub pour un parfum : c’est Emy dans une pose sexy en diable dont elle seule a le secret.<br />
<br />
Et c’est moi Emy.<br />
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J’ai toujours une drôle d’impression en me voyant sur une affiche. Je n’ai plus l’air humaine : trop belle, trop parfaite, trop maquillée, trop photoshopée. Je sais que je ne suis pas cette image, ou en tout cas pas tout à fait. Et ça me fait mal de me voir ainsi en sachant pertinemment que je ne suis pas réellement cette personne, et pire encore que je le serai encore moins avec le temps qui passe. Ne pas être à la hauteur de mon propre reflet est sans doute ce qui m’incommode le plus. Stephen mon agent le sait très bien.<br />
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Depuis que j’ai commencé, c’est Stephen qui s’occupe de moi. Il y’a bien eu un autre type au début, mais il a été remplacé au bout de 2 semaines suite à une plainte pour harcèlement. Depuis l’agence à revu sa politique et recrute un maximum de gays pour éviter ce genre de problème…<br />
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Stephen gère mon planning, négocie mes contrats, s’assure du bon respect des engagements et me protège des clients. Parce que voyez-vous, les clients qui passent par des agences de pubs se disent que parce qu’on vend notre image, parce qu’on se met nue devant la caméra et qu’on accepte de porter ou de faire à peu près n’importe quoi, et bien ils se disent que ça les autorise à aller plus loin. Ça va du type qui veut mater quand tu te changes à celui plus ambitieux qui essaye de te peloter et plus si affinité. Mais moi avec Stephen je n’ai jamais ce genre de problème. Il est du genre protecteur, et l’agence met un point d’honneur à ce que les filles soient respectées.<br />
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Stephen n’est pas violent, mais ses arguments eux le sont. Tout client trop entreprenant ne se voit pas menacer d’un banal procès, mais plutôt d’une publicité calamiteuse de la part de l’agence. Ils savent que ça leur coûterait bien plus cher que tous les procès qu’on pourrait leur faire, d’autant plus que la plus part de ces mecs sont mariés.<br />
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C’est ce que Stephen appelle « l’équilibre PAR la terreur »…<br />
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Stephen s’assure en permanence que je sois bien. Il a toujours des bouteilles d’eau de ma marque préférée dans son coffre, dans une glacière spéciale qui les garde fraîches juste ce qu’il faut. Il a aussi un grand sac avec des affaires, comme des petits chaussons pour que je puisse me mettre à l’aise entre deux shoot sur des talons hauts. Aussitôt une séance finie, il m’apporte des vêtements plus confortables ou au moins un peignoir pour que je ne reste pas en sous vêtement, et de quoi me démaquiller pour ne pas que ma peau s’abîme (sachez le : la maquilleuse ne travaille que dans un seul sens). Il s’occupe de mon pressing et connait à la perfection mes mensurations s’il y’a besoin de retouches à mes vêtements. D’ailleurs, il à toujours sur lui de quoi repriser.<br />
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Si j’ai besoin d’une course en express, je n’ai qu’un coup de fil à donner et Stephen s’en charge. Malgré tout cela, il est parfois un peu pénible, comme lorsqu’il m’empêche de fumer ou de boire un verre. Il suit mes moindres fait et geste, et tiens l’agence informée constamment. Alors pour qu’il me fiche la paix aujourd’hui, j’ai dû lui promettre d’aller chez Axis avec la voiture de l’agence, et le menacer de refuser la procédure s’il essayait de venir.<br />
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La voiture s’arrête et le chauffeur vient m’ouvrir. L’endroit ressemble à un vieil entrepôt au milieu de nulle part, avec l’autoroute à quelques mètres et des maisons délabrées autour. Un grand champ de tournesols s’étend derrière une petite grille bouffée par la rouille le long du mur Ouest. Dans ce décor étrange, seule une petite pancarte me confirme que je suis bien au bon endroit : il est écrit « Axis Corp » en grosses lettres stylisées et une flèche désigne une direction à suivre le long de l’entrepôt côté ouest. Je m’y dirige aussitôt tandis que le chauffeur s’installe au volant et repart, soulevant la poussière et traçant un épais sillon dans le sol.<br />
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Au bout d’une vingtaine de mètre, j’arrive à l’angle du bâtiment et voit une autre pancarte, cette fois ci planté sur un petit poteau d’à peine un mètre m’indiquant de poursuivre ma route en continuant de longer le mur sur ma droite. Je fais encore 10 mètres, le champ de tournesol sur ma gauche, et j’atteins finalement une porte d’accès avec de grands panneaux en verre fumé. Je pousse la porte et le tintement d’un carillon électronique retenti. L’intérieur n’a aucun rapport avec l’extérieur. Les peintures sont récentes, le sol est propre et joliment tapissé, la décoration est de bon gout, très «Lounge » comme dirait Stephen. Derrière un comptoir en marbre comme ceux des grands hôtels, une jeune femme au sourire éclatant me salue tandis que je me présente à elle. Après avoir vérifié dans son ordinateur, elle me dit que le docteur Karyon m’attend et me conduit à la salle de préparation. Nous suivons des couloirs immaculés décorés de cadres photos représentant de magnifiques paysages en couleurs sursaturées, le genre de chose qui n’existe pas dans la nature, mais qu’on s’imagine comme étant authentique.<br />
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Parce que pour les gens la perfection c’est la norme.<br />
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Nous entrons enfin dans la fameuse salle de préparation et je commence à me sentir nerveuse. Le docteur Karyon, que j’avais déjà vu plusieurs fois auparavant dans son cabinet du centre ville, est assit devant un écran d’ordinateur installé sur un plateau en verre blanc. Il pianote sur un clavier ergonomique tout réajustant ses lunettes à la monture en acier et donne à peine l’air de nous avoir remarquées.<br />
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Il doit avoir facilement cinquante balais. Grand et fin, il porte une blouse blanche avec un col rond ample et fermé presque jusque sous son menton. Il a les traits sec et un sourire flippant. Ses cheveux blancs gris sont rabattu en arrière ce qui lui donne presque un air de rock star. Il perçoit enfin notre présence et se met immédiatement à me dévisager de haut en bas. Sauf qu’il ne le fait pas comme la plupart des hommes a essayer d’imaginer à quoi je ressemble à poil. L’impression qu’il me donne, c’est plutôt qu’il est en train de m’imaginer sur une table d’autopsie.<br />
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Et qu’il adore cette idée.<br />
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Combiné aux odeurs de détergent qui flottent dans l’air, je commence à avoir franchement la nausée. Il finit de manipuler son ordinateur et remercie la fille de l’accueil qui prend aussitôt congé. Il se lève et vient me serrer la main. Les siennes sont étrangement douces, et quand je dis étrange c’est parce que j’imaginais qu’un docteur qui passe sa vie à décaper ses mains aux produits stérilisants avait des mains qui ressemblaient à de la toile émeri.<br />
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Il me dit que je n’ai pas à m’inquiéter, que tout va très bien se passer et que j’ai fait le bon choix. Je n’en suis pas forcément convaincue, mais il n’est plus tellement le temps de revenir en arrière. Il m’explique qu’avant la procédure il va me faire un petit check-up. Il me demande d’enlever mes vêtements ce que je fais sans trop de problème ou de gêne.<br />
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C’est l’avantage de faire mon job.<br />
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Le docteur Karyon m’invite à m’asseoir sur le lit d’examen en cuir marron après avoir déroulé dessus une sorte de feuille de papier, sans doute pour une question d’hygiène. Il place son stéthoscope glacé dans mon dos tandis que je maintiens mes cheveux relevés, et me demande de respirer. Il cale sa main sur mon omoplate gauche, fait glisser le stéthoscope et me redemande de respirer a nouveau. Il prend ensuite ma tension, regarde mes yeux avec une petite lampe, teste mes réflexes en tapant sur mon genou avec un petit marteau à bout pointu, puis termine par un rassurant « tout va bien ». Il retourne s’asseoir à son bureau tandis que moi, en culotte et soutien gorges coordonnés, j’attends assise sans trop savoir quoi faire.<br />
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Et je suis de plus en plus nerveuse.<br />
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Il me dit qu’il a remarqué que j’étais anxieuse à la façon dont mon cœur battait et à ma tension légèrement élevée. Je lui réponds que c’est un peu normal, mais que j’ai l’habitude du stress. Ça a l’air de le faire sourire, mais je ne sais pas trop quoi en penser. Il me fait un dernier rappel de la procédure. Moi je n’ai qu’une envie c’est de lui demander si je peux remettre mes vêtements, mais je n’ose pas l’interrompre.<br />
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« Le dispositif de translation biochimique va permettre un réajustement de votre morphologie et absorber les propriétés d’une autre personne afin de vous les transmettre. De la même manière, cette personne bénéficiera d’une part de votre métabolisme qui lui sera transmise de la même façon…»<br />
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Traduction : on va éliminer de mon organisme les effets de l’age pour les envoyer à quelqu’un qui en à besoin. C’est ça le système Axis : de quoi répartir des caractéristiques entre deux individus<br />
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A l’origine quand on m’a expliqué le principe, j’ai cru qu’on se payait ma tête. Et pourtant… lorsque Tatiana, une autre fille de l’agence est revenue de sa séance de chez Axis, j’ai bien été obligé d’admettre que c’était tout sauf du flan. Le principe était donc d’échanger ce qu’on aime pas chez soi avec quelqu’un qui au contraire le souhaite : couleur de la peau, groupe sanguin, timbre de la voix, certains disent même qu’on pourrait changer de sexe.<br />
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Tatiana s’était une grande perche d’un mètre quatre vingt quinze qui avait du mal avec certains casting pour des défilés. Elle à donc suivit le traitement et à été « recalibré » à un classique mètre quatre vingt. Aucune cicatrice, pas de médoc à prendre par la suite, juste une demi journée de « procédure » et zou, quinze centimètre de retiré tout en gardant parfaitement ses proportions.<br />
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Un vrai petit miracle.<br />
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Karyon continue mais le reste des explications me passent au-dessus de la tête. Que ça soit l’histoire du faisceau de programmation génétique par onde sigma ou bien les perfusions croisées, je n’entends que « blablabla ». Mais soudain Karyon s’arrête et penche la tête, histoire de me faire comprendre que là c’est du sérieux.<br />
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« Emy : vous devez être consciente de tout ce qu’implique la procédure. L’Axis est un échange profond entre vous et une autre personne. »<br />
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Pourquoi il est si sérieux d’un seul coup ?<br />
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Je hoche la tête et réajuste une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je ne sais pas si je l’ai convaincu, mais il me rebalance son sourire flippant. On dirait vraiment qu’il jubile à l’idée de me découper en morceau…<br />
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Il me demande de rester en sous vêtement et m’invite à passer dans la pièce d’à coté qui donne directement sur la salle d’opération. L’endroit est plongé dans la pénombre. On distingue juste deux gigantesques fauteuils dos à dos, faits d’une armature métallique et de gros coussins bleus translucides, chacun surmontés d’une énorme lentille en verre et entouré d’appareils de contrôle et de console de commande en tout genre.<br />
<br />
Karyon m’annonce que c’est le « scorpion », la pièce maîtresse de l’Axis. Il m’invite à m’y installer en faisant bien attention. A peine je me pose dessus que je sens l’épaisse matière plastique du siège se déformer tandis que je m’enfonce dedans. Et il ne s’agit pas de s’asseoir sur une chauffeuse un peu usée, mais véritablement d’être avalé par le fauteuil. Le docteur me dit de ne pas m’inquiéter, que c’est normal, et que ça va me caler pour les douze heures que va durer l’intervention. Sans forcer, il appuie sur mon front pour que je laisse ma tête partir en arrière et être avaler elle aussi. Le plastique est froid et lisse. C’est une sensation qui pourrait être très agréable, mais en l’occurrence je suis surtout horrifiée.<br />
<br />
J’aimerai dire au docteur que l’idée de me faire bouffer par son fauteuil à la con ne m’enchante guerre, mais pour le moment je dois surtout essayer de me calmer tandis que je m’enfonce dans le « scorpion ». Tout mon corps est pris à l’exception de mon visage qui dépasse à peine. Je peux vaguement tourner la tête, mais rien de plus. J’ai la sensation d’être dans un gros marshmallow : je peux faire de très légers mouvements, mais presque aussitôt je suis ramené à ma position initiale.<br />
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J’aurais vraiment dû faire plus attention au « blabla ».<br />
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Le docteur Karyon configure les appareils (du moins je le suppose en le voyant pianoter sur un clavier situé sur le coté) et continue d’essayer de me rassurer.<br />
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« Le plus dur est passé Emy : maintenant que vous êtes calé dans le scorpion, toutes vos constantes biochimique sont sous contrôle. Je vais vous laisser quelques minutes le temps d’aller chercher votre Axis… »<br />
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L’Axis. L’autre, la donneuse, L’être complémentaire si dur à trouver, et qui rend la procédure si particulière. Ça et le fait de devoir être mangée par le fauteuil.<br />
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On ne connait jamais à l’avance qui est notre Axis, ni ces motivations. On sait juste que ce qu’on veut retirer de nous elle le veut. Une fille trop petite veut vos grandes cannes, un mec noir veut avoir votre teint de bidet… ou l’inverse. Parce que finalement dans l’histoire tout est une question de point de vue sur « qui-prend-quoi-a-qui »<br />
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En faisant des recherches sur la procédure Axis, je suis tombé sur une histoire où un type aurait payé 60 000 dollars pour échanger son groupe sanguin avec un autre afin de pouvoir faire un don d’organe à sa femme ou quelque chose dans le genre… et du coup voila que ça me revient, et qu’en pensant à pourquoi moi je veux faire la procédure, je me sens vraiment minable.<br />
<br />
Au bout d’un moment je finis par me sentir à l’aise dans le scorpion. C’est finalement comme un bain de boue en plus high tech : on se force à y entrer, on se sent sale, et puis sans trop qu’on sache pourquoi, on finit par aimer cette sensation. Je me sens flotter, enrobé par un fluide frais et apaisant.<br />
<br />
Il s’écoule une dizaine de minute et finalement j’entends une porte qui s’ouvre derrière moi et la voix de Karyon. Sans doute une autre porte pour éviter que les axis ne se croisent.<br />
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Il s’adresse à quelqu’un d’autre. La voix d’une toute jeune fille lui répond. Elle a l’air timide ou en tout cas aussi impressionnée que j’ai pu l’être. Elle gémit lorsque le scorpion commence à l’engloutir, et je devine que Karyon lui pousse la tête comme il l’a fait avec moi. Il essaye de la rassurer du mieux possible… sans grand succès.<br />
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« Hey ! » dis-je assez fort pour être entendu « T’en fais pas : c’est flippant au début mais au bout d’un moment on y fait plus attention… »<br />
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Je n’entends pas de réponse, mais je pense que mon argument à fait mouche. Karyon passe dans mon champ de vision et se remet à manipuler sa console de commande.<br />
<br />
« Mesdemoiselles, tout est en place. Je vais lancer le dispositif dans quelques instants. La procédure va durer une douzaine d’heure et sera entièrement pilotée depuis notre salle de commande. Vous serez sous monitoring permanent, ainsi si quoi que ce soit devait mal tourner nous pourrions agir dans la seconde… »<br />
<br />
Si Karyon avait un peu plus fréquenté les agences de pub, il aurait sût que même pour annoncer de bonne chose, on n’utilise pas de terme négatif. Dire « pas de problème » c’est quand même utiliser le mot problème. Il lit dans mon regard et semble comprendre, mais comme réponse il se contente de me lancer son sourire flippant.<br />
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Il termine son laïus comme une hôtesse de l’air qui rappelle les consignes de sécurité, puis quitte la pièce par là ou nous étions arrivés. La lentille de verre au dessus du scorpion s’allume et les appareils commencent à faire du bruit. Dans mon dos l’Axis m’appelle.<br />
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« Hey ? vous êtes là ? »<br />
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Bah oui : où tu veux que je sois nunuche ?<br />
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« Je… Je m’appelle Julia… c’est vous mon Axis ? »<br />
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Je me rend compte qu’en fait je n’ai jamais vu les choses ainsi. Pour moi l’Axis c’est l’autre. Je sens une trouille énorme dans la voix de Julia. C’est presque mignon.<br />
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« Salut Julia. Moi c’est Emy… bah oui faut croire que c’est moi ta moitié d’orange »<br />
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« Vous… vous avez une jolie voix… »<br />
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« Merci c’est gentil »<br />
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Je sens que Julia a la trouille et essaye de parler pour se rassurer. Je prends les devant et lui demande franchement si elle à peur.<br />
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« … oui » me répond elle timidement.<br />
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« Ne t’en fais pas : je connais plein de gens qui ont fait la procédure, et ça c’est toujours très bien passé : pourquoi tu es là ? »<br />
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« Je… je risque de mourir »<br />
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Et mer… Je l’avais pas vu venir celle là.<br />
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« Quoi ? »<br />
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« Je suis… »<br />
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Julia bataille pour trouver ces mots. Ou plutôt pour arriver à les prononcer. Mais elle n’y arrive pas. A la place elle fond en larme et sanglote.<br />
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Mon premier réflexe est de me dire que Julia ne tiendrait pas deux secondes à l’agence. J’essaye de la pousser à parler : j’ai pas trop envie que mon Axis fasse une déprime et me la refile.<br />
<br />
« Hey ? raconte moi : qu’est ce qui ne va pas ? »<br />
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« les autres me traitent de monstre… ils disent que c’est ma faute si je suis comme ça… que j’ai que ce que je mérite… »<br />
<br />
Nous restons comme ça dans la pénombre, éclairées seulement par la lumière du scorpion, sans pouvoir s’approcher ou se voir. Je remarque alors qu’un des appareils de contrôle sur le côté indique l’heure. Cela fait bientôt une demi heure que la procédure à commencée.<br />
<br />
Julia à cessé de pleurer, mais je me fais du souci pour elle car elle est totalement silencieuse. J’essaye de l’appeler mais je ne l’entend pas répondre. Une vague de chaleur parcours le scorpion, et le gel dans lequel je flotte commence à tourner au rouge.<br />
<br />
« Pas d’inquiétude » dit une voix dans un haut-parleur « on passe en mode fractionnement aligné »<br />
<br />
Bon… s’il ne faut pas s’inquiéter…<br />
<br />
« Emy ? » dit Julia en sortant de son mutisme<br />
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« Hey : te revoilà ma belle » dis je en essayant de me la jouer relax « tu aurais du me dire que tu sortais faire un tour »<br />
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Je suis vraiment très conne : à tous les coups elle va prendre ça pour un reproche…<br />
<br />
« Je suis désolé pour tout à l’heure… »<br />
<br />
Qu’est ce que je disais.<br />
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« C’est pas facile pour moi » reprend-elle « Mais tu es mon Axis, et ça veut dire que tu es quelqu’un de spécial. Quelqu’un qui peut me comprendre »<br />
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Je ne suis pas sûr d’être à la hauteur des attentes de Julia, mais il y a dans sa voix une tristesse qui fait un drôle d’écho en moi. Peut être qu’elle à raison, et que notre Axis est quelqu’un de spécial.<br />
<br />
«On est là pour un moment ma belle, alors tu peux raconter à Tata Emy tout ce que tu as sur le cœur si ça peut te soulager »<br />
<br />
Elle rit de bon cœur : ça fait plaisir à entendre.<br />
<br />
Le scorpion change encore de couleur et devient jaune soleil : on passe en mode « spectrographie electro ionique »<br />
<br />
Julia me raconte son histoire, celle d’une gamine de 14 ans qui souffre d’anorexie. Elle-même à du mal à donner un nom à sa maladie, mais dans mon milieu c’est le genre de chose qu’on identifie instantanément. Pour son mètre cinquante, Julia pèse tout juste 36 kilos et son physique lui fait horreur. Il lui est pourtant impossible d’avaler le moindre gramme de nourriture. Quand bien même il en va de sa survie, son corps ou son esprit font blocage. Et bien entendu, son entourage en rajoute juste ce qu’il faut pour que la pauvre soit au au bord du désespoir.<br />
<br />
Les gens ne comprennent pas ce que c’est comme souffrance d’avoir cette répulsion, et ils sont très cruel envers celles et ceux qui en sont les victimes. « T’as qu’a manger 3 burgers par jours » ou « bois du soda » combien de fois j’ai entendu ce genre de connerie entre les filles de l’agence ?<br />
<br />
Et forcement Julia est montré du doigt. On la traite de monstre, de folle ou de crâneuse. Oui crâneuse, parce que pour certains petits malins, être en état de malnutrition permanent, souffrir de trouble de croissance et perdre ses cheveux par poignée, c’est juste pour pouvoir raconter partout qu’on s’habille en S et qu’on trouve ça large.<br />
<br />
Elle me raconte que son père, un ingénieur en je ne sais trop quoi, croit qu’elle fait ça pour se rendre intéressante et attirer son attention. Le genre de mec qui à basé ses principes d’éducation sur le résultat d’une recherche Internet. Sa mère, c’est un autre délire : elle lui reproche de faire ça juste « pour plaire aux mec ». Sans doute pense t’elle ça parce que ça doit faire un bail qu’elle ne leur plait plus aux mecs…<br />
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Et plus Julia me raconte son calvaire, plus je me sens mal et coupable. Coupable de mes complexes ridicules, mais aussi coupable de participer aux siens. Parce que même si dans le milieu nous prêchons une alimentation saine, nous avons toutes tendance à sucer des cailloux pour garder la forme. Nous passons des heures et des heures à faire du sport pour façonner cette apparence et nous laissons des roi de la pub clamer partout que nous sommes la norme et que ne pas être comme nous est mal.<br />
<br />
A ma façon, j’ai contribué aux tourments de cette gamine.<br />
<br />
Cela fait maintenant deux heures que nous sommes là. Le scorpion est maintenant vert pomme, et nous sommes en mode « Drainage pulsé du dépôt calcique »<br />
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Julia est en confiance. Elle me dit que ça lui a fait du bien de se confier, de me raconter son malheur. Elle veut maintenant que moi je lui raconte mon histoire.<br />
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J’ai un peu peur de ce qu’elle va penser, parce que moi je ne suis pas là pour assurer ma survie. Je n’ai finalement pas du tout besoin de la procédure Axis, parce que ma vie a été plutôt belle, et parce que j’ai eu la chance d’avoir ce physique. Mais je lui dois d’être honnête. Alors je lui raconte aussi simplement que possible mon parcours.<br />
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A 14 ans j’étais sur une plage de Floride avec ma famille, lorsqu’un photographe à abordé mon père. Il lui a dit que j’étais photogénique, très jolie, et que je pouvais avoir une belle carrière de mannequin. Sauf que mon père, il était pas du genre à voir ça d’un bon œil, et il menacer le photographe de lui casser la gueule s’il s’approchait de moi. Ce dernier m’a tendu sa carte avant de s’en aller, visiblement habitué à ce genre de situation. J’ai supplié mon père de me laisser faire un casting, mais lui ne voulait pas que sa fille devienne un bout de viande qu’on expose. Pour mon age j’étais plutôt mature, et je savais ce que ça pouvait impliquer. Mais je savais aussi ce que j’allais pouvoir en retirer.<br />
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Mon calcul, mon choix.<br />
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Avec le recul je comprends de quoi il avait peur, mais quand bien même : c’était à moi de décider. Alors sous un faux prétexte, je me suis inscrite à un casting, et je suis devenu modèle. La directrice de l’agence, Miss Calloway, avait misé gros sur moi. Elle me disait « Emy, tu seras différente des autres : toi tu seras une égérie ». Est ce parce que j’avais réellement ce truc en plus ou bien parce qu’avec ces relations dans le milieu elle aurait put propulser n’importe quelle fille pas trop moche au top, toujours est il qu’en à peine un an j’étais élu Top modèle de l’année.<br />
<br />
Julia me demande comment a réagi ma famille. Le scorpion passe au violet et on passe en mode « Fluctuation alpha des activateurs de facteur protéiné ». J’essaye d’éluder mais cette fois c’est elle qui me cerne. J’essaye de partir sur autre chose, mais elle est coriace.<br />
<br />
La beauté est l’un des privilèges les plus injustes au monde, et le plus souvent pour l’obtenir il faut simplement se donner la peine de naître. C’est un privilège injuste et cruel envers les autres, et c’est aussi un fardeau à sa façon. Ne plaignez pas trop les jolies filles si vous passez votre temps à vous payer la tête des « moches ». Soyez un peu logique bordel.<br />
<br />
Voila presque 5h qu’on est dans le scorpion, qu’il n’arrête pas de changer de couleur et que personne ne vient. On se fait la conversation, mais je réalise qu’au bout d’un moment on se comprend trop. Elle devine que j’ai largué ma famille comme des malpropres dès lors que je touchais en une séance autant que mon père en une année. Sans doute qu’au fond ce que je ne veux pas lui dire, c’est qu’a cette époque ce que ce boulot m’a apporté c’est l’opportunité d’être une parfaite petite connasse.<br />
<br />
Et j’ai été une belle connasse qui à totalement coupé les ponts avec son ancienne vie. Parce que la nouvelle était plus glamour, plus clinquante, plus électrisante. J’ai voyagé dans plus de 45 pays dans le monde, dormit dans les plus beaux palaces, j’ai été admiré par la terre entière en photo avec un lionceau dans les bras pour une association de défense des animaux, je suis sortie avec des acteurs, des sportifs de haut niveau, à 22 ans j’ai put m’acheter un triplex à Manhattan, mon voisin de palier est un producteur de Broadway…<br />
<br />
Alors pourquoi je voudrais m’encombré de Becky Cuningham, ma meilleure copine au collège ? pourquoi je voudrais retourner vivre dans la maison familiale ou je devais éteindre la télé à 9h précise ? Est ce que j’avais encore ma place au milieu de gens qui regardent le superbowl avachi devant la télé une pizza à porté de main, alors que moi je pouvais être dans la tribune VIP entouré de gens tous plus fascinant les uns que les autres.<br />
<br />
J’épargne cette vérité à Julia, mais ce monde là est un miroir aux alouettes. Et même si le luxe de cette vie est un plaisir incroyable, il coûte très cher à ton karma…<br />
<br />
Julia aurait voulut être modèle, et comme toutes les gamines de son age, elle croit que c’est une sorte de rêve permanent ou tout le monde vous admire et vous aime.<br />
<br />
Ah être aimé, en voila un bel objectif dans la vie.<br />
<br />
Sans surprise, Julia me dit qu’elle n’a jamais eut de petit copain et que bien sur « elle ne l’a jamais fait ». Elle semble admirative quand je lui raconte que le métier m’a tellement coupé du monde que je n’ai vraiment fréquenté un mec (comprenez baisé avec) qu’a 24 ans.<br />
<br />
Nous arrivons à presque 8h de traitement. Le scorpion alterne entre le rouge et le bleu. Nous sommes dans une phase « cycle de thermo consolidation du plasma sanguin ».<br />
<br />
Je réalise qu’on somnole beaucoup, et que le temps glisse bien plus vite qu’on ne le perçoit. les 8h sont passé en un éclair, et le temps que j’y pense l’horloge va bientôt passer la neuvième heure. C’est bientôt la fin, et je me dis que je ne sens pas grand chose de différent. Je demande à Julia :<br />
<br />
« Hey Jul : t’as l’impression que ça marche leur truc ? »<br />
« Je sais pas trop… j’arrive pas à me regarder : ma tête est prise dans cette espèce de matière bizarre. Mais… je me sens bien en tout cas, et je suis certaine que c’est grâce à toi… »<br />
« Ah bon ? pourtant je n’ai rien fait de spécial »<br />
« Bien sur que si… tu as accepté de partager quelque chose avec moi, et tu m’as écouté plus que personne auparavant. Tu es la personne qui va changer ma vie ! »<br />
<br />
L’enthousiasme de cette gamine m’effraye. Parce qu’elle ne réalise pas que même si le traitement marche, sa vie ne sera pas plus simple. Les gens ne seront pas moins des gros cons. Si le traitement la rend jolie, elle aura à faire à tous les mecs qui se moquaient d’elle et qui viendront finalement lui tourner autour. Elle aura droit à la jalousie des copines. Malgré ce qu’on dit personne n’aime les succes story, et le vilain petit canard joue gros à devenir un magnifique cygne. J’ai envie de lui dire tout ça, mais dans ce cas là je serai une pure hypocrite. Parce que finalement dans ce cas qu’est ce que ça va changer pour moi ?<br />
<br />
Je vis dans un monde d’image artificielles, et je suis en train d’en devenir une moi même.<br />
<br />
[b]Axis dernière Partie[/b]<br />
<br />
Le scorpion vire au noir, on est en phase « contrôle du cycle gamma ». J’ai froid, et ma tête tourne. J’essaye de parler mais ça ne sort pas. J’sais pas si ma p’tite Jul est dans le même état. Je l’entends juste respirer fort. La voix dans le haut parleur ne dit rien. Personne ne vient. ça semble si normal.<br />
<br />
Je tourne ma tête vers l’heure : il reste 20 min.<br />
<br />
Lorsque j’ouvre les yeux, la lentille du scorpion n’est plus au dessus de ma tête. Je me sens poisseuse, et j’ai très froid. j’essaie de me redresser mais mes membres sont tétanisés. Au dessus de moi je vois le Dr Karyon. Je prie très fort pour qu’il ne soit pas en train de m’autopsier.<br />
<br />
« Tout va bien Emy, c’est fini, vous êtes en salle de réveil »<br />
<br />
Et effectivement je suis dans une jolie chambre au mur crème avec une télé fixé dessus et une grande fenêtre qui donne sur un petit jardin qui semble avoir été planté au beau milieu du champ de tournesols.<br />
<br />
Le docteur m’examine sans ménagement tandis que mon corps se remet petit à petit à bouger. J’arrive enfin à articuler un son.<br />
<br />
On commencera par « argh »<br />
<br />
Le doc se marre de me voir comme ça. C’est officiel ce type est un sadique. Il m’aide à me redresser puis me fait boire un grand verre d’eau. Il m’explique que la procédure provoque toujours ce genre de malaise sur le dernier cycle, et qu’il faut bien que je m’hydrate pour activer mes nouvelles cellules.<br />
<br />
Nouvelles ? Oh… oui, forcement…<br />
<br />
Il me tend un miroir et me dit avec une pointe de fierté « le résultat est déjà visible… »<br />
<br />
Et en effet, du haut de mes 31 ans, je me revois avec la tête que j’avais y’a quelques années en arrière. Je tire le drap qui me recouvre et me lève aussi maladroitement que Bambi. Le docteur assisté d’une infirmière m’aide à me tenir debout. Je veux aller dans la salle de bain. Devant le grand miroir, sans même me préoccuper du docteur, je retire ma chemise d’hôpital et m’observe sous toutes les coutures.<br />
<br />
Ma silhouette est aussi parfaite que peuvent l’exiger les critères de la profession. Mon teint de peau, mes cheveux, tout est absolument parfait. Je me retient de ne pas vérifier si mon hymen ne s’est pas reconstitué…<br />
<br />
Je suis la quintessence de ce que je peux être. Cette fois je suis exactement le reflet de toutes ces affiches que je vois dehors. Je suis la fille devant le tag, chemise ouverte. Je suis la pin-up allongée sur un lit de satin qui fait glisser sensuellement un smartphone sur sa cuisse nue. Je suis le canon qui boit une bouteille de soda de façon si érotique qu’il faudra verser un pot de vin pour que le spot de pub soit autorisé à la télé.<br />
<br />
Cette fille là, cette Emy ci, elle me fait peur. Et quand je comprends que c’est moi, sans maquillage, quand je réalise qui je suis maintenant, ce sont des larmes qui me viennent aux yeux. Je pose ma main sur ma bouche pour me retenir de sangloter.<br />
<br />
Parce que voyez vous, cette beauté, cette perfection que je vois, ce n’est pas la mienne. Ce que je vois dans le reflet c’est ce que j’ai volée à Julia. Ce que je vois ce sont tous mes défauts qu’elle a acceptée d’absorber. Bizarrement, alors que je me retourne, je vois pour la première fois un regard chaleureux de la part du docteur. Il m’aide à remettre ma chemise d’hôpital puis pose une main amicale sur mon ’épaule et dit : « Je sais… c’est toujours un choc. Il vous faut du temps pour encaisser. Vous allez rester encore un moment ici et nous vous commanderons un taxi ».<br />
<br />
Karyon me ramène à mon lit. Je m’y assois mais aussitôt un sursaut me saisi.<br />
<br />
« Et Julia ? comment va t’elle ? »<br />
« Bien… elle se repose tout comme vous »<br />
« Je veux aller la voir »<br />
« Ca n’est pas possible »<br />
« Comment ça pas possible ? »<br />
« Nous essayons de limiter les contacts entre les Axis. Un peu comme dans le cas des donneurs d’organes, afin de les protéger psychologiquement et éviter les conflits d’intérêt »<br />
« Alors il ne fallait pas nous laisser discuter ! »<br />
« C’est un facteur important pour faciliter la procédure et… »<br />
« Et quoi ? cette petite n’avait pas besoin de votre saloperie de procédure ! elle avait besoin qu’on l’écoute, pas qu’on la rembourre avec ma cellulite ! »<br />
« Emy : votre sollicitude est admirable, mais vous ne vous rendez pas compte de l’état dans lequel était Julia en arrivant ici »<br />
« Ce que je sais c’est que vous l’avez remplumée mais vous ne l’avez pas pour autant guérie ! »<br />
« Mais tout comme vous… »<br />
<br />
En une phrase, Karyon vient de me mettre Ko debout.<br />
<br />
« Vous vivez de votre image, et c’est normal de vouloir la préserver. Mais est ce que c’était réellement ça votre problème ? Si je puis me permettre, vous étiez encore une très belle femme, et bien que je ne connaisse pas votre milieu, je pense que vous y aviez encore une place »<br />
<br />
Le docteur s’assoit à coté de moi sur le lit.<br />
<br />
« Emy, ce qui pousse les gens à venir nous voir est souvent une conséquence de leur malheur, mais ça n’en est jamais la cause. C’est le cas de Julia, et c’est aussi le vôtre »<br />
<br />
Il prend un instant de réflexion avant de reprendre. Il n’a plus du tout ce regard flippant.<br />
<br />
« Pour l’une comme pour l’autre, ce moment va changer vos vie, mais pas comme vous le pensiez. Et cette prise de conscience que vous êtes en train d’avoir, Julia l’a déjà eut tout à l’heure à son réveil. Vous allez l’une et l’autre devoir faire des choix difficiles, suite à quoi seulement vous pourrez définir si c’était une bonne chose ou pas de venir… »<br />
<br />
Il retire ses lunettes et les essuies avec un petit chiffon micro fibre qu’il sort de la pochette de sa blouse.<br />
<br />
« Vous ne devez pas regretter ce que vous avez fait Emy. Je ne devrais pas vous le dire mais vous avez déjà sauvée Julia »<br />
« Pardon ? »<br />
» Lorsque nous l’avons sortie du scorpion, bien qu’inconsciente, elle avait le sourire aux lèvres. Et vous n’imaginez pas le bonheur dans ses yeux quand elle s’est vue a son réveil. Elle n’était plus « un monstre » comme elle avait fini par s’en persuader, mais simplement une jeune fille à qui vous avez donné un avenir »<br />
« Mais à quel prix ? si ça se trouve elle vivra moins longtemps ? »<br />
« Nous avons choisi Julia pour être votre Axis car autrement elle allait mourir d’ici quelques mois. Oui c’est vrai que son capital santé à été amputé d’une quinzaine d’années que nous vous avons donné, mais c’était une décision « rentable » si vous me permettez une tournure aussi mercantile. Non seulement vous avez prolongé sa jeune existence mais vous l’avez remise sur de bon rails »<br />
« Sauf que j’ai fait ça par vanité… »<br />
« Vous n’en étiez pas consciente : et alors ? croyez moi Emy, le Bien qu’on peut apporter dans ce monde est rarement un acte volontaire. Mais si on sait accepter ce que nos actes on eût de positif, alors je me dit qu’un peu de paix de l’esprit ça ne se refuse pas… »<br />
<br />
Sur ces mots, Karyon se lève, me donne une tape amicale sur l’épaule puis s’en va.<br />
<br />
Assise sur le lit, je ne sais plus trop quoi penser. Dans mon corps une envie de vivre bouillonnante se fait sentir à chaque battement de mon cœur. Alors que j’aie atteint cette beauté que je voulais tant, je réalise qu’en fait c’est autre chose que je souhaite. Ou plutôt je réalise que c’est autre chose que j’ai obtenu en venant ici.<br />
<br />
Mais ne rêvez pas. Ici il n’y aura pas de rédemption facile. La fille superficielle vivant dans un monde qui l’est tout autant ne va pas illico s’engager pour l’humanitaire en Afrique. Pourtant, je dois reconnaître que la nouvelle Emy a retrouvé un peu de son innocence.<br />
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Espérons qu’elle ne la perde pas encore…]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[[Lien wattpad vers « Axis »](https://www.wattpad.com/153097973-le-d%C3%A9fi-bradbury-axis)

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Axis

Devant le miroir de la salle de bain, il y’a mon reflet. On me dit toujours que c’est une image qui vaut de l’or. Le tarif précis serait de 40 000 dollars le shooting selon mon agent. Des lèvres fines, de grands yeux verts et scintillants, une longue chevelure rousse, des traits ronds et harmonieux et puis surtout une silhouette parfaite.

Dans le milieu où j’évolue, la perfection n’est pas un terme abscons ou un vœu pieux. C’est une cotation très précise du rapport hauteur largeur de chaque centimètres de mon corps. La taille de mes hanches, l’écart entre mes cuisses, l’angle formé par la cambrure de mon dos, tout cela est mesuré, paramétré et si possible optimisé comme si j’étais un projet d’engin supersonique.

On rehausse mon profil aérodynamique. On me donne une meilleure pénétration dans l’air et dans les rétines de tous les types qui reluquent mes photos, dans le but de leur faire acheter ce avec quoi on me fait poser.

Ces produits n’ont pas l’once d’un rapport avec la brillance de mes cheveux ou l’éclat magnifié par une visite chez le dentiste par trimestre de mes dents, mais si on me voit sur l’affiche porter à ma bouche une bouteille de soda, elle se vendra 12% de plus. 15% si je mets la langue.

Ça fait 16 ans que je suis dans le business, et ça fait 16 ans que ce reflet, là, dans le miroir embrumé par la buée de la salle de bain, 16 ans que c’est mon gagne-pain. Sauf qu’a 31 ans je commence déjà à ne plus être dans la course. Parce que ma perfection définie par des calculs savants et des études de marché poussées, entretenue à coup de régimes, de séances de fitness et de crèmes de soin hors de prix importées de France, elle commence franchement à atteindre ses limites. Et puis les gens se lassent. Ils m’ont déjà vu dans toutes les positions, portant toutes les tenues possibles, de la petite marinière bleue et orange au pantalon de cuir ultra moulant ayant nécessité l’intervention musclée de deux assistantes pour que je rentre dedans.

Plein de types, peut-être des gens que vous connaissez, veulent s’astiquer le manche sur autre chose que la photo plein cadre de mes fesses dans un bikini rouge carmin.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, je tente un coup de poker. Je sais que je peux encore grappiller un peu de gloire à ce milieu. Je sais que les petites poupées russes de douze piges avec des corps mieux foutus que toutes les nanas de 25 ans que vous connaissez, elles n’ont pas encore réussi à me mettre sur la touche.

Je peux encore briller, encore être belle.

Je finis de m’habiller en me lançant des regards dans la glace. C’est drôle… mais j’ai l’impression que je me fais des reproches. Je laisse de côté mon téléphone, mes écouteurs et tous les petits gadgets avec lesquels j’aime m’empoisonner la vie. Je ne prends ni ma tablette ni mon kit de maquillage de secours et encore moins mon sac. Aujourd’hui je veux être juste seule avec moi même, sans rien qui me rappelle le boulot. Et comme chacun de ces trucs m’a été refilé par un client après un shooting, il est clair qu’ils n’ont pas de raison de me suivre.

Le téléphone, j’avais dû le coller dans mon décolleté puis le caresser le long de ma jambe nue. « C’est arty ! » me disait le photographe tout en laissant son appareil photo numérique mitrailler la scène et en avalant des litres de RedBull sans même prendre le soin d’étalonner sa lumière.

Pour les écouteurs, on avait pris pour cadre un décor urbain « très streetwear » comme disait l’opérateur lumière. La photo était magnifique : il avait moi, en premier plan, cadrée à la taille, portant juste une chem]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 02 Aug 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-08-02T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – épisode 1 : Genesis]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-episode-1-genesis-top-five/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[*(désolé, en réécoutant le mixage je me suis rendu compte qu'il y'a un p'tit couac à un moment mais comme je veux garder un coté "naturel" à ce podcast je ne voulais pas refaire l'enregistrement... et puis j'ai la flemme :p)*<br />
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[Lien Wattpad vers « Genesis »](https://www.wattpad.com/148740107-le-d%C3%A9fi-bradbury-genesis)<br />
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N’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
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[EDIT : suite à une remarque forte à propos, je vais aussi copier le texte de la semaine dans Top Five. Plus besoin de passer par Wattpad]<br />
GENESIS<br />
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Au commencement il n’y avait que Herox, l’Ombre sans fin, la Porte des Univers, le Porteur des Arcanes. Et c’est au cœur d’Herox que n’acquit Sylana, la Lumière infinie, La Clé des Mondes, la Révélatrice des secrets. Elle ouvrit les yeux pour contempler sa lumière qui se reflétait dans les ténèbres d’Herox, et commença a grandir en lui jusqu’à l’égaler. Sylana se détacha de Herox, et se mit à tourner autour de lui. Elle tendit la main vers lui, et lui aussi fit de même. Se touchant, se repoussant, tout deux se mirent finalement à danser dans un ballet céleste.<br />
<br />
Des frictions entre Herox et Sylana naquirent les étoiles, les mondes et les lunes dans le ciel. Le astres se mirent en position autour des deux danseurs, et le scintillement qui en résultat fut si beau qu’il en eurent le souffle coupé. Herox attrapa des étoiles et dessina avec un tableau de lumière pour Sylana. De cette dernière jaillit alors une force qui anima les étoiles et les fit danser elles aussi.<br />
<br />
Ainsi naquit le cosmos.<br />
<br />
Herox et Sylana reprirent leur danse sous la lumière des étoiles. Mais cette fois ils furent plus lents et paisibles, cherchant à se confondre l’un dans l’autre. Ils s’enlacèrent, et dans le silence éternel s’échangèrent un baiser. Et de se baiser se format un monde, vaste mais vide, porteur de promesses.<br />
<br />
Ainsi naquit la Terre.<br />
<br />
Lorsque Herox et Sylana finirent leur étreinte, ils tombèrent épuisé sur la Terre et éclatèrent en des milliards de morceau brillant comme du cristal, créant la Vie et activant le court du Temps.<br />
<br />
Parmi toutes les vies qui surgirent, une seule fut le fruit à la fois de Herox et de Sylana. Pour cela, cette vie prit le nom de Syrox et se déclara « Dieu de toute chose et frère de toute vie ».<br />
<br />
Il arpenta la Terre et constata que la vie ne pourrait y perdurer dans le vide du cosmos. Alors il brandit le poing et dit « A toute chose je donnerai sa place » puis commença a façonner le monde pour que chaque vie puisse s’y développer.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Ordre.<br />
<br />
Il creusa des océans pour les poissons, puis y déposa des nuages dont il fit fondre l’eau en soufflant dessus. La terre qu’il avait retiré lui permit de crée des montagnes et de dessiner de vallée. Il enracina les graines qui devinrent des arbres, et assigna à chaque créature un domaine ou vivre.<br />
<br />
Syrox créait avec passion ce monde et mit tant de cœur à l’ouvrage qu’il parvint à ses fins avant que le soleil ne disparaisse à l’horizon du premier jour.<br />
<br />
Le Dieu de toute chose regarda son œuvre depuis le ciel, vola par dessus les océans, les montagnes, les forêts et partout constata avec ravissement qu’il avait fini et que chaque chose était à sa place et que toute vie avait reçut les bienfaits qui lui seraient nécessaire.<br />
<br />
La Vie entama sa première nuit bercé par une Lune brillante. Syrox s’y envola pour voir le monde dans son ensemble et resta assit le regard perdu jusqu’à ce que la Nuit eut fait place au Jour. Mais lorsqu’il redescendit sur Terre, il constata avec horreur que la Vie n’avait pas tenue sa place. Des poissons avaient quitter les mers pour vivre dans les arbres tandis que des oiseaux se traînaient mollement sur le sol en mordillant la poussière et en méprisant le ciel.<br />
<br />
Il demanda à toutes les créatures qu’il croisa pourquoi elle n’avait pas respecté l’Ordre, mais aucune ne lui répondit tant elles craignaient la colère du Dieu. 8 jours durant, il demanda aussi bien à la faune qu’a la flore pourquoi la Vie n’avait pas tenue sa place. Mais à chaque fois, il n’avait pour seule réponse que « nous n’en savons rien ».<br />
<br />
Ainsi naquit l’Echec.<br />
<br />
Syrox décida de retourner sur la Lune afin d’observer le monde avec distance. Il emporta avec lui le souffle du vent d’Est, une poignée de sable et le bruit de l’eau qu’il entreposa dans 3 coquilles en bois et chaque jour il écoutait le bruit du vent, du sable et de l’eau tout en regardant le monde depuis l’astre nocturne.<br />
<br />
Le Temps s’écoula et les générations se succédèrent. La Vie avait fini par oublier l’existence de Syrox. Ce dernier retourna alors sur la Terre, convaincu de pouvoir enfin connaitre la vérité. Il interrogea les oiseaux, les renards et les poissons, il s’aventura dans les jungles et posa ses questions aux fauves, il écouta le lancinant chant des arbres et les mélodies de la Pierre, mais une fois encore pas de réponse. Car si la Vie avait oublié Syrox, elle avait aussi oublié pourquoi elle n’avait pas respecté la place qui lui avait été donnée. Le Dieu de toute chose était amère et se demandait si ce n’était pas tout simplement l’Ordre qui était une erreur.<br />
<br />
Ainsi naquit la Culpabilité.<br />
<br />
Syrox erra pendant des années en se lamentant. Chaque fois qu’il voyait la Vie ne pas suivre l’Ordre, il se mortifiait d’avoir été un ordonnateur si peu avisé. Mais tout changea lorsqu’il croisa la route d’un étrange petit singe qui s’était suspendu à un arbre, la tête à l’envers.<br />
<br />
« Hé là petit singe ! » dit Syrox « tu me sembles en fâcheuse posture : laisses moi te porter assistance ». Et le petit singe de répondre « Merci à toi ô frère d’être si prévenant, mais je ne suis pas un singe, et ne suis point en danger ». Syrox étonné répondit « Si tu n’es point singe qu’est tu donc ? » « Oh c’est fort simple : je suis une chauve souris, et ainsi suspendu j’essaye de dormir ».<br />
<br />
Le Dieu de toute chose et Frère de toute Vie lança un regard grave au petit singe. « Te moquerai tu de moi petit singe ? Aurais tu perdu l’esprit ! »<br />
« Pour sur non ! » répondit le singe « Pardonnes moi de t’avoir offensé ô Frère, je sais que je ne parais pas comme les miens. »<br />
« Pour sûr : tu n’es pas une chauve souris, tu es un singe. J’en veux pour preuve : tu n’as pas d’ailes »<br />
« C’est que je les ait perdues »<br />
« Tu es bien trop grand ! »<br />
« C’est que j’ai bon appétit »<br />
« Alors qu’est ce qui fait de toi une chauve souris ? »<br />
« Et bien c’est simple : je dors à l’envers ! »<br />
<br />
Syrox réalisa alors que la Vie n’avait jamais cesser de respecter l’Ordre. Ce qu’il n’avait pas compris c’était que tout comme Herox et Sylana, la Vie s’était mise à danser, les uns prenant la place des autres, tous bougeant dans l’harmonie de l’univers.<br />
<br />
Ainsi naquit la Vérité.<br />
<br />
Pour remercier le malicieux petit singe, Syrox lui offrit ses 3 coquilles de sable, d’eau et de vent, et lui proposa d’être son compagnon de voyage. Il le nomma Gobat, et tout deux prirent les chemins du monde. Car Syrox maintenant apaisé, voulait découvrir ce qu’était devenu sa création. Il voyagea ainsi des saisons entière avec Gobat, changeant de forme et de nom afin de pouvoir essayer tout ce qu’il était possible sur la Terre.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Aventure.<br />
<br />
Syrox et Gobat suivirent la direction du soleil et parcoururent chaque lieu de la Terre. Ils finirent par se perdre dans le désert durant mille jours, et lorsqu’ils en sortirent, ils découvrirent d’étranges créatures. Ces dernières vivaient dans ce qu’ils nommaient « des villages » constitué de « maisons » et tout installé sur un « territoire ». Syrox fut très intrigué et décida de prendre leur apparence pour mieux les observer de prêt. Il découvrit alors que ces derniers avait fait bien plus que construire des maisons : ils avaient prit leurs fourrures aux bêtes afin de palier au rigueur de l’hiver, ils avaient taillé la pierre et le bois pour forger des armes plus redoutables que les crocs et les griffes. Et enfin ils avaient capturer le Feu pour en faire leur serviteur. Ainsi étaient les Humains<br />
<br />
Gobat fut prit d’effroi « Mon frère ! » dit il à Syrox « Ces créatures s’accaparent tous les dons du Ciel et de la Terre » mais le Dieu de toute chose le rassura « Ça n’est pas une mauvaise chose : ils ont seulement besoin d’être guidé, et cela sera notre rôle. Je ferais de l’Humain et de sa descendance le gardien de l’Ordre et les pourvoyeurs de l’Evolution ».<br />
<br />
Syrox s’adressa à tous les gens présent dans le village, leur expliquant qu’il était le Grand ordonnateur de la Vie. A son grand déplaisir, les humains se moquèrent de lui et ne crurent pas un seul instant à son histoire. Il refusèrent de l’entendre et de suivre son enseignement.<br />
<br />
Ainsi naquit la Colère.<br />
<br />
Les humains avaient besoin d’une leçon et Syrox leur donna sous la forme d’une pluie de sable brûlant qui dura 30 jours et 30 nuits. Gobat tenta de le raisonner et le supplia d’arrêter, mais animé de rage, le Dieu de tout continua d’attiser le foyer qui chauffait le sable qu’il soufflait sans relâche sur les humains.<br />
<br />
Et là, du fin fond du cosmos, la Colère de Syrox créa un mal si puissant qu’il ne fut plus jamais possible de le faire disparaître.<br />
<br />
Ainsi naquit la Mort.<br />
<br />
Effrayé par ce qu’il venait d’engendrer, Syrox arrêta d’accabler les humains de sa fureur. Mais il était trop tard, et la Mort avait commencé à s’en prendre à la Vie. Le Dieu de toute chose et frère de toute vie défia la sombre engeance et la repoussa hors de la Terre. Mais la Mort allait revenir, ce n’était qu’une question de temps. Syrox prit dès lors la décision de surveiller la Terre afin de chasser la Mort si elle osait revenir. Cette dernière était rusée, et attaquait traîtreusement, fauchant les vies avant de disparaître à nouveau. Cependant, la vigilance constante de Syrox laissait a la Vie le temps d’exister et de devenir suffisamment forte pour se sublimer même a travers la Mort.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Existence.<br />
<br />
Parce qu’il devait maintenant protéger la Vie, Syrox ne pouvait plus arpenter librement le monde comme avant, et il devait laisser à d’autre le rôle de guider les élus de la Création. Il confiât alors à Gobat la tache d’instruire les humains afin qu’ils deviennent les héritiers de sa sagesse et de son savoir. Le Dieu de toute chose et gardien de toute vie était reconnaissant au petit singe de l’avoir suivi, mais surtout d’avoir essayer de lui faire entendre raison.<br />
<br />
Il avait donc toute sa confiance pour accomplir cette tache et afin qu’il puisse mieux y parvenir, Syrox lui donna une plume merveilleuse d’arc en ciel, source du pouvoir de l’imagination. Le fougueux petit singe put alors marcher dans le ciel et se transformer en mille et une créature. Il pouvait entendre la chanson du Vent, et lire les histoires cachées dans les nuages. Il avait cependant toujours aussi peur des humains, et ne savait pas comment leur enseigner la bonne façon de s’occuper de la Terre.<br />
<br />
Il passa plusieurs jours à observer de loin leurs agissements, et remarqua que les humains avaient prit l’habitude d’implorer la clémence de Syrox afin qu’il les épargnes et qu’il veille sur eux face à la Mort. Gobat eut soudain une idée pour instruire les humains : se servant de leur crainte de Syrox mais aussi de leur besoin d’être secouru par le Dieu de toute chose, le petit singe allait pouvoir se revendiquer messager du créateur, promettant la protection de ceux qui obéissent et promettant la fureur aux autres.<br />
<br />
Ainsi naquit la Religion.<br />
<br />
Gobat, sous forme humaine, se rendait de village en village et racontait son histoire, celle de la création venant d’un Dieu bienveillant qui construisit le monde en 7 jours, et qui avait fait des humains les maîtres de la Terre. Il expliquait que les humains avait commis une offense envers leur Dieu, et que celui ci, se sentant trahi, avait cesser de leur apporter ses bienfaits et avait laisser la Mort s’en prendre à eux. Mais les humains pouvait regagner la confiance et l’amour de ce Dieu en respectant ses lois et en suivants ses enseignements. Un jour ce Dieu leur enverrai son fils unique, porteur de cette enseignements, et par ses miracles, il apportera la lumière aux humains, et tous pourraient revenir dans ce monde parfait qu’il nomma « Paradis »<br />
<br />
Ainsi naquit l’Espoir<br />
<br />
Gobat revint plus tard dans le monde des humains sous la forme d’un homme nommé Jésus, fils de Dieu. Comme annoncé, il accomplit des miracles et apporta à jamais l’espoir dans les cœurs.<br />
<br />
….<br />
<br />
« Attends… tu es sérieux ? c’est ça ton histoire ? »<br />
« Quoi ? attend  »<br />
« Un singe qui se prend pour une chauve souris qui devient le guide spirituel de l’humanité ? »<br />
« C’est parce que c’est un singe c’est ça ? j’aurais dut prendre un autre animal ? »<br />
« Mais non ! c’est même pas ça le problème ! »<br />
« Et ben ? »<br />
« Et ben… bon sang tu dois inspirer les gens, leur donner de l’espoir dans cette vie vide de sens ! et tu penses vraiment que tu vas faire recette comme ça ? je veux dire… la fin c’est même pas une fin ! »<br />
« Mais si : c’est une fin ouverte ! ça donne de l’espoir… c’est même le dernier mot que j’emploi : c’est une astuce pour que l’idée reste en tête »<br />
« Le dernier mot que tu emploi c’est cœur… »<br />
« Ah ouais mince… mais c’est pas grave je peux corriger »<br />
« Oh mon pauvre vieux… t’es vraiment à la ramasse ! je te dis que ton histoire n’as pas UNE CHANCE d’être gobé ! »<br />
« Parce que les mecs du coin c’est des génies sans doute ? »<br />
« Non, mais c’est pas des chameaux non plus : ils vont te voir venir à 15 lieue et te suspendre à une falaise juste pour rire »<br />
« Mais franchement… c’est si mauvais que ça ? »<br />
« Tu veux que je te dise ? le plus crédible dans ton truc c’est l’histoire du petit singe »<br />
« Je croyais que tu trouvais ça débile le coup du singe ? »<br />
« Non pas le coup du singe : l’histoire qu’il raconte pour éduquer les humains, quand il crée ce truc là, la Religion… ah mais qu’on est con ! c’est ça qu’il faut prendre ! »<br />
« Quoi ? »<br />
« L’histoire dans l’histoire »<br />
« Le coup du monde crée en 7 jours avec les humains chassé d’un paradis perdu qu’ils peuvent regagner en suivant les recommandations de Syrox ? »<br />
« Mais ouais carrément ! bon par contre Syrox tu me vires ça illico : c’est pourri comme nom, faut un truc plus simple »<br />
« Mais si je fais ça on va plus comprendre qu’il est issue de Herox et… »<br />
« Nan mais ça aussi on s’en tape : on va a l’essentiel histoire de s’adapter au niveau des loustics »<br />
« Je croyais que c’était pas des chameaux les gars ? »<br />
« Ouais mais c’est pas des génies non plus ! donc on s’adapte : on garde le truc de Dieu, ça c’est bien comme nom, c’est court, c’est simple, ça se retient direct. On garde aussi le coté truc à gagner à la fin de la vie et la punition si on déconne »<br />
« Attends je note »<br />
« On va ajouter aussi des petites anecdote pour cadrer un peu tout le bazar »<br />
« Pour illustrer ? genre une histoire ou des humains ont vraiment fait les cons et du coup Syrox… »<br />
« Qu’est ce que j’ai dit ? »<br />
« Pardon… du coup Dieu il balance du sable… »<br />
« Ah oui ça aussi, le truc du sable c’est naze : les gens ça leur fait pas peur le sable, faut quelque chose qui les fasse vraiment flipper »<br />
« Quoi par exemple »<br />
« Je sais pas moi… une inondation tiens ! c’est quand même plus spectaculaire… et surtout plus probable si tu habites les terres du nord ou il y’a tous ces tarés à moustaches »<br />
« Ceux qui se battent à moitié à poil en se couvrant de peinture bleue ? »<br />
« Ouais eux : je suis sur qu’ils savent même pas ce que ça doit être du sable : chez eux c’est gravier et poudreuse toute l’année. Du coup l’eau c’est plus universel, je connais pas un clampin qui vive à plus de 10 lieue d’un point d’eau. Et puis la noyade ça fait vraiment peur comme façon de mourir »<br />
« Ok je note… »<br />
« Faudrait que ça soit un truc non seulement flippant mais qui montre que le Dieu là, il déconne pas quand on se paye sa tête »<br />
« On pourrait dire qu’il a fait monter l’eau jusqu’au sommet des montagnes et qu’il en à un peu retirer une fois sa crise de nerfs passés, et c’est pour ça qu’il y’a des océans : pour rappeler que la prochaine fois il fera prendre le grand bain à tout le monde ? »<br />
« Mouais… a la limite je verrai plus ça du coté positif : on à qu’a dire que Dieu là il s’est prit un méchant coup de nerf, mais qu’il à compris que c’était pas cool et qu’il promet de plus le refaire »<br />
« Par contre il demande au gens eux aussi d’arrêter le mettre en rogne pour un oui pour non »<br />
« Exactement ! et pour leur rappeler cette embrouille il met un signe dans le ciel »<br />
« Comme une épée de Damocles ? »<br />
« Une quoi ? »<br />
« Nan mais tu vas encore gueuler… »<br />
« Mais raconte bordel ! »<br />
« Bah c’est une histoire que j’avais écrite pour compléter, c’était un mec, Damoclès, qui faisait suspendre des épées au dessus de la tête des gens et qu’il pouvait faire tomber d’un claquement de doigt »<br />
« Mais c’est complètement débile ! »<br />
« Nan mais c’est pour rappeler que la menace peut tomber n’importe quand, qu’elle est toujours au dessus des gens »<br />
« T’es vraiment un GROS débile ! tu veux que les mecs pensent qu’il y’a milles tonnes de ferraille qui plane au dessus du ciel prêt à leur tombé dessus sans qu’ils le voient en levant la tête ? »<br />
« J’ai pas dit ça ! juste que ça serait bien d’avoir un symbole »<br />
« Nan ça c’est moi qui l’ai suggérer : toi t’as dit mettons des épées au dessus de la tête des gens… »<br />
« Faut pas tout prendre au premier degré tu sais »<br />
« Oui bah premier ou deuxième, faut qu’on avance avec tout ça ! »<br />
« Ok, ok… bon alors un signe… Hey : on à qu’a dire que c’est ça les arc en ciel ! »<br />
« ça quoi ? »<br />
« Un message de Dieu pour dire « bon les mecs c’est cool regarder je déconne plus avec l’eau » et comme ça on explique ce que c’est les arcs en ciel ! excellent non ? »<br />
« Garde ça pour une version 2, on fera des retouches de toute façon »<br />
« Bon sinon concernant LE message, on part sur quoi »<br />
« Bah on était d’accord : les humains libre de leurs choix et responsable du monde ? »<br />
« Ça fait pas un peu nunuche ? je veux dire c’est évident : c’est pas comme si dans 2 000 ans t’as des mecs qui vont dire que si c’est pas écrit dans le bouquin alors c’est pas autorisé »<br />
« Ouais t’as raison… on va pas commencer à être dirigiste, ils pourraient mal interpréter le message »<br />
« Tu sais… ça fait 8 mois qu’on est sur ce projet de conte philosophique pour éduquer facilement les masses qui savent pas lire, mais je me demande si ça devient pas exagérément compliqué »<br />
« Pourquoi tu dis ça ? »<br />
« Est ce qu’on pourrait pas tout simplement faire confiance aux gens ? »<br />
« Confiance ? t’es sérieux ? tu les as vu dehors ? pas un capable de faire un pas sous la pluie sans se rouler par terre au moindre coup de tonnerre »<br />
« Mais c’est normal d’avoir peur de se qu’on connait pas ? »<br />
<br />
« Oui mais si t’as peur de tout t’avances pas ! regarde les Grecs : un coup de tonnerre, ils l’appellent Zeus et zou problème résolut et 2 semaines après ils inventent la démocratie ! »<br />
« Je me dis qu’on à choisi la solution de facilité… »<br />
« Hey, relax : de toute façon y’a deux possibilité, soit ce qu’on écrit sur un mec qui à crée l’univers c’est vrai et dans ce cas on fait ce qui faut, soit on se goure à mort, mais de toute façon il y’aura aucun Dieu pour nous punir ! 100% bénéf ! »<br />
« Et s’y avait un Dieu mais méchant ? »<br />
« Ah non : on avait dit qu’on zappait cette histoire de Dieu méchant ! »<br />
« Mais sans même parler de Dieu méchant, imagine qu’il y’ait un type opposé à Dieu qui fait exprès de mettre la zone… hey ça pourrait même être son fils mais comme son père il l’a moins aimer qu’un autre de ses enfants, bah il l’a super mal vécu et… »<br />
« Ça sa fait nunuche : s’il existait un Dieu capable de créer le monde, pourquoi il aurait créer quelque chose capable de le défier ? »<br />
« Bah peut être parce qu’au fond cette dualité est nécessaire… »<br />
« Mouais… ou alors ton Dieu il est complètement con ! »<br />
« … c’est comme si y’avait deux forces qui rendait la vie cohérente, comme l’ombre et la lumière… un peu comme Herox et Syl…. »<br />
« ….Ose le dire… aller va s’y ! t’attends quoi ? hein ? sort les encore une fois tes noms à la con et je te fais bouffer ton turban »<br />
« Bon d’accord j’arrête. Mais avoue que c’est une bonne idée ? »<br />
« …On se le garde en option pour si on doit meubler »<br />
« Et sinon pour l’idée de responsabilité vis à vis de la nature »<br />
« Quoi ? du style il faut pas jeter ses os de poulet n’importe où ? »<br />
« Pas forcement, je pensais plus à… »<br />
« A quoi ? »<br />
« Ne pas prendre plus qu’on à besoin, respecter l’équilibre des choses… »<br />
« Je sais pas si t’es bien au courant mais les humains ça représente grosso merdo moins de 1% des créatures vivantes. Alors quand bien même ils feraient deux, trois gosses, vu le nombre qui calanche avant d’avoir 6 ans, on risque pas d’avoir des problèmes de ressource avant un moment : c’est pas les quelques copeaux de bois qu’ils laissent traîner par ci par là qui va bousiller l’écosystème tu peut me croire ! »<br />
« Ok… et sinon pour les aider à mieux appréhender les enseignements, qu’est ce qu’on pourrait mettre en place niveau pédago ? »<br />
« Tu penses à un truc en particulier ? »<br />
« En fait il faudrait deux trois trucs bien définitif, comme un mémo pour se rappeler des basiques à appliquer. On pourrait appeler ça euh… les Consignes ? »<br />
« J’aime bien l’idée : un mémo c’est toujours utile. T’es dans la forêt, tu veux faire un truc, t’es plus sur si t’as le droit, zou un p’tit coup d’œil au mémo et hop c’est cadré. Par contre consigne c’est pas super, je préfère mémo »<br />
« Mémo… ça fait pas un peu trop romain ? »<br />
« Ah ouais bien vu ! ça sa aurait été une grosse boulette : j’ai clairement pas envie d’être associé à ces mecs là »<br />
« Pourquoi ça ? ils sont du même genre que les Grecs pourtant ? »<br />
« ah mais j’ai jamais dit que j’aimais bien les Grecs non plus hein ! mais bon tous les types qui croient que chaque rivière c’est une déesse à la con qui prend le frais bah moi ça me donne avant tout envie de me foutre de leur gueule »<br />
« Pfff… »<br />
« Oui bah je me passe de tes avis : aller enchaîne sinon on va jamais finir ! »<br />
« Bah je crois qu’on à tout ce qu’il faut là. A la limite dans le doute j’ai prévu de quoi glisser une ou deux éditions supplémentaire en expliquant que des fois les paroles de Dieu étaient cachées et que du coup c’est normal qu’on en trouve de nouvelles de temps en temps »<br />
« Ah la vache tu m’impressionne là : brillante idée. Non seulement les mecs tu leurs vends du vent mais si jamais y’a de l’orage t’es foutu de leur demander un supplément pour la pluie ! »<br />
« Dis pas ça comme ça, on dirait que c’est mal ce qu’on fait… »<br />
« Meuh non, tu sais bien que c’est pour les aider qu’on fait tout ça. S’ils sont pas guidé ils vont droit à la catastrophe. Ils ont peur du monde, ils commencent seulement a réaliser leur potentiel et n’osent pas se lancer parce que la mort les tétanises. Trop conscient de ce qu’ils sont mais pas encore assez pour bien le vivre, ils seraient foutu de tous tomber en dépression et de se laisser crever de faim. Alors on va les galvaniser un bon coup, les mettre sur le bon cap, et tu verra que dans 3 ou 4 générations ils pigeront d’eux même que tout ça c’était des conneries et ça les fera marrer »<br />
« Que Dieu t’entende »<br />
« ahaha… t’es con ! …non mais garde le ça : sa sonne hyper bien »]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[*(désolé, en réécoutant le mixage je me suis rendu compte qu'il y'a un p'tit couac à un moment mais comme je veux garder un coté "naturel" à ce podcast je ne voulais pas refaire l'enregistrement... et puis j'ai la flemme :p)*<br />
<br />
[Lien Wattpad vers « Genesis »](https://www.wattpad.com/148740107-le-d%C3%A9fi-bradbury-genesis)<br />
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Suivez moi sur twitter : @flashsteelers<br />
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N’hésitez pas à partager et à commenter !<br />
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[EDIT : suite à une remarque forte à propos, je vais aussi copier le texte de la semaine dans Top Five. Plus besoin de passer par Wattpad]<br />
GENESIS<br />
<br />
Au commencement il n’y avait que Herox, l’Ombre sans fin, la Porte des Univers, le Porteur des Arcanes. Et c’est au cœur d’Herox que n’acquit Sylana, la Lumière infinie, La Clé des Mondes, la Révélatrice des secrets. Elle ouvrit les yeux pour contempler sa lumière qui se reflétait dans les ténèbres d’Herox, et commença a grandir en lui jusqu’à l’égaler. Sylana se détacha de Herox, et se mit à tourner autour de lui. Elle tendit la main vers lui, et lui aussi fit de même. Se touchant, se repoussant, tout deux se mirent finalement à danser dans un ballet céleste.<br />
<br />
Des frictions entre Herox et Sylana naquirent les étoiles, les mondes et les lunes dans le ciel. Le astres se mirent en position autour des deux danseurs, et le scintillement qui en résultat fut si beau qu’il en eurent le souffle coupé. Herox attrapa des étoiles et dessina avec un tableau de lumière pour Sylana. De cette dernière jaillit alors une force qui anima les étoiles et les fit danser elles aussi.<br />
<br />
Ainsi naquit le cosmos.<br />
<br />
Herox et Sylana reprirent leur danse sous la lumière des étoiles. Mais cette fois ils furent plus lents et paisibles, cherchant à se confondre l’un dans l’autre. Ils s’enlacèrent, et dans le silence éternel s’échangèrent un baiser. Et de se baiser se format un monde, vaste mais vide, porteur de promesses.<br />
<br />
Ainsi naquit la Terre.<br />
<br />
Lorsque Herox et Sylana finirent leur étreinte, ils tombèrent épuisé sur la Terre et éclatèrent en des milliards de morceau brillant comme du cristal, créant la Vie et activant le court du Temps.<br />
<br />
Parmi toutes les vies qui surgirent, une seule fut le fruit à la fois de Herox et de Sylana. Pour cela, cette vie prit le nom de Syrox et se déclara « Dieu de toute chose et frère de toute vie ».<br />
<br />
Il arpenta la Terre et constata que la vie ne pourrait y perdurer dans le vide du cosmos. Alors il brandit le poing et dit « A toute chose je donnerai sa place » puis commença a façonner le monde pour que chaque vie puisse s’y développer.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Ordre.<br />
<br />
Il creusa des océans pour les poissons, puis y déposa des nuages dont il fit fondre l’eau en soufflant dessus. La terre qu’il avait retiré lui permit de crée des montagnes et de dessiner de vallée. Il enracina les graines qui devinrent des arbres, et assigna à chaque créature un domaine ou vivre.<br />
<br />
Syrox créait avec passion ce monde et mit tant de cœur à l’ouvrage qu’il parvint à ses fins avant que le soleil ne disparaisse à l’horizon du premier jour.<br />
<br />
Le Dieu de toute chose regarda son œuvre depuis le ciel, vola par dessus les océans, les montagnes, les forêts et partout constata avec ravissement qu’il avait fini et que chaque chose était à sa place et que toute vie avait reçut les bienfaits qui lui seraient nécessaire.<br />
<br />
La Vie entama sa première nuit bercé par une Lune brillante. Syrox s’y envola pour voir le monde dans son ensemble et resta assit le regard perdu jusqu’à ce que la Nuit eut fait place au Jour. Mais lorsqu’il redescendit sur Terre, il constata avec horreur que la Vie n’avait pas tenue sa place. Des poissons avaient quitter les mers pour vivre dans les arbres tandis que des oiseaux se traînaient mollement sur le sol en mordillant la poussière et en méprisant le ciel.<br />
<br />
Il demanda à toutes les créatures qu’il croisa pourquoi elle n’avait pas respecté l’Ordre, mais aucune ne lui répondit tant elles craignaient la colère du Dieu. 8 jours durant, il demanda aussi bien à la faune qu’a la flore pourquoi la Vie n’avait pas tenue sa place. Mais à chaque fois, il n’avait pour seule réponse que « nous n’en savons rien ».<br />
<br />
Ainsi naquit l’Echec.<br />
<br />
Syrox décida de retourner sur la Lune afin d’observer le monde avec distance. Il emporta avec lui le souffle du vent d’Est, une poignée de sable et le bruit de l’eau qu’il entreposa dans 3 coquilles en bois et chaque jour il écoutait le bruit du vent, du sable et de l’eau tout en regardant le monde depuis l’astre nocturne.<br />
<br />
Le Temps s’écoula et les générations se succédèrent. La Vie avait fini par oublier l’existence de Syrox. Ce dernier retourna alors sur la Terre, convaincu de pouvoir enfin connaitre la vérité. Il interrogea les oiseaux, les renards et les poissons, il s’aventura dans les jungles et posa ses questions aux fauves, il écouta le lancinant chant des arbres et les mélodies de la Pierre, mais une fois encore pas de réponse. Car si la Vie avait oublié Syrox, elle avait aussi oublié pourquoi elle n’avait pas respecté la place qui lui avait été donnée. Le Dieu de toute chose était amère et se demandait si ce n’était pas tout simplement l’Ordre qui était une erreur.<br />
<br />
Ainsi naquit la Culpabilité.<br />
<br />
Syrox erra pendant des années en se lamentant. Chaque fois qu’il voyait la Vie ne pas suivre l’Ordre, il se mortifiait d’avoir été un ordonnateur si peu avisé. Mais tout changea lorsqu’il croisa la route d’un étrange petit singe qui s’était suspendu à un arbre, la tête à l’envers.<br />
<br />
« Hé là petit singe ! » dit Syrox « tu me sembles en fâcheuse posture : laisses moi te porter assistance ». Et le petit singe de répondre « Merci à toi ô frère d’être si prévenant, mais je ne suis pas un singe, et ne suis point en danger ». Syrox étonné répondit « Si tu n’es point singe qu’est tu donc ? » « Oh c’est fort simple : je suis une chauve souris, et ainsi suspendu j’essaye de dormir ».<br />
<br />
Le Dieu de toute chose et Frère de toute Vie lança un regard grave au petit singe. « Te moquerai tu de moi petit singe ? Aurais tu perdu l’esprit ! »<br />
« Pour sur non ! » répondit le singe « Pardonnes moi de t’avoir offensé ô Frère, je sais que je ne parais pas comme les miens. »<br />
« Pour sûr : tu n’es pas une chauve souris, tu es un singe. J’en veux pour preuve : tu n’as pas d’ailes »<br />
« C’est que je les ait perdues »<br />
« Tu es bien trop grand ! »<br />
« C’est que j’ai bon appétit »<br />
« Alors qu’est ce qui fait de toi une chauve souris ? »<br />
« Et bien c’est simple : je dors à l’envers ! »<br />
<br />
Syrox réalisa alors que la Vie n’avait jamais cesser de respecter l’Ordre. Ce qu’il n’avait pas compris c’était que tout comme Herox et Sylana, la Vie s’était mise à danser, les uns prenant la place des autres, tous bougeant dans l’harmonie de l’univers.<br />
<br />
Ainsi naquit la Vérité.<br />
<br />
Pour remercier le malicieux petit singe, Syrox lui offrit ses 3 coquilles de sable, d’eau et de vent, et lui proposa d’être son compagnon de voyage. Il le nomma Gobat, et tout deux prirent les chemins du monde. Car Syrox maintenant apaisé, voulait découvrir ce qu’était devenu sa création. Il voyagea ainsi des saisons entière avec Gobat, changeant de forme et de nom afin de pouvoir essayer tout ce qu’il était possible sur la Terre.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Aventure.<br />
<br />
Syrox et Gobat suivirent la direction du soleil et parcoururent chaque lieu de la Terre. Ils finirent par se perdre dans le désert durant mille jours, et lorsqu’ils en sortirent, ils découvrirent d’étranges créatures. Ces dernières vivaient dans ce qu’ils nommaient « des villages » constitué de « maisons » et tout installé sur un « territoire ». Syrox fut très intrigué et décida de prendre leur apparence pour mieux les observer de prêt. Il découvrit alors que ces derniers avait fait bien plus que construire des maisons : ils avaient prit leurs fourrures aux bêtes afin de palier au rigueur de l’hiver, ils avaient taillé la pierre et le bois pour forger des armes plus redoutables que les crocs et les griffes. Et enfin ils avaient capturer le Feu pour en faire leur serviteur. Ainsi étaient les Humains<br />
<br />
Gobat fut prit d’effroi « Mon frère ! » dit il à Syrox « Ces créatures s’accaparent tous les dons du Ciel et de la Terre » mais le Dieu de toute chose le rassura « Ça n’est pas une mauvaise chose : ils ont seulement besoin d’être guidé, et cela sera notre rôle. Je ferais de l’Humain et de sa descendance le gardien de l’Ordre et les pourvoyeurs de l’Evolution ».<br />
<br />
Syrox s’adressa à tous les gens présent dans le village, leur expliquant qu’il était le Grand ordonnateur de la Vie. A son grand déplaisir, les humains se moquèrent de lui et ne crurent pas un seul instant à son histoire. Il refusèrent de l’entendre et de suivre son enseignement.<br />
<br />
Ainsi naquit la Colère.<br />
<br />
Les humains avaient besoin d’une leçon et Syrox leur donna sous la forme d’une pluie de sable brûlant qui dura 30 jours et 30 nuits. Gobat tenta de le raisonner et le supplia d’arrêter, mais animé de rage, le Dieu de tout continua d’attiser le foyer qui chauffait le sable qu’il soufflait sans relâche sur les humains.<br />
<br />
Et là, du fin fond du cosmos, la Colère de Syrox créa un mal si puissant qu’il ne fut plus jamais possible de le faire disparaître.<br />
<br />
Ainsi naquit la Mort.<br />
<br />
Effrayé par ce qu’il venait d’engendrer, Syrox arrêta d’accabler les humains de sa fureur. Mais il était trop tard, et la Mort avait commencé à s’en prendre à la Vie. Le Dieu de toute chose et frère de toute vie défia la sombre engeance et la repoussa hors de la Terre. Mais la Mort allait revenir, ce n’était qu’une question de temps. Syrox prit dès lors la décision de surveiller la Terre afin de chasser la Mort si elle osait revenir. Cette dernière était rusée, et attaquait traîtreusement, fauchant les vies avant de disparaître à nouveau. Cependant, la vigilance constante de Syrox laissait a la Vie le temps d’exister et de devenir suffisamment forte pour se sublimer même a travers la Mort.<br />
<br />
Ainsi naquit l’Existence.<br />
<br />
Parce qu’il devait maintenant protéger la Vie, Syrox ne pouvait plus arpenter librement le monde comme avant, et il devait laisser à d’autre le rôle de guider les élus de la Création. Il confiât alors à Gobat la tache d’instruire les humains afin qu’ils deviennent les héritiers de sa sagesse et de son savoir. Le Dieu de toute chose et gardien de toute vie était reconnaissant au petit singe de l’avoir suivi, mais surtout d’avoir essayer de lui faire entendre raison.<br />
<br />
Il avait donc toute sa confiance pour accomplir cette tache et afin qu’il puisse mieux y parvenir, Syrox lui donna une plume merveilleuse d’arc en ciel, source du pouvoir de l’imagination. Le fougueux petit singe put alors marcher dans le ciel et se transformer en mille et une créature. Il pouvait entendre la chanson du Vent, et lire les histoires cachées dans les nuages. Il avait cependant toujours aussi peur des humains, et ne savait pas comment leur enseigner la bonne façon de s’occuper de la Terre.<br />
<br />
Il passa plusieurs jours à observer de loin leurs agissements, et remarqua que les humains avaient prit l’habitude d’implorer la clémence de Syrox afin qu’il les épargnes et qu’il veille sur eux face à la Mort. Gobat eut soudain une idée pour instruire les humains : se servant de leur crainte de Syrox mais aussi de leur besoin d’être secouru par le Dieu de toute chose, le petit singe allait pouvoir se revendiquer messager du créateur, promettant la protection de ceux qui obéissent et promettant la fureur aux autres.<br />
<br />
Ainsi naquit la Religion.<br />
<br />
Gobat, sous forme humaine, se rendait de village en village et racontait son histoire, celle de la création venant d’un Dieu bienveillant qui construisit le monde en 7 jours, et qui avait fait des humains les maîtres de la Terre. Il expliquait que les humains avait commis une offense envers leur Dieu, et que celui ci, se sentant trahi, avait cesser de leur apporter ses bienfaits et avait laisser la Mort s’en prendre à eux. Mais les humains pouvait regagner la confiance et l’amour de ce Dieu en respectant ses lois et en suivants ses enseignements. Un jour ce Dieu leur enverrai son fils unique, porteur de cette enseignements, et par ses miracles, il apportera la lumière aux humains, et tous pourraient revenir dans ce monde parfait qu’il nomma « Paradis »<br />
<br />
Ainsi naquit l’Espoir<br />
<br />
Gobat revint plus tard dans le monde des humains sous la forme d’un homme nommé Jésus, fils de Dieu. Comme annoncé, il accomplit des miracles et apporta à jamais l’espoir dans les cœurs.<br />
<br />
….<br />
<br />
« Attends… tu es sérieux ? c’est ça ton histoire ? »<br />
« Quoi ? attend  »<br />
« Un singe qui se prend pour une chauve souris qui devient le guide spirituel de l’humanité ? »<br />
« C’est parce que c’est un singe c’est ça ? j’aurais dut prendre un autre animal ? »<br />
« Mais non ! c’est même pas ça le problème ! »<br />
« Et ben ? »<br />
« Et ben… bon sang tu dois inspirer les gens, leur donner de l’espoir dans cette vie vide de sens ! et tu penses vraiment que tu vas faire recette comme ça ? je veux dire… la fin c’est même pas une fin ! »<br />
« Mais si : c’est une fin ouverte ! ça donne de l’espoir… c’est même le dernier mot que j’emploi : c’est une astuce pour que l’idée reste en tête »<br />
« Le dernier mot que tu emploi c’est cœur… »<br />
« Ah ouais mince… mais c’est pas grave je peux corriger »<br />
« Oh mon pauvre vieux… t’es vraiment à la ramasse ! je te dis que ton histoire n’as pas UNE CHANCE d’être gobé ! »<br />
« Parce que les mecs du coin c’est des génies sans doute ? »<br />
« Non, mais c’est pas des chameaux non plus : ils vont te voir venir à 15 lieue et te suspendre à une falaise juste pour rire »<br />
« Mais franchement… c’est si mauvais que ça ? »<br />
« Tu veux que je te dise ? le plus crédible dans ton truc c’est l’histoire du petit singe »<br />
« Je croyais que tu trouvais ça débile le coup du singe ? »<br />
« Non pas le coup du singe : l’histoire qu’il raconte pour éduquer les humains, quand il crée ce truc là, la Religion… ah mais qu’on est con ! c’est ça qu’il faut prendre ! »<br />
« Quoi ? »<br />
« L’histoire dans l’histoire »<br />
« Le coup du monde crée en 7 jours avec les humains chassé d’un paradis perdu qu’ils peuvent regagner en suivant les recommandations de Syrox ? »<br />
« Mais ouais carrément ! bon par contre Syrox tu me vires ça illico : c’est pourri comme nom, faut un truc plus simple »<br />
« Mais si je fais ça on va plus comprendre qu’il est issue de Herox et… »<br />
« Nan mais ça aussi on s’en tape : on va a l’essentiel histoire de s’adapter au niveau des loustics »<br />
« Je croyais que c’était pas des chameaux les gars ? »<br />
« Ouais mais c’est pas des génies non plus ! donc on s’adapte : on garde le truc de Dieu, ça c’est bien comme nom, c’est court, c’est simple, ça se retient direct. On garde aussi le coté truc à gagner à la fin de la vie et la punition si on déconne »<br />
« Attends je note »<br />
« On va ajouter aussi des petites anecdote pour cadrer un peu tout le bazar »<br />
« Pour illustrer ? genre une histoire ou des humains ont vraiment fait les cons et du coup Syrox… »<br />
« Qu’est ce que j’ai dit ? »<br />
« Pardon… du coup Dieu il balance du sable… »<br />
« Ah oui ça aussi, le truc du sable c’est naze : les gens ça leur fait pas peur le sable, faut quelque chose qui les fasse vraiment flipper »<br />
« Quoi par exemple »<br />
« Je sais pas moi… une inondation tiens ! c’est quand même plus spectaculaire… et surtout plus probable si tu habites les terres du nord ou il y’a tous ces tarés à moustaches »<br />
« Ceux qui se battent à moitié à poil en se couvrant de peinture bleue ? »<br />
« Ouais eux : je suis sur qu’ils savent même pas ce que ça doit être du sable : chez eux c’est gravier et poudreuse toute l’année. Du coup l’eau c’est plus universel, je connais pas un clampin qui vive à plus de 10 lieue d’un point d’eau. Et puis la noyade ça fait vraiment peur comme façon de mourir »<br />
« Ok je note… »<br />
« Faudrait que ça soit un truc non seulement flippant mais qui montre que le Dieu là, il déconne pas quand on se paye sa tête »<br />
« On pourrait dire qu’il a fait monter l’eau jusqu’au sommet des montagnes et qu’il en à un peu retirer une fois sa crise de nerfs passés, et c’est pour ça qu’il y’a des océans : pour rappeler que la prochaine fois il fera prendre le grand bain à tout le monde ? »<br />
« Mouais… a la limite je verrai plus ça du coté positif : on à qu’a dire que Dieu là il s’est prit un méchant coup de nerf, mais qu’il à compris que c’était pas cool et qu’il promet de plus le refaire »<br />
« Par contre il demande au gens eux aussi d’arrêter le mettre en rogne pour un oui pour non »<br />
« Exactement ! et pour leur rappeler cette embrouille il met un signe dans le ciel »<br />
« Comme une épée de Damocles ? »<br />
« Une quoi ? »<br />
« Nan mais tu vas encore gueuler… »<br />
« Mais raconte bordel ! »<br />
« Bah c’est une histoire que j’avais écrite pour compléter, c’était un mec, Damoclès, qui faisait suspendre des épées au dessus de la tête des gens et qu’il pouvait faire tomber d’un claquement de doigt »<br />
« Mais c’est complètement débile ! »<br />
« Nan mais c’est pour rappeler que la menace peut tomber n’importe quand, qu’elle est toujours au dessus des gens »<br />
« T’es vraiment un GROS débile ! tu veux que les mecs pensent qu’il y’a milles tonnes de ferraille qui plane au dessus du ciel prêt à leur tombé dessus sans qu’ils le voient en levant la tête ? »<br />
« J’ai pas dit ça ! juste que ça serait bien d’avoir un symbole »<br />
« Nan ça c’est moi qui l’ai suggérer : toi t’as dit mettons des épées au dessus de la tête des gens… »<br />
« Faut pas tout prendre au premier degré tu sais »<br />
« Oui bah premier ou deuxième, faut qu’on avance avec tout ça ! »<br />
« Ok, ok… bon alors un signe… Hey : on à qu’a dire que c’est ça les arc en ciel ! »<br />
« ça quoi ? »<br />
« Un message de Dieu pour dire « bon les mecs c’est cool regarder je déconne plus avec l’eau » et comme ça on explique ce que c’est les arcs en ciel ! excellent non ? »<br />
« Garde ça pour une version 2, on fera des retouches de toute façon »<br />
« Bon sinon concernant LE message, on part sur quoi »<br />
« Bah on était d’accord : les humains libre de leurs choix et responsable du monde ? »<br />
« Ça fait pas un peu nunuche ? je veux dire c’est évident : c’est pas comme si dans 2 000 ans t’as des mecs qui vont dire que si c’est pas écrit dans le bouquin alors c’est pas autorisé »<br />
« Ouais t’as raison… on va pas commencer à être dirigiste, ils pourraient mal interpréter le message »<br />
« Tu sais… ça fait 8 mois qu’on est sur ce projet de conte philosophique pour éduquer facilement les masses qui savent pas lire, mais je me demande si ça devient pas exagérément compliqué »<br />
« Pourquoi tu dis ça ? »<br />
« Est ce qu’on pourrait pas tout simplement faire confiance aux gens ? »<br />
« Confiance ? t’es sérieux ? tu les as vu dehors ? pas un capable de faire un pas sous la pluie sans se rouler par terre au moindre coup de tonnerre »<br />
« Mais c’est normal d’avoir peur de se qu’on connait pas ? »<br />
<br />
« Oui mais si t’as peur de tout t’avances pas ! regarde les Grecs : un coup de tonnerre, ils l’appellent Zeus et zou problème résolut et 2 semaines après ils inventent la démocratie ! »<br />
« Je me dis qu’on à choisi la solution de facilité… »<br />
« Hey, relax : de toute façon y’a deux possibilité, soit ce qu’on écrit sur un mec qui à crée l’univers c’est vrai et dans ce cas on fait ce qui faut, soit on se goure à mort, mais de toute façon il y’aura aucun Dieu pour nous punir ! 100% bénéf ! »<br />
« Et s’y avait un Dieu mais méchant ? »<br />
« Ah non : on avait dit qu’on zappait cette histoire de Dieu méchant ! »<br />
« Mais sans même parler de Dieu méchant, imagine qu’il y’ait un type opposé à Dieu qui fait exprès de mettre la zone… hey ça pourrait même être son fils mais comme son père il l’a moins aimer qu’un autre de ses enfants, bah il l’a super mal vécu et… »<br />
« Ça sa fait nunuche : s’il existait un Dieu capable de créer le monde, pourquoi il aurait créer quelque chose capable de le défier ? »<br />
« Bah peut être parce qu’au fond cette dualité est nécessaire… »<br />
« Mouais… ou alors ton Dieu il est complètement con ! »<br />
« … c’est comme si y’avait deux forces qui rendait la vie cohérente, comme l’ombre et la lumière… un peu comme Herox et Syl…. »<br />
« ….Ose le dire… aller va s’y ! t’attends quoi ? hein ? sort les encore une fois tes noms à la con et je te fais bouffer ton turban »<br />
« Bon d’accord j’arrête. Mais avoue que c’est une bonne idée ? »<br />
« …On se le garde en option pour si on doit meubler »<br />
« Et sinon pour l’idée de responsabilité vis à vis de la nature »<br />
« Quoi ? du style il faut pas jeter ses os de poulet n’importe où ? »<br />
« Pas forcement, je pensais plus à… »<br />
« A quoi ? »<br />
« Ne pas prendre plus qu’on à besoin, respecter l’équilibre des choses… »<br />
« Je sais pas si t’es bien au courant mais les humains ça représente grosso merdo moins de 1% des créatures vivantes. Alors quand bien même ils feraient deux, trois gosses, vu le nombre qui calanche avant d’avoir 6 ans, on risque pas d’avoir des problèmes de ressource avant un moment : c’est pas les quelques copeaux de bois qu’ils laissent traîner par ci par là qui va bousiller l’écosystème tu peut me croire ! »<br />
« Ok… et sinon pour les aider à mieux appréhender les enseignements, qu’est ce qu’on pourrait mettre en place niveau pédago ? »<br />
« Tu penses à un truc en particulier ? »<br />
« En fait il faudrait deux trois trucs bien définitif, comme un mémo pour se rappeler des basiques à appliquer. On pourrait appeler ça euh… les Consignes ? »<br />
« J’aime bien l’idée : un mémo c’est toujours utile. T’es dans la forêt, tu veux faire un truc, t’es plus sur si t’as le droit, zou un p’tit coup d’œil au mémo et hop c’est cadré. Par contre consigne c’est pas super, je préfère mémo »<br />
« Mémo… ça fait pas un peu trop romain ? »<br />
« Ah ouais bien vu ! ça sa aurait été une grosse boulette : j’ai clairement pas envie d’être associé à ces mecs là »<br />
« Pourquoi ça ? ils sont du même genre que les Grecs pourtant ? »<br />
« ah mais j’ai jamais dit que j’aimais bien les Grecs non plus hein ! mais bon tous les types qui croient que chaque rivière c’est une déesse à la con qui prend le frais bah moi ça me donne avant tout envie de me foutre de leur gueule »<br />
« Pfff… »<br />
« Oui bah je me passe de tes avis : aller enchaîne sinon on va jamais finir ! »<br />
« Bah je crois qu’on à tout ce qu’il faut là. A la limite dans le doute j’ai prévu de quoi glisser une ou deux éditions supplémentaire en expliquant que des fois les paroles de Dieu étaient cachées et que du coup c’est normal qu’on en trouve de nouvelles de temps en temps »<br />
« Ah la vache tu m’impressionne là : brillante idée. Non seulement les mecs tu leurs vends du vent mais si jamais y’a de l’orage t’es foutu de leur demander un supplément pour la pluie ! »<br />
« Dis pas ça comme ça, on dirait que c’est mal ce qu’on fait… »<br />
« Meuh non, tu sais bien que c’est pour les aider qu’on fait tout ça. S’ils sont pas guidé ils vont droit à la catastrophe. Ils ont peur du monde, ils commencent seulement a réaliser leur potentiel et n’osent pas se lancer parce que la mort les tétanises. Trop conscient de ce qu’ils sont mais pas encore assez pour bien le vivre, ils seraient foutu de tous tomber en dépression et de se laisser crever de faim. Alors on va les galvaniser un bon coup, les mettre sur le bon cap, et tu verra que dans 3 ou 4 générations ils pigeront d’eux même que tout ça c’était des conneries et ça les fera marrer »<br />
« Que Dieu t’entende »<br />
« ahaha… t’es con ! …non mais garde le ça : sa sonne hyper bien »]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[*(désolé, en réécoutant le mixage je me suis rendu compte qu'il y'a un p'tit couac à un moment mais comme je veux garder un coté "naturel" à ce podcast je ne voulais pas refaire l'enregistrement... et puis j'ai la flemme :p)*

[Lien Wattpad vers « Genesis »](https://www.wattpad.com/148740107-le-d%C3%A9fi-bradbury-genesis)

Suivez moi sur twitter : @flashsteelers

N’hésitez pas à partager et à commenter !

[EDIT : suite à une remarque forte à propos, je vais aussi copier le texte de la semaine dans Top Five. Plus besoin de passer par Wattpad]
GENESIS

Au commencement il n’y avait que Herox, l’Ombre sans fin, la Porte des Univers, le Porteur des Arcanes. Et c’est au cœur d’Herox que n’acquit Sylana, la Lumière infinie, La Clé des Mondes, la Révélatrice des secrets. Elle ouvrit les yeux pour contempler sa lumière qui se reflétait dans les ténèbres d’Herox, et commença a grandir en lui jusqu’à l’égaler. Sylana se détacha de Herox, et se mit à tourner autour de lui. Elle tendit la main vers lui, et lui aussi fit de même. Se touchant, se repoussant, tout deux se mirent finalement à danser dans un ballet céleste.

Des frictions entre Herox et Sylana naquirent les étoiles, les mondes et les lunes dans le ciel. Le astres se mirent en position autour des deux danseurs, et le scintillement qui en résultat fut si beau qu’il en eurent le souffle coupé. Herox attrapa des étoiles et dessina avec un tableau de lumière pour Sylana. De cette dernière jaillit alors une force qui anima les étoiles et les fit danser elles aussi.

Ainsi naquit le cosmos.

Herox et Sylana reprirent leur danse sous la lumière des étoiles. Mais cette fois ils furent plus lents et paisibles, cherchant à se confondre l’un dans l’autre. Ils s’enlacèrent, et dans le silence éternel s’échangèrent un baiser. Et de se baiser se format un monde, vaste mais vide, porteur de promesses.

Ainsi naquit la Terre.

Lorsque Herox et Sylana finirent leur étreinte, ils tombèrent épuisé sur la Terre et éclatèrent en des milliards de morceau brillant comme du cristal, créant la Vie et activant le court du Temps.

Parmi toutes les vies qui surgirent, une seule fut le fruit à la fois de Herox et de Sylana. Pour cela, cette vie prit le nom de Syrox et se déclara « Dieu de toute chose et frère de toute vie ».

Il arpenta la Terre et constata que la vie ne pourrait y perdurer dans le vide du cosmos. Alors il brandit le poing et dit « A toute chose je donnerai sa place » puis commença a façonner le monde pour que chaque vie puisse s’y développer.

Ainsi naquit l’Ordre.

Il creusa des océans pour les poissons, puis y déposa des nuages dont il fit fondre l’eau en soufflant dessus. La terre qu’il avait retiré lui permit de crée des montagnes et de dessiner de vallée. Il enracina les graines qui devinrent des arbres, et assigna à chaque créature un domaine ou vivre.

Syrox créait avec passion ce monde et mit tant de cœur à l’ouvrage qu’il parvint à ses fins avant que le soleil ne disparaisse à l’horizon du premier jour.

Le Dieu de toute chose regarda son œuvre depuis le ciel, vola par dessus les océans, les montagnes, les forêts et partout constata avec ravissement qu’il avait fini et que chaque chose était à sa place et que toute vie avait reçut les bienfaits qui lui seraient nécessaire.

La Vie entama sa première nuit bercé par une Lune brillante. Syrox s’y envola pour voir le monde dans son ensemble et resta assit le regard perdu jusqu’à ce que la Nuit eut fait place au Jour. Mais lorsqu’il redescendit sur Terre, il constata avec horreur que la Vie n’avait pas tenue sa place. Des poissons avaient quitter les mers pour vivre dans les arbres tandis que des oiseaux se traînaient mollement sur le sol en mordillant la poussière et en méprisant le ciel.

Il demanda à toutes les créatures qu’il croisa pourquoi elle n]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 26 Jul 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-07-26T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Journal de bord – Pilote]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/journal-de-bord-pilote-top-five/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Salut à tous,<br />
<br />
Premier jet du journal de bord du défi Bradbury qui commencera dès demain.<br />
<br />
Je vous indique ci dessous le lien vers mon Wattpad ou se trouverons les textes :<br />
<br />
[Mon Wattpad](https://www.wattpad.com/user/flashou)<br />
<br />
Et puis tant qu’a faire, quelques liens liés à ce que j’évoque dans le podcast :<br />
<br />
[La Brigade du livre – Petit mais sexy (sur les nouvelles)](https://www.youtube.com/watch?v=vkGMul1C3Zw)<br />
<br />
[Le site du projet Bradbury de Neil Jomunsi (dont je me suis inspiré)](http://actualitte.com/blog/projetbradbury/)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Salut à tous,<br />
<br />
Premier jet du journal de bord du défi Bradbury qui commencera dès demain.<br />
<br />
Je vous indique ci dessous le lien vers mon Wattpad ou se trouverons les textes :<br />
<br />
[Mon Wattpad](https://www.wattpad.com/user/flashou)<br />
<br />
Et puis tant qu’a faire, quelques liens liés à ce que j’évoque dans le podcast :<br />
<br />
[La Brigade du livre – Petit mais sexy (sur les nouvelles)](https://www.youtube.com/watch?v=vkGMul1C3Zw)<br />
<br />
[Le site du projet Bradbury de Neil Jomunsi (dont je me suis inspiré)](http://actualitte.com/blog/projetbradbury/)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Salut à tous,

Premier jet du journal de bord du défi Bradbury qui commencera dès demain.

Je vous indique ci dessous le lien vers mon Wattpad ou se trouverons les textes :

[Mon Wattpad](https://www.wattpad.com/user/flashou)

Et puis tant qu’a faire, quelques liens liés à ce que j’évoque dans le podcast :

[La Brigade du livre – Petit mais sexy (sur les nouvelles)](https://www.youtube.com/watch?v=vkGMul1C3Zw)

[Le site du projet Bradbury de Neil Jomunsi (dont je me suis inspiré)](http://actualitte.com/blog/projetbradbury/)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sun, 19 Jul 2015 22:00:00 +0200</pubDate>
                
                <atom:updated>2015-07-19T22:00:00+02:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[Le Week end a découvert]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/le-week-end-a-decouvert/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[OMG : le retour du Podcast sur Top Five après des siècles d’absence ! Et oui tout arrive, que voulez vous : faut dire qu’une soudaine crise d’inspiration et quelques jours chez moi a couver ma grippe m’ont donner le temps et l’envie de remettre sa. J’entend déjà les esprits forts me dire “si t’avais la grippe c’était pas malin de jacqueter connard !” je leur répondrais que ce sont des nigaux et que si je faisais ça c’était surtout histoire de chauffer un peu ma voix vu que je n’avais personne à qui parler sous la main et que j’étais peu enclin à faire du karaoké.<br />
<br />
Je vous propose donc dans ce Podcast ce qu’on pourrait considéré comme un petit sketch sans prétention aucune.<br />
<br />
Et bien entendu : ruez vous sur les commentaires !<br />
<br />
ps : la qualité d’enregistrement est moyenne parce que je n’ai pas de matos pro, j’en suis conscient donc pas la peine d’insister la dessus.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[OMG : le retour du Podcast sur Top Five après des siècles d’absence ! Et oui tout arrive, que voulez vous : faut dire qu’une soudaine crise d’inspiration et quelques jours chez moi a couver ma grippe m’ont donner le temps et l’envie de remettre sa. J’entend déjà les esprits forts me dire “si t’avais la grippe c’était pas malin de jacqueter connard !” je leur répondrais que ce sont des nigaux et que si je faisais ça c’était surtout histoire de chauffer un peu ma voix vu que je n’avais personne à qui parler sous la main et que j’étais peu enclin à faire du karaoké.<br />
<br />
Je vous propose donc dans ce Podcast ce qu’on pourrait considéré comme un petit sketch sans prétention aucune.<br />
<br />
Et bien entendu : ruez vous sur les commentaires !<br />
<br />
ps : la qualité d’enregistrement est moyenne parce que je n’ai pas de matos pro, j’en suis conscient donc pas la peine d’insister la dessus.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[OMG : le retour du Podcast sur Top Five après des siècles d’absence ! Et oui tout arrive, que voulez vous : faut dire qu’une soudaine crise d’inspiration et quelques jours chez moi a couver ma grippe m’ont donner le temps et l’envie de remettre sa. J’entend déjà les esprits forts me dire “si t’avais la grippe c’était pas malin de jacqueter connard !” je leur répondrais que ce sont des nigaux et que si je faisais ça c’était surtout histoire de chauffer un peu ma voix vu que je n’avais personne à qui parler sous la main et que j’étais peu enclin à faire du karaoké.

Je vous propose donc dans ce Podcast ce qu’on pourrait considéré comme un petit sketch sans prétention aucune.

Et bien entendu : ruez vous sur les commentaires !

ps : la qualité d’enregistrement est moyenne parce que je n’ai pas de matos pro, j’en suis conscient donc pas la peine d’insister la dessus.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Thu, 08 Dec 2011 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2011-12-08T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Session de lecture : Cycle Chuck Palahniuk (4)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/monstres/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Avant dernier épisode de notre cycle sur Chuck Palahniuk, avec aujourd’hui une session sur son tout premier roman : Monstres Invisibles<br />
<br />
La critique sera un peu moins étoffé qu’a l’accoutumé, parce que je lis un peu plus que d’habitude et que je souhaite vraiment vous laisser totalement le plaisir de la découverte de ce livre qui fut pour moi un choc total (je ne l’ai pas lâcher en 4 jours)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Avant dernier épisode de notre cycle sur Chuck Palahniuk, avec aujourd’hui une session sur son tout premier roman : Monstres Invisibles<br />
<br />
La critique sera un peu moins étoffé qu’a l’accoutumé, parce que je lis un peu plus que d’habitude et que je souhaite vraiment vous laisser totalement le plaisir de la découverte de ce livre qui fut pour moi un choc total (je ne l’ai pas lâcher en 4 jours)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Avant dernier épisode de notre cycle sur Chuck Palahniuk, avec aujourd’hui une session sur son tout premier roman : Monstres Invisibles

La critique sera un peu moins étoffé qu’a l’accoutumé, parce que je lis un peu plus que d’habitude et que je souhaite vraiment vous laisser totalement le plaisir de la découverte de ce livre qui fut pour moi un choc total (je ne l’ai pas lâcher en 4 jours)]]></itunes:summary>
            <itunes:image href="https://img.hearthis.at/5/1/0/_/uploads/10571119/image_track/7818390/w1400_h1400_q70_ptrue_v2_----cropped_1673951371015.jpg" />
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                <pubDate>Sun, 22 Feb 2009 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2009-02-22T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Session de lecture : Cycle Chuck Palahniuk (3)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/survivant/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Et nous revoila pour un 3 eme épisode consacré à Chuck Palahniuk.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Et nous revoila pour un 3 eme épisode consacré à Chuck Palahniuk.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Et nous revoila pour un 3 eme épisode consacré à Chuck Palahniuk.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Sat, 14 Feb 2009 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2009-02-14T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        </item>
        <item>
            <title><![CDATA[Session de lecture : Cycle Chuck Palahniuk (2)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/fight-club/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Sorti en 96 et adapté au cinéma en 99 par David Fincher, Fight Club est le roman qui à fait connaitre Palahniuk au monde entier.<br />
<br />
Critique virulente de la société, Fight Club (le film) n’a pas bien été accueillit a cause de son caractère sulfureux. l’Europe a été plus sensible au message lui offrant un accueil élogieux.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Sorti en 96 et adapté au cinéma en 99 par David Fincher, Fight Club est le roman qui à fait connaitre Palahniuk au monde entier.<br />
<br />
Critique virulente de la société, Fight Club (le film) n’a pas bien été accueillit a cause de son caractère sulfureux. l’Europe a été plus sensible au message lui offrant un accueil élogieux.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Sorti en 96 et adapté au cinéma en 99 par David Fincher, Fight Club est le roman qui à fait connaitre Palahniuk au monde entier.

Critique virulente de la société, Fight Club (le film) n’a pas bien été accueillit a cause de son caractère sulfureux. l’Europe a été plus sensible au message lui offrant un accueil élogieux.]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 17 Jan 2023 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2023-01-17T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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        <item>
            <title><![CDATA[Session de lecture : Cycle Chuck Palahniuk (1)]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/palaniuhk-part1/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[On fait de plus en plus fort sur Top Five !<br />
<br />
Au vu du succes de [la session de lecture que je vous avais proposer concernant le livre « Tout est sous controle » de Hugh Laurie](https://hearthis.at/topfive/tout-est-sous-controle/), j’ai décidé de remettre le couvert, et mieux encore, de proposer une thématique en plusieurs épisodes.<br />
<br />
Pour ce premier cycle, je vous propose donc un petit tour dans l’univers sombre et torturé de Chuck Palahniuk, un auteur majeur de la littérature contemporaine.<br />
<br />
ici [le petit lien vers la nouvelle dont je vous parle dans le podcast](http://pagesperso-orange.fr/creacore/tripes.htm)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[On fait de plus en plus fort sur Top Five !<br />
<br />
Au vu du succes de [la session de lecture que je vous avais proposer concernant le livre « Tout est sous controle » de Hugh Laurie](https://hearthis.at/topfive/tout-est-sous-controle/), j’ai décidé de remettre le couvert, et mieux encore, de proposer une thématique en plusieurs épisodes.<br />
<br />
Pour ce premier cycle, je vous propose donc un petit tour dans l’univers sombre et torturé de Chuck Palahniuk, un auteur majeur de la littérature contemporaine.<br />
<br />
ici [le petit lien vers la nouvelle dont je vous parle dans le podcast](http://pagesperso-orange.fr/creacore/tripes.htm)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[On fait de plus en plus fort sur Top Five !

Au vu du succes de [la session de lecture que je vous avais proposer concernant le livre « Tout est sous controle » de Hugh Laurie](https://hearthis.at/topfive/tout-est-sous-controle/), j’ai décidé de remettre le couvert, et mieux encore, de proposer une thématique en plusieurs épisodes.

Pour ce premier cycle, je vous propose donc un petit tour dans l’univers sombre et torturé de Chuck Palahniuk, un auteur majeur de la littérature contemporaine.

ici [le petit lien vers la nouvelle dont je vous parle dans le podcast](http://pagesperso-orange.fr/creacore/tripes.htm)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Tue, 17 Jan 2023 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2023-01-17T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Hugh Laurie : Tout est sous contrôle]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/tout-est-sous-controle/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Saviez vous qu’a part être le Dr House, Hugh Laurie à eut une carrière riche a la télévision, mais aussi qu’il écrivait ? C’est ce que j’ai découvert par hasard lors d’un périple à la Fnac en tombant sur son roman « Tout est sous contrôle ».<br />
<br />
La curiosité aidant, j’en achete un exemplaire (et découvre que le livre est sorti en 1996 !!) et entame ma lecture. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir un style indubitablement personnel où l’on retrouve le cynisme du bon Docteur (et c’est tant mieux) a travers une narration à la première personne. L’intrigue comico policière m’a un peu fait penser au fantastique « Under a killing moon » (qui avait eut d’ailleurs une très bonne adaptation en bouquin) la SF en moins.<br />
<br />
L’histoire justement : Thomas Lang, ancien militaire, se voit proposé un « contrat » pour éliminer un homme d’affaire important. Refusant l’offre, Thomas va même prévenir la futur victime que sa vie est en danger. Mais voila, tout ne se passe pas comme prévu…<br />
<br />
Et vu que je vous aime bien, je vous propose une petite lecture du début de l’histoire...<br />
<br />
(ps : Monsieur l’éditeur, cette lecture a pour but de faire vendre votre ouvrage que j’ai beaucoup aimé, cependant a votre simple demande je l’enleve, alors veuillez reposer ce téléphone et tenir vos avocats en laisse, je vous en serait reconnaissant)]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Saviez vous qu’a part être le Dr House, Hugh Laurie à eut une carrière riche a la télévision, mais aussi qu’il écrivait ? C’est ce que j’ai découvert par hasard lors d’un périple à la Fnac en tombant sur son roman « Tout est sous contrôle ».<br />
<br />
La curiosité aidant, j’en achete un exemplaire (et découvre que le livre est sorti en 1996 !!) et entame ma lecture. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir un style indubitablement personnel où l’on retrouve le cynisme du bon Docteur (et c’est tant mieux) a travers une narration à la première personne. L’intrigue comico policière m’a un peu fait penser au fantastique « Under a killing moon » (qui avait eut d’ailleurs une très bonne adaptation en bouquin) la SF en moins.<br />
<br />
L’histoire justement : Thomas Lang, ancien militaire, se voit proposé un « contrat » pour éliminer un homme d’affaire important. Refusant l’offre, Thomas va même prévenir la futur victime que sa vie est en danger. Mais voila, tout ne se passe pas comme prévu…<br />
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Et vu que je vous aime bien, je vous propose une petite lecture du début de l’histoire...<br />
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(ps : Monsieur l’éditeur, cette lecture a pour but de faire vendre votre ouvrage que j’ai beaucoup aimé, cependant a votre simple demande je l’enleve, alors veuillez reposer ce téléphone et tenir vos avocats en laisse, je vous en serait reconnaissant)]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Saviez vous qu’a part être le Dr House, Hugh Laurie à eut une carrière riche a la télévision, mais aussi qu’il écrivait ? C’est ce que j’ai découvert par hasard lors d’un périple à la Fnac en tombant sur son roman « Tout est sous contrôle ».

La curiosité aidant, j’en achete un exemplaire (et découvre que le livre est sorti en 1996 !!) et entame ma lecture. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir un style indubitablement personnel où l’on retrouve le cynisme du bon Docteur (et c’est tant mieux) a travers une narration à la première personne. L’intrigue comico policière m’a un peu fait penser au fantastique « Under a killing moon » (qui avait eut d’ailleurs une très bonne adaptation en bouquin) la SF en moins.

L’histoire justement : Thomas Lang, ancien militaire, se voit proposé un « contrat » pour éliminer un homme d’affaire important. Refusant l’offre, Thomas va même prévenir la futur victime que sa vie est en danger. Mais voila, tout ne se passe pas comme prévu…

Et vu que je vous aime bien, je vous propose une petite lecture du début de l’histoire...

(ps : Monsieur l’éditeur, cette lecture a pour but de faire vendre votre ouvrage que j’ai beaucoup aimé, cependant a votre simple demande je l’enleve, alors veuillez reposer ce téléphone et tenir vos avocats en laisse, je vous en serait reconnaissant)]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Wed, 28 Jan 2009 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2009-01-28T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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            <title><![CDATA[Pourquoi les jeunes c'est mal ?]]></title>
            <link>https://hearthis.at/topfive/les-jeunes/</link>
            <itunes:author><![CDATA[Flashou]]></itunes:author>
            <description><![CDATA[Ils sont dans nos rues, souvent en bande, bruyants et pénibles. Ils ne sont certes pas une menace pour la paix civile, mais franchement qu’est ce qu’ils sont bizarre.<br />
<br />
Personnellement je n’aime pas les jeunes. Certains me rétorquerons que les jeunes filles dénudées, belles sylphides aux airs de prudes naiades vespérides, ne me laissent pas indifferent, et ils auront raison. Mais ces créatures fantasmatiques ne succitent chez moi qu’une folle envie copulatoire basé sur le truchement du pilou pilou et de l’exploration sensuellement bagnaudante de la formidable plastique de ces êtres surréalistes.<br />
<br />
Ne parlons donc pas de sentiments voyons ! soyons serieux.<br />
<br />
Je n’aime pas les jeunes car je les trouves d’une insignifiante vacuité. Ils ne sont pourtant pas tous dénués d’une certaine vigueur d’esprit, et certains ont même les qualités qu’on peut attendre d’un cordiale camarade de chambré ou d’un convive. Malheureusement la majorité est sans conteste gangréné par une sous culture qui tend vers le bas et se refuse à voir plus loin que le bout de son P.A.F.<br />
<br />
Leur musique n’est qu’un zombie composé des cadavres de la Motown et du Funk rafistolé avec des canevas de Techno, leur télé est un zapping des mêmes évenements autoproclamés cultes dans un classement dénué d’ame ou le dictat du grand ordonnateur des chaines, le tout puissant Dieu audimat, décide de la vie et de la mort de ses enfants. Leur cinéma est rempli d’effet spéciaux tous plus froid les uns que les autres, leur politique est un théatre de marionnette infantile, leur humour est celui des gens qui parlent d’eux même sans finalement parler de rien, leurs combats sont ceux des portes ouvertes…<br />
<br />
Il faut le savoir, les jeunes ne sont pas idiot par le simple fait de leur personne. C’est pas de leur faute. Et les coupables c’est un peu nous, les vieux cons. A force de leur dire que tout était mieux avant, on leur à fait croire que leur présent n’était pas à eux mais simple relicat de notre passé glorieux, bardé de « vraie idole » et de « vraie musique » parce qu’a l’époque c’était quand même « pas la même chose » qu’on regardait des « putains de bon classique » et que les hommes politique étaient de « sacrée bonhommes ». En plus il n’y avait pas de femme à l’époque alors c’était encore mieux, on n’avait pas a les respecter : il suffisait de leur faire l’aumone avec la galanterie.<br />
<br />
Les jeunes c’est mal parce que ce ne sont plus des individus mais un coeur de marché, un segments d’audience, un indice dans les graphiques du ministère. Les jeunes sont devenu un code vestimentaire, une façon de parler, une façon de bouger. Les jeunes sont une cuisine rapide et pas cher qui à le gout brut du sucre ou du gras (les deux parfois). Les jeunes sont des clients qui veulent des « bons plans » à la banque et des « Happy Hour » dans les bars. <br />
<br />
Les jeunes sont un pouvoir d’achat avant d’être des esprits. Sauf que ce sont des esprits vide, ou plutôt devrait je dire, des esprit pas encore affutés. Alors forcement, entouré d’autant de connerie qui est la notre, ils ne s’en sortent pas. On leur donne ce qui nous arrange pour en faire ce qu’on veut. Et tout compte fait, on à les jeunes qu’on mérite. Ils sont une quête de perfection pour des gens pourris de leurs métastases, crevant d’angoisse devant les jours tristes ou la mort rigolarde leur chatouillera les pieds pour un ultime spasme de fou rire, fou rire mortel cela va sans dire. Ils sont ce qu’on voudrait être, et ce qu’on deteste à la fois. Les jeunes sont l’avenir que nous étions, ils nous ont volé la place et le titre de leader, parce que l’avenir ça n’est jamais que du passé en préparation. Les jeunes nous volent nos femmes, nos succes, nos vies…<br />
<br />
En fait, si je n’aime pas les jeunes, c’est parce que si ils sont ce qu’ils sont : c’est un peu ma faute.]]></description>
            <googleplay:description><![CDATA[Ils sont dans nos rues, souvent en bande, bruyants et pénibles. Ils ne sont certes pas une menace pour la paix civile, mais franchement qu’est ce qu’ils sont bizarre.<br />
<br />
Personnellement je n’aime pas les jeunes. Certains me rétorquerons que les jeunes filles dénudées, belles sylphides aux airs de prudes naiades vespérides, ne me laissent pas indifferent, et ils auront raison. Mais ces créatures fantasmatiques ne succitent chez moi qu’une folle envie copulatoire basé sur le truchement du pilou pilou et de l’exploration sensuellement bagnaudante de la formidable plastique de ces êtres surréalistes.<br />
<br />
Ne parlons donc pas de sentiments voyons ! soyons serieux.<br />
<br />
Je n’aime pas les jeunes car je les trouves d’une insignifiante vacuité. Ils ne sont pourtant pas tous dénués d’une certaine vigueur d’esprit, et certains ont même les qualités qu’on peut attendre d’un cordiale camarade de chambré ou d’un convive. Malheureusement la majorité est sans conteste gangréné par une sous culture qui tend vers le bas et se refuse à voir plus loin que le bout de son P.A.F.<br />
<br />
Leur musique n’est qu’un zombie composé des cadavres de la Motown et du Funk rafistolé avec des canevas de Techno, leur télé est un zapping des mêmes évenements autoproclamés cultes dans un classement dénué d’ame ou le dictat du grand ordonnateur des chaines, le tout puissant Dieu audimat, décide de la vie et de la mort de ses enfants. Leur cinéma est rempli d’effet spéciaux tous plus froid les uns que les autres, leur politique est un théatre de marionnette infantile, leur humour est celui des gens qui parlent d’eux même sans finalement parler de rien, leurs combats sont ceux des portes ouvertes…<br />
<br />
Il faut le savoir, les jeunes ne sont pas idiot par le simple fait de leur personne. C’est pas de leur faute. Et les coupables c’est un peu nous, les vieux cons. A force de leur dire que tout était mieux avant, on leur à fait croire que leur présent n’était pas à eux mais simple relicat de notre passé glorieux, bardé de « vraie idole » et de « vraie musique » parce qu’a l’époque c’était quand même « pas la même chose » qu’on regardait des « putains de bon classique » et que les hommes politique étaient de « sacrée bonhommes ». En plus il n’y avait pas de femme à l’époque alors c’était encore mieux, on n’avait pas a les respecter : il suffisait de leur faire l’aumone avec la galanterie.<br />
<br />
Les jeunes c’est mal parce que ce ne sont plus des individus mais un coeur de marché, un segments d’audience, un indice dans les graphiques du ministère. Les jeunes sont devenu un code vestimentaire, une façon de parler, une façon de bouger. Les jeunes sont une cuisine rapide et pas cher qui à le gout brut du sucre ou du gras (les deux parfois). Les jeunes sont des clients qui veulent des « bons plans » à la banque et des « Happy Hour » dans les bars. <br />
<br />
Les jeunes sont un pouvoir d’achat avant d’être des esprits. Sauf que ce sont des esprits vide, ou plutôt devrait je dire, des esprit pas encore affutés. Alors forcement, entouré d’autant de connerie qui est la notre, ils ne s’en sortent pas. On leur donne ce qui nous arrange pour en faire ce qu’on veut. Et tout compte fait, on à les jeunes qu’on mérite. Ils sont une quête de perfection pour des gens pourris de leurs métastases, crevant d’angoisse devant les jours tristes ou la mort rigolarde leur chatouillera les pieds pour un ultime spasme de fou rire, fou rire mortel cela va sans dire. Ils sont ce qu’on voudrait être, et ce qu’on deteste à la fois. Les jeunes sont l’avenir que nous étions, ils nous ont volé la place et le titre de leader, parce que l’avenir ça n’est jamais que du passé en préparation. Les jeunes nous volent nos femmes, nos succes, nos vies…<br />
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En fait, si je n’aime pas les jeunes, c’est parce que si ils sont ce qu’ils sont : c’est un peu ma faute.]]></googleplay:description>
            <itunes:summary><![CDATA[Ils sont dans nos rues, souvent en bande, bruyants et pénibles. Ils ne sont certes pas une menace pour la paix civile, mais franchement qu’est ce qu’ils sont bizarre.

Personnellement je n’aime pas les jeunes. Certains me rétorquerons que les jeunes filles dénudées, belles sylphides aux airs de prudes naiades vespérides, ne me laissent pas indifferent, et ils auront raison. Mais ces créatures fantasmatiques ne succitent chez moi qu’une folle envie copulatoire basé sur le truchement du pilou pilou et de l’exploration sensuellement bagnaudante de la formidable plastique de ces êtres surréalistes.

Ne parlons donc pas de sentiments voyons ! soyons serieux.

Je n’aime pas les jeunes car je les trouves d’une insignifiante vacuité. Ils ne sont pourtant pas tous dénués d’une certaine vigueur d’esprit, et certains ont même les qualités qu’on peut attendre d’un cordiale camarade de chambré ou d’un convive. Malheureusement la majorité est sans conteste gangréné par une sous culture qui tend vers le bas et se refuse à voir plus loin que le bout de son P.A.F.

Leur musique n’est qu’un zombie composé des cadavres de la Motown et du Funk rafistolé avec des canevas de Techno, leur télé est un zapping des mêmes évenements autoproclamés cultes dans un classement dénué d’ame ou le dictat du grand ordonnateur des chaines, le tout puissant Dieu audimat, décide de la vie et de la mort de ses enfants. Leur cinéma est rempli d’effet spéciaux tous plus froid les uns que les autres, leur politique est un théatre de marionnette infantile, leur humour est celui des gens qui parlent d’eux même sans finalement parler de rien, leurs combats sont ceux des portes ouvertes…

Il faut le savoir, les jeunes ne sont pas idiot par le simple fait de leur personne. C’est pas de leur faute. Et les coupables c’est un peu nous, les vieux cons. A force de leur dire que tout était mieux avant, on leur à fait croire que leur présent n’était pas à eux mais simple relicat de notre passé glorieux, bardé de « vraie idole » et de « vraie musique » parce qu’a l’époque c’était quand même « pas la même chose » qu’on regardait des « putains de bon classique » et que les hommes politique étaient de « sacrée bonhommes ». En plus il n’y avait pas de femme à l’époque alors c’était encore mieux, on n’avait pas a les respecter : il suffisait de leur faire l’aumone avec la galanterie.

Les jeunes c’est mal parce que ce ne sont plus des individus mais un coeur de marché, un segments d’audience, un indice dans les graphiques du ministère. Les jeunes sont devenu un code vestimentaire, une façon de parler, une façon de bouger. Les jeunes sont une cuisine rapide et pas cher qui à le gout brut du sucre ou du gras (les deux parfois). Les jeunes sont des clients qui veulent des « bons plans » à la banque et des « Happy Hour » dans les bars. 

Les jeunes sont un pouvoir d’achat avant d’être des esprits. Sauf que ce sont des esprits vide, ou plutôt devrait je dire, des esprit pas encore affutés. Alors forcement, entouré d’autant de connerie qui est la notre, ils ne s’en sortent pas. On leur donne ce qui nous arrange pour en faire ce qu’on veut. Et tout compte fait, on à les jeunes qu’on mérite. Ils sont une quête de perfection pour des gens pourris de leurs métastases, crevant d’angoisse devant les jours tristes ou la mort rigolarde leur chatouillera les pieds pour un ultime spasme de fou rire, fou rire mortel cela va sans dire. Ils sont ce qu’on voudrait être, et ce qu’on deteste à la fois. Les jeunes sont l’avenir que nous étions, ils nous ont volé la place et le titre de leader, parce que l’avenir ça n’est jamais que du passé en préparation. Les jeunes nous volent nos femmes, nos succes, nos vies…

En fait, si je n’aime pas les jeunes, c’est parce que si ils sont ce qu’ils sont]]></itunes:summary>
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                <pubDate>Fri, 23 Jan 2009 22:00:00 +0100</pubDate>
                
                <atom:updated>2009-01-23T22:00:00+01:00</atom:updated>
                
            
            
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